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Philippe Pr茅v么t


Sommaire

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premiers paradis et jardins d’un autre monde.................. 7

Les jardins antiques, de l’Égypte à Rome........................................................................................... 9 Jardins de l’Islam................................................................................................................................. 21 Paradis d’Extrême-Orient.................................................................................................................. 26

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Moyen Âge : le jardin clos............................................................. 37

Le jardin médiéval.............................................................................................................................. 39

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Renaissance : naissance de la perspective courte.......... 55

Les jardins de la Renaissance italienne........................................................................................... Les jardins de la Renaissance française........................................................................................... La Renaissance en Angleterre, Allemagne et Pays-Bas................................................................. La naissance des premiers jardins botaniques...............................................................................

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56 85 94 96

Âge baroque : triomphe de la perspective longue... 105

La naissance des promenades publiques...................................................................................... 107 L’œuvre de Le Nôtre.......................................................................................................................... 112



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XVIIIe siècle : quand le jardin devient un paysage et une peinture........................................................ 141

6

XIXe siècle : éclectisme et modernité.................................. 177

La naissance du jardin paysager..................................................................................................... 143 L’histoire parallèle du potager........................................................................................................ 160

Le Second Empire et la création du paysagisme moderne......................................................... L’âge de la production et de l’enseignement horticole............................................................... Japonisme et jardins d’artistes....................................................................................................... Le retour au jardin français.............................................................................................................

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178 201 234 242

XXe siècle : Innovations et diversité................................... 251

Le jardin Art-Déco............................................................................................................................ L’art des jardins privés des années cinquante.............................................................................. La naissance de l’espace vert........................................................................................................... Le jardin des années pavillonnaires............................................................................................... Le jardin routier et autoroutier...................................................................................................... La création paysagère contemporaine...........................................................................................

252 268 274 278 285 288

Épilogue.............................................................................................................................................. Les grands créateurs de jardins....................................................................................................... Les mots du jardin............................................................................................................................ Index................................................................................................................................................... Chronologie des jardins en France et dans le monde.................................................................. Bibliographie.....................................................................................................................................

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L

’histoire des jardins renvoie sans détour à celle de l’homme. Elle en reflète les pratiques, la culture, les savoirs, les utopies, les caprices et les modes. Qu’il soit médiéval, de l’âge baroque, paysager ou vivrier, le jardin exprime toujours une dimension poétique et imaginaire, dans le cadre d’une nature artificiellement organisée. Les plantes, les arbres et le relief sont les notes d’une musique aussi fragile que peut l’être son créateur. Matériau éphémère, le végétal assure paradoxalement la pérennité de cette nature – ô combien mortelle ! – livrée au rêve. De nos jours, le jardin devient un véritable terrain d’expression artistique et un produit de consommation. Qu’en sera-t-il de ses formes et de son univers sensoriel à la fin du xxie siècle ? 100 % écologique, inscrit dans un plan de développement durable ou high-tech, le jardin n’a pas fini de nous surprendre par ses facultés d’adaptation, même dans les pires évolutions climatiques. Par son importante iconographie souvent inédite, cet ouvrage permettra au lecteur de naviguer des jardins de Perse au parc de la Villette, et de mieux connaître les fantastiques richesses de leur univers.

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premiers

paradis

et jardins d’un autre monde

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Des incertitudes planent sur l’origine des premiers jardins. À l’époque néolithique, l’homme a inventé l’agriculture, mais le concept de jardin n’existait pas encore. Sensible à la fraîcheur des bois, surtout en Orient, il rechercha naturellement un jardin… l’oasis fut son premier éden. Car c’est le contrôle de l’eau qui permit à l’origine la création d’un paysage luxuriant. Lorsque le jardin deviendra un spectacle fait pour la contemplation et la fête des sens, son véritable acte de naissance sera établi. Les vestiges archéologiques sont aussi insuffisants que les descriptions anciennes transmises par la tradition orale. La part du mythe a souvent brouillé les recherches des spécialistes et dirigé l’archéologie vers des impasses. Ainsi, au désespoir de ses partisans, les ruines des jardins de Babylone ne furent jamais retrouvées. L’aire géographique du Croissant fertile fut certainement le premier berceau du jardin.

