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en jeux sur Seine

pour une culture de la baignade

elodie gabourg Sous la direction de Jac Fol, Bertrand Lamarche & Alice Sotgia / AAP _ ensa paris malaquais juin 2017


« Il ne s ’ agit pourtant que d ’ un retour aux sources ! » Fédération Française de Natation _ 28 août . 16

La plage de Médan, 1935, © Agence Meurisse


Sommaire

.5 AVANT PROPOS

.7 INTRODUCTION

.11 CONDITIONS DE PROJET

La baignade comme enjeu urbain La Seine en histoire

.43 LE SITE

Entre histoire et devenir Intentions de projet

.77 CONCLUSION

.81 BIBLIOGRAPHIE & ICONOGRAPHIE

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Plan de situation - ÃŽle de Puteaux 1 : 100 000

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Avant propos

L’Île de Puteaux m’a été découverte quelque peu par hasard en arpentant les alentours du quartier de La Défense, site qui éveillait au départ ma curiosité. Point stratégique d’entrée (ou de sortie) de La Défense, l’Île du Pont (territoire nord de l’Île de Puteaux) se situe en contre bas du Pont de Neuilly, qui poursuit l’axe historique d’André le Notre. Ce bout de territoire semble timide et être « déconnecté » des activités urbaines environnantes. On y accède par un majestueux pont en pierre, seul vestige de l’ouvrage J.R Perronet datant de 1772 ; qui reste quasiment imperceptible depuis le pont lui même. C’est sur ce site que le travail a d’abord été fait : l’étonnant contraste de ce bout d’île sans lien direct mais fortement influencé par son contexte urbain. En effet, la rive droite, appartenant à Neuilly-sur-Seine, propose un cadre privilégié, d’espace vert et arboré. Ainsi, la route départementale RD1 est dissimulée par une abondante végétation. Quant à la rive gauche, partagée entre la Défense et Puteaux, elle est marquée par l’urbanisme dense que forment les bâtiments de logements et de bureaux. La route départementale 7 vient créer une rupture entre la ville et la Seine, obligeant les piétons à se faire rare. Ce phénomène ambigu et ce contraste d’ambiance ont fait l’objet de mes premières pistes de recherche. Les premières réflexions sur ce morceau de site (exclusivement le nord de l’île) se sont alors portées sur des notions d’ordre sensible : la question des vues, de l’ambiance sonore, de la matérialité, voire la non matérialité de cet ensemble si différent mais composant un tout. Pour mieux comprendre ce qui paraissait être un tout, l’importance et la curiosité de découvrir le reste de l’île pesait de plus en plus. Des visites plus approfondies de l’île en question m’ont permis alors de faire évoluer le sujet et les réflexions. Même si historiquement l’île était en réalité deux îles, on peut toujours lire les traces de cette évolution topographique. On trouve au nord, l’Île du

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Source : Voies Navigable de France www.vnf.fr 1

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Pont, appartenant à Neuilly sur Seine où le seul point d’accès reste l’escalier exclusivement piéton du pont de Neuilly ; puis l’île de Puteaux sur la partie sud, appartenant à la commune de Puteaux, où le seul point d’accès piéton et automobile se fait depuis le Pont de Puteaux. La découverte du reste de l’île fit prendre un autre tournant à mes réflexions de projet. En effet, le coté brut du nord de l’île contraste fortement avec le sud qui est un territoire très marqué par les infrastructures. Entièrement piétonne, l’île se découvre comme une promenade calme et discrète mais ponctuée par des ensembles architecturaux venant donner un rythme tout particulier à sa découverte. L’île de Puteaux est une terre parfaite pour la pratique de loisirs en tout genre. Elle abrite divers complexes sportifs proposant ainsi un vaste champ de pratiques, telles que le tennis, le football, le rugby, la gymnastique, le roller… L’île est également très plébiscitée par les joggers de La Défense qui investissent dès le matin le parc arboré et labélisé « eve » (espace végétal écologique) Lebaudy. Jouant de son atout « axe Seine », l’île marque également le point d’entrée dans Paris pour le trafic fluvial. En effet, les écluses de Suresnes qui prennent appui sur la pointe sud de l’île, représentent 23 millions1 de tonnes de marchandises en transaction chaque an, mais elles sont également un lieu stratégique pour la gérance de la Seine à la fois d’un point de vue des inondations mais aussi de la navigation. L’infrastructure du barrage (sur le bras droit de la Seine, voie non navigable) et la présence des écluses rappellent l’importance de la Seine et montrent alors une tout autre dimension de l’île.


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Introduction

La question de l’eau est restée présente tout au long des réflexions : dans un premier temps, elle constituait le dénominateur commun aux premières interrogations qui ont fait l’objet de mes recherches, puis, dans un second temps, l’élément eau s’est affirmé puisqu’il traduit parfaitement la position de ce bout de territoire. Ainsi, la dimension paysagère occupe une grande partie de ce sujet de diplôme, venant se coupler à des problématiques actuelles que sont les bords de Seine et le statut des berges.

1948, © Roger-Viollet

D’une autre part, la vocation de l’île à destination du sport et du loisir est un élément important du site à prendre en considération. C’est sa marque de fabrique, son image. Ainsi, il semble évident de souligner cette marque omniprésente et de réaffirmer le statut de l’île plutôt que de dresser un programme qui viendrait s’opposer et créer une rupture au sein d’un territoire qui, par définition, est un ensemble. Les premières réflexions se sont alors portées sur l’idée de concilier les deux principaux axes qui font la caractéristique du territoire de l’ile de Puteaux : l’axe Seine, venant intégrer une dimension sensible et paysagère au sujet, et l’influence des multiples pratiques sportives et de loisirs qu’offre l’île, impactant directement l’orientation du programme du projet. L’observation faite de l’Île de Puteaux permet de remettre en question cette notion et sa définition, et pose les premières interrogations : quel(s) rapport(s) l’île peut-elle entretenir avec la Seine ? Comment rejouer le statut d’île et réaffirmer les enjeux existants en vue de lui donner des possibilités évolutives ? Le sujet de ce diplôme traite ainsi en grande partie la relation « ville – eau », mais aussi comment ils nourrissent l’un l’autre. Il est évident que son rapport à l’eau joue un rôle fondateur à son statut, mais les enjeux que les deux notions engendrent sont parfois plus complexes. C’est sur cette frontière que ce joue les intentions de projet.

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La première partie vient décrire la manière dont le sujet a été nourri, et ainsi constituer le contexte dans lequel le projet s’inscrit. Elle présente des éléments sur lesquels le sujet à pu rebondir et donc se réorienter au fil des mois. Ainsi, le contexte de projet, donnant les premiers éléments d’intentions de projet, se bâtit selon deux points bien distincts : d’une part les enjeux des activités aquatiques (invoquant l’influence du sport mais aussi la notion de loisir) dans notre société, et d’une autre, la dimension historique de la Seine, point de départ des réflexions (présentant diverses relations possibles à l’eau). Cette première partie est aussi une première façon de prendre position du point de vue de l’architecte. Elle vient rebondir sur un corpus documentaire qui lie à la fois l’Histoire, mais aussi le présent et dessine les contours d’un possible futur. La deuxième partie de cet écrit est consacrée au site qu’est l’île de Puteaux, et, en vue des éléments qui seront exposés, à sa problématique. Elle reprend également les grandes lignes du contexte de projet qui se situe entre programmation et dimension paysagère. Ce mémoire présente un fond de documents photographiques qui constitue l’essentiel des documents visuels. Ainsi, des photographies viennent appuyer la dimension historique, des cartes postales qui participent à l’imaginaire et la culture de la baignade, et enfin, des photographies de références venant actualiser cette culture via différents axes. Il a été l’élément premier dans la dynamique de recherche et du contexte de projet. Il vient à la fois nous renseigner sur la manière dont le caractère urbain se joue de sa relation à l’eau, mais il donne aussi le ton : l’atmosphère que génère l’ensemble de ces photographies apparaît comme l’un des élans du projet. Les photographies soulignent la dimension sociale qui se joue, nous donnent des indices sur la façon dont l’espace (et l’espace public) s’articule et interrogent la place qu’occupe l’eau en ville.

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« Développer des espaces sur les berges et les rives du Grand Paris serait en effet un merveilleux moyen de faire enfin éclore ce potentiel tout en liant les territoires entre eux. » Libération, Enlarge your Paris _ 3 janvier . 17

Piscine Deligny : bain de soleil, 1934, © Agence Meurisse


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Conditions de projet

La baignade comme enjeu urbain

Le contexte de projet s’est construit à partir d’éléments divers, un peu comme des électrons libres venus guider et orienter mes propos. Au fil des recherches et des lectures, les intentions de projets se sont alors dessinées. Ce sont à la fois des informations ponctuelles sur lesquelles le sujet vient prendre appui, mais c’est aussi une manière intentionnelle qui montre une volonté d’inscrire le projet dans un contexte architectural précis. Dans un premiers temps, le domaine du loisir, mais surtout les pratiques aquatiques ont précisé le cadre dans lequel le projet s’inscrit. Dans un second temps, le potentiel historique de la Seine autour de l’axe urbain a confirmé les ambitions du projet. La Seine est un bon exemple d’espace public. Si l’on creuse du côté de son histoire, elle concrétise parfaitement les enjeux urbains et sociaux qui ont favorisé l’évolution des pratiques aquatiques. Au fil du temps, l’eau de la Seine s’est imposée comme un atout considérable d’un point de vue de l’organisation du territoire. Même si elle fut quelque peu oubliée, l’idée de réaffirmer le statut de la Seine en vue de pratiques aquatiques trace son chemin depuis quelques années. Cette ambition intéresse à la fois les acteurs de politique urbaine, mais aussi la population elle même.

Kalvebod Waves, Copenhague, Danemark

Vinterbad Bryggen, Copenhague, Danemark

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Piscine publique - Bellinzona Bathhouse, Bellinzona, Suisse

De la baignade et des valeurs

Circulaire du Ministère de l’Education Nationale datant du 7 juillet 2011 rendant l’apprentissage à la natation pour le plus grand nombre obligatoire (cela concerne ainsi tous les jeunes scolarisés) 2

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On s’entend généralement dire que les activités aquatiques ont un rôle primordial dans l’éducation physique et représente également une pratique sportive importante. Mais il est important de rappeler que ce n’est pas juste formel. Les activités aquatiques, comme la plupart des activités sportives et de loisirs vont au delà du rôle physique qu’on leur attribue : elles développent d’une certaine manière des enjeux sociaux et urbains majeurs. Les activités aquatiques représentent une place conséquente dans les pratiques sportives. D’ailleurs, la natation est l’une des trois activités sportives les plus pratiquées en France. Ce qui fait son succès réside dans sa capacité à toucher un large public (en moyenne 60% de la population âgés de 4 à 65 ans sont des pratiquants), mais aussi à proposer un vaste panel de pratiques. La natation est tout aussi appréciée par des usagers dit de « loisirs », que des usagers réguliers venant s’entretenir physiquement, mais aussi les sportifs inscrit à des clubs et par les pratiques éducatives devenues obligatoires 2 ; ce qui représente environ 18 millions de pratiquants ! Les activités aquatiques ont des enjeux très différents. Ainsi, la discipline de la natation opère sous différents


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axes qui répondent aussi bien à des besoins qu’à des demandes : notamment comme l’éducation et la question de l’apprentissage dès le plus jeune âge (l’éveil et le plan « j’apprends à nager» mis en place en 2015 par exemple) ; la dimension de loisirs touchant également à la notion du bien être et de la santé (comme le montre les missions « nager forme »), la dimension sportive, voire compétitive, mais aussi la dimension sociale, qui décrit une pratique plus festive et familiale. Ce qu’offre la natation est bien plus qu’une discipline sportive et c’est ce que tente de promouvoir le parc aquatique actuel français. La mission éducative a pour objectif l’égalité d’accès aux pratiques sportives en permettant au plus grand nombre de savoir nager, mais aussi de lutter efficacement contre les risques de noyade. Il est évident que l’apprentissage de la natation est un réel enjeu de notre société, et un programme qui tient de l’intérêt général. C’est dans ce contexte qu’est né le plan « J’apprends à Nager » le 6 mars 2015, qui succède à l’opération « Savoir Nager ». L’intérêt de la natation comme une pratique de loisirs réside dans sa capacité à apporter une réponse aux problématiques de santé publique. On distingue alors deux types de prévention : la première, dite primaire, décrit « La principale motivation pour la pratique d ‘ une activité aquatique destinée au bienune activité physique ou sportive évoquée par les Franciliens est la détente, dont ils cherchent à être, telle que peut le proposer l’aquadisposer à proximité de leur lieu de résidence » form, l’aquabiking… ; la seconde, dite secondaire ou tertiaire, vise à améliorer MANDOUL, Thierry, son capital santé mais aussi sa qualité «Sports, portrait d’une métropole», de vie, Et convient également aux perchap. «Santé, forme» Pavillon de l’Arsenal, Paris, 2014 sonnes en phase de post éducation thérapeutique. Quant à la dimension sportive, qui est très certainement l’axe le plus connu, et à laquelle on y rattache

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évidement la natation, liée aux activités aquatiques, elle jongle entre différentes échelles : d’une part, la pratique de la natation régulière pour le plaisir, et d’autre part, une pratique plus intense qui se frotte aux disciplines compétitives. La dimension sociale des pratiques aquatiques semble moins évidente. Cependant elle est peut-être la plus importante. En effet, elle peut être vue comme une alternative aux départs de vacances mais aussi venir proposer des activités estivales, festives et familiales en développant les relations sociales. La dimension sociale vient alors croiser les trois autres axes décrits plus haut. Chiffres de la Fédération Française de Natation dans un rapport établi en 2014 par le Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. 3

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En vue de ces divers axes et dans une volonté d’équipement de masse du territoire français, les pratiques aquatiques se sont alors développées avec le plan « 1000 piscines » mis en place à la fin des Trente Glorieuses, qui correspond surtout à une période de recherches de techniques et d’innovation. Ainsi, ce sont environ 700 piscines de type « Caneton », « Iris » ou encore « Tournesol » qui ont vu le jour grâce à ce programme. Seulement, malgré cet effort d’équipement, un peu plus de la moitié du parc aquatique français arrive actuellement en fin de vie. En effet, la durée de vie moyenne d’une piscine étant de 30 ans, on compte donc 3 373 bassins obsolètes et / ou saturés sur les 6 655 3 que compte la France ; durée de vie qui s’accélère avec les avancées techniques et l’exigence du contexte environnemental d’aujourd’hui. Face aux diverses missions que représentent les activités aquatiques et face à la demande, les piscines françaises semblent totalement démunies. La demande devient par conséquent plus importante que l’offre. La problématique de l’équipement sportif tient généralement à une ambition politique et à une stratégie d’urbanisation du territoire. C’est sur ce point que la demande évolue et que l’offre ne suit pas. L’équipement sportif est un dispositif architectural, mais permet un lien social fort qui influence nettement les formes urbaines.


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Une Seine en devenir ? Le contexte actuel fait preuve d’une ambition urbaine importante. D’ailleurs, les premières réflexions apportées par l’architecte Antoine Grumbach en 2009 concernant le Grand Paris, et qui ont induit le projet « Réinventer Paris » (projet qui ne cesse de prendre l’ampleur de jour en jour), ont donné naissance à des projets plus ambitieux. C’est ce que propose le programme « Réinventer la Seine ». À travers ce programme, la Ville de Paris, la Métropole Rouen Normandie et la Communauté d’Agglomération du Havre propose de regarder le territoire sous un autre angle : la Seine. « Réinventer la Seine » consiste à, comme son homologue « Réinventer Paris », un appel à projets à travers des sites se situant tout au long de l’axe Seine. L’objectif est de redynamiser le fleuve, d’une part, parce qu’il est l’axe principal des flux commerciaux représentants ainsi un aspect de la mondialisation maritime, et d’autre part, pour s’emparer des enjeux environnementaux en préservant des sites naturels et en favorisant la biodiversité. « Réinventer la Seine » représente une nouvelle composante du projet qui s’articule autour de l’eau.

© Alex Barnab Voyer, 2015

© Alex Barnab Voyer, 2015

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© Alex Barnab Voyer, 2015

© Paris à la nage, 2016

Les «104 mesures» du plan « Nager à Paris », présenté par Jean-François Martins, adjoint à la Mairie de Paris, le 15 juin 2016 à la piscine de la Butte aux Cailles, à Paris 4

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Cette volonté de reconquérir la Seine avait déjà fait écho dans les paroles de Jacques Chirac en 1988 : « j’irai me baigner dans la Seine devant témoins pour prouver que la Seine est devenue un fleuve propre ». Mais c’est également une ambition partagée par Anne Hidalgo, maire actuelle de Paris, avec son plan « Nager à Paris » proposer en 2015. Il comprend «104 mesures»4 qui traitent à la fois l’ensemble

des équipements, mais donne aussi une ligne directrice sociale visant à démocratiser les activités aquatiques et à inscrire ces pratiques sur le long terme. Le plan proposé entrevoit aussi un aspect écologique et souhaite réellement s’investir sur les questions environnementales Par ailleurs, on attend l’une de ces mesures dès l’été 2017 au bassin de La Villette. Le projet consiste à la création d’une zone de baignade sur barge à vocation de loisirs pour des pratiques estivales. L’originalité du plan « Nager à Paris » réside en grande partie dans sa proposition des lieux de baignades de plein air : elle représente 5 des 9 mesures de création d’espaces dédiés à ces pratiques. Ce plan ambitieux du maire de Paris vient dans la prolongation de la candidature de Paris au Jeux Olympiques de 2024. La mairie de Paris y voit d’ailleurs une excellente opportunité de combler le manque d’équipements sportifs comme le montre le projet phare de cette candidature, le stade aquatique à Saint Denis. Cependant, cette ambition s’inscrit dans une dimension écologique importante et la perspective des potentiels Jeux Olympiques, qui comportent des épreuves nautiques (envisagées sur la Seine), vient accélérer les motivations environnementales. Ainsi le Comité Seine du 4 avril 2016, composé de représentants de la ville de Paris, de conseils départementaux, ainsi que de l’Agence de l’eau


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Seine - Normandie et de l’Agence régionale de santé, ont pu dévoiler un plan d’action pour la période 2016 – 2018. « Il comporte notamment des mesures concrètes visant à lutter contre les trois sources principales de pollution, dont les pollutions microbiologiques qui sont un paramètre important pour les épreuves nautiques : les rejets des stations d’épuration, les rejets d’eaux usées non traitées et les rejets des établissements flottants. » 5 La baignade de plein air apparaît alors comme un nouvel enjeu des activités aquatiques. Si on regarde les autres pratiques sportives les plus répandues, ce sont deux disciplines de plein air : le cyclisme et la randonnée. Il paraît alors naturel que naisse, avec

«Le Comité Seine se prépare aux épreuves nautiques des JO 2024», Communiqué de presse Paris, le 5 avril 2016 5

Zurich, Suisse

17 Rheinschwimmen annuel, Bâle, Suisse


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Baignade : Action de se baigner , généralement en eau courante (mer , rivière , etc.) et pour son plaisir.

Source : CNRTL

Piscine : Bassin artificiel destiné à la natation , à la plongée et à certains sports nautiques.

Source : CNRTL

le développement les activités aquatiques, le désir de pratiquer la baignade en plein air. Par ailleurs, ce désir a déjà été explicitement éprouvé comme le montre l’exemple du bassin de La Villette lors de l’été 2016 : des baigneurs avaient alors investi le bassin le 28 août. Cet événement répondait à un appel à la baignade lancé par le Laboratoire des Baignades Urbaines Expérimentales créé par Pierre Mallet en 2012. L’action du Laboratoire des Baignades Urbaines Expérimentales montre bien la dynamique de cette ambition. Leur champ d’action reste majoritairement communicatif : ils utilisent le pouvoir des réseaux sociaux comme vitrine, et nous montre un tout autre possible sur les baignades urbaines. C’est à la suite de divers voyages dans nos pays voisins tels que les Pays-Bas, le Danemark ou bien même la Suisse, que l’idée de baignade de plein air, lien explicite entre l’eau et la ville, a fait son apparition. Leur objectif est de sensibiliser notre pays à ses pratiques. Le collectif s’inspire donc de bains portuaires, de structures flottantes ou encore de saunas publics, symboles d’une culture où la relation à l’eau est complètement différente ; mais surtout il imite également les volontés sociales qui naissent à chaque coin du monde (Chicogo, Melbourne, Londres, Berlin…). Ainsi, l’exemple de l’Angleterre, qui voit de nombreux « lidos » (piscines de plein air) refaire surface, prouve encore une fois la détermination des stratégies politiques en faveur d’un enjeu social et urbain. L’ensemble de ces exemples vient également faire émerger un autre point important : celui de l’espace public. C’est d’ailleurs l’espace public qui permet une proximité, un lien entre la ville et la nature. Même si actuellement l’espace public ne précise pas explicitement ce rapport à la nature, c’est bien là l’un des objectifs de ce dernier. Un rap-

18 Charles River, Boston, Etats Unis


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Charles River, Boston, Etats Unis

prochement des pratiques « publiques » envers la nature vient proposer des pistes de projets intéressantes sur le plan écologique décrit précédemment. Ainsi, cette notion semble être à la croisée des 3 lignes directrices : enjeux urbains, enjeux écologiques et enjeux sociaux. Dans le cadre de l’axe Seine, ce désir émergeant montre un souhait de rejouer le statut de la Seine, en rappelant qu’elle est un acteur principal dans les pratiques urbaines. Ainsi, la notion « eau » semble devenir un des premiers facteurs à pouvoir engendrer un début de changement de mentalité, mais aussi une nouvelle façon de penser l’espace public.

Bain : Action de plonger le corps ou une partie du corps dans l’ eau ou un autre liquide , pendant un temps plus ou moins long, pour la toilette , les soins ou le plaisir.

Source : CNRTL

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La baignade en Seine...

version été 2016 / Bassin de la Villette

© Nicolas Rochette, 2016

© Nicolas Rochette, 2016

© Nicolas Rochette, 2016

20 © Nicolas Rochette, 2016


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mais aussi Ă ... Melbourne www.yarraswim.co

Berlin

www.flussbad-berlin.de

Boston

www.charlesriverswimmingclub.org

Sydney

www.ourlivingriver.com.au

Londres

www.thamesbaths.com

Perth

www.swimthruperth.org

Bale

www.rheinschwimmen.ch

Chicago

www.greatriverschicago.com

ZĂźrich

www.limmatschwimmen.ch

21 Charles River, Boston, Etats Unis


Source Apur


Carte de l’offre des piscines du Grand Paris

2km

5km

2km 2km

10km

5km 5km


Source Apur


Carte des anciens sites de baignade

2km

5km

2km

10km

5km


Sites potentiels de baignade Anciens sites potentiellement envisagĂŠs pour la baignade Source Apur


Carte des sites potentiels de baignade

2km

5km

2km 2km

10km

5km 5km


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Conditions de projet La Seine en Histoire

Une culture de la baignade La valeur éducative qui est donnée au sport prend ses racines avec les premières lois dès la seconde moitié du XIXème imposant la gymnastique dans les écoles. En effet cette période marque un tournant dans les mœurs et plusieurs études, comme celles du docteur Etienne – Jules Marey, sont menées pour prouver au plus grand nombre l’importance de l’éducation physique dès le plus jeune âge. On peut également citer la création des Jeux olympiques, par Pierre de Coubertin en 1896, qui contribua à démocratiser le sport. D’ailleurs, Jean – Jacques Rousseau rappelle que « pour apprendre à penser » 6 la bonne condition physique est un élément fondateur, soulignant ainsi l’importance de cette double éducation. Ainsi, le décret du 24 juin 1879 oblige la pratique de la natation dans les écoles mais aussi à l’armée. Mais c’est dès 1538 que le premier traité sur l’apprentissage de la nage par Nicolas Wynman apparaît, d’abord en Angleterre. Suivront deux autres, en 1587 par Digby, et enfin, en 1696 par Thévenot qui introduit alors cette notion en France. Ces écrits marquent le début de l’importance de la natation dans la société. D’ailleurs, le traité « L’art de la

Dans le «traité Emile ou De l‘éducation», Jean – Jacques Rousseau, 1762 6

juilet 1943, © André Zucca / BHVP / Roger-Viollet

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nage » écrit par Thévenot en 1696 propose pour la première fois un projet d’une école de natation en plein air. Même si les premiers traités sur l’apprentissage de la nage décrivent en premier lieu l’activité aquatique comme moyen d’échapper la noyade, ils marquent surtout le début de la culture de la baignade en France, mais aussi les premières prises de conscience concernant les atouts que représentent la Seine. En effet, ce sont d’abord des types de dispositif appelés « toues » et « gores » qui voient le jour. Ces dispositifs répondent dans un premier temps à des objectifs hygiénistes et à une volonté d’une catégorie sociale aisée voulant se distinguer du reste du peuple ; laissant ainsi de coté l’apprentissage de la nage. Paris découvre alors un autre rapport possible à son fleuve.

1952, © Roger Berson / Roger-Viollet

30 11 juillet 1941, © LAPI / Roger-Viollet

C’est seulement en 1786 qu’ouvre la première école de natation à Paris par le sieur Barthélémy Turquin. L’école est en réalité une extension de bain chinois existant à la pointe orientale de l’île St-Louis. Il est important de noter que la Seine joue un rôle moteur dans l’emplacement des bains à Paris à cette époque, puisqu’ elle est le principal élément de ces structures d’un nouveau genre. Face au succès de cette école de natation, sieur Barthélémy Turquin ouvre un second établissement au quai d’Orsay, en 1796, qui deviendra par la suite la célèbre piscine Deligny en 1840. Au fur et à mesure, le fleuve de la Seine se métamorphose et loge dès 1845, une petite dizaine de bains. Tous ces établissements flottants utilisent l’eau de la Seine pour remplir leurs bassins.


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Par conséquence, les innovations se multiplient : eau chauffée par la condensation des machines à vapeur, ou encore, des fonds de bassins amovibles permettant de s’ajuster suivant le type de public. De nombreuses compétitions aquatiques et nautiques se sont déroulées sur la Seine au XXème siècle. La première à souligner la Seine comme un support potentiel aux épreuves est le championnat de France de natation en 1899. L’année suivante, Paris accueille les Jeux Olympiques et l’Exposition Universelle : le plan d’eau de Courbevoie et d’Asnières est retenu pour les épreuves de nage libre (individuel et par équipe) les 11, 12, 15 et 19 août. Le succès de ces compétitions de plein air est un réelle réussite et fait naitre d’autres compétitions dès 1905 comme la traversée de Paris à la nage qui réunit dès

Championnat du monde de natation à Puteaux de, 1908, © Agence Rol

Traversée de Paris à la nage, départ, 1922, © Agence Rol

sa première édition 506 nageurs ! La traversée de Paris à la nage deviendra une tradition annuelle jusque dans les années 20 et sera compléter par la compétition la « Coupe de Noël » qui tire ses origines en Angleterre.

