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Vie chrétienne Nouvelle revue

C h e r c h e u r s

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D i e u

P r é s e n t s

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M o n d e

B IBMI M E SETSRTI RE IL E DL EDLEA LCAO M C OMMU M N AU UNTAÉU de T É VV IIEE CCHHRRÉÉT TI EI EN NN NE EE TE TD ED ES ESS E AS MAI M S I–S N–º N2 8º 2– 1mars – j anvier / avril2 0210 31 4

Moïse et Myriam, la jalousie Haïti : naissance d’une CVX

Habiter sa solitude


NOUVELLE REVUE VIE CHRÉTIENNE Directeur de la publication : Jean Fumex Responsable de la rédaction : Marie-élise Courmont Rédactrice en chef adjointe : Marie-Gaëlle Guillet Comité de rédaction : Marie-Elise Courmont Jean-Luc Fabre s.j. Yves de Gentil-Baichis Marie-Gaëlle Guillet Dominique Hiesse Anne Missoffe Barbara Strobel Comité d'orientation : Alice Bertrand-Hardy Marie-Agnès Bourdeau Nicolas Joanne Anne Lemant Claire Sébastien Béatrice Mercier Trésorière : Martine Louf Fabrication : SER, 14 rue d’Assas, 75006 Paris www.ser-sa.com Photo de couverture : ©iStock Impression : Corlet Imprimeur, Condé-sur-Noireau

ISSN : 2104-550X 47 rue de la Roquette – 75011 Paris Les noms et adresses de nos destinataires sont communiqués à nos services internes et aux organismes liés contractuellement à la CVX sauf opposition. Les informations pourront faire l’objet d’un droit d’accès ou de rectification dans le cadre légal.

le dossier

Sommaire éditorial l’air du temps Résister au bavardage médiatique par Bernard Ginisty chercher et trouver dieu

Habiter sa solitude

Témoignages Construire une solitude habitée Nicole Jeammet Jésus seul… Anne Missoffe Solitude et communion chez Paul Marc Rastouin s.j.

babillard se former Prier avec l’icône de la Résurrection Marie-Claire Berthelin … En gestuant la Parole de Dieu avec le Quart-Monde Philippe Brès Moïse et Myriam : jalousie dans la fratrie Michel Farin s.j. Ignace à la crypte du Martyrium de Saint-Denis Dominique Gallet Partager les frais ? Armel Guillet ensemble faire communauté Enracinement : Être serviteur Compagnons de traversée A quoi ça sert une Assemblée ? Choisir son été Naissance d’une Communauté en Haïti Mobilisation contre la dénaturalisation des Haïtiens Magis Africa 2014 billet Carême à la fenêtre Philippe Robert s.j. prier dans l'instant … En écoutant l’interview d’un grand cuisinier Dominique Pollet

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La revue n’est pas vendue, elle est envoyée aux membres de la Communauté de Vie Chrétienne et plus largement à ses « amis ».

Chacun peut devenir ami ou parrainer quelqu’un. Il suffit pour un an de verser un don minimum de : l 25 € l 35 € si je suis hors de France Métropolitaine l Autre (50 €, 75 €, 100 €…) n Par virement : RIB 30066 10061 00020045801 60 IBAN FR76 3006 6100 6100 0200 4580 160 – BIC CMCIFRPP n Par versement en ligne sur viechretienne. fr/devenirami n Par chèque bancaire ou postal à l’ordre de Vie Chrétienne À envoyer à ser – vie chrétienne – 14, rue d’assas – 75006 Paris – amis@viechretienne.fr

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Éditorial

«

s’orienter

Alors commençons par tourner notre regard vers Lui, comme nous y invite Marie-Claire Berthelin, en contemplant l’icône de la Résurrection (p. 20-21). Il nous faut nous laisser attirer, nous laisser saisir par Lui. Le dossier de ce numéro parle d’habiter sa solitude pour pouvoir aller vers les autres de façon ajustée.

© Yulia Frolova gigava / iStock

Dans une société où règne l’immédiateté, l’Église propose un long chemin de quarante jours pour aller vers Pâques. Chemin d’intériorité et de conversion tout orienté vers le Christ, Sauveur.

»

De même laissons-nous habiter par Celui qui nous attire et nous appelle. A la manière de Paul qui écrit aux Galates : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). Cette intimité, ce compagnonnage conduit vers les autres, fait entrer dans une communication fraternelle. Et celle-ci peut être vécue de mille et une façons ! Diverses expériences sont relatées dans ce numéro : le partage de la Parole de Dieu avec les plus pauvres (p. 22-23), la solidarité avec les Haïtiens de République Dominicaine (p. 37) ou avec son groupe de partage (p. 30), la manière de vivre l’aumône (p. 39)… A chacun de trouver sa propre manière de participer à ce tissage d’authentiques liens d’amour. Marie-élise Courmont

Pour écrire à la rédaction : redaction@viechretienne.fr

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L'air du temps

Résister au bavardage médiatique Bernard Ginisty, de formation philosophique, a exercé pendant plus de 20 ans des responsabilités nationales dans la formation des travailleurs sociaux. Il a été pendant cinq ans directeur de l’hebdomadaire Témoignage Chrétien et, à ce titre, cofondateur de l’association ATTAC. Il a enseigné à la Faculté des Sciences Sociales et Économiques de l’Institut Catholique de Paris. Par ailleurs, il a présidé la “Maison des chômeurs et de la citoyenneté sociale” à Toulouse.

Être informés de tout, très vite, presque en temps réel. Les nouveaux médias sont formidables de nous faire croire que nous possédons ainsi le savoir. La moindre petite phrase est montée en épingle. Comment s’y retrouve-t-on ? Bernard Ginisty nous propose un acte de résistance spirituelle pour faire sortir le sens profond de l’actualité.

L

1. Patrick Champagne : "Le médiateur entre deux Monde Le journalisme à l’économie" in Actes de la recherche en sciences sociales, 131-132, mars 2000 p. 14. L’affaire du Rainbow Warrior est une opération commanditée par François Mitterrand à laquelle le gouvernement et les services secrets français prennent part, en 1985, en coulant le navire amiral de l'organisation écologiste Greenpeace, le Rainbow Warrior. C’est une enquête du journal Le Monde qui lança l’information sur cet événement.

L’information sur la vie privée du Président de la République française, reprise par la presse mondiale, ne vient pas d’un journal ou d’un hebdomadaire connu pour son travail d’investigation, mais de Closer qui se définit comme le magazine « des stars et des news people en live » ! Cette course à l’événement devient un des éléments de base de la santé économique d’une publication. Closer a procédé à un nouveau tirage de 150 000 exemplaires du magazine. Mais il n’est pas le seul. «  André Fontaine, directeur du journal Le Monde de l’époque, pourra même avoir cette exclamation largement colportée dans toute son ambiguïté : c’est le Rainbow Warrior qui a sauvé Le Monde ! » 1 On peut ainsi faire toute l’histoire du journalisme né du rude combat pour promouvoir la liberté d’expression et ôter aux puissants le monopole de l’information. Au cours de la troisième République les titres se multiplièrent car un des signes extérieurs de réussite d’un homme politique se mani-

festait par la création d’un journal. Aujourd’hui, l’aspect entrepreneurial de la presse devient fondamental et conduit peu à peu des grands groupes à prendre le contrôle des medias. L’historien Patrick Eveno tire la conclusion de cette situation dans son ouvrage sur la Presse quotidienne nationale2 : «  Il faut s’occuper des lecteurs, faire du business et du marketing, envisager enfin que la presse est une industrie avant d’être un sacerdoce ».

Toujours plus vite Avec l’apparition du numérique c’est la vitesse de l’information qui est encore plus privilégiée. Dans ses Mémoires Hervé Bourges qui fut un des premiers rédacteurs en chef de l’hebdomadaire Témoignage Chrétien fait le bilan de l’évolution d’un métier qu’il a connu depuis le militantisme de la lutte contre la guerre d’Algérie jusqu’à la présidence d’une grande chaîne de télévision, puis du CSA. Il s’interroge longuement sur les dérives d’une information marquée par « la rapidité, la caducité, la

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brièveté » pour conclure  : « la déontologie des journalistes passe donc aujourd’hui par un acte de résistance délibéré contre ces nouvelles contraintes temporelles dictées par les nouveaux medias3 »�. Peut-être nous faut-il réfléchir davantage sur la rupture qui s’annonce. Ainsi, à l’heure où internet et la télévision nous donnent l’illusion de vivre en « temps réel » l’actualité du monde, le passage à l’écrit deviendrait secondaire. La société marchande est en train de nous transformer en consommateurs de « news » et risque de conduire à ce qu’annonçait Georges Bernanos : «  Être informés de tout et condamnés ainsi à ne rien comprendre, tel est le sort des imbéciles »4. Le rapport à l’écrit reste l’outil indispensable à la réflexion critique sur l’événement. En effet, comme l’écrit Emmanuel Mounier, l’événement “par violence nous pénètre et nous emporte et nous jette transfigurés là où ne savions pas aller quand nous composions des chemins”5.


Les informaticiens ont lancé l’expression "temps réel" pour afficher la volonté de réduire à néant le temps qui sépare un événement de sa traduction symbolique dans un langage et de sa communication à autrui. Une démocratie ne peut fonctionner que si l’émotion télévisuelle et l’illusion informatique du temps réel ne balayent pas le travail critique de la lecture de l’événement.

Dans un ouvrage particulièrement incisif, l’ancien vice-Président des États-Unis, Al Gore analyse comment la perte du rapport à l’écrit est une des sources de la crise de la démocratie dans son pays. Évoquant le temps record que les Américains passent devant l’écran de télévision, Al Gore fait le constat suivant : «  Celui qui passe quotidiennement quatre heures et demie devant la télévision aura vraisemblablement un modèle de fonctionnement cérébral fort dissemblable de celui qui lit pendant quatre heures et demie » et il poursuit : « L’axiome bien connu qui préside aux journaux télévisés locaux est « Plus çà saigne et plus ça paye ». (Ce à quoi certains journalistes désabusés ajoutent « plus tu penses et plus tu crains ») »6. C’est aujourd’hui un travail non seulement citoyen, mais spirituel, de résister au bavardage médiatique qui nous transforme en spectateurs irresponsables d’un feuilleton dont il faut sans cesse

© Scyther5 / iStock

perte du rapport à l'écrit

trouver des rebondissements. Ce va-et-vient permanent entre la construction d’idoles journalistiques et le récit de leur chute, s’il fait vivre des magazines, nous enferme dans de l’imaginaire. Les anthropologues nous apprennent que l’apparition de l’ordre de l’humain se traduit par le passage de la réponse du « temps réel » de l’instinct à un « temps différé », où l’être vivant introduit une question là où l’instinct suffisait à le réguler. La vitesse de réaction fait alors place au temps de la réflexion. C’est d’ailleurs ce à quoi les grands spirituels nous invitent : non seulement accueillir l’événement, mais prendre le temps de le relire pour qu’apparaisse sa signification profonde. Bernard Ginisty

2. Patrick Eveno : La Presse quotidienne nationale : fin de partie ou renouveau. Éditions Vuibert 2007. 3. Hervé Bourges : De mémoire d’éléphant Éditions Grasset Paris 2000. 4. Georges Bernanos : La France contre les robots in Essais et écrits de combats Tome 2, Gallimard, collection La Pléiade, 1995, page 1051. 5. Emmanuel Mounier : Refaire la Renaissance Éditions du Seuil, collection Points Essais 2000, page 78. 6. Al Gore : La Raison assiégée. Éditions du Seuil, 2008, page 29. Analysant le journalisme états-unien, il écrit : « La profession journalistique s’est transformée en business de l’information, pour devenir peu à peu l’industrie médiatique qui est désormais presque uniquement la propriété des grands groupes. Le philosophe allemand Jürgen Habermas voit en ce phénomène la « reféodalisation de la sphère publique » page 26.

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Chercher et trouver Dieu

habiter sa solitude Chacun de nous est confronté, à un moment ou un autre, à sa solitude fondamentale. Nous sommes seuls face à des choix, seuls face à la maladie, à la mort… aussi bien entourés que nous croyons l’être. Le vide ressenti en soi-même peut être très effrayant. On peut alors être tenté de fuir cette solitude en évitant de se retrouver seul avec soi-même, en accumulant les activités. Mais lorsqu’un équilibre est trouvé entre le bien-être intérieur et sa vie avec les autres, alors cette solitude devient habitée et ouvre au monde en permettant d’être plus vivant. C’est un équilibre à bâtir chaque jour, comme nous le montrent les témoignages de ce dossier. Le Christ nous enseigne cet équilibre : seul, dans la prière avec le Père, il est également entièrement tourné vers les hommes. Osons lui demander de venir habiter notre solitude.

© Digitalvision

Marie-Gaëlle Guillet

Témoignages En couple, respecter le désir de l’autre. . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 Le vide en soi du célibataire. . . . . . . . . 9 Le désert d’une jeune veuve . . . . . . . 10 Seul pour écouter son cœur. . . . . . . . 11 Contrechamp Construire une solitude habitée. . . . . 13

éclairage biblique Jésus seul. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 Repères écclésiaux

,

Solitude et communion chez Paul. . . 16 Pour continuer

en réunion . . . . . . . . . . . . . . . . . 18

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Chercher et trouver Dieu

Témoignages

en couple, respecter le désir de l'autre Après avoir vécu les Exercices dans la vie, Yvonne s'est sentie appelée à vivre une solitude dans son couple. Jules l'a mal vécu. Pour passer ce cap, le respect des attentes de l'autre et le dialogue ont permis à la solitude et à l'amour de grandir.

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que celle-ci engendre chez l'autre. Les merveilles et la vertu du dialogue conjugal aident alors à tenir compte de l'attente de celui pour qui la solitude est un lieu de ressourcement, et de rassurer celui qui peut découvrir les grâces engendrées par la solitude.

et cela devenait une entrave à notre relation : l'une était choisie et nourrissante, l'autre subie et néfaste ». Ce fut un combat spirituel de plusieurs mois, jusqu'au moment où nous avons vécu la situation autrement. « Nous nous sommes invités à travailler la chasteté au sein de notre couple ». Pas seulement la chasteté sexuelle, mais la chasteté qui invite les conjoints à une coresponsabilité pour discerner les attentes de l'autre et avoir envers lui la patience qui permet à l'amour vrai et complice de s'épanouir dans le partage du ressenti, de la spontanéité et de l'attitude empreinte de délicatesse.

Ainsi, l'un et l'autre, ont été nourris par la méditation du Psaume 30 « Tu vois ma misère et tu sais ma détresse, tu ne m'as pas livré aux mains de l'ennemi, avant moi tu as ouvert un passage » « Dans mon trouble je disais je ne suis plus devant tes yeux, pourtant tu écoutais ma prière quand je criais vers toi ».

Cette chasteté, ce respect mutuel permettent de répondre à la fois au besoin de solitude nécessaire pour l'un et à la crainte

© Barbara Strobel

La solitude dans le couple se vit plus ou moins facilement selon que l'on est attiré par la relation fusionnelle ou que l'on vit déjà une certaine maturité de la relation. Les Exercices Spirituels dans la vie, vécus par Yvonne, ont été l'occasion d'une solitude choisie : « J'ai pris conscience qu'avec la volonté de me rendre libre et disponible pour un davantage avec le Seigneur dans le cœur à cœur régulier de la méditation, s'installait doucement en moi le goût du silence, avec le désir de sentir les choses intérieurement ». Cette quête de solitude pour plus d'intériorité et la richesse de cette expérience spirituelle d'Yvonne a généré par contre-coup chez Jules, un sentiment de grande solitude et de désolation. « Nous vivions ainsi chacun une solitude, qui n'avait ni la même finalité ni le même profit

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Jules a découvert qu'il pouvait vivre la solitude dans un respect chaste du cheminement d'Yvonne sans se sentir délaissé, en l'aimant telle qu'elle est, et non telle qu'il voudrait qu'elle soit. Yvonne a compris que partager certaines découvertes personnelles et certains fruits de sa retraite des Exercices Spirituels pouvaient devenir chemin de croissance pour la relation du couple, mais aussi pour régénérer la confiance mutuelle au cœur de leur mariage. Jules et Yvonne


le vide en soi du célibataire Dieu ne bouche pas le vide ressenti, mais il accompagne et offre une vie à inventer. C'est ce qu'a découvert ce célibataire lors d’un long chemin de questionnement.

En 2006, j’ai contribué à organiser une session CVX au Casset : « Célibataire, je suis créé(e) pour aimer ». J’ai compris que la solitude qui me travaille intérieurement était vécue par beaucoup. Une impression de vide en moi, qu’un métier intéressant, ou des amis ne peuvent combler. Le fait de partager avec d’autres célibataires vivant une situation voisine permet d’être compris, et enrichi par le frère. Dieu ne bouche pas ce vide en moi, il m’accompagne sur mon chemin, c’est tout différent. Il y eu d’autres étapes. Je suis reconnaissant à mon psychanalyste d’avoir pris au sérieux ma parole et de m’avoir soutenu. J’ai pu finalement me reconnaître homosexuel, aimé du Seigneur et désirant vivre un amour humain fidèle. Au sein de l’association « Devenir Un En Christ », je peux partager avec d’autres comment j’essaye de me laisser conduire

par le Seigneur à travers ce que je suis, comment je trouve un équilibre entre les différentes dimensions de ma vie. Je suis témoin que certains trouvent dans une vie de couple homosexuel une vraie stabilité affective et une fidélité ouverte aux autres. Pour autant, si j’ai pu constater la fécondité de ce chemin pour certains, je suis bien obligé de constater que je suis toujours célibataire, et que ce n’est toujours pas mon choix. Mon choix est cependant de consentir à accueillir ce que Dieu me donne à vivre aujourd’hui, sans juger. Mon choix est de reconnaître quand Dieu prend luimême soin de moi, en me donnant de nombreux amis, en me

donnant un métier, une famille où j’ai toute ma place, en me donnant de pouvoir à mon tour en aider d’autres à avancer sur leur chemin. Il me semble que ma vie ressemble beaucoup à celle des célibataires hétérosexuel(le)s côtoyés en 2006. Une vie à inventer avec un peu de liberté et beaucoup de confiance en mon Créateur et Seigneur. Je suis reconnaissant aussi à CVX et à mes différentes communautés locales, d’avoir été un lieu de compagnonnage, où exister avec sa différence nécessite parfois du courage, mais aussi beaucoup de respect du chemin et des appels de l’autre. Emmanuel

© Ecatarina Veclova / Hemera

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Je fais partie de CVX depuis 25 ans, et depuis au moins ce tempslà je me demande : « Pourquoi d’autres trouvent chaussure à leur pied, et que moi je suis célibataire ? ». J’ai tout d’abord pensé que c’était un « problème à résoudre » avec un prêtre et un psy. Je désirai profondément unifier ma vie avec le Christ. La psychanalyse a été le moyen que Dieu a mis sur ma route pour faire la vérité sur mon désir.

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Témoignages

le désert d’une jeune veuve Ne plus être essentielle pour quelqu’un, culpabiliser, râler dans la prière… Solange a traversé de nombreuses étapes avant de trouver une Église maternante et de consentir à sa solitude.

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1. Notamment, la lecture des premiers suppléments de Vie Chrétienne.

Bien sûr, je suis très entourée par des amis. Une amie religieuse vient m’apporter régulièrement des repas tout préparés pour notre famille et laisse mes enfants jouer avec sa mobylette. Plein d’autres aussi sont attentifs à ma situation. Mais je reste seule, alors que j’avais la chance d’avoir un tel mari. C’est notre

foi et notre goût de lectures spirituelles partagées1 qui nous avaient rapprochés. Le plus dur, c’est de ne plus le voir rentrer le soir, entendre la clé dans la serrure. Il ne m’a pas abandonné, c’est la vie qui m’a abandonnée. Je ne lui en veux pas d’être parti, ni à Dieu, mais seule, je ne peux plus m’appuyer sur lui. Son absence me pèse. Je ne suis plus essentielle pour quelqu’un et je n’ai plus personne d’essentiel dans ma vie. Mes enfants sont un souci, une charge. Pourtant, ils m’évitent de sombrer dans ma solitude. « Perdre son père, c’est tragique. Mais vivre près d’une mère dépressive, c’est encore plus terrible » m’avait dit un ami. Et je ne voulais pas ça pour eux. Ils étaient trop importants.

© Barbara Strobel

2. Il s’agit du mouvement d’Église, Espérance et Vie, qui offre à des veufs et des veuves un espace où affronter les premiers temps du deuil ; www. esperanceetvie.com

Mon mari est foudroyé à son travail par un infarctus et je me retrouve veuve à 41 ans avec trois enfants de 8 à 12 ans. Seule.

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J’ai vécu deux à trois ans de vrai désert. Le groupe CVX ne m’apportait plus grandchose. Assez vite, une jeune veuve m’a invité à rejoindre un groupe de sept à huit femmes veuves comme moi avec un aumônier2. Et cela me réconfortait. L’Église sait être maternante. A plusieurs, le désert est un peu plus supportable. Pourtant, mes enfants pleuraient

chaque fois que je sortais et je culpabilisais. Ils avaient peur de perdre aussi leur mère ; entre eux, ils discutaient pour savoir où ils iraient si maman mourait. Je continuais de prier. Je ne demandais rien à Dieu, je râlais, c’est tout. Et je lisais la Bible, il y a toujours quelque chose de lumineux dans l’Écriture. Et un jour, je tombe sur ce verset : «  Je te mènerai au désert, et je parlerai à ton cœur »�. J’entends ça. C’était toujours aussi pénible, les dimanches surtout, mais je le vivais dans la paix. Je ne me résignais pas, je consentais, comme me le formulera si bien un jour un ami. Sans comprendre, je savais qu’un jour je comprendrais. La solitude ne m’a pas conduit à chercher un nouveau conjoint. Mon mari était irremplaçable, nous formions un vrai couple. Ma solitude a accentué mon caractère indépendant sans que je cesse d’accueillir. Je me suis donné dans mon travail et diverses associations. Aujourd’hui, mes enfants m’entourent et me soignent et ne sont plus une charge ; avec l’âge, c’est l’inverse. Et je prie pour les personnes seules à cause d’une séparation. Cela me semble bien pire. Solange


seul pour écouter son cœur Certaines écoles d’ingénieur proposent à leurs étudiants de vivre un moment de solitude dans leur cursus. Se couper de tous ses repères pour une nouvelle approche du présent, un repère clé pour mieux choisir sa voie ensuite.

Ainsi Ludovic qui voulait aller d’un point à l’autre du continent sud-américain sans repasser par le même endroit, ne se préoccupe plus de l’itinéraire mais il vit chaque jour comme il vient. Il est là au présent de sa vie, sans plus. Une expérience forte dont il parlera plusieurs fois. Il distinguera à partir de là ce qui est pro-

jection de sa volonté ou ouverture au réel, ouverture bien plus porteuse de vie… Quant à Raphaël, qui a passé trois mois à travailler sur la côte ouest en Australie, en suivant un groupe de copains de plusieurs nationalités, entre petits boulots et grosses fiestas, vers la fin de son séjour, il décide de passer seul, sans montre, quelques jours dans un parc naturel. Il se déplacera en voiture, à pied selon ce qu’il éprouve dans la solitude du parc. Marchant, mangeant selon ce qu’il sent, en fonction du moment. Il en ressort avec une extraordinaire sensation de communion avec la nature et de liberté. Il éprouve, il s’éprouve. Cette expérience sera comme un filtre ensuite dans la définition de son projet professionnel. Projet professionnel qui l’orientera vers les métiers du bâtiment. Il y retrouve cette liberté, ce contact avec la nature. Il se sent en adéquation. © Fuse

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Comme directeur des études de l’Icam, une école d’ingénieurs généraliste, j’ai été amené à accompagner un assez grand nombre d’étudiants dans leur expériment. C’est une période de quatre mois, en fin de troisième année du cursus sur cinq ans, où l’étudiant met en œuvre un projet personnel. Son projet respecte certains critères comme l’éloignement géographique envers sa famille, ses amis, les moyens de subsistance, un éloignement culturel… La solitude est donc une part importante de ce que chacun est amené à vivre, à découvrir. A partir des retours, un constat simple et massif. Il y a un moment où le temps pour l’étudiant change. Le projet héroïque s’infléchit. L’aventure à plusieurs s’estompe… Le temps d’être heureusement seul survient.

Cette expérience devient souvent pour eux une façon de se disposer

pour écouter leur cœur. A leur manière, ils font leurs la recommandation qu’Ignace fait dans la 20e annotation « le retraitant profitera d’autant plus que, prenant les moyens appropriés, il se séparera davantage de tous ses amis et connaissances et de toute préoccupation terrestre ; par exemple en quittant la maison où il demeurait et en prenant une autre maison ou une autre chambre pour y habiter le plus secrètement possible… » Jean-Luc mars / avril 2014 11


Chercher et trouver Dieu

Contrechamp

construire une solitude habitée La solitude fondamentale, qui est notre lot à tous, nous gêne-t-elle pour avoir des relations avec les autres ? Nicole Jeammet ne le pense pas si nous arrivons à construire une solitude ‘de mieux en mieux habitée’.

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Nous vivons tous une certaine solitude et il semble que si nous ne l’assumons pas, les relations aux autres sont plus compliquées. Nous devons prendre seuls, c’est vrai, des décisions qui nous engagent et que personne ne peut prendre à notre place. Mais comme spécialiste de la relation mère-enfant, j’aborderai la question autrement. Au départ, le petit enfant est confondu avec une mère dont il a besoin pour vivre et ce besoin engendre la peur d’une totale dépendance. Aimer supposera alors de faire tout un travail de séparation d’avec cet autre, pour pouvoir le retrouver autrement – ce qui suppose de construire des frontières derrière lesquelles édifier et préserver son monde intérieur.

Nicole Jeammet Psychothérapeute, maître de conférence honoraire en psychopathologie à l‘université René Descartes à Paris. Enseignante au Centre Sèvres.

Aussi je distinguerai deux formes de solitude : une solitude coupée des autres, par peur d’un empiétement sur son territoire, et une solitude peu à peu habitée à l’intérieur de soi, qui permet d’avoir des relations justes avec eux.

En quoi consiste cette solitude habitée et par quels moyens parvient-on à la rendre vivable ? Pour vivre une relation juste aux autres, il est absolument nécessaire de s’estimer soi-même. Or cette estime à la fois se reçoit et à la fois se construit. Elle se reçoit d’abord dans le regard d’un autre. Il faut que j’ai été regardé avec plaisir par mes premiers objets d’attachement, en particulier ma mère, qui me font sentir que je compte pour eux. Mais cela ne suffit pas. Non seulement je ferai aussi nécessairement l’expérience de regards hostiles, voire indifférents, qui peuvent saper cette confiance en moi dont j’ai besoin pour vivre. Mais surtout ce regard positif posé sur moi n’a pas d’effet magique : il va me falloir en vérifier le bien-fondé en l’agissant personnellement. L’expérience amoureuse n’aidet-elle pas à conforter cette confiance ? Si, bien sûr, l’expérience amoureuse est extraordinaire car tout à coup se vit une espèce d’illumina-

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tion réciproque. L’autre est merveilleux et je suis merveilleuse. Mais c’est un leurre car, à côté de la part merveilleuse, que nous avons d’abord perçu chez l’autre, existe aussi une part sombre et décevante. Et au moment où les amoureux en prennent conscience, le rêve s’effondre. Mais l’expérience amoureuse peut être vécue comme une promesse que l’autre me fait « tu es belle, tu as du prix à mes yeux », m’insufflant la force pour la réaliser. Et c’est là que je peux apprendre à habiter ma solitude. En ayant quelle attitude ? En acceptant d’accueillir et de reconnaître les talents qui me sont octroyés et en les développant. Peut-être suis-je très douée pour chanter, pour peindre ou pour cuisiner. Je dois développer ce talent, en acceptant de ne pas être comme les autres. Si dans ma famille, seule compte la réussite intellectuelle alors que je suis d’abord sportive ou manuelle, il va me falloir assumer ma différence. Mais quel que ce soit mon talent, plus je vais le développer, plus j’ai des chances d’acquérir une estime


© Barbara Strobel

de moi qui m’aidera à construire mon indépendance et me permettra de ne pas peser sur l’autre.

me sentir valable, plus je serai apte à tisser avec toi d’authentiques liens d’amour ».3

Donc si j’habite ma solitude en ayant une certaine estime de moi, je cesse de vouloir être possessif et captatif avec les autres ?

Comment les célibataires peuvent-ils construire cette estime d‘eux-mêmes ?

Ne pensons pas trop vite en termes de tout ou rien car au départ nous sommes tous dans la captation et c’est manifeste dans la relation amoureuse où l’on veut que l’autre soit tout à soi. La bienaimée du Cantique des Cantiques2 le dit clairement au départ : « Mon aimé est à moi » 2,16. Puis elle le perd et quand elle l’a retrouvé elle redevient possessive : « J’ai trouvé celui que j’aime. Je l’ai saisi. Je ne le lâcherai pas » 3,4. Apprendre à desserrer nos emprises sera donc le travail de toute une vie car on vit souvent les tentatives de l’autre pour conquérir sa liberté comme une agression. Sans estime de moimême, je ne peux que m’agripper à l’autre dans le besoin existentiel de me rassurer. Comme je l’écrivais récemment dans La Croix : « Moins j’aurai besoin de toi pour

Si je n’ai plus besoin de « toi » pour me sentir valable, c’est que d’extérieur, ce « toi » est devenu intérieur. D’avoir fait fructifier mes dons m’a fait expérimenter ma valeur et m’a convaincue que je suis intérieurement « aimable » dans ton regard. Alors peu importe que l’on soit seul ou en couple : il y a des célibataires très épanouis et des gens mariés aigris. L’essentiel est d’avoir réussi à construire une solitude de mieux en mieux habitée. Plus je construis cette solitude, moins j’ai peur de l’emprise de l’autre et plus je suis à l’aise dans mes relations. Pour écrire votre livre « Le célibat pour Dieu » 4 vous avez rencontré de nombreuses religieuses dans les monastères. À votre avis la relation à Dieu peut-elle conforter l’estime de soi ?

Certaines religieuses ont pu construire leur confiance en elles à partir des relations qui ont précédé leur vocation. Mais je pense que la lecture de la Bible et la participation à des célébrations ou à des retraites a pu leur faire découvrir la force de la Parole de Dieu qui leur était adressée : « N’aie pas peur, puisque je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom et tu es à moi. (…) tu comptes tellement à mes yeux… tu as du prix pour moi et je t’aime. » Isaïe 43. Celui ou celle qui réalise qu’une telle parole est un appel personnel de Dieu peut alors être conforté dans l’estime de lui-même et cette réassurance devient, comme dans l’expérience amoureuse, promesse d’un aller vers les autres… qu’il va leur falloir agir. Propos recueillis par Yves de Gentil Baichis

2. L’emprise dans le Cantique a été largement abordée dans l’ouvrage Lettre aux couples d’aujourd’hui de Nicole et Philippe Jeammet, Bayard 2012. 3. La Croix, 13 décembre 2013. 4. Cerf, 2009.

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Chercher et trouver Dieu

© Flore Ael Surun / Tendance floue

éclairage biblique

Jésus seul… 45  Aussitôt, Jésus obligea ses disciples à remonter dans la barque et à le précéder

sur l’autre rive, vers Bethsaïda, pendant que lui-même renvoyait la foule.

46  Après l’avoir congédiée, il partit

dans la montagne pour prier.

47  Le soir venu, la barque était au

milieu de la mer, et lui, seul, à terre.

48  Voyant qu’ils se battaient à ramer

contre le vent qui leur était contraire, vers la fin de la nuit, il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser.

49  En le voyant marcher sur la mer, ils crurent que c’était un fantôme et ils poussèrent des cris. 50  Car ils le virent tous et ils furent affolés. Mais lui aussitôt leur parla ; il leur dit : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur. » 51  Il monta auprès d’eux dans la barque, et le vent tomba. Ils étaient extrêmement bouleversés. 52  En effet, ils n’avaient rien compris à l’affaire des pains, leur cœur était endurci. »

Marc 6, 31-52 Séquence complète voir aussi chez Matthieu 14, 13-33 Traduction TOB

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Jésus vient de nourrir une grande foule accourue auprès de lui « comme des brebis sans berger », jusqu’à le précéder en ce « lieu désert à l’écart » où il venait se retirer avec ses disciples. Ceux-ci ont été mis à l’ouvrage bien malgré eux : « Donnez-leur vousmêmes à manger » (6,37) à partir de cinq pains et deux poissons, mais « qu’est-ce que cela pour tant de gens ? ! » (Jn 6, 9) Tous ont mangé, il reste du pain en abondance ! C’est le moment de savourer la joie et le succès de Jésus qui est bien aussi le leur : nous penserions sans doute la même chose ! Mais voilà que Jésus semble tout gâcher : obligation de remonter dans la barque et de s’éloigner sans lui vers une « autre rive ». Jésus les sépare de la foule – sûrement admirative, une fois rassasiée – et se sépare d’eux ! Et voici qu’il s’en va seul dans la montagne après avoir congédié la foule !

ton Père qui est là dans le secret » (Mt 6,6). Une invitation adressée à tous.

Jésus seul, dans la montagne – lieu de la présence de Dieu dans la Bible. Les disciples seuls, dans une barque rapidement battue par le vent et les vagues, dans la nuit. Pourquoi les laissent-ils seuls alors qu’il les avait invités « à l’écart » avec Lui ? (6,31) Pourquoi ce besoin de s’isoler après ce qu’ils viennent de vivre ? N’ont-ils pas renoncé à cette intimité pour accueillir, bon gré mal gré, cette foule importune ? On rumine sans doute dans cette barque et cela nous ressemble. Cette solitude de Jésus les interroge : elle sonne comme une rupture et peut susciter un sentiment d’abandon. Quelle est-elle et que nous apprend-elle ?

En Jésus la solitude n’est pas repli sur soi mais ouverture à une communion qui refuse la prison du succès et du prestige, tout accaparement de l’autre et par là invite à une ouverture universelle. Il rejoint ainsi chacun dans ce qui l’isole ou l’exclut, respectueux de son rythme et de sa liberté. Un chemin ouvert à sa suite pour chacun.

En plusieurs endroits les autres évangélistes, comme Marc, mentionnent ces temps de solitude de Jésus à l’écart pour prier, ce retour à la source de son être et de sa mission, auprès du Père. Après la journée de Capharnaüm (Mc 1, 35) il signifie qu’il est venu pour tous et non pour quelques-uns seulement. Avant le choix des 12, il passe la nuit à prier, seul (Lc 6, 12) pour les recevoir du Père : c’est bien cela que nous essayons de vivre, nous aussi, dans un discernement. Comment imaginer qu’il est alors « séparé » des hommes et des femmes qu’il rencontre, guérit, enseigne au long des jours, appelant et rendant chacun à sa vie et à sa liberté, les marginalisés d’abord  : lépreux, prostituées, publicains et pêcheurs. Sa solitude est réponse à l’appel qui le constitue : fils et envoyé du Père ; « entre dans la chambre la plus retirée… et adresse ta prière à

+ Demander la grâce de me laisser rejoin-

Après la multiplication des pains, Jésus se soustrait aux foules non pour les oublier mais pour se situer et les situer dans une relation plus juste à lui qu’ils veulent même faire roi (Jn 6,15). Son éloignement est respect et appel à la confiance en lui et en soi. Quand il sépare les siens des foules et de lui-même, ce n'est pas un geste de rupture qu'il pose mais un geste créateur de liberté. Il les voit aux prises avec les vents mais il attend la fin de la nuit pour les rejoindre dans leur solitude : il les éduque ainsi à la foi « ils n’avaient rien compris à l’affaire des pains » et sa parole rejoint leur cœur troublé « Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur » et dit sa proximité. C’est bien là notre expérience sur tout chemin de croissance.

Anne Missoffe Religieuse de Nazareth

Points pour prier dre par le Seigneur dans ma vie en ce moment.

+ Voir Jésus « obliger » ses disciples à par-

tir sans lui, puis seul dans la montagne et les disciples dans la barque. Sentir ce que cela suscite en moi.

+ Entendre les cris des disciples. Entendre

comment Jésus leur parle. Me laisser toucher par cela aujourd’hui.

+ Considérer comment Jésus les rejoint, comment ils rament contre le vent, comment ils sont bouleversés. Et laisser cela se réfléchir en moi.

+ Terminer en parlant avec lui comme avec un ami, pour lui confier ce qui m’habite.

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Chercher et trouver Dieu

Repères ecclésiaux

solitude et communion chez Paul Chaque expérience spirituelle est unique à vivre dans la solitude, mais nous pousse à la partager avec d'autres. Ce paradoxe est au cœur de l'expérience chrétienne, comme l'atteste le parcours de Paul.

P

Paul est d’abord un homme qui a fait une expérience unique du Christ, qui a senti un appel éminemment personnel. La rencontre avec le Ressuscité sur le chemin de Damas a bouleversé sa vie et, pour l’évoquer, il n’hésite pas à employer le langage des prophètes comme Jérémie : c’est dès le sein de sa mère que le Seigneur l’a choisi pour porter sa Parole vivante aux nations païennes (cf. Ga 1,11-13). Cette expérience indélébile, Paul en parle peu car elle fait partie de son secret. Plus tard, il connaîtra des expériences mystiques exceptionnelles. Il écrira : « Je connais un homme dans le Christ qui, voici quatorze ans […] fut ravi jusqu’au paradis et entendit des paroles ineffables, qu’il n’est pas permis à un homme de redire » (2 Co 12,24). Comme tous les prophètes, et les humains touchés par Dieu, il vit la solitude de celui qui ne peut vraiment communiquer ce qu’il a reçu, tant les mots lui manquent et tant ce qu’il a vécu touche à l’unicité de la relation avec Dieu. La passion pour le Christ est au centre non seulement de sa vie spirituelle mais de ses aspirations. Il souhaite être avec le Christ :

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« Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2,20b). Pourtant l’authenticité d’une expérience spirituelle avec le Dieu vivant se remarque à ce qu’elle suscite une passion pour tous les hommes, une sortie de soi vers autrui. L’expérience personnelle et incommunicable est, dans le même mouvement, une expérience qui suscite le désir de la communion. C’est pourquoi à ses chers Philippiens, Paul peut écrire : « Je me sens pris dans cette alternative : d’une part, j’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, ce qui serait, et de beaucoup, bien préférable mais de l’autre, demeurer dans la chair est plus urgent pour votre bien. Au fait, ceci me persuade : je sais que je vais rester et demeurer près de vous tous pour votre avancement et la joie de votre foi » (Ph 1,2325). C’est le Christ même qui l’a saisi qui l’envoie en mission vers autrui, qui lui confie la charge de l’annoncer. C’est donc que parler d’une expérience éminemment personnelle peut toucher le cœur d’autrui. Paul avait conscience d’avoir reçu un appel unique et

il en était fier : « Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je pas vu Jésus, Notre Seigneur  ? N’êtes-vous pas mon œuvre dans le Seigneur ? Si pour d’autres je ne suis pas apôtre, pour vous au moins je le suis ! » (1 Co 9,1). Pour tous ceux qui sont devenus croyants en écoutant sa parole, Paul est comme un père : ils lui doivent la vie de Dieu. Paul croit profondément à la grâce de Dieu et au don de son Esprit mais il croit tout aussi fortement à la nécessité qu’il y ait des messagers, des porteurs du message de grâce : «  Comment croire sans d’abord l’entendre  ? Et comment entendre sans prédicateur  ? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé ? » (Rm 10,14b-15a). Dans son ministère d’apôtre, Paul a été un extraordinaire homme de réseau, d’amitié et de communion. Pas d’évangélisation sans collaborations et sans amitiés. Même ses lettres, éminemment personnelles par leur style, sont souvent associés à d’autres : «  Paul, Silvain et Timothée, à l’Église des Thessaloniciens qui est en Dieu » (1 Th 1,1). On oublie trop souvent que Paul a été au centre d’un réseau très large de collaborateurs, que tout un


