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Guide de survie joyeuse

Primordial, notre jardin nous est indispensable ! Car même s’il est fleuri, ludique, rassérénant, lieu d’échanges et d’expérimentations, il est avant tout nourricier. Une frénésie de fruits, d’herbes et de légumes y pousse. Allant jusqu’à déborder du potager et envahir les moindres recoins : un mur, une clôture, le pied d’un arbre, une haie, un massif…

AU JARDIN

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JE PRODUIS MES LÉGUMES Cultiver ses légumes est un loisir, un plaisir, certes ; mais en période difficile, le potager est essentiellement vivrier, voire vital pour nous qui organisons principalement nos repas autour des légumes que nous produisons ! Au fil des années et de notre pratique, Jean-Luc et moi sommes devenus de plus en plus sensibles à la notion de jardinage au naturel. La bonne surprise a été de réaliser que cette nouvelle approche s’avère aussi économique qu’écologique. Ainsi nous avons échangé le motoculteur (contre une tronçonneuse), abandonné tous les engrais (même bio) et presque tous les produits de traitement. Un gain de temps et d’argent très appréciable ! D’autant que la qualité et la quantité des récoltes n’ont pas diminué, bien au contraire. En installant un potager, jamais nous n’aurions pu imaginer, Jean-Luc et moi, que nous serions autant influencés par une vieille dame, jardinière allemande. C’est donc totalement inconscients de ce qui allait suivre que nous nous sommes offert, en cadeau de Saint-Valentin, un étonnant livre sur le « jardin des cultures associées ». Celui de Gertrud Franck, ancienne responsable d’un immense potager domanial dans le Bade-Wurtemberg. Il présentait la méthode mise au point par la vieille dame pour obtenir un jardin à la fois productif et le plus naturel possible. Nous avons donc tâtonné en jardinage biologique avec Gertrud. Oui, cela peut paraître cavalier d’appeler cette dame jardinière par son prénom, de l’adopter comme une quasi-tante, sans aucun accord préalable. Mais, pour notre défense, il faut dire qu’à l’époque, elle faisait réellement partie de notre quotidien. Nous l’invoquions sans cesse : « Ce n’est pas ce que dit Gertrud », « N’importe quoi, Gertrud, elle, fait comme cela… ». Que de chamailleries autour de l’interprétation de ses textes ! Il faut dire que nous appliquions les enseignements de notre mentor à la lettre dans les premiers temps, suivant ses plans, reproduisant ses associations de légumes. Heureusement, nous nous sommes enfin approprié sa méthode pour l’adapter à notre terroir… et à nos goûts. Et je dois avouer que l’abandon de plusieurs lignes de choux (que d’évidence Gertrud, elle, aimait beaucoup) fut un vrai soulagement ! 10

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La rotation dans le potager de Gertrud ? Simplissime : on décale chaque année les lignes de 25 cm. Ainsi, l’année prochaine, les cultures de légumes pousseront sur l’emplacement des actuels passe-pieds et les lignes d’aujourd’hui seront ensemencées avec de l’épinard.

mon POTAGER en ligne

Mélange spontané au pied du compost.

Bettes, poireaux et carottes voisinant.

Dans la nature, pas de monoculture !

Gertrud Franck a conçu une vraie méthode de jardinage, tout entière fondée sur son observation de la nature. Ainsi dans les prés, les bois, les haies, la monoculture n’existe pas. Au contraire, les plantes poussent en grand mélange, trouvant leur place au soleil sans concurrence entre elles. Le potager des cultures associées tente de reproduire au mieux ces mariages dans le jardin. Il propose non pas d’aligner les légumes en « planches » (trois rangées de carottes suivies de deux rangs de poireaux, puis d’une bande de laitue…), mais de les mélanger le long de « lignes » (A, B, C), distantes entre elles de 50 cm.

Lignes métissées

Pour Gertrud Franck, ce qui préside à l’association des légumes entre eux n’est pas tant les heureuses ou mauvaises relations supposées entre les plantes que leur occupation de l’espace, en volume et/ou dans le temps. Les Lignes A sont occupées par des légumes non seulement volumineux mais restant plusieurs mois en place : aubergine, chou de Bruxelles, chou pommé (d’automne et d’hiver), fève, haricot à rame, maïs doux, melon, petit pois à rames, poireau, poivron, tomate… Les Lignes B sont destinées aux plantes intermédiaires, celles qui sont moins grandes : arroche, brocoli, céleris, chou pommé (de printemps, d’été), concombre, cornichon, courge, courgette, fenouil doux, haricot nain, panais, petit pois nains, poireau, poirée, pomme de terre primeur, salsifis… Les Lignes C, enfin, hébergent des végétaux qui ne font pas d’ombre à leurs voisins (ou qui n’en ont pas le temps) : ail, aneth, basilic, betterave, carotte, cerfeuil, chicorées, chou chinois, chou-navet, chou-rave, cresson alénois, échalote, laitue, mâche, navet, oignon, persil tubéreux, pourpier, roquette, radis, roquette, tétragone… Toute la méthode de Gertrud réside ensuite dans un enchaînement, précis, de ces trois lignes : A-C-B-C-A-C-B-C-A… Les rangs de légumes sont tous espacés les uns des autres de 50 cm. Ainsi les plantes poussent sans jamais se gêner ni se concurrencer. Et, mêlées, elles sont bien moins sensibles aux attaques de ravageurs et de maladies. 12

A C B

C A  Concombre, maÏs, haricots C  MÂche

A

B  Échalote C  Betterave (+ coriandre) A  Chou, tomate (+ basilic, capucine)

C

C  Carotte (+ aneth)

B

B  Poireaux, fraise Lignes A : légumes volumineux et restant longtemps en place Lignes B : légumes de taille intermédiaire Lignes C : légumes de petite taille ou restant peu de temps en place

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Mon plan de POTAGER Semis ou plantation

février-avril

mai-juillet

août-octobre

A

Moutarde

Chou à choucroute +  Haricot vert nain

Mâche

C

Petits radis

Cressonnette du Maroc +  Chrysanthème chinois

Féverole

B

Pomme de terre nouvelle

C

Navet primeur

Carotte de garde

Tapis de feuilles mortes

A

Moutarde

Tomate + Haricot grain nain + Basilic

Féverole

Moutarde

Betterave + Coriandre

Féverole

Moutarde

Haricot vert

Roquette

Moutarde

Mesclun

Radis d’hiver

Moutarde

Maïs + Physalis + Courgette

Tapis de feuilles mortes

Moutarde

Betterave + Aneth

Tapis de feuilles mortes

Petits pois

Poireau

Tapis de feuilles mortes

Petits radis

Carotte

Tapis de feuilles mortes

Moutarde

Tomate + Chou

Tapis de feuilles mortes

Laitue à couper

Radis d’hiver

Tapis de feuilles mortes

C B C A C B C A C

Poireau

: passe-pieds

Semis de pourpier entre choux et panais.

Notre potager en ligne en juin.

Pas touche au sol !

Dans la nature, le sol n’est jamais nu. Sans aucun ameublissement préalable, il se couvre d’une foule de végétaux. Il résiste ainsi à l’érosion, au lessivage, aux variations climatiques. Le couvert végétal capte l’eau de pluie tandis que les racines la retiennent dans le sol. Dans le potager de Gertrud, il en va de même. La terre n’est jamais travaillée en profondeur ; à peine est-elle aérée. Et, surtout, elle est toujours couverte par des lignes de légumes (leur installation étant précédée ou suivie par des engrais verts comme la phacélie, le sarrasin, la moutarde…) et, entre les cultures, par des paillages divers.

Une moquette d’épinard

Ce qui étonne tout particulièrement les visiteurs de notre potager ce sont les « passe-pieds », ces espaces qui permettent au jardinier de circuler entre les cultures. D’ordinaire, le sol entre les légumes est souvent laissé nu. Ces cheminements, piétinés, se tassent. Et ils s’enherbent, obligeant le jardinier soigneux à sarcler, biner le sol entre les légumes pour qu’ils restent « propres ». Dans le jardin de Gertrud Franck, les passe-pieds sont tout d’abord ensemencés… avec de l’épinard. Rien n’empêche d’en cueillir quelques feuilles bien sûr, mais son rôle essentiel est de couvrir la terre nue entre les légumes pour éviter le tassement et la pousse d’herbes sauvageonnes. L’épinard forme un tapis vert que l’on piétine au fil des travaux maraîchers. Ainsi, absolument tout le sol du potager est couvert ! Joli méli-mélo. 14

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AU PRINTEMPS, JE DÉMARRE MON POTAGER En fin d’hiver, si le potager est en repos, il n’est pas désolé et nu. D’abord parce qu’il contient encore nombre de légumes rustiques que nous récoltons au gré de nos besoins : panais, poireau, chou de Bruxelles, mâche… Ensuite parce que, partout ailleurs, le sol est couvert de feuilles mortes, de fumier composté et d’autres paillages que nous avons épandus en automne. À cette époque, le potager est aussi la grande cour de récréation du poulailler : cela gratte, picore, crotte à qui mieux mieux ! Bien que Jean-Luc déplore que nos poules, coqs et cane bouleversent et dérangent nos belles couvertures de feuilles, force est de reconnaître que nous n’avons jamais eu d’aussi beaux œufs et que les populations de limaces semblent avoir considérablement diminué ! Mission : occupation des sols !

Mais chaque année, l’arrivée du printemps chamboule ce petit monde paisible. C’est que depuis plusieurs mois déjà, la fièvre monte progressivement. Nous compulsons nos catalogues de graines et faisons nos commandes (un épisode toujours potentiellement orageux dans le couple, l’un et l’autre défendant ses plantes favorites). Nous tirons des plans sur papier et observons furtivement le jardin des voisins… Début mars, les jardiniers qui sommeillent en nous n’en peuvent vraiment plus et piaffent d’impatience : il faut démarrer le nouveau potager ! Nous faisons alors place nette : nous arrachons les derniers légumes, ratissons les feuilles mortes, arrachons d’éventuelles touffes de mauvaises herbes vivaces. Enfin, le sol nu est prêt à être aménagé. Notre plan en main, et le cordeau à ficelle brandi, nous retraçons les fameuses « lignes » de Gertrud : ACBCAC… Puis nous semons généreusement les passe-pieds en épinard et quelques lignes avec des légumes précoces : pois (petits et gourmands), oignons blancs, fèves, laitue à couper, cerfeuil, cresson alénois… Toute la place vacante est ensemencée avec un engrais vert : la moutarde. En effet, cette plante étant rustique, elle germe et se développe vite à cette période ; elle occupera l’espace exactement le temps nécessaire pour que l’on puisse installer les plantes suivantes, en avril-mai. Enfin, les semis effectués dans le jardin, nous patientons jusqu’en avril pour semer les tomates, courgettes et autres plantes estivales, dans des caissettes, des godets que nous plaçons au chaud dans la maison.

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Appréciant les paillages, un précieux limaticide : le crapaud.

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Pourquoi nous avons donné notre motoculteur… Autrefois, très classiquement, nous démarrions le potager par la préparation du sol : nous passions le motoculteur, plusieurs fois, de façon à ce que la terre soit émiettée à souhait, nue comme une belle page blanche. Une tâche aussi pénible que consommatrice d'énergie et de temps ! Et qui nous posait chaque année le même problème : il fallait attendre que notre terre, très argileuse, veuille bien se réchauffer suffisamment et ressuyer pour pouvoir être travaillée. Ce qu’elle ne faisait que fort tard ! En découvrant le potager selon Gertrud et en suivant ses préceptes (« La terre jamais plus tu ne travailleras »), nous avons définitivement abandonné notre bêche et notre motoculteur. Avec soulagement… mais aussi avec inquiétude et un certain scepticisme. Nos précieuses (car coûteuses) graines allaient-elles réellement germer, simplement posées sur une terre que nous n’avions même pas aérée ? Tout à fait ! À peine faisons-nous, avec la pointe de la serfouette, un sillon rempli de sable pour semer nos carottes et autres légumesracine. Faire des buttes de terre autour des pommes de terre ? Inutile ! Mais pourquoi nous enseigne-t-on comme une base que le bon jardinier doit soigner le sol en le travaillant et en le nourrissant ? Il n’y a que très peu de temps que j’ai trouvé une réponse, scientifique, à cette question fondamentale. Elle tient à l’observation de la vie dans le sol (et non à sa surface) et à la façon dont celle-ci est influencée par les plantes. Les végétaux prélèvent dans le sol l’eau et les éléments minéraux nécessaires à leur croissance, ces nutriments composant la sève brute. Celle-ci s’enrichit par les sucres issus de la photosynthèse : on parle alors de « sève élaborée ». Or celle-ci, descendante, est dirigée par la plante 18

vers les racines. En fonction des besoins du végétal (en azote, phosphore, fer…), celui-ci va émettre dans le sol un exsudat dont la composition est soigneusement dosée. Et ce, afin d’attirer des bactéries et des champignons qui contiennent précisément les nutriments recherchés par le végétal. On comprend ici que nous n’avons absolument pas besoin d’alimenter les végétaux, pas plus qu’il n’est nécessaire de nourrir le sol pour nourrir les plantes : elles se débrouillent parfaitement toutes seules ! Inutile donc de leur apporter de l’engrais, même bio (une économie de plus). Tout un monde de microbes prospère donc à l’extrémité des racines (puisque c’est précisément là que les exsudats sont émis), stimulé par celles-ci. Or les bactéries, présentes par milliards, sont enveloppées d’un biofilm, une glu naturelle qui leur permet de se coller sur tous les supports : vers de terre, argile, sable… Elles lient donc entre elles les particules minérales, donnant à la terre cette structure grumeleuse (celle que l’on observe autour des racines lorsque l’on arrache une plante) que tous les jardiniers rêvent d’avoir en travaillant le sol. Inutile d’ameublir le sol pour que les racines puissent se développer : c’est en se développant que les racines ameublissent le sol.

Laissons la sauvage fumeterre fleurir au milieu des légumes.

Le jardinier cupidon ?

« Les carottes aiment les poireaux (et vice versa). Mais la famille de ces derniers (oignons, aulx, échalotes…) ne supporte pas celle des pois, fève, et autres légumineuses (aujourd’hui dénommées Fabacées). La betterave fait bon ménage avec le céleri branche (mais pas avec le rave). En revanche, elle voisine mal avec les haricots… » L’idée de belles unions et de mariages désastreux entre les plantes est séduisante. Aussi, en son potager, le jardinier se transforme souvent en entremetteur. Aidé de quelques tableaux (se contredisant parfois), il tente difficilement de rapprocher les uns, d’éloigner les autres. Je n’ai jamais aimé ni les recettes obligées ni les mariages arrangés. Et si je mélange le plus de plantes possible (des légumes entre eux, avec des fleurs et des aromatiques), je ne tiens pas compte de ces listes et tableaux de bons et de mauvais voisinages. Et ce, d’autant que dans mon potager, où tout ce monde végétal pousse en joyeux fouillis, je n’ai jamais observé ni entraide spectaculaire ni désaccords flagrants. En revanche, une grande partie des mauvais résultats observés dans mon potager venait d’un seul fait : une trop grande concurrence des plantes pour l’air et la lumière. Soit parce que j’avais fait des semis ou des plantations trop denses, soit parce que je n’avais pas suffisamment tenu compte de la future envergure des végétaux, ceux-ci se trouvent privés d’air et de lumière. Un écueil qui n’arrive absolument plus depuis que nous appliquons la méthode des cultures associées de Gertrud : les légumes sont mariés, sur une même ligne, en fonction de leur hauteur et de la durée durant laquelle ils occupent les sols. Les plus volumineux d’entre eux (tomates, maïs, haricots à rames…) sont placés sur des lignes A, espacées de 2 mètres les unes des autres et ne font pas vraiment d’ombre aux plantes des lignes C, à la végétation basse, qui les encadrent.

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Mes légumes indispensables du printemps

Une variÉtÉ adaptÉe ? Semez une variété de salade (ou carotte, épinard, chou…) adaptée à la saison. Mais comment savoir si telle ou telle laitue est une variété de printemps, si ce radis peut être « forcé », si cet épinard doit être semé au printemps ou en automne ? Nul besoin de promener son encyclopédie de maraîchage avec soi : il suffit de regarder les indications de semis et de récolte sur le sachet de graines !

La laitue Plantation : février à septembre. Récolte : avril à novembre. Espacement sur la ligne : 20-25 cm. Place : ligne C. Rendement (approximatif) : 3-4 salades par mètre linéaire. On dit qu’un bon jardinier est capable de faire pousser de la salade toute l’année. C’est Jean-Luc qui s’occupe de cultiver nos laitues et si, pour le moment, la production est encore limitée pendant l’hiver (elle est relayée par la récolte des chicorées et des endives), il n’est pas loin de répondre à cet adage. MON Coup de cœur ‘Cressonnette du Maroc’ est une laitue « à couper » (qui ne fait pas de pomme et dont on prélève le feuillage au fur et à mesure des besoins), dont nous laissons s’épanouir le joli feuillage crénelé. Dans le jardin La laitue peut se semer presque toute l’année. Mais il est primordial de choisir une variété adaptée à chaque saison de semis. Sinon ? Parfois sans prendre le temps de pommer, la salade se met à « monter » : elle élabore sa tige florale. La laitue est d’ailleurs une plante dont il est très facile de récupérer les graines. Nous choisissons parmi les plus belles, les plus résistantes à la chaleur, celle qui nous servira de pied mère. Nous la laissons vivre sa vie jusqu’à ce que presque toutes les tiges portent de petits plumets. Celles-ci sont cueillies, réunies en bouquet que l’on frappe le long des parois d’un seau ; les graines s’accumulent dans le fond de celui-ci . 20

Les pommes de terre primeur

En cuisine Indispensable salade, la laitue se mange aussi braisée. Ou fondue à la façon des épinards pour servir de garniture ou de délicat velouté. Et même encore farcie ! C’est une bonne recette de printemps, lorsque le potager est encore un peu chiche en légumes à récolter.

Cœurs de laitue surprise ! Mélangez des échalotes fondues et mouillées de Cognac, du steak haché, des gousses d’ail écrasées, de la mie de pain imbibée de lait, des œufs, de la ciboulette (ou du persil). Glissez cette farce entre les feuilles des cœurs de laitue. Enveloppez ceux-ci dans de grandes feuilles de salade. Ficelez-les et faitesles rissoler pendant quelques minutes en cocotte. Mouillez avec du bouillon et laissez mijoter, à feu doux et à couvert, pendant 40 minutes.

Plantation : avril à mai. Récolte : juin à juillet. Espacement sur la ligne : 30-40 cm. Place : ligne B. Rendement (approximatif) : 1 à 1,5 kg/ mètre linéaire. Cultiver des pommes de terre de conservation demande beaucoup d’espace. Plus que nous en possédons dans notre potager. Nous allons donc glaner dans les champs les tubercules « de garde » et ne cultivons dans le jardin que les pommes de terre primeur. Celles qui, immatures, sont encore riches en eau, en sucre. Celles aussi qui ne se conservent pas. Pas grave : elles sont toujours promptement dégustées. MON Coup de cœur La ratte. Oui, je suis en totale contradiction avec ce qui est écrit plus haut : cette variété n’est pas une pomme de terre primeur mais de conservation. Mais elle est si peu productive et je l’aime tant que nous lui réservons toujours une ligne dans le potager. C’est un peu une madeleine de Proust pour moi. En vacances chez mes grands-parents, on nous envoyait régulièrement chercher à la cave un peu de « cornichons », les rattes parmi les plus petites que nous pouvions trouver. Hum, l’odeur des mini-pommes de terre rissolées dans la graisse de canard, relevées d’une pointe d’ail…

Dans le jardin Nous installons les pommes de terre dans le jardin à l’époque de la floraison des lilas. J’ai choisi volontairement le mot « installer » car nous ne plantons pas les tubercules. Ceux-ci sont simplement déposés sur le sol, très superficiellement creusé avec la pointe d’une serfouette. Les pommes de terre sont ensuite recouvertes d’une épaisse butte non pas de terre mais de paille. Au bout de quelques semaines, le feuillage dépasse celle-ci. Il suffit alors d’écarter la paille pour voir si les pommes de terre sont prêtes à être récoltées. On peut prélever quelques tubercules sans arracher le pied, laissant ainsi la plante continuer son développement. Finie la corvée d’arrachage de pommes de terre ! Et combien il est appréciable de ne plus avoir de tubercules mutilés par les dents de la fourche-bêche ! En cuisine C’est nature que les pommes de terre nouvelles me sont le plus aimables. Simplement lovées dans un filet d’huile ou surmontées d’un copeau de beurre salé. Avec un tour de moulin à poivre.

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Mes légumes malins du printemps

Les fameux petits pois de Jean-Luc : le légume de base de sa jardinière printanière ! Celle qui marque officiellement le démarrage annuel du potager. Ces plantes nous le rendent d’ailleurs bien : même en cas d’avanie (temps trop chaud, trop froid, trop sec, trop mouillé…), lorsque rien ne semble vouloir lever et pousser alentour, les petits pois s’accrochent aux rames de noisetiers, broussaillent de façon volubile et se couvrent de gousses dodues.

Les petits radis

Semis : mars à juin, septembre à octobre. Récolte : avril à novembre. Espacement sur la ligne : 5 cm. Place : ligne C. Rendement (approximatif) : très variable. Tout l’enjeu de cette culture est d’obtenir des radis croquants et délicieusement piquants. Malheureusement, les petites racines s’avèrent parfois creuses et quasi corrosives. Et dans mon potager c’est toujours le cas en été. Que faire, comment l’éviter ? Dans le jardin Pour avoir de bons radis, il faut simplement comprendre ce qui se passe chez ce légume-racine. Suivant un élan bien naturel, lorsqu’il est mûr, le radis se prépare à fleurir. Pour ce faire, il puise dans les réserves de sa racine (et se creuse), réserves dans lesquelles ses substances soufrées se sont préalablement concentrées. D’où sa saveur brûlante. Manque d’arrosage, canicule… le moindre stress l’incite à se comporter comme s’il allait fleurir. En conséquence, je veille à cueillir les radis assez jeunes, je leur assure un arrosage suivi et j’abandonne les semis en juillet et en août pour les reprendre en septembre. En cuisine Bien sûr, je pourrais cuisiner les petits radis (en carpaccio par exemple)… mais ils sont si bons à croquer nature. Restent les fanes. Qu’en faire ? Comme les feuilles des carottes, navets et autres légumes primeur, je les hache pour les glisser dans des bouillons. Ou ils se 22

transforment en base de veloutés après les avoir mixés avec des oignons revenus et délayés avec de la crème fraîche. Je trouve aussi que leur côté piquant fait merveille en pesto improvisé : les fanes sont hachées avec du cerfeuil (ou/et de la ciboulette), des pignons de pin grillés et du cantal. Le tout est délayé dans de l’huile d’olive pour aromatiser des plats de légumes, de pâtes, des soupes…

Mes légumes plaisir du printemps Les petits pois

Semis : mars à mai. Récolte : juin à août. Espacement sur la ligne : poquets de quelques graines, tous les 20 cm (ou tous les 2 cm). Place : en ligne B. Rendement (approximatif) : 150 à 200 g de pois écossés/mètre linéaire.

Dans le jardin Le premier printemps où nous avons débuté dans le potager, nous avons été confrontés à un mystère : tous les pois semés germaient… puis disparaissaient intégralement juste après. À chaque semis, le rapt se reproduisait. Jusqu’à ce nous découvrions les responsables s’envolant à tire-d’aile. Auparavant, je n’avais pas remarqué qu’il y avait autant de pigeons dans les environs ! Depuis ces « lèse-potager » à caractère ornithologique, nous avons abandonné les noms d’oiseaux et nous agissons. Les semis de petits pois sont systématiquement couverts d’un voile de forçage qui leur offre une atmosphère douillette et, surtout, une protection contre les volatiles. L’art de la récolte Pour cueillir les petits pois, il faut acquérir un certain savoir-faire dans l’art du tâtonnement. Les gousses doivent être toutes jeunes mais bien remplies. Il est trop tard pour celles qui sont devenues rugueuses, tendues sur des grains très saillants : le sucre des pois s’est transformé en amidon. Elles se laissent sur le pied pour être récoltées sèches : ce sont les semences pour l’an prochain ! En cuisine Lorsque j’arrive à détourner des petits pois de la traditionnelle jardinière, j’aime écraser ce légume en purée. Il se mêle alors de feuilles de menthe hachées

et de pancetta grillée. Ou de zestes de citron, de noisettes concassées et de cerfeuil ciselé.

La jardinière : un enjeu familial ! À chacun son obsession culinaire. Il ne m’a pas fallu plus d’un an pour découvrir celle de ma bellefamille : la jardinière de primeurs ! L’incontournable plat de petits pois, jeunes carottes et pommes de terre nouvelles, servi en grande pompe un dimanche midi. Le mets vers lequel tous les efforts se tendent dans le potager. En bref, la jardinière sans laquelle le printemps n’est pas encore advenu. Attention : il n’y a nulle moquerie dans cette observation anthropologique de ma bellefamille. Je serais bien mal placée pour ce faire, au vu de la frénésie familiale qui entoure la confection de la mique corrézienne (cf. p.216) !

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L’artichaut

Plantation : avril à mai. Récolte : juin à septembre. Rendement (approximatif) : 4 à 6 têtes par pied. L’artichaut ne se cultive pas en ligne dans notre jardin : il a son propre espace, en compagnie d’autres légumes vivaces et anciens : chou perpétuel, oignon rocambole, épinard bon-Henri… Disons-le tout de suite pour éviter de futures déceptions : les têtes d’artichaut récoltées dans le jardin sont rarement aussi volumineuses que celles que l’on trouve vendues sur les étals. Mais ces modestes capitules se font souvent pardonner par un supplément de saveur. Et qu’attend-on de plus de ce légume plaisir ? Dans le jardin Ce légume vivace assure lui-même sa reproduction. L’artichaut fleurit jusqu’aux premières gelées. On protège alors la plante, frileuse, pour l’hiver, en liant le haut de ses feuilles et en enveloppant sa base de feuilles mortes (surtout pas de paille), puis de terre. Au printemps, lorsque l’on retire cette protection, miracle, elle nous offre une série d’œilletons : de petits plants, groupés autour du pied et que l’on peut repiquer à un autre emplacement. Dans le potager, l’artichaut est bien souvent la proie des pucerons, qui forment de véritables gaines noires autour des pousses et boutons floraux. Une vision quasi insupportable pour le jardinier. Pourtant… Lorsque le plant est bien installé, cette colonisation par les pucerons n’affecte en rien l’artichaut, pas plus son développement que sa productivité. Mais, je sais, la tolérance demande un grand travail sur soi-même… L’art de la récolte Les capitules de l’artichaut se cueillent un peu avant la floraison, lorsque les « écailles », ces bractées au sommet de la pomme, s’écartent les unes des autres. 24

En cuisine On pourrait penser que les artichauts se dégustent très frais, donc dès qu’ils ont été cueillis. Pourtant, un scientifique œuvrant pour une chambre d’agriculture bretonne m’a confié que les capitules récoltés sont bien meilleurs lorsque l’on patiente quelques jours avant de les manger. Leurs sucs se concentrent et les artichauts deviennent particulièrement savoureux. À la maison, nous ne réussissons généralement pas à attendre aussi longtemps pour les faire cuire : aussitôt cueillis, aussitôt croqués ! Je suis d’une patience (presque) infinie avec les pucerons dans le potager. Pour autant, je n’aime pas les retrouver dans mon assiette, entre les bractées de mon artichaut cuit. Pour éviter ce souci, avant la cuisson, je laisse tremper les légumes, têtes vers le bas, dans une cuvette d’eau vinaigrée. Il y a de nombreuses façons de cuisiner l’artichaut, mais les capitules que nous récoltons sont assez modestes et peu nombreux. C’est donc sans chichis, tout simplement cuits à la vapeur (environ 30 minutes) que nous les préférons.

Le cas des asperges Le potager des parents de Jean-Luc était sis au lieu-dit « Les sables ». C’est dire combien il y était aisé de former des buttes autour des griffes d’asperges et de récolter les pousses charnues, d’un blanc nacré. Le hameau que nous habitons pourrait quant à lui se nommer « La glaise » (ou « la boue », « la glu », « Lâche donc ma botte ! ») tant le sol est argileux et collant. Même dans nos rêves les plus fous nous n’aurions pu imaginer y cultiver des asperges. Et pourtant… Si les asperges blanches ou violettes ont besoin d’une butte de terre pour offrir leurs turions étiolés (à prélever avec une gouge et maintes précautions), il n’en va pas du tout de même des asperges vertes.

Ces variétés particulières émettent des pousses qui, lorsqu’elles sont couvertes d’un tunnel, se développent rapidement, verdissent tout en restant parfaitement tendres. La texture du sol leur est donc parfaitement indifférente. Ajoutons à cela que je préfère la saveur marquée des asperges vertes à celle, plus douce, des turions blancs. J’apprécie aussi beaucoup le fait qu’elles n’exigent aucun épluchage. Cette année, j’ai donc installé des griffes d’asperges vertes dans un bac. Il me faudra patienter 3 ans avant de pouvoir faire la première cueillette mais ensuite, l’aspergeraie sera productive durant une dizaine d’années. 25


Guide de survie joyeuse

En été, je cueille les légumes à foison À la façon dont on découvre brutalement qu’un enfant ne l’est plus vraiment, il arrive un moment (un beau jour de juin chez nous) où l’on réalise que le potager, encore balbutiant la veille, est devenu productif. Qu’il s’agisse de courgettes, tomates, haricots, salades… une profusion de légumes attendent la cueillette. Une telle corne d’abondance que l’on ne sait parfois plus où donner de la tête ! Et ce n’est pas tout. Une telle prodigalité s’entretient. Arrosage, paillage, ombrage, taille… par mille petits gestes, tout l’été on veille sur le jardin, arpentant ses allées et passe-pieds, cueillant à droite et à gauche. Du compost… en surface

Au mois de juin, les épinards qui occupent les passe-pieds commencent à monter à graines. À l’exception de quelques plants que je conserve pour récupérer la semence, je les détruis. Ce qui est très facile : un simple coup de binette à leur base suffit ; laissés sur le sol, les épinards se décomposent ensuite très rapidement. Il faut donc trouver un autre matériau pour couvrir la terre entre les lignes de légumes. Il est hors de question d’acheter des paillages. Pour des raisons économiques… et logiques : ce que l’on met dans le jardin doit provenir du jardin. Et les ingrédients ne manquent pas ! En premier lieu, j’utilise les tontes de gazon, en fine couche lorsqu’elles sont toutes fraîches ou en couverture plus épaisse après les avoir fait sécher. Sinon ? Les feuilles de salades abîmées, les gourmands des tomates que l’on vient de retirer, les mauvaises herbes arrachées, de la consoude et des orties fauchées… Gertrud Franck allait encore plus loin. Elle recommandait d’étaler entre les légumes les déchets de la maison, ceux que l’on met d’ordinaire dans le silo du compost. Elle reproduisait ce qu’elle observait dans la nature. Or la matière organique ne s’y accumule jamais en tas mais elle s’étale, forme une litière. En conséquence, Gertrud pratiquait non pas un compostage en tas mais bien en surface. Chacun avance à son rythme. Peut-être suis-je futile, mais, pour des raisons esthétiques, je n’arrive pas encore à me résoudre à étaler dans le potager le contenu de ma poubelle : coquilles d’œufs, marc de café, fruits gâtés… 26

En été, je cueille les légumes à foison

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Récolte des graines de coriandre…

… et de panais.

Incontournable : « faire » ses graines

Combien me coûte mon potager ? Je n’achète presque aucun pesticide (exception faite de soufre en poudre et de bouillie bordelaise, tous les 2 ans environ), aucun engrais, pas de carburant. Nous pratiquons la récupération (ha, l’odeur de la voiture remplie des caissettes en polystyrène des poissonniers, au retour du marché !) et confectionnons nos voiles, nos étiquettes, nos rames et tuteurs… Nous avons l’immense chance d’utiliser l’eau de forage de notre voisin agriculteur et non celle de la ville. Le poste le plus coûteux est sans conteste l’achat des plants (que nous limitons le plus possible) et, surtout, celui des semences de légumes. Il est donc primordial que nous récupérions le plus de graines possible. Certaines sont très faciles à obtenir : celles de tomates, de haricots, d’aromatiques… D’autres le sont beaucoup moins. Ainsi les semences des variétés hybrides F1. Elles ne sont pas stériles mais les plants issus des semences n’auront que très peu de chance de ressembler au légume de l’année précédente. C’est d’ailleurs une des raisons (avec leur prix plus élevé) pour laquelle nous ne les utilisons pas dans notre potager. Malheureusement, nous ne récupérons pas non plus les semences des végétaux allogames, ceux qui ont besoin du pollen venu des fleurs d’un autre plant pour être fécondés, et qui donc se croisent presque à coup sûr. C’est particulièrement le cas pour les courges dont les variétés aiment beaucoup se mélanger. Nous laissons parfois se développer et fructifier les plants qui poussent dans le compost, en espérant découvrir une nouvelle variété de courge hybride, étonnante et délicieuse. Mais ce n’est pas encore arrivé. Et comme je ne me sens pas encore capable de jouer les bourdons en pollinisant manuellement les fleurs, nous devons acheter régulièrement nos graines !

Protéger ses cultures : la patience du jardinier Mildiou, oïdium, vers, pucerons, noctuelles, anthracnose (septoriose et autres horribles maladies en « ose »)… tant de vilains champignons et de sales bébêtes, tapis dans l’ombre, menacent les récoltes. On ne s’étonne donc pas que la lutte contre les ennemis des cultures soit la préoccupation 28

majeure et impérieuse du jardinier durant l’été. Il inspecte, inquiet, le moindre jaunissement, l’apparition d’une tache, suspecte un responsable, diagnostique la maladie. Si, aujourd’hui, la plupart des boîtes d’insecticides et de fongicides cèdent la place à des purins et autres décoctions de plantes, le pulvérisateur est toujours prêt à être brandi. Au cœur de cette paranoïa ambiante, je reste d’une sérénité presque absolue. Parce que, s’il y a bien quelques maladies et ravageurs qui peuvent effectivement réduire les récoltes à presque rien (par exemple, le mildiou sur tomates et pommes de terre, les vers du poireau, les piérides du chou), en 20 ans de jardinage je n’ai jamais observé que quelques problèmes dans le potager. Des attaques parfois irritantes (les altises m’énervent très vite), mais toujours ponctuelles et sans réelles conséquences. Je n’utilise en fait que trois produits phytosanitaires (tous agréés en agriculture biologique) : le cuivre pour tenter de prévenir le mildiou, le soufre pour lutter contre l’oïdium et Bacillus thuringiensis lorsque les attaques de piérides du chou passent les bornes (il ne faut pas exagérer quand même !). D’où me vient cette étrange tranquillité ? Encore une fois, comme chez Gertrud, de l’observation de la nature. Dans les prés, les haies, les bois, on ne voit que très rarement des plantes malades ou attaquées de façon conséquente. Et lorsque cela a lieu, seuls les végétaux les plus faibles dépérissent, ceux-là mêmes qui ne se seraient, de toute manière, pas bien développés. En disparaissant, ils laissent la place à d’autres herbes, arbustes, plus forts et vigoureux. Quant aux insectes et champignons « liquidateurs », soit ils disparaissent faute de nourriture disponible, soit ils sont à leur tour attaqués par des prédateurs et des parasites. Ces bestioles et maladies sont en fait des régulateurs. Ce regard permet d’interpréter d’une tout autre façon les attaques des « ennemis des cultures ». Au lieu de lutter à toute force contre eux, je m’interroge sur leur présence, causée par une fragilité des plantes. Que viennent-ils réguler ? Une trop grande monoculture (c’est-à-dire un manque de diversité des plantes), une plantation trop dense, un excès d’azote ? Et il est vrai que depuis que nous cultivons les plantes en grand mélange, sans engrais ni pesticides, en veillant à leur laisser de l’espace, nous n’avons pas de réels problèmes dans le potager. Rien en tout cas qui soit susceptible de diminuer sa productivité. Bien sûr, les pucerons envahissent les artichauts, les fèves, les choux… mais un temps seulement puisqu’ils sont vite dévorés à leur tour par les coccinelles, les syrphes et autres régulateurs, ceux-ci désignés Avec de la bouillie bordelaise, haro sur le mildiou ! comme alliés du jardinier.

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Extrait Guide de survie joyeuse - Éditions Ulmer  
Extrait Guide de survie joyeuse - Éditions Ulmer  

A travers cet ouvrage, Guylaine Goulfier nous dévoile son histoire, ses expériences et son quotidien: un art de vivre très joyeux, qu'il lui...