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Vie chrétienne Nouvelle revue

C h e r c h e u r s

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P r é s e n t s

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M o n d e

BIMESTRIEL DE LA COMMUNAUTÉ VIE CHRÉTIENNE ET DE SES AMIS – Nº 1 – SEPTEMBRE 2009

Accueillir : besoin ou désir ? La prière en début de réunion Malte

Ces liens

qui nous font vivre et qui nous font souffrir Vie Xtienne N°1-Def.indd 1

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Sommaire

éditorial l'air du temps ~ Yves de Gentil-Baichis

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le dossier chercher et trouver dieu

Ces liens qui nous font vivre et qui nous font souffrir NOUVELLE REVUE VIE CHRÉTIENNE Directeur de la publication : Dominique Léonard Rédactrice en chef : Florence Leroy Comité de rédaction : Yves de Gentil-Baichis Dominique Hiesse Paul Legavre sj Comité d'orientation : Marie-Denise Cuny Christiane Edel Yves Guéguen Noëlle Hiesse Catherine Mercadier Béatrice Mercier Armelle Moulin Isabelle Robinne Administration : Michel Lepercq Conception graphique : Raphaël Cuvelier Un coin de ciel bleu Photo de couverture : © Corinne Mercier/CIRIC Impression : Corlet Imprimeur, Condé-sur-Noireau ISSN : 0767-3221 47 rue de la Roquette 75011 Paris Tél : 01 40 21 06 25 Fax : 01 40 21 09 38 www.cvxfrance.com www.revueviechretienne.com contact@revueviechretienne.com

Les liens familiaux – témoignages Les liens familiaux – Contrechamp Jean-Philippe Pierron Le lien citoyen et syndical Les liens dans l’Église – témoignages Revue de presse Repères ignatiens se former L'accueil – témoignage L'accueil – contrechamp Marie-Agnès Bourdeau L'accueil – contrepoint biblique Bernard Mendiboure sj La prière en début de réunion Marie-Élise Courmont Un communauté laïque prophétique Michel Rondet sj Le Centre Sèvres Michel Fédou sj ensemble faire communauté Nevers 2010 : congrès national de la CVX Nicolas Joanne et Paul Legavre sj L'Europe commence à Malte Noëlle Hiesse La CVX maltaise Annonces prier dans l'instant Marie-Claire Berthelin

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© RMN / René-Gabriel Ojéda

Éditorial

La Toison de Gédéon, détail – Nicolas Dipre (ou d'Ypres), connu de 1495 à 1531. Petit Palais, Avignon

Va avec la force qui t’anime Cette petite phrase, tirée du livre des Juges (chapitre 6, verset 14), m’habite depuis quelques semaines, et me paraît tout indiquée en cette période de rentrée. « Va ». Parce que nous pourrions être tentés de nous arrêter, de nous résigner, de nous dire que ça va bien comme ça. « Avec la force qui t’anime ». La nôtre, même si comme Gédéon nous appartenons au clan le plus pauvre, et que nous sommes le dernier dans notre maison. C’est avec cette force-là que le Seigneur nous appelle. Pas moins. « Avec la force qui t’anime ». La nôtre, au cas où nous aurions l'illusion de pouvoir faire mieux que tout le monde, au risque de nous épuiser. Pas plus.

»

Chacun de nous a des projets pour le temps qui s’ouvre, des inquiétudes aussi. À Gédéon qui s’inquiétait, le Seigneur a répondu : « Je serai avec toi ». Florence LEROY

Vous recevez cet exemplaire si vous êtes lecteur de la Revue Vie Chrétienne ou lecteur de CVX Info (ou les deux). Il n’y a désormais plus qu’une seule revue qui paraîtra tous les deux mois. N’hésitez pas à réagir. Vos commentaires seront les bienvenus.

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L'air du temps

Internet: le besoin de trouver des amis explose On compte ses « amis » sur Facebook et ses « followers » sur Twitter. Nouvelle façon de se rassurer en se disant que nous sommes vraiment aimables et aimés ? Quelle société offrons-nous aux plus jeunes pour qu’ils se réfugient parfois dans le virtuel ? Si Internet à du bon, prenons garde à ses pièges et sachons faire la part des choses… Aujourd’hui nos contemporains cherchent à tout prix à se faire des amis, comme le montre le magazine Psychologies. On comprend cette attente dans une société où les personnes isolées sont de plus en plus nombreuses et où les liens traditionnels qu’assurait la famille, les relations de quartier, les associations et les groupes religieux sont en perte de vitesse.

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Psychologies, n° 284, avril 2009

L’amitié est à la mode car c’est une relation plus souple, plus fluide, plus facile à gérer que l’amour. L’ami c’est quelqu’un qui m’écoute et ne me juge pas. Il m’accepte comme je suis, sinon ce n’est plus un ami. Il ne cherche pas à réduire nos différences de goûts, d’opinion, de conviction et avec lui les désac-

cords sont moins dramatiques que dans la relation amoureuse, souvent habitée par la nostalgie de la fusion. Dans l’amitié, on ne cherche pas à emprisonner l’autre en exerçant un pouvoir sur lui et on n’est pas obligé d’élever des barrières pour protéger son intimité profonde. Avec l’amitié, on court moins de risques car avoir plusieurs amis ce n’est pas trahir l’un ou l’autre.

Dire des choses plus personnelles, plus authentiques Or internet facilite de façon extraordinaire la recherche de relations amicales. Les contacts par clavier interposé facilitent l’échange chez ceux qui

manquent de confiance en eux et qui estiment que leur « look » n’est pas assez attirant pour faciliter les relations. Je peux donc avoir l’impression que le dialogue sur Internet m’aide à exprimer l’essentiel de mes goûts et de mes aspirations profondes. Il est vrai que ce mode de communication m’amène parfois à dire des choses plus personnelles, plus authentiques que si je me trouvais en présence de l’autre. Internet permet aussi de nouer des liens avec ceux qui vivent des joies ou des expériences difficiles qui ressemblent aux nôtres. Grâce à ce moyen de communication, des solidarités nouvelles peuvent se créer entre

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© P. Deliss / GODONG

des personnes touchées par des épreuves semblables ou qui partagent les mêmes passions. Mais échanger sur Internet comporte des risques. Il est dangereux de s’enfermer dans une relation virtuelle où l’on ne rencontre pas l’autre réel, dont parfois on ne connaît ni le sexe ni l’âge, mais seulement ce qu’il veut bien révéler de lui. La vraie communication exige la présence sinon on sera plus ou moins tenté de rêver celui avec qui on échange à partir de quelques confidences. Vit-on alors une vraie relation d’amitié ? Celle-ci ne peut se construire qu’avec la découverte de l’autre dans sa différence et parfois dans la confrontation.

Celui qui ne laisse apparaître que la face soigneusement polie et lissée de sa personnalité peut-il être un véritable ami ?

Interroger notre fonctionnement social et familial Enfin la communication par Internet exige que l’on soit capable de faire la part entre ce qui est expression sincère et ce qui relève de la manipulation subtile. De nombreux participants aux forums d’Internet reconnaissent que ce mode de communication fait tomber leurs inhibitions et facilite le premier contact. Mais c’est une arme à double tranchant car derrière un écran, on peut exercer une emprise

psychologique plus facilement que dans une rencontre réelle. Reste que l’engouement créé par Internet pour faciliter la découverte de nouveaux amis doit interroger notre fonctionnement social et familial. Les relations habituelles en famille et dans la vie sociale sont-elles à ce point pauvres et sans relief pour que les générations montantes aient tellement besoin de s’évader dans des relations virtuelles ? Plus grave encore, l’image de la vie amoureuse renvoyée par les couples d’aujourd’hui ferait-elle peur aux jeunes qui seraient plus à l’aise dans les relations amicales moins impliquantes ? Yves de GENTIL-BAICHIS Septembre 2009

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© Ryan McVay /Photodisc

le dossier le dossier 6 Nouvelle revue Vie Chrétienne

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Chercher et trouver et trouver Dieu Dieu

Ces liens qui nous font vivre et qui nous font souffrir « Aucun homme n’est une île, un tout, complet en soi » a écrit le grand poète britannique John Donne. Nos proches, nos différents lieux d’appartenance sont notre raison de vivre. Et pourtant ces liens qui nous font vivre nous font aussi parfois souffrir. L’attachement tant désiré devient soudain entrave. Soumis à trop de tensions, les liens familiaux, associatifs et ecclésiaux peuvent se rompre. Vous trouverez dans les pages qui suivent des témoignages et des réflexions sur toutes ces relations pour lesquelles il nous faut apprendre à trouver la distance juste.

Pierres vivantes . . . . . . . . . . . . . . . Lorsque l’institution fait souffrir. . Ni hurler avec les loups, ni bêler avec les agneaux. . . . . . . . Diversité des chemins vers l’Église . Pour sentir avec l’Église . . . . . . . . . Pour continuer en réunion . . . . . . .

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© Ryan McVay /Photodisc

Tu m’as tissé au ventre de ma mère . . 8 Mère/Fille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 Père/Fils . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Belle-fille/Belle-mère . . . . . . . . . . . 9 Contrechamp . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Durer dans les engagements pris . . . 11

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Chercher et trouver Dieu

le dossier

Tu m’as tissé dans le ventre de ma mère

(Ps 139,13)

Les liens familiaux sont les premiers liens que nous tissons. Ils sont déterminants pour toutes les relations que nous engageons par la suite. Nous avons demandé à une femme et à un homme de relire leur relation de fille et de fils : des liens non choisis. Nous avons demandé également à une femme de nous parler du lien qui l’unit à sa belle-mère : si l’on choisit son conjoint, on épouse aussi tant bien que mal sa famille et l’ajustement prend parfois du temps. Dans tous les cas, il faut peu à peu consentir à entrer dans une relation vraie ou l’autre est vraiment autre. C’est ce que nous expliquera Jean-Philippe Pierron, philosophe, pour conclure la première partie de ce dossier.

Mère-fille Les relations avec ma mère ont été contrastées. Pendant mon enfance, j’ai eu le sentiment que je ne comptais pas beaucoup à ses yeux. Elle s’intéressait davantage à mon frère, son fils aîné, et surtout, elle était très directive dans le choix de mes amies. Et cela m’agaçait.

nait pas. Ainsi j’aimais faire les bouquets mais elle ne me laissait aucune initiative dans ce domaine. Elle me faisait de l’ombre car elle avait besoin d’être elle-même reconnue dans ses créations.

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© Corinne Simon / CIRIC

À l’adolescence, j’ai essayé de prendre mes distances car je me sentais plus heureuse en pension ou chez des oncles et tantes qu’en famille. J’avais besoin d’être valorisée et ma mère ne le compre-

Dès que j’ai eu un diplôme et du travail, mes relations avec elle se sont améliorées car j’avais alors moins besoin de prouver que j’étais capable de réussir quelque chose. Puis, je me suis mariée, j’ai eu des enfants et nos relations sont devenues bonnes : je n’étais plus dépendante de ma famille et je n’avais plus l’impression d’être traitée comme une petite fille.

Traiter d'égal à égal et échanger Nous traitions d’égal à égal et nous pouvions échanger sur l’éducation des enfants et même

sur des questions religieuses qui nous intéressaient toutes les deux, car maman avait l’esprit très ouvert. Plus tard, au moment de la maladie de mon mari, ma mère a voulu m’aider mais elle était un peu envahissante. Elle n’a pas compris que, pour être forte, j’avais besoin de lutter seule et de ne pas être tout le temps assistée. La situation s’est inversée dans les dernières années de sa vie et quand mon père ne pouvait plus beaucoup l’aider, elle a souvent fait appel à moi. Elle ne prenait plus aucune décision et j’ai eu l’impression de devenir la mère de ma mère. Et c’était lourd. Aujourd’hui, je vois tout ce que ma mère m’a apporté, même si nos relations ont parfois été très difficiles. ALICE

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En tant que fils, je me rends compte que ma relation à mon père est complexe : elle fut conflictuelle au moment des choix professionnels, elle est parfois complice et affectueuse quand surgissent des connivences. Des constantes : une relation pudique, peu verbalisée, plus distante qu’avec ma mère.

