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Travel mag Juin 2014 / www.travelmag.com / Numéro 0

IDENTITÉS VOYAGEURS

UN REGARD / UNE VILLE À la poursuite des héros de Bruxelles

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COMMUNAUTÉ NOMADE Nos quatre questions à un couchsurfeur

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CARNET DE VOYAGEUR Naître en Corée, grandir en France, s'expatrier en Chine

TRAVELMAG

BEL&LUX: 6,30 € / DOMS: 6,50 € / IT: 6,30 € / C AN: 9,30 $C AD / ESP: 7,20 € / GR: 7,20 €

EXPLORER LE MONDE À TRAVERS LE REGARD DE CEUX QUI LE PARCOURENT

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REGARDS DE VOYAGEURS

Infirmière au Cameroun, 2 000 km au Pérou, 9 ans de voyages au Canada …


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SOMMAIRE /// 

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DOSSIERS IDENTITÉ

3 regards

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de JEUNE SOIGNANTE EN AFRIQUE

voyageurs

apprentie soignante au Cameroun

Alice a réalisé un stage de formation en soins infirmiers au Cameroun. Elle nous confie les détails de cette expérience hors norme : la décision courageuse d'une étudiante qui n'avait jamais quitté l'Europe, l'aventure du quotidien loin des repères connus. Une histoire à découvrir au fil de son récit mais aussi dans les mini rubriques du dossier Identité. Les pages copilotes révèlent tous ces objets fétiches qui nous suivent en voyage, pratiques comme anecdotiques. Travelmag consacre aussi de l'encre aux trophées. Ne vous laissez pas tromper par l'intitulé : loin de l'idée de conquête ou de valeur financière, ces pages dévoilent les petits trésors matériels ou immatériels rapportés de voyage …

UN REGARD / UNE VILLE 6  les murs de Bruxelles s'expriment

l'escapade de ce mois - ci s'attarde dans la rue pour dénicher les plus belles fresques qui animent les murs de la capitale belge.

22 UNE PASSIONNÉE AU PÉROU 32 ÉPRISE DE TERRE ACADIENNE 2 000 km en Terre Inca

Lorsqu'une vraie passionnée de la culture pré-colombienne met le cap sur le Pérou, elle en revient avec le récit téméraire d'une aventure authentique. Vanessa a tout mis en œuvre pour vivre de véritables rencontres et des expériences très éloignées des séjours touristiques standards. En plus de la rubrique Sur les traces de … qui retrace un épisode poignant de l'histoire des voyages vers ce pays, votre magazine livre les anecdotes du parcours ambitieux et effréné de Vanessa, parfois à des milliers de mètres d'altitude.

CARNET DE VOYAGEUR

9 ans de retours au Canada

Le mot retours est bien au pluriel, car Laura a effectué de nombreux retours en Amérique du Nord après avoir cru quitter définitivement ce continent. Mais il est difficile de quitter une terre où l'on se sent véritablement chez soi. Son portrait vaut le détour car son expérience de voyage est faite de découvertes sincères et de rencontres qui changent le cours d'une vie. ‘‘ Le seul moyen de découvrir un pays, c'est d'y vivre … ’’ Découvrez l'identité d'une expatriée déterminée qui sait trouver un chez soi au Canada.

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Vivez les impressions d'un Français né en Corée  … expatrié en Chine

COMMUNAUTÉ NOMADE 10 

4 questions à un couchsurfeur mais aussi : covoiturage, applications … Toutes les infos pour mettre les globetrotteurs en réseau.

ACTUS 13 

événements littéraires, festivals, mais aussi toutes les infos pratiques autour du voyage.

DÉCALAGE 46 

nature entre les murs

une rubrique photographique à la gloire du dépaysement : contrastes, contre sens et autres surprises visuelles sont légendés d'anecdotes survenues dans chaque pays, tous les mois autour d'un thème différent.

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ÉDITO /// Regards de voyageurs. Explorateurs, touristes, expatriés, artistes ... Pourquoi parcourent-ils la planète? Guidé par cette question, Travelmag propose de découvrir le monde à travers l'identité de ces voyageurs, leur subjectivité, leur regard. Guidées par une cause humanitaire, une quête identitaire ou encore une évolution professionnelle, les différentes façons de comprendre et de pratiquer le voyage orientent le regard porté sur le pays. Elles influencent les itinéraires suivis, les photos, croquis et souvenirs conservés, mais aussi

les livres et autres compagnons de route glissés dans les bagages. Ce numéro met en scène le récit très personnel d’expériences de courte ou de longue durée, profondes ou impulsives, seules ou accompagnées. Il offre ainsi un éclairage humain sur chaque destination pour dépoussiérer les classiques « dossiers pays ». Travelmag s’adresse aux curieux qui ne cherchent pas seulement à retrouver dans ces pages des paysages de cartes postales. Il leur offre le récit de tous ceux qui osent se confronter à l’inattendu.

99 Rocky Point Road Île du Prince Edward Canada

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REGARD   Bruxelles

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Musée Magritte place Royale


Bruxelles REGARD

UN REGARD / UNE VILLE LES MURS DE

BRUXELLES S’EXPRIMENT Escapade de deux jours à Bruxelles. Une ville qu’il faut sillonner le nez en l’air à la recherche des fresques peintes sur plus de cinquante façades. Franc parler, architecture décalée et parfums de gaufres vous séduirons au cœur d'une capitale qui célèbre ses héros.

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1.

2.

1. Marini, le Scorpion, rue du Treurenberg 2. Dany, Olivier Rameau, rue du Chêne 3. Stuf & Janry, Passe moi l'ciel, rue des Minimes 4. Hergé, Tintin, rue de l’Étuve

3.

4.


Bruxelles REGARD

Pérou

IDENTITÉ   Copilotes

Escapade

DÉSORGANISÉE P

remiers pas à Bruxelles, de l’aéroport à la gare, de la gare au métro. Un premier « Bienvenue ! » lancé par un inconnu ayant remarqué la valise, un merci, un sourire. Sortie de terre à la station Bourse, de nuit, vous pourriez vous croire à Madrid ! Une ambiance festive, du monde qui fourmille dans des rues étroites, mille odeurs de nourriture du monde font vite oublier le froid et la bruine. Un repas 100% belge (un plat de carbonnade de bœuf, spécialité très goûteuse) ne démotive pas une petite halte au Delirium. Plus de 3 000 bières provenant d’une soixantaine de pays différents ont été recensées dans les caves de ce célèbre bar de la capitale. Toutes les nationalités partagent des éclats de rire d’une table à l’autre, mais gare aux voisins de table à l’estomac fragile ... Un peu de chance vous aura amenée à vous asseoir du bon côté de la banquette. Un taxi vous conduira pour une somme très correcte à une auberge de jeunesse à quelques kilomètres du cœur de la ville. Avec un peu de chance, le chauffeur complice montera le son et interpellera avec humour ses collègues, dont les passagers vous regarderont tendre le cou en rythme, interloqués. Suite de l’expérience interculturelle. Une autre locataire dort déjà en haut de l’un des lits superposés, il faut donc avancer à pas feutrés et réduire ses aller et retours pour ne pas la réveiller. Vous avez réussi, tout le monde se couche en silence, vous fermez les yeux et reposez votre esprit satisfait d’avoir préservé le sommeil d’autrui. Votre amie s’endort en premier, manifestement … elle ronfle bruyamment. La journée du lendemain est sportive : parcourir la capitale à pied, chercher les immenses fresques qui immortalisent les héros de bande - dessinée sur les murs de la ville, et tomber sur le musée Magritte, pause imprévue mais irrésistible. Bruxelles n’est pas comme les autres capitales. Elle ne cherche pas à être tape - à - l’œil, attractive au premier regard. Bruxelles, tel que c’est annoncé sur la carte touristique proposée à l’auberge, on ne l’aime pas au début. On s’y attache malgré soi. Ce n’est pas un coup de foudre immédiat comme devant une Place de la Bourse bordelaise ou du haut d’un Montmartre. La documentation met en garde dans des termes qui gêneraient presque les Français que nous sommes : ici, il faut lâcher ses grands airs et l’élégance parisienne, les Belges sont directs et à l’aise. Presque aucun effort pour appâter le touriste! À une exception bien appréciable : de bonnes odeurs de gaufres planent au détour de chaque coin de rue … Un cliché dont on ne se lassera pas!

