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Kurt Forster

LA PERMACULTURE dans un petit jardin CrĂŠer un jardin autosuffisant


L’édition originale de ce titre a été publiée en allemand sous le titre « Mein Selbstversorger-Garten am Stadtrand » © ökobuch Verlag, Staufen bei Freiburg, 2013. Traduit de l’allemand par : Élisabeth Lansel Remerciements Je souhaite avant tout remercier mon professeur de permaculture et ami de longue date Joe Polaischer, qui nous a malheureusement quittés trop tôt. Nous avons dirigé ensemble, en 1988, le premier cours de permaculture à Rheinau, dans la plus grande ferme biologique de Suisse. Dans sa « Rainbow Valley Farm » en Nouvelle-Zélande, j’ai pris part à l’un des projets de permaculture les plus beaux et les plus aboutis. J’ai suivi auprès de Max Lindegger, l’un des fondateurs de la permaculture en Suisse et du plus grand projet de permaculture en Australie (« Crystal Waters »), un cours de design ; j’ai étudié et présenté ses projets, essentiellement les cascades d’eau. Avec Declan Kennedy, Marlies Ortner, Jochen Koller, Erwin Zachel, Beat Rölli et beaucoup d’autres designers en permaculture, j’ai eu des échanges enrichissants et motivants.

Crédit photo Toutes les photos sont de l’auteur, sauf : Claudia Lorenz-Ladener : pp. 10, 16 d, 19, 20 bas, 21, 32, 39, 65 bas, 67 haut (2 photos), 73 (5 photos), 74 droite, 75 (2 photos), 76 (3 photos), 81, 113 gauche.

© 2014 Les Éditions Ulmer 8, rue Blanche 75009 Paris Tél. : 01 48 05 03 03 Fax : 01 48 05 02 04 www.editions-ulmer.fr Responsable éditorial : Didier Willery Impression : Printer, Trento ISBN : 978-2-84138-721-2 N° d’édition : 721-01 Dépôt légal : mai 2014 Printed in Italy


SOMMAIRE Avant-propos 6 Mon itinéraire vers la permaculture

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La planification du terrain

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RÉCOLTER TOUT AU LONG DE L’ANNÉE DANS LE JARDIN Préparer une terre fertile.............................................................................. 33 Compost, lieu de décomposition..................................................................... 37 Purins végétaux........................................................................................... 40 Terra Preta (terre noire)................................................................................. 44 Produire ses propres plants.......................................................................... 46 Potagers productifs...................................................................................... 51 Vergers entourés de haies.............................................................................69 Le balcon, petit piège à chaleur...................................................................... 72 Les plantes aromatiques pour la cuisine....................................................... 83 Utiliser les murs de la maison........................................................................90 Le jardin « forestier » pour les baies............................................................. 93 La tourbière, un sol acide fertile.................................................................... 100 Les kiwis : des vitamines en hiver................................................................105 Cultiver des champignons...........................................................................109 Notre pain quotidien : des céréales au jardin ?.............................................114 Produire en hiver........................................................................................116 Quelques plantes pour changer l’ordinaire..................................................124 Le cycle productif de l’eau..........................................................................134 La serre multifonctions................................................................................144 Un habitat pour la faune auxiliaire..............................................................154

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Avant-propos

AVANT-PROPOS Chaque jardin est à l’image de son propriétaire et de sa capacité à accepter son caractère spontané ou « sauvage ». Dans mon propre jardin, je suis plutôt tolérant avec une nature spontanée, mais maîtrisée. Je tolère moins l’abandon total et pour le coup très « nature » et incontrôlé du jardin de mes voisins. Au premier regard, mon jardin ressemble à un chaos sauvage. Mais derrière cet aspect se cachent un plan soigné et une réalisation progressive de projets bien pensés, ce qui a impliqué et continue d’impliquer une recherche constante du perfectionnement du système en entier. Il est vraiment étonnant d’observer tout ce qui peut pousser sur une surface de 700 m2. Ce jardin nous fournit, à ma femme et moi, presque tous les fruits, baies, salades et légumes que nous consommons. Notre récolte de pommes de terre nous suffit pour 6 mois. Seulement de temps à autre, on note sur la liste de courses des céréales, du poisson, des champignons ou du maïs. Un sentiment de bien-être m’envahit quand je me repose en regardant et en écoutant les libellules voler à la surface de l’eau, les grenouilles croasser sur les feuilles de nénuphars et les carpes glisser doucement dans l’eau. Les roseaux se ploient au gré du vent, et les iris d’eau jaunes exposent leur divine beauté. Je suis très reconnaissant de ce beau biotope. Je ressens également ce sentiment quand je me promène dans une magnifique forêt d’essences mixtes, que je sens sous mes pieds le sol souple et mou, que j’entends les oiseaux gazouiller et que les rayons du soleil illuminent une petite clairière où poussent des arbustes à baies.

Dans notre jardin permaculturel : rendement, diversité et beauté ne font qu’un. Chaque coin de terre est recouvert de végétation et nous donne une récolte variée et étalée dans le temps.

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QU’EST-CE QUE LA PERMACULTURE ? La permaculture est une méthode de planification et d’aménagement qui rend possible la survie sur terre en accord avec la nature. Les systèmes rentables et durables se caractérisent par l’appropriation de modèles existants dans la nature et par le travail cyclique lié à une grande biodiversité. Ce sont les Australiens Bill Mollison et David Holmgren qui ont marqué, au milieu des années 70 le concept de permaculture (composé de permanent agriculture = exploitation durable). Puis, les principes de la permaculture ont également été appliqués aux domaines de l’énergie, des infrastructures sociales, etc., l’objectif étant de créer des systèmes écologiquement sains et économiquement porteurs afin d’aménager de façon durable nos espaces de vie. Même une très petite surface peut être ainsi exploitée. Les jardins des particuliers peuvent aussi facilement devenir des écosystèmes proches de la nature, résistants, durables et rentables. Pour atteindre ces objectifs, voici les principes d’aménagement les plus importants : Utilisation efficiente des ressources existantes Il suffit d’observer les modèles et les cycles existant dans la nature et de les transférer au jardin. Il n’y a aucun déchet dans la nature, tout revient dans les cycles de nutriments. Au niveau du jardin, cela signifie, par exemple, une gestion soigneuse du compost car les restes des uns constituent l’alimentation des autres, nourriture, ou engrais (cf. p. 33). De la même manière, les ressources présentes sur le terrain, comme l’eau (pluviale), le soleil et le vent doivent être utilisées au mieux (cf. p. 134 à 153). Diversité au lieu d’unicité Plus la biodiversité est grande, plus un système est stable et résistant (par exemple, il n’y a pas d’attaques massives de nuisibles). Au jardin, on misera la polyculture et non sur la monoculture : les récoltes sont assurées en cultivant de nombreuses plantes utiles, même sur

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une petite surface (cf. p. 51). Les surfaces cultivées du jardin aménagées selon le système agroforestier sont plantées de végétaux couvre-sol (par exemple des fraisiers des bois), de plantes vivaces comestibles, de plantes grimpantes, d’arbustes fruitiers, de buissons et d’arbres. Une haie peut être considérée comme la lisière d’un bois, et la diversité des espèces lui permet un excellent rendement et une capacité à se régénérer sans cesse pendant des années (cf. p. 93). Optimisation des liens croisés (mise en relation) Si tous les éléments d’un jardin ont plusieurs fonctions, il est possible de créer un réseau de relations stables dans lequel ils se soutiennent mutuellement. Par exemple, un arbre fruitier ne donne pas seulement des fruits, il peut également procurer de l’ombre, servir de support à une plante grimpante, nourrir des insectes utiles et en dernier lieu fournir du bois précieux. Un étang, quant à lui, peut être alimenté par les eaux pluviales de la toiture de la maison, il héberge dans des zones de profondeurs différentes des plantes variées qui réjouissent l’œil, et servent également de nourriture aux

poissons d’élevage. Sur ses rives, il est également possible de cultiver des plantes comestibles qui contribuent en outre, en tant que plantes nettoyantes, à purifier l’eau et qui sont aussi précieuses en tant qu’engrais ou mulch pour les potagers (cf. p. 134). Résoudre les problèmes de façon créative Dès qu’il y a des dégâts dans le jardin ou que certaines plantes prolifèrent, on a souvent recours de façon précipitée à des poisons, des engrais artificiels, ou on intervient à l’aide de tronçonneuses ou de taille-haies mécaniques. En fait, de manière générale, il est préférable de considérer les problèmes comme des challenges et de trouver des solutions positives et créatives. Par exemple, s’il faut abattre un sapin parce qu’il donne trop d’ombre, on peut le remplacer, grâce au bois coupé, par un biotope marécageux dans lequel des bleuets et de nombreuses autres plantes de marécage seront cultivés (cf. p. 93). Chaque jardinier qui possède un lopin de terre, unique et durable, contribue ainsi, à son échelle, à la survie de notre planète.


Avant-propos

La nature est parfaite et unique ! Ici, je me détends, je ne fais qu’un avec la Terre-Mère, avec Gaïa, je ne fais ici qu’un avec l’Univers. Il n’y a pas de déchets dans la nature, elle recycle tout : les résidus morts des plantes donnent naissance à des sols légers d’une couleur brun foncée qui dégagent une odeur agréable. On ne cesse d’apprendre de ces processus et de ces relations remarquables que la nature tisse et qui se sont multipliés au cours des millénaires ! Il est important d’observer la nature, d’être à son écoute et d’identifier ses structures, ses modèles, ses processus et ses cycles. Les tourbillons de vent, les vagues à la mer, le ruisseau méandreux, le corps humain, les processus de décomposition ; tout cela peut être source d’inspiration. Il n’est pas seulement important d’observer les modèles proposés par la nature, mais aussi d’intervenir le moins possible car chaque élément fait partie d’un cycle de vie. Quels sont les modèles types ? Il est fondamental de savoir qu’il n’y a pas de déchets dans la nature, qu’il n’y a aucun résidu qui ne soit pas recyclé. Toute substance, dégradée et transformée en nouvelle ressource, est réutilisée pour la croissance d’autres éléments. Pour qu’une telle transformation puisse avoir lieu, il faut une grande diversité d’organismes. Une diversité génétique et une véritable synergie caractérisent également les systèmes durables liés entre eux de diverses manières. Dans la nature, il n’existe pas de grandes monocultures, mais une gigantesque diversité de petits biotopes reliés entre eux (écosystèmes) qui ne cessent d’évoluer. Même après d’importantes catastrophes naturelles, par exemple des avalanches, la nature guérit très rapidement ses blessures. Rien n’est isolé ! Seuls de tels réseaux symbiotiques peuvent réagir de façon adéquate face aux nuisibles tandis que les monocultures (non protégées) sont livrées aux maladies et nuisibles si on n’utilise pas de produits phytosanitaires. Plus nos cultures sont éloignées de la nature, plus elles sont fragiles. Quand on exploite au maximum le sol avec des produits chimiques et synthétiques, nous détruisons de façon durable ces sols fertiles.

En Indonésie, les étangs à poissons sont souvent intégrés aux exploitations agricoles forestières.

« L’empreinte écologique » Une croissance illimitée n’est pas possible dans un monde limité. Le changement climatique, la disparition des espèces, la réduction des matières premières sont des signes qui nous indiquent que nous avons dépassé les limites écologiques. Il n’est pas possible de continuer à gérer de cette manière ; nous vivons de façon trop opulente, la diminution des matières premières et de l’énergie dépasse les limites de ce qui est écologiquement soutenable. L’empreinte écologique nous renseigne sur les limites

dépassées par la consommation dans les pays industrialisés. Elle indique la surface dont un pays a besoin pour couvrir ses besoins en matières premières, en énergie et en nourriture en fonction de sa consommation. Le style de vie des états industriels occidentaux nécessite dans ce contexte les ressources de 4 à 5 planètes terres (économie d’exploitation). Pour être durable sur le long terme, nous devons réduire de 1/5 notre consommation actuelle.

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À gauche Tout élément fait partie d’un cycle : mourir, se décomposer et renaître. À droite La spirale de plantes aromatiques a la forme d’une coquille d’escargot.

Ces systèmes reliés entre eux sont importants, et nous le savons depuis longtemps. Dans de nombreux pays s’est développée une agriculture variée sur de petits espaces, laquelle a permis de nourrir pendant des siècles la population indigène. En Chine, il s’agissait d’étangs à poissons polyfonctionnels ; les Incas d’Amérique Centrale cultivaient les trois sœurs (cultures complémentaires de maïs, de haricots et de courges) pour leur alimentation de base, et en Indonésie, les rizières avec des poissons (tilapias) permettaient de fournir l’alimentation de base, pour ne citer que ces exemples. Aujourd’hui, il serait bon de créer à nouveau davantage d’exploitations agricoles durables de ce type pour nous permettre de subvenir à nos besoins sur le long terme. C’est assez simple en suivant les grands principes de la permaculture. Grâce à des systèmes de permaculture cohérents, grands ou petits, il est possible d’obtenir des rendements beaucoup plus importants en utilisant beaucoup moins d’énergie qu’avec des monocultures traditionnelles. En outre, « l’empreinte écologique » est beaucoup plus faible. C’est seulement grâce à une mosaïque de petits biotopes alimentaires très différents mais reliés entre eux qu’il sera possible de réussir à obtenir un maximum de rendement avec un minimum de travail et de ressources. Quand on aménage avec soin de façon progressive un jardin en permaculture, on n’utilise guère les lignes droites et les angles droits. Ils font place aux modèles proposés par la nature, comme les méandres d’un ruisseau pour aménager un sentier ou de la forme d’une coquille d’escargot pour créer une spirale de plantes aromatiques. Herisau, août 2013

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Avant-propos

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Extrait La permaculture dans un petit jardin - Éditions Ulmer  

Dans ce livre, l'auteur montre comment appliquer concrètement et avec succès les principes de la permaculture dans des petits jardins.