Skip to main content

Extrait Produire des légumes en abondance

Page 1


Produire des légumes en abondance

• NATURELLEMENT SANS ENGRAIS NI PESTICIDES

• RÉCOLTER TOUTE L’ANNÉE SUR UNE PETITE SURFACE

• CHOISIR DES VARIÉTÉS PRODUCTIVES

FOU DE JARDIN

Récolter et conserver

Produire plus 2

Produire plus, c’est profiter d’une abondance de fraîcheur, de goût, de vitamines, de diversité presque toute l’année.

Pour cela, il est essentiel de comprendre le cycle de la vie végétale, les besoins des plantes et la manière dont elles produisent les parties que nous mangeons.

UNE BETTERAVE

Les sucres synthétisés dans les feuilles s’accumulent dans la racine une fois la croissance de la plante terminée.

UNE SALADE

La lumière garantit des feuilles bien vertes, mais l’excès de soleil peut brûler les feuilles. Les parties ou les feuilles privées de lumière restent blanches.

Normalement ce sont des réserves pour passer l’hiver et pouvoir pousser et fleurir très vite l’année suivante. Le jardinier les récolte une fois les réserves optimales, avant ou pendant l’hiver.

Les racines ont besoin d’eau en abondance. Les feuilles se développent proportionnellement à la quantité d’eau absorbée par les racines. Ces dernières sont le plus souvent associées à des champignons qui multiplient grandement leur capacité d’absorption.

UNE TOMATE

Les feuilles et la photosynthèse produisent des sucres, dont une partie est stockée dans le fruit, et lui donne son goût.

L’eau puisée par les racines alimente et fait grossir les fruits.

LA FÉCONDATION

La production des légumes fruits (tomate, poivron, aubergine, concombre, etc.) dépend de la fécondation des fleurs par les insectes.

• Abeilles et bourdons sont les plus visibles et actifs, mais beaucoup d’autres y contribuent (syrphes, mouches, etc.). De leur abondance (grâce aux fleurs alentour) dépend donc la quantité de fruits produits, mais peu se risquent dans les serres et tunnels trop bien fermés.

• La tomate fait parfois exception, certaines variétés pouvant être autogames, c’est-à-dire capables de se féconder seules ou presque, grâce à un simple mouvement de la plante sous l’effet du vent ou du jardinier. Par ailleurs, la fécondation des tomates est difficile au-dessus de 30 °C, ce qui implique de baisser la température ambiante par des arrosages en période de canicule.

12 Repérer le bon emplacement

La configuration du terrain amplifie ou freine les efforts du jardinier. Bien orienté, exposé et pensé, un potager produit davantage en demandant moins de travail. Soleil, vent, pente, sol, eau, accès : chaque détail compte pour exploiter au mieux les opportunités du site et améliorer beaucoup les rendements.

1L’eau

« L’eau à moins de 15 mètres, sinon le tuyau d’arrosage devient votre meilleur ennemi. » (dicton populaire). Un point d’eau à proximité, c’est moins de corvées en été, moins de tuyau à déplacer et rentrer en hiver, moins de nœuds avec le tuyau, moins de plantes couchées ou cassées par le tuyau. Au potager, mieux vaut préférer un sol bien drainé, sans cuvette où l’eau stagne.

2Le soleil

Une exposition maximale au soleil, sud/sud-est, sans ombre portée (arbre, mur, haie), pendant toute la journée est nécessaire pour les légumes frileux, surtout s’ils proviennent de régions plus chaudes que les nôtres comme les tomates, aubergines, poivrons, concombres ou courgettes.

En revanche, d’autres poussent également bien à mi-ombre, c’est-à-dire avec du soleil seulement 3 à 6 h par jour : ail, asperge, bette, carotte, choux, échalote, épinard, laitues, oignon, poireau, pois, pomme de terre, radis, framboise, ciboulette, menthe et persil.

3Le vent

Un vent modéré sèche les feuilles et limite les maladies. Une haie au nord et à l’est atténue les vents dominants en filtrant les courants d’air.

6

Les alentours : biodiversité et équilibre

Une haie en mélange d’espèces, c’est plus de coccinelles, de pollinisateurs, d’oiseaux, de hérissons, et moins de limaces. Des arbres fruitiers non loin (sans ombrer), un coin sauvage : les auxiliaires sont garantis !

Dans un jardin en pente, l’eau suit sa propre route… qui n’est pas forcément celle voulue par le jardinier. Il faut donc la guider.

4

Le sol

• Quand la pente est légère, les planches doivent être orientées dans le sens de la pente pour permettre à l’eau de s’écouler sans stagner. Des planches horizontales sur une pente faible créeraient des zones détrempées, nuisant aux racines et favorisant les maladies.

• Quand la pente est marquée, c’est l’inverse, il faut retenir l’eau et pour cela, aménager des planches horizontales, perpendiculairement à la pente, pour limiter l’érosion et éviter le lessivage des nutriments.

5L’accès

« Un potager vu depuis la cuisine est un potager bien suivi ». (dicton populaire) Compost, cabanon des outils, récupérateur d’eau doivent être à proximité des planches de culture.

C’est sous nos pieds que tout commence. Éviter les zones compactées : anciennes allées, passage de voitures. Test de la fourche-bêche : enfoncer une fourche-bêche.

Si elle rentre mal, c’est trop compact ! Observer la végétation spontanée : le pissenlit indique un bon sol profond, le rumex est signe de compaction, la mousse indique un sol acide ou hydromorphe, c’est-à-dire un sol très souvent saturé d’eau.

s’organiser

Faire ses semis

Faire ses propres semis, c’est prendre le contrôle sur le calendrier, le choix variétal et la qualité des plants. Mais un bon semis, c’est d’abord un environnement adapté à l’espèce et à la saison. Semer une tomate en hiver dans le froid ne donnera pas de bons plants…

Pour tous les semis, à l’intérieur ou à l’extérieur, la qualité du substrat, le milieu sur lequel les graines vont pousser, est cruciale. Le plus facile est d’utiliser du terreau spécifique pour semis. Mais il est souvent plus économique de faire le mélange soimême avec 50 % de compost mûr tamisé + 50 % terreau horticole tamisé. Éviter les substrats trop tourbeux ou asphyxiants. En pleine terre, un lit de semence finement ratissé, homogène, sans croûte ni cailloux, garantit une levée régulière.

À L’INTÉRIEUR

On démarre les semis précoces (tomates, poivrons, aubergines) dès février ou mars dans un endroit lumineux et hors gel. Une fenêtre orientée est ou sud est idéale pour bénéficier d’une lumière naturelle suffisante. La température doit être stable. Chaque espèce a son optima (par ex. la tomate : 20-25 °C, la laitue : 15-20 °C). En dessous de 15 °C, la germination est lente, voire bloquée ; au-dessus de 25 °C, certaines graines souffrent. 18 °C à 22 °C est idéal jusqu’à la levée des graines. À défaut d’une température intérieure suffisante, il est possible de semer dans de petites serres chauffantes. Couvrir les semis d’un film transparent pour maintenir une hygrométrie constante, mais aérer quotidiennement pour éviter les maladies. Retirer définitivement la couverture dès que les premières feuilles apparaissent. Les plants ont ensuite besoin d’air plus frais (15-18 °C la nuit) pour renforcer leur tige et éviter l’étiolement.

SOUS ABRI FROID

Un châssis, une serre ou un mini-tunnel accueille les semis des légumes rustiques qui tolèrent des températures fraîches : laitues de printemps, épinards, radis, carottes hâtives, navets primeur et choux. Les oignons blancs, la mâche et les betteraves peuvent aussi être semés sous abri froid pour avancer la récolte de quelques semaines. La protection contre les pluies froides et les vents permet une levée plus régulière et limite la pourriture des graines. Ces abris permettent aussi d’endurcir les plants issus de semis à l’intérieur avant leur plantation au jardin. Dans le Sud, la douceur précoce autorise un semis dès la fin de l’hiver ; ailleurs, il vaut mieux attendre que les journées rallongent un peu.

EN PLEINE TERRE

Les semis démarrent quand le sol est ressuyé et réchauffé (10-12 °C minimum). Carottes, betteraves, haricots ou pois n’aiment pas être repiqués : ils se sèment directement dans une terre légère, désherbée et affinée. Un simple voile de forçage peut suffire à accélérer la levée.

CONSEILS PRATIQUES

Plus de lumière

En février-mars, la lumière naturelle reste faible. Il faut compenser avec une lampe LED horticole, positionnée à environ 15-20 cm des plants, pendant 12 à 16 h par jour, pour éviter l’étiolement (allongement anormal des tiges).

L’arrosage

Maintenir une humidité homogène mais modérée : humidifier le substrat avant le semis, puis arroser légèrement avec un pulvérisateur les jours suivants. L’excès d’eau est l’erreur la plus courante. Un substrat détrempé favorise la pourriture et fait filer les semis (tiges longues, fines et faibles).

Éclaircie et repiquage

Quand les plantules ont développé 2 à 3 feuilles, supprimer les plus faibles pour éclaircir le semis et ne garder que les plants les plus vigoureux. Replanter dans des godets plus grands pour favoriser un bon développement racinaire avant la mise en terre à l’extérieur.

Les petits fruitiers

Certains petits fruitiers se révèlent d’une incroyable générosité, même sur de petites surfaces. Leur rendement rivalise avec celui de bien des légumes… à condition de panacher les variétés remontantes, qui produisent en juin et septembre, et les nonremontantes, qui produisent beaucoup en une seule fois.

Framboisier

Rubus idaeus

Champion toutes catégories : il produit 1,5 kg à 3 kg de fruits par pied et par an, en sol toujours frais et situation pas trop chaude.

Variété non remontante : ‘Glen Ample’, très gros fruits, très productif (jusqu’à 4 kg/ pied).

Variété remontante : ‘Heritage’. Récolte de juillet jusqu’aux gelées. Bonne tenue des fruits. Autres valeurs sûres : ‘Tulameen’, gros fruits sucrés, bonne conservation. ‘Marastar’ remontante, résistante aux maladies.

Groseillier à grappes

Ribes rubrum

Le groseillier produit de 1,5 à 2,5 kg de fruits par pied. Facile à cultiver, il accepte la mi-ombre, en sol riche, profond et frais. Une taille supprimant les branches de plus de 3-4 ans suffit à éclaircir les buissons pour les garder sains.

‘Junifer’ : variété précoce, très cultivée en France, très bon rendement.

‘Rovada’ : maturité plus tardive, très longues grappes, bonne résistance à l’oïdium. Idéale pour le frais et les gelées.

‘Versaillaise rouge’ : ancienne variété encore appréciée, parfumée et rustique.

Cassis

Ribes nigrum

Productif et riche en vitamine C, le cassissier produit de 2 à 4 kg de fruits par pied, en sol frais ou humide, riche en matière organique.

‘Andega’ : sélection française précoce aux très gros fruits, très bon rendement.

‘Noir de Bourgogne’ : moins productif que les autres (moins d’1 kg/pied), il est cependant le plus riche en arôme — c’est la référence historique pour la crème de cassis.

‘Delbard Robusta’ : variété moderne autofertile, vigoureuse, résistante au mildiou et à l’oïdium.

Mûre et hybrides

Rubus fruticosus et hybrides de Rubus

Les mûres modernes et leurs cousins (tayberry, loganberry) produisent 4 à 6 kg par pied. Elles apprécient les sols riches et profonds. Supprimer totalement les branches après récolte. La floraison en juin équivaut à celle de rosiers.

‘Loch Ness’ : sans épines, aux très gros fruits brillants, à l’excellente productivité, jusqu’à 8 kg/pied.

‘Triple Crown’ : très gros fruits savoureux, sans épines, très vigoureux. 5 kg de fruits/pied.

‘Tayberry’ : croisement entre la mûre et la framboise, aux fruits allongés, acidulés, très parfumés. 3,5 à 4 kg/pied adulte.

Amélanchier

Amelanchier alnifolia

Moins courant mais très rustique, l’amélanchier peut produire 2 à 5 kg de petits fruits par pied une fois bien établi. Les fruits, sucrés et riches en antioxydants, sont excellents frais ou en confiture.

‘Smoky’ : autofertile, très productif, gros fruits, doux. Origine canadienne.

‘Martin’ : récolte précoce, dès le mois de juin, fruits plus gros que les autres variétés, bonne tolérance à la sécheresse et aux sols calcaires.

‘Thiessen’ : fruits plus précoces, bien adaptés aux régions plus fraîches, plutôt en sol non calcaire à neutre.

Fraise

Fragaria anassassa

Les rendements maximaux s’obtiennent grâce à un paillage et un arrosage au goutte-àgoutte. Renouveler les plants tous les 3 ans pour maintenir une bonne productivité.

‘Gariguette’ (non remontante) : on récolte de mars-mai (Sud) ou mi-mai (Nord) entre 400 à 700 g/ pied.

‘Mara des Bois’ (remontante) :

800 g à 1 kg/pied de fruits au goût prononcé, mûrs de juillet jusqu’aux gelées.

‘Charlotte’ (remontante) : 700 g à 1 kg/pied. Les fruits, de calibre moyen (15-20 g), ont un goût musqué.

‘Maestro’ (remontante) : 1 kg/ pied de gros fruits sucrés.

‘Cirafine’ (remontante) : 700 g/ pied de fruits au parfum citronné.

‘Ciflorette’ (non remontante) : 300-500 g/plant, bonne résistance à l’oïdium.

• Non remontant : produit une seule fois par an.

• Remontant : produit deux ou plusieurs fois par an.

Le potager des 100 jours

De nombreuses cultures ont un cycle éclair : la durée entre le semis ou plantation et la récolte est de moins de 60 jours, parfois même 20 à 40 jours. Avec elles, on peut tirer parti d’un début d’été tardif, d’une parcelle libérée après une récolte hâtive, ou d’un jardin que l’on remet en culture en cours de saison.

5 RÈGLES POUR RÉUSSIR

La réussite de ces cultures éclair est déterminée par la bonne préparation du potager.

1. Sol meuble, enrichi depuis au moins 1520 jours, en compost mûr ou fumier très bien décomposé.

2. Arrosages suivis, surtout pour les jeunes semis ou plants.

3. Désherbage rigoureux, car la moindre concurrence ralentit le développement.

4. Semis denses mais éclaircis rapidement pour assurer à la fois vigueur et rendement.

5. Mini-tunnel ou voile de croissance pour booster les cultures semées tôt ou tard dans la saison.

LE MEILLEUR DE CHAQUE CULTURE

● Préférer les semis directs pour les légumes-racines (radis, carottes, navets).

● Repiquer en mottes les légumes-feuilles et les Brassicacées asiatiques.

● Intercaler les cultures : semer des radis entre les rangs de haricots ou de laitues.

LES BONNES VARIÉTÉS

Les durées ci-dessous sont données du semis à la récolte, pour des conditions optimales (température de 18-25 °C, sol riche, arrosages réguliers). Les chiffres varient un peu selon les variétés, mais restent des repères fiables.

Délai moyen entre

semis et récolte

Bette 50-65 jours

Betterave 55-70 jours

Carotte primeur 60-75 jours

Choux chinois (pak choï, pe-tsaï) 45-60 jours

Courgette 50-60 jours

Cresson alénois, cerfeuil, persil tubéreux (feuilles) 30-60 jours

Épinard 40-55 jours

Fenouil doux 70-90 jours

Haricot nain 55-65 jours

Laitue à couper 40-55 jours

Navet 50-60 jours

Pois mangetout 60-70 jours

Radis 18-30 jours

Roquette, mizuna, mesclun 30-45 jours

Variétés recommandées

Remarques

‘Verte à Carde Blanche’ Coupe en jeunes feuilles

‘Detroit 2’, ‘Chioggia’

Récolte précoce de jeunes racines et feuilles

‘Amsterdam Forcing’, ‘Nantaise’ Sol léger, arrosage régulier

‘Joi Choi’, ‘Granaat’ Idéal après la mi-juillet

‘Black Beauty’, ‘Coucourzelle’ Démarrage rapide sous tunnel

Très productif à la coupe

‘Géant d’Hiver’, ‘Butterflay’

‘Zefa Fino’

Semer en sol frais, riche en azote

Mieux vaut le planter (et pas le semer)

‘Fin de Bagnols’, ‘Contender’ Les variétés naines sont plus rapides

‘Feuille de Chêne’, ‘Lollo Rossa’ Récolte en plusieurs coupes

‘Market Express’, ‘Petrowski’ Récolter jeune pour plus de tendreté

‘Carouby de Maussane’ Semis de fin d’été possible

‘Flamboyant 2’, ‘National’

‘Ruca’, ‘Red Giant’

Espacer les semis tous les 10 jours

Récolte en jeunes feuilles

Produire jusqu’à 500 kg de légumes par an sur 50 à 100 m2, sans pesticide ni engrais de synthèse et sans arrosage intensif, c’est possible ! Sol vivant, ressources et espaces optimisés, variétés productives, résistantes et adaptées à chaque région… les 60 clés essentielles pour cultiver en abondance toute l’année.

● Favoriser un écosystème vivant : observer le cycle des plantes et de la faune, comprendre son sol et sa capacité à retenir l’eau, tirer parti des microclimats, fertiliser naturellement… tout ce qu’il faut pour créer un potager productif, économe en ressources et durable.

● Anticiper, la clé du rendement : échelonner les semis, organiser les successions et les rotations pour occuper le sol en continu, limiter les maladies et les ravageurs et maximiser les récoltes. Des solutions techniques, pratiques et économiques.

● Bien choisir les légumes en fonction du sol et du climat, de leur résistance aux maladies et de leurs qualités nutritives : variétés traditionnelles ou hybrides, production de graines… une synthèse claire qui questionne les idées reçues, pour produire plus avec moins.

Ingénieure agronome et passionnée par le vivant, Catherine Delvaux, rédactrice en chef du magazine Détente Jardin pendant 24 ans, et autrice de nombreux livres sur les plantes et le jardinage, gère activement deux potagers familiaux, l’un dans la région parisienne, l’autre dans les Hautes-Alpes. Dans des sols et des climats très différents, elle teste toutes les techniques et variétés potentiellement intéressantes à transmettre, sans hésiter à remettre en cause la pertinence de certaines pratiques à la mode.

Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook