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Ambassade de l’Inde - AVRIL/MAI 2012 - Numéro 406


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Editorial Sommaire

Chers lecteurs,

FENÊTRE SUR LA CULTURE INDIENNE • La dernière moisson Exposition d’œuvres de Rabindranath Tagore au Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

3-4

• Visite guidée de la Dernière Moisson : Peintures de Rabindranath Tagore

5

• Revisiter les idées sur l’éducation de Swami Vivekananda

6-10

INTERVIEW • Interview de Girdhari Maharaj

11-13

AUTRES FACETTES DE L’INDE • Ayurveda : votre santé commence au marché

14-17

• L’art et l’artisanat (suite et fin)

18-23

• Visite du navire garde-côtes indien à Maurice, aux Seychelles et à la Réunion

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• Peintures rares du Deccan dans les musées français

25-28

• Moti Mahal : quand la cuisine est une affaire de famille

29-30

DESTINATIONS A DÉCOUVRIR • Les vallées idylliques de Yumthang et Tsopta au Sikkim, une touche de paradis

31-32

• Gros plan sur le Manipur

33-36

ECHOS ET SENTEURS DE L’INDE

37-38

REVUE DES LIVRES

39-40

LE COIN DES ÉCHOS

41-3ème de couv.

Publié par le Service Presse, Information et Culture de l’Ambassade de l’Inde 15, rue Alfred Dehodencq, 75016 PARIS Tél. : 01 40 50 50 18 - Fax : 01 40 50 09 96 E-Mail : cpic.paris@ambinde.fr

Ce numéro est placé sous le signe de la modernité et de la tradition, à l’image de notre pays. Modernité avec un article sur « La dernière moisson », expositions d’œuvres de Rabindranath Tagore qui s’est déroulée au Petit Palais du 26 janvier au 11 mars dernier. Rabindranath Tagore sut, en effet, s’affranchir de la tradition pour ouvrir la voie de la peinture moderne en Inde et cette exposition en est la parfaite illustration. Modernité aussi avec un article sur les idées que Swami Vivekananda, grand réformateur spirituel et philosophe, avait sur l’éducation et qui sont toujours d’une étonnante actualité. Tradition avec le dernier article de la série consacrée à notre art et notre artisanat, avec un nouvel article consacré à l’Ayurveda, une des formes les plus anciennes de la médecine de l’humanité. Tradition encore avec un article sur les miniatures du Deccan dont plusieurs musées français possèdent des exemplaires. Tradition avec un portrait du père de l’un des plats les plus traditionnels de la cuisine indienne, le poulet tandoori, Shri Kundal Lal Gujral. Tradition et modernité également à travers l’interview de l’un des grands maîtres du style de danse classique Kathak, originaire de Jaipur, Shri Girdhari Maharaj, qui tout en transmettant toutes les subtilités de ce style a su s’ouvrir sur la modernité en mêlant au Kathak danse contemporaine, hip hop, flamenco. Nous découvrirons aussi dans ce numéro la visite du gardecôtes indien Vijit qui s’est récemment rendu pour des exercices en commun, à l’Ile Maurice, les Seychelles et la Réunion. Nous remercions les lecteurs de nous avoir retourné le questionnaire relatif aux Nouvelles de l’Inde qui va nous permettre la mise à jour de notre fichier.

Rédacteur en chef : Nina Tshering La, Conseiller (PIC) Assistante de rédaction : Viviane Tourtet. Contributeurs du numéro : Eric Bhat, Dr. Shashi Dharmadhikari, E.B., Incredible India, India Brand Equity Foundation, India Travel Online, Kamal Kant, Sylvain Lecombre, Bikas C. Sanyal, Service Commercial de l'ambassade de l'Inde, Viviane Tourtet. Imprimé par : Imprimerie et Editions Henry 62170 Montreuil/Mer - Tél. 03 21 90 15 15 Mentions : Toute correspondance sera adressée au Service Presse, Information et Culture, Ambassade de l’Inde, 15, rue Alfred Dehodencq, 75016 PARIS Les opinions exprimées dans les articles signés ne sont pas nécessairement celles de l’Ambassade de l’Inde. Photos 1ère et 4ème de couverture : Peintures de Rabindranath Tagore © National Gallery of Modern Art, New Delhi

Bonne lecture à tous ! Nina Tshering La Conseiller (Presse, Information & Culture)


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FENÊTRE FENÊTRESUR SURLA LACULTURE CULTURE INDIENNE INDIENNE

Pour célébrer le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Rabindranath Tagore, le gouvernement indien a pris en 2011 l’initiative de faire circuler dans le monde (Amérique, Asie, Europe) trois expositions destinées à faire découvrir un aspect jusque là très méconnu de sa prodigieuse activité créatrice : ses peintures et dessins sur papier. C’est une de ces trois expositions qui, du 26 janvier 2011 au 11 mars 2012, fut reçue à Paris, au Petit Palais , après avoir été présentée au Musée d’art asiatique de Berlin et avant d’être accueillie à la Galerie nationale d’art moderne de Rome. Les 98 œuvres qui constituaient cette exposition ont permis d’avoir une connaissance très complète des différents thèmes développés par Tagore entre 1928 et 1939 : visages d’hommes et de femmes, animaux fantastiques, scènes mystérieuses car laissées volontairement sans titres, paysages ainsi que de ses différentes manières : lignes sinueuses ou au contraire très géométriques, goût espiègle pour la caricature mais aussi recherche de la beauté pure, grand raffinement de la couleur aussi bien que maîtrise du noir et blanc. L’exposition de ces peintures et dessins fut une réelle découverte pour le public parisien –et probablement aussi pour tous les autres publics de par le monde– qui a pu reconnaître en Rabindranath Tagore un authentique représentant de l’art moderne en Inde tant son œuvre présente d’affinités avec ce qui a fondé la modernité en Occident : le primitivisme, le symNouvelles de l’Inde n° 406

© National Gallery of Modern Art, New Delhi

LA DERNIÈRE MOISSON EXPOSITION D’ŒUVRES DE RABINDRANATH TAGORE AU PETIT PALAIS, MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LA VILLE DE PARIS

bolisme et l’expressionnisme. Mais au-delà de ces catégories ce qui caractérise avant tout son art pictural et graphique, comme d’ailleurs les autres domaines de sa création, c’est la recherche intense de l’émotion née de l’observation poétique de la nature et de l’humain et de l’amour qu’il leur portait. Paris se devait tout particulièrement de recevoir cette exposition puisque c’est dans cette ville, qu’en 1930 Tagore montra pour la première fois ses peintures issues, comme il l’a souvent expliqué, des images surprenantes que faisaient naître les ratures qu’il traçait dans

ses manuscrits. Anna de Noailles rédigea la préface à cette exposition qui se tint dans une galerie de Montmartre, la galerie Pigalle. Tagore était alors âgé de soixante neuf ans. Il venait d’enrichir sa création d’une « dernière moisson » (c’était le titre de l’exposition), celle de la peinture, où il a su montrer, comme dans ses autres récoltes, toute sa profondeur, son authenticité et son originalité. Il est certain que l’immensité de l’œuvre de Tagore aurait pu donner lieu à une beaucoup plus grande exposition qui aurait permis de rendre compte des multiples aspects de sa création : poésie, ro3


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LA DERNIÈRE MOISSON : EXPOSITION D’ŒUVRES DE RABINDRANATH TAGORE AU PETIT PALAIS, MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LA VILLE DE PARIS

mentaire « Rabindranath Tagore, portrait d’un sage » réalisé en 1995 par le cinéaste français Sylvain Roumette fut regardé avec grand intérêt par le public qui y trouva sous une forme très attractive beaucoup d’éléments d’information. A l’auditorium du musée, un public nombreux assista à la projection des deux très beaux films de Satyajit Ray d’après des romans de Tagore « Charulata » et « La maison et le monde » qui apportèrent une dimension supplémentaire à l’exposition.

Par la qualité de l’attention portée par les visiteurs à l’œuvre qui leur était présentée, cette exposition fut pour le Petit Palais un moment exceptionnel, l’occasion d’une rencontre privilégiée avec une personnalité d’une si grande richesse qu’elle ne peut que laisser de profondes et durables résonances en chacun. ❑ Sylvain Lecombre Conservateur au Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

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© National Gallery of Modern Art, New Delhi

© National Gallery of Modern

Art, New Delhi

© National Gallery of Modern Art, New

Delhi

mans et nouvelles, théâtre, musique, œuvre éducative et prises de position sur les graves questions qui ont pu opposer les hommes mais ces peintures –cet art sans les mots qu’il avait découvert et qu’il avait fait sien avec beaucoup d’engagement – ont ceci de particulier qu’elles peuvent être perçues partout dans le monde sans le secours d’aucune traduction. L’exposition, même limitée à cette partie de sa création, a cependant permis d’évoquer toute la dimension de l’artiste et du penseur qu’était Tagore. L’excellent docu-

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VISITE GUIDÉE DE LA DERNIÈRE MOISSON : PEINTURES DE RABINDRANATH TAGORE

© Arnaud Olszac

© Arnaud Olszac

Le 9 mars 2012, dans le cadre de la commémoration en cours du 150ème anniversaire de la naissance de Gurudev Rabindranath Tagore, l’Ambassade de l’Inde a organisé une visite guidée de « La Dernière Moisson », une exposition d’œuvres de Tagore au prestigieux musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris - Petit Palais au cœur de Paris.

sion globale plus profonde du musicien, écrivain et philosophe derrière le peintre. La matinée s’est achevée sur une discussion animée au sein du groupe et la promesse de la Chargée d’Affaires, Mme Kumar, de continuer ce dialogue artistique lors d’un événement organisé le 14 mars 2012 à l’ambassade. Chaque visiteur a remporté chez lui un volume commémoratif sur Tagore comme souvenir de son ❑ expérience. Viviane Tourtet

© Arnaud Olszac

Tandis que l’exposition a déjà attiré depuis l’ouverture de l’exposition le 26 janvier 2012 des flots de visiteurs intéressés, cette manifestation unique a permis aux amoureux de Tagore de redécouvrir les œuvres exposées, guidés par le commentaire expert de la célèbre artiste et musicienne, Mme Sharmila Roy.

duction artistique, musicale et littéraire, guidés bien sûr, par l’éminente spécialiste de Tagore. Mme Roy a conduit le groupe à travers l’exposition et a systématiquement retracé l’évolution du peintre chez Tagore, depuis les ratures à l’encre sur ses manuscrits à ses paysages et portraits évocateurs et lyriques. Ses commentaires détaillés ont mis l’accent sur l’utilisation de divers techniques, matériaux, influences et styles, citant des anecdotes et des extraits de ses écrits. Le groupe a ainsi été à même d’avoir une compréhen-

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La Chargée d’Affaires, Mme Gaitri Kumar, a accueilli un groupe enthousiaste de 50 personnes au début de la visite, expliquant que le but de cet événement était de donner aux amoureux de l’art une chance de replacer les quelque 85 œuvres exposées dans le contexte plus large de l’immense pro5


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REVISITER LES IDÉES SUR L’ÉDUCATION DE SWAMI VIVEKANANDA

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femmes, l’éducation des masses et pour finir le besoin d’une interface entre science et religion dans le monde d’aujourd’hui. Les idées de Swami Vivekananda sont toujours et plus que jamais d’actualité. 1. Définition de l’éducation : pour Swamiji, l’éducation était « la manifestation de la perfection déjà présente chez l’homme. » « Ce qu’un homme ‘apprend’ est vraiment ce qu’il « découvre » en soulevant le couvercle de sa propre âme qui est une mine de connaissance infinie. » La connaissance est inhérente à l’être humain, tout comme l’étincelle l’est au morceau de silex et tout ce dont on a besoin est l’apparition de la suggestion pour la faire naître. Selon Swami Prabhananda, Secrétaire Général de la Ramakrishna Math et Mission, la « manifestation indique la croissance spontanée, pourvu que les obstacles, si il y en a, soient supprimés ». Il explique le terme « perfection » comme « but pour réaliser le plus haut potentiel humain » et le but « varie d’une société à l’autre » ; dans le contexte de la vaste expérience de la perfection de la civilisation indienne, elle peut être interprétée à deux niveaux. Au niveau métaphysique, la perfection signifie la réalisation de la propre nature toujours parfaite de l’âme. Au niveau empirique, selon Vivekananda lui-même, la perfection signifie atteindre le stade où « l’on tient sur ses propres jambes », bien équipé pour remporter la bataille de la vie avec un « esprit de philanthropie »… Prabhananda interprète la phrase « déjà en l’homme » comme le potentiel de l’être humain qui a trois aspects (1) la capacité, signifiant l’acquisition d’une caractéristique

© fr.wikipedia.org

Selon un sondage OpinionWay pour Appel (Association des parents d’élèves de l’enseignement libre) publié le 3 mars dernier, 9 Français sur 10 sont favorables à une réforme dans l’éducation. Tous les ministres qui se succèdent en sont conscients : orientation, revalorisation du métier d’enseignant, réforme du lycée, violences scolaires, accompagnement des enfants en situation de handicap, place de l’alternance, rythmes scolaires, parcours adaptés aux élèves qui rencontrent des difficultés… appellent des réformes. Bikas C. Sanyal, directeur de la Maison de l’Inde, Vice-Président de l’UNESCO International Institute for Capacity Building en Afrique, s’est penché dans le cadre du 150ème anniversaire de la naissance de Swami Vivekananda, grand réformateur spirituel et philosophe, sur les constitutions de l’UNESCO et de la Ramakrishna Mission. Sur les 7 objectifs de la Ramakrishna Mission fondée en 1897 par Swami Vivekananda, 6 traitent de l’éducation, de la science et de la culture que nous retrouvons dans le but et les moyens à mettre en œuvre de l’UNESCO dont la Constitution remonte à 1945. Ainsi Vivekananda dressait précisément les idéaux de l’éducation plus de 50 ans avant la création de l’UNESCO ! Bikas C. Sanyal a sélectionné six des pensées et actions proposées par Swami Vivekananda que nous vous invitons à découvrir ci-dessous et qui pourront nourrir votre réflexion sur les réformes de l’éducation. Elles concernent la définition de l’éducation, la nécessité de combiner valeurs spirituelles et laïques dans l’éducation, l’éducation morale et éthique, l’éducation des

Portrait de Vivekananda, photo prise à Chicago en septembre 1893

ou d’une compétence spécifique qui rend l’apprentissage possible, (2) la propension, la probabilité à faire quelque chose quand l’occasion se présente, ce qui implique le développement de l’apprentissage et (3) la capacité, la compétence à travailler pour atteindre un résultat qu’on s’est fixé avec la force de se débarrasser des obstacles pour apprendre. Ceci implique que l’on se développe ou que l’on se donne les moyens en se formant soimême. 2. Idée de Vivekananda sur la nécessité de combiner éducation spirituelle et laïque Il ressort de ce que nous venons de mentionner ci-dessus qu’au sens spirituel, l’éducation est le processus qui consiste à découvrir la capacité, la propension de l’être humain à réaliser la nature toujours parfaite de sa propre âme. Au sens laïc, l’éducation est le processus qui consiste à provoquer chez un être humain la capacité, la propension à se développer et à se donner Nouvelles de l’Inde n° 406


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les moyens pour ne dépendre que de soi avec un esprit de philanthropie. On peut noter ici la continuité des valeurs laïques et spirituelles dans la définition de Vivekananda de l’éducation. Au sujet des valeurs laïques, Vivekananda poursuit : « L’éducation n’est pas la somme d’informations que vous mettez dans votre cerveau et qui y reste non digérée toute votre vie. Nous devons construire notre vie, bâtir notre personnalité en assimilant les idées. » 3. Appel de Swamiji en faveur d’une éducation morale et éthique M. Sanyal note que la discrimination et la hiérarchie sont d’actualité comme elles l’étaient à l’époque de Swamiji. Chaque religion se considérait comme la meilleure de l’époque tout comme aujourd’hui et n’hésitent pas à se sous-estimer les unes les autres. Consterné par le fanatisme exprimé par les différentes religions, Swamiji parcourut le monde pour montrer que son maître, Sri Ramakrishna, lui avait appris de par sa propre expérience et des exemples que toutes les religions menaient à un seul et même but. « La religion ne réside pas dans les doctrines et les dogmes, ni dans le progrès intellectuel. C’est dans la manière d’être et de devenir. C’est la réalisation. » « Elle est la partie la plus profonde de l’éducation. » C’est « la manifestation de la divinité déjà en l’homme », dit le Swami. C’est la raison pour laquelle il proclama au Parlement des Religions à Chicago en 1893 : « Le sectarisme, la bigoterie et l’horrible fanatisme qui en découle se sont emparé depuis longtemps de cette terre magnifique. Ils ont rempli la terre de violence… Mais leur temps est révolu et j’espère avec ferveur que la cloche qui a sonné ce matin en honneur de cette convention soit le coup de Nouvelles de l’Inde n° 406

grâce de tout fanatisme, de toutes les persécutions. » Hélas, la terre est autant remplie de violence aujourd’hui qu’à l’époque, si ce n’est plus. Ce qui s’est passé le 11 septembre 2001 à New York et le 26 novembre 2008 à Mumbai est la cruelle démonstration de la menace continue de la mauvaise utilisation et interprétation de la religion. Vivekananda a mis en garde : « les mots les plus nobles de la paix que le monde ait jamais entendus sont venus des hommes du plan religieux. Dans le même temps, la dénonciation la plus amère que le monde ait jamais connue a été prononcée par des religieux. » Le monde actuel traverse cette crise. Cela nous rappelle qu’il faut renforcer l’importance que le Swami a donnée à l’éducation pour cultiver la paix, la tolérance et l’inclusion. Sa création de la Ramakrishna Math et Mission où l’on est supposé croire en théorie à l’universalité de la religion mais aussi la pratiquer, fut l’une des plus grandes contributions qu’il ait donnée à la race humaine en général et aux Indiens en particulier. En 2010, on recensait 172 centres dont 42 dans 19 pays en dehors de l’Inde. Il existe 1506 institutions d’enseignement de divers types avec plus de 400 000 étudiants bénéficiant autant que possible de l’éducation telle que Swamiji l’envisageait. Les idées de Vivekananda sur l’éducation morale et éthique avait plusieurs autres dimensions. Tout d’abord, on pouvait observer sa précaution quant à la formation intellectuelle… « Des hommes irréligieux ont été produits à partir de la formation la plus intellectuelle. C’est l’un des maux de la civilisation occidentale, l’éducation intellectuelle qui ne tient pas compte du cœur. Cela produit des hommes dix fois plus égoïstes. » « Quand il y a conflit entre le cœur et le cerveau, écoutons le cœur… C’est le cœur qui transporte vers un plan

supérieur, ce que ne peut jamais atteindre l’intellect ; cela va audelà de l’intellect et atteint ce que l’on désigne sous le nom d’inspiration », affirmait-il. Nous observons aujourd’hui dans une société dominée par le marché que l’avidité pour le progrès matériel est sans limite. Il prévoyait déjà le phénomène il y a plus de 110 ans quand il disait : « L’intellect a été cultivé avec pour résultat que des centaines de sciences ont été découvertes, qui ont eu pour effet que quelques-uns ont fait des esclaves du plus grand nombre – c’est tout le bien qui en a résulté. Des désirs artificiels ont été créés. Et chaque pauvre homme, qu’il ait ou non de l’argent, désire satisfaire ces besoins, et quand il n’y parvient pas, il lutte et meurt au combat. » Dans le contexte d’aujourd’hui, nous pouvons interpréter son avis de manière globale comme nous l’observons. La déforestation, le réchauffement climatique, la pollution de l’eau et de l’air sont des conséquences du développement industriel pour répondre aux besoins matériels rendant la vie sur terre difficile. Le développement de l’ingénierie génétique, la génomique, la biotechnologie et la bio informatique ont apporté avec leurs bienfaits le problème du clonage génétique, des mères porteuses et l’intrusion dans l’intimité. L’impact de l’éthique peut se mesurer dans la haute technologie, des domaines comme la biologie et la médecine ainsi que les mystérieux caprices de l’informatique, un phénomène qui touche toutes les sphères et notamment la vie privée. Si nous négligeons de faire un lien entre l’éthique de base et le progrès technologique, nous entrerons dans une ère de « barbarisme au visage humain ». Deuxièmement, il a insisté sur la leçon de son maître Sri Ramakrishna qui avait indiqué que « les 7


