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SINGAPour N˚5 – NOV 2015 | JAN 2016

Le Magazine 100% Red Dot du site lepetitjournal.com/singapour

LES HABITS VERTS DE LA SMART CITY

www.lepetitjournal.com/singapour


© Carole Caliman

Edito

L’éco-smart city, utopie nécessaire ? L

a terre brûle. Ce n’est plus un mystère pour personne et quelles que soient les théories qui en attribuent à l’homme la plus ou moins grande responsabilité, personne ne songe plus à le contester. A quelques jours du lancement de la 21ème conférence sur le climat, du 30 novembre au 11 décembre 2015, à Paris, présentée comme la réunion de la dernière chance pour trouver une solution au réchauffement de la planète, il y a pourtant des raisons d’être optimiste. Du cercle étroit des militants écolo, dans les années 70, le thème de l’environnement a envahi tous les espaces : politique, économique, social, moral et métaphysique. Il a su, à cette étape d’un cheminement jalonné d’obstacles, dont on pressent qu’il sera long, rallier à sa cause des acteurs majeurs – Les Etats-Unis et la Chine en tête – qui, si leurs contributions ne sont pas encore suffisantes pour rester en-deçà d’un

réchauffement de 2°C, donnent du poids aux engagements collectifs à venir et aux contributions attendues des Etats lors de cette COP 21. Mais comme il paraît long à se concrétiser l’engagement des nations, qui, slalomant habilement entre les intérêts des lobbys, fixe seulement comme objectif de ralentir le pire, sans donner à voir une image positive, une utopie qui justifierait qu’on y consacre non seulement des efforts mais aussi des sacrifices. C’est précisément sur le terrain des utopies, toute proportion gardée, qu’on apprécie le concept d’éco-smart city, tel que le promeut Singapour, qui veut, mieux que d’autres, en être le champion. Si Singapour, petit pays par sa surface, gros consommateur de ressources par tête d’habitant, mais petit joueur finalement dans la cour des méga-pollueurs, a un rôle à jouer, n’est-ce pas d’abord au travers de ce concept de cité intelligente s’épanouissant

dans un jardin ? On dira que l’avenir ultra planifié, organisé et surveillé d’une cité entièrement optimisée par l’exploitation intelligente des big data a tout autant de quoi effrayer. Mais le concept, avec ses défauts, intègre la transformation des modèles économiques, de nouveaux modes de vie, des changements d’échelles, des images de bio-diversité, de solidarité et de confort de vie qui valent bien qu’on jette ses mauvaises habitudes au bûcher. Souhaitable ou pas l’éco-smart city ? L’utopie n’est jamais certaine, et vaut sans doute moins comme une fin que comme un moyen. Elle méritait qu’on lui consacre un dossier qui évaluerait, très modestement, le bon goût, et la qualité de ces habits verts de l’intelligente cité. n L’équipe de l’édition www.lepetitjournal.com/singapour singapour@lepetitjournal.com

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Numéro 5

Novembre 2015 | Janvier 2016

SINGAPour

Sommaire

« A blighted urban jungle destroys the human spirit »

© Carole Caliman

© Carole Caliman

Lee Kuan Yew

Dossier : Les habits verts de la Smart City / 8

3 Edito

© Elie Cortine

6 Fil Rouge

Geylang la nuit / 36

Les évènements marquants des derniers mois sur lepetitjournal.com de Singapour

8 Dossier

© Elie Cortine

Les habits verts de la Smart City

John Tan, paysagiste à Kranji / 43

28 Les Français à Singapour

The Blue Circle : 3 Français dans le vent

32 Photo-reportage Geylang la nuit

MCI (P) 120/04/2014 Editeur Fil Rouge Pte. Ltd / Directeurs de la publication Bertrand Fouquoire, Elodie Imbert, Christine Leleux / Rédacteur en chef Bertrand Fouquoire / Rédacteur en chef adjoint Jonathan Blondelet / Rédaction Raphaëlle Choël, Elie Cortine, Zoé Fouquoire, Bertrand Fouquoire, Sophie Pagès, Nathalie Swyngedauw, Marion Zipfel / Agenda Nathalie Swyngedauw / Conception, Graphisme Elodie Imbert / Publicité Christine Leleux / Nathalie Swyngedauw Trésorerie Claudine Hatton / Impression IPrint Express Photos couverture © Carole Caliman / © Sky Greens Photos remerciements spéciaux à Carole Caliman et à Elie Cortine (photographes)

Tirage à 4000 exemplaires

36 Singapour Autrement

36 • Saga familiale : Amoy Canning 42 • John Tan, paysagiste à Kranji

44 Culture

Le cinéma singapourien

48 Agenda, sélection de la rédaction Evénements à ne pas manquer

50 Escapade Gourmande Saveurs régionales

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Fil Rouge

© National Heritage Board

Un Singapourien à New York Celui qui aura été l’artisan, comme directeur, d’un exceptionnel festival de Singapour en France en 2015, exdirecteur du Singapore Art Museum et Assistant Chief Executive du NHB (National Heritage Board) pour les musées et les programmes, vient de gravir une nouvelle marche dans sa carrière de promoteur des arts asiatiques. Tan Boon Hui deviendra en décembre prochain le nouveau directeur du musée de l’Asia

Society, dont il dirigera également les activités dans le domaine des Arts et de la Culture. Basée à New York, l’Asia Society a été créée en 1956 pour promouvoir une meilleure compréhension entre l’Asie et les Etats-Unis. La nomination de Tan Boon Hui à ce poste, après celle de Khairuddin Hori au Palais de Tokyo, est une reconnaissance du talent des curateurs singapouriens.

© BluËSky BlÜe

Tremblement de terre à Sabah : Singapour en deuil Tremblement de terre à Sabah – Journée de deuil national à Singapour. Le 5 juin 2015 un violent tremblement de terre de magnitude 6 sur l’échelle de Richter dévaste le mont Kinabalu dans la région de Sabah en Indonésie, faisant 18 morts. Parmi les victimes figurent 8 Singapouriens, dont 6 élèves, âgés de 12 à13 ans, de l’école primaire Tanjong Katon Primary School, un enseignant et le guide qui les accom-

pagnait. Elles faisaient partie d’un groupe de 29 élèves accompagnés de 8 professeurs qui était en excursion sur le mont Kinabalu au moment du séisme. En hommage à ces victimes, une journée de deuil national est décrétée par le Premier ministre Lee Hsien Loong.

© Carole Caliman

SEA GAMES : Singapour 2ème au tableau des médailles A l’issue des 28èmes jeux du Sud-Est asiatique dont Singapour était l’hôte au mois de juin 2015, Singapour termine 2éme au tableau des médailles derrière la Thaïlande. Les sportifs singapouriens pulvérisent le record établi lors de la précédente édition et dépassent l’objectif de 50 médailles d’or que la délégation s’était fixé pour cette compétition du cinquantenaire. 84 médailles d’or, 73 médailles

d’argent, 102 médailles de bronze. Les résultats obtenus par Singapour sont, selon les experts, d’autant plus encourageants qu’ils témoignent de la montée en puissance de toute une nouvelle génération de sportifs de haut niveau, soigneusement préparés au sein de la Singapore Sport School (SSS).

© Carole Caliman

Quel avenir pour la cité-Etat dans cinquante ans ?

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Au lendemain de la célébration du cinquantenaire de Singapour, le Premier ministre Lee Hsien Loong, dans son discours du National Day Rally, a souligné les éléments qui ont fait le succès de Singapour : une société multiraciale, la culture de la responsabilité individuelle et le lien de confiance entre le peuple et ses gouvernants. Singapour existera-t-elle encore dans 50 ans ? C’est la question, parmi

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d’autres, qu’on avait posée à Lee Kuan Yew peu avant sa mort. Si sur de nombreux points sa réponse avait été évasive, sur cette question, sa répartie, citée par Lee Hsien Loong, avait été on ne peut plus claire : « Of Course it will still be there. Even better ! »


© Jacklee

General Election : cru spécial PAP Les mauvaises langues diront que le gouvernement avait bien choisi son moment puisque c’est un privilège du régime parlementaire de Singapour que de pouvoir choisir la date des élections. Célébration du cinquantenaire, décès de Lee Kuan Yew, le contexte était sans doute favorable pour, comme y invitait le Premier ministre, faire émerger une nouvelle génération de leaders qui dessinerait l’avenir de

Singapour pour les 50 prochaines années. Première historique : l’opposition, tous partis confondus, présentait cette année des candidats dans l’ensemble des circonscriptions. Inquiet sur le vote populaire mais jamais sur sa capacité à former le prochain gouvernement, le PAP obtient, avec 69,86 % des suffrages, un résultat historique, en augmentation de presque 10 points par rapport à 2011.

© Genleorus at en.wikipedia

Le Jardin Botanique au patrimoine de l’Unesco C’est fait. Au terme d’un processus engagé en 2010, le Jardin Botanique a finalement obtenu à Bonn, cet été, la précieuse appellation. Le jardin, créé en 1859, est désormais inscrit au Patrimoine de l’UNESCO. Si d’autres jardins botaniques, à Padoue et à Kew, avaient déjà été semblablement distingués, le Jardin Botanique de Singapour est le premier en Asie, et le premier en région tropicale. Une distinction qui ne

va pas sans contrainte puisque, outre la protection des arbres et de la biodiversité à l’intérieur du parc, celui-ci se trouve désormais au centre d’une buffer zone, à l’intérieur de laquelle les constructions sont limitées à des habitations de faible hauteur et de faible densité.

© wildrice.com

100 ans de Singapour dans une chambre d’hôtel Quand la compagnie de théâtre Wild Rice, l’une des plus indépendantes, se voit financer un spectacle d’envergure pour célébrer le jubilé, elle compose une histoire en 11 tableaux et une chambre d’hôtel, dont chaque partie donne autant à réfléchir sur le passé, que sur le Singapour d’aujourd’hui. L’histoire démarre en 1915, au moment des émeutes de Sempoy, et s’achève en 2015. On y voit Lee Kuan Yew sortant d’une ar-

moire pour plaider la cause de l’ordre auprès d’un transsexuel. Il y a la statue de Raffles qui prend la direction de la sortie au moment de l’indépendance. Il y a des situations qui mettent en avant avec brio ce qui forge l’identité singapourienne au travers de sa diversité, et d’autres qui font voler en éclat l’image d’une harmonie entre les communautés qui serait un long fleuve tranquille.

© Rsa

SMRT écope d’une amende de 5,4 millions A Singapour, on ne blague pas avec les défaillances du service public. Après avoir provoqué, au mois d’août, la démission du ministre des transports, la série de pannes, qui avaient interrompu pendant plus de deux heures, le 7 juillet, les services du métro singapourien, est sanctionnée, pour le SMRT, d’une amende record de 5,4 millions S$. Le Rapid Systems Transport Act prévoit que les opérateurs de transports publics

peuvent être sanctionnés jusqu’à 1 million de S$, ou 10 % des revenus annuels encaissés sur la ligne incriminée. En l’espèce, la Land Transport Authority a justifié le montant de l’amende par l’importance de la panne et le nombre d’usagers touchés (480 000). Le montant de l’amende devrait être versé à un fonds spécial des Transports Publics en faveur des familles dans le besoin.

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LES HABITS VERTS Le jardin, dans l’ADN de la ville Singapour, championne auto-déclarée des « villes intelligentes », a, dès les premières heures de son indépendance, inscrit l’environnement parmi ses priorités.

