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else

02 > 9 7 7 2 2 3 5 043008

by Elysée

CHF 14.00 | EUR 12.00 | GBP 10.00  www.elsemag.ch 

published by IDPURE

issue 2, 2011


Representing Mark Cohen Martin Denker Estate of Robert Doisneau Estate of Leonard Freed Todd Hido Estate of E. O. Hoppé Nicolai Howalt Estate of André Kertész Yao Lu Nathan Lyons Maria Antonietta Mameli Shinichi Maruyama Estate of Lisette Model Barbara Morgan Archive Marvin E. Newman Max Neumann The Frank Paulin Archive Larry Silver Aaron Siskind Foundation Trine Søndergaard Zoe Strauss Randy West Brett Weston Archive Joel-Peter Witkin Michael Wolf John Wood

Michael Wolf, Transparent City #105, 2008, Digital c-print

Select works by Diane Arbus Werner Bischof Constantin Brancusi Frantisek Drtikol Robert Frank Irving Penn Man Ray Edward Steichen Alfred Stieglitz Paul Strand Josef Sudek


Editorial Les classificateurs de la photographie Le plus dur, c’était de le faire. Maintenant, c’est le plaisir de continuer. Puisque vous tenez entre vos mains le deuxième numéro de ELSE, on peut désormais dire, véritablement, qu’il existe. C’est un magazine avec sa périodicité, deux numéros par an, c’est l’étrange magazine du Musée de l’Elysée, le magazine suisse de la photographie, de l’autre photographie. Encore plus surprenante, la nouvelle livraison d’images de ELSE 2 réaffirme notre conviction d’une rencontre possible entre les genres, artistiques et vernaculaires, d’un dialogue possible entre les époques, de l’historique au contemporain. Et s’il fallait désigner des coupables, on pointerait du doigt les artistes qui, eux-mêmes—à l’instar de Brigitte Zieger, Martin Crawl ou Luciano Rigolini—s’emparent, détournent et s’approprient les images. Alors, pour s’y retrouver, il fallait convoquer tout à la fois la rigueur de l’archiviste et la précision du documentaliste. Il fallait trier, répartir, grouper, ordonner, répertorier, cataloguer, classer, classifier. L’équipe de ELSE s’y est mise, de bon cœur, parfois même avec humour. Et qu’y a-t-il dans ce numéro? Des réminiscences photographiques: avec la tentative de produire l’image composite de l’œuvre des photographes, avec de sublimes tireuses, ou avec une typologie footballistique. Des photosculptures collectionnées par une grande dame de la photographie. Des photos trouvées—mais pas n’importe où!—chez un garagiste américain, auprès du roi de Thaïlande ou chez le photographe de la police. Des images dans l’image, des séries obsessionnelles— bien sûr!—des mises en scène, ou des interprétations médiumniques, dont on sait qu’elles ont plu à Brancusi. Cerise sur le magazine, il y a même un Doisneau, tellement inattendu qu’il pourrait un jour se retrouver dans la collection de Richard Prince! Photography’s Classifiers The tough part was to make it happen. Now, comes the pleasure of carrying on with it. Since you are holding in your hands the second issue of ELSE, we can indeed say that it does exist. It is a magazine with its biannual periodicity; it is the Musée de l’Elysée’s strange magazine; the Swiss magazine for photography, for the other photography. Even more surprising, this new issue of ELSE reasserts the possibility of an encounter between various genres, artistic and vernacular, and that of a dialogue between eras, between past and contemporary. And should culprits be designated, fingers should then be pointed at artists who, as in the case of Brigitte Zieger, Martin Crawl or Luciano Rigolini, take hold, divert and appropriate images for themselves. So to make sense of all that, both the rigor of the archivist and the precision of the librarian had to be convened. It was all about sorting, distributing, grouping, putting in order, listing, cataloguing, classifying, categorizing. So the team at ELSE went on with all of that, wholeheartedly, even with humor, at times. So what is there to be found in this issue? Some photographic reminiscence: with an attempt to produce a composite image of a photographer’s body of work, with exquisite shooters, or with a typology of soccer; photosculptures collected by one of photography’s great Lady; found photographs—but not just anywhere!—in an American garage, in Thailand with a King or at the police’s photographer. Images within images, obsessive series—of course!—staged, or interpreted by a medium, of which we know that they did appeal to Brancusi. Icing on the magazine, there is even Doisneau, so unexpected that he could even one day end up in Richard Prince’s collection!

Sam Stourdzé

ELSE 2


CatĂŠgories

Applied 2 4 14

FOCUS 2 10 11 13

object 4

2

Book 2 5 9 12 13

Found 1

8 14

Serial 3 6 7 9

Collected 4 9 10

HAUNTED 7 11 12

still

Contemporary 1

3 6 7 8 9 10 12

History 1

2 4 5 10 11 13 14


Sommaire 1 p. 8

Brigitte Zieger, Women are Different from Men Contemporary | Found | History 2 p. 14

Robert Doisneau, Polar photographie Applied | Book | Focus | History 3 p. 22

Jitish Kallat, The Cry of the Gland Contemporay | Serial 4 p. 26

Foto-esculturas Applied | Collected | History | Object 5 p. 31

Luc Chessex, Le Visage de la révolution Book | History 6 p. 38

Jan-Dirk van der Burg, Desire Lines Contemporary | Serial 7 p. 42

Charles Fréger, Wilder Mann Contemporary | Haunted | Serial 8 p. 52

Luciano Rigolini, Portes Contemporary | Found 9 p. 56

Olivier Cablat Etudes typologiques des effets de causalité observés sur des individus exposés à des épreuves physiques à caractère podologique Book | Collected | Contemporary | Serial 10 p. 64

Mishka Henner, Collected Portraits Collected | Contemporary | Focus | History 11 p. 70

Brancusi, Marie, Kemp, Dans le Marc du café Focus | Haunted | History 12 p. 76

Hans Eijkelboom, Identity Book | Contemporary | Haunted 13 p. 86

Tiane Doan na Champassak, The King of Photography Book | Focus | History 14 p. 88

Martin Crawl, Portrait of the Artist as a Daring Young American Applied | Found | History

ELSE 2


annonceur

Couvoisier


else magazine

by Elysée

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2 issues / 1 year CHF 26.– Switzerland CHF 41.– Europe CHF 52.– US / other countries 4 issues / 2 years CHF 50.– Switzerland CHF 80.– Europe CHF 100.– US / other countries 6 issues / 3 years CHF 72.– Switzerland CHF 118.– Europe CHF 145.– US / other countries


contemporary found 1

history

Brigitte Zieger Women are Different from Men Présenté par Véronique Terrier Hermann

L’artiste Brigitte Zieger s’intéresse à l’ambivalence du pouvoir de séduction de la violence. Pour cette série, c’est l’image de la femme armée, largement véhiculée par les médias et le cinéma, qui tout à la fois fascine, séduit et effraie. On avait déjà pu voir, lors de l’exposition Face au mur au Musée de Pully, une belle romantique qui nous shootait bruyamment puis retournait se fondre dans une toile de Jouy animée. Ici, on est pris en joue par des filles, tueuses, shooteuses, flingueuses, sexy ou mamies, inconnues ou icônes de la lutte armée, qui toutes brandissent des flingues à l'extrême surface de l'image. Travaillant à partir d'une sélection précise de photographies récoltées sur Internet, l'artiste s'est ensuite tournée vers le dessin, mais un dessin aux couleurs de fard à paupière. Décalage insidieux et maîtrisé, elle avait par ailleurs redessiné des explosions avec cette même esthétique attrayante et délicate du fard, qui, «appliqué avec douceur, contredit l'action…» «Photographies maquillées», on est ainsi pris au piège de ces images qui assument entièrement leur efficacité visuelle et glamour, à la façon des posters des pin-up des années passées. Est-ce alors les femmes qui ont changé…

8

Brigitte Zieger is interested in the ambivalence of the seducing power of violence. In this series, it is the image of the armed woman, largely displayed in the media and in films, that altogether fascinates, seduces, and frightens. We have already seen, in her exhibition Face au mur (Facing the wall) at the Musée de Pully, a beautiful romantic lady shooting at us noisily before blending back into an animated toile de Jouy. Here, girls, killers, shooters, gunslingers, sexy or grandmas, unknown individuals or icons of the armed struggle, are pointing at us, brandishing guns on the extreme surface of the image. Working from a precise selection of photographs collected on Internet, the artist then uses drawing, but with eye shadow colors. An insidious and mastered discrepancy; she had already made drawings of explosions, revealing a similar attractive and delicate eye shadow aesthetics, which, if “applied gently, contradicts the action...” We feel trapped into these “Made-up photographs,” images that fully assume their visual and glamorous efficiency, much like the pinup posters of passed years. Could it be that women have changed…


ELSE 2


Contemporary

10

Found

History


Brigitte Zieger, Women are Different from Men

Contemporary 64, 78, 86, 90

14, 22, 28, 38, 54,

History

14, 35, 62, 70, 90 ELSE 2


Contemporary

12

Found

History


Brigitte Zieger, Women are Different from Men

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Applied 2

Book

Focus

History

Robert Doisneau Polar photographie Présenté par Clément Chéroux

14

N’ouvrez pas cette porte, Mort dans l’ascenseur, L’enfant qui en savait trop, Le métier dans la peau, De sac et de corde… Aurait-on jamais pû imaginer que ces titres excentriques de romans policiers deviendraient un jour des légendes de photographies de Robert Doisneau? On connaît à vrai dire assez mal cette part de l’activité professionnelle du photographe du Baiser de l’hôtel de ville. Dès ses débuts, dans les années 1930, lorsqu’il travaillait avec André Vigneau pour le studio Lecram, il semble cependant avoir déjà réalisé quelques couvertures, pour les romans de Simenon notamment. Mais c’est surtout dans les années 1940 et 1950 qu’il illustre les romans des collections Pierre Nord, chez Arthème Fayard, et Le Limier, chez Albin Michel. On raconte que la chanteuse Barbara aurait posé pour certaines de ces mises en scène. C’est la part encore immergée de l’iceberg Doisneau. Mais nul doute que d’ici quelques années ces couvertures feront les délices des collectionneurs d’éphéméras photographiques.

