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SINGAPour N˚4 – MAI | JUILLET 2015

Le Magazine 100% Red Dot du site lepetitjournal.com/singapour

TOURISME 15 millions de consommateurs

www.lepetitjournal.com/singapour


© Elie Cortine

Edito

Une page est tournée Le 23 mars 2015 disparaissait Lee Kuan Yew. Celui que les Singapouriens désignaient comme le père de la nation avait cédé sa place de Premier ministre de Singapour à Goh Chok Tong en 1990. C’était il y a 25 ans. Pourtant il était resté depuis cette date étonnamment présent, toujours très influent comme Senior Prime Minister puis, lorsque son fils était devenu à son tour chef du gouvernement en 2004, comme Minister mentor. En 2011, il avait décidé, avec Goh Chok Tong, de se mettre en retrait. Décision rapide, après un revers électoral du PAP qu’il avait co-fondé en 1954, comme pour ouvrir l’espace politique à une nouvelle génération. Que serait Singapour lorsque Lee Kuan Yew aurait disparu ? La question revenait régulièrement, comme si le passage

entre deux époques ne pouvait se faire complètement. Lee Kuan Yew est mort, comme un symbole, l’année du Jubilé de Singapour Lee Kuan Yew est mort, comme un symbole, l’année du Jubilé de Singapour, autre date ressentie par tous, gouvernement et citoyens, comme un point de rupture entre le Singapour des pionniers, celui de la croissance et des transformations à marche forcée, et le Singapour de demain qui est à inventer. Lee Kuan Yew est à présent disparu. Les Singapouriens lui ont rendu un vibrant hommage, tandis que, partout dans le monde, ses pairs

saluaient sa stature de grand homme d’Etat, ses qualités de visionnaire et sa défense de ce leadership asiatique dont certains aspects autoritaires avaient pu troubler les référentiels des pays occidentaux. Un grand homme s’est éteint, une page est tournée. Singapour qui s’interrogeait sur elle-même, le fait désormais guidée par le gouvernement actuel et une nouvelle génération de leaders qui émerge, dans un contexte où les enjeux ne manquent pas, tant les tendances de l’économie, la situation internationale, les attentes de la société, se sont en profondeur transformées. L’équipe de l’édition lepetitjournal.com/Singapour www.lepetitjournal.com/Singapour

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Numéro 4

Mai | Juillet 2015

SINGAPour

Sommaire

« There is now universal acceptance that tourism is a valuable component of the global economy, one that creates jobs and facilitates understanding and goodwill among people around the world » Chew Choon Seng

© Carole Caliman

Chairman Singapore Tourism Board

8 / Dossier Tourisme, 15 millions de consommateurs

3 Edito 6 Fil Rouge © Elie Cortine

Les évènements marquants des derniers mois sur lepetitjournal.com de Singapour

© Carole Caliman

Singapour Autrement (photo : Pulau Ubin) / 28

Les Français à Singapour / 40

MCI (P) 120/04/2014 Editeur Fil Rouge Pte. Ltd / Directeurs de la publication Bertrand Fouquoire, Elodie Imbert, Christine Leleux / Rédacteur en chef Bertrand Fouquoire / Rédacteur en chef Adjoint Elie Cortine / Rédaction Raphaëlle Choël, Elie Cortine, Bertrand Fouquoire, Marien Guillé, Marlène Maes, Anne Pouzargues, Nathalie Swyngedauw, Marion Zipfel / Agenda Nathalie Swyngedauw / Conception, Graphisme Elodie Imbert - Elie Cortine pour la rubrique Festival Voilah! / Publicité Christine Leleux / Trésorerie Claudine Hatton Impression IPrint Express Photos couverture © Carole Caliman Photos remerciements spéciaux à Carole Caliman et à Elie Cortine (photographes)

Tirage à 4000 exemplaires

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Dossier Tourisme, 15 millions de consommateurs

28 Singapour Autrement

28 • Opération cité du Lion 32 • Le tourisme médical

36 Festival Voilah! 2015 Les événements clés

40 Les Français à Singapour

40 • Didier Millet 43 • L’ancien quartier colonial avec Ariane Nabarro 46 • Stéphane Soret

48 Agenda, sélection de la rédaction Evénements à ne pas manquer

50 Escapade Gourmande

Zoom sur l’Asie-Pacifique

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Fil Rouge Disparition de Lee Kuan Yew Hommage d’une nation à son fondateur. Celui qui avait été le premier Premier ministre de Singapour en 1959 et avait tenu les rênes du pays jusqu’en 1990 est décédé le 23 mars 2015, à l’âge de 91 ans. Les Singapouriens ont été très nombreux à lui rendre un hommage poignant. Ils ont été plus de 450 000 à venir se recueillir, au prix de files d’attentes de plusieurs heures, devant son cer-

© Bertrand Fouquoire

cueil exposé au Parlement. Tristesse et admiration pour un leader hors du commun. « La lumière qui nous a guidés pendant tant d’années s’est éteinte », a dit son fils, le Premier ministre Lee Hsien Loong, lors des funérailles publiques qui se sont déroulées le 29 mars 2015 à la National University of Singapore.

© George Hammerstein/Corbiss

Budget SG50 Budget spécial pour le cinquantième anniversaire de Singapour. Un budget pour investir dans l’avenir, au moment d’entrer dans un nouveau cycle. Les dépenses augmentent de 19,3 %. Le déficit (près de 10 % des recettes budgétaires), une rareté à Singapour, est du même ordre que le budget de relance qui avait prévalu au lendemain de la crise de 2008. Le budget 2015 intègre une série de nouveautés,

dans les domaines de l’éducation, de l’économie, des infrastructures, de la couverture sociale et de la solidarité. Parmi celles-ci : un programme en plusieurs volets pour favoriser la formation continue ; une série de mesures pour accélérer les restructurations dans les entreprises et soutenir l’innovation ; l’augmentation de 20 à 22 % du taux d’imposition de la tranche de revenus supérieurs à 320 000 S$…

Festival de Singapour en France Après le succès en 2010 de l’exposition Baba Bling au Musée du Quai Branly, Singapour revient en force à Paris et dans plusieurs grandes villes de France. L’événement, organisé à l’occasion du jubilé de Singapour, célèbre 50 ans de relations diplomatiques entre Singapour et la France. Le festival de Singapour en France a été inauguré le 26 mars 2015 au Palais de Tokyo, avec une exposi-

tion, Archipel Secret, et un spectacle marathon – The Incredible Adventure of Border Crossers – mettant en scène, pendant plus de 6 heures, l’histoire des immigrants à Singapour. Le festival se poursuit jusqu’au 30 juin. Plus de 70 évènements sont au programme, d’un spectacle de musique Nanyin ancienne au théâtre des Bouffes du Nord à la recréation de hawkers sur les berges de la Seine à Paris.

© Image Source/Corbi

Rififi chez les professionnels du tourisme

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Rien ne va plus chez les professionnels du tourisme. Un groupe d’agences de voyages, parmi les plus grandes du secteur, a décidé de faire sécession et de ne plus participer au salon organisé en mars par la National Association of Travel Agents Singapore (NATAS). Raisons invoquées : les tarifs pratiqués et une campagne publicitaire jugée non satisfaisante. Pis, les agences réfractaires décident de créer leur propre

fair : The Travel Revolution. Au moment de la Travel Fair de la NATAS, du 6 au 8 mars, les « révolutionnaires du voyage » sont aux portes, calculette à la main. « Les chiffres de fréquentation annoncés sont impossibles » s’énervent-ils, pendant que, parmi les exposants, forcément plus rares, on se frotte les mains. L’un d’eux a vendu sur le salon 20 % de croisières en plus que l’année précédente.


© tiff.net

Unlucky Plaza Présenté à guichets fermés en inauguration du Festival International du Film de Singapour (SGIFF), le film de Ken Kwek, Unlucky Plaza, est une belle revanche pour le cinéaste dont l’ensemble de 3 courts métrages Sex & Families avait été interdit par la MDA (Media Development Authority). Les aventures rocambolesques d’un restaurateur philippin preneur d’otages, sur fond de shark

loaners, de prostitution et de réussite de pacotille, devraient passionner les amateurs de comédies sociales, façon Ken Loach, mais survitaminées à l’humour singapourien. Un film pour rire et se détendre. Un film également pour voir Singapour et la redécouvrir à travers la critique subtile, par un cinéaste singapourien, de la société singapourienne d’aujourd’hui.

© Bertrand Fouquoire

Inquiétude sur les Helpers La décision est celle du Président indonésien Joko Widodo, qui voudrait arrêter l’envoi des femmes indonésiennes à l’étranger pour y travailler comme helpers. La déclaration d’intention crée l’inquiétude parmi les professionnels. Singapour compterait 125 000 helpers de nationalité indonésienne, soit environ une maid sur deux. Les agences de recrutement n’ont pas manqué de

souligner le risque que la mesure, si elle était confirmée, encourage l’activité de réseaux clandestins. Solution proposée : offrir aux maids la perspective d’un parcours qualifiant dans la cité-Etat, leur permettant d’acquérir à Singapour formation et expérience avant éventuellement de partir dans d’autres pays. Singapour, hub régional pour la formation des helpers ?

Rouge, rouge, rouge… Célébration, à la française, du cinquantième anniversaire de Singapour. Une soirée rouge, rouge, rouge : rouge comme Singapour, rouge comme le moulin rouge, rouge comme le gâteau d’anniversaire et comme (de plaisir) les invités. Toutes les institutions françaises – Ambassade, Alliance Française, Encore !, FCCS, CCE, AFS et LFS – réunies le temps d’une unique soirée pour dérouler le tapis rouge en

hommage à leurs hôtes et à Singapour. Plus de 1000 convives. Une farandole de danses, de chants et de déclarations « Singapour, je t’aime », de Juliette Binoche et Catherine Deneuve à Jack Lang et François Hollande, par vidéo interposée. Rouge comme le drapeau rouge et blanc de Singapour. Une synthèse qui n’aura pas échappé à l’interprète d’un tribut à Piaf : la vie en rose !

© Lost Horizon Images/Cultura/Corbis

Changi Airport au 7ème ciel L’aéroport de Changi à Singapour vient pour la 3ème fois consécutive de remporter la récompense suprême des World Airport Awards, celle du meilleur aéroport du monde. Les World Airport Awards sont le résultat d’une enquête menée auprès de 13 millions de passagers qui évalue la satisfaction client dans 550 aéroports sur la base d’éléments tels que le check-in, les arrivées, les transferts,

les boutiques, la sécurité et l’immigration… Jusqu’au moment du départ. De quoi donner des ailes à l’aéroport singapourien. La construction d’un 4ème terminal est actuellement en chantier (Livraison prévue en 2017). Celle d’un 5ème terminal, qui pourrait être aussi grand que les trois terminaux actuels réunis, est déjà en projet.

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TOUR 15 millions de consommateurs

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ntre 1964 et 2013, le développement des transports et l’augmentation du niveau de vie ont entraîné à l’échelle de la planète une explosion du tourisme. A Singapour, l’explosion a été atomique : aussi puissante que la Little Red Dot

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est petite. Une réussite exceptionnelle qui doit beaucoup au savoir-faire de Singapour pour mettre en valeur ses qualités naturelles et développer ex-nihilo de nouveaux pôles d’attractivité… Mais avec le risque de perdre son authenticité.


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his is Singapore ! Entre 1964 et 2013, le nombre de visiteurs étrangers à Singapour a été multiplié par 150 : 15 fois plus que la moyenne mondiale. Comment la boring city est-elle devenue aussi attractive ? En faisant feu de tout bois et en le faisant avec maestria. A Singapour, le tourisme n’a rien d’un business tranquille, qui profiterait de l’ambiance tropicale en laissant s’installer des paillottes le long de plages de sable blanc, vendrait dans des boutiques de fortune de l’artisanat local et divertirait les visiteurs d’un folklore puisant aux différentes sources des origines de ses ha-

bitants. This is Singapore ! Championne de la planification, la cité du lion a eu tôt fait de repérer non seulement le potentiel économique du tourisme mais aussi les externalités positives qu’il génére sur les autres pans de l’économie. Le secteur touristique représente aujourd’hui 4 % du PIB global de la cité-Etat et représente directement 160 000 emplois. Pragmatique, Singapour mesure sa performance au travers de 3 indicateurs simples : le nombre de visiteurs étrangers, la durée moyenne des séjours et le montant total des dépenses. Singapour a accueilli, en 2013, 15,6 millions d’étran-

© Elie Cortine

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gers (15,1 millions en 2014). Ils ont dépensé 23,5 milliards S$. (Par comparaison, la France, première destination touristique mondiale, a accueilli 84 millions de touristes étrangers en 2013. Visiter Singapour ? Deux jours au maximum suffisent ! Longtemps, le nombre de visiteurs a été alimenté par la seule situation géographique privilégiée de Singapour dans la région, les campagnes de Singapore Airlines et l’excellence de l’aéroport de Changi. Singapour, gigantesque plateforme de transit, ne valait guère plus aux yeux des

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© Carole Caliman

Dossier

Temps de Pause Jeunes touristes assoupies sous l’effet du Singapore Sling au Raffles Hotel Pause méditative au Bright Hill Temple Pause nature au Botanic garden

© Carole Caliman

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innombrables voyageurs qu’un bref séjour sur place, le temps peut-être d’un peu de shopping, d’une virée à Sentosa, de ce qui n’était pas encore un selfie devant le Merlion, ou d’un Singapore Sling au Long Bar du Raffles. Le Singapore Tourism Board (STB) est sans doute l’institution qui a le mieux mis en musique la formule attribuée à Georges Yeo : « Fun is a serious business ». Il est à l’origine de l’extraordinaire déploiement des infrastructures dans le domaine culturel et sportif, de la préservation du patrimoine en lien avec le National Heritage Board (NHB), et de la promotion des contenus culturels en relation avec le National Arts Council (NAC). Lors de sa mise en place, en 1964, sa mission consiste essentielle-

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ment à promouvoir le tourisme. Son rôle a rapidement évolué, se concentrant sur le développement des infrastructures et sur l’organisation de grands évènements sportifs, commerciaux, scientifiques et culturels : Grand Prix F1, Premiers Youth Olympic games, SEA Games… Les couleurs changeantes du caméléon En 1964, les seules attractions touristiques à Singapour, rappelle le rapport du STB, sont la Haw Par Villa, le Jardin Botanique, le Mount Faber, le Van Kleef Aquarium et le National Museum. Aujourd’hui, le tourisme à Singapour est un tourisme aux multiples visages qui recouvre aussi bien le voyage détente, exotique ou culturel, que le tourisme d’affaires ou le tourisme médical.

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Petite pause revigorante d’un groupe de touristes le long de la Singapore River

© Carole Caliman

En 50 ans, Singapour a exploré tous les registres classiques : nature, culture, farniente et loisirs. Tourisme nature grâce à la préservation de ses espaces verts, parcs et forêts primaires. Tourisme culturel fondé sur la valorisation du patrimoine colonial et la multiplication des lieux « culturels ». Tourisme détente, sportif et de loisirs avec le déploiement de parcs de loisirs et de gigantesques resorts intégrés, qui incluent désormais jusqu’aux casinos, à Marina Bay Sands et Sentosa. A partir de 1974, la cité-Etat s’est inventé une destinée dans le tourisme d’affaires, avec la création du Singapour Convention Bureau dont l’objectif était de « faire de Singapour une destination dynamique pour les évènements d’affaires ». Dans le classe-


Sport en vitrine : petites statuettes vendues à Chinatown Exposition publique d’oeuvres d’art sur Orchard road

ment établi par l’International Congress & Convention Association (ICCA), en 2014, Singapour se situe au 6ème rang mondial des villes de congrès et au 1er rang en Asie. La logique économique est incontournable : les délégués à une convention passent entre 2,5 et 3 fois plus de temps à Singapour qu’un touriste moyen. Les Meetings, Incentives, Conventions & Exhibitions (MICE) représentent, au total, 30 % des recettes touristiques. La cité-Etat a encore poussé la logique du tourisme jusqu’au domaine médical, faisant de la qualité reconnue de son système de santé et de son expertise dans le domaine de l’hôtellerie, deux précieux arguments pour attirer les riches patients des pays de la région. Cherchez les terrasses qui débordent ! Mais le secteur est aussi en tension. Après le pic de 2013, le nombre de touristes est retombé à 15,1 millions, au point que le secteur hôtelier qui a longtemps surfé sur

© Carole Caliman

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© Carole Caliman

Nouveau Singapore Visitor Centre à l’entrée d’Emerald Hill

la croissance et des taux moyens d’occupation des chambres de l’ordre de 85% (en 2014), à force de construire des hôtels à tour de bras (2154 chambres supplémentaires en un an), est menacé d’une situation de surstockage qui pourrait bien entraîner des baisses de prix. Le secteur du tourisme est par ailleurs le premier à souffrir des restrictions imposées sur le recours à la main-d’œuvre étrangère et se heurte à la difficulté de former un personnel spécialisé dans le secteur de l’hôtellerie. Dans un pays où la terre est rare et les infrastructures coûteuses, la puissance de l’argent ne présente pas non plus que des avantages. Dans le domaine culturel comme dans son offre touristique – attractions, évènements, hôtellerie – le risque, pour Singapour, est de se globaliser toujours davantage, voire de s’adapter à un tourisme de masse et aux goûts dominants des Chinois ou des Indonésiens, au point d’y perdre son âme. Sur le terrain de l’authenticité, Singa-

pour peut encore compter sur Pulau Ubin, mais la petite île n’est pas à l’abri de la promotion immobilière. La Cité-état prend soin de son patrimoine et de ses espaces verts – Architecture coloniale, Jardin botanique –, mais cherchez à Singapour les lieux que le public peut encore s’approprier ! Cherchez les terrasses qui débordent sur la rue, les lieux atypiques qui naissent de l’ingéniosité plus que du portefeuille de ceux qui les créent ! L’intelligence urbaine de Singapour, sa capacité à traduire ses ambitions, dans tous les domaines, par des masterplans ambitieux, a pour corollaire des coûts exorbitants et un marketing envahissant qui sont autant de brides à la spontanéité. Ce qu’il faut préserver à Singapour, ce sont aussi les espaces ouverts au public et les activités gratuites : les balades sur East Coast, les spectacles dans la rue… n

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Bertrand Fouquoire

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© Oksana Perkins | shutterstock

Les Poids Lourds de l’attraction touristique

Comment Singapour a investi pour devenir une destination touristique

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vec son aéroport et sa position centrale, au cœur de l’Asie, Singapour est une plaque tournante pour les touristes dans la zone. Mais peu connaissent autre chose que Changi, ou s’arrêtent quelques jours. Pour les convaincre de s’attarder davantage, le gouvernement

singapourien n’a pas lésiné sur les moyens et a développé exnihilo des pôles d’attraction susceptibles d’attirer le grand public. Shopping, plage, visites ou musées, petit tour d’horizon de ces endroits qui sont devenus les emblèmes d’un tourisme de masse à Singapour.


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ature sauvage apprivoisée Si Singapour est naturellement un pays où la faune et la flore sont très riches, de nombreux espaces pseudo-naturels ont été reconstruits ou aménagés. L’exemple typique est sans doute celui de l’île de Sentosa, qui accueille plus de vingt millions de visiteurs chaque année. Les îlots de sables fins, construits à quelques dizaines de mètres des plages, permettent de cacher les paquebots et les gigantesques navires commerciaux qui passent continuellement dans le détroit, et de reproduire un environnement proche de celui des îles thaïes et malaises. L’île abrite aussi de nombreux hôtels de luxe, le parc d’attraction d’Universal Studios, ainsi qu’un grand aquarium. A Singapour, on peut en effet observer des animaux venus de toute l’Asie du Sud-Est, et même de plus loin. Outre les poissons de l’aquarium, le Singapore Zoo et ses 28 hectares réunissent des animaux de toute la rainforest, et sa version nocturne, le Night Safari, permet d’approcher, dès la tombée de la nuit, les plus noctambules des animaux, y compris les léopards, les chauves-souris et les tigres. Quant au Jurong Bird Park, on peut y admirer des centaines d’espèces. L’attraction phare est la grande serre où les visiteurs peuvent nourrir les oiseaux et les observer au plus près de leur environnement naturel. Jeux d’argent Sa réputation de grand centre financier permet à Singapour d’attirer les touristes fortunés. La cité-Etat est une destination phare pour le shopping. Orchard Road et Marina Bay Sands réunissent les plus grandes enseignes de luxe internationales. Chaque année, Singapour est citée dans le classement des destinations préférées des millionnaires chinois – en 2014,

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Ci-dessus Quatre rendez-vous phares pour les touristes : le River Safari, le Singapore Flyer, la plage de Sentosa et les malls d’Orchard road Page précédente Officiellement ouvert le 23 juin 2010, Marina Bay Sands s’est d’emblée imposée comme le nouvel icône de Singapour

le pays était 9ème, derrière, entre autres, la France, Dubaï et l’Australie. En 2005, le Premier ministre Lee Hsien Loong annonce le développement de deux casinos : l’un sur Sentosa, l’autre à Marina Bay Sands. Dans un pays où les jeux d’argent sont interdits depuis 1926, la décision fait polémique mais les deux projets finissent par voir le jour en 2010. L’un et l’autre sont intégrés à des complexes d’hôtels et de centres commerciaux – integrated resort –, un concept inventé à leur création, qui permet notamment de ne pas évoquer le nom, mal famé, de «  casinos  ». Ces « resorts » intégrés attirent chaque année des millions de clients, pour la plupart internationaux, et ont clairement été construits pour attirer en priorité une clientèle étrangère – d’ailleurs, les Singapouriens doivent s’acquitter d’un droit d’entrée particulier.

Beaucoup de bruit pour l’art En plus de ces lieux et animations, Singapour organise, tout au long de l’année, des événements de portée internationale. Entre novembre et janvier, un bouquet de foires de l’Art – Affordable Art Fair, Singapore Art Fair et Singapore Art Stage – attire artistes, acheteurs potentiels et visiteurs du monde entier. Au mois de septembre se déroule le Grand Prix de Formule 1. L’événement, créé en 2008, est particulièrement suivi. Le circuit est, comme à Monaco, au cœur de la ville. La course a lieu la nuit, ce qui, outre la beauté du spectacle et la diffusion d’images d’un Singapour illuminé, permet au Grand Prix d’être suivi partout, indépendamment des décalages horaires. L’événement est prétexte à de gigantesques spectacles musicaux. n

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Anne Pouzargues

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ôté Tradition et Culture, Singapour peut puiser dans son héritage multiculturel et la coexistence de communautés vivantes – chinoise, indienne et malaise – pour entretenir une vision de carte postale aux charmes bigarrés, et offrir au touriste un condensé d’Asie dans le confort d’une cité moderne.

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hinatown, cœur historique Au début du 19ème siècle, c’est dans le quartier de Chinatown que se sont installés les premiers migrants chinois, qui venaient du Sud de la Chine dans l’espoir de trouver à Singapour du travail et de meilleures conditions de vie. Les shophouses colorées construites à l’époque, qui abri-

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Singapour, une Asie en miniature

taient des familles entières dans des pièces de quelques mètres carrés, attirent aujourd’hui de nombreux touristes, qui viennent se perdre dans les rues étroites, goûter à la viande séchée et admirer les façades parfaitement conservées. Chinatown, en plus d’offrir un spectacle architectural immanquable, donne ainsi un aperçu de l’histoire de Singa-


pour, et rend hommage aux premiers migrants qui ont contribué à bâtir le pays. Le Chinatown Heritage Centre, installé dans l’une des shophouses, propose une plongée au cœur de la vie quotidienne des premiers migrants chinois. On trouve aussi dans le quartier plusieurs temples bouddhistes, comme le Buddha Tooth Relic Temple, qui abrite un musée et une relique originale : une dent de Bouddha. Little India, l’Asie de l’Ouest Changement de décor de l’autre côté de la Singapore River : le long de Serangoon road, Little India déploie ses rues colorées, ses boutiques de saris et ses effluves d’encens. En quelques mètres, nous sommes passés de la Chine à l’Inde : c’est toute la beauté et la singularité de Singapour. Little India est un quartier à majorité tamoule ; à l’origine, le gouvernement singapourien obligeait les Tamouls à s’installer dans ce quartier, qui s’est développé autour de l’élevage, puis du commerce. Aujourd’hui, le quartier reste majoritairement de culture indienne. Les activités culturelles y sont nombreuses, et les festivals hindous rythment la vie locale : de Deepavali à Thaïpusam, les fêtes religieuses sont chaque année l’occasion de se sentir plongé dans la culture tamoule. Le quartier a longtemps cristallisé les mésententes entre les populations venues de Chine et d’Inde. En décembre 2013, il a été le théâtre d’une nuit d’émeute qui a fortement marqué les esprits. Globalement cependant, l’histoire des querelles semble avoir laissé place à une certaine harmonie.

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Ci-dessus Le quartier de Kampong Glam inspire les artistes Page précédente Le charme des miniatures mais en grandeur réelle

A Kampong Glam, les premiers Singapouriens En remontant vers le nord de la Singapore River, se trouve l’un des plus vieux quartiers du pays. Kampong Glam était, à l’origine, l’endroit où s’était établie l’aristocratie malaise, bien avant la colonisation. Le quartier garde de forts liens avec la population malaise musulmane qui s’y est installée très tôt. Le centre névralgique est la mosquée du Sultan, qui est à la fois un centre important pour les musulmans de Singapour et un endroit touristique incontournable. Malgré la modernisation rapide du pays, Chinatown, Little India et Kampong Glam n’ont rien perdu de leur spécificité et de leur richesse culturelle et his-

torique. Ces trois quartiers sont des lieux touristiques majeurs de Singapour, et le gouvernement a tout fait pour les protéger tout en maintenant le dynamisme de ces lieux. Ce patrimoine varié est la marque de Singapour : dans le même pays, il est possible de passer d’un quartier chinois à un quartier indien, des premières constructions malaises aux bâtiments coloniaux, des tours de la city aux parcs naturels et à la mangrove. Singapour recrée alors une Asie en miniature, avec ses traditions, sa modernité et ses défis. Le pays a sans aucun doute su faire de sa diversité un atout. n

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Anne Pouzargues

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Accor, la French Touch à Singapour

Entretien avec Kevin Bossino, Area General Manager chez Accor

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our Kevin Bossino, le choix de Singapour d’investir dans des infrastructures de qualité ouvre aux professionnels du tourisme des perspectives stimulantes. Mais,

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dans un métier où le contact direct avec le client est clé, c’est le recrutement et la formation du personnel, à tous les niveaux, qui constituent le défi majeur pour exceller.


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uel regard portezvous sur l’évolution du tourisme à Singapour ? Le paysage a beaucoup changé. Quand je suis arrivé, il n’y avait pas de Marina Barrage. Gardens by the Bay et le Marina Bay Sands n’étaient pas encore sortis de terre. Le gouvernement de Singapour a engagé d’importants investissements avec la construction d’un grand port de croisière et le développement d’un aéroport dont la qualité est exceptionnelle. Ces infrastructures ont vraiment conforté Singapour dans sa position de hub régional. Auparavant, la cité-Etat était une pure zone de transit. Elle est devenue une destination à part entière. L’organisation du Grand Prix F1 a été une initiative très efficace pour attirer de nouveaux touristes et les faire rester sur place. En 2014, en revanche, le tourisme a connu une importante baisse de fréquentation de la part des touristes chinois. Le développement du tourisme sur un espace aussi réduit que celui de Singapour n’a t-il pas des limites ? Le gouvernement de Singapour a choisi d’investir dans un tourisme de qualité. L’objectif est d’augmenter la durée des séjours. Tout le secteur des Congrès et conférences (MICE), qui s’appuie sur des infrastructures d’accueil de haut niveau, est un excellent moyen d’aller dans ce sens. A quel moment le groupe Accor s’est-il implanté à Singapour ? Accor a ouvert un premier hôtel Novotel dans les années 80. Depuis, le groupe a pris en gérance le Novotel de Clark Quay, le Grand Mercure Roxy, suivie par l’ouverture de l’Ibis Bencoolen puis de l’Ibis Novena. En 2014,

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Ouvert en 2014, le Sofitel So se situe au coeur du CBD (Central Business District) Photos du hall, vue extérieure et terrasse. Terrasse en page précédente

le groupe a ouvert Sofitel So dans le quartier des affaires et le Sentosa Resort & SPA, qui deviendra bientôt Sofitel Singapore à Sentosa. Y a t-il une French touch dans la manière dont Accor administre ses hôtels ? La French Touch est toujours présente. Tous les messages, par exemple, sont à chaque fois déclinés en français. C’est parti-

culièrement vrai dans le segment des hôtels de luxe comme Sofitel. Par ailleurs, nous nous efforçons de nous adapter à la culture de chaque pays à travers les services, la décoration ou les menus. A quels challenges êtes-vous confronté ? Ces challenges sont surtout liés à la main-d’œuvre compte tenu des difficultés de recrutement à Singapour. Chez Accor, nous avons

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mis en place plusieurs dispositifs pour favoriser la formation et le développement de carrière du personnel. Avec l’académie Accor, nous disposons d’un dispositif de formation en ligne, qui mobilise 400 formateurs sur la région et s’adresse à l’ensemble du personnel, quel que soit son niveau et ses compétences. S’ajoutent à cela plusieurs programmes qui développent le savoir-faire de chaque collaborateur et lui offrent des perspectives d’évolution. Ces dispositifs de formation vous permettent-ils de recruter des gens qui n’ont

pas eu de formation dans l’hôtellerie ? En effet. Ce que nous recherchons, lorsque nous recrutons de nouveaux collaborateurs, c’est moins une formation qu’un état d’esprit. Les techniques, les personnes peuvent toujours les acquérir.

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Dossier

D’un bar à l’autre. Partout la même attention apportée au contact client

La productivité est un maître mot à Singapour, comment cela s’applique-t-il dans le domaine de l’hôtellerie ? Il ne se passe pas un jour sans que nous nous préoccupions de productivité. Cependant, il y a dans notre métier une chose que

nous ne pouvons pas changer : le contact direct avec le client. Nous avons mis en place plusieurs initiatives qui vont dans le sens d’une meilleure efficacité. On a ainsi développé un système de management des services qui permet de supprimer les intermédiaires ou de gagner en flexibilité. Par exemple, nous avons mis en place un service qui gère les priorités dans le domaine du house keeping. n

Propos recueillis par Bertrand Fouquoire Les enseignes IBIS pour le segment économique.

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Novotel et Mercure dans le moyen de gamme.

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Pullman et M Gallery (Boutique hôtels) ; Grand Mercure, Sofitel Legend (comme l’hôtel Métropole à Hanoi) et So Sofitel dans le haut de gamme.

A Singapour, Accor administre 3 200 chambres, soit davantage, par exemple, que Marina Bay Sands. Projets en cours Un Ibis style de 300 chambres à Mc Pherson (2015) ; un combo Ibis & Novotel de près de 800 chambres, sur Stevens Road (2017).


La vallée la plus secrète du Bhoutan vous attend

DÉCOUVREZ LE MONDE OUBLIÉ DE L’HIMALAYA


Dossier

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o-directrice du Singapore Tourism Board à Paris, Isabelle du Plessix explique comment Singapour, qui attire actuellement 160 000 touristes français par an, compte attirer plus de Français et faire en sorte qu’ils restent plus longtemps.

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To Singapore from Paris

Mettre en valeur les atouts de Singa pour et corriger certains clichés


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omment décrire votre activité au STB ? Nous sommes une agence de représentation de Singapour sur les marchés du monde entier. Je m’occupe du bureau de Paris. Nous assurons la promotion de la cité-Etat : faire en sorte qu’on en parle plus et qu’on en parle mieux. Jusqu’en 2000, le tourisme n’était pas une priorité pour Singapour. Puis de gros chantiers comme Sentosa ou Marina Bay Sands ont élargi la gamme de l’offre touristique. Singapour accueille chaque année plus de 160 000 touristes français, pour qui c’est une des plus importantes destinations d’Asie. Pour l’instant, c’est un stop-over, l’objectif est qu’il devienne un stay-over, c’est-à-dire un lieu de séjour à plus de trois nuits en moyenne. Qui sont vos interlocuteurs? Nous travaillons avec les médias (des journalistes qui préparent un reportage, par exemple), les entreprises (pour un congrès…) et les professionnels du voyage (tours operators, agences de voyages qui voudraient formaliser un programme touristique). On aide les clients à se familiariser avec les offres, les destinations, les lieux possibles de séminaires. On les accompagne de façon très personnalisée pour répondre au mieux aux attentes. Cela peut se traduire par des workshops, des formations, des conférences, sur place ou en France. Une fois par an, on invite des professionnels singapouriens à venir à Paris rencontrer des professionnels français du voyage. Sur quoi misez-vous pour promouvoir Singapour auprès des Français ? Dans chaque pays, on doit s’adapter aux souhaits des clients tout en mettant en lumière les

Singapour accueille chaque année plus de 160 000 touristes français, pour lesquels c’est une des plus importantes destinations d’Asie Page précédente En 6 ans, le grand prix de F1 est devenu un pôle majeur d’attraction Ci-contre Hall de l’UBS building ; nouveau Tourism Centre sur Orchard Road ; Lau Pa Sat, food court célébrissime au coeur du CBD (Central Business District)

© Elie Cortine

© Bertrand Fouquoire

© Bertrand Fouquoire

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atouts de Singapour. Pour les Français, qui ont une forte demande d’activités de type leisure et hospitality – gastronomie (Food Festival), architecture, culture (expositions), multi-ethnicité, sport (F1, compétitions…) – nous ne nous concentrons pas uniquement sur le tourisme. En revanche, on ne met pas en avant le golf, ni les casinos, car ce n’est pas à Singapour que les Français viendraient pour ce genre d’activités. Le rôle des médias est-il important pour attirer le public? On envoie régulièrement des journalistes pour faire la promotion d’un évènement ou d’un lieu (Art Stage, Sports Hub, SEA Games…). Nous nous attachons surtout à corriger certains clichés

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sur Singapour. politique autoritaire, ville où l’on s’ennuie, où tout est cher… Depuis trois ans, les médias ont changé leurs discours. Notre travail porte ses fruits. Nous voulons faire prendre conscience aux Français que Singapour est en train de changer. L’offre n’arrête pas de grandir et de se diversifier : activités balnéaires, shopping, restaurants… Même Bintan, désormais, compte dans l’offre balnéaire et urbaine. La société évolue également : aujourd’hui, des portes s’ouvrent, les citoyens singapouriens sont encouragés à s’exprimer, l’offre culturelle grandit… Quels sont les éléments qui font la singularité de Singapour par rapport à d’autres pays ? Singapour, par son côté ultra-safe est une destination privilégiée

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© Bertrand Fouquoire

© Bertrand Fouquoire

Dossier

Pause lecture à Tiong Bahru Animations dans les murs du Red Dot Traffic building à l’occasion du nouvel an chinois

pour les entreprises. Ceux qui organisent un séminaire ou un voyage d’équipe exigent que cela se passe dans un pays sans risque. La presse cherche à faire la promotion de pays sûrs où règne, comme à Singapour, une bonne entente entre les religions et les communautés. Evidemment, Singapour est un pays aux multiples facettes. Derrière tous ces points attractifs se cachent d’autres réalités. On ne nous en parle pas spontanément mais nous y répondons au cas par cas. On a le droit de parler de tout. On ne nie rien. On laisse chacun faire sa propre expérience. n

Propos recueillis par Marien Guillé


Dossier

Grandes manoeuvres dans l’hôtellerie Les groupes singapouriens à la conquête du monde

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u’ont en commun les résidences Citadines, le Claridge sur les Champs-Elysées, le Four Seasons de Bali ou encore le Capella de Singapour ? Réponse : ils appartiennent tous à des groupes singapouriens !

