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L’ARCHITECTE, UN ARTISAN DE LA SOCIÉTÉ

EL ALAOUI SARA


L’ARCHITECTE, UN ARTISAN DE LA SOCIÉTÉ D e s s i n e r u n l o g e m e n t, Dessiner un mode de vie, Dessiner un individu.


FIG.1 : Un Riad à Marrakech

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Bienvenue

‫مر حبا‬

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AVANT PROPOS

Une après-midi d’été en 1998 à Meknès, mon père conduit la voiture vers un

bidonville nommée Bouguerâa afin d’y conduire ma grand-mère pour visiter l’une de ses connaissance malade. Assise à la banquette arrière en train de jouer, je regarde ce bidonville, je me souviens jusqu’à aujourd’hui de ces gens qui remplissent des bidons d’eau à l’entrée du bidonville, du linge qui sèche partout, des chiens, des chats, de constructions en tôle, en plastique... Au delà de cette image dans ma tête, ce fût mon père qui me raconta l’anecdote sur cette journée, qui à mon sens aujourd’hui avec le recul est révélatrice. En effet, ce jour là, la voiture est resté garée sur la route en face du bidonville tandis que ma grand-mère était partie, nous l’attendions dans la voiture. A l’arrière, j’observe ce que font ces gens et je continu à jouer. A un moment je relève la tête pour regarder et je demande «Pourquoi les gens prennent-ils l’eau ici?» mon père répond « C’est parce qu’il n’ont pas de robinet à la maison» je continu à jouer, quelques minutes après, je reprend « Pourquoi leur maisons sont faites en «zbel»(déchets)?» «Parce qu’ils n’ont pas l’argent pour construire» , je continue de jouer et de réfléchir sous l’œil observateur de mon père, quelques minutes passent avant que la dernière question le fit rire en éclat « Ne sont-ils pas humains?». Aujourd’hui, 18 ans plus tard, il a disparut, car le terrain a connu une tabula rasa pour un projet de logements bon marché, qui sont attribué aux anciens résidents du bidonville. Ce qui est fascinant, c’est que malgré l’attribution de ces logements beaucoup ont refusé d’aller y vivre, ont sous-loué les appartements qui deviennent alors source de revenu, et ont construit un autre bidonville ailleurs dans la ville pas très loin des repères initiaux. En tant que futur architecte, je me questionne sur pourquoi ne veulent-ils pas du logements social car a priori, le bidonville étant fait à partir de matériaux de récupération ne permettaient pas des conditions de vie décentes. Nous supposons que le logement social est une réponse correcte pour contrer l’habitat insalubre, or les réactions face à ces logements démontrent une inadéquation entre la demande et l’offre. La question est-elle culturelle? Serait-elle un refus du modèle de l’appartement? Est-elle économique? Dans le sens où on préfère profiter d’une source de revenue plutôt que d’un habitat décent? Est-elle politique? Entre spéculation immobilière et problématiques foncières? Enfin, la réelle question au delà des raisons pour lesquelles certains bidonvilles se déplacent ou continuent d’exister, touche la place de l’architecte, son rôle , sa façon de faire et comment il participe à continuer à faire exister ces structures ou encore les multiplier ou à y remédier.

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Rabat

FIG.2 : Plan de situation du Maroc

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SOMMAIRE

AVANT PROPOS

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INTRODUCTION 9 MÉTHODOLOGIE 12

ILa ville marocaine entre évolution spatiale et sociale du XIX ème siècle à aujourd’hui 14

1 .1 1 .2 1 .3

La ville arabo-islamique : La Médina, substrat traditionnel La ville europénne : Substrat de la Modernité La Ville Contemporaine: substrat de l’iIndépendance

II- LA VILLE ECLATEE : ENTRE TRADITION ET MODERNITE

2 . 1 La Ville Technique: symbole de modernité? 2 . 2 La ville nouvelle marocaine 2 . 3 Le bidonville Al Kora

III-

L’habitat, s’ Adapter, s’approprier

44 44 50 63

70

3 . 1 Le lotissement d’habitat économique : reflet d’une forme urbaine syncrétique 70 3 . 2 Le conflit : Tradition et modernité dans l’habitat 78 3 . 3 La ville inclusive, la ville recomposée 86

Conclusion

90

ANNEXES

93

INDEX

8

14 24 32

ANNEXES TEXTUELS ANNEXES EXTERNES ANNEXES VISUELLES

98 110 123 125

BIBLIOGRAPHIE 126 TABLE DES FIGURES 126


FIG.3 : Plan de situation de Rabat

FIG.4 : La Commune de Rabat

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FIG.5 : Un Riad à FES

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INTRODUCTION

Entre monde méditerranéen, arabe, occidental, musulman, berbère et africain,

le Maroc fait l’objet d’une pluralité et diversité d’appartenances qui forgent son identité multiple. A chaque nouvelle période de l’histoire correspond une nouvelle ère urbaine et sociale. Depuis les conquêtes des Romains à aujourd’hui en passant par le Protectorat, et les revirements politiques qui ont lieu depuis l’Indépendance, les différentes références sont symboliques et démontrent clairement le lien entre les villes marocaines et les multiples ères culturelles qu’elles ont connus. Et ce, tant sur le plan social, qu’économique, qu’urbain et architectural.

Entre tradition et modernité, l’appartenance à un monde plus qu’à un autre

fait l’objet d’un débat contemporain aujourd’hui dans un Maroc en pleine mutation. Le développement effréné du Maroc sur le plan économique dans le cadre de la mondialisation n’est pas sans impact sur l’urbanité de ses villes et surtout sur ses habitants. Les modes de vie changent, évoluent, se transforment et l’habitat doit suivre ses avancements. Aussi, c’est en ayant une approche pluridisciplinaire et polyculturelle que ce travail essai de s’intéresser à la question du positionnement de l’architecte en tant que artisan de la fabrique sociale au Maroc ,notamment à travers la question du logement populaire. En effet, il est à souligner que la complexité plurielle de ce sujet quant à l’implication politique et surtout idéologique que suggèrent intrinsèquement ces questions de mutations économiques, sociales urbaines et architecturales, nous interpelle sur que le rôle et la position de cet architecte dans la production de l’ordre social.

A l’ère de l’Homo Urbanus, la ville ou encore la métropole est le cœur palpitant

des transformations sociales majeures d’un lieu donné. Dans les premières lignes de son essai « Les grandes villes et la vie de l’esprit », Georg Simmel donne une indication: dans le cas où la métropole est une forme exemplaire de la vie moderne, c’est dans la mesure où elle est liée à l’individualisme. En effet, l’un des traits marquant de la modernité réside dans « la prétention de l’individu à affirmer l’autonomie et la spécificité de son existence face aux excès de pouvoir de la société, de l’héritage historique et de la technique venue de l’extérieur de la ville »1 . Cela pose la question de la manière à travers laquelle la vie urbaine permet de se détacher des appartenances traditionnelles, et 1 Simmel G., Les Grandes villes et la vie de l’esprit, Paris, Éditions Payot, 2013 p.233

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de générer une sorte d’homogénéisation sociétale à travers l’individualisme. Paradoxe qui prend d’autant plus forme lorsque la tendance est à la modernité et à l’esthétique « conforme ? » mondiale, qu’elle relève d’un positionnement intellectuel ou encore de planification urbaine, de politiques de développement, à la question de l’habitat en luimême voir de l’habit.

A ce titre, le Maroc offre un site d’exploration et d’observation privilégié

pour observer les différents enjeux du changement social généré par ses mutations intellectuelles, politiques et urbaines. Aussi, la ville marocaine étant l’expression de diverses appartenances et étant marqué par une puissante capacité de syncrétisme2, de composition, d’organisation et de possibilités, elle représente un champ d’études d’autant plus complexe.

L’attachement à l’Islam et aux valeurs traditionnelles ont profondément marqué

l’évolution et continuent encore d’imprégner le processus de modernisation entamé avant le Protectorat. En effet, les tensions plurielles et multiples de la société composite marocaine cherchent dans la tradition les outils et les moyens de la modernité en préservant son identité. L’État marocain se nourrit de ces ambivalences et contradictions afin d’intégrer les transformations sociales dans un continuum de l’ordre politique. Cet ordre politique joue une part considérable dans la maîtrise et la diffusion du changement par une approche descendante. Ceci se traduit par l’ouverture à la modernité extérieure et universalisante3 qui est conduit d’une façon endogène à préserver de son hégémonie les fondements traditionnels au sein de l’espace socio-politique.

Les questions que cela relève se cristallisent et prennent formes de manière

phénoménologique dans la ville. La grande demande en logement que cela génère et les réponses apportées par l’État en termes d’infrastructures témoignent d’une crise de l’habitat aggravée. Aussi, la mondialisation induit un rythme de croissance accéléré commandité par la demande internationale de modernisation , ce qui provoque un déséquilibre de développement entre ville, campagne, classes sociales etc. qui s’accentue au fil des années. Ce déséquilibre se traduit par la répartition spatiale de la population urbaine. On y retrouve une densification des tissus anciens du à l’exode rurale, qui 2 « Terre de contraste, pays carrefour, occident arabe le plus éloigné, partisans maghrébin d’un dialogue avec l’Occident… » , le Maroc semble se nourrir de ces contradictions ou de ces ambivalences pour intégrer le changement social dans la continuité d’un certain ordre politique . SANTUCCI, JeanClaude. Introduction. Le Maroc actuel entre modernité et tradition. Réflexions sur le changement In : Le Maroc actuel : Une modernisation au miroir de la tradition ? [en ligne]. Aix en- Provence : Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman, 1992 (généré le 15 octobre 2017).

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se paupérisent et voient leur cadre bâti se détériorer. Aussi, par une prolifération de l’habitat spontanée non réglementaire, appuyé par un grand manque de maîtrise foncière et d’urbanisation des terrains agricole ou à fort potentiel agricole, ainsi que la mauvaise répartie des équipements publics ou privés au sein des tissus urbains et des différents quartiers. Ces problèmes se reflètent aussi sur le plan social en terme de lutte des classes, de fossé entre ces classes qui se définissent et se délient les unes des autres de manière significative, symbolique et spatiale.

Face à ces constats non exhaustifs de la situation actuelle, la question tourne

autour des politiques urbaines et leur impact sur la société et in fine sur le citoyen, l’habitant marocain, dans sa vie, dans sa quotidienneté. Aussi, en termes de travail méthodologique plusieurs questions se soulèvent. A savoir celle de la ville en crise, à laquelle s’ajoute la dimension politico-historique. Ainsi que la dimension sociale de l’urbanisation et finalement la question du futur de la ville marocaine, et plus particulièrement de son urbanisation et de manière prépondérante de son habitant. En effet, nous pouvons relever la problématique du statut et la place de l’architecte au sein des politiques urbaines de logements ? A quel niveau il contribue ? De quelle manière ? et surtout, en quoi dessiner un plan c’est aussi dessiner une façon de vivre, une quotidienneté, à quelle point l’habitat forge et forme son habitant ? C’est dans l’optique de tenter de répondre à ses questions, que nous allons tout d’abord nous intéresser à la formation de la ville de Rabat, Nous poursuivons avec une réflexion sur les politiques d’intégration sociale par le logement à l’échelle urbaine,nous nous attachons à analyser et comparer, la planification urbaine poussé à son paroxysme à travers la ville nouvelle, notamment le cas de Tamesna ainsi que Sale El Jadida, en comparant cela à l’habitat spontanée auto-construit, celui de Douar Al Garaa. Nous poursuivons par enfin, analyser ce que cela engendre sur l’habitat en lui-même, dans sa structure, dans son organisation, et enfin l’impact qu’il a sur l’habitant.

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MÉTHODOLOGIE Ce travail de recherche pour moi été un travail qui a repose beaucoup sur mes observations personnelles et mon expérience personnelle. Marocaine d’origine, le fait que j’ai vécu dans différents pays et au sein du Maroc aussi me permet de poser un regard objectif sur la situation au Maroc. Mes études en architecture en France m’ont permis d’avoir une approche très différente du projet d’architecture que si je les avait fait là bas où l’approche est plus technique. En effet, en France l’enseignement repose beaucoup aussi, à mon estime sur les sciences humaines et cultive plus une approche philanthrope que technicienne de l’habitat, chose qui est en train de changer petit à petit. J’ai essayé à travers mes recherches et mes lectures de confirmer ou d’infirmer certaines hypothèses qui intuitivement me permettait d’expliquer certains phénomènes ou certaines problèmes. Certaines ont été confirmer notamment par le travail de sociologues, d’anthropologues, de géographes et d’historiens, d’autres ont été infirmé par des architectes ou des urbanistes. Ce travail a nécessité une approche pluridisciplinaire et polyculturelle, car je touchais à des notions et des faits qui ne peuvent être expliquer sans la mise en relation de plusieurs disciplines. Il s’agissait pour moi aussi de porter un regard à la croisée des mondes, entre le monde occidental et le monde oriental.

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FIG.6 : Medrasa Ben Youssef

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I- La ville marocaine entre évolution spatiale et sociale du XIX ème siècle à aujourd’hui

Dans cette partie nous nous attachons à développer une réflexion problématique

sur le lien entre l’évolution spatiale de la ville marocaine et les évolutions sociales qu’elle a connu notamment à travers l’étude de la ville de Rabat. En effet, Pour traiter le rapport société et spatialité, il est difficile de penser la question sociale et précisément de la famille marocaine1 comme noyau fondateur de la société sans l’inscrire dans son rapport à la structure habité et à plus grande échelle à l’évolution de la ville2. L’un des défis majeur auquel fait face la société marocaine contemporaine réside dans les mutations et transformations que vit la famille. 1 .1

La ville arabo-islamique :

La Médina,

substrat

traditionnel

La médina est la ville arabo-islamique, résultante de multiples influences et

conquêtes. Le terme ville se traduit en arabe en Madina.3 La Madina ou Médina a une organisation radio-concentrique où le pouvoir et la religion sont au centre. La mosquée, Jamaâ,4le palais,  Kasbah, sont au cœur de la cité et forme des pôles proches de tous les habitants qui y convergent pour la prière et pour tous les événements qui vont articuler leur vie quotidienne entre activité commerciale, religieuse, politique.

La médina est une ville intime et secrète5. Son tissu se structure en rues, impasses

silencieuses et étroites, et des places plus vastes, espaces publics où se concentrent les activités de la vie culturelle et spirituelle tel que la mosquée, Jamaâ, ou l’école coranique, Medrasa. Ces lieux vont rythmer la ville par leur temporalité. Dans ce tissu urbain compact et dense, les maisons sont introverties et ne se révèlent pas à la rue. Il est important de noter la multiplicité d’obstacles pour arriver à la maison et donc la diversité de franchissement du public au privé qui se fait graduellement et de manière complexe. La Médina est entouré de remparts qui sont gardés et permettent de contrôler qui rentre et qui sort. Sa structure d’apparence labyrinthique complexifie le repérage, 1 2 3 4 5

16

Voir annexe N°1 p.96 Voir annexe N°2 p.96 Voir annexe N°3 P.97 Le mot Jamâe en arabe porte en lui l’idée de rassembler. Voir annexe N°4 P.97


FIG.7 : Rabat et sale , dessin , bnF

FIG.8: Principes et structures de la ville marocaine (mĂŠdina)

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les rues se ressemblent et les murs sont aveugles. Les murs, haît, des maisons sont hauts et n’ont que quelques petites ouvertures étroites, ils renferment l’espace intime, sacré de la maison, soit le hârim. Ce terme traduit la sacralité de l’espace intime, plein de mystère et de secret, il porte en lui le sens de la horma, qui par définition est le caractère sacré et inviolable et par extension le caractère inviolable de l’intimité. Entre le public et le privé c’est la porte, Bab, des maisons qui vont matérialiser le passage de l’un à l’autre. Les portes ne se font jamais face, pour préserver l’intimité de chacun. Ces portes sont les seules éléments extérieurs qui peuvent dévoiler à travers leurs décorations, la richesse ou l’humilité de la famille qui y vit, dans les deux cas, un soin particulier y est apporté. Nous verrons par la suite qu’au sein même de la maison, Dar6, il existe encore d’autres degrés de privé et de public. Ces niveaux de public et de privé vont hiérarchiser l’habitation, de la même manière qu’elles structurent la ville.

L’un des éléments structurant la ville est le Derb, c’est la rue ou l’impasse

autour de laquelle la vie de la médina va se constituer. Le derb regroupe plusieurs foyers qui vont former un lien de solidarité fort, il est exclusivement résidentiel. Plusieurs Drouba7, vont former une Houma soit le quartier. La houma joue un rôle intégrateur où vont cohabiter les riches et les pauvres sans se concurrencer. 8

A ces quartiers résidentiels Houmat 9 se juxtaposent les quartiers commerciaux

qui eux relèvent de l’espace public, de l’étranger. La médina peut sembler labyrinthique et hasardeuse dans son organisation, or cela est faux. Il y a une réelle graduation hiérarchisée des espaces et de leurs fonctions. Ce labyrinthe a une organisation précise avec une cohérence endogène.

Selon Jacques Berque, la ville est le lieu où le témoignage devient architecture.

L’unité de celle-ci réside dans son fonctionnement organique où la Grande mosquée va jouer le rôle de cœur, c’est le lieu où tout conflue et reflue au rythme des prières qui articulent le temps et la journée du Marocain. Les marchés « souk » de commerce et d’artisanat répondent aussi à une hiérarchie de leur production10. La Médina organise les liens entre les communautés d’habitants et ces activités par une certaines spécialisations. En effet, elle établit en son sein une distinction claire entre les lieux de 6 La différence entre Dar et Riyad réside essentiellement dans le fait que le Riad possède un jardin dans le patio 7 Plusieurs de derb. 8 Voir annexe N°5 p.98 9 Plusieurs de Houma 10 Voir annexe N°6 p.98

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FIG.9 : Photographie aérienne de la médina de rabat ainsi que sa kasbah

FIG.10: Schéma de la Médina

FIG. 11: Schéma d’un quartier de la Médina

Structure typique d’un quartier résidentiel dans les villes nordafricaines, composé d’accessiblecluster individuellement.

Structure typique d’un groupe de maisons autour d’une ruelle impasse ramifiée.

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résidence et les lieux de fonction, soit les lieux de la sphère privée et ceux de la sphère publique pour reprendre les termes d’Hannah Arendt.11 Il y a une nette distinction entre les quartiers commerçants et les quartiers résidentiels, où les premières représentent un espace exclusivement masculin et profane tandis que les seconds sont de l’ordre du privé, de l’intime, du féminin.12

Pour cela, la Médina a un rôle défensive très important, elle protège l’espace

domestique de toute atteinte extérieure, en protégeant l’espace domestique, elle protège les femmes, les « harim » sacrés. Elle fait jouer cette ambivalence entre le sacré et le profane ainsi que le public et le privé.13 Ces notions et leur traduction socio-spatiales sont dictées par l’Islam. Ce dernier joue un rôle prépondérant non seulement au niveau de la formation et l’évolution de la ville mais aussi de ses individus et de la structure sociale. Cette structure se définit par deux éléments, l’Umma et la famille, la première relève de l’univers public tandis que la seconde de l’univers domestique14, en effet, « La division de l’espace social en espace domestique et espace public, est une expression d’un rapport de pouvoir et de hiérarchie. Le monde musulman est minutieusement scindé en deux sous—univers  : l’univers des hommes, l’Umma, qui va de pair avec religion et pouvoir, et l’univers des femmes qui celui de la sexualité et de la famille. ».15

Lorsque l’on parle de famille, et surtout de son habitat l’on se réfère ainsi à

un univers essentiellement féminin car régit par les femmes qui occupent la sphère domestique tandis que les hommes occupent la sphère publique du travail et de la religion. Le rôle social de la femme est en conséquence fondamental. Elle fait de la maison un espace sacré et protégé, car la maison représente le lieu d’accomplissement de l’acte procréateur et le lieu d’élevage de la descendance qui est indispensable à la continuité de la lignée patrilignagère16. Il y a une distinction claire entre les deux univers.17

Il existe un lien très fort entre le lieu et l’habitant, qui est très marqué dans

la société communautaire de la Médina et de la famille traditionnelle. Cette dernière 11 Arendt H., La Condition de l’homme moderne, Paris, Ed. Évolutions, 2002 12 Raymond A., «Espaces publics et espaces privés dans les villes arabes traditionnelles », Monde arabe Maghreb-Machrek : Espace et sociétés du monde arabe, n°123, 1989. P. 194-201 13 Monqid S., Femmes dans la ville, Rabat : de la tradition à la modernité, Presses universitaires de Rennes, Rennes, Editions Pur, 2014, p.25-36 14 Mernissi F., Sexe, idéologie, islam, Ed. Tierce. Paris, 1983 p.155 15 Idem 16 Pinson D, L’habitat contemporain au Maroc et son rapport à l’évolution des modes de vie, Rapport N°2, février 1988, Nantes, Ecole d’Architecture de Nantes, 1988, p. 15 17 Voir annexe N°7 p.98

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on médinale

FIG. 12 : Dessin de la cour intérieure d’une maison traditionnelle de la medina «Dar»

Fig.13 : D’après Daniel Pinson16, schéma de spatialisation des pratiques habitantes

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remplit de nombreuses fonctions essentielles et construit elle-même une micro société, elle prend la forme de « famille-société »18. Au sein de cette famille-société, le système de valeurs traditionnelles qui repose sur l’éducation islamique prend forme.19 Il y a un certaine « sociabilité forcée »20 qui se matérialise dans la manière avec laquelle les pièces vont convergé les unes vers les autres. Les maisons de la médina suivent un plan carré centré sur une cour intérieure ouverte. L’accès à cette cour se fait depuis l’entrée à travers une sorte de vestibule ou sqifa, ce lieu fait office d’espace tampon mais aussi d’espace d’accueil de l’étranger que l’on ne veut pas accueillir au sein de la maison. Cette cour centrale West-ed-dar, joue un rôle majeure en termes d’éclairement et de ventilation de la maison, c’est aussi le lieu où vont avoir lieu les activités collectives de la famille. Elle a un rôle distributif car toutes les pièces, byût, vont converger vers elle. Ces pièces n’ont pas de fonctions spécifiques, elles jouent le rôle de chambre, de salon, leur forme ne les détermine pas, c’est le mobilier qui va aménager ces espaces. Ainsi au rez-de-chaussée,  bit diyaf, la pièce des invités, est une pièce richement décorée qui est dédiée à l’accueil des invités. A cette même pièce se joint une pièce similaire, plus petite qui ne relève pas du même soin et qui va jouer le rôle du salon familial, cette pièce est aussi la chambre de la personne la plus âgée de la demeure. Fatima Mernissi la décrit : « Dans une demeure familiale, l’espace sociale est centré sur une pièce-clé, al bit al kbir («la pièce principale »). C’est là que tout s passe et là que tout le monde est encouragé à passer la plus grande partie de son temps. Toute vie privée est découragée. L’un des gestes reconnus par lequel on montre son désaccord, à l’intérieur de la famille, est de refuser d’entrer dans cette salle commune et de s’isoler dans une autre pièce. Dans les foyers traditionnels, quitter la pièce commune immédiatement après le repas est considérer comme particulièrement impoli »21

L’une des raisons de sa présence à cet étage réside dans le statut « semi  –

public » qu’elle porte dans le sens où, l’étranger n’y aura pas accès, ce dernier est limité à bit diyaf mais le voisin ou la famille éloigné oui. Dans l’univers domestique c’est en effet la grand-mère qui représente l’autorité, car dans la hiérarchie domestique c’est la personne la plus âgée et surtout par rapport à la ligné patrilignagère, elle est la 18 19 20 21

22

Pinson D. op.cit., p.21 Voir annexe N°8 p.99 Pinson D. op.cit., p.21 Mernissi F., op.cit., p.147


FIG. 14: Coupe de maison traditionnellle à Rabat d’une famille aisée

FIG. 15: Plan type de la maison traditionnelle de la medina

FIG. 16: Coupe dans une maison traditionnelle de famille moyenne

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mère des hommes de la maison et celle qui les a élevés. Son rôle est capital. Cela dit, c’est le père qui a symboliquement l’autorité principale, car il est le responsable de son foyer, en termes de besoins et de bien-être. Par ailleurs, en ce qui concerne toutes les fonctions impures de la maison, comme les toilettes, la cuisine, les escaliers vont se retrouver dans les recoins de la demeure et se faire le plus discrets possible. A l’étage les chambres vont s’ouvrir sur le patio, et chaque chambre fait office aussi de salon. Ainsi, cette organisation de la demeure ne favorise aucunement l’intimité personnelle ou celle du couple, il n’y a pas de lieu pour l’individu. Cela démontre l’organisation de la famille et la place presque inexistante de l’individu au sein de la société, car ce dernier n’est identifié qu’à travers son rattachement familial. La famille patrilignagère était et est encore la cellule sociale de base. L’organisation sociale de la Médina repose donc sur la famille élargie. En effet, les maisons traditionnelles vont abriter plusieurs générations et vont se composer du père, de ses épouses, des fils mariés, des veuves, des célibataires, etc. Le système communautaire est prépondérant face à l’individualisation.