Photo : Nature et technologie. Gardens by the Bay est sans doute la meilleure icône de l’éco-smart city, version singapourienne

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L

’environnement de Singapour : urbain et tropical A l’époque, en 1965, il s’agit de lutter contre l’insalubrité des logements, la saleté des rues et la pollution des rivières. Parmi toutes les ressources dont il faut garantir l’approvisionnement, l’eau constitue un enjeu particulier. La jeune cité-Etat n’est-elle pas menacée de manière récurrente par la Malaisie de se voir couper les robinets ? C’est une réalité historique

encore rappelée par le Premier ministre Lee Hsien Loong lors du National Day Rally, cette année. Un environnement caractérisé par l’exiguïté du territoire et par son climat tropical, chaud et humide. Il ne sert que de courir autour du MacRitchie Reservoir pour réaliser que l’environnement à Singapour n’a rien de l’enveloppe naturellement protectrice des pays tempérés. Le coureur commence par avoir chaud et soif. Quand il est à

l’abri des branchages, l’ardeur du soleil est supportable mais elle cesse vite de l’être quand l’ombre des banyans disparaît. L’effort physique est aussi plus fatigant à Singapour qu’il ne l’est, par exemple, dans le bois de Vincennes. Et si le coureur rencontre un animal, il y a des chances qu’il s’agisse d’un macaque, ou d’un serpent. Qu’elle sera verte ma cité ! Pas étonnant que le père fondateur de

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DE LA SMART CITY


Le Jardin Botanique de Singapour est depuis cette année inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco

la Singapour moderne, Lee Kuan Yew, ait été, d’une main, de son aveu même, un ardent supporter de l’air conditionné, et de l’autre, un gouvernant attentif à l’environnement, soucieux de préserver la présence de la nature et la qualité de vie dans la ville. Il faut aussi rendre aux Anglais ce qui relève de l’héritage colonial. Les travaux de terrassement entrepris dès les premiers temps de la colonie anglaise, sous les directives de Sir Stamford Raffles, s’étaient attaqués aux marais. Les constructions de l’époque, qu’il s’agisse des bâtiments publics ou des règles d’urbanisme gouvernant les habitations particulières (passages protégés devant les shophouses), témoignent d’un savoir-faire architectural qui faisait circuler l’air dans les bâtiments et protégeait l’homme de la rue, autant que possible, du soleil et des averses. Les parcs et jardins aussi doivent beaucoup à cette époque, à commencer par le Jardin Botanique, entré cette année au Patrimoine de l’Unesco. Premier de la classe ? Il reste que la double ambition de

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Les architectes rivalisent d’ingéniosité pour végétaliser leurs constructions à tous les niveaux (Ici, l’oeuvre de Jean Nouvel)

Singapour de s’imposer parmi les smart cities et de faire de son espace urbain un jardin, fait d’elle un laboratoire privilégié pour développer les pratiques les plus vertueuses. Celles-ci permettront, conformément à l’enjeu majeur de la COP 21 à Paris, de réduire les émissions de carbone à l’origine du changement climatique, d’économiser ses ressources naturelles, et de prendre soin de ses déchets, tout en offrant à ses habitants une qualité de vie sans cesse améliorée, et des emplois verts. Utopie ? La réduction des émissions de CO2, le développement des énergies renouvelables, la protection des espaces verts, la végétalisation des bâtiments, les économies d’énergie ou l’optimisation des transports sont autant de domaines dans lesquels Singapour fait figure de laboratoire vivant. L’environnement à Singapour, ce sont aussi les multiples efforts réalisés pour modifier la relation des Singapouriens avec la Nature : sensibilisation à l’école, développement des community gardens, vogue des produits bio, encouragement à faire du sport...

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Dossier

Climatisation et sacs plastiques à profusion L’histoire comporte aussi des paradoxes. On ne cesse de s’étonner au quotidien de l’usage exorbitant de la climatisation, ou de la générosité des caissières dans les grands magasins, emballant chaque bouteille de vin dans plusieurs sacs plastiques. On cherche longtemps, souvent sans illusion, les dispositifs de tri des déchets, a fortiori, pour les piles ou les composants électroniques. On attend avec impatience les véhicules électriques, en déplorant le sous-développement des autres modes de transports individuels, comme le vélo. L’auteur de Le Meilleur des Mondes, l’écrivain HG Wells, disait que chaque fois qu’il voyait un adulte sur un vélo, il cessait de désespérer sur le futur du genre humain. Le développement des nouveaux engins de mobilité, de la trottinette simple au Segway, devrait le ravir. n

Bertrand Fouquoire


Marina Barrage, dont l’un des objectifs est de contrer les innondations potentielles

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Vue plongeante sur Scotts Road devant Goodwood park. Les grandes artères font aussi la part belle aux arbres

• Les risques – Singapour est vulnérable à la montée des eaux, aux ruptures de la chaîne logistique ou aux problèmes de santé publique, conséquences du changement climatique • Reprise de terrains sur la mer – La superficie de Singapour ne cesse de s’étendre. Entre 1965 et 2013, elle a augmenté de 20 %. Elle devrait compter 5 600 ha de plus en 2030. • Selon l’Agri Food & Veterinary Authority, 90 % de la nourriture consommée à Singapour est importée. Seulement 8 % des légumes sont cultivés localement. Mais le changement est en cours avec les expériences d’agriculture verticale, l’exploitation des toits terrasses et le développement d’initiatives communautaires.

FAITS ET CHIFFRES

• 3 juillet 2015 : Singapour fait connaître dans sa contribution à la COP 21 son intention de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 36 % à l’horizon 2030 (environ 65 millions de tonnes de gaz à effet serre) par rapport à 2005, et de stabiliser ses émissions de CO2 en atteignant un pic d’émission aux alentours de 2030. • Selon l’IEA, Key World Energy Statistics 2014, Singapour a l’une des plus faibles intensités d’émission dans le monde (113ème sur 140 pays). Actuellement, les émissions de Singapour représentent 0,11 % du total des émissions.

© Carole Caliman

© Carole Caliman

Agréable au regard et précieux pour son ombrage, l’arbre est l’un des mobiliers urbains les plus essentiels de la ville

Khoo Teck Puat Hospital, un green building surprenant qui éduque le public sur les bénéfices bienfaisants (ou non) des plantes

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Dossier

Benjamin Dubertret

Ambassadeur de France à Singapour Ce qu’il faut attendre et ne pas attendre de la COP 21 Sommet à très forts enjeux pour la planète, la XXIème Conférence des Nations-Unies sur les Changements Climatiques, COP 21, qui se déroulera à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015, mobilise toutes les ressources de la diplomatie française à l’étranger. Explication de texte par l’Ambassadeur de France à Singapour, Benjamin Dubertret, qui souligne que la conférence doit pouvoir être une étape décisive vers un monde bas-carbone, bien plus qu’un point d’aboutissement.

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u’est-ce que la COP 21 présente de particulier par rapport aux conférences précédentes ? Benjamin Dubertret – La COP 21 est d’abord remarquable par sa taille, avec plus de 40 000 participants attendus, y compris les journalistes et les membres de la société civile. Si la conférence de Paris est l’objet d’attentes très fortes, c’est parce que, après l’échec de Copenhague, en 2009, les autres COP ont été, de fait, des sommets de transition. Nous sommes main-


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tenant en capacité de franchir une étape décisive à Paris, parce que de nombreux gouvernements sont prêts à s’engager, mais aussi de plus en plus de collectivités locales, d’entreprises et d’associations. Qu’est-ce qui a motivé la France pour organiser cette COP 21 ? D’abord, il n’y avait pas pléthore de candidats, car tout le monde avait bien conscience du caractère périlleux de l’exercice. Le gouvernement français a sans doute eu, a contrario, la conviction qu’il n’y avait pas de sujet aussi important et que c’était un domaine dans lequel la France, qui sait faire entendre sa voix, peut faire la différence. Certes, il y a d’autres défis globaux – réfugiés, terrorisme… – mais celui du changement climatique, s’il n’est pas correctement traité, aura un impact dramatique sur tous les autres. Que peut-on en attendre ? Il ne faudrait pas réduire les enjeux de la conférence, qui se déroulera en France à partir de la fin du mois de novembre, au seul fait de parvenir, ou non, à un accord. La Présidence française s’est fixé

Page précédente : le bâtiment dessiné par Jean Nouvel sur Ardmore Park Ci-dessus : « Si la conférence de Paris est l’objet d’attentes très fortes, c’est parce que, après l’échec de Copenhague en 2009, les autres COP ont été, de fait, des sommets de transition » La 21ème conférence sur le climat (COP 21) se déroulera à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015

quatre objectifs, ce que nous appelons l’Alliance de Paris pour le Climat. Le premier objectif est d’obtenir effectivement un accord universel au niveau des Etats, qui soit contraignant, pour lutter contre le changement climatique. Le deuxième est de faire en sorte qu’un maximum de pays fasse des contributions volontaires, c’est-à-dire, un engagement des réductions des émissions de gaz à effet de serre. Le troisième objectif concerne le volet financier : les pays développés se sont engagés à réunir US$ 100 milliards par an à partir de 2020 pour soutenir les efforts d’adaptation et d’atténuation des pays en voie de développement face aux conséquences du changement climatique ; il faut aussi déterminer les moyens d’intégrer le changement climatique dans les décisions des investisseurs et des acteurs sur les marchés financiers. Le quatrième pilier, enfin, est celui de l’Agenda des Solutions. Il s’agit d’encourager toutes les initiatives de terrain, venant d’acteurs non-étatiques (collectivités locales, entreprises) qui concourent à démontrer que les choses sont déjà en mouvement. C’est un aspect clé, car l’engage-

ment des Etats doit pouvoir être amplifié par les efforts réalisés sur le terrain. Le succès de la conférence de Paris devra se mesurer à l’aune des avancées réalisées sur chacun de ces 4 piliers. Mais Paris est le début d’une histoire, bien plus qu’un aboutissement. Cette focalisation sur la COP 21, présentée comme « la réunion de la dernière chance », n’emportet-elle pas le risque de générer beaucoup de déception ? La COP 21 porte sur des enjeux essentiels qui ne touchent pas seulement aux aspects climatiques, mais qui renvoient à des problématiques économiques, politiques et sociales. Je constate que les enjeux écologiques sont de plus en plus pris en compte par les acteurs de l’économie. Dans un premier temps, les entreprises ont pu être tentées d’être vertes parce que cela avait du sens en termes de marketing. De plus en plus, elles ont désormais pris conscience des vraies opportunités qu’offrent les solutions vertes. La finance, qui est par nature sensible au risque, ne pouvait pas ignorer durablement le facteur de risque lié au changement

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climatique. Nous commençons à entrer dans un cercle vertueux dans lequel les milieux d’affaires croient un peu plus dans les engagements à long terme des Etats, et où les Etats sont plus confiants quant à l’engagement des entreprises pour investir et prendre des initiatives dans le domaine de l’environnement. Il se construit un narratif positif avec plus de 3000 initiatives, qui seront présentées à Paris.

pas de perdre le public ? Oui, ce risque existe. C’est pour cela qu’il faut faire preuve de pédagogie, et sur la nature de la conférence – c’est à dire sur ce qui va se passer –, et sur ce qui est attendu, à savoir, les 4 piliers qu’on évoquait tout à l’heure. Il n’y aura pas, à Paris, de victoire finale, mais ce doit être une étape décisive, le moment d’inflexion vers une économie mondiale sobre en carbone.

Mais les choses, du point de vue du grand public, semblent aller très lentement… C’est un fait. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, a lui-même déploré que les avancées se fassent à un rythme d’escargot. Ceci fait d’abord référence à la négociation de l’accord lui-même. C’est pour cela qu’il est essentiel d’exercer une pression constructive en montrant tout ce qui se fait de bien.

Comment Singapour s’inscritelle dans cet engagement des Etats contre le changement climatique ? Singapour a été parmi les premiers pays d’Asie à fournir sa contribution nationale dans la perspective de la COP. A la mi-octobre, près de 150 pays, parmi lesquels les pays de l’Union européenne, les Etats-Unis et la Chine, représentant 90 % des émissions de gaz à effet de serre, ont fait de même. Le problème est que la somme des contributions présentées risque de ne pas être à la hauteur de ce qu’il faudrait faire globalement pour

Est-ce que la complexité-même de tout ce processus ne risque

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« Singapour prend des initiatives pour développer la qualité environnementale des bâtiments » (Ici, un immeuble en construction à Cairnhill, et le Tree House)

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Dossier

rester en-deçà d’une augmentation de la température du globe de 2°C. C’est un risque. Mais l’important est de s’inscrire dans une dynamique positive. Pour qu’il y ait davantage de pays qui s’engagent et que les engagements soient plus ambitieux, il est nécessaire que la société civile soit mobilisée et qu’elle fasse pression. Singapour a un rôle positif à jouer. Sa contribution montre que le pays prend en compte sérieusement le sujet. Elle est crédible, complète et étayée. Singapour a par ailleurs un rôle constructif dans les négociations internationales pour parvenir à un accord. C’est vrai au niveau du négociateur en chef singapourien comme de son ministre, Monsieur Vivian Balakrishnan. Enfin, Singapour est présente dans la thématique environnementale dans le cadre de sa participation au regroupement des grandes villes dans le C40, et elle prend des initiatives pour développer la qualité environnementale des bâtiments.


