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SINGAPour Avril Mai Juin 2014

Le Magazine 100% Red Dot du Petitjournal.com

Dossier Culture

Singapour, citĂŠ de la renaissance ?


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© Elodie Imbert

Edito

Singapour, cité de la Renaissance ?

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’est encore un petit enfant qui apprend à marcher. Quelle joie d’en ouvrir avec vous le premier numéro. Le magazine SINGAPOUR est né de l’expérience du petitjournal.com à Singapour et du plaisir, renouvelé chaque matin, de rendre compte de l’actualité de la cité-Etat dans ce qu’elle a d’attrayant mais aussi de surprenant et complexe. Pour les francophones, Singapour est passionnante pour ce qu’elle est, et pour ce qu’elle projette de nous-mêmes, comme un miroir de nos valeurs, de nos réussites et de nos excès. L’édition numérique offrait le plaisir d’un rendez-vous quotidien, il manquait la possibilité de prolonger l’échange dans la durée et sur le papier. Il était naturel que le premier numéro de ce magazine s’ouvre avec un dossier consacré à la culture. Jadis étiquetée « ville confortable où l’on s’ennuie », Singapour connaît aujourd’hui une véritable effervescence culturelle. La Culture n’est-elle pas ce qui nous frappe, nous inquiète et nous attire en premier lieu quand on vit à l’étranger, culture fondatrice d’une identité ou des identités du pays, culture au travers de ses artefacts – Lit-

térature, Arts et Spectacles ? Avec la publication en 2000 d’un rapport intitulé Renaissance city, Singapour s’inscrivait dans l’héritage de la cité idéale, rêve d’un urbanisme ordonné abritant une activité intellectuelle et culturelle qui attirerait l’attention du monde entier.

Pari gagné Dans l’environnement très planifié de Singapour, la culture a changé de statut, et de nature, quand s’est imposé à partir de 1985 son potentiel économique. La culture, conçue dans une perspective patrimoniale, morale et d’intégration interethnique, a potentiellement cédé la place à une ambition de culture globale, capable d’attirer les talents et les capitaux étrangers, et de retenir à Singapour les talents du pays. La réussite dans le domaine culturel passe aussi par d’autres voies que celles de la planification méthodique, fut-elle géniale. L’avenir dira si Singapour est capable d’exceller sur ce terrain là. n L’équipe du petitjournal.com www.lepetitjournal.com/singapour AVRIL MAI JUIN 2014 SINGAPour

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Numéro 1

Sommaire

Avril | Mai | Juin 2014

SINGAPour For many years, we concentrated on the economic side. But if you want the economic side to flourish, you need more entrepreneurs, you need more creativity. So, you must also look at the arts. The two must go together. Former Prime minister Goh Chok Tong - AsiaNews network, 2002

8 / Singapour, cité de la Renaissance ?

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Edito

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Fil Rouge

Les évènements marquants des derniers mois dans le petitjournal.com de Singapour

© Olivia Kwok

24 / Focus Emploi Formation

8 Dossier

La Culture à Singapour

20 / Atelier découvertes (Home Club ft Goldie)

MCI (P) 120/04/2014 Editeur Fil Rouge Pte. Ltd Directeurs de la publication Bertrand Fouquoire, Elodie Imbert, Christine Leleux Rédacteur en chef Bertrand Fouquoire Rédaction Raphaëlle Choël, Bertrand Fouquoire, Anne Garrigue, Marien Guillé, Agnès Noël, Nathalie Swyngedauw Agenda Nathalie Swyngedauw Conception Elodie Imbert Illustrations non créditées Carole Caliman Publicité Elodie Imbert, Christine Leleux Impression Xpress Print Pte Ltd Photos couverture : Carole Caliman. Graffitis art/culture, sculpture d’un bébé géant de Marc Quinn “Planet”

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Atelier Découvertes

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Focus Emploi Formation

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Agenda

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Escapade Gourmande

La culture à Singapour en mode alternatif Les industries de la création à Singapour : un gisement d’opportunités Evènements à ne pas manquer les prochains mois La folie des brunches

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Fil Rouge

© Elodie Imbert

La cité-Etat au régime sec Singapour connaît en début d’année la période la plus sèche depuis 150 ans. La végétation résiste bien mais l’herbe roussit. Singapour compte sur ses usines de désalinisation, qui tournent

à plein régime, pour éviter de mettre en place des mesures de rationnement. Mais la vigilance est à l’ordre du jour. Les institutionnels comme le grand public sont invités à économiser l’eau.

Little India, émeutes et réactions Le 8 décembre 2013, le quartier de Little India s’enflamme. L’émeute – du jamais vu à Singapour depuis 1969 – marque les esprits. Le gouvernement réagit sévèrement. Les responsables sont jugés. 53 travailleurs étrangers qui ont participé à l’émeute sont expulsés. Little India, zone spéciale, est momentanément fermée puis réouverte de

manière contrôlée. Accusé principal : l’alcool. Dans un pays qui s’enorgueillit de sa capacité à faire vivre les communautés en harmonie, Little India, les étrangers, et le regard des Singapouriens sur les étrangers font débat. Une commission d’enquête est constituée dont les auditions publiques se sont achevées fin mars.

Un certain mal’Haze Chaque année, le même scénario se déroule. La situation n’a pas changé, les acteurs sont les mêmes et les gouvernements des pays concernés se transmettent la patate chaude. Dans le rôle des méchants, les feux de forêts en Indonésie,

moyen illégal mais tentant pour déboiser à petit prix. Les fumées forment des nuages de pollution parfois très denses qui circulent dans la région. Valse des mises en garde et propos rassurants nourris par un PSI difficile à saisir.

© Elodie Imbert

Pauvres au pays des millionnaires Cité-Etat à forte densité de millionnaires, élue cette année la ville la plus chère du monde (devant Paris), Singapour a pourtant aussi ses pauvres. L’association Caritas tente d’attirer l’at-

tention sur cette tranche importante de la population à Singapour qui, après le paiement des transports, du logement, et de l’électricité, ne dispose que de 5 SGD par jour pour (sur)vivre.

Internet et ses démons Sujet chaud et permanent à Singapour, Internet déclenche les passions et fait descendre le gouvernement dans la cyber arène. C’est Ashley Madison, site de rencontres réservé aux personnes mariées, qui met à mal les valeurs de la famille. Ce sont les situations récurrentes de cyberharcèlement et, plus 6 | SINGAPour AVRIL

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largement, les mauvaises manières des internautes, qui portent atteinte à l’idéal de civilité dans les interactions entre les Singapouriens eux-mêmes ou vis-à-vis des étrangers. Ce sont enfin les attaques d’Anonymous, piratant les sites publics pour faire valoir ses arguments.


© Institut Français.sg

Jack Lang raconte Mitterrand et l’IMA Jack Lang, ancien ministre de la Culture et actuel président de l’IMA (Institut du Monde Arabe) était à Singapour au mois de janvier. L’occasion d’un débat public sur l’engagement de l’Etat dans la Culture avec son homologue Lawrence Wong, ministre de la Culture à Singapour, impressionné par la part (1 %) consacrée en France à la Culture, quand celle de Singapour, pourtant en forte progression, n’en est qu’à 0,4 %. L’opportunité aussi de préparer l’organi-

sation d’une exposition à Singapour consacrée aux Arabes et la mer, qui retient d’autant plus l’attention de Singapour qu’elle est, au travers de sa communauté malaise, très sensible à son héritage musulman. L’idée encore, soutenue par le conseiller de Jack Lang, Claude Mollard, de favoriser le tissage d’un réseau d’arbres de la terre qui seraient, à Paris, à Pékin, à Singapour et ailleurs, autant de plateformes, de témoignages et d’échanges sur l’art et la culture.

© Poachedmag.com

Serene Chen récompensée La comédienne singapourienne a été primée aux Life Theatre Awards, l’équivalent à Singapour des Molières français, pour le rôle de « la sœur aigrie » qu’elle incarnait dans 8 Women, produite par la compagnie Sing’theatre.

Une récompense de poids pour la comédienne, et pour la compagnie dirigée par Nathalie Ribette, qui voit là la reconnaissance d’un travail exigeant et une pleine intégration sur la scène singapourienne.

© theonlinecitizen.com

Kri Usman Harun Le choix de l’Indonésie de donner à l’une de ses frégates le nom de deux marines considérés comme des héros à Jakarta, mais comme des terroristes à Singapour, fait violemment réagir Singapour, où le souvenir de l’attentat du Mac Donald building en 1968 reste vif. Concours de mécompréhension

entre les 2 pays, sur fond de Je t’aime, moi non plus. L’Indonésie se veut souveraine dans ses choix d’honorer ses héros. Singapour accuse l’autre d’insensibilité. L’affaire se tasse, mais on ne verra sans doute jamais la frégate susnommée mouiller dans le port de Singapour.