Ainsi donc, les valeurs islamiques et la construction sociale codifient, se

symbolisent et prennent forme au sein de la spatialité de la maison. Le soin porté à l’entretien de l’intérieur de la maison témoigne de l’importance et de la sacralité de la famille, contrairement à la rue et l’espace public en général qui ne sont pas du ressort ou de la responsabilité de la famille mais du pouvoir en place. Selon Ibn Khaldûn22 (13321406), la société voit sa continuité par la transmission sociale et ce grâce à la pérennité des autorités qui motivent la vie sociale et collective. Dans le cas de Rabat, c’est une ville dont le développement se rythme et est influencé par la diversité des modèles selon les empires en place. C’est une ville qui a su être flexible23. Ceci perdurera jusqu’à 1912 où l’arrivée de puissance coloniale et l’arrivée d’un modèle qui va être à l’origine de nombreux questionnements.

22 Ibn Khaldûn (1332-1406), est un historien, philosophe, diplomate et homme politique ifriqiyen. Grande figure de la philosophie arabe, il fut à l’origine de Muqaddima (traduite en Prolégomènes), qui est son Introduction à l’histoire universelle et à la sociologie moderne. 23 Voir annexe N°9 p.99

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FIG.17 : Mère et ses filles prÊparant le couscous

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1 .2 La ville europénne : Substrat de la Modernité

Le 30 mars 1912 eut lieu la signature du Traité de Fès qui nomme alors le Maroc

Protectorat Français de l’Empire Chérifien. Parallèlement à ce dernier, un protectorat espagnol fut aussi signé sur la base d’une convention franco-espagnole. L’arrivée du pouvoir français sur le territoire n’impacta pas seulement sa souveraineté mais va marquer un bouleversement sociétal majeur qui va transformer la société marocaine, la ville marocaine et l’habitat marocain.

Le général Lyautey24, il développe alors une « politique indigène »25 en

développant la ville moderne en parallèle, notamment les infrastructures et les équipements.26 C’est un modèle de ville importé de l’expérience européenne exprimant l’urbanisme moderne qui perçoit la médina comme un espace confus et illogique.27 Lyautey avait pour ambition de préserver la médina traditionnelle car «la solution apportée par l’urbanisme colonial consiste à encercler la médina, à déborder le labyrinthe et à la contrôler, d’une façon rigide, dans un espace géométrique et lisible »28. Cet urbanisme a deux niveaux, celui de la médina et celui de la ville neuve29. La protection de la médina et le développement urbain de la ville autour de celle-ci va démarquer une dualité de la ville marocaine30.

Pour mettre en place ces principes coloniaux, Lyautey fit appel à Henri Prost31

pour établir un plan d’aménagement d’urbanisme de séparation de la ville indigène et de la ville moderne.32 Cette confrontation de modèles de ville va de pair avec l’arrivée d’un nouveau modèle de vie qui suite cette ville nouvelle et donc l’essor de la modernité. 33

24 Le général Lyautey fut résident général au Maroc de 1912 à 1925. 25 Cette politique réside sur le plan politique, dans la conservation des tribus, des chefferies locales, des organisations religieuses et politiques en place en maintenant le Sultan à sa place. 26 Emeline Bailly, Espaces imaginés, espaces habités, Au-delà de la mondialisation : Téhéran, Rabat, New York, Paris, Institut d’Urbanisme de Paris, Thèse de Doctorat en Urbanisme, sous la direction de Thierry PAQUOT, Octobre 2009 27 Lazhar, M. (2012). Le Maghreb urbain : Paysage culturel entre la tradition et la modernité. Eurostudia, 8(1-2), 251–264. 28 Khatibi J. et Martenson, « Urbanismeidéologie et ségrégation », p.163 29 Voir annexe N°10 p.99 30 Voir annexe N°11 p.100 31 Henri Prost(1875-1959). En 1902,il fut Grand Rome. Il exerça au Maroc de 1913 à 1922. Il conçoit sous Lyautey tous les plans des villes nouvelles, du Maroc. Ils concernent les grandes villes du pays soit Casablanca, Fès, Rabat, Meknès, et Marrakech. 32 Voir annexe N°12 p.100 33 Voir annexe N°13 p.100

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FIG.18 : Plan d’urbanisme de Rabat par Henri Prost en 1912

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Sur le plan politique, l’émergence de l’appareil d’Etat et de ses instituions

a bouleversé la structure familiale et importé un nouveau système de valeurs et de mode de vie qui vont transformer les prérogatives de la famille ainsi que chacun de ses membres. Ce qui va être notable parmi ces changements, c’est le statut de la femme34, qui est le pivot central de l’univers domestique et autour de qui, prennent forme les modifications organisationnelles et de composition de l’habitation ainsi que le rapport à l’espace urbain, car la vraie mutation eut lieu à la suite de l’Indépendance en 1956. Avant cela, l’omniprésence du concept de Harem témoigne de la résistance de certaines valeurs, ainsi comme le décrit Fatima Mernissi: « La ségrégation des femmes que les Occidentaux ont tendance à considérer comme une source d’oppression, est ressentie par de nombreuses femmes comme un objet de fierté...Un harem, exemple suprême de ségrégation est considéré comme encore plus prestigieux étant donné la fortune imposante que nécessite son entretien » 35. Ceci démontre l’ancrage de ces valeurs, qui s’accompagne aussi d’une résistance à l’individuation. En effet comme le précise Daniel Pinson : « Si les traces de cette mentalité patriarcale sont tellement fortes, c’est qu’elles fondent, dans une certaine mesure, la défense contre l’envahissement d’appareils, d’institutions ou de structures qui substituent des règles nouvelles, dépersonnalisées et abstraites, aux logiques relationnelles concrètes qui organisent les larges solidarités familiales de l’ancienne société patriarcale »36

A cette période coloniale il est important de noter qu’à ses débuts, les peuples

indigènes suscitaient la fascination et à l’image d’un objet particulier, la Médina et sa population est devenu le lieu du différent.37 Or les aménagements de cette nouvelle ville sont très importants et transforment le paysage urbain et rural. Ils deviennent le symbole de la puissance coloniale et de la supériorité matérielle. La fascination inéluctable qu’ont alors les classes sociales montantes des familles riches des quartiers musulmans va pousser à l’idéalisation de la ville nouvelle. Ainsi, l’idée de mieux vivre dans la ville nouvelle va se substituer à l’idée de survivre dans la médina38 où l’emploi est perdu dus aux changements des activités, notamment l’industrialisation. 34 Monqid S., Femmes dans les villes, Rabat : de la tradition à la modernité urbaine, Edition PUR, 2014, p.29-36 35 Mernissi F., op.cit;,p.161 36 Daniel P., op.cit. p.11 37 Said E. L’orientalisme, L’Orient créé par l’Occident 38 Lazhar M, Le Maghreb urbain : paysage culturel entre la tradition et la modernité. Eurostudia8(1-2), 251-264, Le centre canadien d’études allemande et européennes, 2012

28


FIG. 19: Photographie aérienne des débuts de la ville nouvelle

FIG. 20: Photographie aérienne de la ville nouvelle

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Aussi, ce que le fait colonial a engendré comme travail et comme nouvelles

nécessités à entrainer un exode rural important vers les villes du littoral. La venue de la population rurale, qui se démarque par la venue de jeunes travailleurs sans leur famille, resté à la campagne, va représenter un bouleversement de la maison traditionnelle. Dès lors, elle ne va plus accueillir une famille mais une multitude d’étrangers qui vivent ensemble. Cette population qui a peu de ressources, va engendrer une paupérisation de la Médina. En parallèle, la fascination et la vision utopique de la ville nouvelle va pousser la migration des élites éduquées de la Médina à la nouvelle ville, qui est symbole de modernité39, de ville développée, et surtout de pouvoir. Cette migration qui adopte un mode de vie occidentalisé va marquer une profonde rupture avec la famille qui est à la Médina. Aussi, cela a pour conséquence, de petit à petit, vider la Médina de sa population initiale et des « grandes familles » qui y vivaient. Le schéma de la Médina s’est alors inversé dans sa hiérarchie sociale traditionnelle. Les plus riches et les activités commercio-économiques vont se dirigés vers l’extérieur de la ville tandis que les plus pauvres vont rester dans l’espace le plus protégé, soit intramuros. A cette croissance démographique importante au sein des grandes villes du littoral s’associe un manque de logement important40, la conséquence de cela fut l’apparition des premiers bidonvilles.41

Par ailleurs, l’esthétique moderne va venir dans les années 1930 avec l’influence

américaine, A cette même époque les modèles européens vont remettre en cause la Médina. Avec les familles aisées qui quittent la Médina, la villa avec jardin devient un modèle d’habitat très attractif et symbolise l’ascension sociale au sein d’une société colonisée, où les modèles se confrontent. C’est ainsi que les cités jardins pour les familles riches vont être construites pour qu’ils puissent habiter les villas modernes. Avec l’essor de ces nouveau quartiers, la ville duale va devenir une agglomération où vont se juxtaposer plusieurs entités sociales ainsi que spatiales : la médina, la ville européenne, puis l’étalement urbain diffus où se retrouvent les cités jardins, les bidonvilles, les lotissements, les quartiers d’habitat spontané auto-construit etc.

39 Lacoste C. et Y., (dir), Maghreb, peuples et civilisations, Paris, La Découverte, 2004, p.78 40 Dès 1914, L’architecte H.Prost avait posé des hypothèses concernant les « quartiers indigènes », en réponse aux quartiers insalubres qui se sont développé. Ceci étant ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que les questions qui relèvent de l’habitat insalubre vont engager une réelle poli-tique urbaine. 41 Le terme même de bidonville est né dans les années 1930 à Casablanca, pour nommer les quartiers baraques construites par la population rurales à la périphérie de la ville à l’aide de matériaux de récupération, notamment les bidons découpés

30


FIG. 21: Photographie de Marocains contemplant Rabat

FIG. 22: Photographie de Marocains dans la ville nouvelle

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L’arrivée de Michel Ecochard42 en 1946, va transformer le paysage spatio-

social de la ville. Etant un artisan du Mouvement Moderne, sa grande influence est Le Corbusier. Il va être sensible à l’œuvre de Prost et va, à sa manière, tenir compte des particularités marocaines. Il porte une vision occidentale très marquée, car « c’est en terme de sous-développement » 43qu’il voit la société marocaine. La différence majeure entre les deux œuvres de Prost et d’Ecochard réside dans leur manière d’envisager le développement urbain de la ville marocaine, Prost se positionne en tant que conservateur des spécificités ethniques, tandis qu’Ecochard prône leur disparition progressive.44

La vie moderne45 est confronté à la vie traditionnelle, la notion de même de

traditionnel n’a commencé à s’affirmer de manière revendiqué que lorsque sa contrepartie moderne est apparût. Cette ambivalence entre tradition et modernité est également perceptible dans ses différentes formes d’organisations spatiales, dont les unes relèvent de la tradition et les autres du Protectorat français qui a imposé de nouvelles valeurs culturelles. A Rabat comme ailleurs, deux types d’urbanisme46 s’opposent et se font face, la ville ancienne et la ville nouvelle avec différents types de logements qui leur sont propre : un logement moderne du type appartement villa qui impose de nouvelles pratiques (individualisation et spécialisation des espaces..), opposé à un logement traditionnel, maison d’habitat économique ou la maison traditionnelle en médina, qui connote un sens de la communauté bien fort. En effet le protectorat a mis en place une forme de rationalisation urbaine et a introduit de nouvelles valeurs axées sur l’individu comme l’a formulé A.Adam : «  Ce qui est né dans la ville du Maghreb au XXe siècle, c’est une valeur que l’Occident a inventée il n’y a pas si longtemps : l’individu. »47. La ville a vu sa population doubler, surtout après la décision de Lyautey d’en faire une capitale moderne48 Ainsi d’un simple noyau fermé sur lui-même, introverti, elle est devenue une ville extravertie et plurielle, où plusieurs modes de vie se rencontrent et

42 Voir annexe N°14 p.101 43 Pinson Daniel (1994) « Maroc : un habitat «occidentalisé» subverti par la tradition », in Monde Arabe, Maghreb-Machrek, n°143, « Villes dans le monde arabe », Paris, La Documentation française, premier trimestre 1994. 44 Voir annexe N°15 p.101 45 Voir annexe N°16 p.101 46 Voir annexe N°17 p.102 47 A.Adam « Urbanisation et changement culturel », R. Duchac ( dir), Villes et sociétés au Maghreb, études sur l’urbanisation, Paris, CNRS, 1974, p. 217-232 48 Lyautey décide d’en faire une capitale moderne au lieu de Fès ou Marrakech, capitales du pouvoir « Makhzen », un choix stratégique, pour des raisons économique, mais surtout parce que Rabat était plus sûre, plus neutre, plus perméable aux changements, car moins soumises aux pressions religieuses de Fès ou aux pressions économiques de Casablanca.

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FIG.23 plan de Rabat avant 1913 , selon Henri Prost

FIG. 24: plan d’amÊnagement de Rabat , selon Henri Prost

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se côtoient, ce qui ne sera pas sans impact sur sa population et sur l’évolution de ses conditions de vie. Ainsi le colonialisme a introduit un nouveau système de valeurs, qui vont questionner le système existant avant celui-ci de la famille traditionnelle. La rupture que le Protectorat a générée sur l’urbanisme de la ville de Rabat se traduit à travers le changement du système de valeurs qui va fortement influencer toutes les structures sociales. Ce modèle européen, occidental est un modèle vu comme très développé et représente une puissance militaire, économique et politique qui cherchent à assimiler la population indigène à un modèle de civilisation occidental. Le fait est que réussir socialement est devenu synonyme de changement de mode de vie, dès lors que le mode de vie occidental est adopté par l’individu, il est alors vu comme étant plus civilisé, plus moderne, et par extension il est monté comme le nouvel idéal de la société marocaine.

1 .3

La Ville Contemporaine: substrat de l’iIndépendance

Au moment où la ville européenne était devenue le symbole de la puissance

politique et économique du Protectorat, les villes marocaines en commençant par Rabat vont assister à l’émergence de deux référents culturels, celui de « l’héritage traditionnel et l’héritage colonial ».

Depuis l’Indépendance en 1956, la ville neuve, associée à la civilisation al

hadara car elle est la mise en forme de la modernité s’est affirmé comme le futur de la ville. La conséquence en est l’expansion majeure de la ville. Elle accueille les ouvriers ainsi que les paysans en quête de travail. Cette croissance effrénée engendrée par l’industrialisation et la modernisation des moyens de productions, de circulation a transformé le paysage urbain. Alors symbole de la richesse, du pouvoir, il devient synonyme d’insalubrité, d’insécurité, de laideur. Les

maisons ouvrières et la

prolifération des bidonvilles marquent l’arrivée d’une culture rurale en milieu urbain qui n’est pas en accord avec les principes modernes mais relève plutôt de la tradition.

Les projets de développement de quartiers nouveaux pour les ouvriers ainsi que

les quartiers auto-construits, vont façonner un nouveau paysage. Ce paysage urbain devient pluriel, car il appartient à différents morceaux de villes qui a un moment vont former trois ensemble urbains avec une temporalité qui leur est propre, une classes sociale définie ainsi que des mœurs qui les démarquent aussi. Cette ville plurielle se définit donc par La médina, la ville neuve et ses bidonvilles et quartiers ouvriers qui

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FIG. 25: Photographie sur le boulevard Mohamed V

FIG. 26: Photographie aerienne des maisons ouvrières d’Ecochard et bidonvilles à Casablanca dans les années 1920

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marquent la perte de control des tracés de la ville depuis l’Indépendance. Tâche à laquelle va s’intérésser Ecochard.49

Le grand ensemble urbain que ces entités ensemble vont former définissent

la grande ville de Rabat. La grande ville a contribué grandement à l’émergence de nouvelles valeurs, et d’un nouveau type de relations sociales, qui dans notre cas sont en rupture totale avec les logiques communautaires traditionnelles. Ceci dit, ces logiqueslà vont renaitre sous différentes formes, notamment dans les bidonvilles, ce qui montre l’ancrage puissant de certaines valeurs dans la société marocaine. Que ce soit chez Durkheim50 ou encore Simmel, la ville se démarquent par l’individualisation. Et d’expérience l’échelle de la ville y joue un rôle très important. Cette idée est soutenue au Dussuet. « Envisagée comme support de relations «  urbaines  » caractéristiques de la «  modernité  », impersonnelles et utilitaires, à l’opposé de celles qui caractérisent la société traditionnelle, la ville serait ainsi le lieu privilégié de construction «  d’individus  »n délivrés de toute obligation personnelles, et par là de tout lien entravant leur libertés »51

Ainsi donc, la ville devient le lieu de la fabrication de l’individu. Elle est le

support de l’individualisation ainsi que l’atomisation sociétale. Comme le souligne Monqid Safaa « c’est le lieu du passage de la société traditionnelle à la société moderne »52

Tous les débats actuels au Maroc, peu importe leurs sujet entrainent un débat

sur « tradition et modernité ». En effet, la ville permet une certaine émancipation du control social, et la division du travail libère l’individu des normes ce qui le dessert de ces liens sociaux53. En outre, le brassage, les rencontres nouvelles que favorise la ville, génèrent de nouveaux rapports sociaux fondés sur la raison plutôt que sur les sentiments, G. Simmel54 dit « Plutôt qu’avec le cœur, il réagit avec l’intellect ». Ce

49 Voir annexe N°16 p.101 50 Durkheim E., De la division du travail social, Paris, PUF, 1986, p.284-285 51 Dussuet A, « femmes des villes : des individus ou des personnes ? » S.Denèfle (dir), Femmes et villes, Tours, Presses universitaires François Rabelais, Maison des sicences de l’Homme, coll. « Villes et territoires », 2004 p.359-378 52 Monqid S., Femmes dans les villes, Rabat : de la tradition à la modernité urbaine, Edition PUR, 2014, p.15-20 53 Durkeheim, De la division du travail social, Paris, PUF, 1986 [1893], p. 284-285 54 G. Simmel, « Métropoles et mentalités » J. Grafmeyer (dir), l’école de chicago, Paris, Aubier, 1990[1903], p, 63

36


FIG. 27: Tradition et modernitĂŠ

37


que soutient Ibn Khaldûn, dans ses prolégomènes Moqqadima dès le XIVe siècle, où il s’attarde sur le rapport entre la civilisation, Umrân,  et l’urbanisation, Tamaddun . La ville de Rabat a été désignée ville moderne assez tôt. C’était un point d’impact très important de la pénétration occidentale qui distingue un mode de vie raffiné, civilisé, moderne. A l’opposé de la tradition qui devient synonyme de l’incivilisation, de l’ancien et donc du passé.

Dans cette optique-là, les transformations législatives qui ont eu lieu à la suite

de l’Indépendance marquent un pas en avant vers cette modernité. Accompagnant les mutations économiques et sociales de cette modernisation, la législation va redéfinir le statut de la personne ainsi que le code de la famille. En effet, le legs économique colonial en termes d’infrastructures et d’administration nécessite un recours aux façons de faire occidentales. Le modèle économique en place impose une structure politique et sociale qui suit cette machine effrénée de la modernisation. Comme le cite Daniel Pinson, Maurice Borrmans résume bien la situation dans le sens où : « Le nouveau droit familial, semble rechercher d’abord, une promotion de la personne, en général, avant de tendre particulièrement à relever la condition juridique de la femme et à assurer plus rigoureusement les droits de l’enfant pour enfin soutenir, de manière plus décisive, les valeurs du couple et les intérêts de la ‘famille restreinte‘».

Ce système se résume en une organisation sociale qui cherche à désolidariser

l’individu de ses liens avec le groupe auquel il appartient, qu’il soit familial ou tribal. Ce système définit l’individu comme sujet libre, dont le mode de vie n’est plus dicté par la loi du groupe régit par la loi coranique mais par les lois de la libéralisation, et de la nation, ce qui n’est pas sans rappeler la déclaration des droits de l’Homme originaire du monde occidental. Ainsi donc, « C’est une nouvelle vision de la famille qui se dessine, précise Maurice Borrmans et tend à devenir « normative », vision où les personnes existent pour elles-mêmes. De la famille patriarcale (la ‘grande famille’) on passe à la famille dite conjugale (‘la petite famille’) où les liens du sang ne sont plus les seuls à tout régler, où la fonction des êtres ne dépend plus de ‘l’ordre agnatique’, et où la prépotence de l’homme est davantage perçue comme un service et une participation à des charges communes dont l’épouse doit également prendre sa part »55.

55 Cité par Daniel Pinson (op.cite.) qui cite Borrmans. p.21

38


FIG. 28: Ville de Rabat

39


Dans cette nouvelle société de l’individu libre, l’Etat, la nation sont remplacé la

« famille-société » et l’autorité qu’elle exerçait sur ses individus. L’Etat se pose comme garant de l’éducation, des soins, de l’accès au travail etc. La sécurité sociale est mise en place, la caisse des retraites, tout le service public se met en place sur le modèle légué du Protectorat français. Ils viennent en substitution à la solidarité des ‘grandes familles’. Aussi, il renvoie à travers l’éducation et les médias au modèle contemporain international. Jusqu’à récemment, tout a été calqué sur la France en raison de son statut de référentiel de modernité qu’il joue pour le Maroc. Ceci dit, il y a une résistance très marqué face à toute cette mouvance, notamment et surtout à cause de l’Islam et de valeurs traditionnelles. Comme en parle Fatima Mernissi : «  Il se passe aujourd’hui avec le processus de modernisation, des changements fondamentaux, non seulement au niveau des structures économiques, mais aussi au niveau des structures sociales, qui portent atteinte aux principes fondateurs de l’Islam en tant qu’ordre social. »56

Ceci étant, si l’on continue à creuser cette question du rôle de l’Etat, l’on

se rend compte alors qu’au-delà de ce dernier c’est l’économie qui va jouer le plus profondément transformateur. Le système économique et ce qu’il impose comme rythme de production et de modernisation industrielle va de manière indéniable impose une structure sociale qui puisse réponde à ce dernier. Il a un rôle décisif sur la famille notamment et de manière fondamental dans la façon dont il va sortir la femme de l’espace domestique à laquelle elle a toujours été cantonnée.

La modernisation économique a été déterminante dans l’affirmation du rôle de

la femme en dehors de la maison ce qui va avoir pour conséquence le bouleversement de toute la structure familiale et la définition de nouveau rôles sociaux individualistes. Ainsi, il en émerge ce qu’on peut définir comme étant 3 types de famille : la famille « évoluée », la famille « conservatrice », la famille de type « transitionnelle » pour reprendre les termes de Borrmans qui essaie de cerner ces différents modèles sociaux marocains. Ces catégories de famille désignent aussi des classes sociales, qui vont se déterminer par leurs modes de vies. Ainsi, les familles « évolué » sont généralement la classe supérieure car ils sont éduqué, la femme travaille, étant donné qu’elle ne peut plus s’occuper des tâches quotidienne domestique, cette dame de maison va avoir recours à une femme de ménage, cuisinière, une femme a tout faire qui s’appelle 56 Mernssi F. op.cit., p.85

40


FIG. 29: Avenue Mohamed V, hĂŠritage de la ville europĂŠenne

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kheddama littéralement « la travailleuse ». Ces familles de cadres, de fonctionnaires, d’intellectuels parlent beaucoup français et suivent les tendances occidentales. Elles sont ouvertes sur l’Occident et en adoptent les modes de vie, notamment français. Ce qui se reflète dans les habitudes, les repas de famille où l’on mange plus chacun son assiette alors que traditionnellement le plat est partagé, ou encore sur le plan, vestimentaire, elles ont un style dit Roumi, qui signifie moderne par opposition au style beldi  qui fait référente au bled soit, la campagne et par extension la tradition. La classe ouvrière quant à elle tient particulièrement à ses valeurs traditionnelles, en partie nous pouvons supposer que cela tient aux attachements encore fort avec le monde rural et la famille qui y est encore car c’est de là qu’elle vient en grande partie. La classe moyenne, quant à elle témoigne particulièrement du conflit entre tradition et modernité, elle représente un large panel qui va de la classe à peine montante à celle qui est éduqué mais n’a pas les ressources de la classe supérieure riche. Elle représente l’échelle de l’ascension sociale et en conséquence le passage de la tradition à la modernité. Les pratiques de chaque classe se reflètent à travers leur habitat de manière significative. Par ailleurs les pratiques journalières différents et les rôles ne sont pas les mêmes. Toutefois, certaines pratiques spatiale et quotidienne restent communes peu importe la classe. Ce qui montre tout l’ancrage et l’emprise que la tradition a encore sur cette société qui se modernise.

Depuis les années 60-80 se développèrent les premières réflexions d’une

« marocanisation » de l’habitat, qui en dehors de la Médina suivait un plan européen. Ce travail d’appropriation se traduit par la tentative d’introduction de symbolique spatiale traditionnel au sein de la structure rationnalisé fonctionnelle de l’habitat moderne.

Ainsi donc, cela va révéler une forme de résistance au modèle occidental.

Toutefois, par la nécessité des nouvelles structures sociales qui s’affirment de plus en plus, on cherche à préserver ce modèle occidental car il permet l’indépendance, il a des avantages qui répondent aux besoins de cette nouvelle famille. Ces formes de résistances vont se retrouver chez toutes les classes par la suite. Les classes supérieurs jusqu’à une certaine période n’assumaient pas leur héritage traditionnel, ce dernier relève du beldi (traditionnel) par opposition à se considérer roumi57(moderne). Ceci 57 Roumi, le terme désigne ce qui relève de la modernité en terme d’intérieur, de vestimentaire, de décors ..

