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voilà tout. Et le pauvre néophyte se dit que, finalement, il ne doit pas être « bon pour ça » et relègue son bac dans un coin. Bien évidemment, le vendeur aquariophile ne peut pas tout apporter non plus. L’effort doit être partagé et celui qui achète des poissons possède également des devoirs : s’informer par tous les moyens pour offrir un milieu susceptible de permettre l’épanouissement de ses diverses acquisitions !

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Chapitre I Notions de base


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CHAPITRE 4 : LA DURETÉ DE L’EAU

En préambule, on peut avant tout mettre en avant qu’il est globalement plus facile, pour un poisson, d’aller d’une eau moins dure vers une eau plus dure, que l’inverse. Ceci est vrai pour des écarts raisonnables naturellement (une dizaine de degrés français). En d’autres termes, ceux qui ont une eau dure au robinet ont plus de chance que ceux qui reçoivent une eau très douce, au moins pour l’aquariophilie (on ne parlera pas ici des avantages sur l’électroménager) ! Il est à noter que la majorité des grossistes travaillent en eau plutôt dure, ce qui pose de graves problèmes pour les aquariophiles des régions où celle-ci est douce.

Il en est de même pour les Corydoras…

5. IMPORTANCE DE LA DURETÉ EN AQUARIOPHILIE Revenons donc à nos problèmes de dureté dans l’aquarium. Il a déjà été dit l’importance de cette grandeur en aquariophilie. En effet, même si les grossistes et les magasins expérimentés acclimatent les animaux à des valeurs de TH proches de la moyenne française et surtout de celles utilisées par leurs clients, certaines espèces conservent malgré tout des exigences particulières, notamment pour développer leurs couleurs et se reproduire. Par ailleurs, les régions françaises sont très disparates devant la dureté : certaines ont une eau du robinet très douce (Auvergne, Massif Vosgien, Bretagne), chez d’autres elle est moyenne, et pour beaucoup elle est forte et essentiellement calcique (Îlede-France, plaine d’Alsace, large partie de la Bourgogne, Nord, etc.).

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Dans la nature, on trouve un très large éventail de duretés, depuis des valeurs presque nulles, pour le Pérou à la saison des pluies, jusqu’à 63°f dans certaines contrées mexicaines ! En règle générale, les régions d’origine de nos poissons présentent les caractéristiques suivantes : - Asie du Sud-Est (Barbus, Danios, Gouramis…) : eau plutôt douce à très douce ; - Amérique du Sud (Tétras, Discus, Scalaires…) : eau douce à très douce ; - Amérique Nord-Centrale, jusqu’aux USA (Guppies, Platies, Xiphos…) : eau dure à très dure ; - Rivières africaines (Pelmatos, Synodontis, Tétras du Congo…) : eau douce à moyenne ; - Grands Lacs d’Afrique (Cichlidés) : eau dure à très dure, mais avec une balance calcium/magnésium pas toujours en faveur du premier, comme en France ; - Océanie, Nouvelle-Zélande, Australie (Mélanotaenias) : eau moyennement douce. Mais attention, cette répartition est schématique : des variations locales existent. Par ailleurs, gardons à l’esprit que des fermes aquacoles se sont développées de par le Monde et élèvent aujourd’hui des poissons qui ne sont pas du tout originaires de la région. Ainsi, en Asie (Sri Lanka, Thaïlande, Viêt-Nam), nous avons déjà mentionné que l’on élevait des Guppies, dont l’aire de répartition naturelle est cantonnée au Sud de l’Amérique du Nord !

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CHAPITRE 6 : LES GAZ DISSOUS

gène reste en moyenne nettement plus stable et à un niveau plus important qu’en eau douce. Les raisons à cela sont doubles : la réserve massique que constitue un océan contribue naturellement à la stabilité et les mouvements de surface des vagues permettent une relative bonne oxygénation. Dans les couches peu profondes, là où vivent les poissons qui nous intéressent, des valeurs de 5 à 7 mg/l, pour une température d’à peu près 25 °C, constituent une généralité satisfaisante. Ceci est d’ailleurs proche de la saturation. Dans un aquarium marin, les inconvénients de l’utilisation d’un diffuseur d’air sont réduits à néant ou presque : le pH doit être élevé et la teneur en gaz carbonique n’a pas besoin d’être forte (peu de végétaux et très large réserve de carbonates). D’autre part, les poissons supportent moins bien les pollutions azotées et le rendement bactérien doit être optimum, donc le filtre largement aéré. La température moyenne est aussi plus élevée qu’en eau douce. Enfin, la capacité de dissolution de l’oxygène est moins importante d’environ 2 mg/l, pour une eau salée, par rapport à une eau douce, à température et pression égales. En conclusion : dans un bac marin, le diffuseur est le bienvenu !

Oxygène et pression atmosphérique

Bien que peu utilisés, les tests O2 existent dans le commerce spécialisé.

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Plusieurs fois, nous avons fait allusion à la variation du taux d’oxygène en fonction de la température et de la pression atmosphérique. Cela est fondamental. Il faut bien avoir à l’esprit que cette teneur décroît très vite lorsque la température monte : aux environs de 8 mg/l à 25 °C (en eau douce), de 10 mg/l à 8 °C, elle est presque nulle à 35 °C. Lorsqu’une résistance chauffante s’emballe

dans un aquarium, créant une poussée en température, les poissons ne meurent pas directement de la chaleur, mais bien parce qu’ils se trouvent privés d’oxygène ! À l’identique, lorsque la pression atmosphérique chute, le taux d’oxygène dans l’eau fait de même. Tout le monde a en tête ce qui se passe lors d’un bon orage : les poissons s’approchent de la surface, presque immobiles, cherchant leur respiration, tout en économisant leurs dépenses énergétiques. Or, lors d’un orage, la pression atmosphérique tombe brusquement… CQFD !

2. LE GAZ CARBONIQUE Nous avons déjà largement évoqué ce gaz, dans le chapitre relatif au pH. Revenons ici sur quelques points essentiels. Tout d’abord, le gaz carbonique, ou dioxyde de carbone, est produit par quoi ? Par la combustion (chauffage, automobiles…) et par la respiration. Respiration animale : nous aspirons de l’oxygène et rejetons du gaz carbonique. Respiration végétale nocturne (même procédé à peu près). À quoi sert-il ? Il est nocif à fortes doses pour les animaux, mais bénéfique pour les plantes qui l’utilisent durant la journée pour leur croissance, selon la réaction schématique : CO2 + H2O

Sucres (constituants des plantes)

Pour un aquarium d’eau douce planté, la présence de gaz carbonique est donc vivement souhaitée, au moins durant le jour. C’est la raison pour laquelle on installe parfois, dans le bac, un diffuseur de CO2. La nuit, le cycle de la plante s’inverse et elle dégage ce même gaz. Il faut donc impérativement cesser d’en injecter artificiellement, le soir, sous peine de rendre le milieu impropre à la vie des poissons et d’entraîner une chute nocturne du pH. ☛ Une remarque s’impose : le CO2 n’est pas toxique en tant que tel : il le devient lorsqu’il prend la place de l’oxygène !

Hormis dans les bacs de type hollandais, très densément plantés, l’excès naturel de CO2 avec mortalité des poissons est très rarement

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Points essentiels à retenir Tout au long de cet ouvrage, nous avons tenté de vous donner les outils pour comprendre le fonctionnement d’un aquarium, sur le plan physico-chimiques. Certes, tout ceci apparaîtra ardu, voire indigeste, aux yeux de l’amateur de poissons qui désire seulement un joli bac animé dans son salon. Evidemment, il n’est pas nécessaire de maîtriser toutes ces grandeurs pour parvenir à réaliser ce simple rêve. Toutefois, tôt ou tard dans la vie de son aquarium, notre quidam dans son salon sera confronté à quelques ennuis, graves ou non. C’est alors qu’il tentera de résoudre son souci en se rendant dans les diverses échoppes autour de son domicile et c’est là qu’il risque fort de baisser les bras, car il existe de grandes probabilités que des discours parfaitement contradictoires lui soient tenus d’un vendeur à l’autre ! Il en ressortira troublé, au minimum, et aura naturellement tendance à commettre, de bonne foi, boulettes et bévues. En effet, et c’est malheureux, certains vendeurs ne sont pas bien renseignés sur les fondamentaux théoriques qui régissent la chimie de l’eau et qui sont la base de cette passion. C’est alors que cet ouvrage, nous l’espérons en tous cas, autorisera notre aquariophile à s’en sortir ! Pour y voir un peu clair, au milieu de tous ces paramètres, de tous ces ions, ces gaz dissous, ces molécules, ces échanges, nous vous proposons un petit résumé, sous la forme de dix règles d’or ou de bon sens. Règle n° 1 : Il est indispensable de s’informer avant l’acquisition des animaux (d’où l’achat de ce livre !). Règle n° 2 : L’acclimatation des poissons doit être une opération minutieuse : toute modification des paramètres de l’eau, où ils vivent, doit avoir lieu lentement, très lentement. Règle n° 3 : Il est souvent bien plus aisé d’adapter les poissons à un milieu donné, avec les précautions de la règle N°2, que de jouer les apprentis

chimistes et de trafiquer l’eau en y ajoutant de multiples poudres de perlimpinpin, afin d’essayer de réaliser une eau « idéale » qui sera, en définitive, une soupe infâme ! Règle n° 4 : Il tombe sous le sens que la qualité d’eau du magasin où l’aquariophile se rend pour acquérir ses poissons doit être la plus proche possible de celle présente dans son aquarium, à la maison. Ne pas poser la question au vendeur est déraison-

nable et si ce dernier ne répond pas ou hésite à grands renforts de « heu » : fuyez ! Il n’existe pas d’eau « bonne » ou « mauvaise ». En cas de mortalités, notamment consécutives à l’achat de nouveaux poissons, avant de soupçonner le magasin, n’oubliez pas de comparer… Règle n° 5 : Toute modification d’un paramètre de l’eau entraîne nécessairement la variation de plusieurs autres grandeurs physiques ou chimiques (voir expériences pratiques). Il est bon de les estimer avant toute action en ce sens. Règle n° 6 : Les contrôles réguliers sont les bienvenus et évitent des surprises, mauvaises en particulier. Il ne faut pas oublier que les paramètres de l’eau ne sont pas figés à tout jamais, mais qu’il évoluent dans le temps. Ce qui est bon aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain ! Règle n° 7 : L’entretien de l’aquarium est évidemment un besoin vital, mais, chaque opération doit être envisagée de manière à ne pas déstabiliser l’équilibre biologique de celui-ci. Trop peu de soins, c’est mauvais, trop de soins, ça n’est pas meilleur, souvent pire même ! Ceux qui disent qu’un aquarium c’est du travail sont dans le faux : comptez une à deux heures par mois, tout compris et comparez avec la gestion du toutou familial !

Règle n° 8 : Ne soyez pas des extrémistes du pH, de la dureté ou de quoi que ce soit d’autres, parce que vous avez lu sur un livre que tel poisson avait tel milieu dans le pays d’origine. Il est important de conserver à l’esprit que les animaux sont aujourd’hui issus d’élevages souvent situés loin de leurs contrées primitives ! De plus, ces poissons sont ensuite passés entre les mains de grossistes dont le travail est de les accoutumer à l’eau de nos conduites, bien souvent calcaires ! Alors, tant pis si le bouquin prétend qu’il faut un pH de 6,8 et que vous avez 7,5 dans le bac ! Règle n° 9 : Un test qui donne des résultats étonnants peut généralement être corroboré par la mesure d’une autre grandeur. Vérifier avant de conclure : voici le maître mot ! Règle n° 10 : Attention en achetant les tests colorés : ceux-ci ont généralement une date de conservation. Une fois les flacons ouverts, la durée de vie est également restreinte… Alors, ne dépensez pas inutilement en achetant de grosses bouteilles ! Il existe aussi des produits présentés sous forme de bandelettes qui permettent de contrôler cinq ou six grandeurs en même temps. Leur précision est évidemment limitée, mais pour l’analyse de routine, c’est une excellente solution.


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PLANNING

PLANNING DE CONTROLE D'UN AQUARIUM Il n’est pas simple de proposer un planning de contrôle des différents paramètres physico-chimiques que nous avons passés en revue tout au long de ces pages. En effet, il dépend beaucoup de la grandeur du bac, de son peuplement, de son aménagement (plantes naturelles, par exemple)… et des souhaits de son propriétaire ! De même, les fourchettes de valeurs qu’il est bon d’observer, pour telle ou telle mesure, sont tout aussi fluctuantes : il est évident qu’un possesseur d’animaux rares et délicats devra être beaucoup plus vigilent que son voisin, si ce dernier se contente d’un vivier pour poissons rouges ! Par ailleurs, un amateur de Cichlidés du lac Malawi, un collectionneur de Discus ou un spécialiste des guppies ne souhaiterons absolument pas les mêmes valeurs de dureté, de pH, voire de nitrates ou de conductivité ! Bref, comment contenter tout le monde ? Il n’est pas souhaitable de tomber dans un excès pointilleux ni pour autant de faire preuve de laxisme : ne pas effrayer le pauvre novice qui lèvera les bras au ciel devant l’abondance et la fréquence des tests, ne pas prêter le flanc à la critique de l’aquariophile méticuleux qui trouvera que l’on accorde trop peu d’importance à nos animaux à écailles ! Position pour le moins délicate ! Malgré tout, nous vous proposons ici, cher lecteur, un planning « moyen », pour un bac communautaire garni de petits poissons tropicaux, tels que tétras, platies, danios, rasboras, gouramis… etc. Evidemment, nous vous conseillons d’adapter celui-ci à votre situation particulière et aussi à… votre guise ! Ce tableau ne se veut absolument pas une référence absolue : il s’agit d’une utilisation moyenne, pour un peuplement « ordinaire » de l’aquarium.

PARAMÈTRE

FRÉQUENCE DE MESURE

PARAMÈTRE

FRÉQUENCE DE MESURE

VALEURS PRÉCONISÉES

Ammoniac

Une fois par mois, si et seulement si le pH de l’aquarium est supérieur à 8,5.

0 mg/l

Nitrites

Une fois par mois et chaque fois : - que des mortalités surviennent, - que le bac devient trouble, - que le nourrissage des poissons a été confié à un tiers pendant une absence ! Deux ou trois jours après avoir : - ajouté de nouveaux poissons, - nettoyé ou remplacé un élément du filtre, - changé de l’eau, - distribué un peu trop de nourriture, - traité le bac contre une maladie ou pour éliminer les escargots.

0 mg/l

Nitrates

Une fois par mois au moins. En cas de développement d’algues.

50-60 mg/l maximum (moins de 25-30 mg/l pour des espèces très exigeantes)

Phosphates

Une fois tous les deux mois. En cas de développement d’algues.

< 2 mg/l optimum. < 10 mg/l maximum

Gaz carbonique

En permanence si adjonction d’un système de diffusion, avec mesure plus précise par test immédiat en cas de problèmes, notamment de développement des plantes.

Optimum aux environs de 30-40 mg/l. Dangereux au-delà de 70 mg/l

Fer

Une fois par mois, essentiellement si un système de diffusion de gaz carbonique a été installé.

0,5 mg/l environ

Cuivre

Après un éventuel traitement (escargots) ou en cas de mortalités inexpliquées.

< 0,1 mg/l

Conductivité

Peu nécessaire si les autres paramètres sont suivis convenablement.

300 à 1000 µS/cm

Densité

Uniquement pour un bac d’eau saumâtre ou dans le cas d’un apport de sel régulier (vivipares, poissons d’eau froide…). Dans ces situations précises, après chaque changement d’eau.

Dépend de la salinité souhaitée.

VALEURS PRÉCONISÉES

pH

Une fois par mois.

6,8 à 8

TH

Une fois tous les deux mois.

15 à 30° français

Oxygène

Rarement mesuré en général.

> 5 mg/l

TAC

Une fois tous les deux mois.

10 à 20° français

Chlore

Ne demande pas d’être mesuré en général.

0 mg/l

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Extrait Chimie de l'eau de l'aquarium - Éditions Ulmer  

Cet ouvrage met à la portée de tous les phénomènes et les réactions en milieu aquatique et donne les solutions aux problèmes qui peuvent se...