Art Stage, impériale ! Créée à l’initiative du Suisse Lorenzo Rudolf, l’exposition Art Stage a fêté en janvier 2014 son quatrième anniversaire à Singapour. 600 artistes, 130 galeries, 8 pavillons pays, 45 700 visiteurs… Art Stage est un salon au cœur de la mondialisation de l’art contemporain, qui renforce l’importance de Singapour comme plateforme régionale pour le marché de l’Art, et souligne incidemment le

potentiel créatif de la cité-Etat dans le berceau d’influences qu’elle partage avec les autres pays de l’ASEAN. L’opportunité de saluer les créations de Jean-Michel Othoniel, l’ouvrage Art Plural : Voices of Contemporary Art dirigé par Michael Peppiatt, les peintures de la Singapourienne Jane Lee et les photographies de la jeune Sarah Choo, lauréate du prix Icon Martell Cordon Bleu en 2013. AVRIL MAI JUIN 2014 SINGAPour

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Dossier

La Culture Ministère de la Culture

Cité de la renaissance ? D

es community centres à l’ambition d’une cité globale pour les Arts. Les grandes étapes de la politique culturelle à Singapour.

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à Singapour Passionnant modèle que celui de Singapour ! Il donne à voir un pays dont l’histoire, depuis l’indépendance du pays, est celle de la construction rapide et intelligemment planifiée d’une nation, avec d’impressionnantes réussites : croissance et coexistence harmonieuse des différentes communautés. Le champ de la culture n’ échappe pas à la fascination. Il y a ce que l’on voit : la multiplication des lieux de culture, des spectacles, expositions et festivals. Il y a, en fond, une réflexion continue sur les ambitions de la culture, qui intègre les préoccupations éducatives, industrielles,

touristiques et urbanistiques. En 1965, la priorité est à la survie Quand Singapour accède à l’indépendance et s’attache à construire une société fondée sur la diversité et l’harmonie, la culture est chargée des missions du moment : « La création d’un sens d’identité nationale, l’élimination des divisions et attitudes communautaires, la propagation des valeurs démocratiques conduisant à une société juste. L’acceptation large d’une langue nationale. » (Rapport sur la situation de Singapour en 1959.)

En 1965, la priorité n’est pas à la culture mais à la survie et au développement économique. Cependant, les premières années, marquées par les tensions interethniques entre les trois principales communautés – chinoise, malaise et indienne –, se chargent de rappeler qu’il faut aussi trouver le moyen de créer du lien entre les communautés. Les community centres, creusets emblèmatiques d’une société multiculturelle, naissent de ce besoin, et la culture, sous la forme d’activités organisées dans les centres, y trouve son premier emploi. AVRIL MAI JUIN 2014 SINGAPour

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Dossier Les festivals se développent dans la cité-Etat à l’instar de Mosaic, festival musical organisé par l’Esplanade.

Vue de l’Esplanade

Community Centre

La création de Community Centres permet de créer des liens entre les différentes communautés ethniques.

sociaux… tout en contribuant à gapourien, mais global ; des créa1985 : Culture et croissance Vient la crise asiatique qui marque nos secteurs du tourisme et du tions capables de rayonner au-delà des frontières de la cité-Etat et de un tournant dans la manière dont divertissement. » divertir une population composée la culture est perçue. En 1985, d’expatriés et de Singapouriens un certain Lee Hsien Loong, S’amuser, une affaire sérieuse à l’époque ministre adjoint en En 1992, un nouveau rapport – ayant reçu une éducation de haut charge des finances, coordonne Singapore as a Global City for The niveau, parfois à l’étranger. En 1999, le Premier ministre les travaux de l’ERC (Econo- Arts – décrit l’ambition de Singamic Review Committee), dont le pour comme centre d’arts et de de Singapour, Goh Chok Tong, rapport, pour la première fois, culture dans un monde globalisé. à l’occasion du National Day présente la culture comme un Les objectifs sont clairs : favori- Rally, prévenait les critiques : « Les gens s’amusent de secteur clé de croissance. nous voir promouvoir le Quatre ans plus tard, En 2000, le Renaissance city report se “fun” si sérieusement. Mais un rapport de l’Advisory traduit par l’investissement de 50 mil- “having fun” est imporCouncil on Culture and the lions de SGD dans les arts locaux et tant. Si Singapour est un Arts, prolongeant l’anales industries culturelles. endroit terne et ennuyeux, lyse, préconise la mise non seulement les talents en place d’une institune voudront pas venir, tion publique culturelle (ce sera le NAC – National Arts ser la construction identitaire de la mais même les Singapouriens vont Council) et la création d’un cen- nation singapourienne et faire de commencer à vouloir partir. » tre national pour les arts (ce sera Singapour – cité-Etat à l’éconol’Esplanade). Le rapport réduit mie florissante, mais où l’on s’en- Quel avenir pour la censure ? au passage l’importance des as- nuierait – une place séduisante L’ambition d’une culture globale pects économiques de la cul- et « fun », capable d’attirer les implique une adaptation de la ture pour souligner sa fonction talents étrangers et de retenir sur règlementation pour que les ard’enrichissement personnel : place les jeunes élites. La politique tistes et les autres acteurs de « La culture, dit le rapport, qui culturelle s’attache dès lors à pro- la culture se sentent suffisamélargit notre esprit et approfondit mouvoir des créations artistiques ment libres de produire et créer. notre sensibilité… qui améliore la susceptibles d’intéresser un pu- Contraignante exigence pour qualité de vie et renforce les liens blic qui n’est plus seulement sin- Singapour, prise entre ses reflexes 10 | SINGAPour

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Culture globale vs culture locale Le choix de promouvoir une culture globale implique aussi le risque que la spécificité culturelle de Singapour se dissolve dans une culture globale. Sur le plan linguistique, l’anglais s’impose au détriment des autres langues : singlish, mandarin ou malais. Les grandes productions sont favorisées. De nouveaux lieux ouvrent dont la programmation est largement importée. Il manque sur place un écosystème favorisant la création locale… On est dans ce que d’aucuns décrivent comme la « home plus experience » : offrir à un public, dont les goûts sont largement uniformisés, une programmation qui leur offre une expérience confortable, avec seulement un soupçon d’exotisme, comme un supplément d’âme, qui lui donne une forme de signature locale. En 2000, le Renaissance City Report se traduit par l’investissement de 50 millions de SGD dans les arts locaux et les industries culturelles. La culture se voit assignée deux objectifs : positionner Singapour comme un centre culturel dans un monde globalisé ; assurer un ballast culturel dans les efforts de construction de la nation.

Sculptures de Fernando Botero / l’Esplanade

de contrôle et la nécessité de laisser davantage de liberté d’expression. La censure fait l’objet de certains allègements dans les années 90. Un comité de révision de la censure est instauré, qui remet son rapport en 1992. Dans un souci d’ouverture, un système de classification des spectacles au théâtre se substitue au système binaire en vigueur – permis/interdit –, sur le même modèle que le cinéma. En 2002, le contrôle des contenus qui était jusque là assuré par un département – PELU (Public Entertainment Licensing Unit) –, dépendant des Singapore Police Force, est transféré au Films and Publications Unit du ministère de l’Information, de la Communication et des Arts (MITA). Tout un symbole !

La création d’un centre national pour les arts verra le jour en 1985 : l’Esplanade.

Les grands moyens En 2002, le MICA’s Renaissance city report 2.0 marque un tournant en intégrant les fine arts à un ensemble, baptisé Industries de la création, qui comprend les media, l’audiovisuel et le design. Pour autant, Singapour reconnaît le rôle hautement moral des arts, qui développent les valeurs humanistes. Dans le rapport de l’Advisory Council on Culture and the Art de 1989, le président Ong Teng Cheong écrivait ainsi : « Si nous ne voulons pas durcir la texture de notre société, nous devons améliorer les opportunités de se cultiver et de se distraire, encourager l’appréciation des arts et de la musique et créer un environnement agréable qui stimulera les gens à progresser dans la recherche de la perfection. » n Bertrand Fouquoire AVRIL MAI JUIN 2014

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Dossier

Jackie Yoong “ L’art peranakan est un art hybride ”

Shophouse style peranakan - Baba House

J

ackie Yoong est conservatrice en chef du musée Peranakan de Singapour. Elle nous parle de ce musée qu’elle anime et revient sur l’histoire de sa création et sur le sens du mot peranakan. « Le musée  Peranakan a été ouvert en 2008 mais la collection datait d’avant et était présentée au musée des  Civilisations asiatiques. Nous sommes un musée financé par 12 | SINGAPour

le gouvernement. Le bâtiment qui nous abrite était, avant la guerre, une école, ouverte en 1910 par un Peranakan pour les enfants peranakans et hokkiens (ethnie chinoise). »

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Anne Garrigue – Comment est venue l’idée de construire ce musée ? Jackie Yoong – Pour comprendre la création du musée Peranakan, il faut remonter à la création du musée des Civilisations asiatiques dont il est une émanation. Dans les années 80, l’économie singapourienne avait commencé à devenir florissante, mais la presse internationale critiquait Singapour pour être un désert culturel. En 1989, un fameux rapport a été publié  qui déclarait que Singapour avait maintenant suffisamment d’argent pour se préoccuper de questions de culture et  d’identité. Par ailleurs, le gouvernement avait compris que le tourisme pouvait générer des revenus. La première idée avait été de créer un musée consacré à l’Asie du Sud-Est mais un homme politique, George Yeo, a alors souligné que Singapour ne faisait pas seulement partie de l’Asie du Sud-Est mais que ses habitants étaient les descendants d’immigrants chinois et indiens. De là est née l’idée de faire un musée consacré aux civilisations asiatiques. Par la suite, les autorités ont cherché ce qui pouvait résonner auprès de la population singapourienne tout en séduisant les visiteurs et ils ont pensé aux Peranakans car l’art peranakan est un art hybride, à la fois enraciné à Singapour et en Asie du Sud-Est. C’était un bon moyen de rappeler aux Singapouriens d’où ils viennent. Ils ont souhaité que le musée ne soit pas au service d’une communauté mais traite d’une culture hybride, un phénomène qui se développe dans le monde en général.

Pourriez-vous nous définir ce que sont les Peranakans ? Il s’agit d’une communauté dont les ancêtres sont venus d’outre-mer, surtout de Chine et d’Inde, ont épousé des femmes


sont mis à vivre un style de vie bourgeois occidentalisé, en envoyant leurs enfants dans les écoles missionnaires, en fondant des hôpitaux, des églises, des banques (OECB). Même s’ils ont collaboré avec les Anglais, les Peranakans chinois malais se sont toujours sentis ethniquement chinois. D’ailleurs, en chinois, ils s’appellent eux-mêmes les « Tucheng Huaren », ce qui se traduit littéralement par « les Chinois nés localement ».

Musée Peranakan - Sculpture d’un père et de sa fille Avant la guerre, le bâtiment était une école, ouverte en 1910. Le musée Peranakan ouvre ses portes en 2008.

locales et se sont installés en Asie du Sud-Est, en donnant naissance à une culture hybride. Aujourd’hui, si vous interviewez des Singapouriens, vous verrez qu’ils se sentent singapouriens et non chinois et se disent déconnectés des Chinois continentaux, mais les premières générations avaient gardé plus de liens.

Que représente aujourd’hui la communauté peranakane à Singapour ?

Comment les Peranakans se voient-ils eux-mêmes et comment les Singapouriens les voient-ils aujourd’hui ? Nous avons fait réaliser des portraits de Peranakans chinois et indiens et nous leur avons demandé de se définir en une phrase en répondant à la question « qu’est-ce qui fait de vous des Peranakans ? ». Nous nous sommes rendu compte que la façon dont ils se voient dépend beaucoup de leur génération. Les jeunes ne se voient pas comme peranakans parce qu’ils ne parlent pas le « baba malais », la langue commune de ce groupe.

Elle est peu nombreuse mais le musée ne traite pas seulement de cette communauté. Il traite d’un style de vie en Asie du Sud-Est qui reflète aussi bien l’enracinement local des intéressés que leurs origines, chinoises ou indiennes.

Comment a évolué le regard sur les Peranakans à Singapour ? Le concept de peranakan est devenu populaire à Singapour après la diffusion d’un feuilleton, en 2008, The Little Nyonya, sur une chaîne chinoise à une heure de grande écoute. Nous avons eu la chance d’ouvrir le musée juste à ce moment-là. Les gens se sont précipités pour en savoir plus sur les vêtements, les meubles, la nourriture, les coutumes… A peu près en même temps, dans les ventes Christie’s, les objets peranakans ont commencé à valoir très cher. Pourtant, pendant longtemps, être peranakan n’était pas populaire. Beaucoup d’entre eux avaient fait partie de l’élite de la société et on leur reprochait d’avoir collaboré avec les Anglais colonisateurs. Quand les Anglais sont arrivés en 1819, ils ont cherché des partenaires locaux et ils ont travaillé avec les Peranakans qui se sont ainsi enrichis, se

Pourtant, aujourd’hui, j’observe que c’est devenu à la mode d’être peranakan. Beaucoup de gens développent des affaires (mode, décoration, beauté, cuisine…) autour de ce concept, qui a un côté à la fois cosmopolite, singapourien et sud-est asiatique, puisqu’on retrouve des Peranakans en Malaisie ou en Indonésie. n Propos recueillis par Anne Garrigue AVRIL MAI JUIN 2014

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Dossier

© University of Michigan

La Culture Populaire fait de la Résistance

Singapour n’offre pas que des « grand-messes » culturelles internationales. La cité-Etat possède aussi une culture spécifique, populaire, éminemment singapourienne.

C

omment définir la vraie culture singapourienne ? Pour Cheryl Koh, directrice de la communication du National Heritage Board (NHB), « c’est une question compliquée : nous sommes une jeune nation, nous allons célébrer nos cinquante ans en 2015. Nous sommes 14 | SINGAPour

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donc toujours en train d’explorer, de chercher comment définir la culture singapourienne. Il y a différents aspects de l’héritage de l’île, par exemple, la nourriture ou le multiculturalisme, qui peuvent être considérés comme partie intégrante de notre culture ».

Quelques marqueurs forts : l’héritage multiculturel, les lieux, les religions, les langues L’âme de la ville tient à son héritage multiculturel, chinois, indien et malais. Les migrants ont amené avec eux leurs coutumes, leurs fêtes, leurs religions, leurs langues. Au fil


des années, il s’est aussi crée une culture commune, conjonction de toutes ces diversités. La nourriture en est une expression manifeste. « Etre Singapourien c’est peut-être prendre son petit déjeuner avec des raviolis chinois, déjeuner indien et dîner d’un chicken rice », suggère Maxime Pilon, co-auteur du livre Les Français de Singapour. Les plats emblématiques de l’île sont le chicken rice, le chili crab, le fish head curry, des spécialités chinoises ou indiennes, souvent revisitées voire métissées. On retrouve un semblable métissage dans « la langue » locale, le singlish, un anglais empruntant sa grammaire et sa syntaxe au chinois et mâtiné de mots hokkiens, malais et tamouls. La culture populaire singapourienne passe encore par les lieux : l’habitat traditionnel des quartiers ethniques, les shophouses, mais aussi les HDB, les Community Centres ou les Hawker Centres avec leurs figures traditionnelles, hawkers, barbiers… D’ailleurs, quand on demande aux habitants, comme l’a fait le Straits Times en novembre dernier, quels sont les objets qui définissent le mieux Singapour, ce sont ces repères qui remportent la palme. On retrouve ce concentré de l’identité singapourienne au cinéma. En témoignent les films du réalisateur Jack Neo, auteur d’Ah Boys To Men, et surtout ceux de Chee Kong Cheah dans Chicken Rice War, avec ses personnages gouailleurs, qui rivalisent d’interjections en singlish et n’interrompent la dégustation d’un chicken rice dans un food court que pour s’enfiler un kopi. L’attitude du gouvernement vis à vis de cette culture locale reste am-

Chicken rice, plat incoutournable à Singapour, est indisociable de l’identité multiculturelle de la cité-Etat.

bigüe. Depuis les années 2000, plusieurs campagnes contre le singlish ont été lancées (Speak Good English movement), afin d’inciter les gens à parler un anglais parfait. La démarche n’a guère été concluante, les habitants proclamant leur attachement à leur dialecte local. Le Dr Ooi Can Seng, du

Le système ERP (Electronic Road Pricing) est un des éléments représentant Singapour le plus cité par les Singapouriens.

centre de recherche sur les industries créatives, à Copenhague, invité lors d’un séminaire sur la politique culturelle de Singapour en 2010,

soulignait ainsi : « On a aboli le singlish en faveur de l’anglais afin de s’opposer à un mode de vie populaire. Les cultures traditionnelles, populaires, ont été tuées sélectivement : on a gardé le hokkien mee mais on a tué le dialecte hokkien, on a gardé le hainanese chicken rice mais on a tué le dialecte hainanais. Une telle sélectivité est un obstacle à la vitalité culturelle. » Valoriser le patrimoine culturel traditionnel La culture traditionnelle est remise à l’honneur depuis quelques années. D’une part, le gouvernement souhaite que les Singapouriens n’oublient pas leurs origines. D’où la multiplication des actions du National Board Heritage, créé en 1993, pour remettre en valeur ce patrimoine, notamment par la réalisation de la série Heritage in Episodes, sur les métiers traditionnels singapouriens. Différentes manifestations sont organisées dans les quarAVRIL MAI JUIN 2014

SINGAPour | 15


Dossier Les HDB, autre icone de Singapour, succèdent aux Shophouses et Kampongs dans les années 60. Très intelligemment conçus, ils offrent un logement à une majorité des

Singapouriens et symbolisent la “renaissance” d’une nation meurtrie par la guerre. A l’inverse des HLM, le HDB n’est pas loué, mais vendu. Il suit un quota d’occupation par

communauté similaire à celui de la population singapourienne. Ces deux aspects expliquentils l’envie qu’ils suscitent auprès d’autres nations comme la France ?