Do not open this Door, Death in the Elevator, The Child who knew too Much, The Trade in your blood, Of Bags and Ropes… Could anyone ever have imagined that these eccentric detective-stories’ titles would one day become captions for Robert Doisneau’s photographs? We actually know very little of this other professional activity of the author of the Baiser de l’hôtel de ville. He seems to have produced several book covers—for Simenon’s novels in particular—at the beginning of his career in the 30s, when he was working with André Vigneau for Lecram studio. But it is mostly in the 40s and 50s that he becomes cover illustrator for the Crime series Pierre Nord at Arthème Fayard publisher, and for Le Limier at Albin Michel. Some even pretend that singer Barbara served as a model for some of these covers. This is the yet immersed part of Doisneau’s iceberg. Certainly, these book covers will enchant collectors of photographic ephemera within the next few years.

Robert Doisneau, photographies pour les couvertures de romans policiers de la Collection Pierre Nord et Le Limier, 1948–1957.

Robert Doisneau, cover photographs for detective stories published in Collection Pierre Nord and Le Limier, 1948–1957.


Nancy Rutledge, Le Métier dans la peau, Paris, Librairie Arthème Fayard, Collection Pierre Nord, 1957. Dana Lyon, L’Enfant qui en savait trop, Paris, Librairie Arthème Fayard, Collection Pierre Nord, 1957. Hartley Howard, Bowman à l’aventure, Paris, Librairie Arthème Fayard, Collection Pierre Nord, 1957. Pierre Nord, Qui est le policier?, Paris, Librairie Arthème Fayard, Collection Pierre Nord, 1957.

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Applied

Book

Peter Coram, La Corde pour le pendre, Paris, Albin Michel, Le Limier, 1948.

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Focus

History


Robert Doisneau, Polar photographie

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Applied

Book

Philip Mac Donald, De Sac et de corde, Paris, Albin Michel, Le Limier, 1952. A. Gilbert, N’ouvrez pas cette porte, Paris, Albin Michel, Le Limier, 1948.

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Focus

History


Robert Doisneau, Polar photographie

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Applied

20

Book

Focus

History


Robert Doisneau, Polar photographie

John Rode & Carter Dickson, Mort dans l’ascenseur, Paris, Albin Michel, Le Limier, 1951. Michael Innes, Danger!, Paris, Albin Michel, Le Limier, 1952.

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Contemporay Serial 3

Jitish Kallat The Cry of the Gland Présenté par Sam Stourdzé Par une accumulation de photographies au cadre resserré sur la poche de chemises, l’installation monumentale de Jitish Kallat raconte l’Inde moderne. De la sociologie des poches, on peut dire qu’ils travaillent, qu’ils appartiennent à la classe moyenne, une classe en pleine explosion. Aujourd’hui, plus de 70 000 personnes alimentent la consommation intérieure, ainsi que la convoitise des firmes étrangères. L’effet de masse transcrit la réalité démographique du deuxième pays le plus peuplé de la planète, dont la population dépasse le milliard d’habitants. Soit un sixième de l’humanité. De la sociologie des chemises, on perçoit une ode à l’industrie cotonnière. Qu’il est long le chemin parcouru depuis l’appel de Gandhi au boycott des produits manufacturés britanniques, la mise en place d’une production nationale et la réappropriation d’une identité vestimentaire. Aujourd’hui, l’Inde exporte largement son coton tissé. De la psychologie d’une poche de chemise, bien repassée ou trouée, tachée, délavée, siglée ou ornementée, chacune d’elles appelle à des spéculations sur le profil de leur porteur. Mais la déformation du tissu ne tient qu’à l’artificialité des objets, laissant peu de doute quant à la platitude des corps, uniquement masculins. Réunies en série, leur accumulation nous fait osciller entre un sentiment d’uniformité à se perdre dans la masse et l’affirmation d’une individualité ordinaire; comme un jeu de piste où l’identité résiderait dans l’intimité d’une poche de chemise, où la matière déformée laisse deviner ce qu’elle contient, le nécessaire du quotidien: un portefeuille, un stylo, un calepin, quelques pièces, des billets, une paire de lunettes… C’est l’Inde qui travaille, l’Inde en marche.

22

With an addition of images, close-ups on shirt pockets, Jitish Kallat’s monumental installation tells us of Modern India. From the sociology of pockets, we can tell that they work, that they belong to the middle class, a soaring middle class. Today, over 70,000 people who fuel domestic consumption, also nurture covetous foreign companies. The mass effect translates the demographic reality of the world’s second most populated country, with over one billion. That comes to one-sixth of humanity. From the sociology of pockets, we hint at an ode to the cotton industry. Long is the way since Gandhi’s call for a boycott of British manufactured goods, the implementation of a national production and the reapropriation of a clothing identity. Today, India extensively exports its weaved cotton. From the psychology of a shirt pocket, properly ironed or torn, dirty, washed out, branded or ornamented, each one of them leads to speculations about its bearer. But the deformation of the material only comes from the artificiality of the objects, leaving little doubts as to the flatness of the bodies, only masculine. Gathered in series, their accumulation creates an oscillation between a feeling of uniformity in getting lost in the mass and the expression of an ordinary individuality. A kind of treasure hunt in which identity would reside in the intimacy of a shirt pocket, the content of which can be guessed by the deformed material, the necessities of the quotidian: a wallet, a pen, a booklet, coins, bills, eyeglasses… It is India at work, India marching.


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Contemporay

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Serial


Jitish Kallat, The Cry of the Gland

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Applied 4

Foto-esculturas Présenté par Graciela Iturbide

26

Collected

History

Object


ELSE 2


Applied

Collected

Vendeurs de rêves Les Foto-esculturas (photosculptures) décoraient les intérieurs mexicains dans les années 40. Ces objets respirent presque. Ce sont des hybrides dont l’esthétique provenait du portrait. Un portrait était réalisé par un photographe. Ce dernier l’apportait ensuite à l’atelier du sculpteur qui transposait les figures en bois sculpté. Le visage était récupéré de la photographie; il était alors peint puis fixé sur la sculpture de bois. Le but était de satisfaire la vanité du client. Parfois, les personnes pouvaient être mariées ou réunies par le biais de ces photosculptures. Selon Pamela Scheinman, ces photosculptures étaient un condensé de «miniaturisation, plasticité et amour de la couleur… des idéaux et des inspirations de leurs sujets… Les individus pouvaient être mariés sans passer devant le prêtre, vêtus pour faire impression, réunis au côté de proches éloignés ou même disparus.»1 En tant que photographe, j’aime collectionner ces objets, des petits objets d’art de gens qui ont laissé l’artiste immortaliser leur image, et, ce faisant, ont défié le passé.

1. Scheiman Pamela, Foto-escultura, Luna Córnea, México, Centro de la Imagen, 1996, p. 101.

28

History

Object

Dream sellers Foto-esculturas (photosculptures) decorated the living rooms of the 1940s family life in Mexico. These objects almost breathe. They are a hybrid whose aesthetic came from the portrait. The photographer captured the image and then took it to the studio where the sculptor made the figures on wood. The face was taken from the photograph, then it was painted and applied onto the figure of wood. The purpose was to satisfy the vanity of the client. Sometimes, individuals could be married or reunited through photosculptures. According to Pamela Scheinman, Photosculptures combined “miniaturization, plasticity and a love of color… the ideals and inspirations of its subjects… Individuals could be married without benefit of clergy, dressed to impress, reunited with estranged loved ones, eves raised from the dead.” 1 As a photographer, I like to collect these objects, small pieces of art of people who let the artist immortalize their images and by this means, defeat the past.


Foto-esculturas

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Collected Applied

30

Object Collected

History

Applied Object


book 5

history

Luc Chessex Le Visage de la révolution Présenté par Sam Stourdzé

Il est Suisse, et c’est peut-être pour fuir le carcan d’une société trop policée que Luc Chessex part à Cuba où il résidera 14 ans. La Havane lui sert de base arrière pour sillonner l’Amérique du Sud, côtoyer les figures de la révolution. Il fréquente le Che et Castro, met son art au service de la révolution. Pendant cette période, Chessex réalise trois séries—Che Guevara, Fidel Castro et Coca Cola—liées par la même obsession de rendre compte de la construction d’images symboliques. Là où l’on s’attend à trouver l’homme, on ne découvre que son image. Chessex ne s’intéresse pas aux personnes, mais à leur représentation. Comme si, en complément du discours, l’image devait conforter le message, comme si les sentiers de la gloire devaient se paver de l’effigie de leurs héros. Sous les allures d’un projet documentaire à tendance humaniste, la déambulation cubaine de Luc Chessex interroge sans relâche la construction des icônes. Car le visage de la révolution, ce n’est pas le Che lui-même, ni même Castro. Le visage de la révolution, c’est la diffusion de leurs images, quand l’image devient totale, qu’elle résiste à la confrontation des registres, que sa diffusion échappe à ceux qui souhaitent la contrôler. Officielle, de propagande ou amateur, détournée ou réappropriée, inquiétante et menaçante, rassurante ou comique, la représentation de Castro est partout. Elle se fait affiche ou image télévisuelle, graffiti, poupée installée en vitrine ou écusson cousu au dos d’un blouson. Témoin direct de la mise en scène des héros de la révolution, Luc Chessex, pourtant au cœur du dispositif, se détourne de l’image directe, n’enregistre que son reflet, sa trace, sa diffusion.

Du projet autour de Fidel Castro naîtra un livre, intitulé dans un premier temps Le Peuple, la révolution et Fidel sont une même chose, qui sera finalement publié en 1969 sous le titre

Le Visage de la révolution. C’est une sélection des tirages de la première maquette que nous reproduisons ici.

He is Swiss, and it may be to escape from the rigidity of an overly civilized society that Luc Chessex goes to Cuba where he will stay for 14 years. Havana is his base from which he explores South America, and meets the figures of the revolution. He frequently sees El Che and Castro, lending his art to the service of the revolution. During this period, Chessex produces three series—Che Guevara, Fidel Castro and Coca Cola—all characterized by a similar obsession to demonstrate the construction of symbolic images. Where we expect to find the man, we discover only his image. Chessex is not interested in the people but in their representation. As though, complementing the rhetoric, the image had to confirm the message; as if the paths to glory were to be paved with their heroes’ effigy. At first glance a documentary project with a humanist touch, Luc Chessex’s Cuban wanderings actually ceaselessly question how icons are forged. Indeed, the face of the revolution is not El Che himself, nor even Castro. The face of the revolution is the release of their images, when the image becomes total, when it resists assessment, when its diffusion escapes from those who aspire to control it. Whether it is official, propaganda or amateur, diverted or reappropriated, worrying and threatening, reassuring or comical, Castro’s representation is everywhere. In turn billboard or television broadcast, graffiti, a doll displayed in a shop window, or a badge sawn onto the back of a jacket. As direct witness of how the revolution’s heroes are staged, Luc Chessex, although at the heart of the device, turns away from the direct image, capturing only its reflection, its trace, its dissemination. The project on Fidel Castro will become a book, first entitled Le Peuple, la révolution et Fidel sont une même chose (The People, the Revolution and Fidel are one same thing), which will finally

be published in 1969 under the title Le Visage de la révolution (The Face of the Revolution). Reproduced here is a selection of images from the original project.