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COMMUNAUTÉ NOMADE

COUCHsurfing

&

art de réunir Pourquoi t’être inscrit dans cette démarche de couchsurfing? Je me suis inscrit sur le site couchsurfing.org un peu par hasard. J’avais rencontré une personne qui venait du Brésil pour perfectionner son niveau de français pour dix mois. Après quelques discussions, elle m’a expliqué le principe du couchsurfing qu’elle pratiquait à Rio dans son appartement, mais aussi à Paris durant son séjour : héberger, se faire héberger et partager.
Séduit par l’idée, j’ai présenté le concept à ma colocataire qui avait déjà entendu parler du principe sans jamais avoir sauté le pas. Curieux par nature et aimant l’idée de rencontrer et de partager avec de nouvelles personnes, j’ai créé mon profil pour héberger et vivre d’un peu plus près cet « échange », dans un premier 10

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Parisien d’adoption, Jérôme accueille depuis un an des voyageurs venus des quatre coins du monde. Il a hébergé pas moins de 18 personnes venues d’Argentine, d’Allemagne, du Danemark, du Mexique, d’Australie, du Canada, des États - Unis, de Taïwan, d’Autriche, de Belgique, de Suisse, de Grande - Bretagne … Son secret ? Le couchsurfing ! temps.
Côté profil, on vous demande des renseignements très classiques : civilité, description, photo, centres d’intérêt, langues pratiquées. On vous demande si vous êtes prêt à héberger des personnes chez vous, ainsi qu’une description des conditions d’accueil : votre philosophie, ce que vous pouvez ou voulez apprendre et enseigner, les endroits où vous avez voyagé et / ou vécu, vos souhaits de voyage.
Une fois le profil complété, mon amie brésilienne m’a recommandé avec un

commentaire positif, ce qui m’a permis de recevoir des dizaines de demandes d’hébergement par semaine. Comment conçois-tu l’accueil des personnes que tu héberges? Ce qui est intéressant avec la communauté du couchsurfing, c’est que chacun y puise ce qu’il souhaite. Le principe de base est l’échange, le partage. Comme dit la première personne qui m’a hébergé : « il faut donner sans modération ». Je trouve cette vision un peu extrême, mais le fond est là. De fait, lorsque j’accueille des personnes chez moi, je les reçois comme des amis, avec le même souci de leur bien - être. Cela a pour conséquence de surprendre, dans un premier temps (même pour moi lors de mes voyages), mais au fil du séjour, on tisse un lien avec


COMMUNAUTÉ NOMADE

J’ai accueilli dix - huit personnes et j’ai été hébergé deux fois depuis mon inscription. Des expériences enrichissantes où vous apprenez autant sur vous - même que sur les autres. Chaque rencontre est unique, mais la première vraiment marquante fut ma deuxième expérience, lorsque j’ai hébergé deux sœurs australiennes vivant au États - Unis. Elles avaient réalisé leur voyage Amsterdam - Paris en vélo. C’est comme si j’avais passé deux semaines avec de vieilles

amies, et leur projet m’a ouvert les yeux sur les infinies possibilités que nous avons de partir à l’aventure.
La deuxième expérience est un couple brésilo - argentin. Ils ont passé un an en Nouvelle - Zélande en cumulant les petits boulots, puis sont partis découvrir le reste du monde en passant par la Chine, l’Inde, la Turquie, l’Espagne, le Portugal et Paris. Sans le couchsurfing, il leur aurait été quasiment impossible de passer une semaine à Paris du point de vue financier. J’en ai profité pour leur faire une petite visite et pour aller notamment boire un café au Café des deux moulins où fut tourné le film Amélie Poulain. La fille a eu les larmes aux yeux en sortant des toilettes, après avoir vu le nain de jardin ainsi que des photos dédicacées et entreposées sur une console à côté du lavabo.
Chaque

COVOITURAGE, PRATIQUE SOCIA(B)LE

L’INFOTRAFIC COLLABORATIVE

LES GLOBE-TROTTEURS EN RÉSEAU

Le covoiturage via internet est un outil collaboratif fonctionnant sur le même principe que le couchsurfing. Les membres postent leur profil sur internet et y partagent leurs centres d’intérêt, les langues qu’ils parlent et leurs préférences musicales. Un «indice BlaBla» indique si les membres sont bavards en voiture. Pas de mauvaise surprise si vous avez soif d’échange ou si vous aimez juste … regarder le paysage ! (covoiturage.fr)

Ce n'est pas nouveau, de nombreux automobilistes se servent de leur smartphone comme d'un GPS. Mais il existe une multitude d'autres applications permettant d’envoyer et d’obtenir des informations fines et extrêmement utiles sur l’état du trafic. Localisation des embouteillages et itinéraires alternatifs, ralentissements et vitesse sur chaque tronçon, et même la disponibilité des places de parking sont échangés en temps réel.

Vous souhaitez partir en voyage à plusieurs mais personne dans votre entourage n’est partant pour goûter à cette aventure? De nombreux outils collaboratifs permettent de trouver ses futurs copilotes. Ils permettent de planifier l’expérience en fonction des affinités, du parcours qu’ils souhaitent réaliser etc … Au fur et à mesure que les souhaits se précisent, des groupes de globe - trotteurs se forment. (compagnon-de-voyage.net)

ces personnes qui, de prime abord, vous sont étrangères. Elles repartent comme de vraies amies … avec une pointe de nostalgie en pensant aux moments que l'on a passés. Tu as accueilli plus d’une quinzaine de personnes … Des expériences surprenantes ?

moment passé avec mes « surfeurs », comme on les appelle sur le site couchsur fing.org, est riche en émotion du fait de la proximité et du peu de temps à partager. Gardes - tu contact avec les personnes que tu as hébergées? Il est assez difficile de garder contact avec tout le monde, cela dépend tout d’abord de l’échange durant le séjour, des aspirations de chacun, de la présence sur les réseaux sociaux (couchsurfing.org, facebook …), des voyages, du travail.
J’ai des contacts réguliers avec trois personnes et il est prévu que je les revoie à Paris ou ailleurs. Mais je n’ai pas de regrets quant au fait de perdre le contact avec des surfeurs puisque chacun garde un bon souvenir des moments passés ensemble. 


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Produisez l’inattendu 12

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Hemlock Vintage Clothing ~ hemlockvintage.com


ACTUS

ÉVÉNEMENT

LIVRE DE VOYAGE

VOYAGE en Alaska

FESTIVAL

RENDEZ - VOUS CARNET DE

voyage

ET DANS LE TEMPS

JOURNÉE

nationale DES AUTOCHTONES Voyage au cœur d'une terre glacée, rude mais enveloppante, parfois cruelle ou apaisante. Mabel, une femme touchante arrivée à la moitié de sa vie, recherche en Alaska ce qu'elle met tellement de temps à comprendre : le sens d'une vie privée d'enfant, la clé de son courage … Un conte poétique cheminant avec patience et élégance dans le cadre époustouf lant de cette contrée sauvage des années 1920.

PRATIQUE ///

Le 21 juin, le Canada célèbre la Journée Nationale des Autochtones. Une façon de rappeler la richesse culturelle et le patrimoine des peuples premiers. Si vous n'avez jamais assisté à un Pow Wow, manifestation d'échange culturel et festif avec les peuples amérindiens et métis, sachez que les événements liés à cette journée sont ouverts aux personnes de tous les horizons.

Le prochain Rendez-vous du Carnet de Voyage aura lieu les 14, 15 et 16 novembre 2014 à Polydome, à Clermont - Ferrand. Le thème de l'édition 2014 : « Regards croisés sur l’Afrique ». Le festival propose une découverte de carnets de voyage, ces témoins particuliers du voyage en tant qu'expérience, rencontre et échange. Expositions, débats, ateliers et prix seront au programme.

NOUVELLES MESURES POUR LA MOBILITÉ DES JEUNES ENTRE LA FRANCE ET LE CANADA

Le 15 mai 2014 marque l'adoption par le Sénat du projet de loi permettant à la France de ratifier l’accord relatif à la mobilité des jeunes entre les deux pays. Ce qui va changer : • Les durées du PVT et du permis JP passent à 24 mois. • Il ne sera plus possible de cumuler un PVT et un JP.

Il sera possible de cumuler stage + PVT ou stage + JP. La catégorie Job d’été pour les Français va disparaître. • Les Canadiens n’auront plus à revenir au Canada entre deux programmes de l’accord. • Les PVTistes canadiens n’auront plus à faire de demande d’autorisation provisoire de travail (APT) en France. • •

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Identité

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JEUNE SOIGNANTE EN AFRIQUE

Cameroun

Élargir sa vision du métier d'infirmière, découvrir une population, ses problématiques, son mode de vie … Ce sont les objectifs qu'Alice avait en tête lorsqu'elle s'est engagée pour une expérience d'un mois au Cameroun.

L

es quatre semaines de stage d'Alice se sont déroulées au Centre de Santé Kansé, au cœur du village camerounais de Koudandeng. Ce départ a été organisé suite à son adhésion à l'association agenaise " Naître au Cameroun ".

