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STEVE McCURRY

Maison EuropĂŠenne de la Photographie 04/01/2014 - 16/02/2014


"Je crois que j’ai toujours voulu voir le monde, explorer de nouvelles cultures"


STEVE McCURRY Steve McCurry a commencé sa carrière de photojournaliste il y a plus de 30 ans

lorsque, portant des vêtements du pays, il entre en Afghanistan par la frontière pakistanaise. Son travail lui a alors valu la médaille d’or Robert Capa décernée aux photographes ayant fait preuve d’un courage exceptionnel. Connu également pour son travail en Asie du Sud-Est, McCurry est l’auteur d’images à la fois superbes, éloquentes et saisissantes. Il collabore régulièrement à de nombreuses revues internationales, et notamment le National Geographic. Membre de l’agence Magnum depuis 1986, fait chevalier des Arts et des Lettres par le ministère de la Culture en avril 2013, il est l’un des photojournalistes actuels les plus admirés, respectés et primés Steve McCurry est né le 24 février 1950 à Philadelphie, dans l’État de Pennsylvanie aux États-Unis. Il parcourt le monde à la recherche de ce qu’il appelle "l’inattendu, le moment du hasard maîtrisé, qui permet de découvrir par accident des choses intéressantes que l’on ne cherchait pas. " Il est très connu pour sa photographie en couleur très évocatrice, dans la tradition du reportage documentaire. Steve McCurry rêvait, étant jeune, de devenir un cinéaste documentaire. Il fit des études au Collège d’Arts et d’Architecture de l’Université d’État de Pennsylvanie, où il a obtenu un diplôme avec félicitations. À 19 ans, il passe une année à voyager en Europe, un peu partout, travaillant comme serveur dans un restaurant à Amsterdam, puis à Stockholm. Il est ensuite parti à la découverte de l’Amérique du Sud, puis de l’Afrique.


McCurry a donc cherché une profession lui permettant de concrétiser cette envie. Il débuta sa carrière en travaillant deux ans comme photographe dans un journal, qu’il quitta pour partir en Inde, en 1978, comme photojournaliste pigiste. C’est là, qu’il a appris à observer la vie et à attendre. Il se rendit compte que lorsque l’on attend, "Les gens oublient l’appareil et leur âme pénètre dans l’image.." Sa carrière s’est trouvée lancée quand, déguisé avec une tenue indigène, il franchit la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan pour pénétrer dans les zones contrôlées par les moudjahiddins (« combattants d’Islam »), juste avant l’invasion soviétique.Quand il ressortit — il avait fait coudre les rouleaux de film à l’intérieur de ses vêtements — ses images furent publiées dans le monde entier et étaient parmi les premières qui montraient le conflit qui venait de débuter. Son reportage obtint le Prix Robert Capa Gold Medal pour le meilleur reportage photographique à l’étranger, une récompense consacrant les photographes ayant fait preuve d’un courage et d’un esprit d’initiative exceptionnels. McCurry a couvert beaucoup de zones de conflits internationaux ou civils, parmi lesquels la Guerre Iran-Iraq, la guerre civile libanaise, le Cambodge, les Philippines, la Guerre du Golfe, l’éclatement de l’ Ex-Yougoslavie et l’Afghanistan. Il s’est surtout intéressé aux conséquences humaines de la guerre.


Voyageant à travers le monde au cours des deux dernières décennies, Steve McCurry a regardé droit dans les yeux les visages de personnes dans tous les coins de la planète. De l’Afghanistan à Los Angeles, et dans d’innombrables lieux entre les deux, il a tiré certains des portraits photographiques les plus marquants de notre temps. Sa manière de photographier directe et sans compromis lui a permis de produire quelques images mémorables dont beaucoup ont illustré la couverture et les pages intérieures du National Geographic Magazine, parmi lesquelles, celle, très célèbre, d’une jeune afghane réfugiée au Pakistan. Un moment particulier dans sa vie a été la rencontre, après presque deux décennies, avec cette jeune femme afghane, Sharbat Gula, qu’il avait photographiée — adolescente — une vingtaine d’années auparavant. Le portrait qu’il fit d’elle à l’époque, avec ce regard intense, inoubliable, avait été reproduit en couverture du National Geographic Magazine. Cette image, a tellement été publiée, dans le monde entier qu’elle est devenue une icône, et que beaucoup la considèrent comme la photographie qui est, de nos jours, la plus reconnaissable dans le monde. "Sa peau est marquée ; il y a des rides maintenant, mais elle est aussi saisissante qu’elle l’était il y a toutes ces années" , a-t-il dit après leur rencontre.