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4. Les pensées de Vivekananda sur l’éducation des femmes Les femmes en Inde étaient laissées en arrière des hommes dans le domaine de l’éducation à l’époque du Swami. La situation s’est améliorée mais pas suffisamment pour qu’on ne s’en préoccupe pas, ou qu’on s’en désintéresse. Observant la situation de l’éducation des femmes, Swamiji se lamentait que le pays du Vedanta où un seul et même soi est présent dans tous les êtres pouvait présenter autant de différences entre les hommes et les femmes. Il citait Manu qui proclamait qu’il fallait soutenir et éduquer les filles avec autant de soin et d’attention que les garçons. Il 8

© http://www.belurmath.org/

religions du monde ne sont ni contradictoires, ni antagonistes. Ce ne sont que plusieurs phases d’une religion éternelle… Que notre maître mot alors soit acceptation et non exclusion. Pas seulement tolérance car la soi-disant tolérance est souvent blasphème.. J’accepte toutes les religions qui étaient dans le passé et les vénèrent toutes. Je vénère le Dieu de chacune d’entre elles sous quelque forme qu’elle vénère Dieu… Je ferai non seulement tout cela mais je garderai mon cœur ouvert à toutes celles qui viendront à l’avenir. » Nous nous souviendrons du message de son maître cité plus haut « Toutes les religions conduisent au même but. » La religion devient la science de la spiritualité. Troisièmement, ses pensées comme : - Aider et non combattre - Assimilation et non destruction - Harmonie et paix et non dissension - Chacun doit assimiler l’esprit des autres et préserver pourtant son individualité et se développer selon sa propre loi de développement (…) Swamiji nous alerte déjà sur le besoin « d’apprendre à vivre ensemble », un des slogans de l’UNESCO pour le 21ème siècle. Ramakrishna Math and Mission à Belur

observait aussi que les nations pourraient atteindre un statut plus élevé en respectant davantage les femmes. Celles qui ne le faisaient pas, ne pourraient jamais prétendre s’élever. Il affirmait aussi que ce n’était que dans les foyers où les mères étaient éduquées et pieuses que de grands hommes naissaient. Pour promouvoir l’éducation des femmes dans le pays, il eut l’idée suivante. « J’ai dans l’esprit d’éduquer des brahmacharins et brahmacharinis, les premiers feront éventuellement le vœu de sannyasa et essaieront d’apporter la lumière de l’éduca-

tion parmi les masses, de village en village, à travers le pays tandis que les secondes feront la même chose parmi les femmes. Mais tout le travail doit se faire dans le style de notre pays. Tout comme des centres doivent être mis sur pied pour les hommes, des centres doivent être mis sur pied pour enseigner aux femmes… Les principes qui contribuent au développement d’un caractère idéal doivent être enseignés à l’aide de la science moderne, et les étudiantes doivent être formées à la vie éthique et spirituelle. Nous devons veiller à ce qu’elles deviennent des maitresses Nouvelles de l’Inde n° 406


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de maison idéale ensuite. Les enfants de telles mères feront à leur tour des progrès dans les vertus qui caractérisent leurs mères. Il insistait aussi sur la combinaison entre les aspects spirituels et laïcs y compris les aptitudes de la vie quotidienne. « La religion, les arts, la science, l’entretien de la maison, la cuisine, la couture, l’hygiène, les rudiments de ces sujets doivent être enseignés à nos femmes… Mais ne leur apprendre que les rites d’adoration ne sert à rien ; leur éducation doit leur ouvrir les yeux sur toutes les matières (…)

5. Les pensées de Vivekananda sur l’éducation des masses (…) « Mon cœur souffre en pensant à la condition des pauvres et des classes inférieures en Inde, se lamentait Vivekananda. « Faire de la politique ne procure aucun résultat tant que les masses en Inde ne sont pas davantage éduquées, bien nourries et bien soignées ». Alors qu’aujourd’hui les experts du pro-

grès essaient de démontrer la correlation qui existe entre le progrès économique et éducatif, Swamiji percevait « Une nation a progressé proportionnellement à la manière dont l’éducation et l’intelligence se répandent parmi les masses. » Il procura également des moyens pour parvenir à éduquer les masses, les pauvres. Premièrement, il fit une suggestion pédagogique pour leur

La Ramakrishna Sarada Mission, établie en 1954, exclusivement pour les femmes et gérée par des femmes, reflète les pensées de Vivekananda sur l’éducation des femmes. Elle organise des activités philanthropiques, culturelles et éducatives tant en Inde qu’à l’étranger. La mission dirige plusieurs écoles, écoles supérieures et centres de formation professionnelle pour les femmes. Des programmes sont également mis en place pour les filles des quartiers défavorisés. La Mission travaille notamment dans les zones rurales. Ses activités suivent le message de Swamiji « Eduquer vos femmes d’abord puis laissez-les livrées à elles-mêmes ; elles vous diront alors quelles réformes leur sont nécessaires. » (…) Le message de Vivekananda sur l’éducation des femmes est encore plus important aujourd’hui quand, au nom de la religion, les femmes de certaines régions du monde sont dépourvues de l’accès à l’éducation et aux soins, aux droits du travail et autres droits de l’homme fondamentaux. Nouvelles de l’Inde n° 406

© Koba-chan en.wikipedia.org

Ne retrouve t’on pas dans le slogan de l’UNESCO des traces de cette déclaration : « Eduquez un homme, vous éduquez un individu ; éduquez une femme, vous éduquez toute une famille. »

J.N. Tata, fondateur de l’Indian Institute of Science

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faire prendre conscience comme Paula Freire le fera 60 ans plus tard. « Donnez-leur des idées », disait-il, « c’est la seule aide dont ils ont besoin, le reste suivra. » Deuxièmement, il suggéra que l’instruction pour les masses devrait se faire dans la langue maternelle. « Les idées doivent donc être enseignées dans la langue du peuple. » Troisièmement, il prescrivit d’instiller une culture de l’apprentissage pour soutenir l’éducation que le peuple reçoit. Quatrièmement, il conseilla d’enseigner des connaissances de la vie, le commerce, l’agriculture, etc. Cinquièmement, il mit en garde : éduquer n’est pas suffisant, un enfant pauvre préfèrera travailler pour aider ses parents démunis plutôt qu’étudier. Il suggéra aux sannyasins de s’organiser comme professeurs de sujets laïcs en plus de la religion et de répandre l’éducation porte à porte. 6. L’idée de Vivekananda sur l’interface entre science et religion. La contribution spirituelle de Swamiji est bien connue. Mais on sait peu de choses sur sa philosophie scientifique. Elle nous fut révélée à travers une conversation qu’il eut avec l’industriel philanthrope Jamshedji Tata en 1893 durant son séjour à Chicago. Comme le rapporte le Président de la République de l’époque, Dr. A.P.J. Kalam, dans un discours lors de l’inauguration du Vivekananda Institute of Value Education and Culture à Porbandar le 12 janvier 2006, « Swamiji demanda à Jamshedji pour quelle mission il voyageait. Jamshedji dit qu’il voulait apporter l’industrie de l’acier en Inde. Swami Vivekananda le bénit. Il lui suggéra que la technologie de l’acier avait deux composants, l’un étant la science de l’acier, l’autre la technologie de fabrication. Ce que vous pouvez apporter dans ce pays au niveau de la technologie matérielle, vous devrez bâtir la science matérielle dans le 10

pays. Jamshedji y repensa à maintes reprises et prit une décision. Il traversa l’Océan Atlantique, parla aux Américains et rapporta la technologie de fabrication de l’acier. Et Tata Steel fut établi à Jamshedpur. » L’intérêt de Vivekananda pour le progrès scientifique et technique de l’Inde continua à travers Tata. L’Indian Institute of Science fut inauguré à Bangalore en 1909. Swami Vivekananda eut la vision d’une Université à Belur Math qui aujourd’hui est une réalité. La science et la spiritualité devraient être intégrées dans cette université. La School of Mathematical Sciences et la School of Indian Heritage sont en cours de construction côté à côte pour faciliter l’intégration. (…) Il est intéressant de noter pour conclure que les quatre piliers de l’éducation fixés par la Commission Internationale sur l’Education pour le 21ème siècle, présidée par Jacques Delors, dans son Rapport à l’Unesco, à savoir « Apprendre pour savoir », « Apprendre à faire », « Apprendre à vivre ensemble et Apprendre à vivre avec les autres » et « Apprendre à être » convergent avec les pensées de Vivekananda sur l’éducation. « Apprendre à savoir présuppose apprendre à apprendre, en faisant appel au pouvoir de concentration, de mémoire et de pensée ». Swamiji disait que la « concentration est l’essence de toute connaissance ; rien ne peut être fait sans elle ». « Apprendre à savoir et apprendre à faire sont dans une certaine mesure indissociables mais apprendre à faire est plus étroitement lié à la question de la formation professionnelle ». Swamiji disait : « Ce serait mieux si les gens recevaient une petite éducation technique pour qu’ils puissent trouver du travail et gagner leur vie… » Au sujet d’« apprendre à vivre ensemble et apprendre à vivre avec

les autres », la Commission dit « La tache de l’éducation est d’enseigner, à un moment, la diversité de la race humaine et la prise de conscience des similarités entre les humains et leur interdépendance. » Swamiji disait : « Chacun doit assimiler l’esprit des autres et préserver pourtant son individualité et grandir selon son propre mode de développement. » « Apprendre à être » , pour la Commission, il s’agit du but du développement, à savoir la réalisation complète de l’homme ». Swamiji disait : « C’est l’éducation qui fait l’homme que nous voulons partout ». La contribution de Vivekananda en tant que fondateur de la Ramakrishna Mission a été reconnue tout d’abord par le Directeur Général de l’Unesco en 1993. Une mention honoraire du Prix de l’Unesco Madanjeet Singh pour la Promotion de la Tolérance et de la Non-Violence a été attribuée en 2002 à l’organisation de Vivekananda pour « ses activités continues en faveur de la paix et du bonheur parmi les hommes quelque soit leur caste ou leur croyance religieuse. » Le monde d’aujourd’hui fait face à d’importants défis : la crise de l’environnement et les désastres naturels qui en découlent, le fanatisme religieux et l’intolérance, la violence et le terrorisme qui en découlent, le consumérisme non régulé et ce qui en découle, l’avidité, la corruption, la crise économique et l’inégalité accrue des chances, la demande des peuples des droits de l’homme fondamentaux, la paix et la démocratie. Etant donné que la Ramakrishna Mission s’attaque aux mêmes problèmes, l’UNESCO doit établir des relations officielles avec la Ramakrishna Mission avec un statut consultatif en tant qu’Organisation Non Gouvernementale pour construire un monde ❑ meilleur. Bikas C. Sanyal Traduction Viviane Tourtet Nouvelles de l’Inde n° 406


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INTERVIEW INTERVIEW DE GIRDHARI MAHARAJ

Guruji, vous êtes l’un des grands maîtres du style de danse Kathak, danse à l’origine dévotionnelle, puis danse de divertissement à la cour des souverains moghols. Trois écoles (Jaipur, Lucknow et Bénarès) ont fixé les règles de ce style de danse. Vous êtes vousmême héritier de la tradition de danse Kathak de la Gharana de Jaipur et avez créé votre propre école, la Kathak Kendra de Jaipur. Qu’est-ce qui différencie les trois grandes écoles de Kathak et pourquoi avez-vous créé votre propre école ? La danse Kathak connaît trois différents courants ou styles appelés « Gharanas », la Jaipur Gharana, la Lucknow Gharana et la Benaras Gharana. Les danseurs de la Jaipur Gharana sont reconnus pour avoir un jeu de pieds complexe et puissant, de riches constructions rythmiques dans leur danse, des pirouettes rapides et nombreuses et enfin une forte énergie et un dynamisme dans leur danse. La danse de la Jaipur Nouvelles de l’Inde n° 406

Gharana est considérée comme étant la plus énergétique comparativement aux autres courants. La Lucknow Gharana est reconnue pour la grâce et la souplesse de ses mouvements. C’est un style empreint d’une grande élégance et marqué par un rythme très lent. La Benaras Gharana est surtout connue pour les syllabes particulières des danseurs qui sont différentes de celles utilisées pour le tabla ou le pakhawaj. Ce style est également plus orienté vers des thèmes spirituels. Cependant, de nos jours, chaque style tend à combiner toutes ces différentes tendances. Depuis huit générations, notre famille est au Rajasthan et de père en fils, nous nous transmettons l’art de la danse Kathak du style de Jaipur. Dans le passé, nous avons souvent offert nos services à la cour du Maharaja que cela soit pour des concerts de musique ou des prestations de danse. Mon plus profond désir était de transmettre ce que j’avais reçu et j’y ai consacré ma vie entière ! Cela fait 45 ans que j’enseigne la musique et la danse. J’ai enseigné au Centre national de Danse Kathak

(Jaipur Kathak Kendra), au Rajasthan School of Art, et finalement en 1995 j’ai décidé de créer une association qui aurait pour but d’ouvrir différentes écoles de Kathak au Rajasthan. Je lui ai donné le nom de mon père Shri Laxmi Narayan Nrityashram. Nous avons ainsi créé une école Gurukul. Nous savons que parallèlement à la danse, vous maîtrisez également l’art du théâtre, de la poésie, des percussions, du chant. Cela confère t’il à votre enseignement une spécificité ? Mon père était un artiste complet, il était un merveilleux danseur mais aussi un excellent musicien, poète et chanteur. J’ai juste essayé de suivre ses pas ! La danse Kathak est vraiment « une danse du rythme », le danseur doit parfaitement comprendre, suivre, jouer avec les percussions. Il est donc essentiel pour être danseur d’apprendre le tabla, l’harmonium et quelques notions de pakhawaj. Plus le danseur aura un bon niveau en musique, plus son jeu sera bon. J’enseigne donc tout cela à mes étudiants. Je les encourage aussi à s’ouvrir au sens poétique afin

Le Gurukul de Jaipur

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de mieux comprendre comment transmettre l’émotion d’une phrase poétique et donc au final de tout une danse. Le théâtre est également très important pour le danseur, il doit savoir exprimer ce qu’on appelle l’ « abhinaya », c’està-dire toutes les modalités d’expression où sont comprises les « navrasa », les neuf expressions fondamentales. Pour moi, un danseur de Kathak reste incomplet sans l’apprentissage de la musique et du théâtre.

La majorité des Indiens venus s’installer en France sont originaires du sud de l’Inde, on compte aussi beaucoup de Sri Lankais. Le Bharata Natyam fait partie de l’héritage culturel et il est tout à fait normal que les enfants apprennent cette danse dès leur plus jeune âge même s’ils n’en font pas une pratique professionnelle plus tard. C’est une tradition qui se perpétue ainsi. Il est donc normal de retrouver une France un essor important du Bharata Natyam.

A quand remonte votre première rencontre avec le public français ? Le public français d’aujourd’hui est-il le même que celui devant lequel vous vous êtes produit au début ? La première fois que je suis venu à Paris, c’était sur l’invitation d’Ariane Mnouchkine pour son spectacle « L’Inde, de père en fils, de mère en fille » en 1993. Ce fut une merveilleuse expérience de rencontrer un public si cultivé et intelligent. Cela reste une très belle expérience. J’ai été très touché par le respect que le public français a témoigné aux artistes. J’ai trouvé que le public français avait une riche connaissance des autres cultures et ce fut formidable de voir l’enthousiasme avec lequel il souhaitait toujours en apprendre davantage. Ma dernière venue en France fut pour animer un stage de danse Kathak avec ARTA. J’ai de nouveau retrouvé cet enthousiasme chez tous les participants du stage et une envie de développer leur sens de l’art quelque soit leur âge.

