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Ce graphique nous permet de déduire ce qui s’est passé avec notre verre. Supposons que l’air ambiant ait eu une température de 20 °C et contenu 8 g/m3 de vapeur d’eau. Cela correspond au point (S) sur le graphique. Lorsque l’air est entré en contact avec le verre froid, il a commencé à se refroidir. En suivant la flèche noire sur le graphique, nous pouvons suivre ce qui s’est passé pendant le refroidissement. Jusqu’à 10 °C, l’air peut conserver sans problème les 8 g/m3 de vapeur d’eau qu’il contient. Mais notre bière fraîche n’était qu’à 5 °C, température à laquelle l’air est descendu au contact du verre. La valeur de la tension saturante de vapeur d’eau ne pouvant être dépassée (sous peine de se retrouver dans la « zone interdite »), notre flèche noire doit maintenant s’incliner vers le bas pour suivre la courbe rouge. Cela signifie que de la vapeur d’eau doit « quitter » l’air, c’est-à-dire qu’elle se condense sous forme de gouttelettes d’eau, ce qui est symbolisé par les gouttes bleues. Ce processus est appelé condensation. Il se produit la même chose lorsque de l’eau se condense sur un tuyau ou que de la buée se dépose sur vos lunettes. La nuit, quand les plantes et le sol se refroidissent, il se forme de la rosée ou de la gelée si la température ambiante est inférieure à 0 °C. La température à laquelle se produit la condensation est appelée point de condensation ou point de rosée. Dans notre expérience, le point de rosée se situe à 10 °C. En résumé : si l’on refroidit l’air en dessous du point de rosée, sa capacité à retenir de la vapeur d’eau est dépassée.

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Il doit donc en perdre une partie. La vapeur d’eau en excès se condense alors, produisant de minuscules gouttelettes.

Condensation en pleine atmosphère Les phénomènes de condensation ob­ ser­vés jusqu’ici se produisent sur une surface solide : verre de bière, sol ou feuilles des plantes. Mais la condensation peut aussi de produire en pleine atmosphère, c’est-à-dire loin de l’influ­ ence de la surface terrestre et de tout ce qui s’y trouve. Là, les minuscules gouttelettes de condensation restent en suspension dans l’air et sont vi­sibles sous forme de nuage (ou de brouillard). Malheureusement, la condensation en pleine atmosphère n’est pas aussi simple que sur une surface solide. Bien sûr, le principe énoncé plus haut reste valable : quand l’air se refroidit en dessous du point de rosée, la vapeur d’eau se condense, entraînant la formation de gout­ telettes d’eau qui restent en suspension dans l’air. Mais celles-ci ne restent pas tranquilles ! À peine sontelles apparues qu’une force s’exerce sur elles, la tension superficielle. Celle-ci tend à réduire violemment la surface des gouttelettes, augmentant la pression à l’intérieur de la gouttelette (on peut se l’imaginer comme un ballon de baudruche gonflé dont l’enveloppe tenterait de se rétracter). Résultat : les molécules d’eau ainsi comprimées traversent la surface de la gouttelette et disparaissent dans l’air environnant. La gouttelette rapetisse toujours plus

Précondensation dans l’air humide.

– jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien ! On pourrait dire que les gouttelettes se sont évaporées. Pourtant, quand on regarde le ciel, on aperçoit bien des nuages. Comment ont-ils pu se former malgré la tension superficielle ? La formation des nuages dans le ciel fait intervenir de minuscules poussières qui flottent dans l’air en quantités considérables. Même dans l’air le plus pur, on compte déjà 100 de ces particules par cm3. L’air pollué des grandes villes en contient 1 million par cm3. Leur diamètre varie autour d’un millième de millimètre (soit 1 micron ou 1 µm), mais

il en existe de plus petites encore. Les météorologues les nomment aérosols. La plus grande partie des particules d’aéro­ sols sont des cristaux de sels. Elles proviennent des incendies de forêts, des chaudières, des moteurs, mais aussi des éruptions volcaniques, des sols balayés par le vent et des embruns océaniques. Les sels ont une propriété remarquable : ils attirent l’eau ! On le voit bien quand on place du sel ordinaire dans une cave humide. La poudre fine se transforme bientôt en une masse humide. Il se passe la même chose avec les cristaux de sels flottant dans l’air. Ils se lient à la