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Mes sentiments par rapport à mon père peuvent être variés : je conçois parfois du ressentiment quand j’ai l’impression de ne pas compter à ses yeux ou qu’il ne s’intéresse pas à ce que je fais. Mais, lors d’une retraite récente, j’ai compris que je devais renoncer à l’image du père idéal et accepter le mien avec ses limites et ses défauts : ne pas être trop exigeant avec lui et voir le verre à moitié

Un père doit savoir se « retirer » de la vie de ses enfants

père au moment de mon choix professionnel est quelque chose de logique. J’ai pris conscience qu’en ne se soumettant pas à sa volonté et en suivant mon désir propre, je réalisais à la fois un « meutre du père », mais aussi une fidélité à son désir profond. Ne pas être démesurément exigeant avec mon père m’aide à accepter de ne pas être un père parfait avec mon fils. FLORENT © Michel de Nijs / iStock

Père-fils

plein plutôt qu’à moitié vide ; penser à tout ce qu’il m’a donné, à commencer par la vie. J’ai par ailleurs pris conscience que mon père, absorbé par son travail, m’avait finalement laissé une grande liberté. En n’exprimant pas d’attentes relationnelles fortes, il m’a permis le passage parfois douloureux à la vie d’adulte pour construire de nouvelles relations et devenir à mon tour père.

J’en garde à l’idée qu’un père doit savoir se « retirer » de la vie de ses enfants pour les laisser se déployer. J’ai également pris conscience que le désir de se sentir aimé par son père pouvait être dépassé dans la relation à Dieu le Père. La relation conflictuelle avec mon

Belle-mère/belle-fille Ma relation avec mes beaux-parents a toujours été bonne mais une part de moi-même la subissait. Nos différences de tempérament et de points de vue me donnaient l’impression de ne pas pouvoir exister telle que j’étais et j’avais tendance à me taire et à adopter une position de spectatrice souriante et discrète.

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Le décès de mon beau-père m’a obligée à sortir de mon silence, à me positionner en tant qu’adulte. Dans cette épreuve, j’ai senti que je pouvais soutenir mon mari et sa famille, toujours dans la discrétion mais par une présence active à leurs côtés. J’ai d’abord participé à l’organisation des funérailles aux endroits où j’ai senti qu’il était juste que je sois.

J’ai aussi appris cette présence active lors des nombreux weekends que nous avons passés avec ma belle-mère afin de l’aider dans les démarches ou de lui permettre de se détendre. Alors que j’appréhendais ces moments où je ne trouvais pas ma place, j’ai réalisé qu’il ne tenait qu’à moi de m’y impliquer davantage. Il m’est ainsi arrivé de proposer à ma bellemère une ballade ou un cinéma, alors que son fils était occupé par ailleurs. Après des réserves, elle finissait par se laisser tenter et nous construisions peu à peu une relation à deux.

Des décisions qui engagent le couple Dans le même temps, nous avons

été confrontés à la nécessité de prendre des décisions pour la succession, dans un contexte où la communication était difficile, faite de non-dits. Je me suis aperçue que ces décisions me concernaient pleinement parce qu’elles engageaient mon couple. J’ai donc dû apprendre à mettre des mots sur ce que je ressentais, à me positionner. Et les mots que j’ai exprimés ont contribué à clarifier les choses pour ma belle-mère mais aussi pour mon mari et moi-même. Aujourd’hui, nous avançons ensemble sur un chemin de vérité. Nos différences seront toujours là mais je m’efforce d’être davantage moi-même et j’en suis heureuse. STÉPHANIE Septembre 2009

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Chercher et trouver Dieu

le dossier Contrechamp

Une destinée inextricablement liée

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Jean-Philippe Pierron, CVX, enseigne la philosophie à l’université Jean Moulin à Lyon.

La famille constitue l’ensemble de ces autres humains que nous disons être « les nôtres ». En rend compte la métaphore du lien. Lien ombilical qui dit la vie qui tressaille en la mère, avant le langage. Lien conjugal qui vit l’alliance de la différence des sexes que chante le Cantique des Cantiques, dans la légèreté de la nuptialité. Liens parents-enfants exprimant la différence des âges dans cette déclinaison généalogique, – la « descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel » – dont la tradition biblique fait une bénédiction. Liens fraternels aussi qui allient la différence des désirs d’être également aimés, dans une soif de reconnaissance que la jalousie de Caïn et Abel frappe du sceau des fraternités difficiles. Tous ces liens se confrontent à un même problème, qui travaille et tiraille l’être ensemble familial : rendre compatible la différence avec la similitude.

Épouser la chair du familial La famille est pour chacun une situation native dans laquelle il se trouve, bon gré mal gré. Toute arrivée au jour est une venue au monde du familial. Être incarné, c’est épouser la chair du familial. Ceci commence par la reconnaissance lignagère qui inscrit l’enfant sur les registres d’état civil pour le doter de droits, et tout d’abord d’un nom. Ainsi, la première hospitalité familiale sera l’offrande d’une inscription généalogique : le lignage de David pour Jésus et ses parents. Toute généalogie articule alors l’histoire d’une famille avec la plongée verticale et originaire dans la grande histoire de la famille humaine. Mais cette inscription

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familiale n’est pas que juridique. Elle se poursuit par la transmission qui permet d’en prendre et d’en apprendre les textes (les récits de famille qui racontent épopée et tragédie de la famille, sa mémoire, ses attentes et ses valeurs), et la texture (les gestes, la prise en charge des corps, de leurs postures et de leurs expressions dans l’ordinaire du prendre soin qui façonnent un « air de famille »). En somme, l’identité familiale n’est pas une donnée de la nature ; elle est un travail. Il y a moins une famille naturelle, que l’histoire d’une famille de laquelle chacun apprend progressivement à se comprendre !

Apprendre à comprendre Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir qu’on ne choisit pas sa famille. Être d’une famille ne relève pas d’affinités électives comme avec des amis. Cela ne relève pas non plus de l’artifice du lien politique qui réunit, par la loi, dans l’espace et le temps, des citoyens pouvant s’ignorer. Communauté naturelle ou d’amour, la famille assume, au plus près, la reprise de la nature (sexualité, croissance et mortalité) dans la culture. Mais si on ne choisit pas sa famille, on découvre très vite qu’il faudra du temps pour apprendre à y consentir. Apprendre à se comprendre comme étant de cette famille-là, à laquelle notre destinée est inextricablement liée, dans le bonheur mais aussi dans la violence ou les ruptures, n’est-ce pas l’histoire du fils prodigue que nous sommes tous un peu ?

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Jean-Philippe PIERRON Vient de publier Le climat familial – Une poétique de la famille, Éditions du Cerf, 2009

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Durer dans les engagements pris

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Aussitôt les articles de presse fusent, le doute s’installe, c’est le temps le plus dur. Le plus dur aussi, c’est d’être sûr de sa loyauté individuelle (elle-même reconnue par le juge), mais accusé d’avoir organisé la solidarité dans un monde agricole qui sait bien la pratiquer. Dur aussi que les représentants de l’État cogestionnaire ne soient pas également mis en cause. Difficile enfin de comprendre la justice que je découvre ahuri, avec ses rites désuets et obsolètes (20 robes noires, juges et avocats, pour nous juger dans des séances de procès de 2 à 10 heures), sa lenteur, son manque d’efficacité (des attentes de 12 heures pour une déposition de 20 minutes). Et puis, il y a ceux qui disent « il n’y a pas de fumée sans feu » ou qui profitent de cette occasion pour m’écarter de certains de mes projets politiques ou sociaux. Dès le début de l’affaire, la solidarité sans faille de ma famille et de mes amis de la FNSEA, de certains ministres (eux aussi

concernés, mais pas entendus) me permet de tenir le coup. Par la suite, les échanges en famille, entre amis, en équipe CVX m’ont apporté réconfort. Mais surtout mes proches, en particulier mon épouse, n’ont jamais douté. Sans

privation de liberté injustifiée : cela m’a permis de relativiser les brimades. Ma foi dans l’homme, la solidarité défendue depuis 30 ans n’ont pas été remises en cause. Mon engagement extérieur de longue date et le soutien de mes « frères en Église » m’ont aidé à vivre les choses autrement, en vérité et en solidarité, sans me replier sur moi-même, en m’ouvrant même au sort de tous les accusés. La solidarité des agriculteurs, des responsables, de certains ministres a pu se manifester pleinement. Ils étaient coresponsables et se sont impliqués lors du procès. Le compagnonnage avec mes coaccusés, mes collègues responsables, mon équipe CVX et tout mon entourage familial et amical a été déterminant pour en sortir debout. Je remercie tous ceux qui m’y ont aidé et soutenu.

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Luc Guyau est agriculteur en Vendée. Il a également été responsable au niveau national d’un syndicat agricole. Mis en accusation avec d’autres collègues, la justice l’a finalement relaxé après sept ans d’enquête et de procès. Les liens ont tenu bon malgré l’épreuve.

doute la prière des uns et des autres m’a accompagné. Jusqu’au procès (qui a duré 3 semaines), la solidarité, le soutien, la confiance sont restés intacts, avec des larmes de joie au moment du verdict : « relaxe pure et complète pour tous ». J’ai beaucoup pensé alors à ceux qui sont victimes d’erreurs judiciaires, ou qui connaissent la

On ne sort pas cependant pas indemne d’une telle épreuve : de l’amertume pour tout ce temps perdu, ces dépenses de justice inutiles, de la rancœur pour ceux qui ont poussé cette affaire ; mais pas de haine, et surtout l’envie de tourner la page ; le regard vers l’autre est renforcé, même s’il est dur de pardonner, d’oublier vraiment ; pour moi la vie reste un éternel combat où il faut durer dans les engagements pris. Luc GUYAU CVX Vendée

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Chercher et trouver Dieu

le dossier

Pierres vivantes…

Notre Église n’est pas à l’abri des conflits et des remous. Nos différents lieux d’appartenance – paroisses, mouvements, associations – deviennent parfois lieux de souffrance. Dans la Communauté Vie Chrétienne comme ailleurs, les tensions existent. Plus largement, ne nous arrive-t-il pas de parler de l’Église à la troisième personne du singulier, comme si nous n’en faisions pas partie ?

Lorsque l’institution fait souffrir Des confidences recueillies parmi une dizaine d’autres pour dire qu'une communauté peut aussi faire souffrir ceux qui s’y lient d’une manière ou d’une autre.

D

« Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce que j’ai dû souffrir avec CVX a été plus douloureux qu’un drame familial vécu il y a quelques années. » dit l’un, la cinquantaine. « Quand on m’a obligé à quitter le poste pour lequel la CVX m’avait embauché quelques années plus tôt, je me suis retrouvé terriblement désemparé. » dit l’autre, plus jeune. « Après les vifs reproches qui nous ont été adressés à tort par la responsable, mon épouse a quitté la CVX. Elle était déjà trop malade pour pouvoir supporter, mais moi, je suis resté. » Ces trois personnes sont toujours membres de la communauté et ont peu à peu « repris du service », autrement et ailleurs, car le lien n’a finalement jamais été rompu. Mais nombreux aussi sont ceux qui partent, trop blessés, et

vont se refaire en d’autres lieux, en comptant sur d’autres solidarités, en espérant d’autres temps, en retissant d’autres liens.

