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PRESS BOOK 2016 ELISA VALLON vallon.elisa@gmail.com Carte de presse 125846 0771223317


Achille Ndari


LE TALENT D’ACHILLE Par Elisa Vallon

Achille Ndari arpente les rues de Paris et improvise à partir des mots que les gens lui suggèrent. Il se fait payer à la casquette et retrouve son estime de soi dans le regard de ces rencontres.

C’est un soir de juillet, le soleil tape encore. Il est 20h30, on pique nique sur la pelouse du jardin Villemin. Un jeune homme, style zulu d’Afrika Bambaataa se balade et aborde les gens. De loin, on devine d’abord leur étonnement, puis, leur admiration. Ils applaudissent. Voilà qu’il s’approche les bras ballants. Chaine en or sur peau noire, teinture blonde et baskets Air Jordans. Achille a des allures de Ricain génération Hip Hop. Il nous demande de lui suggérer un mot. « Melon ! ». Il se penche, nous fixe et enchaine. « Jamais le goût n’est âpre mais presque apprêté, comme si ce sucre annonçait le diabète qu’on allait attraper. Cette boulimie de melon me rend parfois mélancolique, que dis-je melon-colique ». Il cuisine notre melon à toutes les sauces. Le voyage entre les rimes dure trois minutes. Sa gestuelle de rappeur rythme l’impro. Son flow est déstructuré et le débit fringant. On n’a pas retenu la moitié du sens de ce slam, juste qu’il était beau et brillant. On est bouche bée. Après avoir joué dans la pièce de Laurent Baffie, « un point c’est tout », Achille a donné son premier concert au Jamel Comedy Club suite à la sortie de l’Ep Turn up ce mois-ci, et prépare un album en Français, chez V-Dogg. À 35 ans, Achille a une tête de bébé. Animé par la culture hip hop, l’Amérique, il la vit, l ‘écoute, la rêve et la porte sur lui. Ce surdoué hyperactif déambule dans les rues de Châtelet et serre des paluches tous les trente mètres. Son truc, c’est le Freestyle, comme il surnomme l’art d’improviser un rap. Peut–être l’héritage de son grand père, parolier de rue charismatique dans le village congolais de ses ancêtres. Achille n’est pas un mendiant, il vend son talent. Une session de trois heures, qu’il appelle « cavalcade », rapporte environ 150 euros. « Ma langue m‘habille et paye mes factures ». L’été 2003 est un passage à vide. Il perd son meilleur ami d’un cancer. Leur amitié était née dans la rue suite à une impro. Fusionnels, ils ont sillonnés Paris bras dessus bras dessous. Achille avait pris Gilly sous son aile. L’un couvait l’autre. Comme s’ils avaient trouvé l’équilibre. Quand ils rappaient tous les deux, ils étaient dans leur bulle et ne regardaient jamais en face. Un jour, à Bastille : « Quand j’ai levé les yeux, il y avait plus de 150 personnes. On a halluciné ». A l’époque, Achille fait plus de cent kilos. Boulimie, anorexie, boulimie… Il reste cloitré chez lui, se noie dans la musique et regarde en boucle ses DVD pour s’en empreigner. Il ne sort que la nuit dans des fringues extra-larges et chez son disquaire où il passe des heures. Aujourd’hui, Achille a perdu 20 kilos, s’aime et l’assume : « Je réalise que je suis beau ». Au delà d’une marque d’appartenance à la culture hip hop, les baggy en taille 45, c’était

aussi du camouflage. Il reprend goût à la vie et porte son meilleur pote dans son cœur et entre les lignes de ses envolées lyriques. Achille est un sale gosse. C’est lui qui le dit. À 35 ans, il collectionne les baskets. Parmi 350 paires, il dit que les Air Force One sont « le cheval de proue » de sa collection. « Tu sais que c’est le nom de l’avion du président américain ? » Il ne tient pas en place, refuse un poste de cadre chez Apple, et se plait à être vu comme le « serial shopper et petit comique » de la rue Saint Denis où il claque ses thunes dans les magasins hip hop. Achille aime les femmes mais cherche encore celle qui sera madame Ndari. « Qu’elle fasse 60kg toute mouillée ou 200kg, si elle a du charisme et qu’elle me fait craquer, je pars avec elle ». Achille a grandi en province, à Dijon, où ses parents sont arrivés en 1974. Son père, Daniel, est diplômé de droit, mais « un noir avocat dans les années 70 à Dijon, c’est pas possible ! ». Alors qu’il était enfant de chœur au Congo, Daniel savait déjà que Bernard, prêtre missionnaire de l’époque, deviendrait le parrain de son fils. Aujourd’hui pour Achille c’est un pilier, un « deuxième papa » qui a vite compris « la finesse de son intelligence et le génie avec lequel il manie son langage », confie Bernard. Sa mère accepte de mieux en mieux sa carrière d’artiste. Il n’a vu le Congo qu’une seule fois, quand il avait 8 ans. A son arrivée, tout le monde l’appelait « le petit Français ». Là, il comprend ses origines, « je suis l’héritage afro français ». Il se découvre un grand père polygame. L’amour est resté très tabou dans son éducation, censuré même. « Si deux personnes s’embrassaient dans un film, ma mère changeait de chaine. C’était super chiant, on loupait toute l’intrigue ». Achille n’a peur que d’une chose dans la vie, le SIDA. À 15 ans, il est encore frêle et innocent, et surtout complètement puceau, quand son père lui déballe un speech de trois quarts d’heure sur la maladie. « C’est le truc le plus flippant que je connaisse ». Cette MST, c’est « la punition du péché originel bis », se marre-t-il. «Moi, c’est tu as un préservatif ou on dort ». Ce « judéo crétin » se sent Charlie « parce qu’on a tué Cabu ». Selon lui, « une France sans satire, c’est comme une femme sans seins ». Fervent croyant, il dénonce un communautarisme trop présent : « Avec qui je prie, c’est comme avec qui je fais l’amour et dans quelles positions, ça ne regarde que moi et les concernés ». A ce jour, son histoire d’amour, c’est la rue : « Avec la rue, on se quitte, on se retrouve. Elle ne veut pas de moi, elle me boude. Et parfois, on fait l’amour comme des petits fous ! ».


REPORTAGE

PARIS, LA CAMPEUSE Par Elisa Vallon

Cet été, pour la première fois, Paris accueille ses campeurs intra-muros. Au delà d’être une solution économique pour les touristes, le camping des Grands Voisins propose une véritable expérience parisienne. Nous l’avons visité.


Camping Les Grands Voisins

S

ur le large trottoir de l’avenue DenfertRochereau du XIVème arrondissement de Paris, les piétons tournent au 82. Dans l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul, la laverie a été transformée en bar guinguette où l’on boit son café avachi dans des canapés retapés sous un lustre d’anciennes fioles de laboratoire. Petit à petit les associations Aurore, Plateau Urbain et Yes We Camp, investissent les 3,4 hectares de cours et bâtiments, voués, à terme, à devenir un éco quartier autogéré. Aurore association s’est emparé du lieu. Le crédo : ouvrir des foyers d’accueil. Aurore association veut créer du lien. Alors, le nom s’est imposé de lui-même, les Grands voisins. « Il faut apprendre à vivre à côté des gens. Le grand objectif, c’est la question de l’accueil de l’autre », soutient Florie, à l’origine du projet. Ici, tous les résidents et acteurs participent. Entretien, maintenance, activités, création. Chacun selon ses capacités et ses connaissances. Des locaux sont loués, à des associations, des start-up ou des artistes, et « tout l’argent consommé sur le site y est réinjecté ». Aux Grands voisins, la confiance s’installe. Les bonjours et les sourires se croisent, et au quotidien, un échantillon de Paris parcours ces lieux, les riverains, les résidents, les entrepreneurs, il ne manquait qu’une couleur au tableau : les touristes. « Ils avaient une place à jouer », pense Maîa, responsable du camping. Le camping des Grands voisins, c’est l’histoire d’une saison. Le but n’est pas de faire du chiffre mais de faire vivre une expérience, à moindre coût. Au calme, isolé de l’animation, on entend le chant des oiseaux pendant que David, bénévole, balaye les mégots au sol. A gauche, derrière un abri en planches de bois, on aperçoit un client, blotti dans un des six hamacs suspendus. Comme un dortoir d’auberge de jeunesse revisité, c’est la cabane aux hamacs. La porte est verrouillée, le backpaker finit sa nuit à huit euros. Sur le site, caravanes et voitures sont prohibées, du hamac à la cabane, il n’y a que du locatif. Du champ de quechuas alignées à la cabane Tiki, ou Nébulon pour plus de place, et pourquoi pas le Farz forn ? Un dortoir pour six personnes, presque creusé dans le mur en pierre derrière. Au beau milieu de tout ça, c’est le coin « chill ». Quelquechose nous interpelle… Posé sur un tapis de paille, le « Sommeilleur » est un hébergement unique, et pour une personne d’ailleurs. Réalisé par l’artiste Benoît Rassouw, il ressemble à un petit sous marin rose échoué. Rond et douillet, son intérieur est tout de satin noir. Les espaces partagés sont plutôt arty. Des lavabos en plein air aux douches à ciel ouvert, d’où descend un épais tube jaune en guide de rideau. De l’autre côté, tout en bois, peints de bleu, de rose et de joyeux légumes, les toilettes sont propres. Au plafond, des tissus fleuris sont tendus. Et parce que ce camping est aussi un camping écolo, l’eau est phytoépurée, filtrée à base de plantes. Maia attrape le savon au bord du lavabo, « ici, on ne se lave qu’au savon de Marseille ». L’unique camping intra-muros parisien voit défiler le monde entier. Pour le moment, les 110 places ont été prises d’assaut par des canadiens, des coréens, des sud-amé-

Du 15 mai au 15 octobre 2016 110 emplacements (places) De 8 à 60 euros la nuit

ricains, des français, et beaucoup de supporters de l’Euro ! « Peu de moyens et peu de temps, ça demande du jus de cerveau et de la débrouillardise », disait Aurore, coordinatrice du projet dans l’association Yes We Camp, mais on constate que le résultat est là. Car « ce n’est pas juste un camping, mais un projet social de grande échelle ». Au début, les réactions étaient mitigées, les gens ne savaient pas trop où ils allaient… Finalement, une seule déception a été essuyée en aout, parmi des retours tous positifs. Les campeurs, pour la plupart de passage pour une ou deux nuits, se plaisent au cœur des Grands voisins. Que ce soit un cours de yoga, un massage, une soirée couscous à prix libre, une séance de bain de vapeur russe, une simple partie de pétanque ou un concert, tout y est fait pour faciliter l’échange et les rencontres dans une ambiance amicale, presque familiale. Et chaque jour, à 23 heures, les Grands Voisins s’endorment en fermant leurs portes. Pour le sommeil des chers campeurs qui se verront offrir café ou thé à leur réveil.


Stephanie Pfeiffer


GUEULE D’UNE PARISIENNE Par Elisa Vallon

Une semaine après l’exposition éclair Gueule de Parisiens, financée par un crowd founding, Stéphanie Pfeiffer nous raconte ce succès inattendu qui a vu cent mètres de file d’attente se créer devant la galerie qui l’exposait. Du haut de ses 24 piges, Stéphanie pétille. Chez Dédé La Frite, elle est à peine assise qu’elle tripote déjà l’appareil photo posé sur la table. Emmitouflée dans sa marinière Saint James, elle a laissé dépasser le col de sa chemise de bucheron rouge. Grand sourire et yeux rieurs, Stéphanie a des cheveux maxi-volume à la Selah Sue sans le chignon, c’est son côté « funky ». Après une école de commerce à Paris, elle part en échange à Philadelphie avec un appareil Sony, qu’elle vient de gagner. La fille « bizarre » à Paris, devient alors la fille « stylée » aux Etats-Unis. «Les gens sont plus ouverts, plus superficiels aussi. Mais ils ont moins de problème à être abordé par une petite meuf qui met des bonbons dans ses cheveux. » Stéphanie a longtemps sous estimé la partie d’elle qui aime rencontrer des gens. Alors, entre Philadelphie et New York, c’est le déclic. « Aux Etat-Unis, la rue est un théâtre. Ici, tu n’as pas l’impression de voler l’intimité des gens, mais c’est à double tranchant. Car le résultat est moins profond. Les Parisiens, eux, s’inquiètent de leur image, au delà de ce qu’ils renvoient, ils ont l’impression qu’on leur prend un petit bout d’âme, certains sont carrément superstitieux : ‘’Ne faites rien de mal avec mon image’’ ». Ces Parisiens ont-ils un point commun ? « Il y a en chacun d’eux une espèce de dualité entre arrogance et authenticité. Des mondains, qui après deux pintes, savent rigoler » Elle rit. « Une double facette intéressante, que moi j’adore ». De retour à Paris, elle remet son appareil au placard. « Mon mec me disait : c’est trop dommage, moi j’aimais bien quand tu prenais des photos. » Au début Stéphanie répondait : « Euh… Je t’explique mec, tu crois pas que je vais aller aborder des gens dans la rue à Paris ? » Et pourquoi pas ? Alors elle s’est lancée : « Excusez-moi, est ce que je peux vous prendre en photo ? » Au départ, c’était juste pour un blog. Puis, il y a eu cette rencontre marquante. Une des premières photos de son blog, c’est celle d’un SDF barbu dans une cabine téléphonique. Ce jour là, elle s’est dit : je vais faire cette photo, et si ça passe je ferai Gueules de Parisiens. Et si ca ne passe pas je ne le ferai pas. Aujourd’hui, Stéphanie a toujours dans son frigo la canette de bière qu’il lui a offert, et l’expo, encensée sur les réseaux sociaux, a cartonné. Jeudi 14 janvier, Stéphanie exposait ses portraits de Parigots dans le labo photo Framology, dans le 11ème, transformé en petite salle d’expo. Un soir seulement. « La veille, j’espérais juste que mes potes viendraient pour ne pas me retrouver seule! » Jour J, 17h30. Elle est encore en train d’aligner