Quelle est la place aujourd’hui du Kathak en France ? Le Kathak est l’une des danses classiques de l’Inde. De nombreux danseurs de Kathak se sont produits sur des scènes étrangères et ont montré toute la particularité de cette danse dans son énergie et sa rythmique. Beaucoup de familles aujourd’hui reconnaissent l’importance de cette danse et encouragent leurs enfants à commencer dès le plus jeune âge. Je dois aussi dire que le cinéma indien a aussi contribué à faire connaître le Kathak en montrant souvent des scènes de danse Kathak, ceci a rendu le public étranger plus sensible à cette danse.

Comment expliquez-vous la prééminence de certains styles de danse en France comme par exemple, le Bharata Natyam ? Le Bharata Natyam est la danse classique du sud de l’Inde. C’est une danse dévotionnelle et son aspect sacré a su traverser les âges jusqu’à maintenant. 12

Vous vous êtes beaucoup produit à l’étranger. Quel est, selon vous, le public le plus sensible au style Kathak et à quoi cela tient-il ? J’ai dansé devant des publics très différents. Partout où j’ai été accueilli, en tant qu’artiste j’ai toujours aimé le sens de l’art présent dans ces différents pays, mais je dois dire, sans exagérer, que le public français m’a particulièrement touché pour le respect qu’il a des différentes formes d’art et l’acceptation totale de celles-ci. Le public français sait ce qu’un artiste attend et il lui donne de tout son cœur. Quelle est votre production préférée ? C’est une question difficile ! Comment pourriez-vous dire quel est votre enfant préféré ? Je n’ai pas de préférences, elles sont toutes aussi proches les unes que les autres de mon cœur. Guruji, vous êtes engagé dans d’autres projets. Pouvez-vous nous parler de votre projet Triwat village ? Comment est née l’idée de ce projet ? C’est notre futur projet. L’idée est d’ouvrir une école dans le Village de Biharipura à 50 km de Jaipur

Stagiaires françaises

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pour tous ceux qui voudraient apprendre le Kathak de manière intensive et devenir professionnels. Pour apprendre profondément quelque chose, on a toujours besoin de s’y consacrer entièrement. Vivre dans une atmosphère totalement imprégnée de musique et de danse du matin au soir permet de développer profondément le sens de l’art. Au final c’est plus qu’un apprentissage du Kathak, c’est une manière de vivre avec. La musique, le chant et la danse seront enseignés par des professeurs hautement qualifiés. L’école sera ouverte à tous, sans différenciation de castes bien sûr, et en particulier aux jeunes sans moyens financiers dans l’espoir de leur donner au travers des pratiques artistiques un chemin de vie, le désir du partage et une reconnaissance sociale. Nous souhaitons aussi accueillir les artistes étrangers qui désirent apprendre le Kathak et faire de notre école un lieu de partage artistique. Nous pourrions ainsi créer ensemble des productions basées sur cet échange. Partant de cette idée, mon fils Kamal Kant qui dirige l’association Triwat en France, organise avec celle-ci des voyages de trois semaines avec ses élèves au sein de notre école Gurukul à Jaipur. Pendant ce voyage nous essayons de montrer avec quelle discipline il est nécessaire d’appréhender cet art. Les étudiants apprennent le yoga le matin, ils pratiquent la danse quatre heures l’après midi et peuvent avoir accès à n’importe quel enseignement d’un instru-

Elèves du Gurukul de Jaipur

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Girdhari Maharaj et son fils Kamal Kant aux tablas

ment de musique. Ils sont totalement immergés dans notre famille et peuvent se consacrer entièrement à l’apprentissage de l’art. Parlez-nous de cet autre projet qui vous tient à cœur, Gurukul ? Notre association à Jaipur Shri Laxmi Narayan Nrityashram Sanstha (SLNNS) a créé une école de danse Kathak nommée Gurukul. Nous voulons ainsi transmettre notre savoir à tous ceux qui ont le désir d’apprendre y compris les plus défavorisés qui bénéficient gracieusement de l’enseignement. De nombreux élèves sont sortis de notre école et se produisent maintenant partout en Inde et sur des scènes internationales. Ils enseignent également le Kathak dans des institutions gouvernementales ou bien à l’étranger comme aux Etats-Unis, au Canada, en France. Mon fils Kamal enseigne le Kathak depuis de nombreuses années en France avec son épouse Megha, une de nos brillantes élèves. Votre fils Kamal Kant s’est installé en France. N’auriez-vous pas préféré qu’il reste près de vous en Inde ? J’aurais préféré bien sûr qu’il reste à mes côtés mais je suis très fier de lui. Je suis très heureux qu’il transmette cet art hors de nos frontières

avec autant de détermination et je l’encouragerai toujours en ce sens. Je reviens de nouveau cette année en France pour donner un stage organisé par Triwat et je suis toujours très heureux d’enseigner à des personnes qui n’ont pas la même culture que moi et de voir qu’au final nous nous retrouvons toujours au sein de l’art. Quelle évolution pour le Kathak en France ? Le Kathak prend de plus en plus d’ampleur en France. Comme je l’ai dit, de nombreux jeunes danseurs se produisent à l’étranger et donc en France également. Ils participent à des créations mêlant Kathak et danse contemporaine ou flamenco ou encore hip-hop. C’est une occasion pour le public français de découvrir le Kathak. En parallèle, de plus en plus de cours de Kathak s’ouvrent en France. Je sais que l’école de mon fils, Triwat, a de plus en plus d’élèves chaque année. Je pense que le Kathak va prendre de l’ampleur en France dans les années à venir, en ❑ tout cas je le souhaite ! Triwat Association Kamal Kant (Artistic director) 6, rue Chappe, 75018 Paris, FRANCE Tel: 0033 (0)616 89 27 46 (Mobil) E-mail : contact@triwat.org www.triwat.org 13


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AUTRES FACETTES DE L’INDE

A vos paniers ! Les Nouvelles de l’Inde vous accompagnent au marché. Les stars et les nectars de l’Ayurveda vous y attendent déjà. C’est pour globaliser que nous titrons sur le marché. Les quelques lignes qui suivent concernent également les rayons du supermarché de la ville ou des commerçants du quartier, dont les produits sont frais pour la plupart. Avant d’établir votre liste de commissions, plusieurs considérations méritent un bref rappel. Les repas. Votre petit déjeuner doit être suffisamment nourrissant mais sans excès aucun, le déjeuner sera votre repas principal dans la journée, et votre dîner sera plus léger, si possible sans viande, sans poisson et sans laitage pour que la digestion n’altère pas la qualité du sommeil nocturne. Veillez à la régularité de l’horaire de vos repas. La composition de vos menus. Selon l’Ayurveda, un menu équilibré doit comporter un peu de tout. Il est recommandé, cependant, de ne pas mélanger ni multiplier les protéines animales lors du même repas, car elles sont souvent incompatibles : si par exemple des œufs sont au menu, ni poisson ni viande ne doivent suivre. Prévoyez des légumes à chaque repas, ainsi que des épices facilitant la digestion. Pas de fromages au repas du soir : ils fermentent et la digestion s’en ressent. Les fruits que vous achèterez doivent être consommés entre les repas : songez-y lorsque vous les choisirez, il faut pouvoir les mettre dans votre poche ou dans votre sacoche si vous partez travailler ou si vous êtes en vadrouille. Bien entendu, des fruits de saison s’impo14

© Steve Evans en.wikipedia.org

AYURVEDA Votre santé commence au marché

Pastèques

sent, pour respecter les lois de la nature. Mangez frais ! Autant que possible n’ingérez que des aliments frais et de saison. Ne faites pas de courses trop longtemps à l’avance, les aliments ne peuvent que se détériorer et perdre leurs vitamines si vous tardez à les consommer. Quelques mots sur les viandes. On approche là d’un sujet qui fâche un peu : l’Ayurveda n’est guère fan, ni spirituellement, ni côté santé. Amoureux de la côte de bœuf ou de la charcuterie, espacez vos élans, car les calories carnées sont assez difficiles à assimiler par nos organismes. Elles créent de mauvaises graisses et multiplient les toxines. Or chacun sait que les toxines, selon l’Ayurveda, s’empressent de rejoindre nos points faibles, créant lentement mais sûrement les conditions de la maladie. Privilégiez les viandes maigres (poulet, dinde), et encore, de façon non quotidienne. Les poissons sont moins gras et donc plus faciles à assimiler. Les

plus gras (thon, saumon, sardine et maquereau) sont de toute façon plus maigres que les viandes les plus maigres. A ne pas oublier ! Il est temps de vous emparer de votre cabas et de claquer la porte derrière vous. L’heure est désormais venue de partir au marché. Quelle sorte de panier avez-vous emporté ? Ne comptez pas sur nous pour vous réciter machinalement un annuaire des fruits et légumes, des épices, des poissons ou des viandes : un numéro entier des Nouvelles de l’Inde n’y suffirait pas. Il s’agit plutôt de vous indiquer ici les recommandations ayurvédiques de base pour favoriser la santé. Les épices. Ah les épices ! Par gourmandise pure, commençons nos courses en cherchant ces divines saveurs. Moi, ma marotte, mon chouchou, ma première quête à l’étal, c’est le curcuma. Je saute dessus derechef quand les présentoirs proposent ces petites racines orangées, ou alors, je l’utilise en poudre, l’intégrant allègrement à la Nouvelles de l’Inde n° 406


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Curcuma

drer sa salade, son riz ou ses pâtes. D’autant qu’associé au poivre noir fraîchement moulu, le curcuma vous soutiendra avec plus d’efficacité encore ! Le gingembre mérite amplement, lui aussi, d’être un invité permanent dans vos mets. Longtemps, il n’a eu dans les contrées occidentales qu’une réputation aphrodisiaque. Non injustifiée d’ailleurs. Mais bien incomplète ! Car le gingembre représente une félicité pour améliorer la digestion. Ceux qui souf-

© Luc Viatour / www.Lucnix.be

plupart de mes aliments. Et je me lèche les babines quand du pain jaune au curcuma agrémente mon petit déjeuner. Je ressens une affection profonde pour le curcuma depuis qu’il a fait partie de mon parcours initiatique en Ayurveda. Je découvrais le traitement nommé nasya,, stimulation de toutes les voies ORL, quand le thérapeute m’a fait respirer dans une louche en inox une poudre orange pétillante : c’était une fumigation de curcuma grillé. Mes sinus s’en souviennent avec émotion. Ce fut un pétillement instantané pour mes papilles, un feu d’artifice dans mes cloisons nasales, une explosion de joie. L’épice m’a immédiatement conquis, et mes terribles sinusites, je touche du bois, ont disparu. Le curcuma est une star de l’Ayurveda : ce « cousin » du gingembre est présent dans de nombreux traitements. Il présente un caractère hautement antioxydant et anti-inflammatoire. Cela lui vaut d’intervenir pour protéger la peau et les articulations, de favoriser le renouvellement des cellules, de diminuer les problèmes digestifs et de fortifier le système immunitaire. Mieux, il prévient le cancer, et ralentit le processus de la maladie d’Alzheimer. Avouez qu’on a tout intérêt à en saupou-

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VOTRE SANTÉ COMMENCE AU MARCHÉ

Clous de girofle

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frent de migraines ou subissent le mal de mer (en fait, le mal des transports en général), ceux qui ont du cholestérol ou qui ont du mal à supporter une chimiothérapie, celles dont la grossesse est délicate, le gingembre en racines leur tend ses bras potelés. Et les cardiaques le remercieront de purifier et fluidifier le sang. Consommez-le en poudre ou confit si son goût naturel vous déroute au premier abord. A l’inverse, vous constaterez rapidement que du gingembre frais dans votre soupe, votre plat de poisson ou votre salade fortifie sensiblement votre tonus. Son prix modéré achèvera de vous convaincre. L’Ayurveda vous recommande le safran quand il s’agit d’éloigner les symptômes de déprime, la vanille si vous gérez avec peine les excès de stress, le cumin pour combattre les ballonnements, la cardamome en cas de soucis dentaires, la cannelle et les clous de girofle si vos sinus ou votre gorge vous importunent l’hiver, enfin le poivre noir (ainsi que le piment) pour dissoudre les graisses. 15


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© Limesle fr.wikipedia.org

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Radis noir

Autre fondement de l’Ayurveda, le ghee (beurre clarifié) rejoindra voluptueusement chacun de vos plats. Son utilisation s’accroît en Inde à mesure que l’on remonte vers le Nord, au point de devenir souvent systématique dans les campagnes du Rajasthan. Le ghee favorise le feu digestif, nourrit la peau, et développe surtout la bonne santé cérébrale et la mémoire. De nombreux massages ayurvédiques se font au ghee longuement mélangé à de l’eau cuivrée. Cette préparation vaut bien 16

des produits cosmétiques autrement plus sophistiqués et coûteux. Préparer le ghee est un jeu d’enfant. On liquéfie du beurre à feu doux, et un sifflement se fait entendre. Une vingtaine de minutes plus tard, le sifflement disparaît et la coloration vire au brun. Laissez refroidir à température ambiante et filtrez. Votre ghee est prêt ! Allez, on achète du beurre !

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Le riz constituera une bonne base de votre alimentation. Les préceptes ayurvédiques soulignent les qualités du riz rouge. « Le riz « nouveau » (moins de six mois) favorise la stabilité de kapha, tandis que le riz plus ancien fortifie les personnes dont le feu digestif est au plus bas » souligne le Docteur Sunanda Ranade dans la « bible » indienne Ayurvedic nutrition and cooking. Le monde entier connaît aujourd’hui le riz basmati. Son mérite est d’égale influence sur Vata, Pitta et Kapha. Il est facile à digérer, très nutritif pour tous les tissus. L’un des traitements ayurvédiques les plus appréciés est un massage au riz au lait chaud qui fortifie la peau et la rend plus lisse.

Au chapitre des légumes, privilégiez les légumes verts et les légumes amers. Ils seront les garants d’une bonne santé. Sa Majesté l’estomac et son compère le foie bondiront de joie en accueillant notamment du fenouil cru, du radis noir, des haricots verts, des endives, des feuilles d’épinard et de coriandre. La chasse aux toxines, à ces mots, sera clairement ouverte : les désordres intestinaux et concernant l’estomac s’estomperont. Pitta (l’énergie du feu) se rééquilibrera. Les légumes peuvent être consommés sans modération. Fuyez tout de même la peau de poivron, très indigeste, de même que les tomates si Pitta est déséquilibré. Les fruits. Précipitez-vous sur les citrons ! L’Ayurveda les apprécie au plus haut point. Ils ont un effet bienfaisant sur les trois doshas. Leur action digestive est formidable : contrairement aux oranges ou aux pamplemousses, les citrons ne sont plus acides dans l’estomac mais basiques. Ils font merveille

Ananas

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Dosa (crêpe de riz) servie avec une tasse de ghee (beurre clarifié) au Mavalli Tiffin Room à Bangalore

bronches notamment. En cas de blessures ou brûlures accidentelles, appliquez immédiatement une couche de miel sur la surface de peau concernée. Les maux de gorge et la toux seront atténués dans la plupart des cas par une cuillerée de miel additionnée de trois pincées de poivre noir et par du clou de girofle réduit en poudre. Même l’obésité bénéficie des bienfaits du miel, pris en tasses d’eau chaude additionnée d’une cuillerée de miel et d’un demi-citron, chaque matin pendant trois mois. N’hésitez pas à vous procurer une ou deux plaques de chocolat noir. Un carré de chocolat (et un seul ! Je vous ai à l’œil, les accros au ca-

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pour apaiser, nettoyer et purifier les cellules du système digestif et urinaire. La pastèque révèle bien des vertus sous un angle ayurvédique. Ses capacités désaltérantes diminuent les fièvres. La pastèque accompagne volontiers tous les régimes minceur, elle prévient les cancers de la prostate, soulage plusieurs allergies, et favorise la vision. Les pommes excellent s’il s’agit d’éradiquer diarrhées et maux intestinaux, de même que les bananes (qui, elles, sont à éviter en cas de refroidissement). Le raisin est nutritif, diurétique, antiacide et regénérant. Tout aussi nutritives sont les figues, au pouvoir laxatif recommandé quand point la constipation. Mangues et papayes ont de bonnes capacités digestives et sont recherchées pour leurs vitamines C et A. L’ananas est également très riche et souvent salvateur en cas d’hémorroïdes. Si vous m’en permettez la suggestion, ne quittez pas le marché sans avoir rendu visite à l’apiculteur de service. Le miel (je devrais écrire « Les miels » tant les variétés sont nombreuses) a des qualités médicinales avantageuses. Outre ses vertus gustatives appréciées par tous les bambins, c’est un excellent reconstituant pour la peau et les

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Figues

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cao) au petit déjeuner vous apportera une dose intéressante de magnésium. Et s’il reste une place dans votre cabas, ajoutez un litre d’huile de sésame, pour les applications quotidiennes sur le corps. Vous en aviez déjà ? Qu’à cela ne tienne, vous offrirez la bouteille à des parents ou à des amis, ça diminuera leur arthrose. Conclusion : Voilà, vos courses sont faites. Faites-en bon usage. N’oubliez pas de boire votre verre d’eau chaude à jeun chaque matin. Mâchez consciencieusement la nourriture. Proscrivez la télé pendant les repas. Fuyez les contrariétés à table. Si vous combinez vos emplettes bien sélectionnées, vos menus équilibrés et votre hygiène de vie buccale, vous prendrez le plus grand soin de votre système digestif. Ama, qui fructifie en accumulant les déchets digestifs non assimilés et non évacués, ne viendra pas vous pourrir la vie avec ses toxines vicieuses qui, à la longue, créent les maladies. Ainsi votre feu digestif restera-t-il en pleine forme. Tous vos proches admireront votre bonne mine et votre vitalité. A vous de jouer ! ❑ Eric BHAT Ayurveda et réflexologie eric.bhat@free.fr 17