De plus, la multiplication des ordonnances imposant une réglementation stricte concernant les bains en Seine, vient faire évoluer les structures accueillant les baigneurs. Ces ordonnances obligent par exemple la séparation des bains « hommes » et « femmes », le cloisonnement de la zone de baignade et interdit toute baignade en dehors des établissements prévus à cet

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11 juillet 1941, © LAPI / Roger-Viollet

Coupe de Noël, 1919, © Agence Rol

Bain Royal à Paris, vers 1930

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effet. La baignade en Seine devient alors réglementée et moins spontanée. Finalement, c’est en 1923 que la baignade dans la Seine sera officiellement interdite ; mais les pratiques aquatiques perdurons jusque dans les année 60 ! Ce rapport minimaliste à la nature disparaîtra ainsi au fur et à mesure que les structures balnéaires se développeront, pour alors gagner l’intérieur des terres. Cependant, on note une motivation des municipalités d’Île de France qui tentent de contourner cette tendance, et de concilier structure architecturale et baignade en bords de Seine et Marne. Dès 1922, à Saint Maurice, apparaît alors des plages municipales, qui se situent entre berges aménagées et piscines de plein air. Celle de Neuilly sur Marne suivra en 1937, mais également celles de Maison – Alfort et de Joinville-le-Pont en 1930 ou celle de


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Champigny sur Marne (1933). Dans les cas les plus architecturés, l’objectif est de proposer des bassins filtrés, où la qualité de l’eau est supérieure à celle du cours d’eau, mais de garder l’esprit de liberté de pouvoir nager en plein air. La proximité du bassin à son environnement naturel est un aspect important, comme un désir de vouloir préserver ce lien avec la nature. La plage de l’Île de Villennes-sur-Seine illustre explicitement ce rapport : le bassin extérieur et les équipements qui la compose comme son célèbre toboggan donnent l’impression que les deux environnements ne font plus qu’un.

Les bains de la Samaritaine, 1930, © Ministère de la culture, médiathèque du patrimoine, Séeberger

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Les bains de la Samaritaine vers 1930

La plage de Ris-Orangis

L’eau de la Seine était initialement ancrée dans le rythme de vie du XIXème et au XXème siècle. La prise de conscience de la valeur sportive et éducative qui émerge dès la seconde moitié du XIXème fait, par la même occasion, naitre le besoin de consacrer des espaces définis à la pratique aquatique. Cependant, le rôle que la Seine occupait au sein de cette pratique devient confus et flou.

Un patrimoine devenu imaginaire Retracer l’Histoire de la Seine à travers les pratiques aquatiques qui ont caractérisés le XIXème et le XXème siècle, permet de prendre conscience du statut de la Seine à cette période, mais aussi de mieux comprendre les enjeux de l’espace public. Pour cela, il est utile de comprendre ce qu’à été la Seine. La Seine n’a pas seulement été un élément qui a permis de faire évoluer la dimension aquatique ; elle a été lieu de fête et de rencontres, comme un symbole porteur de lien social. Pour cela, la notion d’espace public entre en ligne de compte. On attribue ce symbole aux îles de la Seine, qui ont abrité de multiples guinguettes et bal musettes, forgeant ainsi l’imaginaire des îles. Les guinguettes représentent parfaitement ce qu’a pu être l’espace public de loisir du bord de Seine (et aussi du bord de Marne). Selon la définition accordée au Larousse, les guinguettes

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sur Seine

sont des « établissements situés hors ou près des murs, où les gens du peuple vont boire, manger et danser les jours de fêtes ». Leur essor en périphérie de la capitale au début du XIXème siècle est notamment lié aux transport fluvial de marchandises et à sa règlementation : les produits sont taxés une fois les portes de Paris passées. Même si elles sont en réalité des établissements populaires « privés », leur apparition en dit long sur l’ambiance qui régnait sur les berges de Seine. En effet, elles sont une évolution, une continuité évidente des activités urbaines qui se jouait sur les rives du fleuve, comme si cet ensemble devenait un statut formel. L’esprit champêtre se lie au caractère nautique qu’exprime la présence de nombreux canotiers sur ses îles. C’est d’ailleurs ce qui a séduit les peintres du courant impressionnisme comme Georges Saurat avec Un dimanche après midi sur l’île de la Grande Jatte (1884-86) et même Auguste Renoir et son célèbre Déjeuner des canotiers (1880). Les tableaux des impressionnistes viennent souligner l’atmosphère festive et légère que l’on accorde aux guinguettes, mais aussi aux bords de Seine. On y observe des scènes de joie sous un large soleil, un rapport aux rives très explicite. Ce patri-

La plage de Meaux-Trilport

La plage de Joinville-le-Pont

Baignade Prud’homme au Perreux-sur-Marne, © Inventaire général, repro. Stéphane Asseline

35 La plage de L’Isle-Adam


En jeux

La plage d’Esbly

Plage munnicipale de Maison Alfort © Gaston Charenton

Elisabetville plage, 1935, © Delagénière

moine culturel, cette culture de la baignade en Seine, a permis de garder en mémoire ces lieux de vie et a participer à la construction d’un imaginaire. Cependant, les innovations qui marquent le XIXe siècle dans les structures aquatiques, mais aussi l’ampleur que prend la natation, ont influencé ce rapport avec la Seine : la ville prend ses distances. On assiste alors un équipement « architectural » de la capitale ; passant de bains flottants aux piscines. Les premières piscines qui ont montré cette tendance sont par exemple l’ensemble nautique des Tourelles construit en 1923, la piscine de la Butte-auxCailles en 1924, mais aussi une piscine de la rue Blomet en 1929. Le rapport que la ville entretenait avec son fleuve s’efface alors peu à peu. À travers l’Histoire, le fleuve Seine est apparu comme une rupture

dans le tissu urbain. Le fleuve prend alors une toute autre identité: il est devenu un lieu de passage où le transport fluvial domine. La ville a alors tourné le dos à la Seine. La détérioration de la qualité de l’eau de la Seine, notamment liée à la hausse du trafic fluvial, a accéléré ce phénomène. Cette rupture entre la ville et son fleuve atteint son apogée avec l’aménagement de la voie express Pompidou qui relie la Concorde à l’hôtel de ville en 1966. Les choses ont commencé à changer depuis 1978 avec la première charte de l’utilisation et de l’aménagement à long terme des berges de la Seine, établi par la ville de Paris. L’objectif était de mettre en valeur le site de la Seine en venant requalifier des lieux de promenades, mais aussi en valorisant le patrimoine architectural et urbain tout

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sur Seine

en y développant des activités de loisirs. Depuis 1995, la Mairie de Paris a décidé de requalifier certains quais hauts, comme le montre le projet du parc André Citroën en 2006, ou bien même la mise en place en 2002 de « Paris Plage » en période estivale. Cela marque le début, d’une réouverture possible du tissu urbain sur le fleuve Seine. La dimension architecturale dans ce cas s’inscrit en même temps dans un caractère social, technique et urbain. L’ensemble des disciplines aquatiques, et les valeurs qu’elles portent, se prête particulièrement au contexte de l’Île de Puteaux. Le caractère pluri programmatique propose ainsi un champ plus large qui, dépassant l’aspect purement pratique, s’ouvre sur des possibilités d’évolution du statut de l’île. Le contexte actuel fait nettement émerger les enjeux de baignades urbaines comme un axe important dans le développement urbain. Les pratiques aquatiques de plein air ont la capacité de rejouer des valeurs sociales qui semblent, aujourd’hui, plus que nécessaire. Cette dimension pourrait être quelque peu évidente au regard du site qu’est l’Île de Puteaux, où l’offre semble se cantonner à une simple consommation des activités.