Ses reportages les plus récents ont conduit Steve McCurry à Angkor Vat, au Yémen, au Cachemire, en Inde, pour la célébration du cinquantième anniversaire de l’indépendance, en Birmanie, au Sri Lanka et à Bombay. Il a reçu de nombreux prix, dont celui de « Photographe magazine de l’année », remis en 1984 par l’ Association nationale des photographes de presse américaine. C’est cette même année qu’il a obtenu — fait sans précédent — quatre Premiers prix, lors du concours du World Press Photo. Il a également remporté à deux reprises le prix Olivier Rebbot.


L'INTERVIEW Si l’on regarde votre travail dans son ensemble, la couleur domine. Celle-ci est vibrante et singulière. Vous n’êtes pas attiré par la force des contrastes du noir et blanc ?

Ah. Non j’aime bien le noir & blanc. C’est ce qui s’est développé en premier en photographie et la couleur a toujours été plus compliquée à rendre. Mais, le monde est en couleur, il est donc plus logique de le photographier comme tel. il est donc plus «naturel» de travailler en couleur. J’aime aussi le monochrome, mais je me sens plus proche du monde coloré. Les couleurs de vos clichés, et notamment celles des portraits, sont très fortes. Travaillez-vous la colorimétrie après la prise de vue ?

Je fais très attention à la prise de vue sur la qualité de la lumière. Celle-ci est primordiale, je cherche le meilleur endroit pour éclairer un visage et la plupart du temps, je photographie en lumière naturelle. j’essaie de trouver une fenêtre, une porte ouverte pour jouer avec les contrastes. Ce n’est pas Photoshop, c’est plutôt la qualité de la lumière. Vous n’utilisez jamais de flash pour donner de l’éclat au regard ? La plupart du temps c’est de la lumière naturelle et je n’utilise pas de flash et pas de réflecteur. Dans 98 % des cas, c’est uniquement avec l’éclairage environnant.


Votre nom est associé à Kodak et au fameux film Kodachrome pour son rendu des couleurs. Comment vivez-vous la disparition de la marque dans le paysage photographique ?

Le numérique apporte plus de possibilités et de liberté au photographe. Avec les reflex actuels, vous pouvez photographier ici sans aucun problème (nous sommes installés dans une pièce aveugle en sous-sol avec un éclairage tungstène tamisé); et les images seront belles. Faire une photographie ici avec une Kodachrome est juste impossible. L’image serait beaucoup trop dense et vous utiliseriez des filtres qui feraient perdre en luminosité. La Kodachrome est un excellent film pour des images en pleine lumière, mais dès que la luminosité baisse, le numérique devient nettement plus intéressant. Vous travaillez avec quel matériel ? J’ai un Nikon D3x et un Hasselblad. Si j’ai le temps, j’utilise le moyen format, mais tout dépend de la situation et des conditions de prise de vue.

Vous êtes mondialement connu pour la photographie de la jeune afghane. Comment avez-vous géré ce succès ?

C’est assez incroyable, mais pour moi, c’est presque une image comme une autre et je vois toujours les choses du bon côté. Cette image a finalement peu changé ma façon de voir les choses.


Envisagez-vous, comme la plupart des gens qui aiment les Afghans et l’Afghanistan, de continuer votre travail de fond sur ce pays ? Oui mais il est vrai que voyager et travailler là-bas devient de plus en plus difficile. La situation risque même d’empirer. Les talibans gagnent en influence et en force. C’est un endroit dangereux. Il faut être très prudent, très habile et travailler avec les bonnes personnes pour vraiment comprendre ce qui s’y trame.