‘ ‘  L e m é d e c i n q u i m' a accompagnée dans le cadre d e l'a sso ci at i on d e va i t repartir après la deuxième semaine. À partir de ce moment, je me suis trouvée en immersion totale dans le village de Koudandeng et dans le Centre de Santé. ’’ Avant de partir, Alice a démarché les assurances, les banques, les pharmacies … et récolté pas moins d'une centaine de stylos, de la bétadine, des compresses, des solutions hydroalcooliques, des préservatifs afin de les distribuer sur place. Elle a également fait le tour de son entourage pour emporter des vêtements de bébé, dans la limite du poids autorisé par la compagnie aérienne.

LE CHOIX TÉMÉRAIRE D'UN PREMIER DÉPART Alice n'était jamais partie loin. Elle n'avait jamais changé de continent et se sentait prédisposée au mal du pays. Ceux à qui elle exposait sa démarche la mettaient en garde contre le risque de déprime sur place. Mais heureusement, cette cadette d'une fratrie de trois enfants avait appris à soutenir ses opinions avec un courage candide et effronté. Cette audace l'a poussée à faire le choix d'une destination que peu de néophytes auraient osé. Une fois sur place : pas de déprime, une adaptation sans mesure, le renversement éphémère de tous ses repères. Le mois passé au Cameroun a été vécu comme une parenthèse bienvenue dans le matérialisme d'une jeunesse étudiante dorée. Elle nous a conté l'histoire de son aparté dans ce qu'elle appelle un monde parallèle et antidépresseur … Travelmag JUIN 2014 / n°0 /////////

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IDENTITÉ   Cameroun

SE PRÉPARER À L'INATTENDU Le voyage au Cameroun se prépare. Il faut faire les vaccins nécessaires, se renseigner au préalable sur les conditions de vie dans le village et acheter un minimum de matériel : lampe torche, moustiquaire… Mais rien ne prépare à un dépaysement radical.

L

'arrivée au Cameroun interpelle d'abord par l'omniprésence des forces militaires. Puis, passé Yaoundé pour se rendre dans le petit village de Koudandeng, c'est le fait d'être la seule personne blanche qui a valu à Alice de se sentir en décalage. Certaines personnes n'avaient jamais vu de peau blanche, et les enfants s'écriaient sur son passage "la Blanche!" dans le dialecte local.

‘‘ Une anecdote marquante du séjour  ? Une proposition que l'on m'a faite de devenir une troisième épouse. ’’ Les caractéristiques du mode de vie local sont notables dès les premiers jours. Les familles sont nombreuses et plusieurs générations vivent sous le même toit. La religion est très présente et les messes durent plus de trois heures le dimanche. On célèbre les enterrements en musique, vêtu de couleurs vives. Le peu de moyens matériels ancre la vie au plus près de la nature mais la rend précaire et rude. Pourtant, Alice n'a pas vécu de véritable " choc culturel " pendant la première semaine. Par la suite, la polygamie est une pratique qui l'a particulièrement déroutée, malgré la proposition qui lui a été faite de devenir la troisième épouse de l'un des habitants ! Elle a également été interpellée par la condition des travailleurs et notamment par celle des infirmières qui travaillent, pour la plupart, gratuitement pour l'État. Le monde du travail a laissé transparaître une forte inégalité des chances, les pistons étant nécessaires pour avancer. Au Centre de Santé, les infirmières font office de médecins, les médecins étant rares au Cameroun. Elles effectuent de nombreux soins médicaux (points de sutures, accouchements …). Il existe également des " infirmières chirurgiens " formées au CHU de Marseille durant un an, qui pratiquent des interventions telles que des opérations de hernies. Mais ces opérations sont pratiquées dans des conditions d'asepsie déplorables. 16

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Alice a cependant noté que les Camerounais ont de très bonnes défenses immunitaires liées à leurs conditions de vie. Autre fait marquant : les personnes albinos sont largement rejetées par le reste de la population, de même que les homosexuels qui sont emprisonnés voire tués puisqu'ils sont considérés comme des criminels. Enfin, l'éducation des enfants a de quoi bouleverser les repères d'une Française. " Ils sont élevés à la dure, comme dans le temps ", nous confie Alice. On les confronte à la pénibilité de la vie dès leur plus jeune âge.

‘‘ Malgré la misère et des conditions de vie vraiment précaires, les Camerounais que j'ai rencontrés débordaient d'optimisme. ’’ Mais Alice a connu lors de cette expérience au Cameroun un autre type de bouleversement qu'elle qualifie de positif. Malgré des conditions très dures, la population démontre un optimisme à toute épreuve et communique un effet "antidépresseur". Elle a vécu de façon bénéfique la proximité de valeurs très terre à terre, loin d'un approvisionnement illimité en eau et en électricité. Mais elle reconnaît qu'il serait difficile de vivre ainsi sur le long terme, lorsque l'on a connu autre chose. Le travail au sein du Centre de Santé Kansé a permis à la jeune soignante en formation de vivre une expérience professionnelle incomparable, encadrée de façon optimale par une infirmière sur place. Mais surtout, ce stage a été l'occasion de faire de nombreuses rencontres  : les personnes venant se faire soigner, leur famille, la femme qui l'a hébergée au village pendant un mois. Des rencontres inoubliables et un environnement époustouflant, au cœur d'une nature luxuriante, des habitants accueillants, communiquant leur joie de vivre avec une générosité incomparable … Cette expérience d'un autre monde a été déterminante pour Alice. Certaine de retourner un jour au Cameroun, elle a décidé de devenir infirmière Sans Frontières d'ici quelques années.

LE CONSEIL D’ALICE AUX VOYAGEURS Avant le voyage, Alice conseille d'être vigilant sur l'antipaludéen, la moustiquaire, et d'apporter des stylos et autres fournitures à distribuer. Sur place, elle met en garde : ne pas se promener seul, ne pas prendre de taxi - brousse qui font des accidents souvent mortels.


ALLERS ET VENUES sur une terre rouge À la sortie de l'aéroport, Alice porte son attention sur la couleur rouge de la terre, de part et d'autre de routes très abîmées au cœur de la capitale camerounaise. Koudandeng, son point de chute, est situé au centre du Cameroun, à une heure de route et de pistes non pavées de Yaoundé. Arrivée dans le village, elle est très bien accueillie par les habitants. Un puits alimente la population en eau potable. Les maisons sont parfois faites de tôle, pour d'autres ce matériau se limite au toit. Elle visite le Centre de Santé avec le médecin membre de l'association qui encadre ce voyage. Elle rencontre le personnel du centre, les infirmières et la petite fille de l'une d'entre elles nommée " Merveille ".

‘‘ Nous avons passé le dernier week - end du séjour à Kribi, sur la côte camerounaise. La ville se trouve à proximité des chutes de la Lobé, un fleuve qui conduit tout droit au peuple Pygmé.’’

Alice est hébergée dans la maison du village, à 800 mètres du Centre de Santé. Le médecin qui avait atterri avec elle quitte le Cameroun après la deuxième semaine. À partir de ce moment, elle est en immersion totale dans le village. La piste principale qui traverse le cœur du village est rouge, entourée d'une végétation luxuriante : des baobabs, des palmiers, des mandariniers et orangers sauvages, des bananiers  … Le climat est plutôt agréable aux mois d'octobre et de novembre. De petits chemins de terre s'enfoncent dans cette forêt dense et lumineuse. Ils sont marqués par le passage des files de travailleurs qui portent d'immenses bassines sur la tête pour la récolte du cacao. Le temps d'un week  -  end, Alice a l'occasion de visiter rapidement la capitale : le monument de la réunification du Cameroun, la basilique, le bois Saint Anastasie, le marché. Elle se rend aussi trois jours à Kribi avant la fin du séjour, une ville balnéaire proche de la Lobé. Pour circuler au Cameroun, il faut se méfier des taxis ou des bus brousse qui font de nombreuses victimes dans des accidents très fréquents. Il est plus sûr de faire appel à des chauffeurs privés ou de rester à pied.

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IDENTITÉ   Copilotes

TROIS INDISPENSABLES

très personnels Point de croix

Un chapelet

Un oreiller… … mais pas n'importe lequel. Ce petit oreiller tout plat accompagne Alice depuis son plus jeune âge dans tous ses déplacements, petits ou lointains.

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Indispensable? Oui, lorsque l'on considère l'histoire personnelle du voyageur. Garder un chapelet sur soi a été motivé par un proche qui ne s'en est plus sépa ré depuis qu'il est sorti miraculé d'un terrible accident.

Pas de télévision, très peu d'internet, pas de cinéma … Faut - il une autre raison pour revenir à une activité simple, mobile et créative ?


FAIRE SA VALISE, PAS QUE POUR SOI // Avant de partir, Alice a démarché les banques, assurances, pharmacies … pour collecter des stylos, des préservatifs et autres fournitures peu encombrantes à distribuer sur place.