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L’ART ET L’ARTISANAT (suite et fin) Le bois travaillé La tradition du bois sculpté existe en Inde depuis une époque reculée. Les premiers temples sculptés sur bois témoignent déjà de cet art. Les temples de bois existent encore aujourd’hui en Himachal Pradesh et en Uttar Pradesh. En Inde, chaque région a mis au point son propre style de sculpture influencé par les traditions locales et les variétés de bois. Des formes populaires de travail du bois incluent des jouets, des marionnettes, des objets religieux et des gravures. Le Nord de l’Inde possède une tradition des portes en bois sculpté avec des motifs complexes, des incrustations de laiton et du treillage pour les fenêtres. L’Assam avec ses vastes forêts a une riche tradition de la sculpture sur bois. La plupart des lieux de culte comporte de grandes sculptures de figures mythiques comme des personnages mi-homme, mianimal, Garuda, Hanuman et le lion. Au West Bengal, les maisons en argile comportent de gros piliers en bois avec des chapiteaux aux sculptures complexes. Au Kashmir, les maisons sont tapissées de bois avec des plafonds aux

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motifs géométriques et des fenêtres en treillis réalisées avec des morceaux d’un bois connu localement sous le nom de Pinjara. L’Etat produit également des meubles, des paravents, des boîtes et des bols, la plupart fabriqués avec du bois de noisetier que l’on trouve en abondance. Des panneaux de bois décoratifs sur les plafonds et les piliers sont appelés Khatamband. Ahmedabad au Gujarat possède quelques-unes des plus belles sculptures ornementales sur les balcons des maisons anciennes. Sankheda est un centre important pour les meubles laqués. La surface est peinte avec des motifs sur un fond laqué. Ceci est utilisé pour donner un effet argenté. Des colonnes de lit, des berceaux et des jouets pour les enfants sont également fabriqués ici. Surat est connu pour son travail de marqueterie que l’on désigne également sous le nom de Sadeli. Les poupées en bois de Tanjore au Tamil Nadu font partie des rituels dans les temples qui comportent également des piliers en bois sculptés. En Andhra Pradesh, les poupées rouges de Tirupathi sont vendues dans le complexe du temple. Le Kerala possède l’une des plus riches traditions de la gravure sur bois. La plupart des foyers traditionnels ont un temple familial sculpté. Les sculpteurs sur bois du Kerala font également des merveilles avec le bois de santal et le bois de rose. Au Punjab, les vieilles maisons ont des portes et des fenêtres sculptées. Les sculptures sur bois et les incrustations sont maintenant pratiquées à Hoshiarpur. Jalandhar est spécialisé dans les meubles laqués. En Uttar Pradesh, Saharanpur est un centre important de la sculpture sur bois. On y trouve des para-

vents et des cloisons avec des motifs sculptés et des incrustations d’ivoire avec de minuscules détails. Le Manipur est un centre important pour le Tarkashi, travail réalisé avec du fil de métal sur les meubles. Le Karnataka est spécialisé, lui, dans les sculptures sur bois de santal. De grandes boites couvertes de scènes mythologiques sont un important produit de Mysore, Kumta et Sagar. Dans le sud Kanara, on trouve des représentations en bois sculpté du Bouddha grandeur nature. Mysore possède une forme complexe d’incrustation d’ivoire sur bois que l’on trouve sur les plafonds et les portes du Palais de Mysore. En Orissa, la principale divinité du célèbre temple de Puri dédié au Seigneur Jagannath est représentée en bois. Un nombre de masques en bois sont également fabriqués pour la traditionelle procession Sahi Jatra. Le Nagaland a la tradition de fabriquer des statues ainsi que des piliers commémoratifs en bois. Nouvelles de l’Inde n° 406


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L’ART ET L’ARTISANAT

Les gravures sur pierre L’art de la gravure sur pierre s’est développé en Inde, un peu plus tard que la sculpture sur bois. Depuis les gravures incrustées de marbre d’onyx noir à la pierre de savon joliment treillissée, l’attrait de la pierre a été éternel. Les dirigeants hindous comme musulmans de l’Inde ont servi de mécènes à cet art. L’art de l’Uttar Pradesh a atteint des sommets artistiques d’excellence durant la période moghole quand le Taj Mahal fut construit. La maîtrise de l’artisan sur la pierre est vraiment visible dans l’architecture et les sculptures que l’on trouve dans les temples de Khajuraho. Les gravures complexes à Sanchi comptent parmi les plus belles que l’on trouve à travers le monde. Bodh Gaya, lieu de pèlerinage pour les Bouddhistes, a également une tradition ancienne de la gravure sur pierre. Rien ne symbolise mieux le génie de Varanasi et Agra que leurs gravures sur pierre. Depuis les chefsd’œuvre architecturaux complexes, les poteries en grès parfaitement ciselées aux dessus de tables avec des incrustations, chaque objet est une œuvre d’art exclusive. Pendant des siècles, Mathura et Varanasi sont restées au cœur du progrès. Au 3ème siècle avant J.-C., la cour impériale d’Ashoka a largement encouragé la sculpture sur pierre. Les stupas et les temples rupestres de cette époque figurent sans doute parmi les structures en pierre les plus anciennes. Le grès rouge de Chunar a été abondamment utilisé dans les sculptures en pierre qui ont été trouvées lors des fouilles dans la région de Mathura et Agra qui remontent à l’époque Maurya. Les anciens sculpteurs étaient guidés par le Shilpa Shastra qui fixait pour eux les règles. La divinité principale était sculptée par des spécialistes qui connaissaient les propriétés des différentes pierres, Nouvelles de l’Inde n° 406

leur grain ainsi que les proportions requises pour la sculpture. Sculpter la divinité était considéré comme un acte d’adoration et un rituel sacré. Des temples de pierre sont construits même aujourd’hui et les Sthapathis du Tamil Nadu ainsi que les Somapuras du Gujerat et du Rajasthan sont souvent demandés à travers le pays. Agra est célèbre pour ses œuvres en marbre. De nombreuses pièces comme des fenêtres à croisillons, des cadres de miroir, des chapiteaux sculptés, des dais, des pendentifs et des travaux de filigrane y

sont sculptés. Les artisans sont connus pour leurs œuvres d’incrustation. Le Rajasthan maintient une riche tradition de sculpture sur pierre même dans les simples bâtiments domestiques. Les cadres de porte sont communément bâtis avec pierres rouges. Les fenêtres présentent des croisillons de pierre et même le cadre des métiers à tisser est réalisé avec des pierres gravées. Jaipur est l’un des centres les plus importants où une grande communauté de graveurs sur pierre sculptent des divinités en marbre. 19


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L’ART ET L’ARTISANAT

La terre cuite La terre cuite est une autre expression de l’art indien présenté à travers l’argile. La poterie et la poterie (de terre) sont distinctement utilitaires et souvent décoratives tandis que la porcelaine et la poterie d’atelier relèvent du domaine de l’art. La terre cuite est également utilisée pour les offrandes aux nombreux dieux du panthéon hindou. Il s’ensuit que chaque région a un motif, un contenu et une forme distincts. Le Bengale possède le plus large éventail des plus beaux spécimens de panneaux de temple en terre cuite. Même dans le sud de l’Inde, de nombreuses offrandes de chevaux et d’éléphants en terre cuite sont faites à une divinité appelée Aiyanar qui, dit-on, les chevaucherait. Un symbolisme mystérieux entoure généralement la taille et la forme de chaque pièce. Par exemple, lorsque le cheval est grand, le cavalier est comparativement petit. L’explication est que le cheval est d’essence divine alors que le cavalier n’est qu’une représentation humaine. Le West Bengal possède sans doute la plus belle tradition de terre cuite. La plupart de ses figurines ont une connotation rituelle. Le cheval Bankura est célèbre. Hautement décoré, il est réalisé à partir d’une riche argile rouge. Quelques-unes des plus belles terres cuites peuvent se trouver à Mur-

shidabad, Birbhum, Jessore, Hooghly et Digha. Le style est essentiellement populaire et les motifs hautement expressifs. L’utilisation de tuiles vernies colorées a commencé après la conquête musulmane. L’art de la tuile appelé Chini ou Kashi est devenue extrêmement raffiné. Aujourd’hui de nombreux centres de céramique produisent des tuiles – à la fois vernissées et non vernissées avec des motifs traditionnels et modernes. Aujourd’hui sous les assauts de la modernité, les traditions et les cultures s’érodent et sont corrompues par la profusion des biens de consommation disponibles. Pour ceux qui apprécient l’artisanat local, ce sont ces produits de la vie quotidienne, les pots à eau en terre, les boites à riz, à sel, les ustensiles pour la cuisson et les brûleurs d’encens qui présentent des formes riches. Utilitaires tout en étant uniques, ces articles ordinaires sont finalement le résultat de l’artisanat transmis de génération en génération tout autant que de l’expérience collective et de la sagesse des peuples. Il existe une variété d’objets spécialement conçus pour les occasions festives comme des lampes pour Diwali, des jouets pour Dussehra, des pots pour les semis pour Sankranti et des pots colorés (kalash) pour les mariages. De nombreux objets sont également utilisés pour la décoration et servir de cadeaux comme les cen-

driers, les vases, les services à thé, la poterie, les presse-papiers et des figures animalières décoratives. Delhi est célèbre pour sa poterie « bleue » qui utilise pour colorer l’argile une teinture bleue de Perse qui interpelle l’œil. La poterie bleue est vernissée et cuite à haute température ce qui la rend plus solide que les autres. Une autre version, la poterie bleue de Jaipur, est unique. Certaines de ces poteries sont semi-transparentes et généralement décorées de motifs d’animaux et d’oiseaux. Des objets décoratifs comme des cendriers, des vases, des dessous de verres, des petites bols et des boites pour colifichets sont fabriqués avec de la pâte égyptienne et cuite à températures très basses.

Les divers styles de poterie en usage La poterie Mansa n’est pas facilement disponible en dehors du Bengale. Elle représente la déesse serpent. Il s’agit d’un pot pittoresque, à double courbure avec un visage peint sur la panse. De la 20

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même façon, les pots Dakshinirai, trouvés dans la région des Sunderbans, sont ronds avec une ouverture symbolisant une couronne. Khurja, en Uttar Pradesh, à trois heures de route de Delhi, est également connu pour sa vaisselle bon marché mais de facture grossière. Produite en masse, chauffée à haute température, ces pièces de poterie conservent leur couleur de boue et sont très demandées. La poterie du Rajasthan présente certaines caractéristiques distinctes. Les ouvertures des pots à eau sont petites, probablement pour éviter de verser à côté. Alwar est fameux pour ses poteries fines comme du papier connues sous le nom de poterie kagzi (papier).

ture est réalisée avant la cuisson et la plupart des objets sont utilitaires, allant des chandeliers à des filtres à eau et à de la vaisselle.

Rotin et bambou En Inde, le rotin et le bambou sont, depuis les temps anciens, l’expression de l’art tribal. Ils procurent aux tribus un moyen d’existence. Aujourd’hui, les objets simples décorent les riches intérieurs et se déclinent sous divers formes y compris des meubles élaborés en rotin.

Des objets utilitaires et décoratifs sont fabriqués en rotin avec des styles et des motifs divers : les paniers et les nattes sont les plus populaires. Le Tripura et le Bengale sont célèbres pour leurs élégants paravents et nattes en bambou, réalisés avec art avec des morceaux de bambou. L’Assam, Etat qui abonde en matières premières, possède une grande variété de produits superbes tels que paniers, chopes pour la bière de riz, hukkas, instruments de musique et tapis de sol. L’Arunachal Pradesh voisin excelle également dans le travail du rotin et du bambou, produisant des objets comme des ceintures de rotin. Du Tamil Nadu viennent les célèbres nattes en herbe de kora. Les nattes les plus délicates sont fabriquées au Kerala, où des boites en bambou carrées noires et blanches sont également réalisées dans la même tradition, et constituent d’excellents cadeaux. Le rotin est la richesse naturelle des forêts du Manipur. Grâce à l’agriculture sur brûlis (Jhum) pratiquée de manière galopante dans

La poterie de terre de Goa possède un charme qui lui est propre. On y fabrique un grand choix de figures et de panneaux en dehors des jolis vases et pots à eau. Parmi les objets intéressants à se procurer, citons la poterie noire et le chillum (pipe en argile) du Tamilnadu. A Kattaikorai à Pondichéry, la poterie vernissée a une texture de peau d’orange. La peinNouvelles de l’Inde n° 406

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sociale et religieuse. Cet ornement était un accessoire purement décoratif jusqu’à l’époque médiévale. Vers cette époque, le bracelet a été transformé, passant d’un simple objet décoratif au symbole du mariage. Les mains nues sont symboliquement associées aux veuves auxquelles on a refusé le droit de porter des bracelets. Au Bengale, le kada en fer (bracelet) communément appelé loha se porte par la femme mariée comme symbole de son mariage. Celle-ci reçoit également un bracelet en coquillage blanc magnifiquement orné ainsi qu’un bracelet en laque rouge. Des bracelets en ivoire, comme ceux en verre, sont un élément important pour les mariées de certaines communautés. Une mariée du Punjab porte traditionnellement de fin choodas (bracelets) en ivoire blanc et rouge. Ces bracelets ne se donnent que par multiples de quatre. Au fil des années, l’ivoire devenu coûteux a été remplacé par la laque et le plastique mais la coutume perdure.

Quand la mariée Gujarati conçoit, sa belle-sœur lui offre un bracelet en chaîne d’argent. Au septième mois, on lui demande aussi de porter un bracelet composé d’un fil noir et de cinq kowdis (une sorte de coquillage). Ce bracelet n’est retiré qu’au début des douleurs pour aider symboliquement la jeune mère à accoucher facilement. Une cérémonie similaire appelée Valaikapu se pratique dans le sud de l’Inde. La profession de fabricant et de vendeur de bracelets de verre est surtout exercée par des Musulmans. Ferozabad, ville de l’Uttar Pradesh, est renommé pour son industrie de fabrication de bracelets en verre. Dans chaque région, les bracelets sont fabriqués avec les matériaux disponibles localement comme le bois au Kashmir et la laque au Rajasthan. Les Ahirs au Rajasthan et les Rabaris au Gujerat se couvrent entièrement la tête avec des bracelets en os. Les Lambadis d’Andhra

les zones de montagne, les ressources en rotin n’ont cessé de diminuer. Le bambou, une autre ressource forestière pousse en abondance dans les districts Churachandpur, Jiribam, Tamenglong et Imphal du Manipur, le plus grand producteur d’articles en bambou après le Tripura dans tout le NordEst. Parmi les produits en bambou, nous trouvons des ensembles canapés, des murhas, des nattes, des paniers, des plateaux, des chaises, des tables, des vases, des cendriers et autres articles décoratifs et utilitaires.

Bracelets Les bracelets ont acquis au fil des siècles une importance culturelle, 22

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que contrairement à celui-ci qui est installé de manière temporaire, Dilli Haat est une installation permanence. Ce sont les artisans qui tournent, offrant ainsi un vaste panorama de la diversité de l’artisanat et des objets dans un seul lieu regroupé. Dilli Haat comporte 62 stands qui proposent à la vente de l’artisanat de tous les styles et des quatre coins du pays. Les stands sont alloués pour une période de quinze jours selon un système de rotation donnant une opportunité à un nombre maximum d’artisans d’exposer et de vendre leurs marchandises. Parallèlement, certains stands sont permanents. Dilli Haat offre également aux visiteurs la possibilité de découvrir les diverses cuisines et les nombreuses formes artistiques des différentes parties du pays, des démonstrations et des expositions sur les divers métiers de l’artisanat.

Crafts Council of India

Pradesh portent des rangées de bracelets en os jusqu’aux coudes. La tribu du Bastar du Madhya Pradesh porte des bracelets fabriqués avec des noix de coco. Les Gonds et les Bhils portent des bracelets en laiton ou avec des perles. Les Kachemiris ont des bracelets en papier mâché peint les plus exquis.

