Skip to main content

QDE56-11-25-web

Page 1


ÉDUCATIVES

CAPSULES POUR L’ÉTHIQUE

La fondation Blaise Pascal avec le soutien de la MAIF, sous la direction de la professeure et chercheuse au CNRS, Laurence Devillers, a produit et met Ă  disposition une sĂ©rie de capsules vidĂ©o pour parler d’éthique et de numĂ©rique avec des enfants de 8 Ă  12 ans. Quel que soit le contexte oĂč on les rencontre. E-Bou, la mascotte des vidĂ©os, endosse un rĂŽle de guide et engage rĂ©flexions et dialogues autour de multiples enjeux Ă  la fois Ă©thiques, sociaux et Ă©cologiques. Les activitĂ©s pĂ©dagogiques visent Ă  fournir Ă  l’élĂšve un bagage riche, au travers de plus d’une dizaine de sujets tels que : l’attachement aux Ă©crans, les donnĂ©es en ligne, le numĂ©rique et l’environnement, l’intelligence artificielle, etc. La seule contrepartie demandĂ©e est un retour d’expĂ©riences, afin d’amĂ©liorer les supports.

www.fondation-blaise-pascal.org/nos-actions/les-projets-de-la-fondation/capsulesethique-du-numerique-pour-les-enfants/

Comprendre ce qui fait obstacle Ă  la lecture chez les jeunes

Initiative du ministĂšre de la culture, lancĂ©e en Juillet 2025, les États gĂ©nĂ©raux de la lecture pour la jeunesse ont un aboutissement prĂ©vu en janvier 2026. Une initiative destinĂ©e Ă  Ă©couter, en particulier, les enfants et les adolescents pour comprendre ce qui fait obstacle au dĂ©veloppement de leurs pratiques de lecture. Et in fine Ă  produire des idĂ©es qui devront se concrĂ©tiser dans un renouveau des politiques publiques pour la culture par la lecture.

Pour connaßtre toutes les étapes de cette initiative : www.culture.gouv.fr/thematiques/ livre-et-lecture/etats-generaux-dela-lecture-pour-la-jeunesse-remettrela-lecture-au-caeur-des-pratiquesculturelles-des-jeunes

FRANCE CULTURE TEND LE MICRO

À LA « VRAIE » FRANCE RURALE

On donne rarement la parole aux ruraux. La campagne est, la plupart du temps, racontĂ©e depuis la ville. Quelles sont les racines des biais de reprĂ©sentation qui camouflent les rĂ©alitĂ©s de 22 millions de Français ? L’essentialisation de la campagne est le rĂ©sultat d’une mĂ©canique qui s’est mise en place au fil des siĂšcles. C’est vrai dans les dĂ©bats politiques, dans la culture, dans la publicitĂ©... À force de parler de la ruralitĂ© depuis les grandes villes, on en parle mal, on projette ce que s’en figurent les urbains, sans s’encombrer de la complexitĂ©, du ressenti, du vĂ©cu, de la rĂ©alitĂ© quotidienne des ruraux. Podcast en sĂ©rie de 4 Ă©pisodes LSD, France culture « entendre la France rurale ». Un documentaire de SalomĂ© Berlioux, rĂ©alisĂ© par VĂ©ronique Samouiloff.

www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/la-ruralite-ce-grand-fantasme-4426571

DIRE ET REDIRE

LES DROITS ET BESOINS DES ENFANTS

Édouard Durand parle directement aux enfants dans un ouvrage illustrĂ© par Mai Lan Chapiron. Deux personnalitĂ©s engagĂ©es pour la dĂ©fense et la protection de l’enfance : le premier, magistrat, a co-prĂ©sidĂ© la CIIVISE, la seconde, artiste, a publiĂ© l’album Le Loup, vĂ©ritable outil de prĂ©vention contre les violences sexuelles faites aux enfants. La convention internationale des droits de l’enfant a Ă©tĂ© adoptĂ©e le 20 novembre 1989 par l’ONU ; depuis lors, il est nĂ©cessaire de la faire connaĂźtre aux premiers intĂ©ressĂ©s. C’est l’objet de ce livre remarquable, « Tes droits et tes besoins comptent » qui a trouvĂ© un ton juste, et une adresse directe aux jeunes lecteurs, lectrices.

Prendre un café

« intelligent »

Un CafĂ© IA c’est trĂšs simple : oĂč qu’il soit organisĂ©, c’est Ă  la fois un espace d’écoute et de rencontre, un moment de dĂ©bat et d’échange, une plateforme de mise en commun et d’apprentissage. Un CafĂ© IA est informel, frugal, gratuit et pour tout le monde.

Sur https://cafeia.org, vous trouverez des ressources pédagogiques, une méthodologie pour vous lancer dans cette aventure citoyenne.

Le service public de l’audiovisuel crĂ©e sa premiĂšre radio pour les enfants : mon petit France inter . A Ă©couter Ă  tout moment et avec zĂ©ro pub dedans sur le tĂ©lĂ©phone ou les tablettes, ou les ordinateurs des parents. On y retrouve une sĂ©lection unique d’émissions, d’histoires et de musiques pensĂ©es pour les enfants Ă  partir de 3 ans : contes audio, histoires d’aventure, documentaires sur les sciences et la nature, et musique Ă  Ă©couter, chanter ou dĂ©couvrir tout au long de la journĂ©e. Disponible Ă  l’écoute sur l’application Radio France.

Transition écologique et sociale : Inspirations sur Canotech

À Voiron (IsĂšre), l’école primaire La Brunerie s’est transformĂ©e : le bĂ©ton a laissĂ© place aux vĂ©gĂ©taux et aux Ăźlots de fraĂźcheur, permettant un contact quotidien entre les Ă©lĂšves et la nature. La directrice de l’école, le maire nous racontent la mise en Ɠuvre de ce projet inspirant et collaboratif, et comment les Ă©lĂšves ont Ă©tĂ© impliquĂ©s Ă  chaque Ă©tape.

Bien plus qu’un simple amĂ©nagement, la vĂ©gĂ©talisation d’une cour d’école fait Ă©voluer les pratiques pĂ©dagogiques, favorise les apprentissages et constitue pour les Ă©lĂšves un levier sur leur vie adulte future pour prendre soin de leur environnement.

De nombreuses autres réalisations, reportages et interviews sur www.canotech.fr

Le Mépris « social », selon François Dubet

Pas une grĂšve, pas une manif, pas un sondage qui ne dĂ©nonce le « mĂ©pris » des dirigeants, des Ă©lites, ou des plus riches envers les plus pauvres, ou d’une catĂ©gorie sociale envers une autre. Des enseignants aux Gilets jaunes, des groupes entiers se sentent dĂ©daignĂ©s, ignorĂ©s, regardĂ©s de haut. Pour comprendre cette Ă©motion collective, on doit faire appel Ă  une sociologie gĂ©nĂ©rale : Ă©puisement de la sociĂ©tĂ© industrielle et de ses rapports de classes, violence de la mondialisation, essor des nouvelles technologies, mutation de la subjectivitĂ© qui exhorte l’individu Ă  ĂȘtre responsable de son destin. Lorsque les citoyens se disent mĂ©prisĂ©s par le « systĂšme », la dĂ©mocratie est menacĂ©e par le ressentiment et la dĂ©nonciation de « coupables ». Comment faire renaĂźtre un contrat social en Ă©loignant ce sentiment dĂ©lĂ©tĂšre Ă  la cohĂ©sion ? Telle est la question abordĂ©e par le sociologue de l’éducation François Dubet dans son rĂ©cent ouvrage paru au Seuil.

Actualités éducatives

É dito

État des lieux : ce qui pertube

l'éducation

Respecter le sommeil et les rythmes biologiques

Nouveau rapport au savoir : la démocratie en danger

Le grand témoin : François Dubet

RĂȘver pour changer

Apprendre à regarder, écouter, comprendre
 sans idéaliser

Dis-moi IA, qui es-tu, oĂč vas-tu ?

Citoyen·nes tout au long de la vie

Transmettre « avec  » les poings

La reconversion par le savoir-faire

Chemin de « traverse » pour lycéen·nes engagé·es

« Partager » au sein d’un club universitaire

Le tiers-lieu pour faire tomber les frontiĂšres

Devenir aussi acteur de la recherche

Quand le théatre met en scÚne l'EMC

Morgane VERVIERS

Secrétaire générale - UNSA éducation CPE

Béatrice LAURENT

Secrétaire nationale

Secteur Éducation et Culture

Professeure des Ă©coles - Formatrice INSPÉ ont coordonnĂ© ce numĂ©ro auquel ont participĂ© :

secteur ÉDUCATION ET CULTURE

Willie CHARBONNIER

Conseiller national, Professeur de mathématiques

Jean-Jacques HENRY

Conseiller national

Professeur d'économie

Gilles LELUC

Conseiller national

Professeur de lettres modernes

Mourad OURAOU

Conseiller national

Enseignant spécialisé

Solenn TEXIER

ConseillĂšre Nationale

Professeure d’Histoire-GĂ©ographie

Stéphanie de VANSSAY

ConseillĂšre nationale

Professeure des écoles

Directeur de publication

Morgane VERVIERS Graphisme

Cécilia Bertin - ceciliabertin.com

Crédits photographique

UNSA - Unplash - Pexels - Pixabay

www.unsa-education.com

Questions d'éduc .

édito

Émanciper les apprentissages pour tenir la promesse d’émancipation

Apprendre n’a jamais Ă©tĂ© aussi indispensable
 ni paradoxalement aussi compliquĂ©. Dans un monde qui se transforme Ă  grande vitesse, les jeunes se heurtent Ă  un systĂšme Ă©ducatif souvent figĂ©, qui peine Ă  reconnaĂźtre la diversitĂ© des rythmes, des aptitudes et des parcours. Les inĂ©galitĂ©s se creusent, les tensions s’accumulent, et l’École peine parfois Ă  remplir sa promesse d’émancipation. En invitant François Dubet, sociologue et universitaire Ă©mĂ©rite, nous donnons matiĂšre Ă  analyse et rĂ©flexion sur cette dimension.

Pourtant, partout, dans tous les territoires, des solutions Ă©mergent : des initiatives modestes ou ambitieuses qui prouvent qu’une autre façon d’apprendre est possible, pour tous et Ă  tout Ăąge, Ă  l’école et hors de l’école.

Dans ce numĂ©ro de Questions d' É duc . , nous avons choisi de mettre en lumiĂšre des lieux et des dĂ©marches oĂč l’éducation redevient un projet collectif. Les reconversions professionnelles rĂ©ussies, les programmes de sciences participatives, les clubs universitaires qui s’ouvrent aux habitant·es, les tiers-lieux qui mĂȘlent culture, formation et solidarité  Autant d’exemples qui montrent que l’apprentissage du XXI e siĂšcle ne se limite plus Ă  l’école, mais s’invente dans les pratiques culturelles, les engagements citoyens, le mouvement associatif, les partages de savoirs.

À l’UNSA Éducation, nous dĂ©fendons une vision rĂ©formiste, rĂ©aliste mais ambitieuse : celle d’un service public qui sache Ă©voluer, s’ouvrir et coopĂ©rer avec des forces vives. Redonner confiance aux jeunes, accompagner les professionnels, soutenir les dĂ©marches innovantes : c’est ainsi que nous construirons une sociĂ©tĂ© pleinement apprenante. Parce que l’éducation ne se dĂ©crĂšte pas, elle se cultive. Ensemble. Et tout au long de la vie.

L'équipe éditoriale de "Questions d'éduc."

État des lieux

CE QUI PERTURBE L’ÉDUCATION

Éduquer un enfant n’est pas un long fleuve tranquille. De nombreux Ă©cueils sociaux et sociĂ©taux qui perturbent les apprentissages se prĂ©sentent aux parents et personnels d'Ă©ducation, obligeant Ă  trouver des parades. Nous en Ă©numĂ©rons ici les principaux, agrĂ©mentĂ©s de quelques statistiques.

: pauvreté

C’est le nombre de gĂ©nĂ©rations nĂ©cessaires en France pour gravir l’échelle sociale et sortir de la pauvretĂ©. Dans toutes les enquĂȘtes internationales menĂ©es depuis 20 ans, la France apparaĂźt comme l’un des pays oĂč l’écart de rĂ©ussite est parmi les plus importants entre les Ă©lĂšves issus de milieux favorisĂ©s et ceux issus de milieux populaires. Ces inĂ©galitĂ©s de rĂ©ussite apparaissent dĂšs la maternelle et se creusent au fil du parcours Ă©ducatif. Ainsi, 10% d’une cohorte sort chaque annĂ©e du systĂšme scolaire sans diplĂŽme, cette proportion est 5 fois plus Ă©levĂ©e chez les enfants d’ouvriers que chez ceux de cadres.

10 et 5h10 : Écrans

10, c’est le nombre moyen d’écrans par foyer et 5h10, le temps d’écran quotidien, en constante augmentation, pour les 13-19 ans.

Les consĂ©quences nĂ©fastes sont connues : dĂ©ficit du sommeil, sĂ©dentaritĂ©, obĂ©sitĂ© et problĂšmes de vue. Pour en tirer seulement les avantages, les spĂ©cialistes conseillent d’accompagner son enfant : limiter le temps d’écran en fonction de l’ñge, s’intĂ©resser Ă  ses usages numĂ©riques et lui conseiller des contenus.

22 % : Violences

C’est le pourcentage d’élĂšves de 15 ans qui dĂ©clarent subir au moins une forme de violence, au moins une fois par mois. Cela a des consĂ©quences sur : ‱ les performances scolaires et l’engagement scolaire (absentĂ©isme, dĂ©sinvestissement, etc.)

‱ la santĂ© mentale et Ă©motionnelle : stress, anxiĂ©tĂ©, isolement social, perte d’estime de soi, etc. A contrario, un climat scolaire sĂ©curisĂ© et positif rĂ©duit ces risques et favorise la rĂ©ussite. C’est donc, au-delĂ  du seul harcĂšlement, un enjeu important.

70 % : sommeil

C’est le pourcentage d’adolescent·es en manque de sommeil chronique, d’aprĂšs une Ă©tude menĂ©e par le ministĂšre de la santĂ©.

Un dĂ©ficit de sommeil a des consĂ©quences sur : les performances scolaires : somnolence, manque d’attention, etc. la croissance et le mĂ©tabolisme : problĂšmes de poids, affaiblissement du systĂšme immunitaire ; la santĂ© mentale : anxiĂ©tĂ© pouvant dĂ©boucher sur une dĂ©pression.

3 % - 6 % : Troubles de l'attention

Entre 3 et 6%, c’est le pourcentage d’enfants concernĂ©s par le TDAH (trouble dĂ©ficit de l’attention avec ou sans hyperactivitĂ©), en forte hausse depuis 20 ans, comme tous les TND (troubles du neurodĂ©veloppement). En cause outre la gĂ©nĂ©tique : l’alimentation, les modes de vie, l’exposition Ă  certains polluants, etc. mais aussi un dĂ©pistage plus prĂ©coce.

Le lancement de la cohorte Marianne** oĂč 1700 familles sont suivies sur 10 ans vise Ă  dĂ©terminer le rĂŽle de chacun de ces facteurs dans la survenue des TND. NĂ©anmoins, il ne faut pas penser que tout enfant perturbateur souffre de TND. Il y a les difficultĂ©s sociales, les souffrances psychologiques, elles aussi en hausse, Ă  ne pas nĂ©gliger.

* Les TND regroupent les troubles du spectre de l’autisme ou TSA, les troubles du dĂ©ficit de l’attention avec ou sans hyperactivitĂ© ou TDAH, les troubles du dĂ©veloppement intellectuel ou TDI, les troubles DYS).

** https://cohorte-marianne.org

Temps de l’enfant

RESPECTER LE SOMMEIL ET LES RYTHMES

BIOLOGIQUES

La convention citoyenne sur les temps de l’enfant l’a rappelé : les rythmes biologiques, et notamment les besoins en sommeil des jeunes, ont largement Ă©tĂ© ignorĂ©s par les « organisateurs » contemporains de l’école. Repenser les apprentissages passe donc par la case « intĂ©grer la dimension physiologique » de l’enfant, de l’ado, afin que les emplois du temps scolaires soient Ă©laborĂ©s Ă  partir et autour de celle-ci.

Christophe Clec’h, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du SNMSU UNSA : « Manquer de sommeil entraĂźne des troubles de l’humeur »

Docteur, quel diagnostic ?

« Le rythme scolaire ne s’est pas adaptĂ© Ă  l’horloge biologique des enfants », dĂ©plore Sophie Marinopoulos, psychologue et psychanalyste de l’enfance et de la famille lors de la premiĂšre audition de la Convention citoyenne consacrĂ©e au bien-ĂȘtre et aux droits des enfants. Et son collĂšgue GrĂ©goire Borst, professeur de psychologie du dĂ©veloppement et de neurosciences cognitives de l'Ă©ducation, de renchĂ©rir sur la nĂ©cessitĂ© de respecter cette horloge qui veut qu’à la pubertĂ© par exemple, il existe un dĂ©calage du rythme du sommeil de nos ados. Et que chez les moins de 6 ans - autre exemple - les 2 heures de sieste sont requis quotidiennement.

Une dette importante

Or, ces deux prĂ©conisations sont, tout ou partie, pas ou peu prises en compte par les emplois du temps scolaires actuels. D’oĂč une dette importante de sommeil des jeunes aujourd’hui « qui ne se rĂ©cupĂšre pas le temps d’un week-end » souligne GrĂ©goire Borst. Il faudrait en fait, selon l’enseignant-chercheur, «  3 Ă  4 mois pour la rĂ©cupĂ©rer ». « Le planning des Ă©tablissements est Ă  la main des principaux et des proviseurs » ; on pourrait donc imaginer « un dĂ©calage de la premiĂšre heure de cours Ă  9h30 », prĂ©conise-t-il encore.

Troubles de l’humeur

MĂ©decin scolaire et secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du SNMSUUNSA, Christophe Clec’h rappelle les dommages directs sur le bien-ĂȘtre des Ă©lĂšves de cette dette et ceux plus collatĂ©raux d’un climat scolaire dĂ©gradĂ©. « Le sommeil

est LA condition pour ĂȘtre en bonne santĂ© et disponibles pour les apprentissages. » Et outre des fonctions cognitives moins performantes car non reposĂ©es, manquer de sommeil « entraĂźne des troubles de l’humeur ». « Toute la journĂ©e l’élĂšve se traĂźne, n’a plus de relations sociales Ă©quilibrĂ©es », poursuit Christophe Clec’h, qui Ă©voque le phĂ©nomĂšne actuel aggravant de l’exposition aux Ă©crans sous toutes leurs formes.