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FIG. 30: Plans type proposé par l’administration pour un logement marocain adapté

FIG. 31: Plans type d’une maison reprenant la distribtuion proposé par les plans types

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dit, par la suite, le côté marocain se fera revendiqué car on y retrouve des points de repères conformes aux valeurs marocaines. L’habitat nouvellement marocanisé est en quelque sorte une manière de retrouver ses racines et donc de faire en sorte que le mode de vie et l’habitat concorde. Il s’agissait de redessiner l’habitat en y refaisant apparaitre des éléments de l’habitat traditionnel, comme le West-ed-Dar(le cœur de la maison anciennement patio qui prend la forme de M’rah quand il accueille aussi le salon) ou encore bit diyaf. « Marocaniser » le logement signifierai adopter le logement occidental et se l’approprier en transformant les espaces ou en réadaptant leur usages selon les valeurs et le mode de vie marocain. Réorganiser les lieux selon le schéma hiérarchique traditionnel traduit une volonté des architectes de l’époque de s’approprier les idées modernes en y revendiquant cependant les valeurs traditionnelles.

A l’heure de la mondialisation et surtout depuis l’arrivée au pouvoir de

Mohamed VI à la suite de la mort de son père Hassan II le 23 juillet 1999, le Maroc est entrée dans une phase de développement majeure déjà entamée par Hassan II. Cette phase marquant le passage à l’an 2000 a joué le rôle de catalyste de développement très important. Le rôle de l’Etat est déterminant dans la définition morphologique et rythmique des transformations du tissu social. Le système de valeurs et les fondements de l’hégémonie sociale reposent sur une diffusion qui se fait par le haut58. Et cela trouve ses racines dans la prégnance dans l’imaginaire collectif et le vécu social 59de la reconnaissance du pouvoir dans ce système. A l’image de cet élite politique et social, les projets que le pays voit aboutir dans une économie libérale, traduisent des tendances universalisante et mondialiste60. La multiplication des modèles idéaux à suivre en termes de développement à travers cette ouverture sur le monde via la libéralisation économique, se confronte déjà à une identité multiple déjà présente. C’est pourquoi il est très difficile de parler aujourd’hui du Marocain. Il n’existe pas, il y a des Marocains. C’est une identité plurielle dérivée de différentes influences et d’ethnies. Or dans cette diversité plurielle certains caractères contribuent très fortement à consolider l’idée d’une tradition commune qui perdure. Parmi ces derniers, peu importe la classe social,

58 Elle se fait par le Makhzen, voir annexe N°18 59 Idem annexe 60 Voir annexe N°19

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il perdure encore très fortement un modèle de famille patrilignagère et l’influence de la famille sur ses individus est encore très forte.61

Conclusion :

Dans le contexte mondialiste du Maroc aujourd’hui, la question de l’habitat est au

cœur de tous les débats. La ville se développe rapidement et grandit démographiquement ainsi qu’urbaine ment, plus que jamais les bidonvilles se multiplient et les projets de logements sociaux se multiplient en parallèle. La ville explose et se déstructure à cause de cet étalement incontrôlé soumis à la spéculation immobilière. Dans notre cas de Rabat, ceci va générer plusieurs centralités, c’est une ville polycentrique. La ville de Rabat en est donc une ville éclatée.62

Rabat étant assez symptomatique des pratiques urbaines de la grande ville

marocaine est un cas d’étude pertinent qui s’apprête bien à démontrer ce que nous tentons de confirmer ou d’infirmer dans ce travail comme hypothèses. Après avoir vu brièvement l’évolution historico-urbaine ainsi que socio-culturelle, nous allons à présent nous intéresser de manière plus précise à cette expansion urbaine, et plus précisément les habitats spontanée auto-construit non planifié ainsi que la réponse politique apporté à ce problème de gestion de la ville à travers sa planification ainsi que les formes que cela prend.

61 La famille royale est porteuse de symbolique puissante à ce niveau-là, elle dessine un idéal de la vie de la famille marocaine dans ses logiques et dans ses contradictions. 62 Mohamed Benlahcen Tlemcani, La problématique urbaine au Maroc : De la permanence aux ruptures, Collection Etudes , Presses universitaires de Perpignan, 2000 p.13-19

45


II- LA VILLE ECLATEE : ENTRE TRADITION ET MODERNITE

Le Maroc, comme tous les pays en développement connaît « une généralisation

lente, mais progressive des modèles de consommation, de production, des institutions politiques et administratives… répandues par l’Occident industrialisé durant sa phase d’expansion coloniale »63. Dans ce cadre-là, le phénomène urbain a été instrumentalisé64. L’urbanisme et l’urbanisation ne sont plus simples outils politiques mais sont devenus de réels objets politiques65. Nous nous intéresserons ici à deux projets qui sont des outils urbains mis en place pour répondre à la crise du logement au Maroc et qui se relève de la modernité. Le projet « Ville nouvelle » et le projet « Villes sans bidonvilles » et ce qu’il représente comme habitat moderne. 2 .1 La Ville Technique: symbole de modernité?

Les politiques urbaine post Indépendance66 vont ainsi s’instituer entre de

nombreux référents coloniaux, monarchiques et étatiques, ainsi que libéralisme et marocanisation.

En 1956 fut créé le Ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme. En 1972 fut établi

le premier schéma directeur d’aménagement de l’agglomération Rabat-Salé. Les années 70 marquent une période de tensions dans un contexte économique favorable. Aussi l’Etat d’exception va donner lieu à un travail majeur de maîtrise et de contrôle de la ville tant politiquement qu’urbainement. Ce qui aura pour conséquence la mise en place de schémas directeurs, de documents d’urbanisme pour cadrer le développement urbain. Cela se fait par emprunt à l’Occident de leurs plans locaux, notamment en termes de zonage, appuyé par le maillage du pouvoir67.

Au Maroc, le legs de l’administration du Protectorat a fait que la ville 68est perçue

par les urbanistes et architectes marocains que dans sa dimension d’agglomération 63 Dahmani M., L’occidentalisation des pays du Tiers-Monde, Mythes et réalités, Alger, Office des publications universitaires, 1983, p.16 64 Chouiki M., Un siècle d’urbanisme : le devenir de la ville marocaine, Coll. Histoire et Perspectives Méditerranéennes, Paris, L’Harmattan, 2017, p.204 65 Chouiki M., La ville produit et/ou instrent du pouvoir ? Communication au colloque : Villes, pouvoir et modes de gouvernement urbain au Maghreb, FSHS, Tunis, 17-18 avril 2013. 66 Voir annexe N°20 p.103 67 Bailley E., op.cit. p. 123 68 Voir annexe N°21 p.104

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FIG. 32: Pont Moulay Hassan, Rabat

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et surtout en tant que bassin de développement économique. La conséquence en est que les quartiers informels pauvres ne posent pas de question d’intégration urbaine. Cela nous démontre le côté technique très poussé dans le travail urbanistique. A faire contraster avec les études sociologiques, anthropologiques et philosophiques menés.

La ville est un objet technique, ses individus n’ont de propos que de répondre

aux besoins d’un système économique et d’une machine libérale dans le but de générer du profit. En effet, depuis la révolution industrielle au Maroc amené par le Protectorat, « la civilisation technicienne est perçue comme un facteur d’hédonisme »69. Le progrès mécanique et le progrès social sont intimement liés dans l’imaginaire commun. La Machine est le symbole du progrès moderne. Ainsi comme le souligne Selosse70 : « Dans cet univers en pleine évolution le souci de la tradition passe après le besoin de conquérir et de maîtriser les moyens de production permettant d’assurer, avec le développement économique et social de la nation, la satisfaction de ses propres besoins. Il n’y a pas de rejet de la tradition islamique, mais recherche d’une cohabitation, d’une coadaptation réciproque entre un modernisme à substrat économique et un traditionalisme régénéré par la lutte idéologique, religieuse et politique. »

Au Maroc, de même que dans le monde musulman en général, existe un certain

ordre juridique, social et économique qui s’est adapté et conformer aux besoins du monde moderne. Cette profonde dualité de la société marocaine se reflète sur tous les secteurs, que ce soit de la politique à la mode en passant par le logement. Il y a une réelle confrontation idéologique constamment présente dans tous les faits et projets. Comme en parle le groupe de musique « Hoba hoba spirit » le Maroc est un « bled schizophrène  » (un pays schizophrène), ce qui reflète la réalité actuelle au sein de laquelle se chevauchent les idées, les concepts et qui permet de poser un cadre à la lutte sociale au Maroc. Car, cette lutte est aussi et surtout idéologique entre tradition et modernité, elle dépasse le seul conflit entre riches et pauvres. En effet, les riches sont modernes, se doivent de l’être et les pauvres sont les ignorants, qui sont resté dans des concepts traditionnels anciens qui ne correspondent plus aux codes sociaux contemporain, notamment en terme de pratiques. Cela va jusqu’à définir deux type d’individus dans cette société, les  moutahâdirine et les moutakhalifine. Difficilement 69 Selosse J., Tradition et modernisme : perception du changement social par une population citadine marocaine. In  : Revue française de sociologie, 1963, 4-2. Pp.144-158  ; consultable sur http://www. persee.fr/doc/rfsoc\0035-2969_1963_num_4_2_7144 consulté le 10 novembre 2017. 70 Idem. p.152

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FIG. 33: Vue aérienne sur le quartier Souissi(en haut), quartier luxueux, et quartier Takadoum (en bas), quartier populaire

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traduisible car leur champ sémantique est large. De manière général, dans le cas de moutahâdirine, l’on pourrait le traduire par les civilisés, ce qui sous-entend, les modernes, les cultivés, les éduqués, qui ont des bonnes manières etc. Dans le cas de moutakhalifine, nous comprendrons les incivilités, les sous-développés, les ignorants, ceux qui ont des pratiques qui ne relève pas de la raison. Or, ces conflits prennent forme spatialement. Les inégalités sociales et la concentration de la pauvreté à certains endroits bien définis de la ville démontrent bien à que les tendances d’urbanisation, pas qu’au Maroc, mais à l’échelle globale, impliquent avec la globalisation une certaine forme d’urbanisation de la pauvreté et l’éclatement de la ville à travers l’exclusion sociale71. Sur le plan humain, il est nécessaire que tous les individus aient accès et droit aux opportunités que la ville offre. A savoir en droits fondamentaux, accès à l’eau, au logement, à l’éducation, à la santé. C’est en cela que l’urbanisme marocain génère de nombreux dysfonctionnements car son approche est jusque-là purement technique. Cela dit, les organismes publics prennent de plus en plus conscience de la nécessité et l’importance d’une réponse qui s’attache aussi aux dimensions sociales de cette problématique, surtout après les catastrophes urbaines et sociale auxquels ils ont dû faire face notamment récemment avec les dernières villes nouvelles, ce à quoi nous nous intéressons par la suite.

Dans le cas de Rabat, les disparités générées par son urbanisme éclaté et

polycentrique va façonner une société contemporaine disparate et inégalitaire. Les groupes sociaux défavorisés vont se concentrer dans certains quartiers et bidonvilles alors que les groupes les plus favorisés vont se cloisonner dans leur zone de résidences. C’est de cette manière que ce manifeste la ségrégation sociale et urbaine.

Les quartiers pauvres se situant plutôt à la périphérie de la ville aspirent à

l’ascension sociale. Ces derniers se démarquent par une croissance accrue depuis les années 1960-80 et deviennent une réelle préoccupation. Ainsi, les politiques urbaines nationales vont mettre en place ce qui sera appelé «Les programmes de Développement Urbain». Ils ont pour but l’intégration urbaine ainsi que la réhabilitation des quartiers insalubres. La maitrise du foncier se fera aussi à travers leur régularisation et aussi l’équipement de ces quartiers en services de première nécessité. Ainsi depuis 1973 un plan quinquennal va essayer de rendre systématique les résorptions des quartiers 71 Bensaid S., Les politiques urbaines d’intégration sociale par le logement au Maroc, Université Mohammed V Rabat Agdal - master droit public 2010. p.4

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informels, en adaptant les aménagements selon les niveaux socio-économiques des familles. Par la suite en 1980, une forte volonté politique souhaitant faire disparaitre les bidonvilles avant l’an 2000 se met en place. C’est dans ce contexte là que né l’Agence Nationale de lutte contre l’Habitat Insalubre (ANHI).

Le problème de la ville éclatée réside dans l’incohésion et l’exclusion sociale.

Administrativement72, le découpage de l’espace urbain Rabat-Salé va de manière indirecte aussi renforcer cette idée de séparation des provinces et des préfectures et surtout de la classe sociale résidente de chaque zone administrative.

Pour tenter de contrer cela, les politiques urbaines à travers les programmes

d’habitats vont s’attaquer au logement social. Aussi, le Plan d’Action Global a été adopté par le gouvernement, il découle du programme pour l’habitat qui a été adopté en 1996 à Istanbul par les Nations Unis. Ce programme s’attaque à la problématique des bidonvilles de manière transversale, en travaillant sur le cadre institutionnel, sur l’octroi d’avantages fiscaux aux promoteurs immobiliers, ainsi que la cession de terrains pour des prix dérisoires et symbolique avec l’ambition de relancer des projets. Parmi ces interventions, nous nous intéresseront au cas la ville nouvelle de Salé Al Jadida, qui date de 1998 qui est une réponse de logement sociale qui démontre ma politique engagé vers l’accès au logement, afin de venir à bout des bidonvilles. Au-delà d’être une opération de recasement, Sala Al Jadida est devenu un modèle urbanistique vis-àvis de la création de villes satellites. Par ailleurs, par contraste pour nous intéresserons aussi à la ville nouvelle de Tamesna qui est la dernière construite et qui relève d’un réel scandale immobilier. Cette dernière lancée en 2007 ne s’est pas développée tel qu’elle a été prévue et démontre tous les problèmes de la ville nouvelle et ses limites.

72 Depuis 2015, le Maroc s’est doté d’un nouveau découpage régional, annoncé par le projet de régionalisation avancée de 2011 (une autonomie régionale), suivant la Constitution de 2011 concernant la décentralisation. Ce nouveau découpage donne lieu à 12 Régions selon le Décret n°2.15.10 du 20 Février 2015. Soit 12 wilayat subdivisés en province et préfecture puis communes.

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2 . 2 La ville nouvelle marocaine

2.2.1 Le programme de la ville nouvelle

Dans l’ambition d’aller vers une ville inclusive, moins inégalitaire, les instances

publiques, à travers les différentes politiques urbaines vont essayer de faciliter l’intégration sociale via le logement. Ainsi, le logement social devient la préoccupation. L’idée est qu’à travers ce dernier, on puisse créer une cohésion sociale pour intégrer ces habitants à l’ensemble de la ville donc en les connectant aux services de celle-ci, en offrant un logement décent, en les reliant aux réseaux de la ville. Pour répondre à la crise du logement et ses conséquences sur la ville, le gouvernement va s’inspirer des modèles étrangers, et il va expérimenter la ville nouvelle.

Ces villes ont pour objectif d’accueillir les populations qui n’ont pas de

logements décents et donc de rééquilibrer l’aménagement territorial en planifiant et en maitrisant celui-ci. L’idée est aussi de réguler le marché foncier en procurant des logements et des terrains d’activités pour des prix symboliques.

Vu comme alternative pertinente pour absorber l’habitat insalubre, les villes

nouvelles mettent sur le marché un habitat qui vise principalement les groupes sociaux à revenu moyen. Il est important de préciser que le logement économique et le logement social sont deux entités différentes, le premier est réglementé et cadré tandis que le second ne l’est pas ce qui donne lieu à des pratiques confuses et illégales.73 En 2001, le Discours royal du 20 août74, va poser le problème de l’habitat social et l’habitat insalubre en tant que priorités nationales. Se met alors en place le plan « Villes Sans Bidonvilles » qui est l’une des priorités d’intervention pour lutter contre l’habitat insalubre. Il a pour but d’éradiquer les bidonvilles des espaces urbains à l’horizon 201275. Tous les secteurs et tous les acteurs sont impliqués dans ce projet. Ce plan s’inscrit dans un plan international « Cities without Slums » (Villes sans Bidonvilles) mis en place par Cities Alliance et engagé par les Nations Unis en 1999. Ce fut le holding d’aménagement Al Omran qui sera placé opérateur national principal de la résorption et de la prévention de l’habitat insalubre.76 73 Bensaid Siham, Les politiques d’intégraiton sociale par le logement, approche juridique. 74 Voir en Anenxe discours du Roi 75 EL Mansouri B, Profil de la ville de Rabat, Programme des Nations-Unis pour les établissements humains, UN-Habitat, Nepad Cities. 76 Bensaid S. , op cite p.41

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FIG. 34: Sala al jadida, ville nouvelle

FIG. 35: Vue aĂŠrienne sur la ville nouvelle de Tamesna

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En termes de logistiques, l’Etat a mis en place un Fond de solidarité de l’Habitat, alimenté par une taxe sur le ciment dédié aux programmes d’habitat social77. Par ailleurs, les réserves de terrains publics vont être mobilisées pour la résorption de bidonvilles et la construction poussée des logements sociaux. Concernant les futurs habitants, il y a un grand travail d’incitation et de facilités financière pou leur permettre d’accéder à ces logements. Il s’agit de permettre aux ménages qui ont des revenus très moyens et irréguliers de pouvoir accéder à ces logements.

2.2.2 La ville nouvelle de Sala Al Jadida

Sala El Jadida, situé à 12 km au Sud Est de Rabat, ville rêvée par le roi

Hassan II en 1995 fut la première expérience en ville nouvelle du pays. Destinée au relogement des habitants des bidonvilles de la capitale. L’Etat y mobilise 5,5 milliards de dirhams (environ 500 millions d’euro), le projet s’achève en un temps record du à l’urgence, le rythme de production est de six logements par jour, in fine la ville doit accueillir 200 000 habitants. Son plan régulier ne va pas sans rappeler les plans des grands ensembles européens construits dans les années 1950. En effet, cette ville se compose d’immeubles de 4 étages en béton78, répétés, séparés par des rues, des jardins communautaires. Une mosquée vient marquer une certaine centralité ainsi qu’une place de marché. Aujourd’hui cette ville est devenue une banlieue de fonctionnaires et salariés qui quittent Rabat à cause des prix élevés des logements79. Des aides financières sont prévues pour aider à l’acquisition.80 L’idée est de rendre propriétaire et non pas simplement locataire.81 La question de la propriété n’est pas juste une réponse ici à l’accessibilité à l’habitat, c’est aussi une notion puissante dans l’imaginaire commun marocain. C’est un argument de vente très puissant, sur lequel vont se jouer les campagnes de ventes des grands promoteurs immobiliers du Maroc. Parallèlement, un fond de garanti est établi selon la situation socio-économique du futur habitant. Tous ces dispositifs cherchent à séduire en offrant la sécurité foncière et résidentielle aux habitants défavorisés, particulièrement les bidonvillois. 77 Bensaid S. op cite p.42 78 Voir annexe, vidéos 79 Annexe, témoignage 80 Des prêts sont assurés pour une période de 20 ans et des facilités d’accession avec une avance de 10 à 20% . 81 Voir annexe N°22 p.104

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Sala Al Jadida Rabat

FIG. 36: Plan de situation de Sala Al Jadida

FIG. 37: Photographie avenue Moulay Said Alaoui

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Cette politique d’habitat social est certes, une réponse technique à la crise de

logement. Or, la prolifération de ces villes nouvelles démontre la bulle spéculative actuellement omniprésente dans toutes les villes. Elle s’inscrit dorénavant dans une logique d’offre et non plus de demande, les futurs habitants n’ont pas leur mot à dire ou encore le choix dans l’offre82. L’enjeu est purement économique et ne tient pas compte du cadre que l’on veut offrir à l’habitant. La spéculation immobilière est le moteur de la construction des villes nouvelles aujourd’hui au Maroc. Il s’agit de construire afin de réaliser du gain et non pas dans le but d’améliorer la situation des bénéficiaires, ce qui était le but premier de ces programmes. L’approche purement technicienne du projet urbain et du projet architecturale y est pour beaucoup car l’approche sociale et philanthropique du projet passe en dernier voir est inexistante. Ce qui est vendu est l’image d’un idéal, très éloigné de la réalité. Entre image est réel cadre bâti, que fait l’architecte ? Dans cette construction purement opérationnelle et technicienne de la ville et non pas philanthropique et sociale, l’architecte dessine un plan qui ne témoigne pas d’une approche anthropologique du projet. L’organisation des rues, des espaces publics, semi-publics et privés imposent une pratique moderniste. Ainsi, dans le cas de Sala Al Jadida, certains aménagements portent à confusion à cause de leur statut, notamment les jardins publics par exemple ou encore les jardins en copropriété. La rue silencieuse des immeubles résidentiels n’est pas dans l’usage des citadins marocains. Que ce soit pour l’habitant de se trouver mis à nu à cause du fait que son espace domestique intime se retrouve face à la rue et donc à la vue de tous, ou encore du passant qui lui découvre un nouveau rapport confus à celle-ci. Aussi, le fait qu’il n’y ait pas d’équipement autre que la mosquée, quelque commerce de proximités et un marché, contribue à l’absence de centralité dans cette ville. Elle ne sert que le propos de dortoir. Elle n’est pas porteuse d’urbanité83.

Ainsi, cette ville se compose facilement84, il s’agit d’un immeuble, copié

pour faire son mitoyen, puis l’autre mitoyens formant ainsi une barre. Cette barre est copiée et placé à quelque mètre. Ces barres forment un front bâti extérieure avec les entrées d’immeubles côté rues et laissent les fenêtres et balcons s’ouvrir sur la rue intérieure privée. Et ainsi de suite. De la même manière les rues piétonnes portent en elle une indéfinition culturelle qui en fait rapidement des lieux délaissé, traversés où 82 Voir annexe N°23 p.104 83 Voir annexe N°1 p.108 , Article «Sala Al Jadida: dans l’antichambre de Rabat» 84 Voir images et vidéos en annexes p..123

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FIG. 38: Vue aĂŠrienne de Sala al jadida

FIG. 39: Photographie sur la place de la mosquĂŠe Hassan II

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s’entasseront dans ses recoins des gravats. Comme en parle Pinson et d’expérience aussi, nous avons une impression de désolation face à ces lieux, c’est tristement propre. Ajoutons à cela les jardins des entrées ou les jardins intérieurs entre les immeubles. Ils sont totalement délaissés sauf pour quelques copropriétés qui vont se mobiliser pour les entretenir eux-mêmes, ils se l’approprient alors totalement. L’ambiguïté des statuts d’espaces publics pour le marocain est démontré par le laisser-aller. Cela réside dans le rapport à l’espace public en général. La ville étant faite par l’Etat, les espaces publics est un bien donc du ressort de l’Etat, du moins c’est comme cela qu’ils sont perçus. La conséquence en est que l’habitant ne va pas s’investir dans l’entretien de ces espaces, pourquoi le devrait-il ? si ce n’est pas la collectivité qui prend en charge par une participation de tous ses membres, la responsabilité est rejeté sur l’Etat. La ville nouvelle a introduit une nouvelle façon de vivre la ville et des nouveaux rapports à l’espace public, aux voisins. La ville n’a pas juste porté un habitat mais surtout une façon de vivre qui lui correspond et à laquelle les habitants se sont adaptés à différents degré.

Répondre aux stricts besoins de la vie ne fait d’une ville, une ville. La dépendance

entière des villes nouvelles en fait des villes satellitaires. L’existence même de ces villes satellitaires pose la question du fait urbain qu’elles génèrent. En effet, elle représente un fait urbain réalisé et subi et non pas construit à la suite d’une évolution lente comme dans la ville classique.

Certes, l’urgence que représente la situation est bien présente en terme de crise

de logement, ou encore d’habitat insalubre, ceci dit la réponse ne réside pas forcément dans les créations de villes nouvelles, ni dans l’extension spéculative de la ville. Un tel projet de ville représente une intervention lourde que ce soit en terme de logistiques ou d’acteurs impliqué qu’ne terme d’impact environnemental et territorial.

La ville nouvelle appelle à une production massive spatiale et donc à de la

superficie et en conséquence elle fait appel à du terrain. Ces terrains généralement à l’écart de la ville et donc faisant partie du domaine agricole génère une bulle urbaine qui va influencer les prix des terrains et influencer la spéculation. Ces villes ne s’insèrent pas dans l’armature urbaine ou péri-urbaine. Ce sont des « îles urbaines », le parallèle ici pourrait être intéressant avec le travail sur les insulations de Peter Sloterdijk.85 L’urbanisation des terrains agricoles est l’un des problèmes. Or, ce n’est 85 Sloterdijk P., Écumes, Sphères III, Paris, Fayard/Pluriel, 2013

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pas la préoccupation des constructeurs ou des planificateurs. Encore une fois l’enjeu étant purement économique il s’agit de spéculer. 2 .2 .3 La spéculation immobilière et l’expansion Urbaine

L’un des grands problèmes de ces extensions que ce soit à travers la ville

nouvelle ou encore dans la création de quartiers entiers, réside dans le fait qu’ils ne profitent qu’à une minorité représentée par les promoteurs immobiliers. L’absence d’un plan de zonage public de la ville, pousse à l’achat de terrains agricole qui repose sur une estimation de l’évolution de la ville. Ces derniers une fois urbanisé à travers des tracés de routes et une nouvelle division parcellaire conduit au gonflement de la bulle spéculative, le prix du terrain voit sa valeur multiplié par plusieurs centaines de point de pourcentage. La ville consomme ses réserves foncières stratégiques de manière incontrôlée.

La question du projet urbain ne se pose pas, c’est un projet économique.

La machine ultra-libérale s’exprime très bien dans ce marché de la construction immobilière. Le cadre bâti importe peu, tant que l’image et la publicité reflètent un idéal et vendent un imaginaire de vie aux futurs bénéficiaires souvent déçus, mais contraints. Ceci pousse à un développement tentaculaire de la ville. Dans le cas de Rabat, son extension urbaine se fait au Sud en direction de Sala Al Jadida et de sa Technopolis et à l’ouest en direction de l’axe Casablanca-Agadir le long de la côte, axe déjà proposé par Michel Ecochard.

Ce développement littoral linéaire conduit vers les petites villes voisines de

Rabat, Skhirat et Témara. Il marque aussi la prolifération de nouveau centres d’habitats insalubre qui sont devenu des nouveaux centres urbains et contribuent au caractère polycentriques de Rabat.

La nouvelle ville de Tamesna à laquelle nous allons à présent nous intéresser est

relativement récente et va présenter les dysfonctionnements et les limites de ce système planification urbaine.

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2 .2 .4 La ville nouvelle de Tamesna

Cette ville nouvelle située à environ 20 km à l’ouest de Rabat, avait pour but

de répondre à la demande urbaine en cherchant à rééquilibrer le marché immobilier réglementaire86. Elle s’inscrit parmi les cinq projets d’urbanisation proposé par le plan d’action de l’Agence urbaine de Rabat-Salé, et lancé en 2007, dans le but de restructurer le territoire et de mieux cerner l’expansion urbaine.

A Témara, ville situé à l’arrière-pays, il y a un manque de disponibilité foncière

qui en cause la densification. Il cause aussi l’émergence de nombreux bidonvilles et des quartiers résidentiels populaires. En effet, près de 40% de la population de Témara vit dans un bidonville. C’est ici que se décide la construction de logements pour répondre à la nécessité et l’urgence accrue de ce secteur. Le site se situant près de la ceinture verte prévu par le schéma directeur, il représente un potentiel a priori attractif pour les futurs habitants.

En 2002, Le ministère de l’habitat accorde le financement pour construire

10 000 logements pour reloger les bidonvillois recensés. La wilaya de Rabat lance alors le projet et mobilise 1000 hectares de terrain agricoles. Al Omran, holding opérateur, promoteur sera choisi en 2004 pour réaliser les études de faisabilité. La mission de conception est lancée alors en 2005. Parallèlement se confirme l’ambition de l’Etat de construire d’autres villes nouvelles à la suite d’un colloque sur les villes nouvelles87. C’est dans ce cadre-là, qu’Al Omran va proposer de transformer ce projet de lotissement en ville nouvelle à l’Agence urbaine de Rabat-Salé. La décision est accordée en faveur d’Al Omran88 et le projet sera nommé « Tamesna »89.

Ce projet va poser de nombreuses questions dues à son ampleur spatiales et ses

ambitions. Le gouverneur de la commune rurale voisine demande à ce qu’en priorités soient relogés les bidonvillois pour ne pas avoir un quartier d’habitat qui logent une autre population venu d’ailleurs et qui délaisserai les bidonvillois ruraux. C’est ce qui 86 Bensaid S. op cite, p.51 87 En novembre 2005, le colloque est co-organisé par le ministère de l’habitat et de l’Urbanisme ainsi que le Conseil national de l’Habitat. Le Premier ministre initie alors une stratégie nationale de développement et de construction de villes nouvelles dans le cadre du Schéma National d’Aménagement Territorial (SNAT). 88 Décret n° 2-06-313 du 19 joumada I 1427 (16 juin 2006) autorisant la société Holding d’aménagement Al Omrane à créer une filiale dénommée «Société d’aménagement Al Omrane Tamesna». (Bulletin Officiel n° 5436 du Jeudi 6 Juillet 2006) 89 Tamesna est un mot d’origine berbère qui signifie la plaine entre les rives. C’est aussi un ancien royaume berbère détruit. L’idée est aussi de renouer avec le patrimoine et l’héritage berbère du Maroc qui fait débat à cette même période.

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FIG. 40: Plan de situation de la ville nouvelle de Tamesna

FIG. 41: Photographie du’un lotissement à Tamesna en chantier

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pose question, faire une ville nouvelle de bidonvillois ruraux a été remis en question par les professionnels du projet qui craignent une ville de bidonvillois de cette échelle. Jusque-là, les projets de résorptions des bidonvilles étaient une réponse technique qui ne s’intéressait pas à la question sociale. L’ambition de générer la mixité sociale dans cette nouvelle s’afficha dès ses débuts. Ce qui mène à une réflexion sur la diversité sociale mais aussi sur les activités, l’emploi etc. Gardant l’ambition de départ, le projet envisage de créer 50 000 logements, qui comprendraient les 10 000 ménages qui vivent dans les bidonvilles. Ce qui correspond à 20% des logements qui seront dédiés au relogement des bidonvillois.90 Les 80% restant vise une classe moyenne de fonctionnaires et de salariés puis aussi une part réservé aux classes supérieures pour rentabiliser aussi. Dans le but d’attirer ses classes supérieures et moyenne, Al Omran cherche à proposer hormis un habitat plus qualitatif, des parcs, des lieux de loisirs et prend pour référence les cités jardins anglais.91

L’aménageur Al Omran va se concentrer sur trois objectifs : sociaux, urbains et

économiques92 . Le but étant « la mixité entre habitat, activités, équipements, accès et espaces plantés »93. Pour implanter tout cela, le projet choisi de s’atteler à la commune de Sidi Zaer non pas pour des raisons géographiques ou de proximité avec un centre urbain, en l’occurrence Témara, mais plutôt pour la question foncière. En effet les terrains agricoles au statut domanial sont faciles d’acquisition. Appuyé par la présence des bidonvilles, la valeur du terrain est dérisoire.

L’éloignement de cette ville de tous les équipements qui la relie à la ville

notamment l’absence de voies ferrés, de gare routière, de voiries, en font une ville déconnectée. Ce qui appuie le fait foncier et la spéculation derrière un tel projet. Cet 90 La création de 50 000 logements est envisagée dans la perspective de créer une diversité d’habitat et ainsi une mixité de population. 20% des logements sont réservés pour les 10 000 bidonvillois prévus initialement. Le relogement concerne des bidonvilles identifiés par le ministère de l’Habitat, soit: - 4 000 ménages provenant des communes rurales pour lesquels sont prévus des lotissements de parcelles de 60m2 avec une trame assainie et faisant suite à l’exigence des élus ruraux qui voulaient répondre au souhait de conserver des lots indépendants et un logement individuel des actuels résidents ; - 6 000 bidonvillois (4 000 issus de Témara et 2 000 de Rabat205) à reloger dans de l’habitat collectif . Source : Bailly E. op.cit. p.166 91 Bailey E., op cite. P.166 92 Bailley E., op cite p167 : Cela se fait à travers cinq axes - L’amélioration de la desserte (transport en commun…) ; - La création d’une offre d’habitat diversifié ; - L’affirmation d’une vocation économique et la création de pôles d’activités et d’emploi ; - Le développement d’équipements supra-urbains (complexes sportifs, hypermarchés, hôpital, campus universitaire) mais aussi des équipements collectifs (éducatifs, sportifs, sanitaires, culturels, administratifs et de proximité) 93 Plaquette de présentation de la ville nouvelle de Tamesna – Al Omran , 2006

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FIG. 42: Master Plan du projet Tamesna

FIG. 43: Photographie d’un espace public à Tamesna

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éloignement en fait une ville enclavée. Par ailleurs, le manque d’emploi en comparaison par rapport à l’attrait que représente la ville de Rabat est un réel frein pour les bidonvillois visés ainsi que les classes moyennes et supérieures.

L’un des objectifs majeurs qui cadrent ce projet repose sur la dimension sociale

de cette ville nouvelle. C’est pour mener une action d’accompagnement social qu’une Maîtrise d’Ouvrage Social est mise en place. Le but est d’accompagner sur trente-six mois le relogement des familles. Ce travail commence par la réalisation d’une enquête sociale visant les bidonvillois. Issu en général du milieu rural, l’organisation sociale de ces bidonvilles ressemble à celle des douars ruraux, elle repose sur des mécanismes de cohésion sociale, de solidarité villageoise. Cette enquête a permis d’une part de recenser les ménages, leurs souhaits, leurs ressources, leurs métiers etc.

94

Sur cette

base-là, à la suite d’entretiens, son réalisé les dossiers d’attribution selon les besoins des ménages, leurs tailles etc. et les bénéficiaires sont listés. Il s’agit d’optimiser le processus de relogement au maximum.

L’obsession de ne pas tomber dans la ville dortoir tel que Sala Al Jadida ou

de la cité dédiés aux bidonvillois a petit à petit éloigné les orientations vers plutôt les classes moyennes et supérieurs. Ces derniers préfèrent Rabat. Face à l’évanouissement des financements et l’ampleur du projet, la ville sera divisée en îlots indépendants. Différents promoteurs s’en acquiert et doivent tenir compte du programme de diversité et de mixité programmatique et sociale mené par Al Omran95. Il y a en tout 132 îlots. Cela conduit à une conception et une réflexion de projet en lotissement. La ville étant morcelée dans sa fabrication, elle n’est pas pensée en réseau, or la cohésion d’une ville repose sur la mise en réseau de tous ses composants.

Aussi, l’offre dépassant la demande, la ville peine à se lever à composer une

réelle réponse à la crise des bidonvilles péri-urbains ou urbains de Rabat. C’est une ville mort-née. Mirage d’une ville idéal à son début, elle n’est aujourd’hui que l’ombre d’elle-même. Conçue pour 250 000 habitants aujourd’hui 40 000 personnes y habitent. Les équipements publics sont inexistants, les îlots non construits sont devenu terrains vagues, il n’y a aucune activité économique. En témoignent les habitants qui estiment que Tamesna est une ville dortoir mais sans vie, sans accès.96 Ils démontrent bien tous 94 L’enquête a été faite en 2006. Le resencemetn a été fait à l‘aide des autorités locales, notamment le caïd, les habitants ont été mobilisés à l’échelle de leur quartier dans le cadre de réunions de quartiers et les convocations aux entretiens ont été amenés en porte à porte. 95 http://www.alomrane.gov.ma/Reseau/Al-omrane-tamesna/ 96 Voir annexe N°24 p.105

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les dysfonctionnements de ces programmes de villes nouvelles. Ayant pour but de débarrasser la ville des bidonvilles, elles ne sont que mirage et vendent une image de cité idéal très éloigné des besoins de l’habitant. D’où la résistance des bidonvilles dans les centres urbains. Vivre dans un bidonville en milieu urbain a beaucoup d’avantage que de vivre dans un cadre décent mais loin de tout, car au moins on n’est pas ségrégué. Comme en parle un habitant de Tamesna : « Finalement, on a recréé le même schéma que dans nos anciens bidonvilles, sourit Ahmed. La seule différence, c’est le béton. »97 2 . 3 Le bidonville Al Kora

Avant le lancement du programme Villes Sans bidonvilles98, le déficit en

logement s’estimait à plus de 700 000 unités. Plus de 70 000 habitants sur le territoire de Rabat sont impliqué par le projet de l’amélioration de leurs conditions de vie. Selon Françoise Navez-Bouchanine, les interventions des politiques publiques avaient surtout des ambitions de mise aux « normes urbaine, de « modernisation » de l’habitat informel, qui se sont fait de manière autoritariste99. Dans la plupart des cas, ces opérations de relogement sont imposées, malgré la mise en place d’un accompagnement social. Il existe en effet trois types d’interventions en termes de résorptions de bidonvilles au Maroc : • Les opérations de « recasement », où l’on vient déplacer les populations vers de lotissements de parcelles viabilisées • Les opérations de « relogement », qui se font en lien avec les programmes d’habitat construit pour accueillir de manière spécifique les bidonvillois. • Les opérations de «  restructuration  », in situ, elle concerne la mise en œuvre et la construction de réseau viaires, d’infrastructures, de projet de viabilisation, d’accessibilités etc.

Article http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/08/30/tamesna-une-ville-pas-smart-du-tout-auxportes-de-rabat_5178701_3212.html, Consulté le 20 novembre 2017. 97 Voir annexe N°2 p.112, Article Tamesna, une ville «pas smart du tout» aux portes de Rabat. 98 Le terme bidonville apparaît pour la première fois dans les années 1930 à Casablanca. Le terme faisait allusion aux quartiers auto-construit avec des matériaux de récupération, notamment des bidons de plastiques d’où le nom. 99 Navez Bouchanine F., « Evolution de la prise en compte de la dimension sociale dans les interventions en bidonville sous le gouvernement d’alternance », In Revue Critique Economique, numéro spécial Bilan du gouvernement d’alternance, Rabat, Automne 2002,

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Le but de toutes ces opérations est le même, il s’agit de faire disparaitre du

paysage urbain ces quartiers informels et exclus de la ville. Toutefois, ils ne cherchent pas à apporter une réelle réponse au problème de la pauvreté.

Face à cela, le roi Mohamed VI initie en 2005, la mise en place de l’Initiative

Nationale pour le Développement Humain (INDH). Il considère la problématique sociale comme étant « le défi majeur à relever pour la concrétisation de notre projet de société et de développement ». L’impact des politiques publics jusque-là fait un bilan qui est partiel, c’est pour cela que ce programme est placé mis en œuvre en parallèle et pour consolider le programme Villes Sans Bidonvilles. INDH vise particulièrement les communes rurales et les quartiers urbains et périurbains « où sévissent les manifestations les plus criantes de l’exclusion sociale, du chômage, de la délinquance et de la misère »100. La question de la pauvreté est remise au centre de la préoccupation concernant la résorption de l’habitat insalubre. Malgré les nombreuses tentatives101, ce n’est réellement qu’avec Mohamed VI que les projets se multiplièrent et que l’on voit une réelle transformation des villes et du paysage urbain à travers ceux-là.102 Dans son ambition et son projet de société libérale et sociale, SM le roi invite les professionnels et les experts de la ville a inventer une forme d’habitat légal et « formelle » avec de vrais espaces de vie sûr et sain pour les bidonvillois. Ce logements de 60 à 100 m² de 2 à 4 pièces sont pensé dans une idée de lotissements qui comprennent aussi des équipements, tel que les écoles, des centres sanitaires, des services de proximités. Ce sont des unités de vies. Face à ces lotissements, les bidonvilles constituent une réelle composante du marché immobilier de la population car plus du tiers103 de la population urbaine marocaine vit en bidonvilles.

Le premier et plus vieux bidonville de Rabat s’appelle Douar Al Garaa, il date

du début du XXème siècle et existe encore aujourd’hui en partie. Situé à Hay Yaacoub Al Mansour, c’est une poche urbaine d’habitat informel et insalubre104 au cœur de la ville, qui résiste depuis sa naissance à l’expansion urbaine et aux projets de lotissement qui se font autour. 105 100 Discours Royal du 18 mai 2005, voir annexe N°3, p.116 101 Depuis les années 1980 notamment avec le travail d’Ecochard qu’existait cette ambition de reloger les populations défavorisés dans des logements décents. 102 Voir annexe N°25 p.105 103 Entre 2004 et 2011, la population bidonvilloise au sien de Rabat a augmenté de 40%. Selon la recherche Bidonville du monde http://bidonville.radio-canada.ca/bidonville/rabat 104 Voir annexe N°26 p.105 105 Voir annexe N°27 p.106

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FIG. 44: Plan d esituation du projet d’Al KorA

FIG. 45: Photographie du bidonville Al Garaa

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Dans le projet urbain de Rabat-Salé, la ville entend s’étendre à l’ouest mais aussi développer le long du front maritime des projets d’ordre touristiques. Le littoral est un projet d’aménagement très important pour la ville. C’est dans le but de le développer que le groupe émirati Emaar106, se verra confié la réalisation de son projet de loisirs et de tourisme. Le projet s’étale sur 11km du côté de la Corniche mais comprend aussi de nombreux aménagements du côté du fleuve Bouregreg. Représentant la vitrine de la ville en venant de l’Ouest, l’enjeu de débarrasser l’entrée de la ville du bidonville est majeure. Or, ce bidonville est très dense, l’ANHI a beaucoup de mal a recenser les habitants et les baraques. Il abriterai à peu près 2000 ménages et 1000 commerces. Le projet ambitieux de relogement en vue de sa résorption se fait en « tiroir ». Etalée sur six, le projet compte éradiquer ce bidonville en trois phase et en construisant à sa place la nouvelle façade de Rabat.

C’est la Société de Développement d’El Kora (SDEK), montée pour ce projet,

qui va gérer sa mise en œuvre. Ils se donnent pour but de faire « une ville moderne avec ses équipements, logements, commerces, accessibilités et fonctionnalités »107. L’opération de relogement s’étale sur 162 000 m², les bénéficiaires profitent de nombreuses infrastructures et des équipements culturels, éducatifs et sociaux (des bibliothèques, des centres de santé, des espaces pour le sport, des centres d’alphabétisation etc.). Il prévoit 2200 appartements et 665 modules de commerces108. Pour faciliter la transition de ces populations à ces nouveaux logements et pour qu’ils puissent s’approprier les lieux, un accompagnement social et mis en place et tenu tout le long des travaux.109 Le projet a été prévu en opération ‘tiroir’ a permis rapidement de reloger une première partie des bidonvillois et de continuer à rogner sur le bidonville en construisant au fur et à mesure. Sur cette parcelle, le plan masse est longitudinal pour rester en lien avec la mer de la même manière que le projet touristique voisin Saphira. Cette proximité est une garanti d’emploi pour les bidonvillois et surtout de mixité sociale.

La première tranche du projet se compose d’immeubles de logements collectifs.

La SDEK, prévoit en effet « un véritable quartier intégrant des îlots d’habitation 106 Promoteur immobilier mondial. 107 Plaquette de présentation du projet Al Kora. Ils entendent pas cela de : • Un programme de relogement des bidonvillois dans un nouveau quartier d’immeubles collectifs à 4 étages, dont la typologie est mixte, des T2, T3 et T4 en vue de préserver la mixité social. • La création d’équipements collectifs, notamment celle d’un nouveau marché • La création d’un site promotionnel sur la côte, comprenant hôtels, résidences de haut standing, bureaux, dans le cadre du projet de réaménagement de la corniche. 108 https://lematin.ma/journal/2004/Rabat-une-ville-sans-bidonvilles-/43109.html 109 Voir annexe N°28 p.106

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FIG. 46: Projet al kora prévu par Emaar

FIG. 47: Photographie intérieur d’îlot à Al Kora

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comprenant 2200 appartement de type (90% de F3, 5% de F2 et 5% de F4) aux prix subventionnés respectifs de 82 000, 94 000 et 123 000 dirhams, des commerces et des équipements socio-économiques, éducatifs et culturels ». Le promoteur marque bien toutefois la volonté de détacher l’habitat économique de l’habitat haut de gamme. Les architectes du projet ont surtout réfléchis en termes de proximité au sein de ce quartier résidentiel. Ce dernier s’organise de manière assez commune, le plan masse est en damier, les voiries sont tracées pour permettre des percées sur la mer. Cette décomposition forme alors des îlots ouverts de bâtiment à faible hauteur, soit des R+3 ou R+4 prévu pour environ 100 ménages. Ils parlent d’ « unité de vie »  en parlant de ces îlots. Considérant le faible revenu des ménages amenés à vivre ici, les architectes pensent les rues piétonnes et leurs aménagements verts pour ces habitants qui seront très peu motorisés. Les arcades sous les immeubles abritent les commerces, schéma classique du lotissement au Maroc.

Le groupement d’immeubles constituant l’îlot donne lieu à des espaces privés

qui se veulent collectif pour les résidents de l’immeuble. Les architectes ont créé une trame de cour, de jardins, de patio qui permettrait une « préservation d’un mode de vie semi-villageois ». Ce qui n’est pas sans rappeler quelques principes de la Médina, qui ont été revisités dans ce projet et surtout à la grande échelle. Tous ces petits parcours internes aux îlots avaient aussi pour ambition d’offrir aux femmes et enfants des espaces cachés de la vie publique, ce qui renforcerait une idée de cohésion sociale au sein de ses lieux qui seront facilement appropriables. Les transitions de l’espace intime de l’appartement à l’espace public puis à l’espace de la ville carrossable ont été pensées dans le tracé des architectes, qui essaient de projeter des principes familiers aux structures traditionnelles d’habitat du bidonville110. Par ailleurs, de nombreuses pratiques spatiales et quotidiennes vont disparaitre avec le nouvel aménagement. Parmi ceux-ci et de façon remarquable, il y a tous les aménagements qui se font de manière collective et mobilisent les voisins, comme la construction des habitats, le dallage des rues etc. Tout le savoir-faire qui concerne la récupération et le réemploi des matériaux se perdra avec le bidonville. En effet ce qui maintient la cohésion sociale dans ces lieux, au-delà de la proximité qu’impose-la structure même de ses habitations, c’est tout ce travail d’entretien et de fabrication de lieu de vie qui repose sur l’implication de tous.

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70

Voir annexe N°29 p.106


Ces « dynamiques collectives habitantes  »111 n’auront plus lieu dorénavant dans les nouveaux lotissements. Le futur nous montrera comment les modes de vies vont se développer et comment la transition de la tradition à la modernité se fera dans ces lieux. Conclusion

L’évolution rapide de Rabat et son expansion rapide nécessite de prendre le temps

de réfléchir non pas seulement à répondre à la crise de logement et aux problématiques des bidonvilles, mais surtout de penser la société que l’on construit. Que ce soit dans l’ultra planification comme nous avons vu dans le cas de Tamesna, où la machine spéculative et la machine à profit que représente un tel projet a croulé sous sa défaillance, ou encore dans le cas de l’opération de relogement d’Al Kora, l’approche social est très importante dans la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre.

L’exemple d’Al Kora est le plus récent et le plus jeune, fort des multiples

expérimentations en terme de lotissement dans la ville de Rabat, il témoigne d’un travail architecturale et urbain qui a essayé de prendre en compte les habitus et les modes de vies de ses futurs habitants. L’accompagnement social a aussi aidé à préparer ces habitants-là à faire la transition. Il est encore trop tôt aujourd’hui d’évaluer correctement l’évolution des modes de vie car l’appropriation des lieux est un processus long et les nouvelles pratiques prennent aussi du temps à se mettent en place.

Passer de la tradition à la modernité ne se traduit pas seulement par le changement

de cadre de vie aussi moderniste soit-il, il traduit surtout un réel changement de mode de vie, de façon d’habiter, de façon d’être dans l’espace mais surtout dans la société. L’architecte est le dessinateur de ces espaces de vie. L’architecte projette à travers son dessin un idéal subjectif de ce que serait l’habitat de tel ou tel. Cette projection idéaliste se traduit par le projet d’architecture, et dans notre cas précis, dans l’habitat.

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Bailley E., op cit., p.159

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III

L’habitat, s’ Adapter, s’approprier Passer de la tradition à la modernité ne se traduit pas seulement par le changement

de cadre de vie aussi moderniste soit-il, il traduit surtout un réel changement de mode de vie, de façon d’habiter, de façon d’être dans l’espace mais surtout dans la société.

L’architecte est le dessinateur de ces espaces de vie. L’architecte projette

à travers son dessin un idéal subjectif de ce que serait l’habitat de tel ou tel. Cette projection idéaliste se traduit par le projet d’architecture. Ainsi, lorsque nous, futurs architectes construiront, surtout la cellule de vie de base de tout individu, soit son habitat, nous avons une très grande responsabilité qui réside à dans l’individu que nous sommes en train de former à travers cet habitat.

Nous allons nous intéresser à présent de plus près à la structure habitée, ce

qu’elle porte comme évolution en terme de mode de vie et comment l’architecte contribue-t-il à travers elle à fabriquer la société.

3 . 1 Le lotissement d’habitat économique : reflet d’une forme urbaine syncrétique112

Comme nous avons pu le voir, le développement des lotissements selon un

plan quasi-type d’habitat moderne, que nous retrouvons dans le cas de Sala Al Jadida ou encore Tamesna est devenu systématique comme réponse à l’expansion urbaine. Face à cela, les nouveaux projets s’intéressent de plus près aussi aux défaillances et dysfonctionnement de ces logements à travers une approche de plus en plus tournée vers le social. Cette culture technique de l’habitat est à l’origine d’un mouvement de marocanisation de l’habitat. Dans les sens où il s’agit non pas simplement de se l’approprier et l’adapter avec des aménagements, des meubles etc. mais que dès les débuts ils soient pensés pour un certains modes de vie.

Ce processus n’est pas récent, il date en effet du temps d’Ecochard, et surtout

du temps qui a suivi l’Indépendance. Le lotissement d’habitat économique sur lequel il a travaillé et en a fait une trame hygiéniste sanitaire est devenu la base de référence pour la construction futur des logements.

