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Éric Lenoir

PLANTES AQUATIQUES & de terrains humides


INTRODUCTION

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INTRODUCTION

Q

u’est-ce qu’un terrain humide ? Non, non, la question n’est pas fortuite ! Il existe plein de façons pour un terrain d’être humide… Est-il humide en permanence, juste à l’occasion de crues, pendant plusieurs jours après chaque pluie, dans la nappe d’une rivière ou bien l’humidité est-elle intense ou juste « de passage » comme en altitude ? Est-ce qu’il est argileux, sableux, est-ce qu’il s’agit juste d’un remblai sur une chape de béton qui se détrempe l’hiver et devient dur comme la pierre en été ? Sont-ce des berges bénéficiant d’un cours d’eau régulier ou bien celles d’une mare dont l’eau s’éloigne de près d’un mètre au mois d’août ? S’agit-il d’une vaste prairie ou d’une flaque près d’une sortie de gouttière, ou encore d’un lagunage en sortie d’assainissement ? Est-ce un site protégé, classé, juste un bassin en plastique où jaillit une fontaine en cloche ou bien une grande cascade artificielle qui fait écho à la source du village ? Bref, vous le constatez, un terrain humide, c’est beaucoup de choses à la fois, mais c’est surtout très singulier. Du point de vue légal, une zone humide est déterminée par des profils pédologiques particuliers ou par la présence d’une flore spécifique, dont la présence d’une seule des plus de 700 espèces recensées dans ce cadre peut suffire à lui faire attribuer ce nom, quelle que soit sa superficie. Ce sont des zones très encadrées par la loi, auxquelles s’appliquent des textes précis du Code de l’environnement. Mais revenons au sujet de ce livre. Les plantes de terrains humides et les plantes aquatiques sont des êtres vivants extraordinaires, qui ont su faire preuve d’une formidable adaptation à des conditions très particulières dont le point commun est une période plus ou moins longue durant laquelle leurs racines au moins se retrouvent dans un milieu potentiellement asphyxiant, et qui peut parfois devenir un bloc de glace qui, paradoxalement, correspond à un état de sécheresse total au cœur de l’hiver. Aussi, les enjeux de survie seront très différents selon les plantes et « leur » milieu humide, que vous l’ayez créé de toutes pièces (bassin, lagunage, bac, fossé…) ou qu’il soit naturel (marais, berges de rivière, prairie humide, sousbois inondé…). Comme pour tout végétal que l’on désire implanter quelque part, il s’agira de déterminer les critères qui, chez la plante, seront les plus adaptés au terrain ou, le cas échéant, transformer le terrain pour qu’il soit en mesure d’accueillir la plante souhaitée. La deuxième solution étant bien évidemment la plus contraignante et la plus risquée. Qu’importe, vous avez dans ce livre une liste de végétaux non exhaustive (je vous rappelle que, rien qu’en France, on recense plus de 700 espèces végétales de milieux humides, comme c’était dit quelques lignes plus haut, j’espère que vous suivez) au sein de laquelle vous pourrez difficilement ne pas trouver celui ou ceux qui correspondent à vos besoins. La description accompagnant

Berges plantées au jardin de Latour-Marliac.


INTRODUCTION

Bassin artificiel en géomembrane, généreusement végétalisé.

Euphorbia griffithi ‘Fireglow’ au Flérial. Placé en pied de talus toute la basse saison, 5 cm au-dessus du terrain inondé, il se comporte merveilleusement bien depuis plusieurs années.

chaque plante vous aidera à préciser vos recherches grâce à des indications sur sa morphologie, son caractère ornemental, les différents usages qu’on peut en faire et leurs éventuels défauts et qualités. Chacune comporte un petit volet ethnobotanique relatant le lien entre celle-ci et l’homme, d’un point de vue actuel ou historique. Vous constaterez sûrement au fil des pages qu’apparaissent dans ce livre des plantes que vous n’imaginiez pas capables de vivre en terrain humide. N’allez pas croire que c’est une erreur ! Nombre de végétaux communément employés au jardin d’ornement ont un biotope d’origine correspondant parfaitement à cela, parfois dans certaines conditions (comme une humidité sans eau stagnante, ou une période de submersion ne pouvant excéder quelques jours par exemple). Lorsqu’elles sont mentionnées, c’est qu’elles ont fait l’objet d’observation sur le terrain, notamment dans mon jardin expérimental (le Flérial) ou dans ma pépinière, où elles sont mises à rude (pour ne pas dire très rude) épreuve. Beaucoup de végétaux réservent ainsi des surprises : la salicaire peut vivre sous 20 cm d’eau, l’hémérocalle participer à l’épuration dans un lagunage, les asters pousser sous la surface de l’eau et devenir invasifs… Vous pourrez vous-même tenter des expériences avec des végétaux dont vous disposez déjà, avec des résultats extrêmement étonnants. Je me souviens par exemple avoir vu chez un client un magnifique pot de montbrétias (Crocosmia masoniorum) fleurir tout un été alors qu’il avait été placé dans son bassin, 10 cm sous la surface, parce qu’il l’avait pris pour un iris d’eau ! Certes, il n’avait pas résisté à l’hiver, mais il avait été superbe toute la belle saison ! Dernier point, mais pas des moindres : soyez responsables ! Vous trouverez page 10 un avertissement concernant les usages médicinaux et alimentaires des plantes, à ne pas prendre à la légère, et plus loin dans le livre un chapitre à propos des plantes invasives, tout aussi sérieux. Les milieux aquatiques sont actuellement extrêmement vulnérables, car ils ont été depuis des décennies très maltraités par l’activité humaine et la pollution concomitante. Préservez-les, ne jouez pas les apprentis sorciers et n’employez en milieu naturel ou à sa proximité, s’il vous plaît, que des espèces endémiques ou parfaitement contrôlables. Il ne suffit parfois que de quelques graines virevoltant ou d’un éclat de tige ou de racine porté par le ruissellement ou un oiseau pour dégrader considérablement un espace protégé dont dépendent de nombreuses espèces animales ou végétales. Réfléchissez aussi à votre impact environnemental si vous avez l’intention d’assécher une zone. Vous la transformeriez durablement, privant ses habitants de leur biotope. Si vous n’avez pas d’autre choix possible, vous pouvez partiellement compenser en créant une zone analogue préservée, dans un endroit proche. Le maintien de la biodiversité passe par là… Bon, trêve de morale ! Ouvrez grand les yeux, et profitez bien de toutes ces merveilles qui attendent quelque part d’être plantées de vos mains ! Bonne lecture !

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INTRODUCTION


INTRODUCTION

LES CONDITIONS DE CULTURE ET LA RUSTICITÉ Les plantes présentées dans cet ouvrage sont (hors mention particulière) rustiques en France métropolitaine. Il y a évidemment quelques exceptions climatiques, géographiques ou géologiques sur le territoire qui demanderont au lecteur concerné d’être attentif quant aux préférences de telle ou telle espèce, les conditions d’un fond de vallée balayée par le vent du nord au milieu du Jura, celles du plateau de Langres, du Larzac ou encore d’un coteau plein sud près de Marseille n’étant pas la règle commune au territoire tout entier, quand bien même il s’agirait dans tous les cas d’implanter un végétal dans un sol humide ou un bassin. Globalement, il n’y a pas vraiment d’endroit humide pour lequel il est impossible de trouver une plante, pourvu qu’il y ait un minimum de constance dans le degré d’humidité et la profondeur. Et même en dehors de cette règle, certaines espèces savent encore se montrer extrêmement conciliantes. Certaines plantes proposées dans cet ouvrage sont à la limite de leur aire de répartition possible concernant le froid. Pas d’inquiétude : tout d’abord, leur sensibilité est mentionnée dans leur descriptif ; et si tel n’est pas le cas, c’est qu’en plantant certaines d’entre elles à la profondeur indiquée (au-delà de 40 cm généralement), on les préserve des gelées les plus violentes car il est très rare que la couche de glace atteigne une telle épaisseur en France. Il vous suffit donc de suivre les indications pour éviter toute déception !

La rusticité des plantes évoquées dans ce livre est envisagée notamment par rapport à ma propre expérience de producteur, mais aussi de voyageur. Ainsi, dans ce coin froid de Bourgogne où ma pépinière est installée, nous avons une vague idée de ce à quoi peuvent ressembler un hiver froid et un été chaud et sec.

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INTRODUCTION

COMMENT SONT CLASSÉES LES PLANTES ? Pour plus de facilité lors de vos recherches, les plantes sont classées par ordre alphabétique en trois chapitres principaux, en fonction du milieu dans lequel elles peuvent pousser et de la façon dont elles s’ancrent ou non dans le sol. Certaines d’entre elles pourraient apparaître dans plusieurs chapitres à la fois. Toujours dans le même esprit de facilité d’emploi, elles apparaissent dans celui qui les concerne le plus en France métropolitaine, c’est-à-dire les conditions dans lesquelles on les retrouve le plus souvent. - Plantes immergées, à feuilles flottantes, plantes oxygénantes et plantes pour lagunage submergé. Plantes qui peuvent pousser alors que leur collet et une part plus ou moins importante de leurs parties végétatives se trouvent sous la surface. -  Plantes de berges et de terre humide, plantes pour lagunage émergé. Plantes dont les racines peuvent être immergées mais dont le collet devra, au moins pour une partie de l’année, variable selon les espèces, se trouver au-dessus de la surface de l’eau. - Plantes flottantes. Plantes n’étant pas ancrées, au moins pour une partie de leur cycle végétatif, au fond de l’eau. Elles flottent alors à la surface et peuvent dériver au gré du vent et des courants.

Berges végétalisées.


PLANTES IMMERGÉES, À FEUILLES FLOTTANTES, OXYGÉNANTES


IMMERGÉES, À FEUILLES FLOTTANTES…

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ACORUS CALAMUS Acore, calame, roseau aromatique (ang. : Sweet Flag, Calamus, Cinnamon Sedge)

La fleur du calame est assez rare et plutôt discrète.

Belle végétation dynamique, élancée. Rhizome fortement aromatique au parfum évoquant le vétiver. Soleil ou mi-ombre, sol humide et jusqu’à -30 cm de profondeur. Bassins, étangs, mares, ruisseaux. Berges, lagunages. Le calame est une plante vivace élégante à l’aspect d’iris de 60 à 90 cm de haut, robuste, et qui pourra former de belles touffes si on lui en donne la possibilité. Il est cependant très adapté aux plus petits aménagements car facile à circonscrire dans un pot. Il mettra en valeur les feuillages plats et arrondis des nymphéas, ou donnera du volume à une sortie de cascade, un angle un peu plat. Sa floraison discrète ne représente pas d’intérêt ornemental. Si son rhizome traçant est encore fréquemment consommé en Asie, son goût particulier, très prononcé (on croirait « croquer dans de l’eau de Cologne » !) et ses vertus carminatives (évacuation des gaz issus de la digestion) limitent largement son emploi dans l’alimentation occidentale. Les Indiens d’Amérique lui attribuaient d’innombrables usages médicinaux ou spirituels, de l’aide à la digestion à l’éloignement des serpents à sonnette ou des esprits nocturnes. Il occupe aussi une place de choix dans la médecine chinoise. Dans le « monde moderne », l’acore est utilisé principalement dans l’industrie agroalimentaire et en parfumerie.

o Acorus calamus ‘Variegatus’ présente un magnifique feuillage panaché dans le sens de la longueur. Il pousse sensiblement de la même façon que la variété type, avec une vigueur un peu moindre. Intéressant pour les jardins de lune.


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IMMERGÉES, À FEUILLES FLOTTANTES…

Infrutescences d’Alisma en été.

ALISMA PLANTAGO-AQUATICA Plantain d’eau (ang. : Common Waterplantain) Vivace bulbeuse à la végétation émergée dressée, en été vastes épis de petites fleurs blanc verdâtre à roses rappelant un peu la gypsophile des fleuristes. Feuilles larges et épaisses, lustrées. Hauteur : 40 à 60 cm hors de l’eau, parfois plus. Soleil, berges à -50 cm de profondeur. Bassins, mares, étangs, fossés. Plantes couramment utilisées dans les bassins, les mares et les étangs, les plantains d’eau présentent l’avantage de s’accommoder de la plupart des situations humides, depuis les berges jusqu’à 50 cm de profondeur. Leur naturel, la durée du maintien de leurs panicules aériens et leur rusticité les indiquent dans bon nombre de cas, que ce soit pour leur intérêt esthétique ou écologique, dans un demi-tonneau ou une grande pièce d’eau. Les épis défleuris persistent très longtemps, souvent jusqu’au printemps suivant, ce qui leur donne un intérêt hivernal certain.

L’Alisma peut subir des niveaux d’immersion très variables.


Plantes aquatiques & de terrains humides Éric Lenoir, paysagiste et pépiniériste spécialisé dans les milieux aquatiques, présente dans cet ouvrage plus de 400 espèces et variétés de plantes adaptées à la pleine eau (bassins, étangs, rivières…) et aux sols humides (berges, prairies inondées, marais…). Il traite non seulement des variétés horticoles les plus belles pour créer un jardin aquatique, mais aussi des espèces sauvages les plus intéressantes dans le cadre d’un jardin ou d’une végétalisation naturels. Trois grands chapitres composent l’ouvrage : - plantes immergées - plantes de berges et de terre humide - plantes flottantes. Chaque plante est accompagnée d’une ou plusieurs photos et de toutes les indications nécessaires pour l’utiliser au mieux.

ISBN : 978-2-84138-826-4

,!7IC8E1-diicge! PRIX TTC FRANCE : 32 €

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Extrait Plantes aquatiques et de berges - Éditions Ulmer  

e guide le plus complet sur les plantes aquatiques et de berges, par l'un des meilleurs spécialistes du sujet. Outre les caractéristiques de...

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