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Book

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History


Luc Chessex, Le Visage de la rĂŠvolution

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Book

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History


Luc Chessex, Le Visage de la rĂŠvolution

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Book

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History


Luc Chessex, Le Visage de la rĂŠvolution

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contemporary Serial 6

Jan-Dirk van der Burg Desire Lines PrĂŠsentĂŠ par Erik Kessels

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Un chemin improvisé crée soudain une rupture dans la beauté des tracés aménagés et dans la perfection de l’architecture urbaine. Ces chemins sont appelés Lignes de désir et sont la preuve que la planification urbaine ne peut être imposée aux individus. Les Lignes de désir créent de nouveaux tracés qui n’ont qu’une raison d’être: trouver la voie la plus rapide entre un point A et un point B. Que ce soit au coin d’un parc ou près d’une station-service, ils proposent un raccourci au piéton futé et sont des symboles visibles de la si caractéristique impatience de l’homme. Il semble que nous préférions rompre l’harmonie des espaces parfaitement manucurés plutôt que de perdre cinq secondes pour emprunter la route prescrite. En tant qu’espèce, l’homme est formaté pour prendre le chemin le plus rapide, même lorsqu’il déambule de boutique en boutique. Le photographe hollandais Jan-Dirk van der Burg a consacré une étude photographique étendue à ce sujet. Il a arpenté la Hollande en tous sens afin de déterminer l’ampleur du phénomène Lignes de désir, cartographiant de manière exhaustive et mesurant chacune de ces occurrences. La présence de personnes dans les photographies est cruciale. Elles permettent de donner une échelle et sont la preuve que le chemin est effectivement utilisé.

Beautifully landscaped sidewalks and perfect city architecture are suddenly disrupted by an improvised path. These paths are called Desire Lines and are proof that people cannot be forced into urban planning. Desire Lines create new routes that serve only one purpose: find the quickest path from A to B. Whether on the corner of a park or near a petrol station, they give the canny pedestrian a short cut, and are a visible symbol of the peculiar human inability to be patient. It seems we'd rather tramp a path through a manicured verge than spend five seconds taking the prescribed route. As a species, we’re wired to take the racing line, even if we're just popping to the shops. Dutch photographer Jan-Dirk van der Burg made an extensive photographic study on this subject. He travelled throughout Holland to find out how widespread the Desire Lines phenomena is, exhaustively mapping and measuring each instance of its occurrence. The presence of people in the photographs is crucial. They give you a sense of scale and prove that that the path is really being used.

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Contemporary

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Serial


Jan-Dirk van der Burg, Desire Lines

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Contemporary Haunted 7

Charles Fréger Wilder Mann Présenté par Pauline Martin

42

Serial


La question du costume et de sa relation à l’identité individuelle au sein de la communauté est au cœur de l’œuvre de Charles Fréger. Dans sa série Wilder Mann (2010–2011), ce n’est plus le seul uniforme—notamment abordé dans ses précédents travaux sur les majorettes, les gardes et les joueurs de waterpolo—mais le déguisement et le masque traditionnels qu’il met en avant. Ayant parcouru 19 pays européens, de l’Italie à la Finlande et de la France à la Roumanie, le photographe a immortalisé les rituels païens célébrant le cycle des saisons, et en particulier le début et la fin de l’hiver. «J’ai choisi de me concentrer sur la transformation de l’homme en bête. Il s’agit ici des costumes de diables, de chèvres, de sangliers, d’ours, de mort», explique-t-il. Détaillée, complète et méthodique, la série comporte plus de 180 portraits de ces communautés rurales attachées à des traditions ancestrales. Première enquête photographique de cette envergure sur le sujet, le travail intrigue et subjugue de part l’importance du décalage entre la réalité du phénomène et son inscription dans l’Europe contemporaine. La formalité sérielle permet en outre de mettre en avant la particularité de chaque costume tout en insistant sur l’importance et la continuité d’une tradition peu connue.

The matter of the relationship between costume and individual identity within the community lies at the heart of Charles Fréger’s work. After working on uniforms—in his earlier series on majorettes, guards and water-polo players— the series Wilder Mann (2010–2011) focuses on traditional costumes and masks. While travelling through 19 European countries, from Italy to Finland and from France to Rumania, the photographer immortalized pagan season rituals, and more specifically those related to winter’s beginning and end. “I chose to concentrate on the transformation of man into beast. This is all about costumes of devils, goats, boars, bears, and death,” he explains. Detailed, comprehensive, and systematic, the series adds up to more than 180 portraits of rural communities attached to these ancestral traditions. As the first exhaustive photographic study of the kind, the work is intriguing and mesmerizing, primarily because of the gap between the reality of the phenomenon and its inscription within the European contemporary world. The serial formality also brings forward each costume’s characteristics while stressing the importance and the persistence of a barely known tradition.

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Contemporary

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Serial


Charles CharlesFreger, FrĂŠger,Wilder WilderMann Mann

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Contemporary

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Serial


Charles CharlesFreger, FrĂŠger,Wilder WilderMann Mann

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Serial


Charles CharlesFreger, FrĂŠger,Wilder WilderMann Mann

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Serial


Charles FrĂŠger, Wilder Mann

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contemporary FOUND 8

Luciano Rigolini Portes Présenté par Quentin Bajac

52


L’inconscient des images Luciano Rigolini est comme le héros de Blow Up, le film d’Antonioni. Pour l’un comme pour l’autre, l’agrandissement photographique est l’outil d’une quête de vérité: pour Rigolini, c’est un moyen d’interroger le mystère des représentations photographiques. S’inscrivant dans cette vague d’artistes de l’appropriation, à laquelle Internet et l’accessibilité toujours plus grande d’images a donné un nouveau souffle, Rigolini collectionne puis agrandit les images: des clichés le plus souvent exempts de présence humaine, dénués d’affect, images d’entreprise, de catalogues, de documentation ou de publicité industrielle, images scientifiques ou aux usages indéterminés. A la manière de ces origamis qui, se dépliant dans l’eau, forment de nouveaux motifs et révèlent des formes insoupçonnées, les images ainsi agrandies dégagent des potentialités nouvelles. Ainsi de la série des portes: exacerbant la géométrie des motifs principaux, monumentalisant les formes, l’agrandissement permet dans le même temps de faire accéder à une pleine visibilité des éléments secondaires et accessoires: l’arrière-plan devenu paysage, la texture même de la vitre devenue surface d’inscription. On pense alors aux mots de Walter Benjamin: «Le rôle de l'agrandissement n'est pas simplement de rendre plus clair ce que l’on voit de toutes façons, seulement de façon moins nette, mais il fait apparaître des structures complètement nouvelles de la matière». Libérer l’inconscient des images: voilà sans doute un programme auquel Luciano Rigolini souscrit pleinement.

The Subconscious of Images Luciano Rigolini is like the hero in Antonioni’s Blow Up. For either of them, the photographic enlargement is the tool in a quest for truthfulness: for Rigolini, it is a means to question the mystery of photographic representations. Inscribing himself within the appropriation movement, regenerated by Internet and the ever-larger accessibility to images, he collects and enlarges images that are often bare of human presence and affect, corporate photographs, from catalogues, industrial documentation or advertising, scientific images or with undetermined purpose. Much like origami that show new patterns and reveal unsuspected forms when unfolding in water, the images thus enlarged unveil new potentialities. Much like in the series Portes: sharpening the geometry of the main motifs, monumentalizing shapes, the enlargement also allows for a full visibility of secondary and incidental elements: the background becomes landscape, and the very texture of the glass becoming an inscribing surface. This reminds us of Walter Benjamin’s words: “the purpose of the enlargement is not simply to make clearer what we see anyways, only in a less clear manner, but it reveals completely new structures of the matter.” Liberating the images’ subconscious: this is, no doubt, a program to which Luciano Rigolini fully abides to.

ELSE 2


Contemporary

54

Found


Luciano Rigolini, Portes

ELSE 2


Book 9

Contemporary Serial

Olivier Cablat études typologiques des effets de causalité observés sur des individus exposés à des épreuves physiques à caractère podologique Présenté par Sam Stourdzé

56

Collected


ELSE 2

fig 52 :

typology: cranial roundness

typologie de rotonditĂŠ cĂŠphalique


fig 47 :

58

Collected Contemporary

typologie de triangularitĂŠ cĂŠphalique

typology: cranial triangularity Book Serial


typology: the indecisive moment

fig

54 :

typologie de l'instant non décisif

Olivier Cablat, études typologiques des effets de causalité observés sur des individus exposés à des épreuves physiques à caractère podologique

ELSE 2


fig 222 :

60

Collected Contemporary

typologie de l'ambiguitĂŠ scientifique

typology: technical ambiguity Book Serial


typology: progressive evolution of the smile

fig

99 :

typologie progressive du sourire

Olivier Cablat, études typologiques des effets de causalité observés sur des individus exposés à des épreuves physiques à caractère podologique

ELSE 2


fig 165 :

62

Collected Contemporary

typologie du comportement dĂŠpressif

typology: underlying depressive demeanor Book Serial


typology: chill of persecution

typologie du sentiment de persécution fig

63

666 :

64

65

66

Olivier Cablat, études typologiques des effets de causalité observés sur des individus exposés à des épreuves physiques à caractère podologique

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Collected 10

Contemporary Focus

History

Mishka Henner Collected Portraits Présenté par Joachim Schmid

Un portrait représente une personne. Un portrait est réalisé par un photographe. Une série de portraits dépeint-elle une série d’individus ou constitue-t-elle la signature du travail d’un photographe? Nous savons plus ou moins comment les historiens d’art répondraient à cette question parce que les connaisseurs maîtrisent mieux que la plupart d’entre nous les choix esthétiques qui marquent le style d’un photographe reconnu. C’est ainsi que nous sommes en mesure de distinguer un portrait réalisé par Richard Avedon d’un portrait signé par Thomas Ruff. C’est du moins ce que nous pensons. 64

A portrait depicts a person. A portrait is made by a photographer. Does a series of portraits depict a series of individuals or the signature work of a single photographer? We more or less know how art historians would answer this question because connoisseurs know better than most the aesthetic choices that mark a celebrated photographer’s style. This is why we can confidently separate a Richard Avedon portrait from a Thomas Ruff portrait; or at least we think we can.


