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Vie chrétienne Nouvelle revue

C h e r c h e u r s

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D i e u

P r é s e n t s

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M o n d e

B I BMIEMS ET RS TI ERLI EDLE DL EA LCAO MC M OM U NMAUUNT AÉ Ude T É VVI IEE CCHHRRÉ ÉT TI EI EN NN NE EE TE TD ED ES ESSE A S MAIM S I –S N– º N2 º4 2–1 j uillet – j anvier / ao û 2t 0 21 031 3

La prise de décision Avancer à la suite de Diacona

« être amis »


Sommaire éditorial

NOUVELLE REVUE VIE CHRÉTIENNE Directeur de la publication : Jean Fumex Responsable des éditions : Dominique Hiesse Responsable de la rédaction : Marie-élise Courmont Secrétaire de rédaction : Marie Benêteau Comité de rédaction : Marie Benêteau Marie-élise Courmont Marie Emmanuel Crahay Jean-Luc Fabre sj Yves de Gentil-Baichis Marie-Gaëlle Guillet Dominique Hiesse Barbara Strobel Comité d'orientation : Alice Bertrand-Hardy Marie-Agnès Bourdeau Nicolas Joanne Anne Lemant Michel Le Poulichet Béatrice Mercier Trésorière : Martine Louf Fabrication : SER, 14 rue d’Assas, 75006 Paris www.ser-sa.com Photo de couverture : ©iStock Impression : Corlet Imprimeur, Condé-sur-Noireau

ISSN : 2104-550X 47 rue de la Roquette – 75011 Paris Les noms et adresses de nos destinataires sont communiqués à nos services internes et aux organismes liés contractuellement à la CVX sauf opposition. Les informations pourront faire l’objet d’un droit d’accès ou de rectification dans le cadre légal.

le dossier

l’air du temps Génération JMJ Propos de Nathalie Becquart recueillis par Marie Benêteau

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chercher et trouver dieu

« Être amis »

Témoignages L’amitié embellit la vie Yves de Gentil-Baichis et Marie-Gaëlle Guillet Jésus, Marthe, Marie et Lazare Marie Benêteau Parler à Dieu comme à un ami Antoine Paumard s.j. le babillard

se former Quinze minutes James Duncan s.j. Volontaire à Points-Cœur Aude Delescluse De l’aumône à la charité organisée édouard Cothenet La prise de décision Claude Viard s.j. Changer de responsable Béatrice Piganeau

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ensemble faire communauté Avancer à la suite de Diaconia Les équipes Magis échanges avec la CVX Zimbabwe Rencontre avec la CVX Australie billet L’enfant abandonné Philippe Robert s.j. prier dans l’instant En vacances Marie-Claire Berthelin

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La revue n’est pas vendue, elle est envoyée aux membres de la Communauté de Vie Chrétienne et plus largement à ses « amis ».

Chacun peut devenir ami ou parrainer quelqu’un. Il suffit pour un an de verser un don minimum de : l 25 € l 35 € si je suis hors de France Métropolitaine l Autre (50 €, 75 €, 100 €…) n Par virement : RIB 30066 10061 00020045801 60 IBAN FR76 3006 6100 6100 0200 4580 160 – BIC CMCIFRPP n Par versement en ligne sur viechretienne.fr/devenirami n Par chèque bancaire ou postal à l’ordre de Vie Chrétienne À envoyer à ser – vie chrétienne – 14, rue d’assas – 75006 Paris – amis@viechretienne.fr

2 Nouvelle revue Vie Chrétienne - N° 24


Éditorial

L’heure de goûter

«

Le rassemblement de Diaconia à Lourdes en mai dernier, des JMJ à Rio prochainement, l’Assemblée Mondiale de la Communauté au Liban, l’Université d’été… L’équipe de rédaction a le souci de faire écho de toutes ces rencontres ; de même qu’elle hume l’air du temps pour choisir des thèmes de dossier qui rejoignent la recherche du plus grand nombre, comme celui de l’amitié dans ce numéro. Mais à l’heure du zapping, le risque serait de passer d’un événement à l’autre, sans s’y arrêter. L’écrit a cet avantage de pouvoir y revenir. Et la période de l’été, avec son changement de rythme, est une chance qui offre le temps de lire et permet de goûter les choses intérieurement.

© Guillaume Brialon / Foter.com

Voici l’été ! Peut-être ce temps permettra-t-il à certains de souffler après des mois chargés, de se reposer. Bien des évènements marquent l’actualité de nos familles, de la société, de l’Église… La vie foisonne !

»

Se laisser toucher par tel témoignage, se laisser déplacer par telle analyse ou telle réflexion biblique ou spirituelle, voilà qui permet de tirer profit de toutes les informations qui arrivent jusqu’à nous… afin de mieux « louer, respecter et servir le Seigneur » ! Bonne lecture !

Marie-élise Courmont

Pour écrire à la rédaction : redaction@viechretienne.fr

Juillet/Août 2013

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L'air du temps

Génération JMJ 5400 Français se rendent à Rio de Janeiro au Brésil du 23 au 28 juillet 2013 pour les 28èmes Journées Mondiales de la Jeunesse, devenues le plus grand événement au monde destiné à la jeunesse. Nathalie Becquart, xavière et directrice du Service National pour l’Évangélisation des Jeunes et pour les Vocations, nous éclaire sur les enjeux de ce phénomène planétaire.

L

Les JMJ, est-ce un passage obligé pour un jeune catholique aujourd’hui ?

1. Selon une enquête réalisée en 2011 en Espagne (dirigée par le sociologue Gonzalez Sanz) sur un échantillon de 1800 jeunes de divers pays.

En France, il y a un avant et un après 1997, l’année des JMJ à Paris. On est témoin des fruits reçus dans la durée, génération après génération. La plupart des moins de 45 ans actifs dans l’Église ont été marqués par les JMJ. Cela ne veut pas dire que tous les jeunes

y vont. Mais les JMJ ont quelque chose d’un passage initiatique, qui fait rêver et rejoint les jeunes cathos dans la diversité de leur recherche : la rencontre, la convivialité, l’international… Et l’Église de France a su investir des moyens : les JMJ sont aujourd’hui pleinement déployées et intégrées dans la pastorale des jeunes. À Madrid en 2011, soixante-quinze évêques français

Quelques chiffres Les Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) ont été instituées par le pape Jean-Paul II en 1986. C’est devenu le plus grand événement au monde destiné à la jeunesse. Elles rassemblent à chaque édition plusieurs centaines de milliers de participants venus de tous les pays du monde. Célébrées chaque année le dimanche des Rameaux, les JMJ prennent tous les 2 ou 3 ans la forme d’un grand rassemblement. C’est en 2013 le 12ème rassemblement international des JMJ. • 5400 jeunes français sont attendus à Rio de Janeiro • 96 diocèses et 13 communautés et mouvements d’Église représentés • 80 groupes • 22 évêques français • 180 délégués JMJ La proposition ignatienne des JMJ, MAGIS, rassemble 250 pèlerins français, soit un des groupes les plus importants en France. 5 diocèses ont choisi de s’associer à la proposition. Sur place, MAGIS accueillera 2000 participants venus du monde entier, accompagnés par des jésuites et des religieuses de la famille ignatienne. 4 Nouvelle revue Vie Chrétienne - N° 24

étaient présents pour accompagner les 50 000 jeunes français. Quel impact les JMJ ont-elles sur la foi des jeunes ? Quand ils partent aux JMJ, 9 jeunes sur 10 pensent que les JMJ vont bouleverser leur vie1. C’est pour eux une expérience spirituelle forte, souvent liée à de profonds liens d’amitié qui se tissent. Ils y font aussi l’expérience de l’Église universelle, avec ses divers visages. Si en France, 1 % des 18-25 ans vont à la messe tous les dimanches ; aux JMJ, les jeunes découvrent qu’ils ne sont pas seuls. Beaucoup ont une grande soif d’approfondir leur foi. Nous sommes toujours étonnés de la qualité des temps de prière et du succès des catéchèses. Nous soignons beaucoup la préparation spirituelle et pédagogique en amont. Se mettre dans la disposition du pèlerin, favoriser la conversation spirituelle, par les partages en petits groupes, les propositions d’accompagnement, de réconciliation…… On insiste aussi beaucoup sur la relecture de l’expérience, en invitant à partager et témoigner de ce qui a été vécu. Les JMJ ne sont pas qu’un temps fort que les jeunes


vivent entre eux, beaucoup ensuite s’engagent plus loin dans l’Église. Qu’attendez-vous de ces JMJ cette année ? La réalité du Brésil et le message du pape, qui invite une Église missionnaire à aller aux périphéries : « Allez par toute la terre et faites des disciples », vont beaucoup marquer ces JMJ. Depuis l’édition de Paris en 1997, les jeunes sont invités la semaine qui précède à découvrir la vie communautaire locale, dans une famille et une paroisse, ce qui généralement, les marque beaucoup. Le Brésil est un pays très contrasté qui va forcément interroger les pèlerins français, appelés durant cette « semaine missionnaire » à approfondir la dimension de la foi, de la culture et de la solidarité. Des rencontres sont organisées avec des personnes droguées, des enfants de la rue…… Et bien sûr, la rencontre avec le pape François est très attendue. Les jeunes attachent-ils beaucoup d’importance à la figure du pape ? Beaucoup de jeunes ont un rapport simple et naturel à l’institution. Le pape pour les jeunes est un repère, un témoin, quelqu’un qui les touche, qui représente l’unité de l’Église. Benoit XVI était écouté : il donne du sens. Le fait d’aller rencontrer le pape François est quelque chose d’important. Néanmoins, si les JMJ sont depuis l’appel de Jean-Paul II en 1986 une invitation du pape, qui

▲ Groupe MAGIS lors des JMJ de Madrid en 2011.

vient lui-même en pèlerin, c’est bien le Christ qui est au centre. Constatez-vous une évolution chez les jeunes catholiques dans la manière de vivre leur foi ? Le monde change, les parents changent, l’Église change…… et les jeunes aussi ! Ils sont de plus en plus mobiles, géographiquement, mais aussi en termes de sensibilité ecclésiale  : un jour ils vont partir en week-end avec le Réseau Jeunesse Ignatien, un autre jour avec les frères de Saint-Jean…… On ne peut pas leur mettre une étiquette ou les rentrer dans des cases. Ce qui est nouveau et que je perçois de plus en plus, c’est une nouvelle manière d’articuler ensemble engagement social et prière. Il y a pour les jeunes aujourd’hui un point d’attention à honorer et à tenir les deux ensemble. Beaucoup s’interrogent sur la meilleure manière d’être chrétien dans la société actuelle, sécularisée et plurielle et sont à la recherche d’une cohérence, d’une unité de vie dans toutes ses dimensions  : politique, sociale, affective, au travail.

En cette Année de la foi, les JMJ ont pour thème « Allez ! de toutes les nations, faites des disciples ». Est-ce un appel à l’évangélisation ? Dans notre société actuelle, si des jeunes sont catholiques, c’est souvent parce qu’ils ont fait une rencontre personnelle avec le Christ. Ils se sentent alors remplis d’un zèle missionnaire, comme un trésor qu’ils ne peuvent garder pour eux-mêmes. Ils s’aperçoivent que la foi grandit quand elle se partage. Mais en évangélisant, ils sont eux-mêmes évangélisés. Un des tournants, c’est également pour notre Église d’Europe d’apprendre à recevoir et à être évangélisée par l’Église du sud, qui nous transmet une certaine audace, une vitalité et une jeunesse de la foi…… Le pape François et les JMJ nous invitent à ne pas nous enfermer dans des schémas – on n’a jamais fini d’évoluer, de se laisser bousculer et d’élargir nos conceptions de l’évangélisation – mais ils nous appellent à ce que nous soyons chacun toujours sur un chemin de conversion, ouvert à la rencontre de l’autre.

À lire : L’évangélisation des jeunes, un défi Église@ jeunes2.0, Nathalie Becquart, Entretiens avec Yves de Gentil-Baichis, Ed. Salvator, mai 2013, 119 p., 14 e.

Propos reccueillis par Marie Benêteau Juillet/Août 2013

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Chercher et trouver Dieu

« être amis » « J’ai six amis qui comptent », « et moi j’en ai deux cent cinquante-huit sur Facebook. Est-ce que cela compte ? ». L’ami a-t-il vraiment changé, ou bien est-ce une simple question de vocabulaire ? Si au quotidien les contacts sont faciles, l’individualisme et les conditions de vie font que les véritables amitiés ne sont pas si nombreuses. Construire une relation d’amitié qui dure à travers le temps, les différences et les aléas de la vie, dans la liberté de chacun, est quelque chose d’unique et d’inestimable. Jésus, comme tout homme, en a vécu lui aussi de précieuses, pour un chemin de vie. Et notre chemin avec Dieu est-il aussi un chemin d’amitié ? Comment lui parlons-nous : avec générosité, confiance, en toute liberté ? Ce dossier met en lumière quelques-unes de ces pépites entre amis. Qu’il puisse nous ouvrir à de telles richesses. Marie-Gaëlle Guillet

Témoignages

éclairage biblique

Dans la différence. . . . . . . . . . . . . . . . . 8

Jésus, Marthe, Marie et Lazare. . . . . . 14

Homme et femme. . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Dans l’épreuve. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10

© Barbara Strobel

Au-delà des âges. . . . . . . . . . . . . . . . . 11

Repères ignatiens Parler à Dieu comme à un ami. . . . . 16

,

Contrechamp

Pour continuer

L’amitié embellit la vie . . . . . . . . . . . . 13

en réunion . . . . . . . . . . . . . . . . . 18

Juillet/Août 2013

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Chercher et trouver Dieu

Témoignages

Dans la différence

«

L’ami est celui qui, dans sa différence, me révèle à moi-même. « Qui a trouvé un ami a trouvé un trésor. » Et quel beau trésor ! L’amitié a tant de prix à mes yeux. L’amitié pourrait se comparer à un fil d’or : un fil, à la fois fin et solide, indestructible, qui peut traverser les tempêtes et durer dans le temps, lorsqu’on en prend soin.