Pouvez-vous nous raconter le contexte de cette image ? Qui était cette fille ? Avez-vous gardé des liens ?

Son nom est Sharbat Gula. Elle était une réfugiée de guerre et ses parents ont été tués pendant le conflit afghan. Nous l’avons retrouvée en 2002 et nous sommes toujours en contact actuellement. On se parle tous les mois. Récemment, nous lui avons acheté sa maison. Votre rétrospective montre beaucoup d’enfants. Les enfants sont-ils plus expressifs, plus spontanés, plus intéressants ? Non, je photographie toutes les personnes. En réalité, la sélection a été réalisée par la personne qui a également fait la mise en scène.


Comment travaillez-vous habituellement ? Avez-vous des assistants ? Non, généralement je pars seul. Quand je vais dans un pays étranger, j’engage un traducteur pour discuter avec les personnes que je souhaite photographier. Le traducteur m’aide pour transporter le matériel, mais je n’ai pas vraiment d’assistant pour la prise de vue.

Vous avez photographié des scènes très dures à travers le monde. Arrivez-vous à prendre du recul par rapport à ce que vous photographiez ? Oui, c’est primordial. Il faut toujours garder une distance émotionnelle par rapport à vos sujets sinon c’est vraiment difficile de faire ce métier. Il faut se concentrer sur sa mission.

Vous travaillez sur un nouveau projet actuellement ? Oui, je suis en train de préparer un nouveau livre sur différentes histoires que j’ai vécues pendant ma carrière. Malheureusement, je n’ai pas d’exposition prévue pour l’instant en France, mais c’est un projet qui pourrait être intéressant.


DE

A

A l’occasion de son passage à Paris pour le lancement d’Inédit, les histoires à l’origine des photographies (édition Phaidon), où Steve McCurry ouvre ses archives pour la première fois de sa carrière, il s’est plié pour L’Instant aux questions de Pascal Maitre, l’autre génie de la couleur en photographie, pour évoquer trente ans de photojournalisme. Je viens de voir que le National Geographic pour ses 125 ans a repris en couverture ta célèbre photo de la jeune Afghane prise en 1985. Cette photo a été et est toujours l’emblème de la photographie au National Geographic. Cela te fait quoi ?

Je crois que les gens ont réagi à cette photo, qu’ils ont été touché par le portrait de cette jeune fille. Pour moi, c’est comme un cadeau. Tout ce que je ressens, c’est de la gratitude.

As-tu l’impression que cette photo t’appartient encore ? Cette photo, je l’ai prise. Quand un écrivain écrit un texte ou qu’un photographe prend un cliché, les deux espèrent que le public lira son travail ou regardera son image. Toi comme moi, nous voulons échanger, nous voulons communiquer, nous voulons montrer notre vision du monde. Donc, oui, cette photo m’appartient toujours mais je suis heureux de la partager.


D’ailleurs, ton reportage sur la frontière afghane et pakistanaise en 85 était l’histoire la plus intelligente et la plus en avance. Aujourd’hui encore, elle est toujours d’actualité. Je me rappelle avoir acheté le National Geographic avec ton histoire, en 1985 à l’aéroport, en partance pour trois mois d’Afghanistan pour Gamma, dont je faisais partie à l’époque et m’être dit : "Mince, c’est ça la vraie histoire à faire sur ce conflit ! Quelle claque !" Il y a une bonne raison. En 1985, quand est paru ce reportage, je bossais déjà sur l’Afghanistan depuis cinq ans. J’avais passé de nombreux mois dans le pays auparavant. Donc, mon reportage était basé sur de nombreux voyage et expériences précédents. Je savais ce que c’était de vivre et de travailler en Afghanistan. Je crois qu’il faut vraiment connaître le pays dans lequel on bosse. Je n’ai pu réussir ce reportage que parce que j’avais déjà été là-bas.