Appartements HDB

tiers, afin de valoriser la mémoire propre de la ville et de ses secteurs. C’est encore sans compter le Malay Heritage Centre, l’Indian Heritage Centre (qui va ouvrir ses portes en 2015), le Sun Yat Sen Nanyang Memorial Hall et le Heritage Grant Scheme, crée par le NHB en 2013, qui vise à impliquer le public dans la promotion et la préservation du patrimoine local. Fait déterminant dans ce renouveau de la culture populaire, les Singapouriens euxmêmes ne se reconnaissent pas dans le visage qu’offre la ville aujourd’hui, avec ses grands malls, et ses immenses réalisations comme le Marina Bay Sands. Qui va à l’Esplanade ? Certainement pas Uncle ou Auntie ! « Il s’agit de lieux pour les riches Singapouriens et les expatriés », souligne Maxime Pilon. Les Singapouriens ne s’y reconnaissent pas nécessairement. Ils l’ont manifesté clairement dans Our Singapore 16 | SINGAPour

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Conversation, la grande consultation danseurs qui évoluent, tels de grapublique lancée en 2012, deman- cieux fantômes, dans le Capitol, dant à conserver le langage familier, les le plus ancien théâtre de la ville, sites anciens, et l’art local. La mobilisa- en cours de transformation en tion récente autour du cimetière de complexe de divertissement et de Bukit Brown, qui allait être démoli shopping. Dans Conducting Memopour construire une autoroute, en ries, d’Angie Seah, il a enregistré est une illustration. Quant Qui va à l’Esplanade ? Certaineau singlish, il suffit de voir ment pas Uncle ou Auntie ! le succès de Dr Jiajia, jeune garçon donnant des leçons de les bruits de Singapour provenant singlish sur Internet, qui cumule à la fois des archives historiques de plus de 13 millions de vues depuis la ville, de la culture populaire ou 2010 sur You Tube, pour se rendre des bruits du quotidien. Il propose compte que la langue a encore de au public de recombiner ces sons à sa guise, afin d’obtenir sa propre beaux jours devant elle. De jeunes artistes s’amusent partition de Singapour. Enfin, cette même à réinterpréter cette culture populaire évolue et s’enriculture populaire. Royston Tan, chit. Ainsi, dans la fameuse liste dont l’oeuvre a été exposée à la d’objets qui font Singapour, les Biennale 2013, s’est intéressé aux Singapouriens, en plus du chicken lieux qui disparaissent dans la ville, rice, citent aussi l’EZ Link Card et mettant en scène, dans son film L’ERP. n Ghost of Capitol Theatre 2013, des Agnès Noël


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Dossier

Scènes ordinaires de l’effervescence culturelle à Singapour

Marina Bay Sands

L

a scène culturelle à Singapour voit se succéder les spectacles et les évènements. Le plus étonnant est que la plupart des lieux n’ont pas 10 ans.

18 | SINGAPour

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Marina Bay Sands accueille de grands shows musicaux comme Le Roi Lion, Notre Dame de Paris ou The Whitney Houston Show.


SPECTACLES VIVANTS L’Esplanade, inaugurée en 2002, est le nouveau carrefour de la création artistique dans la cité-Etat. Elle donne l’élan d’une programmation ambitieuse, éclectique et s’adressant à tous les publics. Les festivals s’y succèdent, faisant écho aux fêtes traditionnelles des différentes communautés présentes à Singapour, avec des spectacles gratuits, des ateliers pour les enfants et les familles, des concerts, l’accueil de compagnies de danse internationales et des spectacles de théâtre. Autre lieu clé : le Goodman Arts Centre, qui réunit ateliers d’artistes, studios de danse et de musique, salles de spectacles et galeries. Depuis son ouverture en 2010, le grand théâtre de Marina Bay Sands accueille de grands shows musicaux comme Le Roi lion, Notre Dame de Paris ou the Whitney Houston show. The Substation, lieu éclectique et indépendant depuis 1990, accueille des créations contemporaines comme le Maya Dance Theatre en mars dernier. Le Victoria Theatre et le Concert Hall réouvriront leurs portes au mois d’octobre 2014. LITTERATURE Installé depuis 2004 dans les bâtiments de Old Parliament House, The Arts House est un centre dédié à « l’écriture, aux écrivains et aux idées ». Il promeut les échanges interculturels avec un focus sur l’Asie, particulièrement l’Asie du Sud-Est. FOIRES ET FESTIVALS Les festivals sont partout et de

toutes les saisons dans la citéEtat. Grand Prix de Formule 1 en septembre avec de nombreux concerts – Rihanna, Justin Bieber, Tom Jones… Dan:s Festival en octobre. Festival du Film Français en novembre. Zoukout en décembre. Art Stage Singapore en janvier. Mosaic, Festival de la Francophonie et Fringe Festival (art contemporain) en mars. Singapore International Film Festival en avril. Affordable Art Fair et European Festival en mai. Dragon Boat festival en juin…

ÉCOLES Les grandes écoles d’art bénéficient d’un soutien public important qui permet d’offrir à leurs étudiants des conditions d’enseignement particulièrement privilégiées. La SOTA, School Of The Arts, est la benjamine des écoles d’art à Singapour. Créée en 2004, elle s’adresse aux jeunes de 13 à 18 ans et abrite, dans son écrin d’Orchard road, conçu par les architectes Wong Mun Summ et Richard Hassell, une salle de concert et deux salles de théâtre. Le Lasalle College of the Arts est depuis sa création en 1984 un haut lieu de la formation aux arts. Son plan stratégique 20092014 insiste sur « l’évolution d’un curriculum fondé essentiellement sur l’esthétique européenne et occidentale vers un programme promouvant le débat et les intéractions entre les diverses traditions artistiques de la région ». La Nanyang Academy of Fine Arts, vénérable institution de 75 ans, forme de jeunes talents dans

les domaines du design 3D, la gestion et l’enseignement de l’art, le design et les média, les beaux-arts, la mode, la danse, la musique et le théâtre.

MUSÉES Le National Museum (NMS), qui raconte l’histoire de Singapour, a revu sa scénographie (très high tech) et accordé plus de place à la culture contemporaine. Quatre galeries vivantes sont consacrées respectivement à la mode, à la gastronomie, au cinéma et à la photographie.

Qui est Walter ?

C’est le gigantesque lapin blanc en structure gonflable, conçu par le Singapourien Dawn Ng, qui a longtemps gardé l’entrée du SAM. Une manière de changer le regard des visiteurs du musée sur leur environnement quotidien. Le Singapore Art Museum (SAM), organise la Singapore Biennale et décerne un prix aux jeunes artistes (President’s Young Talents). Ses expositions se concentrent sur la création artistique asiatique, toutes disciplines confondues. Il propose une intéressante « learning gallery » axée sur l’approche pédagogique de la création contemporaine. AVRIL MAI JUIN 2014

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L’ArtScience Museum, abrité dans un bâtiment en forme de lotus, création de l’architecte Moshe Safdie, s’intéresse aux rapports entre l’art et la science, avec des expositions récentes telles que Dali, Titanic, Charles & Ray Eames. La National Art Gallery (NAGA), dédiée à l’art asiatique, moderne et contemporain, rouvrira ses portes à l’occasion des 50 ans de Singapour, avec une surface de 12 000 m2. Une rénovation signée Studio Milou, dirigée par l’architecte français Jean-François Milou. A terme, un voile d’acier et de verre reliera la cour suprême de justice à l’hôtel de ville, formant un énorme atrium. La Pinacothèque de Paris, musée privé, ouvrira ses portes début 2015 à Fort Canning. En attendant, une exposition temporaire dévoile 20 tableaux de la collection permanente à Paris : Pollock, Ernst, Warhol, Modigliani…

GALERIES D’ART

Le nombre de galeries d’art ne cesse d’augmenter, parmi lesquelles la galerie Art Plural, ouverte en 2011 à Armenian Street.

© Streething.com

Dossier

Gilman Barracks

Inauguré en septembre 2012, Gilman Barracks est le dernier lieu à la mode. Constitué d’anciens baraquements militaires rénovés sous la direction d’Eugene Tan, il a vocation à accueillir une quinzaine de galeries d’art internationales, le Centre for Contemporary Art (CCA), et un centre en recherche d’art contemporain, combiné à une résidence d’artistes et un espace d’exposition. n

Avec 13 nouvelles galeries d’art, Gilman Barracks contribue à l’effervescence artistique de la région.