D’un tempérament plutôt réservé, j’ose peu interroger les personnes sur ce qu’ils sont et vivent, par peur de déranger ou peur d’être indiscrète. L’une de mes amies n’hésite pas à cela, ce qui au début me dérangeait, voire m’agaçait et me mettait parfois mal à l’aise. Pourtant au fil du temps, je me suis mise à aimer son audace, l’audace de poser les questions, d’ouvrir des portes, quitte à bousculer les habitudes et préjugés. J’aurais pu en rester là, à me contenter d’accueillir notre différence. Un autre pas s’est fait, lorsque j’ai pu à ma façon et à mon rythme, oser moi aussi aller plus loin dans mes questions, sans crainte et tout en veillant au respect de l’autre. Il m’arrive alors de me surprendre moi© iStock

L’amitié, c’est aimer l’autre dans ce qu’il a de beau mais aussi de fragile, l’accueillir avec tout ce qu’il est, dans ce qui me rejoint comme dans ce que je ne comprends pas toujours, écouter avec

les oreilles du cœur ce qu’il/elle a à m’apprendre. L’amitié a aussi cela de beau, c’est qu’elle permet la liberté. En ouvrant un chemin où tout en étant pleinement soi, on s’enrichit des différences de l’ami, dans un échange permanent.

8 Nouvelle revue Vie Chrétienne - N° 24

même et de penser intérieurement que sans cette amie, sans cette différence dans nos personnalités, je n’aurais pas osé faire jaillir ce qui est en moi. Être ami ne consiste pas forcément à être le reflet l’un de l’autre. C’est davantage une complémentarité qui nous invite à nous enrichir de nos diversités. Un même lien, mais des personnes différentes, sans fusion. Comme un arbre avec un tronc commun et des branches qui se déploient chacune dans leur direction en s’équilibrant. Un ami est celui qui m’aide à devenir moi-même, par ce qu’il a de différent de moi. Ainsi peut grandir la relation d’amitié. Comment entretenir la relation au fil du temps ? S’appuyer sur le vécu ensemble, sur le tronc qui nous solidarise, tout en allant de l’avant. Nos changements intérieurs nécessitent un réajustement permanent et il est important de porter un regard toujours neuf, sans enfermer la personne dans ce qu’elle a été à un moment donné. Toujours réactualiser. C’est peut-être là l’une des clefs de l’amitié pour durer  : croître et réajuster, avec confiance et persévérance. Cécile


Homme et femme À trente ans, Claire et Christophe sont meilleurs amis depuis quinze ans, tout en ayant une vie de couple par ailleurs.

L

De mes 15-25 ans, Claire aura été la personne la plus marquante, en dehors de ma famille. Entre un ami et une amie, la confiance profonde qui s’établit a le droit de tout dire, jusqu’aux rêves et aux besoins de tendresse que l’on garde généralement pour soi. Cela permet d’apprivoiser sereinement l’autre sexe, à un stade de la vie où bien souvent, seules les expériences amoureuses permettent d’approcher l’intimité de l’autre. Combien de jeunes garçons de vingt ans n’ont encore aucune idée sur la pilule ou les menstruations… Bien sûr, cela ne va pas toujours sans ambiguïté, à un âge où les désirs restent omniprésents. Claire et moi n’avons jamais choisi de franchir le pas de la relation amoureuse, c’est sans doute ce qui a permis à notre amitié de durer.

© iStock

L’adolescence est un âge extraordinaire, on s’y sent une énergie inépuisable, tout est à découvrir, à construire. En même temps, un besoin d’affection sans borne nous y saisit, que ne viennent plus combler les parents. C’est bien sûr l’âge des expériences amoureuses, des bandes de copains où l’on cherche à pavaner ou se couler dans un moule pour plaire… et de la naissance des très grandes amitiés. Dans une amitié mixte, plus qu’ailleurs encore, la confiance en l’autre et la tendresse nous font aller vers le meilleur de nous-mêmes. Les idéaux de l’autre retentissent sur nous, le regard aimant qu’il (elle) porte sur nous nous valorise et nous aide à avancer. Passion partagée pour la littérature, combats pour une société plus juste, soutien au travers d’études académiques difficiles… L’amitié entre la littéraire et le scientifique que j’étais a été l’un des moteurs déterminants de notre scolarité, et aura marqué à jamais la façon dont nous nous sommes construits homme et femme. Dès nos dix-neuf ans, Claire était en couple stable. Je ne l’ai été à mon tour que beaucoup plus tard. Si cela n’a pas été sans tension au début, notre amitié n’en a en rien été affaiblie. Un nouvel

équilibre a été trouvé, dans la durée. Il faut apprendre à aimer le conjoint de l’autre pour le bonheur qu’il lui apporte, accepter le fait qu’il ait la première place sans que cela n’amoindrisse la nôtre… rien que de très normal. Le compagnon de Claire l’a quittée, après huit années de couple. Je l’ai accompagnée de mon mieux ; une si grande douleur nécessite beaucoup de soutien. La même année, je préparais mes fiançailles. Claire a su malgré son deuil nous accompagner Céline et moi, avec profondeur. Elle était témoin de notre mariage l’année suivante. L’amitié entre nos deux couples (Claire avec son nouvel ami) a progressivement trouvé sa forme d’aujourd’hui, nourrie encore d’échanges et de confiance. Christophe Juillet/Août 2013

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Chercher et trouver Dieu

Témoignages

Dans l’épreuve « C’est dans le besoin qu’on reconnaît ses vrais amis ». Certaines amitiés peuvent parfois se révéler lors d’une épreuve, alors qu’on ne s’y attend pas.

Au fil du temps, seuls sont restés très présents les plus proches. Nous continuions cependant à tenir au courant le plus grand nombre de ce que nous vivions. Nous partagions ce qui nous faisait avancer, sans taire pour autant notre souffrance et notre chagrin. Cette correspondance nous a permis de rester longtemps en contact avec beaucoup de personnes. Nos amis nous répondaient souvent et cela a

maintenu un lien profond et régulier entre nous.

Avons-nous perdu des amis durant cette traversée ? Sans doute. La mort d’un enfant effraie le commun des mortels. Il faut avoir en soi une forte réserve de vie intérieure pour rester proche de ceux qui souffrent sans être happé soimême par ce tumulte. Si nous en avons été blessés, la vie nous a appris à ne pas rester dans une trop grande rancœur et à savoir profiter de tout ce que l’on peut cueillir de positif.

Quand les années ont passé et que nous avions moins besoin de nous dire, les liens avec certains se sont distendus. Ils pensaient certainement que nous étions sauvés et que notre deuil était terminé. En même temps, depuis l’envolée de Camille, nous n’avons cessé de croiser sur notre route de nouveaux amis. Des relations profondes nous unissent. Nous sommes alors dans l’essentiel et nos partages de vie sont d’une incroyable richesse. Ces gens-là ne connaissent Camille que par ce qu’on leur en dit. Ils ne sont pas personnellement touchés par sa mort.

Voir dans le Babillard p. 19 la présentation de leur livre La vie quand même (Chroniques sociales, 2013).

10 Nouvelle revue Vie Chrétienne - N° 24

Il faut aussi accepter et cela quel que soit son parcours de vie, que l’on laisse sur la route certaines amitiés pour en voir naître d’autres. Nous sommes conscients de la chance que nous avons eue d’être si entourés même si le sentiment de profonde solitude ne nous a jamais quitté.

© iStock

L

Lorsque notre fille Camille a mis fin à ses jours, nous avons été sous perfusion d’amitié. Nos amis nous ont portés à bout de bras pendant de long mois. Par leur présence quotidienne souvent silencieuse, ils nous faisaient le cadeau d’une écoute bienveillante.

Nos amis ont traversé avec nous l’impensable, en pleurant avec nous et en se reconnaissant impuissants à nous consoler. Ils ont été tout simplement là. Il nous plaît à espérer que tout ce que nous avons partagé depuis l’envolée de Camille, nous a tous fait grandir et changer. Que notre regard sur le monde, sur les autres est plus doux et plus attentif. élisabeth et éric


Au-delà des âges L’amitié dépasse les frontières de l’âge et permet de nouer des liens au-delà.

M

Mon amitié avec Gisela (soixantetreize ans) dure depuis quatre ans environ. J’étais à l’époque à la recherche d’un logement à Paris pour y effectuer mon stage de fin d’études. J’ai entendu parler de cette chambre chez Gisela, passé un petit coup de fil et accepté de lui rendre visite lorsqu’elle m’a proposé de nous rencontrer afin de faire connaissance. Je me souviens très bien de ce premier contact. Elle, très élégante et distinguée, dans un grand appartement tout aussi raffiné, plutôt réservée. Moi, en jean baskets, pas très à l’aise. Elle m’a proposé une tasse de thé et m’a avoué son soulagement lorsque je l’ai informée que je ne fumais pas. Le courant est très bien passé, nous avons discuté pendant près de deux heures. J’ignorais alors totalement que cette rencontre signait le début d’une très belle amitié. Les six mois passés chez Gisela se sont merveilleusement bien déroulés. La gentillesse et la chaleur qui émanent d’elle ont largement contribué à ce que je me sente très rapidement chez moi dans son bel appartement. Lorsque nous étions toutes les deux présentes, nous mangions systématiquement ensemble tout en papotant longuement. Quand je parlais d’elle à mes amis, je disais « ma coloc » et je crois qu’elle faisait de même.

Depuis, j’ai déménagé mais je la revois très régulièrement chez elle. Elle me parle de ses amies, de sa famille, des habitants de son immeuble et de ses chats. Je lui parle de mon boulot, de mes amis et ma famille, de ma vie quotidienne avec ses joies et ses petits soucis et parfois même de mes histoires de cœur…… Au fil du temps, Gisela est devenue une véritable amie, à qui je confie des choses très personnelles, qu’on ne confie qu’à une amie. Elle est toujours très à l’écoute et de bon conseil. Avec elle, j’ai appris à aimer le thé, les chats et la musique classique. Nous discutons également actualité, politique, philosophie et religion et nous pouvons passer des heures à refaire le monde.

Fous rires et bonne humeur sont au rendez-vous même si nous ne sommes pas d’accord et ces échanges sont toujours très enrichissants. Gisela dégage une telle sérénité et je me sens si proche d’elle que ces moments sont toujours une véritable bouffée d’oxygène pour moi. J’adore ces visites que je lui rends plus ou moins régulièrement. Il s’agit d’une amitié différente, qui m’apporte autre chose que ce que je peux recevoir des amis de mon âge. Notre différence, je pense, le fait de ne pas avoir vécu notre enfance à la même époque et dans le même contexte rend nos discussions d’autant plus enrichissantes. Claire Juillet/Août 2013 11


Chercher et trouver Dieu

Contrechamp

L’amitié embellit la vie 1. Dans l’éthique à Nicomaque

Dans une société où le nombre de personnes isolées ne cesse d’augmenter, on comprend que nos contemporains cherchent à se faire des amis sur les réseaux sociaux. D’autant que l’amitié est une relation plus souple, plus légère et plus facile à gérer que l’amour. Le sujet n’est pas neuf car, il y a vingt-trois siècles, Aristote s’y intéressait déjà1 et aujourd’hui les sciences humaines s’en préoccupent toujours.

L

L’amour et l’amitié ont des points communs. Ces deux sentiments nous enrichissent et nous donnent une image positive de nous-mêmes. Parce que je vis avec un partenaire amoureux ou apprécié par un ami, je peux être heureux, avoir du courage et être

L’amitié ne repose pas sur des émotions corporelles fortes. Elle ne naît pas d’une démarche volontariste, car on ne se force pas à être l’ami de quelqu’un. L’amitié naît spontanément au cours de rencontres souvent fortuites où l’on découvre des affinités qui nous rapprochent des autres. Se développe alors progressivement le plaisir discret d’être avec un ami, l’amitié se nourrissant d’estime, de confiance et de respect. L’amitié n’est pas exclusive. Mon ami n’exige pas d’être celui que je préfère et il n’est pas jaloux si j’ai d’autres relations amicales. Il n’est pas gêné d’être l’un de mes amis parmi les autres. L’amitié supporte assez bien les aléas du temps (séparations et absences). Il n’est pas rare que des amis gardent des liens étroits, même s’ils ne se sont pas vus depuis vingt ans. Il arrive aussi que des relations d’amitié se nouent entre des personnes âgées et des jeunes, même si la différence d’âge est grande.

créatif. Une vie privée d’amour et d’amitié est une vie desséchée, stérile. Pour Aristote, l’amitié (qui englobe aussi l’amour) « est le bien le plus précieux qui embellit la vie de l’homme ». Mais les relations amicales et amoureuses ne se situent pas

au même niveau d’engagement affectif et physique. Enfin, l’amitié est précieuse dans la vie sociale. Selon La Boétie, elle est ce lien qui s’établit audelà de la diversité des situations et des opinions pour faire échec à la tyrannie.

L’amitié ne se veut pas intrusive, aussi refuse-t-elle d’envahir le jardin secret de l’autre. L’ami sait m’écouter et il ne me juge pas car il comprend que nous ne partagions pas tous nos choix et que nos préférences ne sont pas nécessairement semblables. L’amitié ne cherche pas à être possessive. Mon ami n’essaie pas de me modifier ou de me façonner pour que je sois conforme à ses attentes. Il m’accueille et m’accepte tel que je suis avec mes faiblesses et mes défauts. L’amitié ne dramatise pas les conflits, car elle ne les interprète pas comme les signes d’une désaffection. Je ne m’éloigne pas de mon ami si je suis en désaccord avec lui car il sait que chacun doit garder son autonomie sans dépendre de l’autre. Et, malgré les divergences, la confiance et la fidélité demeurent. Yves de Gentil Baichis

12 Nouvelle revue Vie Chrétienne - N° 24


« Pour se faire des amis, il faut une espérance » Nous naviguons entre idéalisation de l’amitié et contraintes du quotidien : nous souhaitons être entourés d’amis mais arrivons moins à nous en faire de « vrais ». Le Dr Stéphane Clerget, pédopsychiatre, éclaire pour nous les spécificités de l’amitié aujourd’hui. Pourquoi l’amitié semble-t-elle aussi valorisée aujourd’hui ? L’instabilité des emplois ou les déménagements, beaucoup plus fréquents qu’auparavant, limitent les amitiés sur les lieux de travail. Or, c’est bien au travail que se tissent principalement les liens amicaux lorsqu’on a atteint l’âge adulte. Autrefois, la proximité dans les villages n’impliquait pas ce renouvellement incessant de liens. On avait peu d’amis, rencontrés surtout près de chez soi, dans la même classe d’âge, mais on les gardait. Pourquoi est-ce plus facile de se faire des amis lorsque l’on est enfant ? Il faut pour se faire des amis une disponibilité d’esprit et de temps que l’on a moins en vieillissant. Nos attaches affectives sont alors prises avec les enfants, le couple, le travail… il reste peu de disponibilité pour un ami. Du coup, on va chercher les vieux amis, ceux avec qui le lien est déjà fait. Et puis, avec l’âge, on est pris dans des habitudes, alors que l’amitié demande de la souplesse. Il faut savoir lâcher prise et passer par certains renoncements : tant pis si tout n’est pas comme on avait prévu !

Comment avoir de vrais amis ? Dr Stéphane Clerget et Bernadette CostaPrades, Ed. Albin Michel.

Certaines personnes disent parfois qu’elles n’ont plus besoin de se faire de nouveaux amis. Est-ce qu’il y aurait un nombre maximum d’amis que l’on peut se faire ? Peut-être a-t-on été déçu par des amis, ou bien la perte d’amis a pu tellement blesser que l’on n’a plus envie de faire de nouveaux efforts. Comme en amour, après une rupture amicale, on peut refuser toute nouvelle relation… Pour se faire des amis, il faut une naïveté, une espérance, croire en la rencontre. Une capacité d’idéalisation de l’autre est nécessaire. Parfois, en vieillissant ou lorsque les événements de la vie ont été rudes, cette capacité s’amenuise. Pourquoi la fin d’une amitié est-elle souvent ressentie comme une trahison ? L’amitié est associée à la fidélité, la foi en l’autre. L’ami porte une partie de soi, une histoire commune, des points communs conduisant à la complémentarité. Aussi, la fin de l’amitié peut être vécue comme une amputation ou une infidélité. C’est douloureux et peut parfois conduire à des dépressions, à une méfiance généralisée. Malgré la fin, vous pouvez conserver les bons souvenirs partagés. L’amitié est un voyage : l’important est le chemin. Comment construire une amitié qui dure ? L’amitié n’est jamais acquise. Elle est vivante, mouvante. Pour qu’elle dure, il faut l’entretenir. Prenez l’initiative de la rencontre, habillez-vous de bonne humeur, soignez la conversation : ne restez pas à la surface, parlez vraiment de vous, de ce qui vous tient à cœur, questionnez l’autre sur des sujets qui le passionne (match de foot, architecture…)… Donnez du temps à vos amis, c’est un cadeau précieux ! Acceptez de montrer vos faiblesses et priorisez toujours vos amis devant les obligations, sinon on se fait une vie de contraintes ! Propos recueillis par Marie-Gaëlle Guillet Juillet/Août 2013 13


Chercher et trouver Dieu

éclairage biblique

Jésus, Marthe, Marie et Lazare 1  Il y avait un homme malade, Lazare, de Béthanie,

village de Marie et de Marthe, ses sœurs. (…)

3  Les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus :

« Seigneur, celui que tu aimes est malade. »

conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » 5  Or, Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. (…) 6  Il demeura pourtant deux jours à l’endroit où il se trouvait et dit ensuite aux disciples : « Revenons en Judée. » (…) 17  Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. (…) 20  Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison. 21  Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. 22  Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t’accordera tout ce que tu lui demanderas. » (…) 23  Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » 24  Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection. » 25  Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; 26 et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » 27  Elle répondit : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » 28  Ayant dit cela, elle s’en alla appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » 29  Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva aussitôt et partit rejoindre Jésus. 30  Il n’était pas encore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. (…) 32  Elle arriva à l’endroit où se trouvait Jésus ; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » 33  Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde. 34  Il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Viens voir, Seigneur. » 35  Alors Jésus pleura. 36  Les Juifs se dirent : « Voyez comme il l’aimait ! » 37  Mais certains d’entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » 38 Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. 39  Jésus dit : « Enlevez la pierre. » (…) 43  Il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » 44  Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »

Jean 11, 1-44 14 Nouvelle revue Vie Chrétienne - N° 24

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4  En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne


À travers le récit de la résurrection de Lazare, nous découvrons la profondeur de l’amitié à laquelle Jésus nous invite, en partageant avec nous sa propre vie. L’amitié du Christ est réelle. Trois fois il est cité dans le texte que Jésus « aime » Marthe, Marie et Lazare. On le voit touché dans son humanité, il est troublé, il pleure. Mais il ne se laisse pas submerger par cette tristesse. Il nous invite au contraire à l’espérance et à croire que la vie est toujours plus forte que la mort. Pour secourir Marthe et Marie, il commence par entrer en communion avec elles. Il partage leur tristesse avec compassion. Ainsi, le Seigneur nous rejoint dans nos deuils et nos douleurs, afin de donner une autre dimension, par sa simple présence, à ce qui nous emprisonne. Pourtant, Jésus attend « deux jours » avant de se déplacer pour rejoindre Béthanie. Cette attitude peut paraître étonnante. Son ami n’est-il pas mourant ? Jésus laisse le temps à Marthe et Marie d’accueillir la mort de leur frère. Peut-être sait-il aussi que parfois, trop accablés par le poids du chagrin, nous ne sommes pas en mesure de recevoir ce qui est source de vie. Et quand il décide de rejoindre la Judée, il reste à l’extérieur du village, il ne va pas jusqu’au lieu de mort. Il laisse Marthe se mettre en mouvement. Celle-ci entre peu à peu dans un processus de vie en choisissant de sortir de la maison du deuil pour aller vers Jésus. Marthe et Marie ont toutes deux cette parole  : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort », qui démontre à la fois une confiance absolue en leur Maître et à la fois, une incompréhension. Le temps de Dieu est parfois un mystère. Le Seigneur ne nous impose rien, il nous laisse venir à lui, en respectant le temps de notre désir et de notre liberté. Marthe et Marie, avec la présence du Christ, se tirent elles-mêmes de la situation de mort dans laquelle elles sont enfermées. Elles sont ainsi amenées à découvrir que la résurrection n’est pas réservée aux morts. « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. » « Crois-tu cela ? », demande Jésus à

Marthe, comme il pourrait le demander aujourd’hui à chacun d’entre nous. La mort ne peut détruire la Vie dont Jésus est la source. Même quand les circonstances nous démontrent le contraire. Ainsi, Jésus s’occupe de Lazare de la même manière qu’il l’a fait pour Marthe et Marie, comme si la mort n’était pas un obstacle à son action. Il se tient à la porte et il l’invite à se mettre lui-même en route : « Lazare, viens dehors ! ». « Déliez-le et laissez-le aller » : Jésus ‘envoie’ ensuite Lazare, sans le retenir. Il ne lui demande pas de le suivre, ou de devenir son disciple. Il l’éveille à sa liberté.1 C’est bien ce à quoi Il nous invite entre amis. Il demande aux témoins de le délier et ne le fait pas lui-même : sans cesse, le Seigneur agit par l’intermédiaire d’autres hommes. Marthe et Marie intercèdent pour Lazare ; Marthe, missionnaire, court chercher Marie pour annoncer la bonne nouvelle… À chacun d’entre nous, il confie la mission d’être des instruments de libération les uns pour les autres. Ainsi, le Christ est venu partager avec nous notre humanité, vivant avec nous nos émotions, afin que nous vivions entre nous de sa vie : « Je suis la résurrection et la vie ». Marie Benêteau

1. Jésus a cette même attitude avec tous ceux qu’il sauve ou guérit. À aucun d’entre eux en effet dans l’évangile il demande de le suivre.

POUR PRIER… + Me mettre en présence du Seigneur. Lui demander la grâce d’accueillir la vie qu’il me donne. Ou bien lui formuler la question ou le désir qui m’habite à ce moment précis.

+ Voir la petite maison de Béthanie, en Judée. Contempler les gestes, les attitudes de chacun et me laisser toucher.

+ M’arrêter sur une parole pour laquelle j’ai du goût.

+ Parler au Seigneur comme à un ami de

ce qui m’habite à l’issue de cette prière. Lui confier mes peurs, mes désirs. Rendre grâce pour les chemins de vie qu’Il ouvre en moi.

+ Terminer par un Notre Père. Juillet/Août 2013 15


Chercher et trouver Dieu

Repères ignatiens

Parler à Dieu comme à un ami Comment parler à Dieu comme à un ami dans ce que nous nommons le « colloque » dans la prière ignatienne ? Que signifie cette amitié avec Dieu ?

D

invite à « parler à Dieu comme à un ami » (ES n° 54). Il obéit ainsi au Christ et entre dans une tradition de croyants désireux d’être des intimes de Dieu. Le « colloque » en ce qu’il invite à parler à Dieu comme à un ami n’est pas innovant, pour autant la vie d’Ignace peut nous éclairer sur la manière de le mettre en place.

Dans l’évangile de Jean, Jésus dit à ses disciples « Je vous appelle mes amis » (Jean 15, 12-17). Cette proximité de Dieu pour les hommes se lit dans les Psaumes, se dessine chez Abraham qu’Il guide et Isaïe qu’Il console. Pour l’auteur du livre de la Sagesse, nous sommes tous appelés à être « des prophètes et des amis de Dieu » (Sagesse 7, 27). Saint-Ignace dans les Exercices Spirituels nous

Au début du Récit du Pèlerin, Ignace nous rappelle comment « Notre Seigneur » lui donna la santé (Récit §3, 5) avant qu’il ne se risque à lui parler. Chez Ignace, la vie de Saints et la complicité avec Notre-Dame, des amis du Seigneur, jouent un rôle moteur dans sa conversion. L’amour des hommes pour Dieu, lui inspire des manières de répondre à l’amour de Dieu.

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Parler à Dieu comme à un ami, c’est rendre grâce à Dieu pour des éléments de bases de notre existence, le pain quotidien, la santé et la vie, les amis qu’Il n’a de cesse de nous donner. Lui exprimer notre gratitude pour la simplicité de ce qui est reçu par Lui.

16 Nouvelle revue Vie Chrétienne - N° 24

On se demande souvent pourquoi Lui parler, puisqu’Il sait tout ? Sans doute pouvons-nous renverser l’argument puisqu’Il sait tout,

autant tout lui dire, sans détour et avec honnêteté. Mettre à bas nos armures et nos défenses, se présenter à Lui tel que nous sommes : « Seigneur tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ». Parler à Dieu comme à un ami, c’est être libre d’une image de soi à sauver.… Ce n’est pas l’apparence qui est à sauver mais la personne que je suis (« tantôt on s’accuse de quelque mauvaises actions » ES. §54). Parler librement à un ami englobe tout acte qui engage. Ignace nous rappelle que parler à Dieu c’est aussi poser des gestes (déposer son épée – R. §17), choisir sa posture « tantôt à genoux, tantôt assis, tantôt debout » (ES. §76). L’expression de l’amitié de Dieu, dans le colloque ou pour le conclure, peut être une expression qui déborde notre pensée pour entrer dans une spontanéité vis-à-vis de Lui. Parler à Dieu comme à un ami, c’est se libérer de l’image que l’on a de soi-même pour entrer dans un corps à cœur avec Lui, écouter librement les élans du cœur, aller baiser une statue ou une icône, poser sa main sur la main d’un ami souffrant (R. §79, 93).


Parler à Dieu comme à un ami, c’est se confronter à une altérité qui résiste à tout volontarisme, pour entrer dans une simplification du propos et de son expression et admettre sa vulnérabilité. Tutoyer Dieu, pour lui partager quelque chose d’essentiel dans une parole directe, épurée. La connivence avec Dieu, notre ami, implique donc une demande (« tantôt on demande quelque grâce » ES. §54) qui est la reconnaissance d’une dépendance profonde avec notre Créateur. Demande qui reconnaît le don de la vie qu’Il nous fait et le mouvement de la lui rendre pour qu’Il la protège. Le « colloque » en ce sens est profondément lié avec la demande de grâce. Parler à Dieu comme à un ami, c’est apprendre à demander et demander à Dieu c’est tâtonner. C’est une manière même maladroite de s’en remettre à sa volonté. Chercher Dieu dans son quotidien, c’est par conséquent vivre aux aguets pour voir et discerner où Il agit.