« Aujourd’hui, il semble que les édiles souhaitent pouvoir autoriser de nouveau les baignades en rivière, ce qui attesterait imparablement d ’ une pureté retrouvée des eaux. » DUHAU, Isabelle, Les baignades en rivières d’Île-deFrance, des premiers aménagements à la piscine parisienne Joséphine Baker, Février 2011, Créteil, France

37 Île Saint-Etienne - la plage artificielle de Melun, 1950


En jeux

La baignade en Seine Baignades « sauvages »

Lac Daumesnil , juillet 1955, © Collection Roger-Viollet /LRoger-Viollet

Pont Iéna, Août 1945, © LAPI / Roger-Viollet

1941, © LAPI / Roger-Viollet

1948, © Jacques Rouchon / Roger-Viollet

38 1948, © Roger-Viollet


sur Seine

Les compétitions Aviron et nage libre

Régates internationales, 1922, © Agence Rol

Traversée de Paris à la nage, départ, 1919, Fédération Francaise de Natation

Traversée de Paris à la nage, départ des nageuses, 1919, © Agence Rol

Traversée de Paris à la nage, départ, 1919, © Agence Rol

39 Traversée de Paris à la nage, 1918, © Agence Rol

Coupe de Noël, Pouilley (vainqueur), 1919, © Agence Rol


En jeux

Les bains sur Seine Deligny, Paris

Traversée de Paris à la nage amateurs [aux bains Deligny], 1912, © Agence Rol

Traversée de Paris à la nage amateurs [aux bains Deligny], 1912, © Agence Rol

Piscine Deligny

Piscine Deligny, 1934, © Agence Meurisse

40 La piscine Deligny, photo pour le magazine L’Express à Paris le 01/07/1968


sur Seine

Les plages

La plage de Médan, Villennes-sur-Seine

La plage de Médan, 1935, © Agence Meurisse

La plage de Médan, 1935, © Agence Meurisse

La plage de Médan, 1935, © Agence Meurisse

La Seine et la plage de Villennes sur l’île du Platais à Médan, 1938, © Inventaire général, repro. Jean-Bernard Vialles

41 La plage de Médan, 1935, © Agence Meurisse


En jeux

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sur Seine

Le site

Entre Histoire et devenir

La dimension historique et contexte actuel ont ainsi orienté mes réflexions, et ont affirmé les intentions de projet. Au fil des visites effectuées sur l’Île de Puteaux, les documents précédents se sont imposés et ont clairement fait rebondir les observations et donner une pertinence à l’analyse du site. L’île de Puteaux est un territoire coincé, à l’est, entre Puteaux et les quartiers assumés de La Défense, et Neuilly sur Seine, puis Boulogne à l’ouest. Les voies rapides de ces villes épousent les berges ; ce qui donne l’impression que l’Île de Puteaux est délaissée. L’accès par le Pont de Puteaux se fait en partie supérieure : l’île semble donc négligée et inférieure à ses territoires voisins. Elle semble aussi prise dans une ambigüité complexe : son coté machine, rythmé par les structures sportives, et une face riche en végétal qui tente de résister à cette première. Dans un premier temps, il sera utile de montrer les liens évidents que l’Île de Puteaux entretient avec l’Histoire de la Seine, mais aussi de souligner sa complexité urbaine. La seconde partie vient prendre appui sur le site, mais aussi affirmer ma position d’architecte au travers de ces premières intentions de projet. La notion de lien qui induit une connexion entre l’eau et la ville, la Seine et le territoire mais aussi la nature et l’urbain, sera nommé « relation ».

Tournois internationaux de tennis à la Société des Sports de l’île de Puteaux,1900, © Taldot

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En jeux

L’île de Puteaux … L’île se démarque par sa vocation sportive qui est présente tout au long de son territoire. Même si certaines structures semblent répétitives, du fait que l’île soit partagée entre deux communes (Neuilly-sur-Seine au nord et Puteaux au sud) ; l’île attire à la fois les locaux, mais aussi les travailleurs du quartier de La Défense qui se situe tout près. Ainsi, on y trouve : - le Complexe sportif de Neuilly-sur-Seine proposant une salle de sport pour le basket-ball, la musculation, l’escrime, le judo et abritant le club d’aviron de France. Le tennis Arche, se trouvant sous le Pont de Neuilly est rattaché au complexe. - le Parc Lebaudy et sa célèbre roseraie, mais qui propose un parcours santé : il est très plébiscité par les joggers de la Défense entre midi et deux. - le Stade Paul Bardin, avec un terrain de football, et un de rugby doublé d’une piste d’athlétisme. - une Halle des Sports, proposant une nouvelle fois le basket-ball, mais aussi le handball, le badminton… - le Palais des Sports, abritant piscine de Puteaux, mais également une salle de danse et de musculation. - La naturoscope, abritant les poissons de la Seine à des fins pédagogiques - le Gymnase Raymond Dot, consacré aux pratiques de la danse et de la gymnastique. - la SIPS, gérant 26 cours de tennis, un practice de golf, un terrain de hockey et un skate-park, mais aussi 3 terrains de football et un de rugby. - la CSMP, exclusivement réservée au tennis avec 12 cours de tennis supplémentaires.

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sur Seine

Skate Park de Neuilly-sur-Seine Tennis Arche Complexe de Neuilly-sur-Seine Parc Lebaudy

Stade Paul Bardin Halle des Sports Palais des Sports Naturoscope Gymnase Raymond Dot Skate Park de Puteaux SIPS

CSMP Ecluses de Surenes

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En jeux

Cette vocation date de 1873, date de la fondation des premiers clubs de tennis de l’île par Léon de Janzé, c’est même d’ailleurs l’un des premiers en France ! L’engouement y est, et l’Île se voit donc accueillir les épreuves de tennis des Jeux Olympiques de 1900. Les meilleurs joueurs du monde de l’époque sont là. Deux types d’épreuves se disputent : un tableau de simple et un autre de double mixte ; qui fait participé 15 femmes aux épreuves. D’ailleurs, c’est la joueuse de tennis britannique Charlotte Cooper qui décroche le 1er titre de championne olympique. Neuf ans plus tard, Paris reçoit le salon de l’automobile non loin de là, à Suresnes. L’événement est l’occasion d’organiser des compétitions nautiques, qui prennent place sur l’île de Puteaux. Diverses épreuves sont mises à l’honneur, mais c’est le plongeon qui fascine les foules. Le spectaculaire saut en tandem à vélo de Mme Garnier et Mr Peyrusson est l’épreuve la plus médiatisée : on la surnommera même le saut de la mort. Un peu plus tard, en 1970, est créé le Syndicat de la ville de Paris et département des Hauts-de-Seine, pour la Gestion des Parcs des Sports de Puteaux et Antony. L’actuelle SIPS prend alors les anciens quartiers du club de tennis de Léon de Janzé.

Suzanne Lenglen et René Lacoste, 1925, © Polfoto/Topfoto

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L’influence historique de l’île de Puteaux lui a créé une réelle identité. L’avantage d’être entièrement piétonne inspire un autre rapport à l’environnement qu’elle propose, et cela vient directement contraster avec son environnement. De plus, le parcours


sur Seine

piéton dessert parfaitement la vocation sportive de l’île, et permet de faire cohabiter différentes pratiques sportives : les joggers croisent les entrainements de football et peuvent apercevoir les gymnastes à travers la baie vitrée… L’Île de Puteaux se vit donc à travers le sport et les pratiques de loisirs, lui donnant un caractère particulier qui la démarque de la densité urbaine des rives qui l’entourent. Mais l’île sait aussi prendre un tout autre visage. Cependant l’atmosphère dynamique de l’Île de Puteaux réside également dans sa capacité à proposer des événements festifs tels que la Putéolienne (une course de running réservée aux femmes) qui se tient en mars, ou même Puteaux Plage en période estivale. Le territoire de l’île permet d’accueillir cette dimension festive qui vient compléter la vocation sportive.

Société sportive de l’île de Puteaux, 1898, © Jules Beau

Mais cette dimension festive est ancrée dans l’Histoire de l’île. Ont accompagné les premiers clubs de tennis, les premières fêtes qu’ont pu donner Mr Bourges, ou bien même Mr Rothschild au XIXème siècle. Même si les archives graphiques semblent difficiles à trouver, des récits sont là pour nous décrire ces ambiances comme l’écrit Pierre Giffard 7. Le caractère festif de l’Île de Puteaux s’est prolongé annuellement jusqu’en 1936 avec la célèbre fête à Neu-Neu (fête qui se déroulait sur la partie nord de l’île, appartenant à Neuilly-sur-Seine depuis 1815) ; date à laquelle le nouveau projet

Pierre Giffard, «Le Sieur de Va-Partout, souvenirs d’un reporter», Paris, Maurice Dreyfous éditeur, 1877-1878 7

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En jeux

Vanity Fair Magazine sur le transbordeur, 1906

du Pont de Neuilly fut dévoilé et compromettait ainsi l’espace dédié à cette fête annuelle. La fête à Neu-Neu prend désormais place tous les ans, non loin de son lieu d’origine, au Bois de Boulogne. D’autres documents viennent montrer le succès qu’elle connait, mais aussi affirmer la dimension festive de l’île tout au long de son Histoire. Selon la légende, les joueurs tennis appartenant au club de Léon de Janzé viennent en barque, amarrent leurs bateaux aux rives de l’île et investissent les cours de tennis. C’est la première fois que l’on note une relation à l’eau. D’ailleurs, l’Île de Puteaux est tout aussi connue pour son transbordeur, ce bateau faisant la navette entre les berges : il est l’une des représentations favorites

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sur Seine

que l’on retrouve sur beaucoup de cartes postales. Le transport de rives à rives est alors une pratique courante à cette époque. Ainsi, le magazine Vanity Fair s’empare de ce cliché champêtre : en 1906, le transbordeur et les berges de l’île servent de décor au magazine. Aujourd’hui le transbordeur n’est plus qu’un souvenir de l’île. Même si des événements, comme Puteaux Plage, marquent encore le rythme festif de l’île, le loisir et les pratiques sportives que compte l’île, s’oriente uniquement sur elle-même. A travers sa capacité à devenir un lieu de fête, l’île montre qu’elle peut aller plus loin que sa vocation exclusivement sportive. Cependant, la dimension d’île semble quelque peu délaissée et oubliée. L’évènement estival qui se tient chaque an au Palais des Sports, Puteaux Plage, raconte que les pratiques aquatiques ont leurs rôles sur l’île, mais souligne aussi la complexité des relations de cette dernière. Les berges ont prouvé leur utilité par le passé, tout comme sa relation à l’eau, mais aujourd’hui, cet enjeu a complètement disparu au point d’être devenue indépendante de cette notion « eau ».