Pourquoi ceux qui restent après une telle épreuve restent-ils ? Quel est le lien qui les attache malgré tout à la communauté ? Il faut les écouter patiemment pour le saisir, car leur récit les révèle encore douloureux, fragilisés, sensibles à la moindre maladresse de l’institution. Ce qui les retient de partir, c’est d’abord l’écoute et le soutien respectueux de quelques proches, membres de CVX, leur fidélité silencieuse aussi. La communauté est alors perçue plus par les délicatesses spontanées et discrètes de quelques-uns que par son fonctionnement institutionnel. Ils découvrent alors les limites d’une institution avec ses faiblesses de gouvernance, les peurs, ignorances ou hésitations

de ceux qui doivent décider alors qu’ils croyaient n’avoir été appelés que pour servir, les silences de ceux qui sont témoins sans trouver la force et le courage de réagir. Ils découvrent que le langage spirituel est parfois tenté de s’affranchir à bon compte des réalités humaines et pratiques : « En équipe-service, on était censé partager nos relectures de travail ensemble à la lumière de la Parole. On se réjouissait des grâces reçues… sans oser évoquer les inévitables difficultés relationnelles qui plombaient notre travail. Nous étions dans le déni. » Un autre ajoute : « Ce qui m’a permis de maintenir le lien, c’est la confiance qui m’a été redonnée quand j’ai reçu l’appel à un service dans un contexte paroissial. Je me suis aperçu que ce que je pouvais donner, je l’avais reçu de la communauté, que j’ai été façonnée par la spiritualité qui s’y vivait, et que ce lien devait continuer à être nourri. » Pour un autre, c’est l’appel de la communauté à un

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nouveau service très différent, avec des personnes nouvelles qui l’a relevé : « J’ai senti alors concrètement que le lien existait toujours, que d’autres souffraient avec moi de me voir souffrir, qu’ils

comptaient toujours sur moi, que je pouvais me donner avec eux, et que cela me faisait vivre. »

lement mystérieux qui les retient de partir, un lien qui tient plus à des visages et des rencontres qu’à des idées ou des ressentiments.

En fait, au-delà des personnes, au-delà même de l’institution, c’est un lien plus profond et fina-

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Ni hurler avec les loups ni bêler avec les agneaux

A

Sur le fond, j’ai souffert des décisions prises par le pape quand il a levé les excommunications des évêques ordonnés par Mgr Lefèbre. Je comprends qu’il ait eu le souci de réduire le schisme et de supprimer les divisions en ouvrant la porte aux intégristes, s’ils ont vraiment l’intention de rentrer dans l’Église. Mais je ne comprends pas que le pape n’ait pas le même souci d’apaisement vis-à-vis des divorcés remariés. Je souhaiterais qu’on s’inspire sur ce sujet de ce que font les Orthodoxes. Chez eux, s’il y a une nouvelle union après un divorce, il n’y a pas de remariage sacramentel. Mais l’Église permet à ceux qui demandent pardon

à leur premier conjoint, après une démarche de réconciliation, d’être en pleine communion avec l’Église et d’avoir accès à l’eucharistie. J’ai donc été triste que l’effort d’apaisement voulu par le pape ait été unilatéral. En même temps, j’ai éprouvé un réel bonheur de voir, à cette occasion, les prises de position courageuses de certains évêques et de personnalités connues du monde catholique. Ce qui a été dit sur le sida et le préservatif par le pape m’a mis mal à l’aise. Certes il y a d’abord un problème de communication. Notre pape a sûrement de grandes qualités spirituelles mais il ne sait pas communiquer. Dans ses homélies en Afrique, il a dit de très belles choses sur l’âme africaine. Cependant ses déclarations sur le sida dans l’avion étaient très ambiguës. Mais au-delà du problème de communication, il y a plus grave : je ne comprends pas que l’Église institutionnelle intervienne aussi catégoriquement pour dire aux gens ce qu’ils doivent faire ou ne pas faire dans leur vie intime.

© CPP/OR/CIRIC

Au moment de la polémique sur l’Église, j’ai éprouvé beaucoup de tristesse. D’abord en raison de la maladresse des déclarations de certains responsables de l’Église qui ont blessé de nombreuses personnes. Mais j’ai été meurtrie aussi par les attaques démesurées qui s’en prenaient à Benoît XVI. Et là j’ai été partagée entre deux attitudes : je ne voulais pas hurler avec les loups mais je refusais aussi de bêler avec les agneaux.

Dans l’Évangile, l’Évangile la guérison du paralytique exprime bien ma vision de l’Église (Marc 2, 1-11). Il y a le malade qui est porté et ceux qui le portent. Et, à certains moments, nous sommes tous ou les porteurs ou le porté. Mais ce qui me frappe le plus, c’est le passage par le toit. La situation est bloquée pour s’approcher du Christ mais on trouve un moyen nouveau pour aller vers lui et guérir le paralytique. C’est à la fois inventif, efficace et c’est une ouverture vers une autre dimension au-delà des contraintes paralysantes. C’est ainsi que je me représente l’Église. MARIE-FRANCE Septembre 2009 13

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Chercher et trouver Dieu

le dossier

Diversité des chemins vers l’église La crise qui a secoué l’Église au début de 2009 a eu de profonds retentissements dans le monde catholique. « Nous sommes nombreux à souffrir pour l’Église et par l’Église, disait le 12 mars dans La Croix, Mgr Dagens, évêque d’Angoulême. Nous souffrons car tout ce qui concerne l’Église, sa vie, son unité, sa mission nous touche profondément car l’Église n’est pas une organisation ordinaire, elle est le corps du Christ ».

L

Pour essayer de dépasser positivement cette souffrance, des personnalités du monde catholique ont pris la parole, non pour se lancer dans l’affrontement polémique mais pour élever le débat et dire ce qui les rattachait personnellement à l’Église. En rapprochant un certain nombre de déclarations, on peut repérer cinq démarches qui expriment avec des accents différents la confiance et la fidélité à l’Église.

Croire en l’église ou croire l’église À lire : Lettres aux catholiques troublés La Croix, préface Dominique Quinio Bayard, 2009

Le premier argument est de l’ordre de l’acte de foi. Il ne démontre pas, n’argumente pas, n’évoque pas une expérience spirituelle. Il rappelle simplement que « l’Église est elle-même objet de foi » et qu’il faut « oser croire en l’Église », comme le dit le cardinal Etchegaray. « Aimons l’Église, précise-t-il, cet immense troupeau dont chaque brebis sur sa laine est marquée au fer rouge

de l’amour de Dieu. Seul un vrai croyant peut aimer l’Église » […] « L’Église a autant besoin d’être aimée que réformée, car il n’y a de vraie réforme que dans l’amour : on peut faire pleurer l’Église mais on ne la renie pas, pas plus que sa mère.» (La Croix, 1er avril 2009) Mais Mgr Rouet, archevêque de Poitiers, nuance la manière dont nous devons « croire en l’Église ». À cette formule, il préfère « croire l’Église ». « L’Église est le moyen de la foi, dit-il, elle n’en est pas l’objet. L’objet de la foi c’est Dieu. L’Église est présente dans notre foi mais, en même temps, elle s’efface. Au-delà d’elle-même, il y a la tête, le Christ. Et croire à l’Église, c’est croire qu’elle est capable, dans ses péchés mêmes, d’indiquer quelqu’un qui la dépasse. Quelqu’un qui est en elle, qui l’habite et qui est autre qu’elle-même. C’est son époux, c’est le Christ. Et pour moi, croire l’Église est beaucoup plus important que de croire en l’Église. […]

L’église ne s’oppose pas au monde Croire l’Église, c’est croire qu’un lys peut pousser au milieu des marais. Croire l’Église c’est croire que dans telle prise de position difficile à admettre, dans telle tendance politique dans laquelle des gens d’Église s’engagent, dans telle histoire dramatique d’un homme d’Église et même dans des circonstances assez moches, il peut y avoir

une fenêtre, une déchirure qui montre le Christ ». (La Chance d’un christianisme fragile, Bayard, 2001 p. 81-82). Mgr Dagens ne veut pas que l’on parle des rapports de l’Église et du monde moderne en termes d’opposition dure. Il refuse, en particulier « les vieux réflexes du catholicisme intransigeant selon lequel existerait un antagonisme radical entre la tradition catholique et ce que l’on appelait hier les idées nouvelles et aujourd’hui la modernité. […] Il faut absolument sortir de ces catégories inspirées par les rapports de forces politiques et sociaux. C’est de l’identité même de l’Église qu’il s’agit : elle est du Christ pour le monde. L’essentiel c’est de vivre le mystère du Christ dans le monde et, comme l’affirmait Vatican II (Gaudium et spes, n° 3), de continuer l’œuvre même du Christ venu dans le monde pour sauver, non pour condamner, pour servir non pour être servi ». (La Croix, 12 mars 2009) Et l’évêque d’Angoulême insistait : « Je souffre intensément que l’Église puisse être considérée comme un lieu de condamnation et d’exclusion, une institution durcie sur elle-même laissant au second plan la manifestation du cœur de Dieu que nous appelons sa miséricorde. […] Nous vivons dans des sociétés qui souffrent, à cause des maladies, du sida et aussi des violences sociales et

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pain pétri de mille grains. En un mot, une communion. […] L’unité n’est pas un espace plat mais une réciprocité, une mutuelle reconnaissance. Dans la réciprocité, même le petit a sa place ; dans l’uniformité, il est absorbé. […] J’aime une Église où s’entende la parole du plus petit : c’est à lui que le Christ s’est identifié ». (La Croix, 10 avril 2009)

© Stéphane Ouzounoff / CIRIC

Une église qui met les gens debout

Jean Vanier, fondateur de l’Arche, un bel exemple de chrétien « au milieu des hommes »

économiques. Plus les souffrances sont fortes, plus l’Église doit offrir au monde la miséricorde de Dieu. » (Le Journal du Dimanche, 22 mars 2009).

L’église n’est pas uniformité mais communion Mais quelle image avons-nous de l’Église dans notre tête ? Mgr Rouet rappelle que l’Église n’est pas « une partie, un groupe, un responsable dont les goûts et les orientations consonent avec nos opinions ». L’Église est un ensemble « qui n’est pas compact dans une martiale uniformité. Il se présente comme un corps aux membres divers, un temple construit de multiples pierres, un

Chacun de nous a fait l’expérience personnelle de ce que l’Église peut faire pour nous redonner le goût de vivre. Le véritable problème de l’Église, explique Mgr Rouet dans son blog est : « Qu’est-ce qui fait vivre ? Qu’est-ce qui met debout ? Qu’est-ce qui rend responsable de son existence ? Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’exigence à poser. Au contraire, je suis persuadé qu’il faut en poser, mais pas sous forme manichéenne du tout-noir tout-blanc, du permis et du défendu. Regardons l’Évangile. Le Christ dit au paralysé : « Lèvetoi et marche ». Nos paroles mettent-elles les gens debout ? Sontelles des paroles de vie ? » […] La crédibilité de l’Église ne se décrète pas. Elle ne se retrouvera que par l’humilité de partager la vie des hommes, en étant à leur écoute, capable de partager leurs peines et en ayant le désir de partager avec eux notre espérance et de les aider à se mettre debout. » (La Croix, 12 mars 2009) Même son de cloche chez la théologienne moraliste Véronique Margron : « Oui je demeure en cette Église, peuple de pécheurs dont

je suis. En dehors d’elle, je ne saurais comment annoncer l’Évangile de bonté qui s’adresse à chacun tel qu’il est. […] La Bonne Nouvelle de Jésus est ma vie. Elle m’assigne à une obsession : rendre compte à des femmes et à des hommes perclus de douleurs ou hantés par des interrogations essentielles, que la Parole du Christ est neuve. Que la nouveauté n’est pas une girouette au gré des vents, mais ce qui offre une saveur unique à l’existence. » (La Croix, 7 avril 2009)