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Cette spontanéité du corps est au service d’une spontanéité de la parole… la prière et le colloque à un ami n’échappent pas à cette règle. L’expression aussi se heurte à la pesanteur des hommes et des femmes que nous sommes, jusqu’à exprimer son impuissance à entrer en relation avec son ami. Ignace à Manrèse (R. §23), au cœur de sept heures d’oraisons et d’une ascèse draconienne, fait l’expérience de toucher le fond, et au fond gît le cri qui se fait prière : « Secours-moi Seigneur !  ». Chercher Notre Seigneur, c’est donc se mettre à sa merci, se mettre à son écoute et exposer sa vie à un imprévisible, une surprise. Celle de chemins fermés, d’hypothèses non abouties, Ignace dans son parcours nous montre combien sa vie chemine – n’estil pas le pèlerin ? – de nouveautés en nouveautés. Après avoir cru que Dieu voulait qu’il aille à Jérusalem, Ignace comprend que c’était la volonté de Dieu qu’il ne s’y trouve pas (R. §50). Dieu nous prend à rebours, tire de nous des capacités que nous n’aurions pas imaginées. Parler à Dieu comme à un ami, c’est se mettre en route sans préjuger de ce qu’Il nous demandera, se disposer à accueillir la nouveauté avec un a priori favorable. Faire du bien aux âmes, fonder des collèges, être envoyés par toute la terre, visiter un malade (R. § 79, 95), être malade soi-même, vouloir s’adjoindre des compagnons… sont autant d’éléments de la vie d’Ignace qui nous

éclairent sur la manière avec laquelle Dieu nous mène par des voies variées et surprenantes. Cela implique la possibilité de ne plus savoir où l’on va, à qui l’on parle. Le « colloque » se fait devant le Christ en croix, là même où l’ami ne se fait plus reconnaître, là où il se dérobe, là aussi où je fuis. Dès lors, la parole qui lui est adressée est acte dynamique de fidélité. Là où l’ami se donne, là il disparaît pour dévoiler un autre que Lui. Parler à Dieu comme à un ami, c’est prendre le risque de l’intimité avec Lui sans en épuiser l’altérité. C’est là tout l’enjeu de l’amitié de Dieu, faire en sorte que Dieu nous soit proche, que nous soyons de proche de Lui, tout en réalisant qu’Il nous échappe. C’est la raison pour laquelle Ignace fait jouer d’autres analogies pour parler de la relation à Dieu, celle du maître et du serviteur (ES §54), celle de l’enseignant, celle du créateur. Antoine Paumard s.j.

Antoine Paumard s.j est aumônier à l’école Centrale Paris et Doctorant en spiritualité au Centre Sèvres et l’EHESS.

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Chercher et trouver Dieu

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Repères ignatiens Pour continuer en réunion

Des pistes pour un partage : • Je regarde ceux que j’appelle « mes amis ». Qu’est-ce qui caractérise ces relations ? Qu’est-ce que je reçois d’eux ? Qu’est-ce que je donne à mon tour ? • Ai-je le sentiment que l’amitié est un bien précieux ? Pourquoi ? Qu’est-ce que je fais pour la cultiver ? Au fil des périodes de ma vie, mes amitiés ont-elles évolué ? En quoi ? • Mon amitié avec le Seigneur : Comment je reçois le fait d’être appelé « ami » par le Seigneur ? Ami, est-ce que cela correspond à l’image que je me fais de Dieu ? Comment cette relation d’amitié se vit-elle ? Se traduit-elle dans ma prière ?

À lire • P  etite méditation sur le mystère de l’amitié - Anselm Grün, Ed. Albin Michel. • L  es mirages de l’amour –Xavier Lacroix. Ed. Bayard., 260 p. • A  imer d’amitié – Jacqueline Kelen, Ed. Robert Laffont, 220 p. • A  mis dans le Seigneur, avec Ignace François et Pierre, préface du Cardinal Martini. Ed. Fidélité, 160 p.

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Le Babillard © B. Strobel

« Travailler pour la justice »

La vie quand même

Revue Projet – Edition spéciale CVX N°334 – Juin 2013 - 12 €

En prolongement de la question en débat : « La transition énergétique, un piège à pauvres ? », une sélection de six articles, présentée dans cette édition spéciale CVX de la Revue Projet, peut vous accompagner à l’occasion de la deuxième Université d’été de la Communauté de Vie Chrétienne qui aura lieu du 22 au 25 août 2013 au centre spirituel du Hautmont à Lille sur le thème « Travailler pour la justice par une option préférentielle pour les pauvres et un mode de vie simple ». Voir et comprendre, juger et discerner, réfléchir avant d’agir, tels sont les points de repères proposés.

Elisabeth et Eric de Gentil-Baichis

Ed. La chronique sociale, Janvier 2013. 160 pages, 14 € La vie d’Elisabeth et d’Eric a basculé en janvier 2010 quand leur fille Camille a mis fin à ses jours. Ce livre est un témoignage qui met des mots sur ce que l’un et l’autre ont vécu et vivent encore. Un récit à deux voix, à la fois terrible et lumineux, qui révèle la « douloureuse descente vers l’en-bas » et la capacité à vivre malgré tout. Un récit qui témoigne aussi de l’aide précieuse qu’apporte une présence qui écoute et comprend. M-E Courmont

La Chronique Sociale secretariat@chroniquesociale.com

Ceux qui se sont inscrits à l’Université d’été avant le 30 juin ont déjà reçu cette revue. Ceux qui s’inscrivent après la recevront à leur arrivée au Hautmont.

Pour les autres, vous pouvez vous la procurer en contactant : contact@cvxfrance.com

6h41

Jean-Philippe Blondel

Ed. Buchet-Chastel, Janvier 2013 240 pages, 15 € Cécile et Philippe sont à bord du train de 6h41. Vontils se parler, se pardonner ? Un roman à 2 voix (voies ?) où chacun des personnages va comprendre en lui-même quel a été le tournant de sa vie. Un voyage, à l’image de notre vie, fait de voies parallèles, d’aiguillages hasardeux, de gares où tout est possible. Ces personnages sans véritable panache c’est nous ; miroir tendu, il nous laisse entendre que tout est possible, que les destins s’éloignent, parfois se croisent comme ces lignes (ces voies) qui apparaissent sur la couverture du roman, elles s’écartent et peut-être se croisent à nouveau. Liliane Mercier

Franc-parler ; du christianisme dans la société d’aujourd’hui François Boespflug

Entretiens avec Evelyne Martini – Bayard, 2012 Un dominicain, historien de l’art et théologien, né en 1945, interns qu’il viewé sur son parcours de religieux - prêtre et sur des questio a longuement éprouvées et mûries sur la présence du christianisme dans notre culture. A cette lumière, il aborde des questions eccléai siales comme le ministère des prêtres ou les vœux religieux. J’y peu un Parfois foi. la de et lucidité la de nce, trouvé de la souffra surprenant mais attachant, toujours honnête. Un parcours qui déplace et invite à réfléchir. M-E Crahay

L’évangile en liberté Jean Lavoué

Collection « Rives spirituelles », éd. Le Passeur, avril 2013 288 pages, 20 €. Livre numérique 5,99 € Jean Lavoué vit en Bretagne et est l’auteur d’une dizaine de récits, essais, recueils de poésie. Il est dans la lignée de Jean Suli van, Xavier Grall, Lamennais sur lesquels il a écrit, de Jean Grosjean, d’Etty Hillesum, de Mau rice Bellet… C’est peu dire. A leur suite, il exp lore les voies poétiques et spirituelles d’un chri stianisme d’exode et d’intériorité pour libé rer l’évangile. Un regard neuf sur le christianism e. D. Hiesse

Une foi qui change le monde étienne Grieu s.j. Bayard, mars 2013 310 pages – 21 €

Fortement engagé dans Diaconia 2013, l’auteur, jésuite né en 1962, invite « les chrétiens et les communautés à vivre la présence au monde comme un combat spirituel, c’est-à-dire un lieu où se joue pour eux quelque chose du oui ou du non qu’ils peuvent dire au Christ… C’est de cette manière que la foi change le monde. (…) parce qu’ils ont réagi à certaines situations » sociales , économiques, politiques et qu’ils ont accepté la rencontre vraie, celle du frère désarmé qui leur fait découvrir le vrai visage du Christ. Indispensable à lire. D. Hiesse

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Se former

école de prière

Quinze minutes James Duncan s.j. nous invite à prendre un peu de temps chaque jour pour entretenir notre relation avec le Seigneur.

I

Il y a des gens qui veulent avoir une relation solide et vivante avec Dieu. Ils observent les commandements, et ils sont fidèles à la messe de dimanche et à la prière quotidienne. Peut-être même assistent-ils à la messe en semaine. Mais en même temps ils ont l’impression que quelque chose manque dans leur relation avec le Seigneur, que leur relation avec lui devrait être d’une autre qualité. Et peut-être ontils raison.

Des relations humaines Aujourd’hui, on parle beaucoup des relations interpersonnelles, lesquelles sont, en effet, essentielles à la vie humaine. Chaque vie humaine consiste en tout un réseau de relations avec d’autres personnes, des connexions déterminées soit par naissance, mariage, emploi, études, ou encore d’autres circonstances qui nous mettent ensemble avec d’autres. Mais de telles relations, quelle que puisse être leur nature à l’origine, ne peuvent devenir profondes et durables que si elles sont soignées comme il faut, si on leur consacre l’attention qu’elles méritent. Nos relations interpersonnelles nous demandent un effort continuel si elles veulent être vraiment authentiques et stables.

Notre relation avec Dieu Et comment est notre relation avec Dieu ? Nous parlions justement des relations interpersonnelles. Mais Dieu, n’est-il pas la Personne, le modèle de toute personne humaine, chacune étant créée à l’image et à la ressemblance de la Personne Divine ? Si donc le dialogue est essentiel entre les personnes humaines pour maintenir des relations saines et fortes, nous ne devons point nous étonner de voir que la même chose est vraie en ce qui concerne notre relation avec Dieu. Comme il appartient à la nature même des Personnes Divines de la Sainte Trinité d’être en dialogue constant l’une avec l’autre, de la même manière les relations entre personnes humaines dépendent de l’existence et de la qualité du dialogue qui est maintenu entre elles. Et il en est de même en ce qui concerne la relation entre la personne humaine et Dieu.

Dialogue avec Dieu Le même principe s’applique : pour maintenir une relation vraie, profonde, saine et vraiment vivante entre la personne humaine et Dieu, le dialogue, le contact constant, est absolument essentiel. Pour

20 Nouvelle revue Vie Chrétienne - N° 24

maintenir un vrai dialogue avec le Seigneur, nous devons passer du temps en sa compagnie, exactement comme nous faisons avec une personne aimée, avec nos amis. Et voilà, c’est précisément cela qui manque souvent dans la vie du catholique sérieux et fidèle dont nous avons parlé au début. Oui, on croit fermement en Dieu, on est fidèle aux obligations que nous impose notre foi, mais en quelque sorte Dieu reste plus un concept qu’une personne. Mais il est absolument essentiel que nous ayons une relation personnelle avec Dieu, et pour ce faire, nous devons passer du temps avec Lui tous les jours, tout comme nous passons du temps avec nos amis et les personnes qui nous sont chères pour maintenir, approfondir et consolider notre relation avec elles.

Les moyens du dialogue Comment faire, donc, si nous voulons vraiment passer du temps avec le Seigneur ? Simplement en imitant Marie de Béthanie, qui a laissé de côté toute chose pour venir s’asseoir aux pieds de Jésus. Comme elle, nous devons réserver quelques minutes de notre journée, peut-être bien surchargée,


Nous prendrons donc sa Parole, l’Évangile ou le Nouveau Testament, ou un autre livre, nous nous assiérons dans un endroit tranquille, nous lirons lentement, contemplativement, un passage, et nous écouterons ce texte, attentifs à ce que le Seigneur veut nous faire comprendre dans ce passage, attentifs à ce qu’il nous dit là. Si le texte nous inspire à parler au Seigneur, nous pouvons lui parler en toute confiance, mais nous pouvons aussi nous taire. L’important, c’est de lui être présent, de Lui rendre le regard d’Amour qu’il pose sur nous, nous reposant dans cet Amour divin qu’il nous prodigue.

© iStock

pour nous taire, et pour rester assis à ses pieds, seuls avec Lui, laissant le monde extérieur loin de notre cœur, que nous réservons exclusivement à Lui pendant ces moments les plus précieux – et les plus fructueux – de notre journée. En effet, nous savons que ceux qui s’aiment profondément n’ont point besoin de se parler constamment. Il suffit tout à fait qu’ils soient ensemble, totalement présents l’un à l’autre.

Le fruit du dialogue Les quinze minutes que nous passerons tous les jours avec le Seigneur changeront notre vie d’une manière merveilleuse et mystérieuse. Jésus nous deviendra plus important que n’importe quoi et n’importe qui. Et c’est bon et juste qu’il en soit ainsi ! N’a-t-il pas dit que celui qui aime son père, sa mère, ou ses enfants plus que Lui n’est pas digne de Lui ? (Matthieu 10, 37). Jésus deviendra pour nous une vraie Personne, quelqu’un que nous connaissons vraiment et que nous apprendrons à aimer plus que nous ne nous aimons nous-mêmes. Notre dialogue quotidien avec le Sei-

gneur nous aidera à faire cela, parce qu’en ce temps passé seul avec lui, Jésus nous apprendra à aimer comme Lui-même aime. Mais pour que cela advienne, il nous faut être fidèles à nos quinze minutes avec le Seigneur chaque jour. Si nous le sommes, nous découvrirons un jour que nous sommes devenus une autre personne, quelqu’un qui vit à un autre niveau, quelqu’un qui vit en union constante avec Dieu. Et nous comprendrons que ces quinze minutes passées tous les jours avec Jésus n’ont pas seulement changé notre vie, mais qu’elles l’ont enrichie infiniment.

J. Duncan, s.j., citoyen belge d’origine écossaise né en Amérique, fut professeur de théologie et des religions non-chrétiennes en divers pays comme Hong Kong, la Russie, l’Ukraine, Rome et les états-Unis. Aujourd’hui retraité, il donne toujours des cours à l’occasion et s’occupe en outre du ministère pastorale en Europe et en Amérique.

James Duncan s.j.

Vie chrétienne Nouvelle revue

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À mes amis, j’offre les 6 prochains numéros Pour cela, je les parraine, avec un don dont je fixe moi-même le montant. À voir sur www.viechretienne.fr/devenirami

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Une prière guidée : la parabole des talents

À la rencontre des plus pauvres par la peinture

« Va, ta foi t’a sauvé »

Juillet/Août 2013 21


Se former

Expérience de Dieu

Volontaire à Points-Cœur Aude est partie un an au Brésil avec Points-Cœur. Avec beaucoup de réalisme, elle nous raconte cette expérience marquante à vie.