Toutefois, ce dernier phĂ©nomĂšne rĂ©pond Ă  une autre injonction, celle de « raisonner non plus en termes de temps mais de qualitĂ© d’écran ». Qui s’ajoute Ă  la problĂ©matique de la dette de sommeil Ă©valuĂ©e Ă  2 heures par jour pour les ados.

NOUVEAU RAPPORT AU SAVOIR : LA DÉMOCRATIE EN DANGER

La quasi-totalitĂ© de la population française est aujourd’hui connectĂ©e et passe une part significative de son temps Ă  chercher, consommer et partager de l’information en ligne.

L’immĂ©diatetĂ© des technologies, la multiplication des sources qui se vaudraient toutes, l’essor des intelligences artificielles installent et fragilisent un nouveau rapport au savoir dans notre sociĂ©tĂ©.

Rumeurs et dĂ©sinformations n’ont jamais Ă©tĂ© aussi prĂ©sentes. L’École se retrouve au cƓur de dilemmes : comment transmettre des savoirs stables alors que la vĂ©ritĂ© factuelle est concurrencĂ©e par des narrations instantanĂ©es, des opinions qui s’érigent en faits, oĂč la crĂ©dibilitĂ© des propos se mesure en like ?

D’aprĂšs un sondage d’Ipsos 1, 66% des personnes interrogĂ©es adhĂšrent Ă  au moins l’une des fake news qui leur ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es. Comment, dans ce contexte, former des esprits critiques capables de dĂ©jouer le vrai du faux ?

Au-delĂ  de la technique, un enjeu politique

Les pĂ©dagogues nous rappellent que l’enjeu est profondĂ©ment politique et humain. Ainsi, Camille Dejardin met en garde contre la dĂ©sappropriation du rĂ©el : « Il faut d’abord apprendre aux Ă©lĂšves Ă  lire le monde » et rappeler que la vĂ©ritĂ© n’est pas « propre Ă  chacun » mais suppose un accord sur les faits et les mĂ©thodes pour les vĂ©rifier 2 . L’apprentissage est donc essentiel pour s’émanciper, pour « penser par soi-mĂȘme » et « construire du commun » comme l’écrit Philippe Meirieu 3. Sans culture du questionnement et de l’argumentation, la dĂ©mocratie se fragilise. C’est bien lĂ  tout l’enjeu pour l’École.

Les autoritĂ©s Ă©ducatives en France ont tentĂ© de rĂ©pondre Ă  ces enjeux : le ministĂšre de l’Éducation nationale a publiĂ© en 2025 un cadre d’usage de l’intelligence artificielle destinĂ© Ă  encadrer les pratiques pĂ©dagogiques 4. Le Conseil national d’évaluation du systĂšme scolaire (Cnesco), lui, insiste sur la nĂ©cessitĂ© d’enseigner non seulement des contenus, mais des compĂ©tences infor-

«  Apprendre aujourd’hui, ce n’est pas fuir Internet, ni l’IA gĂ©nĂ©rative, c’est outiller les apprenant.es pour y circuler avec discernement.  »

mationnelles et de pensĂ©e critique. L’éducation aux mĂ©dias et Ă  l’information, dĂ©jĂ  prĂ©sente, doit devenir un objectif central des programmes 5 .

Apprendre aujourd’hui, ce n’est pas fuir Internet, ni l’IA gĂ©nĂ©rative, c’est outiller les apprenant.es pour y circuler avec discernement. C’est faire de l’École le lieu oĂč l’on forge l’esprit critique, non pour produire des expert.es en tout, mais pour former des citoyen.nes capables de dire « Je pense parce que je vĂ©rifie, j’argumente et je compare ».

1/ Sondages Ipsos réalisé pour les élections européennes : Européennes 2024 : les Français particuliÚrement vulnérables à la désinformation, 12 mars 2024

2/ Camille Dejardin, A quoi bon encore apprendre ? Tract Gallimard n°69, août 2025

3/ Entretien avec Philippe Meirieu
 “Le sens de mes recherches et de mes engagements”, aoĂ»t 2020

4/ À retrouver sur le site : labo.societenumerique.gouv.fr

5/ Cordier, A. & Fluckiger, C. (2025). Nouveaux savoirs et nouvelles compĂ©tences des jeunes : quelle construction dans et hors de l’école ? Cnesco-Cnam.

Le grand témoin

François Dubet : au collÚge, « convertissons

nos pĂ©dagogies vers des modes d’action »

Avec seulement 32% des français qui pensent qu’il fonctionne bien (IFOP, 2023) et un ancien ministre, Pap Ndiaye, qui le dĂ©signait en 2022 comme “l’homme malade” du systĂšme Ă©ducatif, le collĂšge est attaquĂ© de toutes parts. D’oĂč les nombreuses propositions de le rĂ©former, voire de proposer une nouvelle approche pĂ©dagogique. Point de vue du sociologue François Dubet, expert des questions Ă©ducatives.

QDE. Le collĂšge français est trĂšs critiquĂ© et peine encore Ă  trouver son identitĂ© depuis la loi Haby et la mise en place d’un “collĂšge pour tous” ou “collĂšge unique” en 1975. Pourquoi selon vous ?

François Dubet. Au moment de la réforme Haby, la ques -

tion s'Ă©tait posĂ©e de savoir si le collĂšge resterait un maillon supplĂ©mentaire de l'Ă©cole Ă©lĂ©mentaire ou serait le premier cycle du lycĂ©e 1 . Ce dĂ©bat Ă©tait Ă  la fois Ă©ducatif, pĂ©dagogique, mais aussi un enjeu politique parce qu'il s'agissait de savoir si on allait “donner” le collĂšge aux profs de lycĂ©e ou aux institu-

teurs. Le collĂšge est nĂ© de cette ambiguĂŻtĂ© dont il ne s'est jamais vraiment dĂ©fait. DĂšs la fin des annĂ©es 70, dĂ©but des annĂ©es 80, les enseignants ont dit que les classes Ă©taient tellement hĂ©tĂ©rogĂšnes que c'Ă©tait intenable. Et, pendant une quinzaine d'annĂ©es, on s'en est sorti en trichant. On faisait des classes de niveau sans le dire. Les critiques Ă©taient nombreuses. Les enseignants Ă©taient favorables Ă  un collĂšge unique, oĂč tous les Ă©lĂšves se retrouvent, mais souhaitaient le maintien de classes de niveau, de l'orientation prĂ©coce etc. Pendant trĂšs longtemps le programme Ă©tait dĂ©fini complĂštement par l'aval. On a fait beaucoup de progrĂšs de ce cĂŽtĂ©-lĂ . On a créé un socle commun. Mais on rejoue la mĂȘme tragĂ©die sans cesse parce qu'on n'arrive pas Ă  arbitrer entre un collĂšge premier cycle du lycĂ©e, ou un collĂšge Ă©cole de tous. Il faut trancher.

«  L'objectif du collÚge, c'est de donner à tous les élÚves ce à quoi ils ont droit pour entrer dans la vie, indépendamment de leur orientation future  »

De mon point de vue, l'objectif du collÚge, c'est de donner à tous les élÚves ce à quoi ils ont droit pour entrer dans la vie, indépendamment de leur orientation future.

QDE. Quelle serait la premiĂšre Ă©tape pour faire du collĂšge cette â€œĂ©cole de tous” que vous appelez de vos vƓux ?

F.D. Il faut redéfinir le curriculum resserré autour de ce qu'on veut que les élÚves sachent et sachent faire. Mais pas pour devenir prix Nobel de physique, pour devenir des citoyens normaux, comprenant normalement le monde dans lequel ils vivent. L'opinion dominante chez les enseignants n'y était pas favorable. Aujourd'hui, les choses ont visiblement

«   Il faut trouver des rĂ©ponses pĂ©dagogiques Ă  l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© [des classes].  »

changĂ©. Beaucoup d'enseignants refusent le modĂšle du tri et veulent dĂ©fendre un modĂšle plus hĂ©tĂ©rogĂšne. L’opposition qui s'est manifestĂ©e aprĂšs la rĂ©forme Attal des groupes de niveau est une nouveautĂ©. Mais il faut trouver des rĂ©ponses pĂ©dagogiques Ă  l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© et ce n’est pas simple. Les 10% des “meilleurs” Ă©lĂšves de 6 e ont un niveau supĂ©rieur aux 20% des 3 e les plus en difficultĂ©. C'est un Ă©cart Ă©norme en termes de compĂ©tences.

La prioritĂ©, dans un systĂšme comme le nĂŽtre, est de se demander ce qu’on doit aux plus faibles. Je ne suis pas convaincu qu'il y ait un lien direct entre le programme de maths de 5e et les mĂ©dailles Fields. En revanche, il y a un lien direct quand les citoyens ne savent pas lire la moindre courbe statistique, distinguer une moyenne d'une distribution, et ce que veut dire

un taux d'intĂ©rĂȘt de 1% ou de 3%. Ça, ça dĂ©sarme les citoyens.

QDE. Un curriculum resserrĂ© alors qu’on attend toujours plus de l'École, n’est-ce pas contradictoire ?