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vapeur d’eau en cours de condensation et s’entourent d’un manteau aqueux. Le temps passant, il se forme des microgouttelettes soumises elles aussi à la tension superficielle. Mais celle-ci est contrariée par la considérable force d’attraction des cristaux. Mieux : le sel attire toujours plus de vapeur d’eau et les gouttelettes ne cessent d’augmenter de taille, atteignant un diamètre de 10 à 20 µm, et même 50 à 200 µm dans les nuages à grand développement vertical. Ces cristaux de sels qui permettent la formation de gouttelettes est de nuages sont appelés noyaux de condensation. Quand l’air est chaud et humide, ce mécanisme fonctionne avant même que la condensation proprement dite ne démarre. On parle de précondensation, qui se manifeste sous forme de brume. C’est l’air brumeux typique des journées d’été chaudes et lourdes. La précondensation est aussi la première étape de la formation des nuages. On aperçoit alors dans l’air des masses brumeuses qui peu après deviennent de vrais nuages. La photo de la page 7 montre ce phénomène en cours. En pleine atmosphère, la congélation des microgouttelettes d’eau en cristaux de glace est également complexe. Aussi paradoxal que ça paraisse, les nuages contiennent des microgouttelettes en surfusion, c’est-à-dire restées liquides en dessous de 0 °C. Un état de surfusion à -10 °C est tout à fait ordinaire, et on l’a même observé en dessous de -35 °C. Sans cela, les nuages ne pourraient se former sous nos latitudes. La surfusion joue donc un rôle capital pour la météorologie. C’est pourquoi la classification

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des nuages (voir p. 27) indique toujours si le nuage considéré contient des gouttelettes en surfusion.

Diffusion de la lumière Si nous regardons les gouttes de rosée sur la feuille de la photo ci-dessous, nous remarquons qu’elles sont entière­ ment transparentes. Si c’était aussi le cas des microgouttelettes des nuages, on ne de­ vrait pas voir les nuages, ou alors difficilement. Alors pourquoi les voit-on ? Les microgouttelettes des nuages sont rendues visibles par la diffusion de la lumière solaire. La diffusion est un phénomène très courant qui se produit chaque fois qu’un rayon lumineux rencontre de très petites surfaces, comme les parachutes poilus des graines de pissenlit, ou les microgouttelettes, dont la taille varie entre 20 et 50 µm. À contrejour, elles produisent un halo lumineux éblouissant, comme sur la photo de gauche. C’est aussi ce qui se produit quand le faisceau lumineux d’une lampe de poche à travers la poussière ou quand les phares d’une voiture en plein brouillard créent un cône ou un mur éblouissant. En rencontrant ces surfaces, une partie de la lumière incidente est déviée dans toutes les directions. On peut se le représenter en dirigeant un jet d’eau sur un obstacle : l’eau rejaillit de tous côtés (photo de droite). C’est pareil avec la diffusion de la lumière : un observateur situé à côté de la surface diffusante reçoit une partie de la lumière diffusée et la surface lui paraît lumineuse.

Les poils des graines de ce chardon diffusent la lumière solaire et paraissent eux-mêmes lumineux.

La lumière solaire est diffusée de tous côtés par les particules fines exactement comme un jet d’eau est dispersé dans toutes les directions par un obstacle.

Contrairement aux microgouttelettes des nuages, les gouttes de rosée sont transparentes.


La classification internationale des nuages en images


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Phénomènes optiques associés aux nuages supérieurs

Cirrostratus nebulosus Famille Genre Espèce

supérieur en couche nébuleux

Cirrostratus nebulosus

Cs neb

Les cirrostratus et plus particulièrement les cirrostratus nebulosus sont la forme de nuage la plus fréquemment associée à de magnifiques halos lumineux. Les halos sont des phénomènes lumineux circulaires ou linéaires, blancs ou colorés se formant apparaissant à l’intérieur de nuages de glace. Ces « ornements du ciel », comme les appelle Fritz Möller, un professeur de météorologie munichois, comptent parmi les plus belles manifestations que le ciel ait à nous offrir. Mais en raison de leur faible portée pratique, ce sont pour ainsi dire les passagers clandestins de la météorologie. Les livres spécialisés en décrivent plus de 20 variétés particulièrement rares. Nous nous contenterons ici des plus courantes et renvoyons le lecteur intéressé à des ouvrages spécialisés.

Phénomène associé : Petit halo (voir page 71).