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Loh Lik Peng, créateur notamment du Wanderlust Hotel à Little India

© Loh Lik Peng

our accompagner le développement du tourisme, l’industrie hôtelière s’est développée rapidement. En 2015, Singapour disposera de 53 000 chambres d’hôtels. Parmi les acteurs du marché, il y a de grands groupes immobiliers singapouriens, comme Royal Brothers, qui confient la gestion de certains établissements à des hôteliers comme Accor. C’est le cas avec le So Sofitel ou encore le futur Sofitel Singapore Sentosa Resort & Spa, qui doit être inauguré au second semestre 2015. D’autres

© thisisourwork.com

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Regarder ailleurs Très vite, Loh Lik Peng a aussi des envies d’ailleurs. Après Shanghai et Londres, il va bientôt ouvrir un hôtel à Sydney dans une ancienne brasserie. Aller à l’international, c’est la stratégie de la plupart des groupes singapouriens, qui soit achètent des terrains, soit développent des hôtels. Leur terrain de jeu privilégié est l’Asie du Sud-Est ou l’Australie. Mais ils sont de plus en plus nombreux à se projeter en Europe. C’est ainsi par exemple que le groupe singapourien Ascott, filiale de Capitaland Ltd., l’une des plus grosses

A droite (deux photos) Le Capella Singapore (Pontiac Land)

compagnies immobilières d’Asie, a racheté, en 2004, les résidences hôtelières Citadines. De son côté, le groupe de résidences hôtelières de luxe Frasers Hospitality a annoncé début juillet l’achèvement de l’importante rénovation du palace Le Claridge, à Paris, sur les Champs-Elysées. Et si le Serviced Apartments enregistre des succès en Europe, c’est également un secteur en plein essor à Singapour. « Il y a une demande réelle pour ce type de service, explique Robert McIntosh. C’est une activité efficace et rentable qui demande moins de main-d’œuvre ». Le casse-tête de la maind’oeuvre C’est précisément le talon d’Achille de l’industrie hôtelière à Singapour. « J’aimerais ouvrir plus d’hôtels à Singapour mais j’ai un problème de ressources humaines » avoue Loh Lik Peng.

© Carole Caliman

Ci-dessus Fraser Suites Le Claridge ChampsElysées : les chaînes singapouriennes sont très présentes à Paris

© Carole Caliman

Boutique hôtels : succès assuré auprès des touristes occidentaux, japonais et coréens En jean et chemise, Loh Lik Peng reçoit en toute simplicité dans le lobby de l’hôtel Majestic, un ensemble de 4 shophouses, de 1928, superbement rénovées. Cet ex-avocat, devenu hôtelier par goût du design et des belles pierres, est l’un des pionniers du concept de « boutique hôtel » à Singapour. « Nous avons ouvert le premier, l’hôtel 1929, en 2003, explique-t-il. A cette époque, personne ne s’intéressait aux shophouses dans le quartier de Chinatown ». Après Chinatown, il ouvre Wanderlust à Little India.

© frasershospitality.files.wordpress.com

groupes au contraire développent leurs propres marques comme Pan Pacific ou encore Park Royal. Certains groupes comme le promoteur immobilier Pontiac Land, qui appartient à la famille Kwee, mettent leurs hôtels en gestion comme Ritz Carlton, Conrad et Regent, tout en lançant leurs propres marques comme le Capella à Sentosa ou le futur Patina Capitol, nouvel hôtel ultra luxe qui doit ouvrir ses portes en juillet 2015.

Les hôtels sont confrontés à deux problématiques : d’une part les restrictions à l’embauche du personnel étranger et les difficultés à recruter de la main-d’œuvre locale. Avec plus de 2 000 chambres supplémentaires à venir sur le marché en 2015, la situation risque de devenir encore plus critique. Selon les estimations du Singapore Tourism Board, 3 000 postes ne seraient pas pourvus. Pour répondre à ce défi, les hôtels s’adaptent pour améliorer leur productivité. C’est ainsi, par exemple, que l’hôtel The Amoy a adopté des matelas plus légers donc plus faciles à manier. Pour se déplacer plus rapidement, les femmes de ménage sont équipées de sacs à dos plutôt que d’un chariot encombrant. Quand on n’a pas de main-d’œuvre, il faut avoir des idées. n

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Marion Zipfel

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Dossier

© The Patina Capitol

© The Patina Capitol

The Patina Capitol Singapour, Marc Dardenne

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A

près avoir dirigé des hôtels pendant plus de 30 ans à travers le monde, de Cotonou à Dubai, de Bali à Manille, Marc Dardenne est aujourd’hui à la tête de la nouvelle chaîne d’hôtels Patina Hotels and Resorts à Singapour. A quelques mois de l’ouverture de « The Patina, Capitol Singapour » premier hôtel de la marque, Marc Dardenne nous emmène dans les coulisses de l’industrie hôtelière.

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Le décor intérieur du nouvel hôtel Patina, est signé Jaya Ibrahim

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atina Hotels and Resorts est une marque créée en 2012 par quelques membres de la famille Kwee, propriétaire du groupe Pontiac Land qui possède le Conrad, le Capella, le Regent, le Ritz Carlton… Pourquoi vouloir créer une marque et devenir gestionnaire d’hôtels ? C’est une évolution naturelle pour un groupe comme Pontiac Land, qui a une grande expérience à travers les hôtels, de souhaiter déve-


« The Patina Capitol » doit ouvrir en juillet 2015 dans un bâtiment des années 1930. C’est un challenge de transformer l’ancien en hôtel de luxe ? C’est un défi passionnant de faire coexister l’ancien et le moderne. Cette tâche a été confiée à l’architecte américain Richard Meier, lauréat du Prix Pritzker en 1984. Pour le design d’intérieur, nous avons fait appel à Jaya Ibrahim. Ce designer indonésien a grandi à Singapour et en Angleterre. Il a déjà travaillé avec la famille pour le Capella. « The Patina Capitol » se positionne sur le segment luxe. Comment allez-vous faire la différence par rapport aux nombreux établissements qui existent déjà à Singapour ? C’est vrai qu’il y a une forte concurrence sur le segment du luxe à Singapour. Nous ne voulons pas nous différencier par le prix mais nous voulons créer un hôtel qui a une âme. Notre spécificité passe par l’architecture, que j’évoquais à l’instant. Nous avons également mis en place un concept unique de « concierges 360° ». Au total, ils seront 190 alors que nous avons 157 chambres. Ils seront engagés pour leurs compétences, mais ce qui compte pour nous c’est qu’ils aient une passion à partager avec nos clients. Nous allons également offrir une flexibilité à nos clients des chambres et suites Stamford en leur permettant de profiter des chambres pendant 24h à compter du moment où ils y sont entrés.

© The Patina Capitol

lopper sa propre marque. Pontiac a déjà une autre marque, le Capella, à Sentosa. Je pense que c’est important d’avoir une marque pour réussir. C’est un moment très excitant car nous sommes en train de façonner une nouvelle expérience hôtelière.

La restauration de l’ancien hôtel Capitol, sur Stamford road, a été confiée à l’architecte américain Richard Meier

Quelle clientèle visez-vous ? Nous visons à la fois une clientèle d’affaires et de tourisme. Nous travaillons avec des agences de tourisme de luxe comme l’agence américaine Virtuoso. Depuis l’année dernière, notre hôtel apparaît sur le site The Leading Hotels of the World, ce qui nous donne une forte visibilité auprès de cette cible de voyageurs en quête d’expériences différentes. Quel est le principal défi quand on gère un hôtel ? Le principal défi, c’est la maind’œuvre, recruter et retenir les talents. Quand on gère un hôtel, il faut savoir appréhender les différences culturelles. J’ai travaillé à Dubai, à Bali, à Manille, à Jakarta. A chaque fois, il faut comprendre les

mentalités et surtout ne pas vouloir appliquer à Bali les méthodes qui marchaient, par exemple, à Dubai ! Quelle est la chose la plus importante pour vous lorsque vous êtes à l’hôtel ? L’expérience de l’arrivée. Les premiers pas dans un hôtel sont décisifs. La propreté de la chambre. Je suis intraitable là-dessus et la relation avec les employés. Je me souviens d’une expérience lorsque j’étais au Marriott. Un matin, je suis parti courir. Le lendemain lorsque je suis rentré de mon jogging, le portier m’attendait avec une serviette et une bouteille d’eau. J’étais très imsio nné. Voilà la clé d’un bon service : toujours traiter les clients de façon individuelle et personnalisée. n

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Marion Zipfel

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Singapour Autrement

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our ce reportage à Singapour, notre agent a endossé l’identité d’un voyageur en visa touriste. Mission officieuse : établir un relevé détaillé des lieux, des sons, des odeurs, des rythmes, et des couleurs qui pourraient représenter un danger pour ceux qui n’aiment pas voyager.

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© Carole Caliman

Victor Tan, Rêverie - Musical Journey (Sentosa Boardwalk

Opération Cité du Lion

C’est du sérieux, mais je suis un agent surentraîné, suréquipé d’un smartphone et autorisé à tuer…le temps. Première chose à faire : se fondre dans les communautés sociales. J’infiltre illico le réseau Singafrog sous un pseudo aux consonances batraciennes pour ne pas attirer les soupçons. Je soutire des


tuyaux à des informateurs qui s’ignorent : meilleur resto du soir, meilleur hawker pour le kaya toast, meilleure banque pour placer mon argent propre… Sans transition, je m’attaque au réseau des kiwis guest houses et à celui des

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food-courts, où je change régulièrement de pseudonyme pour brouiller les pistes : mee siam bee hoon, rojak, murtabak lassi, ice lemon tea… Je traverse en courant le CBD (Central Business District), les yeux en l’air, les cervicales détraquées. De sommets en sommets j’observe de haut la hauteur : One Altitude, MBS, Duxton…C’est au tour des shophouses aux devantures

Le poète de proximité (en planque à Pulau Ubin ?) attend un taxi

roses, bleues, vertes, boutiques de rue, étals de fruits et légumes. Je me perds dans les dédales de Mustafa où, pour un paquet de lessive, j’ai pris six fois l’ascenseur. Little India dévoile ses temples bariolés de lumière. Chinatown et sa

Park où je médite devant les tankers qui barrent l’horizon. J’ai mis un débardeur blanc et acheté un vélo dépareillé pour me faire passer pour un uncle. Je sillonne incognito les Park Connectors et fume une cigarette devant les pêcheurs

street food permet d’améliorer ses bases en hokkien. Geylang me confirme que le viagra sera la future star des échanges de demain. Tiong Bahru se révèle en poésie : portes ouvertes et chats aux fenêtres.

de la Singapore River. Je pédale jusqu’à Changi Village où je déguste un Chilli Crab. Je vogue vers Pulau Ubin, le poumon vert de Singapour : quelques cabanes de pêcheurs, des maisons perdues au milieu de la jungle, un congélateur à noix de cocos vendues sur le bord de la route. De retour sur Pulau Ujong, l’île principale de l’archipel, je traverse Punggol Park Connector et débouche

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Je quitte le centreville : direction le Chinese Garden et ses joueurs de cricket, Bishan Park et sa loutre super-star, East Coast

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sur le World War II memorial site, un lieu chargé de silence et de soleil, face aux côtes malaises.