© Carole Caliman

Quel est le degré de préoccupation de Singapour par rapport aux effets du changement climatique sur la cité-Etat ellemême ? Le Premier ministre Lee Hsien Loong a mentionné à plusieurs reprises les préoccupations de Singapour quant aux impacts sur le pays du changement climatique. Il y a une vraie prise de conscience, et cela concerne Singapour au même titre que les autres pays. Pour autant, Singapour n’est pas le Bangladesh. Elle se sait potentiellement moins affectée que d’autres. Du coup, l’homme de la rue ne se sent probablement pas encore assez concerné. C’est bien sûr une illusion et la conscience du public peut encore progresser. La position dont Singapour jouit dans la région lui permet-elle de jouer un rôle particulier ? Singapour développe un narratif positif et aide dans la négociation. Vis-à-vis des autres pays de l’ASEAN, Singapour est souvent en avance de phase sur

Au pied du Treelodge@ Punggol, un panneau met en avant des solutions pour une énergie efficace et écologique

les différents sujets, ce qui irrite parfois certains. Elle doit exercer, avec tact, un leadership par l’exemple. L’un des rôles-modèles les plus intéressants de Singapour, dans le domaine environnemental, n’est-il pas à rechercher dans sa vocation affirmée à être un leader dans le domaine des smart cities ? Singapour a fait objectivement dans ce domaine des efforts que d’autres n’ont pas faits. Notamment dans le domaine du contrôle du développement de la voiture et celui des transports publics. La cité-Etat a eu le mérite de prendre une orientation très claire vers les smart nations en intégrant d’emblée toutes les dimensions, comme celle du service aux citoyens, qui vont au-delà des seuls aspects climatiques. Elle a ainsi développé un modèle crédible. Quels enjeux et opportunités ces développements ouvrent-ils dans le contexte de la relation

privilégiée entre la France et Singapour ? Le projet de smart nation est une très belle thématique de coopération avec Singapour. Un certain nombre d’entreprises françaises, comme Veolia ou Suez, experts dans ces domaines, sont d’ailleurs déjà engagées dans la cité-Etat. De même est-ce Dassault Systèmes qui a été choisie pour réaliser la première représentation virtuelle en 3D exploitant l’ensemble des données collectées. Avec la Chambre de Commerce Française à Singapour (FCCS) nous avons rassemblé dans un document intitulé Urban Innovations l’ensemble des solutions urbaines françaises autour de sept thématiques, en mettant l’accent sur ce qui est innovant. Singapour est un marché de référence qui a valeur de vitrine pour la région. L’idée pour les entreprises est de nouer des partenariats qui permettront aussi d’autres développements ailleurs en Asie. n Propos recueillis par Bertrand Fouquoire

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Dossier

L’héritage colonial de la Garden City De la colonie dans les tropiques à l’éco-tourisme

© NParks

L’historiographie officielle attribue aux pionniers, et particulièrement à Lee Kuan Yew, le mérite d’avoir su mettre en œuvre le développement économique et urbain de la cité-Etat sans rien céder à la nécessité de protéger l’Environnement. Mais les prémisses du concept de cité dans un jardin sont à rechercher jusqu’à l’époque de l’administration coloniale.

A

vant d’atterrir à Singapour, le voyageur peut voir défiler sur son écran individuel plusieurs angles des luxuriants Gardens by the Bay. Dans les couloirs de l’aéroport, il déambule à travers

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un agencement soigné de bananiers et autres plantes tropicales. Premiers contacts, premières impressions de Nature, telles que Singapour les a mises en scène pour promouvoir le concept de cité dans un jardin.


Ce concept renvoie à une représentation particulière de la Nature et de son intérêt sur un plan socio-économique. La construction d’une ville dans un jardin implique des interactions récréatives et agréables entre l’homme urbain et la Nature. Il s’agit d’une Nature-service, maîtrisée mais non exploitée, dont on peut profiter sans qu’elle soit envahissante. Image fantasmée d’une colonie sous les tropiques Dans les premières années de l’administration coloniale, les espaces naturels sont essentiellement mis en valeur pour leurs ressources horticoles. La production de gambier notamment, utilisé pour tanner le cuir, se diffuse sur l’ensemble du territoire, appauvrissant considérablement les zones de forêt tropicale. Parallèlement, la fascination des colons pour les étrangetés de la biodiversité équatoriale favorise la création d’autres espaces naturels dédiés à l’observation expérimentale, comme le premier jardin botanique, ouvert en 1822. A mesure que grandit l’intérêt scientifique et économique pour les richesses de cette Nature, comme les orchidées rares, la volonté de conservation devient une priorité de l’administration coloniale. Au-delà de la biodiversité, il s’agit de conserver un paysage qui réponde à l’image d’une colonie dans les tropiques : verte, humide, dense et fertile. Ce fantasme tropical explique la forme prise par les initiatives de sauvegarde de la Nature singapourienne à partir de 1880 : des réserves naturelles, telles que la Central Catchment Nature Reserve et Bukit Timah en 1883, véritables enclaves de forêt vierge supposées n’avoir jamais

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subi l’influence de l’homme. Ecologie néolibérale La protection de la biodiversité, engagée dès l’époque coloniale, s’est faite au travers de la définition d’espaces méticuleusement protégés au cœur du territoire de Singapour. Depuis la conférence de Rio de 1992 , la tendance dominante, à l’international, est celle d’une écologie politique « néolibérale », dont l’idée centrale est que la meilleure manière de protéger durablement l’environnement est d’en tirer une source de profit, en soumettant la gouvernance environnementale aux règles du marché. L’héritage colonial de Singapour lui permet de s’adapter rapidement à ce nouveau schéma. Ainsi, les Green Plans proposés par le gouvernement priorisent-ils la conservation de l’environne-

ment par sa marchandisation, en commercialisant de plus en plus d’activités de type éco-touristique, comme l’ornithologie, les visites guidées d’espaces naturels, ou l’iconique exemple du Safari, au Zoo de Singapour. Cette soumission de l’environnementalisme à la demande globale d’espaces verts et d’activités liées à la nature tropicale contribue à créer une nature à la demande, où la protection – sinon la recréation – de certains écosystèmes est privilégiée au détriment d’autres, dont les services rendus sont jugés économiquement moins intéressants. L’aménagement de zones côtières dégagées et aérées est ainsi souvent préféré, sauf à Pulau Ubin, à la préservation des mangroves et de la faune qu’elles abritent. n

Page précédente : le National Orchid Garden, situé dans le Jardin Botanique, reste une grande attraction pour les touristes et pour les Singapouriens Ci-dessus : la Bukit Timah Nature Reserve, une enclave de forêt vierge protégée depuis 1883

Zoé Fouquoire

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Dossier

Les Singapouriens ont-ils la main verte ? Un terreau pour la créativité De Sky Greens, pionnier de l’agriculture verticale, à l’utilisation des toits pour promouvoir une agriculture de proximité, façon Comcrop ou Edible Garden City, ou encore le développement d’initiatives communautaires, les Singapouriens démontrent que l’agriculture, quand les contraintes sont fortes, peut être un formidable terrain d’innovation.

L

’agriculture en mode vertical C’est à Kranji, au nord de Singapour, plus proche de la Malaisie que des malls d’Orchard

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Road, que s’invente la ferme de demain. Sur un terrain de 3,65 hectares, et sur des tours d’aluminium de 9 mètres de haut, poussent toutes sortes de légumes à feuilles. Bienvenue chez Sky Greens, l’une


confetti de 718 km2, peuplé de 5,5 millions d’habitants, les tours de béton poussent plus facilement que les légumes. L’espace y est rare et cher. En 1987, Singapour comptait plus de 2000 fermes réparties sur plus de 5 ha. Aujourd’hui, les terres agricoles représentent moins de 1 % de la superficie de l’île. Les fermes locales ne produisent aujourd’hui que 8 % des légumes, 8 % des poissons et 25 % des œufs que les Singapouriens consomment. D’ici 2016, Sky Greens devrait fournir 7 % des légumes à feuilles consommés à Singapour. « Sky Greens doit être un fournisseur de solutions, explique Jack Ng. Avec l’agriculture verticale, nous voulons aider les fermiers locaux à accroître leurs rendements et accroître leurs revenus ». Car la ferme verticale imaginée par Jack Ng ne permet pas uniquement une optimisation de l’utilisation de l’espace, elle permet également des économies d’énergie et d’eau, et de meilleures conditions de travail pour les employés. « Nous avons une productivité 10 % supérieure à celle d’une

© Carole Caliman

© Sky Greens Pte Ltd

des premières fermes verticales au monde, inaugurée en 2012. C’est le projet de Jack Ng, ingénieur singapourien qui a développé une technologie appelée A-Go-Gro. En clair, c’est un système rotatif permettant à des étagères remplies de semis et de légumes, installées sur des tours en forme de A, de monter vers la lumière puis de redescendre puiser des nutriments dans des bacs remplis d’eau et de substrat. Il y a 3 ans, Sky Greens comptait une centaine de tours. Aujourd’hui, cette ferme aux airs futuristes en compte plus de 1000, un chiffre qui devrait doubler d’ici fin 2016. Chaque jour, 800 kg de légumes feuilles, comme du chou chinois, des épinards ou encore du bok choy, sont récoltés et vendus exclusivement dans la chaîne de supermarchés FairPrice. Les prix sont 20 % supérieurs à ceux des légumes venus d’ailleurs mais dans un pays où 90 % de l’alimentation est importé, l’argument « production locale » commence à faire son chemin. Car ce n’est pas un hasard si c’est à Singapour qu’a germé ce genre d’initiatives. Sur ce petit

Page précédente : Sky Greens a développé à Kranji l’une des premières fermes verticales du monde Ci-dessus : grâce à Edible Garden City, les Singapouriens transforment les toits des immeubles en micro-jardins potagers de ville

exploitation traditionnelle et nous voulons que notre impact sur l’environnement soit le plus limité possible » explique-t-il. Pour produire 1 kg de légumes, Sky Greens consomme 12 litres d’eau contre 150 à 300 litres dans une ferme traditionnelle. Economie d’eau, la ferme verticale veut aussi faire des économies d’énergie. « De nombreuses fermes verticales utilisent un éclairage artificiel, comme des LED, mais ici, nous avons optimisé l’espace pour recevoir un ensoleillement naturel maximum », explique l’ingénieur. Selon Jack Ng, la ferme verticale représente un atout majeur pour la main-d’œuvre. « Avec notre système rotatif, le fermier ne se baisse pas pour ramasser les légumes mais il attend que le bac monte à lui ». Des avantages incontestables mais qui nécessitent un investissement assez lourd. Il faut débourser 15 000 S$ pour avoir une tour. Au-delà de Sky Greens, Jack Ng a d’autres ambitions pour l’agriculture à Singapour. Il rêve déjà d’une « Agripolis », intégrant

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la culture maraîchère et l’élevage de poissons et de volailles. « On pourrait imaginer un immeuble où différentes activités agricoles ont lieu à différents étage », explique-t-il. En attendant, la technologie de Sky Greens fait déjà des émules hors de Singapour, comme en Chine ou en Thaïlande.

Edible Garden City travaille avec de nombreuses écoles, restaurants et communautés

Réintroduire l’agriculture en exploitant les toits Jack Ng n’est pas le seul à se pencher sur la question des défis agricoles à Singapour. Une nouvelle génération de pionniers, alliant agriculture et technologie, en quête de solutions pour limiter la dépendance alimentaire, est en train d’éclore. Sur le toit d’un immeuble d’Orchard Road, plantée de centres commerciaux et d’enseignes de luxe, Allan Lim, lui, cultive basilic, menthe

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poivrée et laitues. Il y a tout juste un an avec 5 partenaires, cet entrepreneur a créé ComCrop. « A Singapour, nous manquons de place, les toits peuvent être de formidables espaces à convertir pour l’agriculture », explique-t-il. Comcrop fait appel à l’aquaponie, liant la production animale en milieu aquatique et la production des plantes. Aujourd’hui, il récolte chaque jour 3,5 kg d’herbes aromatiques, qu’il vend aux chefs, aux hôtels et à certains sites en ligne spécialisés. Mais Allan voit grand. D’ici 2016, il compte ouvrir une nouvelle ferme de plus de 4000 m2 pour assurer l’approvisionnement des entreprises agroalimentaires. Grow your own food Utiliser les toits et les espaces urbains non exploités afin de remettre l’agriculture au cœur de

la ville telle est la mission du collectif Edible Garden City, fervent promoteur du mouvement Grow Your Own Food encourageant chacun d’entre nous à cultiver ses propres légumes. Edible Garden City travaille avec plus d’une dizaine d’écoles, 17 restaurants et 6 hôtels, et multiplie les ateliers à travers la ville. A Singapour, il est l’heure de cultiver son jardin ! Parmi leurs récents projets, il y a notamment Open Farm Community (OFC) à Dempsey Hill. Un concept inédit alliant restaurant et ferme urbaine. Sur près de 2000 m2 poussent à la fois des herbes aromatiques, du café, du gingembre mais aussi quelques variétés de fruits. Un véritable oasis à deux pas d’Orchard Road. « Nous avons créé OFC pour que les Singapouriens reconnectent avec la nature,


© NParks

avec l’agriculture, et prennent conscience de ce qu’ils mangent », explique Cynthia Chua, la fondatrice du groupe Spa Esprit, qui possède, entre autres, Open Farm Community. Le restaurant s’approvisionne au maximum auprès des producteurs locaux à Singapour et dans un rayon de 400 km, se limitant donc à des importations de Malaisie. « C’est un défi, explique Daniele Sperindio, le chef de cuisine d’Open Farm Community. Nous avons commencé à planter ce qui est le plus facile à faire pousser, comme les herbes aromatiques, puis on va tenter des choses plus spécifiques, comme l’aragula et, à terme, des légumes plus conséquents comme les courgettes ou les aubergines ». Pour sensibiliser le public singapourien, le restaurant organise même depuis le mois d’août un petit marché de produits locaux.

« Les choses sont vraiment en train de changer, observe Janet Lim, ancienne attachée de presse qui s’est lancée dans la production de confitures. Avant, c’était chic de dire qu’on achetait des courgettes qui venaient d’Australie. Aujourd’hui, on recherche la proximité. » Retrouver le kampung spirit grâce à l’agriculture Si faire pousser ses propres légumes et consommer local sont devenus à la mode, il n’y a pas que les bobos qui s’y intéressent. En plein cœur des HDB les jardins communautaires existent depuis plus de 10 ans. On en compte plus de 700 à travers l’île. Une initiative largement encouragée par le gouvernement, qui, au-delà de l’impact environnemental, y voit un intérêt social. Le jardin deviendrait alors un créateur de

L’agriculture urbaine créatrice de lien social : sur les terrains récupérés, entre les bâtiments et sur les toits, s’épanouissent des communautés de néo-jardiniers qui mettent beaucoup de coeur à l’ouvrage

lien social, réunissant jeunes et moins jeunes autour d’un intérêt collectif commun. A Jurong East, Sky Garden est le premier jardin communautaire avec un accès prévu pour les personnes âgées et handicapées. Plus de 35 volontaires s’activent pour faire pousser tournesols, pastèques et haricots. Les fruits de la récolte sont généralement partagés entre les « jardiniers » ou distribués aux plus démunis. Au total, le gouvernement a dépensé l’année dernière 230 200 S$ pour transformer parkings et toits d’immeubles en jardins potagers. Entre les HDB, les centres commerciaux et les écoles, la cié-Etat se targue d’avoir plus de 50 hectares de toits-jardins. A Singapour, aucune excuse pour ne pas cultiver son propre jardin ! n Marion Zipfel

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15 SHADES Dossier

Le choix du gaz naturel C’est un choix précoce, réalisé dès les premières années de la cité-Etat indépendante : ne pas dépendre du charbon pour la production d’électricité. Aujourd’hui, plus de 90 % de l’électricité consommée à Singapour est générée à partir du gaz naturel. En attendant l’énergie renouvelable…

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Energie renouvelable : le solaire sinon rien Faute de pouvoir s’appuyer sur l’hydroélectricité, la géothermie ou l’éolien, Singapour se concentre sur le solaire, avec le programme Solarnova. Son ambition : 350 mégawatts en 2020, soit 5 % de la capacité de production d’électricité. Partenaire privilégié, le Housing Development Board (HDB) compte équiper 5500 blocs de bâtiments à partir de 2014, soit une capacité de 220 Mégawatts.

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Décourager l’automobile Comment décourager les Singapouriens d’utiliser leur automobile ? Imaginative, Singapour encadre la croissance du parc automobile avec les COE (Certificate Of Entitlement), régule la circulation par des péages urbains, et développe les transports publics. Objectif : faire passer la part des transports publics en période haute à 75 % en 2030.

TRANSPORTS

Voitures électriques : retard à l’allumage On en parle beaucoup, mais on en voit encore peu. Depuis 2011, une étude extensive est menée impliquant 89 voitures électriques et 71 stations de chargement. A l’arrivée, un constat attendu : les infrastructures sont insuffisantes… Difficile de les développer tant que le parc de voitures électriques n’a pas atteint une masse critique. Annoncé : le développement de l’auto-partage.

TRANSPORTS


OF GREEN Le piéton roi ? A pied ou juché sur l’un de ces nouveaux engins électriques tendance (trottinette, Segway, Ninebot…), il est de plus en plus agréable de se promener dans certains quartiers de la ville. Singapour veut développer les zones sans voiture, à l’instar du Civic District, ou temporairement les rendre aux piétons. La marche, meilleure amie des Singapouriens ? A condition qu’ils soient protégés de la pluie et du soleil. Le programme Walk2Ride prévoit d’aménager plus de 200 km de passages couverts en 2018 .

TRANSPORTS

L’essor, très encadré, de la petite reine

A l’ombre des jeunes arbres en hauteur

Parmi les modes de transports écologiques, le vélo a toutes les qualités : il ne consomme rien, ne pollue pas et constitue même une activité physique qui participe de la bonne santé de ses adeptes. Dans ce domaine, Singapour ne manque pas d’ambition. La cité-Etat s’enorgueillit de ses 230 km de pistes cyclables en 2013 (2,3 fois plus qu’en 2009). Elle prévoit d’étendre la toile à 700 km en 2030.

Lee Kuan Yew était connu pour son amour des arbres. Dès le 16 juin 1963 est inaugurée la première campagne de plantation d’arbres « Tree planting Day ». A partir de 2006, le programme ABC waters du PUB transforme le réseau de drainage des eaux de pluie en éléments de décor, tels que rivière et lacs intégrés dans des parcs. Depuis 2009, l’URA encourage les promoteurs à aménager des espaces verts à tous les niveaux possibles des immeubles.

TRANSPORTS

ESPACES VERTS

Distinction très britannique du Jardin Botanique. Magnificence de Gardens by the Bay Depuis 2015, le Jardin Botanique fait désormais partie du patrimoine mondial de l’Unesco. Depuis 1859, il est au cœur du centre ville, un espace de détente, avec ses arbres pluri centenaires, ses orchidées… Plus High Tech, les Gardens by the Bay couvrent un territoire gagné sur la mer entre Marina Bay Sands et Marina Barrage. Deux dômes abritent chacun un écosystème emblématique de la biodiversité. 12 arbres artificiels accueillent 200 espèces de plantes, des panneaux solaires et des collecteurs d’eau de pluie.

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Dossier

Charmes communautaires des futurs Jurong Lake Gardens et retour à la nature du rail corridor Les nouveaux Jurong Lake Gardens, intégrant les actuels jardins chinois et japonais, devraient s’étendre sur plus de 70 ha et accueillir les « community gardeners ». Ailleurs, la récupération par Singapour des terrains anciennement occupés par la voie ferrée permettront de développer un rail corridor sur 24 km.

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PULAU UBIN, conservatoire de la biodiversité Petite île située au Nord-Est de Singapour, Pulau Ubin est d’autant plus chérie des amoureux de la nature et des visiteurs qu’elle fait partie des derniers espaces vierges d’urbanisation. Elle est l’objet d’une attention particulière pour sa biodiversité. Les plans de restauration de Pulau Ubin incluent la mise en valeur des habitats naturels et de la flore pour encourager le repeuplement par les animaux, l’aménagement de sentiers pour les visiteurs, ainsi que l’aménagement d’un centre d’études. A Pekan Quarry, des plateformes de terre humide flottantes pourraient être installées pour la nidification des oiseaux.

ESPACES VERTS

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A Singapour, l’eau mène une double vie

Le modèle éco-smart de la ville dans un jardin

Rare à l’état naturel, l’eau constitue un enjeu clé pour Singapour, dont la consommation est appelée à doubler d’ici 2060. Le PUB (Public Utilities Board) a développé un réseau serré de canaux et de réservoirs (17) pour récupérer et stocker l’eau de pluie. Grâce à l’utilisation des technologies les plus sophistiquées, les eaux usées, une fois recyclées, couvrent 30 % des besoins, et la désalinisation de l’eau de mer, entreprise en 2005, pourrait couvrir 25 % des besoins en 2060. Les Singapouriens devront aussi être plus sobres. Objectif 2030 : abaisser de 151 à 140 litres par jour la consommation par habitant.

Singapour veut s’imposer comme un leader dans le domaine des éco-smart cities. En témoignent, outre l’attention qu’elle porte au développement de laboratoires dans la ville, les multiples événements qu’elle héberge. Créé en 2008, le Centre for Liveable Cities a vocation à partager le savoir sur les villes agréables à vivre. Singapour est aussi l’hôte du World Cities Summit (WCS), de la Singapore International Water Week (SIWW), et du CleanEnviro Summit (CESS). Elle est encore l’inventeur du Singapore Index on Biodiversities.

EAU

SMART CIT Y


Crédits photo © Lee Aik Soon © Carole Caliman | Bukit Panjang Road

Punggol, laboratoire de l’éco-smart city

Le Campus très écolo de la NTU

En 2010, le HDB a dévoilé son projet de construire à Punggol la première écoville. Des panneaux solaires seront installés sur le toit des immeubles. Les habitations seront reliées à une Light Rail Transit station, avec un accès couvert jusqu’au waterfront. Les smart technologies amélioreront le planning et la maintenance des espaces verts autour des HDB. Dans les parcs de stationnement, la rotation des places et l’éclairage seront améliorés par un système intelligent. Les déchets seront centralisés puis recyclés au travers d’un système de convoyage automatisé. Tous les appartements intègreront une infrastructure domotique permettant d’utiliser une panoplie de services proposés par le privé.

La Nanyang Technological University veut devenir l’université la plus verte au monde et réduire la consommation d’énergie, les émissions carbone, l’eau et les déchets de 30 %, entre 2011 et 2020. L’Eco campus fonctionne comme un laboratoire vivant. L’Université travaille notamment avec ENGIE Lab Singapore (programme Powerz) pour transformer le campus et réaliser des synergies avec le CleanTech Park voisin, géré par JTC.

SMART CIT Y

SMART CIT Y

Vers le 0 déchets ? Malgré les initiatives pour diminuer le volume des déchets d’emballage et réduire le gaspillage des produits alimentaires, la production de déchets ne cesse d’augmenter : de 1260 tonnes par jour en 1970, à plus de 8338 tonnes par jour en 2014. Beaucoup reste à faire aussi dans le recyclage. En 2013, les ménages ne recyclaient que 20 % de leurs déchets. La transformation des déchets en énergie a permis de réduire de 90 % le volume des déchets et de produire de l’électricité couvrant 2 à 3 % des besoins de la citéEtat. Le reste est enseveli sur l’île de Semakau. Avec une capacité de 63 millions m3, celle-ci doit répondre aux besoins de Singapour pour l’enfouissement jusqu’en 2040.

© Elie Cortine

© Elie Cortine | Seletar © Carole Caliman | Yishun Pond Park

© Carole Caliman © Carole Caliman | The Oliv, Balmoral © Carole Caliman | Gardens by the Bay

© Carole Caliman | Chinese Garden © NParks | Mangrove Boardwalk at Pulau Ubin

© Elie Cortine | MacRitchie Reservoir © NParks | Bishan, Ang Mo Kio Park © NParks | Punggol Promenade

© i.ytimg.com | NTU Campus

DECHETS

© Carole Caliman

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Publi-rĂŠdactionnel

Le Hollandse Club, le plus français des clubs Hollandais

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Dans la communautÊ très exclusive des clubs à Singapour, il en est de très /053&3&45"63"/5&/5&33"44&&45."*/5&/"/5 guindÊs fondant leur prestige sur la 067&35Ž5064%6-6/%*"67&/%3&%*%&)Ž) 7&/&;&5(0Â5&;"69$)"3.&4%&/053& sÊlectivitÊ de leurs membres et d’autres, ."(/*'*26&$-6#*/5&3/"5*0/"- comme le Hollandse 45"5*0//&.&/5(3"56*5 club qui cultivent les valeurs d’ouverture, de diversitÊ et de simplicitÊ. Il y a d’ailleurs des signes qui ne trompent pas : c’est en français que la très hollandaise Marloes Schoonenberg, rÊcemment arrivÊe au Hollandse club, a rÊpondu à nos questions.

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Le Hollandse Club se trouve au 22 Camden Park (off Adam Road). Contactez-nous – membership@hollandseclub.org.sg – pour recevoir un mois d’essai gratuit. La terrasse est ouverte aux non-membres du lundi au vendredi entre 9:00 h et 15:00 h.

Pourquoi dit-on du Hollandse club qu’il est le plus ouvert des clubs à Singapour ? Marloes – On ne peut pas cacher que le Hollandse club, qui existe depuis 100 ans à Singapour, est un club hollandais. Mais les choses ont beaucoup changé. Parmi les membres du club, on compte aussi de nombreux singapouriens et, au-delà, une grande variété de nationalités parmi lesquelles une proportion croissante de français. C’est précisément cette ouverture qui est aujourd’hui au cœur de son identité. Et pourtant, son nom reste très hollandais Marloes – C’est que les valeurs du club, fondées sur la qualité de l’accueil et une grande simplicité, sont typiques de la culture hollandaise. Faire partie d’un club, ce doit être une source de plaisir et d’enrichissement. C’est bien de se retrouver entre amis, c’est encore mieux de le faire dans un contexte multiculturel, où chacun apporte sa différence et où globalement, tout le monde se comprend en utilisant l’anglais. Depuis quelque mois, le Hollandse club héberge les activités de l’Association Française de Singapour. Lors du récent Café Accueil de l’association, de nombreuses personnes ont découvert le lieu et ont été enchantées par le cadre. Elles n’imaginaient pas qu’il puisse exister un lieu aussi tranquille si près des grands axes et de Farrer road.

Marloes Schoonenberg

Marloes est la nouvelle responsable du développement du Hollandse club. « Le club est très apprécié des familles, mais je souhaite aussi qu’il attire les jeunes professionnels. Même pour y travailler, le club est un endroit exceptionnel car les équipes sont extrêmement enthousiastes et on sent l’envie de tous de créer du bonheur pour les membres. »

Pourquoi s’inscrire à un club et particulièrement au Hollandse club ? Marloes – Il y a probablement autant de réponses que nous avons de membres. Pour les enfants, c’est la possibilité de profiter de la piscine et de pratiquer de multiples activités – natation, water-polo, tennis, judo, taekwondo, basket-ball, football, hockey, la liste est longue – dans un cadre privilégié. Pour les parents, c’est l’opportunité de pratiquer eux-mêmes un sport ou bien de profiter du temps pendant lequel les enfants sont pris en charge pour se reposer, discuter et passer du bon temps entre amis. Pour les adultes qui n’ont pas ou qui n’ont plus d’enfant, c’est un lieu où l’on peut venir déjeuner, se détendre et faire des connaissances. Le week-end, nous venons de lancer une formule de brunch sur la toute nouvelle terrasse du club. De manière régulière, nous organisons des évènements sur le mode sportif et festif. Globalement ce qui est très agréable au Hollandse club, c’est son ambiance détendue et joyeuse. L’idéal serait de pouvoir essayer Marloes – C’est exactement ce à quoi nous avons pensé. Depuis cette année, nous avons mis en place une formule à l’essai qui permet, sans inscription, de profiter pendant 1 mois de tous les avantages du club avant de se décider.

David Verlinde

Depuis 4 ans, David supervise au Hollandse club l’ensemble des activités de natation. « Il y en a pour tous les goûts et pour tous les niveaux. On peut nager pour le plaisir, ou s’entraîner pour la compétition. Nous avons pour les adolescents de 12 à 16 ans une activité de water- polo. Plusieurs personnes s’entraînent pour le triathlon et nous avons lancé pour les helpers des cours de natation qui sont très appréciés. »


Les Français à Singapour

The Blue Circle, l’éolien à la conquête de l’Asie du Sud-Est Trois Français dans le vent

© The Blue Circle

The Blue Circle, c’est l’histoire de trois Français, Olivier Duguet, Jeff Peron et Gilles Beau, qui ont entrepris d’installer des centrales de production d’électricité éolienne en Asie du Sud-Est. Des bâtisseurs de nouvelles cathédrales qui ne se laissent impressionner par aucune difficulté.

En médaillon : Olivier Duguet (haut), cocréateur et CEO de The Blue Circle. Avec lui, Jeff Peron, co-créateur et CFO, et Gilles Beau (bas) Directeur du développement

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Q

uelle est l’histoire de The Blue Circle ? Gilles Beau – The Blue Circle a été créée en 2012 par Olivier Duguet, serial entrepreneur vert et l’un des pionniers du développement de l’éolien en France. En 2001, il a créé la Société Fran-


çaise d’Eoliennes (SFE), spécialisée dans les technologies propres – éolien et hydroélectricité – revendue en 2007. Avec The Blue Circle il se relance dans l’éolien pour couvrir les marchés émergents de la Thaïlande, du Vietnam, de l’Indonésie et du Cambodge. Comment décrire votre projet ? The Blue Circle veut devenir un producteur d’énergie indépendant, c’est-à-dire une structure intégrée qui investit dans l’installation de centrales de production d’électricité dite « propre », essentiellement des éoliennes. Elle se rémunère au travers de l’exploitation de ces centrales pour produire de l’électricité qu’elle revend aux sociétés nationales de distribution. Le fait qu’on ne parle plus de fermes d’éoliennes mais de centrales de production d’électricité révèle l’évolution du secteur qui, d’un positionnement de type alternatif, s’impose désormais comme une source d’énergie à part entière, dont l’exploitation requiert des investissements très importants. Comment êtes-vous organisés ? Aux côtés d’Olivier Duguet, CEO de l’entreprise, Jeff Peron, directeur financier et spécialiste des fusions-acquisitions, s’occupe de l’ensemble des aspects liés au financement des projets. Mon domaine est celui de la technique. A nous trois, nous disposons d’une expertise acquise dans la gestion de gros projets en Chine, en Australie, aux EtatsUnis et en Europe. Pourquoi l’éolien? C’est dans l’éolien que notre valeur ajoutée est la plus évidente car cela demande plus de technicité et de capitaux dans la phase

© The Blue Circle

de développement. L’éolien permet de produire de l’électricité propre, sans trace carbone. Aujourd’hui, la technologie a beaucoup évolué et permet d’équiper des zones moins ventées avec des prix de revient très compétitifs. Si on ajoute les solutions qui se dessinent pour le stockage, rien ne s’oppose à ce que les technologies propres satisfassent un jour 100 % des besoins et remplacent les énergies fossiles et le nucléaire. De plus, l’éolien a un très faible impact sur l’utilisation des terrains nécessaires pour son implantation. Contrairement au solaire, la surface au sol est minimale et laisse place à la poursuite de l’agriculture jusqu’à la porte de chaque éolienne. Quelle est l’ambition à long terme de The Blue Circle ? Pour Olivier Duguet, l’énergie fossile est morte. L’avenir appar-

tient aux énergies renouvelables et ce sont de nouveaux opérateurs qui vont émerger. Personnellement, je suis un passionné du vent au travers des sports que je pratique, comme la planche à voile et le parapente. Mon engagement relève aussi d’une vision long terme concernant le monde dans lequel évolueront nos enfants. Est-ce qu’on continue à foncer dans le mur, ou est-ce qu’on fait quelque chose maintenant ? Il y a beaucoup de manières d’agir. On peut le faire sur le plan diplomatique, dans le cadre d’une ONG, dans le domaine de la sensibilisation des jeunes et du public, sous forme d’entrepreneuriat privé. J’ai choisi de le faire sous cette forme. Mais attention, une centrale de production d’énergie éolienne, c’est un projet très lourd. On n’est pas dans le registre du business social, même si le projet est porté par une vision extrêmement stimulante.

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Pour Olivier Duguet, l’énergie fossile est morte ; l’avenir appartient aux énergies renouvelables et ce sont de nouveaux opérateurs qui vont émerger

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Signe des temps : on ne parle plus aujourd’hui de fermes d’éoliennes mais de centrales de production d’électricité La technologie a beaucoup évolué : Eolienne BESTROMANI à Nogent-le-Roi (Eure et Loir) 1955-1965

Quelle est la situation des énergies renouvelables dans les pays d’Asie du Sud-Est ? A maints égards, la situation ressemble, avec 15 ans de décalage, à celle de la France en 2000. Longtemps, la faiblesse des vents en Thaïlande, en lndonésie ou au Cambodge a été un obstacle au développement de l’éolien. Aujourd’hui, la technologie a suffisamment évolué pour que l’exploitation devienne rentable. Les pays sont très demandeurs. L’objectif du Vietnam est de produire 1000 mégawatts à partir de centrales éoliennes en 2020 et 6200 mégawatts en 2030. A quelles difficultés êtes-vous confrontés ? Le développement de centrales de production d’électricité éolienne se heurte à d’importantes difficultés, à commencer par les aspects logistiques. Les éoliennes

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représentent des équipements extrêmement lourds. La nacelle, c’est-à-dire la partie qui, en haut de la tour, contient les générateurs, peut peser à elle seule une centaine de tonnes. Lorsqu’il faut acheminer par la route des parties d’équipement aussi lourdes, dont les tronçons peuvent atteindre jusqu’à 60 m de long pour les pales, cela exige des infrastructures (routes, ponts) de très bonne qualité. En Asie du Sud-Est, la Thaïlande est le seul pays qui dispose de telles infrastructures. Le Vietnam évolue très vite. L’autoroute côtière est en plein travaux d’élargissement, mais dès qu’on en sort il faut prévoir des aménagements spéciaux. Il y a aussi des restrictions qui sont liées aux réseaux de distribution d’électricité. Sur un plan technique, les réseaux existants dans les pays de la région sont assez faibles et permettent à

© Jean-Luc Cavey

© The Blue Circle

Les Français à Singapour

peine de transporter l’électricité produite. Les opérateurs de réseaux ont parfois peur que l’électricité d’origine renouvelable (solaire ou éolienne) déstabilise leur réseau. Par ailleurs, quand on identifie un territoire, il y a tout un travail à réaliser en concertation avec les occupants. On essaye d’avoir une approche différente en travaillant avec les communautés pour obtenir l’adhésion des parties prenantes. On a choisi d’appliquer pour cela des conditions similaires à celles en Europe ou en Australie, qui sont plus contraignantes que les normes existantes, souvent très limitées… Enfin, des études environnementales sont systématiquement réalisées. Que représente un projet typique dans le domaine de l’éolien ? Un programme de centrale


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éolienne d’une capacité de 30 mégawatts représente un investissement de 50 à 60 millions de dollars. Pour donner un ordre de grandeur, cela représente la fourniture d’électricité pour une agglomération de 60 000 maisons dans la région. Comment The Blue Circle finance-t-elle ses projets et son développement ? L’électricité éolienne est souvent le fait d’acteurs privés qui signent avec les entreprises de distribution des contrats de rachat d’électricité à des prix garantis. Ces contrats permettent de sécuriser des investissements réalisés sur des périodes longues avec une certaine variabilité. Le modèle de The Blue Circle implique de jongler entre les contraintes d’équilibre financier à court terme et des investissements, dont le retour se fait sur

des cycles de 20 à 25 ans. Dans le secteur, il y a 2 types d’acteurs. Il y a les développeurs, qui se concentrent sur la phase amont : prospection et études de faisabilité, montage du projet, sélection des équipements et sécurisation juridique et contractuelle (lien avec les propriétaires et exploitants des terrains, contrat avec la société de distribution). Et puis il y a des sociétés d’exploitation qui réalisent la construction des éoliennes puis leur exploitation. The Blue Circle couvre l’ensemble du spectre : celui de l’étude et celui de l’exploitation. Pour assurer son financement à court terme elle devra vendre certains projets finalisés à des sociétés d’exploitation et en garder d’autres en portefeuille dont elle assurera l’exploitation. Singapour, où vous êtes installés, présente-t-elle un

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intérêt particulier ? Singapour a la volonté de développer les énergies renouvelables, essentiellement le solaire, car l’éolien n’est pas, a priori, une solution viable, compte tenu de l’exiguïté du territoire et de la faiblesse de la ressource en vent. Ce qui est intéressant sur place, c’est la proximité des partenaires financiers et la possibilité de recruter des personnes qualifiées. C’est un écosystème intéressant. Dans le solaire, le SERIS (Solar Energy Research Institute of Singapore), par exemple, finance des programmes de recherche sur des technologies exploitables dans les contextes tropicaux. La position géographique de Singapour au cœur de l’Asie du Sud-Est en fait aussi une plateforme idéale pour gérer des développements sur toute la zone. n

Longtemps, la faiblesse des vents en Thaïlande, en Indonésie ou au Cambodge a été un obstacle au développement de l’éolien. La technologie a changé la donne

Bertrand Fouquoire

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Photo Reportage

c’est beau Geylang la nuit Photos Elie Cortine


Photo Reportage

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est à la nuit tombée, quand les rues commerçantes s’illuminent et que dans les ruelles adjacentes se presse une faune hétéroclite, qu’il faut découvrir Geylang. Sous l’éclairage bleu, jaune et rose des néons défilent des scènes qui renvoient à la fois à Pagnol, à Paris Texas et aux peintures d’Edward Hopper.