La principale curiosité de cette photo est son petit halo lumineux et coloré (page 71). Le nuage est presque invisible devant le ciel bleu. Un Cirrostratus nebulosus comme dans les manuels ! La surface claire qui entoure le soleil est probablement due à la diffusion de la lumière (voir p. 78) sur de la poussière ou du sable soulevés par le vent dans la basse atmosphère, mais elle n’a probablement aucun rapport avec le cirrostratus plus haut en altitude. En Europe, un cirrostratus nebulosus aussi homogène est plutôt rare. C’est bien dommage, car ces nuages produi­

sent des halos particulièrement beaux et colorés. C’est en hiver qu’on a les meilleures chances d’en voir, quand un brouillard glacé commence à se lever. La photo de la page précédente a été prise dans un tel contexte. Mais la vraie patrie des cirrostratus nebulosus, ce sont les régions polaires du globe. Les phénomènes optiques de l’atmosphère y sont souvent visibles dans leur totalité.

Position de différents halos dans le ciel.

Le schéma ci-dessous montre où trouver les principaux halos dans la voûte céleste. La colonne lumineuse (1) est une bande lumineuse verticale blanche – rougeâtre ou jaune quand le soleil est très bas – au-dessus ou au-dessous du soleil. Le cercle parhélique (2) est une ligne horizontale généralement blanche qui traverse le soleil. Juste au-dessus de l’observateur se trouve l’arc circumzénithal (3) : un arc de cercle centré sur le zénith. Le halo plus courant et le plus connu est un cercle coloré de 22 ° de rayon centré sur le soleil, le petit halo (4). Il existe aussi un grand halo, mais il est très rare. Aux deux points d’intersection du petit halo avec le cercle parhélique brillent deux taches colorées, les parhélies (5) (« soleils latéraux » en grec). Au sommet du petit halo, tels des cornes ou des oreilles, se rattachent les arcs tangentiels supérieurs (6). Quand le soleil est assez haut, ils peuvent être si longs qu’ils entourent entièrement le petit halo : c’est le halo circonscrit. Certains jours, le soleil levant ou couchant prend la forme d’une brillante colonne de feu (voir p. 68). Il arrive même parfois de voir cette colonne lumineuse quand le soleil est encore sous l’horizon avant son lever ou longtemps après son coucher. Il n’est pas rare que, le soleil ayant déjà pris de la hauteur, elle se prolonge aussi vers le bas et prenne alors la forme d’un fuseau. Ce phénomène prend de superbes couleurs quand des cirrostratus très ténus, à peine visibles, voilent le ciel.


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Colonnes lumineuses dans un léger brouillard de glace.

Après les cristaux horizontaux, il existe aussi des cristaux verticaux. Ces aiguilles à base hexagonale provoquent un phénomène optique analogue, à savoir une bande lumineuse le plus souvent blan­ che courant horizontalement de part et d’autre du soleil : le cercle parhélique (2). Beaucoup moins fréquent que les colonnes lumineuses, il est la plupart du temps peu brillant. Sur la photo de droite, on voit comme il brille faiblement, du moins à l’intérieur du petit halo, mais on peut constater qu’il traverse le soleil. À cause de la perspective, il paraît se relever aux extrémités. Exceptionnellement, il arrive qu’une colonne

lumineuse et un cercle parhélique se forment en même temps. La rareté du phénomène s’explique par le fait que les deux formes de cristaux que cela nécessite apparaissent dans des conditions très différentes. On croit alors voir une croix dans le ciel. Selon la légende, l’empereur Constantin aurait vu une telle croix apparaître dans le ciel près de Trèves, en Allemagne, en l’an 313. Il en a été si impressionné qu’il s’est converti au christianisme. Nous savons maintenant comment cette croix est apparue ! Une autre cause de phénomènes lumineux dans le ciel est la diffraction de la

Cercle parhélique.