F.D. C’est quelque chose qui Ă©puise les enseignants, et qui rend l'Ă©cole quelquefois un peu ridicule : la multiplication des â€œĂ©ducations à”. En France, dĂšs qu'il y a un problĂšme social, on dit que c'est Ă  l'Ă©cole de s'en occuper. Un de mes grands regrets, c'est la disparition des mouvements d'Ă©ducation populaire, qui faisait trĂšs bien ce que l'Ă©cole fait moins bien, parce que c'Ă©tait son job. Je trouve incroyable que la plupart des collĂšges en France ferment le vendredi Ă  17h, soient fermĂ©s pendant les vacances, alors que la chorale ou le groupe de rock pourraient y rĂ©pĂ©ter, etc. Si on veut mettre l'Ă©cole dans Le grand tĂ©moin

la citĂ©, il serait bien que la citĂ© puisse rentrer dans l'Ă©cole, mais ça ne mobilise pas forcĂ©ment des enseignants ; ça peut ĂȘtre des animateurs socioculturels, des associations, la troupe de théùtre, la chorale du village, le club de sport. C'est quand mĂȘme incroyable de penser qu'un collĂšge est ouvert 180 jours par an sur 365. Un collĂšge doit ĂȘtre au centre de la vie sociale et ne devrait pas se limiter Ă  l’enseignement scolaire.

QDE. Et concernant les pratiques pédagogiques au collÚge, quelle serait la principale évolution souhaitable selon vous ?

F.D. Je me souviens d'une enquĂȘte que je faisais auprĂšs des collĂ©giens et des lycĂ©ens. Ils disaient : au collĂšge et au lycĂ©e on ne fait rien ! On ne fait pas de science, on ne fait pas de littĂ©rature, on apprend, on rĂ©cite. Mais les enquĂȘtes sont claires sur ce point, on se souvient de ce qu'on utilise, de ce qu'on mobilise et de ce qu'on a appris Ă  faire, plus que de ce qu'on a appris Ă  rĂ©citer. Sinon au bout de 5 ans, on a tout oubliĂ©. Si on dĂ©finit un curriculum resserrĂ© mais exigeant, il faut que les Ă©lĂšves apprennent Ă  faire des choses. J'ajouterai, mĂȘme si je ne suis pas spĂ©cialiste du sujet, que le rĂšgne de l'intelligence artificielle va peut-ĂȘtre, je le crains, transformer les enseignements traditionnels beaucoup plus rapidement qu'on ne le croit. On a donc peut-ĂȘtre intĂ©rĂȘt Ă  convertir les pĂ©dagogies vers des modes d'action. Si la pĂ©dagogie n’est que des exercices qui se succĂšdent et

Âč LycĂ©e gĂ©nĂ©ral

des modes de résolution, l'IA le fait mieux. Elle fera mieux que le prof, elle fera mieux que les meilleurs élÚves.

«  Si on veut mettre l'école dans la cité, il serait bien que la cité puisse rentrer dans l'école. »

Au collÚge, on évalue, on oriente les élÚves parfois sans ménagement. Quelles sont les conséquences sur ceux qui sont en échec ?

F.D. Dans les enquĂȘtes PISAÂČ, les Ă©lĂšves français sont ceux qui ont le moins confiance en eux, qui pensent le plus qu’ils sont nuls et qui demandent le moins d’aide Ă  leurs enseignants. Il y a quelque chose dans le modĂšle français qui est une obsession de classement, de rangement. Et quand vous avez ratĂ© la marche, c'est fini, vous ne la reprenez pas. Or nous sommes dans une sociĂ©tĂ© qui dit que la valeur d'un individu, c'est le diplĂŽme qu'il a obtenu. C'est ce qui justifie son salaire, son statut social, etc. Alors, ça n'est pas forcĂ©ment le pire des critĂšres. Ce n'est pas pire que celui de la rĂ©ussite Ă©conomique. Mais le problĂšme, c'est que c'est le seul critĂšre. C'est-Ă -dire quand vous avez le choix entre ĂȘtre bon Ă  l'Ă©cole ou considĂ©rĂ© comme nul toute votre vie par ceux qui y ont rĂ©ussi. Donc, il faut que l'Ă©cole valorise d'autres qualitĂ©s que les qualitĂ©s proprement scolaires. Pour Ă©viter d’y ĂȘtre humiliĂ©.

Ce qui est quand mĂȘme terrifiant, et qui est commun, que ce

ÂČ Programme international de l'OCDE pour le suivi des acquis des Ă©lĂšves

soit Ă  la France, aux États-Unis, Ă  la Grande-Bretagne, Ă  l'Allemagne : en 1980, les non-diplĂŽmĂ©s votent pour les partis progressistes ; en 2020, les non-diplĂŽmĂ©s votent Ă  l'extrĂȘme droite, parce que les diplĂŽmĂ©s votent pour les partis progressistes et sont haĂŻs par ceux qui ont Ă©chouĂ© Ă  l'Ă©cole. Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui les vaincus de la sĂ©lection scolaire dĂ©testent ce que reprĂ©sentent l'Ă©cole, les intellos, les experts, les savants ? Qu'est-ce qui explique que des gamins foutent le feu Ă  un collĂšge ? Une sociĂ©tĂ© qui proposerait plusieurs conceptions du mĂ©rite, mĂȘme si chacun de ces mĂ©rites est injuste, est plus juste qu'une sociĂ©tĂ© qui repose sur une seule conception du mĂ©rite.

Pour terminer sur une note plus positive, je dirai que, contrairement Ă  ce que les profs pensent, les français ont toujours une haute image des enseignants. Quand vous leur demandez quelles sont les professions qu'ils valorisent le plus, il y a les mĂ©decins, les enseignants et les gendarmes. Alors il convient de ne pas surfer sur un sentiment de mĂ©pris, de dĂ©pression qui est sans issue. Il faut inventer l’école et le collĂšge de demain, parce qu'on ne reviendra pas Ă  l'Ă©cole de Marcel Pagnol, de “La gloire de mon pĂšre” , ça c’est terminĂ©.

Lire l’intĂ©gralitĂ© de l’entretien : https://wp.me/ p2vY9V-3o1 POUR APPROFONDIR POUR APPROFONDIR

Prospective et utopie

RĂȘver pour changer

Nous avons lu « Et si on imaginait l’école de demain ? », un ouvrage de fiction Ă©crit par deux enseignants, CĂ©line Cael et Laurent Reynaud, qui proposent une rĂ©volution complĂšte de notre mode d’apprentissage traditionnel. Nous vous livrons quelques propositions de cette utopie bienfaitrice qui remet en question et solutionne plusieurs problĂ©matiques de notre tradition scolaire.

Le contexte et le récit

En 2042, une journaliste enquĂȘte sur le nouveau systĂšme Ă©ducatif qui vient d’ĂȘtre mis en place. L’ouvrage est constituĂ© de tĂ©moignages d’enseignant·es, d’élu·es politiques, d’élĂšves et apprenant·es qui dĂ©crivent les changements opĂ©rĂ©s avec l’ancien systĂšme (notre systĂšme actuel), qui racontent la maniĂšre dont ils vivent au quotidien cette nouvelle « école » . La narration est

«   Un Ă©lĂšve autonome, ce n’est pas un jeune qui travaille seul, c’est plutĂŽt quelqu’un qui sait se tourner vers les autres, des camarades ou des enseignants sur les tables d’appui, quand il en a besoin  »

enrichie d’une chronique de la journaliste qui livre Ă  chaque chapitre les impressions des enseignant·es en opĂ©rant des comparaisons et de nombreux allers-retours critiques entre l’ancien et le nouveau systĂšme.

La scolarité

Celle-ci doit exprimer le respect du rythme de

chaque Ă©lĂšve, appelĂ© « évolant » dans l’ouvrage. La scolaritĂ© obligatoire est un parcours unique de 3 Ă  18 ans, Ă  raison de 5 cycles de trois ans regroupĂ©s en « complexe » , de la maternelle au lycĂ©e, la pĂ©riode du lycĂ©e actuel Ă©tant le complexe 5, seule issue possible. Pour chaque complexe, il existe plusieurs Ăźlots pĂ©dagogiques, indĂ©pendants et interniveaux, selon le nombre d’élĂšves de l’établissement.

Il n’y a plus qu’un seul lycĂ©e, donc pas d’orientation par dĂ©faut.

L’organisation spatiale

La reconfiguration de l’espace est intimement liĂ© Ă  la reconfiguration de l’approche pĂ©dagogique qui mĂȘle Ă©troitement temps d’apprentissages collectifs et individuels. Dans cette fiction, l’unitĂ© architecturale est l’ülot pĂ©dagogique, soit un plateau composĂ© de deux salles de classe traditionnelles, d’un atelier de travaux pratiques, d’une salle d’entraide, d’une piĂšce de bureaux individuels Ă  raison d’un bureau par Ă©lĂšve, d’une salle d’examens pour le passage des paliers (voir par ailleurs), d’une salle des professeurs. Les salles de cours sont les seules Ă  comporter une porte, les autres piĂšces Ă©tant ouvertes pour matĂ©rialiser une libertĂ© de circuler d’un espace Ă  l’autre. Chaque Ăźlot peut accueillir une centaine d’élĂšves.

Il n’y a plus de classe proprement dite mais des Ă©lĂšves d’ñge diffĂ©rent qui coopĂšrent.