C’est la question à laquelle Mishka Henner tente de répondre en superposant les portraits réalisés par vingt-quatre photographes dont les travaux couvrent l’histoire de cette technique. Réduisant chaque portrait à une trace presque invisible, Henner superpose d’autres portraits réalisés par un même photographe jusqu’à ce que l’effet cumulatif crée l’émergence d’un visage tout à la fois nouveau et inattendu de son œuvre collectée. Des techniques similaires ont été développées par Francis Galton pour ses études physionomiques et ont ultérieurement été appliquées à différents sujets par des artistes tels que Nancy Burson, Krzysztof Pruszkowski,

Mishka Henner confronts this issue by collapsing the portrait archives of twenty-four known photographers whose works span the history of the medium. Reducing each portrait to an almost invisible trace, Henner super-imposes other portraits taken by the same photographer until the cumulative effect leads to the emergence of an altogether new and unexpected face from their collected oeuvres. Similar techniques were developed by Francis Galton for his physiognomic studies and were later applied to various subjects by artists such as Nancy Burson, Krzysztof Pruszkowski, Jason Salavon and Corinne Vionnet. ELSE 2


Collected

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Contemporary

Jason Salavon et Corinne Vionnet. Selon Galton, le principal objectif de ces travaux était d’obtenir une représentation moyenne d’un sujet déterminé, produisant ainsi des images qui, malgré le flou qui les caractérisent, «ne donnaient pas à voir le portrait d’un type de personne en particulier, mais plutôt une figure imaginaire dotée des caractéristiques moyennes d’un groupe spécifique de personnes». Le travail de Henner est différent dans la mesure où il se concentre sur les photographes eux-mêmes plutôt que sur les sujets photographiés par ces derniers. Quiconque a déjà été photographié dans un contexte formel

Focus

History

In these works the central concern was the average depiction of a chosen subject, resulting in images that, despite their blurred character, “portrayed no specific type of person, but rather an imaginary figure endowed with the average characteristics of a specific group of people,” as Galton wrote. Henner’s work is different insofar as his interest lies in the photographers themselves rather than in their chosen subjects. Anyone who has been photographed in a formal context knows that one’s mood depends greatly on the photographer’s personality.


Mishka Henner, Portraits

sait que son humeur dépend énormément de la personnalité du photographe. Est-il alors possible que ces portraits soient le reflet de l’empreinte de la personnalité de chaque photographe laissée sur le visage de ses différents sujets? Révèlent-ils, de manière instantanée, le type de sujets vers lequel ils ont été attirés tout au long de leur carrière? Ou ne représentent-ils simplement que le résidu fantomatique d’un exercice technique?

Is it possible then, that these portraits reflect the imprint of each photographer’s personality left on the faces of their collective subjects? Do they simultaneously reveal the average subject each photographer was drawn to over the course of his career? Or do they represent no more than the ghostly residue of a technical exercise?

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Collected

Contemporary

Focus

History

Thirty-five portraits by Thomas Ruff / Thirty-nine portraits by Diane Arbus / Thirty-two portraits by Nan Goldin / Forty-two portraits by Edward S. Curtis / Thirty-six portraits by FĂŠlix Nadar / Thirty-eight portraits by Pieter Hugo 68


Mishka Henner, Portraits

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Focus 11

haunted

history

Brancusi, Marie, Kemp Dans le Marc du café Présenté par Clément Chéroux

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«It’s all in your cup»—tout est dans votre tasse. Tel est le titre d’un livre sur l’avenir révélé par le marc de café qu’à la fin des années 1920 Romany Marie et Harry Hibbard Kemp, deux figures de la bohème artistique de Greenwich Village, envisagent de publier chez un éditeur américain. Lui, «The Tramp Poet», comme on le surnomme alors, est un écrivain vagabond, un «clochard céleste» de la trempe des Rimbaud ou des Villon. Elle est originaire de la Moldavie roumaine et tient un café fréquenté par les artistes, où elle dit la bonne aventure, tire les cartes et lit l’avenir dans le marc de café. Lors d’un voyage aux Etats-Unis en 1926, Constantin Brancusi les rencontre, se passionne pour leur projet et, dans un élan d’enthousiasme, leur propose son soutien en y adjoignant quelques dessins. L’année suivante, le sculpteur reçoit à Paris un volumineux manuscrit composé de trente-six photographies de tasses de café réalisées par un certain Harvey accompagnées d’annotations descriptives de Marie et de Kemp: «Here is the man», «The strange animal», «Dots indicating money», «Happy children dancing and playing», «Your life is divided in two», «Your main interest is full of holes», «The tragic blakness that overspread your cup entirely», etc. Devant les images, Brancusi hésite. Il ne voit pas ce qu’il pourrait y ajouter. Malgré les relances de l’éditeur, que Brancusi fait traduire de l’anglais par son ami Marcel Duchamp, le projet traîne pendant plus d’un an. Et las, à la fin de l’année 1928, Brancusi écrit à son ami: «Mon cher Kemp, pour l’intérêt du livre et en raison de la grande sympathie que j’ai pour vous et pour Romany Marie, j’ai mis toute ma bonne volonté et mon désir sincère à collaborer avec vous, mais je trouve le livre tel qu’il est si complet que je n’ai pas trouvé ma place. Je renvoie le manuscrit avec beaucoup de regrets […]». Privé de ce soutien essentiel, le livre ne paraîtra jamais. Mais cela, peut-être, Marie et Kemp l’avaient-ils déjà lu dans le marc de café.

“It’s all in your cup.” Such is the title of a book about revealing the future from coffee grounds that Romany Marie and Harry Hibbard Kemp, two well-known figures of Greenwich Village’s bohemian scene, intend to release with an American publisher in the late 1920s. “The Tramp Poet,” as he was called in those days, is a vagabond writer, a “celestial hobo” along the caliber of Rimbaud or Villon. She comes from Romanian Moldavia and manages a café where artists like to gather; she tells fortunes, reads cards or coffee grounds. Constantin Brancusi meets them while visiting the United States in 1926, shows a deep interest in their project, and enthusiastically offers his support by including a few drawings. The following year, the sculptor receives in Paris a voluminous manuscript with 36 photographs of coffee cups taken by a so-called Harvey, along with descriptive annotations by Marie and Kemp: “Here is the man,” “The strange animal,” “Dots indicating money,” “Happy children dancing and playing,” “Your life is divided in two,” “Your main interest is full of holes,” “The tragic blackness that overspread your cup entirely…” Looking at the images, Brancusi hesitates. He cannot really see what he can add to it. Despite several reminders from the publisher, translated to him from the English by his friend Marcel Duchamp, the project lingers on for a little over a year. Until finally, at the end of 1928, Brancusi writes to his friend: “My dear Kemp, in the interest of the book, and because I really appreciate you and Romany Marie, I have devoted all my goodwill and my sincere wishes to collaborate with you; however, I do find the book to be so complete as it is, that I cannot seem to find my place in it. I am returning the manuscript, with deep regrets […].” Deprived of this crucial support, the book will never be published. But Marie and Kemp had probably already read this from the coffee grounds.

Un projet de livre de Romany Marie et Harry Hibbard Kemp, 1927. Manuscrit conservé dans les archives Brancusi, Bibliothèque Kandinsky, Musée national d’art moderne—Centre Pompidou, Paris.

A book project by Romany Marie and Harry Hibbard Kemp, Manuscript, 1927. Brancusi Archives, Bibliothèque Kandinsky, Musée national d’art moderne—Centre Pompidou, Paris.


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Focus

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Haunted

History


Brancusi, Marie, Kemp, Dans le Marc du cafĂŠ

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Focus

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Brancusi, Marie, Kemp, Dans le Marc du cafĂŠ

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Hans Eijkelboom Identity Présenté par Erik Kessels

Hans Eijkelboom est un artiste hollandais reconnu internationalement pour son projet Paris-NY-Shanghai, publié en 2007 par Aperture. Il y photographiait des typologies d’individus dans ces trois villes; trois typologies qui se sont finalement avérées presque identiques. à partir des années 70, Eijkelboom a aussi débuté un travail dont il est le sujet. Pour sa série Identity, l’artiste a envoyé un courrier à quelques uns de ses anciens camarades de lycée en leur demandant de bien vouloir lui répondre en indiquant ce qu’ils / elles pensaient qu’il était devenu. Quel pouvait être son métier? Comment l’imaginaient-ils aujourd’hui ? à réception des lettres, Eijkelboom s’est transformé en fonction des réponses. Il s’est photographié de manière à montrer que chacun d’eux avait vu juste. Cela a formé une série surprenante dans laquelle l’artiste apparaît en pilote de ligne, en fonctionnaire et toutes sortes d’autres métiers. En fin de compte, il s’est trouvé que l’un d’entre eux avait vu juste. Il s’est donc aussi photographié en tant que photographe.

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Hans Eijkelboom is a Dutch artist known outside The Netherlands mainly for his project Paris-NY-Shanghai, published in 2007 by Aperture. He photographed typologies of people in these three cities, each of which ended up being almost identical. From the seventies onward, Eijkelboom also started making work that featured himself as the subject. In the series Identity, the artist wrote letters to people from his class in High School. In the letter Hans Eijkelboom asked them if they could write back telling him what they thought had become of him. What kind of profession did they imagine him to have? What did they see him doing at the present moment? After receiving several letters in reply, Eijkelboom transformed himself according to the content of the letter. He made a photograph of himself demonstrating that each respondent was correct in his/her answer. This resulted in a surprising series where the artist appeared as an airline pilot, a civil servant and many others. In the end, it turned out that one of his old classmates was correct, so he also photographed himself as a photographer.


