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Introduction Le rêve… depuis la nuit des temps. Le rêve, celui qui permet de vivre des existences par procuration, celui qui permet de simuler les expériences, ou encore de nettoyer les pensées ou incidents qui viendraient enrailler la machinerie si bien huilée. Le rêve qui permet aussi d’inventer, d’imaginer de recréer. Le rêve comme un magnifique outil pour nous extraire de nos vies si lourdes, si plombées par les règles, contraintes et autres asservissement que nous nous sommes nous-mêmes créés, ou alors que nous contribuons à maintenir, encore. Cette part d’irréel qui est si utile à l’homme mais qui pourrait aussi finir par effrayer des gouvernants ; car n’est-ce pas là qu’on puise les idéaux qui nous donnent envie de transformer l’existant ? N’est-ce pas cela qui provoque incessamment les perturbations et autres dysfonctionnements d’une société que l’on pourrait souhaiter parfaitement équilibrée et monolithique, car étant l’aboutissement de tant et tant de générations. Ces chimères que notre esprit fait naître et que nous tenons alors à partager ne forment elles pas le terreau de l’incivilité, de la désobéissance, de la révolte ? Ne pourrait on souhaiter un monde où tout un chacun se satisferait de ce que lui offre la cité ? Qu’il ne rechercherait pas encore et perpétuellement quelque amélioration qui finirait par créer plus de malheur que cela n’apporterait de bienfaits ? Nous avons résolu ce problème et nous avons tranché. Une société totalement sereine et parfaitement juste comme la notre n’a pas besoin des rêves des individus, elle ne souhaite que la perduration de cet état et que les générations futures puissent bénéficier elle aussi d’une vie paisible et épanouie. Alors nous avons éradiqué le rêve. Nous avons supprimé cette part d’irrationnel incontrôlable dans la tête de nos chers concitoyens. Nous avons créé le bonheur permanent pour tous. Nous avons gagné cette guerre contre l’imaginaire sauvage et perturbant. Et comme dans toute les guerres cela ne s’est pas fait sans victime me suggérez vous. En effet, on peut considérer qu’il y en a eu quelques unes… mais pour le bien être de l’immense majorité, il nous a fallu accepter de sacrifier quelques individus. Oh, pas les plus utiles, bien au contraire. Les oisifs, les paresseux, les révoltés… les rêveurs.

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Nicotine dans mes poumons, dans mes veines, dans mon esprit embrumé... l'air saturé que je respire me semble être le plus sain possible. Les autres ne se rendent pas compte... Ce n'est pas si grave, moi je n'aère jamais ici, cette pièce, mon antre se doit de conserver les flagrances que je cultive et enrichit à chacun de mes passages. Et même en mon absence l’œuvre se poursuit, même sans moi, même toute seule, abandonnée à elle-même elle poursuit son processus de maturation. Sitôt la porte ouverte, je la referme brusquement avec grand fracas. Puis je vérifie qu’effectivement la pièce est hermétiquement close. Alors je profite quelques minutes de l'endroit avant même d'en griller une... si le silence après Mozart est encore du Mozart, alors l’attente avant la première cigarette ne fait qu’en décupler encore l’intensité, tenir le plus longtemps possible, la saisir dans un paquet, la faire rouler entre les doigts tranquillement, la porter à la bouche puis la retirer subrepticement. Et lorsqu’enfin on est prêt à exploser, faire gicler le feu de l’allumette contre le grattoir et rendre incandescent l’extrémité du cylindre blanc… L’endroit est sombre, juste une petite lampe de chevet que j'ai drapé d'une toile pourpre apporte un léger voile jaune lumineux qui peine à transpercer les écrans de fumée. Mes doigts savent trouver l'interrupteur sans que mon esprit n’ait à y songer. Je m'affale sur le fauteuil, des papiers traînent sur la table, ils jonchent le sol, rendant des plus acrobatiques toutes pérégrinations, hasardeuses toutes excursions hors des sentiers balisés. Des papiers couverts de mots esquissés plus qu'écrits, mon regard les survole nonchalamment mais parfois je m'en saisis d'un. Je ne reconnais ni mes mots, ni même l'écriture. L'impression de découvrir la cache secrète d'un étranger. Je pénètre un autre moi-même. .. dont l'univers se résume à une pièce. Mais il n'est pas enfermé, non. Son esprit s'envole dans cette chambre qui sert de piste de décollage... je le rejoins... Son esprit s'envole de cette chambre qui sert de piste de décollage... je le rejoins... je ne sais jamais où il va me mener, mais j’ai confiance. Mon guide sait me faire découvrir d’incroyables sensations, il sait m’apporter à chaque fois ce qui me convient le mieux, s’il me fait connaître la peur c’est juste pour éviter que je ne paraisse ici et ainsi trop longuement, parfois c’est l’euphorie pour me donner l’énergie nécessaire pour continuer lorsqu’il me faudra quitter la pièce… Et quelque soit les émotions et les ressentis, immanquablement je reviens ici. C’est ici et uniquement ici que le monde est vrai.