Société sportive de l’île de Puteaux, 1898, © Jules Beau

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En jeux

L’Île de Puteaux Entre Histoire ...

Société sportive de l’île de Puteaux, 1898, © Jules Beau

Société sportive de l’île de Puteaux, 1898, © Jules Beau

Mme Garnier et Peyrusson en saut en tandem dans la Seine, 15 août 09, © Agence Rol

Société sportive de l’île de Puteaux, 1898, © Jules Beau

50 Mme Garnier et Peyrusson en saut en tandem dans la Seine, 15 août 09, © Agence Rol


sur Seine

... et devenir

51 photographies personnelles


En jeux

… pas si « île »

Les guérites et portes vérouillées de l’île de Puteaux

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L’Île de Puteaux ne vit pas pleinement de son statut d’île. On entend ici sous le mot « île », le trait matériel : c’est à dire à un ensemble de territoire isolé par l’eau. Cependant, sous cette notion, on rapproche également un lien évident et physique entre ces deux éléments. C’est sur cette définition que les réflexions se portent. Ainsi, tout au long de l’île, un certain nombre d’éléments nous renseigne sur sa relation à la Seine et permet de prendre conscience de la complexité des relations. Une fois additionné les uns aux autres, ces éléments, qui à première vue peuvent paraître anodins, donnent une toute autre atmosphère de l’île. Lors des visites de l’île, le parcours piéton paraît confus et une dimension de contrôle semble le diriger dans son avancée. Ainsi, on observe de nombreuses guérites tout au long de l’île. Ces dispositifs sont à la fois présents pour assurer une surveillance, et/ ou proposer un espace de stockage aux différentes pratiques sportives qui se côtoient. Cependant, elles viennent rythmer le parcours de l’île au point de créer des sensations de ralentissement au parcours piéton. Les espaces consa-


sur Seine

crés à ces pratiques semblent privatisés et réservés aux membres, ce qui influe directement sur l’espace global de l’île : tout devient parcellaire. Ces guérites, ou points de contrôle (surnom personnel) sont doublés de barrières délimitant ces espaces en question. Le rapport du simple piéton au territoire de l’île fragmentée par ces activités devient explicite, voire hostile. Ainsi certains espaces sont inaccessibles (comme le « jardin secret » au bout de l’Île du Pont), et le parcours piéton purement contraint à « faire le tour »… Cet ensemble de dispositifs de contrôle donne une discontinuité à la découverte de l’île. L’un deux s’explique par la politique hostile des deux communes : Neuilly-sur-Seine et Puteaux. Les deux municipalités ne s’entendent pas (en effet, le maire UMP, Joëlle Ceccaldi, de Puteaux et son collègue UDI de Neuilly, Jean-Christophe Fromantin, ne s’apprécie guère, pour des simples raisons de personnes), et ce morceau de territoire exprime parfaitement le contexte politique. Ainsi, en 2004, la municipalité de Puteaux décida de bâtir un « mur », venant délimiter sa commune à celle de Neuilly-sur-Seine : l’île se retrouve alors coupée en deux, comme elle avait pu l’être par son passé. Le surnom « mur » a été donné par les habitants des deux communes, ébahis par cette

53 La limite communale


En jeux

fracture, qui se sont retrouvés du jour au lendemain à devoir faire un détour de 2 kilomètres par les rives « urbaines » pour rejoindre l’autre coté de l’île. A l’heure actuelle, le mur semble souligner l’entrée du Parc Lebaudy, mais reste marqué par la présence d’une guérite de contrôle (l’accès est désormais payant lors de manifestations du coté Puteaux) et de temps en temps, d’un vigile. La limite communale est aujourd’hui triplement marquée : ce fameux mur de 2m60 est toujours présent, une autre délimitation du coté Neuilly-sur-Seine est apparue, créant ainsi un entre deux ou passe cette limite. C’est ici qu’une rangée d’arbres a été plantée, supposant explicitement et physiquement la limite intercommunale. Cette anecdote définit parfaitement le statut du piéton : contraint et subi. Un autre exemple explicitant la discontinuité du parcours piéton peut être cité : le tennis arche. En effet, sous le Pont de Neuilly, se tiennent 3 cours de tennis, par conséquent couverts grâce au pont, mais bouchant le passage entre l’Île du Pont sud et l’Île du Pont nord : le piéton se voit alors invité à emprunter le pont pour regagner l’autre coté du pont, desservant des escaliers jumeaux et arriver à l’autre partie de l’île. Les cours de tennis indiquent explicitement sur leur large baie vitrée l’interdiction du passage par ses cours (la portée sous le pont étant tout juste suffisante pour permettre un entrainement de tennis). La place du piéton au sein de l’île semble être discutée et perdue, face à l’abondance des pratiques sportives. Le parcours du piéton ne pose

54 La limite communale


sur Seine

Le tennis arche

pas seulement des questions d’accès et de limites, mais vient remettre en cause le statut d’ « île » du territoire. En effet, comment prendre conscience de ce site, lorsque le seul moyen de le faire est contrôlé ? La vocation dite sportive et festive de l’île semble traduire une motivation politique face à des enjeux sociaux évidents, mais la dimension piétonne que propose l’Île de Puteaux va plus loin et interroge directement ses motivations urbaines et pousse à nous questionner sur son rapport à l’eau. L’Île de Puteaux apparait au premier abord comme un havre de paix où règnent les activités sportives et de loisirs. L’aspect végétal de l’île y est pour beaucoup : en plus de la célèbre roseraie qu’abrite le Parc Lebaudy, l’île présente une végétation abondante soulignant un caractère bucolique. Cependant, l’ensemble de cette végétation et sa localisation sur le site nous renseigne beaucoup sur cette relation. L’implantation des arbres vient systématiquement à la limite territoire – eau et donne une identité propre aux berges. A première vue, la dimension arborée des berges participe au caractère champêtre de l’île, mais cette végétation semble vouloir reprendre ses droits. En effet, la nature qui caractérise les berges montre une certaine hostilité. Pas conséquent, les berges de l’île se montrent plus investies par cette nature que par la présence de l’homme. La végétation riche et abondante vient, à l’image des barrières citées plus haut, délimiter l’île et participe au repli de cette dernière. La rive droite de l’île est caractérisée par la présence de bateaux – logements qui renforce cette idée de repli. Le stationnement permis de ces bateaux marque un nouveau niveau de complexité : les berges apparaissent comme privatisées par ces bateaux. Les pontons d’accès s’installent physiquement sur les

Comment rejouer le statut d ’ île et réaffirmer les enjeux existants en vue de lui donner des possibilités évolutives ?

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En jeux

berges : la présence de vélos, les boites aux lettres et de divers objets dessine des berges investies par les particuliers, et le sentiment de privatisation se fait sentir. La rive gauche, quant à elle, est complètement abandonnée ; le parcours piéton y est d’ailleurs partiel. Cela tient du fait quelle ouvre sur la voie navigable de la Seine et s’approche du site des écluses en plan Vigipirate rouge : elle est donc moins propice à la détente et à la flânerie. Enfin, les berges ne sont pas aménagées pour le plus grand nombre. Le cœur de l’île semble complètement délaisser son rapport aux berges, et par conséquent son rapport à la Seine. La présence d’escaliers permettant une liaison directe entre les activités du cœur de l’île et les berges sont présentes (on compte actuellement 4 escaliers) mais inaccessibles : une grille verrouillée empêche tout accès. Ces observations ont alors permis de se questionner sur le rôle de la Seine vis à vis du territoire qu’est l’Île de Puteaux. Le statut d’île permet aussi une réflexion sur la définition de cette dernière : qu’est-ce qu’une île ? C’est ainsi que rentre en ligne de compte la notion d’imaginaire qui se lie à celle de l’île, et vient faire rebondir cette relation. Ainsi, l’imaginaire de l’île vient consolider ce lien tout en guidant le projet vers un univers particulier, décrit dans les parties précédentes.