Bertrand Fouquoire

Les musées les plus visités La fréquentation des musées a été multipliée par 4 en 8 ans. Dans le cœur des visiteurs, c’est le National Museum of Singapore, avec 885 000 entrées, qui domine. Suivent de près le Singapore Art Museum (656 000), et le Asian Civilisations Museum (526 000), devant le Peranakan Museum (270 000), le Malay Heritage Centre (185 000), le Singapore Philatelic Museum (123 000) et le Sun Yat Sen Nanyang Memorial Hall (100 000). 20 | SINGAPour

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Malay Heritage Centre


Atelier

Home Club - La culture underground de Singapour offre une alternative, dont les nuances éclectiques font vibrer les nombreux adeptes dans la little red dot.

L

a culture alternative est bien présente à Singapour. On assiste à l’émergence d’une communauté « underground », des publics et des artistes qui revendiquent de nouvelles formes d’expression, de rencontres et de création.

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Des jeunes et des moins jeunes qui veulent expérimenter l’art et la culture autrement. Atelier découverte de deux grands lieux de la scène alternative, dans les pas de Marien Guillé, notre poète de proximité.

© Olivia Kwok

La Culture à Singapour en mode alternatif

Soirée Spoken Word au Home Club 21h00. La rumeur de la ville inonde les bords de la Singapore River. La lune se reflète sur les ondulations de l’eau. Les buildings du CBD rayonnent de leurs mille lumières. Nous sommes à Clarke Quay. Nous nous dirigeons vers le Home Club, un bar/night club très en vue


© Olivia Kwok

pour sa programmation nocturne : qui raconte la longue agonie du télé- favorisent des rencontres. Parfois groupes de rock, poésie, musique phone quand peu à peu la batterie se cela laisse des traces, comme ce vide, ce rap improvisé en l’honneur message posté sur Facebook suite à électronique, comedy club… la soirée : I met a girl at the Ce soir, c’est Spoken club. A girl with porcelain Word : scène ouverte, skin, angel wings tattooed on poésie, slam, parfois un L’alternative, c’est pour se libérer. her back. We talked a bit. peu de musique. L’amOn vient ici exprimer ce qu’on retient She came to support a friend. biance est électrique. au fond de soi. On vient montrer sa But she left early. I didn’t get La musique forte. Des différence, sa valeur d’être humain, her number. Damn. Now dizaines de projecteurs car chacun a une histoire à raconter. she flies through my dreams. et de lumières clignoA porcelain angel with tattantes éclairent la salle. tooed wings on her back. Quelques tables, des du pickpocket qui a volé le sac de 
 canapés, des chaises hautes. Une scène surélevée avec micros, bat- Deborah… On entend des mots terie, clavier, table de mixage. Le comme « myself », « revolution », Home Club - http://homeclub.com.sg - 20 Upper matériel de base pour la construc- « I love ». Circular Road, #B 01-06 The Riverwalk, L’alternative, c’est une façon Singapore 058416, HP 6538 2928 - Soirées tion créative. Ici, on ne croise pas que des stars, d’être. Des codes. Des individus liés Speak-Spoken Word, One Mic Stand, Live… comme Hossan Leong ou Kumar, entre eux par des envies communes mais de parfaits inconnus qui vien- de vivre différemment la culture nent se livrer devant les autres. Une à Singapour. C’est l’émergence autre face de la population singa- d’une communauté qui se crée au pourienne se dévoile. La soirée est fur et à mesure de tous ces renprise en main par deux animatrices dez-vous. Chacun est venu comme aux longs cheveux colorés, chapeau il est. Avec ses tatouages, ses jeans et costume noirs, d’énormes boucles déchirés, ses longues robes noires. Nous sommes dans le monde des d’oreilles, des tatouages sur le bras. On a laissé tomber la cravate. On loups garous, des chauves-souris, s’invente un style, on se colore. Les des hiboux. Les yeux sont grand marques d’affection se multiplient. ouverts sur la nuit. L’existence de Artistry Cafe - Modèle “Life drawing” Nina Chabra On est venu pour s’écouter, s’en- lieux comme celui-ci encourage la courager, s’applaudir, se serrer la créativité et offre à la communauté main, se prendre dans les bras, car des quartiers généraux éphémères S’pore Art Salon, une fois par tout le monde se connaît. On se pour se réunir et montrer qu’elle mois, à l’Artistry Cafe Changement de décor, nous somlivre, on se surprend, on s’amuse. existe. Les bars/night clubs sont les lieux mes à Bugis, à l’Artistry Cafe, au Les poèmes sont écrits sur I-phone ou I-pad et chacun lit son texte sur où l’alternative peut essentiellement bord de Victoria Street. Artistry, sa machine. On rigole, on se lâche. trouver refuge. Des dizaines d’en- c’est un café-restaurant-libraiL’alternative, c’est pour se libérer. droits sur toute l’île, plus ou moins rie-galerie d’art installé dans une On vient ici exprimer ce qu’on retient renommés, ouvrent leurs portes à shophouse. Ouvert le jour, Artistry accueille au fond de soi. On vient montrer sa des programmations très variées, à différence, sa valeur d’être humain, de jeunes artistes et à des groupes : le soir des évènements artistiques car chacun a une histoire à raconter. musique, stand-up et poésie no- et culturels. Le lieu soutient activeCette chanson à propos d’une fille tamment. Ce sont aussi des lieux ment l’art et les démarches créarencontrée sur Internet, ce poème qui ont un rôle social important et tives. Il offre aux artistes émergents AVRIL MAI JUIN 2014

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© Olivia Kwok

Atelier

Home Club

une plateforme pour se produire. C’est dans ce lieu surprenant, en plein cœur du Kampong Glam, que se déroule une fois par mois la soirée S’pore Art Salon, un collectif qui encourage le croisement des différentes disciplines artistiques. A l’origine de ce projet, il y a Olivia Kwok, une jeune photographe freelance singapourienne. C’est elle qui porte à bout de bras l’organisation de ces soirées et cette part d’utopie qui réunit chaque mois des jeunes artistes, des passionnés, des curieux, des amis. On retrouve des personnes déjà croisées au Home Club la semaine précédente. On se reconnaît. D’où l’idée d’une communauté sans cesse grandissante. Les personnes qui viennent pour la première fois sont tout de suite intégrées au mouvement. Car ici, les soirées sont participatives. Chacune compose son lot d’activités qui sollicitent la participation du public. C’est Peter, le Joy Officer, qui propose à chacun de dessiner un chat sur une petite toile afin de co-créer une mosaïque 24 | SINGAPour

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féline. C’est un modèle qui vient poser entre chaque session musicale pour que le public la dessine. C’est une danseuse Bollywood qui invite le public à l’accompagner. La programmation s’équilibre entre danse, musique, poésie, art visuel… C’est l’interdisciplinarité qui prime : regrouper des artistes de différents domaines afin de créer des rencontres et des mélanges. L’histoire de S’pore Art Salon a commencé il y a trois ans lorsque Brian, un danseur/chorégraphe de New York, est venu se produire pendant un an à Singapour, au Sentosa Resort. Il souhaitait rencontrer des artistes locaux et trouver un autre public en dehors du resort.  Avec Olivia, qui venait tout juste de finir ses études aux beaux-arts de Lasalle College of the Arts, et 4 autres personnes, il fonde le collectif S’pore Art Salon. Aujourd’hui, Olivia est toute seule. Les autres sont partis aux quatre coins du monde. Mais elle ne baisse pas les bras : « J’ai besoin de le faire parce que je peux le faire. »

L’interdisciplinarité n’est pas encore une évidence à Singapour et, dans ce tout nouveau laboratoire, des essais ont lieu : danse et poésie, musique et peinture ; des formes nouvelles surgissent aux yeux d’un public curieux. Les artistes aussi profitent de ces rencontres pour tenter de nouvelles expériences. Olivia leur propose toujours d’innover afin de les pousser vers ce qu’ils n’osent pas encore. Elle tient à ce que l’ambiance soit détendue, agréable, propice à la prise de risque. « Le public, souligne-telle, ne comprend pas toujours ce qui se passe sur scène, mais il vit l’expérience avec l’esprit ouvert. »

Au Coffee Shop La soirée continue dehors, au Coffee Shop, avec Fabien, un jeune musicien français de passage dans la région. Il se met à entonner du Brassens, en français, pour son public singapourien d’un soir. Les sourires se dessinent. Les rires fusent. La langue française chantée et les ruptures régulières dans la rythmique créent une hilarité chez les personnes attablées autour de Fabien. On sort les smartphones et on le filme. A peine une heure plus tard, ces vidéos auront fait le buzz sur Internet. n Artistry cafe - cafe@artistryspace.com - www. artistryspace.com - 17 Jalan Pinang
Singapore 199149, HP 6298 2420. S’pore Art Salon http://sporeartsalon.blogspot.sg - y présente sa soirée pluridisciplinaire tous les derniers mardis du mois.