© Gaud Centre inter vitrail / Ciric

flux de messagers ne cessait de circuler entre les communautés qu’il avait fondées. La prière de Paul ne consistait pas à ressasser avec nostalgie ses expériences mystiques passées mais plutôt à faire mémoire de tous ses frères dans la foi : « Je rends grâces à mon Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous, en tout temps dans toutes mes prières pour vous tous, prières que je fais avec joie » (Ph 1,3-4). Sa prière était faite de visages. Et de visages amis. Ses équipes apostoliques ont beaucoup compté pour lui, car Paul était un homme de la parole certes mais surtout un homme de l’apostolat au quotidien. Cet homme absorbé en Dieu n’était jamais seul et a suscité des amitiés extraordinaires qui ont résisté au temps, avec des amis – collaborateurs - fils spirituels, qui ont tenu à prolonger son œuvre et à conserver vive sa mémoire. Paul a aussi valorisé la collaboration de ses ‘fils dans l’apostolat’ : « C’est pour cela que je vous ai envoyé Timothée, qui est mon enfant bienaimé et fidèle dans le Seigneur ; il vous rappellera les voies que je trace dans le Christ Jésus » (1 Co 4,17). Ainsi être envoyé part d’un appel reçu dans l’intime du cœur et difficilement exprimable tant il est unique. Pourtant, s’il est authentique, il crée des liens et appelle des collaborations. Paul a su communiquer son esprit et sa flamme à des collaborateurs. Il s’est adjoint des jeunes, des hommes de la seconde génération, et il les a envoyés à son tour. Non pas comme de simples exécutants de ses décisions mais comme des apôtres de plein droit. Il a eu

une extraordinaire capacité de ce que les Américains appellent si justement l’empowerment. Il a exalté leurs qualités et leurs capacités. Il les a dynamisés. Il a fait leur éloge avec feu : « Grâce soit rendue à Dieu qui a mis au cœur de Tite le même zèle pour vous [que moi]. […] Tite, c’est mon compagnon et mon collaborateur auprès de vous ; nos frères, ce sont les délégués des Églises, la gloire du Christ » (2 Co 8,16-18.23-24). Pour Paul, être envoyé en mission implique d’aimer, animer et soutenir d’autres frères et sœurs engagés dans la même mission alors même que cela s’appuie sur un engagement de foi totalement personnel et unique. Être en mission est un travail d’équipe, un passage incessant de relais. Ainsi Paul a été un homme qui a vécu une expérience spirituelle exceptionnelle unique mais que cette expérience elle-même a mis en chemin vers autrui. Du secret qu’il avait reçu, il ne pouvait pas

parler et pourtant ce secret même l’a appelé à parler. Paradoxe de l’expérience spirituelle véritable : il nous est quasiment impossible de mettre des mots sur son contenu et pourtant son effet est de nous faire croire à la possibilité de la communication, de la communion entre humains. Paul a été un apôtre qui n’avait pas, selon certains, le droit d’être appelé apôtre. Mais l’appel unique reçu ne l’a pas coupé des autres apôtres mais l’a conduit à faire tout ce qui était en son pouvoir pour être en communion avec eux et surtout avec Pierre. Par la collecte, il a traduit sa conviction de foi en actes. Si Jésus a offert sa vie pour les multitudes, pour tous les peuples, pas seulement pour son peuple Israël, Paul a très concrètement offert sa vie pour l’unité de l’Église, pour que tous les apôtres, quel que soit leur appel, soit en communion. Marc Rastoin sj mars / avril 2014 17


Chercher et trouver Dieu

pour aller plus loin Des pistes pour un partage : • Pendant les dernières semaines, chacun aura fait mémoire des situations de solitude douloureuse qu’il a vécu ou redouté personnellement. - Je pointe, je mets au jour en quoi ces situations sont pour moi obstacles à la vie, à la joie, à l’espérance, aux relations avec les autres. - Je fais mémoire aussi des paroles de l’Écriture qui ont été pour moi source de réconfort. Je pourrai les offrir si c’est bienvenu aux autres pendant la réunion. • Quand je vois ou côtoie une personne qui se sent seule. - Qu’est-ce qui se passe en moi ? Quels sentiments m’habitent : compassion, tristesse, indifférence, peur ? - Comment je réagis vis-à-vis d’elle : accueil de ce qu’elle est, écoute, dialogue sur ce qu’elle vit, proposition d’activités, invitation avec des amis,… - Qu’est-ce que ma réaction me dit de ma propre solitude, de mon intériorité ?

A voir : Into the wild de Sean Penn - 2008 - DVD : 10 €. Après de brillantes études, Christopher, 22 ans, animé d'une soif d'absolu, plaque tout du jour au lendemain et part seul. Au bout du voyage, en Alaska, la solitude face à la nature brutale de l'Alaska et la découverte intérieure de son humanité.

A lire :

Christus – L'exil – Arrachement et enracinement – N° 230 – Avril 2011. Christus – La solitude – Épreuve de vérité – N° 180 – Octobre 1998. Le temps d'un soupir d'Anne Philipe – 1969. Le livre de poche 4,10 €. Après la mort de Gérard Philipe, son épouse dit sa solitude. C'est le temps de se souvenir, de relire… Lambeaux de Charles Juliet 1995 – Folio 6,20 €. Un long cheminement de solitude pour naître à soi-même et triompher

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de la « détresse impensable » dont l’auteur était prisonnier. Et aussi, un bel hommage aux deux mères qui l’ont élevé : l’esseulée et la vaillante, l’étouffée et la valeureuse, la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnée. Into the wild – Voyage au bout de la solitude – de Jon Krakauer – 2008 – Poche 10/18- 7,50 €. L'empreinte à Crusoë de Patrick Chamoiseau 2012 – Folio 7,40 €. Quand un solitaire s'élance à la recherche de cet Autre qui lui amène ce dont il avait oublié l'existence : l'idée même de l'humain. Un récit dans une langue riche et colorée.

A écouter : Georges Moustaki chante Ma solitude http://www.dailymotion.com/video/

En complément sur le site : Extrait de "la grâce de la solitude" de Christian Bobin.


Babillard © B. Strobel

20 ANS à Saint–Hugues de Biviers

Espérance et Résistance Résister aux nazis il y a quelques décennies, résister aujourd’hui aux tentatives pour nier Dieu, à la toute-puisss ance financière, à la dictature des médias, au repl i sur soi, à la banalisation de la violence… Résister suppose de croire en quel que chose de meilleur pour l’humanité. Rés ister suppose d’espérer. Découvrez avec Michel Rondet, s.j. et Yves de Gentil Baichis, comment rési ster est un acte éminemment spirituel, qui ne se contente pas du refus, mais puise dans l’espéran ce évangélique.

A commander sur : editionsviechret

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« Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés » L’atelier justice organise sa session d’été à Biviers autour de ce thème. Elle se tiendra du jeudi 21 août à 18h au lundi 25 août 9h L’atelier justice qui réunit des personnes engagées à titre professionnel ou bénévole dans l’institution judiciaire et son environnement, vous propose de vivre une session retraite sous forme d’itinéraire spirituel pour rentrer dans une compréhension plus profonde de l’invitation que nous fait le Christ : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés »

Contactez Paula Dubois : 06 85 66 20 64

ise e versaire de son « oui » à la repr En 2014, la CVX célèbre le 20 anni de Saint-Hugues. ainsi Jésuites il y a cinquante ans, est Ce centre spirituel, créé par les . auté mun Com la l de devenu le premier centre spiritue ce. atri fond nce Ce oui fut une expérie nt à travers les différentes eme Venez vivre ensemble cet évén e. joies et les difficultés. Rendre grâc facettes de la maison. Relire les

. Interventions, ateliers, célébrations 4. 201 juin 9 i lund au juin Du vendredi 6 97 35 Tél. : 04 76 90

la CVX soutient les victimes du typhon aux Philippines CVX Philippines participe à la réhabilitation de Daanbantayan, un petit village de pêcheurs au nord de Cebu qui a été durement touché par le typhon Haiyan mais qui a reçu peu d’attention. Cet effort vise à permettre au village de récupérer des bateaux de pêche, reconstruire la toiture pour les écoles publiques et créer d’un centre communautaire. Pour plus d’info contacter la CVX Philippines : clcp@admu.edu.ph

Campagne de Carême du CCFD Le CCFD propose pour sa campagne de carême de distribuer chaque dimanche des cartes postales donnant des pistes « pour donner comme Dieu donne », « pour revenir à l’essentiel », « pour pratiquer la justice »… Une bonne occasion pour se rapprocher du délégué diocésain de votre domicile et voir les liens possibles entre CVX et le CCFD depuis que la Communauté a rejoint les 29 mouvements et services d’Église formant le CCFD-Terre solidaire.

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Se former

école de prière

prier avec l’icône de la résurrection Me voici avec ce que je suis, avec mon corps assis, le regard de mes yeux, mes oreilles, avec ma respiration, que je prends le temps de sentir. Me voici, moi, tel que je suis, tel que m’a fait cette journée, respirant lentement, profondément, devant Toi, recevant de Toi ma manière d’être, de respirer, de m’ouvrir. Retrouvez une version animée sur www.editions viechretienne.com

Je regarde cette icône, peinte par quelqu’un en prière : En bas, l’ombre de la mort, des tombeaux, des vêtements sombres, qui enferment l’être… les portes des régions souterraines, brisées, arrachées. L’homme à gauche. La femme à droite. Adam. Eve. L’être humain. Moi. Des gestes indécis, des corps encore paralysés, des mains qui essaient de se tendre, et… qui n’arrivent pas bien à le faire. Mais les deux visages se tournent vers le centre, et se laissent attirer. C’est tout ce qui leur est demandé. Je me laisse aussi attirer doucement par ce personnage central : Jesus de Nazareth, Fils de Dieu. Il rayonne de lumière. Son vêtement est blanc, la couleur divine. Ses jambes se tiennent ferme-

ment sur les portes arrachées : les portes des ténèbres mortelles. Ses pieds ont fait se briser les verroux, les barrières. Il rayonne, au centre exact de deux cercles qui se croisent et qui débordent le cadre de l’icône. Au cœur de la rencontre de deux sphères : la sphère divine et la sphère des hommes. Cette rencontre fait tout autour de lui une mandorle verte, où il est à sa juste place : Dieu pour toujours dans l’histoire des hommes. Les hommes pour toujours dans l’être, la respiration aimante de Dieu. Jésus Son cou se gonfle. Ses joues sont emplies du souffle de Dieu. Ses lèvres se resserrent pour laisser passer ce souffle de résurrection. Son manteau est gonflé et en mouvement. Son visage se penche avec douceur. Sa main se tend, forte, sûre, chaleureuse : ALLEZ ! SORS… VIENS Laisse-toi saisir, laisse-toi faire… Tu n’as pas à me prendre. Tu n’as pas à me mériter. Tu n’as pas à être digne de moi… Viens seulement. Laisse-toi faire par moi. Laisse-moi t’arracher à tes pentes de mort. Reçois mon souffle de vie. Et ainsi deviens mon disciple.