Le Crafts Council of India est une organisation bénévole enregistrée à but non lucratif créée pour la

préservation de l’artisanat et pour améliorer la qualité de vie de l’artisan. Il est administré par un groupe de travailleurs volontaires élus tous les deux ans. Son siège se situe à Chennai et compte un réseau de dix Crafts Councils dans dix Etats. Le travail dans le domaine sur le terrain se fait par le biais de ces Conseils. L’absence de Conseil dans un Etat particulier n’empêche toutefois pas de travailler. Ses principaux buts sont de s’assurer que les objets artisanaux sont vendus, que la qualité est maintenue, que l’artisan en tire un bénéfice convenable et que les futures générations de l’artisan trouvent le travail suffisamment intéressant pour le perpétuer. Il s’assure que les matières premières, adéquates sont fournis aux artisans à un taux normal, contribue à améliorer les outils et la technologie, travaille sur des programmes de construction de la communauté, introduit des designs de produits et contribue à écouler les produits. ❑ Incredible India

Foire de l’artisanat Lancé conjointement par le Delhi Tourism and Transportation Development Corporation (DTTDC) et le Conseil Municipal de New Delhi (NDMC), le projet de Dilli Haat fut conçu dans l’idée de procurer un lieu d’exposition pour les petits artisans qui ont peu de débouchés commerciaux dans leur seul Etat. Le complexe de 6 hectares se situe dans un centre commercial au Sud de Delhi. Le concept de Dilli Haat trouve son origine dans le marché hebdomadaire local à la différence Nouvelles de l’Inde n° 406

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VISITE DU NAVIRE GARDE-CÔTES INDIEN À MAURICE, AUX SEYCHELLES ET À LA RÉUNION Le navire garde-côtes indien Vijit, navire de patrouille offshore avec hélicoptère intégré, s’est rendu à Port Louis (à Maurice), à Pointe des Galets (La Réunion) et Port Victoria (aux Seychelles) du 12 mars au 9 avril 2012 pour une interaction/ des exercices communs avec les Agences d’application du Droit maritime. La garde-côtière indienne, l’Indian Coast Guard, est la quatrième Force armée du gouvernement indien qui fait appliquer les Lois maritimes dans les Zones maritimes de l’Inde. La principale charte de devoirs de l’Indian Coast Guard consiste dans l’Application du Droit maritime, la Recherche et le Sauvetage maritimes et la Réponse à la Pollution maritime. Le but de la visite du navire garde-côtes indien est de consolider le domaine d’intérêt commun et de travailler pour développer la coopération maritime et les relations dans le domaine de la Recherche et du Sauvetage maritimes, de la Réponse à Pollution maritime, aux efforts pour lutter contre les pirates et à la gestion de ZEE entre les pays respectifs. En accord avec les directives de l’Organisation maritime internationale et la Convention recherche et sauvetage de 1979, l’Indian Coast Guard a pris l’initiative de développer une coopération régionale durable et significative avec les Agences d’application du Droit maritime des Etats littoraux dans la Région de l’Océan indien et audelà. Dans le cadre de ses efforts, l’Indian Coast Guard a envoyé ses navires pour un déploiement outremer de divers Etats littoraux. Au cours des dernières années, les na24

vires de l’ICG ont visité et ont interagi avec les Agences d’application du Droit maritime de Maurice, du Japon, de la Corée du sud, du Vietnam, des Philippines, de la Thaïlande, de l’Indonésie, de Myanmar, du Bangladesh, de Sri Lanka, des Seychelles, des Maldives et d’Oman. Le navire garde-côtes indien ICG Vijit a été mis en service le 11 décembre 2010 et est basé à Porbandar au Gujerat, lieu de naissance du Mahatma Gandhi en Inde. Le mot « Vijit » qui signifie « Vainqueur ou victorieux » reflète la volonté et l’engagement de l’Indian Coast Guard de « servir et protéger » l’intérêt maritime de la nation. Le bâtiment est propulsé par deux moteurs diesel de 9100 MW pour atteindre la vitesse maximum de 26 nœuds. A vitesse économique, il a une endurance de 4500 milles marins et peut rester en mer pendant 15 jours sans être ravitaillé. Le bâtiment est équipé d’outils de navigation et de communication, de capteurs et de machines faisant appel à une technologie de pointe. Les caractéristiques du bâtiment sont les suivantes : un Système de Pont intégré (IBS), un Système intégré de Contrôle des machines

(IMCS), un Système très puissant de lutte contre l’incendie (ABS FiFi Class-1) Le navire est conçu pour transporter un hélicoptère léger à double moteur et cinq bateaux qui peuvent naviguer à haute vitesse pour la prospection et le sauvetage, la mise en application du droit et une patrouille maritime. Le navire est équipé d’un Système maritime global de Sécu-rité et de Détresse (GMDSS) ce qui en fait une plateforme adaptée pour mener des opérations de recherche et de sauvetage dans la Région indienne de recherche et de sauvetage (ISRR). Le navire est capable de transporter de l’équipement pour répondre à la pollution, pour combattre toute contamination en mer en cas de déversement accidentel de pétrole. Le navire est ainsi capable d’entreprendre, de manière indépendante ou avec d’autres, une opération pour faire face à la pollution.

L’Inspecteur général adjoint, le Général Naresh Kaul, est le commandant de ce bâtiment qui comprend 8 officiers et 103 hommes. Les systèmes et équipements les plus modernes et récents procurent à ce navire la capacité d’effectuer le rôle d’une plateforme de commandement et d’accomplir toute la charte de devoirs d’une garde❑ côtière. Nouvelles de l’Inde n° 406


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Le nom de « Deccan » a été donné à la vaste région située au sud des Monts Vindhya. Lorsque Babur vint en Inde en 1526, quelques royaumes indépendants étaient bien établis au Deccan depuis plus de trente-cinq ans. Le fameux royaume hindou de Vijayanagar était aussi à son apogée. Les cinq autres sultanats du Deccan englobaient Nizamshahi d’Ahmednagar (également écrit Ahmadnagar), Adilshahi de Bijapur, Imadshahi de Berar, Baridshahi de Bibar et Qutbshahi de Golconda. Ces cinq Etats musulmans devinrent rapidement puissants et vainquirent ensemble Ram Raja de Vijayanagar en 1565. L’autre grande différence entre ces sultans musulmans et les empereurs moghols est que la majorité des premiers était des Chiites alors que les Moghols étaient d’ardents défenseurs de la branche sunnite de l’Islam. Les sultans de Nizamshahi et Adilshahi entretenaient une relation cordiale avec le Shah d’Iran et

Sultan Murtaza Nizam Shah I, vers 1575

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de nombreux artistes d’Iran et des pays voisins ont été soutenus à la cour d’Ahmednagar et de Bijapur. Les peintures réalisées par ces artistes ont établi un style particulier, aujourd’hui connu mondialement sous le nom de « Deccani Kalam ». Les influences étrangères ont été complètement assimilées et les caractéristiques « Dekhni » ont pris le dessus. Le style qui en a résulté avait dans l’ensemble un parfum différent et particulier comparé aux peintures mogholes contemporaines. Bien que toutes les écoles du Deccan présentent cette qualité distincte, elles différaient les unes des autres par certaines caractéristiques. Par exemple, les peintures de l’Ecole d’Ahmednagar sont immédiatement reconnaissables par le style des vêtements que portent les personnalités. Selon certains chercheurs, les fameuses peintures Ragamala proviendraient du Deccan (Ahmednagar, Bijapur et Burhanpur) entre 1580 et 1600. Ces peintures consistent en une série de peintures illustratives de l’Inde médiévale basées sur le Ragamala ou « Guirlande des Ragas » décrivant divers modes musicaux indiens ou Ragas. Elles constituent un exemple classique de fusion de l’art, de la poésie et de la musique classique dans l’Inde médiévale. Les souverains d’Ahmednagar, Bijapur et Golconde étaient, de par leur tempérament, différents des puissants Moghols. Les sultans du Deccan prenaient les choses tranquillement et étaient sensibles; ils aimaient les beaux-arts. Si les Moghols préféraient voir leurs mémoires ou leurs épopées illustrées, les sultans du Deccan préféraient des illustrations de poèmes ou de scènes d’amour et des portraits d’eux-mêmes ou de leurs charman-

© BnF

PEINTURES RARES DU DECCAN DANS LES MUSÉES FRANÇAIS

Accident de chasse, vers 1600

tes compagnes. En dépit de tout cela, il faut reconnaître que le nombre de peintures du Deccan produit est plus faible comparé à la vaste production des ateliers moghols. La principale raison en est que le nombre d’artistes dans les cours du Deccan n’était pas important ou bien, ce qui est aussi possible, qu’un certain nombre d’œuvres ait été détruit durant les nombreuses guerres entre les sultans du Deccan ou emporté par les Moghols au cours de leur invasion du Deccan. Enfin, plusieurs peintures du Deccan ont été à tort attribuées aux artistes moghols en raison de l’atmosphère et des thèmes similaires. Une autre raison également est que, jusqu’à récemment, seules les miniatures produites par la cour moghole étaient étudiées en détail. Grâce aux récents travaux de chercheurs tels que Mark Zebrowski, Douglas Barrett, Stuart Welch, Karl Kahndalawala et Jagdish Mittal, l’image des peintures du Deccan a récemment été restaurée. Nous pouvons admirer aujourd’hui les miniatures du Deccan bien 25


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Chand Bibi chasse avec sa suite, vers 1700

conservées dans de grands musées à la fois en Inde et à l’étranger. Quelques-unes de ces rares miniatures du Deccan se trouvent également dans des musées français. Les collectionneurs français de peintures indiennes du 17ème et 18ème siècle ont rapporté avec eux d’importantes peintures du Deccan en France. Jacques-Louis, Marquis de Beringhen (1651-1723), JeanBaptiste-Joseph Gentil (17261799) et Christophe-Paul de Robien (1698-1756) furent les pionniers. L’ensemble des peintures attribuées à Ahmednagar est très restreint ; de ce fait, il est devenu extrêmement rare. Deux magnifiques peintures d’Ahmednagar sont préservées à la Bibliothèque nationale de Paris, BNF. Le portrait de Murtaza Nizam Shah I (1565-1588) est peut-être le plus beau des portraits du Deccan. Son naturalisme provient de la peinture moghole et son raffinement subtil est aussi important que n’importe quelle étude de portrait d’un atelier moghol. La forme épanouie, la délicieuse finition, la particularité et la couleur somptueuse tout en étant retenue, avec des fonds dorés et des robes transparentes blanc jasmin sont uniques 26

dans tous les portraits du Deccan. Certains chercheurs attribuent ce portrait à un autre sultan d’Ahmednagar, Burham Nizam Shah II (1591-1595). Une autre miniature magnifique du même royaume Accident de chasse, datée d’environ 1600, est également exposée à la BNF. La scène peinte représente un éléphant furieux qui attaque un cheval. Les scènes peintes ainsi que les beaux costumes des chasseurs sont remarquablement reproduits par l’artiste. La célèbre reine Chand Bibi a défendu Ahmednagar contre l’armée moghole de 1595 à 1600 ; elle est devenue une héroïne immortelle du Deccan (voir Nouvelles de l’Inde n° 393, 2009). Ses portraits la montrant à cheval durant la chasse au faucon sont devenus aujourd’hui des trésors rares de musées ainsi que de collectionneurs d’art privés. Le fameux artiste français Edmond Dulac a peint son portrait sur la couverture d’un magazine américain en 1934. Bien que la France ne possède pas de peinture originale représentant Chand Bibi, l’on peut toutefois voir la copie de l’un de ses portraits, l’un à la Réunion des Musées Nationaux, l’original étant conservé au Metropolitan Museum of Arts de New York, et l’autre au Centre de Conservation du Livre à Arles. Après la mort de Chand Bibi en 1600, la capitale de Nizam Shahi a été transférée d’Ahmednagar à Daulatabad sous la protection du fameux Malik Ambar. Ce courageux guerrier était venu d’Ethiopie en Inde comme esclave ; plus tard, il devint un dirigeant puissant qui a défendu le Deccan contre les Moghols jusqu’à sa mort en 1626. Le portrait de Malik Ambar dessiné par l’artiste Hashim vers 16201630 est présenté au Musée Guimet. Le portrait de Malik Ambar n’atteint peut-être pas le niveau d’excellence et de poésie du portrait de Murtaza Nizam Shah I mais il s’agit néanmoins d’une œuvre importante. On y trouve les caractéristiques des couleurs des peintures

d’Ahmednagar : le fond carmin clair, l’accent mis sur le blanc des jamãs et le orange des turbans et des pãijãmãs. Certains historiens ont attribué ce portrait au général abyssinien Abhang Kahn qui dirigeait la faction contre la reine Chand Bibi en 1596 durant la guerre civile. De toutes les écoles de peintures du Deccan, celle de Bijapur a suscité le plus d’attention. La cour de Bijapur a toujours soutenu les artistes venant de Perse, de Turquie et des régions voisines. Les musées français possèdent plusieurs peintures de la cour de Bijapur. Le Musée Guimet possède deux études d’oiseaux qui peuvent être citées comme des exemples importants des peintures de Bijapur du début du 17ème siècle. L’une d’elles montre un faucon sur un arbre et une autre montre deux grues au bord de l’eau, les deux réalisées aux alentours de 1610-1620. Ces peintures prouvent que, comme les rythmes agités, les couleurs lumineuses, les postures flamboyantes et le mystérieux romantisme réalisés par les peintres de Bijapur sont tout aussi passionnants que le travail moghol sur le même sujet. Les oiseaux moghols sont des créatures dignes et constituent d’excel-

© RMN/Musée Guimet, Paris

© The Metropolitain Museum of Art, Dist. RMN

PEINTURES RARES DU DECCAN DANS LES MUSÉES FRANÇAIS

Malik Ambar par Hashim, vers 1620-30

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Golconde avait beaucoup gagné de la défaite de Vijayanagara. Son royaume Qutb Shahi devint plus tard le plus riche des sultanats du Deccan. La capitale nouvellement fondée d’Hyderabad devint un centre culturel, politique et économique entretenant des liens étroits avec la Perse. La tolérance religieuse entre les Musulmans et les Hindous y était importante et se refléta dans les peintures, l’architecture et les costumes contemporains.

© RMN/Musée Guimet, Paris

La Bibliothèque nationale de France conserve une importante collection de peintures de Golconde de la fin du 17ème siècle. A la même période, le voyageur vénitien Manucci accompagna Aurangzeb dans sa mission au Deccan et, durant son séjour à Golconde, acquit 64 peintures réalisées par des artistes locaux. Un album comprenant 54 peintures de la collection de Manucci est conservé dans d’excellentes conditions à la BNF. Il contient des portraits des empereurs moghols, des princes et des personnalités de la cour ainsi qu’un magnifique portrait du grand souverain marathe Shivaji à cheval, une épée à la main. Manucci avait déjà rencontré

lentes études d’histoire détaillée alors que les peintures de Bijapur sont des motifs secondaires dont la présence symbolique ajoute une touche romantique et mystérieuse à la composition. Le Musée Guimet possède une autre peinture de la cour de Bijapur Jeune femme debout, datée vers 1650. La BNF possède également une peinture similaire Princesse au jharoka (fenêtre en pierre) datée de la même époque. Un Juif arménien du nom de Shah Sarmad venu d’Iran avait fait fortune avec le commerce entre l’Inde et l’Iran. En 1632, il était tombé Nouvelles de l’Inde n° 406

amoureux d’un jeune garçon du nom d’Abhai Chand. Mais les parents d’Abhai s’opposèrent fortement à leur liaison. Sarmad devint alors dépressif et commença à visiter divers lieux complètement nu. De nombreuses personnalités de haut rang devinrent ses disciples. Quand Aurangzeb élimina Dara Shikah, il tua non seulement tous ses frères mais aussi leurs disciples. Il exécuta ainsi Sarmad parmi d’autres. Une peinture datée vers 1640 montrant une rencontre entre Shah Sarmad et Abhai Chand est exposée à la BNF.

© RMN/Musée Guimet, Paris)

Faucon Inde, Bijapur – XVIIe siècle, vers 1610-20

Ragini Kakuba, vers 1660

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Le raja Shivaji, vers 1685

Shivaji quand il fut fait prisonnier par Aurangzeb à Agra en 1666. Manucci avait relaté dans son carnet de voyage un épisode intéressant au sujet de cette rencontre. Un jour qu’il jouait aux cartes avec Jai Singh (le commandeur d’Aurangzeb au Deccan) sous une tente à Agra, Shivaji entra ; tous se levèrent pour lui rendre hommage. Après quoi, Shivaji demanda à Jai Singh d’où venait Manucci. Jai Singh lui répondit que Manucci était un roi étranger (Farangi). Shivaji lui dit alors : « Moi aussi, j’ai de nombreux Farangis dans mon armée mais aucun d’eux n’a son style ». Jai Singh voulut faire une faveur à Manucci et répondit que généralement, la nature faisait la distinction entre les grands et les humbles et que lui, Manucci, étant roi, la nature lui avait donné un corps et un esprit très différents de ceux des autres. Ceci fut une ouverture qui donna à Manucci l’occasion à plusieurs reprises de converser avec Shivaji qui, à chaque fois, était impressionné par la profonde connaissance que Manucci avait de l’Inde, de son peu-ple et de la langue hindoustanie. Les portraits de ce célèbre roi marathe se trouvent aujourd’hui dans des musées à travers le monde en Inde et à l’étranger. En dehors de la 28

BNF, il y en existe un portrait daté d’environs 1680 au Musée Guimet et un autre du début du 18ème siècle dans la collection Robien au Musée des Beaux-Arts de Rennes. Abul Hasan Qutb Shah (1672-1687) fut le dernier sultan de Golconde. C’était un homme d’Etat extrêmement populaire qui ne discriminait pas les autres groupes ethniques ou religions. Des portraits de lui sont exposés au Musée des Beaux-Arts de Rennes, à la BNF et aussi au Musée Guimet. Les peintures de la cour de Golconde sont caractérisées par des vêtements de style turc portés par des dignitaires. Ces portraits furent rapportés en France vers

1820-1830 à l’époque où le commerce entre l’Inde et la France était florissant. Au cours de la seconde moitié du 17ème siècle, les peintures du Deccan subirent l’influence d’un nouveau style iranien importé en Inde par l’artiste Shaykh Abbasi et son fils. Il existe une peinture intéressante signée par Shaykh Abbasi, Elephant monté par un prince suivi de son escorte, datée d’environ 1675-1676 au Musée Guimet. L’art indien a toujours fasciné la France, la rare collection des peintures du Deccan dans les grands musées français n’en est qu’un ❑ exemple. Dr. Shashi Dharmadhikari

© RMN/Musée Guimet, Paris

© BnF

PEINTURES RARES DU DECCAN DANS LES MUSÉES FRANÇAIS

Shivaji Bhonsla, chef Mahratta, fin du XVIIème siècle

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MOTI MAHAL : QUAND LA CUISINE EST UNE AFFAIRE DE FAMILLE Moti Mahal est un symbole de l’histoire culinaire indienne. Il a débuté en 1920 sous la forme d’un café-restaurant à Peshawar dans l’Inde indivisée puis a ouvert à nouveau à Delhi en 1947 après la Partition du sous-continent. Ses recettes et ses parfums sans égal en ont rapidement fait un nom synonyme de cuisine authentique du nord de l’Inde. Le restaurant s’est très vite taillé une réputation auprès des visiteurs illustres qui vont le fréquenter – chefs d’Etat, dignitaires étrangers, stars de Hollywood, qui l’inscrivent comme une priorité dans leur itinéraire lorsqu’ils se rendent dans la capitale. Peu de chefs dans le monde peuvent se targuer d’avoir créé un plat qui est une cuisine à lui seul. Shri Kundal Lal Gujral, né à Chakwal dans le Punjab non divisé de l’époque, dans la première décennie du 20ème siècle, a cherché des moyens pour venir en aide à sa famille après le décès de son père alors qu’il n’avait que dix ans. Il fut le premier à Peshawar à creuser un four (tandoor) directement au mi-

lieu du café-restaurant et à concevoir l’art culinaire du poulet tandoori, plat qui sera acclamé non seulement en Inde mais aussi à l’étranger. Très vite Kundan fut demandé pour les banquets de mariage, les soirées. Aujourd’hui toutes les grandes villes en Inde ont leur Moti Mahal et la chaîne commence à se faire un nom sur le plan international. En 2003, Monish Gujral, le petitfils de Shri Kundal Lal Gujral a créé la société Moti Mahl Delux Management Services dans le but de développer l’affaire sous la forme de franchises en Inde. En sept ans, Moti Mahal s’est étendu de quatre restaurants autonomes à 100 restaurants et franchises appartenant à la société – répartis en 88 dans 22 villes du pays et les autres au Moyen-Orient, au Canada, en Asie du Sud-Est, en Chine, en Europe et aux Etats-Unis. Au cours des années à venir, ce nombre devrait encore augmenter avec des projets de diversification dans d’autres secteurs du marché alimentaire.