Jardin égyptien – fresque dans la tombe de Sennefer à Thèbes (vers 1 500 av. J.-C.). Ce jardin s’organise à partir d’un module carré. La partie centrale est occupée par une parcelle de vigne autour de laquelle s’ordonnent symétriquement bassins, alignements de palmiers et d’arbres fruitiers – probablement des figuiers ou des sycomores. Les lignes sur lesquelles ils prennent naissance représentent le tracé des canaux d’irrigation. Tout autour, deux traits décorés d’une ligne de festons matérialisent les limites du domaine, clos par une enceinte qui permet de lutter contre les tempêtes de sable et les crues intempestives du Nil. 8


Les jardins antiques, de l’Égypte à Rome Les inondations périodiques du Nil, le « don du Nil », permettent, dès la plus haute Antiquité, de remplir de vastes réservoirs et de développer massivement l’agriculture. Les limons abandonnés par les crues profitent à la végétation qui borde les rives du fleuve sacré. À chaque décrue, les fellah retrouvent leurs parcelles grâce au bornage installé à demeure dans les champs. D’après la documentation et les vestiges archéologiques, il semble que ces cultures irriguées aient d’abord été consacrées aux fruits, aux légumes et autres productions vivrières. Dans les palais des grands souverains égyptiens, les jardins commencent à faire leur apparition avant le Moyen Empire (2065-1785). Ils s’organisent autour d’un bassin central rectangulaire ou en forme de T, alimenté directement par les eaux du Nil. Dans ces vastes réservoirs, parfois nombreux sur un même lieu, on élève des poissons d’eau douce et on stocke l’eau nécessaire pour l’arrosage. Tout autour, des canaux s’organisent en un vaste réseau d’irrigation qui profite à toutes les cultures du domaine. Ces ensembles forment des compositions géométriques au dessin très strict. Vergers de sycomores, figuiers, jujubiers, grenadiers, vignes et dattiers, plantés en damiers, sont séparés par des levées de terre afin que l’eau reste prisonnière le plus longtemps possible dans le sol. L’apparition des puits à balancier au ive siècle permet d’arroser les potagers sans être dépendant de l’entretien des canaux, pénible pour les fellah. Les peintures murales et bas-reliefs découverts dans les tombeaux donnent quelques indications sur les types de fleurs cultivés à cette époque. À côté des papyrus et des lotus qui peuplent de manière sauvage les bords du Nil, des fleurs plus délicates comme le pavot, le chrysanthème, les anémones et le jasmin poussent dans les grands jardins.

Les premiers paradis

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Les jardins suspendus de Babylone, une des Sept Merveilles du monde Les jardins suspendus de la reine Sémiramis à Babylone font partie des grands mythes de l’histoire et de l’archéologie. Si les historiens et les archéologues s’accordent pour situer leur création autour du ve siècle av. J.-C., il n’en reste pas moins vrai qu’ils restent réservés sur leur paternité et même leur localisation. D’après les récits de l’historien Flavius Josèphe (37-100), ces jardins extraordinaires composés de vergers et potagers – considérés par les Anciens comme une des Sept Merveilles du monde antique – sont aménagés pour l’épouse du roi Nabuchodonosor (605-562 av. J.-C.). Nostalgique de ses montagnes natales qu’elle avait dû quitter, la reine, pour se consoler, avait reçu en cadeau ce jardin paradisiaque. Au ier siècle de notre ère, Quinte-Curce, biographe d’Alexandre le Grand, en dresse une description assez précise : « Auprès du palais de Babylone se trouve une merveille glorifiée par certains récits grecs […]. Ils atteignent la hauteur des murailles et sont un endroit plein de charme grâce à de nombreux arbres, très hauts dispensateurs d’ombre. Des piliers en pierres de carrière supportent l’ensemble de l’ouvrage, surmontés d’une terrasse en pierres de taille pour la terre, dont une grande épaisseur est amoncelée, et pour l’eau qui la maintient humide. L’édifice porte des arbres si puissants que leurs troncs mesurent huit aunes d’épaisseur et qu’ils se dressent vers le ciel à une hauteur pouvant atteindre 50 pieds, ils portent même des fruits, comme s’ils étaient nourris par la terre mère. »

La célébrité de ces jardins hors norme vient des techniques d’arrosage mises en œuvre pour irriguer les différentes terrasses. Le système d’irrigation s’appuie sur la présence de puits atteignant les eaux de l’Euphrate remontées par des vis sans fin ou des chaînes à godets. D’après le biologiste Jean-Marie Pelt, les jardins suspendus de Babylone étaient aussi des potagers. D’après lui on y cultivait concombres, oignons, lentilles, pois chiches et même des céréales dont le riz. Fleurs et arbres formaient une luxuriante couverture végétale qui faisait dire que les jardins flottaient dans l’air, d’où leur nom de jardins suspendus. ci-contre

Vision romantique des jardins suspendus de Babylone, d’après une gravure de V. Foulquier (1883). Illustration tirée de l'ouvrage d'Arthur Mangin, une des premières histoire des jardins publiée en 1867. Les premiers paradis

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Les jardins perses Le mot « paradis » vient du perse ancien pairi-daeza (pairi, « autour », daeza, « mur »). Il désigne un endroit clos entouré de murs. En grec, ce terme donna paradeisos, puis en latin paradisus. Il faut aujourd’hui un grand effort pour imaginer les jardins de Persépolis, attenant au palais de Darius le Grand (522-486 av. J.-C.), aux trois quarts détruits par Alexandre le Grand au début du ive siècle de notre ère. La première pierre de cet ensemble de palais est posée vers 540 av. J.-C. sur le flanc du mont de Clémence qui domine la verdoyante et vaste plaine de Marvdacht. Du jardin royal, il ne reste aujourd’hui que le squelette, organisé selon un plan parfaitement géométrique. Sur plusieurs hectares, des fosses, reliées par un système d’irrigation, permettaient la plantation d’arbres. Le roi Darius Ier y chassait le lion. Les Perses ont été les premiers à inventer le concept de parc réservé pour la chasse.

Adossée à une petite chaîne de montagnes très aride située au nord de la ville de Shiraz (Iran), le site archéologique de Persépolis s’étend sur une plaine très plate. Colonnades, bassins et chapiteaux décorés de fleur de lotus évoquent le palais de Darius Ier, roi des Perses. Il ne reste de cet immense complexe que le squelette du jardin royal où, sur plusieurs hectares, s’étendait une forêt artificielle plantée d’arbres en alignement et équidistants.

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Ce bas-relief sculpté sur les murs du palais de Darius Ier (522-486 av. J.-C.) à Persépolis (Iran) évoque les alignements de pins qui ornaient les grandes terrasses de son palais-jardin.


L’historien latin Quinte-Curce (ier siècle apr. J.-C.) évoque des « parcs étendus, charmants et retirés, avec des bosquets soigneusement composés ». Dans un de ses livres, Xénophon raconte l’admiration d’un messager grec appelé Lysandre pour les jardins de son hôte, Cyrus de Perse, mort en 401 av. J.-C. : « Il fut frappé de la symétrie et de la beauté des arbres, de l’alignement des allées, de la précision avec laquelle étaient dessinés les massifs, de la suavité, de la variété des parfums qui semblaient quitter chaque parterre pour les accompagner ».

Le jardin grec La Grèce archaïque a du jardin une notion proche des valeurs de la nature. Cette conception sans artifice tient certainement de l’aridité de son sol et de la sécheresse de son climat. Dans ce contexte de rusticité climatique est né le « bois sacré », endroit où rôdent esprits et divinités. C’est un lointain ancêtre des bois utilisés par les druides pour leurs cérémonies. De simples vergers plantés d’oliviers et parsemés de fleurs sauvages suffisent à créer un lieu magique dédié à un dieu ou une déesse. À la fin du récit de l’épopée d’Ulysse, Homère parle d’un enclos avec un verger muré de pierres sèches. Le héros est retenu dans l’île de Calypso où s’étend un jardin : « Au rebord de la voûte, une vigne en sa force éployait ses rameaux, toute fleurie de grappes, et près l’une de l’autre, en ligne, quatre sources versaient leur onde claire, puis leurs eaux divergeaient à travers les prairies molles, où verdoyaient persil et violettes. »

Le parc suburbain de l’Académie à Athènes tenait lieu de « bois sacré ». Son nom provient du héros Akademos. Les textes anciens indiquent qu’il est planté d’oliviers et de platanes. Dans ce bois, s’élèvent temples et sanctuaires, et la maison de Platon. Sous ses frondaisons, le maître installe autour de lui ses élèves. Les lieux publics comme l’agora bénéficient de l’ombre de quelques plantations ainsi que les promenades publiques calquées sur la structure des jardins de Persépolis. Les conquêtes d’Alexandre le Grand en Perse ont ramené dans les villes du pourtour méditerranéen une esthétique plus raffinée des jardins, héritée de la culture égyptienne. L’ordre géométrique des plantations s’impose alors dans les sites, symboles de la puissance politique. Les premiers paradis

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Le jardin romain L’inspiration des jardins romains doit beaucoup à la culture grecque qui avait inventé le concept de la maison associée au jardin, et celui du parc public. Dans son traité d’agriculture De agri cultura, Caton l’Ancien (234-149 av. J.-C.) écrit qu’il « est opportun d’avoir un jardin au voisinage de la ville avec toutes les sortes de légumes et de fleurs ». L’agronome Columelle (ier siècle apr. J.-C.), dans son Livre X, fait abondamment allusion aux jardins et aux plantes de son temps : « Mais dès que la terre, ainsi embellie et distribuée en planches, aura déposé toutes ses impuretés, brillera, alors garnissez-la d’une floraison multicolore de différentes espèces de fleurs qui sont autant de constellations de la terre, de nivéoles blanches (giroflées) et de soucis aux yeux jaunes, de narcisses chevelus, et de gueules-de-lion sauvagement béantes, de lis verts au blanc calice et aussi d’iris neigeux… »

Ces conseils, destinés à la décoration des jardins, s’ajoutent à des instructions précises pour l’élevage, l’agriculture et l’apiculture. Virgile (71-19 av. J.-C.), dans les Géorgiques, aborde sans détour le thème du jardin nourricier à travers l’épisode du vieillard de Corycus : « Le vieillard avait planté au milieu des buissons quelques légumes, que bordaient des lis blancs, des verveines et des pavots. »

Nymphée d’Anzio. Cette œuvre polychrome provient d’une fontaine décorative découverte dans un site de la région du Latium. Il semblerait que cet ensemble fasse partie d’une villa ayant appartenu à Néron (vers 54-68). Musée national romain, Rome.

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Avec ses 120 hectares de superficie, la villa Hadrienne (vers 125 apr. J.-C.), au pied des collines de l’antique Tibur, aujourd’hui Tivoli, est le plus grand complexe résidentiel jamais construit dans le monde romain. Le site, bien irrigué, occupe un plateau sur les pentes des monts Tiburtins, délimité par deux torrents, l’Acqua Ferrata à l’est et le Risicoli à l’ouest. Sa proximité avec Rome, située seulement à 28 kilomètres, en faisait un lieu d’accès facile. Piscines, jardins, jets d’eaux et galeries formaient les agréments que l’empereur Hadrien (117-138) avait lui-même conçus. Au sud des thermes s’ouvrait une piscine-canal agrémentée de fontaines, évocation de la ville égyptienne de Canope dans le delta du Nil. À l’extrémité de la pièce d’eau, le complexe se terminait par un nymphée monumental à exèdre, à l’intérieur duquel se trouvait une salle à manger d’été. Sans doute y avait-il entre les différents bâtiments des allées d’arbres et d’arbustes plantées selon un plan régulier.

Contigu à la bibliothèque de la villa Hadrienne, le « Théâtre maritime », appelé aussi « Théâtre nautique » (vers 117 apr. J.-C.), est formé d’un portique circulaire entourant un îlot où s’élevait une villa en miniature. Ce lieu de repos était particulièrement apprécié par l’empereur Hadrien (117-138). Il avait aménagé au centre son cabinet de travail. Le site était propice à l’isolement et la médiation. Deux ponts tournants en bois contribuaient à donner l’impression d’un lieu inaccessible. L’originalité de ce monument inspira plus tard les architectes qui reprirent ce thème de « l’île artificielle » dans les jardins de Renaissance, sous le terme d’« Isoletto ». Pavillon, ermitage, ici placé au milieu de l’eau, reviendront sans cesse dans l’histoire de l’art des jardins. Les premiers paradis

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Cette peinture murale découverte à Pompéi et exposée au Musée national de Naples montre le traitement raffiné, voire sophistiqué, des clôtures et des pergolas. L’art du treillage permettait de composer un décor géométrique dans le jardin, en réponse à l’architecture classique de la villa. Des fontaines attiraient les oiseaux, images des âmes des défunts. (Musée national de Naples).

Pline l’Ancien (23-79), dans son Livre XIX, précise que « le jardin doit être annexé à la maison de campagne ». Cette conception de retraite rurale sera reprise quelques siècles plus tard par les humanistes de la Renaissance italienne. À côté de ces quelques rares textes évoquant les jardins, nous avons surtout des peintures murales, principalement à partir du règne de l’empereur Auguste. Leur esthétique demeure figée dans la tradition du style dit pompéien. Les jardins figurés dans les fresques de Pompéi sont des évocations qu’on peut dater approximativement du ier siècle apr. J.-C. Leur décor stéréotypé se compose de vasques, statues, oiseaux et surtout barrières tressées. Il est parfois d’un extrême raffinement. Les maisons d’Epidius Sabinus et de Lucretius Franco à Pompéi offrent dans leurs pièces d’apparat des motifs semblables. Ces jardins paraissent souvent imaginaires tant leur représentation est idéalisée. Certains s’enrichissent d’éléments symboliques venus d’Égypte. Dans la maison du Verger à Pompéi, on remarque des vases canopes et un oiseau dont la silhouette s’apparente à celle d’un ibis. Le thème de la treille de vigne avec ses pampres se mêle souvent au décor en soulignant sa structure. Les jardins de ville étant de petite dimension, il est aussi souvent d’usage de prolonger dans la domus le jardin réel par une peinture en trompe-l’œil. 16


Dans les descriptions lyriques de Pline le Jeune (62-113) à son ami Domitius Appolinaris, jardins réels et jardins imaginaires sont évoqués : « Devant la colonnade, une terrasse est découpée en plates-bandes par des bordures de buis capricieusement rangées […] à peu près en face du milieu de la colonnade, un appartement est un peu en retrait, il environne une petite cour qu’ombragent quatre platanes. Entre ces arbres, un bassin de marbre déverse de l’eau et rafraîchit d’une rosée légère des platanes placés alentour. Il y a aussi une autre pièce, toute proche d’un des platanes qui l’enveloppe de verdure et d’ombre, ornée de marbre jusqu’à la hauteur de l’appui ; la beauté de ce monde n’enlève rien de son charme à une peinture représentant des branches et des oiseaux perchés sur ces branches. »

Les jardins sont de vrais lieux de vie : les cultes domestiques s’y déroulent, d’où la présence d’autels et de statues, souvent celle de Mars ; on y installe des lits à l’occasion des banquets. Ces jardins sont parfois de véritables galeries d’œuvres d’art en plein air où l’on dispose sur des colonnettes ou des pilastres hermès, masques, amours, Bacchus, Vénus et Hercule. Les éléments de décoration de jardin en marbre et en bronze trouvés dans la maison Vettii à Pompéi sont très représentatifs de l’esthétique du ier siècle apr. J.-C. : statues, fontaines et tables de marbre sont placées sur les parterres et en bordure du portique de la villa. D’autres maisons s’ouvrent plus largement sur la nature environnante. Leurs statues bordent les bassins dans la tradition égyptienne comme dans le Canope de la villa d’Hadrien (124 apr. J.-C.). Parfait exemple de résidence de l’aristocratie romaine, la villa des Papyrus à Herculanum nous a laissé une collection impressionnante de statues de bronze de l’époque républicaine, la plus extraordinaire qui soit. Lors des dernières fouilles de Pompéi, des études de graines et de pollens

Ce fragment de fresque de l’ère augustéenne (vers 30-20 av. J.-C.) représente une vasque dans un jardin. Il provient d’une villa romaine située dans le quartier du Trastevere à Rome. Le thème de la vasque est connu depuis l’époque hellénistique et sa vogue sera durable pendant tout l’Empire. (Musée national romain, Rome). Les premiers paradis

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ont identifié des essences typiques de la flore des pays méditerranéens comme le buis, le laurier, le cyprès, l’olivier et le platane. Figuiers, myrtes et noisetiers poussent également à leurs côtés. Dans la villa de Julius, on a découvert intactes, les racines de quatre vieux arbres fruitiers qui semblent avoir été conservées pour évoquer l’antiquité du lieu et de la famille. L’art topiaire tient une place importante dans le décor de ces jardins. Dans son Histoire naturelle, Pline l’Ancien écrit : « Aujourd’hui on taille [le cyprès], on en fait des charmilles épaisses […]. On le fait même entrer dans des décorations topiaires pour représenter des chasses, des flottes et d’autres tableaux, qu’il revêt d’un feuillage mince, court et toujours vert. » Devant sa maison de Toscane, il y a du buis « taillé en mille figures, en lettres qui rappellent tantôt le nom du propriétaire, tantôt celui des ouvriers ». D’autres découvertes archéologiques ont permis de mettre en évidence des cours, des atria avec des murs à niches et des piliers pour poser une statue, le tracé d’allées, des trous dans le sol pour fixer des pergolas, mais peu de chose nous sont parvenues pour imaginer avec précision leur aspect. 18


ci-contre, ci-dessus

Détails de la fresque dite « le jardin » de la villa de Livie à Prima Porta, à Rome. Premier quart du Ier siècle apr. J.-C. Cet ensemble décorait les murs d’une pièce de la maison de l’épouse d’Auguste. Ce jardin est traité comme un bois merveilleux planté d’essences variées (pommiers, lauriers, grenadiers, palmiers) et peuplé d’oiseaux dont les différentes espèces sont reconnaissables. Une clôture basse de pierre rose à motif d’écailles et de losanges forme une sorte de petit mur-parapet. Au premier plan, une barrière d'osier ou de bois délimite une allée avec rentrants et saillants destinés probablement à placer des éléments remarquables : un arbre ou une statue par exemple. (Musée national romain, Rome).

Les premiers paradis

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Extrait Histoire des jardins - Éditions ULMER  

En s'appuyant sur une iconographie riche et souvent inédite, Philippe Prévôt retrace toute l'évolution des jardins, depuis les mythiques jar...