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Compagnons

Le chien est aux côtés de l’homme depuis des millénaires. Il s’est adapté au goût de son compagnon bipède pour les voyages et le suit aux quatre coins du monde. Ses aptitudes lui ont permis d’exercer une grande variété d’activités, en fonction du mode de vie des hommes qu’il accompagne. Et pourtant, nous portons sur le chien un regard plein de contradictions : certains peuples le vénèrent, d’autres le chassent, d’autres le considèrent comme leur égal. Suivons les traces des CHIENS AUTOUR DU MONDE.


30 | Tibet : le Do Khyi LE PROTECTEUR DE L’HIMALAYA

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Plusieurs mètres de neige, des températures glaciales… Les Tibétains racontent qu’à une époque reculée, le pays dut faire face à un hiver particulièrement rigoureux. Les prédateurs décimaient les troupeaux, des bandes de pillards attaquaient les bergers. Les hommes avaient faim, certains mouraient. Alors que la misère était à son comble, un vieux sage est descendu du Kailash, la montagne sacrée du Tibet. À ses côtés se tenaient deux immenses chiens. « Ces animaux, dit le sage, sont votre destinée, car ils retiennent le bien et éloignent le mal. Soyez bon envers votre destinée, et elle vous le rendra. » C’est depuis ce temps que, selon les Tibétains, le Do Khyi, l’envoyé du ciel, protège les hommes et leurs troupeaux. Le Tibet, d’une superficie de 2,5 millions de kilomètres carrés, et entouré de toute part de chaînes de montagne, est connu comme le « toit du monde ». Le climat est sec, les étés sont chauds et ensoleillés, mais les hivers sont glaciaux. La température annuelle moyenne de l’ensemble de la région n’atteint que 1,1 degré, tandis que la

température annuelle moyenne relevée dans la capitale Lhassa, située dans le Transhimalaya, au climat plus « doux », atteint 8,9 degrés. C’est le pays de Chenrezig, le bodhisattva de la compassion, des légendes, des monastères et de l’hospitalité. Quelque 85 pour cent des Tibétains, qui ne sont que 6 millions au total, vivent de l’agriculture et de l’élevage du bétail. Leurs troupeaux paissent sur une surface équivalant à près d’un quart de la superficie de l’Europe. Lorsque l’on mène une vie aussi solitaire, il est inutile de mettre des serrures aux portes. Ce qu’il faut, c’est de l’aide pour mener les travaux physiques souvent éreintants, et protéger les troupeaux et la famille. Les tigres, les léopards des neiges, les ours, les loups et les lynx ne sont que quelquesuns des prédateurs peuplant le Tibet — il est donc bon d’avoir un protecteur courageux au flair aiguisé à ses côtés. L’hospitalité est un devoir religieux, mais les Tibétains ne sont pas naïfs pour autant face aux étrangers. Quiconque approche d’un campement a d’abord affaire aux Do Khyi. Ces chiens pouvant peser jusqu’à 65 kg se tiennent à l’entrée des campements et aboient. Mieux vaut alors pour l’étranger de rester là où il est. Le maître de maison arrive alors et s’enquiert des raisons de la visite. Si l’étranger est le bienvenu, le chien est attaché et l’étranger peut s’approcher. Mais si le visiteur est indésirable, le maître de maison se retourne et s’en va. Comme le disent les Tibétains, « quiconque se trouve sous la protection d’un Do Khyi ne doit craindre aucun ennemi. »

Pages précédentes : les voyageurs au Tibet décrivent la vue des rizières en terrasses avec l’Himalaya en arrière-plan comme incroyable et de toute beauté. Dans ce paysage sublime, les Tibétains peuvent compter sur leurs chiens de troupeau, les Do Khyi, pour assurer leur protection. À gauche : le Do Khyi est un chien affectueux, pataud et joueur — mais absolument pas soumis. À droite : dès son plus jeune âge, le Do Khyi apprend à reconnaître les membres du foyer. Une fois adulte, il est chargé de veiller sur tout : les bœufs, la maison et ses maîtres.


Tibet : le Do Khyi LE PROTECTEUR DE L’HIMALAYA

Pour les Tibétains, le Do Khyi est porteur d’une promesse : le jour où un chien blanc viendra au monde, le Tibet sera libre. En cas de danger, il défend ses maîtres jusqu’à la mort, mais fait preuve d’une extrême docilité envers eux. Tant que la famille est dans son champ de vision, il peut rester immobile dans un coin pendant des heures. Si les enfants tentent de monter sur son dos, il se montre impassible, et il ne touche jamais aux autres animaux du foyer. Il garde les troupeaux, les tentes et les gens. Lorsqu’ils lèvent le camp, il se transforme en animal de trait. Il se laisse mettre un harnais ou atteler à une carriole sans sourciller. C’est un chien affectueux, parfois pataud, qui reste joueur même lorsqu’il atteint un âge avancé. Il n’est pas pour autant servile. Au contraire : les millénaires passés à exercer la fonction de chien de garde —  les ossements les plus anciens remontent à quelque 2 500 ans — en ont fait un chien indépendant, sûr de lui et surtout autonome dans ses décisions. Ce qu’il fait, il le fait librement. Il n’accepte les ordres qu’à contrecœur et n’y obéit que si cela lui semble justifié. C’est pourquoi on ne rencontrera que très rarement des Do Khyi dans les parcs canins ou lors des entraînements d’agility. « Assis ! » et « couché ! » lui suffisent amplement, pour le reste, il se débrouille tout seul. Son rôle est de protéger sa «  meute  », y compris les animaux, objets et personnes qui en font partie — même si parfois les intéressés ne sont pas d’accord. Par exemple, si les jeux des enfants deviennent un peu brutaux, il va prendre volontiers parti, se diriger tout droit vers eux et régler l’affaire. Dans ce cas, la solution la plus simple consiste souvent à l’attacher. Le Do Khyi est loyal. « Ils ne servent aucun roi simplement pour de la nourriture,  » disent les Tibétains. Chaque berger en possède au moins un, et celui qui a les moyens d’en posséder trois passe pour riche. Il n’existe pas d’élevage au sens occidental. La chienne cherche elle-même son mâle, et son choix ne se fonde en aucun cas sur le pedigree, la noblesse ou l’apparence du chien. Les bergers accordent également peu d’im-

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portance à l’apparence de leurs chiens. Ce qui compte sur les hauts plateaux arides, c’est que les chiens soient vigilants, se contentent de peu pour leurs repas et soient endurants. Il y a pourtant des préférences : les chiens noirs sont considérés comme particulièrement beaux, surtout lorsqu’ils portent des marques claires au-dessus des yeux. Les yeux des Dieux, disent les Tibétains. Ainsi, le Do Khyi veille même lorsqu’il est endormi. Une tâche

À gauche : Le Do Khyi est le gardien de Bouddha, comme le montre sa parure en poils de yack. Ci-dessous : Un berger qui possède plusieurs chiens est considéré comme riche.


En haut : les Islandais sont fiers de leurs chevaux, célèbres dans le monde entier, comme de tout ce qui existe sur leur île. En bas : Ce qui est valable pour les chevaux, ne s‘applique cependant pas encore à leurs chiens... à quelques exceptions près, comme Guðni Ágústsson, le président des éleveurs de chien islandais (À droite).


Ci-dessus : les propriétaires de chien doivent rester au premier rang lors d’un combat. Les chiens doivent observer pour apprendre le combat. Il n’existe pratiquement pas de possibilité de s’entraîner, car les chiens pourraient se voir infliger de très graves blessures lors d’éventuels entraînements.

Extrait Des chiens et des hommes - Éditions Ulmer  
Extrait Des chiens et des hommes - Éditions Ulmer  

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