Page 1

Susan Harlot Etudiant Efrei, L3

Seule dans la nuit Nouvelle

Département Culture et Communication / Collection E comme écrivains Les nouvelles de l’Efrei Concours 2013


Romain Borri Etudiant Efrei, L3

Moi, hooligan Nouvelle

Département Culture et Communication / Collection E comme écrivains Les nouvelles de l’Efrei Concours 2013


Nous y voilà, Stafford, Angleterre. Après plus de 20 heures de trajet sur les routes anglaises, si je m’attendais à ça. Des contrés vertes et flamboyantes et, pour seuls habitants, les vaches. Espérons que les pubs soient plus fidèles à l'image que l'on se fait des anglais. Nous primes nos bagages et nous rentrâmes dans nos familles d’accueil respectives. La logeuse : une petite sexagénaire à la retraite depuis quelques années, profitant de sa vie au maximum et arrondissant ses fins de mois en hébergeant quelques étudiants. Pas besoin de vous en dire plus. Le lendemain, nous avions une visite du campus dans lequel nous allions étudier durant 3 mois : nous fumes agréablement surpris : un cadre idéal, beaucoup d’espace, une salle de sport et une bibliothèque ouverte 24/24 heures, 7/7 jours. Tout était fait pour que l'étudiant s'épanouisse. Quant à la ville, tout était à des kilomètres. Pour nous déplacer, nous utilisions des vélos de fortune loués pour l'occasion. Vous auriez aimé voir ça, une bande de vingt frenchy traverser à toute vitesse cette ville pourtant si calme. Puis vint le soir tant attendu : la découverte des fameux pubs, lieu de culte pour tout anglais qui se respecte. Tous les clichés étaient là, des litres et des litres de bière dans des verres impressionnants que nous n'avions pas l'habitude de voir en France. Et ces belles anglaises … Que rajouter à leur réputation ? La légende était bien vraie, notre belle langue latine et l’accent français ont des vertus ravageuses. Nous étions là, heureux, sans trop savoir où donner de la tête, nous profitions du moment et de notre chère liberté fraichement gagnée. Quoi de plus enivrant que de quitter la terre de son enfance et couper tout lien avec sa fidèle patrie ? Il est vrai que la nostalgie nous a gagnés peu à peu, mais nous étions conscients qu'il fallait profiter de ce séjour. Après tout, l’alcool, les femmes et la liberté n’étaient pas là les dommages collatéraux les plus dérangeants. Pourtant, ce soir-là allait changer ma vie à jamais. Alors que nous faisions connaissance avec les filles, toutes plus charmantes


les unes que les autres, un groupe d’une vingtaine d’hommes débarque en chantant, festoyant, levant les bras en l’air avec une telle énergie, une énergie capable à elle seule de lever les foules. Les hommes et femmes du pub, joyeux un instant auparavant, baissaient maintenant le regard, comme si le temps s’était soudainement assombri. Ne comprenant pas ce qui se passait, j’ai regardé ces hommes et demandé à mon ami : -

« Tu sais qui sont ces gens ? »

-

« Non, mais ils font peur ! » me répondit-il.

Je ne comprenais pas, le seul sentiment qu’ils provoquaient en moi était l’admiration. Quant à leur look, rien n’était bien étrange. Ils ressemblaient à monsieur tout le monde, ou presque, ils portaient les signes distinctifs des casual : casquettes à carreaux, jeans, baskets, polo

Stone Island, Fred Perry ou Lonsdale, vestes de type Harrington. Nous faisions face à l’une des plus grandes légendes d’Angleterre : les Hooligans. Ils m’intriguaient tellement que je me devais de les approcher. C’est là que j’ai connu Harry, 30 ans, marié, deux enfants, fervent supporteur de WestHam United. Je le saluai d’un simple "Hi man !" C’est là que je vis son regard noir, prêt à me sauter dessus, comme si j’étais un opposant. Après plusieurs minutes d'interrogatoire plus que de discussions, il comprit que j’étais un fervent admirateur de leur culture et son visage commença à se détendre. Mais, à part les récits de mes amis et celui des médias, qu’ils détestent tant, je n’avais jamais eu de contact avec eux. Il m’entoura la nuque de son bras et me présenta à ses amis, fier : « Celui-ci, je l’aime bien, c’est un Français ! ». Ses amis rigolaient et tous me saluèrent. Harry décida de m'amener au match le lendemain. Je peux encore entendre les cris de mes frères supporteurs ce jour-là, celui de mon premier match de football à leur coté : West Ham contre 2


Millwall. S’il y avait bien quelque chose qu’ils détestaient par-dessus tout, c’était bien les supporteurs de Millwall, leurs rivaux depuis tellement longtemps que personne n'était en mesure de rappeler l'origine de cette haine. Ce n'était pas une rivalité mais bien une véritable haine. Harry était tendu ce jour-là. Il découvrit que nous étions en sous-effectif, et m’amener représentait un souci supplémentaire pour lui. Il connaissait mon passé de "mauvais gars" mais il savait pertinemment que je n’avais jamais fait face à une centaine d’hommes, jurant de vous tuer quoi qu’il advienne. Je voulais à tout prix connaitre cette sensation, être une famille, unie, ne faisant qu’un, ravivant les chants de la foule en délire, faisant vibrer le stade, encourageant nos joueurs et faisant trembler l’adversaire. Le match se solda par un 3-1, West Ham était vainqueur. Nous étions heureux comme jamais, même la pire des nouvelles n’aurait pu nous atteindre. Nous étions une trentaine d’hommes euphoriques, enivrés par cette victoire. Des hommes qui faisaient face à leurs ennemis, là, devant eux, des ennemis qui faisaient trembler n'importe quel homme : effectif imposant, regards de tueurs. Il ne nous restait plus qu’à transformer ce match historique en une véritable légende. L’heure de la troisième mi-temps avait sonné. Le rendez-vous avait été donné quelques heures auparavant à quelques kilomètres d’ici. Toutes les conditions étaient réunies pour éviter les forces de police. Après avoir trompé leur vigilance, nous nous dirigeâmes en petits groupes vers le lieu-dit. Harry m’expliqua en chemin que nous étions décrits comme des gangs violents et dangereux alors qu'ils étaient tous de familles respectables, avaient un emploi et étaient de fervents patriotes. Et que, oui, ils aimaient la violence, mais ils ne l’utilisaient pas contre n’importe qui. Non, ils l’utilisaient contre des supporteurs adverses qui cherchaient la même chose qu'eux, se battre avec bravoure, avec passion, pour son club et son honneur. Après tout, est-ce vraiment illégal ? Nous nous tenions en face de gens comme nous, cherchant la

3


même chose, pourquoi nous décrire comme des ennemis publics ? A ce moment-là, je ne me posais plus ces questions, nous étions bien trop concentrés. Harry distribua alors à ses hommes de « la poudre magique » comme ils aimaient l’appeler. Il me tendit le sachet en premier, il s’agissait là d’un véritable honneur chez les Hooligans. Je voulais faire partie de la famille et appeler Brother chacun d’eux. Je ne réfléchis pas, et je pris alors la poudre qu’Harry m’avait préparée. J’appris plus tard qu’il s’agissait de cocaïne. Celle-ci nous rendait euphoriques, puissants comme des dieux et résistants pour entamer le plus beau des combats auquel la Terre avait pu assister. Nous n’étions pas dans une zone connue, plus habitués au combat de rue que dans une plaine déserte, mais nous étions prêts à détruire nos adversaires, des gladiateurs dans l’arène. L’enjeu était de taille, honorer la victoire de West Ham contre notre ennemi juré. Leur cri était comparable à celui d’une armée. Ils n’étaient pourtant pas plus d’une centaine. Nous aurions dû fuir ce jour-là, mais Harry m’expliqua que quoi qu’il arrive, nous devions faire face et nous battre. Ce jour-là je me battis comme jamais, je pouvais sentir chaque décharge d'adrénaline nécessaire pour continuer d’avancer et terrasser mes ennemis, malgré les coups qui me mirent parfois au sol. Nous avions gagné, David avait défait Goliath. Nous étions les nouveaux dieux. La nouvelle de notre baston avait fait le tour de l’Angleterre plus vite que la mort de Lady Di. Harry me passa la main dans les cheveux comme un père le ferait à son fils, fièrement. Je faisais enfin partie de la famille. Aujourd’hui, j’ai 35 ans, je suis marié, j’ai 3 enfants et je me suis installé en Angleterre. Ma femme me supplie tous les soirs de ne pas rejoindre mes frères au pub et de quitter ce milieu violent. Je sais que je ne ferais pas de vieux os, mais les cris du stade et

4


l’adrénaline que procure la violence, j’y suis devenu accro. La violence m’a consumé, elle fait partie de moi. Je suis un Hooligan.

5


Mathieu Colin Etudiant Efrei, L3

Une vie préciseuse Nouvelle

Département Culture et Communication / Collection E comme écrivains Les nouvelles de l’Efrei Concours 2013


La proie gesticulait encore dans ses bras, tentant avec vigueur d’échapper à son emprise. Le sac plastique sur le sol s’était vidé de tout son contenu : les fruits et légumes achetés à la petite superette du coin traînaient au pied de son propriétaire, désormais immobile. La silhouette aux cheveux dorés et à la cape noire relâcha lentement le jeune homme et disparut dans la pénombre des toits des bâtiments. Six heures et demie du matin, il avait à nouveau mal au crâne ! Pourquoi fallait-il que ce soit sa peste de petite sœur qui vienne le tirer de son sommeil ? Il n’en savait rien et, à vrai dire, il s’en fichait ! Si elle ne quittait pas les lieux dans la seconde qui suivait, il lui ferait manger son oreiller. -

« Alors qu’est-ce que tu attends ? »

Elle ne lui dirait pas deux fois ! Le jeune homme s’extirpa de son lit à une vitesse ahurissante et se mit à la poursuite de la « petite peste ». Il finit par tomber dans les escaliers au moment où il s’apprêtait à attraper Earlia, sa petite sœur de six ans. Le garçon avait atterri au pied de sa mère qui l’attendait en bas des marches, un panier à linge à la main, lui sommant de se dépêcher pour ne pas arriver en retard à son cours de violon. Vijay était connu dans son quartier pour être un excellent violoniste. Il avait déjà participé à de nombreux concours et les avait tous remportés haut la main. Pour ses parents, une fierté. Pour les jeunes filles, un bon parti. Pour lui-même, un échec en tant qu’être humain car il était en proie à une maladie incurable, encore inconnue de tous. Mais il luttait et parvenait à vivre malgré tout. Afin d’oublier cette menace quotidienne, Vijay s’était trouvé une passion grandissante pour la musique et s’en donnait, chaque jour, à cœur joie. Les vacances scolaires étaient pour lui un bon moyen de s’adonner totalement à sa passion. Tous les matins, il se rendait au conservatoire de Kuala Lumpur, près du travail de son père. Son professeur, une jeune américaine d’une vingtaine d’années, lui donnait le meilleur enseignement possible. Depuis les débuts du garçon, elle avait bien vu qu’il avait du talent. Elle voyait bien qu’il progressait de jour en jour. Elle savait pertinemment qu’un jour il la surpasserait mais, aujourd’hui, elle avait quelque chose à lui annoncer. Quelque chose qui lui fendait le cœur. Elle ne voulait pas l’interrompre dans son élan, elle voulait à tout prix écouter cet air jusqu’au bout mais…


-

« Très bien Vijay, tu peux t’arrêter là. »

Le garçon s’exécuta sans se poser trop de questions. Comme à son habitude, il s’assit sur un petit tabouret en bois et plaça son instrument sur ses genoux en attendant que la belle Tracy lui fasse part de ses constatations. Mais le garçon ignorait que ce jour marquerait la fin d’une longue histoire, mais aussi le début d’une belle carrière. -

« Je suis dans le regret de t’annoncer que ce cours que je t’ai donné aujourd’hui était le dernier. »

Il n’avait rien dit, mais son air abattu trahissait le fond de sa pensée. Chaque jour, on lui prenait un temps précieux de sa vie. Et lorsqu’il arrivait enfin à se sentir « vivant », on lui retirait ce à quoi il pouvait s’attacher. Sans Tracy à ses côtés, ses journées allaient devenir bien maussades. La vie n’aurait plus la même signification pour lui ! -

« Je veux être violoniste. J’étais persuadé que vous alliez me suivre jusqu’à la fin… mais je me suis trompé. »

-

« Vijay, ne va pas croire que je ne veuille pas rester auprès de toi ! C’est juste que… »

-

« … vous avez des obligations ! En tant que mère, vous vous devez d’être présente pour vos enfants et c’est pourquoi vous retournez vivre auprès d’eux. »

Si jeune et pourtant si compréhensif. Elle savait bien qu’il n’en aurait pas demandé plus. Mais ce qui la chagrinait le plus, c’était de savoir que Vijay garderait cette tristesse au fond de lui… à tout jamais. -

« Je ne serai plus là pour t’aider quand ça n’ira pas mais… je serais toujours présente dans ton cœur. Et qui sait… peutêtre que tu rencontreras quelqu’un à qui te confier ? »

Personne ne pourrait la remplacer. Personne ne saurait le comprendre aussi bien qu’elle. Tracy était unique ! Le cours était terminé, les adieux faits. Vijay emprunta le chemin menant à l’hôpital de Kuala Lumpur. Ce grand bâtiment vitré qui lui donnait la nausée… Il y avait passé tellement de temps ! A chaque fois qu’il devait y entrer, sa gorge se nouait de nouveau. Comme à cette époque, lorsqu’il devait rester seul pour faire on ne savait combien d’examens supplémentaires… Troisième étage : « Généralistes ». Son père occupait la porte du fond. « Frappez puis entrez. », ces mots 2


inscrits sur la porte numéro cinq l’avaient toujours fait sourire. Car à chaque fois qu’il s’y risquait : « MON FILS ADORE !!! » Si sa mère n’osait pas trop le prendre dans ses bras de peur de le blesser davantage, son père ne s’en privait pas. Chaque jour, il disait à son épouse combien elle devrait profiter de la présence de Vijay pendant qu’il était encore là et combien de fois lui avait-elle répété qu’elle se sentait trop coupable pour agir ainsi. Mais le père du jeune homme ne voulait forcer personne. -

« Tu m’as tellement manqué ! »

-

« Tu… tu m’étouffes là ! »

-

« Ah ! Que fais-tu ici ? TU AURAIS DES SYMPTÔMES SUPPLEMENTAIRES ? »

-

« Mais non… je suis juste venu te voir pour te dire que je ne rentrerai pas tôt ce soir : j’ai une audition. »

-

« Vraiment ? Tu… sauras y aller seul ? J’ai une réunion et… »

-

« Je ne suis pas venu pour ça ! Juste pour te dire de ne pas t’inquiéter si tu ne me vois pas en rentrant… »

-

« Et maman ? »

-

« Je l’ai appelée du conservatoire. »

Cette audition était une aubaine. Il allait pouvoir faire ses preuves devant Jeffry Kan, un descendant direct du célébrissime violoniste Tukang Kan. Son cœur battait la chamade, un peu trop même. Il fallait qu’il fasse attention s’il ne voulait pas s’évanouir. Son cœur ne pompait pas assez de sang pour qu’il se permette d’avoir le trac. Avec l’expérience, il avait appris à maîtriser sa peur alors… -

« Tout ira bien. Je n’ai pas à m’en faire, Tracy m’a dit que tout irait bien… J’ai confiance en elle ! »

La salle était vaste. Le jury face à lui, assis sur trois de ces nombreux sièges rouges en daim. Deux femmes d’une quarantaine d’années et, juste au milieu, Jeffry Kan. Il regardait Vijay d’un air confiant, ravi de pouvoir enfin rencontrer le « jeune prodige » dont lui avait si souvent parlé Tracy Hoffmann, sa première élève. Vijay redressa la tête et plaça son menton sur son violon. L’archet glissa sur les cordes tendues et la mélodie se fit envoûtante. Vijay pénétra alors dans son univers à lui, son « jardin secret », il était transfiguré. 3


On l’avait félicité avec force. Une des femmes avait pleuré. Mais, pardessus tout, Jeffry Kan l’avait gratifié. C’était le plus beau jour de sa vie ! Il avait gagné l’estime d’un homme célèbre et celui-ci l’avait sommé de venir jouer à son prochain concert. Son cœur avait failli l’abandonner. Mais tout allait bien. Il était sur le chemin du retour et ne prêtait même plus attention à ce qui l’entourait. Peut-être fusse là son erreur car, en passant devant une petite ruelle, une main l’agrippa sèchement. Vijay n’eut pas le temps de crier, une main se posa sur ses lèvres pour le faire taire. -

« Ne dis rien, ça ne sera pas long. Tu ne souffriras pas, je te le jure. »

Une voix de femme, un sanglot… une voix familière. Trop familière… Vijay sentit une douleur au niveau de son coup. Il ne put crier, ni se débattre. La voix qui venait de murmurer à son oreille l’avait troublé. Il n’arrivait pas à revenir à la réalité, à se défaire du nuage épais qui, peu à peu, s’emparait de son esprit. Son corps devint lourd, les battements de son cœur ralentirent considérablement. Ses proches défilaient dans sa tête, il souffla : -

« Je vous aime Trac… »

4


NouvellesL3  
Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you