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J’ai réquisitionné un taxi qui file plein ouest pour atteindre Choa Chu Kang columbarium, un cimetière à perte de vue divisé en plusieurs sections : tombes malaises, tombes chinoises, des bâtiments construits sur le modèle des HDB pour entreposer les cendres des défunts… Je m’allonge le temps d’une cigarette sur l’emplacement d’une tombe en chantier. Ici je ne risque rien, pas de CCTV ; les morts, on les laisse vivre en paix. Chiens errants et oiseaux bleus habitent seuls

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cet espace démesuré. Le chant des bulldozers résonne au loin. Déjà la journée s’achève. J’attrape un bus fantôme et retrouve l’acidité ambiante de Jurong West Street 71, direction Tuas. Un dortoir de migrants workers affiche, sur le grillage barbelé où sèchent les pantalons couverts de peinture, « no outside food allowed ». J’exploite la fonction photo de mon smartphone. Ma mission doit aussi révéler l’invisible et l’ignoré.

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Dernier jour. Une mission de découverte, c’est se lever dès l’aube et ne plus s’arrêter, engranger efficacement un maximum de choses, ne rien louper, saisir des instants fugaces,

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Travailleurs sur le trajet quotidien entre le dortoir et le chantier

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déjouer les filatures, s’adapter, s’émerveiller… On manque toujours de temps : je n’ai pu explorer la Central Water Catchment ni la réserve de Bukit Batok … Je communique mon rapport et ma position par satellite. Mission terminée. Je me sens pourtant attiré par l’ambiance du Marina Bay Financial Center : les reflets des mille et une vitres, la vue sur la baie, le son des milliers de talons qui frappent le sol, des mains qui se serrent, des paroles échangées dans le brouhaha de l’heure de pointe. Tous mes sens en éveil, je flaire le danger…le sentiment d’être en vacances, l’enivrement de voyager ! n Marien Guillé


Singapour Autrement

Le tourisme médical

Sponsor contraignant du système de santé singapourien

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lassée 1ère au rang des nations ayant le meilleur système de santé, Singapour s’est logiquement imposée comme l’une des destinations privilégiées du tourisme médical. Les patients occidentaux apprécient le faible coût des opérations. Les voyageurs du Moyen-Orient et d’Asie y trouvent des infrastructures et un savoir-faire haut de gamme.  Bien ou mal ? Le tourisme médical génère des devises et participe au financement des infrastructures de qualité de la cité-Etat, mais il entraîne aussi une augmentation des tarifs, qui excèdent les moyens d’une partie de la population singapourienne.


© Elie Cortine

Singapour attire chaque année 570 000 touristes médicaux, soit 30 % du tourisme médical mondial

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arce que votre rein le vaut bien Mieux que TripAdvisor : MyMedHoliday.com. Ce site internet anglo-saxon fournit une liste exhaustive des destinations privilégiées du tourisme médical, en fonction du type d’opération. A la rubrique Singapour, on apprend que la cité-Etat est la destination rêvée pour quiconque ayant besoin d’une greffe de foie ou de rein, d’un traitement des troubles sanguins, ou d’une séparation avec son siamois. Tourisme oblige, on y vante aussi les qualités du pays : sa position de hub international, son haut niveau de développement, le fait que l’on se « sente chez soi », puisque toutes les nationalités et toutes les ethnies sont représentées, la « tranquillité d’esprit », peu de violences, peu d’émeutes –

« vous pouvez vous concentrer sur votre convalescence, sans vous occuper du reste ». Ces qualités attirent chaque année environ 570 000 touristes médicaux du monde entier, soit 30 % du tourisme médical mondial. Les échanges sont principalement intra-régionaux. En 2011, 47,2 % venaient d’Indonésie, 11,5 % de Malaisie. La part des patients venant du Myanmar, du Bangladesh et du Vietnam augmente chaque année. La plupart des consultations sont de l’ordre de la médecine générale et de la chirurgie légère, ainsi que de la cancérologie et de la chirurgie oculaire. Les Américains et les Britanniques sont sortis du top 5 des nations pourvoyeuses de patients étrangers venant pour des opérations lourdes.

Pour 1 milliard de soins La concurrence est vive. Face à la Malaisie, où les coûts des opérations et le taux d’occupation des hôpitaux sont moindres, Singapour mise sur la qualité des soins et la complexité des opérations pratiquées. L’enjeu est primordial : le tourisme médical a représenté en 2011 une manne de 980 millions de dollars singapouriens, et jusqu’à 1,2 milliards en 2008. Dès 1986, le gouvernement singapourien soutient le développement des services médicaux spécialisés et privés, dans le but de faire du pays le centre médical international de la région. Pourtant, ce n’est qu’à la suite de la crise asiatique de 1997 que la question se pose de manière plus pressante. Le gouvernement fait alors face à un manque de devises inter-

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nationales qu’il veut pallier, entre autres, par la promotion du tourisme médical privé. Les emplois hautement qualifiés du secteur, sa technologie à haute valeur capitalistique, et les devises qu’il rapporte contribueront au redémarrage du pays et à sa diversification économique. Mieux que les devises qu’il génère, le tourisme médical privé participerait, selon ses promoteurs, à l’amélioration générale de la santé à Singapour. Les patients étrangers se tournent à 70 % vers les hôpitaux privés, souvent moins coûteux pour eux, du fait de l’absence d’aide sociale dont bénéficient les Singapouriens. Structurellement, la population singapourienne ne peut à elle seule constituer une source de revenus suffisante pour financer la création d’un système médical de haute qualité. Attirer des patients étrangers est nécessaire pour financer les infrastructures, notamment publiques. Cela permet aux hôpitaux de réaliser des économies d’échelle, et de justifier les lourds investis-

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sements dans la technologie médicale. Des prix et les salaires du privé qui s’envolent Mais la stratégie est à double tranchant. Car la promotion du tourisme médical privé conduit à la hausse des prix des prestations médicales, dans le privé et le public. Elle tend à drainer les spécialistes du public vers le privé, où les salaires sont plus élevés. Elle concourt à exacerber les écarts de coût et de maind’œuvre qualifiée entre public et privé. Au point que le gouvernement, par la voix de l’ancien ministre de la Santé Khaw Boon Wan, le 14 septembre 2009, a éprouvé la nécessité de justifier sa politique et de rassurer les Singapouriens : « [le gouvernement] ne saurait négliger les patients locaux et se délester de la charge de patients étrangers ». La solution ? Recruter des médecins étrangers, à moindres frais, venant d’Inde, de Birmanie, du Pakistan, d’Indonésie, du Bangladesh... En 2008, sur 1 248 médecins enregistrés, 739 étaient

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Singapour Autrement

étrangers. Concernant les prix, le gouvernement a recentré les subventions en direction des plus démunis, il a externalisé les soins vers le privé, et a généralisé le paiement d’une partie de ceux-ci par le patient seul, et non plus par le biais des systèmes MediSave et MediCare, fondés sur la capitalisation individuelle et cofinancés par le salarié et l’employeur. Cela n’a pas empêché, en 2008, un parlementaire de déplorer que, même pour les classes sociales les plus subventionnées, la facture moyenne était de 1 112 dollars singapouriens, et qu’une personne sur cinq souffrant de maladie chronique ne pouvait faire face à ses dépenses en médicaments. Ironie de l’histoire, en 2010 le gouvernement singapourien a autorisé ses citoyens à utiliser leurs fonds MediSave dans les hôpitaux malaisiens, pour que ceux-ci puissent accéder aux soins médicaux qu’ils ne peuvent plus s’offrir à Singapour. n Elie Cortine

Grand artisan de la valorisation du savoir-faire de Singapour dans la santé, le Health Promotion Board A droite, le Singapore General Hospital


Festival VOILAH!

Après le Festival de Singapour en France, Voilah! le Festival de France à Singapour Pourquoi un Festival ? Parce que la France est très présente à Singapour, mais que, perdu dans la masse foisonnante des évènements culturels, économiques, scientifiques et sportifs à Singapour, ce qu’elle y fait peut manquer de visibilité. C’est toute l’ambition du festival Voilah! nouvelle formule que de donner de la densité, du rythme, du festif et de la résonnance à la France à Singapour Inauguration le 4 mai au Fort Canning Arts Centre. Clôture le 21 juin, jour de la fête de la musique, avec un concert de Jazz au Jardin botanique Entre les deux une série de rendez-vous dans des genres variés : musique, Arts visuels, danse, films,expositions et conférences, rendez-vous gastronomiques Particularité de l’édition 2015 : l’accent porté sur l’environnement. Le sommet de la Terre à Paris emporte des enjeux planétaires. Le festival lui fait écho avec une série d’évènements autour du Petit Prince de Saint Exupéry, mais aussi des films, des photos, des conférences sur la terre et les océans Décryptage : pour vous permettre de profiter au maximum de ces 2 mois plus français que les autres à Singapour, votre magazine éponyme s’est attaché à faire une synthèse aussi exhaustive que possible de tout ce qui va se passer

VOILAH!

le Festival de France à Singapour 50 manières d’en profiter

e t è

n a

e r t o N

l P

Détail à suivre dans Lepetitjournal.com, dans l’Agenda et dans les brèves, articles et reportages qui seront consacrés, en temps réel, aux grands moments du Festival

Exposition Planet Ocean Photos de Yann Arthus Bertrand Gardens by the Bay

8 28 8 9 mai

au

juin

Projection du film Planet Ocean Sous les supertrees de Gardens by the bay

Conférence Good Planet

Exposition Les Abysses. Protographies des créatures vivant dans les grandes profondeurs des océans Art Science Museum

mai

mai

7 31 4 6 juin

Festival du film sur la terre - Projections en plein air de Oceans, La marche de l’empereur, et de Il était une fois la forêt Jardin botanique

Projection du film Home de Yann Arthus Bertrand Sous les supertrees de Gardens by the bay

au

août

au

juin

12

juin

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Sport

Musique Cinéma Théâtre 13

VOILAH ! 2015

Ouverture du Festival Européen Projection de La French de Cédric Jimenez avec Jean Dujardin et Gilles Lelouche

mai

au

mai

au

au

mai

George and the Music Box (Offenbach et Jean de la Fontaine) par la compagnie Bellepoque

mai

Concerts de Gush, Irma, Manceau, et Wab

Boat Quay

La Vie en Rose Tribute to Edith Piaf par la compagnie Sing’theatre

au

30 mai

6 12 juin

juin

mai

ChorAsies Ateliers et échanges Spectacle final le 29 mai

Lycée Français de Singapour

OOF Cinemix Pionnier des DVJ shows, OOF est à la fois DJ et réalisateur de vidéos musicales et de cinéclips.