Vous allez être étonné, peut-être, mais oui, ce nom me rappelle encore quelque chose. Hans a été dans ma classe pendant deux ans. Je m’en souviens encore très bien car il était un peu du style à déraper au lycée. Il y a toujours des élèves qui détestent l’école, bien sûr, mais lui exécrait vraiment le système scolaire et ne s’en cachait pas le moins du monde. Et bien sûr, ça a provoqué pas mal de problèmes. J’étais l’un des seuls en qui il avait encore confiance. Il me parlait beaucoup et il est même venu deux fois chez moi. De son point de vue, il y avait un fossé énorme entre l’école et la réalité. Il avait une réelle conscience et réfléchissait beaucoup sur la société dans laquelle il vivait. Je crois qu’il a fait une formation de travailleur social et c’est ce qu’il est devenu, enfin, je veux dire qu’il travaille dans un centre pour dépendants aux drogues. You would be surprised perhaps, but yes, that name still rings a bell. Hans had been in my class for two years. I still remember him so well because he was a bit of a sideslip at school. There are always pupils who hate school, of course, but he had a real loathing for the school system and he made no bones about it. And that, of course, gave rise to considerable problems. I was one of the few whom he still put some trust in ; he talked to me a lot and he has even been at my home a couple of times. From his point of view, there was an immense gap between school and reality. He was very much aware, and he thought a lot about the society in which he lived. I think he has gone to a school for social work and become a welfare worker afterwards, e.g. in a center for drug addicts.

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Book

Contemporary

Haunted

Si je me souviens bien, je ne crois pas qu’il soit devenu quelqu’un en particulier. Ce dont je me souviens, c’est qu’il était toujours un peu canaille, cherchant toujours un peu la bagarre, je veux dire. Mais bon, les gens peuvent tellement changer. Cela fait si longtemps que je ne l’ai pas vu, ça doit bien faire dix ans au moins. Bon, de quoi je me souviens : il appartenait à un groupe qui se retrouvait tous les samedi à la statue de Marieke en centre-ville. C’était pas vraiment des gentils, tout ce groupe. Une de leur spécialités pendant la foire annuelle, c’était de se battre avec les Indonésiens d’Elst. Il était l’un des plus grands, et tout sauf un suiveur. Pendant l’été, ce même groupe allait nager dans la rivière après les cours, enfin, plutôt faire trempette. Je ne saurais pas dire ce qu’il est devenu. Il a déménagé à Arnhem et je ne l’ai jamais revu. Mais selon moi, je ne crois pas qu’il ait changé. Going by what I remember about him, I don’t think he has become anything special. What I remember is a real blackguard, always willing to finish the discussion elsewhere, with his fists, that is. But well, people can change so completely, ’cause how long has it been since I saw him last, must be ten years at least. Well, what do I remember : he belonged to a group, which met every Saturday at the Marieke statue in the center. They weren’t particularly gentle characters, the lot of them. Especially during the annual fair, they used to have fights with the Indonesians from Elst. He was one of the tallest, and anything but a hanger-on. In the summer the same group used to go swimming in the river right after school time, but it was mostly necking rather than swimming. I really wouldn’t know what has become of him, he moved to Arnhem and I’ve never seen him again. But in my opinion, I don’t think he has changed.

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Hans Eijkelboom, Identity

Oui, il y avait un certain nombre de fortes têtes dans notre classe, comme Joop Doorland, Hans et moi, en fait. Donc je me rappelle assez bien de lui. Son père avait quelque chose à voir avec l’électricité, les compteurs électriques, je crois bien ; il m’en parlait beaucoup et on était toujours en train de magouiller. Il parlait aussi pas mal de son argent de poche, il y avait constamment des désaccords à ce propos, il n’en avait jamais assez, bien sûr. Mais son métier aujourd’hui ? Je suppose qu’il a suivi les traces de son père, quelque chose à voir avec l’électricité aussi. Parce qu’il était toujours très intéressé par les trucs techniques, et pour moi, c’était évident qu’il finirait par travailler dans le domaine technologique. Est-il déjà marié ? Non, enfin, j’ai du mal à l’imaginer comme tel, parce qu’on parlait beaucoup de ces choses, enfin de ces trucs-là. Il n’y avait que quelques filles dans notre classe, seulement six ou sept, et elles étaient, comment dire, le sujet permanent de nos discussions. Mais son métier ? Eh bien, c’est comme je viens de le dire, quelque chose à voir avec l’électricité. Yes, there were a number of dominating figures in our class, such as Joop Doorland, Hans and me, in fact. So I remember him fairly well. His father had something to do with electricity, the electricity board, I think it was, he used to tell me a lot about that, and we were always engaged in some sort of business transactions; his pocket allowance was also one of his topics, there were constant disagreements about that, it being too low, of course. But what is his occupation at the moment? I should think he has taken the line of his father, also something in electricity. Because he was always very keen on technical things, and to me it was as clear as daylight that he would be something in technology. Has he married yet? No, well, I wouldn’t have thought so of him, because that’s what we used to talk about a lot, about that kind of thing. There were only a small number of girls in our class, about six or seven, and they were, you know, the current topic. But his occupation? Well, as I just said, something to do with electricity.

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Book

Contemporary

Haunted

Il était très actif dans un tas de mouvements rouge ou rose, comme le groupe de travail pour la jeunesse du C.C.C., dont je faisais aussi partie. Il m’a dit une fois qu’il avait le même passe-temps que moi, l’aviation, et que son adhésion à la Royal Aviation Society avait été suspendue parce qu’il était activiste de gauche. Je m’étais dit que c’était classique, parce j’ai aussi été membre de la Society pendant longtemps, et je savais très bien que c’était un club de messieurs conservateurs. Il est probablement dans le domaine socioculturel — pas dans un boulot de bureau, il était trop dynamique pour ça. Je ne pense pas que ce soit un travail avec les jeunes ; ça, il en a trop fait à l’époque ;   

il a connu les hauts et les bas du travail social alternatif auprès des jeunes, les infiltrations et la domination des travailleurs sociaux ; surtout les groupes d’action. Probablement, il a viré de plus en plus à gauche. Peut-être un peu déçu, mais je ne crois pas, il était infatigable. He was very active in all kinds of red and pink movements, like the C.C.C. youth-work group, of which I was also a member. He told me once that he had the same hobby as me, aviation, and that his membership at the Royal Aviation Society had been suspended because of his leftwing activities. I thought that was very typical, because I have been a member of the Society myself for years, and indeed I knew it as a club for sedate conservative gentlemen. He is probably doing something in the socio-cultural sphere, not a dull office job ; he was much too motivated for that. I don’t think youth-work, he has been too involved in that, he has really seen the rise and fall of alternative youthwork, the infiltrations and domination by the social workers. Especially action-groups, probably, he must have become more and more leftwing. Maybe somewhat disappointed, but I don’t really think so, he was really indefatigable.

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Hans Eijkelboom, Identity

Oui, bien sûr, je me souviens très bien de lui. J’ai été amoureuse de lui pendant des années. Il était très grand, peut-être une tête de plus que les autres, cheveux clairs et yeux bleus. En classe, sa culture générale était particulièrement étonnante, il pouvait parler de tout. Il était très au courant de tout. Je crois que c’était parce qu’il lisait tellement. Ses parents étaient très proches de la nature; dès que le temps le permettait, ils partaient camper le week-end, ou au moins ils partaient se balader en forêt dans la région. Il aimait bien être dehors, lui aussi. Je suppose qu’il a fait des études de physique ou de chimie, et qu’il est devenu écologiste, quelque chose de ce genre; forestier ou gardechasse serait aussi une éventualité. Mais, quoiqu’il en soit, quelque chose dans ce domaine. Je ne sais pas si c’est important pour votre enquête, mais je rêve encore de lui de temps en temps. Yes, of course, I remember him quite well, I’ve been in love with him for years. He was very tall, maybe as much as a head taller than the others in our class, fair hair he had, and blue eyes. In class his broad general knowledge was particularly striking, he could talk about anything. He was really informed about anything, I think it was because he read such a lot. His parents were real nature-lovers, whenever weather permitted they went camping on weekends, or at least they went for walks in the woods in the area. He was also a real outdoor person himself, and at any rate he must have an occupation that takes him into the open a lot. Presumably he has studied physics or chemistry, and now he is an environmentalist or something ; forester or gamekeeper would also be quite possible, but at any rate something in that kind of field. I don’t know whether it is relevant to your investigations, but I still dream about him once in a while.

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Book

Contemporary

Haunted

Hans Eijkelboom, oui, je me souviens de lui, il était dans ma classe en secondaire. Mais je ne crois pas que ce soit facile de dire quelque chose de lui, parce qu’il était assez mystérieux. Par exemple : tout le monde savait qu’il n’était pas stupide, mais il ratait ses examens les uns après les autres, et il avait toujours des soucis avec la plupart des professeurs. Si vous ne le connaissiez pas, il était assez facile de penser qu’il devait être assez stupide, et très impertinent. Si vous le connaissiez mieux, vous vous rendiez compte qu’il lisait pas mal, et qu’il s’intéressait à des choses auxquelles la plupart d’entre nous ne s’intéressaient pas du tout, comme la politique. Son métier aujourd’hui, c’est très difficile à dire. Quoiqu’il en soit, dans le domaine de l’art, parce que je sais que ça l’intéressait beaucoup, il avait, comme on disait à l’époque, un « vrai côté artiste ». Bon, si je dois préciser un métier, je dirais photographe. Hans Eijkelboom, yes, I remember him, he was a classmate at secondary school. But I don’t think it easy to say something about him as he was rather an obscure person. For instance: everybody knew that he was not stupid, but still he failed in one subject after the other, and he was always in trouble with most of the teachers. If you didn’t know him you could hardly get another impression of him than that of an extremely stupid boy with a great deal of backtalk. If you got to know him better, you found out that he read a great deal, and that he was interested in things in which most of us weren’t interested, in e.g. politics. His occupation now, that’s really extremely difficult, in any case omething in art, because I do know that he took a great interest in that, he was, as it was called in those days, definitely “artistic.” All right, if I really have to name an occupation, I would say photographer.

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Hans Eijkelboom, Identity

C’était plutôt un copain de Rik, mais je le connaissais aussi assez bien. Je suis souvent allé chez lui, mais c’était pour voir son père, en fait, qui nous aidait à construire un moteur pour les petits avions télécommandés. Ce dont je me souviens en particulier, c’est qu’il était très brut, y compris avec les choses et les outils. Un sacré personnage, vraiment. Enfin, dire qu’il était contre la société serait un peu exagéré, mais certainement contre certaines choses de la société. Il ne faisait aucun mystère de ses idées, et je ne serais pas étonné qu’il ait participé au Provo-movement à Amsterdam. Je ne pense pas qu’il a continué ses études. Il a dû se marier jeune et commencer à travailler jeune aussi. Il a dû changer plein de fois de job, un touche-à-tout, si vous voulez, et un Rouletabille. Quelqu’un qui ne voit aucun problème, n’a jamais d’argent, et mène une vie sans attaches. He was Rik’s friend rather, but I also knew him quite well. I’ve often been at his home, but that was to see his father, really, who helped us building the machinery for those radio graphically flown little airplanes. What I remember in particular is that he was very rough, also about tools and things. Quite a character, really, opposed to society is saying a bit too much, perhaps, but certainly opposed to certain things in society. He made no disguise of his feelings, and I wouldn’t be surprised if he had been in the Provo-movement in Amsterdam. I don’t think he has continued at school, married early and taken a job early. Changed jobs frequently, so a jack-of-all-trades and kind of a rolling stone. Somebody who doesn’t see any problem, never has any money, and leads a carefree life.

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Book

Contemporary

Haunted

Oui, il vivait dans notre rue. Un garçon grand, il avait aussi une sœur plus jeune et un petit chien, Loukie, un petit chien noir. S’il en avait eu la possibilité, il serait devenu pilote d’avion, mais c’est plutôt difficile, ce genre de chose. Je ne l’ai pas beaucoup vu, il avait des amis sur Hazenkampseweg. Il a construit une voiturette une fois, avec ces garçons, avec des roues de bicyclette, et un moteur de tondeuse. J’ai aussi été à l’école avec lui, je crois qu’il avait deux ans de plus que moi, mais il a redoublé. Il avait du mal à apprendre. Quelle question, son métier ? Quelque chose dans les affaires, je pense, parce que je me souviens qu’à une certaine époque lui et son ami avaient découvert qu’une banque donnait plus pour des dollars qu’une autre, et ils achetaient des dollars à une banque pour les revendre à une autre, un truc dans le genre, je ne sais pas bien. La banque me semble assez probable. Yes, he lived in our street. A tall guy, he also had a younger sister and a little dog, Loukie, a little black barge-dog. If he had the opportunity he would have become a jet-pilot, but things like that are hard to realize mostly. I didn’t see very much of him, he had friends on the Hazenkampseweg. He built a cart once, with those boys, on bicycle wheels, and driven by the engine of a lawn mower, a kind of skelter. I’ve also been in school with him, I think he was two years ahead of me, but then he failed to pass. Learning wasn’t very easy to him. Some question, his occupation? Something in business I think, because I remember that at a certain stage he and a friend had discovered that one bank paid more for dollars than the other, and they used to buy dollars at one bank and sell them again to another or something, I don’t know exactly. Banking seems very likely to me.

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Hans Eijkelboom, Identity

Il était mon voisin rue du Dr Poels. Son passe-temps, c’était le modélisme, et plus tard, le vol à voile. L’aviation était tout pour lui. Tous les week-ends, il allait sur le terrain de vol à voile de Terlet, souvent avec ses parents, parce que son père était pilote aussi. A part ça, il aimait beaucoup le sport, surtout la natation, je crois même qu’il l’a pratiquée en compétition pendant un temps. Ce dont je me souviens aussi assez bien, c’est qu’ils avaient l’habitude de partir en vacances à vélo, avec d’énormes sacs, etc., et tout le monde dans la rue trouvait ça très drôle, surtout les shorts de son père. Je suppose qu’il est toujours dans l’aviation ou la technologie, parce que, techniquement, il avait beaucoup de talent. Pilote de ligne me semblerait assez probable, dans l’armée de l’air. Je crois même que l’armée de l’air lui payait ses séances de vol à voile mais je ne me souviens plus des détails. Il me semble bien qu’on vous faisait passer un test à la base aérienne de Soesterberg, et si vous réussissiez, vous aviez accès au vol à voile gratuitement. He was the boy next-door in the Dr. Poelsstraat. His hobby was building scale-models, and at a later stage gliding. Aviation was everything to him. Every weekend, he used to go to the Terlet gliding-ground, often with his parents, because his father was a glider-pilot as well. Apart from that he was very keen on sports, swimming especially; I even think he took part in swimming-competitions for a while. What I also remember quite well is that they used to go on holiday by bike, with huge cycle bags… and that the whole street used to laugh at this, especially the shorts of his father’s. I should think he has kept on to aviation or technology, because technically he was also very gifted. Jet-pilot would seem most likely to me, in the air force. I think there was even some sort of arrangement by which the air force paid for his gliding, I don’t know the details anymore, but you were examined at Soesterberg airbase, and if you passed you had free gliding facilities.

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BOOK 13

focus

history

Tiane Doan na Champassak The King of Photography Présenté par Frédérique Destribats

The King of Photography, livre d’artiste conçu par Tiane Doan na Champassak, juin 2011, auto-publié, édition de 250 ex., 18.5 x 13.5 cm couverture souple, 64 p., impression Risograph quadtone sur papier Munken par Après Midi Lab, Paris.

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Photographie royale Voici un roi, Bhumibol Adulyadev de Thaïlande, si passionné de photographie qu’il ne se déplace jamais, que ce soit officiellement ou en privé, sans son appareil photographique, et ce depuis sa plus tendre enfance. Au point que cette altesse royale est toujours représentée, sauf en de très rares occasions, avec son appareil autour du cou, y compris sur les très officiels billets de 1000 bahts et sur les médailles commémoratives frappées à son effigie. Mais, dans la mesure où elles n’ont jamais été publiées, les images capturées par ce roi-là demeurent un mystère. On doit donc au photographe Tiane Doan na Champassak d’avoir réuni quelques portraits et représentations d’un roi aujourd’hui vieillissant qui, quelles que soient les difficultés de son pays, demeure toujours fidèle à son appareil photographique. Les images qui composent ce petit ouvrage autopublié ont toutes été trouvées sur Internet. Au-delà de l’anecdotique et du choix des images retenues, l’exercice trouve aussi son intérêt par l’utilisation d’un procédé d’impression, le risographe, qui unifie, en quelque sorte, la qualité assez diverse des images récupérées.

Royal Photography Here is a king, Bhumibol Adulyadev of Thailand, with such a passion for photography that he hardly ever goes anywhere, whether officially or privately, without his photographic camera, and this since his early childhood. So much so that, except in rare occasions, His Royal Highness is always represented with his camera around the neck, including on the very official 1,000 baht bill or on engraved commemorative medals to his effigy. But as they have never been published, the photographs captured by this king remain a mystery. Tiane Doan na Champassak has thus gathered a series of portraits and representations of a now aging king who, in spite of his country’s difficulties, has always remained truly faithful to his camera. The images included in this self-published artist book were all found on Internet. Beyond the anecdote and the editing, the strength of the exercise also stems from the printing technique, the risograph, which in a sense gives a unifying touch to the uneven original quality of these found images.

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Applied 14

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Found

History

Martin Crawl Portrait of the Artist as a Daring Young American


On en est tous passé par là. Elle, c’était en septembre 1958. Seconde présidence Eisenhower, c’est tout dire. L’ennui. Elle habite Denver ou Chicago. Elle a un copain, Bill, Sam, Tom, ce n’est pas vraiment du sérieux, mais ils s’amusent bien ensemble. Lui travaille à l’identité judiciaire. Un jour, il lui dit: Viens demain, il n’y aura personne. Alors, elle aussi, durant tout un après-midi, elle a senti sourdre en elle mille personnes autonomes qui ne demandaient qu’à s’exprimer. Elle fut tour à tour l’audacieuse, la boudeuse, la mutine, la désespérée. Il n’y avait plus rien entre elle et son rêve, et son rêve changeait de forme à chaque seconde. Elle sut, pendant quelques heures, donner du charme et du chien à sa disgrâce, oublier jusqu’à l’existence de ses défauts, elle avait fait sauter toutes les barrières. Elle se sentait à ce point elle, qu’elle avait l’impression de ne plus s’appartenir. Elle était heureuse. Elle aussi, comme on l’a tous fait, elle avait cru que tout, vraiment, serait possible.

We have all been through this. For her, it was in September 1958. President Eisenhower’s second mandate—that says it all. Boredom. She lives in Denver or Chicago. She has a boyfriend, Bill, Sam, Tom, nothing really serious, but they have a good time together. He works at the Criminal Records Service. One day, he tells her: Come tomorrow, there will be no one. So during an entire afternoon, she also felt a thousand autonomous individuals rising from within, begging to express themselves. She was in turn audacious, sulky, mischievous, desperate. There was nothing left between her and her dream, and her dream was changing form every other second. She knew, for some hours, how to give style and charm to her disgrace, even forgetting the very existence of her flaws; all barriers were down. She felt so much herself that she was under the impression that she no longer belonged to herself. She was happy. She too, much like we all did, believed that everything, indeed, would be possible.

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History


Martin Crawl, Portrait of the Artist as a Daring Young American

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Biographies Quentin Bajac Conservateur en chef du cabinet de la photographie du Centre Pompidou— Musée national d'art moderne, Paris. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont récemment La Photographie: Du Daguerréotype au numérique (Gallimard, 2010) et Le mélange des genres—Entretiens avec Martin Parr (édition Textuel, 2010). Dreamlands (2010), Valérie Jouve—en attente (2010) et La Subversion des images: surréalisme, photographie, film (2009) figurent parmi ses expositions les plus récentes. Olivier Cablat oliviercablat.com Fabricant multiforme de photographies, il s'intéresse autant aux zones commerciales construites selon le principe de Las Vegas qu'à tous les restes et les déchets qui en sont plus ou moins directement issus: collections de disques bon marché, vieux emballages, figurines Panini, portraits du Colonel Kadhafi… Maniant le style documentaire, comme pour mieux appuyer le caractère ambigu des relations entre la photographie et le réel, Olivier Cablat semble construire une œuvre qui pourrait être destinée à des ethnologues du futur, et dont il s'efforce de compliquer la tâche en réécrivant sans cesse ses règles d'interprétation.

A multiform maker of photographs, his interest is as much focused on commercial parks built along the principles at work in Las Vegas, than in the leftovers and wastes that more or less stem from them: bargain record collections, old packaging, Panini figurines, portraits of Colonel Qaddafi… Adopting a documentary stance, as if to better underline the ambiguous character of the relationships between photography and the real, Olivier Cablat appears to be creating a body of work that could perhaps be dedicated to ethnologists to be, the task of whom he strives to complicate through a constant rewriting of his interpretation rules.