«

« Chercheurs de Dieu », voilà comment Points-Cœur appelle les volontaires qui partent avec eux. En août 2008, j’étais ainsi envoyée à la Coroa da Lagoa, une petite favela à la périphérie de Salvador da Bahia au Brésil. Plus de trois ans après mon retour, je continue à vivre des dons reçus pendant ces quatorze mois de mission qui ont radicalement changé ma vie. Notre mission consiste à proposer une présence aimante au sein du quartier en y partageant notre vie, en accueillant les enfants l’après-midi, en visitant les familles : en étant l’épaule sur laquelle s’appuyer ou la main qui se tend. Cela passe par des choses aussi concrètes que d’accompagner notre voisine à Salvador aux aurores pour obtenir un rendezvous chez l’ORL, que d’intervenir auprès de la régie d’eaux pour qu’ils rétablissent la connexion chez notre amie Dona Ana, que célébrer un anniversaire, ou que simplement prendre le temps d’écouter Maria nous conter des bouts de sa vie, ou même d’être juste là silencieux. Nous allons aussi chaque semaine à l’orphelinat, la prison, l’hôpital. Pourquoi partir si loin ? A la suite d’autres grandes figures spirituelles, Madeleine Delbrêl ne ditelle pas, avec raison, « Si tu vas

au bout du monde, tu trouves des traces de Dieu, si tu vas au fond de toi, tu trouves Dieu luimême » ?

vres petit à petit quelle est ta mission, comment la vivre ; tu te laisses guider en confiance. « Soyez comme ces enfants…… »

C’est vrai et pourtant, c’est en partant si loin que j’ai aussi pu faire ce voyage intérieur plus profondément.

Alors, tu es prêt à marcher au pas de l’Esprit et vivre des pages d’Évangile :

Je suis passée d’un ordinateur branché sur le monde à un petit quartier enclavé avec un téléphone pour cinq. J’ai pourtant découvert que le cœur de l’homme est plus vaste que le monde. De grands mots  ? Mais pour moi, c’est très concret. Se couper de ses racines, de ses repères, de son identité sociale, être émondée, dépouillée en soimême… Voilà comment a commencé ma mission. Qui s’inquiète de savoir que tu as fait de bonnes études, beaucoup voyagé, ou que tu as un bon poste et un tas d’activités très intéressantes ? Cela ne signifie pas grand-chose pour les amis du quartier, ni même pour ta communauté. À travers les petits riens du quotidien (dire bonjour, prendre un café, échanger des nouvelles, accueillir à la maison…), il te faut être toi-même. Tu n’as pas les recours habituels pour briller ou esquiver. Il s’agit d’apprendre à aimer. Au début, tu redeviens comme un enfant, tu as tout à apprendre : la langue, les codes ; tu décou-

22 Nouvelle revue Vie Chrétienne - N° 24

Accueillir Angelica qui frappe à la porte en criant « J’ai faim » et, entrant, se jette sur la pastèque du déjeuner. Voir Dona Ninha qui dépose sa pièce dans la corbeille devant l’autel à l’offertoire - ma veuve de l’Évangile. Rester silencieux et continuer à accueillir ce jeune quand on vous dit « C’est un voleur, un délinquant, vous ne devriez pas… ». Aller le visiter en prison. Le voir s’agenouiller quelques mois plus tard dans la chapelle pour rendre grâce à Dieu de notre présence et de notre amitié. Aller voir Marcos ce jour-là, parce qu’on sent qu’il faut lui rendre visite, l’entendre dire : « C’est bien que vous soyez venus aujourd’hui, ma femme vient de faire une fausse-couche ». Pleurer avec la famille de Marcos à son enterrement, rire quelques heures après avec la famille de Corinha pour l’anniversaire d’une de ses filles. Voir le petit et agité Pedro s’approcher du tabernacle pour prier


P oints - C œ ur

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ée en France en 1990, aujourd’hui présente dans 20 pays sur 4 continents, Points-Cœur est une ONG internationale, qui : • Forme et envoie de jeunes volontaires (18-35 ans) de différentes nationalités pour vivre un an ou deux au cœur de quartiers défavorisés au service des plus délaissés, spécialement les enfants. • Vise à répandre une « culture de compassion », qui remette l’homme au centre de toute préoccupation (en sciences, économie, art, politique).

• Accueillir : partager la vie des habitants du quartier ; accueil de jour pour les enfants et ceux qui ont besoin, tisser des liens d’amitié, organiser des activités. • S outenir : visiter des lieux de grandes souffrances (orphelinat, prison, rue). •A  ccompagner : être un relais entre les personnes et les structures sociales, aider les personnes dans leurs démarches administratives, sociales, médicales. france.pointscoeur.org

© Points-Cœur

La mission des volontaires est de :

quinze minutes en silence pour la guérison de sa sœur. Et comment traduire qu’en voyant Maria-José et Joao, tous deux bien malmenés par la vie, nous avons vu le visage du Christ ? Par ces amitiés simples et profondes, les termes « être frère et sœur dans le Christ », « partager une même humanité » ont pris corps pour moi ; ombres et lumières nous façonnent tous. Ce fut aussi la découverte progressive que la vie, la valeur de chaque vie, de chaque homme,

est bien au-delà de ce que nos yeux et nos esprits peuvent entrevoir. Elle est infiniment plus, quelle que soit sa durée, son « contenu ». C’est donc mon regard sur la vie qui a été profondément bouleversé, ma foi ancrée, et ma relation à Dieu transformée. Il reste difficile pour moi de traduire ce que j’ai vécu par des mots, car ils sont trop faibles, maladroits… « Venez et voyez ! » Aude Delescluse Juillet/Août 2013 23


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Lire la Bible

De l’aumône à la charité organisée Dans toute la Bible, les appels en faveur des pauvres ne manquent pas. En plus des secours passagers, toujours nécessaires, ne faut-il pas envisager une action plus durable ? Le père Édouard Cothenet revisite les textes de l’Écriture sainte, de l’Ancien Testament à la collecte que Paul entreprit à la suite de l’assemblée de Jérusalem, pour manifester l’union des païens convertis avec la communauté de Jérusalem. Ses prescriptions n’ont rien perdu de leur actualité et invitent à passer d’une conception de la charité comme lien de dépendance à une relation de réciprocité.

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Dans toutes les religions, est prescrite l’aide aux malheureux et aux étrangers de passage. Il s’agit d’une aide ponctuelle, en circuit court du donateur à l’assisté. Les recommandations de l’Ancien Testament s’inscrivent sur cet arrièrefond, avec le renvoi à l’action de Dieu libérant son peuple. Il faudra attendre Paul pour l’organisation d’une collecte qui associe une pluralité de communautés avec un objectif commun.

Les repas de communion, pris au sanctuaire, doivent comporter un acte de solidarité. Le cercle familial s’ouvre alors aux lévites, aux étrangers, aux orphelins et aux veuves (Deutéronome 26, 11 et 16). Culte et charité sont inséparables - comme Benoit XVI luimême l’a d’ailleurs rappelé avec force : « Une eucharistie qui ne se traduit pas en une pratique concrète de l’amour est en ellemême tronquée. » (Deus caritas est, n°14)

Selon l’Ancien Testament

Un sage, Ben Sirach, enseigne que la manière de donner vaut mieux que ce que l’on donne : « Mon fils, fais le bien sans y joindre le blâme, ni mêler à tes dons des paroles chagrines. La rosée ne repose-t-elle pas de la chaleur ? Ainsi une parole peut faire mieux qu’un cadeau. » (Livre du Siracide 18, 15-17)

La loi de Moïse limite l’esclavage pour dettes. Au bout de sept ans, l’esclave sort libre (Exode 21, 2 sv), sauf s’il veut rester dans la maison de son maître. Selon le Deutéronome, le maître ne renvoie pas son débiteur les mains vides, il lui donne « du petit bétail, du blé et du vin, comme venant de la bénédiction du Seigneur » (Deutéronome 15, 14). Libéré, l’Israélite doit pouvoir repartir dans la vie.

Dans le judaïsme Les synagogues étaient à la fois des écoles où les garçons appre-

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naient à lire la Torah, des lieux de prière et des centres d’entraide. Parmi les responsables, plusieurs étaient chargés de distribuer les secours aux nécessiteux, « l’écuelle des pauvres », chaque jour, pour les indigents de passage et « le panier des pauvres » à la veille du sabbat pour les pauvres du lieu. En plus, on collectait l’impôt pour les sacrifices offerts au Temple de Jérusalem. Il marquait le lien spirituel entre les Juifs dispersés et la ville sainte.

Dans l’Évangile Jésus reprend les exhortations traditionnelles sur l’aumône (Matthieu 6, 1-4), la prière et le jeûne, en appelant à la discrétion. Son enseignement se distingue par son radicalisme. Au jeune homme lui demandant que faire pour avoir la vie éternelle, Jésus répond : « Ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres… et suismoi. » (Marc 10, 31). Luc revient souvent sur le sujet :


« Vendez ce que vous avez et donnez-le en aumône. » (Luc 12, 33). Serait-ce une condition absolue pour être disciple du Maître ? L’évangéliste apporte des nuances avec l’histoire de Zachée qui, après avoir restitué largement ce qu’il avait mal acquis, donne la moitié de ses biens aux pauvres (Luc 19, 7).

La communauté primitive Saint Luc nous a laissé un tableau idyllique de la communauté de Jérusalem, où tous n’avaient « qu’un cœur et qu’une âme et mettaient tout en commun » (Actes 4, 32). La vente de quelques biens ne pouvait suffire lontemps à faire vivre les pauvres. On prit modèle sur les synagogues, non sans tiraillement entre les fidèles de langue araméenne et ceux de langue grecque (Actes 6, 1). Les Sept (voir Actes 6) n’eurent pas seulement à assurer un service caritatif. Étienne et Philippe jouèrent un rôle important dans la prédication. Service du pain et service de la parole sont associés. Lors d’une famine (en 49), le prophète Agabus invita les chrétiens d’ Antioche à faire une collecte (Actes 11, 27-30). Paul participa au transfert des fonds. Après son

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Ces exhortations à la générosité ont toutes pour cadre la relation directe entre riches et pauvres. Visant à la conversion des cœurs, l’Évangile ne fournit pas de plan de réforme sociale. premier voyage missionnaire, il se rendit à Jérusalem pour faire reconnaître que les païens convertis n’étaient pas astreints à la circoncision (Galates 2, 1-10). Il fut alors invité, dans ses missions, à ne pas oublier les pauvres de Jérusalem.

La collecte organisée par Saint Paul On voit dans les épîtres avec quel zèle Paul répondit à l’appel. Aux Galates d’abord, puis aux Corinthiens (1 Corinthiens 16, 1-4), il demande de préparer leur offrande le premier jour de la semaine. Notons que, déjà, les communautés se réunissent en ce jour qui deviendra le ‘jour du Seigneur’. Pas d’eucharistie sans collecte pour les pauvres. Le bel enthousiasme ne dura guère ! Aussi, Paul revint-il sur le sujet dans un appel aux Corin-

thiens (2 Corinthiens 8) et un autre aux communautés d’Achaïe (2 Corinthiens 9). Dans le premier billet, Paul fait l’éloge des Philippiens, afin de stimuler les Corinthiens, généreux en paroles plus qu’en actes. Le dépouillement volontaire du Christ est donné en exemple (2 Corinthiens 8, 9) : la cause des pauvres n’est autre que celle du Christ. Respectueux de la liberté de chacun, l’Apôtre précise qu’il donne un avis, car Dieu aime celui qui donne avec joie (2 Corinthiens 9,7). Pour pallier aux critiques éventuelles, Paul multiplie les instructions sur le choix des porteurs de la collecte jusqu’à Jérusalem. Parmi eux figurera Tite, compagnon et collaborateur de l’Apôtre. Deux frères l’assisteront, présentés comme « apôtres des églises » (2 Corinthiens 8, 23). La tâche n’était pas sans danger, comme le relève le père Murphy O’Connor : « Les membres du groupe de

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Lire la Bible

Plus qu’aux instructions matérielles, soyons attentifs aux motifs théologiques que Paul met en avant. Il ne cherche pas tellement à apitoyer les riches sur le sort des pauvres, il voudrait que s’établisse une certaine égalité entre les fidèles (2 Corinthiens 8, 13s), comme au temps de la manne au désert. « Qui avait beaucoup recueilli n’a rien eu de trop, qui avait peu recueilli n’a manqué de rien. » (Exode 16,18). Paul lit l’Écriture au présent. Dieu veut qu’un vrai partage s’établisse entre les membres de son peuple.

La visée œcuménique

Prêtre du diocèse de Bourges, Édouard Cothenet a enseigné l’Écriture Sainte à l’Institut Catholique de Paris. Son dernier livre s’intitule Découvrir les Apocryphes chrétiens (Desclée, 2009). Dans son diocèse, il a travaillé à la pastorale des étrangers et fondé l’Association Foi et Culture.