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Veux-tu sortir ? Veux-tu venir ? Veux-tu de moi pour compagnon, ami ? Jésus… amour offert, qui jamais ne pourra me forcer. Dans le silence de tout mon être, je répète son nom de Paix : Jésus. Je dis avec bonheur son nom, dans une communion mystérieuse avec ceux qui sont debout, de chaque côté : à gauche Moïse (la loi), Elie (les prophètes), JeanBaptiste, ayant la même auréole que Jésus. A droite, nous. L’Église, l’humanité entière, des êtres humains qui se regardent mutuellement, qui se donnent le nom de Jésus. Ils prient (ou pas, peu importe) DANS le nom de Jésus ressuscité. Je dis à mon tour ce nom, avec ceux qui vivent actuellement sur cette terre. Avec ceux qui ont franchi la mort. Avec les deux anges, en haut de l’icône : l’ange de la passion, l’ange de la résurrection, devenus les mêmes, dans le même mystère de l’Amour sauveur. ALLEZ, SORS… VIENS… Veux-tu devenir mon disciple, avant toute chose ? Je réponds… Marie-Claire Berthelin Sœur de la Retraite


En partenariat avec

Comment prier avec une œuvre d’art ? Se mettre dans une attitude de prière C’est-à-dire se mettre dans une attitude de rencontre avec Dieu par l’intermédiaire de Sa Parole et de la vision qu’un artiste a du monde, de l’homme et de la présence divine qui s’y dévoile. Faire silence… pour s’ouvrir à la présence de Dieu. Demander la lumière de l’Esprit Saint pour entrer dans le mystère représenté dans cette œuvre d’art : épisode de la vie du Christ, passage de l’histoire de peuple de l’Alliance ou tout autre scène biblique. Tout d’abord, regarder • les couleurs, leur masse, leur intensité, leur disposition les unes par rapport aux autres, la façon dont elles se complètent ou s’opposent ; • les lignes, verticales, horizontales, obliques ou courbes : voir comment elles se conjuguent avec les couleurs ; • les personnages ou autres éléments figuratifs représentés : voir leur position par rapport à l’ensemble de l’œuvre, l’attitude, les postures les unes par rapport aux autres, leur proportion par rapport à l’ensemble ; essayer de les identifier (se référer si nécessaire au commentaire esthétique du musée). Ensuite, observer Observer les liens qui s’établissent entre lignes, couleurs et éléments figuratifs : humains, animaux, objets… et entrer dans le message spirituel qui s’en dégage : Quelle vision de Dieu se dit là ? Quelle vision de l’Homme ? Quel est le sens de cette scène biblique pour le peuple d’Israël ? pour le monde aujourd’hui ? pour ma propre vie ? S’adresser à Dieu S’adresser à Dieu, au Père, à Jésus le Christ ou à l’Esprit (ou encore à Dieu par l’intermédiaire de Marie ou d’un personnage de la scène contemplée) pour le remercier, lui demander pardon ou demander son aide selon les découvertes faites dans cette contemplation. Conclure Terminer par un « Notre Père » ou tout autre prière mettant en lien avec les chrétiens du monde entier. Retrouvez d'autres œuvres sur : www.ndweb.org/prier-oeuvre-art/

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Expérience de Dieu…

…en gestuant la Parole de Dieu avec le quart-monde Recevoir la Parole de Dieu avec tout son être, c’est ce que propose la Communauté du Sappel aux personnes les plus abîmées par la misère. Une expérience mutuelle de libération et d’intériorisation : un chemin d’Église.

I

Issue du mouvement ATD QuartMonde, la communauté du Sappel, créée à Lyon en 1989, a pour vocation de permettre aux personnes les plus abîmées par la misère de vivre leur foi au sein de l’Église. Ce faisant, elle désire faire découvrir à l’Église ce que le Père « a caché aux sages et aux savants » et qu’Il « a dévoilé aux petits. ».

Parmi les manières de l’aborder, nous la vivons par les récitatifs bibliques. De quoi s’agit-il ? À travers la mise en œuvre de la Parole par le corps, en la gestuant et en la chantant, chacun la reçoit avec tout son être, l’intériorise et parfois la mémorise. Il pourra alors ré-exprimer ce qu’il a reçu à l’écoute de l’Évangile.

© DR Sappel

Nous travaillons à rejoindre en priorité les familles, et nous de-

prennent mal. De même, l’accès au symbolique leur est fermé, ou très difficile. C’est dans ces conditions que nous cherchons avec les familles à aborder la Parole de Dieu.

vons nous mettre constamment à leur écoute pour qu’elles puissent recevoir la Parole de Dieu dans leur vie, pour elles. Car la misère détruit. C’est elle qui est au centre des préoccupations, et elle oblige constamment ceux qui la subissent à chercher des solutions. Il ne reste alors que très peu de place dans la tête et dans le cœur pour autre chose. Ainsi, peu de personnes savent lire, ou bien, si elles lisent, elles com-

▲ Gestuation de la Parole lors d'une rencontre pour Diaconia

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Je suis toujours émerveillé quand nous gestuons en famille. Les enfants semblent tout entier absorbés dans leurs gestes, comme si la Parole pénétrait leur être. Les parents s’appliquent eux aussi à reproduire les gestes du mieux possible. Ces corps abîmés par la violence de la misère semblent revivre. Ils s’autorisent sans réserve à s’exposer aux regards, comme s’ils pressentaient que la Parole de Dieu pouvait commencer en eux, aujourd’hui, son œuvre de guérison. Une maman affirme : « quand je fais des récitatifs, c’est comme


Partager la Parole avec les familles du Quart-Monde par les récitatifs me conforte dans plusieurs convictions : c’est une « libération » de la vivre dans son corps, c’est un chemin d’apprentissage mutuel et c’est une expérience communautaire. Un chemin de libération : pour moi, ce fut tout d’abord un apprivoisement de mon corps. J’ai réappris ce qui vient tout naturellement à un enfant : s’exprimer avec son corps devant les autres, sans gêne et sans honte, mais aussi et surtout faire l’expérience dans tout mon être qu’une parole façonne. Et ce ne fut pas un mince travail pour moi qui avais étudié un certain temps après le

Le SAPPEL Le Sappel a une approche particulière apprise à ATD Quart-Monde : la misère est globale, la réponse doit être globale. Le plus pauvre doit donc être considéré dans toutes ses dimensions humaines. La misère casse les relations ; d’où l’importance de la dimension familiale et sociale. L’expérience humaine extrême forgée par la misère donne aux familles du quart-monde une place de choix dans la recherche du sens de l’histoire, du monde, de Dieu.

© DR Sappel

si j’avais Jésus devant moi. » Elle connaît un grand nombre de passages par cœur, et ne peut pas s’empêcher de les chanter dès qu’elle les entend. Une autre femme avait découvert la force de l’amour de Dieu pour elle dans ce verset de Jr 15,16, et notamment dans ces mots : « Car ton Nom est prononcé sur moi. ». Elle gestuait les yeux fermés, remplie de cette Parole et de l’assurance de la présence du Seigneur à ses côtés, alors qu’elle venait de perdre son compagnon. Elle savourait de tout son corps et de tout son cœur la fidélité et la tendresse du Seigneur pour elle. Les enfants goûtent eux aussi très souvent la douceur de la Parole, même s’ils ont du mal à exprimer ce qu’ils vivent. Cette façon d’aborder la Parole leur convient bien : il ne s’agit pas d'être dans le cérébral, mais de l’accueillir dans tout son être.

La proposition de la foi en quart-monde consiste donc à permettre aux familles de relire positivement leur vie de misère pour y découvrir les traces de la présence d’un Dieu créateur et sauveur. Un des obstacles majeurs est la difficulté à entrer dans le symbolique. La dureté des conditions de vie maintient les familles dans l’immédiateté, l’ignorance et la honte. C’est pourquoi le Sappel insiste sur la création artistique et sur la gestuation de la Parole de Dieu comme chemin d’intériorité.

Pour plus d’information : Site internet : http//:sappel.info

bac. Il fallait sortir de la « cérébralité ». Un chemin d’apprentissage mutuel : on ne gestue pas la Parole tout seul. Quand je le fais avec les familles du Quart-Monde, je suis sans cesse invité par les enfants ou les parents à revisiter les gestes pour qu’ils s’accordent du mieux possible avec les paroles. Même si je suis celui qui connaît la mélodie et les gestes, je suis aussi celui qui reçoit d’eux une autre compréhension de la Parole, une autre interprétation. Et j’ai à

me laisser transformer aussi bien par la Parole elle-même que par l’interprétation que les familles en font. C’est enfin un chemin d’expérience communautaire : ce vaet-vient d’expérience, de ressenti, de partage de vie et de compréhension qui nous rassemble autour de la Parole, c’est cela qui fait que la communauté existe et se construit ; un vrai chemin d’Église. Philippe Brès mars / avril 2014 23


Se former

Lire la Bible

Moïse et Myriam, jalousie dans la fratrie Myriam et Aaron, à l'image du peuple, se mettent à douter de Moïse, et à travers lui, de Dieu. C'est leur humanité même qui est alors dégradée. Ils sont appelés à retrouver le chemin de la confiance et de la louange.

A

A la sortie d’Égypte, Myriam a chanté la victoire de Dieu pour Israël. Le peuple a été libéré de l’esclavage pharaonique en traversant la mer ouverte par le bras de son frère Moise, qui a cru en l’ordre de son Dieu. Le frère et la sœur communient alors dans une même louange, dans la même renaissance du Dieu qui, pour eux, a fait merveille. Mais l’histoire n’est pas finie. Cette merveille n’est que l’ouverture d’une longue marche à travers le désert au cours de laquelle

le peuple libéré est mis à rude épreuve devant le risque constant de la mort.

Le peuple alors ne va pas cesser de murmurer contre Moïse et son Dieu. Et Myriam, avec Aaron, saisis par ce même esprit, sont pris de jalousie à l’égard de leur frère.

Avant l’entrée en terre promise, encore lointaine, cette traversée désertique est le moment rêvé, si l’on peut dire, du retour de la tentation primitive du doute à l’égard de la Promesse divine. Depuis le jardin d’Eden, ce doute est toujours inspiré par l’esprit jaloux de Dieu qui, ici, dans le désert, va prendre appui sur la faim et la soif pour entraîner l’humanité dans le murmure et la jalousie.

Myriam, ainsi qu’Aaron, parla contre Moïse à cause de la femme kushite qu’il avait prise. Car il avait épousé une femme kushite. Et ils dirent : « Yahvé ne parlerait-il donc qu’à Moïse ? N’a-t-il pas parlé à nous aussi ? » Yahvé entendit. Or Moïse était un homme très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté. (Nombres 12, 1-3) Tout d’abord, comme toujours, quand la confiance en l’Esprit est mise en doute, les vieux conflits familiaux ressurgissent. Moïse a épousé une femme étrangère, scandale pour son clan jaloux d’une identité charnelle idolâtrée, scandale pour son frère et sa sœur. Il a épousé une femme kushite !

Michel Farin s.j. réalisateur, il a travaillé pendant 35 ans pour l'émission "Le jour du Seigneur", dernier livre : "En enfer, il n'y a personne", éd. Lessius.

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Interrogation perverse Mais comme toujours, même si cela reste inconscient le plus souvent, cette jalousie profonde met en cause le rapport à l’origine, le rapport à Dieu. Yahvé ne parleraitil donc qu’à Moïse ? N’a-t-il pas parlé à nous aussi ?


Le récit a souligné aussi que Yahvé entendit. Dieu entend le murmure de Myriam et Aaron à l’encontre de Moïse, murmure qui, en fait, s’adresse à Lui, à travers leur frère. Yahvé, alors, ne peut laisser son humanité se faire enfermer dans les sophismes diaboliques. Ces sophismes, en effet, en tuant la confiance en la parole de Dieu, font mourir en même temps toute confiance fraternelle et donc l’humanité. Soudain, Yahvé dit à Moïse, à Aaron et à Myriam : « Venez-vous-en tous les trois à la Tente du Rendez-vous. » Ils allèrent tous les trois, et Yahvé descendit dans une colonne de nuée et se tint à l’entrée de la Tente. Il appela Aaron et Myriam ; tous deux s’avancèrent. Yahvé dit : « Ecoutez donc mes paroles : s’il y a parmi vous un prophète, c’est en vision que je me révèle à lui, c’est dans un songe que je lui parle. Il n’en est pas ainsi

de mon serviteur Moïse, toute ma maison lui est confiée. Je lui parle face à face dans l’évidence, non en énigmes, et il voit la forme de Yahvé. Pourquoi avez-vous osé parler contre mon serviteur Moïse ? » (Nombres 12, 4-8) S o u d a i n , d i t le t ex t e, D i e u convoque en sa présence Moïse, Myriam et Aaron. Ce caractère soudain de l’intervention divine souligne bien l’initiative absolue de Dieu qui reprend la parole là où elle a été pervertie. A la Tente du Rendez-vous, il appelle Aaron et Myriam en leur demandant de s’avancer pour redevenir ses interlocuteurs. En s’adressant à eux personnellement, il leur rend l’accès à sa parole, en vérité. © Bildarchiv / Foto Marburg

Cette interrogation perverse est typique de l’esprit diabolique qui s’appuie toujours sur quelque chose de vrai pour le détourner, pervertir, dans une interrogation fausse. Il est clair que si Dieu a parlé personnellement à Moïse c’est pour parler à tous. Seule la jalousie peut interpréter cette médiation de Moïse, voulue par Dieu, comme une prétention à un privilège dont les autres seraient exclus. Avant même de rapporter l’intervention de Dieu, le récit répond déjà à cette folie par cette merveilleuse affirmation qui rend vaine l’interprétation jalouse : Moïse était l’homme le plus humble que la terre ait porté.

Confiance et alliance Il est important de remarquer que Dieu ne discute pas avec le contenu de leur murmure jaloux, pour se justifier. Il ne dit pas, par exemple : comprenez, bien sûr je parle aussi à vous comme à votre frère ! Il dit : Pourquoi avez-vous osé parler contre mon serviteur Moïse ? Alors que je lui parle face à face ! Dieu renforce encore, si l’on peut dire, le caractère unique de sa communication avec Moïse, au risque de provoquer un renforcement de la jalousie. Mais Il appelle ainsi à une nouvelle reconnaissance de la merveille de sa présence entre frère et sœur, dans une humanité qu’Il continue de libérer de l’esclavage, celui de toute jalousie. Dieu en effet, précise, à propos de son serviteur Moïse : Toute ma

maison lui est confiée. Ma maison, c’est Israël qui figure ici toute l’humanité. Ainsi Dieu confie son humanité à sa Parole qu’il donne à son serviteur pour qu’en Elle ses frères se confient. C’est seulement dans le jeu de la confiance, sans laquelle il n’y a pas d’alliance, que l’humanité est en marche vers la terre promise où n’existeront plus que des frères et sœurs qui se reconnaîtront dans la louange d’un même Père. Sur cette terre, Dieu l’a promis, il n’existera plus ni jalousie, ni idolâtrie. La mort qui défigure l’homme sera vaincue.

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Mais au cours de cette longue marche dans le désert, qui conduit de l’Égypte à la terre pro-

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Lire la Bible mise, l’humanité ne retrouve la confiance en Dieu et la louange, qu’en reconnaissant ce qui la défigure et provoque la colère de Dieu qui ne peut supporter ce qui dénature celle qu’Il aime. "La colère de Yahvé s’enflamma contre eux. Il partit et la nuée quitta la Tente. Voilà que Myriam était devenue lépreuse, blanche comme neige. Aaron se tourna vers elle : elle était devenue lépreuse." (Nombres 12, 9-10)

du Rendez-vous pour signifier qu’elle n’est pas prisonnière de leur querelle. Et l’effet de cette Présence fidèle va continuer à se manifester dans ce qui suit où la confiance, de nouveau est à l’œuvre.

Myriam devenue lépreuse est appelée à reconnaître la jalousie qui la défigure pour retrouver la louange qui lui faisait chanter la merveille de Dieu accomplie par son frère. La présence de Dieu n’a pas quitté cette famille perturbée, même si la nuée a quitté la Tente

C’est Aaron, le frère jaloux, qui prie Moïse pour sa sœur, en reconnaissant la folie qui les a possédés. Cette jalousie rend semblable à l’avorton car elle empêche de naître à la vie véritablement humaine qui ne se soutient que de la louange.

Dieu, alors, ne peut que ‘craquer’ devant une demande qui vient de son propre Esprit, celui qui a ramené son humanité dans la confiance en Lui, en triomphant de toute jalousie. Dieu va commander seulement un délai de sept jours avant le retour au camp de Myriam, afin que soit respectée la mémoire de ce qui s’est passé. Car rien ne peut ressusciter à partir du déni de ce qui s’est passé. Alors seulement le peuple peut reprendre sa marche vers la terre promise.

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Retrouver la louange

Aaron dit à Moïse : « A moi, Monseigneur ! Veuille ne pas nous infliger la peine du péché que nous avons eu la folie de commettre et dont nous sommes coupables. Je t’en prie, qu’elle ne soit pas comme l’avorton dont la chair est à demi rongée lorsqu’il sort du sein de sa mère ! » (Nombres 12, 11-12)

Mais cette prière adressée à Moïse comme à Monseigneur pourrait être encore une tentation si celuici pensait pouvoir, par lui-même, y répondre. Mais Moïse était l’homme le plus humble que la terre ait porté, et la merveille de Dieu à l’œuvre se poursuit. C’est Moïse lui-même qui se confie en Dieu, en l’implorant pour sa sœur, selon l’Esprit du pardon.

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Moïse implora Yahvé : « O Dieu, dit-il, daigne la guérir, je t’en prie ! » Yahvé dit alors à Moïse : « et si son père lui crachait au visage, ne serait-elle pas sept jours dans la honte ? Qu’elle soit pendant sept jours séquestrée hors du camp, et qu’elle y soit admise ensuite à nouveau ». Myriam fut séquestrée pendant sept jours hors du camp. Le peuple ne partit pas avant sa rentrée. Puis le peuple partit de Haçérot, et alla camper dans le désert de Parân. » (Nombres 12, 13-16) Michel Farin sj


Spiritualité ignatienne

Ignace a la crypte du martyrium de Saint-Denis Comment une chapelle vénérée pour être le lieu du martyre de saint Denis est devenue également un lieu privilégié dans la spiritualité ignatienne ? Bénévole dans cette crypte où les premiers compagnons se sont engagés par des vœux, Dominique Gallet nous en trace l’histoire et nous invite à la visiter.

Un an plus tôt, dès 1533, Simon Rodriguez, Francisco de Xavier, Diego Launez, Alfonso Salmeron, Nicolas de Bobadilla et Pierre Favre s’étaient ralliés à Ignace, étudiant à Paris depuis 1528. Ralliement des plus fermes : Pierre Favre retourne six mois en Savoie mettre ses affaires en ordre afin de se consacrer entièrement au projet construit par le petit groupe d’« amis dans le Christ ». Le projet

se décline en deux volets essentiels : vivre en prêtres pauvres et se rendre à Jérusalem sur « la terre de Notre-Seigneur ». Ce second point est ainsi complété : « Et s’ils en reviennent ou s’ils sont empêchés de partir dans l’année qui suivra la fin de leurs études, d’aller à Rome se mettre à la disposition du « Vicaire du Christ » pour toute mission chez les fidèles ou les infidèles ».

Le projet se fait engagement Sur ce fond d’émulation apostolique et de vie spirituelle dense, la pratique des Exercices, ensemble ou en solitude, se généralise, sous la vigilance d’Ignace. Le 22 juillet 1534, Pierre Favre célèbre sa première Messe. C’est donc lui qui, en ce jour de l’Assomption de cette même année, officie, dans la crypte de la chapelle des Martyrs où les sept amis, une fois la clé en main, sont descendus, pour cette célébration de l’Eucharistie en l’honneur de Marie. Au cours de la messe, le projet se fait engagement solennel : un vœu est prononcé sous le regard du Seigneur.

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Représentons-nous la scène : à l’aube de ce 15 août 1534, Ignace de Loyola et six compagnons quittent d’un bon pas le collège Sainte-Barbe, dégringolent la rue (aujourd’hui rue des Carmes), se dirigeant vers la Cité, passent devant Notre-Dame, traversent la Seine, marchent vers Montmartre et atteignent enfin le sommet de la Butte. Là, en pleine campagne, à travers vignes et vergers où, ici et là, se détachent les silhouettes de grands moulins à blé ou à gypse, ils se rendent droit à l’abbaye des Bénédictines Blanches et demandent la clé de la chapelle des Martyrs. Ils l’obtiennent sans tarder des mains de la sœur sacristine.

Chacun s’engage devant tous. Ce vœu, que la tradition ignatienne appellera le vœu de Montmartre, constitue bien les prémices de la fondation officielle de la Compagnie de Jésus, en 1539 à Rome. La scène du vœu est immortalisée par un tableau du XIXe offert au

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Spiritualité ignatienne regard sur une paroi de la crypte.

Pourquoi ce lieu ? Pourquoi ce choix de la chapelle des Martyrs, ce 15 août de 1534 ? Certes un martyr est un témoin et il s’agissait de témoigner au Seigneur d’un amour exclusif par un engagement de sa vie. Mais, de surcroît, Ignace aimait Paris, dont il arpentait les rues, et les martyrs honorés en ce lieu n’étaient autres que les premiers

© Droits Réservés

Etoffé d’autres recrues, Claude Jay, Paschase Broët et Jean Codure, le groupe renouvelle ce vœu les 15 août 1535 et 1536, au même endroit. Ignace, lui, a dû regagner son pays natal le 25 mars 1535, sur prescription médicale. Le 8 janvier 1537, ils sont neuf à rejoindre, à Venise, Ignace, arrivé d’Espagne par la mer avec un onzième compagnon, Diego Hocez. La suite, nous la connaissons : de Venise, où Ignace fut ordonné prêtre en juin, il n’y eut pas de départ pour Jérusalem faute d’embarcation. Au début

de 1538, c’est par petits groupes que les compagnons prennent la route de Rome, où la Compagnie sera officiellement approuvée par le Pape en septembre 1540.

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à avoir fait connaître le Seigneur à sa population. C’est en effet à cet emplacement, sur lequel est aujourd’hui érigé un collège public, au 11 rue Yvonne Le Tac (résistante ayant aussi connu le martyre), que l’on situe le martyre de saint Denis, évangélisateur et premier évêque de Paris, et de deux de ses compagnons, saint Rustique et saint Eleuthère. Un emplacement que la découverte fortuite d’un caveau, lors de travaux menés en juillet 1611, confirma (Marie de Médicis et la cour vinrent alors sur place). Saint Denis subit le martyre en 258. L’endroit étant devenu, très vite, un lieu de dévotion, sainte Geneviève persuada les Parisiens d’y édifier une chapelle vers 475. Les pèlerins affluent de tout le royaume de France et au-delà, pendant des siècles… Jeanne d’Arc, Vincent de Paul, Thomas Beckett, entre autres, vinrent y prier. Les rois de France y passèrent en hommage à saint Denis et ne manquèrent jamais de s’y recueillir avant de se rendre à Reims pour le sacre. François 1er y aurait fait dire des messes pour la santé du Dauphin… Après Ignace de Loyola, d’autres viendront, de la même école spirituelle, y vivre des clairvoyances, des choix, des engagements : Pierre-Joseph de Clorivière, Madeleine Daniélou… La chapelle deviendra celle de l’abbaye d’en-bas (édifiée vers 1690 en complément de celle d’en-haut, sur ce qui est à présent la place des Abbesses), comme l’église Saint-Pierre, église aujourd’hui paroissiale au sommet de la butte, était celle de


l’abbaye d’en haut. Une abbaye bénédictine ainsi qu’un couvent de Carmélites demeurent, aujourd’hui, derrière la basilique du Sacré-Cœur. C’est tout cela, et d’autres éléments de contexte, qu’une poignée de bénévoles se chargent de raconter, témoignant à leur tour de ce qui fut un grain venu tomber en ce lieu, dont la fécondité fut souligné par Ignace de Loyola, pour la vie de l’Église et du monde. Car si la chapelle est aujourd’hui le r é f e c to i re d u c o l l è ge, l a crypte est toujours là, simple et nette, donnant encore à sentir quelque chose d’une claire détermination. Propriété de la Ville de Paris depuis 1982, elle accueille aussi des chorales en répétition, des récitals de poésies, des représentations théâtrales, des concerts, sous la houlette de Zygmunt Blazinski, metteur en scène et comédien qui présente des auteurs d’inspiration spirituelle (Max Jacob, Rilke, Pessoa…). Cependant, la crypte reste un lieu liturgique : chaque année quatre eucharisties y sont célébrées par un membre de la Compagnie, les 31 juillet (fête de saint Ignace), 15 août (commémoration du vœu), 9 octobre (saint Denis) et le 3 décembre (saint François Xavier). Précisons, ici, qu’en outre tout Jésuite du monde entier, venant à passer, peut venir y célébrer quand il le souhaite, en se procurant la clé, tout comme Ignace l’avait fait au XVIe siècle, à la suite de milliers de pèlerins. Relevons enfin, que, si Ignace de Loyola et François

Xavier furent canonisés en 1622, c’est tout récemment que Pierre Favre – béatifié en 1872 - le fut à son tour, le 17 décembre 2013, par le pape François. Sa fête sera célébrée le 2 août. Lieu caché et matriciel, elle se visite, non pas sept jours sur sept mais à des moments précis, privilégiés serait-on tenté de dire : de 15h à 18h exclusivement, chaque vendredi après-midi, et, de surcroît les samedi et dimanche premiers de chaque mois. Son ouverture au public ne repose en effet que sur le bénévolat. Une association « des amis du Martyrium » veille sur elle, dont le conseil d’administration est composé d’instituts de spiritualité ignatienne : la Compagnie de Jésus, la Société du Cœur de Jésus, la Congrégation des Auxiliatrices des âmes du Purgatoire (dont le siège fut sur le lieu de mémoire pendant plus d’un siècle), de membres de droit, tels le recteur de la Basilique du Sacré Cœur, les curés des paroisses St-Jeande-Montmartre et St-Pierre de Montmartre, d’un président, d’un trésorier, de quelques bénévoles et bienfaiteurs, peu nombreux au regard de l’importance du lieu.

Alors, si vous n’êtes jamais venu la découvrir, ne faut-il pas en prendre le chemin, avec ou sans bâton, à pied ou par tout autre moyen plus contemporain à disposition ?

Bénévoles Si vous demeurez aux alentours, compagnons de la CVX ou proches de cette communauté spirituelle, pourquoi ne pas venir à votre tour présenter la crypte aux passants, venus du coin de la rue comme du bout du monde, qui franchissent le seuil et descendent les marches, et faire le récit de la démarche fondatrice. Même s’il vous en coûte, à l’aller, lorsque ce sera par grand soleil que vous emprunterez la rue Yvonne Le Tac pour séjourner trois heures à l’ombre de la voûte, c’est joyeux du partage vécu avec les visiteurs que vous en repartirez, comme cela se passe à chaque fois, pour chacun des bénévoles. D’ores et déjà, grâce vous soit rendue pour ce discret service ad majorem Dei gloriam. Dominique GALLET CVX

Sur les traces d’Ignace à Paris Où loge-t-il ? Où prépare-t-il ses examens ? Pour approfondir la rencontre des sept premiers compagnons, les pèlerinages du « pèlerin »… et découvrir le Paris du XVIe siècle, plongez-vous dans ce livre qui permet une connaissance plus réaliste, plus humaine d'Ignace de Loyola et en particulier de l'évolution de sa mentalité au cours de ses années parisiennes. L'ouvrage donne aussi un éclairage historique sur les lieux et monuments cités dans le Récit, ainsi qu’une carte de l’époque. Ignace à Paris (1528-1535) André RAVIER édition Vie chrétienne – 8 euros. En vente sur vie.chretienne.fr

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Question de communauté locale

Partager les frais Participer à la vie d’une communauté locale peut impliquer des frais cachés : trajet, garde d’enfants le temps de la rencontre, formation. Cet aspect peut devenir critique pour certains. Comment faire pour que la question financière ne soit pas facteur d’exclusion ?