les cadres avec sa maman quand les gens arrivent. Le monde appelant le monde. Il y a cent mètres de queue dehors. « J’ai couru comme une ouf imprimer en 50 fois les légendes, et je les distribuais aux gens pour qu’ils devinent à quelle photo elles appartiennent et échangent avec leur voisin. Les gens ont bien aimé. Ils croyaient que c’était prévu ». Mille personnes. Mille personnes qui connaissent la photo tête d’affiche des quatre éboueurs. Sa préférée. « My god vous êtes venus, vous êtes trop mes héros ! » Ils étaient là, les « anges verts» de Stéphanie. Stéphanie est en train de créer une « boite d’orientation pour les jeunes ». Photographe ? Même si, elle aimerait que cela prenne un peu plus de place dans sa vie, elle ne compte pas en faire son métier : « ça pervertirait le rapport que j’ai avec les gens que je prends en photo ». Le soir de l’expo, un homme qui travaille pour la ville lui a proposé de prolonger l’histoire de ces Gueules de Parisiens à l’Hôtel de Ville. Un projet déjà bien entamé qui ne devrait pas tarder à se concrétiser. « Je suis rentrée chez moi choquée », raconte la petite gueule de parisienne.


REPORTAGE

PORTE DE CLIGNANCOURT: L’ENTRE DEUX MONDES Par Elisa Vallon

A l’angle des rues Belliard et Letort dans le cœur populaire de la Porte de Clignancourt, bobos et prolos se croisent et coexistent sans vraiment cohabiter.


Paris XVIII, Porte de Clignancourt

A

la Porte de Clignancourt, la Recyclerie est un îlot. Bar restaurant - atelier, c’est un concept. Sa porte s’ouvre et se rabat sur un seul profil de personnes. Un peu bobo, bio, blanc, hipster, le genre « j’aime les graines, le yoga et les pousses de soja ». Et puis il y a la porte de Clignancourt, où, chacun dans leur coin, dealers, Africains en boubous, sapeurs sur leur 31, Roms et vendeurs à la sauvette colorent le quartier, et où les accents ensoleillés résonnent. Voilà Abdezarraq, le kiosquier. Il travaille ici depuis sept ans. Ses clients, les habitants du quartier, lui disent « Bonjour patron » et achètent Télé loisirs. Un quadra gringalet au chômage, bermuda kaki, tee-shirt gris, s’approche. C’est un habitué. «J’te paye bientôt, j’attends un virement de La Française des Jeux, là ». Il porte une attelle à la main droite. «Regarde ce qu’ils m’ont fait dans ce quartier de daube ! » Une balayette. Poignet cassé, côtes fêlées. « Ils avaient entendu au bistrot que j’avais gagné aux jeux et pensaient que j’avais le ticket sur moi ». 500 euros, ce n’est pas rien. « Il y a beaucoup de violence, explique Abdezarraq. En 2011 il y a eu une fusillade, un règlement de comptes. Depuis, la police fait à peu près son travail ». En face du Bar-Tabac, sur le même trottoir, les dealers traînent. Ils ont entre 15 et 25 ans. « Les zonards », selon Martin, le gérant de la Recyclerie, « les délinquants », selon Jean-Pierre du Bar-Tabac, qui refuse de les servir. « C’est d’la merde ici, dit-il. S’il y avait un peu plus de sécurité, je pourrais augmenter mon chiffre d’affaire de 40%». Ce chrétien d’origine Kurde est à la tête du bar depuis 10 ans. Au comptoir, Mohammed boit son café serré. Il a 23 ans et a quitté l’Egypte il y a cinq ans. Il vit à Saint-Ouen, paye son loyer et traîne ici depuis trois ans. Il a travaillé « dans le shit » pendant un an, « chez moi on dit que c’est de l’argent harām (illicite) ». Alors il préfère « travailler noir (sic) ». « Mes potes me disent de me marier pour avoir des papiers et laisser la meuf après. Les papiers, c’est vraiment compliqué. Mais je n’aimerais pas qu’on fasse ça à ma petite sœur ». Il porte une gourmette gravée au prénom de sa copine. Isabelle est FrancoLuxembourgeoise, « on s’aime, mais j’aime pas son père. Il est raciste ». Pas simple de se mélanger. Rester entre soi rassure. Mohammed n’est jamais entré dans la Recyclerie. « C’est bobo ». Abdezarraq ne pense pas que ce nouveau lieu « conceptuel » puisse mélanger les populations. Les clients de Jean-Pierre y vont-ils ? « Non, c’est bobo (on n’est pas en concurrence) ». A la Recyclerie on l’admet : « Les gens ont du mal à rentrer ». Un vieil homme en djellaba s’approche de la vitrine du bar restaurant un sac d’oignons rouges à la main. Puis, continue sa route. Martin raconte : « On s’est lâchement fait attaquer, nous reprochant de ne pas mélanger les populations. Je dis aux gens venez à notre place, vous allez voir. Une de nos serveuses s’est fait agresser en sortant du boulot. Depuis, on a un rapport de force avec la petite délinquance qui traine, fume ses joints et deale devant chez nous. Mais quand tu dis calmement aux jeunes de se décaler de l’entrée, ils rétorquent qu’ils sont chez eux et deviennent agressifs. Effectivement, on a 95% de Blancs mais j’ai aussi des mamas qui boivent le café, deux trois Blacks, deux trois Reubeus. Les vendeurs à la sauvette viennent utiliser les toilettes et boire de l’eau, ils savent exactement où poser leur verre sale. J’ai un petit Rom de 7 ans qui vient faire caca tous les jours. On est ouvert à tous. Mais ça reste un idéal, le mélange des populations et des classes sociales. Moi, je

suis un peu baba cool idéaliste, je pensais qu’on arriverait à cohabiter. Mais je ne vais pas prendre les gens et les forcer à rentrer ». Devant, les vendeurs à la sauvette posent leurs cagettes quelques heures avant que les gens débauchent. Les effluves de cannabis se mélangent aux odeurs de maïs et de cacahuètes grillés. A gauche de l’entrée de la Recyclerie, deux Bengladais alignent leurs bananes et préparent des lots de cerises. Une femme pousse un fauteuil roulant avec un jeune garçon chétif dont les mains tremblantes serrent un gobelet McDo. Sur ses genoux, une pancarte : « je suis sans abri, je suis paralysé… ». La femme le pose là et s’en va. Il reste seul à la sortie du métro.dans son Kiosque, Abdezarraq sourit. « Un jour un Marocain m’a dit sans rigoler qu’ici les Français se sont bien intégrés ».

Pas simple de se mélanger. Rester entre soi rassure


REPORTAGE

LA MAISON DES JOURNALISTES, REFUGE DE L’INFORMATION Par Elisa Vallon

A la Maison des Journalistes, des reporters du monde entier se réfugient dans l’espoir d’exercer librement leur métier, « mettre la plume dans la plaie », disait Albert Londres. Reportage.