La couleur t’habite, j’imagine que tu es aussi fasciné par la peinture, quels sont tes peintres préférés ? En premier lieu, Caravage. Et Vermeer, bien sûr.


Ton travail époustouflant en couleur avec ce film magique, le Kodachrome, as-tu pu continuer avec le même résultat en numérique ? Comment as-tu vécu cette transition de l’argentique au numérique ? En fait, ça n’a pas changé tellement de choses pour moi. Finalement, je n’ai jamais été si passionné que ça par la couleur.J’aime les couleurs parce que le monde est en couleur. Mais la vie est bien plus intéressante que la couleur. En 2010, tu as eu l’honneur de shooter le dernier film Kodachrome ? C’était comme un adieu, une façon de rendre hommage à Kodachrome. Mais, à l’époque cela faisait déjà cinq ans que j’étais passé au numérique. Tu sais, j’adorais le Kodachrome et j’ai utilisé cette pellicule pendant vingt-cinq ans ! Mais avec le numérique, le travail photographique s’est vraiment amélioré. Je ne regrette pas du tout la pellicule. Et qu’as-tu photographié ? J’ai photographié Robert De Niro, une tribu nomade en Inde. J’ai pris en photo des lieux et des gens emblématiques, des symboles d’un mode de vie en train de disparaître.Normalement, je ne devais prendre qu’une photo par sujet. Mais j’ai fait six portraits de De Niro. C’était une expérience amusante.


Le métier a beaucoup changé avec l’arrivée du numérique, cela a permis à beaucoup de personnes de devenir photographes. C’est un peu comme au football : tout le monde sait taper dans un ballon mais il n’ a pas beaucoup de Messi. Et, en photographie, il n’y aura pas beaucoup de Steve McCurry. Qu’en penses-tu ? C’est le même principe qu’avec l’écriture. Les gens ont toujours eu la possibilité d’écrire un article, une nouvelle ou un roman. Et depuis l’avènement d’Internet, ils ont désormais la possibilité de publier leur travail. Mais seuls quelques écrivains ont le don de nous émouvoir. En photo, il y a aussi peu de photographes qui ont cette vision ou cet œil si particulier. Une poignée d’entre eux, ceux qui ont un don ou un talent, parvient à susciter de l’émotion As-tu le sentiment qu’avec la maturité tu arrives à toucher des limites en photographie que tu ne pouvais pas atteindre auparavant ? Absolument. Je vois le choses bien mieux que quand j’étais jeune. Avec l’expérience, on améliore sa pratique et on approfondit sa passion. On devient meilleur. Penses-tu qu’il est plus difficile de photographier les gens aujourd’hui qu’il y a vingt ou trente ans ? Pas tant que ça. Je crois que si on les approche de la bonne manière, si on arrive à gagner leur confiance, ils acceptent. Bien sûr, il faut expliquer sa démarche et les gens sont en général plus méfiants, a priori. Mais on arrive toujours à travailler avec eux.


Agra, India


Aishwarya Rai, Bombay, India


Pul i Khumri, Afghanistan


Bamiyan, Afghanistan


Iraq


Los Angeles, California, USA


Seal


France


Lhasa, Tibet


Larung Gar, Kham, Tibet


Basilan, Philippines


India


Qala-e-Sabzi, Afghanistan


Philippines


Weligama, Sri Lanka


Pul i Khumri, Afghanistan


M.F. Husain, Bombay, India


China


Between Peshawar and Lahore, India


Jodhpur, India


India


Omo Valley, Ethiopia


Saudi Arabia, Kuwait


Peshawar, Pakistan


Litang, Tibet


Ahmadi Oil Fields, Kuwait


Russia


Yanesha, Peru


Burma/Myanmar


Burma


Omo Valley, Ethiopia


Barkhor, Lhasa, Tibet


Xigaze, Tibet


Kabul, Afghanistan


Kuwait


Havana, Cuba


Hajjah, Yemen


Pul i Charkhi, Afghanistan


Rajasthan, India


Tihamah Plain, Yemen


Maimana, Afghanistan


Emilievergnaud s mccurry2  
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