 Clément Chéroux  Conservateur pour la photographie au Centre Pompidou — Musée national d’art moderne, Paris. Historien de la photographie, Docteur en histoire de l’art, il dirige la revue études Photographiques. Il a été commissaire des expositions Mémoire des camps : Photographies des camps de concentration et d’extermination nazis, 1933 – 1999 (2001), Le Troisième œil, La Photographie et l’occulte (2004), La Subversion des images : surréalisme, photographie, film (2009), Shoot ! La photographie existentielle (2010).

Photography curator at the Centre Pompidou —MNAM. An Historian in the field of photography and Doctor of Art History, he runs the magazine Etudes Photographiques. He curated the exhibitions Mémoire des camps — Photographies des camps de concentration et d’extermination nazis, 1933–1999 (2001); Le Troisième œil, la photographie et l’occulte (2004); La Subversion des images : surréalisme, photographie, film (2009); Shoot ! La Photographie existentielle (2010).

Luc Chessex Photographe indépendant, il a longtemps vécu en Amérique latine, où il fut notamment reporter itinérant pour l’agence Prensa Latina. Ses livres et ses expositions ont fait largement connaître le regard critique qu’il projette sur les réalités contemporaines, dont: Swiss Life (Payot Lausanne, 1987), El Publico (U.Bär, 1988), Around the world (Lutz, 1999), Avis aux amateurs (Editions d’en bas, 2008). La série Le Visage de la révolution sera exposée à Paris Photo du 10 au 13 novembre 2011 et au Musée de l’Elysée dans le cadre de l’exposition [CONTRE]CULTURE / CH en décembre 2011.

An independent photographer, he lived in Latin America where he was an itinerant reporter for the agency Prensa Latina. His books and exhibitions have largely contributed to disseminate his critical vision of contemporary realities: Swiss Life (Payot Lausanne, 1987); El Publico (U.Bär, 1988); Mort d’un cimetière (24 Heures, 1989), Around the world (Lutz, 1999), Avis aux amateurs (Editions d’en bas, 2008). The series Le Visage de la révolution will be on show at Paris Photo (November 10–13) and at the Musée de l’Elysée as part of the exhibition [CONTRE]CULTURE / CH in December 2011.

Martin Crawl Né aux Etats-Unis en 1967, il vit et travaille à Paris. Il vient de publier En rêvant à partir / After (coll. No Picture Available, Musée de l’Elysée, juin 2011). La série Where to be When the Past is Over a été présentée à Arles, dans le cadre de l’exposition From Here On organisée par Clément Chéroux, Martin Parr, Erik Kessels, Joan Fontcuberta et Joachim Schmid. La série Portrait of the Artist as a Daring Young American sera exposée à Paris Photo du 10 au 13 novembre 2011.

Born in the United States in 1967, he lives and works in Paris, and has just published En rêvant à partir / After (coll. No Picture Available, Musée de l’Elysée, June 2011). His series Where to be When the Past is Over was recently presented in Arles, as part of the exhibition curated by Clément Chéroux, Martin Parr, Erik Kessels, Joan Fontcuberta and Joachim Schmid, From Here On. The series Portrait of the Artist as a Daring Young American will be displayed at Paris Photo (10–13 November).

Frédérique Destribats Traductrice de métier, elle collectionne la photographie et le livre de photographie.

Translator, she collects photography and photography books.

Hans Eijkelboom www.photonotebooks.com Artiste hollandais, il réalise des installations et des performances depuis le début des années 70. Fasciné par le concept d’identité individuelle, il s’intéresse au style vestimentaire que les personnes adoptent pour affirmer leur individualité au sein d’un groupe social déterminé. En 1992, il débute un projet qui dure depuis 15 ans intitulé Photo Notes, dans lequel il photographie le style et le comportement des individus dans les lieux publics urbains. Ce projet se traduit par une collection de plus de 50 livres dont les trois derniers titres sont: 10-Euro Outfits, Portraits & Cameras et New York by Numbers.

A Dutch artist, he has been making installations and performances since the early 1970s. Fascinated by the concept of individual identity, he focuses on how people dress in order to assert their individuality within a specific social group. In 1992, he initiated a still ongoing project entitled Photo Notes in which he photographs how people dress or behave in public urban environment. This project led to a total of 50 photo books so far, the latest 3 titles of which are 10-Euro Outfits, Portraits & Cameras and New York by Numbers.

Charles Fréger www.charlesfreger.com Né en 1975 et diplômé des beaux-arts de Rouen. Fondateur du réseau Piece of Cake (www.pocproject.com), il se consacre à la représentation poétique et anthropologique de groupes sociaux tels que les sportifs, les écoliers et les militaires. Sa série Wilder Mann sera publiée en 2012 par les Editions Thames & Hudson, Paris et présentée en 2013 par la Fondation d’entreprise Hermès à la galerie TH13 à Berne. Mishka Henner mishka.lockandhenner.com/blog Mishka Henner (1976) vit et travaille à Manchester, Angleterre. Ces travaux ont été publiés dans Der Volkskrant, the Guardian Magazine, OjodePez et Photoworks. La Tate Modern a acquis son premier livre d’artiste, Winning Mentality, en 2010. En 2011, il a participé à l’exposition collective From Here On, autour du nouvel âge de la photographie, aux Rencontres d’Arles, où il a aussi reçu le prix Kleine Hans pour son projet de six livres réalisés en 2010 et 2011. Il est membre de l’ABC Artists’ Book Cooperative et sa série Dutch Landscapes sera publiée par Post Editions en octobre 2011.

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Chief Curator of Photography, Centre Pompidou—Musée national d’art moderne, Paris. He is the author of many books: La Photographie: Du Daguerréotype au numérique (Gallimard, 2010) and Le mélange des genres—Entretiens avec Martin Parr (édition Textuel, 2010). His most recent exhibitions include Dreamlands (2010), Valérie Jouve—en attente (2010) and La Subversion des images: surréalisme, photographie, film (2009).

Born in 1975 and graduated from Ecole des beaux-arts in Rouen. Founder of Piece of Cake project (www.pocproject.com), he is devoted to the poetic and anthropological representation of social groups such as athletes, schoolboys, or soldiers. His series Wilder Mann will be published in 2012 by Thames & Hudson, Paris and exhibited in 2013 by the Fondation d’entreprise Hermès at TH13 gallery in Bern. Mishka Henner (born 1976) lives and works in Manchester, England. Portfolios of his work have been published in Der Volkskrant, the Guardian Magazine, OjodePez and Photoworks. Winning Mentality, his first artist book, was acquired by the Tate Gallery in 2010 and in the summer of 2011, he was highlighted as a key artist in From Here On, a group show presenting the new age of photography at the Rencontres d’Arles in France, where he also was awarded the Kleine Hans Award for a six-book project produced between 2010 and 2011. He is a member of the ABC Artists’ Book Cooperative, and Post Editions will publish his Dutch Landscapes in October 2011.


Graciela Iturbide La carrière de Graciela Iturbide a débuté en 1969, alors qu’elle était étudiante au Centro de Estudios Cinematográficos (CUEC) de l’Université Nationale du Mexique. C’est dans ce cadre qu’elle rencontre le fameux photographe latino-américain Manuel Álvarez Bravo qui lui propose de devenir son assistante. Artiste de renommée internationale, elle a reçu, entre autres, le prix de la Fondation Guggenheim et le prix Hasselblad.

Graciela Iturbide's career began in 1969, when she was a student filmmaker at the Centro de Estudios Cinematográficos (CUEC) at the National University of Mexico. There, she met the famous Latin American photographer Manuel Álvarez Bravo who invited her to become his photographic assistant. Artistic accolades earned by this famous artist include a grant from the Guggenheim Foundation and the Hasselblad Award, among others.

Jitish Kallat jitishkallat.in Le vocabulaire thématique et visuel de Jitish Kallat, qui incorpore diverses techniques (peinture, installations, photographie et vidéo), s’inspire en grande partie de son environnement urbain immédiat. Il a participé à de nombreuses expositions dans le monde. En 2011, le Art Institute of Chicago a présenté pendant un an Public Notice 3 et le Bhau Daji Lad Museum, Fieldnote: tomorrow was here yesterday. Kallat publie aussi fréquemment des écrits sur l’art contemporain.

Jitish Kallat’s work, incorporating several media, including painting, installations, photography and video, derives much of its thematic and visual vocabulary from his immediate urban environment. He has been largely exhibited worldwide. In 2011, he had a year-long solo exhibition entitled Public Notice 3 at the Art Institute of Chicago as well as a solo exhibition, Fieldnotes: tomorrow was here yesterday, at the Bhau Daji Lad Museum. Kallat also frequently writes on the subject of contemporary art.

Erik Kessels www.kesselskramer.com, www.kesselskramerpublishing.com Erik Kessels est co-fondateur et directeur de création de KesselsKramer, une agence de communication internationale basée à Amsterdam. Il a conçu, édité et publié plusieurs ouvrages sur la photographie vernaculaire dans sa propre maison d’édition, KesselsKramer Publishing, dont la série de livres In Almost Every Picture. Depuis 2000, il est l’un des éditeurs de la revue de photographie alternative, Useful Photography. Il a organisé plusieurs expositions et a été l’un des cinq commissaires de l’exposition From Here On, présentée aux Rencontres d’Arles en 2011.

Erik Kessels is a founding partner and creative director of KesselsKramer, an independent international communications agency located in Amsterdam. He has designed, edited and published several books of vernacular photography through KesselsKramer Publishing—including the series In Almost Every Picture. He has been an editor for the alternative photography magazine Useful Photography since 2000. He has curated many exhibitions and co-curated the exhibition From Here on at the Rencontres d’Arles in 2011.

Pauline Martin  Responsable des projets spéciaux au Musée de l’Elysée, à Lausanne. Auparavant conservatrice associée pour la Foundation for the Exhibition of Photography, Paris, elle a publié plusieurs articles sur la photographie, et poursuit actuellement une thèse de doctorat sur la notion de flou dans la photographie, sous la direction d’Olivier Lugon (Université de Lausanne).

Head for Special Projects at the Musée de l’Elysée in Lausanne. Previously Associate Curator for the Foundation for the Exhibition of Photography (Paris), she published several writings on photography. She is currently working on her Doctorate thesis around the notion of blurredness in photography, directed by Olivier Lugon (Université de Lausanne).