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Les barrières

Un territoire controlĂŠ

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En jeux

Le parcours piéton

Un passage pédestre conditionné passage fermé passage «contrôlé»

présence de guérites parcours piéton

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La végétation

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En jeux

L’île de puteaux... pas si île

observations des osbacles au parcours piéton

1 Île du Pont - Skate Park de Neuilly

2 Pont de Neuilly - Tennis Arche

3 Île du Pont - Complexe de Neuilly / limite communale

4 Île de Puteaux - Parc Lebaudy

5 Île de Puteaux - Stade Paul Bardin

6 Île de Puteaux - Halle des sports

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sur Seine

7 Île de Puteaux - Palais des sports

8 Île de Puteaux - avant Gymnase Raymond Dot/ parkings

9 Pont de Puteaux

10 Île de Puteaux - SIPS

11 Île de Puteaux - CSMP

12 Île de Puteaux - Ecluses & barrage de Suresnes

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En jeux

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sur Seine

Le site

Intentions de projet

L’Île de Puteaux présente déjà un fort caractère programmatique. La dimension sportive qui règne tout au long de l’île marque à la fois un enjeu majeur à un éventuel programme, mais est aussi un indice sur la manière dont elle s’est bâtie et son devenir. L’influence des pratiques sportives et de loisirs de l’île tient alors un rôle de patrimoine de l’Île de Puteaux ; patrimoine qui semble être une empreinte de ce site depuis déjà plusieurs générations. Le sujet de ce projet vient donc en continuité de ce trait de caractère. La question des activités aquatiques s’est donc posée. Entre dimension historique et pratiques en devenir, le potentiel de l’Île de Puteaux permet parfaitement de s’interroger sur cette relation. Le caractère indépendant du site et le statut d’ « île » seront aussi rejoués au travers de ces intentions. Le rapport à l’eau est l’un des axes phares de la réflexion de ce projet. Cette notion s’est imposée, et a été un réel motif au fur et à mesure que les intentions de projet se précisaient : à la fois pour comprendre le site de l’Île de Puteaux, mais aussi pour anticiper une réponse architecturale. L’axe Seine joue alors un grand rôle dans le devenir de l’île, et sa présence est un support qui, dans un contexte de projet, peut devenir un réel moteur. L’eau est donc ici la principale composante de la notion de paysage, qui vient alors réconcilier la ville et son fleuve. La dimension urbaine prend une toute autre ampleur. Les berges deviennent la réponse à la complexité actuelle de l’Île de Puteaux. Cependant, cette relation ne se borne pas ici : elle doit pouvoir s ‘étendre et s’entendre à la fois avec les rives frontales et opposées. L’eau et le territoire sont alors des liens primordiaux à exploiter pour redécouvrir cette limite et donner une nouvelle dynamique urbaine.

« Toute une constellation d’espace oubliés redevient ainsi visible, comme autant de connexions à activer pour y catalyser localement le sprocessus relationnels de la vie urbaine » MANDOUL, Thierry, «Sports, portrait d’une métropole», chap. «Jeu» par L. Lévesque Pavillon de l’Arsenal, Paris, 2014

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En jeux

La piscine

Système de lagunage

La structure flottante - bassins de filtration

La baignade sauvage

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Il a été important de dresser, dans un premier temps, un constat technique des différents rapports possibles « aux eaux » : ceux propices aux activités aquatiques, et à la Seine. Ainsi, on peut en distinguer quatre : - le premier n’entretient pas de lien direct avec l’eau de la Seine, et l’eau correspond à un circuit indépendant : c’est le schéma type des piscines, décrivant le cas de la piscine du Palais de sports. - le second propose des aménagements « naturels », en profitant de son environnement comme un atout : cela représente les systèmes de lagunage mis en place avec la présence de la balade créée. - le troisième, quand à elle explicite son lien avec son environnement en se positionnant directement sur l’eau, ce qui suggère un système de bassins de filtration. L’eau, cependant, circule également de façon fermée, garantissant une qualité pérenne de l’eau. - le dernier entretient un lien minimaliste avec l’eau de son environnement : c’est la baignade « sauvage » ; où l’on estime que la qualité de l’eau est suffisante pour s’y baigner : c’est alors que les objets abordés plus loin s’imposent.


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Les berges est - site de projet constat de l’existant

berges sauvages non aménagées niveau Stade Paul Bardin

berges sauvages non aménagées niveau Palais des Sports

berges sauvages non aménagées niveau Pont de Puteaux - amont

berges sauvages non aménagées niveau Pont de Puteaux - aval

65 berges sauvages non aménagées niveau SIPS


En jeux

Le choix du positionnement sur le site de l’île de Puteaux n’est pas un hasard. Le site choisi se situe à l’est de l’île, et traite des berges donnant sur le bras non navigable de la Seine. Cet espace structuré par les différentes limites (grillage, bateaux logements, végétation abondante), donne une atmosphère « privatisée » du lieu, et par conséquent, un rapport à la Seine difficile. Mais le caractère paisible et naturellement bucolique a été à la fois une réelle source d’inspiration, mais aussi de vraies motivations pour nourrir les intentions de projet. La baignade apparaît comme un trait plus léger, à la fois d’un point de vue physique, mais elle semble aussi plus sensible à la complexité du site. Le rapport à l’eau que suppose la baignade sera traité comme enjeu principal face aux questions urbaines et sociales que pose le site de l’Île de Puteaux. La culture de la baignade est la ligne directrice du projet. Elle est traitée ici dans sa globalité, et joue ainsi de ses influences directes sur le caractère environnemental, social, pédagogique et sur le cadre de vie urbain. Cependant, la notion de culture de la baignade suppose un aspect immatériel qui doit être pris en compte : c’est pour cela qu’il est important de souligner l’intérêt de ce projet à tendre vers une volonté à la fois technique et esthétique. La notion de culture ici indique un élan collectif, qui suggère une forme de connaissance et de pratiques propres. Ainsi, les dimensions spatiales et architecturales des intentions de projet doivent prendre en considération ce caractère quelque peu insaisissable de la culture de la baignade. Mais le projet tient surtout compte de cet espace latent qui permet l’exploration des pratiques aquatiques, et qui présume une appropriation de la part des usagers. Le projet vient alors souligner des possibles et des devenirs, rejouant, par conséquent, la question de l’espace public et son appropriation urbaine.

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sur Seine

Pour ce faire, le projet se compose de plusieurs échelles : d’abord inscrites sous un trait urbain et paysager, l’architecture et, voire, la micro architecture, se regroupent respectivement sous les mots sensibiliser et expliciter ; et enfin, une échelle dite d’ « objet », appelée symboliser, tente de dépasser ces intentions très marquées.

67 vue sur Seine - Pont de Puteaux


En jeux

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La culture de la baignade Les objectifs

Biodiversité un environnement plus respecté et une Seine saine viendrait faire prospérer une végétation et une faune plus riche

Qualité de vie retrouver un rapport à la Seine peut faire évoluer les activités de loisirs et profiter à un cadre de vie meilleur

Dynamisme spatial ce nouveau rapport à l’eau pourrait également favoriser l’accès à tous et proposer des nouveaux espaces

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En jeux

Sensibiliser :

interventions sur les accès

interventions architecturales

interventions paysagères

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Cette première partie tient compte de l’analyse sensible de l’ensemble de l’île. L’idée de sensibiliser (sous entendu à la culture de la baignade) tente en réalité un rapprochement à l’eau, à la Seine, par une requalification des berges, jouant ainsi la notion du parcours et de la balade. Cependant, le caractère environnemental désiré dans ce projet, tient principalement dans cette échelle. En effet, le rapport à l’eau qu’induisent les activités aquatiques et cette culture de la baignade, poussent à nous interroger sur le statut de la Seine ; elle qui joue un rôle majeur dans la définition du projet : est – elle actrice ou spectatrice ? Les deux. La balade proposée vient jouer un rôle poétique en venant effleurer l’eau, mais actualise parfaitement le statut d’ « île » du site et souligne l’aspect environnemental. En continuité de ce caractère environnemental prenant place dans le projet, et venant s’appuyer sur un programme existant, l’échelle architecturale rend compte d’un autre aspect de la culture de la baignade : celui de la pédagogie. La Naturoscope de l’Île


sur Seine

de Puteaux est actuellement une petite maison située non loin du Gymnase Raymond Dot. Elle abrite des aquariums mettant en avant les poissons habitant la Seine, et propose alors des activités éducatives. Le caractère architectural de cette partie, vient donc accentuer cet existant afin de lui trouver une ampleur à la hauteur de son environnement urbain.