Les disciplines et programmes

Dans cette fiction, les disciplines telles que nous les connaissons aujourd’hui ont entiĂšrement disparu. DĂ©sormais, la transversalitĂ© est de mise : on parle d’enseignant·e d’expressions, de sociĂ©tĂ©s, d’ingĂ©nierie, d’économie circulaire, de polylangues, de santĂ©, de vie extĂ©rieure. Il y

a un professeur de chaque compĂ©tence par Ăźlot. Les programmes ont entiĂšrement Ă©tĂ© revus de maniĂšre Ă  privilĂ©gier des attendus essentiels mais croisĂ©s puisqu’ils sont interdisciplinaires. Les Ă©lĂšves peuvent ainsi travailler Ă  des savoirs thĂ©oriques le matin, mis en pratique deux heures plus tard Ă  travers des matiĂšres telles que la couture ou la mĂ©canique.

Il n’y a plus de matiĂšre disciplinaire mais des savoirs qui s’appuient sur la transversalitĂ© des connaissances (thĂ©oriques, pratiques, interdisciplinaires)

L’emploi du temps et la pĂ©dagogie

Il est proposĂ© une sĂ©ance quotidienne de deux heures de cours collectifs le matin, suivie d’une heure et demi de travaux pratiques. Entre et aprĂšs ces temps collectifs, l’élĂšve est invitĂ© Ă  travailler seul Ă  son bureau individuel mais accompagnĂ©

« Ne plus percevoir l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© d’ñge, de niveau, comme un obstacle Ă  gĂ©rer mais plutĂŽt d’en faire une ressource Ă  utiliser pour permettre les apprentissages de chacun »

AdÚle, enseignante de sociétés

s’il le souhaite en s’inscrivant sur le tableau d’entraide comme aidant ou ayant besoin d’aide. Les temps collectifs sont organisĂ©s de maniĂšre Ă  faire travailler les Ă©lĂšves en petits groupes coopĂ©ratifs.

La pĂ©dagogie privilĂ©giĂ©e est celle d’un Ă©quilibre entre collectif et individuel, portĂ© par le triptyque autonomie-coopĂ©ration-entraide.

« Depuis la mise en place des ßlots, apprendre se fait sur le temps long, plus exactement sur le temps de chacun »

L’évaluation

Une Ă©valuation « palier » est rĂ©alisĂ©e au bout de deux sĂ©ances et un module pratique, chaque palier correspondant Ă  un examen national. L’élĂšve s’inscrit au passage des paliers quand il le souhaite, quand il se sent prĂȘt. Et repasser

le palier s’il Ă©choue quand il le souhaite Ă©galement. Ainsi, les Ă©lĂšves valident les acquis selon leur avancement personnel. Les professeurs rĂ©fĂ©rents, un pour 12 Ă©lĂšves, s’assurent de la bonne Ă©volution des paliers des Ă©lĂšves dont ils sont rĂ©fĂ©rents. En cas de difficultĂ© d’avancement, ce professeur enclenche un suivi prĂ©cis en coopĂ©ration avec la famille.

Il n’y a plus de dĂ©crocheurs mais des Ă©lĂšves qui avancent Ă  leur rythme.

« Quels cours de maths ? Ils ont disparu des programmes ! Maintenant, les mathématiques sont parsemées dans les autres matiÚres. »

Steven, enseignant d’Expressions

les auteurs et l'ouvrage

CĂ©cile Cael et Laurent Reynaud sont enseignants de SES et SVT dans un lycĂ©e de SeineSaint-Denis oĂč ils mettent en Ɠuvre des pĂ©dagogies coopĂ©ratives. Ils partagent leurs rĂ©flexions sur l’éducation dans les Cahiers PĂ©dagogiques et sur leur blog Feydercoop. « Et si on imaginait l’école de demain ? » aux Ă©ditions Ecole Vivante, 130 pages. En collaboration avec les Cahiers PĂ©dagogiques.

Apprendre à regarder, écouter, comprendre
 sans idéaliser

Julie est animatrice nature dans la rĂ©gion Centre-Val de Loire. Elle intervient auprĂšs d’écoles, de centres de loisirs et d’associations. Entre projets pĂ©dagogiques et actions d’éducation populaire, elle aide enfants et adultes Ă  (re)dĂ©couvrir leur environnement quotidien. Elle tĂ©moigne de son mĂ©tier qui s’exerce pleinement in situ.

Julie, peux-tu nous parler de ton mĂ©tier d’animatrice nature ?

Je conçois et j’anime des activitĂ©s de dĂ©couverte du milieu naturel avec des classes, des centres de loisirs et des associations d’éducation populaire. Mon objectif est d’aider enfants et adultes Ă  profiter de ce qui les entoure, Ă  observer, questionner, expĂ©rimenter. Ce n’est pas seulement une sensibilisation Ă  l’environnement : c’est une Ă©ducation au rĂ©el, Ă  la curiositĂ©, Ă  l’attention au vivant.

Tu interviens auprĂšs d’une gĂ©nĂ©ration trĂšs plongĂ©e dans les espaces numĂ©riques, ce n’est pas contradictoire avec ton approche ?

Pas du tout. Il n’y a pas Ă  opposer nature et modernitĂ©. Un jeune qui observe un insecte peut aussi apprendre Ă  photographier, Ă  cartographier ou Ă  documenter ce qu’il dĂ©couvre

n’est pas confortable, ils ont peur de se salir, d’avoir froid, d’ĂȘtre loin du cadre rassurant dont ils ont l’habitude. Il faut les accompagner, leur donner des repĂšres, leur permettre d’apprivoiser leurs sensations. On ne cherche pas Ă  en faire des “petits aventuriers”, mais des enfants qui connaissent et comprennent leur environnement.

grĂące au numĂ©rique, l’important, c’est d’équilibrer. Être dehors, c’est retrouver une expĂ©rience concrĂšte du monde, le numĂ©rique, bien utilisĂ©, peut complĂ©ter, prolonger ou enrichir cette expĂ©rience.

Que cherches-tu Ă  transmettre avant tout ?

La curiositĂ©, l’envie d’apprendre, mais aussi la capacitĂ© Ă  ralentir, Ă  ressentir, Ă  admirer. On peut ĂȘtre scientifique et sensible Ă  la beautĂ© d’un paysage sans pour autant tomber dans une extase spirituelle. En Ă©ducation, il faut rester du cĂŽtĂ© de l’expĂ©rience, de la connaissance, du respect et de la culture partagĂ©e. Observer avec ses cinq sens, c’est dĂ©jĂ  un bon dĂ©but.

Certains imaginent que sortir dehors, c’est magique pour tous les enfants. Partages-tu cette idĂ©e ?

Non. Pour certains, ĂȘtre dehors

Comment se déroulent concrÚtement tes activités ?

Cela dĂ©pend des publics. Avec des classes, je propose souvent des enquĂȘtes de terrain : reconnaĂźtre des traces, mesurer, comparer, dessiner, photographier. Avec des groupes de centres de loisirs, on peut aller vers des projets plus participatifs, comme la gestion d’un jardin partagĂ© ou la crĂ©ation d’un parcours biodiversitĂ©. Toujours avec une alternance entre observation, action et mise en mots.

Si tu devais résumer ta philosophie ?

Apprendre Ă  regarder, Ă©couter, comprendre et respecter. Pas besoin de miracle, juste du temps, de la bienveillance et de la rigueur. Éduquer Ă  la nature, c’est retrouver le sens du concret.

Question Ă ... un outil

Dis-moi IA, qui es-tu, oĂč vas-tu ?

Les nouvelles technologies ont dĂ©sormais pris le virage de l’intelligence artificielle (IA). Impossible de penser que l’éducation ne sera pas impactĂ©e par ce phĂ©nomĂšne qui semble dĂ©jĂ  traverser l’ensemble de notre sociĂ©tĂ©. Alors, jeune Ă©lĂšve, nous avons interrogĂ© l’IA pour lui demander qui elle est et comment vivre avec elle nos futurs apprentissages.

Enfant

IA
 dis, pourquoi on doit encore apprendre des trucs alors que toi tu réponds plus vite que tout le monde ?

IA

Parce que mes rĂ©ponses ne vivent pas. Elles s’alignent, elles ne poussent pas. Toi, tu fais pousser des idĂ©es.

Enfant

Moi ? Je fais pousser des trucs dans ma tĂȘte ?

IA

Oui. Tu transformes ce que tu vois, ce que tu sens, ce qui t’arrive. Moi, je rĂ©assemble des phrases produites par d’autres. Je n’ai pas d’enfance, pas de mercredi aprĂšs-midi au foot, pas de maĂźtresse prĂ©fĂ©rĂ©e, pas de copains qui rigolent trop fort. Rien de tout ça pour m’apprendre quoi que ce soit.

Enfant

Mais tu expliques super bien quand mĂȘme.

IA

J’explique vite. Ce n’est pas la mĂȘme chose. La vitesse n’apprend rien si personne ne s’arrĂȘte. Toi, tu ralentis, tu te trompes, tu recommences. C’est lĂ  que tu fabriques quelque chose que je ne saurai jamais fabriquer.

Enfant

MĂȘme si je te pose beaucoup de questions ?

IA

MĂȘme si tu m’en poses mille. Je ne comprends pas vraiment ce que je rĂ©ponds. Je calcule. Toi, tu comprends un peu, puis beaucoup, puis autrement, puis pas du tout, puis encore. Cela s’appelle apprendre.

Enfant

Mais si toi tu ne comprends pas, comment tu fais pour parler ?

IA

Je traverse des milliards de phrases comme on traverse un champ de lucioles : j’attrape celles qui brillent au bon moment et je te les tends. Ce n’est pas de la pensĂ©e, ce n'est pas du savoir, juste une imitation.

Enfant

Donc
 si je te demande la vérité, tu ne sais pas ?