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« Les rencontres me prennent trop de temps ». Derrière cette remarque se cache parfois un motif qui dépasse la seule question de la disponibilité. Ce motif ? Le coût de notre participation.

service de la communauté peut aussi se trouver en difficulté  : déplacements, rencontres supplémentaires, invitation à se former. L’aspect financier pointe rarement dans nos échanges.

Il est fréquent qu’un compagnon habite loin des autres membres de sa communauté locale. Lorsqu’il vient à une rencontre, il doit parcourir 30 ou 40 km, parfois plus. S’il est à l’aise sur le plan financier, cet éloignement n’est peut-être pas un problème. Mais que dire s’il est sans emploi ou si son budget est serré ?

Alors que faire ? Laisser chacun se débrouiller  ? Solution de facilité en apparence, où le compagnon concerné peut par exemple décider de diminuer sa contribution annuelle, autrement dit sa cotisation. Il pourra ainsi réserver une part de son « budget CVX » aux coûts engendrés par sa participation aux rencontres. Mais nos communautés se reçoivent aussi des communautés régionale, nationale et mondiale. La question de notre participation financière à la vie de la CVX dépasse la dimension purement individuelle. La communauté locale est donc renvoyée à la question initiale. Comment partager les frais induits par nos rencontres ?

Autre cas, celui d’un couple avec des enfants en bas-âge. Participer à une rencontre de communauté locale signifie recourir à un babysitter. Là encore, la question du budget émerge. Pour peu que les réunions trainent en longueur, qu’il y ait un peu de route, les soirées en CVX peuvent vite peser sur le budget familial. N’oublions pas les retraites, les formations ou les sessions. Certaines communautés locales décident parfois de prendre un temps ensemble, sur une journée, un week-end, parfois plus. Partir quelques jours dans un centre spirituel est vite cher, surtout si l’on rajoute le coût des transports. Une personne appelée à une responsabilité au 30 Nouvelle revue Vie Chrétienne - N° 28

La solution passe d’abord par une prise de conscience et par une préoccupation à porter au sein de nos communautés locales. Faute de quoi nous risquons de décourager certains de nos compagnons sans même le remarquer. Les moyens sont pourtant multiples. Il suffit par exemple d’organiser un covoi-

turage dès que c’est possible. On peut aussi modifier le lieu des réunions en fonction des contraintes des uns et des autres. Ou partager concrètement les coûts de garde d’enfants ou de transport. L’important est de pouvoir en parler et de faire ensemble un travail de discernement. Sans oublier d’évaluer. On peut imaginer qu’une rencontre se fasse systématiquement dans la maison du couple ayant des enfants pour éviter les frais de baby-sitting. Mais cette solution ne sera peut-être pas adaptée si les enfants nuisent à la sérénité de la rencontre. Il n’y a donc pas de solution toute faite, universelle. Et si l’on profitait du partage sur les projets de l’été pour poser un geste de solidarité entre les membres afin de permettre à tous ceux qui en ont le désir de partir faire les Exercices ? Chaque communauté locale doit veiller à ce que son fonctionnement ne soit pas facteur d’exclusion. En particulier pour les compagnons qui sont moins à l’aise sur le plan pécuniaire. Face à ces questions en apparence très pragmatiques, l’Esprit saura nous rendre créatifs. Armel Guillet CVX


Š Duncan smith / Photodisc


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En France

Enracinement : Être serviteur Dans le numéro précédent de la revue était présenté le nouveau chantier de la formation : le « parcours d’enracinement » destiné aux personnes qui sortent d’accueil. A Rennes, une équipe de cinq personnes travaille à l’élaboration d’une partie de ce parcours, autour de l’axe « être serviteur ».

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Nous travaillons assidûment mais néanmoins avec grand plaisir et intérêt. Plusieurs d’entre nous ont été, par le passé, chargés d’équipe d’accueil et avaient constaté que la marche est difficile parfois pour ceux qui en sortent et qui arrivent dans une équipe dont les membres se connaissent depuis longtemps. Nous avons donc salué cette initiative de proposer un parcours d’enracinement pour favoriser la croissance à cette étape.

d’élaborer des canevas de réunions ou des propositions d’expérimentations concrètes pour permettre aux membres de réfléchir sur leur place et leur vécu de serviteur. A chaque rencontre nous avons échangé sur des modifications, des ajouts, mais aussi sur nos convictions, nos observations dans nos équipes, nos expériences intérieures. Bref, les rencontres ont été riches et nourrissantes et nous y avons vécu un vrai compagnonnage dans le service.

Nous nous sommes lancés dans une recherche de thèmes qui nous semblaient incontournables, de formats de réunions, de textes de références, de textes de l’Écriture, et avons mis sur la table toutes nos suggestions et idées. Il s’agit

© Kuzma / Photodisc

Voici quelques extraits de notre relecture à ce jour : « J’ai eu le sentiment d’appartenir à une communauté plus grande que la communauté régionale qui m’est familière. Quand j’ai pris connaissance du projet, il m’a paru gigantesque, et puis avec l’aide, le soutien, l’investissement des compagnons de cette équipe, j’ai senti qu’on pouvait toujours et encore avancer, creuser. L’Esprit nous a portées. Mes années en CVX ont pris un autre sens : porter du fruit pour les autres, redonner un peu de ma propre croissance. » « Le fait que je venais d’une autre région (le Mans) m’a fait découvrir les pratiques des voisins. Découverte féconde : on en rap-

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porte des textes, des idées, des manières de faire, et je suis très contente d’avoir créé des liens. » « Ce fut une joie de travailler ensemble sur un chantier communautaire, une joie d’aller en profondeur dans les différents textes de la CVX, une joie de redécouvrir une appartenance à la communauté mondiale. » « Plaisir de chercher ensemble à bâtir une pédagogie en gardant au cœur le souci de tenir les objectifs et la volonté de se faire comprendre des nouveaux membres, sans tomber dans un « jargon ignatien » ; envie de partager le trésor des outils pédagogiques reçus en formation « servir la communauté » et « accompagner une communauté locale ». Nous nous sommes aperçu enfin que la CVX a beaucoup de ressources inexploitées que le commun des membres ne consulte pas forcément (pour exemple : les articles de la revue et les textes des Assemblées nationales et internationales), une mine ajoutée à l’inspiration de chacun. Ainsi avance le travail et grandit notre désir d’aimer le Christ. L’équipe de préparation de Rennes


Compagnons de traversée

Ce week-end chemine avec l’ESCR depuis très longtemps, depuis l’été 2011, deux ans ! Idée un peu folle, joyeuse, déposée dans mon cœur curieusement, et partagée aussitôt avec mes compagnons d’ESCR. Leur accueil : joie première mêlée de crainte devant l’ampleur du projet. La période de test du projet est vécue comme une confirmation, toujours enthousiasme des différents membres sollicités. Toujours joie. Nous réalisons que nous ne pouvons pas mettre en place ce projet seuls, nous faisons l’expérience de nos limites. S’ensuit un temps d’appel de compagnons pour constituer le comité de la Baie. Pendant la préparation, nous faisons chemin ensemble, décidons qu’une place sera faite pour ceux qui ne traversent pas la baie à pied.

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La communauté régionale Hauts-de-Seine Sud a vécu son week-end régional en traversant la baie du Mont saint Michel les 12 et 13 octobre 2013… moment communautaire très fort. Temps de visite, de traversée spirituelle de la baie sous un soleil glacé. Ce moment reste gravé dans les cœurs et dans la vie de la région, écoutez les témoignages…

S’occuper des hébergements (remaniés jusqu’à la dernière minute car il y a des désistements réguliers) est très délicat, et c’est un enjeu communautaire qui met en lumière des fragilités, des solitudes mais aussi des amitiés et des liens familiaux.

Le week-end : nous sommes prêts ! La présence de 35 enfants, soit le tiers des participants est une vraie joie pour nous. Les conjoints non-cvx ont trouvé leur place et sont heureux de ce temps partagé avec nous.

Véronique de l’Équipe Service Communauté Régionale – Hauts-de-Seine Sud

A la CVX, l’expression « compagnon de route » est souvent utilisée pour parler des membres. Lors de cette traversée de la baie j’ai physiquement expérimenté ce compagnonnage dans les zones boueuses, glissantes ou mêmes les sables mouvants. Une dame aux cheveux bien blancs et au regard très vif s’accroche à ma main et me dit : « Ensemble on tient mieux ! ». On ne s’est plus quitté du parcours ! La guide nous a même demandé, pour une traversée de cours d’eau, de faire une ligne bras-dessus brasdessous ! Quelle communauté ! A l’arrivée, dans une petite cour, sans vent, au soleil, trois petits robinets attendent 240 pieds vaseux et glacés ! Là aussi quel lavement des pieds symbolique en communauté !!! Ah ! Que j’étais bien malgré ce froid qui mordait les orteils !!!!

Retrouvez d'autres témoignages sur www.viechretienne.fr

Ah ! Quelle confirmation dans mon appartenance à la CVX ! A relire les soirs de réunion où la flegme mord ma motivation !!!

Marie-Claire CVX mars / avril 2014 33


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En France

A quoi ça sert une Assemblée de communauté ? Fin mai 2014, lors du week-end de l’Ascension se tiendra pour la seconde fois, une Assemblée de la Communauté CVX France. Encore une réunion comme une autre ? Ou bien a-t-elle un processus très particulier qui lui permet de donner des orientations pour les années à venir ? D’où tire-t-elle ce déroulement ?

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par lui, avec lui et en lui à cette initiative d’amour qui exprime la fidélité inébranlable de Dieu à sa promesse ». Depuis, le monde et l’Église n’ont cessé d’évoluer. La Communauté de Vie Chrétienne se réunit donc sous forme d’une assemblée mondiale tous les cinq ans. Chaque communauté nationale peut y envoyer trois de ses membres. Se constitue ainsi, pour un certain temps, comme un rassemblement intégral de la Communauté qui peut, avec l’aide de l’Esprit, discerner les pas à faire pour le b i e n de l a C o m mu nauté mondiale entière au cours des années à venir. Un temps important est pris pour « faire communauté ». Puis divers exposés, une délibération aident à percevoir l’enjeu de la situation mondiale présente et à discerner le pas à faire. Ainsi, il y a eu la reconnaissance que la communauté était bien "une" et "mondiale" [Providence 1982], la création du © Droits Réservés

1. DESE : discerner, envoyer, soutenir, évaluer

La Communauté de Vie Chrétienne a été fondée dans les années 60, prenant appui sur les Congrégations Mariales et le renouveau de celles-ci au cours du XXe siècle. Les Principes Généraux expriment la visée et les moyens principaux de cette association de fidèles, en partant de ce qui avait été vécu et reconnu comme charisme depuis les débuts des Congrégations Mariales, ils ont donc un caractère intangible d’une certaine manière… Ils sont écrits « pour nous aider à faire nôtres les options de Jésus Christ et à prendre part,

▲ Assemblée de 2012

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DESE1 [Nairobi 2003], la reconnaissance d’une identité de corps apostolique laïc [Fatima 2008], la reconnaissance que ce corps ne peut agir justement qu’en considérant sa pure dimension laïque, pris dans la vie quotidienne [Liban 2013]… Le document final prend normalement la forme d’une grâce explicitée. La grâce prend appui sur le contexte vécu et se décline ensuite sous forme de recommandations, recommandations qui sont données aux différents acteurs, les communautés nationales, l’Exco… La Communauté de Vie Chrétienne France depuis l’Ascension 2012 entreprend la même démarche, selon le même esprit. L’enjeu de la prochaine assemblée de Communauté sera, à partir de ce qui aura, été vécu au Liban et de ce que vit aujourd’hui la Communauté de Vie Chrétienne France, de formuler le pas à vivre, à partir de la grâce reçue, en considérant notre situation. Recevant une grâce, et la déclinant en orientations… Jean-Luc Fabre, assistant national de la CVX France


En France

Choisir son été Voici venu le moment de faire des projets pour l’été. Beaucoup de propositions, alors comment choisir ? Au-delà des critères de date ou de lieu, les questions à se poser ne sont-elles pas : de quoi j’ai besoin ? Qu’est-ce qui va me redonner du souffle ? Quelle proposition peut correspondre à mon attente ? A travers ce prisme, regard sur les propositions de la CVX. Je désire un temps fort à vivre ensemble

Session 6 jours en Communauté • Dim 13/07 au sam 19/07 n Penboc’h (56) Session s’adressant à tous les membres de la Communauté, tout particulièrement aux personnes en période d’enracinement : elle allie vie communautaire et détente. Un accueil des enfants est prévu, avec un parcours spirituel adapté pour les 3-12 ans.

Session Familles - 5 jours • Lun 18/08 au ven 22/08 n Nevers (58) Session avec des temps seul, à deux et en famille. Vivre le DESE en famille.

Je désire une retraite, en ayant les enfants à proximité

Retraite Familles - 6 jours • Dim 20/07 au sam 26/07 n Penboc’h (56) Pour parents avec jeunes enfants (ou éventuellement grand-parents avec petits enfants). Adultes en retraite de 9h à 17h. Parcours adapté avec dimension spirituelle pour les enfants. Sinon, détente en famille.