retour dans la Seine

utilisation de l’eau traitée

bassin à macrophytes

bassins à microphytes

vis d’Achimède

Seine

système de lagunage - bassins en série

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En jeux

Expliciter :

interventions sur les accès

interventions architecturales

interventions paysagères

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D’une manière plus rapprochée, le projet vient se développer et s’affirmer. L’enjeu ici est d’assumer cette relation. La notion du paysage se tient dans le lien qui connecte l’eau et le territoire. Il est aussi nécessaire de se demander quels en sont les possibles ? La seconde partie de la balade reprend après le Pont de Puteaux. Elle se trouve tout au sud de l’île, non loin du site hermétique des écluses. Ce caractère paisible et agréable, dû à sa situation géographique et sa proximité avec le barrage, semble être délaissé et dominé par la fragmentation de l’espace. L’enjeu ici est d’expliciter cette relation, d’une manière littérale, et de retrouver un lien plus direct, voire sauvage à la Seine comme l’ont pu l’induire les scènes de bains au cours du 19ème siècle. Dans un trait minimal, le projet architectural vient affirmer et multiplier les usages possibles. Cette deuxième partie tente également de conserver le caractère environnemental, donnant ainsi une suite logique à la première partie.


sur Seine

Symboliser : Cette partie tente de décrire un côté moins évident de la culture de la baignade. L’échelle jouèe, ici, est celle de l’ordre de l’objet, d’une architecture moins formelle. Symboliser souligne un trait de caractère ambigu de cette culture : entre matérialité et immatérialité. L’idée est de venir jouer sur cette frontière, caractéristique des enjeux urbains, politiques et sociaux. L’objet, ou le mobilier aquatique vient, ici, prendre un statut d’icône de diverses pratiques, de repères urbains et questionne les usages. Ces objets sont par définition un ensemble de matière ; matière qui prouve son importance dans une logique technique et aussi esthétique. Mais contrairement à leur valeur physique, ces objets sont ici pour remettre en question les pratiques aquatiques et enrichir cette culture. C’est ainsi que l’aspect immatériel entre en jeu : que signifie donc une échelle descendant à l’eau ? Ces objets sont alors des invitations à la culture de la baignade mais aussi à la sensibilisation environnementale.

interventions « objets »

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Schéma général des intentions de projet pour une culture de la baignade

vers Puteaux

SIPS

CSMP


vers le Parc Lebaudy

Stade Paul Bardin

Halle des Sports

Palais des Sports

Gymnase Raymond Dot

vers Neuilly sur Seine

interventions architecturales balade piétonne - ligne directrice nouveaux accès aux berges existantes ouvertures sur la Seine nouveaux accès centre de l’île et les bords de Seine interventions paysagères interventions «objets» la Seine eaux traitée


En jeux

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sur Seine

Conclusion



Parc André Citroën, 2008, © Julien Haler

En jeu sur Seine semble donc tendre vers des interrogations qui positionnent la place de l’eau dans la ville contemporaine en prenant en compte l’axe social que porte les pratiques aquatiques, les enjeux urbains liés au statut de l’espace public... Il voudrait également démontrer que le champ architectural va au delà de la matière physique et des questions techniques. L’architecture semble ici être un moyen et non une finalité en soi. D’ailleurs, le caractère immatériel du projet, qui tient du fond photographique présenté ici, donne la possibilité d’entrevoir une forme non achevée, un objet en devenir et indéfini. C’est cette dimension de changement permanent qu’il est important de souligner et de traiter. L’approche pluri temporelle est orienter les intentions de projet. Ainsi, le travail prend racine dans le passé et s’appuie sur des points du présent. La notion du futur et sa capacité à inviter le hasard donne une expression forte au sujet.

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En jeux

La dimension accessible du projet occupe une place majeure et a été un réel moteur pour la découverte du contexte du projet. Ainsi, la forme évolutive du projet pousse à nous interroger sur ses différentes phases de faisabilité, sa capacité à s’intégrer et son ampleur. Le sujet permet de le placer dans ce contexte actuel et accessible. C’est un parti pris personnel important. Les enjeux de ce projet sont alors tournés vers le futur, et viennent directement questionner des notions informelles et sociales qui nous préoccupent dès à présent.

Source : explication de P. Mallet, président de l’association LBUE, lors d’un entretien par Margot Baldassi pour le site internet pop-up urbain, le 21 septembre 2016 8

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Bien que ce désir soit présent depuis quelques années déjà, la relation à l’eau nous impose de faire face à une tendance, typiquement française, au contrôle et à la contrainte (comme le montre l’exemple du statut de la nature en milieu urbain : chaque partie est délimitée, encadrée ; ou encore des aires de jeux pour enfants). Comme vu précédemment, l’ouverture prochaine du bassin de la Villette répond à un engouement social de retrouver la Seine comme un espace où peuvent de développer les pratiques aquatiques durant les période estivales par exemple. Cependant, l’action menée en août dernier par le Laboratoire des Baignades Urbaines Expérimentales dans ce même bassin vient également pointer du doigt l’ambigüité qui réside dans la réglementation française : la mairie avait alors toléré cette pratique spontanée puisque finalement, l’action rejoignait leurs propres objectifs politiques (plan « Nager à Paris ») 8. En effet, l’interdiction de se baigner dans la Seine datant de 1923 ne semble plus correspondre au contexte de notre société contemporaine. Nos voisins européens entretiennent un autre rapport aux responsabilités et à l’interdit que nous ne connaissons pas en France. Ici, la non investigation des bords de Seine par les activités de baignade vient du fait que la responsabilité tient uniquement aux collectivités locales (mairie, préfectures). Alors que chez nos voisins allemands, suisses ou même danois, la responsabilité est généralement portée par un caractère individuel : les baigneurs se nagent à leurs risques et périls, que le lieu soit aménagé ou non. Par conséquent, cela aboutit


sur Seine

à une plus grande flexibilité concernant les usages et les pratiques liés à la baignade. Ainsi, on peut insinuer que les enjeux sociaux évoqués par la vocation des activités de la baignade viennent rejouer l’espace urbain et dynamiser la ville si réglementée. Cependant, on observe des lieux où la frontière eau – ville est si délicate, et si évidente, que seul cet aspect politique vient rompre ce lien. Le manque de liberté urbaine prouve que notre culture de l’eau est ainsi déterminée. L’idée du projet n’est pas seulement d’exprimer cette relation d’une manière littérale mais de venir traduire cette ambigüité. C’est pour cela qu’il traite d’une ampleur évolutive, changeante, voir latente, qui réside en grande partie dans la capacité du projet à être approprié. Ici, le rôle de l’architecte est à l’image du projet ; il essaie de dépasser le

Faaborg Harbour Bath and Blue Base, 2011, Faaborg, Danemark

caractère matériel qu’on lui attribue généralement. La prise de position de l’architecte ici est plus ou moins minimaliste. Il prend conscience que cette non matière, ce contexte en devenir est à la fois une contrainte à la création, mais avant tout et paradoxalement, un rythme de travail. L’architecte est compositeur plutôt que maître d’un ensemble dont il dispose. Ainsi, le projet En jeu sur Seine suggère un rapport à l’échelle humaine évident et montre l’impact qu’elle peu prendre à l’échelle d’un territoire ou même des territoires.

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En jeux

« Les baignades urbaines sur le devant de la Seine. » Le Figaro _ 26 août . 16

80 Wading Pool, Washington Park, 1936


sur Seine

Bibliographie & Iconographie

OUVRAGES & ARTICLES Atelier Parisien d’Urbanisme, Un nouveau regard pour le site de la Seine : accessibilité, attractivité, biodiversité, Décembre 2007 CHARBIT, Milena, Iles de la Seine, Pavillon de l’Arsenal, Paris, 2016 Délégation à l’action artistique de la ville de Paris, Direction de la jeunesse et des sports, Deux siècles d’architecture sportive à Paris, Ville de Paris, 1984 DESCHAMPS, Thomas, Plages en ville, baignades en Marne, Collection du syndicat Marne vive, Johanet, Paris, 2003 DUHAU, Isabelle, Les baignades en rivières d’Île-de-France, des premiers aménagements à la piscine parisienne Joséphine Baker, Février 2011, Créteil, France Fédération Française de Natation, Les piscines : aides à la conception pour les maîtres d’ouvrage, 7ème édition, 2016

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En jeux

MANDOUL, Thierry, Sports, portrait d’une métropole, Pavillon de l’Arsenal, Paris, 2014 De PORTZAMPARC, Elisabeth, La mise en tourisme pour créer l’identité du Grand Paris et comme facteur de développement soutenable – Application aux rives de Seine, AIGP au Palais de Tokyo, le 5 juillet 2016 Commende « Mise en tourisme des territoires du Grand Paris »

Préfecture de Paris et d’Île-de-France Le Comité Seine se prépare aux épreuves nautiques des JO 2024 Communiqué de presse, Paris, le 5 avril 2016 Ville de Paris, Les 104 mesures du plan « Nager à Paris », Présenté par Jean-François Martins, adjoint à la Mairie de Paris, le 15 juin 2016 à la piscine de la Butte aux Cailles, à Paris

SITES INTERNET www.labobaignadesurbaines.com www.reinventerlaseine.fr www.paris.fr/nager

ICONOGRAPHIE www.gettyimages.com gallica.bnf.fr www.parisenimages.fr & photographies personelles concernant le site de l’Île de Puteaux et l’Île du Pont 82

En jeux sur Seine : pour une culture de la baignade  

Mémoire de projet de fin d'étude

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