Shri Kundal Lal Gujral

Si le menu reste fidèle aux recettes traditionnelles Punjabi Pathani, Moti Mahal a su évoluer pour toucher le plus grand nombre de consommateurs. Moti Mahal se décline aujourd’hui sous plusieurs types de restaurants : Moti Mahal Tandoori Trail, restaurants classiques avec une ambiance contemporaine, dans des lieux particuliers ou dans des centres commerciaux, certains dotés d’un bar/d’un coin salon ; les Kebab Trail qui proposent pour un prix fixe et à volonté des kebabs sous leurs diverses variantes régionales de Lucknow, du Punjab, de Hyderabad ; le DNY Bread Bar qui sert des sandwichs avec du pain frais cuit au fur et à mesure. Les garnitures ont recours aux parfums indiens les plus savoureux ; des Comptoirs dans des aires de restauration dans des lieux publics et des points de vente dans des zones commerciales qui offrent de la restauration rapide à des prix raisonnables pour une clientèle de bureaux à l’heure du déjeuner. S’il fallait retenir un terme pour définir Moti Mahal, ce serait certainement la qualité, tant au niveau des produits proposés qu’au niveau du personnel. Tous les chefs

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MOTI MAHAL : QUAND LA CUISINE EST UNE AFFAIRE DE FAMILLE

et le personnel sont formés par la maison mère. Tous les points de vente se procurent leurs produits chez les mêmes fournisseurs, les recettes sont également les mêmes. Cette expansion n’est pas seulement guidée par le désir d’établir un empire mais par la mission impérative de préserver l’authenticité d’une cuisine authentique du Nord de l’Inde avec ses parfums PunjabiPathani. Pour reprendre les termes de Monish, « cette cuisine est une tradition à suivre, une culture à préserver et un patrimoine dont on hérite. » C’est dans les cuisines de son grand-père que le jeune Monish alors âgé de 17 ans a appris les traditions, les recettes et la pratique qui continuent aujourd’hui à faire la réputation de Moti Mahal. Monish a publié deux livres de recettes et écrit régulièrement dans le Hindustan Times (‘Food Wise’) et dans The Hindu (‘Food Trendz‘). Il a été l’invité de plusieurs émissions de cuisine à la télévision pour NDTV et Doordarshan. Ses livres comportent des recettes mais aussi des documents d’archives et notamment des photographies des

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personnalités qui ont fréquenté les établissements Moti Mahal. Ce sont « Moti Mahl’s Tandoori Trail » publié en 2005 par Roli Books India et « On the butter Chicken Trail » publié en 2009 par Penguin. Fort de sa riche expérience, il donne par ailleurs des cours au Pusa Institute of Hotel Management. Récemment Monish Gujral a participé au Festival du Livre culinaire qui s’est déroulé dans le lieu fameux, le Centquatre, à Paris. Rappelons qu’il a reçu le 1er Prix du Gourmand Award, dans la catégo-

rie Meilleur Livre des Recettes dans le Monde en 2010 pour son second livre. Son troisième livre « The kingdoms of kababs » sortira en juin et c’est avec plaisir que les participants au Festival ont pu assister à la démonstration de quelques-unes des recettes de ce livre. Si d’aventure vous passez en Inde ou ailleurs dans le monde devant un restaurant Moti Mahal, laissezvous tenter… ❑ Viviane Tourtet http://motimahal.in/

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DESTINATIONS À DÉCOUVRIR

© Nichalp sur http://en.wikipedia.org

Les vallées de Yumthang et Tsopta comptent parmi les plus grandes attractions du nord du Sikkim. N’oubliez pas d’obtenir un permis avant de quitter Gangtok et arrêtez-vous en route dans quelques villages et gompas. Au départ, arrêtez-vous au point de vue de Tashi au nord-ouest de Gangtok pour avoir la meilleure vue de Gangtok. L’étroite route nationale 31A grimpe de manière abrupte au-dessus de la rivière Teesta, descendant parfois en direction d’un pont où sont accrochés des drapeaux de prière, le franchit pour ensuite remonter à nouveau une pente rude. Il est également intéressant de s’arrêter à la cascade des Sept Sœurs qui franchit un abîme audessus d’un bosquet de cardamome en bordure de route. Des vues spectaculaires du Mont Kangchendzonga vous accompagnent sur la route principale vers Phodong. Phodong est un lieu populaire où s’arrêter et comprend une série de restaurants. Le gompa de Phodong (1740) renferme de grandes peintures murales et une grande statue du 9ème Karmapa. Si vous souhaitez aller un peu plus loin dans la découverte, une petite promenade d’un demi-heure vous conduira au paisible gompa La-

La danse traditionnelle Gumpa à Lachung pendant le festival bouddhiste de Losar

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© Carsten Nebel sur http://en.wikipedia.org

LES VALLÉES IDYLLIQUES DE YUMTHANG ET TSOPTA AU SIKKIM, UNE TOUCHE DE PARADIS

Kangchendzonga de Thangshing

brang (1884). Les peintures murales de sa salle de prière reproduisent 1022 fois le même Padmasambhava dans la même attitude. Au premier étage se trouve une divinité d’aspect terrifiant portant un collier de têtes sévères. C’est là que se déroulent début décembre des danses Chaam. Sur la route qui conduit de Phodong à Singhik se trouve Mangam, dans le quartier administratif du district du North Sikkim. Mangam se déclare fièrement comme « la plus grande capitale de la cardamome du monde ». A Singhik vous avez le choix de séjourner dans deux endroits agréables, chacun avec une belle vue. La Friendship Guest House se trouve dans un jardin de fleurs en bord de route ; elle est tenue par une merveilleuse famille sikkimaise. La Singhik Tourist Lodge a des chambres chauffées. Elle possède même un restaurant. Au-delà de Singhik, des chambres sont également disponibles à Lachung et Lachen avec

deux options de base à Thanggu aussi. Lachung et Lachen sont des villages Lepcha avec leur propre système de démocratie avec un chef (pipon) élu chaque année. Les ruelles de Lachen révèlent des joyaux comme de vieilles maisons en bois construites sur de solides bases en pierre. Malheureusement, des hôtels en béton sortent de terre qui gâchent le charme ancien de Lachen. Les vieilles maisons sont construites dans le style tibétain avec des encadrements de fenêtres à facettes colorées. Des bûches de bois sont stockées un peu partout pour se chauffer l’hiver. A quinze minutes de marche audessus du village, on arrive au joli gompa de Lachen. Ce gompa présente de superbes fresques murales colorées. Lachen est le point de départ pour des expéditions au Green Lake et au Glacier de Zemu où rôderait le Yeti vers la face nord-est du Kangchendzonga. Seuls des grimpeurs avertis peuvent entreprendre cette expédition. 31


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Elaichi ou cardamome. Principale culture commerciale du Sikkim.

nombreuses peintures murales avec une section qui présente les peintures anciennes originales. Ses deux gigantesques moulins à prière carillonnent périodiquement. Faka Bazaar où la route du village de Lachung quitte la route principale de Yumthang comprend plusieurs hôtels. Après une nuit ici, vous pouvez poursuivre dans la vallée majestueuse de Yumthang. Une fois là, descendez vers la rive du fleuve et avec de la chance, vous serez récompensé par une vue panoramique à 360° sur des glaciers

inoubliables, des pics hérissés et sur des montagnes déchiquetées qui s’élèvent vers le Tibet et ressemblent à des candélabres. Pour plus d’informations, contacter le Sikkim Tourism, Mahatma Gandhi Road, Gangtok, Tél : +91 3592 204543, 204408, Fax : +91 3592 205647, Email : secy_tourism@ yahoo.com et site Internet : http://www.sikkimtourism.travel ❑ India Travel Online Vol. XIV N°08

© Dhillan Chandramowli sur http://en.wikipedia.org

Au nord de Lachen et au-delà d’un vaste camp de l’armée se situe Thanggu. Ici vous avez l’impression d’être arrivé au bout du monde. Arrêtez-vous au Thanggu Resort (maison familiale) pour y déguster une tongba, la bière locale. On vous servira un mug rempli de graines de millet fermenté auxquelles vous rajoutez peu à peu de l’eau chaude et que vous buvez à l’aide d’une paille en bambou. Cela ressemble un peu au saké japonais. Reposé, vous vous mettez en route pour la vallée de Tsopta. Juste audessus de la crête des arbres, le paysage change et vous rappelle certains endroits d’Ecosse avec un impressionnant mur montagneux coiffé de glaciers. Il n’est pas rare d’y voir des convois de zo yaks et d’ânes qui transportent des marchandises. Traversez le pont audessus de la rivière sauvage de Yumthang jusqu’à Lachung qui est entouré de murs de vallées avec des pitons rocheux. La vue à partir du gompa de Lachung est spectaculaire. Le gompa renferme de

c) Nichalp sur http://en.wikipedia.org

DES VALLÉES IDYLLIQUES DE YUMTHANG ET TSOPTA AU SIKKIM, UNE TOUCHE DE PARADIS

Monastère de Phodong dans le North Sikkim à un peu plus de 30 km de Gangtok

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GROS PLAN SUR LE MANIPUR Le Manipur se situe dans la région la plus orientale du Nord-Est de l’Inde. L’Etat partage des frontières avec d’autres Etats du Nord-Est, le Nagaland, le Mizoram, l’Assam et le pays voisin de Myanmar. Les conditions climatiques qui dépendent de l’altitude des chaînes de montagnes varient de tropicales à subalpines. Le bassin fluvial du Manipur compte sept grandes rivières : Imphal, Iril, Nambul, Sekmai, Chakpi, Thoubal et Khual. Le lac Loktak, le plus grand lac d’eau douce dans le Nord-Est, se situe dans cet Etat. La ville d’Imphal est entourée de collines verdoyantes et jouit d’un climat salubre. C’est un délice pour les touristes par la richesse des attractions telles que lacs, parcs et montagnes. Avec un taux d’alphabétisation de 79,8% le Manipur offre une vaste main-d’oeuvre éduquée. La connaissance de l’anglais est un atout supplémentaire de la main-d’oeuvre.

Le Manipur en bref • Capitale : Imphal. • Superficie géographique : 22 327 km2. • Districts administratifs : 9. • Densité de la population : 122 habitants par km2. • Population : 2,7 millions (répartis en 1,4 million d’hommes et 1,3 de femmes). • Taux d’alphabétisation : 79,8%. • Langues parlées : meiteilon (manipuri), anglais et hindi.

Les avantages du Manipur • Le Manipur a un important potentiel pour l’horticulture en raison de conditions agro-climatiques variées. • La ville de Moreh offre un passage entre l’Inde et Myanmar et vers les pays du Sud-Est asiatique. • Une grande variété de plantes médicinales et exotiques poussent au Manipur. Les entrepreneurs peuvent facilement transformer et commercialiser ces plantes. • Imphal a un aéroport et Air India procure des services de transport de marchandises. Quatre autoroutes traversent l’Etat et une ligne de Nouvelles de l’Inde n° 406

chemin de fer à la frontière entre le Manipur et l’Assam est en cours de construction. • Imphal est entouré de collines verdoyantes et jouit d’un climat agréable. La ville offre aux touristes une variété d’attractions telles que lacs, parcs et montagnes. • Avec un taux d’alphabétisation de 79,8%, le Manipur possède une main-d’œuvre éduquée qui de surcroît parle l’anglais. Le PNB de l’Etat du Manipur est d’environ 1,8 milliard de US$. Il a enregistré un taux de croissance de 10,3% de 2004-05 à 2009-10. Le PNB de l’Etat par tête était en 2009-10 de 673, 4 US$ contre 462,1 en 2004-05. En 2009-10, le secteur tertiaire contribuait pour 43,9% au PNB de l’Etat aux prix courants, suivi du secteur secondaire pour 33,8%. Entre 2004-05 et 2009-10, le secteur tertiaire a augmenté à un taux moyen de 14%, entraîné par le commerce, l’hôtellerie, l’immobilier, la finance, les assurances, le transport, les communications et d’autres services. Le secteur secondaire a augmenté à un taux moyen de 9,2% durant la même période. Sa croissance a été stimulée par la construction et l’industrie manufacturière. Le secteur primaire a

augmenté à un taux moyen de 8,7% pendant la même période.

Production agricole La couverture forestière du Manipur est d’environ 64% de la superficie totale du Manipur. L’agriculture constitue une part importante du produit national brut et procure des emplois à 52,2% de l’ensemble des ouvriers du Manipur. La chaine Siroy dans le district de Ukhrul abrite la Siroy Lily (Lilium macklineae), fleur que l’on ne trouve nulle part ailleurs. La vallée de Dzuko abrite aussi l’espèce endémique et rare de la Dzuko Lily (Lilium chitrangade). Le teck, le pin, le hêtre, l’uningthou, le leihao, le bambou et la canne, entre autres, sont d’importantes ressources forestières. De plus, le caoutchouc, le thé, le café, les oranges et la cardamome poussent dans les régions montagneuses. Les récoltes alimentaires et commerciales poussent principalement dans la vallée. Les principaux fruits qui poussent au Manipur sont l’ananas, le citron vert, le citron, la banane, l’orange, la papaye, la prune et le fruit de la passion. Le riz est la nourriture de base au Manipur. Il est cultivé sur les collines et dans les plaines. En 2008-2009, la production totale de 33


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GROS PLAN SUR LE MANIPUR

© cicmanipur.nic.in

avec un service de transport du courrier fonctionnant 6 jours sur 7. L’aéroport est en cours d’agrandissement pour accueillir davantage d’appareils et devenir un aéroport international. La principale tête de ligne reliant le Manipur au reste de l’Inde se trouve à Dimapur (dans l’Etat du Nagaland), à 215 km d’Impahla. Une ligne de chemin de fer à partir de Jiribam est en cours de construction à la frontière entre le Manipur et l’Assam. Cette ligne devrait relier Imphal au reste de l’Inde d’ici 2016.

Electricité Siroy Lily

Infrastructures physiques Infrastructure routière L’Etat possède quatre routes nationales dont la NH-39, artère principale. Elle relie Imphal à Dimapur dans l’Etat voisin du Nagaland. A partir d’Imphal, elle rejoint après 110 km en direction du Sud Est la ville frontalière internationale de Moreh à la frontière indo-birmane. La NH-53 relie Imphal et Jirighat à la frontière entre le Manipur et l’Assam et la NH-150 qui va vers le Sud relie le Manipur et Seling au Mizoram. Le gouvernement indien a un accord trilatéral avec la Thaïlande et le Myanmar pour construire une autoroute trans-Asie reliant l’Inde via le Manipur aux deux pays. Les services de transports routiers 34

sont assurés par la Manipur State Road Transport Corporation. L’Etat compte 959 km de routes nationales, 668 de routes au niveau de l’Etat, 964 grandes routes de district et 1013 autres routes de district.

Infrastructures aéroportuaires Le Manipur a un aéroport à Imphal, l’aéroport Tulihal situé à environ 8 km du centre ville. L’aéroport d’Imphal est le second plus grand aéroport de la région du Nord-Est

© Mongyamba http://en.wikipedia.org

riz s’élevait à 473 380 tonnes. La vallée du Manipur est connue sous le nom de « Bol de riz ». La croissance de l’agriculture au Manipur est inégale et pas satisfaisante du fait même que la production agricole dépend des chutes de pluie saisonnières.

En mars 2011, le Manipur avait une capacité électrique installée de 157,8 MW dont 80,9 MW d’énergie hydraulique, 71,3 MW d’énergie thermique et 5,4 MW d’énergie renouvelable. Les grandes compagnies comme Satluj Jal Vidyut Nigam Limited (SJVNL) et National Hydroelectric Power Corporation Limited (NHPC) travaillent conjointement à la création d’un méga projet hydraulique à Tipaimukh avec un investissement de 2 milliards de US$. Lorsqu’il sera réalisé, il comportera 6 centrales produisant 250 MW chacune, soit un total de 1500 MW.