Situé à quelques encablures du très propre sur soi Central Business District et à proximité immédiate du Sports Hub, le quartier de Geylang la nuit surprend par son dénuement et envoûte bientôt le visiteur par son humanité. On y croise les destinées d’hommes et de femmes de tous âges et de toutes conditions. Les rues offrent une alternance de lumières et d’obscurité, de places animées et désertes, de rires joyeux et de grandes solitudes. L’imagination s’éveille à mesure que la nuit s’assombrit et que les lampes veillent. Des gens s’interpellent, plaisantent ou se disputent comme le feraient les personnages de Pagnol. D’autres endroits fatigués et blafards font presser le pas. On atterrit invariablement entre deux éblouissements, devant une échoppe ou un restaurant, qui agissent alors comme un miroir de ses pensées du moment. Paradis du photographe, qui ausculte les visages, s’imprègne des couleurs et saisit une kyrielle d’histoires d’hommes. Geylang, ville secrète, se donne à qui sait la prendre. n


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La fabuleuse histoire d’Amoy Canning Georges Chuang, le roi de la sauce soja c’est une institution. Du poulet sauce rendang en passant par la pâte de curry, le lait de soja ou encore les sardines à la tomate, voilà plus d’un siècle que les produits Amoy Canning sont présents en Asie. A Singapour, une telle longévité est exceptionnelle. Plongée dans une saga familiale faite de rendez-vous gagnants avec la chance comme avec l’Histoire.

© Amoy Canning

C’est sur le pas de la porte de son usine, à Jurong, qu’il vous accueille, petit homme replet, affable, et disponible. A 65 ans, Georges Chuang est à la tête d’Amoy Canning, une entreprise agroalimentaire singapourienne qui fabrique des boissons et des plats préparés en conserve. Pour la plupart des Occidentaux, ce nom n’évoque rien de particulier. Ici, plus qu’une marque,

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Page précédente : derrière le CEO actuel de Amoy Canning, Georges Chuang, et son fils, 3 générations d’entrepreneurs qui ont fait prospérer l’entreprise familiale

© Amoy Canning

Ci-contre : les bâtiments industriels d’Amoy canning à Jurong. Le créateur de l’entreprise, un pharmacien herboriste vivant en Chine, s’est lancé dans la sauce soja pour qu’elle cesse de tuer ses enfants

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© Amoy Canning

auce qui tue L’histoire commence mal. Nous sommes à la fin du 19 ème siècle, à Amoy (aujourd’hui Xiamen), une ville côtière de la province du Fujian, plus de mille kilomètres au sud de Shanghai. Une terrible épidémie de fièvre typhoïde s’abat alors dans la région. Pharmacien-herboriste de la ville, Ng Teng Guan perd coup sur coup 5 de ses 13 enfants, emportés par la maladie. Désespéré et redoutant d’en perdre encore d’autres, il décide de quitter Amoy pour sa maison de campagne, à quelques kilomètres de là. Ng Teng Guan en est persuadé : c’est l’eau de la ville, et plus encore l’eau contaminée servant à la préparation de la sauce soja, qui a tué ses fils. Ng Teng Guan se lance donc dans la confection de cet ingrédient essentiel de la cuisine chinoise en utilisant l’eau de source présente sur sa propriété. Résultat immédiat : plus aucun de ses enfants ne meurt. Mieux encore, ses voisins lui réclament cette sauce « bio » avant l’heure. Fort de ce succès, il fonde en 1908 une société qui

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Singapour Autrement

© Amoy Canning

Le spécialiste de la sauce soja s’est progressivement diversifié dans les boissons et les biscuits

commercialise des petits plats aux légumes ou au porc, toujours agrémentés de sauce soja. Conditionnées dans des pots d’argile, ces recettes séduisent la diaspora chinoise, notamment aux Philippines. Mais les pots sont fragiles et se brisent par centaines pendant les traversées en mer. En 1913, un Américain résout le problème en faisant découvrir à Ng Teng

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Guan une invention révolutionnaire : la boîte de conserve. La compagnie de Ng Teng Guan tient enfin son nom : Amoy Canning. En attendant des jours meilleurs ? L’entre deux-guerres est une période de grande prospérité pour Amoy Canning qui multiplie les ouvertures de conserveries en Chine et parvient à

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absorber son principal concurrent, Ta Tong. Mais lorsque la guerre éclate entre la Chine et le Japon en juillet 1937, le patriarche vient de mourir, et son fils, Wong Tok Sau, décide de déménager le siège de l’entreprise à Hong Kong. Le répit sera de courte durée : en décembre 1941, la concession britannique tombe à son tour aux mains des Japonais. La pénurie


Singapour Autrement

© Amoy Canning

Amoy Canning est aussi célèbre à Singapour qu’Olida le fut en France à une époque

frappe toute l’île et les soldats nippons réquisitionnent les graines de soja pour nourrir leurs chevaux. Tandis que les conserveries ferment une à une leurs portes en attendant des jours meilleurs, Amoy Canning voit son activité décuplée. Son entrepôt est rempli d’un miraculeux chargement destiné aux Philippines, resté à quai en raison du conflit qui s’intensifie. La marque acquiert donc une position de quasi-monopole et s’approprie le marché de Hong Kong. Pour les Japonais aussi ces milliers de conserves sont du pain béni : elles leur permettront de nourrir à moindre frais les Britanniques retenus dans leurs camps de prisonniers. Mais une fois la guerre finie, Amoy Canning est au bord de la faillite. L’entreprise ne dispose ni du fer nécessaire à la confection des boîtes de conserve ni des matières premières pour réaliser ses recettes. Elle s’interroge sur son avenir. Autre coup de chance ? C’est d’outre-mer que viendra la solution : un ancien

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prisonnier britannique, se souvenant d’avoir dû son salut en captivité grâce aux boîtes de porc et de haricots, fait parvenir à Amoy Canning un chargement de tôles et de soja. L’entreprise est sauvée. Amoy Canning, grandeur et misère du « made in Singapore » Amoy Canning la Chinoise ne devient singapourienne qu’en 1951, au moment où l’entreprise ouvre une usine sur l’île et y fixe son nouveau siège social. Amoy Canning est devenue fabricante de boissons, à commencer par le lait de soja. L’ancienne petite conserverie se transforme petit à petit en multinationale et ouvre des bureaux en Malaisie, en Indonésie, aux Philippines et en Australie. A chaque pays son produit phare. Pour le marché britannique, Amoy Canning confectionne de petits morceaux de gingembre confit qui sont devenus des incontournables du tea time. A Singapour, la marque accompagne

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le développement de la jeune nation et de son armée dont elle devient, des années 60 aux années 80, le fournisseur officiel. Pour toute une génération de baby-boomers, Amoy Canning est alors aussi connue qu’Olida (l’ancêtre de Fleury Michon) l’était en France. Amoy Canning fait partie de ces heritage brands que les Singapouriens aiment citer en exemple. George Chuang, qui est aujourd’hui à la tête de la société, est le quatrième représentant de la famille. Il a succédé à son père en 1999 et s’apprête à transmettre les rênes de l’entreprise à son propre fils, Darius. Mais la société est à l’aube d’une profonde mutation. L’usine de Jurong devrait cesser toute activité d’ici la fin de l’année, l’entreprise se concentrant sur le développement de la marque. Une fermeture qui signerait la fin du « made in Singapore » pour cette icône de la cité-Etat. n Sophie Pagès


Singapour Autrement

John Tan Paysagiste à Kranji Retour à la terre Pépiniériste à Kranji, John Tan est passé de l’informatique aux jardins, qu’il dessine pour des particuliers ou lors de compétitions internationales, comme celle de Chelsea où il a obtenu une médaille d’argent. Mais son petit paradis est aujourd’hui menacé d’être transformé en terrain militaire.

© Elie Cortine

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En médaillon : John Tan, informaticien reconverti Au dessus, les rangées très ordonnées des plantations dans sa pépinière de Kranji

omment se déroule une compétition dans le domaine du paysagisme ? John Tan – Le principe de la compétition est d’allouer à chacun un espace vierge, de taille variable, par exemple de 10 m sur 12 m, en leur proposant d’y élaborer un jardin en partant de rien. A Chelsea, j’ai fait le choix de créer un jardin tropical avec plusieurs chutes d’eau. Avec cette création je souhaitais livrer ma propre interprétation de Singapour. J’ai utilisé le métal en faisant alterner des tiges brutes et rouillées avec d’autres étincelantes et torsadées, pour montrer comment le neuf fait corps avec l’ancien. Ce qui m’intéresse, c’est de parvenir à créer l’illusion de l’espace. Pour cela, je n’hésite pas à tirer parti du décor alentour. Comment les choses se passentelles lorsque vous intervenez chez un particulier ? Quand j’interviens chez un particulier, je commence par écouter. Je suis très attaché à l’harmonie nécessaire entre


Quel a été votre parcours ? Je suis de formation ingénieur en informatique. J’ai travaillé un certain temps dans ce domaine, mais j’ai connu des soucis de santé qui m’ont fait voir les choses de manière différente. J’ai pris 6 mois de congé sabbatique et suis allé travailler avec mon ami Raymond, propriétaire d’une pépinière. Je me suis découvert une passion et me suis pris au jeu. Pendant 6 ans, j’ai suivi des cours du soir au Jardin Botanique. J’ai commencé par étudier l’horticulture parce qu’il est essentiel de connaître les plantes et le sol. J’ai poursuivi ensuite pendant 3 ans dans le domaine du paysagisme. J’ai créé ma propre entreprise, Esmond design, en 2000. n Propos recueillis par Elie Cortine et Bertrand Fouquoire

Un havre de paix, avec son étang, en grand danger de disparition car le territoire de Kranji pourrait bien être cédé aux militaires

© Elie Cortine

Quel rapport les Singapouriens entretiennent-ils avec le jardinage ? Certains Singapouriens, particulièrement ceux qui ont vécu à l’étranger, aiment travailler dans leur jardin. Mais ils ne sont pas nombreux ; ne seraitce qu’à cause de la température. L’autre difficulté est liée au rythme de vie. Les Singapouriens préfèrent payer une tierce personne pour s’occuper de leur jardin.

John Tan en pleine conférence de presse au milieu de ses plantations

© Elie Cortine

l’intérieur et l’extérieur. En 2009, je suis intervenu pour le compte d’un jeune couple singapourien dont les deux filles étaient adolescentes. L’objectif, c’était de créer un jardin dans lequel elles aient envie de faire venir leurs amis plutôt que de sortir.

Kranji : havre agricole dont les jours sont comptés Située au Nord-Ouest de Singapour, Kranji plonge le visiteur dans un décor de campagne qui pourrait évoquer la Normandie. Une petite route serpente entre les arbres. Le long du chemin s’égrènent un chapelet de pépinières, une ferme de crocodiles, un élevage de chèvres, des centres de pisciculture, des élevages de grenouilles, la culture de la wheat grass et des champignons. Un petit paradis vert qui pourrait bien disparaître si, comme elle en a le projet, l’Armée récupère le territoire en 2017. Si on leur proposait de s’installer ailleurs, ces éleveurs et pépiniéristes auraient du mal à repartir de zéro. Beaucoup préféreraient arrêter.

Les exploitants sont réunis depuis 10 ans dans le cadre de la Kranji Countryside Association, qui « promeut l’agriculture, la sécurité alimentaire et le développement durable, la santé, l’éco et l’agro-tourisme, l’éducation, la conservation, la détente et le lien communautaire ». Un arpent de terre à Singapour pour cultiver des produits sains et écologiques. Une belle idée de visite en famille, d’autant plus qu’il est possible de faire son marché, chemin faisant, ou bien de déguster les produits locaux, en version écolo, chez Bollywood Veggies ou au bistro, voire d’y organiser des séminaires d’entreprise, version nature, au Nyee Phoe.

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Culture

CINÉMA – Les deux visages du cinéma singapourien Entretien avec Raphaël Millet Le cinéma singapourien présente la caractéristique insolite d’un cinéma à deux visages : le premier, d’inspiration essentiellement malaise et indienne, plein d’exubérance, jusqu’au début des années 70 ; le second, majoritairement chinois, à partir des années 90. Entre les deux, une sorte de long coma créatif. Auteur de deux ouvrages sur le cinéma singapourien, Raphaël Millet revient sur l’âge d’or du cinéma avant l’indépendance de Singapour, puis sur le renouveau qui s’est opéré depuis 1985 dans un genre radicalement différent.

