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N o u s r e m e r c i o n s p o u r l a r e l e c tu r e d e c e d o c u m e n t : Le Docteur Jean-Marie Gomas, algologue gériatre, Centre douleur chronique et soins paliatifs de l’hôpital Sainte-Périne, Paris Président du Centre d’Etude et de Formation sur l’Accompagnement des Malades Agés (CEFAMA) Le Docteur Yves Devaux, oncologue médical, spécialiste de la douleur, Centre Léon Bérard, Lyon Coordinateur des soins, Réseau Territorial de Cancérologie SOURCE Delphine Durand, infirmière Ressource Douleur et Accompagnement, Clud-Polyclinique, Poitiers Martine Chauvin, Présidente de l’Association Francophone pour Vaincre les Douleurs

www.chepe.fr

148, bld Yves Farge - 69190 Saint-Fons Tél.: (33) 4 78 70 92 86 - Fax: (33) 4 78 70 92 35 e-mail : chepe.int@orange.fr © 2010 - CHEPE Carole production 102, avenue des Champs-Elysées - 75008 Paris - France

ISBN : 2-915093-73-3 dépôt légal : septembre 2010 Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation strictement réservés pour tous pays


Scénario et texte : Jacqueline Ducrot Dessins et mise en couleur : Patrick Ponton Cette bande dessinée est destinée aux personnes concernées directement ou indirectement par la douleur chronique : le patient, sa famille, ses amis. Elle a pour but d’aider à faire le point sur de nombreux tabous qui entravent parfois la bonne prise en charge de la douleur. Ce livret s’adresse plus particulièrement aux patients à domicile qui ne bénéficient pas d’un entourage hospitalier pouvant les rassurer. Chacun ressent et perçoit la douleur de façon différente ; celle-ci englobe de multiples aspects : souffrance physique, psychique. Selon la définition officielle elle est dite chronique si elle évolue depuis plus de trois mois et/ou si elle est susceptible d’affecter le comportement et le bien être de la personne (d’après l’Association Internationale d’Étude de la Douleur). Une certaine culture, fait considérer la douleur soit comme une injustice : « qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour mériter ça ? », soit comme une punition méritée : « il l’a bien cherché, c’est normal qu’il souffre… », soit comme un passage obligatoire pour atteindre un but élevé : « il faut souffrir pour être belle ! »

allons ! il faut souffrir pour être belle !

Aie !!

La douleur aiguë est utile à la survie car elle est un signe d’alerte : par exemple, si l’on pose la main sur une plaque chauffante la douleur nous la fait retirer au plus vite ! Elle est aussi signe d’un dysfonctionnement interne, comme une crise ce n’est rien ! d’appendicite, une maladie cardiaque, etc…et, dans ce cas, calme-toi, un homme ne doit en traitant la cause on traite la douleur. bouh ! pas pleurer !! bouh ! Après quoi cette douleur doit disparaître car elle n’a plus de raison d’être, elle devient inutile et même nocive. Il existe d’excellents moyens pour calmer la douleur mais pour une prise en charge efficace du problème, il est nécessaire que tous les aspects de la personne souffrante soient pris en considération par une équipe multidisciplinaire : médecins hospitaliers, médecin traitant, infirmières, kinésithérapeutes, psychologue si nécessaire, diététicienne et assistante sociale si besoin. C’est pourquoi une bonne coordination entre l’hôpital et la ville est indispensable pour que le patient ne sente pas de rupture dans les soins et soit tout autant rassuré chez lui que dans un service médical.


Il n’existe pas seulement un traitement de la douleur mais de multiples traitements qui sont adaptés à chaque cas. Lorsqu’une cause est bien définie, son traitement peut être relativement simple et la douleur disparaît avec la cause : ainsi, par exemple, des antibiotiques, des anti-inflammatoires contribuent à soulager une personne atteinte d’infection ou d’inflammation. Les douleurs sont véhiculées par des petites fibres nerveuses qui relient les organes, les muscles, la peau à la moelle épinière ; le message de douleur est transmis par ces fibres à la moelle épinière puis au cerveau. Ce type de douleur est dit « n oci ce pt if ».

Parfois ces douleurs se prolongent de façon inutile et sont d’origines variées. Leur traitement consiste en la diminution ou l’interruption de la transmission du message de douleur à différents stades du circuit. Selon l’intensité douloureuse, le choix des médicaments anti-douleur (antalgiques) est différent. Il est préconisé une utilisation des différents antalgiques de façon progressive selon trois paliers : Les antalgiques dits « périphériques » ou « non opioïdes » (palier I), sont indiqués dans le traitement des douleurs d’intensité faible à modérée. Si cela ne suffit pas, on peut utiliser les opioïdes faibles (palier II), ils agissent sur les douleurs modérées à sévères. On réserve les opioïdes forts (palier III) aux douleurs non soulagées par les antalgiques des deux niveaux précédents ou parfois, si la douleur est d’emblée très intense. Ces derniers ont souvent « mauvaise presse » auprès d’un large public (y compris de certains soignants) : il est nécessaire de mettre au clair de nombreuses informations et désinformations à leur sujet, c’est également le but de ce livret.