L’exemple du Christ est fondamental : « Vous connaissez la générosité de Notre Seigneur Jésus Christ qui, pour nous, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour vous enrichir de sa pauvreté. » (2 Corinthiens 8, 9). Au-delà du secours aux pauvres de Jérusalem, Paul a une visée œcuménique : toutes les communautés qu’il a fondées sont concernées. Il s’agit de signifier concrètement leur unité avec les églises d’origine juive observant la loi de Moïse. Un échange de dons doit se réa-

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voyageurs portaient l’argent dont ils avaient besoin pour le voyage dans leur ceinture ou dans des sacs pendus à leur cou et en plus, chacun portait des pièces d’or cousues dans sa tunique, placées de telle sorte qu’on ne les entende pas tinter. L’or est lourd et pour que les vêtements ne soient pas visiblement déformés, chacun ne pouvait transporter qu’un nombre limité de pièces. »

liser : la collecte fera abonder, chez les destinataires, les actions de grâce envers Dieu. Ils reconnaîtront ainsi l’authenticité de la conversion des donateurs et leur générosité. En même temps ils prieront pour eux en reconnaissant l’action de Dieu à leur égard (2 Corinthiens 9, 12-14). La collecte n’est donc pas à sens unique. Elle devrait susciter la louange de la grâce de Dieu, à l’œuvre chez les uns et les autres. « Le service de cette collecte ne doit pas seulement combler les besoins des saints, mais appréciant ce service à sa valeur, ils glorifieront Dieu pour l’obéissance que vous professez envers l’Évangile du Christ et pour votre libéralité dans la mise en commun avec eux et avec tous. Et par leur prière pour vous, ils vous manifesteront leur tendresse à cause de la grâce surabondante que Dieu vous a accordée. » (2 Corinthiens 9, 12-14)

À travers les siècles Comment la collecte a-t-elle été reçue ? Paul fut reçu fraîchement

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à Jérusalem (Actes 21, 17-30). Il n’échappa au lynchage de la foule, dans l’enceinte du Temple, que par l’intervention de la garde romaine (Actes 21, 27-36). Le fanatisme religieux fit donc échouer le grand dessein de Paul. Doit-on l’oublier pour autant ? Alors que le mouvement œcuménique s’essouffle, rappelons que la cause de l’unité progresse par la prière et par des actes concrets. Quand menace la tentation du repli chacun sur son groupe, il faut faire circuler l’information, susciter l’émulation entre communautés pour la gloire du Seigneur. Quant au but visé, c’est le dépassement de la division entre donateurs et bénéficiaires, dans une commune action de grâces. Édouard Cothenet

Pour aller plus loin, lire l’article « La collecte œcuménique (2 Co 8-9) » du p. Édouard Cothenet paru dans Esprit et Vie n°239 (2011), p. 17-25.


Spiritualité ignatienne

La prise de décision Pour prendre des décisions, souvent nous regardons ‘le pour’ et ‘le contre’ qui nous feront pencher vers l’une ou l’autre alternative. Claude Viard s.j. resitue cette méthode dans la démarche de discernement spirituel, en redonnant le sens de l’ensemble du processus.

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La première étape est simple. Il convient de poser la question à débattre avec clarté et de telle manière que l’on parvienne à une alternative : « Dois-je faire ceci ou cela ?  » Ce qui peut exiger parfois une élaboration préalable. Par exemple vendre une maison, éprouvée comme trop riche ou devenue inutile, pour s’installer dans un appartement plus modeste en un lieu plus ouvert… L’alternative ici est vendre ou ne pas vendre la maison. Aller jusqu’à l’alternative dans l’énoncé de la question permet de bien mesurer l’enjeu de la délibération à entreprendre. Il est bon d’exprimer ainsi la question dans sa simplicité et sa brutalité ; et il n’y a pas à inclure dans l’énoncé les raisons qui auront à intervenir en leur temps mais non sans une double démarche préparatoire.

Un préalable Avant d’en venir à l’examen des raisons, il y a, en effet, encore deux étapes à franchir qui ont pour but de faire entrer dans une attitude sans laquelle le jeu des raisons pour ou contre serait faussé ou illusoire. Dans la deuxième étape, on se remet dans la perspective de foi

dans laquelle on prétend choisir, c’est-à-dire chercher le meilleur à faire ici et maintenant, et ce faisant on doit se trouver dans un état de liberté préalable par rapport à l’une et à l’autre solution de l’alternative -selon notre exemple : vendre ou ne pas vendre. Se remettre dans la perspective de foi, c’est resituer la question posée dans la perspective où elle prend sens parce qu’elle y a pris naissance. Je me laisse renvoyer ici à mon désir de vivre selon l’Évangile dans le concret de mon existence pour marcher à la suite du Christ. Il convient de me rappeler nettement que c’est cela que je cherche et il sera bon que je le fasse dans la prière. Du coup, visant cet objectif, je peux comprendre qu’il relativise la solution à choisir en la faisant apparaître pour ce qu’elle est, un moyen. Dans ces conditions, je dois être dans un état de liberté préalable vis-à-vis de ce moyen, tel que je puisse dire : « Ou vendre, ou ne pas vendre, cela m’est indifférent ». Envisager les choses ainsi, c’est me trouver en position d’équilibre, avant la décision, « de façon à ne pas être incliné ni attaché à vendre plus qu’à ne pas

vendre, ni à ne pas vendre plus qu’à vendre ». Non que je doive devenir comme de marbre, refusant tout sentiment, ayant éteint en moi tout désir. Mais je dois vérifier en moi la qualité d’un réel détachement vis-à-vis de l’une et de l’autre solution, qui me met en attente de la solution à recevoir quand elle naîtra en moi dûment fondée. Cela suppose que je fasse fond sur la préférence que je vise : répondre à l’appel du Christ. Cette attitude est une grâce à recevoir, donc à demander si l’on sent que l’on n’y est pas encore entré tout à fait au moment d’avoir à délibérer sur la décision à prendre. Ce préalable indispensable nous permet de prendre conscience à temps de nos résistances, de nos partis pris, même généreux, qui nous voilent à nous-mêmes la vérité de notre propre désir et qui, s’ils ne sont pas détectés à temps, fausseront la suite du processus, l’embrouilleront ou le rendront illusoire. Ainsi, en équilibre, je suis prêt à recevoir ma propre décision pour une meilleure réponse à l’appel de Dieu. Ce terme d’équilibre traduit bien ma situation spirituelle : je suis en attente de sentir ce qui pèsera davantage dans le sens

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Spiritualité ignatienne de la fin que je vise. Dans cette attente, avant de passer à l’examen des raisons pour et contre, j’entre à nouveau en prière - nouvelle étape, la troisième - capable de dire à Dieu ma quête. Ayant lâché les amarres, je peux être en mesure de prier : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Et voilà qui peut m’établir plus fortement dans l’attitude de m’en remettre à un Autre, que j’aurai précisément à vivre dans l’examen des raisons.

Actif et passif tout à la fois

On peut réaliser combien cette

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Enfin et seulement, dans une quatrième étape, je peux aborder l’examen des raisons pour et contre. Je reprends la question

recherche des raisons pour et contre est en lien étroit avec les étapes antérieures. En effet, si l’on n’a pas pris soin de vérifier son détachement à l’égard des solutions à envisager, on risque fort, à ce stade du processus, ou bien de s’enfermer dans l’indécision ou bien d’aligner des raisons qui iront naturellement dans le sens d’une décision préétablie ; autrement dit d’aboutir à une justification, à l’aide d’arguments qui prennent leur valeur à partir de tel ou tel principe qui n’a pas été remis en question, ce qui revient à faire sa volonté propre tout en prétendant faire la volonté de Dieu.

avec ses deux solutions possibles et opposées (vendre ou ne pas vendre). Je considère tour à tour chacune d’elles : pour l’une d’abord et pour l’autre ensuite. Je m’efforce de prendre en compte et les avantages et les inconvénients qui m’apparaissent en fonction de la fin devant laquelle je me suis remis précédemment. Discuter en termes de pour et de contre l’une et l’autre branche de l’alternative successivement est important  : cela revient à envisager la question sous toutes ses formes et tous ses aspects, à essayer d’en faire le tour, et ce faisant à se soumettre soi-même à la question.

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Après avoir fait ainsi le tour de la question en délibérant en quelque sorte avec moi-même, je me livre à l’examen du résultat - ce qui est une nouvelle étape du processus. Je me livre au sens fort du terme, en ce sens que je me soumets à ce qui apparaît objectivement par le biais des oppositions et des convergences qui s’opèrent alors comme sous mes yeux dans les arguments avancés. Dans l’état d’équilibre spirituel dans lequel je me suis laissé établir précédemment, je suis en mesure de « regarder » de quel côté les raisons avancées pèsent et m’inclinent alors à pencher. Actif dans l’élaboration des motifs, la recherche des arguments, je deviens passif dans l’accueil du résultat qui s’impose à ma lecture. C’est dire une fois de plus l’importance de la liberté préalable.


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Passage au sentir Enfin, le processus, qui engage une attitude spirituelle spécifique, ne s’achève pas avec l’examen des raisons pour et contre. Ce dernier, en effet, comporte un après qui vient lui donner son vrai sens. Dans cette dernière étape, je donne mon assentiment au choix qui s’impose à moi par le biais des raisons, et, offrant ce choix à Dieu dans la prière, je me rends attentif aux retentissements qui vont s’en suivre en moi. Le consentement que j’exprime ainsi met en jeu mon affectivité, les remous de mon désir. Du coup, je suis renvoyé au discernement de ce qui se passe en moi et qui est indicateur de mon état d’accord ou de désaccord avec l’œuvre de Dieu. À l’examen de ces états intérieurs, je mesurerai davantage le poids que prennent les raisons qui se sont manifestées. La paix ou le trouble qui m’habiteront viendront confirmer ou infirmer

la décision qui aura mûri en moi. Le recours au « sentir » intervient ici dans une fonction de confirmation ou de vérification des préalables par rapport auxquels les raisons fonctionnent, et dont je ne peux jamais me défaire tout à fait.

L’homme tout entier Au total, l’examen des raisons ne suffit pas en lui-même. Il prend toute sa force dans un processus où l’affectivité a sa place, parce qu’une décision - et une décision spirituelle - n’est jamais un froid calcul. Et remarquons que le retentissement affectif intervient une fois que l’on a osé opter pour la solution qui apparaît l’emporter au plan des raisons, c’est-àdire une fois que l’on a couru le risque de la liberté. Ce processus que nous avons essayé de présenter met en œuvre une articulation de la raison et de l’affectivité,

mobilisant par là notre être tout entier. Le passage par la raison, qui oblige à considérer les enjeux d’une décision, peut délivrer de l’auscultation indéfinie d’états d’âme informes  ; et l’intervention de l’affectivité vient donner force à des raisons incapables en elles-mêmes d’emporter une décision, en même temps qu’elle permet d’éclairer la qualité des intentions sous-jacentes aux raisons avancées. Mais en définitive, redisons-le, cette articulation ne prend sens et vigueur que sur le fond du détachement préalable, dont nous avons souligné l’importance, et qui crée les conditions nécessaires à l’accueil d’une décision dans laquelle on s’engage parce qu’on la sent s’imposer. Claude VIARD, s.j. (Vie Chrétienne 189 - Juin 1976)

Claude Viard s.j. (1928 – 1999) a été recteur de maisons de formation, délégué du Provincial pour la formation, supérieur de la maison Pierre Favre, vice-provincial de la région parisienne, supérieur à La Baume et au Châtelard… Tout au lond de sa carrière, Claude anima de multiples sessions de formation spirituelle, alimentées par un travail précis sur les textes ignatiens (en particulier sur le discernement) et sur les Pères du désert.

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Question de communauté locale

Changer de responsable Le responsable de notre communauté locale arrive en fin de mandat. Depuis deux ans, il remplit ce service pour notre plus grand bien à tous. Il en a le goût, la disponibilité et le charisme alors que les autres membres de notre communauté locale sont plutôt en période de surcharge. Nous sommes tous d’accord pour que notre responsable reprenne un nouveau mandat de deux ans. Faut-il vraiment lancer un processus d’élection ?

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Quel est le bénéfice de procéder régulièrement à l’élection d’un responsable de communauté locale ? Le service de responsable est le seul que tous les membres, quels que soient leurs charismes, sont appelés à remplir un jour ou l’autre. Ce serait dommage que des mandats à rallonge de certains, empêchent d’autres de profiter des différentes croissances dont il peut être l’occasion.

1. Le nouveau guide du responsable est à retrouver sur le site www.cvxfrance.com dans l’onglet « Documents » puis « formation ».

leurs sur la description de ce chemin. Se confronter régulièrement à la visée et au chemin de la CVX pour repérer dans la relecture avec l’accompagnateur, le point où en est la communauté locale, aide à en développer une compréhension intérieure.

Croissance du sens du compagnonnage. Avec l’accompagnateur, le responsable prend soin de chacun de ses compagnons individuellement : « Il se rend attentif aux personnes et favorise un climat d’écoute, une connaissance mutuelle et profonde de chacun des membres », et communautairement : « Il est attentif à ce qui se vit dans la communauté et à en partager le souci avec l’accompagnateur ».

Croissance dans la perception de la Communauté dite « élargie », régionale, mais aussi nationale et mondiale. Il va être invité à des réunions d’accompagnateurs / responsables ou à des formations régionales ou nationales. Comme maillon de « la circulation de la parole » entre la communauté locale et la communauté régionale, il va recevoir des informations à retransmettre et sera aussi attentif à remonter ce qui lui semble significatif. Il peut « inviter à lire la nouvelle revue Vie chrétienne… et susciter l’intérêt des membres au sujet des ateliers, des centres… »

Croissance dans l’adhésion à la visée de la CVX et au chemin qu’elle propose à chaque membre grâce à l’appartenance à une communauté locale. Le nouveau guide du responsable1 s’ouvre d’ail-

Par ailleurs, il est important de manifester par des élections régulières que le mandat de responsable n’est pas prolongeable par tacite reconduction. Ainsi, chacun est assuré qu’il s’engage

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pour une durée déterminée à l’avance et que son service s’arrêtera au moment prévu. Cette perspective favorise la disponibilité. Si jamais, une prolongation audelà du mandat se profile à l’horizon, mieux vaut prévoir tout de même un processus d’élection qui permettra la relecture de chacun des compagnons et de la communauté locale dans son ensemble. Poursuivre par routine pourrait faire passer à côté d’un malaise qui s’ignore. De plus, changer de responsable donne une occasion de renouvellement à la vie de la communauté locale puisque, tout de même, le responsable y imprime sa marque dans la mesure où il relit avec l’accompagnateur et « donne le ton » ainsi que le dit le guide du responsable. Alors, il semble que nous n’avons plus qu’à vous souhaiter  : bon temps d’élection, et bienvenue dans un nouveau service à l’ancien responsable « disponible et ayant le goût de la Communauté  » ! Béatrice Piganeau Responsable de l’Équipe Service Formation


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Ensemble faire Communauté

En France

Avancer à la suite de Diaconia

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1. Le groupe « Place et parole des pauvres » a été créé en 2010, réunissant une quinzaine de personnes ayant vécu ou vivant des situations de précarité, venues de toute la France et ellesmêmes engagées dans des groupes locaux de partage de la parole.

2. La troupe des clowns Nez’vangile de Toulon, la pièce de théâtre des Chrétiens Quart Monde de Toulouse sur le thème de la famille et le placement de leurs enfants, les artistes de la compagnie de danse voltige Têt’en l’air qui permettent à des personnes abîmées par la vie de se dépasser pour monter sur scène… et bien d’autres. 3. Témoignages par exemple du p. Gustavo Guttierrez, théologien de la libération, Christian Mounzeo, chrétien engagé contre la corruption au Congo Brazzaville, Guy Aurenche, président du CCFD, Gilles Rebêche, de la diaconie du Var, Frère Aloïs de Taizé…

Du 9 au 11 mai 2013, Diaconia 2013 a rassemblé à Lourdes plus de 12 000 personnes dont 3000 en grande précarité. La CVX a discrètement mais largement pris part à ce temps fort en église.

Trois jours de fraternité à 12 000, à travers de grandes célébrations, une quarantaine de forums, une centaine d’animations, rassemblant la quasi-totalité des diocèses, plus d’une centaine de mouvements et services d’Église, instituts de vie consacrée… tel était le pari de Diaconia 2013 pour ce rassemblement d’Ascension 2013. Pari plutôt réussi, à en juger les retours des participants qui parlent d’expérience ecclésiale unique, de regards transformés par les rencontres, touchés par les quatre-vingt-cinq évêques

répartis au milieu des chrétiens de leur diocèse… « Cette assemblée de tous les âges et de toutes les situations humaines, a donné à voir ce que seront les noces dans le royaume de Dieu », partage Anne.

du groupe « Place et parole des pauvres »1 ont servi de base à chaque étape de la démarche Diaconia et à la construction du rassemblement.

« Tout le monde a ses souffrances, ceux qui ont de l’argent comme ceux qui n’en ont pas. Mais tous Un tournant n’ont pas la même vie que nous. pour l’Église Dormir dans la rue. Avoir la honte La démarche Diaconia innove parce qu’on est humilié par le par la façon participative de coregard. (…) La peur, tous, nous construire entre personnes de retient, nous contracte, nous emréalités différentes et toujours pêche, nous bloque. Pour que ces en partant de la parole des plus peurs tombent, il faut qu’on se fragilisés par la vie. Les textes rencontre, les riches et les pauvres et qu’on donne la parole à tout le monde » : leur parole amorce le carnet qui accompagne chacun des pèlerins et ouvre le rassemblement le jeudi matin. Une parole également au cœur des forums et des animations, à travers les expériences vécues avec des migrants, des jeunes en atelier d’insertion, des malentendants, des femmes qui ▲ Les jeunes se sont aussi saisis de la démarche et ont lancé la proposition Diaconia avec les jeunes. ont vécu la prostituElle propose de relever 100 000 défis de fraternité pour vivre la fraternité dans les lieux où elle est tion, des détenus de absente, à travers la rencontre avec les plus fragiles ou en valorisant les actions déjà existantes. Les prison… et à travers jeunes ont préparé la veillée du vendredi, un grand moment de fraternité à 12 000.

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divers spectacles2, témoignages3 ou ateliers créatifs et ludiques (jeu de boules avec des aveugles, construction d’une œuvre commune de plus de 2m de haut, ateliers d’écriture, monopoly des familles…).

ble, on va plus loin » ! Un appel à construire l’Église et la société avec le concours de tous. « Quels que soient son histoire, son âge, son état de santé, ses capacités, chacun a quelque chose à apporter. »4

Construire ensemble

La CVX à l’œuvre

Les forums sont sur des thèmes aussi variés que le monde rural, le logement, les gens du voyage, l’éducation, les migrants, l’écologie, la famille, le travail, la finance, la santé, la politique, les personnes âgées, l’art… Après des témoignages, des éclairages, des vidéos ou des sketches – selon chacun des forums - un temps en petits groupes permet de rencontrer l’autre dans sa réalité, afin de formuler ensemble des propositions concrètes pour l’Église et la société : « Une personne du voyage nous dit  : « Comment regarder l’autre et y voir Dieu quand on sent que les regards se détournent de nous ? », rapporte Martine. Chaque forum a été préparé par des personnes de réalités, mouvements et familles spirituelles différentes, « une occasion d’expérimenter une forme de fraternité élargie », s’exprime Marie, active sur le forum sur les ressources de la Création. Sortir de ma manière de voir les choses, de ma chapelle, de ma communauté, accepter de collaborer à une manière de faire participative… exercice pas toujours simple mais qui permet une expérimentation concrète du ‘vivre ensemble’ auquel nous sommes appelés : « Tout seul, on va plus vite, mais ensem-

Au cœur du rassemblement, la CVX se fait discrète, absente des documents de presse, mais pourtant très présente : dans la préparation des partages de la Parole, des animations pour le Village de la Rencontre, au cœur des forums (art, écologie, travail, migrants, réfugiés, chrétiens divorcés…) et dans le service d’écoute et d’accompagnement. Près d’une centaine d’ « écoutants » de toutes familles spirituelles, mobilisés et coordonnés par la CVX pour se tenir disponible à toute rencontre, être attentif, offrir un bonjour, qui souvent conduit à de beaux échanges. « Ces personnes ne rejoindront certainement jamais les centres spirituels ni les mouvements d’Église. Si personne n’est là pour elles, nous ne saurons jamais ce qui les habite. », explique Anne. Comment davantage partir à la rencontre de ces personnes « aux frontières » ?

Un appel pour la CVX Parmi la centaine de membres CVX présents au rassemblement, chacun à titre différent (avec son diocèse, pour un service particulier, pour l’organisation d’un forum…), des appels ont été entendus pour notre Communau-

▲ Il était 13h45 à Lourdes, vendredi 10 mai, quand le sanctuaire de Lourdes s’est immobilisé pour le Freeze Mob Diaconia 2013. Scènes de statues vivantes par des jeunes et participants symbolisant « la force de la fraternité contre l’exclusion ». Une invitation à prendre le temps du regard et de l’écoute. (voir la vidéo du Freeze Mob sur notre site www.editionsviechretienne.com)

té, comme par exemple d’« oser partager nos fragilités, pour que nous vivions davantage la fraternité qui donne la force d’aller dans le monde et de discerner ensemble là où le Seigneur a besoin de nous. », ou encore d’« ouvrir notre Communauté, à travers les ateliers 5 : ils sont des lieux privilégiés pour aider d’autres à relire leur engagement dans le monde, pour interpeller et oser des paroles qui dénoncent ou encouragent. ». « Si nous partagions sur nos engagements hors CVX, nous serions peut-être surpris de ce que chaque membre vit déjà ! », suggère Catherine. Le service du frère, en effet, ne réunit-il pas de nombreux membres CVX ? Quelle visibilité en faisons-nous ? Enfin, François nous interpelle : « Le « niveau social » de nos communautés est souvent assez élevé (enseignants, ingénieurs, médecins…)  : quelle accueil faisonsnous aux plus démunis ? »

Et après ? Comment donner suite à cet élan fraternel vécu dans la rencontre le temps du rassemblement ? Le

4. Extrait du Carnet Diaconia réalisé avec Prions en église. 5. Pour plus d’informations sur les ateliers CVX, sur le site www.cvxfrance.com cliquer sur « La communauté » puis sur « Ateliers »

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Ensemble faire Communauté

En France

Pour aller plus loin « Quels visages de personnes me reviennent, qui, à un moment où j’en avais besoin, m’ont aidé à me relever ? Ces personnes là, elles nous ont appelé – ou rappelé – à l’existence. Etre au service, c’est faire réponse à tout ce que nous avons reçu, à cet appel à l’existence qui nous fait tenir debout. Ce que j’ai reçu, je peux le donner moi aussi, à mon tour. C’est cela la Bonne Nouvelle que l’Église porte. Non comme un petit paquet qu’elle pourrait poser à côté d’elle, non, elle le porte dans sa chair. Comme le Christ. » Extrait de l’intervention d’Etienne Grieu, s.j.

▲ Vendredi 10 mai, 17h30. Quelques membres CVX profitent du temps libre pour se retrouver au bord du Gave, devant l’église Sainte Bernadette. On met des visages sur des noms, on s’embrasse, on se découvre. Une photo de groupe immortalise le moment de retrouvailles. Vient alors le sentiment d’appartenir à une famille, pourtant si diffuse au cœur de ce rassemblement…

groupe de Pierre a décidé de poursuivre des temps fraternels en paroisse et aimerait proposer des « fêtes de la fraternité » dans son diocèse. Jean-Paul souligne la diversité de sensibilité, condition et situations humaines qui existent au sein même de nos assemblées dominicales : « Nous avons le réflexe d’y retrouver ceux qui nous ressemblent. C’est pourtant bien au cœur de nos églises que chacun doit apprendre à rencontrer celui qui est différent de soi. » Ancien sous-gouverneur de la Banque de France, Jean-Paul a activement participé au « Club Diaconia », qui a réuni à quatre reprises en 2012 et 2013 des membres du groupe Place et Parole des Pauvres avec des chefs d’entreprise et des responsables

politiques ou administratifs, afin de « demander à travers ces rencontres ‘improbables’ à ceux qui ont la parole dans la société d’écouter et de répondre à la parole de ceux qui ne l’ont pas ». Expérience qui déplace profondément, dit-il. Et qui doit continuer, comme l’affirme le message final du groupe Place et Parole des Pauvres : « Ce qu’on a vécu ici, ça ne doit pas être une parenthèse. Si on ne prend pas le temps du partage de la parole, de la convivialité, si on ne prend pas le temps du partage de nos faiblesses et de nos merveilles, on ne peut pas connaître l’autre.(…) Voilà pourquoi on est là : pour qu’il y ait un changement. »

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Marie Benêteau

Retrouvez sur le site diaconia2013.fr les photos et vidéos du rassemblement, ainsi que toutes les interventions : - d’étienne Grieu, s.j. - de Mgr Housset, évêque de La Rochelle et Saintes, président du Conseil pour la solidarité, - les homélies du cardinal Sarah et de Mgr André Vingt-Trois, - les messages des jeunes pour Diaconia, du groupe Place et Parole des pauvres, du Saint-Siège et le message final lu dans les paroisses à la Pentecôte.

Et retrouvez sur www.cvxfrance.com les nombreux témoignages, riches et divers, des membres CVX présents à Diaconia.

Diaconia s’est aussi construit dans une démarche « éco-responsable », voulant contribuer à l’allègement de l’empreinte écologique.


Les équipes MagIs En 2010, la CVX s’est associée au MEJ1 et au RJI2 pour construire ce qui allait devenir les Équipes Magis.

A

Les outils que sont la relecture et le discernement sont en effet très précieux à un âge où l’on pose des choix importants dans les domaines personnels et professionnels et où l’on construit sa personnalité d’adulte. Les équipes Magis proposent d’expérimenter à plusieurs la relecture, le partage de vie, la prière, tout en donnant une place importante à la convivialité. Par ailleurs, le projet des équipes Magis souhaite aller au-delà de la simple expression du ressenti et honorer la dimension de la raison humaine en proposant aux membres des équipes de s’investir dans un parcours de formation reçu au sein même de l’équipe ou grâce à des ressources extérieures. Enfin, chaque équipe tente de se mobiliser sur un projet ouvert vers les autres pour vivre ensemble un moment de partage et expérimenter la spiritualité du service. La CVX peut jouer un rôle important dans la vie de ces équipes de six à huit jeunes, accompagnées à la manière ignatienne. Actuellement, les trente-cinq équipes déjà

© Droits Réservés

À travers le projet des équipes Magis, la volonté de la Communauté Vie Chrétienne était de faire connaître les trésors de la spiritualité ignatienne à des jeunes de 18 à 25 ans, qu’ils intègrent ou non la CVX par la suite.

▲ Lors de la rencontre des accompagnateurs des équipes Magis

formées sont accompagnées par des jésuites, des religieuses ignatiennes ou des laïcs qui vivent de la spiritualité ignatienne. L’expérience de la CVX, les ressources mises à disposition sur les sites de la CVX ou de Magis permettent en effet de transmettre les particularités de la spiritualité de St Ignace ou simplement, de donner le goût aux jeunes afin qu’ils approfondissent leurs réflexions ou leur formation dans un autre cadre.

dées, les règles de vies de l’équipe sont valables pour un an. Chaque année, les participants relisent l’année vécue et décident ou non de se réengager pour une année.

L’originalité des équipes Magis est qu’elles tentent de s’adapter autant que faire ce peut aux besoins et envies des 18-25 ans. Ainsi, la proposition reste très souple quand au choix de la forme et même du contenu des réunions. Les jeunes sont amenés à discerner entre eux la forme qui les amènera le plus loin dans leur désir de se mettre davantage à la suite du Christ. Une fois vali-

Pour en savoir plus, visitez notre site web :

1. Mouvement Eucharistique des Jeunes. 2. Réseau Jeunesse Ignatien.

Meige Corpet Coordinatrice de la commission nationale Magis

equipesmagis.fr

et contactez le correspondant Magis de votre ville. Plusieurs membres de la CVX sont déjà accompagnateurs d’équipes Magis : votre expérience de la spiritualité ignatienne et votre désir de la transmettre à des plus jeunes sont deux atouts que vous pouvez mettre au service de la communauté.

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Ensemble faire Communauté

Dans le monde

Échanges avec la CVX Zimbabwe Belle rencontre que nous dévoile Denis Dobbelstein, de la CVX Belgique, entre personnes de pays aux cultures très différentes, mais appartenant à la même famille : la CVX. L’encadré nous permettra de mieux comprendre la réalité du Zimbabwe et sa manière d’être en CVX.