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En médaillon : Raphaël Millet, écrivain, producteur de cinéma et associé de la société Phish Communications, basée à Singapour

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ourquoi un cinéma à deux visages ? Singapour offre le cas d’une histoire cinématographique totalement coupée en deux. Il y a eu une première époque du cinéma singapourien, allant grosso modo du lendemain de la Seconde Guerre mondiale au tout début des années 1970. La période a été dominée par deux grands studios, la Malay Film Productions montée par les frères Shaw en 1947, et Cathay-Keris, monté par Loke Wan Tho, le tycoon du groupe Cathay. L’objectif des groupes Shaw et Cathay était surtout d’alimenter les immenses réseaux de salles qu’ils avaient créés à Singapour mais aussi en Malaisie et en Indonésie. Cela signifiait qu’il leur fallait toucher un large public dont la lingua franca était alors le Malais. En conséquence, ce cinéma, bien que produit par des Chinois, était réalisé par des réalisateurs indiens ou malais, avec des acteurs presque exclusivement malais. Toutefois, ce cinéma malais « made in Singapore » ne résista pas aux changements entraînés par


l’indépendance. Les Shaw relocalisèrent une partie de leurs activités en Malaisie dès 1964-65, et fermèrent leurs studios singapouriens dès 1967. Cathay fit de même six ans plus tard. Hormis quelques faibles tentatives indépendantes de combler le vide ainsi laissé en inventant autre chose, il n’y eut plus rien de bon. A tel point que la production stoppa net à Singapour dès la fin des années 1970. S’ensuivit un long coma créatif de plus de quinze ans.

Quel type de cinéma prévalait à Singapour jusqu’à la fin des années 60 ? Le cinéma de ce qu’on appelle pfois « l’âge d’or du cinéma malais » était extrêmement diversifié. Plusieurs centaines de longs métrages ont été faits en 25 ans. Tous les genres s’y sont croisés : des comédies, des drames urbains, des films noirs, des films à sketches, des films d’aventures, des drames historiques, et une flopée de films d’horreur peuplés de monstres super kitsch issus du très imaginatif folklore malais : l’homme-huile (qu’on ne peut jamais attraper, car, couvert d’huile, il glisse entre les mains de ses poursuivants), la Pontianak (une vampire femelle qui ne cesse d’osciller entre la grande beauté et la grande laideur). Il y eut aussi pléthore de films d’époque généralement situés aux environs des 14ème et 15ème siècles connus pour le rayonnement de la culture malaise à partir du Sultanat de Malacca, avec des héros tels que Hang Tuah et Hang Jebat qui sont un peu les équivalents locaux de nos Robin des Bois et autres Mousquetaires. Dans un autre registre, il y eut même un James Bond local, nommé Jefri Zain (« My name is Zain…

© Cathay Organisation Ptd Ltd

L’âge d’or du cinéma malais

Jefri Zain… ») et joué par une des stars masculines de l’époque, le Malais Jins Shamsuddin. Qui étaient les stars de l’époque ? A l’instar de Jins Shamsuddin, les stars de cinéma locales régnaient à l’écran et sur les couvertures de magazines, mais elles étaient le plus souvent soumises au bon vouloir des studios Shaw et Cathay qui les enferraient dans des contrats de longue durée, sur le même modèle que celui des studios hollywoodiens. Seuls des très grands artistes tels que l’acteur P. Ramlee ou l’actrice Maria Menado pouvaient aspirer à une certaine indépendance. P. Ramlee, fut sans doute l’artiste le plus complet : il jouait aussi bien des rôles comiques que dramatiques, composait ses musiques,

© Shaw Organisation Ptd Ltd

Page précédente : Maria Menado, ici dans Korban Fitnah, aux côtés de N. Alcaff et de Sukarno M. Noor, a été l’une des grandes stars de la première époque du cinéma singapourien Ci-dessus : P. Ramlee,à la fois acteur, scénariste et réalisateur, Wahid Satay et Zaiton

chantait ses chansons, dansait, écrivait ses scénarios, et enfin les tournait lui-même. Il travailla toute sa vie pour la Malay Film Productions, tout en sachant affirmer son indépendance au sein même de ce studio obéissant avant tout à la férule familiale des frères Shaw. Maria Menado, elle, poussa le désir d’indépendance jusqu’à quitter Cathay-Keris et fonder sa propre maison de production pour faire les films qu’elle voulait, chose plutôt rare pour une femme malaise d’alors. Mais il y eut bien d’autres stars, avec des acteurs tels que Wahid Satay, originaire de Sumatra, principalement attaché au studio Cathay-Keris, ou des actrices telles que la ravissante Zaiton, originaire de Changi, et jouant dans les productions des frères Shaw.

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© Shaw Brothers

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Culture

Quels sont les films représentatifs de cette époque ? Il faut essayer de voir deux ou trois bons vieux P. Ramlee. Dans la veine dramatique, son grand classique est Penarek Beca (Le conducteur de pousse-pousse), tourné en 1956, et librement inspiré d’un film japonais de 1943, The Rickshaw Man. Dans la registre mélodramatique, il y a Ibu Mertuaku (Ma belle-mère). Dans la veine historique, il y a Hang Tuah de 1956, que P. Ramlee n’a pas tourné mais dans lequel il a tenu le rôle titre. Et dans le genre comique, on peut voir Seniman Bujang Lapok (Les trois artistes célibataires), qui n’est autre qu’une mise en abîme délirante de l’industrie cinématographique de cette époque.

P. Ramlee dans Seniman Bujang Lapok (1961) Les studios Cathay sur East Coast Road en 1950 Anak-ku Sazali, Sazali mon fils, 1956, à l’Empire Theatre

Le renouveau du cinéma singapourien A partir de quand voit-on émerger à nouveau un cinéma singapourien ? La sortie de coma s’est faite dans

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la première moitié des années 1990. Progressivement, avec tout d’abord des courts métrages, essentiellement ceux d’Eric Khoo, jusqu’à son premier long métrage, Mee Pok Man, en 1995. Cela a correspondu à un moment de relâchement relatif de la pression d’ensemble pesant sur la société singapourienne. Les objectifs de rentabilité, de productivité, etc. ne pouvant plus être le seul horizon, surtout pour les jeunes singapouriens nés après l’indépendance, il fallait bien trouver autre chose, ouvrir des espaces de liberté. Cela s’est ressenti dans le théâtre, mais aussi dans le domaine de la musique, comme dans celui du cinéma. Les cinéastes actuels sont venus à la création depuis les années 1990. Ils ont peu de choses à voir avec le cinéma des années 1950-70. Leur culture cinématographique s’est construite sur autre chose. Certains ont été beaucoup influencés par le cinéma d’auteur occidental et asiatique, notamment

celui de Taïwan et Hongkong. Il y a les films d’auteur fortement empreints d’une mélancolie urbaine, tels que ceux d’Eric Khoo (Mee Pok Man, 12 Storeys), Kelvin Tong et Jasmine Ng (Eating Air) et Royston Tan (15), qui ont marqué la période 1995-2005. Les « héritiers » de cette approche cinématographique sont, depuis 2006, des cinéastes tels que Ho Tzu Nyen (HERE, 2009), Boo Junfeng (Sandcastle, 2010) et Anthony Chen (Ilo Ilo, 2013), qui sont dans une veine mélancolique parfois teintée de légère nostalgie, notamment parce qu’ils s’interrogent sur le passé de Singapour. Quelles sont les œuvres marquantes de cette époque ? Le film d’Eric Khoo, Mee Pok Man (1995), est un must. C’est avec ce film que tout a recommencé. Tout le style d’Eric Khoo s’y trouve déjà ; style qui eut une influence considérable sur les jeunes réalisateurs qui apparurent dans son sillage


© Shaw Organisation Ptd Ltd

jusqu’au milieu des années 2000. Perth (2003), de Djinn, reste un peu une exception, car il est d’une mélancolie différente de celle des Khoo, Tong et Tan, évoquée plus haut. Perth est un film rugueux, très marqué par les codes cinématographiques occidentaux. Le personnage du chauffeur de taxi, en perte de repère, est très symboliquement nommé Harry, clin d’œil au prénom occidental que Lee Kuan Yew utilisa dans sa jeunesse… Ce film est un peu le Taxi Driver singapourien. Perth tranche par son approche esthétique. Il prend le mythe de la réussite singapourienne complètement à revers, en traitant le thème de l’échec avec un véritable sens de la tension narrative, laissant la porte ouverte aux comportements explosifs. Enfin, il y a HERE ( 2009), du réalisateur expérimental et artiste contemporain Ho Tzu Nyen, fortement influencé par Michel Foucault. Cette histoire d’asile d’aliénés est une métaphore cauchemardesque

mais pas totalement dénuée de pertinence sur Singapour.

Tournage dans le studio Shaw en 1960

Comment les cinéastes jouent-ils avec la censure ? Certains cinéastes affrontent directement le système, voire le provoquent, comme le fit Royston Tan en 2003 avec 15, dans la version originale duquel apparaissait un pénis en gros plan. Royston Tan savait pertinemment qu’il devrait être coupé. Mais c’était sa manière de se rebeller, à l’instar, dans son film, des adolescents en plein rejet de la société singapourienne. Royston Tan est ensuite sagement rentré dans le rang, et est même devenu une sorte de « darling » des autorités cinématographiques locales. D’autres cinéastes savent se jouer habilement de la censure, en construisant des films intelligents, offrant divers degrés de narration et donc de compréhension, comme dans le cas de Ilo Ilo d’Anthony Chen, ou de Sandcastle de Boo Junfeng.

P. Ramlee en pleine action

© Shaw Organisation Ptd Ltd

D’autres réalisateurs, dans un registre documentaire, traitent aussi de sujets difficiles, et se heurtent à la censure dès qu’ils touchent à l’histoire politique de Singapour. Cela a été le cas de la réalisatrice Tan Pin Pin, dont le film To Singapore, With Love (2013), traitant des exilés politiques singapouriens, a reçu une classification « Not Allowed for All Ratings », qui de fait en a rendu toute projection publique impossible à Singapour. Il existe enfin un réalisateur, Martyn See, qui est l’enfant terrible du cinéma de Singapour et dont les œuvres sont systématiquement interdites. Ses documentaires engagés parlent en profondeur de la vie politique singapourienne, passée et présente, dont le séminal Singapore Rebel (2004) et l’essentiel Zahari’s 17 Years (2006) sur Said Zahari, un « opposant politique » emprisonné pendant 17 ans. n Propos recueillis par Bertrand Fouquoire

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Agenda | Sélection de la rédaction

15-30 NOVEMBRE 17 24

LES GAZELLES EDEN

20 29

KALAA UTSAVAM

20 12

THE EMPEROR’S NEW CLOTHES

déc.

22

CINÉ-KID : LA BÛCHE DE NOËL

26 6

26th SINGAPORE INTERNATIONAL FILM

déc.

146 films, 51 pays représentés • Projections dans diverses salles de cinéma, programme sur SGIFF.com

26 28

UN AIR DE FAMILLE

28 29

SSO BABIES’ PROMS

4 13

5th RENDEZ-VOUS WITH FRENCH CINEMA (rendezvouswithfrenchcinema.sg)

10 19

CRAZY CHRISTMAS: A GROUND NUTCRACKER

11 13

CHRISTMAS CONCERT

11 12

ZOUK OUT

Des films en français tous les mardis à l’Alliance Française, 20h00

Festival d’art indien : musique, danse, théâtre, ateliers, spectacles pour enfants… • Esplanade

Une production de la compagnie Wild Rice : une note singapourienne dans le comte d’Andersen • Drama Centre Theatre

L’Agenda en temps réel

Un dimanche par mois, à l’Alliance Française, un goûter à 16h00 et le film à 16h30

Une production The Theatre Factory, d’après la comédie de Cédric Klapisch • Alliance Française

Concert interactif du Singapore Symphony Orchestra réservé aux jeunes enfants • Victoria concert Hall

1er-15 DÉCEMBRE jsk

6

1 2 1 15 3 9

CIRQUE DU SOLEIL-TOTEM

Un chapiteau dans la baie du Marina Bay, pour un spectacle magnifique

ELTON JOHN

Les grands classiques de sa tournée “All the hits” • The Star Theatre

LA GRANDE BOUFFE VATEL Des films en français tous les mardis à l’Alliance Française, 20h00

8th ASEAN PARA GAMES

Et la cérémonie d’ouverture le 3 décembre au Stadium

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NOVEMBRE 2015 | JANVIER 2016

Une sélection des meilleurs films de l’année dont Dheepan, Palme d’Or • Programme et lieux sur le site

Comédie délirante, haute en couleur de la Dream Academy • Esplanade Theatre

La magie de Noël interprétée par le Singapore Symphonic Orchestra • Victoria Concert Hall

Incontournable festival de Trance, Electro, House, Techno… • Sentosa, Siloso Beach


16-31 DÉCEMBRE 18

HALESTORM

18 20

INTERNATIONAL PREMIER TENNIS LEAGUE 2015

22 19

LES SAVEURS DU PALAIS, 20h00 ENTRE LES BRAS : LA CUISINE EN HÉRITAGE, 18h00

Groupe de hard rock américain, pour un concert unique en Asie du Sud-Est • The coliseum, Resorts World, Sentosa, 20h00

20

IT’S PARTY TIME!