lumière solaire par des cristaux de glace. De quoi s’agit-il ? Lorsqu’un rayon lumineux frappe un cristal, celui-ci le dévie et décompose en même temps son spectre lumineux, à la manière d’un prisme. Les cristaux de glace dévient les rayons solaires d’environ 22°. Quand un observateur regarde le soleil (attention, assombrissez toujours le soleil pour éviter de vous abîmer les yeux), ses yeux reçoivent non seulement la lumière qui tombe directement du soleil, mais aussi la lumière diffractée par les cristaux de glace situés à 22° de distance angulaire du soleil dans toutes les directions, dessinant un cercle lumineux centré au-

tour du soleil. Il s’agit du petit halo ou halo de 22° (4). Bien que le petit halo soit très courant, il en revanche rare de le voir en entier. La plupart du temps, on ne voit qu’un arc de cercle plus ou moins développé. Une observation attentive révèle que le petit halo est coloré ; son rebord intérieur est rougeâtre, le rebord extérieur blanc bleuté, comme on le voit bien sur la photo de la page 72. D’où viennent ces couleurs ? Comme nous l’avons vu, la diffraction produit la décomposition de la lumière en couleurs de l’arc-en-ciel. La fraction bleue de la lumière solaire est déviée d’un peu plus de 22° et la


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Altocumulus floccus virga

Altocumulus floccus virga

Famille Genre Espèce Nuage annexe

Famille Genre Espèce Nuage annexe

moyen en amas floconneux virga

Altocumulus Ac floccus flo virga vir

Bien que ces nuages ressemblent à des cirrus uncinus (p. 36), il s’agit pourtant d’authentiques altocumulus floccus. D’une part, leur altitude les range dans la catégorie des nuages moyens. Mais ceci ne se voit que sur le terrain, car l’altitude est difficile à évaluer sur une photo. D’autre part, on peut voir qu’il ne s’agit pas de nuages de glace filamenteux. Ceux-ci sont plus compacts et, par endroits, ils possèdent même une ombre. La particularité la plus frappante de ces nuages est leurs virgas (voir p. 38), ces sortes de virgules suspendues en des-

sous d’eux. Ces virgas sont constituées de microgouttelettes d’eau emportées par le vent, ce qui provoque leur évaporation rapidement. Dans la classification, les virgas ne constituent pas une espèce de nuage, mais entrent dans la catégorie et des formes particulières et nuages annexes. Le nom complet de ces nuages Altocumulus floccus virga.

moyen en amas floconneux virga

Altocumulus Ac floccus flo virga vir

Nous nous trouvons encore une fois en présence d’altocumulus floccus virga. Comme sur d’autres photos (voir p. 80), leur disposition apparente en éventail est un simple effet de perspective. Le vent emporte les virgas dans la direction opposée à celle de l’observateur, et elles semblent de rapprocher dans le lointain et même converger en un point. Ces nuages doivent se tenir à l’étage moyen, mais une estimation plus précise n’est malheureusement pas possible. Leur structure fine peut laisser supposer qu’ils sont constitués d’une part importante de cristaux de glace.

Mais pour cela, il faut des températures suffisamment basses (voir p. 43), qu’on ne trouve qu’à très haute altitude. Comme les altocumulus castellanus, les altocumulus floccus sont annonciateurs d’orage, mais leur valeur prédictive est moins fiable. Les plus fiables sont ceux qui ont des formes déchiquetées (par exemple des têtes aux cheveux ébouriffés) qui, lorsqu’elles apparaissent dès le matin, annoncent des orages pour l’après-midi ou en soirée.


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Nuages inférieurs Pour les nuages inférieurs, nous allons quelque peu nous écarter de la classifi­ cation internationale. Car, d’après l’OMM, les cumulus ne font pas partie des nu­ ages inférieurs, mais des nuages à grand développement vertical. Et il n’est en effet pas difficile de ranger un énorme cumulus congestus (voir p. 107) dans cette catégorie. Mais il en va autrement avec un modeste cumulus mediocris (voir p. 104). De même, il paraît contreintuitif de compter un petit cumulus de beau temps de type cumulus humilis (voir p. 101) parmi les nuages à grand développement vertical. Nous allons donc considérer les trois espèces de cumulus

Nuages inférieurs typiques.

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comme des nuages inférieurs, aux côtés des stratus et des stratocumulus. Sans perdre de vue que les cumulus très développés peuvent croître bien audessus de l’étage inférieur des nuages. Les nuages bas sont ceux qui influencent le plus fortement notre idée des nuages. Les enfants dessinent déjà le ciel rempli de nuages qui ressemblent beaucoup aux nuages bas. Leur beauté joue sûrement un rôle : qui n’a jamais observé avec étonnement un nuage modeste se transformer en magnifique « choufleur ». Le célèbre professeur de météorologie Fritz Möller lui-même n’hésite pas à conseiller à ses étudiants de s’allonger dans l’herbe pour admirer l’évolution des nuages.