La vallée de Dzukou

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GROS PLAN SUR LE MANIPUR

Télécommunications En décembre 2010, les Etats du nord-est de l’Inde comptaient 6,4 millions d’abonnés au téléphone sans fil et 277 540 abonnés des services filaires. En décembre 2010, l’Etat comportait 53 centraux téléphoniques.

Infrastructure sociale Education Le Manipur a un taux d’alphabétisation de 79,8% selon le dernier recensement de 2011 répartis en 86,5% pour les hommes et 73,2% pour les femmes. Le nombre d’institutions académiques a augmenté passant de 538 en 1950-51 à plus de 4 222 à la fin 2004-05. Elles sont réparties en 4089 écoles, 62 établissements d’enseignement supérieur, 69 écoles professionnelles et 2 universités. Plusieurs programmes dont un programme national de nutrition prévoyant des repas à la mi-journée soutiennent l’éducation primaire. L’Etat promeut aussi l’éducation des filles. 259 100 personnes illettrées ont suivi un programme d’alphabétisation en mars 2007 prévu pour les personnes âgées entre 15 et 35 ans. Un programme similaire pour les plus de 35 ans a été mis en place recensant en décembre 2007, 241 402 personnes. Nouvelles de l’Inde n° 406

L’Etat compte 3926 écoles primaires, collèges et lycées.

Santé L’infrastructure de santé de l’Etat comprenait en mars 2006 13 hôpitaux publics, 72 centres de soins primaires, 420 sous-centres de santé primaire, 16 centres de soins de communauté et 20 dispensaires ; l’Etat a mis en place plusieurs programmes liés à la santé et la famille, notamment en zone rurale, pour éradiquer la malaria, contrôler la lèpre, la tuberculose, la cécité et des programmes liés à la petite enfance.

Phampak Iila sont deux formes populaires de théâtre. Parmi les grandes troupes importantes du l’Etat, citons Manipur Dramatic Union, Arian Theatre, Chitrangada Natya Mandir, Society Theatre, Rupmahal, Cosmopolitan Dramatic Union et The Chorus Repertory Theatre.

Infrastructure culturelle Le Manipur a des formes d’art spécifiques. Les divers styles de danse Manipuri comprennent le Ras Lila, le Nupa Pala, le Pung Cholom, la danse Maibi et la danse Khamba Thoibi. Le Manipur possède deux musées, le Manipur State Museum et le Sekta Archaeological Museum qui conservent le patrimoine de la région. Le Manipur fête plusieurs festivals comme Lai Haraoba, Yaoshang (Dol Jatra), Ratha Jatra, le festival de Kuki Chin Mizo, Gang-Ngai (festival de Kabui Nagas) et Chumpha. Théâtre et société sont étroitement liés au Manipur. Shumang Iila et

© http://en.wikipedia.org

Dans le cadre du développement et de la Jawaharlal Nehru National Urban Renewal Mission (JNNURM), trois projets d’un coût de 33,6 millions de US$ ont été approuvés pour Imphal, notamment dans le secteur de la gestion des ordures, du drainage de l’eau et de la préservation des plans d’eau. Pour les petites et moyennes villes, 13,7 millions de US$ ont été alloués pour le développement du système d’alimentation d’eau à Thoubal, Kakching, Jiribham, Moirang et Bishnupur.

© manipuruniv.ac.in

Infrastructures urbaines

Mongyamba Danse Ras Lila du Manipur qui décrit les amours entre Radha et Krishna

De nombreux jeux indigènes se pratiquent au Manipur comme le Sagol Kangjei (polo), Yubi Lakpi (rugby), Hiyang Tannaba (courses de bateaux), Mukna (lutte), Kang, Thang-Ta et Sarit Sarat. 35


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Infrastructure industrielle Le parc alimentaire de Nilakuthi est construit sur 31 hectares. Ce parc pourra accueillir 40 à 50 usines alimentaires. Le gouvernement a donné son aval pour le Projet de Développement Infrastructurel Intégré à Moreh d’un coût total de 1,3 US$ million. Le projet de Parc Industriel pour la Promotion de l’Exportation (EPIP) à Khunuta Chingjiu dans le district de Thoubal a également été approuvé. Deux centres de commerce sont prévus, l’un à Moreh, achevé, l’autre à Imphal. Un Centre de Croissance Industrielle verra le jour à Chingaren également.

Les industries-clés Ce sont le tissage, l’artisanat, la sériculture, l’agro-alimentaire, la transformation du bambou et le tourisme. Le tissage est la plus grande industrie artisanale de l’Etat. Le Manipur est le 5ème Etat en termes de nombre de métiers à tisser dans le pays. La plupart des tisserands sur soie

se trouvent à Wangkhei, Barmon Kampu, Kongba, Khongman et Utlou. Les tissus et les châles du Manipur sont fortement appréciés tant en Inde qu’à l’extérieur. Les trois grandes organisations gouvernementales du secteur sont la Manipur Development Society (MDS), la Manipur Handloom and Handicrafts Development Corporation (MHHDC) et le Manipur State Handloom Weavers Cooperative Society. L’artisanat est une autre industrie importante du Manipur. La broderie sur tissu, le rotin et le bambou, la gravure sur ivoire, pierre et bois, le travail du métal, les articles décoratifs en corne, les casse-noix de bétel, les poupées et les jouets sont quelques-uns des articles d’artisanat de cet Etat. La vannerie est une occupation populaire du Manipur. La poterie est, quant à elle, abondante dans les districts d’Andro, Sekmai, Chairen, Thongjao, Nungbi et certains endroits de Senapati. La sériculture : quatre variétés de soie se trouvent au Manipur : mul-

© Mongyamba en.wikipedia.org

GROS PLAN SUR LE MANIPUR

Mongyamba Cervus eldi ou sangai au parc national de Keibul Lamjao

berry, éri, muga et oak-tussar. Le Manipur Sericulture Project a été mis en place par le gouvernement du Manipur avec l’aide du gouvernement japonais pour fournir des emplois aux femmes. L’agro-alimentaire : les conditions agro-climatiques particulièrement favorables conviennent bien à l’industrie agro-alimentaire. Magfruit, Ratna, Sana, Manifru, Likla, Heirang, Chandani et Waifru sont des marques connues du Manipur. Parmi les produits appréciés, citons l’ananas et le fruit de la passion frais, la pulpe, le jus, les caramels, le concentré, le jus de citron et d’orange, l’huile de gingembre, les champignons, les pousses de bambou.

© irrawaddy.org

Le tourisme : le Manipur jouit d’un climat agréable, d’une végétation exotique, d’une flore variée sans compter d’une riche culture tribale. En 2009, selon le Ministère du Tourisme, cet Etat aurait accueilli 1,2 million de touristes. Les principales destinations sont : le Parc national de Keibul Lamjao sur les rives du lac Loktak, seul habitant du daim sangai (cervus eldi eldi), le mémorial de l’Armée nationale indienne à Moirang où l’armée nationale indienne a hissé le drapeau tricolore pour la première fois sur le sol indien, le parc national de Siroy à Ukhrul et le lac Loktak, le plus grand lac d’eau ❑ douce du Nord-Est. India Brand Equity Foundation 36

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ÉCHOS ET SENTEURS DE L’INDE • On sait que les Indiens sont très présents au Salon du Prêt-àPorter. Après les journées très chargées de la Porte de Versailles en janvier, voici celles du jardin des Tuileries et autres lieux qui révèlent les dernières tendances en matière de mode et d’accessoires.

• Au Jardin des Tuileries, le Salon Première Classe a encore attiré la foule des professionnels. Les écharpes de cachemire ou de soie de Nitin Goyal protègent le corps, et conservent une bonne chaleur.

laine de l’Himalaya pour des jupes bouffantes, des cardigans confortables et des robes. Parmi les designers présents, citons le studio Pratpa de Faridabad, et Layap Agnis Apparels de New Delhi, ainsi que Namrata Joshipura, Rohit Gandhi et Rahul Khanna de Noida. • Piasa organise une nouvelle vente avec quelques miniatures indiennes du 19ème siècle représentant Akbar et un ascète, la déesse Parvati sous une arcature et un cavalier rajpute auréolé sur fond vert.

• Le Salon « The Box » a réuni les meilleurs dont les chaussures Calvin Klein, les bijoux de Claire de Divonne, les chapeaux et foulards de Javits, les chapeaux inouïs de Ricucci, les sacs d’Aigner et les foulards raffinés de « Me and Kashmiere » de New Delhi.

• Dans le cadre unique du Carrousel du Louvre, le Salon Tranoï était consacré aux femmes. Les Japonais et les Italiens étaient omniprésents. Mais on retrouvait aussi « Khadi and Co » qui utilise la Nouvelles de l’Inde n° 406

brodés, certains pouvant demander six mois de travail, d’autres terminés, des broderies seules, des châles. Un lieu qui témoigne que l’art du travail bien fait est encore de ce monde, rassurant, non ? www.zardosi.fr et contact@zardosi.fr

Shikha Chireux a fait découvrir la merveilleuse broderie Zardozi les 30 mars et 1er avril pendant les Journées européennes des Métiers d’art. Son Atelier qui accueille des professionnelles mais aussi des amateurs est un ravissement pour les yeux. Ce style de broderie fut utilisé au XVIème siècle par les artisans indiens pour répondre aux exigences d’une cour moghole raffinée et satisfaire le goût des marchés étrangers. L’Atelier comporte des vêtements en attente d’être

• Une nouveauté à retenir : le Café « Lire l’Inde » propose un ou deux mercredis par mois de 18h30 à 20h la présentation et l’analyse de quelques livres au début de chaque séance sur un thème donné par Aliette Armel, auteur d’un roman « Pondichéry » et critique au Magazine Littéraire depuis 1984. Gilles Guillot, fondateur de Un regard sur le monde, société créée en 2009 qui accompagne des voyages en Inde, et Pratap Lall, accompagnateur de circuits qui partage son temps entre l’Inde et la France, interviennent en contrepoint. Le troisième temps de la soirée est consacré aux questions-réponses dans un esprit de dialogue et d’ouverture. Une intéressante manière de découvrir les livres de fiction ayant l’Inde pour cadre et pour sujet et pourquoi pas d’envisager un voyage en Inde pour approfondir. Les séances sont gratuites et chacun règle sa consommation au restaurant Best of India, 170 rue du Faubourg Saint Denis, dans le 10ème arrondissement qui accueille le Café « Lire l’Inde ». Pour en savoir plus, vous pouvez écrire à info@unregardsurlemonde.fr 37


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ÉCHOS ET SENTEURS DE L’INDE

• Un nouveau centre de yoga vient d’ouvrir au 5 rue Stanislas dans le 6ème arrondissement. La méthode utilisée est la méthode Iyengar basée sur la pratique approfondie des postures ou asanas et du souffle ou pranayama. Elle s’adapte à toutes les morphologies et les cours dispensés par André Rivoire qui enseigne depuis dix ans s’adressent tant aux débutants qu’aux personnes qui pratiquent le yoga depuis longtemps. Le centre,

idéalement situé à deux pas du Luxembourg, est d’une grande sobriété qui en fait un lieu idéal pour pratiquer et se détendre. Les femmes apprécieront le vestiaire qui leur est destiné. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site : www.yogaraspail.fr

• L’association Kalavistar a produit 2 DVD de Louise Gunnell « Une découverte sonore de l'Inde » chez l'éditeur Lugdivine. Le premier 38

« Tout ouïe », évoque la vie d'une jeune musicienne depuis les premiers bruits d'un matin indien jusqu'au récital de sitar auquel elle assiste le soir ; le second DVD, « Des pieds et des mains », nous fait pénétrer dans l'univers d'un facteur de sitars et de tanpuras, à Miraj. Ces films, empreints d'humanité, décrivent avec empathie la vie quotidienne authentique et traditionnelle de l'Inde et s'adressent aussi bien aux curieux de l'Inde qu'aux spécialistes de la musique. Editions Musicales Lugdivine, BP 9025 ; 69265 Lyon Cedex 09. Email : ed.lugdivine@wanadoo.fr ; www.lugdivine.com

• Il est fait mention dans le dernier rapport d’activités de la Maison de l’Inde de la Cité Internationale Universitaire de Paris que la Maison de l’Inde accueillait au 31 mars 2012, 109 personnes dont 105 résidents réguliers et 4 de passage. Parmi les résidents réguliers, 84 sont doctorants, 4 poursuivent des études et 17 sont en post-doctorat. Sur les 105 résidents réguliers, 96 sont indiens, et les 9 autres sont de nationalité française, chinoise, japonaise, suisse et tunisienne. 40 sont des femmes ce qui représente une amélioration par rapport à l’année dernière. Le nombre total de résidents réguliers sur

le campus de la CIUP est de 185. La plupart d’entre eux reçoivent du gouvernement français une aide au logement allant de 80 à 100 euros par mois de résidence. • Au sujet de l’extension de la Maison de l’Inde à la CIUP, le projet avance. La date limite pour soumettre les appels d’offre était fixé au 27 avril. La sélection des entreprises commencera avec la participation de l’Ambassade, des architectes, de la CIUP, du maître d’Ouvrage et de son assistant. Le processus prendra environ deux mois et la pierre de fondation du bâtiment pourrait être posée courant juin. • Le 19 avril 2012, l'Inde lançait avec succès son premier missile de longue portée à capacité nucléaire, Agni V. D'une portée de 5000 kilomètres, la fusée, lancée à partir de Wheeler Island, au large des côtes de l'Orissa, mesure 17 mètres, pèse 50 tonnes et comporte 3 étages. Dorénavant, l'Inde qui a ainsi acquis la capacité d'atteindre la Chine, va pouvoir rejoindre le club très exclusif des pays dotés de missiles balistiques intercontinentaux, à savoir la Chine, la Russie, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne. Le Premier ministre, Dr. Manmohan Singh, a félicité tout le personnel scientifique et technique de la Defense Research and Development Organisation (DRDO) et d'autres organisations qui a permis à l'Inde de franchir une étape importante dans le domaine des missiles stra❑ tégiques.

E.B. et Viviane Tourtet Nouvelles de l’Inde n° 406


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REVUE DES LIVRES Yoga/Bien-Etre Le grand livre du yoga, de Swami Vishnudevananda, Ed. Le Courrier du Livre. Dans la préface de Swami Vishnudevananda, personnalité marquante du Hatha et du Raja Yoga, qui remonte à 1988, il était déjà fait mention de la crise dans laquelle sombre peu à peu l’humanité et de la difficulté de contrôler son mental pourtant indispensable à notre bien-être général. L’auteur traite donc des grands principes qui peuvent nous aider si tant est que nous les intégrons dans nos habitudes quotidiennes : des exercices appropriés, une respiration correcte, une bonne relaxation, une nourriture saine et une pensée positive associée à la méditation. Le lecteur puisera dans ce livre sérieux les rudiments d’un savoirfaire ancestral. Les photos en noir et blanc datent un peu mais Swami Vishnudevananda nous y décrit toutes les postures essentielles de la technique du yoga. Rappelons que Swami Vishnudevananda est le fondateur des Centres Internationaux Sivananda de Yoga Vedanta.

Beaux-Arts Guidée par mon pinceau, de Gita Wolf et Dulari Devi, traduction de l’anglais par Fenn Troller, Ed. Syros. Se plonger dans ce livre, c’est comme partir pour une contrée magique, remplie de couleurs gaies, lumineuses et de courbes gracieuses. Nous y découvrons la vie d’une jeune Indienne du Bihar, bien différente de celle des petites Occidentales et pourtant enveloppée de l’amour maternel. Une vie partagée entre tâches quotidiennes et moments de joie notamment à travers la peinture qu’elle Nouvelles de l’Inde n° 406

va découvrir et apprendre auprès d’une artiste. Ensuite, la vie de Dulari va consister à peindre, le soir venu, après le travail, sa vie au village, des portraits, la Déesse protectrice de l’œil, son enfant jusqu’à elle, en tant qu’artiste. Une belle histoire vraie où l’art est divertissement, thérapie et moyen d’existence. Une belle histoire où l’homme et l’animal sont à l’honneur.

Romans Shalom India Résidence, d’Esther David, traduit de l’anglais (Inde) par Marianne Véron, Ed. Héloïse d’Ormesson. Léon, Yael, Salomé, Sippora, Ruby, Rachel, Juliet, Ben Hur – hur comme «pur», Diana, Esra, Ezel, Tamar, Noah, Shoshanah, Miriam, Samuel, Juliet, Hadasah auxquels Esther David consacre un chapitre dans ce troisième ouvrage consacré à la communauté juive des Bene Israël en Inde, ont un point commun. Ils vivent tous dans la résidence Shalom India composée du bâtiment A où ils sont tous installés, le bâtiment B étant ouvert aux Parsis et aux Chrétiens. Jusqu’en 2002, année funeste des émeutes, ils avaient vécu dans le quartier populeux près de la porte de Khamasa au milieu des familles hindoues, musulmanes, parsies et chrétiennes. A présent ils vivaient dans le quartier chic de Satellite à l’ouest d’Ahmedabad dans une résidence spécialement conçue par Ezra pour eux. Ils avaient ensuite décidé de fêter leur première pâque chacun chez soi. Et tous attendaient donc la venue du prophète Elie… Esther David nous présente un prophète joyeux, prêt à intervenir en cas de besoin et qui à la résidence Shalom India aura bien du travail. Un roman sur trois générations de Juifs pour lesquelles traditions et ouverture ne signifient pas toujours la même chose. A travers

cette série de portraits, Esther David nous donne à voir une Inde différente de celle que nous connaissons. Le Talisman, nouvelles de Vaikom M u h a m m a d Basheer, traduit du malayalam par Dominique Vitalyos, Editions Zulma. Vous vous ennuyez ? Vous trouvez que l’humanité régresse ? Alors plongez-vous dans la lecture de ces merveilleuses nouvelles qui tantôt nous font sourire, rire, tantôt nous font monter les larmes aux yeux. Elles disent les misères du monde, les petits soucis de la vie quotidienne, l’amour et la haine, la vie ordinaire de couples ordinaires, et bien d’autres choses encore mais avec une telle poésie, un humour si délicieux que comme Jamila Bibi, protagoniste d’une des nouvelles qui ne cessait de demander des bananes-coqs à son mari, nous en voulons encore. Elles nous racontent les animaux, les fruits, les parfums, les temples, les échoppes, les riches et les pauvres, les Hindous, les Musulmans, le Kerala dans ce qu’il a de plus authentique. Les personnages semblent d’une autre époque et ont quelque chose de touchant, leurs histoires bien qu’indiennes et kéralaises, ont finalement quelque chose d’universel. Les chagrins d’amour ne nous font-ils pas tous pleurer ? Les fantômes ne viennent-ils pas aussi de par chez nous ? Un petit bijou qui se savoure page après page. L’auteur né en 1908 et mort au Kerala en 1994, est l’un des grands enchanteurs de la littérature indienne contemporaine. Le Guide et la Danseuse, de R.K. Narayan, traduit de l’anglais par AnneCécile Padoux, Ed. Zulma. Autre enchanteur de la littérature indienne, R. K. Na39


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rayan, qui nous a quittés en 2001. Les lecteurs qui ont lu quelquesuns de ses livres se rappelleront de la petite ville de Malgudi, ville imaginaire dans laquelle l’auteur plante son décor à chaque fois. Et à chaque fois, le lecteur s’y retrouve comme s’il revenait dans une ville qu’il connaît. Il retrouve l’ambiance qui y règne, les odeurs, les parfums, les habitants aussi même si dans chaque roman, il s’agit de personnages différents, comme le peintre d’affiche, le guide, et bien d’autres encore. Dans ce roman-ci, nous faisons la connaissance de Raju qui sort de prison pour se retrouver à son insu maître spirituel. Mais de son passé, que reste-t-il ? La belle danseuse qui lui faisait tourner la tête, Rosie et puis ses clients qu’il escortait en tant que guide qui, il l’avoue, s’instruisait tout en enseignant sans ne rien savoir ! Narayan révèle une fois de plus ses extraordinaires talents de conteur dans ce roman. Et grande nouvelle, les éditions Zulma ont décidé de rééditer son œuvre. Nous ne pouvons que nous en réjouir tant la fraîcheur de ton et l’écriture de R.K. Narayan sont un ravissement. Retour à Bombay, de Kavita Daswani (traduit de l’anglais par Isabelle Caron), Ed. de Fallois. Kawita Daswani nous livre ici son second roman, le premier, Mariage à l’indienne, remontant à 2003. Tout comme le premier, la femme y tient une place de choix, tout comme dans la société indienne. Pour ce nouveau roman, Kavita Daswani s’est une fois de plus inspirée de sa propre histoire familiale même si ici, il s’agit d’une famille très riche. L’héroïne, Sohana, suit des études de décoration intérieure à Londres mais suite à la rupture d’avec son ami, Jag, elle laisse tout tomber pour rentrer dans sa famille à Mumbai. A peine arrivée, un article paraît dans la presse relatant com40

ment son grand-père et ses trois fils avaient fait fortune, puis son grand-père décide de céder son entreprise à celui de ses petits-fils qui lui soumettrait le projet de développement le plus innovant… Notre ambitieuse Sohana va alors mettre tout en œuvre pour découvrir la vérité et parvenir à ses fins bien qu’elle soit une fille. Un roman sur l’Inde contemporaine où les femmes doivent tenter de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, traditions et modernité. Un livre joyeux où le lecteur suit avec passion notre héroïne dans son parcours de femme qui sait prendre les choses en main. A l’écoute de Jean Klein, de Nita Klein, Editions Almora. Dans cet ouvrage, Nita Klein, comédienne, nous parle de son père, Jean Klein (1912-1998), artiste musicien, homme de théâtre qui a puisé dans la Non-Dualité ou advaïta vedânta ce qui va donner à la création toute son authenticité. Pour lui « on ne peut jamais connaître la vie, on ne peut qu’être la vie », il convient d’être ici et maintenant, en pleine conscience, concentré sur nos zones sensibles. Harmoniser notre corps et notre mental, les mettre au diapason pour tendre vers l’indicible, mais sans intention de notre moi derrière, laisser couler l’énergie qui vibre en nous tel un fleuve qui naturellement s’écoule. Etre présent totalement, libre, pour ensuite s’effacer dans le grand Tout, la conscience universelle, Brahman. Ce livre, hommage d’une fille à un père qui fut Présence, nous invite à nous poser, à nous interroger sur le but ultime de l’existence, à écouter palpiter notre corps, l’énergie vibratoire qui l’anime pour vivre ou plutôt être autrement. Il ne manquera pas d’interpeller aussi les comédiens. Jean Klein les invite à

considérer que corps, mémoire, parole ne sont que des objets, des outils et que plus on s’éloigne de ce que l’on est, plus on se rapproche du personnage. Pour Jean Klein, travailler, c’est finalement remercier la vie.

Culture/Religion Pluralisme et interculturalité, Volume VI - Cultures et religions en dialogue, tome 1, sous la direction de Raimon Panikker et de Milena Carrara Pavan, Ed. du Cerf. La lecture de cet ouvrage fait du bien. Elle reflète la grande culture et l’humanisme profond de Raimon Panikker qui, écrit dans l’avantpropos sur l’édition dont émane ce livre, qu’il n’a pas vécu pour écrire mais qu’il a écrit pour vivre de manière plus conscience et pour aider ses frères avec des pensées qui ne naissent pas seulement de son esprit mais jaillissent d’une Source supérieure, l’Esprit peut-être. Cet ouvrage qui fait partie du vaste ensemble d’écrits qui s’étale sur une période de 70 ans traite du pluralisme et de l’interculturalité et nous ouvre les portes de la réflexion sur des sujets plus que jamais d’actualité. Il nous rappelle que l’interculturalité joue un rôleclé dans la construction de la paix entre les hommes qui doivent apprendre pour ce faire à élargir leurs perspectives pour parvenir au respect culturel indispensable à celui de la dignité humaine. Un livre qui nous ouvre des pistes pour une meilleure compréhension des rouages de l’humanité. Né à Barcelone en 1918 d’un père indien hindou et d’une mère espagnole catholique, Raimon Panikket a, au fil d’un riche parcours intellectuel, élaboré une réflexion humaniste et universelle qu’il nous a transmise à travers ses écrits, ❑ avant de s’éteindre en 2010. Viviane Tourtet Nouvelles de l’Inde n° 406


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LE COIN DES ÉCHOS Manifestations • Le 4ème Conseil présidentiel franco-indien des entreprises s’est tenu à Paris les 30 et 31 janvier 2012. Le Conseil a été co-présidé par Dhruv M. Sawhney, président de Triveni Engineering & Industries, et Bertrand Collomb, président d’honneur de Lafarge. Dans son allocution, le ministre indien du Commerce, de l’Industrie et des Industries textiles, Anand Sharma, a souligné la nécessité pour les deux gouvernements et pour le secteur privé de faire davantage dans le but de renforcer et de diversifier les relations. Ce dernier a insisté sur le fait que les principaux défis de l’Inde restent la croissance inclusive, la nécessité d’une technologie verte, la sécurité alimentaire et les projets d’infrastructure. Le ministre a ajouté que le travail du Conseil sera crucial non seulement en vue d’encourager les relations économiques entre les deux pays mais également pour trouver des solutions aux défis économiques du pays.

Les ministres Anand Sharma et Valérie Pécresse au Conseil présidentiel francoindien des entreprises le 30.01.12

De son côté, la ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l’Etat, et porte-parole du gouvernement, Valérie Pécresse, a mis l’accent sur les efforts entrepris par la France pour rendre le pays plus compétitif et en faire une destination plus attractive aux investissements. L’Ambassadeur de l’Inde en France, Son Excellence M. Rakesh Sood, a mis en évidence la dimension stratégique de la relation entre l’Inde Nouvelles de l’Inde n° 406

De gauche à droite : Le vice président et directeur général de Jubilant, Hari S. Bhartia, le président-directeur général de Wipro, Azim Premji, l'ambassadeur de l'Inde en France, Rakesh Sood, et le président de Triveni Engineering & Industries, Dhruv M. Sawhney

et la France, et a affirmé que les relations entre les deux gouvernements progressaient de manière forte et positive. Les visites politiques de haut niveau ont contribué à maintenir ce dynamisme. M. Sood a ajouté que l’économie indienne était promise à une croissance rapide au cours des années à venir et a invité, par la même occasion, les groupes français à tirer profit des opportunités disponibles. Il a fait remarquer que l’économie indienne a bien résisté face à la crise économique mondiale, et que le processus des réformes était irréversible car soutenu par un consensus politique. Il a conclu en affirmant que le Conseil présidentiel franco-indien des entreprises peut jouer un rôle prépondérant dans la pleine réalisation des relations économiques entre les deux pays. Le Conseil a abordé une vaste gamme de thèmes tels que l’infrastructure, la santé, l’énergie, la technologie verte, l’agroalimentaire, l’éducation ou encore l’automobile. Un certain nombre de secteurs a été identifié en vue d’une coopération bilatérale. Quelques entreprises françaises ont fait part de leur taux de croissance élevé en Inde et de leur souhait d’y accroître leurs investissements. • Le 14 mars dernier, une soirée conférences-débats a été organisée à l’ambassade autour de Rabindranath Tagore dans la

continuité de la visite guidée de l’exposition qui s’est tenue au Musée des Beaux-Arts Petit Palais de la Ville de Paris le 9 mars dernier. Après une introduction par Mme Gaitri Kumar, Chargée d’Affaires, plusieurs intervenants ont pris la parole, présentant au public plusieurs aspects de Rabindranath Tagore. France Bhattacharya, docteur d’état en études

Mme Gaitri Kumar introduit le débat et les conférenciers dont Mme Sharmi Roy à sa droite

indiennes et professeur émérite des universités, a parlé des rencontres que Tagore a faites en Occident et notamment en France. Traductrice du bengali, rappelons qu’elle a publié, entre autres, de Rabindranath Tagore « Quatre chapitres » et « Charulata » chez Zulma, et « Yogayog » qui attend un éditeur. Sharmila Roy, artiste peintre, chanteuse, a présenté la

Mme France Bhattacharya évoque Rabindranath Tagore et les personnalités qu’il a rencontrées en Europe

Un auditoire attentif aux propos de M. Azarie Aroulandom, Président de l’association Tagore Sangam

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notion de rythme dans le travail de Tagore. Un intermède musical a été proposé aux auditeurs avec l’interprétation de chansons de Tagore par la chanteuse Madhubanti. Enfin M. Azarie Aroulandom a dressé un bilan de l’exposition du Petit Palais qu’il a fait visiter à un grand nombre de personnes.

La chanteuse Madhubanti

• Les marionnettes indiennes ont été à l’honneur en ce début d’année avec deux très beaux spectacles, « Kathputli, Danses et Marionnettes du Rajasthan » par la compagnie Théâtre en Tête du 11 au 29 janvier 2012 au Grand Parquet en partenariat avec le Théâtre de la Ville. Ce spectacle enchanteur a offert aux spectateurs, petits et grands, venus nombreux, une bouffée d’air, les a transportés dans l’imaginaire d’une contrée lointaine où une gracieuse danseuse crée le lien entre eux et les marionnettes. Le temps d’un spectacle plein d’entrain, les spectateurs ont pu oublier leurs soucis du quotidien en plongeant tantôt dans l’univers de la vie quotidienne, tantôt dans la vie de cour chez les maharajas. Théâtre en Tête organise aussi des stages, des conférences sur les arts traditionnels, la place des petits métiers en

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Inde, du théâtre d’ombre et l’exposition « Jugaad » qui reproduit l’ambiance unique du bazar indien. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site www.theatreentete@aol.com • Le second spectacle, non moins enchanteur, s’est déroulé du 6 au 9 avril à la Maison des Cultures du Monde dans le cadre du 16ème Festival de l’Imaginaire. Ces marionnettes à fils, parées de couleurs flamboyantes, portent le nom de yakshagana ou chant des êtres célestes. Elles racontent des épisodes du Râmâyana, du Mâhabhârata ou des Purana mais grâce à la présence du clown et des singes, l’humour est aussi au rendez-vous

Œuvre d’Anju Chaudhuri

connus. Quelques œuvres récentes de Nitin Shroff ont permis de faire le lien entre ces œuvres et des œuvres de la collection permanente du L.A.C. Un article sur cette exposition vous sera proposé dans notre prochain numéro des Nouvelles de l’Inde. L’exposition a été inaugurée le 4 avril dernier et durera deux mois.

pour le plus grand bonheur des spectateurs. L’épisode présenté lors de ce spectacle est l’incendie de Lanka tiré du Râmâyana et relate les mésaventures de Sita enlevée par le démon Ravana qui la garde prisonnière en son palais sur l’île de Lanka mais grâce à l’armée du singe Hanuman, elle pourra retrouver le prince Rama. La troupe Uppinakudru Yakshagana Gombeyata venue du Karnataka a fait merveille. • Le L.A.C. (Lieu d’Art Contemporain) a récemment convié le public à une nouvelle exposition rassemblant des œuvres de l’artiste Anju Chaudhuri, des œuvres d’art tribal et populaire dont des œuvres d’art du Mithila. Cette exposition imaginée et montée par Nitin Shroff, artiste d’art visuel, en collaboration avec David Schischka-Thomas permet aux visiteurs de découvrir l’art contemporain indien dont des artistes méconnus mais qui méritent d’être connus et re-

Peinture Gond de Venkat Raman Singh Shyam

• A l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance de Rabin-dranath Tagore et dans le cadre du programme Unesco « Tagore – Neruda – Césaire pour un universel réconcilié », l’association Tamil Sangam a présenté l’exposition itinérante « Sur les pas de Tagore » du 11 au 28 avril au Centre Dunois dans le 13ème arronNouvelles de l’Inde n° 406


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dissement de Paris. Cette exposition était placée sous le haut patronage de l’ambassade de l’Inde, avec le soutien de l’Unesco et en collaboration avec la Mairie du 13ème arrondissement et le Centre d’animation Dunois.

• La Jeune Chambre Economique de Monaco a accueilli l’ambassadeur de l’Inde, M. Rakesh Sood, dans le cadre du dîner sur le thème des Pays BRICS qui s’est tenu le 19 avril au Monte-Carlo Bay. M. Rakesh Sood a prononcé un discours en présence de Monsieur Marco Piccinini, Conseiller de Gouvernement des Finances et de l’Economie et de Monsieur Tony Guillemot, Président de la Jeune Chambre Economique de Monaco. L’ambassadeur a souligné dans sa conclusion combien les BRICS, tout

comme d’autres groupements comme les CIVETS ou MIST allaient dans les années à venir maintenir leurs identités uniques et contribuer à leur façon aux défis mondiaux en raison de la tendance grandissante vers un monde interdépendant. Les forums des BRICS servent de catalyseur pour trouver des solutions à ces défis, promouvoir un ordre mondial plus démocratique et maintenir et renforcer Nouvelles de l’Inde n° 406

le rôle central des Nations Unies dans la promotion de la paix, de la sécurité et du développement au niveau international.

Pour tout complément d’information, nous vous invitons à consulter le site officiel www.advantagekarnataka.com et/ou prendre contact avec notre service par courriel à inde.com@wanadoo.fr.

Récompense

• Le Global Investors' Meet les 7 et 8 juin 2012 à Bangalore La deuxième édition du Global Investors’ Meet (GIM) se tiendra les 7 & 8 juin 2012 au Bangalore International Exhibition Centre (BIEC) à Bangalore. Cette rencontre organisée par l’Etat du Karnataka a pour but de mettre en avant le potentiel d’investissement dans bon nombre de secteurs tels que l’aéronautique, l’automobile, la biotechnologie, l’éducation, l’énergie, l’agroalimentaire, la santé, l’infrastructure, l’IT, les minéraux, le textile et le tourisme, et ce, pour maintenir le Karnataka au rang des destinations préférées des investisseurs tant indiens qu’étrangers. Les séminaires, conférences et B2B qui seront organisés dans le cadre du GIM réuniront des dirigeants d’entreprise, des investisseurs, des décideurs, etc. L’édition 2010 a connu un vif succès avec la participation de plus de 7 600 délégués et de 2 000 entreprises de 21 pays de par le monde. L’Etat du Karnataka est l’un des cinq premiers Etats industrialisés du pays doté contribuant à hauteur de 6% du PIB et de 13% des exportations indiennes pour seulement 5% de la population nationale. La présence de plus de 2 000 SSII sur son territoire fait de cet Etat le quatrième cluster informatique au monde. De même, le Karnataka abrite quatre-vingts des entreprises du Fortune 500 et plus de sept cents multinationales. On y note également la présence de vingt zones économiques spéciales (zones franches).

• L’Inde peut s’enorgueillir d’avoir remporté la compétition de la Langue Française 2012 à « Questions pour un champion » qui du 19 au 25 mars a réuni 21 pays de 5 continents. Les candidats se sont affrontés et ont défendu les couleurs de leur pays. Azad Monany a défendu avec brio celles de l’Inde.

C’est en présence du super héros Souleymane, du Sénégal, que s’est déroulée la finale qui a opposé les 5 candidats qui se sont affrontés et se sont qualifiés dans les cinq émissions quotidiennes précédentes. Azad Monany qui a remporté le Face à Face a affronté Souleymane qui a remis son titre en jeu pour la 3ème année consécutive et l’a perdu au bénéfice d’Azad Monany. L’Inde est donc devenue grâce à lui Championne 2012 de ❑ la Francophonie.

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"Nouvelles de l'Inde", revue de l'Ambassade de l'Inde à Paris, n°406, avril-mai 2012.