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bâtiment pour Olgiati n’a pas pour but d’être narratif, éducatif ou encore moralisateur, mais il doit susciter le dialogue « le discours est dynamique, le narration est statique » 4 soutient Valerio Olgiati, justifiant l’interrogation suscité par ses réalisations de la manière suivante « Nous sommes continuellement fascinés par les choses que nous ne saisissons pas pleinement, les choses qui sont indéfinies et qui défient la compréhension (… ) »5 .

Maniérisme et désinvolture

L’architecture de Valerio Olgiati est faite de provocations et de contradictions. Elle oscille ainsi entre brutalisme, avec cet aspect monolithique qui crée un rapport fort aux éléments, et baroque, dans la sophistication des courbes développées par la matière, qui tend, dans son attrait extrême au détail à un certain « maniérisme ». L’examen des dispositifs architecturaux et constructifs du bâtiment étaye ce caractère bivalent, parfois ambigu de l’architecture de Valério Olgiati, d’une attitude qui se positionne dans la continuité d’une philosophie longuement murie et pourtant en contradiction par certains de ses éléments. Les interrogations soulevées précédemment trouvent ainsi un écho favorable dans le l’analyse du bâtiment lui-même. Pour soutenir cette remise en question de la monumentalité, et dans le but de savoir à quoi elle se rattache réellement, il est nécessaire de se confronter aux détails. En effet, Valerio Olgiati élabore un langage plastique d’une extrême pureté. La finesse de son geste tend à le classer comme un minimaliste par l’attention aux formes géométrique originelles, l’épuration de tout superflu et la conception d’un tout univoque. Au regard du travail extérieur, ce minimalisme devient préciosité. Olgiati opère avec une très grande sensibilité l’abord du bâtiment, soigne les transitions. Le travail du seuil se fait remarquable. Le passage de la rue au domaine « semi-public » est d’une grande lisibilité. L’emploie de béton rouge associé à des agrégats crée un contraste fort avec le bitume noir de la rue. La jonction entre ces deux expressions surfaciques est éloquente, matérialisée par un vide infime, sorte de joint sans matérialité qui détoure l’ensemble de la parcelle, comme pour accentuer davantage le détachement du projet au contexte. Le terrain tel un socle imagé, fait de l’objet architectural un objet sculptural, une préciosité. Celle-ci caractérise le traitement de l’enveloppe dans son entièreté. La façade se dessine ainsi dans un rythme d’entrecolonnement, où la colonne se confond avec la dalle, abolissant une hiérarchie, et où chaque élément est généré dans un tout organique dans lequel « la partie est au tout comme le tout est à la partie »6 , à l’image d’un organisme au sein duquel l’amputation d’un élément engendre le disfonctionnement des autres. Face à ce raffinement extrême Olgiati se joue de quelques distorsions dans la terminaison des colonnes aux angles de la façade. La façade à ellipses se caractérise par un débordement de la colonne vis à vis de la dalle inférieure, créant un effet aérien qui donne son indépendance à l’objet par rapport au sol. Puis selon un véritable retournement, les façades latérales dessinent une colonne plus en retrait de la dalle. L’angle est ainsi travaillé avec une grande attention. La particularité suscité par le débordement met l’accent sur la façade sud, lui conférant un caractère prédominant. Cet aspect se pose en rupture par rapport au projet de l’atelier Bardill ou encore de l’Ecole Paspels caractérisées par une homogénéité des

Figure 8: Détail - Travail du Seuil Figure 9: Dessin de la façade dans une rythme d’entrecolonnement Figure 10: Détail - Travail de l’angle

Provocation scupturale et ambiguité architecturale  
Provocation scupturale et ambiguité architecturale  
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