Exemple de cumulus : Cumulus mediocris Famille Genre Espèce

inférieur en amas (par convection) moyennement développé

Cumulus mediocris

Contrairement aux étages supérieur et moyen, il existe deux formes de nuages en amas à l’étage inférieur : les cumulus et les stratocumulus, correspondant à deux modes de formation différents. Le premier est la convection (voir p. 11) : des paquets d’air réchauffés s’élèvent depuis le sol comme des ballons d’air chaud et se refroidissent peu à peu. Dès que le point de condensation (voir p. 6) est atteint apparaît un nuage du genre cumulus. La condensation se poursuivant, il apparaît dans le nuage des microcirculations prenant la forme de cellules convectives (voir p. 23) qui

Cu med

croissent vers le haut et donnent au sommet du nuage un aspect de chou-fleur. Ce processus explique l’apparence des cumulus : des nuages isolés (issus de paquets d’air individuels), épais (issu d’un air chaud et riche en vapeur d’eau) et bien délimités vers le bas, se développant vers le haut par bourgeonnement. Leur base nettement délimitée est ho­ rizontale, correspondant au niveau de condensation (voir p. 12).


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Cumulonimbus calvus Famille Genre Espèce

Formation d’un Cumulonimbus incus Cette série de photos résume la formation d’un cumulonimbus incus. Elles ont été prises à des intervalles de 10 minutes. En haut à gauche, on aperçoit au-dessus du niveau de condensation parfaitement délimité un large banc de nuages composé d’énormes Cumulus congestus. Leur structure en chou-fleur révèle qu’ils ne contiennent pour le moment que des gouttelettes d’eau liquide. Ils ne produi­ sent pas non plus de pluie. En haut à droite, les structures lisses et fi­ breuses à la face supérieure trahissent un début de congélation : le nuage a atteint le stade cumulonimbus. Les zones congelées étant lisses, c’est un Cumulonimbus calvus. De premières précipita­tions

sont possibles, mais jamais très fortes. En bas à gauche, le nuage a atteint la tropopause. Les masses d’air ascendantes sont contraintes par l’inversion de s’étaler horizontalement et prennent une forme d’enclume caractéristique. En bas à droite, l’enclume est à l’apogée de son développement et donne maintenant des averses accompagnées d’orage. Mais celles-ci ne sont pas très intenses en raison de l’altitude relativement élevée de la base des nuages. Trente minutes se sont écoulées entre la première et la dernière photo. Entretemps, de nouveaux cumulus se sont formés, comme on le voit à droite de la photo, et ont de bonnes chances d’évoluer à leur tour en cumulonimbus.

grand développement vertical en amas Cumulonimbus lisse, chauve calvus

Bien souvent, la croissance d’un cumulus n’atteint pas la tropopause, mais prend fin juste en dessous. Les parties congelées du nuage ne prennent donc pas la forme d’une enclume, mais plutôt celle d’une couche plus ou moins unie au sommet du nuage. Suivant les conditions, cette couche est fibreuse avec une limite supérieure lisse, ou bien elle présente une structure de cirrus et ressemble à une chevelure ébouriffée (voir p. 55). Dans le premier cas, il s’agit de l’espèce calvus, ce qui signifie chauve ou lisse ; dans le deuxième cas, c’est l’espèce capillatus, signifiant

Cb cal

chevelu. Dans le cas présent, nous avons affaire à un Cumulonimbus calvus. Les nuages en haut et à gauche de la photo sont des stratocumulus. Leur existence est indépendante de l’évolution des cumulonimbus.


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Nuages noctulescents.

Nuages noctulescents au-dessus de la région de Flensburg, dans le nord de l’Allemagne.

évoluent entre 20 et 30 km d’altitude. Là-haut, le soleil brille encore alors que pour un observateur au sol, il est déjà 1° sous l’horizon. Les couches basses de l’atmosphère sont dans une obscurité profonde et ne peuvent plus renvoyer de lumière diffusée (voir p. 8) qui masquerait les nuages nacrés. À ces altitudes règnent des températures de – 40 à – 60 °C. Si les nuages nacrés peuvent encore contenir des

gouttelettes en surfusion (voir p. 8), ils sont surtout composés de cristaux de glace issus de la transformation directe de la vapeur d’eau résiduelle sur des noyaux de congélation, un phénomène appelé sublimation. Les nuages nacrés sont très rares et se montrent principalement au-dessus de la Norvège, de l’Écosse et de l’Alaska, par vent d’ouest ou du nord-ouest. Mais on en a déjà observé ailleurs, y compris

sous les Tropiques. Ils doivent certainement leur existence aux vagues qui se forment quand un courant aérien passe au-dessus de hautes montagnes et qui parviennent jusqu’à 30 km de haut si la vitesse du vent le permet. En effet, les nuages nacrés se montrent surtout quand le vent souffle perpendiculairement à une chaîne montagneuse (voir p. 18 et le schéma p. 161).

Nuages noctulescents Les nuages noctulescents (« luisant la nuit ») sont encore plus rares que les nuages nacrés. Dans les années qui ont suivi la puissante éruption du volcan Krakataua (1883), des nuages argentés se montraient régulièrement une ou

deux heures après le coucher du soleil et jusque dans la nuit. De toute évidence, ils flottaient à très haute altitude, car ils étaient encore éclairés alors que la Terre était plongée dans la nuit. Ce phénomène s’est répété après d’autres éruptions volcaniques et après les fortes chutes de météorites de 1908 et de 1947. On pensait alors qu’il s’agissait de nuages de cendre volcaniques ou de poussière de météorite. Les observations ultérieures ont montré qu’il s’agit d’un phénomène certes rare, mais régulier. Ces nuages apparaissent chaque année entre 45° et 75° de latitude nord en été, en aux latitudes australes correspondantes en hiver. Elles sont déjà beaucoup plus rares après quelques semaines. Certaines sources,


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Dissipation de nuages par les turbulences créées par un avion (traînée de dissipation).

déroutante. La ligne sombre n’est autre que l’ombre de la traînée de condensation sur un voile uniforme d’altocumulus (voir p. 93). Le hasard a fait que la traînée, son ombre et l’observateur se trouvent dans le même plan et que la traîne se superpose à son ombre. Les ombres de traînées de condensation ne sont pas rares et se produisent quand un avion vole au-dessus d’une mince couche nuageuse. Quand le soleil est très bas et le nuage très haut, il arrive même que l’ombre soit projetée vers le haut. Il existe aussi le contraire d’une traînée de condensation, à savoir la dissipation des nuages sur la trajectoire d’un avion : c’est une traînée de dissipation. Son

existence nécessite la présence en altitude d’une couche d’inversion remplie d’air sec, à la base de laquelle flotte une mince nappe de nuages. Quand un avion vole dans cette nappe, juste entre les deux couches d’air, celles-ci sont fortement brassées par les turbulences produites par l’avion (comme celles de la page 154). La couche d’air sous-jacente où se trouvent les nuages devient localement plus chaude et plus sèche, elle n’est plus saturée de vapeur d’eau et le nuage se dissipe le long de la bande étroite traversée par l’avion. Voici deux autres types de nuages pas toujours spectaculaires se formant en présence d’un avion. Contrairement aux

Nuage d’aile et traînées tourbillonnaires sur un avion de ligne.

traînées de condensation, ils ne donc pas dus à la condensation de la vapeur d’eau, mais au refroidissement de l’air environnant.

Nuages d’aile Les nuages sur la photo ci-dessus se forment juste au-dessus des ailes, parfois aussi sur les ailerons de queue. Voici l’explication de ce phénomène : pour assurer à l’avion une portance suffisante, les ailes sont conçues pour que la pression de l’air augmente fortement à leur face inférieure et diminue fortement à la face supérieure. L’avion est littéralement aspiré vers le haut et simultanément

soulevé par-dessous. C’est la baisse de la pression de l’air à la face supérieure qui est responsable de la formation de nuages d’ailes. En effet, la température de l’air baisse à mesure que la pression décroît (voir p. 11). Si la température audessus de l’aile décroît jusqu’au point de rosée, la vapeur se condense et il se forme un nuage aplati qui ondule dans le vent de la vitesse. En arrière des ailes, les différences de pression s’annulent et le nuage se dissipe rapidement. Plus l’air est humide, plus il y a de chance que le point de rosée soit franchi et que de tels nuages apparaissent.

Extrait Nuages - Éditions Ulmer  

Quel temps va-t-il faire? Grâce à ce guide, vous apprendrez à connaître tous les nuages, si différents et souvent si beaux, qui nous accompa...