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Petit dictionnaire du cannabis Le cannabis psychotrope a donné naissance à un vocabulaire très varié, évoluant à travers les époques. Pour une bonne part, il s’agit d’appellations employées comme un code qui confère plus de discrétion, afin de moins se faire remarquer des forces de police. Elles ont donc une durée d’emploi assez courte et d’autres viennent les remplacer périodiquement.

Barette : petit conditionnement de Nacha : nom ancien de la plante. haschich. Pakalolo (abrégé en paka) : nom Bedo : à l’origine, pétard préparé avec de la plante en Polynésie. du haschich de mauvaise qualité, de- Pétard : cigarette de résine de can-

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Trois Sadhus (« saint homme » de la religion hindoue) au temple de Pashupatinath à Kathmandu au Nepal, celui au centre fumant du haschisch.

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venu simple synonyme de « pétard ». Bhang : système faisant barboter la fumée dans l’eau avant de l’inspirer, à l’aide d’une pipe à eau par exemple. Blunt : forme particulière de joint constitué de cannabis disposé dans une feuille de tabac ou un cigare évidé. Cannabis : nom donné dans les médias pour la résine de cannabis, ce qui crée des confusions. Chanvre indien : expression utilisée en remplacement du terme marijuana, moins employé. Chichon : diminutif de haschich. Ganja : nom hindi du chanvre. Hasch : terme abrégé pour haschich. Haschich : résine tirée du cannabis. Environ 45 à 75 kg de cannabis sont nécessaire pour produire 1 kg de haschich. Herbe : désigne très couramment la plante. « Beuh » en verlan. Joint (« Oinj » en verlan) : cigarette de résine de cannabis ou d’herbe, mélangée ou non à du tabac. Kif (parfois orthographié « kief ») : en rapport avec l’état de gaieté causé par le haschich. Madjoun : nom ancien de la plante. Marie-Jeanne : jeu de mots sur marijuana, parfois diminué en jeannette. Marijuana : synonyme de cannabis. Un peu tombé en désuétude.

nabis ou d’herbe, mélangée ou non  à du tabac. Pollen : poudre de résine de cannabis. Pot : désigne l’herbe au Québec et aux états-Unis, où l’on parle aussi de « fumeur de pot ». Reefer : « joint » en anglais. Savonette : résine de cannabis sous forme de pain de 250 g. Shit : terme abrégé pour haschich. Skuff : forme particulière se présentant comme une poudre, provenant de l’extraction mécanique des poils glanduleux contenant le THC. Skunk : (prononcer « sconc »). Signifie « putois » en anglais, allusion à l’odeur forte des variétés riches en THC. Spliff : cigarette de résine de cannabis ou d’herbe, mélangée ou non à du tabac. Teush/teushi : verlan de shit. Tosh : synonyme de haschich, probable référence à Peter Tosh, l’auteur de la chanson Legalize It. Weed : mot anglais signifiant « mauvaise herbe », utilisé pour désigner la plante (fréquent dans les forums spécialisés sur Internet). Yamba : nom ancien pour la plante. Zamal : nom donné à la plante dans les îles de la Réunion et de la  Jamaïque.

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absinthe

du xxe siècle. Il y eut un double effet : un effet de mode et sans doute un certain renchérissement du prix du vin, à cause du phylloxéra. Toujours est-il qu’on se prit, sur les boulevards parisiens, à siroter la « fée verte ». Elle fut d’abord l’apanage de la bourgeoisie. Il n’est pas exagéré d’affirmer que la consommation d’absinthe se faisait selon un rituel, qui n’avait pas grand-chose à voir avec nos pastis contemporains, que l’on boit finalement de façon très vulgaire, comparé à la fée verte. à la maison comme au bistrot, l’absinthe faisait appel à une vaisselle variée et spécifique : les cuillères à absinthe, bien entendu, variées et élégamment ajourées, en argent ou le plus souvent en métal argenté. Plus rarement, on employait des grilles à absinthes, simples ou sophistiquées. Ces dernières étaient alors nommées « brouilleurs à absinthe » et permettaient d’ajouter sucre et eau en quantité requise dans le verre. Ce dernier correspondait à un verre doseur dérivé du mazagran et dont il existait une certaine variété de modèle. Le « Pontarlier » comportait une base renflée en forme de bulbe, qu’il suffisait de remplir pour apporter la mesure d’absinthe requise. Le rituel de l’absinthe s’entourait aussi de carafes, de fontaines dispensant l’eau (plus sophistiquées que les arrosoirs à pastis), de flacons particuliers, les « topettes », aussi appelés « carafons diviseurs », qui comportaient souvent une graduation permettant de respecter la dose. Tout ce matériel fait de longue date le bonheur de collectionneurs, lesquels portent le doux nom d’artémisophiles. Mais revenons au rituel de l’absinthe. On commençait par verser une mesure d’absinthe dans le verre. Le plus souvent, on posait ensuite à cheval sur le verre une cuillère à absinthe, sur laquelle on posait un sucre. On versait alors un mince filet d’eau sur le sucre, qui se dissolvait et venait troubler l’absinthe, tout en la diluant. L’absinthe pure étant très amère et très alcoolisée, cette étape était impérative pour la rendre consommable. Il faut noter que l’absinthe est un élixir et non une liqueur. Une liqueur contient du sucre, ce qui n’est pas le cas d’une absinthe qui se respecte !

Ci-dessus, verre à absinthe modèle « Pontarlier » (caractérisé par son bulbe doseur) et sa cuillère, prêts à l’emploi.

Une fée verte devenue diabolique

Ci-contre, affiche pour l’absinthe Blanqui par Nover, de 1898.

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Petit à petit, la fée verte se répandit et gagna les classes populaires. Il devint d’usage, chez les ouvriers comme les bourgeois, hommes ou femmes, d’aller déguster une « mominette », comme on disait dans l’argot de l’époque. L’absinthe fit vite naître un vocabulaire coloré : on dit alors dans les faubourgs qu’on « étouffe un perroquet » ou qu’on « feuillette un livre vert » au moment de « l’heure verte ». Les plus endurcis buvant une « hussarde » (une absinthe

Fée aux yeux glauques en manteau prune, coiffée d’opales et baguées d’émeraudes Ernest Tisserand

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Mangez-moi ! Mangez-moi ! Mangez-moi ! Mangez-moi ! Mangez-moi ! Mangez-moi ! C’est le chant du psilo qui supplie, Qui joue avec les âmes Et ouvre les volets de la perception. […] Billy The Kick, « Mangez-moi ! », 1 994.

à en travailler du chapeau

Du buzz dans la bouse Les psilocybes ne sont pas les seuls champignons à contenir de la psilocybine — substance inscrite au tableau des stupéfiants —, puisque d’autres espèces, plus communes encore, en contiennent à des taux élevés. C’est le cas de certains panéoles (Panaeolus), plus abondants encore que les psilocybes. Le plus commun est Panaeolus sphinctrinus, dont le délicieux nom indique qu’il ne pousse que sur les bouses de vache et le fumier. Malgré leur toxicité, verra-t-on des amateurs de sensations fortes farfouiller dans les reliefs ovins à la recherche d’un chapeau hallucinogène ?

L’heure du kawa Depuis des temps immémoriaux, le kawa est une boisson enivrante très prisée dans une large aire de l’Océanie. Mélanésiens et Polynésiens s’enorgueillissent de cette boisson, depuis   la Nouvelle-Calédonie jusqu’à Wallis   et Futuna, en passant par la Nouvelle-  Guinée. Il s’agit d’une préparation à base de la racine d’un poivrier particulier, le kawa (Piper methysticum). La recette la plus connue consiste à mastiquer des racines coupées et faire

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L’usage récréatif de ces champignons hallucinogènes est assez récent. Pour une fois, ce ne sont pas les milieux artistiques qui le sont promulgués, mais les amateurs de « voyages psychiques » et d’hallucinations. Les psilocybes ont vite gagné une image badine dans le public, comme l’illustre la chanson « Mangez-moi ! » de Billy The Kick en 1994. La chasse au champignon y devient une aventure champêtre, le champignon ouvrant les « volets de la perception », en référence à un ouvrage emblématique de la littérature psychédélique d’Aldous Huxley paru en 1954. La chanson sera poursuivie en justice, sans succès, pour incitation à la consommation de psychotropes. Car depuis la fin des années 80, les psilocybes et la psilocybine sont devenus illégaux un peu partout en Europe. Le champignon qui fait planer est toxique et les accidents ne sont pas rares. Les expériences de bad trip sont également assez courantes, visiblement chez les consommateurs peu avertis. Les décès liés à la perte de contrôle de soi chez des consommateurs peu avertis et les intoxications conduisirent les pouvoirs publics à interdire les champignons les plus actifs. C’est ainsi qu’une espèce de champignon indigène d’Europe, le Psilocybe semilanceata, figure en France sur la liste des stupéfiants dont le commerce est interdit. Et comme ces champignons peuvent se cultiver, cette culture et toutes les opérations liées (vente, transport…) sont interdites. Comme le psilocybe pousse à l’état naturel dans les prairies de pâturages, il ne reste plus qu’une solution pour rester dans la légalité : le brouter sur place ! À condition bien sûr de ne pas ingérer une autre espèce toxique, les effets des petits champignons sur l’organisme étant mal connus. Curieusement, les ouvrages spécialisés dans les champignons mentionnent rarement les psilocybes sauvages et comment les reconnaître…

macérer dans l’eau la pâte ainsi obtenue. (La chicha, alcool de maïs obtenu par fermentation de grains mastiqués, en est une version amazonienne analogue.) Il est d’usage de prendre le kawa lors d’une réception, avant une réunion importante, lors du règlement d’un différend ou tout simplement pour le plaisir. Les composés du kawa agissent comme narcotique sur l’organisme, procurant une sensation d’engourdissement à petites doses mais pouvant aller jusqu’aux hallucinations et au délire à forte dose. Contrairement à l’ivresse

alcoolique, le kawa ne crée pas d’état de violence. Dès 1928, Louis Lewin rapporte que des Européens s’en sont fait une habitude au point de montrer tous les signes d’une addiction. Le kawa reste encore peu prisé en Europe et la plante ne fait actuellement l’objet d’aucune interdiction. Il faut dire que par le passé, le kawa avait été interdit par les autorités religieuses. Elles n’ont pas vu d’un mauvais œil l’alcool prendre   la place du kawa et faire des ravages. Le kawa et l’alcool certes enivrent tous les deux, mais seul l’alcool ruine !

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Extrait Plantes interdites - Éditions Ulmer  
Extrait Plantes interdites - Éditions Ulmer  

Nouvelle édition brochée (format et prix réduit) du livre paru à l'automne 2010, aujourd'hui épuisé. Cannabis, absinthe, plantes hallucinog...