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christophe drénou photographies georges feterman & christophe drénou préface robert bourdu

face aux arbres apprendre à les observer pour les comprendre


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les arbres modèles Des arbres qui reprÊsentent la norme


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“Aviez-vous jamais contemplé quelque arbre pour lui-même, pour son incrustation dans le ciel, pour son âge, pour la qualité de son bois ? Aviez-vous jamais imaginé la lenteur démesurée de sa vie ? ou éprouvé tout ce qu’il faut de volonté sourde, réfléchie, obstinée, pour ce cercler d’écorce, et, sans nerfs et sans cerveau, diriger pendant trois cents ans le jaillissement de sa sève ?”

VICTOR SEGALEN

i on vous demandait de dessiner un arbre sans modèle, vous représenteriez très probablement une simple forme verte portée par un tronc droit et vertical. Certains d’entre vous préciseraient la nature de cette forme qu’on appelle houppier : contour sphérique pour les feuillus (tilleuls, érables, chênes…), conique pour les résineux (sapins, épicéas, cèdres…). Mieux encore, vous iriez peut-être jusqu’à schématiser les grosses branches maîtresses prolongeant le tronc et se divisant en branches de plus en plus petites jusqu’aux rameaux feuillés ultimes. Rares sont ceux qui s’aventureraient à figurer les racines, puisqu’on ne les voit pas. Finalement, vous dessineriez tous un arbre stéréotypé considéré comme normal, parfait, sans défauts : pas de tronc tordu ou crevassé ; houppier haut perché, équilibré, compact et jamais morcelé ; absence de branche morte… À votre décharge, notez que cette représentation est très largement répandue dans les manuels de biologie et de botanique, parfois même avec de graves erreurs, notamment pour la partie racinaire. En réalité, ces arbres modèles ne sont pas si nombreux dans la nature. Leur existence suppose un développement harmonieux en l’absence de tout traumatisme, ce qui,

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en dehors des conditions tropicales, reste plutôt exceptionnel. Il est difficile de placer les arbres sous cloches à l’abri de tout stress. Tout au long de leur histoire, de nombreux accidents peuvent à tout moment survenir : sécheresse, gel, tempêtes, poids de la neige, maladies, interventions de l’homme… Songez aux arbres de nos villes dont la taille est systématique, souvent très sévère et hélas quelquefois injustifiée. Les sujets indemnes de toute perturbation extérieure sont rares. Leurs formes, programmées génétiquement, doivent être considérées comme des normes vers lesquelles tous les arbres essaient de tendre au cours de leur vie. Leur analyse est un préalable indispensable au décryptage des architectures arborées. Nous allons donc nous intéresser aux arbres qui se sont construits sans accident de parcours (ou sans séquelle apparente) et que nous nommerons « Les arbres modèles ». Nous décrirons leurs stratégies générales de développement ; nous verrons comment ils grandissent, se métamorphosent et explorent les espaces aériens et souterrains. Et si jusqu’à présent vous dessiniez des arbres sans racine, naturellement, vous songerez à les ajouter.

pages précédentes : ce noyer se dresse près de la chapelle notre-damede-lure sur les flancs de la montagne de lure (alpes de haute-provence).

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S’ALLONGER OU SE RÉPÉTER Le gigantisme Tous les sapins de Noël, du plus petit au plus grand, sont coniques. Qu’il s’agisse du sapin classique (qui en réalité est un épicéa commun) ou du sapin de Nordmann, ces arbres grandissent sans changer de forme. Ils se développent selon une stratégie appelée « gigantisme » au cours de laquelle l’architecture initiale du jeune arbre est conservée. Le tronc est le chef d’orchestre de cette organisation. Axe principal en position centrale, il détermine la hauteur totale de l’arbre et assure sa cohésion mécanique et fonctionnelle. Son bourgeon terminal contrôle la date, le lieu et la direction de croissance des branches qui lui sont subordonnées. Chaque printemps en effet, le tronc déclenche à son sommet l’apparition de nouvelles branches issues des bourgeons entourant le bourgeon terminal, mais empêche le développement des bourgeons sous-jacents. Les pousses annuelles du tronc sont ainsi délimitées par des étages de branches qu’il suffit de compter pour calculer l’âge de l’arbre (en rajoutant l’année non ramifiée du sommet). Évidemment, les branches sont d’autant plus longues qu’elles sont âgées, donc en position basse, d’où la forme conique de l’arbre.

de nombreux résineux grandissent sans changer de forme. cette stratégie de développement est appelée le gigantisme.

ci-contre : l’architecture de cet araucaria est le résultat d’un développement par gigantisme. les branches se renouvellent au fur et à mesure qu’elles tombent, ce qui conduit à la formation d’un deuxième houppier emboîté sous les branches les plus hautes (jardin botanique de la villa thuret, antibes).

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les arbres sénescents Des arbres arrivés au terme de leur développement


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DÉFIER LE TEMPS QUI PASSE

Chez l’homme, la connaissance de l’âge suffit pour déduire les stades du développement. À 15 ans, vous êtes adolescent ; à 60, vous entrez dans le troisième âge. L’espérance de vie a doublé depuis le XVIIIe siècle, mais les bornes de chaque période de la vie sont restées inchangées. Cicéron, déjà, plaçait le début de la vieillesse à 60 ans, comme aujourd’hui, mais il ne manquait pas d’ajouter : « peu d’hommes parviennent à la vieillesse ». La longévité humaine maximale est également très stable, avec une valeur dépassant rarement les 120 ans. La réalité des arbres est plus complexe. D’une part, il n’y a pas de correspondance entre l’âge et le développement, et d’autre part, la longévité n’est pas génétiquement fixée. Nous avons vu au premier chapitre les quatre stades du développement d’un arbre : jeune, adulte, mature et sénescent. Si toutes les conditions de croissance sont favorables, un individu se développe rapidement et atteint vite la sénescence. C’est ce qui se passe sous les Tropiques, où les espèces dépassent rarement 100 ans d’existence.

ci-contre : clair de lune sur la forêt de guyane française. sous les tropiques, les arbres se développent rapidement et atteignent vite la sénescence. à droite : le tilleul de sully d’innimont (ain). la plupart des arbres dits « de Sully » sont des tilleuls dont l’âge avoisine les 400 ans. les ormes plantés à la même époque n’ont pas survécu, victimes d’une grave maladie (la graphiose).

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SOUDER DES ALLIANCES

La greffe est une pratique très utilisée en arboriculture fruitière. Elle consiste à implanter une partie d’un arbre (le greffon) sur un autre arbre conservant ses racines (le porte-greffe). Ce dernier est sélectionné pour ses qualités (vigueur, adaptation au climat, au sol, résistance aux maladies…) qu’il transmet au greffon. Pour qu’il y ait soudure, les cellules embryonnaires des deux parties doivent être mises en contact par ligature du greffon sur le porte-greffe. On ne peut greffer une espèce sur n’importe quelle autre. Le poirier se greffe souvent sur le cognassier, le cerisier réussit sur le merisier, le pêcher se développe sur l’amandier ou le prunier, etc. Le point de greffage reste souvent marqué par un bourrelet plus ou moins volumineux durant toute la vie de l’arbre. Les feuillus n’ont pas le monopole des greffes. Les variétés bleues ou à port pleureur, très ornementales chez le sapin et l’épicéa, sont greffées sur des sujets ordinaires de la même espèce. Le mélèze, quant à lui, peut servir de porte-greffe aux cèdres. Chez les ginkgos, afin d’éviter l’odeur fétide des « baies » jaunes, la greffe d’individus mâles sur de jeunes semis de ginkgos est une solution. En effet, pieds mâles et femelles ne se différencient pas avant la floraison, et la technique du bouturage ne donne pas de bons résultats. Des greffes spontanées entre arbres voisins se produisent aussi dans la nature. Leur mise en place se fait en plusieurs temps : contact mécanique entre deux axes, écrasement et altération de l’écorce, élargissement de la zone de contact, formation de cernes communs et jonction complète.

à droite : deux hêtres d’une forêt auvergnate se sont soudés au niveau de leurs branches.

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Extrait Face aux arbres - Éditions Ulmer  

Partant du principe qu' on ne voit bien que ce qu' on nous a appris à observer, l 'objectif de ce livre est d' éduquer notre regard sur les...