L’église présente aux côtés des pauvres Si on peut faire l’expérience intérieure personnelle de l’Église qui remet les personnes debout, on peut aussi être sensible à son action dans le monde. À ses vieux copains du foot, qui lui demandent « C’est quoi toute cette salade dans l’Église ? », Nicolas Capelle, frère des Écoles chrétiennes, répond que « l’Église n’est pas d’abord une organisation qui essaie de survivre, mais qu’elle est fondamentalement, un Corps vivant d’hommes, de femmes, d’enfants qui ont été saisis par la parole de l’Évangile et qui se sont installés au milieu des gens, de leurs interrogations, de leurs souffrances, aux frontières de l’humain. Que l’Église est vraiment ellemême lorsqu’elle se bat dans les faubourgs de Chicago, quand elle est aux côtés des Indiens du Chiapas, du Guatemala, des enfants de Bogota, de Caracas, des sans-terre du Nordeste brésilien… (La Croix, 20 février 2009) Yves de GENTIL-BAICHIS Septembre 2009 15

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Chercher et trouver Dieu

le dossier Liberté et obéissance

À la fin du livret des Exercices spirituels, saint Ignace propose une méditation « pour sentir avec l’Église ». Ces règles très pratiques ne sont-elles pas, dans une certaine mesure, à prendre en compte pour nombre de nos relations : familiales, associatives, professionnelles, etc. ? Nous reprenons ici un commentaire d’Adrien Demoustier, extrait d’un hors-série de la revue Christus. Les Exercices spirituels font faire l’expérience d’être guidé directement et immédiatement par Dieu et de pouvoir se décider en soimême à partir d’une juste perception et interprétation des mouvements intérieurs sous la conduite de l’Esprit Saint […]. À l’issue des Exercices, les règles « pour sentir avec l’Église » sont destinées à permettre de concilier cette liberté personnelle et la soumission aux contraintes d’une Église et d’une société humaine où tout le monde n’en est pas au même point, où Dieu parle par d’autres d’une autre façon. […] Elles s’adressent à celui qui a fait les Exercices pour orienter la mise en œuvre des fruits qu’il a reçus. […]

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Première règle La première règle demande l’obéissance « à la véritable Épouse du Christ notre Seigneur qui est notre sainte Mère l’Église hiérarchique ». L’Église […] ne désigne pas seulement la hiérarchie au sens strict, mais l’Église dans son ensemble, structurée d’une manière hiérarchique selon l’Épître aux Éphésiens. Dans la tradition doctrinale de l’Église jusqu’au XVIIIe siècle, la notion de hiérarchie a un sens plus large et plus complexe que de nos

jours. Elle renvoie à la réalité de l’Église comme corps social structuré de manière différenciée, englobant tous les rapports sociaux de dépendance. D’une part, les fidèles sont à la base de la hiérarchie ; d’autre part, les rapports homme-femme, parents-enfants, maître-serviteur participent de ce caractère hiérarchique. En pratique, l’obéissance n’est pas seulement celle que l’on doit au magistère et aux supérieurs, mais aussi celle qui tient compte de la manière dont cette obéissance est vécue par l’ensemble du peuple chrétien. La manière d’obéir envisagera et l’ordre donné sans contester sa validité et les difficultés qu’il rencontre. La question sera approfondie par la treizième règle.

dixième règle La dixième règle n’interdit pas toute forme de critique. Elle demande que son exercice soit responsable […], mais exclusivement tournée vers ceux qui ont compétence et responsabilités en la matière. L’application de cette règle est plus complexe de nos jours, en conséquence de la plus grande publicité que les médias donnent à la plupart des actes de l’autorité hiérarchique.

treizième règle La treizième règle (« ce que moi je vois blanc, croire que c’est noir ») fait choc à cause de l’outrance volontaire de l’image. Elle suppose une certaine maturité humaine et spirituelle pour situer la différence entre voir et croire, et la prise de conscience de l’insuffisance de notre manière spontanée de voir. Ces règles ne sont pas écrites pour des débutants. C’est pourtant une donnée de base de la science moderne que les sens sont trompeurs et que leur usage demande vérification. Selon […] la 1ère règle, les situations de tension ou de conflit exigent un discernement qui tiendra compte, et de l’ordre donné, et du fait qu’il est mal entendu ou mal reçu. L’absence de discernement et de dialogue qu’il suppose peut rendre l’obéissance impossible et enfermer dans le dilemme : se soumettre ou rompre. Comme la notion de hiérarchie déborde le sens étroit du rapport aux seuls ecclésiastiques, il est rare que l’on ne soit pas, au moins par un aspect, le supérieur d’un autre, fût-ce comme père ou mère de famille ou en conséquence d’une responsabilité quelconque dans le monde professionnel ou associatif.

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Pour conclure ce dossier… Pour la relecture et le partage en groupe

L’obéissance demande toujours discernement, y compris quand elle conduit à passer par le renoncement à son jugement propre et à admettre que, malgré l’évidence du contraire, je puis me tromper et que je suis aveugle, alors même que je crois voir en toute clarté. L’obéissance purement automatique n’est pas chrétienne. Elle n’est pas une véritable obéissance. Elle ne serait pas non plus vraiment hiérarchique. Dans la pratique des Exercices, cette règle concerne aussi les supérieurs qui doivent admettre devant leur conscience et devant ceux à qui ils confient la charge de les conseiller, qu’ils peuvent se tromper et que la difficulté de ceux qui obéissent vient pour une part de ce qu’ils commandent mal.

dix-huitième règle La dix-huitième règle est une conclusion […]. Elle rappelle qu’on parvient à la vraie liberté grâce à l’expérience d’éprouver et de dépasser la crainte de mal agir qu’inspire la loi. La proposition ou le rappel de la loi est donc essentiellement l’œuvre de la liberté elle-même. La liberté authentique est incompatible avec le mépris ou le déni de la loi. Mais la loi véritable est toujours pour la liberté. Elle est donnée pour libérer soit par son application, soit par la reconnaissance de son impuissance à la pratiquer. L’enjeu de cette règle concerne donc la manière de donner et de faire les Exercices dans leur ensemble et l’accès quotidien à la liberté chrétienne. Adrien DEMOUSTIER sj Christus nº 170 HS. 1996

1- Choisir dans ma vie une relation difficile (familiale, conjugale, professionnelle, ecclésiale…) : repérer les images que j’ai eues de l’autre et de moi, les circonstances où les relations se sont bloquées, les raisons qui m’ont mis dans une position de conflit ou de tension, ou simplement de difficulté à communiquer. 2- Suis-je passé d’un jugement critique à un accueil des dons de l’autre, à une façon de regarder l’autre comme Dieu le voit ? Qu’est ce qui m’a arrêté ou soutenu pour ce passage ? 3- Quelles initiatives ai-je pu prendre pour aller plus loin ? À quelles impossibilités me suis-je heurté ? Comment est-ce que je vis cette impuissance ? Pour aller plus loin… - Lire l’histoire complète d’Esaü et Jacob (Genèse, chap. 32 et 33) ou de Joseph et ses frères (Genèse, chap. 43 à 50)

Quel carré central est le plus grand : Le vert ou le blanc ?

D’après « Pour un rendezvous, matériaux pour des réunions de communauté locale » – CVX, p. 41

Réponse : Illusion d'optique ; les 2 sont de même taille.

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Accueillir ceux qui frappent à la porte

© Julien Magre / Picturetank

Chaque année, des centaines de jeunes frappent à la porte de la CVX. Un entretien d’accueil suivi d’une attente parfois longue, difficile à accepter pour des jeunes qui sont mobiles, comme en témoigne Sabine. Se sentent-ils bien accueillis ? Dans quel esprit ouvrons-nous les portes de notre communauté ? Et Dieu, comment le recevons-nous lorsqu'il nous visite ? Être accueilli, accueillir des frères et des sœurs, accueillir le Seigneur. Un même verbe, trois mouvements.

Sabine, trentaine, est membre ne la trentaine de la communauté depuis bientôt six ans et y est heureuse. Elle se souvient de l’enthousiasme qui était le sien lorsqu’elle a manifesté son désir de nous rejoindre et de l’attente qui a suivi : « J’ai trouvé qu’il fallait être motivée ! » Elle rencontre d’abord Catherine, responsable de l’accueil sur sa

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région : « Cette rencontre a renforcé mon désir. Mon mari est incroyant et je n’ai personne avec qui relire dans la foi ce que je vis au quotidien, notamment les situations parfois désespérantes auxquelles je suis confrontée dans mon travail de magistrate. La rencontre a eu lieu en mai et Catherine m’a dit qu’il fallait attendre qu’il y ait suffisamment de candidats pour former une équipe d’accueil. Finalement, ce n’est qu’en janvier de l’année suivante que j nous avons démarré. Une fois le parcours terminé, il a encore fallu attendre car la région n’avait pas d’accompagnateur disponible. Un an après j’ai été mutée et là encore j’ai dû attendre avant qu’une communauté locale m’accueille. Cela fait maintenant trois ans que je suis dans cette équipe et je m’y

sens vraiment bien. » Et d’ajouter avec un sourire : « J’ai presque oublié les quatorze mois d’attente cumulée. » Du côté des équipes services régionales on souligne qu’il faut un minimum de candidats pour constituer une équipe d’accueil, que l’on peut difficilement mettre un homme dans une équipe uniquement constituée de femmes, un couple au milieu de célibataires ou encore un jeune de 22 ans avec une équipe dont la moyenne d’âge est élevée. Comme le souligne Pierre, ancien responsable régional, on ne peut pas accueillir n’importe comment. Alors que faire ? Revoir nos structures d’accueil ? L’équipe service formation y réfléchit sérieusement. Réponse dans quelques mois. Florence LEROY

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Contrechamp

Accueillir : un besoin, un désir pour toute la communauté

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Accueillir, c’est recevoir, mais plus fondamentalement, c’est recevoir favorablement ; cela souligne l’attitude du cœur de celui qui reçoit. Le cœur est le lieu où l’être humain rencontre son créateur : « ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui entendent la parole dans un cœur loyal et bon » (Lc 8, 15). L’essentiel, dans les rapports entre les personnes est l’attitude intérieure, car nous avons la possibilité de dissimuler, d’être des êtres doubles.

notre corps, alors que le désir nous fait tourner le regard vers l’autre, vers celui qui vient vers nous, comme vers celui qui ne sait pas où frapper et qui attend, vers ces êtres en attente qui sont Temple de l’Esprit, vers le Tout Autre.

Notre communauté a besoin d’accueillir

Ce désir se fonde dans le désir de Dieu pour chaque être humain ; comme communauté chrétienne, nous cherchons ensemble à ce que notre désir rejoigne celui de Dieu : « Les Trois personnes divines, contemplant l’ensemble de l’humanité, en prise à tant de divisions scandaleuses, décident de se donner totalement à tous les hommes » (Principes généraux 1) ; il s’agit de tous les hommes ; c’est une tâche immense pour laquelle « les ouvriers sont peu nombreux : priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Lc 10, 2), dit Jésus aux soixante-douze qu’il envoie en mission. Notre communauté apostolique est un lieu d’envoi en mission.