Marien Guillé


« Petit à petit la communauté grandit » Le regard d’Olivia Kwok, fondatrice du collectif S’pore Art Salon « Ces dernières années, le gouvernement a donné davantage de moyens pour ouvrir des lieux et mettre en place plus d’évènements, comme des festivals. Singapore Art Fair par exemple. Ou bien encore Music Matters, qui a beaucoup aidé les jeunes artistes. Singapour est un pays naissant, il n’y a qu’une poignée de musiciens qui bénéficient d’une reconnaissance internationale. La plupart des autres restent ici et ne peuvent pas vivre de leur art. Lors de Music Matters, on a appris aux musiciens à parler de leur travail, à devenir professionnels. On a évoqué ce que voulait réellement dire “faire carrière”. Artistry adopte aussi cette démarche en essayant d’être une plateforme où de jeunes artistes rencontrent des artistes confirmés, et ainsi, un processus de dialogue, de transmission, s’active. Si nous pouvons aider les jeunes artistes à montrer leur travail et à se professionnaliser, on réus-

Olivia Kwok

sit quelque chose. La communauté underground de Singapour existe bel et bien, mais par définition, elle n’est que très peu visible. Nous en sommes un exemple. S’pore Art Salon, demandez dans la rue… qui nous connaît ? Mais je crois qu’à chaque fois que nous organisons un évènement, nous faisons un pas. Et à chaque pas, nous avançons. Il faut continuer, pour attirer de nouvelles personnes. Pour que chacun en parle autour de soi. Et petit à petit, la communauté grandit. C’est une véritable communauté. Nous sommes très liés. L’an dernier, nous étions 29 artistes singapouriens à partir en voyage à KL, comme ça, juste entre amis. Sans ce lien artistique, on ne se connaîtrait pas. Et on crée plus de choses ensemble. Un musicien vient me voir avec sa guitare. Il cherche un groupe. Il se produit un soir à Artistry et il a trouvé ! » n Propos recueillis par Marien Guillé

Rootz Resurrection

Rootz Resurrection

© Olivia Kwok

© Olivia Kwok

© Olivia Kwok

Quelques scènes de la vie nocturne au Home Club

Portraiture Project AVRIL MAI JUIN 2014

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Focus Emploi Formation

Les industries de la création à Singapour, un gisement d’opportunités Le poids économique et la croissance du secteur

Dans l’annuaire de la French Chamber of Commerce in Singapore (FCCS), la catégorie Arts et Loisirs compte 15 entreprises.

« Osez ! Le progrès est à ce prix » – Victor Hugo

L

a culture, et de manière extensive les industries de la création, constituent à Singapour un secteur économique à part entière, attirant des investisseurs de renom comme Universal, les studios Georges Lucas ou Ubisoft, multipliant les évènements et offrant de nombreuses opportunités d’initiation, de formation, d’emploi ou de création d’entreprises.

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Ce n’est pas encore un poids lourd, mais il pèse déjà à hauteur de 2 % du PIB de Singapour. Avec un chiffre d’affaires global de 6 milliards de SGD en 2011, le secteur des arts et de la culture – comprendre le patrimoine culturel, le Livre, les spectacles vivants et les arts visuels – a contribué à la création de 1,3 milliards de SGD de valeur ajoutée. (Source : Singapore Department of Statistics.) Dans l’annuaire de la FCCS, la catégorie Arts et Loisirs compte 15 entreprises : Activate Asia, Arsmedia, Chic Maison, French Stage, Galeries Bartoux, Imagination Singapore, In Events, Intersections, Maja Design Group, Partex International, Sing’theatre, Survival Chic, T&C Art (Yellow Korner), Quest Interactive. Le secteur des arts et de la culture compte à Singapour deux types d’acteurs : les Arts Companies (création et distribution de contenu, édition, vente d’équipement, management d’artistes ou formation) et les Art Societies, qui produisent des spectacles vivants et expositions. En 2012, il y avait 1260 Arts Companies et 386 Art Societies. Les financements publics à la création ont atteint 478,8 millions (+ 10 %


par rapport à l’année précédente et deux fois plus qu’en 2005), se répartissant entre les arts (164,2), le patrimoine (109,7) et les bibliothèques (204,9).

Les pistes d’initiation, formation, emploi et création d’entreprises dans le secteur culturel à Singapour Arts vivants – Théâtre – Musique Il y a la possibilité de jouer la comédie et de faire de la mise en scène. Le charme de Singapour est que la zone grise qui sépare l’amateur averti du professionnel est moins marquée, permettant aux premiers de travailler souvent avec les seconds, même si c’est pour ne pas toujours gagner beaucoup. Dans la troupe The Theatre Factory, deux jeunes comédiens, Stéphane et Chloé, qui jouaient dans le spectacle Séduction ont été repérés pour tourner un spot pour l’Open de Tennis. On peut aussi créer sa propre compagnie, produire des spectacles, travailler dans la communication. On peut enseigner le théâtre. On peut se lancer dans la formation, voire dans le coaching. On peut encore être costumier, décorateur… Peinture – Illustration Photographie – Cinéma

Là encore, la frontière est ténue entre amateurs et professionnels. Métiers de passion, la reconnaissance et la possibilité de gagner sa vie de son art est affaire de circonstances, de contacts et, disent les intéressés, d’énormément de travail. Les opportunités de valoriser ses

Les Compagnies Francophones de Théâtre à Singapour

A Singaporean in Paris, Cyrano de Bergerac, 8 Women, Moulin Rouge, Jean et Béatrice, Ma vie avec Mozart, Ubu Roi… Autant de spectacles professionnels et amateurs qui ont activement contribué à l’effervescence théâtrale à Singapour. Leur point commun ? Ils ont tous été produits par des compagnies francophones : Sing’theatre (Nathalie Ribette) Belle Epoque (Sabrina Candeloro Zuber) French Stage -The Theatre Factory (Sophie Bendel) Quest Interactive (Quentin Bernard) Les deux dernières ont développé

également une activité de formation et des opportunités de développement personnel par le théâtre. Le décor ne serait pas complet sans Le lycée Français, dont l’option théâtre, animée cette année par Sophie Colombet, a suscité, depuis qu’elle existe, de nombreuses vocations. De même, faudrait-il encore signaler les très nombreux artistes francophones et francophiles qui, dans le cadre de ces compagnies ou de manière indépendante, cultivent leurs talents et se produisent devant le public dans des situations variées, relevant parfois du café théâtre, d’autres fois plus proches du spectacle de rue.

Témoignage de Sophie Bessin - Sing’theatre

Passionnée de culture mais ayant fait l’essentiel de sa carrière jusqu’ici dans le domaine high tech, Sophie Bessin s’est précipitée, « les yeux plein d’étoiles », lorsqu’on lui a offert l’opportunité de rejoindre l’équipe de la compagnie Sing’theatre, de Nathalie Ribette, comme Media Manager. « Mon travail est de promouvoir

talents sont multiples. Cela peutêtre au travers d’expositions ou de publications. Mais on peut aussi gagner sa vie en enseignant son art, en montant une galerie qui peut être nomade, à l’instar de Clémentine de Forton – Artemiss Contemporary – ou de Marie-Pierre Mol et

les spectacles et les acteurs auprès de la presse. Je m’éclate littéralement. Travailler dans ce secteur est aussi une opportunité formidable pour découvrir Singapour. Si on a envie de faire le saut d’une carrière classique vers le domaine culturel, l’expatriation est souvent le bon moment pour le faire. Dans ces cas là, il faut éviter de se poser trop de questions et se lancer. »

Louise Martin – Intersections. Musées

Pour les passionnés de culture qui avaient rêvé de suivre l’Ecole du Louvre à Paris et se retrouvent avec du temps disponible à SingaAVRIL MAI JUIN 2014

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Focus Emploi Formation pour, l’occasion est belle de devenir guide de musée. L’association Friends of the Museums (FOM) forme des guides bénévoles. Elle permet ainsi aux

Musée des Civilisations Asiatiques

quatre grands musées de Singapour, le musée National, le musée des Arts, le musée des Civilisations asiatiques et le musée Peranakan, de proposer à leurs visiteurs des parcours guidés de qualité. En contrepartie, elle offre aux intéressés un parcours de formation riche et bien construit, et l’opportunité de pratiquer régulièrement. L’activité est bénévole mais elle permet de mettre le pied à l’étrier et, à Singapour ou de retour en France, de capitaliser sur ses connaissances en histoire et en art pour travailler dans un spectre large d’emplois. Friends of the Museums, 61 Stamford Rd. #02-06 Stamford Court, Singapore 178892 – HP 6337 3685 - www.fom.sg