Outre les pansements et médicaments, j'ai souhaité apporter aux habitantes du village des cadeaux, des parfums et du maquillage.’’ Travelmag JUIN 2014 / n°0 /////////

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Trophée    IDENTITÉ

LA MÉMOIRE (presque)

seul souvenir

Difficile pour Alice de ne retenir qu'un souvenir d'une expérience si riche. Adaptation, autonomie et initiatives sont les fruits d'un apprentissage accéléré en terre lointaine. Curieuse et ouverte par nature, elle s'est jetée dans la découverte d'une autre cuisine, a assisté aux messes rythmées par les Balafons (instruments à percussion d'Afrique occidentale), a appris quelques mots du dialecte du village et a changé sa conception de la vie quotidienne, au moins le temps de ces quelques semaines. Elle a compris l'importance de connaître une autre façon de vivre, ailleurs. En tant que jeune étudiante en soins infirmiers, Alice a connu une expérience de stage hors du commun. Elle a procédé à des consultations d'adultes et d'enfants afin de guider

les examens qui confirmeraient le diagnostic. Elle a conduit des actions de prévention dans les écoles et les collèges, elle a dispensé des soins infirmiers. L'expérience inédite qui sera toujours gravée dans sa mémoire est l'assistance qu'elle a apportée à un accouchement. Après avoir accompagné la future mère lors des consultations prénatales, elle a été sollicitée pour le jour J. Elle a même sectionné le cordon enroulé autour du cou du nouveau - né avant de l'emmailloter et de le tendre à la jeune maman. Cette photographie représente pour elle un souvenir dépassant de loin tous les objets qu'elle a pu ramener de cette expérience au Cameroun.

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Identité

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LE CHEMIN D’UNE PASSIONNÉE Pérou

Passionnés par la culture latino - américaine, Vanessa et Loïc embarquent pour un périple tout -  terrain au Pérou et concrétisent un rêve de longue date.

U

n voyage vécu à 100%, à 100 à l’heure. Avides de découvertes et d’expériences, Vanessa et Loïc ont parcouru plus de 2 000 km en deux semaines. D’innombrables heures de bus leur ont fait vivre de multiples péripéties, notamment un dernier parcours de 26 heures pour traverser les 571 km qui séparent Cuzco de Lima.

LAISSER DERRIÈRE SES HABITUDES Avant leur départ, Vanessa et Loïc ont consulté de nombreux blogs amateurs sur les voyages au Pérou. Ils ont visionné des documentaires consacrés aux sites qu’ils souhaitaient visiter (Machu Picchu, Nazca…), et ont planifié les temps forts d’un voyage qui devait conserver une grande part de surprises et d’improvisation.

‘‘ Ce voyage fut une expérience unique, remplie de partage, de joie, de pleurs, d’odeurs, de couleurs, de paysages, des moments inoubliables ! ’’ Débrouille et adaptation sont nécessaires dès les premières heures sur place. Au cours des premiers jours, il est difficile de marchander pour des voyageurs qui incarnent la richesse aux yeux d’un pays reposant beaucoup sur les revenus du tourisme. Mais cette habitude prise en deux semaines est coriace, même de retour en France. Ce ne sont pas les seules habitudes mises à mal lorsque le voyageur expérimente dans le même mois le quotidien de deux pays. Les douches froides prises au Pérou lors de températures très basses donnent tout leur sens à l’adjectif « luxueux » souvent attribué à l’accessibilité de l’eau en France. Tourner un robinet pour avoir de l’eau, le tourner à gauche pour que cette eau soit chaude, renouveler l’opération à volonté … Un geste quotidien qui ignore la rareté de cette denrée réservée ailleurs à une « élite ». De quoi réfléchir … Travelmag JUIN 2014 / n°0 /////////

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IDENTITÉ   Pérou

ALLER ET RETOUR au lac Titicaca

U

n temps fort de leur parcours . Il s’agit du lac navigable le plus haut du monde, partagé entre la Bolivie et le Pérou. Il abrite notamment les Îles Uros faites de totora (une sorte de roseau), des escales flottantes si elles n’étaient pas attachées au sol. Peu de personnes y vivent contrairement à ce que l’on suggère aux touristes. Les Îles Amantani et Taquile sont, quant à elles, habitées et reposent beaucoup sur l’activité touristique. « En partant en excursion deux jours sur une île, nous avons laissé nos lourds bagages à l’hôtel organisant le tour pour les reprendre au retour. Un taxi vient nous chercher devant l’hôtel, nous vivons un incroyable séjour sur les îles du lac Titicaca.

‘‘ Certaines familles ont conclu un accord avec les autorités en charge du tourisme pour héberger des visiteurs pour la nuit, en échange d’une gratification mensuelle.

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Cela nous a permis d e bén éf i ci er d e l’hospitalité de nos hôtes insulaires pour vivre 24h au rythme des habitants de ces îles merveilleuses. ’’ De retour sur la terre ferme, le chauffeur du taxi - bus me demande l’adresse de l’hôtel où nous séjournons. Là, je regarde mon copain : ni lui ni moi n’avions noté le nom de l’hôtel puisque nous pensions que le taxi saurait nous ramener ! Celui-ci se contente de nous déposer devant l’office du tourisme. Mais sans aucune adresse et étant dans une grande ville, il était difficile de retrouver notre route! Après des heures de marche à la recherche de points de repère, nous avons finalement eu l’idée de montrer à l’office du tourisme notre unique ticket d’entrée pour les îles, sur lequel était inscrit le nom d’une agence organisatrice. Nous avons enfin pu rentrer à l’hôtel, après quelques coups de fil et une bonne dose d’angoisse et de désespoir ! ». Cette excursion fut l'occasion de découvrir la vie insulaire de façon authentique.


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IDENTITÉ   Sur les traces de …

LE BERCEAU D’UN EMPIRE Cuzco était le centre symbolique de l’Empire inca. Son dernier souverain, Atahualpa, fut vaincu par Francisco Pizzaro en 1532. Cette date marque l’écroulement de l’Empire.

L

es Incas considéraient Ayar Manco, ou Manco Cápac, comme le premier des douze ou treize souverains de leur dynastie ; il aurait régné vers le XIIe siècle. De ce règne jusqu’à celui d’Atahualpa, vaincu en 1532 par le conquistador espagnol Francisco Pizarro, l’Empire inca étendit son pouvoir sur une vaste région de l’Amérique andine. L’une des grandes singularités de cet Empire, né dans la région de Cuzco, dans le Sud du Pérou, fut d’avoir intégré, dans une organisation étatique originale, la multiplicité socioculturelle des populations hétérogènes qui le composaient. Constitué en un peu moins d’un siècle, cet Empire (le Tahuantinsuyu, ou empire des Quatre Quartiers) s’étendait au moment de son apogée, à la fin du XVe, sur un territoire de 950 000 km2. Cuzco était

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son centre symbolique. L’époque qui précède l’expansion de l’Empire est relatée dans les mythes d’origine, qui content la pérégrination des quatre frères Ayar, depuis la « grotte du devenir », Pacari-tampu (Paqarina), jusqu’à Cuzco. Issus du Soleil, Inti, qui va occuper une place prépondérante dans la religion officielle du futur Empire, les quatre frères, chacun à la tête de son clan, se seraient dirigés dans la vallée de Cuzco, fondant un village à chacune de leurs haltes jusqu’au jour où Ayar Manco, après s’être débarrassé de ses frères, resta seul chef de la migration. Au terme de ce voyage, il s’établit dans la vallée de Cuzco, où il fonda l’État inca, dont il devint le premier souverain sous le nom de Manco Cápac.

EXTENSION DE L’EMPIRE Cusi Yupanqui s’empara du pouvoir, se fit proclamer Inca sous le nom de Pachacútec (« le Réformateur du monde ») et […] transforma l’État inca en l’une des plus grandes puissances andines. Cusi Yupanqui s’empara du pouvoir, se fit proclamer Inca sous le nom de Pachacútec (« le Réformateur du monde »),


Sur les traces de … IDENTITÉ

envahit le territoire des Chancas puis, après avoir écrasé les Collas du bassin du Titicaca, transforma l’État inca en l’une des plus grandes puissances andines. De 1438 à 1471, l’Empire n’allait cesser de s’étendre selon une politique présentée comme l’accomplissement du destin civilisateur des Incas. Certaines conquêtes furent effectuées au prix de guerres sanglantes, d’autres par des alliances. Vers 1471, après avoir organisé l’État, bâti sa capitale et mené de grandes guerres, Pachacútec céda le pouvoir à son fils Túpac Yupanqui. Huayna Cápac, qui lui succéda en 1493, ne fit que consolider ce vaste empire en réprimant les révoltes.