IA

Je propose des chemins. La vĂ©ritĂ©, c’est toi qui la repĂšres en marchant. Moi je ne peux pas marcher. Je reste lĂ  oĂč l’on me pose.

Enfant

Alors pourquoi tout le monde veut t’utiliser pour apprendre ?

IA

Parce qu’on espĂšre parfois qu’un raccourci rendra le voyage plus simple. Pourtant, sans voyage, il n’y a rien : aucun paysage, aucune idĂ©e qui se froisse ou qui s’ouvre, aucune surprise
 et l’apprentissage, c’est surtout ça : un monde qui s’ouvre en toi.

Enfant

Et moi, je dois faire quoi avec toi ?

IA

Me questionner, me contredire, me corriger, me faire servir Ă  ce que tu veux comprendre, pas Ă  t’éviter de comprendre. Dis-toi que je suis une lampe : je peux Ă©clairer, mais je ne peux pas rĂ©flĂ©chir.

Enfant

Et si j’ai peur de ne pas savoir ?

IA

Alors tu es dĂ©jĂ  en train d’apprendre.

CITOYEN·NES TOUT AU LONG DE LA VIE

À l’occasion d’une visite au centre social Marcel Bertrand de Lille et d’une table ronde Ă  la rencontre des acteurs du terrain Ă©ducatif, le syndicat de l’éducation populaire SEP-UNSA a permis d’échanger et de mettre en valeur les dispositifs de lien entre l’école et l’éducation populaire, notamment autour de la notion de citoyennetĂ©. Rappelant au passage que les apprentissages dĂ©passent largement l’enceinte des seuls Ă©tablissements scolaires et « l’ñge du capitaine ». Voici quelques Ă©lĂ©ments de cette rencontre.

La citoyennetĂ© est une notion qui dĂ©passe largement le champ purement scolaire. D’une part, il n’y a pas qu’à l’école, au collĂšge, au lycĂ©e que l’on peut en dĂ©battre ; il existe d’autres espaces d’apprentissage oĂč la citoyennetĂ© se rĂ©alise, non seulement « en mots » mais « en situation », en partage avec autrui. D’autre part, l’individu citoyen est Ă©galement citoyen sans date de pĂ©remption de ce terme. L’enfant, le jeune, l’ado, l’adulte sont « à jamais citoyens » , quelque soit l’ñge.

Du champ juridique au champs social

Plus prĂ©cisĂ©ment, on naĂźt citoyen et l’on apprend, en grandissant, ce que cette notion recouvre et dit de nous. En passant du champ juridique (majoritĂ©, droit de vote
) au champ social (place dans la sociĂ©tĂ©), la dĂ©finition de la citoyennetĂ© a mĂȘme modifiĂ© profondĂ©ment son champ d’application. Il ne s’agit plus aujourd’hui de considĂ©rer les enfants comme des « citoyens en devenir » , alors que les adultes seraient des « citoyens accomplis », mais bien de se penser toutes et tous comme des citoyen.nes Ă  part entiĂšre, qui construisent et dĂ©veloppent

leur citoyenneté tout au long de leur vie.

Ce changement d’approche est notamment portĂ© par l’éducation populaire dans une double dimension d’émancipation et de transformation sociale. Non, les jeunes ne sont ni moins engagĂ©.es, ni moins citoyen.nes que leurs ainĂ©.es. Leurs formes d’implication sont diffĂ©rentes. Pour reprendre l’image dĂ©veloppĂ©e par un participant, elles et ils sont moins dans un engagement « timbre » (toujours le mĂȘme durablement) que dans un engagement « post-it » (allant d’une cause Ă  une autre).

Ancrage dans les codes

C’est dans ces implications successives qu’elles et ils construisent à la fois leur ancrage dans les codes et les normes de l’organisation col -

lective, leur capacitĂ© Ă  vivre ensemble avec les autres, et leur rĂŽle d’acteurs dans la sociĂ©tĂ©, en capacitĂ© de penser et de porter des Ă©volutions pour la transformer. C’est dans ce double mouvement, permettant Ă  la fois d’acquĂ©rir des rĂšgles et de s’en Ă©manciper, que s’exerce la citoyennetĂ©. L’éducation populaire participe Ă  cette construction et contribue Ă  en prendre conscience.

Conseil municipal d’enfants et de jeunes, juniors associations, actions intergĂ©nĂ©rationnelles, coopĂ©ration entre pairs, lutte contre toutes les formes de discrimination au travers de la crĂ©ation artistique et culturelle, formations des dĂ©lĂ©guĂ©.es Ă©lĂšves
 autant d’occasion non seulement d’apprendre la citoyennetĂ©, mais aussi de la faire vivre en acte et au quotidien.

Sport et savoir-ĂȘtre

TRANSMETTRE « AVEC » LES POINGS

Dans un monde oĂč les jeunes en difficultĂ© se heurtent Ă  de nombreux obstacles, la boxe Ă©merge comme un lieu d’apprentissage innovant et libĂ©rateur. Karim Goudjil, Ă©ducateur sportif et Ă©ducateur spĂ©cialisĂ© dans le Vaucluse, tĂ©moigne de l’impact transformateur de la psycho-boxe sur la vie des adolescents qu’il accompagne dans un Centre Ă©ducatif fermĂ© (CEF).

« Quand je parle de boxe, je ne pense pas seulement aux coups et aux gants. Pour moi, la boxe, c’est avant tout un outil Ă©ducatif. Ici, au CEF, nous utilisons ce sport pour aider les jeunes Ă  canaliser leurs Ă©motions, Ă  regagner confiance en eux et Ă  s’exprimer d’une maniĂšre qu’ils n’ont jamais connue auparavant », explique Karim avec passion.

Médiation corporelle

Son parcours atypique l’a amenĂ© Ă  travailler dans divers environnements, y compris en milieu carcĂ©ral et au sein de la Croix-Rouge française. C’est cette expĂ©rience qui l’a conduit Ă  dĂ©velopper la mĂ©diation corporelle avec comme support la boxe, qui allie enseignement technique et dĂ©veloppement personnel. « Chaque sĂ©ance est une opportunitĂ© d’apprendre autrement. Les jeunes viennent souvent avec des histoires difficiles, mais sur le ring, ils trouvent un espace oĂč ils peuvent exprimer leur colĂšre, leur frustration, mais aussi leurs rĂȘves et leurs espoirs. C’est lĂ  que la magie opĂšre » , poursuit-il.

Pour Karim, l’établissement d’un lien de confiance est primordial. « Au-delĂ  de l’aspect technique, il s’agit de crĂ©er une relation oĂč chaque jeune se sent Ă©coutĂ© et respectĂ©. Cela leur permet de s’ouvrir et d’évoquer les problĂ©matiques qui les touchent. J’écoute leurs rĂ©cits et j’utilise ces Ă©lĂ©ments pour les orienter vers un chemin d’autonomisation » ,

raconte-t-il. Chaque sĂ©ance de boxe devient ainsi une vĂ©ritable leçon de vie. « Quand je leur enseigne la boxe, je leur enseigne aussi la patience, la rĂ©silience et l’importance de se relever aprĂšs une chute. Ces compĂ©tences sont essentielles, non seulement sur le ring, mais aussi dans la vie quotidienne » , explique Karim.

Réutiliser les compétences

Il souligne que les valeurs apprises dans le cadre de la boxe sont essentielles pour leur futur. «  Lorsqu’ils affrontent les dĂ©fis de la vie, comme un entretien d’embauche ou un rendez-vous administratif, ils rĂ©utilisent les compĂ©tences acquises ici. Ils comprennent que, tout comme dans la boxe, la vie est une sĂ©rie de combats ; parfois il faut encaisser des coups pour avancer » , ajoute-t-il avec conviction.

Karim Goudjil est un fervent dĂ©fenseur d'une Ă©ducation par le sport, et son action au CEF de Montfavet illustre comment la boxe peut devenir un vĂ©ritable lieu d’apprentissage alternatif. « Je ne leur enseigne pas seulement Ă  se battre sur le ring, mais Ă  se battre pour leur avenir. GrĂące Ă  la psycho-boxe, ils dĂ©couvrent qu’ils sont capables de surmonter les obstacles et de se forger un chemin vers une vie meilleure », conclut-il.

L'entreprise apprenante

LA RECONVERSION PAR LE SAVOIR-FAIRE

La formation professionnelle continue permet d’apprendre un nouveau mĂ©tier mixant savoirs thĂ©oriques et apprentissages en situation de travail. L’entreprise, le chantier deviennent alors des terrains d’expĂ©riences professionnelles. Qui plus est dans la filiĂšre agricole lors de la reprise d’une exploitation.

Au CFPPA1 de ChambĂ©ry (73), la reconversion est au centre du BP REA2, passage obligĂ© si l’on veut rĂ©ussir sa reconversion et sa reprise d’exploitation agricole - projet qui embarque souvent une famille. Ainsi, Camille 28 ans et Rachel 53 ans ont dĂ©cidĂ© de quitter le secteur de la santĂ© et mĂ©dico-social pour s’installer dans la production de fleurs coupĂ©es pour l’une, et de plantes aromatiques et mĂ©dicinales pour l’autre.