Elle en a besoin pour elle-même, pour sa vitalité, car elle est un corps et comme tout corps, elle vit en se renouvelant. Elle a besoin de nouveaux membres, de membres qui nous remplaceront un jour, comme elle a besoin d’argent, de locaux. Bref, notre communauté vit dans la réalité humaine. Mais si nous nous arrêtons là, nous faisons de celui que nous recevons un objet, nous sommes dans l’illusion : « Chez l’homme, le besoin n’est jamais pur besoin. Le besoin porte la marque de l’esprit…1 ». Nous n’avons pas à chercher des personnes pour satisfaire les besoins de notre communauté, car nous ne serions pas dans une attitude d’accueil, mais dans une attitude de celui qui veut dévorer l’autre. Elles viennent avec des besoins, mais aussi avec des désirs : lorsqu’elles se présentent, elles ont le désir d’être accueillies, d’être reçues favorablement. Ces personnes, nous devons les désirer. Ce passage du besoin au désir nous appelle à la conversion ; le signe de Dieu n’est pas dans notre satisfaction de voir une communauté qui grandit ou un accueil bien vécu. Ces personnes que nous ne connaissons pas encore, mais que nous voulons accueillir ne sont pas notre raison d’exister comme communauté ; le besoin nous fait tourner notre regard vers la partie mortelle de

Notre communauté est appelée à avoir le désir d’accueillir

Toute notre communauté doit vivre de ce désir Membres de CVX, engagés ou non, nous voulons nous aider les uns les autres à « suivre Jésus-Christ de plus près et travailler avec lui à l’édification du Royaume » (Principes généraux 4) ; Jésus a accueilli la Samaritaine, Zachée, des pharisiens, la pécheresse qui lui lavait les pieds de ses larmes… Et nous, saurons-nous accueillir ceux qui frappent à notre porte ? Marie-Agnès BOURDEAU 1

Denis Vasse, Le temps du désir, Collection Points essais Le Seuil, 1997, p. 21

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Contrepoint biblique

Les trois messagers

(Gn 18,1-15)

18,1 Le Seigneur apparut à Abraham aux chênes de Mambré alors qu'il était assis à l'entrée de la tente dans la pleine chaleur du jour. 18,2 Il leva les yeux et aperçut trois hommes debout près de lui. À leur vue il courut de l'entrée de la tente à leur rencontre, se prosterna à terre… 18,3 …et dit : « Mon Seigneur, si j'ai pu trouver grâce à tes yeux, veuille ne pas passer loin de ton serviteur. 18,4 Qu'on apporte un peu d'eau pour vous laver les pieds, et reposez-vous sous cet arbre. 18,5 Je vais apporter un morceau de pain pour vous réconforter avant que vous alliez plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur ». Ils répondirent : « Fais comme tu l'as dit ». 18,6 Abraham se hâta vers la tente pour dire à Sara : « Vite ! Pétris trois mesures de fleur de farine et fais des galettes ! »… 18,7 …et il courut au troupeau en prendre un veau bien tendre. Il le donna au garçon qui se hâta de l'apprêter. 18,8 Il prit du caillé, du lait et le veau préparé qu'il plaça devant eux ; il se tenait sous l'arbre, debout près d'eux. Ils mangèrent… 18,9 …et lui dirent : « Où est Sara ta femme ? » Il répondit : « Là, dans la tente ». 18,10 Le Seigneur reprit : « Je dois revenir au temps du renouveau et voici que Sara ta femme aura un fils ». Or Sara écoutait à l'entrée de la tente, derrière lui. 18,11 Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge, et Sara avait cessé d'avoir ce qu'ont les femmes. 18,12 Sara se mit à rire en elle-même et dit : « Tout usée comme je suis, pourrais-je encore jouir ? Et mon maître est si vieux ! » 18,13 Le Seigneur dit à Abraham : « Pourquoi ce rire de Sara ? Et cette question : Pourrais-je vraiment enfanter, moi qui suis si vieille ? 18,14 Y a-t-il une chose trop prodigieuse pour le Seigneur ? À la date où je reviendrai vers toi, au temps du renouveau, Sara aura un fils ». 18,15 Sara nia en disant : « Je n'ai pas ri », car elle avait peur. « Si ! reprit-il, tu as bel et bien ri ». 20 Nouvelle revue Vie Chrétienne

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Vers un heureux pays L'histoire d'Abraham commence par un départ. Sans préalable, Abraham obéit à la Parole de celui qui lui ordonne de partir pour le pays qu'il lui indiquera. L'obéissance du « père des croyants » est exemplaire. Pour lui, « connaître la volonté de Dieu », c'est la « faire », contrairement à certains de ses descendants qui chercheront à la connaître pour en tirer quelque profit (Is 58,2). « Abraham crut en Dieu et cela lui fut compté comme justice » (Gn 15,6). Une justice joyeuse selon ce qu'en révèlera Jésus : « Abraham votre Père exulta à la pensée de voir mon jour ; il l'a vu et il s'est réjoui. » (Jn 8,56). Empruntant une terminologie augustinienne, nous pourrions dire que chez Abraham, « volonté de justice » et « volonté de bonheur » se rejoignent. À ses yeux, « chercher et trouver la volonté de Dieu dans la disposition de sa vie » était une manière sûre de parvenir à ce que tant d'hommes cherchent un peu partout sans le trouver : le bonheur, ou plus précisément la joie, celle d'être aimé de Dieu et de l'aimer. Il n'en demeure pas moins qu'en dépit de sa justice notre père dans la foi a commencé par douter (poliment) de la Parole de celui qui lui promettait un fils né de lui et de Sara, malgré son âge avancé et la stérilité de son épouse : Abraham se prosterne et rit ! (Gn 17).

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Mais, voici que « celui qui fait tout en temps opportun » se manifeste bientôt au rieur à l'ombre du chêne de Mambré et confirme sa promesse. : « Je reviendrai chez toi l'an prochain et ta femme Sara aura un fils. » (Gn 18,10). Cette fois c'est à Sara de rire, mais au fond, n'a-t-elle pas eu raison de rire, elle qui mettra au monde Isaac « l'enfant du rire » ? « N’y a-t-il rien de trop merveilleux pour Dieu ? » (Gn 18,14) Sous la figure de la mystérieuse visite des trois messagers, la Tradition a reconnu la révélation anticipée de l'Événement qui est au cœur du mystère de notre foi : le jour où dans leur éternité les trois Personnes divines ont décidé de rendre visite à notre humanité, la délivrant de la stérilité du péché et lui donnant de porter du fruit pour la vie éternelle (Jn 4,36). De son côté, André Roubleev, moine russe du XVe siècle à qui on avait demandé de réaliser une icône de la sainte Trinité, s'est servi de la scène de l'Apparition de Mambré (trois hommes, trois anges, un homme, un ange ?) pour représenter le mystère de l'amour inouï d'un Dieu un et trine qui décide de s'abaisser jusqu'à quitter le pays de son éternité bienheureuse pour rejoindre celui de notre pauvre humanité. Car sous la forme du petit rectangle

inscrit dans le cercle parfait et brisé de la sainte Trinité de Roubleev, notre terre est bien présente au cœur du mystère. Ignace de Loyola connaissaitil l'icône de Roubleev ? Probablement pas. Pourtant c'est à une semblable histoire qu'il nous renvoie dans ses Exercices spirituels au début de sa contemplation de l'incarnation : « Me rappeler l'histoire. Ici, comment les trois Personnes divines regardaient toute l'étendue ou la circonférence du monde entier, pleine d'hommes, et comment en voyant qu'ils descendaient tous en enfer, elles décident dans leur éternité que la deuxième Personne se ferait homme pour sauver le genre humain. Et ainsi, quand les temps furent accomplis, elles envoient l'ange Gabriel à Notre Dame » (Exercices spirituels nº 102). Ainsi l'Annonce faite à Marie rejoint-elle l'Annonce faite à Abraham et à Sara pour accomplir l'œuvre du « devenir homme » de Dieu dans notre histoire. En fin de compte, l'heureux pays où le Seigneur voulait conduire Abraham n'est-il pas « tout simplement » l'heureuse histoire de ce « devenir homme de Dieu » ? « En vérité, en vérité, je vous le dis : avant qu'Abraham fût, Je Suis » (Jn 8,58). Bernard MENDIBOURE sj Septembre 2009 21

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La prière en début de réunion « Dans ma Communauté locale, nos réunions commencent par un temps de prière. Le plus souvent, cela consiste à lire un texte d’Évangile et, après un temps de silence, à partager sur ce texte. Personnellement, j’ai du mal à entrer dans la prière ; il me manque quelque chose… »

Que se passe-t-il quand nous rencontrons quelqu’un ? Ne commence-t-on pas par s’accueillir mutuellement, par se retrouver ? Quelquefois il faut même du temps et c’est sur le pas de la porte, avant de se quitter, que se dit ce qui est important !

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Il en est de la prière comme de toute relation ; il nous faut prendre le temps d’accueillir celui que nous venons rencontrer. Prier en début de réunion, ce n’est pas prendre un temps d’oraison personnelle ; pourtant il est bon, pour cette prière communautaire, de s’inspirer des conseils que donne saint Ignace dans les Exercice spirituels.

Nous mettre ensemble sous le regard de Dieu

Demander une grâce particulière

Prendre d'abord le temps de nous mettre ensemble sous le regard de Dieu, de nous rendre présents à lui, qui est là, avec nous réunis en son nom. Faire silence en nous, pour nous mettre à son écoute ; cela peut prendre du temps, lorsque nous arrivons, avec toutes les préoccupations de la journée. Un fond musical, une icône, une bougie allumée… peuvent aider à entrer en prière. Celui qui anime la prière aussi, en proposant un geste, un chant… À chacun d’inventer un rituel qui permettra au groupe d’entrer dans une attitude de disponibilité.

La prière en début de réunion est aussi le moment pour confier au Seigneur ce qui va se passer après. Celui qui anime, s’inspirant de la prière préparatoire (Exercice spirituels n° 46), pourra aider chaque membre à orienter son désir vers Dieu, en demandant que cette rencontre de communauté locale serve à sa plus grande gloire. Il pourra aussi demander, suivant les circonstances et le point où en est le groupe, une grâce particulière, celle de la confiance, du présupposé favorable, de se laisser déplacer…

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Se mettre à l’écoute C’est seulement après cette entrée dans la prière, que viendra l’écoute du texte d’Écriture ; l’animateur proposera alors une manière de le prier (qui peut changer suivant les rencontres) ; puis conclura ce temps. Prendre ainsi des petits moyens pour commencer et conclure le temps de prière n’est pas une question de formalisme ; à condition bien sûr d’habiter ce rite ! Cela favorise la relation avec le Seigneur et permet d’entrer ensemble dans une attitude d’écoute et de disponibilité intérieures envers lui.