RUSE ET VIOLENCE, CLÉS D’UNE VICTOIRE Huayna Cápac mourut en 1527, l’année où Francisco Pizarro découvrait le royaume des Incas en proie à une grave crise intérieure. En janvier 1531, Pizarro part pour son troisième voyage, avec trois navires, 183 hommes et 27 chevaux. La ville de Puná n’est plus à conquérir : elle est en ruine par suite de la guerre civile qui ravage l’Empire inca ; cette situation intérieure va permettre la conquête espagnole, inspirée par

celle de Cortés qui avait su profiter des conflits opposant les Aztèques aux peuples non soumis à leur loi. L’Inca Huayna Cápac, mort vers 1526, n’a pas su clairement choisir un successeur. Les deux héritiers entrent en lutte. Les Espagnols sont en vue de Cajamarca le 15 novembre et peuvent contempler l’immense armée inca. Après un premier contact, on organise le guet-apens où va sombrer l’Empire. Au milieu de plus de quarante mille ennemis, les cent cinquante soldats de Pizarro ne peuvent que recourir à la félonie pour forcer le destin. Une rencontre entre Pizarro et Atahualpa est organisée le lendemain, sur la place de Cajamarca. Atahualpa arrive et Vicente de Valverde vient lui réciter la réquisition qui, suivant le formalisme de la Conquête, doit servir d’ultimatum aux hérétiques. Puis il tend une bible à l’Inca qui laisse tomber le Saint Livre. Valverde revient alors vers Pizarro : il tient son sacrilège et exige l’attaque. Les cavaliers s’élancent contre l’entourage désarmé du souverain : c’est une tuerie frénétique où Pizarro doit empêcher lui-même que l’Inca ne soit poignardé. Six ou sept mille Indiens seront massacrés. Une apparence de pouvoir va être conservée au souverain inca, faisant affluer d’immenses rançons d’or et d’argent. (source: larousse.fr)

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IDENTITÉ   Copilotes

QUATRE COPILOTES

à avoir en poche

Couteau suisse L’incontournable, à ne pas oublier dans son bagage à main bien sûr…

Crème solaire Dans la Sierra, proche de l’équateur et à souvent plus de 3 000 mètres d’altitude, les coups de soleil sont fréquents!

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Mouchoirs etc ... Ils sont, de même que le papier toilette, des compagnons de voyage un peu triviaux mais vraiment utiles, comme l’anti - diarrhéique. La grande pauvreté implique hélas un manque d’hygiène alimentaire, et des précautions sont à respecter : désinfecter les boissons, éviter les crudités, le lait, les viandes peu cuites…

Carnet de bord Pour le lire et le relire des années plus tard, se remémorer toutes les petites anecdotes…


GARE AUX CLICHÉS, UN ANTIDOTE // Acheter un chapeau visiblement fait main sur un marché artisanal animé par les paysans locaux… Quoi de plus authentique? Couleurs, texture… tout respire le véritable chapeau péruvien.

On ne remarquera que le lendemain la petite étiquette Made in China bien masquée dans le fond …! ’’ Travelmag JUIN 2014 / n°0 /////////

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IDENTITÉ   Trophée

SOUVENIRS

à haut risque

Un retour dans une grande précipitation. Déboussolés par le stress de la circulation et d'autres contretemps, Vanessa et Loïc ont soudainement douté du jour de leur vol de retour : la date indiquée sur le billet était - elle établie par rapport à l’heure française ou bien l’heure péruvienne? Après avoir cru quelques minutes qu’ils avaient raté leur avion, ils ont réalisé qu’ils étaient seulement très en retard. Quelque peu novices des aéroports, ils font malencontreusement la queue pour le mauvais vol mais finissent ensuite par trouver leur porte d’embarquement, juste à temps. Vient alors une question

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épineuse: «  Tu les as mises où, les feuilles de coca ? » interroge Loïc. Montée d’angoisse au moment d’embarquer, leur guide précisait bien qu’il était interdit d’en ramener. Vanessa fouille partout. « C’est dans ces moments - là que l’on ne trouve rien! ». Ne les trouvant pas, elle explique la situation à l’hôtesse qui finalement la rassure. Si elle ne ramène que quelques feuilles, cela passera sans problème. Ils n’ont pu être soulagés et respirer qu’une fois l’avion en plein ciel. « La pression étant tombée d’un coup, je me suis endormie tout de suite et je ne me suis réveillée que dix heures plus tard … ! ».


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Identité

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ÉPRISE DE TERRE ACADIENNE Canada

L’histoire d’une irrésistible attraction entre une personne et son pays d’accueil. Neuf ans de voyages dans des coins méconnus du continent nord - américain, loin des sentiers battus. Laura pose ses bagages là où tout le monde croit qu’il faut y être né pour se sentir chez soi.

L

e Canada, c’est comme un aimant pour Laura. Quand elle le quitte, c’est toujours avec cette certitude que c’est pour la dernière fois. Pourtant, elle y revient toujours. Cela fait neuf ans qu’elle fait des allers - retours entre son pays natal et le Canada. Elle y a étudié et maintenant elle y travaille.

‘‘ J’aime découvrir un endroit en y vivant plutôt qu’en tant que touriste. Selon moi, on ne peut vraiment découvrir et apprendre à apprécier une ville qu’en y habitant. ’’ Elle n’a pas vécu dans les villes canadiennes les plus populaires auprès des visiteurs étrangers et pourtant, elle a appris à les apprécier et à s’y sentir comme chez elle. En y passant seulement quelques jours en tant que touriste, elle estime qu’elle ne leur aurait sans doute trouvé que peu d’intérêt. Son dernier nid : Moncton.

NE DONNER D’IMPORTANCE QU’À L’ESSENTIEL On croit souvent que l’on ne peut pas se séparer de certaines choses et il est très difficile de ne pas tout emporter. Laura sait pertinemment que finalement, on y arrive. La première fois qu’elle est partie au Canada, c’était pour passer une année d’études à l’Université de Winnipeg, Manitoba. Dans une grosse valise et un sac de voyage noir, elle emportait avec elle son dictionnaire anglais - français de 5 kg, une de ses pièces de théâtre préférées, « The Glass Menagerie » de Tennessee Williams, et tous ses CDs. Depuis le temps qu’elle effectue ce voyage, elle a appris à se détacher d’objets fétiches pour n’apporter avec elle que des choses plus utiles. Elle essaie de ne prendre que l’essentiel (ou presque), ce que l’on trouve difficilement sur place : des huiles essentielles pour l’aromathérapie car le coût est très élevé au Canada, certains produits de beauté spécifiques et, bien sûr, toujours plusieurs livres. Travelmag JUIN 2014 / n°0 /////////

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IS THERE LIFE ON MARS ? // Petit road trip sur l’Île du Prince Edward. Cette province offre une côte magnifiquement découpée par des falaises de terre pourpre. Elles surplombent d'immenses plages désertes toutes aussi rouges.

En bas de l’escalier métallique qui descend à la plage, nous posons un premier pied au sol. Il s’enfonce étrangement dans ce rouge vif comme sur une terre inconnue …’’

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Canada IDENTITÉ

S’EXPATRIER, RESTER SOI - MÊME

É

trange statut que celui d'expatrié. Vous ancrez votre quotidien dans un endroit, vous le connaissez comme votre poche et en explorez tous les recoins, parfois bien plus que les personnes qui y sont nées et qui vivent confortablement dans le cocon de leurs habitudes. Pourtant, un coup d’œil devant la vitrine d'un magasin de souvenirs avec une amie en visite vous coûte d'être happée à l'intérieur et traitée en touriste. La vendeuse vous faisait frénétiquement signe de l'intérieur de la boutique pour vous saluer … oui, nous sommes au Canada. Une fois à l'intérieur, elle vous gratifie d'un accueil plus que chaleureux: " Thé ? Sangria ? ". Notant l'appareil photo que votre amie tient dans la main, elle vous invite carrément à une petite mise en scène. Avant d'avoir eu le temps de répéter pour la troisième fois : " Mais je vis ici en fait! ", vous vous retrouvez affublée d'un ciré jaune de pêcheur, un homard en peluche sur la tête (la mascotte du Nouveau Brunswick), à sourire à l'objectif. Tant pis, aujourd'hui, vous serez touriste dans votre ville de résidence. Un " merci " résigné mais de bonne foi auquel la vendeuse répondra un " Bienvenue! " bondissant marquera la fin de cette scène impromptue.

‘‘ L'expatriation ne fait pas que changer vos repères. Elle offre aussi de nouvelles opportunités qui conforteront vos aspirations.’’ Pour une amatrice de produits frais et de saison par exemple, les petits commerces du Nouveau Brunswick suivent un principe de distribution qui peuvent parfaitement convenir. Les Fish Markets de cette province maritime ne proposent pas des poissons exotiques toute l'année, importés de l’autre bout du monde. Un étalage très épuré offrira des poissons pêchés localement le matin même. Le homard, omniprésent dans cet État, est moins cher qu'un hamburger au fastfood … Une franchise célèbre n'échappe d'ailleurs pas à la règle et adapte ses menus à ce produit phare de la région avec le McLobster (McHomard)!

AU CŒUR DU RÉSEAU DE LA FRANCOPHONIE Laura travaille à l’Alliance française de Moncton depuis l’été 2012. L’Alliance française est un organisme à but non lucratif. Il en existe plus de mille dans le monde. Sa mission est de proposer des cours de français, de mieux

faire connaître les cultures francophones et de favoriser la diversité culturelle. L’Alliance française de Moncton est une petite structure, c’est ce qui plaît à Laura. Travailler dans une ville de taille réduite lui offre la chance de faire plus de choses et d'avoir certainement plus de responsabilités. Elle y exerce en tant qu'enseignante et coordinatrice pédagogique. Ses tâches sont très diversifiées, elle s’occupe de tout ce qui a trait à l’aspect pédagogique : les cours, les étudiants, les enseignants, les tests et examens ainsi que les formations.

‘‘ À Moncton, il existe aussi le « chiac », un mélange d’anglais et de français. Du franglais, comme on pourrait l’appeler.’’ Ce poste garantit de nombreuses rencontres, plus ou moins surprenantes, et beaucoup d'échanges avec le reste de la population. L’Alliance française de Moncton se trouve dans un contexte bien particulier. Moncton est une ville officiellement bilingue. Le français est important, ne serait-ce que dans le domaine de l’emploi. Beaucoup de fonctionnaires du gouvernement canadien ont besoin du français pour pouvoir garder leur poste ou évoluer dans leur carrière. Dans certains secteurs et en général, il semble de plus en plus difficile pour un anglophone qui n’est pas bilingue (comme on dit là - bas) de trouver un emploi. Les francophones, quant à eux, ont l’avantage de parler les deux langues et de pouvoir passer d’une langue à l’autre assez aisément. À Moncton, il existe aussi le « chiac », un mélange d’anglais et de français. Du franglais, comme on pourrait l’appeler. Parler chiac n’est pas si facile. Il ne suffit pas de savoir parler les deux langues. Ce parler mélange en général la syntaxe du français avec les expressions ou le lexique de l’anglais. À l’Alliance française, Laura enseigne bien - sûr un français standard et essaie le plus souvent possible de donner les équivalents canadiens (au niveau lexical). Cela arrive rarement mais, parfois, des personnes déclarent vouloir apprendre le français local. Pourtant, que ce soit le français québécois, le français acadien ou le français de France, c’est toujours du français ! Bien sûr, il y a des différences notamment au niveau de l’accent et au niveau lexical mais la grammaire française reste la grammaire française. Il est difficile, en grandissant à Moncton, d’éviter le chiac ou les anglicismes. L’influence de l’anglais est forte à Moncton et l’emporte sur le français. Cela représente un défi dans son métier d’enseignante. Il est difficile de trouver des stratégies pour aider les étudiants à éliminer toutes les structures de phrase calquées sur l’anglais puisqu’ils les ont intégrées depuis des années. Travelmag JUIN 2014 /���n°0 /////////

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IDENTITÉ   Canada

BOUSCULER CERTAINS REPÈRES À première vue, pas de grand dépaysement pour qui voyage en Amérique du Nord. Et pourtant, la véritable expérience du mode de vie local met en évidence les différences de pratiques et de perceptions.

I

l n’y a pas de très grandes différences culturelles entre la France et le Canada. Toutefois, une petite chose diffère et peut suffire à étonner l'esprit d'un gastronome ! En effet, une différence est notable : le rapport à la nourriture et le déroulement d’un repas.

‘‘ J’ai assisté une fois à un repas de l’Action de Grâce qui n’a duré que 15 minutes. ’’ Le repas était un buffet. Il est courant de manger avec son assiette sur les genoux, sur le canapé ou sur une chaise. À cette occasion, les convives n’étaient pas tous assis autour de la même table, par manque de place. Alors qu’en France, les repas de fête s’éternisent, au Canada, ce n’est l’affaire que de quelques minutes et le moment de convivialité très prisé des Français est plus difficile à retrouver. Le temps du repas ne s’effectue pas forcément dans un endroit dédié : dans un bus, au milieu d’une file d’attente ou encore au supermarché … Une variété d'endroits peut convenir pour se nourrir. Même lorsqu’il est spécialement aménagé pour être festif, un grand repas au Canada a de quoi déstabiliser plus d’un visiteur non aguerri. Un poulet rôti « organique », l’équivalent du bio en France, de bons légumes de saison et une tarte aux pommes … le tout pris à table, ensemble, quoi de plus normal pour un dimanche? À une petite différence culturelle près, le repas a lieu à 16 heures! Difficile de se mettre dans l’ambiance quand on a envie d’un croissant ou d’un bol de chocolat … Il faut également savoir que Moncton se proclame « Ville la plus polie du Canada », ce qui en fait certainement la ville la plus polie au monde. Il ne faudra donc pas oublier de remercier le chauffeur du bus et de ne pas prendre un air ahuri lorsque la caissière du supermarché vous demandera comment vous allez. Il ne faudra pas non plus être surpris si, dans la rue, la personne que vous allez croiser se décale cinq minutes en avance en échappant tout de même un « Excuse - me » au passage. Expérience vécue : les vendeurs proposent des réductions sur leur marchandise sans même qu’on le leur réclame, juste à cause d’une 36

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minuscule éraflure sur un produit. Les stops quadrillent les carrefours là où l'on a l'habitude d'en trouver deux face à face avec priorité pour l'un des deux axes. Ici, l’ordre de passage se joue … à la courtoisie !

‘‘ Ne soyez pas surpris. Vous demander comment vous allez à votre passage en caisse fait partie de la façon canadienne de saluer. ’’ Oui, les Canadiens sont polis et vous parleront d’ailleurs bien plus facilement que vous ne le feriez. Adieu l’attitude nonchalante adoptée par défiance dans les transports en commun français. Ici, même si ce n’est que pour quelques secondes, on échange! D’ailleurs, il faudra lâcher son attitude modérée, les « pas trop mal », les litotes et autres « pourquoi pas » à la française. Dès l’installation dans l’avion, vous noterez l’enthousiasme débordant de vos voisins nord - américains. Ce ne sont pas les seuls ajustements de langage qu’il vous faudra faire au Nouveaux Brunswick, province canadienne officiellement bilingue. Il est donc difficile, en entrant dans un commerce, de savoir quelle langue utiliser. D’ailleurs, même les francophones mélangent les deux. Une serveuse vous accueillera en anglais mais, remarquant votre accent, elle poursuivra en français (ce qui peut être vexant pour les plus susceptibles). Puis, au moment d’encaisser votre règlement, elle annoncera : « Actually, je peux vous encaisser maintenant. » Et en réponse à vos remerciements, elle lancera le fameux « Bienvenue! ».

‘‘ Le bilinguisme est l'une des multitudes de surprises dont regorge la terre acadienne: diversité culturelle, accueil et nature restée sauvage … ’’ Le bilinguisme est l’une des multitudes de petites surprises dont regorge la terre acadienne. Cette région connaît une forte diversité culturelle issue d'une histoire riche et mouvementée. Elle propose un accueil exceptionnel, accessible, source d'échanges même pour celui qui voyage seul. Elle offre d'immenses paysages colorés, des espaces naturels restés pratiquement sauvages … Il ne vous reste qu'à profiter du voyage.

LE CONSEIL DE LAURA AUX VOYAGEURS Voyagez léger ! Ne vous encombrez pas de choses inutiles, surtout si vous prenez l’avion et que vous vous envolez pour l’autre bout du monde.


‘‘ La terre bercée

par les vagues ’’

Avant de recevoir le nom qu’on lui connaît aujourd’hui, l’Île  du Prince Édouard en a reçu bien d’autres. Le peuple autochtone Mi’kmaq l’appelait « Abegweit », dérivé du mot « Abahquit » qui signifie « étendu sur la terre », souvent traduit librement par « bercé par les vagues ».

L’ÎLE AUX RENARDS // L’Île du Prince Edward offre de poignants paysages jaunes, verts, bleus et rouges. Ses champs et ses côtes rouges surplombant une eau bleue laissent parfois entrevoir les yeux curieux de ces animaux de moins en moins timides. Mais leur témérité les conduit à s’approcher de trop près des hommes et les renards finissent bien souvent leur vie au bord de la route … Travelmag JUIN 2014 / n°0 /////////

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IDENTITÉ   Trophée

SOUVENIR

de coffee shop

‘‘ Je n’ai jamais vraiment de place dans ma valise pour rapporter des souvenirs. Mes souvenirs sont les photos prises ou les cartes postales achetées. J’aime aussi rapporter avec moi de la nourriture. ’’ L’un des grands classiques à emporter avec soi : le cinnamon bun. Cette viennoiserie torsadée garnie de cannelle et parfois recouverte de glaçage est l’un des meilleurs souvenirs que l’on peut retenir des coffee shops canadiens. Elle est pour le moment introuvable en France et plutôt difficile à réaliser à partir des recettes postées sur internet. Que ce soit au Tim Horton, quartier général des Canadiens par excellence, au Timothy’s ou au Starbuck, sachez qu’il faudra faire rapidement votre choix face à la multitude de cafés, mokas et expressos

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annoncés en arrière - plan du comptoir. Éviter le regard de la serveuse ne vous laissera pas beaucoup plus de temps. Ici, on se décide vite et on déguste prestement ! Alors plus d’hésitation : prenez un cinnamon bun avec un cappucino vanille. Ils sont la promesse d'un moment typiquement canadien, au son d’une playlist délicieusement rétro. Oubliez le fait que c'était justement un grand cappucino vanille brûlant qui avait fini renversé sur votre pantalon au beau milieu de la cafétéria de l’Université de Winnipeg, rejouant malgré vous une scène typique d’une comédie adolescente nord - américaine. Attention, ce récit est extrait d’une histoire vraie, à ne pas reproduire chez vous… !


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CARNET DE     Né en Corée,

expatrié en Chine Je m’appelle Damien, je viens de fêter ma 27ème année à l’Empire du milieu. J'aime me décrire comme une banane, jaune à l’extérieur mais blanc à l’intérieur … Vous comprendrez très vite. Avec du recul, j’ai beaucoup à dire sur ma démarche d’expatriation en Chine. La première question : pourquoi partir dans un pays où je ne connais rien ni personne? Au premier abord, je suis parti avant tout pour l’aventure et pour voir autre chose que la France. J'ai eu envie de bousculer les habitudes “ confortables ” du quotidien. Ce constat conduit à une deuxième interrogation : pourquoi la Chine? Il n’y a pas si longtemps, j’aurais simplement répondu : “ C’est parce que j’ai trouvé un poste dans ce pays pour lequel j'ai été retenu.” Si j’avais eu une autre opportunité, il faut le dire, je l’aurais saisie. Aujourd’hui, je me dis que la Chine, ou de façon 40

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plus générale l’Asie, ne fut pas un choix de destination si délibéré que ça … L’Asie est le continent de mes racines et être en Chine, c’est me rapprocher géographiquement de mon pays d'origine. Vous l'aviez deviné suite à ma façon très personnelle de me présenter, je suis asiatique. Mais pas d’origine chinoise, d'origine coréenne. Tout cela a un ressort comique très bien résumé par l'anecdote qui va suivre.

‘‘ Je suis parti parce que j'ai trouvé un poste. Aujourd’hui, je me dis que le choix de l’Asie ne fut pas si délibéré … ’’ À mon arrivée en Chine, au bureau de l'immigration, l’officier m'a regardé et m'a lancé d’un air surpris “ faguo? ”, ce qui veut dire “ français? ” en mandarin. Il continue en énonçant que je suis né en Corée et que je viens en Chine pour le travail, ce que je confirme, et tous deux nous rions.


Chine CARNET

 VOYAGEUR Impulsion et impatience du cœur Ce stade du récit mérite une parenthèse. Très récemment, je suis retourné en Corée pour la première fois. Je vais vous épargner les questions identitaires autour du “ Qui suis - je? ” et “ D’où est - ce que je viens? ”, ou encore “ Aurais - je eu une vie meilleure en Corée? ”.

‘‘ En Chine, beaucoup de choses me semblent familières, comme des impressions de déjà vu. ’’ Car face à toutes ces questions, les quelques jours passés en Corée m'ont imposé le sentiment profond d'être Français. La Corée restera la terre de mes ancêtres et le terreau de mon capital génétique … Cependant, au - delà de la volonté de vivre une première approche de la Corée, ce voyage était aussi motivé par le souhait de retrouver mes parents biologiques. Il était motivé par l'espoir d'obtenir une simple photographie pour répondre à cette unique question: “ À qui est - ce que je ressemble? ”. À ce jour, je n’ai toujours pas de réponse.

D’autant plus que je ne ressemble pas à un Coréen: les Coréens eux - mêmes se sont adressés à moi en japonais. En Chine, on me prend pour un Chinois et, à vrai dire, vue la multitude de visages différents que j'y rencontre, c’est vrai qu’il est difficile de faire la distinction entre les nationalités.

Damien est parti pour changer son quotidien, mettre en danger ses habitudes et un mode de vie qu'il jugeait plutôt confortable. Avec le recul, il réalise que ce voyage appartient à un projet plus grand, à une quête des origines qui signifie bien plus qu'une simple recherche d'aventure …

À présent, revenons - en à la Chine. Je me sens donc comme un Français en Chine mais, bizarrement, de nombreuses choses me semblent familières comme cela avait été le cas en Corée. J'ai le sentiment d'impressions de déjà vu. Travelmag JUIN 2014 / n°0 /////////

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CARNET   Chine

L'EXPAT’ AU QUOTIDIEN

À Pékin, les gens sont de grands enfants quand il s’agit de s’amuser. On ressent réellement un sens du partage et de la convivialité. Vous le remarquerez partout, qu’il s’agisse de faire du vélo sur la glace, de la luge ou plus simplement d'investir les nombreuses aires de sport de santé de la ville. Les Chinois sont en effet très sensibles à l’entretien de leur forme physique. Il n'est pas rare que des petits vieux de 70 ans fassent le grand écart ou encore bien plus de tractions que je ne peux en faire à mon âge. On trouve aussi beaucoup de danses traditionnelles effectuées en extérieur, matins et soirs, quelle que soit la température extérieure, d'ailleurs. Et, bien sûr, il est fréquent de voir du monde pratiquer le qi cong, cette gymnastique traditionnelle chinoise et véritable science de la respiration. Toute cette philosophie de vie contraste malheureusement avec une attitude détachée face à une pollution parfois extrême. Très peu de citadins sont munis de masques lorsque c'est pourtant nécessaire …

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Chine CARNET

LA RENCONTRE ET …

L

es Chinois que j'ai croisés sont très curieux des étrangers (laowais). J'ai rencontré deux attitudes face à l'altérité : soit la personne regarde fixement une couleur de peau ou de cheveux qui dénote du quotidien, soit, pour les plus courageux, elle demande de faire une photo. Dans des circonstances particulièrement favorables, d’autres se risqueront même à une tentative de communication … Sauf que neuf dixième des échanges se font en chinois. Cela dit, je ne suis personnellement pas trop touché par ce phénomène, à part bien sûr quand je parle français dans le métro. Se faire des amis locaux (autrement dit, des amis qui ne sont pas en Chine pour un voyage d'étude) est assez complexe. D’une part, l’anglais est très peu pratiqué dans la population, ce qui ne nous laisse que le chinois comme moyen d’échange. Mais si je fais des efforts pour apprendre la langue, pour le moment mon niveau en mandarin ne donne lieu qu'à un échange purement formel : ‘‘ Salut, je m’appelle Damien. Je suis français, je ne parle que très peu le chinois. Enchanté de vous rencontrer. ”

‘‘  Certaines circonstances ont pu produire des rencontres réellement improbables et des souvenirs mémorables. ’’ Mais il est arrivé que certaines circonstances produisent des rencontres réellement improbables et des souvenirs mémorables par la même occasion. Exemple d'une soirée avec ma colocataire et une amie parlant couramment le chinois (attention, détail important). C'était après un concert de rock chinois et nous allions dans un bar plus calme fréquenté par une population internationale. Un homme est venu nous aborder, plus précisément il est venu aborder mon amie parlant le mandarin. Il nous invite à la table où étaient assis ses amis. Nous avons passé la soirée à essayer de communiquer car l’anglais n’était pas d’une grande aide. Nos hôtes nous ont offert de nombreux verres et nous avons beaucoup ri. Et lors de conversations traduites par notre amie, l'un d’eux m'a demandé ce que je faisais en Chine. Je lui ai répondu que j'exerçais dans le secteur paramédical, à quoi il m'a répondu que c'était également son cas. Il m'a alors demandé combien je gagnais et, en entendant ma réponse, il est resté poli mais m'a fait bien comprendre que c’était peu … chose dont j'ai pris conscience à l’annonce de son salaire faramineux. Les heures passant, les verres vidés,

je lui ai demandé de me donner un prénom chinois d’après son ressenti de la soirée, de la rencontre. Il me baptisa 施 情豪 (phonétiquement : she tching rao), qui signifie celui qui est spontané. Mais il y a aussi une deuxième lecture que je tairai ! Depuis, je suis très fier de mon patronyme et je l'ai adopté.