Musée des Arts

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Livres (écriture – édition – librairie – bibliothèque) Guides, romans, nouvelles, galeries de portraits, ouvrages historiques, histoires pour enfants… Il suffit (presque) d’un crayon et d’une page blanche. Si la feuille blanche ne le reste pas, comme dirait le poète, c’est signe que le travail avance. On peut commencer par un blog, puis se mettre à écrire. Maxime Pilon et Emmanuelle Weiler ont écrit une histoire des Français à Singapour, Anne Garrigue a produit plusieurs livres dont certains sur la Chine et le Japon et un recueil de 50 portraits d’entrepreneurs en Asie. Raphaëlle Choël a écrit Tokyo Sisters et So Londres. Laure de Charette et Marion Zipfel ont rédigé ensemble un ouvrage sur Les Nouveaux Milliardaires Rouges en Chine et un guide sur Bali. La seconde vient de publier Portraits de Singapour. On peut encore être lecteur et poète comme Marien Guillé, et si on aime simplement les livres, ouvrir une librairie (The French Bookshop), gérer le rayon livres français d’une librairie internationale (Kinokunya) ou animer la

Musée National

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Témoignage d’Andrée Weschler

Arrivée à Singapour en 1995, Andrée Weschler avait fait des études de Lettres et était professeur de Français Langue Etrangère. A Singapour, elle reprend des études artistiques à la Nanyang Academy of Fine Arts. Artiste désormais reconnue, elle multiplie les performances et est régulièrement sélectionnée pour représenter Singapour dans des expositions internationales. Au quotidien, elle est aussi, à Tiong Bahru, l’âme de The French Bookshop, la librairie d’Emmanuel Brouillet, autre amoureux de la littérature contemporaine. « Chaque mois, la librairie invite un artiste et est ainsi devenue une vitrine pour de jeunes artistes qui font découvrir leur art. Nous organisons également des séances de présentations, de dédicaces de livres par leurs auteurs. Ces évènements ajoutent une dimention d’animation culturelle à la librairie. » bibliothèque d’une structure comme l’Alliance Française. n Bertrand Fouquoire


Agenda

| La sélection de la rédaction

15 avril au 30 avril 3 au 27 If there’re seasons

16 au 27 Happy ever laughter

Le charme d’une comédie romantique typiquement asiatique et les voix sublimes de Céline Rosa Tan, George Chan, et bien d’autres (en mandarin sous-titré en anglais). Produit par The Theatre Practice. • Drama Centre Theatre

Dream Academy avec Hossan Leong, Selena Tan, Kumar… • Esplanade Theatre

15 La famille Wolberg 22 Demain dès l’aube 29 Pièce montée Des films en français tous les mardis à l’Alliance Française, 20h00

16 André Rieu & son orchestre Johan Strauss Spectacle grandiose sur fond de musique classique et populaire. • Singapore Indoor Stadium, 20h00

Costumes délirants, décors fantastiques, acteurs talentueux et irrésistibles à l’humour décapant, Selena Tan et sa Dream Academy nous offrent des spectacles hauts en couleur, drôles, voir caustiques. L’humour singapourien est à apprécier sans modération !

24 au 27 How to catch a star Musique, marionnettes, contes pour les 3/7 ans et les grands astronomes. • SOTA Drama Theatre

27 Discovering music ! Concert interactif du Singapore Symphony Orchestra, pour un jeune public, dès l’âge de 5ans. • SOTA Concert Hall, 16h00

1er mai au 14 mai 25 avril au 11 mai Grease

11 Classics in the park

Production australienne avec Rob Mills et Gretel scarlett. Comédie musicale rythmée sur fond de chansons inoubliables, blousons de cuir et cheveux gominés. • Grand Theatre à Marina Bay Sands

Singapore Symphony Orchestra, concert gratuit de la fête des mères. • Botanic Gardens, 18h00

1er Open House Istana 8h30 à 18h00 A l’occasion de certains jours fériés, le palais présidentiel ouvre ses portes au public. Goûter dans le parc, visite des salons de réception, et peut être croiser le président Tony Tan…

9 Beethoven’s fifth symphony Singapore Symphony Orchestra, sous la direction de Gunther Herbig. • Esplanade Concert Hall, 19h30 30 | SINGAPour

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11 Specially for you mother ! Les grands classiques chinois à apprécier en famille. • Esplanade Concert Hall, 17h30 Un dimanche après-midi par mois, un concert gratuit à l’Esplanade Concert Hall. Premier arrivé, premier assis !

Scannez ce code et accédez à la liste exhaustive des évènements dans notre Agenda !


15 mai au 31 mai 14 au 25 Festival du film

28 au 31 Les liaisons dange-

européen

reuses

Culture européenne, diversité et créativité, à travers la projection de films récents. • Shaw Lido

Produit par French Stage. Mise en scène d’Emilie Borrel et Olivier Jean. • Théâtre de l’Alliance Française

17 et 18 DBS Marina Regatta Compétitions de «Dragon boats» et de percussions. • Marina Bay

Les bénéfices de la soirée du 31 mai des Liaisons dangereuses  seront reversés à l’association « les enfants du Mékong » 

23 au 25 Affordable Art Fair

31 B.A.P Live on Earth

L’art contemporain accessible à tous… Organisation de programmes et ateliers pour les enfants. • F1 Pit Building

Boys band sud-coréen au succès international incontestable : 100 000 fans sur 20 concerts dans leur dernière tournée. • Star Theatre

27 au 1er juin Tap Dogs

31 Come meet Mozart

Spectaculaire, cocktail explosif de talent, humour et énergie communicative. • Marina Bay Sands Theatre

Concert interactif du Singapore Symphony Orchestra pour les jeunes mélomanes. • University Cultural Centre Hall

Du 1er juin à fin octobre 3 10 17 24

Les fils du vent Les parapluies de Cherbourg Le concert Aïda

Des films en français tous les mardis à l’Alliance Française, 20h00

7 au 22 juin Le Noir Musique, acrobaties, cascades de cirque…Un show incroyable ! • Marina Bay Sands Theatre

12 au 15 Beerfest Le festival international de la bière. • Marina Promenade

28 Our People, Our Music Singapore Chinese Orchestra. 4 500 musiciens sur scène interprèteront un répertoire classique et contemporain. • Singapore Indoor Stadium

5 au 7 septembre Singapore Swim Stars A l’initiative de Stéphane Caron, un show aquatique d’une nouvelle dimension, avec la participation des meilleurs nageurs internationaux. • Sports Hub

19, 20, 21 septembre

Grand prix de formule 1

Et de nombreux spectacles et concerts en marge de l’évènement sportif. • Marina Bay Street Circuit

31 octobre

MusicFest@SGH

Sing’theatre organise une journée d’évènements musicaux à l’hôpital avec la présence de nombreux artistes et comédiens. • Singapore General Hospital AVRIL MAI JUIN 2014

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Escapade Gourmande A partir de 108 SGD sans boisson, 158 SGD avec un free flow Veuve-Cliquot et Mojito, les enfants de moins de 7 ans ne payent pas. La terrasse est également très agréable et permet de sortir de la clim’ tout en étant rafraîchi par les fans extérieurs. On y trouve là également une sélection d’items cuits au barbecue ! Raffles Hotel

La folie des brunches

L

’activité principale du week-end de tout Singapourien de naissance ou d’adoption qui se respecte ? Le brunch bien sûr ! Chic ou décontracté, chacun a son endroit fétiche. Embarquement immédiat pour notre petite sélection gourmande.

RAFFLES – Brunch historique unique Un cadre somptueux marqué par l’histoire pour ce brunch dominical d’excellence. Ici, on flirte avec la perfection : de l’assortiment de jambons rares (Bellota, Parme, Iberico, Serrano), d’huîtres de provenances variées (Irlande, France, Australie) à l’hallucinant buffet de fromages (assortiment extraordinaire de dizaines de pâtes affinées divinement présentées). La sélection de desserts est, elle aussi, sublime (mention spéciale pour les truffes et la mousse intense au chocolat). Le tout arrosé d’un Singapore Sling – boisson symbole de la ville éponyme créée dans ce même hôtel – ou d’une coupe de Champagne Billecart-Salmon. Ici, bruncher est un art ; compter entre 158 et 198 SGD par personne pour cette mémorable petite folie selon que l’on choisit l’option Champagne à discrétion. Bruncher chic en famille chez MELT Si votre trip est plutôt d’aller déjeuner en famille, alors ce brunch est fait pour vous ! Les parents se délectent de sushis, sashimis, foie gras, plats chauds (indiens, thaïs, européens), de viande à la découpe, sans oublier les fruits de mer, les pâtes et les desserts (goûter le cheesecake à la rose et la glace au caramel). Pendant ce temps-là, dans une pièce séparée, les chérubins sont divertis par des nannies qui leur proposent des spécialités internationales mais surtout des bonbons, des chocolats, popcorns et friandises en tout genre ! Vos enfants attablés devant un dessin animé, deux glaces à la main. Ne soyez pas étonnés d’avoir du mal à décoller ! 32 | SINGAPour