Établir un climat de vérité et de confiance Et cela aidera à garder cette même attitude vis-à-vis des compagnons dans le partage et l’échange et à établir un climat de vérité et de confiance. C’est ainsi toute la réunion qui sera, à travers la parole de Dieu, puis à travers les partages de vie, écoute de ce que l’Esprit it dit à chacun. Marie-Élise COURMONT

© Corinne Simon / CIRIC

Voir la fiche pédagogique « La prière en début de réunion »

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Une communauté laïque prophétique 1

« Vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, pour proclamer les louanges de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. » (1 P 2,9)

Fátima 2008. Devant des délégués venus des quatre coins du monde pour participer à la 15e assemblée mondiale de la Communauté Vie Chrétienne le P. Nicolás emploie l’expression « communauté laïque prophétique ». Une expression qui peut sembler nouvelle, mais qui en fait trouve son origine dans une lettre de saint Pierre1 aux premières communautés chrétiennes. Le texte qui suit est extrait d’un exposé du P. Rondet donné à Chambéry le 26 avril 2009 lors de la réunion régionale CVX Alpes du Nord. Dans l’Ancien Testament, la prophétie est une figure importante de la vie du peuple de Dieu. On peut même dire que c’est l’élément moteur de l’Alliance. Chaque fois que l’Alliance est en panne, soit par l’indifférence et l’inertie du peuple qui délaisse son Dieu pour se laisser aller à des rêves de puissance et de conquêtes, soit par infidélité en mettant sa confiance dans les dieux des nations païennes, nous voyons se lever des prophètes. Reconnaissables à la vigueur et l’actualité de leur parole et au témoignage de leur vie. Les prophètes sont des individus, mais le peuple tout entier est un peuple qui a vocation d’être le prophète de son Dieu parmi les nations. Il n’y aura pas en Israël de communautés prophétiques proprement dites, cependant on peut penser que, dans les temps qui précèdent la venue de Jésus, « le reste d’Israël », le petit peuple des pauvres qui

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Actes des Apôtres chapitres 2 et 4

attendent la consolation promise, auquel appartiennent Joseph et Marie, constitue la communauté prophétique qui accueillera le Messie que Dieu lui envoie. L’Église dès sa naissance se veut une communauté qui, par sa parole et sa vie, annonce la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu en Jésus-Christ. Les descriptions des Actes des Apôtres2 en témoignent, mais très vite, devant l’osmose qui se fait entre les communautés chrétiennes et le monde ambiant, se lèvent des vocations qui se sentent appelées à dénoncer cette collusion et à incarner le véritable esprit de l’Évangile. Ce sont d’abord des vocations individuelles, mais très vite, à l’intérieur des communautés chrétiennes ou dans les déserts où ils ont émigré, ces contestataires évangéliques se regroupent certes pour des motifs pratiques mais plus encore au nom d’un certain nombre d’exigences spirituelles :

on ne vit pas la charité seul, c’est la communion (koinonia) qui témoigne du Christ. Dans un monde de rivalités et de divisions, elles incarnent un visage de paix, cette paix que le Christ Ressuscité est venu apporter au monde. Dans cette volonté de témoignage communautaire, elles sont vite affrontées au défi que l’institution représente pour le charisme. Là où il y a vie en commun il faut une règle, saint Pacôme en fera vite l’expérience et établira la première règle monastique (au IVe siècle). Saint Benoît sera le premier à oser le risque de l’institution au nom du charisme et à établir une Règle qui n’est pas un simple règlement mais veut unir en profondeur le charisme du service de Dieu et celui du témoignage de la communion. Il sera suivi par toutes les fondations monastiques jusqu’à nos jours. L’équilibre de vie qu’il a réalisé entre la louange, la communion

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© Alain Pinoges / CIRIC

Lyon, 19 e rencontre internationale pour la paix organisée par la communauté Sant'Egidio.

et le service va couvrir l’Europe de monastères qui, dans un monde de luttes et de rivalités sanglantes, seront des havres de paix et de culture. À côté de ces grandes réalisations monastiques, de timides essais de communautés laïques voient le jour avec les tiers ordres, surtout franciscains, puis les béguinages et les premières communautés apostoliques féminines. Mais, devant la difficulté de faire reconnaître le charisme d’une institution qui ne dérive pas du monachisme, la plupart de ces essais seront récupérés par des formes de vie religieuse. Il faudra attendre le XXe siècle et le Concile Vatican II pour voir apparaître des communautés laïques à vocation prophétique : Sant’Egidio, Bose, les Foccolari, l’Emmanuel, le Chemin Neuf, etc. Chez toutes on retrouve une

même insistance : sur un témoignage visible de communion sous des formes variées, sur une volonté d’annonce de l’Évangile par la parole et par la vie. Cette volonté d’unir la communion vécue et l’annonce de l’Évangile dans une vocation laïque (dans le monde séculier qui selon JeanPaul II est le lieu propre de la vocation laïque3), ne va pas sans poser questions.

Quelle visibilité ? Comment concilier les exigences d’une vocation dans le monde et la particularité d’une vie communautaire ? Où situer une rupture avec le monde, qui ne vienne pas de l’extérieur mais de l’intérieur ? Comment dénoncer les dérives d’une société en vivant au milieu d’elles ? Sant Egidio a cherché une solution en incarnant sa présence au monde dans des engagements vigoureux dans le combat pour la justice et la paix.

Communion et communauté ? Pour annoncer quelque chose du Royaume de Dieu, il faut aller au-delà d’une simple convivialité jusqu’à une vraie communion. Mais la communion pour être visible et signifiante doit s’incarner dans une forme de communauté. Quelle communauté ? Communauté de vie ou communauté de combat, fondée sur le partage de la mission reçue, le discernement en commun, la solidarité dans les épreuves. Communauté locale et corps apostolique, qu’est-ce qui est premier, la communauté locale ou le corps apostolique ? Un franciscain et un jésuite ne donneraient pas nécessairement la même réponse à cette question, et vous ?

3 Christifideles laici, article 15

Quels gestes prophétiques ? Ils sont relativement faciles à Septembre 2009 25

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Se former

discerner, sinon à accomplir, pour un individu. Pour une communauté, c’est plus difficile ! Usage de l’argent ? Accueil de personnes en difficultés ? Animation d’un centre spirituel ouvert ? Engagement communautaire dans une structure qui lutte contre l’exclusion… ?

Comment annoncer au monde la Bonne Nouvelle de la Résurrection de Jésus ? En allant sur les places proclamer : Christ est ressuscité ! Mais on annonce quoi ? Le Père Moingt, dans des conférences de carême au Centre Sèvres en 2008, proposait aux communautés chrétiennes deux signes actuels de la Résurrection de Jésus : e Faire exister de vraies communautés eucharistiques ; des

communautés vraiment et joyeusement fraternelles parce que réunies autour du mémorial de la Pâque de Jésus et vivant du signe de sa vie livrée par amour. r Incarner dans le monde la réalité de la réconciliation. Ce n’est pas toujours évident. Les communautés n’échappent pas aux tensions et aux conflits, mais elles se doivent, au nom de l’Évangile, de tenter de les résoudre dans la charité. Faire vivre des communautés eucharistiques, réaliser autour de nous la réconciliation, voilà des choix auxquels nous ne pensons pas toujours, mais qui pourraient se révéler une véritable annonce de la Résurrection. Finalement, on voit bien qu’unir prophétisme et communauté est un vrai défi. Des chrétiens l’ont relevé à chaque époque de l’histoire de l’Église. Il se présente à vous sous un jour nouveau au

cœur d’une vocation laïque, à vous de le relever sachant qu’il y faudra courage et imagination. Michel RONDET sj

Pour aller plus loin… Textes intégraux de l’intervention du P. Rondet et de l’allocution du P. Nicolás : www.cvxfrance.com La vocation et la mission des laïcs dans l’Église et dans le monde, exhortation apostolique Christifideles laici de Jean-Paul II ; Éditions Téqui et sur le site du Vatican : www.vatican.va Lumen gentium (Vatican II), chapitre 4 L'Évangile de la résurrection, Joseph Moingt, Bayard, 2009

Prends Seigneur […] ma mémoire, mon intelligence Situé au cœur de Paris, le Centre Sèvres est un institut supérieur de philosophie et de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus. Un lieu réservé à des étudiants qui préparent des formations au long cours ? Détrompez-vous ! Le Centre Sèvres accueille aussi chaque année des centaines d’auditeurs libres soucieux de nourrir et d’éclairer leur foi. Nous avons demandé au P. Michel Fédou de nous présenter ces formations. Le Centre Sèvres s’efforce de se situer dans l’héritage de la tradition jésuite et plus largement ignatienne. L’enseignement est donné selon diverses modalités afin que les étudiants et audi-

L

teurs puissent s’approprier personnellement ce qu’ils ont reçu puis débattre entre eux. Un autre trait témoigne bien de l’héritage ignatien : l’intérêt pour

les questions importantes de la société et de l’Église, en même temps que le souci d’enraciner la réflexion dans l’Écriture sainte et dans une bonne connaissance de la tradition chrétienne.

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Pour se former…

Centre Sèvres Facultés jésuites de Paris Rappelons enfin que les propositions du Centre Sèvres correspondent à différents niveaux : un élément important dans la ligne d’une tradition qui invite à accompagner chacun à partir du point où il en est, et qui, tout à la fois, invite à approfondir d’exigeantes questions de notre temps. Le Centre Sèvres comprend deux facultés habilitées à délivrer des diplômes ecclésiastiques : une faculté de philosophie et une faculté de théologie.

Indépendamment des cycles, de nombreuses formations sont proposées. Certaines sont de niveau « propédeutique », comme « l’initiation à la théologie chrétienne » (en lien avec l’église Saint-Ignace) ; ce parcours, qui portait en 2008-2009 sur le Credo, portera en 2010 sur le concile Vatican II. Mais il y a aussi beaucoup d’autres propositions, dans les disciplines correspondant aux Facultés et aux Départements.

Il comprend en outre des « départements » qui offrent des enseignements dans les domaines suivants : esthétique, éthique publique et perspectives internationales, éthique biomédicale, études patristiques, religions et cultures, spiritualité et vie religieuse.

La majorité des enseignements proposés sont ouverts à tous. L’auditeur libre s’inscrit aux cours qui l’intéressent, mais il peut également prendre rendez-vous avec la responsable de l’orientation des auditeurs s’il hésite sur telle ou telle formation ou s’il souhaite bâtir un parcours adapté et cohérent. De nombreux cours ont lieu en soirée, ce qui en facilite l’accès.

Il faut encore mentionner l’Institut Ricci de Paris, spécialisé dans l’étude de la langue et de la civilisation chinoises, qui a été récemment rattaché au Centre Sèvres.

D’autres formations sont aussi à mentionner, tel le parcours « Apprendre à parler de la foi et de la religion dans un monde scolaire diversifié ».

Si la grande majorité de nos étudiants ordinaires sont des religieux (ses), les laïcs qui en ont le temps et le goût peuvent s’inscrire dans les cycles conduisant aux diplômes canoniques.

Mais cette présentation serait incomplète si l’on ne mentionnait pas les soirées-débat ou colloques qui sont organisés tout au long de l’année1. Ouverts à un large public, ils aident à entrer dans une intelligence des questions auxquelles nous sommes confrontés. Michel FÉDOU sj

Et pour ceux qui disposent seulement d’une année, le cycle de « formation annuelle » offre un parcours très personnalisé (en fonction de l’expérience et des attentes), tout en permettant de travailler avec d’autres (laïcs et religieux) inscrits dans le même parcours.

1 Pour en être informés, n’hésitez pas à vous abonner à la lettre d’information mensuelle sur www.centresevres.com

Établissement privé d’enseignement supérieur libre Les grands textes de l'Ancien Testament. Le mardi, du 06/10/09 au 15/12/09 de 15h 00 à 16h 30 Jean-Marie CARRIÈRE sj

Histoire de la crucifixion dans l'art. Le mardi, du 06/10/09 au 15/12/09 de 19h 30 à 21h 30 François BOESPFLUG op

Comment réformer le capitalisme ? Propositions. Le mercredi, du 07/10/09 au 25/11/09 de 19h 30 à 21h 30 Cécile RENOUARD ra

Découvrir les auteurs spirituels. Le vendredi, du 09/10/09 au 27/11/09 de 14h 30 à 16h 30 Dominique SALIN sj

Parcours biblique. Tradition de l'Écriture. Le samedi, du 10/10/09 au 28/03/10 de 14h 30 à 18h 00 Yves SIMOENS sj

La place de l'homme dans la nature. Le mardi, du 13/10/09 au 01/12/09 de 19h 30 à 21h 30 Évelyne MAURICE fcm

Les chemins de Dieu avec Ignace de Loyola. Le jeudi, du 15/10/09 au 03/12/09 de 19h 45 à 21h 45 Sylvie ROBERT sa

Manager, une expérience spirituelle . Le jeudi, du 22/10/09 au 17/12/09 de 19h 30 à 21h 45 Bernard BOUGON sj

Renseignements et inscriptions : 35 bis, rue de Sèvres, 75006 Paris Tél. 01 44 39 75 00 Fax. 01 45 44 32 06 www.centresevres.com Septembre 2009 27

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Ensemble faire Communauté

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Nevers 2010 « Vivre plus profondément et agir plus efficacement comme corps apostolique ». On pouvait lire cette parole, l'été dernier, à Fátima, sur une banderole qui courait le long de la tribune, dans la salle de l’assemblée mondiale, en français, en anglais et en espagnol. La banderole était aussi tendue entre les arbres, tandis que venus du monde entier, les délégués inventaient les chemins concrets de la communauté, pour les années à venir. Telle est la grâce de Fátima 2008, une grâce qui vaut aussi pour nous, CVX France, dans notre marche communautaire. Une grâce que Nicolas Joanne et Paul Legavre nous invitent à approfondir pour mieux vivre le congrès que va vivre la CVX France à la Pentecôte 2010. En recevant sa vocation à devenir corps apostolique de laïcs, la CVX reconnaît que non seulement sa fécondité apostolique dépend d'une union intime avec le Christ, mais qu'elle dépend aussi d'une union fraternelle entre ses membres.

E

Unis par la dynamique spirituelle des Exercices, nous sommes appelés à partager le discernement, l'envoi, le soutien et l'évaluation de notre mission, à partager notre mission elle-même, à en faire notre bien commun. Ce ne sont pas que des mots. Il y faut une forme de dessaisissement dont la source est le Christ, « lui qui n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu… mais s'est abaissé, deve-

nant obéissant jusqu'à la mort » (Ph 2, 6-8). Se dessaisir de toute main mise, de toute tentation de pouvoir, pour recevoir de Dieu, notre manière d'être, d'être aux autres, d'être pour les autres.

Porter ensemble la mission propre de chacun Être corps apostolique, c’est aussi se laisser interpeller dans le discernement de ses missions personnelles par la parole des membres de sa communauté locale et par les orientations apostoliques de la communauté en son ensemble. Et alors, c’est une formidable ouverture à l’universel. Accepter de devenir responsable les uns des autres dans la communauté, d’être vraiment responsable, de

porter ensemble la mission propre de chacun, qui en devient mission commune, c’est agrandir l’espace du champ de notre mission, c’est s’entraîner à être vraiment d’Église, à sentir avec l’Église, une Église pour la gloire de Dieu et le salut du monde. C’est dans cette manière de faire qui nous est propre et dans ce qui sera mis en commun que va se dessiner pour nous le visage de ce corps apostolique. En même temps, c’est parce que nous sommes par vocation une communauté apostolique que prennent sens le discernement, l’envoi, le soutien et l’évaluation. Tirons cinq fils de laine, cinq fils de couleur, qui vont se tresser sous nos yeux pour nous

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dire la visée du congrès à venir. Le premier fil est vert, couleur de l’espérance : Donc, après Fátima, approfondir la vocation et la mission de la communauté, telle que Dieu la dessine, assemblée mondiale après assemblée mondiale. C’est pourquoi ce fil a la couleur de l’espérance. Il s’agit de recevoir de Dieu l’intelligence spirituelle de ce qu’il fait de la CVX : un corps apostolique de laïcs et une communauté prophétique.

Commencer par le roc des Exercices spirituels Le deuxième fil, qui se tresse avec le premier, est rouge, c’est la couleur du témoignage et c’est

la dynamique de l’engagement, telle qu’elle s’approfondit dans la CVX France. L’assemblée de Fátima nous aide à en avoir une perception plus nette : c’est un engagement à une manière de vivre très concrète, décrite dans les Principes généraux. Il dessine les contours d’une vocation particulière dans l’Église, fondée sur les Exercices spirituels, dans la reconnaissance savoureuse du fruit porté par une existence à la suite du Christ. Dans cette terre qu’est la Communauté Vie Chrétienne, avec sa manière d’être dans l’Église et le monde. Ce serait bâtir une maison sur le sable que de réfléchir et approfondir vocation et mission sans com-

mencer par le roc des Exercices. Rouge est aussi la couleur liturgique de l’Esprit Saint, c’est la couleur de la fête de Pentecôte. Le troisième fil a couleur blanche. couleur de la fête dans la liturgie : si Dieu le veut, nous pourrons célébrer les nouveaux habits de la

Pentecôte 2010 3 jours à la Pentecôte 2010 : du samedi 22 au lundi 24 mai 2010. Tous les membres CVX sont invités, ainsi que les enfants et les conjoints non CVX.

À Nevers La région CVX Centre a accepté avec générosité et enthousiasme que le congrès se tienne à Nevers. Jeune et en plein essor, elle n’est pas « une région établie » : à Nevers, la CVX n’existe que depuis peu, dans une Église locale et une région française pauvres en moyens. Un christianisme différent du christianisme des très grandes agglomérations, une région rurale. Ailleurs aussi aujourd’hui, de façon étonnante, la CVX continue de se développer silencieusement, loin des grandes villes.

Se préparer

© Pascale Paté

Toutes ces dimensions nécessitent une préparation forte, à tous les niveaux de la communauté, et notamment dans les communautés locales. Le livret de préparation du congrès, avec des fiches pour faire circuler la parole, va parvenir dans toutes les communautés locales, courant octobre.

Congrès de Lourdes. En route vers la Cité st Pierre, avec la famille ignatienne rassemblée.

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Ensemble faire Communauté

CVX France, ou du moins, nous en aurons une perception plus nette. Le processus de réforme de la gouvernance aura bien progressé, pour que, justement, la communauté en notre pays vive plus profondément et agisse plus efficacement comme corps apostolique. Comment la préparation du congrès va-t-elle intégrer et permettre à toute la communauté de s’approprier la perspective apostolique de cette réforme ?

À la rencontre d’une Église locale pour un partage d’espérance Cet écheveau multicolore se tressera avec les couleurs de Nevers – le bleu de la faïence de Nevers, qui se compose avec du jaune dans les armoiries de la ville. Vivre notre Congrès à Nevers va

Juillet 2010 Un mois d’Exercices spirituels En prolongement du Congrès, il est proposé à toute la communauté de vivre un mois d’exercices spirituels, sous différentes formes, dans notre centre spirituel de Biviers, en juillet 2010. Depuis des retraites « une entrée dans les Exercices » jusqu’à la proposition des trente jours.

Les 4 précédents congrès Lille en 1995 : 1500 participants. Lyon en 1999 : 2200 participants. Nantes en 2003 : 2600 participants et 70 enfants. Lourdes en 2006 : 3000 participants et 800 enfants.

nous conduire à un double décentrement, qui nous aidera à ne pas nous enfermer sur nousmêmes. En effet, Nevers n’a pas de grandes infrastructures hôtelières : nous serons donc en bonne partie logés chez l’habitant et c’est une vraie chance apostolique d'aller à la rencontre des gens, chrétiens et non chrétiens, qui nous hébergeront. Nous aurons à témoigner auprès de nos hôtes, et ce sera un premier décentrement, salutaire. Au moment même où nous approfondirons notre vocation et notre mission, nous vivrons un second décentrement salutaire, en allant à la rencontre d’une Église locale pour un partage d’espérance. Dans la terre très laïcisée de la Nièvre, les chrétiens aussi sont partie prenante du combat pour la justice. À la CVX, les ateliers, les Cised, CPU, Cepeg, la participation croissante aux cercles de silence, disent cette dynamique de présence au monde et d’attention à la justice du Royaume. Aussi nous ne rencontrerons pas seulement des chrétiens de Nevers et des diocèses voisins pour parler de la façon dont nous vivons l’Église, mais aussi comment les chrétiens sont présents à la société. À Lourdes, poussés de l’avant par toute la famille ignatienne, nous avons célébré la grande fête des amis dans le Seigneur. Une manifestation portée par la grandeur et la « puissance » de ce lieu de pèlerinage. Un lieu que Bernadette a dû quitter. Nous faisons aussi le chemin de Lourdes à Nevers.

Entourée et protégée par les sœurs de la Charité de Nevers, acceptant non sans combats intérieurs, la décision de sa congrégation, Bernadette restera au service de ses sœurs à Nevers. Elle en fera son chemin à la suite du Christ. Bernadette va nous enseigner la simplicité, la confiance et l’abandon à la divine providence : sa fécondité apostolique dure encore. Un nouveau fil bleu, aux couleurs de la Vierge Marie. Oui, réjouissons-nous des couleurs inédites que l’Esprit Saint va tirer de tous ces fils de laine, vert, rouge, blanc, bleu et jaune, et de la tunique qu’il va tisser, pour notre joie et la joie de Dieu. Nicolas JOANNE, Nevers Coordinateur général du Congrès

et Paul LEGAVRE sj Assistant national

De Lourdes à Nevers Nous désirons recevoir la grâce de Bernadette. Nous voudrions témoigner que nos vies aussi ont à faire no ce cchemin : dire « oui » à Marie-Église, creuser de nos mains dans la terre de notre monde le plus sali, écrasé, ignoré pour en recueillir l’eau vive, donner l’existence à des êtres au visage meurtri et décider de servir là où nous sommes envoyés.

© CIRIC

france

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monde

L'Europe commence à Malte Noëlle Hiesse, CVX dans la région lyonnaise, est chargée depuis peu des relations avec la communauté mondiale. À ce titre elle a participé à l’assemblée européenne d’Alicante. Noëlle était également déléguée de la France à l’assemblée mondiale de Fátima. En août dernier, à l’Assemblée Mondiale de Fátima, j’avais été très frappée par l’engagement de la CVX Malte vis-à-vis des migrants, et notamment par l’expérience appelée In Their Shoes, mise sur pied par l’équipe de coordination jeunes de la CVX Malte, en lien avec le JRS (Service Jésuite des Réfugiés) et avec le soutien du fonds européen pour la jeunesse.

E

En consultant la carte d’Europe, j’ai pris conscience que ce pays, le plus petit de la Communauté européenne, était le plus avancé en face de l’Afrique, véritable tête de pont pour l’immigration. Le sentiment de racisme prenant de l’ampleur parmi la population maltaise, y compris dans la jeune génération, a poussé les CVX à trouver un moyen de renverser la tendance, en combattant le

racisme à la racine ; d’où l'idée de ce projet audacieux, visant une véritable expérimentation. L’opération elle-même a débuté en octobre 2008, mais elle avait commencé à germer dans les esprits dès juin 2007. Elle devait se dérouler sur cinq mois, et a finalement été prolongée jusqu’en janvier 2010, pour permettre à davantage d’étudiants de participer à l’expérience proposée. À l’Assemblée européenne d’Alicante, à la Pentecôte 2009, les délégués maltais ont à nouveau parlé de cette opération, alors même que, en tant que délégués, nous avons une nouvelle fois souligné l’urgence d’agir en faveur des migrants, dans chaque pays d’Europe, mais aussi à un niveau plus global. Noëlle HIESSE

CVX, CLC, CVC, GCL… Communauté Vie Chrétienne, Christian Life Community, Comunidad de Vida Cristiana, Gemeinschaft Christlichen Lebens… La CVX est une communauté mondiale présente dans plus de 60 pays. Tous les cinq ans des délégués de tous les pays se réunissent en assemblée mondiale : Itaici en 1998, Nairobi en 2003 et Fátima en 2008 (pour les plus récentes). Des assemblées européennes ont également lieu tous les cinq ans, l’année suivant l’assemblée mondiale, à la Pentecôte : Clej en 1999, Lille en 2004 et Alicante en 2009.

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Ensemble faire Communauté

monde © CVX Malte

«In Their Shoes»

Pourquoi ? Nous avons eu l’idée de lancer In Their Shoes pour contrer le sentiment de racisme qui se développait chez les jeunes Maltais. On aurait pu penser que nos jeunes, nés à l’ère de la mondialisation, seraient plus tolérants et moins influencés par les paroles de leurs aînés. Pas du tout.

N

Alors, que faire ? Leur parler, leur faire la morale, lancer une campagne médiatique ? Succès improbable. Nous avons alors pensé à leur proposer une véritable expérience physique de ce que signifie être déplacé, tout laisser derrière soi et ne croiser que des visages anonymes, s’embarquer dans l’inconnu total, parfois même affronter la discrimination. Une rencontre avec des personnes ayant obtenu le statut de réfugiés leur permet de mettre un visage sur une multitude. Une information sur les raisons pour lesquelles ces personnes ont quitté leur pays corrige les conceptions erronées. Enfin une information sur les conditions d’obtention du statut de réfugié et sur les autres statuts de migrants leur est proposée.

Tout cela pour qu’à la fin du week-end, les jeunes participants aient une meilleure compréhension de qui sont ces hommes, ces femmes, ces enfants, du voyage qu’ils entreprennent. Jusqu’à présent, trois groupes d’étudiants ont participé à l’opération. Bien que chaque groupe soit totalement différent du précédent, tous sont sortis de l’expérience avec des réactions très positives. Nous espérons qu’à la fin de l’année, une centaine d’étudiants aura expérimenté les épreuves qu’endurent les demandeurs d’asile pour atteindre une terre européenne et mieux évalué les aspects humains liés à cette question de la migration. Alison VELLA CVX Malte

La CVX Malte (www.clcmalta.org) Environ 350 membres, dont la moitié de jeunes .

Un Maltais dans l’équipe mondiale (ExCo) : Christopher Micallef. Deux priorités apostoliques : • les migrants ; • le « ministère des enfants ».

© Philippe Brault / Œil public

45% d’hommes, 55% de femmes.

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Un nouveau vice-assistant ecclésiastique pour la CVX mondiale Le P. Luke Rodrigues, jésuite de la province de Mumbai (Bombay), assistant national de la CVX Inde, a été nommé le 9 juin dernier vice-assistant mondial de la CVX. Il remplacera le P. Alberto Brito, nommé directeur pastoral du Foyer catholique européen de Bruxelles.

L’autre côté de l’histoire Par moments, certains de nos soucis refaisaient surface dans nos conversations : aurions-nous quelque chose à manger ? Où allions-nous dormir ? Se pourrait-il que nous dormions dehors par une nuit aussi froide ? S’il nous arrivait quelque chose, comment quelqu’un pourrait-il le savoir puisque nous n’avions pas de téléphone mobile ? (nous n’avions aucune affaire personnelle).

P

Cette façon de dépendre de la générosité et de l’attention des

autres t’amène inévitablement à leur faire confiance. Dans de telles situations, la confiance est ton unique espoir. En écoutant les réfugiés qui nous racontaient leur histoire et comment ils étaient arrivés là, nous avons appris qu’eux aussi ont eu à faire confiance aux personnes qu’ils rencontraient sur leur chemin, alors qu’ils fuyaient l’emprisonnement et de la mort. Eux aussi ont eu à vivre avec l’espoir qu’à la fin de leur périple ils trouveraient, d’une manière ou d’une autre, sécurité et protection, bien que dans un pays étranger et inconnu, loin de chez eux et des êtres aimés. Malheureusement, les personnes fuyant l’injustice ont à affronter d’autres épreuves, telles que le vol, l’abus physique et sexuel. Contrairement à nous, ils peuvent être totalement seuls, sans que personne ne sache où ils sont ni ce qu’ils vivent. Le fait d’avoir pu rencontrer des réfugiés a été très important. Nous n’imaginions pas les conditions réellement difficiles qui les ont contraints à risquer le voyage vers l’Europe. Nous avons réalisé que nous étions vraiment semblables, avec les mêmes espoirs, les mêmes peurs, les mêmes besoins. MARIJA

La République de Malte

État insulaire, membre de l’Union européenne depuis le 1er mai 2004. Fait partie de l'espace Schengen depuis décembre 2007. A intégré la zone euro le 1er janvier 2008. Petit archipel très densément peuplé, constitué principalement de trois îles : Malte, Gozo et Comino. L’archipel est situé à 93 kilomètres de la Sicile, à 288 kilomètres à l’est de la Tunisie, à environ 340 kilomètres au nord de la Libye. Superficie : 316 km² Population : totale 400 000 hab. environ. Une densité forte : 1247 hab./km². Langues : maltais (un mélange d'arabe et de sicilien) et anglais. Capitale : La Valette. Un président de la République désigné par la Chambre des représentants, qui a un rôle essentiellement protocolaire : George Abela depuis avril 2009. Un premier ministre : Lawrence Gonzi, élu en mars 2004.

Jeune participante à l’opération

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Ensemble faire Communauté

monde

Le ministère des enfants Saviour Borg, membre de l’équipe nationale de la CVX Malte nous parle du « ministère des enfants », une initiative au départ prévue pour les enfants des membres de la CVX, désormais offerte à d’autres enfants.

S

étaient parents de jeunes enfants, ne participaient plus au week-end annuel de formation, un temps particulièrement important pour la CVX nationale. Nous avons pensé organiser une garderie pour les enfants afin de faciliter la participation des parents, ce qui a été un succès. Mais nous avons vite compris que nous pouvions profiter du

rassemblement de tous ces enfants pour leur proposer quelque chose de plus, une expérience pour leur foi. C’est ce que nous avons fait en proposant aux enfants de connaître Jésus et son enseignement tout en jouant. Les enfants aiment beaucoup ça et attendent ce week-end d’une année sur l’autre. D’ailleurs, ils reçoivent une invitation personnelle !

ces week-ends, nous avons pensé que nous pourrions faire des propositions pendant l’année, où nos enfants pourraient inviter leurs copains. C’est ce que nous sommes en train de tenter !

Alors, à suivre…

Qu’est-ce qui vous a poussé à aller plus loin ? S.B. : Devant les réactions très positives des parents comme des enfants, et en voyant les fruits de

© CVX Malte

Saviour, tu parles du ministère des enfants, mais comment cela a-t-il commencé ? S.B. : Beaucoup de membres, qui

Dans le Prochain numéro : Le Zimbabwé

Conseil exécutif mondial Le Conseil Exécutif Mondial (ExCo) est composé des personnes suivantes : Membres élus :

Christian Life Community

Présidente Daniela Frank (Allemagne)

Communauté Vie Chrétienne

Secrétaire Lois Campbell (États Unis)

Comunidad de Vida Cristiana

Vice-président Chris Micallef (Malte)

Conseiller Mauricio Lopez (Mexique) Conseillère Rita El Ramy (Liban)

Conseillère Edel Churu (Kenya) Conseiller Christopher Hogan (Australie) Sont également membres du Conseil Exécutif Mondial : Assistant ecclésiastique Adolfo Nicolás sj Vice-assistant ecclésiastique Luke Rodrigues sj Secrétaire exécutif Franklin Ibañez (Pérou)

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Session… LA MALADIE : CHEMIN D’HUMANITÉ, CHEMIN DE SPIRITUALITÉ ? À partir du livret Au fil des jours blessés de Pierre-Marie Hoog (Supplément Vie Chrétienne nº 540), l’atelier Santé de la CVX propose une pédagogie interactive intégrant :

• les réflexions émanant de l’expérience professionnelle et de la lecture attentive préalable du livret ; • les repères qu’offrent les Exercices spirituels dans l’écoute et l’accompagnement des malades. Au fil des jours blessés se prête à une lecture qui intègre l’expérience humaine de l’épreuve grave,

le changement du rapport à soi et aux proches, et les modifications du rapport à Dieu dans la crise qui accompagnent la prise de conscience de la mort possible. Une grille de lecture en facilitera l’approche. Intervenants : Claude Charvet sj, Régine Alauzen religieuse de St Joseph et psychiatre Cette session s’adresse : • aux professionnels de santé (CVX ou non) ; • aux aumôneries d’hôpitaux et de structures médico-sociales ; • aux malades chroniques ou

stabilisés ainsi qu'à leur famille ; • aux accompagnateurs bénévoles. Date : du vendredi 20 novembre 19h au dimanche 22 novembre 17h Lieu : Centre spirituel du Hautmont (situé en banlieue lilloise, à 1h20 de Paris) Inscription : avant le 30 octobre, auprès du Centre du Hautmont, 31 rue Mirabeau 59420 Mouvaux Tél.: 03 20 26 09 61 www.hautmont.org Bulletin d’inscription : www.cvxfrance.com ou www.hautmont.org

Suppléments… Prier dans l’instant

L’offrande de Dieu

Marie-Claire Berthelin Hors série au n° 553 – Août 2009 80 pages – 10 euros

Martin Pochon sj Hors-série au n°552 – Juin 2009 145 pages, 12 euros

Des endroits s’appellent lieux de prière. Des moments s’appellent temps de prière. Et si n’importe quel lieu ou temps pouvait nous permettre de libérer en nous la prière ? Et s’il était possible de nous laisser prier par celui qui sans cesse prie au fond de nous-mêmes ?

À qui le Christ offre-t-il sa vie ? Pourquoi le Père aurait-il eu besoin de la mort de son Fils ? L’auteur reprend successivement les passages et les expressions des évangiles qui nous posent ces questions et nous invite à entrer dans l’offrande que Dieu nous fait de sa U NOUVEA vie en son Fils.

U NOUVEA

Vers le bonheur durable Adrien Demoustier sj Supplément au nº 366 Juillet 1992 94 pages – 10 euros

eau À nouv ible dispon En vente dans les librairies religieuses et les centres spirituels ignatiens Pour commander : 01 40 21 06 25 ou contact@ revueviechretienne.com

Pour prier chaque jour l'évangile du dimanche suivant

www.versdimanche.com Septembre 2009 35

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© iStock

Prier dans l'instant devant des boîtes aux lettres… … Celles de mon immeuble, devant lesquelles je passe si fréquemment. Elles s’alignent autour de moi, apparemment toutes pareilles. À l’intérieur de chacune, beaucoup de paroles silencieuses :

. paroles de vie ; . paroles d’inquiétude, de menace ; . appels à l’aide, de remerciement ; . paroles de publicité, déposées par des gens « à petit boulot ». À l’extérieur de chacune, des noms, qui disent des personnes, et leur mystère unique. Comme le nom de Zachée que tu as dit au pied du Sycomore. Comment l’as-tu prononcé ? Certains noms, je ne les connais pas. Mais peut-être m’appelles-tu à devenir doucement guetteur de visages… Ils sont mes « prochains » ! Une responsabilité me revient, dans la croissance ou la paralysie de nos relations de voisinage. Fais-moi inventif, parce qu’aimant… D’autres noms, je les connais. Je rejoins avec toi cette femme toujours si pressée, ces enfants tellement vivants, ce couple vieillissant paisiblement, ce jeune au regard direct… Nous vivons sous le même toit… Apprends-moi un accueil plus respectueux, ton accueil. Et que je me laisse davantage accueillir ! « Jusqu’ici vous n’avez rien demandé dans mon Nom » (Jean 16,24), disais-tu gravement à la fin de ton existence terrestre. Tous ces noms d’humains, je les dépose dans le tien, Jésus Christ, en demande. De quoi avons-nous tous besoin, au cœur de notre cœur ? Marie Claire BERTHELIN

Nouvelle revue Vie Chrétienne – Septembre 2009

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Revue Vie Chrétienne n°1  

Ces liens qui nous font vivre et qui nous font souffrir

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Ces liens qui nous font vivre et qui nous font souffrir

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