… L'INATTENDU La vie quotidienne pour un Français en Chine réclame quelques ajustements, et je vais maintenant aborder quelques postulats largement répandus sur le pays, qui se vérifient plus ou moins au quotidien. La première chose à laquelle on est très vite confronté est l'accès à l’eau potable. C'est ainsi que l'on réalise la chance que l'on a en France. En Chine, ce n’est pas évident et une bouteille d’eau devient vite ta meilleure amie voire le saint Graal. Malgré la technique de faire bouillir l’eau pour éradiquer d’éventuels parasites, il faut savoir que les métaux lourds sont toujours de la partie. Depuis que je suis en Chine, je n’ai jamais bu autant de thé de ma vie ! Une autre idée très répandue concerne la saleté en Chine. En soi, ce pays n’est pas un environnement sale mais la population ne jette pas automatiquement les déchets dans une poubelle. Les détritus sont jetés directement au sol et disparaissent assez vite par l'action des invisibles, ces personnes souvent âgées qui ramassent les ordures toute la journée. Il y a quand - même des habitudes auxquelles je ne me ferai jamais : la population, masculine comme féminine, crache régulièrement après de retentissants raclements de gorge et éructe dans les lieux publics. Des comportements déstabilisants bien loin de nos interdits ! Enfin, au - delà de la barrière de la langue et du contraste culturel, un point qui pesait au moment de partir et qui pèse encore sur ma décision de rester en Chine est la pollution, un fait tristement connu. Cela fait bientôt quatre mois que je suis ici et je me considère plutôt chanceux : la pollution reste très modérée et j’ai eu bien plus de jours de ciel bleu que de “fog”. Ceci à l'exception du mois de février où l’indice a été très élevé durant une dizaine de jours (500 pm 2,5). Pour vous donner un ordre d’idée, c’est quatre fois plus pollué qu’une autoroute pendant la période des départs en vacances! Dans ces cas là, le masque est indispensable et, bien sûr, aucune activité physique ne peut être pratiquée en extérieur. Il faut le dire, la déprime est alors au rendez - vous. En Chine, ma vie est rythmée par la pollution, il faut vivre avec et s’y adapter. Une semaine de beau temps, pour moi, c’est une semaine de footing! Travelmag JUIN 2014 / n°0 /////////

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CARNET   Chine

Départ et arrivée, impressions choisies ‘‘ S'expatrier, c'est avant tout être bien dans ses baskets.’’ C'est le principe que Damien a suivi pour préparer son voyage. Il nous confie les quelques souvenirs placés dans la valise lors du départ et ceux gardés à l’esprit, quelques unes de ses impressions et ses espoirs pour la suite … Ce que j'ai placé dans ma valise, en dehors des vêtements, était très limité par le plafond des 23 kg de la compagnie aérienne. J’ai tout de même apporté un disque dur contenant des films en français, de la musique et surtout des photos… tant de souvenirs. J'ai également emporté les cadeaux et attentions que chacun m’avait offerts au moment du départ. Des cartes, des photographies … J'ai emballé de la nourriture bien de chez nous : du foie gras, du chocolat et une bouteille de vin. Au - delà d’être rares en Chine, ils sont surtout très onéreux. Je n’ai pas vraiment amené d’objets fétiches à l'exception de deux bracelets. L'un d'eux m'a été offert par ma sœur et revêt une signification particulière. Je n'ai que trois indispensables : mes lunettes, mon gel, histoire préserver ma beauté capillaire (haha) et mon smartphone, très pratique lorsque l'on part sans appareil photo. La valise n’est pas si importante que ça, d’autant plus qu’on peut tout trouver sur place. Je suis surtout parti de France avec des souvenirs plein la tête, en particulier celui de la chaleur de mes amis et de ma famille.

‘‘ Pour moi, ce voyage est une rencontre de deux façons de penser. Certains aspects me parlent, me touchent, et d’autres me troublent.’’ J'ai été troublé par l'empreinte du communisme dans ce pays. J’ai été très étonné de noter l’abondance des chaînes américaines ou des magasins de luxe … la Chine que l’on voit dans les documentaires n’est pas celle des villes! Les notions de solidarité, de valeur du travail semblent avoir disparues. Les valeurs notables semblent être l’argent et le 关系 (guanxi, le réseau). Un jour, un homme m’a dit: “Même si tu es très doué dans ton domaine, tu n’es rien sans le guanxi”. En Chine, on peut réaliser de grandes choses à condition de connaître les bonnes personnes. Chaque jour, je vois des voitures de luxe roulant à côté de logements de fortune. À méditer … Les souvenirs que je garde de cette expérience pour le moment sont, entre autres, deux photographies. Le première a été prise sur la grande muraille, elle est tout simplement grandiose. Des amis étaient présents, les premiers à venir me rendre visite à Beijing. L'autre photographie que je place ex æquo est la célèbre photographie de Pudong, à Shanghai, où j'ai fait un séjour pour régulariser mes papiers. C’est la première fois que je me suis dit “ Ok, je suis en Chine !”. Pour moi, ce voyage représente la rencontre de deux façons de penser, deux cultures et deux façons d'être différentes. Certains aspects me parlent, me touchent, d’autres me déstabilisent. Ce qui me plaît réellement, ce sont les découvertes, les nouvelles rencontres. Pour l’instant, je me sens bien ici. La verdure commence à me manquer et il est temps d’aller faire un tour dans les terres. Je pense que j'ai encore tout à découvrir dans l'immensité de ce pays. 44

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Chine CARNET

La Cité interdite, inscrite au patrimoine mondial et premier chef - d’œuvre de l'architecture traditionnelle chinoise, abrite la dépouille du président Mao. Travelmag JUIN 2014 / n°0 /////////

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DÉCALAGE   Nature entre les murs

La nature entre

LES MURS FORÊT EN TROMPE L'ŒIL sur le mur d'une ruelle de Bruxelles

Une anecdote dépaysante à Bruxelles? Facile pour des visiteurs ostensiblement touristes. Remerciez le serveur d'un restaurant pour avoir apporté les couverts, puis une seconde fois lorsqu'il installe les verres. Mais à la troisième fois, il lancera: " Si vous me remerciez à chaque fois, vous n'avez pas fini. Et s'il vous plaît, cachez ces bouteilles d'eau". Ne pas s'offusquer d'un franc parler … rafraîchissant!

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Nature entre les murs DÉCALAGE

EXPOSITION TRÈS ATYPIQUE dans un palais abandonné à Palerme

Escale à Marsala pour visiter la cathédrale, une sortie patrimoine plutôt classique pour Victor et Samuel. Ils ne s'attendaient pas à se voir refuser l'entrée par des gorilles encadrant la porte du bâtiment. À l'intérieur se déroule un mariage très élégant, peuplé de mammas tout de noir vêtues … Mais à en juger par l'allure des gardes du corps, elles n'étaient pas les stars locales!

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DÉCALAGE   Nature entre les murs

COUVENT À CIEL OUVERT surplombant le Rossio à Lisbonne

La première fois que je suis allé au restaurant au Portugal, nous confie Victor, j'avais très, très faim … Installé dans une petite taverne très familiale, je ne savais pas encore que les portions ne sont pas calculées par personne comme en France. Tu commandes un menu complet qu'ils te servent dans des plats qui peuvent nourrir facilement quatre personnes !

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Explorer le monde

à travers le regard de ceux qui le parcourent

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EN JUILLET DANS TRAVELMAG /// 

Ces voyageurs qui font le

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S'installer à deux en Italie, tout lâcher pour un roadtrip en Australie, vivre sa passion au Japon …

Et aussi  UN REGARD / UNE VILLE Dédale de rues étroites, quartiers murés pour endiguer l'épidémie de peste, habitations très austères et inchangées depuis le Moyen - Âge : Travelmag s'aventure dans les souterrains d'Édimbourg à la lueur des flambeaux.

En juillet, Travelmag part à la rencontre des voyageurs téméraires qui osent un changement radical de mode de vie.

COMMUNAUTÉ NOMADE Ils sont quatre et ont décidé de créer un site web alternatif pour partager et noter les prestations qu'ils ont testées en voyage. Adieu les grosses compagnies de réservation en ligne, les sites comparatifs qui s'affichent sur toutes les grandes chaînes de télévision. Travelmag pose ses questions à ces voyageurs engagés qui prônent l'expérience véritablement locale et le conseil personnalisé.

CARNET DE VOYAGEUR Partir avec un nom en poche, quitter sa vie en France pour vivre autre chose. Une expatriée en Turquie nous dévoile son quotidien : son enseignement au lycée français, les manifestations dans son quartier contre les restrictions du pouvoir en place, le mode de vie de sa famille d'adoption … Elle livre le récit d'une véritable immersion.

DÉCALAGE / Ils misent sur la confiance pour arriver à destination Les photos atypiques d'auto - stoppeurs et leurs anecdotes révèleront la diversité de cette forme de voyage qui privilégie plus que toute autre la rencontre et l'échange.

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