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Titre inspiré par Daniel Pinson dans son article « Habitat occidentalisé subverti par la tradition»


Photo salon marocain

FIG. 48: Photgraphie d‘intérieur d’un salon marocain moderne

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Cette trame de 8x8m configure son plan de trame horizontale. Reprenant

les principes de la Chartes d’Athènes il va définir avec cela « les quartiers d’habitat  marocain ». S’inspirant de la tradition urbanistique et architecturale du Maroc, il conçoit cet habitat comme un habitat sur cour, fermé sur l’extérieur. Destiné aux populations rurales, cet habitat minimum a une typologie qui relève du monde rural. En effet, la cour n’est pas un espace centrale dans ce plan, ce qui porte à confusion en terme d’usage, il n’occupe pas cette espace de West-ed-dar. Par ailleurs, pour les ruraux, cette cours accueillait aussi le bétail, ce qui n’est pas son cas ici. Le patio qu’Ecochard dessine ramène de la lumière et ventile l’habitation ceci, cet espace occupe une fonction organisationnelle beaucoup plus importe que son simple côté technique. La réponse d’Ecochard est venu subvenir au logement du grand nombre dans le but de les éduquer à la vie moderne et à les acculturer.

Toutefois, c’est sur la base de ces plans là que les futurs constructions

vont se baser .Le lotissement économique s’inscrit dans la suite de ce travail. Les réglementations urbaines fixées par le Décret de 1964 préconisent l’habitat à cour, ainsi que les parcelles de 60 à 100 m². Aussi, la mitoyenneté sur les trois limites des bâtiments s’est légalisée, les terrasses aussi. Ce décret va aussi faire une entorse à la trame horizontale d’Ecochard en permettant la surélévation. Petit à petit la tendance va vers l’habitat « néo-traditionnel » pour reprendre les termes de Pinson.

Tel est le plan type introduit par l’administration en 1983. Ce modèle introduit

des formes d’organisation spatiales qui viennent d’une conception occidental de l’habitat, tant sur le plan domestique qu’urbain. Les principes de cet habitat s’appuie sur une division partie jour/partie nuit. Or, la culture marocaine de l’habitat organise celui-ci en gradation du public au privé, à l’intime et non pas dans cette logique de jour et de nuit. La cour au milieu perd son rôle symbolique et se résume à son côté fonctionnel d’où la confusion que porte cette espace dans sa pratique. Le modèle occidental de l‘habitat est imposé par l’administration, ce qui va donner lieu à des réactions habitantes dans le processus d’appropriation.

Ainsi, hormis, les immeubles collectifs comme de Sala Al Jadida ou encore

Tamesna, reposent sur un principe organisationnel occidental. Ces immeubles qui se succèdent les uns les autres se composent de la même manière. Les entrées sont marquées de gauche et de droite par un petit espace vert. Cette ville propose des appartements clé en main, de 60 m². Des T3 en général qui suivent un plan occidental. En général nous

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FIG. 49: Photgraphie aerienne des lotissements du plan ecochard

Ecochard habitat

FIG. 50: Plan des logements des bidonvillois par Ecochard

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retrouvons deux chambres, un salon une cuisine et une salle de bain/WC. Ainsi ces logements s’organisent comme suit. Les immeubles sont de 4 étages et contiennent 4 appartement par étage, Le rez-de-chaussée habituellement dédiée au commerce et aux activités est dans le cas de ces immeubles, résidentiel, sauf dans le cas de certaines rue d’activités. Les chambres et le salon se retrouvent côté rue. Les parties servantes de l’appartement ouvrent sur une cour intérieure où elles puisent la lumière. Le cahier de charge de ce programme d’habitat a cherché à intégrer des éléments spatiaux de l’ordre de l’architecture traditionnelle pour faire rappel et marquer des repères familiers pour les futurs habitants. Or, cette « marocanisation » de l’immeuble d’habitation est porteuse à confusion dans sa pratique. En effet, la présence du patio central qui va permettre de puiser la lumière et éclairer les espaces servant des appartements n’occupe pas son rôle central de M’rah  qu’il jouait dans les maisons traditionnelles urbaines ou rurales. C’est un espace qui est certes ouvert au ciel mais il n’est pas distributif, et il n’est pas un lieu habité dans le sens où aucune vie collective n’y a lieu. Il ne joue pas son rôle social. Pour ceux qui habitent au rez-de-chaussée il n’en profitent pas non plus à cause des vues plongeantes que les voisins ont sur cet espace. Le vis-à-vis présent dans ce lieu est aussi problématique. L’intimité rappelons-le est un élément majeur dans la société marocaine et le respect de celle-ci est fondamental. Les habitants en l’occurrence ont recours à des systèmes de plastification des fenêtres pour ne laisser entrer que la lumière ou encore des rideaux. Ces lieux sont vagues. Cet adaptation que l’on pourrait qualifier de « marocanisation » d’un principe de logement importé d’Europe, est un dispositif à l’inverse de ce qui a été introduit soit en l’occurrence« des normes occidentales dans une forme urbaine initialement très dense parce qu’elle intègre de manière cohérente la mitoyenneté des habitations et leur retournement vers le patio »113. Ainsi, au-delà des espaces communs de l’immeuble qui font rappelle à certains éléments traditionnels. Ce n’est pas le cas de l’appartement.

Ces derniers suivent un plan type importé. En effet, ils ne tiennent pas compte

au sein de l’appartement d’aucun principe de l’habitat traditionnel. Construit en structure poteaux poutre béton, et en remplissage brique. La trame permet rapidement d’y installer en enfilade les appartements et de créer une trame que l’on peut répéter

113 Pinson D., Maroc : un habitat occidentalisé subverti par la tradition, in Le Monde Arabe, Maghreb-Machrek, n°143, Villes dans le monde arabe, Paris, La Documentation française, 1er trimestre 1994 .p.11

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FIG. 51: Immeubles de l’Avenue Moulay Youssef

FIG. 52: Vue sur le patio intérieure d’un immeuble de Sala Al Jadida

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autant de fois que possible car elle ne tient pas des spécifiés du lieu ou du terrain. C’est un système standard.

Comme le montre le plan, ils se composent d’un salon séparé de l’entrée par un

petit muret puis un couloir vient séparer les chambres de la cuisine et de la salle de bain. Il n’y a pas de salon pour les invités, ou de salon pour la famille, il n’y a pas d’espace central. La structure est purement fonctionnelle à la manière occidentale. Elle impose d’elle-même de nouvelles pratiques culturelles et de modes de vie. De par sa structure, elle limite déjà le nombre de résident et donc limite la taille de la famille. Par ailleurs, le salon étant devenu le salon de la famille, lorsque les invités arrivent il faut que leur venue soit planifiée afin que l’on puisse embellir cet espace pour les accueillir et en faire un salon pour invités. Cette planification de la venue des invités n’existait pas auparavant et n’existe pas non plus dans les lotissements ou les maisons car il existe le salon des invités pour els recevoir à tout moment. L’hospitalité, concept traditionnel fortement ancré dans la culture marocaine a évolué. L’appartement ne permet plus les mêmes rapports. Cela va jusqu’à même marquer des changements comportementaux tel que le rapport au voisin, cet inconnu avec qui on apprend à vivre. Le fait que les appartements ne soit pas isolés phonétiquement ou thermiquement contribue aussi à vivre en tenant compte du voisin pour ne pas le déranger ou au contraire pour ne pas dévoiler sa propre intimité. Le modèle de l’appartement provoque un changement de comportement notable. Cela rappelle sans doute les premières cités ouvrières où l’habitat acculture le travailleur à une certaine façon de vivre.

L’appartement a mené vers une réelle émancipation, des codes culturels

traditionnels comme le rapport à l’invité qui ne vient pas quand il veut car il y a toujours quelqu’un à la maison, à savoir la femme. Le passage à la vie moderne est passé aussi par le changement e statut de la femme qui va travailler. En l’occurrence elle n’est pas à la maison constamment. La notion de planning, et d’organisation temporelle implique un changement d’habitus imposé par le rythme de travail mais surtout le cadre de vie et le lieu de vie. D’une certaine manière, l’habitat économique représente dans l’imaginaire commun une étape transitoire, on n’y projette pas le long terme. L’idéal reste la maison individuelle en propriété, grande et spacieuse avec au moins un salon pour les invités, une terrasse propre, un espace extérieur, etc. Aussi ce qui appuie ce côté éphémère dans la résidence en appartement réside dans la structure familiale. Ce logement type que nous décrivons et qui se répètent dans la très grande partie des

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Entrée FIG. 53: plan d’un logement type T3 classique à Sala Al jadida

FIG. 54: : Un appartement

FIG. 55: : 2 logements

FIG. 56: : 1 étage

FIG. 57: plan des immeubles qui se repéte

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lotissements d’habitat économique ne s’apprête pas à l’agrandissement de la famille. Ce qui est fondement très important de la société marocaine. L’image de la maison familiale hante toujours l’imaginaire. Comme en avait parlé SM Hassan II avant sa mort : “Le jour où l’on ouvrira la première maison de retraite au Maroc, notre société sera en voie de disparition.”114 Or, on ne peut nier que la structure de l’appartement est en inadéquation avec la structure de la Grande Famille. En conséquence les maisons de retraite sont devenues une nécessité publique mais elles sont le symbole d’une désolidarisation de la structure familiale et donc montrent une évolution de la société traditionnelle qui tend à disparaitre petit à petit au profit de la modernité et de la famille moderne, soit la famille restreinte. 3 . 2 Le conflit : Tradition et modernité dans l’habitat

Comme nous avons vu précédemment dans notre analyse de la première partie,

la ville a évolué au fil des empires, des tendances et des influences. Le bouleversement marqué par l’influence occidental sévit encore aujourd’hui sous d’autres formes et aujourd’hui s’inscrit dans une démarche mondialiste et globalisante.

Dans notre monde contemporain, les villes sont les hauts-lieux du développement

économique. L’économie est le cœur battant de toutes les structures, elle est devenu régulatrice de tendances et d’influences. Précisément, depuis la fin de la guerre froide, le capitalisme libéral s’est imposé comme système économique mondiale et fait miroiter le succès, la richesse à travers un prisme de modernisme et de modernisation constant. Ce système traduit une façon de vivre, d’habiter, de réussir dans la vie, et surtout d’être moderne qui est au final une construction occidentale.

La diversité et la spécificité régionale sont inhibés, ils peinent à survivre car

tout tend à les faire disparaitre au profit de la vie moderne. Nous entendons par cette vie moderne, un idéal globalisé qui se reflète à travers les mêmes constructions de logements, les mêmes matériaux, à savoir le béton, les mêmes styles architecturaux et finalement ils imposent aussi le même style de vie qui y correspond. Celle de l’individu anonyme pour reprendre l’expression de Simmel.

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Laurent E., Hassan II : La mémoire d’un roi, Paris, Editions Plon, 1993


FIG. 58: Photgraphie d‘intérieur d’un salon marocain moderne

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En Occident, le processus de modernisation a suivi une évolution historique

endogène. Ce qui a conduit à une évolution qui n’a pas été facile mais qui toutefois ne peut être qualifiée de conflictuelle car elle est « auto-générée »115. Tandis que, dans les pays en développement, et dans notre cas dans le monde arabo-musulman précisément, c’est tout l’inverse. Dès ses débuts, la modernité est perçue comme un concept amené de l’étranger par force. Le processus a été violent et porteur de conflit sous divers formes. Comme le souligne Abdesselam Cheddadi: «  Le Maroc, comme la plupart des pays arabes, a intégré la modernité suivant un processus marqué par les conflits et la domination étrangère. D’où une attitude entachée d’ambigüité, avec une méfiance, voire un rejet à l’égard de la culture moderne. »116

Malgré l’Indépendance, le Maroc continue de puiser chez son colonisateur

les clés pour se moderniser à la façon française, l’on va même jusqu’à parler de « françawisé » en marocain.

Que ce soit le système éducatif, le système d’administration, le système

juridique tout est calqué sur l’héritage du Protectorat. Depuis ces dernières années, SM Mohamed VI démarque de plus en plus le besoin et la nécessité pour le Maroc de se développer de manière réellement indépendante et de marquer sa souveraineté en engageant un processus de « modernisation marocanisé ». Depuis longtemps le Maroc a été dépendant même après son Indépendance de l’influence européenne et des financements européens pour continuer à se gérer. Or SM a pris des initiatives majeures concernant la libéralisation de l’économie marocaine. Le Maroc incite les investisseurs étrangers à venir, les accords de libre-échanges se mettent en place et l’ouverture aux marchés internationaux notamment chinois vont changer le regard que porte le Maroc sur l’étranger. Cette ouverture est une ouverture au monde et non plus qu’à juste l’Europe.

La ville marocaine se veut aujourd’hui interculturelle, or, aucune culture ne

s’y manifeste véritablement plus qu’une autre, elle est hybride. La notion même de marocanisation n’a pas de sens. Qu’est-ce que c’est dans une société en pleine mutation mais surtout aux multiples influences ? 115 Sherif S., Maroc : entre tradition et modernité, le choix s’avère délicat, article: http://www. jwek.com/2013/01/maroc-entre-tradition-et-modernite-une-questions-qui-derangent/, consulté le 29 décembre 2017. 116 Cheddadi A., Education et culture au Maroc : le difficile passage à la modernité, Casablanca, Ed. Le Fennec, 2003

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FIG. 59: Photgraphie d‘intérieur d’un salon marocain de classe moyenne

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Cette crise « tradition-modernité » est d’autant plus palpable au niveau de

l’habitat et de la façon d’habiter. En effet, l’expansion urbaine de Rabat, s’est démarquée par la multiplicité des centres et surtout de l’organisation typique de chaque partie de la ville.117 Mais la constante de cette expansion réside dans le type de logement construit. La planification urbaine en lotissement est un fait urbain mais aussi social. Elle régit la construction social de la famille, de l’individu, du marocain d’aujourd’hui et de demain. Lorsque nous parlons de « marocanisation » terme utilisé aujourd’hui par l’intelligentsia marocaine, il s’agit de tout le processus de remises aux ‘normes traditionnelle marocaine’. C’est en quelque sorte une quête de réappropriation de l’identité ancienne que nous avons le sentiment d’avoir perdu. Hassan II l’a prévue avant sa mort en 1998, aujourd’hui vingt ans plus tard, les transformations sociales, que ce soit dans leurs avantages ou encore dans leurs inconvénients font ressentir une perte identitaire générale au profit de la modernité universalisante. Or, y va-t-il encore aujourd’hui une réelle séparation entre la tradition et la modernité pour dire que la société marocaine a perdu son identité car elle est devenue moderne ? La réponse est négative, il n’y a pas eu de perte mais une évolution. D’où le syncrétisme par le lequel se définit cette société. Lorsque précédemment nous avons parlé de schizophrénie sociale, c’est en fait le côté conflictuelle syncrétique que vit la société marocaine aujourd’hui. La peur de perdre ses repères, ces traditions, ces savoir-faire artisanaux etc. marquent cette volonté de retour aux sources. Chose qui n’est pas valable qu’au Maroc, mais s’affirme de plus en plus partout dans le monde, comme par exemple en France avec le retour au made in France et la promotion du savoir-faire et de l’artisanat français. Certes, la modernité est un élément qui traduit l’occidentaliste car il est exogène au développement de la société marocaine. Cette dernière pour survivre et suivre la tendance mondiale s’est imposé un rythme économique qui ne laisse pas le temps à une modernité locale de se mettre en place. Il y a là matière à recherche, en termes de modernité marocaine.

Cette dernière commence depuis quelque temps déjà à prendre forme sous

diverses adaptations et de résistances. Lorsque l’on s’intéresse aux villas, cet idéal de l’habitat, moderne et qui symbolise la réussite sociale, on y retrouve des constantes de l’habitat marocain. On y retrouve le West-ed-dar, on y retrouve le retrait de la cuisine comme lieu de l’impur soit au sous-sol soit à l’étage éloigné des lieux de réceptions 117

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Voir annexe N°30 p.107


FIG. 60: Photgraphie d‘intérieur d’un salon marocain de classe Suéprieure

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perçus comme nobles. Puis la partie familiale intime va se retrouver à l’étage. Avec un autre salon, les chambres, les salles de bains d’usages quotidien etc. Cette séparation démarque bien deux usages différents des étages. Le rez-de-chaussée qui donne sur le jardin avec ou sans piscine et est en contact avec les garages et la rue est un lieu d’accueil, de réception où se multiplient les salons et leurs styles décoratifs. C’est un lieu de l’apparence tel qu’il a été hérité du bit diyaf de l’ancienne maison médinale. Il y a à cet étage tous les équipements qui relèvent de la réception, de ce que l’on veut montrer à l’étranger y compris une salle de bain qui ne sera utilisé que par les invités. A l’étage, c’est le lieu du quotidien, de l’intime familial. Personne n’y a accès sauf la famille et ses proches avec la permission de cette dernière. La terrasse en haut sert de débarras, de lieu pour sécher le linge, d’installation de la parabole etc. Personne n’y accède sauf la famille et pour des raisons logistiques la plupart du temps. On retrouve en effet là, les mêmes organisations spatiales de la maison traditionnelle mais le wested-dar n’est pas forcément un patio ou une cour intérieure, c’est un lieu distributif entre les salons. Car nous sommes dans le schéma de la maison individuelle avec jardins dont l’organisation intérieure a été appropriée.

Le bien être qu’en retire le marocain et sa famille dans leur vie grâce à cet

organisation spatiale qui correspond aux codes sociaux de la culture marocaine pose la question de leur absence dans les logements économique.

Entre les deux, le logement de la classe moyenne suit un schéma entre les deux

modèles d’habitat, occidental et traditionnel. On retrouve le West-ed-dar ou M’rah qui va jouer son rôle distributif, et son rôle de lieu d’accueil/d’entrée. Il y joue son rôle de centre, de cœur de maison. Dans ces appartements-là, l’on retrouve aussi un bit diyaf ou bit lglass, salon pour les invités et un autre salon pour la famille parfois. Ces schémas de notions traditionnelles sont absents des appartements sociaux, d’où le fait qu’ils soient en partie rejeté par la population visée qui est traditionnaliste et qui perd totalement ses repères dans une telle organisation occidentale de l’habitat. C’est une autre sorte de marginalisation, que d’imposer un cadre de vie qui ne correspond aucunement au mode de vie des habitants visés. Devant se débrouiller seuls, cela donne lieu à des quartiers denses, construit rapidement sans soin d’isolation, dont les habitants se plaignent, voir préfère dans certains cas loués ces appartements à des jeunes travailleurs et repartir construire un autre bidonville ailleurs ou en étendre un autre déjà existant.

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FIG. 61: Photgraphie d‘intérieur d’un appartement moderne de classe moyenne aisée

FIG. 62: Le M’rah espace central de la maison tracitionnelle devient hall/séjour dans les nouveaux appartements et joue son rôle de salon familial et de lieu distributif .

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Ce sont tous ces paradoxes qui font que l’on doit commencer à réellement

penser à la ville inclusive et non pas à d’autres formes de ségrégations sous l’image de constructions en béton qui symbolisent la modernité. La ville éclatée est finalement la ville de la modernité, si l’on peut dire. 3 . 3 La ville inclusive, la ville recomposée

L’urbanisation héritée et reproduite à toutes les échelles qui n’arrive plus à

reproduire son caractère dual sur le plan, spatial, en raison de la multiplicité des modes d’habiter, reconduit cette dualité à travers l’opposition entre traditionnel et moderne, formel et informel, planifié et spontané…Ce qui n’est pas fait pour accroître les performances de la ville marocaine. Autrement dit, le legs colonial est lourd dans tous les sens du terme »

Le flou culturel qui relève du syncrétisme que l’on observe dans la société

marocaine, contribue à la pluralité de l’identité urbaine marocaine. L’urbanisme moderne marque de profonde disparités et inégalités spatialisées qui se creusent de plus en plus profondément dans la ville. Le recours constant à l’expertise étrangère ne donne pas l’occasion au savoir-faire marocain de se développer et de s’épanouir. Que ce soit de l’enseignement au marché du travail, c’est l’expérience étrangère qui compte au mépris de l’intelligence locale. D’une certaine manière il y existe encore un colonialisme d’ordre idéologique attribué à l’étranger, à la mondialisation. Cela sclérose le développement d’une urbanisation qui serait à mi-chemin entre la planification et la spontanéité ou d’un habitat qui soit naturellement appropriable par ses futurs habitants.

La modernité n’est pas une mauvaise chose, c’est l’avancement naturel d’une

certaine évolution. Toutefois, ce ne doit pas être un moule qui sert à fabriquer l’image d’une ville organisée, tramée, régulée, et une société moderne qui a perdu sa coloration culturelle.

Si l’on s’intéresse de plus près aux bidonvilles. Dans le cas de Al Garaa,

comme nous l’avons les architectes essaie de reproduire certains éléments de la vie en communauté pour encadrer et mieux accompagner l’insertion de ces populations dans la ville moderne. Or il y a à trouver dans le bidonville une certaine intelligence urbanistique d’aménagement. En effet, dans plusieurs cas, les logements proposés par le programme dans des lotissements ont été refusés par les bidonvillois, préférant

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FIG. 63: PhotgraphieAérienne de la médina de rabat aujorud’hui

FIG. 64: Organisation de la médina, reflétée par l’oganisation du bidonville, les mêmes configurations

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rester dans leur habitat malgré le fait qu’il soient pratiquement donné. Ce qui porte à se questionner sur le pourquoi. L’hypothèse qui vient d’elle-même est celle de la typologie de l’appartement. Bloquée dans sa planification, il n’offre pas une évolution possible et donc n’accompagne pas l’évolution d’une famille. Si la famille s’agrandit elle doit trouver un autre appartement. Dans le cas du bidonville, la question se résout facilement par la densification. Le bidonville est porteur de grandes qualités structurelles et sociales auxquelles l’on ne prête pas attention. Car marginalisé, isolé et rejeté, il est perçu comme un modèle chaotique, or, il abrite une densité incroyable d’habitants, ce qui témoigne d’une structure qui se doit d’être organisée malgré les tensions qu’ils s’y créent. Sa spontanéité conduit à son irrégularité et au manque d’infrastructures. Ceci dit il y a un modèle de micro ville, qui n’est pas anodin et peut être que nous pourrions y trouver matière à projet pour répondre à certaines problématiques de la ville. Le bidonville en effet rappelle beaucoup le schéma de la médina dans son organisation. Il y a une anecdote marocaine qui raconte qu’un professeur demanda à ses élèves qui a construit la ville de Marrakech, un élève studieux répond par Youssef Ibn Tachafin, le cancre de la salle qui ne s’exprimait jamais répondit par : non, chacun a construit sa maison. La Médina est une ville qui a vécu pendant très longtemps, elle continue encore aujourd’hui à vivre à accueillir des habitants et à se densifier. Elle a été construite par les efforts de tous, tous ensemble. Cet effort commun et de cohésion social dans la fabrique de la ville fabrique aussi une société qui s’entraide, une ‘grande famille’ en quelque sorte. Conclusion

Le problème de la planification urbaine au Maroc aujourd’hui réside dans le

fait que l’on continue à copier et « transplanter les recettes urbanistiques comme si le contexte territorial et la conjoncture temporelle comptaient peu en urbanisme »118. Au Maroc, «  on reproduit les mêmes recettes d’ailleurs et du passé sans souci aucun de la réceptivité culturelle, des pesanteurs sociétales et de l’adaptabilité territoriale, ce qui est pour beaucoup dans foisonnement des problèmes urbains »119. C’est en cela que réside la source conflictuelle et duale de la tradition et la modernité. 118 119

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Chouiki M., op.cit., p.213 Idem


Ainsi, la ville contemporaine dans son souci de concentration de population conduit paradoxalement à leur éclatement. C’est peut-être en allant chercher du côté de la ville informelle, perçus comme illégale que l’on retrouve une ingéniosité d’habiter la ville à travers des dynamiques de survie. Aussi, « la diversité des formes urbaines constituant les grandes villes des PED, les quartiers modernes jouxtant bidonvilles, médinas et autres quartiers, bien que la frontière soit assez floue-sous-tend l’existence de rationalités multiples, certaines assurant la structuration et l’organisation de l’espace. C’est probablement à partir de ces territoires que des potentialités de recompositions existent, permettant de passer d’une vision de ville éclatée à une ville recomposée »120 Cet idéal de la ville inclusive nécessite de recomposer avec ce que nous avons hérité de nombreuses années d’expérimentation. C’est à travers un travail politique et institutionnel que l’on peut rediriger les efforts et les réflexions vers de nouvelles dynamiques. Aussi, c’est peut-être à travers un système non plus Mekhzani (up down) mais Châabi (Botton up) que l’on pourrait recomposer la ville à l’image de la manière avec laquelle se composent un bidonville ou une médina, à savoir la coopération de tous et la diversité et la multiplication des approches et des compétences. Ces derniers doivent faire l’objet d’un processus de réflexion indépendant qui puisse se développer en s’appuyant non plus sur les exemples étrangers mais sur les exemples locaux, les savoir-faire locaux et l’ingéniosité locale. En fait, dans l’idéal il s’agirait de sortir d’une configuration up down ou bottom up et de trouver une politique du juste milieu, une nouvelle façon de faire de l’urbanisme, de faire de l’urbanité, de faire l’habitat et finalement faire ville inclusive où chacun a son droit.