CORTEX CÉRÉBRAL HYPOTHALAMUS

CERVEAU

CERVELET MOELLE ÉPINIÈRE VERTÈBRES NERFS SENSITIFS ORGANES

PEAU

signal douloureux

Il existe encore deux autres types de douleurs : Les douleurs dites « n eu r o g è n e s » qui résultent d’un dysfonctionnement du système nerveux, des traitements spécifiques (*), parfois plusieurs traitements associés sont nécessaires pour les traiter. Les douleurs « p sycho g èn es » regroupent un large ensemble de douleurs ne correspondant à aucune lésion identifiable et dues à une souffrance psychique du patient ; le traitement de ces douleurs est complexe et fait appel à des traitements également spécifiques. Nous traitons dans ce livret des aspects généraux de la douleur chronique, plus particulièrement de la douleur de type “nociceptif” et des réactions qu’elle provoque ainsi que des traitements par opioïdes et de la prise en charge de leurs effets indésirables. (*) anti-dépresseurs, anti-épileptiques.

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quelque part, dans une petite maison... et ferme la porte : je veux être tranquille !!

papa est devenu pénible ! je lui rend service et il me crie après !! oui...cela ne lui ressemble pas ! d’habitude il est si calme et souriant !

depuis quelque temps, rien ne va plus !... et puis il ne mange presque rien !

cela m’inquiète, je vais en parler au docteur léni, il doit venir ce matin...

justement, ca doit être lui ! ca tombe bien !

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bonjour !...alors comment va-t-il aujourd’hui ?

bonjour docteur !

comment vous sentez-vous ce matin, benoît ?

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...benoît me dit toujours que ca va mais je me fais du souci ! il est devenu... irritable et n’a pas d’appétit !

ca va, ca va !!

peut-être souffre-t-il en silence...je vais lui parler et l’examiner

pourquoi, dites-vous toujours “ca va” ? je vois bien qu’il y a quelque chose !!


en réalité, ma spondylarthrite (*) me fait terriblement souffrir !... mais je ne veux pas inquiéter ma femme et mon fils !... alors je ne me plains pas !!

détrompez-vous !... les grandes douleurs peuvent être “muettes” ! et, au contraire, votre femme se fait beaucoup de souci pour vous : elle voit bien que vous n’êtes pas en forme !

(*) MALADIE RHUMATISMALE CHRONIQUE

lorsqu’elle n’est pas exprimée avec des mots voire des cris, la douleur peut se deviner par des grimaces, des attitudes ou des changements de comportement...

...colère ou mauvais caractère, désintérêt, anorexie voire déprime !

...je me rends compte que je suis désagréable pour ma famille...

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en fait, certains éléments extérieurs contribuent à majorer la douleur : tels que l’inquiétude et le stress, les soucis financiers, l’inconfort, la solitude ainsi que le manque d’écoute et de dialogue...

non, non ! l’intensité avec laquelle vous percevez la douleur n’a peut être rien à voir avec la gravité de votre maladie !...

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...la douleur, lorsqu’elle devient chronique, doit être considérée comme une véritable maladie et doit être traitée de facon spécifique !

docteur je suis très inquiet...vu comme je souffre, je suis sûr que c’est très grave !

aujourd’hui, nous allons évaluer votre douleur et nous allons revoir votre traitement antalgique. il est important de soulager rapidement votre douleur afin d’éviter qu’elle ne devienne chronique.


La douleur de benoît atteint 75/100 mm

...nous devons notamment connaître l’intensité de votre douleur : vous seul pouvez l’évaluer. pour cela, on peut utiliser une échelle visuelle analogique.

FACE PATIENT

En plus de votre traitement anti-inflammatoire, je vais vous prescrire un antalgique dit « opioïde faible » et, si nécessaire, nous utiliserons ensuite un opioïde fort.

curseur à déplacer FACE SOIGNANT

vous n’y pensez pas, docteur !! je ne veux pas devenir dépendant de ce type de médicament !!

rassurez-vous !! il s’agit d’un traitement de courte durée pour “casser” votre douleur. d’ailleurs, nous pourrons l’arrêter progressivement quand la douleur va diminuer.

quelque temps plus tard la douleur ne cédant pas, le docteur léni prescrit un opioïde fort à benoît. en plus de ce médicament, vous devez prendre un laxatif car la constipation est un des effets indésirables du traitement qu’il faut absolument prévenir !! (*)

(*) LA CONSTIPATION INDUITE PAR UN OPIOÏDE FORT PEUT PARFOIS ENTRAINER L’ARRÊT DU TRAITEMENT

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Grâce à ce traitement, la douleur de Benoît est contrôlée. Il se plaint cependant de nouvelles poussées qui apparaissent la nuit. Le Docteur Léni décide alors de l’adresser à un centre de traitement de la douleur pour un bilan global de sa pathologie. l’épouse de benoît est également présente.

afin de vous soigner efficacement, nous avons besoin de votre aide...

après avoir réévalué votre douleur : lieu, intensité, sa durée, ce qui la provoque, etc...et que nous saurons qu’elle ne correspond pas à un trouble organique guérissable par ailleurs...

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ah ?!

chaque patient est unique et vous devez nous guider pour que l’on identifie votre douleur et que l’on puisse adapter le traitement qui vous convient !

nous déciderons de l’antalgique le plus approprié à utiliser !


notre organisme est équipé de “récepteurs” de la douleur, les “nocicepteurs” et de voies (les nerfs) qui conduisent l’information de la douleur jusqu’au cerveau, par la moelle épinière...

CERVEAU

SYSTÈME CENTRAL

MOELLE ÉPINIÈRE NOCICEPTEURS

NER

l’origine de votre douleur peut correspondre à une lésion organique mais aussi à une atteinte directe des nerfs. nous adapterons les traitements à votre situation.

FS

SYSTÈME PÉRIPHÉRIQUE comme vous l’a très bien expliqué votre médecin traitant, la douleur est subjective et c’est l’évaluation de votre ressenti qui nous permet A combien d’adapter les doses. il y a aussi des techniques évaluez-vous non médicamenteuses qui peuvent améliorer votre votre état, comme l’hypnose, par exemple.

en ce moment je dirais que j’ai mal à 5 car ma douleur est moyenne... mais elle est bien présente !!

douleur actuellement, entre 0 et 10 ?

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nous devons aussi connaître les localisations de vos douleurs, à quel moment elles apparaissent, ce qui les provoque... c’est souvent la nuit, en poussées...

oui, tu ne dors plus !

...les possibilités sont nombreuses, depuis les antalgiques dits périphériques comme l’aspirine, le paracétamol...ou palier I, puis ceux du palier II dits opioïdes faibles, jusqu’aux opioïdes forts, dits de palier III.

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comment allez-vous pouvoir me soulager ?

le but est d’interrompre le circuit de la douleur, grâce aux antalgiques...

oh... ca ne lui fait rien !

alors là, docteur, c’est ce que m’a prescrit le docteur léni mais j’ai eu quelques craintes par rapport à ce type de médicaments et nous avons arrêté assez rapidement !

les opioïdes forts, n’est ce pas uniquement pour les malades... en fin de vie ??


Les opioïdes forts ne sont pas réservés pour les malades en fin de vie ! Si vous êtes un peu somnolent au début, il se peut que ce soit aussi parce que vous rattrapez toutes ces nuits sans sommeil !!

Cinq jours après le Dr. léni rend visite à benoît, celui-ci prend correctement son traitement par opioïde fort.

ah !...vous lisez votre journal ce matin ! oui ! je me sens bien mieux !!

il y a certains effets indésirables au départ comme des nausées, des vomissements parfois une confusion et une constipation qu’il faut anticiper avec des laxatifs.

vous prenez bien les laxatifs qu’on vous a prescrits contre la constipation ?

l’objectif est d’améliorer votre qualité de vie et de vous permettre de reprendre vos activités journalières. votre traitement sera régulièrement ré-évalué.

c’est parfois contraignant mais ma femme m’aide aussi à prévenir la constipation !

je fais de mon mieux, docteur !

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nous mangeons du pain complet, des légumes et fruits à fibres, benoît mange des pruneaux...

grâce au soutien de ma famille et à votre efficacité, docteur, je revis ! pourrais-je bientôt arrêter ce traitement ?

...et une cuillère à soupe d’huile d’olive le matin à jeun !

bien-sûr ! mais nous le ferons progressivement !!

...et mon petit papa a retrouvé sa bonne humeur ! ...il va mieux, j’en suis heureux...

en tout cas, rappelez-vous que la douleur chronique doit être combattue car elle détruit la vie et il y a des réponses adaptées pour chaque type de douleur !

N.B. : LISEZ ATTENTIVEMENT LA NOTICE DES MÉDICAMENTS QUI VOUS SONT PRESCRITS

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L’AFVD est une association de patients type loi de 1901, reconnue d’intérêt général. SES OBJECTIFS : • Lutter pour la reconnaissance et la prise en charge de la douleur dans les parcours de soins. • Informer les patients et leur entourage, sur les moyens existants pour faire reculer la douleur et vivre dans la dignité. • Aider les patients et leur entourage, à travers l’écoute, le partage d’expérience et l’accompagnement. SES ACTIONS : • Intervenir auprès des instances professionnelles et politiques concernées pour améliorer la formation des professionnels de santé médicaux et paramédicaux. • Défendre les intérêts des malades en général, et des patients victimes de la douleur et de la souffrance psychique qui y est liée, en particulier. • Partager l’information sur la douleur et les moyens thérapeutiques existants. • Se rapprocher des patients en créant des antennes dans chaque région.

AFVD Association Francophone pour Vaincre les Douleurs La Tillerolle - 79200 POMPAIRE Tél : 05 49 94 62 02 - Port : 06 15 57 83 83 mailto : association-afvd@neuf.fr Site : http://www.association-afvd.com


réf : MUN0509/3 - édition octobre 2010

Réalisé avec le soutien institutionnel de Mundipharma


Bande Dessiné