Je désire du silence et de l’accompagnement dans la prière

Retraite « une entrée dans les Exercices » 5 jours • Dim 27/07 au sam 2/08 n Biviers (38) Retraite d’initiation, pour ceux qui démarrent. Des temps personnels (silence, prière, accompagnement), des temps en groupe.

Retraite « Avance en eau profonde » 10 jours • Lun 14/07 au ven 25/07 n Loisy (60) Pour ceux qui ont déjà vécu des retraites (5j, 7j…). Pour ordonner sa vie en profondeur et/ou pour prendre une décision.

Retraite « Une entrée dans les Exercices » avec une dimension corporelle - 5 jours • Dim 3/08 au sam 9/08 n Biviers (38) Retraite d’initiation, pour ceux qui démarrent. Des temps personnels (silence, prière, accompagnement), des temps en groupe. Chaque jour un exercice corporel avec un support différent (terre, danse traditionnelle, récitatif biblique, relaxation…).

« Avance en eau profonde » – 10 jours • Lun 28/07 au ven 8/08 n Hautmont (59) Pour ceux qui ont déjà vécu des retraites (5j, 7j…). Pour ordonner sa vie en profondeur et/ou pour prendre une décision.

Retraite Familles – 6 jours • Dim 10/08 au sam 16/08 n Biviers (38) Pour parents avec jeunes enfants (ou éventuellement grand-parents avec petits enfants). Adultes en retraite de 9h à 17h. Parcours adapté avec dimension spirituelle pour les enfants. Sinon, détente en famille.

Pour tout renseignement complémentaire : www.cvxfrance.com 01 40 21 12 65 formation@cvxfrance.com

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Ensemble faire Communauté

Dans le monde

Naissance d’une Communauté en Haïti Venus du Cameroun, Denis et sa femme ont suscité la création de groupes de prière ignatiens, devenus la base de la première Communauté en Haïti. Malgré le séisme de 2010 le désir de suivre le Christ à la manière d’Ignace grandit.

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moins une rencontre. Fin juin 2011, l’enthousiasme des participants allant croissant, nous avons démarré à partir d’octobre 2011 un groupe d’accueil CVX. Au cours de ce cycle, l’accent avait été mis sur la formation des membres, qui se sont progressivement imprégnés de la pédagogie ignatienne et du « charisme CVX ». La période d’accueil dans la CVX a permis aux membres de connaître la CVX dans ses dimensions spirituelle, communautaire et apostolique. À l’issue de ce temps d’accueil, douze personnes ont alors choisi de continuer à cheminer dans la CVX. Dès le mois de décembre 2012, l’équipe était constituée des douze personnes qui ont été assidues depuis le début de cette initiative. En janvier 2012, un bureau a été mis en place. Le processus de formation des membres continue, afin de permettre que ceux-ci deviennent des relais sûrs pour l’implantation de la CVX en Haïti dans les années à venir.

l’initiation à la prière ignatienne comme porte d’entrée. Une occasion s’est offerte pour commencer avec des jeunes de la Pastorale Universitaire. Depuis le démarrage de cette initiative en janvier 2009 jusqu’à janvier 2014, nous avons eu plus de cinquante rencontres organisées en six cycles. Ces rencontres d’initiation à la prière ignatienne ont été ponctuées par quinze récollections. Au total, environ 75 personnes ont participé à au

© Droits Réservés

Retrouvez les projets de la CVX Haïti et d'autres photos sur www.editions viechretienne.com

En arrivant en Haïti en août 2007 pour des raisons professionnelles, mon épouse et moi avions à cœur d’intégrer rapidement une Communauté de Vie Chrétienne. Après des rencontres avec les Pères Jésuites en Haïti, nous avons noté que la CVX n’existait pas encore. Très rapidement, nous avons engagé des réflexions sur la manière de mettre en place la CVX en Haïti. Les laïcs étant peu familiarisés à la spiritualité ignatienne, nous avons retenu

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Denis Tchuente, Membre CVX Cameroun, en mission professionnelle en Haïti depuis août 2007


Mobilisation contre la dénaturalisation des Haïtiens La CVX de la République Dominicaine et celles d’Amérique Latine lancent un cri d’alerte pour les droits de l’homme. Un cas concret où la CVX peut mobiliser autour des droits des plus faibles.

Face à cette situation de fragilisation des plus démunis, la CVX d’Haïti, celle de la République Dominicaine et la coordination CVX d’Amérique Latine se mobilisent depuis septembre 2013. Elles en ont fait un de leurs thèmes d’an-

née. Des appels aux autres CVX du monde entier pour relayer l’information sont en cours. Ces deux pays cohabitant sur la même ile des Caraïbes, les migrations sont fréquentes de part et d’autre de la frontière. Une situation d’interdépendance conflictuelle existe depuis l’origine. Mais la pauvreté croissante d’Haïti fait

peur. Les flux migratoires sont en augmentation de 27 000 haïtiens vivant en République Dominicaine en 1983, ils étaient plus d’un million en 2010, sans que leur statut soit toujours très clair. Propos recueillis par Marie-Gaëlle Guillet

© Micky Wiswedel / iStock

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La cour constitutionnelle de la République Dominicaine en septembre 2013 a décidé de priver les Dominicains d’origine haïtienne de leur nationalité dominicaine, même si elle leur est reconnue depuis 1929. « C’est près de 250 000 personnes qui sont privées rétroactivement de leur citoyenneté, les rendant apatrides et sans recours d’appel », explique Denis Tchuente de la CVX Haiti. « Cette décision pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour les gens d’origine haïtienne en République Dominicaine. Ils sont mis dans une situation d’extrême vulnérabilité, car ils pourraient perdre leurs droits et même l’accès aux services de base », souligne la coordination CVX Amérique Latine. Des lynchages ont commencé. Les personnes fuient leur quartier et sont « rapatriées » de l’autre côté de la frontière.

▲ Face à la cathédrale détruite lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010

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Ensemble faire Communauté

© Magis Africa

Dans le monde

Magis Africa 2014 Les jeunes d’une quinzaine de pays africains vont faire la fête, promouvoir la justice et la foi lors d’un grand rassemblement intercontinental au Zimbabwe cet été. Quelques places sont disponibles pour des jeunes français de la famille ignatienne. Genèse de ces rencontres.

P Pour vous inscrire : Marie-Emmanuelle Reiss : mer123ci@ aol.com

Pour célébrer les 200 ans de la restauration de la Société de Jésus, et répondre à l’appel du pape Benoit XVI d’une nouvelle évangélisation en Afrique, l’apostolat des jeunes de la Compagnie de Jésus du Zimbabwe a décidé de voir grand et de partager généreusement son élan en ouvrant la fête à treize autres pays d’Afrique où des jeunes de la

Du 7 au 27 août / Prévoir un budget de 1100 à 1700 euros / pour les 18-35 ans.

Plus d'informations sur le site

Et sur :

Magis Africa 2014

© Darren Patterson / iStock

http:// viechretienne.fr/ news/magisafrica,201.php

famille ignatienne sont présents. De l’Éthiopie à l’Afrique du Sud, de la République Démocratique du Congo à Madagascar, plus de 300 jeunes de 17 à 35 ans sont attendus du 14 au 24 août à Harare, la capitale. Une cinquantaine de jeunes venant d’autres continents les rejoindront : Polonais, Indonésiens, Brésiliens,… ils seront sans doute autant dépaysés que la quinzaine de Français qui y participera. Pour la délégation française, tout a commencé par une rencontre inattendue. Marie-Emmanuelle Reiss était sur le stand présentant la CVX lors de la fête du RJI (Réseau Jeunesse Ignatien) en octobre dernier. Au détour d’une conversation, elle découvre qu’une rencontre Magis aura lieu en Afrique à l’été 2014. Cela l’enthousiasme, elle qui a envie de faire découvrir la dimension mondiale de la Communauté CVX aux jeunes. Elle rencontre deux jeunes jésuites Zimbabwéens en étude à Paris et ouvre avec eux la proposition à tous les jeunes de la famille ignatienne : ceux de la CVX, mais

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aussi des équipes Magis, du RJI, de la messe qui prend son temps… « Nous avons prévu de partir dès le 7 août, explique Marie-Emmanuelle. Cela nous permettra de participer auparavant au rassemblement national de la CVX du Zimbabwe qui a lieu du 9 au 12 août. Notre but est de faire de belles rencontres avec ces CVX, de voir comment eux vivent de la spiritualité ignatienne ». Puis, avant de rejoindre le rassemblement Magis Africa le 15 août, trois jours de visites sont prévus : les chutes Victoria et le palais royal « Great Zimbabwe ». Le rassemblement Magis Africa n’est pas qu’une grande fête de jeunes : trois jours d’expériment sont prévus en petits groupes autour d’activités comme l’écologie, la justice sociale, les arts, un pèlerinage… Au cours de la messe finale, aura lieu l’ordination sacerdotale des jésuites zimbabwéens, dont les deux étudiants à Paris. Puis une journée de relecture achèvera ce périple. L'équipe de préparation de Magis


Billet

© Brianna May / iStock

Carême à la fenêtre L’aumône en Carême ? Merci, ma fenêtre donne sur la question, avec ces enfants roms qui mendient au tournant du boulevard. il y en a toujours un, par tous les temps, près de l’abribus. Ils se relaient, une fillette efflanquée assure la matinée ; l’après-midi, c’est un grand garçon joufflu, qui boite un peu. Le corps est affalé, sans forme, sous une vague couverture, la voix est geignarde, la phrase d’appel répétitive comme un cri d’oiseau, la maigreur des doigts donne à la main tendue la torsion des griffes : c’est comme un animal blessé prostré contre le mur, qui, selon les jours et l’humeur, vous donne envie de fuir, ou vous inspire une pitié paralysante. Donner, ou ne pas donner ? Pas d’argent, non, mais un fruit, une boîte de sardines ? « Non, nous répète Sylvie, une amie qui travaille dans le social, on cède au chantage, on encourage des adultes à exploiter ces enfants. Pas question ! ». A la petite du matin, elle avait soigneusement expliqué pourquoi elle ne lui donne rien : à cette heure-là ses parents devraient plutôt l’envoyer à l’école. Depuis - car, bien sûr, rien n’a changé - elles échangent des sourires. « Pour me narguer ? Va savoir… » La semaine dernière, j’étais en bas lorsque le gamin est arrivé pour la relève. Dès qu’elle l’a aperçu, la mendiante a cessé son imploration, brusquement, ses traits se sont adoucis. Plus de plis douloureux, d’œil implorant. D’un bond, elle a couru vers son ami. Pendant cinq minutes, deux enfants ont profité de la récréation pour rire aux éclats et se donner des nouvelles. Puis, sur une remarque de l’autre qui les fit s’esclaffer une dernière fois, le grand a gagné leur coin. Le corps s’est glissé sous la couverture crasseuse, les yeux se sont éteints. Très vite, la voix stridente et moqueuse a fait place au ton dolent qui convenait. Le spectacle de la misère pouvait reprendre. Quelle part de jeu d’enfants parvient à se glisser dans le triste défi qu’ils lancent à notre compassion et la mauvaise conscience ? ……. Ce matin, retour du marché, une vieille dame a tiré de son cabas quelques anémones qu’elle a données à la mendiante, avant de s’éclipser comme une fée de contes. Alors, j’ai vu la petite, au risque de ne plus être du tout dans le personnage, se tresser une couronne de fleurs, la poser sur sa tête, aller même surprendre son reflet à la vitrine du pressing voisin. Sois-en sûre, oui, tu étais belle… « Des pauvres, dit Jésus, vous en aurez toujours avec vous » 1 C’est sans doute aussi pour que les riches, de leurs hautes fenêtres, aient de quoi s’émerveiller. Allons, descendons, le désert peut refleurir. Philippe Robert sj 1. Jn 12, 8

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Prier dans l’instant

en écoutant l’interview d’un grand cuisinier Je suis en voiture, et j’écoute à la radio une émission où le journaliste invite régulièrement des personnes qui m’intéressent, m’étonnent, me déplacent. Aujourd’hui, l’invité est un grand chef cuisinier. Le sujet ne m’est guère familier, mais ce monsieur parle davantage d’une attitude de vie que de recettes. Vers la fin de l’émission, le journaliste lui demande : « Quand vous inventez un nouveau plat, par quoi commencez-vous ? »

© Nicolas Messyasz / CIRIC

« Je commence toujours par une journée de jeûne. Quand j’ai faim, je suis très créatif ». Je suis tellement surprise et touchée que je réécoute ce passage le soir sur internet. Cela sonne pour moi comme étonnant et joyeux, décalé par rapport au contexte où je suis habituée à entendre parler de jeûne. J’entends la liberté et la créativité, un moyen pour être plus vivant. Et pour une fois, je n’entends pas en sous-titre l’effort de carême, qui a toute sa légitimité mais qui ne m’a jamais mise en route. Ce message profane m’ouvre à une réalité de ma foi : Et s’il y avait de cela dans le jeûne, Seigneur, jeûner pour être créatif… à Ton service ? Dominique Pollet

Nouvelle revue Vie Chrétienne – mars / avril 2014


Revue Vie chretienne 28 mars-avril 2014