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Piraterie Brumeuse d'un univers incertain, je fends les convictions et les certitudes pour me laisser porter par mes rêves. Je réinvente le monde qui n'est pas celui du dehors. Il n'y a plus de dehors, il n'y a plus rien de tangible que cette moleskine sous mes fesses... la cigarette se consume dans une assiette qui fait office de cendrier. Peut-être un jour j'en mettrai des vrais, mais pour l'instant je ne me sens pas prêt. Je butte sur l'association de deux mots... j'ai l'impression qu'il devrait me dire quelque chose : Cl... Z.mm.r Je zappe, me saisis d'une autre page, il doit bien y avoir quelque chose d'intelligible à lire ici. Mais les mots me retiennent, je reviens vers la première feuille. Il doit y avoir un contexte, je vais bien finir par comprendre.

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Clown Zimmer. Voilà. Tout me revient alors. Je sais qui je suis. Je suis le Clown Zimmer... je n'amuse pas les petits enfants, j'amuse juste l'enfant qui est resté au fond de moi, terré. Le monde du dehors ne me fait pas rire, il me fait peur, je pars dans mes chimères. J'invente mes compagnons de jeux, parfois j'imagine que les gens autour de moi sont le fruit de mon invention. J'ai l'impression de les connaître, ou simplement de reconnaître leurs visages. Au fond cela me suffit souvent. Parfois j'ai l'audace d'essayer de rentrer en contact avec mes contemporains... Rapidement j'aperçois leur douleur, le manque d'humour qui les habite... alors je fuis. Je ne suis pas assez fort pour me confronter à eux, pas assez drôle pour leur faire oublier le poids de leur peine... Je ne suis que le clown de mon monde. Le clown de la chambre.

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Evolution vers un être plus froid, plus grand, plus cynique. Un être qui comme les autres ne ressentira plus grand chose et ne s’en portera que mieux. Ce sont nos voyages vers les extrêmes qui nous affaiblissent… rêver une autre existence. Rêver d’une autre forme de déchéance. Tendre vers la vie minérale durant le temps qui nous est imparti, prendre les devants sur le chemin de l’Evolution. L’organique est appelé à disparaître, pourquoi être le spectateur de cette irrémédiable agonie alors que l’on peut en être l’acteur majeur si ce n’est magistral. Devenir l’être minéral. Commencer par le plus fragile, le plus vivant. Remonter l’aorte et cristalliser l’organe qui inonde le corps de cet abject liquide… Avant je rêvais d’être un arbre, maintenant je sais que la roche sera mon ultime dessein.

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Fahrenheit 451, température à laquelle le papier s'enflamme , Fahrenheit 212 température de fusion de l’eau, donc majoritairement de l’homme… de moi. Je m’évapore bien avant ce chiffre fatidique. Rejoignant la fumée qui navigue autour de moi, me fondant en elle. Nous entamons quelque ballet onirique, sans savoir où cela nous mènera, qui veut nous suivre ? Une fente dans le mur permet de quitter cet espace rassurant, je me retrouve à l'extérieur. La peur, ce monde change si vite, alors que moi je reste toujours le même. Les choses entrent en moi, s'y transforme. Mais moi je suis là, identique à tout instant. Et j'épouse toutes les formes que mon esprit ose envisager. Je me retrouve dans les rues, et une impression de pesanteur m'étreint alors.

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Anima Psyché ébauchée, les contours de mon cerveau dessinent une empreinte animale, sauvage. Je serais tenté de me fuir tout comme je fuis les autres… les autres qui me sont extérieurs car je ne peux éviter ceux qui me constituent, ce n’est plus un loup des steppes, c’est toute la meute qui a élu domicile et trouvé abri dans mon crâne accueillant. Parfois, je serais tenté de fomenter une chasse à cour, mais je n’ai pas encore suffisamment de chiens de chasse. Pourtant j’essaie d’en dresser ou d’en adopter. Mais souvent ils se mangent entre eux, s’entretuent, s’estropient… atrophie d’une cervelle poreuse. Un jour, ce sera un zoo. Parfaitement bien rangé. Et, je le ferai visiter… peut-être même gratuitement. Je n’ai pas tant besoin d’argent. Puis sinon j’ouvre le coffre de l’autre pièce.

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Fantôme fluorescent, je reste invisible aux autres, indivisible malgré ma multiplicité. Indéfectible malgré ma duplicité. Individu digeste, insecte concupiscent, exégète hérétique… mon chemin est parsemé de croix, elles fleurissent sur mon passage, je ne suis que le révélateur. Peut-être pourrais je comme un petit Poucet morbide tenté de refaire le chemin à l’envers… il y aurait une explication, un sens à tout cela ? Mais non, je n’ai plus goût à me balader dans les cimetières, je préfère meubler mon présent de chimères que de vivres dans quelque chimérique passé.

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Détournement d'esprit, circonvolution de mon être, évanescence de mes pas… je me balance en rythme pour accompagner la musique, oscillations hallucinatoires de l’être sensible. Je me penche encore un peu en avant et sens le gouffre s’ouvrir sous mes pieds, je perds prise. Comme souvent, je me jette dans le vide dans l’attente que quelque main vienne ensuite me saisir. Mince espoir de celui qui sait qu’il n’y a rien à attendre des autres… mais qui sait aussi qu’on ne peut guère plus attendre de soi-même . A conserver ainsi les mains dans le dos on réduit encore les chances qu’on puisse vous rattraper… On a le goût du risque, ou on ne l’a pas. On se grise aux émotions fortes et on ferme les yeux pour oublier les murs. On entend l’air siffler à nos oreilles, mais on omet la vitesse que l’on atteint, on évite de penser que passer la vitesse critique il ne sera plus possible de s’arrêter sans dégats. Que les larmes versées par les autres deviendront peut-être une mer où amerrir en douceur… mais c’est consciemment qu’on oublie que ce n’est pas cela qui nous sauvera, qu’à notre célérité actuelle la nappe se muera en chape indestructible.

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Impulsion buccale, je souhaiterais tant me spÊcialiser dans le cri, abandonner les arabesques du langage pour ne me concentrer plus que sur l’intensitÊ et les variations des sons.

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SIDEWALK Je vois les vestiges d'une existence superficielle Je supporte des pieds sans destinations, et pourtant si pressés d'y arriver Piste d'atterrissage de ces rats volants, hôtes d'une indifférence virale Peux importe, je me lave de ces maux. Souvent m'est offert en offrande un liquide purgatoire Je suis un terrain de jeu pour ces enfants, preuve d'un futur où l'utopie n'est pas, car eux y croient Et pourtant, j'offre mon corps à des hordes de corbeau avides d'un vide cénesthésique J'abrite des seringues, réminiscence d'un allez retour pourpre pour une capiteuse saveur fantasmagorique Gathering of the human activity field Symbol of your poverty and your misery I am the substitute of your misleading Gathering of the human activity field The window of the forgotten I lead your shadows to walk by my side -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

01 - Nicotine 02 - Fog Piracy 03 - Clown Zimmer 04 - Evolving 05 - Farheineit 451 06 - Drafted Anima 07 - Toward 08 - MindJack 09 - Suckin Pulse 10 - Black Dive 11 - SideWalk 12 - Backward 13 - Dirty Prism 14 - Venom

Nicotine Piraterie Brumeuse Clown Zimmer Evolution Farheineit 451 Psyché d'ébauché Vers Détournement d'esprit Impulsion buccale Plongeon noir Trottoir Retour arrière Prisme poussiéreux Venin

Nicotine Piraterie Brumeuse Clown Zimmer Evolution Farheineit 451 Anima Psyché ébauchée Vers Détournement d'esprit Impulsion buccale Plongeon noir Trottoir Retour arrière Prisme poussiéreux Venin

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Nicotine  

Ecriture spontanée sur musique de Raf

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