Luciano Rigolini Photographe, cinéaste et producteur né en 1950 en Suisse italienne. Il reçoit une consécration internationale avec Urban Landscape, un travail photographique où il explore la spécificité de ce medium et les rapports esthétiques entre photographie et peinture. Dès 1995, il travaille à Paris à la chaîne culturelle internationale Arte comme producteur. Il a produit des œuvres de cinéastes tels que Chris Marker, Alexandre Sokourov, Naomi Kawase, Alain Cavalier, etc. Actuellement son travail photographique se concentre sur la dimension esthétique de nos manières de voir et de percevoir les images.

Photographer, filmmaker and producer born in 1950 in Italian Switzerland. He received international recognition for his Urban Landscape, a photography work in which he explores the medium’s specificity and the aesthetic relations between photography and painting. He started working in Paris in 1995 as a producer for the International cultural channel Arte. He produced films by Chris Marker, Alexandre Sokourov, Naomi Kawase, Alain Cavalier… He now concentrates his photographic work on the aesthetic dimension of the way we look at and perceive images.

 Joachim Schmid  www.schmid.wordpress.com Artiste basé à Berlin, Joachim Schmid (1955) travaille avec la photographie trouvée depuis le début des années 1980. En 2007, Photoworks et Steidl ont publié une monographie exhaustive intitulée Joachim Schmid Photoworks 1982 – 2007 à l’occasion de sa première exposition rétrospective. Il a été l’un des cinq commissaire de l’exposition From Here On, présentée aux Rencontres d’Arles en 2011.

Joachim Schmid (1955) is a Berlin-based artist who has been working with found photographs since the early 80s. His work has been exhibited internationally and is included in numerous collections. In 2007, Photoworks and Steidl published a comprehensive monograph, Joachim Schmid Photoworks 1982–2007, in conjunction with his first retrospective exhibition. He was one of the five co-curators of the show From Here On in Arles in 2011.

 Sam Stourdzé  Directeur du Musée de l’Elysée et rédacteur en chef de ELSE. Il étudie les mécanismes à l’œuvre dans la circulation des images, avec pour champ de prédilection les rapports entre les photographies, les images et le cinéma. Il a récemment signé Fellini, La Grande parade. Véronique Terrier Hermann  Docteur en Histoire de l’art, professeur à l’école des Beaux arts de Nantes, elle travaille plus particulièrement sur les liens qu’entretient l’art contemporain avec le cinéma et le documentaire.

Director of the Musée de l’Élysée and Editor in chief for the magazine ELSE. He has for many years now investigated the mechanisms at work in the circulation of images, with a specific focus on the connections operating between Photography, Images and Film. He has lately curated Fellini, La Grande parade. Doctor of Art History and Professor at the School of Fine Arts in Nantes (France), her work is mainly focused on the links that contemporary art establishes with film and documentary.

Jan-Dirk van der Burg www.jandirk.com Le photographe hollandais Jan-Dirk van der Burg (1978) capture le banal. Le quotidien est son terrain de prédilection. Son travail est emprunt de nostalgie mais aussi d’une subtile ironie envers les sujets qu’il photographie. Dans sa récente série Desire Lines, il montre un phénomène que nous utilisons souvent, mais qui est largement méconnu. Les planificateurs urbains et autres architectes paysagistes ignorent, la plupart du temps, cette notion de raccourcis pourtant demandée par les hommes.

Dutch photographer Jan-Dirk van der Burg (1978) captures the mundane. The quotidian is his hunting field. His work evokes nostalgia and carries a subtle irony towards the subjects that he captures. In his recent series Desire Lines, he shows a phenomenon that everybody uses but which not many know about. City planners and landscape architects generally ignore the human demand for shortcuts.

Brigitte Zieger www.brigittezieger.com Brigitte Zieger est une artiste allemande qui vit et travaille à Paris. Utilisant diversement les médiums de l'art contemporain, elle met en place de subtils dispositifs afin d'inquiéter notre conscience, et peut-être même notre responsabilité de regardeur face à la représentation du monde. Ainsi toutes ses séries reviennent, telles des arrêts sur image, sur des images-événements, images-médias, qui participent de notre Histoire contemporaine. Car c'est bien cette culture visuelle qu'elle met en doute. Ses photographies maquillées ont été présentées à l'été 2011 dans le cadre de l’exposition organisée par Andréa Holzherr, Bang! Bang! au CCA Andratx Mallorca. Brigitte Zieger sera exposée en novembre et décembre 2011 à la Galerie Odile Ouizeman à Paris.

Brigitte Zieger is a German artist, living and working in Paris. Using contemporary art techniques in various ways, she puts subtle devices at work in order to shake our conscience, and perhaps even our responsibility as onlookers of the representation of the world. Her series deal with event-images, media images that belong to our contemporary history, as if to freeze the frame. Indeed, what she questions is really that visual culture. She recently showed her made-up photographs in the group show curated by Andréa Holzherr, Bang! Bang! at CCA Andratx Mallorca in the summer 2011. Her next exhibition will be at Galerie Odile Ouizeman in Paris in October and November 2011. ELSE 2


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IDPURE ©2011, All rights reserved Printed in Switzerland ISSN 1661-030x


Crédits

Impressum

1 Brigitte Zieger, Women are Different from Men, 2011 13 impressions numériques avec dessin à l’ombre à paupières et paillettes, dimensions variables 115 cm x 81–176 cm, série de 13. Courtesy the artist and Galerie Odile Ouizeman, Paris. Crédits: Brigitte Zieger. 2 Robert Doisneau, Polar photographie Photographies pour les couvertures de romans policiers de la Collection Pierre Nord et Le Limier, 1948–1957. © Atelier Robert Doisneau. 3 Jitish Kallat, The Cry of the Gland, 2009 108 C-Prints, 60 cm x 45 cm, Edition of 3 + 1 Artist proof. 4 Graciela Iturbide, Foto-esculpturas, ca. 1930–1960 Courtesy Graciela Iturbide. 5 Jan-Dirk van der Burg, Desire lines, 2011 Courtesy of the artist: Jan-Dirk van der Burg. 6 Luc Chessex, Le visage de la Révolution, 1969 © Luc Chessex 7 Charles Fréger, Wilder Man, 2010–2011 © Charles Fréger 8 Luciano Rigolini, Portes, 2010 Origine: image industrielle; 3 diptyques; ink-jet print. © Luciano Rigolini 9 PORTES #1 172 x 147 cm chacune

Directeur de publication  |  Rédacteur en chef  Sam Stourdzé Comité éditorial Jean-Christophe Blaser Clément Chéroux Joan Fontcuberta Erik Kessels Christoph Schifferli Véronique Terrier Hermann Direction artistique Thierry Häusermann Raphaël Verona Design Raphaël Verona Secrétariat de rédaction   Pauline Martin Traduction   |   Relecture   Frédérique Destribats Corrections Noëlla Roland Publicité  |  Relation presse   Emily Jendly emily.jendly@vd.ch / +41 (0)21 316 99 27 Abonnements  Manuel Sigrist manuel.sigrist@vd.ch / +41 (0)21 316 99 06

PORTES #2 172 x 147 cm / 147 x 172 cm PORTES #3 172 x 147 chacune

Conception  |  Réalisation   This is Not www.thisisnot.ch

9 Olivier Cablat, Etudes typologiques des effets de causalité observés sur des individus exposés à des épreuves physiques à caractère podologique, 2002–2009 24 x 30 cm. © Olivier Cablat 2002–2009

Administration  Musée de l’Elysée 18 avenue de l’Elysée 1006 Lausanne, Suisse

10 Mishka Henner, Collected Portraits, 2010 Courtest of the artist: Mishka Henner 11 Constantin Brancusi, Romany Marie, Harry Hibbard Kemp, Dans le marc de café Un projet de livre avec Romany Marie et Harry Hibbard Kemp, 1927. Manuscrit conservé dans les archives Brancusi, Bibliothèque Kandinsky, Musée national d’art moderne—Centre Pompidou, Paris. Photo: Centre Pompidou, Mnam, Bibliothèque Kandinsky, Philippe Migeat. 12 Hans Eijkelboom, Identity, 1976 Courtesy of the artist: Hans Eijkelboom. 13 Tiane Doan Na Champassak, The King of Photography, 2011 Livre d’artiste édité et conçu par Tiane Doan Na Champassak, juin 2011, auto-publié, édition de 250 ex., 18,5 x 13,5 cm, couverture souple, 64 p., impression Risograph quadtone sur papier Munken par Après Midi Lab (Paris), €15, ISBN: 979-10-90359-02-4. © Tiane Doan Na Champassak

Caractères   Suisse Int’l b+p swiss typefaces, Suisse www.swisstypefaces.com Impression  |  Conseiller technique  Courvoisier-Attinger Arts Graphiques SA Bienne, Switzerland www.courvoisier.ch Dominique Freymond +41 (0)79 417 65 77 Editeur  IDPURE éditions Morges, Switzerland www.idpure.ch +41 (0)21 802 50 84

14 Martin Crawl, Portrait of the artist as a daring young American, 2011 © Martin Crawl

Les auteurs sont seuls responsables de leurs contributions. En aucun cas, ELSE ne peut être tenu responsable pour les textes, documents et photographies publiés dans le présent volume. La reproduction de tout ou partie de la présente publication, sous toute forme que ce soit, est strictement interdite sans l’autorisation écrite et préalable de l’éditeur.

Else by Elysée

www.elsemag.ch www.elysee.ch

©2011, droits réservés

Imprimé en Suisse

ISSN : 2235-0438

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[CONTRE]CULTURE / CH Une exposition du Musée de l’Elysée Du 4 décembre 2011 au 29 janvier 2012 Emmanuelle Antille , Claude Baechtold, Luc Chessex, Jean-Luc Cramatte, Nicolas Crispini, Leo Fabrizio, Mathieu Gafsou, Yann Gross, Christian Lutz, Gianni Motti, Arnold Odermatt, Andri Pol, Plonk&Replonk, Nicolas Savary, Christian Schwager, Martin Stollenwerk, Karlheinz Weinberger.

Photographie: Karlheinz Weinberger, Zurich, 1962 ©P.Schedler, Warth (CH)

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Musée de l’Elysée 18, avenue de l’Elysée CH - 1006 Lausanne


ELSE #2 // November 2011