120 Belhacen Telmcani M. (dir), La problématique urbaine au Maroc : de la permanence à la rupture, Baron C. « Crises de la ville et espaces en mutation », Collections Etudes, Presses Universitaires de Perpignan, 1999, p.16

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Conclusion Construire un cadre de vie c’est aussi construire des habitus, des individus. Le lieu de vie étant l’élément majeur d’appropriation de l’homme car c’est à travers ce dernier qu’il habite la Terre, l’architecte joue donc un rôle très important sur «l’habiter» de cet individu. Ce pouvoir de dessin, si l’on peut l’exprimer ainsi représente une puissance d’action très importante. En façonnant un habitat, nous façonnons aussi son mode de vie. Comme nous avons pu voir avec la période colonial, ce bouleversement démontre bien à quel point le cadre bâti impose et pousse à vivre autrement et surtout à une déstructuration et une reformation sociale.

Bien évidemment, l’architecte n’est pas le seul maillon de ces transformations.

Elles sont économiques, idéologique, politiques mais in fine sur le terrain, les cadres qui vont mettre en place ces pensées seront l’œuvre d’un architecte. Dans notre monde contemporain, monde de la rapidité, de la connectivité, de la surconsommation et de la surproduction, tout va très vite. Cette frénésie a plusieurs conséquences comme nous l’avons vu mais son plus grand impact sur le paysage urbain reste les ségrégations et les inégalités que ce type de développement engendre. La nécessité d’une réponse rapide, notamment avec ces projets de lotissements ou encore de villes nouvelles sont certes, une réponse technique admirable qui permet de loger un grand nombre de ménages dans des conditions de vie normale et rapidement. De nombreux problèmes en sont ressortis et le plus grand c’est le refus d’une partie d’habitants de quitter leurs bidonvilles. C’est assez révélateur d’un refus de passage à une autre forme d’habitat et de socialisation. Par extension c’est un refus de la modernité, du moins tel qu’elle s’exprime à travers ces propositions d’habitat. C’est une modernité occidentale. L’hypothèse d’une modernité « marocanisé », une modernité endogène qui est le résultat d’une évolution des mentalités et de modes de vie sans impact étranger pourrait être aujourd’hui le chemin de la réconciliation.

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Réconciliation avec un habitat facilement appropriable, notamment par les classes défavorisées.

Il y a actuellement au Maroc un grand travail en terme de politiques urbaines

d’intégration social par le logement, cela dit elles ont montré leur défaillances (Tamesna) et certaines sont encore expérimentales (Al kora). C’est un pays en pleine mutation d’où le fait qu’il est difficile de prévoir comment évolueront les villes. Toutefois, ces constructions de villes nouvelles et cette expansion de la ville en zone de lotissements ne vont pas dans le sens d’une ville connectée. Aussi, suivant l’exemple européen, ce qu’il se passe actuellement au Maroc ressemble beaucoup à ce qui se passait en France par exemple dans les années 1950, en termes de construction à la suite de la Seconde Guerre Mondiale. Certes, nous ne sommes pas le même contexte mais il serait temps de ne aps simplement prendre exemple sur ces modèles étrangers mais réellement étudier leurs conséquences aujourd’hui afin d’anticiper au mieux la société de demain. Une société plus égalitaire, moins divisée. C’est là que réside tout le travail de l’architecte, c’est en effet dans la conception de cette société, du moins de son habitat, L’architecte est un artisan de la société. Cependant, le placer en responsable de l’avenir de l’habitat et de la société serait une grande erreur. L’architecte ne doit pas agir seul mais avec les autres, avec les habitants. Construire pour eux doit être construire avec eux. A l’image de la cohésion sociale et urbaine de la médina ou encore des bidonvilles aujourd’hui, c’est en construisant ensemble que l’on peut dessiner notre futur.

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ANNEXES

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Brève histoire :

Le territoire marocain s’est formé anciennement. En effet, en témoignent les

vestiges paléolithiques la région fut habitée depuis plus de 10 000 ans. Par la suite au VIIème siècle, ce sont les Phéniciens qui vont fonder les lieux commerciaux en méditerranée et notamment en Afrique du Nord, à travers Tingi (l’actuel Tanger) ou encore Russadir (Actuelle Melilla : territoire espagnol au nord du Maroc). Face à la résistance des berbères, l’Empire romain a eu du mal à étendre son territoire et son influence à l’intérieur des terres du pays. Cela étant ils ont marqué dominé le contour méditerrané. Les grandes routes majeures furent fondées ainsi que les premières villes et donc première formes de sédentarisation dans un pays jusqu’alors dominé par le nomadisme. Parmi ces villes, ils construisent un ribat (Actuel Rabat, prononcé » Ribat », le terme signifie petite forteresse). Par la suite, le territoire a été sous l’influence successives des empires Constantin et byzantin et Ottoman à l’ouest de la ville, la résistance des « marocains » a arrêté leur étalement. La conquête musulmane arriva vers le VII siècle. Toutefois, autant que l’arabisation, l’implantation de l’Islam s’est retrouvée confronté aux résistances continuelles des berbères. Ainsi, une sorte de cohabitation s’est générée, qui persiste aujourd’hui encore, sous laquelle les villes se développèrent puisant dans les deux dynasties à savoir, arabe et berbère. En conséquence de cela, la conception des villes marocaines et leur formation repose sur cet héritage ambivalent. Se suivent à la suite les périodes coloniales ainsi que l’Indépendance, ce qui nous fait distinguer trois phases majeures de développement urbain et social qui ont surtout marqué les villes capitales du pays, à savoir Rabat et Casablanca, qui illustrent bien ce schéma de développement. : •Phase I : La formation du réseau de villes berbères et arabo-musulmanes, l’une nomade et l’autre sédentaires •Phase II : L’essor de la ville coloniale sous le protectorat français dès 1912 •Phase III : La tentative de création d’une ville marocaine à la suite de l’Indépendance en 1956. •Phase IV : La ville marocaine éclatée contemporaine

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Le logement marocain se définit par sa pluralité due, comme nous l’avons

à son héritage multiculturel historique. Il existe différentes formes d’habitat dit traditionnels qui se confrontent à plusieurs types d’habitats dits modernes, où l’on entend dire occidentaux ainsi que l’habitat hybride qui témoigne de l’évolution sociale entre tradition et modernité et qui dessinent le syncrétisme culturel et religieux qui se dévoilent à différents niveaux. Afin de comprendre l’habitat marocain, il s’agit de comprendre tout d’abord la culture plurielle marocaine et quels sont les fondamentaux qui la régissent et fabriquent les relations socio-spatiales. Depuis la médian araboislamique à la ville européenne de la colonialisation puis l’expansion de la ville marocaine depuis l’Indépendance, nous traterons ici de manière synchronique et diachronique l’évolution urbaine en mettant en parallèle la sociologie à l’histoire de l’urbanisme marocain. nous allons donc tenter d’avoir une lecture historico-urbaine et socio-spatiale de la ville de Rabat qui est symptomatique des autres villes du Maroc, voir du Maghreb. Nous déterminons ainsi trois phases majeurs de changements dans ce développement. Soit, la phase arabo-islamique, l’arrivée d’un nouveau modèle dit moderne avec le Protecorat puis la phase après l’Indépendance jusqu’à nos jours.

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N°1

ÉVOLUTION DE RABAT Plans de Rabat depuis 1885 jusqu’à l’Indépendance en 1956. Depuis l’Indépendance, l’expansion urbaine été incontrôlée. Ces documents proviennent de la plateforme Gallica de la Bibliothèque Nationale de France sur Internet, consultables sur: http://gallica.bnf.fr/accueil/?mode=desktop Ils proviennent aussi de ma visite au Centre d’archives d’architecture du XXe siècle, à Paris, le 14 novembre 2014. Je tiens à les remercier pour leur accueil. 1885

1918

1937

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1920

1950

1924

1956


D’après les plans d’aménagements de Rabat de l’Agence Urbaine de Rabat-Salé

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ANNEXES TEXTUELS Annexe N°1: En effet, la notion de famille est difficile à déterminer, tant dans la multiplicité des formes qu’elle prend que dans les pratiques qu’elle révèle, que dans le rapport de ses individus ou encore de la société où elle se trouve. Aussi étant donné l’absence d’un référent empirique commun et globale, le concept de « famille » s’apprête facilement à différentes tournures subjectives ainsi qu’a des manipulations en terme identitaire, que ce soit ethnique, linguistique, religieux ou de genre etc. De manière générale, nous comprendrons que la famille représente l’institution au sein de laquelle s’effectuent les fonctions biologiques vitales pour la survie du groupe1, et les processus sociaux indispensables pour l’intégration et l’adaptation des individus à leur environnement social.2 C’est la cellule de base de la socialisation des individus et la formation de leur identité. Annexe N°2 «  Dans la plupart des pays arabes, l’institution familiale est actuellement une entité sociale sensiblement différente de ce qu’elle était il y a une génération. Les divers changements qui ont traversé ces sociétés, et qui se poursuivent, l’ont profondément touchée. Amorcées par les changements introduits par la colonisation, ces transformations se sont poursuivies sous l’effet de l’urbanisation, la communication audiovisuelle, la scolarisation et la mixité à l’école, l’entrée des femmes dans le marché du travail, en particulier pour contribuer aux dépenses familiales, l’émigration des hommes et la planification familiale (Ben Salem, 1989 3). Les répercussions sur la cellule familiale ne se sont pas fait attendre. Le système économique traditionnel de la famille, basé sur l’indivision et l’autosubsistance se désagrège et la fonction de production quitte le cadre familial, surtout en milieu urbain. Sur le plan culturel, le modèle familial hiérarchisé et patriarcal, élargi et autoritaire, n’est plus la référence unique. Détrônée dans bien des cas par l’école et par les nouvelles organisations 1 Aarab M., ‫ مقاربة سيسيولوجية للبنيات والتحوالت‬:‫ االسرة في المغرب‬La famille au Maroc : approche sociologique sur les fondements et les mutations, Revue Gestion Economie, Gestion et Société, n. 1, juillet 2015. Consultable sur http://revues.imist.ma/index.php?journal=REGS&page=article&op=view&path%5B%5D=3166 Consulté le 10 octobre 2017 2 Al Harras M., Les mutations de la famille au Maroc, 2006, article publié sur le site Albacharia.ma http://www.albacharia.ma/xmlui/bitstream/handle/123456789/31436/1211Les_mutations_de_la_ famille_au_Maroc_(2006)4.pdf?sequence=1 Vu le 04 septembre 2018. 3 Ben Salem L., Structures familiales et changement social en Tunisie. (communication présentée lors du séminaire de Amman/ Jordanie organisé du 16-18 Décembre 1989 sous le titre “The changing Family in The Middle East”. Consulable sur : www.hcp.ma/file/103197/ Vu le 07 novembre 2017

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politiques et syndicales, la famille cesse en fait d’être le seul dépositaire des valeurs. Avec l’abandon progressif des idéaux traditionnels en matière de procréation, ces transformations se sont accompagnées, sur le plan de l’habitat, d’un passage de la grande maison à la petite ou à l’appartement. (Kerrou et Kharoufi,1994 4). 5 Annexe N°3: Le territoire que l’on connait aujourd’hui en tant que Maroc était anciennement le territoire des tribus berbères nomades. L’arrivée de l’Empire romain fut un point tournant dans la naissance des villes marocaines, ils eurent du mal à conquérir ce territoire face à la résistance des berbères ce qui aboutira à une domination concentré sur le littoral méditerranéen. Se développèrent par la suite, des routes et des fortifications qui furent construites et qui témoignent de la formation des premières sédentarités sur ce territoire. Vers le VIIème siècle, a lieu la conquête arabo-musulmane qui s’accompagne de l’introduction de la langue arabe et s’impose comme nouvelle puissance sur ce territoire. Les tribus berbères constituaient des rivalités importantes qui étant nomades ne constituaient pas un territoire uni. De ce fait, la conquête arabe a été fondatrice d’une unification culturelle et religieuse qui a eu pour caractère majeur la sédentarisation des populations. Ceci a induit la formation d’un réel réseau de villes sur les tracés romains. L’emprise de ses nombreuses cultures et influences, occidentales, orientales et africaines vont marquer le développement des villes. Ainsi, ces centres urbains vont à chacun leur tour devenir des centres de pouvoirs au fil des empires et des dynasties6. C’est au gré des conquêtes que les villes se développent et les traces existent encore de ces différentes manières d’investir l’espace, tant spatialement que socialement. Annexe N°4: La médina porte l’idée de la ville intégrante, celle de l’unité sociale de référence qui fonctionne avec l’espace rural qui l’entoure. Par ailleurs, il est important de souligner la récurrence du terme Al Madina dans le Coran. Elle représente la « Cité », l’idée de citadelle. Cette dernière porte en elle l’idée « d’homogénéisation territoriale »7  des fonctions. Elle est le lieu de vie de la communauté, la « Umma », qui se traduit aussi 4 Article « Structures et caractéristiques des familles au Maroc » sur le site du Haut-Commissariat au Plan http://www.hcp.ma consultable sur www.hcp.ma/file/103197/ Vu le le 01décembre 2017. 5 Kerrou .M et Kharoufi.M, Familles, valeurs et changements sociaux. In Monde arabe. Maghreb Machrek n°144 avr.-juin 1994; pp:26-39. 6 Voir Annexe , histoire brève 7 Paquot T., « La géométrie politique de la Cité », in sous la direction de Paquot Thierry et Younès Chris, Géométrie, mesure du monde – philosophie ; architecture, urbain, Paris, La découverte, 2005

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par « nation ». Cette communauté s’organise autour d’un pouvoir religio-politique qui se démarque aussi spatialement. En effet, la religion et la politique ne sont pas séparés. L’Islam est une religion totale, dans le sens où elle dicte une certaine politique juridique, économique, exécutive et à l’échelle de l’individu, elle rythme sa vie et dicte aussi son mode de vie pieu et harmonieux. La ville islamique se compose donc ces deux entités que sont la religion et l’Etat, soit le « Dîn» et la « Dawla », qui vont être le noyau de cette dernière. Selon Jean-François Troin8, la médina représente la ville dans sa totalité où la communauté, le pouvoir ainsi que la religion ne forment qu’une seule entité. Annexe N°5: L’un des éléments structurant la ville est le   Derb, c’est la rue ou l’impasse autour de laquelle la vie de la médina va se constituer. Le derb regroupe plusieurs foyers qui vont former un lien de solidarité fort, il est exclusivement résidentiel. Plusieurs Drouba9, vont former une Houma  soit le quartier. Les quartiers forment des unités autonomes qui vont rassembler les lieux de résidences avec les équipements quotidiens de première nécessité, notamment, le bain public « Hammam » ou encore le four du quartier « Fernachi » qui va cuire les préparations des foyers au feu de bois. La Houma  représente un espace de forte cohésion sociale grâce aux relations profondes de parenté et de voisinage qu’elle entretient. Il est important de souligner l’ambiguïté entre le parent et le voisin au sein de ses quartiers. Le voisin est un parent, l’enfant est éduqué par tout le monde, ses parents, sa famille au sens plus grand ainsi que les voisins avec lesquelles se tissent alors des liens solides. La houma joue un rôle intégrateur où vont cohabiter les riches et les pauvres sans se concurrencer. Annexe N°6: Les productions nobles, le travail de la soie, de la joaillerie, de la parfumerie, sont les plus proches de l’espace de la mosquée tandis que celle qui sont plus salissantes ou bruyantes tel que la tannerie ou la ferronnerie, par exemple vont se retrouver plus loin dans le dédalle des rues, elles restent toutefois éloignée des lieux de résidence à cause de leurs nuisances. Annexe N°7: Cette distinction entre les deux univers est spatialisée. Elle est symbolisée par la spatialité dans son traitement, dans sa fonction, sa symbolique. D’ailleurs, la notion même de maison est porteuse à confusion car elle dépasse la notion seule de lieu de résidence, elle fait référence aussi à la famille, à son rang social, à une image 8 Troin J-F., Les Métropoles de la Méditerranée, Tunisie, ed. ALIF, EDISUD, Toubkal,1997 9 Plusieurs de derb

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publique, c’est une notion complexe dans la mesure où elle est devenu identitaire. La maison « Dar » suivi du nom de la famille fait référence à une identité ancestrale de la descendance de la famille, de leur origine, et en conséquence se confondent le lieu et l’habitant. Annexe N°8: L’individu a une grande difficulté à exister pour lui-même, la famille contrôle sa vie, car la bénédiction des parents « Rida » ou « Rda » 10en marocain, est d’une importance capitale en Islam, ne pas être béni des parents a pour conséquence le rejet de la famille et donc à être maudit par Dieu, ce qui conduit in fine à être marginalisé de la société. Cette importance accordé à la hiérarchie familiale en fait un outil de control important qui va empêcher l’isolement. L’affaire de l’un est l’affaire de tous. Ceci fait que cette société est très soudée et démontre toute l’entre-aide qui existe, toutefois elle inhibe toute intimité ou tout développement et épanouissement personnel. Ceci se reflète spatialement dans la structure organisationnelle de la maison. Annexe N°9: Elle accueille et s’adapte aux différents modèles qui sont apparus et qui disparaissent au fur et à mesure, ce qui la caractérise par une certaine continuité culturelle. Chaque modèle laissera ses traces urbaines mais ne touche pas à l’unité urbaine de la médina. C’est un espace caractérisé par sa permanence. Cela démontre la capacité de cette ville à s’adapter, interpréter les différentes influences, ce qui en font une ville que l’on peut dire plurielle dû brassage que ces influences ont générés, mais unifié grâce à l’absorption de ces modèles pour en faire son modèle propre. Annexe N°10: L’essor des sciences coloniales en France dans les années 1910, va, selon Halène Vacher11, influencer l’urbanisation des colonies. En effet, le protectorat est devenu une institution qui va organiser l’espace à travers des travaux majeurs qui vont transformer le paysage naturel et urbain. L’on va alors chercher à associer la population indigène plutôt que l’opposer, cela rentre dans la politique associationniste du colonialisme français. Ainsi pour des raisons de communications et de commercialisation, le littoral atlantique et méditerranéen devient le centre d’intérêt du protectorat. Ceci va alors former un axe nord-sud et où le pouvoir va être transférer à Rabat, l’éloignant de 10 Bourqia R., Valeurs et changement social au Maroc, Quaderns de la Mediterrània 13, 2010: 105-115, consultable sur : http://www.iemed.org/publicacions/quaderns/13/qm13_pdf/14.pdf Vu le 12 octobre 2017 11 Vacher H, Projection coloniale et ville rationalisée, Le rôle de l’espace colonial dans la constitution de l’urbanisme en France 1900- 1931, Aalborg University Press, Vol 17, 1997

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l’hégémonie religieuse à Fès, qui jusqu’alors était capitale. Le travail territorial réalisé par le protectorat avait un but militaire en premier lieu. Le système d’aménagement urbain répond à une nécessité de stratégie militaire pour mieux contrôler le territoire. Un maillage important de ce territoire va alors transformer le réseau des villes marocaines. Annexe N°11:

Cet urbanisme a deux niveaux, consiste d’abord en une politique de persévération12

pour pallier les systèmes traditionnels avec lesquels il y a eu confrontation en Algérie et en Tunisie, ainsi que subvenir aux demandes de la ville nouvelle. Ainsi, la ville nouvelle consolide l’idée de transformer la discipline urbanistique en système, notamment le système d’aménagement urbain de G. Risler, qui faute de ne pas avoir été réalisé en France va être fait au Maroc. En effet, le Maroc va servir de terrain d’exploration et de pratiques de l’urbanisme moderne. Annexe N°12: A l’exemple de Rabat et de Casablanca, la plupart des villes marocaines suivent le même plan d’aménagement, elles vont avoir une forme duale où la médina est la partie ancienne tandis que la ville nouvelle va se greffer autour et faire l’objet d’une expansion planifié. Comme le souligne J.F Troin13, les villes maghrébines vont connaître une transformation radicale due au nouvel essor urbain induit par le protectorat. Ces transformation-là vont distinguer les villes modernes de la façade maritime et les villes du Vieux Maroc. Aujourd’hui, le décalage de niveau de développement est encore bien présent entre les villes intérieures et les villes du littoral qui se sont beaucoup plus développées à quelques exceptions près qui profitent du tourisme. Annexe N°13: Rabat, la capitale moderne va alors devenir le symbole du pouvoir colonial, où la ville traditionnelle fait face à la ville nouvelle. La ville se développe selon 4 axes 14: • La conservation des villes indigène et leur préservation • L’aménagement d’une ville neuve européenne aux abords de l’ancienne médina avec le soin de « théâtraliser » la limite entre les deux • La création d’un quartier des services publics,

12 Arrêté viziriel du 8 juillet 1922 énonçant les règles de respect du style local 13 Troin Jean-François (sous la direction de) (1987), Le Maghreb, hommes et espaces, Armand Colin, collection U, Nancy 14 Bailly E., Espaces imaginés, espaces habités, Au-delà de la mondialisation : Téhéran, Rabat, New York, Paris, Thèse de Doctorat en Urbanisme sous la direction de Thierry Paquot Octobre 2009

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• La mise en place d’un zonage de la ville définissant la zone industrielle, commerçantes, de plaisance, de résidence etc. Annexe N°14: Ecochard avait une vison antagoniste à celle de Prost dans le développement de la ville, il cherche à faire évoluer les populations indigènes à travers leru habitat et donc la modernisation poui lui passe par l’effacement de la culture. Ainsi, cet effacement aura pour résultat, selon lui, « l’élévation du standard de vie, considérée comme processus d’acculturation au mode de vie moderne, c’est-à-dire occidental ». Il s’appuiera beaucoup sur la Chartes d’Athènes qui selon lui « donne en formules simples des règles essentielles pour l’aménagement actuel des villes ». il estime que : «  la lecture de ce livre apporte plus à l’urbanisme que tous les cours de nos écoles officielles, qui elles ignorent ce travail […] la bêtise se cache souvent sous un fratras de connaissance, tandis que si l’on entreprend de régler la ville sur les fonctions de la Chartes d’Athènes  : habiter, travailler, cultiver le corps et circuler, on pourra [….] résoudre les problèmes majeurs que posent nos villes nouvelles, aussi bien que l’adaptation de nos anciennes cotés à la vie moderne » Annexe N°15:

Ce plan a été pensé pour permettre l’implantation des administrations du protectorat ainsi que leur lieu de résidence sous forme de villas près de la médina. Les premiers tracés de chemin de fer furent mis en place, avec notamment une gare centrale qui va devenir un repère sur l’avenue monumentale qui va relier cette gare ainsi que tous les équipements importants de cette nouvelle ville. Dans le développement de ce plan furent érigé des parcs et une multiplicité d’espaces publics. La notion d’espace public, de grandes avenues arborées, de grands équipements spécialisés vont bouleverser le système traditionnel, et démontrer une nouvelle manière de faire ville qui porte des codes totalement opposé au code de vile de la médina. Là où le l’espace public ne fait pas l’objet de soin particulier dans la médina hormis les devantures de boutique, la grande avenue elle fait l’objet d’un soin particulier tant dans son traitement de sol, que dans ses alignements d’arbres etc. Annexe N°16: Par exemple, la diffusion de l’automobile, qui est devenu le moyen de transport le plus fréquent, impose des aménagements liés à la circulation qui vont tracer la ville. Aussi, les équipements publics vont former des centres d’activités et d’intérêts au

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sein de la ville, ils servent aussi de marqueurs de la domination coloniale moderne. Apparaissent aussi avec, les premiers jardins publics, places, les grands boulevards etc. En effet, la modernisation apportée par le protectorat a engendré de nombreuses infrastructures pour l’administration et pour l’industrie. Annexe N°17: Se définissent alors deux entités, celle qui relève de l’intramuros et l’extramuros, tant sur le plan urbain, que sur le plan social ou politique. La Médina face à la ville européenne va se déstructurer petit à petit dû au déplacement de son pouvoir politique, aussi la migration vers la ville européenne de ses habitants et l’exode rurale vont réduire voir lui faire perdre sa cohésion sociale qui tournait autour des familles qui sont référents de leur maison. Une autre forme de cohésion sociale en naîtra entre cette fois ci entre ces gens qui ont la même situation économique et qui ne viennent pas forcément de la même famille. Aussi sur le plan économique, l’artisanat qui faisait vivre la médina va connaître une crise à cause de la manufacture industrialisée et parmi les conséquences de la modernisation de la ville fut le déplacement des pouvoirs politiques et économique vers l’extramuros. Annexe N°18: Le Makhzen, pouvoir central qui pourrait se traduire par Etat, est une imbrication de l’Etat et de la Société au Maroc. Il joue son rôle politique avec à sa tête la monarchie et son élite politique et de manière indissoluble il est lié à le Société civile. Cela est du au fait qu’il est enraciné dans l’histoire séculaire de la nation et surtout dans la conscience collective du peuple. Sans être fermé à la modernité étrangère et universalisant, il tend par la connotation endogène qu’il porte à faire pérenniser les fondements traditionnels dominant sur l’espace social et politique.15 L’extension de sa domination sur le plan social, va jusqu’à régir les habitudes au sein des rapports entre les individus et de la famille. Annexe N°19: L’ouverture à l’Europe, le renforcement des liens avec celle-ci, importe un capital important qui va se concentrer sur le développement de projets majeurs sur tout l’axe littoral du pays à commencer par Casablanca, Rabat, Tanger. Ces villes sont devenues les motrices du changement et tendent à devenir des métropoles ouvertes 15 Santucci J-C., Introduction. Le Maroc actuel entre modernité et tradition. Réflexions sur le changement In : Le Maroc actuel : Une modernisation au miroir de la tradition ? [en ligne]. Aixen-Provence : Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman, 1992 (généré le 27 décembre 2017).