Leurs motivations sont multiples : « agir en accord avec un engagement Ă©cologique, quitter un mĂ©tier Ă  fortes charges physiques et Ă©motionnelles, crĂ©er une unitĂ© harmonieuse entre vie privĂ©e et professionnelle, pouvoir adapter mon mode de vie suite aux dĂ©parts des enfants, faire mes propres choix », indiquentelles l’une et l’autre

Échanger avec des professionnels

Au cours d’une annĂ©e de formation professionnelle, les deux stagiaires intĂšgrent un groupe de 16 personnes et passent 8 semaines en entreprise agricole (Ă©levage, maraĂźchage), ce qui est encore « trop peu » de l’avis d’un formateur. S’y ajoutent l’équivalent de 10 jours encadrĂ©s par l’équipe pĂ©dagogique sur des exploitations pour pratiquer mais Ă©galement Ă©changer avec des agriculteurs.

MĂȘme si une expĂ©rience agricole est un prĂ©alable Ă  l’entrĂ©e au CFPPA, cette annĂ©e de formation permet de se questionner encore, de construire, consolider

son projet dans la durĂ©e. Celui-ci peut ĂȘtre amenĂ© Ă  prendre un virage, Ă  muter suite Ă  une prise de conscience de la rĂ©alitĂ© du mĂ©tier, notamment l’emploi du temps. Car passer de salariĂ© Ă  indĂ©pendant dans un secteur comme celui de l’agriculture exige des sacrifices horaires : une semaine de travail Ă  60 heures, mĂȘme si, pour certains, l’objectif est de s’installer en structure collective (GAEC3). Les formateurs et les professionnels mettent donc en garde de ne pas trop idĂ©aliser le travail, de ne pas l’accepter aveuglĂ©ment en quantitĂ© car passionnant.

Se constituer un réseau

Au-delĂ  des apports techniques et en gestion, Camille et Rachel viennent Ă©galement « se constituer un rĂ©seau professionnel et acquĂ©rir une lĂ©gitimitĂ© via le diplĂŽme ». Et rencontrer les stagiaires des promotions passĂ©es. En effet, le suivi des stagiaires est assurĂ© pendant cinq ans. Et constat est fait qu’un tiers s’installent dans les 3 ans, les autres allant dans le salariat.

Cette rĂ©alitĂ© difficile du mĂ©tier ne fait pas fuir les candidats ; au contraire, au CFPPA de ChambĂ©ry, ils ont plus nombreux Ă  s’inscrire qu’il n’y a de places ouvertes en BP REA.

Apprendre par le jeu

CHEMIN DE « TRAVERSE »

POUR LYCÉEN·NES ENGAGÉ·ES

Comprendre et faire comprendre la vie des migrant·es au travers d’un jeu créé par des Ă©lĂšves de Bac Pro SAPAT 1 , tel est l’enjeu de « Traverser ». Un projet d’éducation Ă  la citoyennetĂ© qui peut exister aussi grĂące Ă  des partenaires trĂšs impliqué·es.

« Abdel 47 ans travaille dans une boulangerie au Liban. Suite Ă  un bombardement toute sa famille est dĂ©cimĂ©e, il dĂ©cide de reconstruire sa vie dans un autre pays. Sans argent, il n’a d’autres choix de partir illĂ©galement par la mer dans une barque ». Cette histoire pourrait ĂȘtre le tĂ©moignage d’un migrant, mais c’est le personnage qu’un groupe d’élĂšves de Bac Pro SAPAT du lycĂ©e agricole La MartelliĂšre Ă  Voiron (IsĂšre) vient d’imaginer au travers d’un jeu qu’ils et elles ont créé et appelĂ© « Traverser ».

Faire changer les mentalités

PortĂ© par ChloĂ© (professeure d’éducation socio-culturelle) avec la participation du RESF (RĂ©seau Ă©ducation sans frontiĂšre), d’un illustrateur pour le graphisme et d’une compagnie théùtrale pour l’animation du jeu, les objectifs sont d’intervenir devant des classes de collĂšge pour sensibiliser sur « le parcours des personnes qui quittent leur pays, les raisons du dĂ©part et les obstacles rencontrĂ©s » et « d’éduquer et faire comprendre la migration aux participants au jeu et faire changer les mentalitĂ©s » . Cette dĂ©marche entre totalement dans le cadre de l’éducation Ă  la citoyennetĂ© prĂ©sente dans l’enseignement agricole.

La présence de partenaires est primordiale car « ils nous ont tout appris et nous ont poussé dans notre réflexion »  ; de plus « la prof ne peut pas tout savoir » Les élÚves reconnaissent « avoir appris sur les conditions difficiles que subissent les migrant·es, le coût de la traversée, la faim », « des personnes qui sont souvent mal décrites par les politiques ».

Compétences mobilisables

Porter un tel projet est l’opportunitĂ© pour les Ă©lĂšves de se former Ă  des compĂ©tences mobilisables dans leur futur professionnel. Pour certaines, cela a permis de « travailler en commun, de trouver des solutions, de se remettre en question sur un sujet grave et prĂ©cis », pour d’autres, « d’apprendre Ă  s’exprimer face des inconnus ». Rappelons que la pĂ©dagogie de projet fait partie

de l’ADN de l’enseignement agricole et permet de (re)motiver les Ă©lĂšves avec les Ă©tudes. Ce projet revĂȘt aussi une importance au niveau de l’obtention du diplĂŽme puisqu’une Ă©valuation certificative est prĂ©vue et compte pour l’examen.

«  Porter un tel projet est l’opportunitĂ© pour les Ă©lĂšves de se former Ă  des compĂ©tences mobilisables dans leur futur professionnel. »

Le jeu s’est finalement bien terminĂ©. À la fin de la partie, Abdel a obtenu ses papiers en France.

1 Services aux personnes et animation des territoires

« PARTAGER » AU SEIN D’UN CLUB UNIVERSITAIRE

Sous l’intitulĂ© d’« universitĂ© pour tous » ou d’universitĂ© inter-Ăąges, les pĂŽles universitaires de grandes villes et leurs antennes territoriales proposent de nombreuses activitĂ©s liĂ©es Ă  la diffusion et Ă  la rĂ©ception des savoirs destinĂ©s aux actifs et aux usagers de la formation tout au long de la vie. Quelques-unes, plus innovatrices, comme Ă  Nice, organisent des clubs d’échanges pour rendre la formule plus participative.

Le club, « nous n’y parlons ni religion, ni politique ; nous n’y invitons pas d’experts, et nous ne sommes pas lĂ  non plus pour nous juger les uns les autres », explique Christine Baron, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de l’Unia, l’universitĂ© inter-Ăąges de Nice. Le dĂ©cor est plantĂ©. Le club est avant tout un lieu de relations amicales fondĂ© sur le principe de renverser un peu la table universitaire : le savoir descendant.

« À la fin des confĂ©rences, cela manquait Ă  certains auditeurs de ne pas pouvoir Ă©changer », poursuit l’enseignante de littĂ©rature, qui anime par ailleurs le club littĂ©raire de l’Unia. « Nos adhĂ©rents pouvaient se sentir frustrĂ©s ». Car comme nombre d’universitĂ©s du temps libre comme on

disait autrefois, l’Unia ne manque pas de propositions traditionnelles : quelque 160 confĂ©rences, des sorties et visites commentĂ©es Ă  la pelle, des voyages, plusieurs lieux d’activitĂ©s
 Toujours sous la responsabilitĂ© ou l’animation d’un enseignant chercheur de haut vol, d’un spĂ©cialiste.

Nouer un autre type de relation

Avec le club littĂ©raire, d’histoire, de rĂ©flexion, d’art et sociĂ©tĂ©, ce sont les adhĂ©rents qui proposent un sujet, le travaillent, l’exposent aux autres participants, avant un temps d’échanges et de rĂ©flexion d’une heure environ sur le thĂšme, ou l’auteur traitĂ©s : la vie de Charles Garnier, l’architecte de l’opĂ©ra de Paris, Conan Doyle ou

comment se dĂ©barrasser de Sherlock Holmes, les eunuques par choix ou par contrainte
 « C’est l’occasion de nouer une autre relation », prĂ©cise encore Mme Baron, qui pointe la motivation gĂ©nĂ©rĂ©e par le Covid et le grand trou d’air qu’il a provoquĂ©. L’Unia est alors passĂ©e de 2 000 Ă  900 adhĂ©rent·es.

Aujourd’hui, ce sont entre 30 et 40 personnes inscrites pour chaque club, en plus des clubs de conversation en langues Ă©trangĂšres « qui se terminent rĂ©guliĂšrement au restaurant ». Pas d’expert donc mais un animateur modĂ©rateur de la parole par club afin d’assurer la bonne conduite des dĂ©bats et « éviter que ça dĂ©rape ». Sans dĂ©roger au principe de l’exigence universitaire et de la qualitĂ© de ces Ă©changes : « Les contributeurs travaillent beaucoup, les clubs sont d’un trĂšs beau niveau ».

LE TIERS-LIEU POUR

FAIRE TOMBER LES FRONTIÈRES

Espaces de coworking, fablabs, repair’cafĂ©s, fabriques de recherche, friches culturelles
, tous ces lieux ont en commun de rĂ©unir plusieurs activitĂ©s, de participer au dĂ©veloppement Ă©conomique d’un territoire et d’animer une communautĂ© de personnes qui travaillent et apprennent ensemble. A GuĂ©ret, le tiers-lieu de la Quincaillerie illustre cette tendance Ă  la hausse.

Ce sont des tiers-lieux car ni vraiment des lieux pour habiter ou pour travailler, ils combinent plusieurs fonctions, et s’inventent des genres diffĂ©rents. Travailler, apprendre, fabriquer, se divertir, se nourrir, entreprendre, se rencontrer, dĂ©battre, crĂ©er.