Fort Canning

Fête Royale, spectacle musical en costumes par la compagnie Doulce Mémoire

Victoria Theatre

Concert de la pianiste Célimène Daudet avec le violoniste Guillaume Latour

School of the Arts (SOTA).

19 21 juin

Fête de la Musique

au

Animation Française

Les 108 démons

Réception à 19:30 Film à 20:30

Concert de jazz en clôture du Festival Voilah! par le Singapore Wind Symphony

Alliance Française et Jardin Botanique

22 23 24 mai

La prophétie des grenouilles – 16:00 Jasmine – 19:00 Oggy et les cafards - 14:00

Victoria Theatre

28 30

Film

à l’Alliance

Esplanade

20 23 27 30

du d’

Golden Village

14 16

Festival

Gus, petit oiseau, grand voyage Goûter à 16:00 ; film à 16:30

mai

mai

Aya de Yopougon

échanges avec le réalisateur Christian De Vita à 18:00 Film à 19:00

Sport & Gastronomie Tournoi de rugby à XV des Gaulois + de 50 entreprises spécialisées dans la gastronomie et l’alimentation. Nombreux évènements :

20 juin

menus spéciaux Voilah!, oyster nights, dégustations, cooking classes, ladies nights…

Turf City

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Festival VOILAH!

Expositions et Conférences

4 5

Ouverture du Festival au Fort Canning Arts Center Inauguration du nouveau campus de l’ESSEC

mai Rencontre avec Claudie et Jean-Pierre Haigneré

Science Centre

mai

4 26 au

mai

Céramiques contemporaines - les céramistes Christine Waxweiler et Thiebaut Chague, membres des Ateliers d’Arts de France, créeront des œuvres qui seront cuites dans le four des

Jalan Bahar Clay Studios

15 21 mai

au

mai

17

juin

Ink-Magination. Avec la participation de trois artistes, June Lee Yu Juan, Hélène Le Chatelier et Syv Bruzeau

Tiong Bahru

Conférence « La contribution des Français au Singapour cosmopolite» par Danièle Weiler et Maxime Pilon

mai

18 22 20 22 au

au

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Bio Asia Conference 2015

Biopolis

mai

mai

Conférences sur Malraux en Asie du Sud-Est et à Singapour Rétrospective de l’œuvre littéraire d’André Malraux Projection du documentaire d’Anne Imbert « Malraux et l’Asie »

Lycée Français et National Library

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25 29 26 28 26 2 au

au

juin

au

mai

Herbarium pour les enfants par l’Institut Klorane

Botanic Gardens

Semaine de la Science à l’ESSEC

mai

Exposition Rendez-vous Mac Lyon Présentation du travail de 20 artistes ayant participé au Rendez-vous de Lyon et de 5 artistes singapouriens : Lina Adam, Joo Choon Lin, Chun Kaifeng, Sherman Ong et Ruben Pang

août

Institute for Contemporary Art (LaSalle)

6 6 31 6 20 4 30 6 31

Conférence sur « Le Petit Prince » par Olivier d’Agay

National Library

mai

au

mai

au

au

au

mai

juin

Autour

Exposition photo des pilotes de l’Aéropostale Latécoère/ St Exupery du

Hôtel Fullerton

Petit Prince

Exposition « Le Petit Prince in the dark » par Arnaud Nazare-Aga

Alliance Française

Exposition « La Terre en Héritage » ESSEC (en anglais)

Lycée Français de Singapour (en français)

mai

Exposition « The Little Prince Art Collection »

Fullerton Hotel (East Garden Foyer Gallery)

mai

Elie Cortine

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Les Français à Singapour

© Editions Didier Millet

Didier Millet

© edmbooks.com

Il y a eu un âge d’or de l’édition dans les années 1990-2000

Depuis 30 ans, l’éditeur Didier Millet est un témoin attentif des transformations de Singapour

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L

es amateurs de beaux livres le connaissent bien, car la signature de sa maison d’édition est sur les ouvrages de référence qui ont été publiés sur la région au cours des 30 dernières années. Editeur passionné, Didier Millet livre ses réflexions sur un métier qui change, transformé par la technologie et les nouvelles habitudes de lecture ; comme une allégorie des mutations de la cité-Etat, qu’il a connue au naturel, jusqu’à la smart city d’aujourd’hui.


© Editions Didier Millet © Editions Didier Millet

D

epuis combien de temps êtes-vous installé à Singapour ? Je suis venu ici en 1984, mais je connaissais déjà Singapour pour y être passé à plusieurs reprises lorsque j’étais coopérant à Tahiti et que le transporteur de l’époque, UTA, faisait

Plaisir d’un éditeur que de rendre compte, au travers d’illustrations réalisées au crayon et à l’aquarelle, de la poésie d’une cité

passer sa « route des indes » par Changi. A Tahiti, j’ai fondé une maison d’édition en association avec Hachette. Plus tard, j’ai été contacté par le Straits Times pour le compte duquel j’ai travaillé, pendant 4 ans et demi, à la création et au développement de Times Editions, qui est de-

Trishaw attendant devant une shophouse, promenade au bord de la rivière. Chaleur et indolence…

venue Marshall Cavendish. J’ai créé les éditions Didier Millet en 1990. Nous avons aujourd’hui une société en France – Les Editions du Pacifique – ainsi que 2 bureaux à Kuala Lumpur et Bangkok. Quels types de livres publiezvous ? J’ai édité beaucoup de livres sur la région – Malaisie, Indonésie, Thailande… –, surtout des livres illustrés, des livres historiques, des catalogues pour les musées et une variété d’ouvrages résultant d’appels d’offre comme HSBC, The Malaysian Story. Parmi les ouvrages publiés, il y a des éditions prestigieuses comme celle sur la diaspora chinoise, commandée par le Chinese Heritage. Cette publication a été déclinée, à la demande du Président SR

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Les Français à Singapour De Balzac et Rimbaud à Lee Kuan Yew, les éditions Didier Millet et celles du Pacifique ont saisi tous les angles pour parler et montrer l’Asie, dans une période où il existait encore peu d’ouvrages sur la région

© Editions Didier Millet

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Nathan, sur la diaspora indienne, avec le support de NUS (National University of Singapore). Nous avons aussi publié de nombreux ouvrages encyclopédiques en Indonésie, en Malaisie et à Singapour. Quel est le modèle économique actuel de l’édition ? Beaucoup de livres sont réalisés en partenariat. Chaque livre mobilise une trentaine d’auteurs et requiert une somme importante d’illustrations. Traditionnellement, la vente en librairie représentait entre 25 et 30 % des recettes générées par un livre. Aujourd’hui, cela ne représente presque plus rien. Pour un livre que nous avions réalisé sur la Thaïlande, dont nous avons décliné ensuite le modèle en Indonésie, aux Philippines, en Malaisie et en Birmanie, nous avions mobilisé 50 photographes de renom. Le principe était de les réunir tous sur place le même jour et de leur donner une semaine pour photographier le pays ; chacun étant orienté sur un sujet en lien avec ses spécialités. Ce livre, à l’époque, a représenté un budget de 1 million de S$, entièrement couvert par le sponsoring. Les sponsors sont-ils suffisamment nombreux ? Il est de plus en plus difficile d’intéresser les sponsors. Quand on fait un travail comme cet ouvrage sur la Thaïlande, on vend aux sponsors une prestation complète : un livre, les relations publiques associées, la conférence de presse au démarrage du projet, un événement pour le lancement du livre, la déclinaison du livre en DVD… Mais, comme le disent les Américains, le sponsoring pour ce type de projet, c’est « l’argent

de poche du président ». Dans un article de Libération sur le sponsoring, le livre était classé au 17ème rang des activités intéressant les sponsors. L’édition reste-t-elle quand même, pour les passionnés, un métier d’avenir ? Le métier d’éditeur est passionnant. C’est un métier de rencontres où l’on échange avec des personnes intéressantes venant d’univers extrêmement variés. On touche un peu à tout. Mon plaisir, ce sont les rencontres avec un auteur, un écrivain… Mais c’est un métier difficile. Quand j’ai démarré dans la région il y a 25 ans, il existait très peu de livres sur l’Asie. Il y a eu un âge d’or ici dans les années 1990-2000. A cette époque, nous avons été jusqu’à 60 à Singapour et dans nos bureaux annexes. Aujourd’hui nous ne sommes plus que 8. Pourtant la production de livres est, paradoxalement, considérable. Comme la technologie a rendu les choses plus simples, on assiste à une floraison de petits éditeurs. Mais si un livre n’est pas soutenu par la presse, il ne fonctionne pas. Le problème de l’édition, c’est que 60 % du prix d’un livre sont absorbés par la distribution et la vente en librairie. C’est aussi le seul produit qui peut être rendu s’il est invendu pendant 6 mois. Parfois, on croit qu’un livre fonctionne. Et puis les libraires vous renvoient leur stock. Aujourd’hui, à Singapour, le problème plus général est, qu’à part Kinokuniya, il n’y a plus de grande librairie généraliste. n

Propos recueillis par Bertrand Fouquoire


Les Français à Singapour

L’ancien quartier colonial avec Ariane Nabarro

© Carole Caliman

Ariane Nabarro, à Singapour depuis 18 ans, guide accréditée au STB

R

© Ariane Nabarro

ien de tel pour les francophones qui souhaitent découvrir Singapour avec un autre regard, que d’inscrire leurs pas dans ceux d’Ariane Nabarro, guide française à Singapour et fondatrice de Singapour sur Seine.

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Les Français à Singapour Statue de Raffles, à l’endroit où il est censé avoir pour la première fois foulé le sol de Singapour

L

’immersion d’Ariane Nabarro dans la culture et le passé de Singapour remonte à son arrivée dans la cité du Lion il y a 18 ans. Elle n’a cessé, depuis, d’explorer le territoire, d’en sonder l’histoire et d’en recenser les anecdotes. Guide accréditée du Singapore Tourism Board, elle restitue cette connaissance intime de la cité-Etat lors de visites sur mesure, comme celle de l’ancien quartier colonial où nous l’avons accompagnée. La visite débute aux abords du pont suspendu Cavenagh Bridge, l’un des plus vieux ponts de Singapour. A l’époque de sa construction, précise Ariane Nabarro, la passerelle se substitue aux bumboats et permet aux employés du quartier des affaires de rejoindre leur bureau situé sur l’autre rive. Direction la coursive du Victoria Theatre and Concert Hall. Ariane Nabarro signale à notre

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attention les murs nouvellement rénovés. Certains sont faits de pierres, de plâtre et de briques, les autres sont en béton. De l’ensemble se dégage pourtant une impression d’harmonie. Le Victoria Theatre and Concert Hall comprend trois parties distinctes. D’un côté, le théâtre d’une capacité de 904 sièges, construit en 1862. De l’autre, la salle de concert datant de 1901. Une salle à l’acoustique incroyable construite en hommage au règne de la Reine Victoria. Les murs ont de la mémoire : c’est ici que le People’s Action Party (PAP) a été co-fondé par Lee Kuan Yew le 21 novembre 1954. Haute de 54 mètres, la tour de l’horloge domine l’ensemble et relie les deux bâtiments. Le carillon de Westminster y sonne