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sur le monde, ouverte sur l’extérieur et surtout porteuse de la modernité. Aussi, la Chine joue un rôle capital sur le plan économique d’investissement au sein du pays, de la même manière que les pays du Golfe. Le soutien militaire américain est aussi capital. En effet, la multiplication des sources d’investissements qu’ils soient européen, chinois, du Golf etc. démontre aujourd’hui le pays ne trouve plus ses référentiels de développement juste en Europe ce qui a toujours été le cas, mais va aujourd’hui puiser dans le monde et s’ouvrir complètement à celui-ci. Ce qui n’est pas nouveau dans l’histoire du pays qui depuis toujours est au cœur des échanges commerciaux, culturels et économique entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne. Ainsi, en reprenant la description de feu Hassan II du Maroc qui disait que « «Le Maroc est un arbre dont les racines sont ancrées en Afrique mais qui respire par ses feuilles en Europe « en 1986, Nous pouvons dire qu’aujourd’hui il respire non plus qu’en Europe mais en le Monde. Cette ambition, qui se réalise petit à petit amis de manière accéléré n’est pas sans impact majeur sur ses villes et ses habitants. Annexe N°20: Avec l’Indépendance comme nous l’avons vu, le Maroc va s’orienter vers le modèle économique libéral accompagné d’une réappropriation des terrains des colons. Aussi, il s’attache à privatiser certains secteurs de l’économie et à reformer l’unité nationale à travers sa promotion Cette promotion nationaliste passe par l’arabisation, la marocanisation ainsi que la généralisation de l’enseignement. Par ailleurs, l’ambition libérale et la sécularisation religieuse, notamment la coexistence entre le pouvoir royal16 et l’Etat démocratique17. Ceci va constituer les fondements des politiques publiques dont celles qui vont impacter la ville.

16 Le sultan Mohamed a pris le titre de roi et le nom de Mohamed V en août 1957. 17 Le multipartisme a été introduit au lendemain de l’Indépendance par Ben Mbarka, premier président élu, au sein de la Constitution.

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Annexe N°21:

La ville se développe alors avec

de nouveaux quartiers résidentiels et d’activités comme Hay Riad, qui est un quartier de luxe où se trouvent aussi les administrations importantes et des entreprises marocaines, ou encore Hay Salam, une opération d’habitat qui en fait le lien entre Rabat et Salé, il y a aussi le projet de la coulée verte entre Rabat et Temara avec sa forêt. A l’ouest un Campus prend forme aussi. Ce grand campus de Technopolis, premier grand campus d’enseignement et de recherche du pays. Cette croissance urbaine donne naissance non seulement à une ville polycentrique, mais ces centres démarquent socialement et spatialement les habitants, d’où le fait de parler de Rabat comme Ville éclatée. Annexe N°22: En effet, de manière général, entre louer et être propriétaire, le choix est rapide. Cet enclin puissant à vouloir être prioritaire de sa maison est profondément enraciné chez le marocain. Etre propriétaire de sa maison est synonyme de stabilité et de fondements solides pour fonder la famille, c’est le premier pas pour avoir une indépendante dans la société. Cela va jusqu’à être un critère préalable au mariage lorsque la famille va donner sa fille, la question des biens propriétés du futur mari marque chez eux une assurance de stabilité. Pour ces même raisons et aussi pour des raisons d’avantages financiers, l’idée est que faire un prêt pour s’acheter un appartement en remboursant tous les mois un montant est plus attrayante que de payer un équivalent en loyer et ne jamais devenir propriétaire. Annexe N°23: A chaque catégorie social visé correspond un type d’habitat copié sur le même modèle de l’appartement classique de 60m², les projets ne tiennent pas compte du vécu, de l’expérience résidentielle ou encore de la ‘grande-famille’.

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Annexe N°24: Ahmed, mécanicien de 56 raconte: « Mon rêve était devenu réalité, puis il s’est transformé en cauchemar. Je suis sorti du bidonville pour une vie fantôme »  18. Il raconte aussi : « Il n’y a pas besoin d’être un spécialiste pour savoir d’une ville a besoin de choses élémentaires : le transport, l’éducation, la santé. Mon fils, qui passe le bac, va à l’école à pied. Une heure et demie par trajet ! Les politiciens pensent que parce qu’on vient des bidonvilles, on ne comprend rien. Mais on connaît la vérité : ils ont créé des villes nouvelles pour jeter les pauvres hors des grandes villes et récupérer les terrains de valeur. Ils nous ont isolés dans des bleds paumés, sans activité. Qu’est-ce qu’ils veulent vraiment ? Exterminer les bidonvilles ou les gens qui y habitent ? ». « Finalement, on a recréé le même schéma que dans nos anciens bidonvilles, sourit Ahmed. La seule différence, c’est le béton. »192.3

Annexe N°25: En mai 2003 eurent lieu les bombardements de Casablanca. Lancé par des terroristes qui habitaient dans les bidonvilles, l’urgence de la situation se révélé alors. Les bidonvilles sont des niches de comportements violents, de trafics illicites et de mal être social, ce qui va pousser le gouvernement dans son engagement et son ambition d’éliminer ces derniers. En effet, l’habitat informel n’est plus perçu comme un problème spatial simplement mais vu dorénavant comme un problème politique et social. Il est le lieu de formation des violences urbaines. Annexe N°26: Cette réalité malheureuse longtemps niée démontre bien l’importance qui doit être porté à ces lieux qui participent à la formation et à la vie de la ville. En effet dans la ville maghrébine pour ne pas dire que marocaine,on définit bien les ségrégations urbaines et spatiales entre les quartiers riches et pauvres. Les limites sont spatialisées: un boulevard, un mur, un talus...

18 Article sur Tamesna par Le monde: http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/08/30/tamesna-une-ville-pas-smart-du-tout-aux-portes-derabat_5178701_3212.html Consulté le 15 novembre 2017 19 idem

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Annexe N°27: Dans le cas ce douar, il fut rogné au fur et à mesure des projets et des relogements, mais jusqu’en 2000, il en résiste deux partie. La première qui donne sur la mer directement et la seconde enclavé par l’urbanité. Nous nous intéressons à la partie maritime qui a aujourd’hui disparu et marque la disparition d’un morceau de ville historique. L’enquête de Françoise Navez Bouchanine, révèle que le tiers des ménages vit dans un habitat insalubre. Elle souligne aussi à quel point l’habitat informel se développe plus rapidement que l’habitat formel.20 Les logements construits pour reloger ne suffisent pas, les ménages augmentent rapidement auxquels se rajoutent les populations issus de l’exode rurale ou encore la nouvelle migration subsaharienne qui s’installe au Maroc dorénavant au lieu de continuer jusqu’en Europe. Annexe N°28: En effet le processus est complexe, en 2005 lorsque commencèrent les travaux, l’armée intervenu pour démolir les habitations précaires et le marché informel qui existait. Selon la SDEK, faire intervenir l’armée était censé accélérer les relogements en vue de tenir les délais. Cette façon d’éradiquer rapidement en commençant par les baraques vides puis la négociation avec les habitants a fait perdre confiance au restant des habitants. Beaucoup sont partis d’eux même se relogés ailleurs dans d’autres douars de la ville, ce qui correspond à un déplacement du problème. La partie qui est resté s’est manifesté et à fait du bruit pour contester l’absence de contrepartie. Sans perspective de relocalisation ni de réemploi, les habitants refusent de quitter leur bidonville. Annexe N°29: A la suite du travail de la MOS, qui avaient préconisé de rapprocher les habitants du bidonville par connaissances pur ne pas éclater la cohésion sociale déjà présente dans l’ancien bidonville, il s’est avéré que les bidonvillois préférés d’être séparés, ils veulent leur indépendance, ils jugent le voisinage dans lequel ils étaient trop envahissant. C’est pour cela qu’aujourd’hui les espaces extérieurs ont encore du mal à être appropriés par les habitants.

20 Navez-Bouchanine F., Évolution de la politique urbaine et résorption des bidonvilles au Maroc: Succès et avatars de la « maîtrise d’ouvrage sociale » , Revue internationale des sciences sociales, 2007/3 (n° 193-194), p. 403-426. DOI : 10.3917/riss.193.0403. Consultable sur: https://www.cairn.info/ revue-internationale-des-sciences-sociales-2007-3-page-403.htm Vu le 22 décembre 2017

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Annexe N°30: Comme le quartier dense d’Agdal, faisant partie de la ville européenne ou encore, Hay riad, luxueux, ou Souissi ou le quartier des Ambassadeurs etc. Le zonage de la ville produit par l’Agence urbaine, contribue à démarquer les centralités de Rabat. Aussi, dans les zones particulièrement résidentielles, l’on s’aperçoit qu’il y a un urbanisme systématique qui fonctionne sur le système de l’îlot. Les tracés sont orthonormés, ils divisent en parcelles et accueille un lotissement de logement. La rapidité des constructions est fulgurante. Il y a une vraie prolifération de ces constructions résidentielles en périphérie de la ville. L’expansion de la ville est clairement palpable, tous les ans naissent de nouveaux quartiers. Face à cette frénésie constructive, il n’y a pas de réflexion sociétale. Nous construisons, pour vendre non pas pour loger. La structure dessinée généralement ne fait pas l’objet d’un travail poussé vers le mode de vie des futurs habitants. Le plan de l’appartement européen classique est repris et mis en œuvre. L’offre est attrayante étant donné l’image vendu dans le bas standing et moyen standing. Des facilités de paiements, de crédit sont mis en place pour attirer un maximum d’acquéreur.

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ANNEXES EXTERNES Annexe N°1 Sala Al Jadida: dans l’antichambre de Rabat Article paru sur Telquel.ma : 23 Juillet 2014 Auteur: Otmane Boujrada Consultable sur : http://telquel.ma/2014/07/23/sala-al-jadida-lantichambre-rabat_1410959

Cette cité-dortoir abrite 200 000 habitants qui ont quitté la capitale pour accéder

à un logement abordable. Le prix à payer : des conditions de vie peu confortables et une absence criante d’infrastructures.

Des immeubles de quatre étages sans charme, dupliqués cent fois et séparés par

des ruelles étroites, des jardins communautaires laissés à l’abandon et une fontaine hors service depuis cinq ans. C’est le décor de Sala Al Jadida, une ville rêvée par Hassan II en 1995. Cette année-là, le roi donne le coup d’envoi d’une « nouvelle ville modèle », au sud de Salé et à 12 kilomètres de Rabat, destinée en priorité au relogement des habitants des bidonvilles de la capitale.

Le projet est achevé dans un temps record. L’Etat mobilise 5,5 milliards de

dirhams pour créer la première ville satellite au Maroc. Avec un rythme de construction de six appartements par jour, la première partie du chantier, composée de 3000 logements, est bouclée en trois ans. Les années suivantes, la ville accueille 1000 ménages qui habitaient des maisons menaçant ruine au sein de la médina de Salé, 3500 autres logés par des coopératives d’habitat des œuvres sociales des départements ministériels et offices publics, ainsi que 3500 ménages dépendant des œuvres sociales des Forces armées royales, de la Gendarmerie royale, des Forces auxiliaires et de la Direction générale de la sûreté nationale. Près de vingt ans après, la frénésie immobilière continue d’imposer son rythme à cette cité-dortoir qui abrite 200 000 habitants.

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Orphelins de Rabat

Sala Al Jadida est une ville tristement proprette, qui rappelle les grands

ensembles construits dans les années 1950 dans les banlieues européennes. « Cette poussée vigoureuse et désordonnée de l’urbanisation est le prix fort élevé payé par Salé pour la croissance urbaine de Rabat », écrit Mohamed Naciri, géographe et spécialiste de Salé, en préface du livre Les gens de Salé, paru en 2001. Aujourd’hui, la ville s’est transformée en banlieue de fonctionnaires et salariés contraints de quitter Rabat et de se déclasser pour accéder à des logements moins onéreux.

Abdelkader vit à Sala Al Jadida depuis sept ans. Ce Rbati a acquis un appartement

de 51 m2 et s’est marié avec Safaa, surveillante générale dans un lycée à Rabat. « Les prix des logements sont abordables et la qualité de vie est nettement meilleure que dans certains quartiers de la capitale », estime-t-il. Pour sa part, Mohamed, fonctionnaire fraîchement retraité, vit ici depuis deux ans. « J’ai acheté mon appartement pour y passer ma retraite. La vie n’est pas chère par rapport à la capitale. Sauf que cette ville est ennuyeuse », déplore-t-il. Mohamed a la nostalgie de Rabat, sa ville natale : « Pour prendre l’air, je me précipite à Rabat chez ma famille ». Dans cette ville, tout tourne autour de la capitale. Pour travailler, se soigner, étudier et même supporter une équipe de foot, les habitants doivent se rendre sur l’autre rive du Bouregreg. « Les habitants n’ont pas coupé le cordon ombilical avec Rabat », observe Mohamed. Un désert social

Ayman et Omar attendent leur tour pour entrer sur le « terrain de foot » de leur

quartier, ou plus exactement l’aire de jeu de la place de la fontaine. C’est là que les jeunes viennent frapper la balle, faute d’espace dédié. « La ville compte un seul terrain de foot et il est loin de pouvoir combler le déficit actuel », souligne Ayman. Ces lycéens sont des inconditionnels de l’ASFAR. « Rabat est notre ville natale et les FAR notre équipe favorite », s’enflamment les deux jeunes hommes en chœur. D’ailleurs, sur les murs du quartier, seuls les graffitis à la gloire de l’équipe miliaire ont droit de cité. L’Association sportive de Salé et l’équipe nouvelle de l’Association sportive de Sala Al Jadida n’arrivent pas à avoir un ancrage local.

Direction à présent vers l’un des deux centres de santé de la ville. Dans ce

bâtiment qui accuse le poids des ans, seul un médecin et un infirmier se chargent d’apporter les soins médicaux courants. « Pour les opérations et accouchements, il

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faut aller à Rabat ou Salé », déplore un habitant devant le centre de santé. Un hôpital provincial est en cours de construction depuis des années. « Il devrait ouvrir ses portes d’ici la fin de l’année », prévoit Bahaeddine Akdi, vice-président du conseil municipal de Salé.

Le cahier de doléances des habitants de Sala Al Jadida est volumineux. Une

étude de Care international Maroc synthétise les nombreux maux de cette cité. En 2013, l’association a réalisé une enquête de terrain pour évaluer l’une des premières opérations de relogement des bidonvillois. Principale conclusion, « Sala Al Jadida souffre d’un manque flagrant d’infrastructures sociales. Ce quartier est un désert de service public », résume Sophie Perez, directrice de Care Maroc. Fouad, qui habite cette ville depuis treize ans, estime qu’elle « paie les frais de la dégradation de son statut de préfecture à simple arrondissement ». Depuis 2003, Sala Al Jadida est en effet rattachée à Hssaine, un des cinq arrondissements de la commune urbaine de Salé. Le tram en 2018

L’insuffisance de moyens de transport est un vrai casse-tête dans cette ville où

81% des ménages déclarent utiliser les transports pour se rendre au travail, notamment les transports publics pour 53% d’entre eux, selon Care Maroc. Seules deux lignes de bus et les grands taxis desservent Sala Al Jadida. La finalisation de sept nouveaux projets immobiliers en cours de construction amplifiera la pression sur ce service public déjà mal en point. Fatiha habite Sala Al Jadida et travaille à Hay Riad, à Rabat. Elle passe chaque jour 3 heures dans les transports, dans des conditions déplorables. « Je n’ai pas choisi de mener cette vie dans les transports. Mais les loyers à Rabat sont inabordables. Je suis obligée de faire cette navette éreintante », soupire-t-elle. Fatiha devra prendre son mal en patience, au moins jusqu’en 2018, pour pouvoir emprunter le tramway qui devrait être prolongé vers Sala Al Jadida. « Les études sont bouclées, reste à trouver le financement nécessaire », annonce le vice-président de la municipalité de Salé. Les spéculateurs font la ville Sur les 270 ménages interrogés par Care Maroc, 55% estiment que leur logement n’offre pas le confort attendu. La plupart dénoncent des conditions de vie pénibles, dues à une mauvaise isolation phonique et thermique. « Les terrains de sport existants

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sont laissés à l’abandon », regrette Sophie Perez, qui poursuit : « Les jardins ne peuvent pas être qualifiés d’espaces verts, ils sont fermés à clé ». Même le nouveau centre socio-sportif financé par l’INDH n’est pas utilisé à sa pleine capacité. « Les murs restent vides faute d’implication des acteurs locaux », affirme la directrice de Care Maroc. Le vice-président de la municipalité, lui, se veut philosophe. « Sala Al Jadida est un quartier bien organisé par rapport à l’existant. Les bâtiments et les artères sont en bon état. Certes il y a une pression sur les infrastructures et une faible animation, concède-t-il, mais nous croyons au potentiel de cette ville, surtout qu’avec l’ouverture de Technopolis, les opportunités de développement sont importantes ». Sala Al Jadida s’étale dans toutes les directions et l’action de l’Etat reste limitée. Selon le vice-président de la municipalité de Salé, un projet pour la construction d’équipements sociaux n’a pas pu être mené à terme. « Dès 2009, nous avons lancé une procédure d’expropriation de 17 lots de terrain destinés, dans le plan d’aménagement, à des infrastructures sociales. Mais notre demande n’a pas été prise en compte par le ministère de l’Intérieur. Nous ne connaissons toujours pas les raisons de ce refus », s’interroge Bahaeddine Akdi, qui précise néanmoins que « ces 17 terrains ont été acquis par des promoteurs qui font tout pour ne pas les céder à la commune ». Pendant ce temps, la spéculation foncière bat son plein à Sala Al Jadida.

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Annexe N°2 Tamesna, une ville « pas smart du tout » aux portes de Rabat Article paru sur Telquel.ma : 30 août 2017 Auteur : Ghaliya Kadiri Consultable sur : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/08/30/tamesna-une-villepas-smart-du-tout-aux-portes-de-rabat_5178701_3212.html

Construite il y a dix ans pour désengorger la capitale marocaine, la cité est

déserte et ses rares habitants s’y sentent piégés. A 20 km du brouhaha de Rabat, le centre-ville de Tamesna n’est que silence. Pas un son, pas un frisson. Les routes, neuves, sont désertes. Où sont passés les habitants ? Sous le soleil d’été, la cité tout entière dort. D’un sommeil profond, angoissant, interminable. Il suffit d’arpenter la longue avenue qui traverse les barres d’immeubles sorties de terre pour découvrir son étendue désolée. Des bâtiments agencés comme des boîtes d’allumettes, et puis le vide. Des kilomètres de vide. Tamesna, créée en 2007 aux portes de Rabat pour désengorger la capitale marocaine, est une ville mort-née. Sur le papier glacé des publicités, elle illustrait pourtant le rêve d’une ville nouvelle, conçue pour offrir un environnement de qualité à 250 000 habitants. Face à la flambée de l’immobilier à Casablanca et à Rabat, les plus pauvres rêvaient de quitter leur bidonville pour une vie plus digne. Les classes moyennes croyaient au slogan publicitaire : un confort moderne à deux pas de la capitale. Dix ans plus tard, la ville nouvelle n’est que l’ombre d’elle-même. Moins de 40 000 personnes y vivent, retranchées dans des habitations sans âme, fenêtres fermées. Les espaces publics et les équipements collectifs sont inexistants, les terrains vagues abandonnés aux herbes folles. Pas d’entreprise, pas d’hôpital, peu de commerces. Tamesna est une cité-dortoir sans vie.

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« Une île sans bateau » Pour ses habitants, ce n’est pas le pire. « Notre calvaire, c’est le transport. Ils ont construit une ville-dortoir sans accès. Tout le reste se passe à l’extérieur », raconte Ahmed, 56 ans, un mécanicien qui fait la navette tous les jours entre Tamesna et Rabat. « Pour ceux qui n’ont pas de voiture, Tamesna est une prison, une île sans bateau. » Les vieilles carcasses qui servent d’autobus ne fonctionnent presque plus. « Il faut attendre de longues heures avant de pouvoir monter dans un bus bondé et dangereux, qui tombe parfois en panne au milieu de l’autoroute. Et si un de mes enfants faisait un malaise dans la nuit, comment je le conduirais à l’hôpital jusqu’à Rabat ? » Episode 26 A Casablanca, la rue n’a pas dit son dernier mot Cela fait bientôt six ans qu’Ahmed a quitté son bidonville de Casablanca. Ce père de famille est désormais propriétaire d’un logement économique d’une valeur de 140 000 dirhams (environ 12 500 euros). « Mon rêve était devenu réalité, puis il s’est transformé en cauchemar. Je suis sorti du bidonville pour une vie fantôme. » Comme Ahmed, des dizaines de milliers de Marocains ont pu acquérir des biens immobiliers dans le cadre du programme « Villes sans bidonvilles », également appelé « programme de recasement ». Depuis plus de dix ans, le Maroc s’est lancé dans un vaste plan d’aménagement urbain, prévoyant la création d’une quinzaine de villes nouvelles, pour répondre à la croissance démographique et éradiquer les bidonvilles. « Ce programme de “recasement”, comme ils osent l’appeler, est une hérésie », dénonce un architecte à Casablanca qui a souhaité garder l’anonymat. « Les pouvoirs publics ne cachent même pas le fait qu’ils ont créé de véritables camps où les pauvres vivent entre eux, loin des grandes villes et du PIB qui va avec. Au Maroc, on est en train de créer une énorme ceinture riche et une énorme ceinture pauvre. Il n’y a plus de vases communiquants alors forcément, ça explose ! »

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« Jeter les pauvres hors des grandes villes » Au Maroc, les cités sorties de terre sont construites à grande échelle, sans services ni mixité de fonctions. Et les grandes villes ne cessent de grossir. Sur l’autoroute reliant Casablanca à Rabat, les barres de béton défigurent le paysage. A force de grignoter l’espace, les deux villes ne feront plus qu’une. Toute l’année, les grandes grues jaunes tournent pour donner naissance à des projets immobiliers dénués de logique urbaine. Les habitants se retrouvent dans des appartements souvent mal construits, au bord de la route, isolés du reste du monde. Ahmed témoigne : « Il n’y a pas besoin d’être un spécialiste pour savoir qu’une ville a besoin de choses élémentaires : le transport, l’éducation, la santé. Mon fils, qui passe le bac, va à l’école à pied. Une heure et demie par trajet ! Les politiciens pensent que parce qu’on vient des bidonvilles, on ne comprend rien. Mais on connaît tous la vérité : ils ont créé des villes nouvelles pour jeter les pauvres hors des grandes villes et récupérer les terrains de valeur. Ils nous ont isolés dans des bleds paumés, sans activité. Qu’est-ce qu’ils veulent vraiment ? Exterminer les bidonvilles ou les gens qui y habitent ? » Depuis son arrivée à Tamesna, la femme d’Ahmed ne travaille plus. En cause, le manque de mixité sociale dans une ville où la plupart des habitants sont issus des couches les plus défavorisées. « A Casablanca, nous vivions dans des conditions insalubres, c’est vrai. Mais c’est la ville la plus riche du pays, on y trouvait facilement du travail. Ma femme était domestique dans une villa proche du bidonville. Ici, il n’y a rien pour elle. Et puis nous n’avons accès à rien. Il faut se déplacer pour tous nos besoins, donc payer le transport. Avant, on pouvait acheter du poisson au port de Casablanca à un bon prix. A Tamesna, les épiceries ne sont même pas approvisionnées. J’aurais préféré rester dans mon bidonville, là où il y a de la vie. » A l’équerre et au compas Où sont les cités radieuses promises par l’Etat ? Les habitations espacées et ensoleillées, les espaces verts, les réseaux de transport, la ville partagée entre les quartiers réservés au

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travail et ceux consacrés aux loisirs ? A Tamesna, les habitants vivent sur eux-mêmes, dispersés, loin de tout. Et pourtant, les immeubles continuent de pousser, laissant un goût d’inachevé. On dit ici que la ville a été dessinée à l’équerre et au compas. Certains architectes dénoncent un urbanisme de spéculation au Maroc, où les choix de politique urbaine restent étroitement liés au prix du foncier. Pour créer de la vie, les habitants de Tamesna ont imaginé leur propre souk. Dans un petit coin de rue derrière une mosquée, un marché informel a investi le trottoir. Les marchandises sont disposées à même le sol ou dans les coffres ouverts des camions. Pour la première fois, on retrouve le traditionnel tumulte urbain des quartiers populaires marocains. Dans le reste de la ville, des petits commerces ont ouvert dans l’illégalité pour répondre aux besoins des gens. Des coiffeurs, des tailleurs et des boulangers se sont établis au pied des immeubles, tandis que des petites camionnettes servent de taxis partagés. « Finalement, on a recréé le même schéma que dans nos anciens bidonvilles, sourit Ahmed. La seule différence, c’est le béton. »

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Annexe N°3 Discours Royal de Sa Majesté le Roi Mohammed VI (18 Mai 2005) "Louange

à Dieu.