A

Alfreda Chagweda vit à Harare, capitale du Zimbabwe. Là-bas, tout le monde l’appelle « Chipo », tout simplement. Aussi bien les membres de la CVX, que les retraitants qui fréquentent le centre ignatien dont elle est une collaboratrice précieuse. Déléguée de sa communauté lors de l’Assemblée Mondiale de Fatima en 2008, elle nous a dévoilé le symbole emmené pour nous parler de la CVX au Zimbabwe. Elle était désolée de nous exhiber une cruche… cassée par des bagagistes trop enthousiastes. Elle en a tiré parti pour évoquer son pays, déchiré par la guerre civile ; son

peuple, meurtri par une inflation qui dépasse l’entendement ; la CVX, dont les premières urgences ont trait au financement des repas lors des assemblées. Trois minutes de témoignage devant un auditoire ému aux larmes par un récit pourtant tout en pudeur, au moyen d’un symbole brisé. Pour la CVX mondiale, c’est une grande dame. Or, voici que cette grande dame au petit nom a effectué un second séjour en Europe au cours de l’été 2012, à l’invitation de la CVX Allemagne. En marge de ce séjour, Chipo a fait un crochet par Bruxelles, au pied levé, comme une amie que des amis veulent absolument vous présenter. « Je me demande ce que j’ai fait pour mériter un tel voyage »  : c’est la question que Chipo se posait sans cesse face aux quelques membres de la CVX Belgique francophone qui l’ont accueillie à Bruxelles. © Droits Réservés

Je suis certain qu’elle connaissait parfaitement la réponse : c’était cadeau. Elle pouvait s’en réjouir, tout simplement, sans devoir s’interroger sur les mérites qu’elle aurait pu faire

▲ De gauche à droite : Denis Dobbelstein, Chipo et Marie-Claire Beaudelot

36 Nouvelle revue Vie Chrétienne - N° 24

valoir pour justifier l’invitation de la CVX Allemagne. Cependant, je ne souhaite pas parler en son nom. Je préfère mettre en évidence que la même question s’est révélée éminemment pertinente pour tous ceux et celles qui ont eu le privilège de la rencontrer. Grâce à Chipo, quelques membres de la CVX en Belgique ont eu l’occasion d’entreprendre eux aussi un voyage inattendu. Chipo avait tant de choses à nous raconter au sujet du Zimbabwe et des communautés locales. Chaque anecdote, chaque information appelait de nouvelles questions de notre part. En effet, qui pouvait se targuer d’en savoir long sur le Zimbabwe ? Les partages de Chipo furent l’occasion d’un voyage imaginaire. À l’inverse, nous avions tant de choses à dire au sujet de la Belgique. Nous avons emmené Chipo dans les endroits les plus typiques de Bruxelles, y compris l’incontournable Grand-Place, la plus belle place du monde… du moins la plus belle place belge au monde !


Qui plus est, nous avons partagé au sujet de l’âme belge, de « notre » CVX, de nos rêves et désirs. Par sa simple présence et son attention bienveillante, Chipo a fait émerger ce que nous portons de plus précieux.

francophone

© Droits Réservés

Ce fut notre second voyage très personnel. Et nous ignorons ce que nous avons fait pour mériter ce cadeau. Merci beaucoup, Chipo. Denis Dobbelstein Pour la CVX de Belgique

▲ Chipo et Johanna Merkt, de la CVX Allemagne

Quelques impressions du Zimbabwe (À partir des témoignages de Chipo et de deux membres de la CVX Allemagne, qui ont séjourné au Zimbabwe en mars 2013, Inge et Johanna)

L

e Zimbabwe, anciennement Rhodésie, fut le grenier à blé de l’Afrique. Aujourd’hui, c’est un pays d’une très grande pauvreté, dont les richesses naturelles sont confisquées par quelques dirigeants et des sociétés étrangères. Pays de contrastes. D’une part des paysages splendides à perte de vue ; d’autre part, le souci d’intimité de ceux qui osent évoquer l’envers du décor : mieux vaut parler entre quatre murs si l’on tient à la vie. Au beau milieu des chaussées à bandes multiples qui n’ont rien à envier aux grandes villes d’Europe, des enfants qui mendient. Une famille parmi d’autres : une grand-mère et ses dix petits-enfants, tous orphelins de parents emportés par le sida. Ils vivent dans deux cases rondes sans mobilier, sauf quelques matelas au sol. Si les enfants peuvent fréquenter l’école, c’est uniquement grâce au soutien financier de l’Église locale. Et malgré cette pauvreté extrême, le jour de Pâques, tous sont en habits de fêtes. La joie n’est pas feinte, mais que de sacrifices matériels pour honorer le Seigneur. Les extrêmes se rejoignent au sein même de la CVX. De la case de la grand-mère, trajet en limousine à l’invitation d’un

autre membre de la CVX : villa luxueuse au milieu de splendides jardins privés. Incompréhension. Mais il s’agit d’aller au-delà des lectures faciles. Edmond, leur hôte, a grandi dans une famille très pauvre. Grâce aux études et à force de travail, le voici nanti. Or, riches et pauvres se retrouvent au sein du même groupe, sans malaise. Qui plus est, sans Edmond, le centre spirituel ne pourrait pas offrir les Exercices à toute une série de retraitants sans ressources. Trois générations se côtoient dans une communauté locale, qui peut compter quarante membres et se réunit une fois par semaine. La rencontre de deux heures est structurée par un chant, une prière, un temps de silence, la lecture de la parole de Dieu et le partage de vie. Chacun exprime son amour du Christ et son désir de conformer sa vie à l’appel de l’Évangile, sans la pudeur qui nous paralyse parfois en Europe. Inge et Johanna se sont rendues au Zimbabwe dans le cadre du partenariat avec la CVX nationale. La CVX Allemagne soutient en effet financièrement le centre spirituel ignatien. Leur témoignage rejoint le mien : cet échange profite bien audelà de ce qui était espéré ; en réalité, le cadeau est d’autant plus précieux qu’il est inattendu.

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Ensemble faire Communauté

Dans le monde

Rencontre avec la CVX Australie A la suite d’un voyage, Marie-Emmanuelle nous rapporte la manière australienne de vivre la CVX.

E

1. « CLC »= Christian Life Community. C’est le nom donné à la Communauté de Vie Chrétienne (CVX) à l’international.

cueil ! Sans me connaître, certains sont venus me chercher à l’aéroport, d’autres ont passé une demi-journée avec moi, des groupes ont organisé des dîners spécialement pour me rencontrer, certains m’ont logée.

En 2010, je suis partie visiter l’Australie pendant cinq semaines. J’ai rencontré plusieurs membres de CLC1 à Perth, Adélaïde, Melbourne, Sydney et Brisbane. Le réseau CLC marche très bien chez eux. Le sens de la Communauté nationale est très présent.

Des partages que nous avons eus, je retiens plusieurs choses.

Par leur site internet, j’avais pris contact avec les responsables de chaque état. Tout de suite, ils ont transmis mon mail aux autres responsables et aussi à plusieurs membres dans leurs états respectifs, souvent les plus jeunes, pour que je puisse les rencontrer.

Ils sont environ 600 membres dans toute l’Australie (nous sommes 6 000 en France). Leurs rencontres ont lieu toutes les deux semaines. Ils ne prennent pas de notes. Les réunions sont organisées de la même manière que chez nous mais ils passent plus de temps à prier qu’à partager. D’après eux, c’est dû au fait que la CLC n’existe que depuis 37 ans dans leur pays. Les responsables de certains États poussent leurs équipes à partager davantage sur leurs vies, c’est en cours de changement.

J’ai été très touchée par leur ac-

© Droits Réservés

Les jésuites sont peu impliqués dans la vie de CLC, peu les accompagnent. Les retraites sont monnaie courante, même chez les jeunes de Magis. Les membres sont souvent appelés par leurs responsables à en faire dans les centres jésuites.

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Ils ont aussi des rassemblements nationaux. Le dernier a eu lieu en 2010, à Sydney. Ayant la même manière de prier et de partager, mes échanges avec eux ont rapidement porté sur des points importants de nos vies. C’est magique ! Les Exercices Spirituels de St Ignace sont importants pour tous. Pour les groupes qui pratiquent la relecture, leurs réunions ont la même structure que les nôtres. Un autre point commun  : leur communauté est vieillissante. Les responsables cherchent comment faire pour attirer plus de jeunes. Avec les groupes Magis, un début de chemin commun s’amorce, CLC étant présent dans l’instance nationale de Magis Australie, et les groupes Magis pratiquant la relecture et la prière à la manière ignatienne. Magis s’est mis en route chez eux suite aux JMJ de Sydney. Nous avons beaucoup parlé de l’organisation de CLC dans nos pays respectifs, du contenu de nos réunions, des liens tissés avec les autres membres de la famille ignatienne. Cela donne matière à réfléchir pour avancer ! Marie-Emmanuelle Reiss


Billet

© Sabine de Ligny

L’enfant abandonné Elle m’a dit qu’il s’appelait Alexandre-émilien. Sans même me laisser le temps de lancer - histoire de détendre l’atmosphère - que je trouvais ce prénom un peu grand pour un bébé de quinze mois, elle a mis à ramper son fils sur la moquette. Soupirs vaguement geignards. Doudou nettement nauséabond. Puis elle est entrée dans le vif du sujet : ce fichu redoublement d’Eugène-Antoine, son aîné (alias Calmos. Mais sa mère l’ignorait). A l’époque, enseignant à ***, j’étais aussi professeur principal. C’est à ce titre que je recevais cette dame, flanquée ce jour-là d’un petit dernier, visiblement aussi ravi qu’elle de se trouver là. à vrai dire, nous l’avons très vite oublié, tout entiers soucieux du cher Calmos. Cette femme suait d’angoisse et d’agressivité et j’eus beaucoup de mal, d’abord à contenir le flot de reproches qu’elle venait déverser, puis à essayer de lui suggérer un regard moins maussade sur la scolarité de son garçon. Peu à peu pourtant, elle m’a paru moins raidie sur sa chaise, elle ne réfutait plus aussi mécaniquement mes arguments, elle s’apaisait presque. (À un moment, n’a-t-elle pas souri ? Tant d’années après, je n’ose l’affirmer.) Toujours est-il que je commençais à croire, malgré tout, à l’utilité de notre rencontre, lorsque, soudain, j’eus la sensation bizarre qu’un gros marteau de caoutchouc venait de s’abattre sur mes pieds. Et j’aperçus, affalé sur mes chaussures, le bébé assoupi… J’ai eu grand soin de ne pas l’éveiller ; à leur départ, il dormait encore. Comment voyez-vous les choses, Docteur Freud ? Pour moi, ce petit, tout encombré par son angoissée de mère, avait senti qu’il pouvait passer le relais. Je m’occupais d’elle ; il allait pouvoir dormir tranquille. Comme vous dites, oui, Docteur, il s’est entièrement reposé sur moi. Et puisque vous ne posez pas la question, je répondrai volontiers. Non, Docteur, je ne me suis pas pris pour le bon Dieu. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Mais, ce jour-là, des petits poings serrés sur mes lacets m’ont parlé de son Royaume. Il y a trop de passages d’Évangile où Jésus nous donne les tout-petits pour modèles1. Non pas modèles d’innocence (tiens, vous souriez, Docteur…) mais modèles de confiance absolue. Pouvais-je me dérober à la leçon ? Alors, merci, Calmos Jr. Pardon : merci, Alexandre-émilien - à trente ans, tu dois porter ça très bien. Tu m’as introduit à la joie de l’abandon. Philippe Robert s.j. 1. Luc 18,16-17, notamment : On lui présentait aussi les tout-petits pour qu’il les touchât ; ce que voyant, les disciples les rabrouaient. Mais Jésus appela à lui ces enfants, en disant : « Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu. En vérité je vous le dis : quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas. »

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Prier dans l’instant En vacances

© iStock

À rythme nouveau, prière nouvelle. Il est nettement plus difficile, dans la fantaisie et la variété de ces journées, d’insérer coûte que coûte un « temps de prière ». Alors ? Ce temps vacant, le recevoir comme temps créatif avec le Créateur. Il s’agit d’engager toutes mes facultés dans un accueil de la beauté qui, venant de Dieu, s’offre à moi de mille manières. Prier ? Me laisser prier par mon Créateur qui toujours me devance. Le laisser me parler, me toucher, m’émouvoir, grâce aux œuvres humaines et terrestres de beauté, dont Il est source. Un petit déjeuner paisible ? Je choisis de permettre au regard de mon « Hôte intérieur » de traverser mes yeux, pour se poser sur l’un, sur l’autre. Je dis oui à une écoute guidée par la sienne et deviens capable d’admirer ce que je n’entendais plus. Ce n’est pas compliqué. Mais ça n’a rien de spontané… cette décision aimante d’une communion avec le vivant, enfoui dans la beauté des vivants. Un festival ? Tout peut glisser sur moi. Je choisis de recevoir loin en moi, venant de Lui, la grâce d’une danse, le sourire d’un visage, l’éclat d’une musique. Mes mains vont applaudir un Dieu origine, dans la beauté de ses créatures et de leurs créations. Aucune nécessité de « parler à Dieu ». C’est à Lui que je permets la parole. Un paysage ? Je les connais bien, cette forêt, cette crique bretonne, cette montagne…… Me taire enfin, et dehors et dedans ! Et peuvent se révéler à moi de manière neuve des jeux de lumière, une douceur de couleurs… J’accepte d’être surpris, jusqu’à l’émotion, par un langage de beauté qui chante Dieu. Et la grandeur de Dieu reçoit le droit de se laisser accueillir par moi. Prier ? Un silence de regard et d’écoute. Une communion. « Devant moi, tu ouvres un passage » (Psaume 30) Toutes les beautés humaines de mes vacances peuvent, si mon cœur le décide, me faire « passer » en Dieu. Marie-Claire Berthelin

Nouvelle revue Vie Chrétienne – juillet/août 2013

Revue Vie Chrétienne n°24  

"Etre amis"

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