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Brunch classieux kids friendly au HYATT Autre lieu qui accueille et distrait les enfants, le Mezza9. Chaque dimanche, selon la programmation, un atelier est proposé à nos charmantes têtes blondes : pâte à modeler, création de paysages de sable, puzzles, peinture de visage etc., sans oublier les tours de magie d’un

Hyatt Mezza9

professionnel qui passe à chaque table. Ici, on se régale tout en se distrayant. Au menu : un buffet japonais fourni en tempuras, sashimis variés et fruits de mer (homards, huîtres, crevettes), un coin salade et fromage, un autre proposant des mini-burgers et foie gras poêlé, et un buffet de desserts particulièrement bien achalandé (on n’oublie surtout pas la tarte au chocolat, la fontaine de chocolat et les glaces au cheesecake, au yaourt ou à la crème fraîche). Tarifs : de 69 à 138 SGD avec Champagne Perrier Jouet, vin et bières, soft drinks à gogo, gratuit pour les enfants de moins de 7 ans. BUFFET TOWN – Décontraction absolue pour les familles Autre option familiale très détendue, ce buffet au sous-sol de Raffles City qui semble conquérir les Singapouriens chaque jour de la semaine et du week-end. Une formule imbattable à partir de 25,80 SGD (30,80 SGD le week-end) pour les adultes,


qui donne accès à un buffet géant de crustacés, pizzas, sushis, sashimis, pâtes, plats indiens, japonais et malais, sans oublier les desserts, dont la fameuse fontaine de chocolat, qui fait fureur auprès des enfants, qui ne se lassent pas d’y tremper leur marshmallow en forme de cœur. Le lieu est également pourvu en fontaines de boissons gazeuses et bar à thé/café (tout est compris dans le prix) et met aussi à disposition une spacieuse aire de jeu équipée d’un écran de télévision et des jeux d’agilité manuelle.

lent vraiment le coup : financier au chocolat, cheesecake déstructuré, superbe tarte fine aux poires, et brownies à peine cuits. Chaque dimanche, 10 cocktails sont proposés, afin de donner un peu de couleur à ces saveurs du monde. Compter 108 ou 148 SGD pour la version Bubbly Remix (vin, champagne et accès à la piscine au rythme endiablé de la musique). Un plongeon tonique avant de déguster une coupette devant la marina et ses yachts luxueux. Que rêver de mieux après cette parenthèse épicurienne ?

Brunch – Piscine au MARRIOTT Bruncher à la carte au bord d’une piscine, voici une autre formule sympathique et plus raisonnable si l’on veut éviter les excès. On s’installe sur de confortables banquettes molletonnées et on déguste une omelette au chili crab (Spicy Kick, 20 SGD), un délice d’onctuosité et de saveurs épicées locales, et des pancakes aux myrtilles (Morning Blueberry 16 SGD), généreux et fondants. On complète par un jus de fruits pressés préparé à la minute. Le mélange céleri, orange, pomme verte (14 SGD) est particulièrement désaltérant. Les becs sucrés tenteront à raison le dessert Antoine (5,5 SGD) qui est particulièrement réussi. Les petits pourront opter pour deux mini-burgers servis avec des frites et du coleslaw (10,95 SGD) ou choisir dans la sélection du menu enfant.

L’ « Amazing Sunday Brunch » d’OSCAR’S Bienvenue aux amateurs d’huîtres, et de poissons divinement cuisinés, et mention particulière pour ce brunch qui, outre sa sélection de hors d’œuvres, plats chauds, et desserts proposés en buffet, sert en prime ses plats du jour à la carte, une bonne façon d’être assuré de la parfaite cuisson des aliments. Au menu, un superbe cod fish aussi dodu que fondant, un Wagyu beef archi-tendre, des Saint-Jacques saisies à la poêle et des huîtres en provenance de France, Nouvelle-Zélande et Irlande. On ose aussi arrêter la table roulante et se laisser tenter par la bisque de homard, servie aux convives qui le souhaitent. On termine par les divins petits chocolats qui accompagnent à merveille le café ou par le dessert pralin-chocolat qui fait la réputation d’Oscar’s. Mais la gourmande forêt noire est aussi un excellent choix ! Tarif  : 78 ou 158 SGD (si l’on choisit le free-flow de Champagne).

Brunch branché et festif du W W Singapore Autre lieu de totale perdition, le brunch de l’hôtel W et son enfilade de buffets les plus gourmands. Un coin sushis, sashimis et fruits de mer ultrafrais, un espace indien (tester le chou-fleur aux épices), un espace singapourien avec ses spécialités locales (pepper crab et laksa), des grillades et plats cuisinés avec soin (mention spéciale pour le pad thaï parfumé, les Saint-Jacques dodues et fondantes relevées d’une petite sauce délicieuse, et le bœuf tendre et savoureux). Une fois attablés, on savoure gambas, pizzas fines, cocktails et autres spécialités qui nous sont proposés sur un chariot ambulant. On garde bien entendu une place pour les desserts, qui va-

NINETHIRTY by Awfully Chocolate – Détente & gourmandise font bon ménage Décontraction assurée pour ce brunch dominical dans une ambiance de café-bistrot. Au menu, un œuf poché servi dans un bouillon japonais et quelques algues (9 SGD), une croustillante foccaccia à l’ail (12 SGD), un hamburger d’agneau au tzatziki (20 SGD), et notre coup de cœur : le soufflé à l’œuf et aux champignons (13 SGD), ultra-aérien, un pur délice ! On accompagne cela d’un Katong Jelly (8 SGD), la boisson locale citronnée à l’agar-agar, et d’un dessert, car AVRIL MAI JUIN 2014

SINGAPour | 33


Escapade Gourmande

Forlino

MELT~The World Cafe

on est tout de même ici au temple du chocolat : tarte au chocolat (6,80 SGD), pavé chocolat butterscotch salé (7 SGD), gâteau au citron et yaourt (9 SGD). Autres options délicieuses : le croustillant et fondant cinnamon roll (13 SGD), qui ne peut que ravir les amateurs de cannelle, la tarte au Pandan (8 SGD), pour la jouer local, ou une boule de glace au chocolat et quelques truffes au Kahlua (15,5 SGD les 100 gr.), pour accompagner son café.

poursuit avec un plat chaud à la carte parmi une large sélection (pizzas, pâtes, filet de bœuf, bar grillé ou calamars & crevettes au charbon). Enfin, on commande son dessert (tiramisu, croustillant cannoli à la Sicilienne et superbe glace à la pistache et sorbet citron accompagnés de fruits des bois). Plats et desserts sont préparés à la minute, donc archi-frais, et l’on peut les commander à discrétion. Un excellent rapport qualité-prix pour ce brunch à 68 SGD par personne, ou 98 SGD si on s’offre le supplément Prosecco à gogo ! n Raphaëlle Choël

Brunch with a view chez FORLINO Brunch avec vue imprenable sur Marina Bay Sands et sur le virage de la formule 1. Ce brunch est proposé à 88 SGD par personne et propose une mini-sélection d’entrées, de pâtes, de plats et de desserts que l’on peut recommander à discrétion. Une formule originale qui permet de goûter à tout et de reprendre ce que l’on préfère. Le menu change chaque semaine, mais voici quelques exemples en guise de mise en bouche : quiche courgette-lardon, couscous au saumon, velouté de poireaux, pâtes aux crevettes, lasagnes de la mer, bar grillé, émincé de bœuf, pannacotta et mousse au chocolat. On peut agrémenter ce brunch de Prosecco à volonté (supplément de 25 SGD). On se délecte de la vue en dégustant ces mets variés dans un décor soigné aux notes baroques. Brunch italien LA BREZZA Envie de saveurs italiennes pour un repas copieux et de standing, mais sans le chichi des grands hôtels ? Alors La Brezza est un bon choix. Au menu de ce brunch ambiance trattoria : un buffet d’antipasti dont une « burrata station » et un assortiment de pains gourmands, prosciutto & excellent foie gras, légumes à profusion cuisinés à merveille (mention spéciale pour les portobello mushrooms), et de délicieuses salades (notamment celle au homard !). On 34 | SINGAPour

AVRIL MAI JUIN 2014

Les Adresses Raffles

1 Beach Road

HP. 6337 1886

Melt ~ The World Cafe

Mandarin Oriental, 5 Raffles Avenue Marina Square

HP. 6885 3500

Hyatt Mezza9 10 Scotts Road

HP. 6738 1234

Buffet Town

Raffles City #B1-44E, 252 North Bridge Road

HP. 6837 3793

W Singapore

Sentosa Cove, 21 Ocean Way

HP. 6808 7278

Oscar’s

2 Temasek Boulevard

HP. 6334 8888

Marriott

320 Orchard Road

HP. 6735 5800

Ninethirty

131 East Coast Road

HP. 6345 2190

Forlino

1 Fullerton Road

HP. 6690 7564

La Brezza

St. Regis, 29 Tanglin Road

HP. 6506 6888


MAISON DE QUALITÉ FONDÉE EN 1889


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