Paix et salut sur le Prophète. Sa famille et Ses compagnons. Cher peuple. Ainsi que tu le sais, depuis que j'ai assumé la charge suprême d'assurer la conduite de la nation, J'ai toujours été attentif à tes préoccupations, soucieux de répondre à tes aspirations, veillant constamment à t'associer à la recherche des solutions appropriées pour relever les grands défis qui se posent à notre nation, dans un esprit empreint d'espérance, de volontarisme et d'engagement. C'est dans ce même esprit, et après une réflexion qui a mûri au fil des déplacements et des visites que J'ai effectués à travers les différentes régions du Royaume pour M'enquérir de ta situation, que J'ai décidé de t'entretenir, aujourd'hui, d'une question qui se trouve au c ur de notre projet de société, une question qui préoccupe et interpelle instamment la nation dans son ensemble : institutions, acteurs politiques, syndicaux et économiques, société civile, et plus encore, familles et l'ensemble des citoyens. Nous entendons par là la problématique sociale, qui constitue, pensons-Nous, le défi majeur à relever pour la concrétisation de notre projet de société et de développement. En effet, Nous avons décidé, avec l'aide de Dieu, de Nous y atteler en lançant une nouvelle initiative qui se veut novatrice et ambitieuse, à savoir : "l'Initiative Nationale pour le Développement Humain". Cette initiative s'inscrit dans la vision d'ensemble qui constitue la matrice de notre projet sociétal, modèle bâti sur les principes de démocratie politique, d'efficacité économique, de cohésion sociale et de travail, mais aussi sur la possibilité donnée à tout un chacun de s'épanouir en déployant pleinement ses potentialités et ses aptitudes. C'est dans cette vision équilibrée et portée vers l'avenir, que s'inscrivent, du reste, les réformes fondamentales et les projets structurants que Nous avons engagés, ainsi que les progrès et les acquis aujourd'hui engrangés, notamment dans les domaines de la consolidation de l'Etat de droit, de l'élargissement de l'espace des libertés, de la promotion des droits de la femme, de l'enfance et des catégories sociales démunies et fragiles. Nous avons franchi des étapes importantes dans le processus de construction d'une économie moderne et performante, à travers les multiples projets d'infrastructure et de mise à niveau de l'appareil productif national, et les divers dispositifs de promotion de l'investissement et de l'initiative privée, ainsi qu'à travers les politiques sectorielles et les programmes de développement régional, lancés récemment par Nos soins dans les régions de l'Oriental et de Souss-Massa-Daraâ, pour étayer les réalisations accomplies depuis quelques années déjà dans les Régions du Sud et du Nord du Royaume. Nous avons également veillé à la disponibilité des moyens et des mécanismes à même d'impulser le processus de développement - notamment le Fonds Hassan II pour le développement économique et social- et d'accélérer la réalisation des programmes nationaux d'adduction d'eau potable, d'électrification intégrale du monde rural et de son désenclavement. Cher peuple. L'initiative que Nous lançons aujourd'hui est une autre pierre qui vient conforter cet édifice. Elle part ainsi de quatre points de repère principaux, qui en constituent le bien-fondé et la philosophie d'action. Elle part, d'abord, des données objectives qui constituent les termes de la problématique sociale au Maroc.

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Des données qui montrent que de larges franges de la population marocaine et des zones entières du territoire national vivent dans des conditions difficiles et parfois dans une situation de pauvreté et de marginalisation, qui est incompatible avec les conditions d'une vie digne et décente que Nous souhaitons pour Nos citoyens. En effet, de nombreux quartiers et bidonvilles, urbains ou périurbains, et plusieurs communes, situées pour leur grande majorité en milieu rural, connaissent des situations difficiles marquées par l'insuffisance des accès aux équipements et services sociaux de base, offrant ainsi des terreaux propices à l'aggravation des problèmes d'analphabétisme, de chômage et d'exclusion, ou de déscolarisation, et pâtissant des faibles opportunités d'emploi et d'activités rémunératrices. Une telle situation est, certes, inacceptable. Mais, se contenter d'en établir le diagnostic n'est guère suffisant et n'a réellement d'utilité que s'il se conjugue à une action sérieuse et porteuse d'améliorations concrètes. La vérité du diagnostic social devra, ainsi, être appréciée à l'aune de la noblesse de Notre motivation et de la grandeur de Notre ambition pour le progrès social. Aussi, toute exploitation de la misère sociale à des fins politiciennes ou pour nourrir des velléités extrémistes ou encore pour cultiver un sentiment de pessimisme, de défaitisme et de désespoir, relève-t-elle de la pure malhonnêteté et de la mystification et ne saurait être moralement acceptée. Notre Initiative procède, en second lieu, d'une conviction selon laquelle la mise à niveau sociale, tâche par ailleurs complexe et de longue haleine, ne peut relever de l'assistance ponctuelle ou de l'action caritative spontanée ou encore d'un devoir éthique ou d'un acquit de conscience. Tout en veillant à ce que chacun demeure constamment imprégné de ces vertus et de leurs bienfaits louables, Nous estimons que le développement efficace et durable ne peut se concrétiser que par le biais de politiques publiques intégrées, s'inscrivant dans le cadre d'une entreprise cohérente, d'un projet global et d'une forte mobilisation tous azimuts, où les dimensions politique, sociale, économique, éducationnelle, culturelle et écologique, se conjuguent et se complètent. Aussi, en veillant à la concrétisation de ce projet, Notre ultime dessein est-il d'élargir le cercle des opportunités et les espaces de choix qui s'offrent à l'homme et à la femme marocains. Toutefois, cela ne saurait être possible que par un effort d'éradication de la pauvreté et des dénuements qui limitent les potentialités du citoyen marocain et empêchent sa pleine participation à la vie sociale et économique. Si le niveau de croissance économique est insuffisant et inéquitable dans la mesure où ses dividendes ne profitent pas à l'ensemble des populations et des régions du pays, d'autant que certaines continuent à pâtir de la marginalisation et de la dégradation des conditions de vie, il importe de noter, en même temps, que l'inclusion souhaitée ne saurait être considérée, selon une vision simpliste et étriquée, comme un fardeau qui pèse sur la croissance, dès lors qu'elle en est à la fois la condition et le catalyseur. Le troisième point de repère de l'Initiative est lié au choix de l'ouverture sur le monde, choix que Nous avons fait et que Nous assumons. Le monde ne cesse, en effet, de changer autour de nous, et de nous imposer davantage de défis et de vulnérabilités qui fragilisent nos liens sociaux et territoriaux et véhiculent des standards de consommation, des modes de vie et des schémas de pensée envahissants, que nous ne pouvons ni éviter ni ignorer. Aussi, immuniser nos acquis vis-à-vis des retombées de l’ouverture, tout en tirant profit des nombreuses opportunités qu’elle offre, ne peut-il être qu’une entreprise collective mobilisatrice. C’est pourquoi tous les Marocains sont appelés à y prendre part, au lieu de se confiner

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dans une posture conduisant tout droit à l’impasse ou dictant le recours à des solutions individualistes, contraires aux exigences de l’intérêt supérieur de la nation. L’Initiative part, en quatrième et dernier lieu, des leçons tirées de nos expériences passées et des modèles ayant fait leurs preuves dans certains pays, en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Ces expériences montrent que ce défi ne saurait être relevé que par une définition rigoureuse des objectifs et une mobilisation générale en vue de leur réalisation. Elles renseignent, en outre, sur la limite des approches de développement strictement sectorielles, isolées et non intégrées, et sur les dysfonctionnements que génère la grande dispersion des efforts, des ressources et des intervenants. En revanche, ces expériences attestent de la pertinence des politiques de ciblage des zones et des catégories les plus démunies, autant que de l’importance d’une participation des populations pour une meilleure appropriation et viabilité des projets et des interventions, ainsi que des vertus des approches contractuelles et partenariales, outre le dynamisme du tissu associatif et des acteurs du développement local et de proximité. Partant de ces atouts, de ces référentiels et des enseignements tirés des expériences passées, l’Initiative que Nous lançons aujourd’hui doit se décliner sous le signe de la citoyenneté réelle et agissante, et procéder d’une démarche résolument novatrice et d’une méthodologie d’action qui allie ambition, réalisme et efficacité, et se traduise par des programmes pratiques, bien définis et intégrés. Trois axes principaux lui ont ainsi été fixés :. Premièrement, s’attaquer au déficit social dont pâtissent les quartiers urbains pauvres et les communes rurales les plus démunies, et ce par l’élargissement de l’accès aux équipements et services sociaux de base, tels que la santé et l’éducation, l’alphabétisation, l’eau, l’électricité, l’habitat salubre, l’assainissement, le réseau routier, les mosquées, les maisons de jeunes et les infrastructures culturelles et sportives. Deuxièmement, promouvoir les activités génératrices de revenus stables et d’emplois, tout en adoptant une action plus imaginative et plus résolue en direction du secteur informel. A cet égard, Nous appelons aussi bien le gouvernement que les différents partenaires à faire des prochaines assises nationales sur l’emploi une occasion propice pour engager un dialogue ouvert et constructif et formuler des propositions concrètes pour enrayer le chômage des jeunes. Troisièmement, venir en aide aux personnes en grande vulnérabilité, ou à besoins spécifiques, pour leur permettre de s’affranchir du joug de la précarité, de préserver leur dignité et d’éviter de sombrer soit dans la déviance, soit dans l’isolement et le dénuement extrême. Pour ce faire, et compte tenu de l’impossibilité matérielle d’assurer une couverture exhaustive et concomitante de toutes les régions et de toutes les catégories, il a été jugé pertinent d’adopter des critères objectifs d’urgence pour déterminer les bénéficiaires à titre prioritaire. Ainsi, dans une première étape de son lancement, l’Initiative ciblera le renforcement de la mise à niveau sociale de 360 communes parmi les plus pauvres du monde rural, et de 250 quartiers pauvres, en milieu urbain et périurbain, médinas anciennes et bidonvilles, où sévissent les manifestations les plus criantes de l’exclusion sociale, du chômage, de la délinquance et de la misère. Elle visera, également et de manière progressive, la mise à niveau tant des capacités que de la qualité des centres d’accueil existants, ou la création de nouveaux centres spécialisés, à même d’accueillir et de venir en aide aux personnes en situation de grande précarité, tels les handicapés, les enfants abandonnés, les femmes démunies, sans soutien et sans abri, les vagabonds, les vieillards et les orphelins livrés à eux-mêmes. Certes, nos moyens sont limités, mais ce n’est pas là une raison pour se résigner à une situation précaire dont Nous ne saurions admettre qu’elle soit une fatalité au regard de Notre peuple et de sa fierté. Notre foi inébranlable en notre génie national, notre potentiel de créativité et nos capacités de travail, nos ressources humaines qualifiées, conjugués

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à la détermination qui nous anime et que nous devons à nos valeurs authentiques seront nos véritables atouts pour parvenir aux objectifs que Nous avons fixés à cette Initiative vitale. Afin d’assurer constance et efficacité dans la mise en oeuvre de cette Initiative, et de concilier, d’une part, la contrainte inhérente à la durée limitée de chaque mandat parlementaire ou gouvernemental et, d’autre part, la nécessité de pérenniser cette Initiative de portée nationale, Nous avons fixé un échéancier pour sa mise en oeuvre en l’échelonnant sur le court, le moyen et le long terme. Sur le court terme, Nous avons chargé le Premier ministre de veiller à ce que le Gouvernement s’attelle à donner corps à cette nouvelle Initiative, dans sa première phase, sous forme de programmes et de projets intégrés et tangibles sur le terrain. Il lui appartient de soumettre à Notre haute appréciation, dans les trois mois à venir, un plan d’action complet répondant aux objectifs de l’Initiative. Sur le moyen terme, il incombe à la classe politique, dans la perspective des échéances partisanes et électorales, auxquelles elle se prépare à l’horizon de 2007, d’inscrire au cour de ses préoccupations l’élaboration de projets concrets. Le but est de donner corps à cette Initiative, eu égard à ses objectifs de développement, qui sont au centre des préoccupations quotidiennes du peuple et constituent la pierre angulaire pour la réhabilitation de l’action politique. Sur le long terme, Ma grande ambition, qui est aussi la tienne, cher peuple, est de hisser les indices de développement humain dans notre chère patrie à un niveau comparable à celui des pays développés. Soulignant le caractère national et global de cette Initiative, Nous avons donné Nos instructions à Notre premier ministre pour qu’il la soumette au Parlement dans le cadre d’une séance spéciale, afin qu’elle recueille tout l’appui qu’elle requiert. De manière générale, Nous appelons le gouvernement à adopter une démarche d’écoute et de concertation avec toutes les forces vives de la nation, en l’occurrence les partis politiques, les syndicats, les collectivités locales, les organisations de la société civile et le secteur privé, mais aussi les citoyens avisés ayant à cour de s’impliquer dans l’action du développement. Nous l’appelons aussi à adopter un plan d’action fondé sur les principes de bonne gouvernance, à savoir la responsabilité et la transparence, les règles de professionnalisme, la large participation des citoyens, l’intégration et la rationalisation des interventions des établissements et organismes publics, ainsi que le suivi et l’évaluation permanente des réalisations. Sur le plan du financement, Nous avons décidé que l’Initiative nationale pour le développement humain soit adossée à des ressources pérennes et d’un niveau substantiel, inscrites au budget général de l’Etat. A cet égard, il importe de mettre fin aux palliatifs et aux demi-mesures qui sont aussi stériles qu’éphémères. En outre, le financement de l’Initiative doit être déployé selon un mécanisme financier spécifique apte à garantir, outre la viabilité des ressources, un assouplissement efficient des procédures de mise en oeuvre. Nous voulons insister, à cet égard, qu’il ne sera fait recours à aucun nouvel impôt ou charge fiscale, ni pour le citoyen ni pour l’entreprise. La mise en oeuvre de l’Initiative nationale pour le développement humain devra, par ailleurs, être l’occasion pour faire émerger, dans notre pays, une véritable ingénierie sociale, à travers l’innovation dans les types d’intervention, économes en moyens et à impact maximal, étayés par des ressources humaines qualifiées et par des mécanismes d’observation vigilante et objective des phénomènes de pauvreté et d’exclusion. Cher peuple. L’Initiative nationale pour le développement humain n’est ni un projet ponctuel, ni un programme conjoncturel de circonstance. C’est un chantier de règne, ouvert en permanence. Il ne s’agit pas non plus d’un changement de cap ou d’une remise en cause de l’échelle des priorités. Il s’agit plutôt d’une réaffirmation tangible de notre engagement, car Nous ne cessons, à toute

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occasion, de réaffirmer la priorité et la permanence des combats que nous menons dans les domaines de la mise à niveau du capital humain, du renforcement de la compétitivité de l’économie nationale, de la promotion de l’investissement, de l’initiative privée et de l’exportation, dans le cadre des diverses politiques sectorielles. A cet égard, Nous soulignons une fois de plus, le rôle déterminant de la mise en oeuvre optimale de la réforme du système d’éducation et de formation en tant que levier capital de mobilité et d’intégration sociales, ainsi que le besoin pour notre pays de disposer d’une stratégie d’action maîtrisée à long terme par un développement rural effectif et une exploitation judicieuse et optimale de nos ressources agricoles. Tenant fermement au devoir de solidarité à l’égard du monde rural pour pouvoir faire face aux situations pressantes consécutives à une année agricole difficile, Nous réaffirmons la nécessité pour le gouvernement de prendre les mesures d’urgence qui s’imposent pour surmonter la conjoncture actuelle. Cher peuple. Telle est la voie qui fera que le Maroc demeurera une nation vivante et un pays en marche. Tel est le projet, noble, autour duquel Nous appelons, au-delà des clivages et des calculs étriqués et dans un esprit de sacrifice et d’abnégation, à l’adhésion et à la mobilisation de tous. Imprégné de la culture de l’évaluation et de la nécessité pour tous les acteurs d’être comptables de leurs actes dans l’exercice de leurs fonctions, culture que Nous entendons voir ancrée dans la gestion de la chose publique, Nous nous donnons rendez-vous dans les trois années qui viennent pour faire l’évaluation des résultats de cette nouvelle Initiative et mesurer les changements positifs et palpables qui en auront découlé dans la vie des citoyens. Nous nous devons tous de prendre le ferme engagement d’oeuvrer sans relâche en vue d’arracher les catégories et les régions défavorisées à l’emprise de la pauvreté, de l’exclusion et du sous-développement, de leur permettre de prendre en charge leur propre essor, et de réaliser le développement humain durable, qui constitue le véritable combat du Maroc d’aujourd’hui et de demain. +Dis : Agissez, Dieu verra votre action, ainsi que Son envoyé et les croyants+. Véridique est la parole de Dieu. Wassalamou Alaïkoum Warahmatullahi Wabarakatuh.»

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ANNEXES VISUELLES Sur CD ci joint :

Sala le Jadida

Vidéos et Photographies Nom de dossier : Sala Al Jadida Al Kora Vidéos Nom de dossier :

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INDEX

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Index des figures FIG.1 : Source: Riad Jaaneman http://riadjaaneman.com 2 FIG.2 : réalisé par l’auteur 5 FIG.3 : réalisé par l’auteur 7 FIG.4 : réalisé par l’auteur 7 FIG.5 : Source : Riad Yasmine : http://riad-yasmine.com 8 FIG.6 : Source : https://www.flickr.com/search/?text=madrasa%20ben%20youssef 13 FIG.7 : Source : http://gallica.bnf.fr/ 15 FIG.8: Source: Les équipements structurants de l’espace social 1975. Ministère de l’urbanisme, Maroc. J. et S.Hensens, étude 1972 15 FIG.9 : Source: réalisé par l’auteur , photo d’une photo d’archives présente au centre des archives d’Architecture du XXème siècle. 17 FIG.10: réalisé par l’auteur d’après el tarvail de stefano bianca dans «Urban form in the arab world», Zurich, Editions Thames & Hudson, 2000 17 FIG.11: Idem 17 FIG.12 : Source: D’après Le Maroc et l’artisanat traditionnel islamique dans l’architecture, Tome I & Tome II, PACCARD André, Saint-Jorioz, Éditions Atelier 74, 1980. 19 Fig.13 : Source: Pinson D, L’habitat contemporain au Maroc et son rapport à l’évolution des modes de vie, Rapport N°2, février 1988, Nantes, Ecole d’Architecture de Nantes, 1988, p. 15 19 FIG.14: Source: Habitat au Maghreb, Bulletin d’informations architecturales, Supplément au n° 86, Institut français d’architecture, 1984. 21 FIG.15: SourceD’après Le Maroc et l’artisanat traditionnel islamique dans l’architecture, Tome I & Tome II, PACCARD André, Saint-Jorioz, Éditions Atelier 74, 1980. 21 FIG.16: SourceHabitat au Maghreb, Bulletin d’informations architecturales, Supplément au n° 86, Institut français d’architecture, 1984. 21 FIG.17 : Photo de Carte Postale 23 FIG.18 : Source: réalisé par l’auteur , photo d’une photo d’archives présente au centre des archives d’Architecture du XXème siècle. 25 FIG.19: idem 27 FIG.20: idem 27 FIG.21: idem 29 FIG.22: idem 29 FIG.23 idem 31 FIG.24: idem 31 FIG.25: Source: Rabat d’autrefois: http://dafina.net/forums/read.php?52,83822,page=56 33 FIG.26: Source: Collection Ecochard, Urban Planning in morocco : https://archnet.org/ collections/669/media_contents/93708 33 FIG.27: Source: https://www.flickr.com/search/?text=rabat&orientation=portrait%2Csquare 35 FIG.28: Idem 37 FIG.29: Idem 39 FIG.30: Source: Modèles d’habitat et contre-type domestiques au Maroc, par Daniel Pinson, Centre d’études et de recherches URBAMA, Université de Tours & Laboratoire associé au C.N.R.S. - Fascicule de recherche n°23, 1992. 41 FIG.31: Idem 41 FIG.32: Source: Kodadi, http://www.photographe.ma/portfolio/ 45 FIG.33: Réalisé par l’Auteur, source : google Maps 47

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FIG.34: source : http://lavieeco.com/news/immobilier/les-acheteurs-reviennent-a-tamesna. html 51 FIG.35: Réalisé par l’Auteur, source : google Maps 51 FIG.36: Réalisé par l’Auteur 53 FIG.37: Idem 53 FIG.38: Idem : source : google Maps 55 FIG.39: Idem 55 FIG.40: Idem 59 FIG.41: Source : https://www.bladi.net/demolition-immeubles-tamesna,43978.html 59 FIG.42: Source : http://www.crx-group.com/wp-content/uploads/2011/06/au-3.jpg 61 FIG.43: Source: https://www.marocannonces.com/categorie/321/Appartements/ annonce/4138803/Appartement-%C3%A0-louer-sur-tamesna.html 61 FIG.44: Réalisé par l’Auteur 65 FIG.45: Source: https://lnt.ma/rhamna-le-douar-oublie-sauf-avant-les-elections/ 65 FIG.46: Source: https://www.awmountassir.com/projetdetail.php?sendingverif=26 67 FIG.47: Idem 67 FIG.48: Source: http://staridub.com/pinterest-salon-marocain-moderne/ 71 FIG.49: Source: Collection Ecochard, Urban Planning in morocco : https://archnet.org/ collections/669/media_contents/93708 73 FIG.50: Source: http://www.arquiscopio.com/pensamiento/la-trama-ecochard-enmarruecos/?lang=fr 73 FIG.51: Réalisé par L’auteur 75 FIG.52: Idem 75 FIG.53: Idem 77 FIG.54: Idem 77 FIG.55: Idem 77 FIG.56: Idem 77 FIG.57: Idem 77 FIG.58: Source : http://www.espacedeco.ma/user/nesdesign/?paged=2 79 FIG.59: Source: http://staridub.com/pinterest-salon-marocain-moderne/ 81 FIG.60: Source: https://archzine.fr/maison/salon/deco-salon/lamenagement-dun-salonmarocain-moderne 83 FIG.61: Source: http://staridub.com/pinterest-salon-marocain-moderne/ 85 FIG.62: Source: http://www.manazil.ma/projets/manazil-maamora/maamora-plans/ 85 FIG. 63: Source: https://www.airpano.com/360Degree-VirtualTour.php?3D=Rabat-Morocco 87 FIG. 64: Source:D’après le travail de Abdessamed Azerfane http://www.abdessamedazarfane. com/2015/02/exhibition-bayt/ 87

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Habiter, c’est être sur Terre. L’architecte en dessinant l’habitat façonne aussi un usage, un mode de vie, un idéal. Il façonne à travers cela indirectement un individu. Dans le dessin du cadre de vie, existe le dessin de la quotidienne et du mode de vie. Face à la mondialisation, la réponse donnée à la crise du logement réside dans le lotissement. Ces derniers se composent d’habitat standardisé qui ne tient pas compte des usages, d’une culture, d’une façon d’habiter autre que moderniste. Cela a un impact sur les individus, leurs modes de vie. Il y a un certain conditionnement de l’individu qui se fait à travers son habitat. Toutefois, au Maroc comme ailleurs, les individus passent outre cela et cherchent à adapter, s’approprier et donc modifier et redessiner leur habitat. Se dévoile à travers cela un réel conflit entre la tradition et la modernité et surtout cela remet en question le statut et la place de l’architecte. Or la société marocaine évolue, elle s’inspire de ce qu’elle juge moderne et l’adapte à la tradition, qui est elle-même réinterprétée à cause des exigences de la vie contemporaine. L’architecte est ainsi au cœur de cette démarche syncrétique et c’est là où réside toute la difficulté. Car c’est dans ce juste milieu que peut être se trouve le passage d’une ville éclatée et inégalitaire à la ville unifiée et solidaire. L’architecte est un artisan de la société, il est au cœur de la fabrique sociale, au cœur de la construction de la ville. To dwell is to be on Earth. When the architect designs the habitat, he also shapes a use, a way of life, an ideal. It indirectly shapes an individual. In the drawing of the frame of life, exists the drawing of the daily life and of the way of life. In our globalized world, the answer given to the housing crisis lies in the allotment. These consist of standardized habitat that does not take into account uses, cultures, and ways of living other than modernist. This has an impact on the individuals, on their lifestyles. There is a certain conditioning of the individual that is done through his habitat. However, in Morocco as elsewhere, individuals go beyond this and seek to adapt, appropriate and therefore modify and redesign their habitat. This reveals a real conflict between tradition and modernity, and questions the status and the place of the architect. Moroccan society is changing, it is inspired by what it considers modern and adapts it to tradition, which is itself reinterpreted because of the demands of contemporary life. The architect is thus at the heart of this syncretic process and this is where all the difficulty lies. For it may be in this middle ground that the passage from an uneven and fragmented city to the unified and united city can be found. The architect is a craftsman of society, he is at the heart of the social fabric, at the heart of the construction of the city.

L'Architecte, un Artisan de la société  
L'Architecte, un Artisan de la société  
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