Le Mus’Art Youth Wind Orchestra interprète Maroon 5, The Village People, Bon Jovi, et tant d’autres… Un dimanche après-midi par mois, dans le cadre de Beautiful Sunday, un concert gratuit à l’Esplanade

• Singapore Indoor Stadium

31 RÉVEILLON 2016

Des films en français tous les mardis à l’Alliance Française

• Ambiance plage, festive, 10 heures non-stop de musique électronique, feux d’artifice : la fête jusqu’au petit matin à Siloso Beach à partir de 20h00 • Ambiance magique à Marina Bay : concerts et spectaculaire feu d’artifice à minuit • Ambiance musique classique à la SOTA : le concert du nouvel an du Philarmonic Orchestra Singapore à 22h00

JANVIER 2016 13 24

21 14 févr.

THE M1 SINGAPORE FRINGE FESTIVAL

Art and the Animal ; festival de théâtre, musique, danse contemporaine

Pensez-y déjà, les places partent vite ! 20

THE KING AND I

26

JACK BREL IS ALIVE AND WELL AND LIVING IN PARIS

févr.

KIDFEST

6 spectacles pour enfant repartis sur ces 3 semaines • Sota Drama Center

10 24

NATIONAL GEOGRAPHIC LIVE! Brian Skerry’s Ocean Wild

30

LANEWAY FESTIVAL

Le monde passionnant des dauphins • Esplanade Concert Hall

Live Urban Music • The Meadow, Gardens by the Bay

mai

4

juin

29 mai

Une comédie musicale inspirée du roman Anna et le roi de Siam de Margaret Landon • The Theatre @ MediaCorp

Une production Sing’Theatre, mise en scène et chorégraphie de George Chan • Sota Drama Center

LES MISÉRABLES

Comédie musicale produite par Cameron Mackintosh • Esplanade Theatre

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Escapade Gourmande

Jia Wei Chinese Restaurant

Saveurs Régionales Japonais, Indien, Français, New-Yorkais, Néo-Zélandais, Chinois, voire créations extra-terrestres, Singapour ne manque pas de tables de qualité à offrir à ses habitants. Embarquement immédiat pour notre petite sélection gourmande du moment, avec quelques propositions choisies de trésors de cuisines du monde. Amateurs de saveurs exotiques, cette chronique est pour vous !

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H

ide Yamamoto, grande cuisine japonaise On savait la cuisine japonaise raffinée. Ici, le dire n’est rien, tant la cuisine du chef Yamamoto est d’une rare subtilité. Fruit d’un parfait mariage entre les délices de la gastronomie japonaise et sa touche personnelle, elle est autant inspirée de ses voyages que de ses recherches. On attaque par des nouilles soba froides coupées à la main, logées sous un dôme de caviar et agrémentées de quelques gouttes d’huile de truffe ; on poursuit par des sashimis de poisson fraîchement importé du marché tokyoïte Tsukiji, et par un boeuf wagyu saisi à point et préparé devant nous façon teppanyaki, divinement accompagné de champignons et autres petits légumes de saison marinés dans une sauce maison créée par le maître des lieux. Quelques tempuras viennent


Hide Yamamoto

également égayer le voyage et un tiramisu au thé vert le ponctuer dans la plus grande finesse et distinction. Sont également disponibles des menus sushis, teppanyaki, robata ou un bol de nouilles ramen. Menu déjeuner à partir de 38 S$. Voici une adresse qui rime avec perfection pour une occasion spéciale ou pour les gourmets en quête d’excellence gustative. Fat Cow, un nippon de haute voltige Les gourmets nippons seront certainement ravis de découvrir cette adresse gardée secrète. Au menu de cette autre table d’exception, une cuisine japonaise fidèle à la tradition qui sublime les trésors de Mère Nature. On commence par une salade de tomates Momotaro préparées en sashimis (16 S$), par un onsen tamago no gyu marrow furai (16 S$) pour les amateurs d’os à moëlle, ou un audacieux sashimi de bœuf

wagyu servi sur un lit de glace. On poursuit par quelques sushis, quelques sashimis, ou une superbe et rafraîchissante salade de tofu et thon au gingembre (24 S$). Les amateurs de bonne viande se délecteront des différentes pièces de bœuf proposées et cuites à merveille accompagnées de champignons délicats et très parfumés (15S $). En dessert, on ose le shaved ice kakigori with green tea milk & black soy bean (12 S$), ou le réconfortant mochi japonais (18 S$) et un petit verre de saké pour rendre l’expérience encore plus sublime. Délicieux sets lunch à partir de 26 S$ avec salade, flan, soupe miso et dessert : bœuf grillé, cod fish, sushis, sashimis, tempuras ou donburi au foie gras, faites votre choix. Une chose est sûre, Fat Cow est un trésor bien gardé qui mérite clairement le détour !

Sorrel, bistronomie esprit japonais Musique rythmée en fond sonore, cochons dans différentes positions en guise de tableau mural, œuvres d’art d’artistes locaux, cuisine ouverte et murs de brique vernis noir. On déguste ici une cuisine dite « bistronomique » du monde, revisitée à la japonaise. Menu du déjeuner Omakase (sélection du très jeune et talentueux chef Johnston de 24 ans) : compter 45 S$ pour 3 plats et 88 S$ pour 5 plats. Le chef a fait ses classes au Tippling Club et chez Jaan, et cela ne surprend pas quand on découvre ses créations. Sorbet de betterave à sucer en sirotant une infusion à l’hibiscus et friture de pomme de terre yam et de lotus en guise d’amuse-bouche, kohlrabi au sésame et feuille de radis daikon en entrée. Le plat ? Un tendre veau braisé servi avec ses gnocchis et mini-dés de carottes. En dessert, le chef retrouve sa folle créativité

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Escapade Gourmande

Xin Cuisine Chinese Restaurant

Xin Cuisine Chinese Restaurant

avec un sorbet à la bière, éclats de pistache, réduction de sirop d’érable et… gâteau au bacon ! Ici, la cuisine est un art et l’exploration fait partie du voyage. Avis aux becs fins et esprits ouverts ! Rang Mahal, la splendeur indienne dans l’assiette Accueillis par une immense statue de Ganesh posée devant une façade métallique, on pénètre dans les antres de ce temple de saveurs indiennes, subtiles, raffinées et délicates, présentées façon buffet au déjeuner (58 S$) pour un délicieux voyage aromatique. Au menu de ce repas de fête, révélé dans une déco moderne d’inspiration européenne aux notes vermillons et beiges accessoirisée de poteries indiennes anciennes, des trésors de saveurs s’offrent à nous : velouté de lentilles, agneau confit,

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Fat Cow

beignets de pois chiches nappés d’un yaourt aromatique, légumes saisis, homard tandoori, crevettes Samarkand et samosas en cascade. Petite pause gourmande avec une tasse de thé indien avant d’explorer le coin dessert : glace à la cardamome, beignets et pâtisseries multicolores, lassi de mangue ou de rose et autres gourmandises fines. Une délicieuse parenthèse gastronomique indienne qui conjugue chic, raffinement et saveurs sublimées. Wakanui Grill, concept néo-zélandais japonisant pour un dîner au bord de l’eau Ambiance marine pour déguster une viande néo-zélandaise de qualité cuite à la japonaise pour un résultat tout simplement exquis. Les côtelettes d’agneau (6 S$) sont subtiles et fondantes, le rib-eye est tendre tout en ayant du caractère. Avec cela, on se

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laisse tenter par une parfaite petite salade de tomates vinaigrette au shiso et julienne de pommes Granny Smith (16 S$), ou par un original saumon cuit fumé servi chaud (hot smoked salmon Akaroa Harbour king salmon, 22 S$). Les desserts valent également le détour : on se laisse séduire par le Pavlova signature de la maison (12 S$) ou par une boule de glace Hokey Pokey (4 S$), qui fait replonger quiconque immédiatement en enfance. Une bonne adresse sur les quais, pour un dîner en tête-à-tête ou une soirée entre amis. Xin Cuisine, table cantonaise créative Une table de qualité pour cette retraite gastronomique chinoise. Les plats sont précis, raffinés et les arômes délicats. Au menu, une originale soupe de tomates au lotus (10 S$) et des dim sum aussi savou-


Escapade Gourmande reux que généreux : version végétarienne aux noix de macadamia et champignons (4.50 S$), traditionnel xialong bao aux truffes et champignons variés (6 S$), originale création aux Saint Jacques et fruit du dragon, ou plus aventurière spécialité au jaune d’œuf salé (6 S$). On se laisse également tenter par des rouleaux de riz aux crevettes (5.50 S$), une aromatique soupe aux racines, ou loup de mer au miso & foie gras (16 S$). En dessert, on ose le coulis de mangue et de hashima (mieux vaut ne pas savoir ce que c’est !) servi dans un adorable mini-potiron, accompagné de crêpe de haricot rouge (15 S$), ou par de revigorantes et croustillantes boules de sésame frit au cœur chocolaté (8 S$). Une destination de choix pour un repas familial servi dans la plus pure tradition cantonaise. Jia Wei, la Chine façon cuisine familiale Jia pour maison, Wei pour saveurs. Ici, la cuisine se veut simple, goûteuse et conviviale. Un lieu idéal pour les groupes ou les familles désireuses de se rassembler autour d’un canard laqué fidèle à la tradition, de soupes à partager (mention spéciale pour la double-boiled lotus root, 12 S$) ou de plats cuisinés avec soin : crevettes vietnamiennes à l’ail, tendre poulet Sakura sauté aux épices (20 S$), asperges de saison (18 S$) ou travers de porc marinés au miel (28 S$). On accompagne cela de délicieux vermicelles de nouilles aux champignons et crevettes, cuits et enveloppés dans une feuille d’Opah géante et servis dans un jus riche en saveurs. En dessert, on ne fait pas l’impasse sur la rafraîchissante gelée à l’Aloe Vera et citronnelle accompagnée de sorbet au citron vert (6 S$) ou pour le plus audacieux Durian frit et sa boule de glace au jacquier (jackfruit) (8 S$). Une destination qui permet de goûter à la diversité et à la richesse de la cuisine traditionnelle des grand-mères chinoises. 2am:dessertbar, créations extra-terrestres On ne présente plus Janice Wong, la jeune et célèbre pâtissière élue meilleure d’Asie qui fait vibrer la scène gourmande de Singapour. Elle a depuis peu complété sa carte de sublimes desserts avec une offre originale de mets salés présentés façon

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Shima

Wakanui Grill Dining Singapore

2am:dessertbar

tableau d’artiste : poulet rôti façon BBQ – fondant de fromage (15 S$), aubergine grillée, poireaux roussis, couscous au lime (10 S$). On garde bien évidemment une place pour les desserts, le H2O au chocolat (20 S$) est un grand classique de la maison et ne contient que du chocolat et… de l’eau d’Evian ! Le Purple (17 S$) est un joli mariage de purée de pomme de terre violette, de parfait à la mûre, marshmallow à la lavande et sorbet fruit des bois. L’artiste propose aussi une création

unique, un très audacieux mariage de miso rouge au caramel, crumble à la moutarde, mousse miso-yuzu, et meringue moutardeyuzu (19 S$). Un menu dégustation de 8 desserts (68 S$) est également disponible, ainsi qu’un superbe Afternoon Tea gourmand. Au programme, des créations aux noms évocateurs : TNT, Chocolate Vinegar, Texture of Corn, Basil White Chocolate, Frappu’chee’no, Blackforest Cornet, Eat Me, Drink Me ou Pure. n Raphaëlle Choël

Les Adresses Hide Yamamoto

10 Bayfront Avenue, Marina Bay Sands Casino, #02-05

HP 6688 7098

Fat Cow

1 Orchard Blvd, #01-01/02 Camden Medical Centre

HP 6735 0308

Sorrel

21 Boon Tat St

HP 6221 1911

Rang mahal

7 Raffles Blvd, #03-00 Pan Pacific

HP 6333 1788

Wakanui Grill Dining Singapore

70 Boat Quay

HP 6438 6321

Xin Cuisine Chinese Restaurant

317 Outram Rd, Holiday Inn Atrium

HP 6731 7173

Jia Wei Chinese Restaurant

50 East Coast Road, Level 2, Hotel Grand Mercure Roxy

HP 6340 5678

2am:dessertbar

21a Lorong Liput

HP 6291 9727

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SINGAPOUR | Les Habits Verts de la Smart City  

Le magazine du site lepetitjournal.com/Singapour | N˚5 Nov 2015 - Jan 2016

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