L

’émotion se lit dans les yeux noirs de Bassel, à mesure qu’il fait défiler les photos sur son ordinateur. Jeune photo reporter Syrien, ses clichés sont irréels. Homs, sa ville natale, est un amas de pierres. Au milieu de ce paysage détruit, des familles Syriennes fuient en enjambant les décombres. Dans une série de portraits, des enfants, des vieux, ont un sourire qui se heurte au décor. A 27 ans, Bassel vit à la Maison des Journalistes avec 14 confrères du monde entier. Dans cette ancienne usine de brosses du XVème arrondissement, plus de 300 journalistes en exil, venus de 60 pays différents ont été accueillis après avoir été victimes de répressions dans leur pays. Avec 14 chambres, ce refuge provisoire aux airs de résidence étudiante offre le repos, la sécurité et un accompagnement psychique, social et dans les démarches administratives. Le hall

d’entrée s’apparente à une salle d’attente, avec ses plantes vertes et ses journaux à feuilleter. Dans les couloirs, des articles sont accrochés sur les murs de bétons blancs. Dans la chambre carrée de Bassel, son Nikon est posé sur son lit une place, un trépied traine à côté. C’est accueillant malgré le bazar. Deux chaises, un paquet de tabac à rouler et un cendrier à moitié plein sur la table basse. Par terre une bouteille de tequila vide à côté d’un pot de Nutella. On discute autour d’un café chaud. En mai 2012, après que le cessez-le-feu de l’ONU a été rompu, Bassel a décidé de dénoncer les crimes du régime de Bachar el-Assad avec des photos. « Le gouvernement avait pris le contrôle de 15 quartiers de la ville mais je continuais mon travail pour que le monde prenne conscience de la situation en Syrie ». Ses travaux étaient publiés par l’AFP, Getty ou le Boston Globe. « On n’avait pas d’argent, aucune porte de sortie, pas de médecin, on mangeait des plantes directement dans les arbres ». En mai 2014, quand il a voulu quitter le Siege de Homs avec un ami, l’armée de Bachar el-Assad l’a arrêté. « On a vécu dix jours entre les menaces et les coups ». Quand il s’enfuit jusqu’à Beyrouth, il perd son portefeuille. « J’avais plus de carte d’identité, ni d’argent. Mais j’ai retrouvé des gens avec qui j’avais l’habitude de travailler et ils m’ont présenté à des reporters. Ce sont eux qui m’ont dit de venir ici ». Aujourd’hui, ça fait quatre mois et demi Il est dix heures à la maison des journalistes. Bassel descend au sous-sol rejoindre ses camarades. Dalila est là pour donner le cours de français. « Ils sont méga attachants ! Et courageux surtout. Moi, si on me met ne serait-ce


La maison des journalistes qu’en Allemagne où je ne connais pas la langue, je coule ».. Dans la salle de travail. Bassel, Gulasal l’Ouzbèque, Mortaza l’Afghan, et Rabine l’Iranien s’installent face au tableau. Moyenne d’âge 30 ans, style intello décontracté. Jeans et petites chemises. Stylo en main, cahier ouvert. « A-lors, vous a-vez fait quoi ce week-end ? », articule Dalila. Le sujet bascule sur « les droits de l’Homme ». Et « les droits de la femme aussi ? », lance Rabine faisant rire l’assemblée. Pendant deux heures, Dalila jongle entre le français, les mimes, l’arabe, l’anglais et les dessins au tableau. Elle relit les tests en vapotant sa cigarette électronique. Elle tend sa copie à Gulasal, c’est « très bien ! ». Cette dernière sourit et s’essaye à une petite danse de la victoire sur sa chaise. Au-dessus d’elle, une phrase placardée sur un poster Médiapart : « La liberté de la presse n’est pas un privilège des journalistes mais un droit des citoyens ». Le cours est détendu, mais Dalila reste ferme. « Quand vous fermez vos cahiers, il ne faut pas se dire que c’est fini, il faut read again the lesson, always ! ». Le français, c’est le ciment de leur réinsertion sociale. A 34 ans, Gulasal voudrait écrire dans la langue de Molière. Tous aimeraient rester journalistes, mais malgré l’ambition qui les anime, seuls 10% continue dans cette voie. Quelques uns deviennent auto entrepreneurs, d’autres se recyclent dans l’hôtellerie ou l’animation. « S’il faut me reconvertir je n’hésiterais pas, pour faire vivre mes enfants. Mais je ne pense pas que je pourrais arrêter d’écrire. Je continuerai, même bénévolement », confie Diane.

dans la salle pour travailler. Les résidents s’isolent. Ça ne la dérange pas, car elle a besoin d’être seule. « J’ai été malade pendant un mois quand je suis arrivée ici. Beaucoup de stress ». Peu avant de débarquer en France, la police a publié un article disant : « Gulasal is a bad woman », avant de venir directement le montrer à son père. Choqué, il tombe malade et décède six mois plus tard. Si elle considère cet acte comme un crime, elle garde son âme de révolutionnaire. « Je suis Ousbèke, j’adore Edith Piaf, j’aime le vin, je fais l’amour avec mon copain et j’ai pas besoin de prier. J’aime être la fille un peu bizarre de Boukhara ». En Ouzbékistan, elle travaillait anonymement pour le site usnews.net. Là bas, la censure est masquée. « Quand tu es journaliste, on introduit de la drogue chez toi. Puis, on t’arrête car tu as de la drogue. Mais tout le monde sait que tu es en prison pour le simple fait d’être journaliste ». Quand usnews. net a été victime d’une cyber attaque, la liste complète des salariés a été dévoilée. « On était réellement en danger ». Gulasal est partie à temps. « Quand tu vis en Ouzbékistan, tu ne prends pas conscience du risque. En Europe, si. Quand j’ai passé la frontière, j’ai mieux respiré. C’était très bizarre, mais je savais ce que c’était. C’était la liberté », expire-t-elle. Comme un écho à son histoire, le portrait d’Anna Politkovskaya est accroché au-dessus d’une plaque gravée : « En mémoire de la journaliste tombée le 7 octobre 2006 à Moscou pour la liberté de la presse ». Elle aussi luttait pour les droits de l’homme dans l’ancien empire soviétique.

« Je suis Ousbèke, j’adore Edith Piaf, j’aime le vin, je fais l’amour avec mon copain et j’ai pas besoin de prier. J’aime être la fille un peu bizarre de Boukhara» Elle, est déjà francophone, originaire du Burundi. « C’était l’été tous les jours. C’est un tout petit pays, on a la plage au bord du grand lac, les montagnes, la forêt. C’est beau. Les Burundais aiment les étrangers plus qu’eux-mêmes ! » Mais, « les politiciens ont tout foutu en l’air ! ». Au Burundi, elle travaillait pour Radio Public Africa quand les choses se sont compliquées. Le président Pierre Nkurundiza a voulu à tout prix briguer un troisième mandat et s’est arrangé pour amener les jeunes à faire des entrainement paramilitaires. « Ils allaient dans les ménages où ils étaient sûrs qu’il y avait des opposants pour les voler, les tabasser », explique-t-elle. Diane a décidé de travailler sur ces jeunes pour dénoncer ces bavures. Ce qui lui a valu des menaces. « Ils appellent en masqué. On a pas le temps de réaliser, même pas un bonjour : ‘tu vas voir, tu sais pas à qui tu as affaire !’ ». Des intimidations qu’elle n’a pas tout de suite prises au sérieux. Mais « ils ont associé ces reportages à la vie politique de mon mari, qui, lui, est de l’opposition. Là, j’ai eu peur ». Au mois de novembre, à une semaine de la fin de sa formation en France, elle apprend qu’un collègue a été tabassé chez lui, son chauffeur a faillit être tué. Et un autre se trouve en prison à cause des travaux sur l’affaire des jeunes. « Ca commençait à être du sérieux. Je me suis dis ‘ils vont me suivre et retrouver mes enfants’. Si je rentre, ils sont en danger ». Alors elle a décidé de rester. Comme son mari est en cavale, elle confie ses trois enfants de 12, 9 et 6 ans à une tante. Diane a connu le 115 et l’hiver dans la rue avant de trouver le calme et l’écoute à la Maison des Journalistes. Ici, elle lit des policiers, écoute de la musique et écrit pour le blog de la Maison des journalistes. Et quand on n’a pas la pêche ? « On pense aux autres, moi je suis en vie, et debout ». A midi, la Maison offre des tickets restaurant, mais certains déjeunent à peine. L’ambiance est studieuse. Après le cours de Français, Gulasal reste

Darline, la directrice de l’établissement, court partout. Coupe afro, rouge à lèvre rouge et tailleur gris bleu, elle veille à ce qu’il n’y ait pas de repli sur soi, d’isolement. Mais entre « le pays qui habite la personne et se faire une place dans le pays d’accueil, il faut réussir à trouver l’équilibre », estime-t-elle. Quand cette dernière est arrivée en 2011, elle a ouvert le pôle social. C’est un réel accompagnement dans les démarches. « Avant toute chose on fait une demande du statut de réfugié à l’OPFRA », puis s’enchainent les premières recherches d’emploi dans des rédactions, demandes de logement, question du regroupement familial. Au delà du pôle social, la MDJ est un espace d’expression libre. Un blog, « l’œil de l’exilé », représente la voix des journalistes réfugiés résidents ou anciens résidents. Des articles en français, en anglais, en arabe, leur permettent de continuer à raconter sans censure la situation de leurs pays. A l’étage, les logos de France 24, La voix du nord, TF1, Canal Plus, RFI, et autres médias sont affiliés aux différentes chambres. « On n’a pas voulu donner de nom ou de numéro », explique Viola, la chargée de mission, « mais c’est important de rappeler le soutien des grands medias Français ». Dans cette grande maison où ils n’ont plus besoin de chuchoter, le va-etvient est quotidien. On croise d’anciens résidents encore domiciliés ici qui viennent chercher leur courrier, ou juste de passage dans le coin comme Simon. Pryianka ne vit plus ici depuis cinq ans mais vient tous les jours, elle prépare du riz dans la cuisine. D’autres profitent de la salle de travail. Pour Mourad, 44 ans, c’est le seul endroit où il peut écrire au calme, avec une bibliothèque et internet. Cet Algérien Kabyle a été relogé il y a un an et demi. Depuis que sa femme et son fils de trois ans l’ont rejoint, ils vivent avec 330€ par mois, alors il bûche sur un livre. Comment s’appellera-t-il ? « Journaliste malgré moi ».


REPORTAGE

COMMENT VIVENT LES PETITS CAMPINGS NATURE ? Par Elisa Vallon

Ecolo, bio, bobo... Le label environnemental Clef Verte répertorie 282 campings, 75 pour l’Ecolabel Européen et un seul Green Globe. Ces établissements revendiquent une gestion proche de la nature et respectueuse de l’evironnement. Quel est leur quotidien ? Nous nous sommes rendu sur place, au plus proche de la nature.


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Comment vivent les petits campings nature ?

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l’heure où la société de consommation atteint des sommets, parfois vertigineux, de nouvelles générations de consommateurs réalisent qu’il faut calmer le jeu. Dire stop. A l’instar de quoi se développent d’autres formes de consommation. Couchsurfing, Covoiturage, AirBnB, Gamping… Retour aux sources ? Economie parallèle ou participative ? Ou économie capitaliste « green washée » ? Partage ou retour au troc ? Les raisons sont multiples. Quoi qu’il en soit, une remise en question de la sur-consommation est en marche vers un mode plus respectueux, sain et collectif. L’univers du camping a intégré l’enjeu environnemental et économique d’adopter le vert. On assiste d’ailleurs à un intérêt croissant des professionnels du secteur. Les démarches d’adhésions aux labels augmentent. Une croissance de 14% cette année pour Clef Verte qui a vocation d’« accompagner l’établissement labélisé dans la baisse de son impact environnemental et l’aider à améliorer sa démarche écologique ». Ce dernier, d’abord lancé pour les campings en 1998, compte aujourd’hui un tiers de candidatures issues de l’Hôtellerie de plein Air. Les 282 campings représentent 43% des établissements labélisés. Les chaines comme Sites et Paysages ou Castels, très engagées, selon eux, ou comme Yelloh ! Village et Huttopia, visent une politique environne-

mentale de plus en plus pointue. Ces valeurs s’appuient sur la sensibilisation à la nature, une meilleure gestion des déchets, de l’eau et des sources d’énergie, et le choix d’hébergements intégrés dans le milieu naturel. Les moyens considérables de ces établissements leur permettent de communiquer sur ces éco-pratiques. La visibilité des établissements à démarche écologique augmente également dans les avis de consommateurs. Notamment grâce à des concepts comme celui de Trip Advisor « Ecoleaders » qui ne concerne pour le moment qu’hôtels et chambres d’hôtes mais pourrait très vite élargir ses données aux campings. « Professionnels et consommateurs co-évoluent dans le même sens, permettant une mise en avant de leurs efforts », relève Aline Deprince, coordinatrice nationale de la Clef Verte. Mais derrière les machines performantes se cachent les petites mains. En France, 66.5 % des campings ont moins de 100 emplacements (source étude FFCC, 2014). Ils ne le revendiquent pas toujours, mais moult de ces petits campings qui peuplent le paysage Français sont pionniers dans l’art de vivre à la Woodstock. Hippie, un peu bohème, produits bios, yourte et toilettes sèches. Il y a les adeptes et les circonspects. Nous avons plongé dans cet univers ; à d’autres l’Aquagym et les jeux apéro, nous avions rendez-vous avec la nature.

Label Parole Ces cinq dernières années, le nombre de campings éco-labélisés est passé de 15 à 75. Elisabeth Ferro-Vallé, auditrice Ecolabel Européen à l’Afnor nous donne son avis :

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Avant il y avait des trous dans la raquette, certaines régions n’étaient pas du tout représentées à travers l’Ecolabel. Ils avaient tous très peur de se présenter à l’audit. Aujourd’hui, 75 campings en France portent l’étiquette Ecolabel Européen.   Ceux là ont tout compris ! Plus ils sont avancés dans la démarche, plus ils se rendent compte des bénéfices. Notamment, la baisse conséquente des charges. Une réflexion sur l’environnement amène à une amélioration de l’équipement. Le travail sur l’environnement, c’est aussi un travail sur la qualité de l’accueil client. Le tout, c’est de savoir communiquer autour de choix et d’en faire sa force. Un atout d’avenir ».

Aline Deprince, coordinatrice nationale, Label environnemental La Clef verte :

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On est souvent vu comme la première marche vers un engagement écologique, non pas que les critères soient plus accessibles. Ils sont tout aussi exigeants qu’un autre label mais nous travaillons à être accessible à tous notamment en terme de prix. L’accès à nos outils et à l’auto-diagnostic est gratuit. Nous sommes une association, notre mission, c’est l’éducation à l’environnement. Il faut concilier à la fois les exigences économiques et celles de la clientèle, qui malgré tout est en vacances… Et cela passe par la sensibilisation. Il est important d’expliquer ce qui se cache derrière l’environnement qualitatif du plein air, le vert, l’espace… Ce qui ne se voit pas : l’entretien, la sensibilisation des équipes, la réduction du chauffage, des pesticides. Même si certaines contraintes législatives restent en opposition avec une avancée écologique, - lorsqu’on a des poules, il est toujours légalement interdit de vendre les œufs ! -, la machine est en marche ».


REPORTAGE

LA FONTAINE DU HALLATE: POUR UN MORBIHAN DURABLE, IL Y A CLAUDE Par Elisa Vallon

Plougoumel. C’est le nom bien Breton du village où est implanté La Fontaine du Hallate que gèrent d’une main verte Claude et Elisabeth. Unique camping au monde à être certifié Green Globe, chez Claude le développement durable est omniprésent.


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co-trophée du tourisme, Clé verte, Camping Qualité, Ecolabel Européen, Trophée de l’innovation, Green globe… Quel palmarès ! Revalidé l’année dernière avec un score extraordinaire de 93% (l’inspecteur a calculé à deux fois), la Fontaine du Hallate, dans le Morbihan, est le seul camping au monde à détenir le Green Globe. Et « ça fait plaisir », dit Claude, modeste. Contrairement à ce que beaucoup croient : « et non, je n’ai rien investit ! C’est basé sur du bon sens au quotidien ». Le Green Globe lui coûte 8000€ tous les trois ans. Mais c’est une portée non négligeable, un outil qui aide à aller plus loin et offre une belle visibilité nationale et internationale. « C’est du sérieux ! ». Pour lui, la plus grosse richesse, c’est le contact avec les gens et la spontanéité. Des valeurs d’ailleurs partagées par le réseau Via Natura dans lequel il se place en « exemple », disent les membres. « Je ne suis pas un donneur de leçons mais je partage volontiers ce que je fais ». Alors que faites-vous pour être écolo Claude ? « Ah non ! Reprend-il, nous ne sommes pas écolos, chez nous c’est durable! » Le distingo est simple, l’écologie c’est l’environnement, le durable ajoute les volets sociaux et économiques. Ici, la terre était déjà durable avant 1992, du temps où le terrain était encore l’exploitation agricole de ses parents. « Il y avait le respect de la terre, et ce côté social dans une ambiance d’entraide et de partage très forte. J’ai seulement continué dans le même état d’esprit, en l’appuyant encore plus grâce aux nouveaux outils ». A la fontaine du Hallate, les panneaux solaires thermiques produisent deux fois et demi les besoins en eau chaude et en chauffage du camping. Et quand la consommation d’eau moyenne d’un camping se situe entre 150 et 200 litres par unité, eux oscillent entre 65 et 70 L/U. De 2007 à 2010, les dépenses en eau et en électricité ont baissé. Mais malgré une marge supplémentaire, les tarifs n’ont pas augmenté. « Il est logique de rétrocéder aux consommateurs leurs efforts » Sur trois hectares, il ne ramasse jamais un papier ! Ses clients portent des valeurs de respect. De l‘individu, de l’environnement et des choses. Le durable pour Claude, c’est aussi garder l’esprit camping. Sur les douze mobiles home, il n’y en a plus que huit. Et le chiffre devrait encore diminuer. Cette année, ils en ont transformé un en salon de thé. Sur la terrasse, c’est une voile de voilier qui fait office de parasol. Claude pense à ses hôtes, « ils ont subit des plannings toute l’année, là ils arrivent, veulent se poser ». Il ne veut pas remplir à 100%, « je veux leur offrir la possibilité de choisir ».A la Fontaine du Hallate, la piscine c’est le Golfe du Morbihan. Le restaurant, les crêperies autour, et la salle de sport, les sentiers de randonnée. Le boulanger vient tous les matins vendre son pain. Pour l’animation, « il suffit d’ouvrir ses portes », dit-il, tout en simplicité. Des indépendants viennent donner des cours de cuisine bio, de yoga ou de réflexologie plantaire. Claude est un homme d’action. « La COP 21 va encore faire office de grand messe, mais au lieu de parler, il faudrait agir. A la Fontaine du Hallate, on ne parle de rien avant de l’avoir fait », a osé leur lancer Claude. Mes salutations durables, signa-t-il sans doute.

Nous ne sommes pas écolos, chez nous c’est durable!


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LE PONT DE BRAYE: AMBIANCE À L’ÉCO-LOZÈRE Par Elisa Vallon

En Lozère, Sophie et David ont trouvé leur voie, verte qui plus est. Sur le Camping du Pont de Braye s’esquisse un réel laboratoire environnemental. Ils multiplient les astuces et écoutent la nature. Reportage, après une nuit sous la yourte.


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u Camping du Pont de Braye, en Lozère, il n’y a pas de petites écologies... Après les rives du Lot, Sophie et David Delafontaine ont changé de région pour un établissement plus calme, plus petit et moins fréquenté. Et plus proche de la nature a fortiori. Le Camping du Pont de Braye fait partie de La Via Natura, une association de 17 campings unis pour les mêmes valeurs : respect de l’environnement et de l’Humain. Au Camping du Pont de Braye, on dort paisiblement. Le courant de la rivière berce. On entend l’eau ruisseler à travers les murs arrondis de la yourte Mongole isolée en laine de yak. Installées sur pilotis, elles sont peintes à la main et les cordes sont en crin de cheval. Ici, tout le respect se fait dans des gestes simples. Aux sanitaires, les boutons pousseurs dégagent de l’air propulsée avec l’eau, ceci permet jusqu’à 30% d’économie d’eau sans réduire la pression. Pour l’entretien paysager, ils utilisent un désherbeur thermique, « on brûle les mauvaises herbes mais aucun pesticide ni produit chimique n’est utilisé ». Au milieu du terrain tondu, un petit carré de terrain est laissé à la nature. Cabane à papillons au centre. Ici les herbes folles sont livrées à elles-mêmes et accueillent oiseaux, chenilles et insectes... Cette année, la Via Natura a demandé à ses adhérents de fabriquer un hôtel à insectes. Une esthétique 100% récup’ avec seize compartiments qui permettent au même nombre d’espèces différentes de s’y réfugier. Pas de voiturette, même électrique, «On cherche à inciter les gens à prendre le vélo». Sophie s’est installée une petite remorque sur son vélo, produits d’entretient dans le panier, aspirateur et balais à l’arrière, une vraie fée du logis. Idéal pour astiquer les Lodge Sahari entièrement recyclables. Mais y-a-t-il des toilettes sèches ? Bien entendu ! Et toutes équipées avec une petite lampe solaire qui éclaire les envies nocturnes. Au camping du pont de Braye, la nature a du goût. Un parterre de plantes aromatiques est à disposition. Toucher, cueillir, sentir, goûter. Les variétés sont indiquées sur les petites ardoises, on choisit quelques aromates pour le barbecue du

soir... Mais n’oublions pas qu’après, on fait le tri ! Jusqu’au bout, on composte. De petits sceaux bios sont mis à disposition. Au bord de la rivière Chapeauroux, la pédagogie exemplaire de David fait son effet. « Même quand les gens ne viennent pas pour l’aspect écolo, ils repartent sensibilisés ». Et là , c’est gagné !

«Toucher, cueillir, sentir, goûter»


REPORTAGE

CAMPING DU BUISSON: L’ÉCOLOGIE À TAILLE HUMAINE, COMMENT FAIT-ON À DEUX ? Par Elisa Vallon

Ils ne se disent pas écolos, et pourtant. Outre la roulotte, ses toilettes sèches, la yourte, le potager et les Cocos Sweet… Nous avons vécu 24 heures au rythme de Dominique et Jean-Luc. À deux, ils gèrent le Camping du Buisson à Saint Martin d’Uriage, laissant une large place au respect. Et si être écolo c’était harmoniser l’humain et la nature ?


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uand Jean Luc a rencontré Dominique, il était photographe. Et c’est sans grande conviction, qu’un an et demi de relation plus tard, Dominique lui demanda, « ça te dirait de reprendre le camping ? ». Jean Luc a tout de suite été enthousiaste. En fait, « il est tombé amoureux de la vue ». Aujourd’hui, ça fait sept ans. A l’époque fermé par un arrêté préfectoral, notre jeune couple fait rouvrir le camping en 2008. Ils louent le terrain à un prix exorbitant mais tant pis, c’est là qu’ils veulent être. 1000€ par mois, alors qu’il y a à peine des sanitaires en dur. La maison à l’entrée du camping leur coute 850€ de plus. Depuis que les enfants sont partis, ils ont emménagé dans la yourte pour passer l’hiver et redescendent dans leur cabane en bois les mois d’été. Heureusement la Via Natura est un soutien. « Hervé, le président, c’est un papa un peu grande gueule, mais on est ses petits. C’est une famille. On n’est pas concurrents, on est tous ensemble ». Une f a m i l l e d ’A l l e m a n d s déguste leurs glaces sur la terrasse. Il est 11h30, dans sa petite Chrysler, J e a n L u c d é b a rq u e l e coffre plein. Tomates, champignons, fut de bière, chips, chartreuse… Tout le monde donne un coup de main pour décharger rapidement, la canicule ne laisse aucun répit. Nous sommes à la réception – épicerie salle à manger, sous une grande tente safari aménagée. Un lieu de rassemblement, de rencontres et d’échange à l’image du Buisson : l’humain, intégré dans la nature. 13h30, à table. Salade de tomates. Basilic frais. Ou fenouil pamplemousse. Un jaune d’œuf dort dans un petit ramequin blanc. Aux côtés de bonnes pâtes carbo. « Ça, c’est les poules, elles nous font de bons œufs ! ». Le portable s o n n e to u te s l e s c i n q minutes. « Il ne faut louper aucun appel, sinon les gens réservent ailleurs, ils n ’o nt p a s d e te m p s à perdre. C’est au premier disponible » Il est 14h15, et pour garder la forme... « Ici la sieste est imposée par le patron. Entre 14h et 15h, il n’y a aucun bruit sur le camping». Pour Dominique, pas de sieste, il faut qu’elle descende travailler chez ses petits vieux. Le projet d’ouverture en continu devrait redresser le chiffre d’affaires et la laisser se consacrer à ses hôtes. Mais pour l’instant les fins de mois restent difficiles. Un homme s’approche et interpelle Jean Luc : « vous ne faites plus de pizza ? » Il répond, triste : « Regardez mon four, ils sont en train de

le détruire ». Un four à pain authentique. « On était les seuls à s’en servir et à lui redonner un rôle de convivialité. On a beaucoup pleuré ». Pour ne plus voir les vieilles pierres du four qui s’écroule sous les coups de marteaux, Dominique a hissé un drap blanc et y a peint l’arbre de la vie et des valeurs de partage, de convivialité, de rencontre… Un réponse pacifique à « de la méchanceté gratuite ». Jean Luc donne des cours de photo à ses clients, cuisine avec amour, et gratte sa guitare les soirs fêtards. Dominique, embarque ses hôtes dans les sentiers battus, les initient à la faune et la flore, et voudrait créer son atelier de poterie. Ils ont le cœur sur la main. Les drapeaux tricolore et Européen flottent non loin de la banderole multicolore mexicaine. Un léger filet d’air donne le la aux mésanges. Il fait 40 degrés. L’après midi s’annonce calme. On se sent comme à la maison. Au camping du buisson l’accueil est primordial. 15h28, retour à la réception pour Jean Luc. « Il fait toujours aussi chaud ! ». Il s’installe derrière son PC pour répondre à ses mails et vérifie ses disponibilités sur Sydev Camp. « Ah ils reviennent, c’est gentil. La plupart de nos clients repassent par là, cela devient vite une visite amicale » Reprenons. La déchèterie, demain. Aujourd’hui, « j’ai une tente bulle à préparer, donc on va y aller, l’idéal serait de la mettre dans les arbres ». Ici, on trouve des tentes bulles première génération. Jean Luc et Dominique commençaient tout juste dans l’HPA, quand ils ont rencontré sur un salon Lyonnais, « ce personnage, là bas, couché dans sa bulle. On lui a pris deux bulles. On a tout de suite sympathisé, on s’appelait tous les deux Jean Luc ! ». Maintenant le camping du buisson, est devenu son laboratoire, un centre d ’e x p é r i m e n t a t i o n . Voilà le petit de Fabienne qui vient chercher des bonbons. 16h47 : le téléphone sonne pour la énième fois, il s’agit d’une réservation pour la yourte. A 17h heures la chaleur ne tombe pas. Notre patron-à-tout-faire trie et prépare les sangles pour accrocher les bulles. Il va falloir grimper, « c’est un camping de Dahu ici ! ». La partie basse accueille ce qu’on appelle le passage ; tentes, camping car, caravanes. Elle donne sur un des points forts du camping, un superbe châtaigner de 350 ans, classé arbre remarquable. Et la partie haute, ce sont les hébergements locatifs. La vue sur le Vercors est incroyable ! C’est


REPORTAGE compliqué, car encore aujourd’hui, 3000 mètres carrés sont en zone agricole ou sur une zone protégée. Notre gérant porte une chemise de bucheron, un pantacourt et des Converses militaires. Chapeau kaki, il enfile son tablier rose aux alentours de 17h30. Il faut s’y mettre. A peine deux pommes pelées, une voix raisonne à l’autre bout de la tente centrale : « c’est la réception là ? Vous avez de la place pour une personne en tente, trois ou quatre jours ? ». Retour aux fourneaux. « Ca fait pas un peu robe le tablier ? Rigole Jean-Luc. Ça fait Grec, question de solidarité ». Ici les gens d é co u v re nt c e q u ’ i l s vont manger une fois devant leur assiette. Concept de surprise d’un cuisto à la conscience écolo. Il cuisine local, de saison et improvise avec ce qu’il a. Objectif : 100% savoureux, 0% gaspillage. « J’avais failli fa i re m a ste r c h ef » , nous confie le passionné, adepte d’herbes sauvages. Pesto d’orties, ail des ours, faisselles saupoudrées de petites fleurs de bleuet. Le camping du buisson aime l’atypique. « Le problème des normes, c’est qu’elles infligent une homogénéité qui fait perdre toute l’âme du lieu » Sous la toile, au milieu de la cuisine, u n e p e t i t e c a rava n e blanche, ancien modèle, trône en guise de gardem a n g e r. L e s b o n n e s odeurs de blé et de maïs se dégagent du tapioca qui boue à feu doux. Une pile de CD traine à côté du poste, sur le dessus, Zebda –Tomber la chemise. Jean Luc a tt ra p e s o n l i t re d e potion dans le frigo, de l’Antésite réglisse-anis. « Camping du Buisson bonjour ! » Répond-il machinalement en dégainant son portable de sa poche. Juste le temps d’égoutter les perles, « tu commences à faire un truc, tu es lancé, quelqu’un arrive donc tu oublies ce que… », ça sonne à nouveau. Il est 18h30 quand Dominique rentre du boulot. Le temps de se faire une beauté, et voilà qu’elle accompagne déjà un certain Jacques à sa caravane. Une bière, une clope, et on épluche les patates. « Jean Luc c’est prêt ? Ils le veulent pour quelle heure leur poulet citron ? Tu as préparé les bulles

? Il faut faire payer les Allemands ». Jean Luc n’a jamais eu de chef, du coup « je pousse, je pousse, je pousse », raconte Dominique. Et Charlotte, qui donne un coup de main, encourage : « Aller jean Luc, aller ! ». « Il ne s’énerve jamais. Je ne l’entends jamais dire du mal de personne. Jean Luc c’est buddha », confie Dominique, les yeux qui pétillent. Déjà neuf heure passé, décompression… De courte durée. 21h50, Philippe et ses enfants dorment sous les étoiles. Une fois accompagnés à leurs b u l l e s i l e st 2 2 h . A table ! Salade de perles de tapioca, bruschettas au reblochon, brochettes pommes – pastèque, et coucher de soleil. Et puis au lit, car demain même endroit, 7h et demi. Le réveil a des odeurs boisées, le chant des oiseaux bénit la fraicheur matinale. Dominique est à l’accueil, elle s’assure q u e l e s ge n s s u r l e départ ont passé un séjour agréable. Jean Luc s’affaire en cuisine depuis 7h30. Ses petits déj’, c’est une institution. Quatre petits pains perdus, une généreuse corbeille de tartines toastées, du beurre et quatre pots miniature de confiture maison. Whisky – o ra n g e , p a stè q u e – coquelicot, et même sapin ! Un café au lait et une faisselle aux de fruits secs, fruits rouges, éclats de cacahuètes et fleur de bleuet. Délicieux réveil au cœur des montagnes. Au Buisson, on tutoie, on bise, on s’intéresse (sincèrement). Les rapports avec le client n’ont rien de surfait. « Mon père est belge », « ah ba tu sais que c’est un camping de Belges ici ! Belges et bretons. Jean Luc, quand est-ce qu’arrivent nos Wallons fêtards ? » S’interroge Dominique. 9h30, tournée de cafés. Plutôt rond, bon vivant, short-polo-bob, Michel arrive avec un cadeau : « Bonjour Michel ! ». C’est sa troisième année ici. « Tenez, c’est un livre sur les relations conjugales ! Et la bouteille qui va avec, bien sûr ». Les rires éclatent sur les hauteurs du massif de Belledonne. « Merci, on le lira ensemble », c’est vrai que Le Buisson c’est le projet de toute une vie (à deux).


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LE GAVE D’ASPE: LA MAIN SUR LE CŒUR, LE CŒUR DANS LES PYRÉNÉES Par Elisa Vallon

Au cœur du Parc national des Pyrénées, Bruno a repris le camping du Gave d’Aspe en délégation de service public, un endroit idéal pour transmettre sa passion pour la nature et ses secrets.

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e r n i e r v i l l a ge d e F ra n c e o u p re m i e r lorsqu’on arrive d’Espagne, Urdos a son camping : Le Gave d’Aspe. Au bord du cours d’eau éponyme qui arrose la vallée d’Aspe, Bruno Guitton jongle entre le français et l’espagnol. 2,2 hectares, 80 emplacements, Bruno gère la DSP les mois d’été et travaille à mi-temps dans une station de ski, pour s’occuper, l’hiver. L’ambiance est familiale. Les enfants s’amusent dans la rivière quand Bruno ne construit pas de cabanes avec eux. Sur la rive, on se détend. Il a installé des hamacs et fait en sorte de créer une ‘piscine’ naturelle. Au Gave d’Aspe les gens restent ou reviennent. Bruno est de bon conseil. « C’était super ce matin, que peut-on faire demain ? », lui demande au passage une campeuse Belge. Il connaît les Pyrénées, ses coins et recoins, les difficultés, les plus beaux lacs où pique niquer et les sentiers où crapahuter. Le respect et la connaissance de la nature font partis de lui. Au Gave d’Aspe, on apprend aux enfants à faire une vaisselle « écolo ». Avec la commune, le prochain projet est de passer en tout solaire pour la production d’eau. Quand nous lui parlons de bobos bio, Bruno pense à Eva. Cette cliente qui lui avait fait gouter une de ses mixtures de fruits et légumes concentrés, un jus tout vert, « en fait, c’était super bon ! Eva, c’est typiquement la clientèle qui vient parce que l’endroit colle à ses valeurs ». Cette tendance à se retrouver au plus proche de la nature, notamment pour exercer le Yoga augmente au fil des ans. Certains diront que c’est un courant à la mode, d’autre le dernier virage d’une boucle naturelle, le besoin de retour à l’essentiel et au bien être intérieur. « Aujourd’hui, les gens ont besoin de déconnecter ».


REPORTAGE RADIO

Bush, Bushman, Bushmen : du bush à l’oreille

Sur Radio Campus Paris 93.9 FM


RÉCRÉATION SONORE: UN VOYAGE RÊVÉ EN NAMIBIE // 27.11.16 Par Elisa Vallon & François Bordonneau

«Bush, Bushman, Bushmen : du Bush à l’Oreille », du bushmanland à vos oreilles, on vous embarque en Namibie, au cœur d’un village Bushman. La rencontre date de juin 2014, au cours d’un voyage sur les pistes hasardeuses de la Namibie. Le désert du Kalahari qui s’étend du Botswana à la Namibie et l’Afrique du Sud, a été foulé pour la première fois il y a des milliers d’années par ces petits hommes chasseurs cueilleurs. Ils portent encore en eux la lourde histoire de persécutions successives mais aussi une connaissance inégalable de la nature. Écoutez, on vous emmène. Laissezvous porter, le voyage sonore commence ici, sur Radio Campus Paris.


Elisa Vallon Portfolio