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© Elie Cortine

© Carole Caliman

‘The First Generation’ by Chong Fah Cheong - Sculptures en bronze d’enfants plongeant dans la rivière devant le Fullerton

tous les quarts d’heure, rappelant aux badins les fastes de l’empire britannique. Nous poursuivons la visite aux abords de l’ancien Hôtel de Ville. Sa construction remonte à 1929. Le saviez-vous ? C’est ici, qu’en 1945, a eu lieu la signature de l’acte de capitulation des Japonais en présence de l’amiral Lord Mountbatten et des représentants des forces alliées, parmi lesquels le Général Leclerc. C’est ici encore que la cité-Etat est proclamée « city » en 1951, que le gouvernement autonome de Singapour est annoncé en 1959, et


Magnifiquement rénovés, les bâtiments coloniaux de l’ancien Civic District, désormais consacré à la culture, font la part belle à l’espace et à la lumière C’est dans les murs du Victoria Theatre and Concert Hall que Lee Kuan Yew a co-fondé le People’s Action Party (PAP) en 1954

© Elie Cortine

© Elie Cortine

Autrefois séparés, les deux bâtiments vont bientôt former la nouvelle National Gallery of Singapore, dont Le Studio Milou Singapore a dirigé la construction. Devant elle, s’étend le Padang, où se dérouleront au mois d’août une grande partie des célébrations du cinquantenaire. Au-delà du terrain de cricket, Ariane Nabarro attire notre attention sur le contraste saisissant entre les édifices de l’ancien quartier colonial et les constructions modernes des architectes contemporains.

que l’indépendance de Singapour est déclarée par Lee Kuan Yew le 9 août 1965. Près de l’ancien Hôtel de Ville, l’ancienne Cour Suprême, conçue entre 1937 et 1939 par Frank Dorrington Ward, fut reconnue à l’époque comme la plus belle expression de la grandeur britannique. Le tympan triangulaire aux détails typiquement classiques illustre la justice pesant la connaissance. Les bas-reliefs expriment au contraire des scènes typiquement locales. Des colonnes aux styles doriques, ioniques et corinthiens chamarrent la façade.

Le tour se prolonge aux abords de la Maison des Arts, une maison construite en 1827 par l’architecte G.D. Coleman à la demande d’un riche marchand écossais, J.A. Maxwell. L’intéressé ne vivra ja-

mais dans cette maison composée d’arches, de hauts plafonds et de coupoles. Un plan d’aménagement du territoire avait placé le terrain sur une aire gouvernementale. Maxwell devra louer sa maison à la compagnie des Indes anglaises. Elle hébergera le parlement de Singapour de 1965 à 1999 et est aujourd’hui convertie en lieu d’exposition et de spectacles. Fin de la visite à l’Empress Place Building situé sur la place de l’impératrice. Son architecte, le major F. A. McNair travaillait à l’époque avec des prisonniers politiques souvent issus d’Inde qui retrouvaient leur liberté après plusieurs années de travail pour l’administration anglaise. En 1864, l’architecte est spécialisé dans le style Palladien, à la symétrie pure et totale. Le bâtiment abrite depuis 2003 les collections du Musée des Civilisations Asiatiques. n

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Marlène Maes

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Les Français à Singapour

Stéphane Soret

© Stéphane Soret

© Carole Caliman

Galerie couverte longeant les cours intérieures de l’hôtel Raffles. « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et… »

Sommelier à l’hôtel Raffles

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O

riginaire de Châteauneuf-du-Pape en Provence, Stéphane SORET est aux commandes de la sélection de la cave de l’hôtel Raffles à Singapour. 10 restaurants, 10 cartes de vins à gérer pour donner du plaisir aux clients et leur faire découvrir autre chose que les grandes étiquettes.

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C

omment êtes-vous devenu sommelier ? Bien que mes parents ne soient pas du métier, j’ai appris à marcher et couru tout jeune dans les vignes. Je faisais les vendanges dès 14 ans pour me faire de l’argent de poche. J’ai eu très tôt un réel contact avec les vignerons, avec la terre et la nature. Très tôt, j’ai su que je voudrais partir à l’étranger, j’ai donc fait une école hôtelière à Nîmes. J’ai passé les deux premières années en cuisine/service puis j’ai obtenu mon diplôme de sommellerie en 1989. A 18 ans, je suis parti à Londres pour apprendre l’anglais. En France, on excelle dans la production mais on ne sait pas vendre, d’où l’importance d’acquérir un bon niveau d’anglais. Je suis ensuite parti à Paris où j’ai travaillé dans des brigades de sommellerie (Ledoyen, Meurice, Crillon) puis aux Etats-Unis, en France à nouveau, à Londres, à Dubai et en Inde. Je suis arrivé à Singapour en 2009, au Raffles, qui est un hôtel colonial comme je les aime tant. Qu’est-ce qui vous a amené dans cet hôtel mythique ?  J’ai eu la chance d’être nommé premier Wine Director de Singapour en juillet 2009. Je suis donc en réalité venu d’abord pour le Raffles Hotel, et ensuite pour Singapour. J’ai toujours voulu travailler dans cet hôtel mythique et révolutionner la culture du vin ; un peu de la même façon que je l’avais fait auparavant en Inde, à New Delhi, dans un autre palace


Fraîcheur des fontaines et passages délicieusement ombragés au cœur de la bouillonnante cité. L’hôtel Raffles a le bon goût d’être ouvert. Le traverser pour passer d’un quartier à l’autre est comme un luxe offert qui ne demande qu’à être savouré…

vin et qui peut le proposer à des prix abordables. Mon travail, c’est d’avoir une offre de qualité adaptée à la demande et faire découvrir autre chose que des grands noms. C’est un vrai travail de fourmi mais c’est terriblement gratifiant. n

© Carole Caliman

Quel type de vins sélectionnezvous pour vos clients et selon quels critères ? J’ai 10 restaurants et 10 cartes des vins différentes : la carte doit être en harmonie avec les clients, le menu, la cuisine, le budget et le décor du restaurant. Dans notre Tiffin Room par exemple, je ne sers que le meilleur de ce qu’offre l’Inde, un Sauvignon blanc appelé Grover, produit à 40km au nord de Bengalore.   Comment trouvez-vous que la culture du vin évolue ici et en Asie en général ?  Je développe une sommellerie professionnelle 100 % asiatique depuis 5 ans. Les gens ne savent pas toujours ce qu’est un wine pairing, donc j’essaie d’apporter cette éducation. Pour moi, un sommelier c’est quelqu’un qui aime le

© Carole Caliman

colonial… tout aussi mythique ! Comment décririez-vous la culture du vin à Singapour ?   Nous faisons beaucoup de progrès à Singapour, il suffit de voir l’offre actuelle : c’est très impressionnant. De manière générale, je dirais que la perception, l’équation prix et le goût du vin sont les facteurs sur lesquels nous devons tous travailler. Je pense qu’il faut d’abord expliquer et partager notre savoir, car nous avons, nous, Européens, une « identité vin » très forte.   Quel est votre plus gros défi ici ?  Notre plus grand défi est de promouvoir la vente de « vins découvertes » qui sont d’un superbe rapport goût-prix. Mon travail consiste en priorité à faire plaisir à mes clients qui sont parfois obsédés par les étiquettes connues et n’osent pas goûter autre chose. Et c’est justement l’expérience de la dégustation et la mémoire du vin qui sont fascinants…

Propos recueillis par Raphaëlle Choël

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Agenda | Sélection de la rédaction

15 au 31 mai 4

mai

21 juin

Festival Voilah!

De nombreux évènements organisés pour ce festival de France à Singapour, consulter notre rubrique spéciale p 36

19 26

Le dernier vol Le renard et l’enfant

24

Ciné-Kid : Jack et la mécanique du cœur

Des films en français tous les mardis à l’Alliance Française, 20h00

Un dimanche par mois, à l’Alliance Française, un goûter à 16h00 et le film à 16h30

22 24

23 24

Mozart

26 28

French science Week

28 31

Swan Lake

5 16

28th Sea Games

6

Opera in the park

7

Clownic

Animation Film Festival

6 films à découvrir sur 3 jours à l’Alliance Française

Le Singapore Symphony Orchestra et le violoniste Cho-Liang Lin interprètent Mozart à travers deux concerts différents • Victoria Concert Hall A la rencontre des acteurs de la recherche à Singapour au cours de ces 3 journées à la thématique différente • ESSEC Asia-Pacific Campus Interprétation de ce classique de Tchaïkovski par le ballet de SaintPétersbourg • Marina Bay Sands Theatre

1er au 15 juin 1

Jason’s A to Z of classical music

Concert pour les enfants (4-14 ans) proposé par le Singapore Symphony Orchestra sous la direction de Jason Lai • Victoria Concert Hall

19 26 5 6

Les chansons d’amour Chante ton bac d’abord Des films en français tous les mardis à l’Alliance Française, 20h00

The Ultimate Tribute to Michael Jackson

Tous les succès du roi de la Pop, des costumes authentiques, des danseurs… un vibrant hommage à ne pas manquer • Marina Bay Sands Theatre

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12 14

Une quarantaine de disciplines sportives réparties sur différents sites (stades, écoles, clubs…) Verdi, Bizet, Puccini…Les plus grands classiques pour un concert gratuit du Singapore Lyric Opera • Botanic Gardens, 18h00 Dans le cadre du festival Flipside, le meilleur du mime comique, de Charlie Chaplin aux Monty Python • Esplanade Theatre Studio

Ballet Under the Stars

Un spectacle en plein air du Singapore Dance Theatre (également du 19 au 21 juin) • Fort Canning Green, 19h30


15 au 30 juin 16

Sound and Fantasy

16 juin

The O.P.E.N

4 juillet 16 23 30

La pianiste See Ning Hui interprète Bach, Beethoven, Schumann • Esplanade Recital Studio En prélude du Singapore International Festival of Arts qui aura lieu du 6 août au 19 septembre : « Open, Participate, Engage, Negotiate » Expositions, concerts, spectacles…

French Cancan Villa Amalia Gainsbourg : vie héroïque

19

MusicFest@SGH

21

Singapore Wind symphony

25 28

Beerfest

Sing’Theatre organise une journée d’évènements musicaux à l’hôpital avec la présence de nombreux artistes et comédiens • Singapore General Hospital En clôture du Festival Voilah!, un concert au Botanic Gardens Festival international de la bière • Marina Promenade

© RelaXimages/Corbis

Des films en français tous les mardis à l’Alliance Française, 20h00

l’Agenda en temps réel

Cet été 3 12

Vision

9 26 juillet

Singin’ in the rain

17

Open House Istana

juillet

Spectaculaire démonstration des illusionnistes singapouriens Lawrence and Priscilla Khong • Esplanade Theatre Somptueuse comédie musicale au rythme soutenu Et il pleut vraiment sur scène ! • Marina Bay Sands Theatre A l’occasion de certains jours fériés, le palais présidentiel ouvre ses portes au public (également le 2 août) • 8h30 à 18h30

© Carole Caliman

juillet

7 9 août

Week-end du JUBILÉ

9

National Day

août

Au moment de la mise sous presse, certaines dates ne sont pas encore définitives L’actualisation sera faite sur lepetitjournal.com/singapour

Toute la ferveur des Singapouriens pour fêter les 50 ans de leur nation à travers de très nombreux évènements : activités spéciales dans les musées, spectacles dans les parcs, concerts au Sports Hub ou au Botanic Gardens, programme sportif au Marina Bay Sands, Son et Lumière à Gardens by the Bay, la Republic of Singapore Air Force dans le ciel, feux d’artifices tous les soirs sur Marina Bay… Tout le programme sur le site : www.singapore50.sg En clôture de ce week-end très spécial, la grande parade du « National Day », naturellement exceptionnelle cette année, qui s’étendra de Gardens by the Bay au Padang

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Escapade Gourmande

Hai Tien Lo

Zoom sur l’Asie-Pacifique Nous avons choisi de jouer la carte APAC pour cette sélection d’adresses : saveurs nippones, notes cantonaises, délicatesses vietnamiennes, spécialités carnivores australiennes et inspirations indiennes. Repas de fête ou sortie à plusieurs, voici quelques tables choisies pour le plaisir des gourmands de la ville…

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Ding Dong, divins délices créatifs d’Asie du Sud-Est Véritable coup de cœur pour ce petit restaurant de l’adorable colline Ann Siang. Ici, les saveurs du sud-est asiatique sont sublimées avec un jeu particulièrement réussi sur les textures. Le tartare de bœuf Wagyu (24 S$) est un moment de pur bonheur, tout comme le rendang de joue de bœuf et son riz soufflé (24 S$). Autres créations aussi poétiques que picturales : le tofu maison au miso noir présenté avec de ravissants raisins des mers et assaisonné d’une subtile vinaigrette japonaise (15 S$), et de croquants pancakes de porc et kaffir lime (15 S$). Le menu propose également un savoureux poisson Asam Pedas salted Barramundi (22 S$), subtilement associé


Summer Palace

Jing Hua Xiao Chi

à des okuras et des mini-aubergines. En dessert, la surprise n’en reste pas moins gourmande : le gula Malacca au sago et noix de coco (16 S$) est aussi ludique que savoureux et le Ding Dong frozen Bibimbap (17 S$) est une délicieuse ode à la créativité (osez la meringue de concombre !). On complète ce voyage avec de fabuleux cocktails : le Fujiyama marie le saké au yaourt et le Stamford’s tea party est aussi rafraîchissant que convivial (65 S$ pour 4 personnes). Service chaleureux et présentation parfaite, chapeau bas pour cette table qui mérite vraiment un détour. L’Euphoriz : cantine vietnamienne savoureuse Voici une très bonne cantine dans le

Ding Dong

quartier du CBD qui propose une cuisine vietnamienne simple mais savoureuse, et qui sert des produits de qualité. La viande de bœuf vient du Brésil. Elle est fondante, les herbes sont délicieusement aromatiques. A l’origine de ce concept, un duo d’origine vietnamienne qui sert de délicieux rouleaux printemps (7.8 S$). Notre coup de cœur, les crêpes de riz vapeur au porc et champignons noirs (8.8S $). Autres spécialités de la maison : le bœuf citronnelle, servi sur des chips de crevettes (7.80 S$), le célèbre bo bun avec nems (13.50 S$), la soupe pho (13.50 S$), et de succulents travers de porc (12.80 S$). On accompagne cela d’un thé frais gourmand au lotus, longan et lychee (5.80 S$) et on termine par le

dessert de la maison, le warm coconut cream banana tapioca pearls (5.80 S$). Une adresse qui ne compte plus ses habitués ! Shima, le plus vieux restaurant japonais de la ville Etabli depuis 1980 à Singapour, le lieu est connu pour ses Teppan-Yaki, sushis et sashimis – le poisson arrive tout droit du célèbre marché au poisson de Tsukiji, à Tokyo – mais on y déguste également un savoureux Shabu Shabu, et surtout un délicat Sukiyaki réalisé avec un superbe bouillon de graisse de bœuf Wagyu. Le menu complet US Prime Ribeye (80 S$) inclut une entrée, une soupe, riz & légumes, et fruits, et sert une viande importée des

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Escapade Gourmande

Tandoor

Hashi

Etats-Unis à la fois tendre et fondante. On n’oublie pas de tremper les morceaux dans la sauce du chef, une combinaison de sauce Teriyaki, de petits oignons et autres ingrédients gardés secrets. Au déjeuner sont également proposés un menu bento sushi, bœuf ou poisson à 40 S$, un menu sashimi Moriawase à 45 S$ et une large sélection de plats à la carte : essayez le saumon poché dans un bouillon parfumé (25 S$). Teppan-Ya, Teppan-Yaki nippon à l’honneur Les amateurs de Teppan-Yaki et de cuisine spectacle seront ravis de tester cette table qui sert une viandre ultra-tendre (essayer le filet de bœuf) cuisinée à la minute devant les clients. La maison sert également des sushis et sashimis et de délicieux Rainbow rolls (25.50 S$), des rouleaux de riz et crabe nappés de filets de poisson cru : saumon, avocat, thon… un délice. Autre spécialité, les shrimp tempura rolls (19 S$), qui subliment les crevettes en beignet façon sushi. Enfin, le réputé Kumi N°1 (13.50 S$) est une boule de crabe, avocat et mayonnaise braisée, enveloppée dans un filet de poisson. En dessert, la glace au sésame noir (8.50 S$) ou le mille-feuille de crêpes à la crème Lady M New York (13.50 S$) sont parfaits.  Hashi, kaiseki japonais raffiné Luxe, calme et volupté dans ce temple japonais aux tons boisés, à la vaisselle

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fine et au service ultra-pointu. Le voyage commence par un trio de tofu au sésame, chou mariné et calamar frit, oursin sur un lit d’encornets, sushis et sashimis du noble o-toro (thon gras), daurade et œufs de saumon ; il se poursuit avec une joue de bœuf fondante cuisinée dans un miso rouge savoureux, un réconfortant flan d’œuf au crabe et à l’oursin, et une soupe miso. Il est ponctué d’une tranche de melon aromatique et une fraise délicatement parfumée, avant de laisser place à une cérémonie du thé et sa pâtisserie poétique en fleur de prune et au haricot rouge. Une excellente table où le temps s’arrête et où toute la richesse et le raffinement du Japon  sont sublimés. Set menu à partir de 40 S$ et 80 S$ pour un menu Kaiseki. Summer Palace, luxe cantonnais accessible Superbe rapport qualité-prix pour ce déjeuner cantonnais with a view. Au menu : irrésistible trio dim sum, soupe de poulet noir et champignons Matsutake, filet de mérou braisé, tofu et chair de crabe, vermicelles sautés au porc et Saint-Jacques, trio de desserts : tapioca, gelée de chrysanthème et délice à la mangue et citronnelle. Plats présentés dans de la porcelaine fine de Chine, voici un véritable déjeuner de fête pour 42 S$ seulement. Une excellente adresse au service impeccable dans un cadre reposant et chaleureux. Demander une table devant la baie vitrée avec vue

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sur la piscine afin de profiter de la lumière et des rayons de soleil. Hai Tien Lo, faste et trésors de la cuisine cantonaise Décor pourpre et boiseries chaleureuses pour cette table raffinée qui sublime à merveille les délices cantonais. Un menu de 6 plats propose de savourer des mets originaux : trio de tofu et miettes de porc, crevette sauce sésame et croustillant de canard grillé. La soupe est un aromatique consommé de Saint-Jacques déshydratées. Le filet de perche est servi à la perfection de deux façons : poché et frit. Le porc est parfumé et les nouilles sont des pâtes de poisson servies avec des Saint-Jacques et du concombre de mer. Enfin, le trio de desserts marie avec brio les saveurs de mangue, d’avocat et de fleur d’osmanthus. Menu complet à 108 S$, et belle sélection de plats à la carte. Carvers, plaisirs carnivores australiens                                         Table décontractée et ambiance conviviale qui devraient séduire les amateurs de bonne viande, qui seront ici bien reçus. Wen, en salle, et son épouse Sarah, en cuisine ; le jeune duo singapourien ne lésine pas sur la qualité. La viande est australienne, les boissons sont pour la plupart organiques et la cuisine est faite avec cœur et générosité. On choisit un Carvers plate pour goûter à différentes pièces de viande (35 S$) ou


Des vins du monde D’exceptionnelle qualité au meilleur prix +65 6256 5290 info@benchmarkwines.com.sg

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é


Escapade Gourmande

Shima

L’Euphoriz

on s’offre une délicieuse côte de bœuf cuisinée à la perfection. On accompagne cela d’une salade de betterave gourmande et de quelques chips de bacon au paprika (8 S$), un mariage sucré-fumé-salé aussi détonnant qu’addictif ! On termine par un fondant au chocolat ou un lemon meringue (9.90 S$) et on est prêt pour une petite balade digestive sur East Coast Park ! Jing Hua Xiao Chi, dumplings sous toutes ses formes  A Singapour depuis 25 ans, cette adresse qui a ouvert en novembre dernier, est la plus moderne des trois établissements du même nom, et toujours le fruit du travail d’une vieille famille singapourienne. Au menu, des bouchées aussi variées que savoureuses : les traditionnels Xiao long bao (8.80 S$ pour 8) bien sûr, mais également une originale pizza chinoise aux fruits de mer et porc (10.80 S$), des dumplings vapeur ou grillés porc-crevettes (6.50 S$ les 6, 9 S$ les 10 pièces), des rouleaux de printemps frits (3.80 S$ les 2). Pour accompagner cela, on se régale d’une hot and sour soup (4 S$), d’épinards cuisinés avec une délicieuse oyster sauce (5.50 S$), ou de réconfortantes nouilles Zha Jiang (6.80 S$). En dessert, on ose avec joie le crispy red bean pancake (10.50 S$) et la sweet osmanthus flower rice ball soup (4 S$), qui viennent parfaire à merveille ce déjeuner chinois. Tandoor, l’Inde revisitée Les arômes de la cuisine indienne sont ici interprétés avec soin et délicatesse

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pour cette table qui ose les inspirations européennes. Le naan est parsemé de morceaux d’olives ou de menthe, des oignons vinaigrés viennent titiller le tendre et aromatique poulet au curry (Murgh Khatta Pyaaz, 26 S$). Estragon et fromage font partie de la confection de certaines spécialités du chef (Paneer Mattar Ka Tikka 14 S$). Parmi les coups de cœur, des côtelettes d’agneau marinées aux tomates espagnoles et cannelle (Bhune Tamatar Ki Chaamp, 25 S$),

et un superbe Szechuan Pepper Tandoori Jhinga (25 S$), de majestueuses crevettes dodues cuites à la perfection au Tandoor. Autre délice, le curry à la mangue (22 S$) et le tout aussi réconfortant dessert Gulkand Rasmalai (12 S$), un doux lait aromatisé à la cardamome dans lequel est infusé un dumpling de cottage cheese. Etonnant mais à essayer absolument ! n  Raphaëlle Choël

Les Adresses Ding Dong

23 Ann Siang Road

HP 6557 0189

L’Euphoriz

8 Shenton Way, AXA Tower, #01-21

HP 6884 6884

Shima

22 Scotts Road, Goodwood Park Hotel

HP 6734 6281

Teppan-Ya

5 Raffles Avenue, Marina Square, 4ème étage

HP 6885 3595

Hashi

46 Bukit Pasoh Road

HP 6327 8414

Summer Palace

1 Cuscaden Road, The Regent

HP 6725 3288

Hai Tien Lo

7 Raffles Boulevard, Pan Pacific Hotel, Marina Square

HP 6826 8240

Carvers and Co

43 East Coast Road

HP 6348 0448

Jing Hua Xiao Chi

390 Orchard Road, Palais Renaissance B1

HP 6733 8231

Tandoor

11 Cavenagh Road, Harilela Hotels

HP 6733 8333

MAI JUIN JUILLET 2015


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SINGAPOUR | TOURISME, 15 millions de consommateurs  

Le Magazine 100% Red Dot du site lepetitjournal.com/singapour | N˚4 Mai/Juillet 2015

SINGAPOUR | TOURISME, 15 millions de consommateurs  

Le Magazine 100% Red Dot du site lepetitjournal.com/singapour | N˚4 Mai/Juillet 2015

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