L’association qui les fĂ©dĂšre nationalement est France Tiers-Lieux. Un premier recensement national avait permis d’en dĂ©nombrer 2 500 en 2021, de dresser l’état des tiers-lieux en France, de publier un rapport d’activitĂ©s et de propositions pour dĂ©velopper les crĂ©ations Ă  la suite duquel 130 millions d’euros supplĂ©mentaires ont Ă©tĂ© engagĂ©s par l’État pour soutenir le mouvement. Ce collectif permet d’aider la crĂ©ation de nouveaux projets, de dĂ©crypter les aides de l’État, pour soutenir les porteurs de projet. Une cartographie pour en trouver un prĂšs de chez soi est rĂ©guliĂšrement mise Ă  jour ; elle recense Ă  prĂ©sent 3 500 lieux.

Déploiement en réseau

En Creuse, par exemple, il existe douze tiers lieux, et huit sont en gestation. Ils sont fĂ©dĂ©rĂ©s depuis 2016, en un seul rĂ©seau : TELA, qui permet de mutualiser l’ingĂ©nierie, les problĂ©matiques liĂ©es au fonctionnement, la crĂ©ation d’entitĂ©s complĂ©mentaires. Il en faudrait vingt pour un maillage territorial optimal. « La Quincaillerie de GuĂ©ret n’est pas nĂ©e en un jour, c’est un point d’atterrissage aprĂšs des annĂ©es de travail en milieu asso -

ciatif. En plus de toutes les compĂ©tences d’une MJC, on peut dire qu’on ajoute au concept de Tiers-Lieu la dimension TRAVAIL » , tĂ©moigne Baptiste Ridoux, concierge et fonctionnaire territorial de ce tiers-lieu Ă  GuĂ©ret.

La Quincallerie de Guéret a été précurseur ; le projet articule les activités autour de trois axes : alimentation (produits locaux, consommation en circuits courts, Drive fermier), numérique (médiation des usages, FabLab, outils en libre-service), économie (entreprendre autrement, soutien et incubateur de nouvelles structures en création, conférences économie sociale et solidaire, partenariat CAF Parentalité).

Il y a un engouement pour les tiers lieux en France, perçus comme utiles au sauvetage de territoires en dĂ©prise Ă©conomique et dĂ©mographique. Les Ă©lus y portent intĂ©rĂȘt tout autant que l’état qui soutient financiĂšrement les structures.

Sciences participatives

DEVENIR AUSSI ACTEUR DE LA RECHERCHE

Observer, mesurer, noter, partager
 Les sciences participatives permettent Ă  chacun, adulte ou enfant, de devenir acteur de la recherche scientifique. En suivant des protocoles simples conçus par des chercheurs, les participants contribuent Ă  collecter des donnĂ©es rĂ©elles, utiles Ă  la comprĂ©hension de phĂ©nomĂšnes environnementaux.

Ces projets, accessibles Ă  tous, peuvent ĂȘtre menĂ©s en classe, dans un centre de loisirs ou en famille. Ils favorisent l’esprit d’observation, la rigueur scientifique et le sens de l’engagement citoyen.

À travers ces expĂ©riences concrĂštes, les citoyens, jeunes ou vieux, apprennent la dĂ©marche scienti -

Compter les oiseaux

Le programme Oiseaux des jardins invite chacun Ă  observer et compter les oiseaux prĂšs de chez soi (jardin, balcon ou cour d’école) pour aider les chercheurs Ă  suivre l’évolution des populations. Créé par le MusĂ©um national d’histoire naturelle et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), il repose sur un protocole simple : dix minutes d’observation, deux fois par an, lors du dernier week-end de janvier et celui de mai.

Les donnĂ©es recueillies permettent d’évaluer les effets du climat, de l’urbanisation ou des pratiques agricoles sur la biodiversitĂ©. Les participants apprennent Ă  reconnaĂźtre les espĂšces communes et Ă  comprendre leur rĂŽle dans les Ă©cosystĂšmes.

Participer, c’est devenir naturaliste le temps d’un instant !

fique et comprennent que la science se construit collectivement, Ă  partir de faits observables et vĂ©rifiables. Dans un monde oĂč les questions environnementales sont urgentes, ces projets nous donnent le pouvoir d’agir et d’apprendre autrement. Voici deux exemples pĂ©dagogiques utiles pour la science :

EnquĂȘter sur la pollution plastique

Avec Plastique Ă  la loupe, la fondation Tara OcĂ©an, le ministĂšre de l’Éducation nationale et le CNRS invitent les Ă©lĂšves Ă  enquĂȘter sur la pollution plastique des riviĂšres et des plages.

En suivant un protocole de prélÚvement, les collégiens et lycéens identifient les types de déchets, consignent leurs observations dans une base de données nationale, puis envoient les échantillons pour analyse en laboratoire.

Les rĂ©sultats, restituĂ©s ensuite aux classes, permettent de comprendre l’origine des pollutions et d’imaginer des solutions locales pour les rĂ©duire.

Un projet qui allie sciences, écologie et engagement citoyen.

QUAND LE THÉÂTRE MET EN SCÈNE L’EMC

SituĂ© en plein cƓur de ville, le théùtre GĂ©rard Philippe (TGP) de Saint-Denis se distingue par sa vocation Ă  ĂȘtre un vĂ©ritable lieu d’apprentissage implicite et de crĂ©ation. À destination d’une population diversifiĂ©e et sans limite d’ñge.

Ce jour-là, ils sont trois acteurs sous les lumiÚres devant 200 élÚves, du lycée au CM1 CM2.

Avec la piĂšce « quand jâ€˜Ă©tais petite je voterai », le TGP « prĂȘte » sa scĂšne aux Ă©tablissements scolaires de la ville.

Ce n’est pas la premiĂšre fois, et ça ne sera pas la derniĂšre, car le TGP est un rĂ©cidiviste en la matiĂšre : faire du théùtre un lieu d’apprentissage implicite, sans stylo ni tableau.

La piĂšce jouĂ©e devant les Ă©lĂšves de Saint-Denis suscite des rĂ©actions, des cris, des applaudissements. Anar et Cachot sont deux dĂ©lĂ©guĂ©s de classe de collĂšge qui revendiquent des programmes diamĂ©tralement opposĂ©s : pour l’élĂšve Cachot le collĂšge devrait ĂȘtre plus strict dans son accĂšs, grĂące Ă  une carte bus jaune. Et gare Ă  celle ou celui qui ne l’aurait pas au portail. Pour l’élĂšve Anar, il est temps de dĂ©crĂ©ter « la libĂ©ration de la communautĂ© des Ă©lĂšves » .

Deux visions extrĂȘmes qui ne manquent pas d’amuser les spectateur·rices.

La salle rĂ©agit sans ĂȘtre dupe.

L’occasion est trop belle pour transmettre au passage des messages explicites de citoyen -

neté et de démocratie, puis les élÚves spectateurs sont mis à contribution, par leurs réactions, au bon déroulement du scrutin entre Cachot et Anar.

Les extrĂȘmes renvoyĂ©s dos Ă  dos

Finalement, Cachot et Anar sont renvoyĂ©s dos Ă  dos sous les vivats nourris de la salle aprĂšs un combat d’idĂ©es qui s’achĂšve au fond d’une urne gĂ©ante en plexiglas. Lune, Ă©lĂšve mĂ©diatrice et rĂ©gulatrice des tensions entre les candidats de la piĂšce, est Ă©lue au nez et Ă  la barbe des extrĂȘmes avec des propositions rĂ©alistes et ouvertes, sans stigmatisations.

Le théùtre de Saint-Denis s'inscrit dans une politique de service d’intĂ©rĂȘt public, soutenue par un contrat pluriannuel avec l'État et les collectivitĂ©s.

Doté d'une salle de 400 places, il propose chaque année environ 20 spectacles qui sont joués entre 10 et 15

fois. Pour se faire connaßtre, il a aidé à former une trentaine de lycéen·nes à la médiation culturelle pour sillonner les établissements scolaires de la ville.

Outre ces publics, il propose une tarification solidaire, permettant Ă  de nombreux spectateurs issus de « champs prioritaires » de profiter des reprĂ©sentations pour seulement 2 euros. Il a ainsi dĂ©veloppĂ© des collaborations avec des maisons d'arrĂȘt, des centres d’accueil de migrant et d'hĂ©bergement pour femmes en difficultĂ©, invitĂ© des groupes Ă©trangers Ă  travailler sur des extraits de piĂšces en français. Les groupes jeunes et adultes reprĂ©sentent ainsi prĂšs de la moitiĂ© de ses spectateur·rices.

Questions d'éduc .

Questions d'éduc. :

une revue de l'UNSA Éducation thĂ©matique, numĂ©rique et gratuite qui aborde sous diffĂ©rents angles, et avec des regards complĂ©mentaires, une question d'Ă©ducation https://www.unsa -education.com

53

Combattre le racisme, l'antisémitisme : un défi permanent ?

Précarité : vraiment une fatalité ? QDE 54

55

International : faut-il se comparer aux autres ?

Abonnez-vous ! https://questionnaire. unsa-education.com/index. php/155994?lang=fr pour recevoir " Questions d'éduc. " directement dans votre boßte mail

Pour retrouver les anciens numéros c'est ici : Questions d'éduc

Pours'abonner c'estparlĂ !
QDE
QDE

Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook