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Les couleurs d’automne peuvent pimenter la simplicité graphique. Ici, Rhus typhina, un arbuste drageonnant que l’on peut gérer par la taille, pousse à côté de Calamagrostis ‘Karl Foerster’, une graminée extrêmement utile dans les plantations minimalistes ou « néo-formelles » en raison de sa longue saison de végétation (du début de l’été à la fin de l’hiver) et de son port érigé, résistant aux intempéries.

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On pourra améliorer le procédé en utilisant des combinaisons simples comptant jusqu’à cinq ou six variétés dans une grande coulée, comme cela a été réalisé à grande échelle dans les bordures du jardin de Wisley de la Royal Horticultural Society, dans le Surrey, en 2001. Toutes les coulées ont une dimension équivalente et un tracé rigoureusement géométrique, mais le feuillage des plantes s’étale sur les bords et comme chaque coulée est constituée d’un mélange, on n’éprouve aucune sensation de rigidité. Les coulées offrent un bon format intermédiaire pour les jardiniers et les concepteurs qui souhaitent s’affranchir de la plantation en masses traditionnelle mais craignent de ne pas avoir l’expérience suffisante pour tenter des plantations mélangées plus complexes. Elles créent une illusion d’entremêlement tout en présentant certains avantages dans l’entretien courant par rapport aux véritables plantations mélangées. Si certaines plantes réclament une taille ou un toilettage de mi-saison, il est plus commode de les atteindre ou d’ajouter de nouvelles plantes, comme les bulbes qui sont connus pour les difficultés que leur plantation pose dans les massifs de vivaces déjà en place.

Un détail tiré du plan du parc Potters Fields de Londres (2007), où des coulées en dents de scie constituent un moyen efficace de créer des combinaisons simples de plantation mélangée.

Avec cette complexité limitée et relativement prévisible, les coulées peuvent ainsi être entretenues par des équipes peu formées dans la reconnaissance des plantes ; c’est peut-être leur principal atout.

Pla n t es r é p é t é e s Les plantes répétées peuvent être utilisées isolément ou en petits groupes à intervalles (le plus souvent) réguliers, afin d’apporter rythme et variations à la plantation en masses et plus généralement, afin de casser son aspect monolithique. Fondamentalement, elles sont destinées à créer une impression d’unité ; que ce soit dans un jardin privé ou dans un grand espace public, la répétition de quelques plantes soigneusement choisies, suscite l’impression qu’il s’agit là « d’un endroit unique, avec un concept et une vision ». Elles peuvent servir à attirer et guider le regard. Même à plus petite échelle, il est possible de conférer de la sorte, à un espace déterminé, une impression d’unité, en lui donnant ainsi une personnalité distincte, par rapport au reste du jardin. Un exemple de ces deux manières d’utiliser des plantes répétées peut être vu sur les plans dessinés pour Leuvehoofd (cf. p. 107-109).

Une zone ombragée du jardin van Veggel (Pays-Bas, 2011), où les arcs de cercle au crayon représentent trois canopées d’arbres. Cette partie d’un plan bien plus grand montre une plantation groupée de plantes d’ombre, espacées par des plantes répétées. La légende ci-dessous (à g.) donne des indications sur ces répétitions. Leur nombre est indiqué pour chaque symbole, avec pour Thalictrum delavayi ‘Album’ la précision que la plante est disséminée. Toutes les plantes répétées employées forment d’assez fortes touffes, Thalictrum faisant seul exception. Ses hautes tiges et ses épis cotonneux manquant relativement de consistance, les petits groupes doivent être répétés pour obtenir un véritable effet. Remarquez les bords ondulés des blocs, qui estompent ainsi les délimitations entre les groupes.

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Au parc Potters Fields de Londres (2007), les coulées de graminées et de vivaces combinées créent un effet ordonné mais dynamique. Au premier plan, on trouve un mélange d’Echinacea purpurea et de Calamintha nepeta subsp. nepeta — la plante à fleur blanche, qui s’étale. La graminée du fond est Deschampsia cespitosa ‘Goldtau’.

Une coulée de Sesleria autumnalis au premier plan, avec derrière le rouge d’Helenium ‘Moerheim Beauty’ et Deschampsia. D’autres vivaces font partie de chaque coulée mais ne sont pas visibles ici. L’utilisation des coulées dans ce parc donne une forte impression de mouvement et tire le maximum du compromis entre une plantation relativement simple, facile à entretenir et la sophistication visuelle.

Hosta ‘Halcyon’ 10 par groupe

Rodgersia pinnata ‘Superba’ 7 par groupe

Thalictrum delavayi ‘Album’ 3 par groupe (au hasard)

Aster ‘October Skies’ 3 par groupe

Arbre

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pl a n t e s matric e pote n tie l l e s Vivaces Acaena, espèces et cultivars Asarum europaeum Asperula odorata (Galium odoratum) Calamintha nepeta subsp. nepeta Campanula glomerata Coreopsis verticillata Epimedium, espèces et cultivars Euphorbia amygdaloides Euphorbia cyparissias Geranium nodosum Geranium sanguineum et cultivars Geranium soboliferum Geranium wallichianum Heuchera, espèces et cultivars

Iris sibirica Lamium maculatum Liriope, espèces et genres apparentés tels qu’ Ophiopogon, Reineckia Limonium platyphyllum Origanum, espèces et cultivars Phlox stolonifera et autres espèes rampantes Salvia ×superba, S. nemorosa, S. ×sylvestris Saponaria lempergii ‘Max Frei’ Saxifraga, espèces de sous-bois en touffes Sedum ‘Bertram Anderson’ et autres sédums à végétation basse Stachys byzantina Tellima grandiflora

Graminées et plantes à l’aspect d’herbes Carex bromoides Carex pensylvanica, ainsi que de nombreuses autres espèces possibles Deschampsia cespitosa Hakonechloa macra Luzula, diverses espèces Molinia caerulea, dans ses petites variétés Nassella tenuissima (syn. Stipa tenuissima) Schizachyrium scoparium Sesleria, diverses espèces Sporobolus heterolepsis

Les blocs permettent aussi la présence de plantes qui nécessitent des soins culturaux particuliers : il n’est pas très commode de sillonner une plantation en matrice pour tailler les sujets d’une variété particulière. Il est en revanche facile de gérer un groupe d’une seule variété, ce qui a ses avantages avec les espèces qui ont leurs « mauvais jours » après la floraison ou qui tirent bénéfice d’une taille de mi-saison. Opposer aux blocs une matrice faite de graminées (ou d’espèces y ressemblant) consiste essentiellement à combiner une forme de plantation classique et un mélange de plantes, pour un ensemble où la plupart des observateurs

verront une prairie. L’ancienne approche conventionnelle et la nouvelle approche naturaliste se rejoignent, et le contraste peut-être surprenant et instructif. Le projet peut aussi être simplement animé par une manière de faire contraster artistiquement les qualités des plantes. Le public est alors confronté à de nouvelles manières de planter, tandis qu’on lui rappelle en même temps que les plantes ne poussent pas naturellement en blocs ordonnés. On peut, bien entendu, obtenir un effet similaire en ayant des bordures de plantes groupées à proximité d’une prairie simple ou à fleurs sauvages.

Fougères Adiantum pedatum

Plan d’une prairie à Sporobolus heterolepis pour un jardin à Nantucket, dans le Massachusetts (ÉtatsUnis, à partir de 2007), avec des plantes répétées en groupes clairsemés : les Allium christophii pour un effet de fin de printemps/début d’été et les autres pour le milieu de l’été. En tant que plantes de prairies de terrain sec et sableux, Dalea purpurea et Asclepias tuberosa seraient des compagnes naturelles pour Sporobolus.

Sporobolus Sporobolus heterolepsis heterolepsis Echinacea Echinacea purpurea purpurea‘Vintage ‘VintageWine’ Wine’ 33 par parsymbole symbole Dalea Dalea purpurea purpurea 33 par par symbole symbole Allium Allium christophii christophii 11 par par symbole symbole Asclepias Asclepias tuberosa tuberosa 11 par par symbole symbole

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Leuvehoofd, à Rotterdam (Pays-Bas, 2009), est un exemple récent de plantation publique utilisant les vivaces groupées, la plantation en matrice et la répétition. Une raie centrale de la graminée Deschampsia cespitosa ‘Goldschleier’ unifie l’ensemble tout en créant un effet saisissant. Tandis que la complexité des arrangements de vivaces prolonge l’intérêt. Dans cet exemple, la matrice de Deschampsia intègre une forte proportion de Sedum telephium ‘Sunkissed’ et

des plantes occasionnelles de Limonium platyphyllum. Quelques plantes répétées apportent pour leur part de la couleur pendant l’arrière-saison et des tiges à graines sombres (par ex., Helenium ‘Moerheim Beauty’) et Molinia caerulea (une graminée d’arrièresaison, dont la silhouette élancée contraste avec celle arrondie de Deschampsia). De manière déterminante, ces deux dernières plantes répétées sont utilisées sur tout le reste de la plantation, unifiant l’ensemble aussi

longtemps qu’elles tiennent le devant de la scène. Deux autres plantes répétées sont également utilisées ici, mais se trouvent seulement dans les zones plantées périphériques : Festuca mairei (une graminée de taille moyenne et incroyablement endurante avec une longue saison de floraison/fructification) et Agastache foeniculum (une vivace érigée, fleurissant au milieu de l’été, avec de bonnes tiges porte-graines).

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Cette plantation de taille spectaculaire à Hermannshof a été conçue pour montrer une version stylisée d’une prairie pour terrains humides et fertiles, en ayant recours à la plantation en masses conventionnelle, mais en utilisant la répétition qui donne un sentiment de rythme. Les hybrides d’Helenium, Heliopsis et Solidago apportent beaucoup de sa couleur. Quelques annuelles ont été également utilisées. Les graminées sont essentiellement représentées par Panicum virgatum.

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Le s bo nnes comb inais ons P rint e mps

D é b ut d’ é t é

Le printemps dans la bordure de vivaces

Pour un emplacement humide

Couleurs complémentaires

L’utilisation de la hauteur

Le sol se trouve encore très dénudé en avril, mais vivaces et graminées commencent à poindre. De même, un certain nombre de plantes est déjà visible. La Mertensia virginica bleue, est l’une de ces espèces qui se repose l’été et qui est en mesure de coexister avec les vivaces à floraison estivale à la manière d’un bulbe. L’étincelle rouge est assurée par Tulipa wilsonii. À gauche, au pied de la colonne se trouvent deux grandes vivaces, dotées d’une belle capacité à persister tout au long de l’été : un Helleborus foetidus jaune-vert et une Lunaria rediviva d’un lilas pâle, tous deux ayant tendance à se ressemer, ce qui leur permet de se perpétuer s’ils venaient à être étouffés par des vivaces plus vigoureuses. Localisation : jardin de Piet et Anja Oudolf, Hummelo, Pays-Bas.

Camassia cusickii est l’une de ces nombreuses espèces de bulbeuses nord-américaines qui fleurissent au moment où le printemps bascule dans l’été, en particulier sur des terrains humides. Ses épis de fleurs bleues s’associent très bien avec le rouge des feuilles naissantes de nombreux arbustes et vivaces, ou dans le cas présent, avec les jeunes pousses vert frais de la fougère Osmunda regalis, qui trouve elle aussi sur terrain humide ses sites de prédilection. Le feuillage de Camassia a des points communs avec celui des narcisses : abondant et peu esthétique. Mais ici, il sera au moins partiellement dissimulé par les grandes frondes arquées de la fougère. Ailleurs, il faudrait veiller à placer cette espèce derrière des plantes qui la cacheront progressivement, une fois sa floraison achevée. Localisation : Hummelo.

Le bleu intense d’Amsonia tabernaemontana var. salicifolia se combine merveilleusement bien avec le jaune tirant sur le vert de Zizia aurea : un bon exemple des effets électriques que peuvent générer les couleurs complémentaires. Le bleu plus foncé (au premier plan) est apporté par Salvia × sylvestris ‘Rhapsody in Blue’. L’efficacité de cette association colorée est renforcée par le contraste des formes, telles que les tiges érigées bien visibles d’Amsonia et les ombelles de Zizia. Dans le temps, Amsonia forme lentement de larges touffes. Localisation : Hummelo.

Peucedanum verticillare est une ombellifère très haute, dont les tiges atteignent 2,5 m, voire 3 m, sur lesquelles est perchée une belle floraison. Les tiges porte-graines tiennent des mois durant, jusqu’en hiver. Sa valeur ne se résume pas à sa forte présence, mais également à cette impression qui en découle de tout voir à travers les étroites colonnades de ses tiges. Ici, les épis cotonneux de la graminée Deschampsia cespitosa se répètent parmi une multitude d’autres vivaces, avec les Veronicastrum virginicum érigés qui dominent sur la gauche et quelques Verbascum lychnitis éparpillés. Ce genre de formes verticales est utile à une époque de l’année où la majeure partie de la végétation herbacée se cantonne à une taille relativement uniforme. Peucedanum vit deux à trois ans, dépérissant après la floraison, mais après s’être largement ressemé. Localisation : Hummelo.

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combiner les plantes

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Applications au jardin La valeur pour le jardinier et le paysagiste des plantes résistantes et à propagation lente est évidente. Elles peuvent constituer une partie fiable d’une plantation durable, sans souvent poser le problème d’avoir à être contrôlées après quelques années, ce qui peut arriver avec les résistantes qui se propagent plus vigoureusement. Toutefois, à la différence de ces dernières, qui se déterrent facilement pour être divisées, les résistantes non clonales ou à propagation très lente peuvent mal supporter l’opération ou celle-ci peut se révèler très difficile. Les vivaces moins résistantes ont une valeur limitée hors des jardins privés soigneusement entretenus ou des jardins publics, bénéficiant d’un budget confortable et d’équipes qui leur sont spécialement dédiés. Malgré tout, la variation génétique de certaines espèces s’avère étendue et pourrait expliquer en partie pourquoi elles ont été à l’origine introduites en culture. Cette variabilité ne concerne pas seulement la gamme colorée des fleurs et les époques de floraison, mais touche également au comportement, à la taille, à la vitesse de croissance et à la vigueur, si bien qu’en théorie, la résistance peut être tout aussi variable ; prenons pour exemple Phlox paniculata et ses espèces apparentées, telles que la vigoureuse P. amplifolia, qui offrent encore un fort potentiel de diversité pour les pépiniéristes qui seraient intéressés par de nouvelles sélections, axées autant sur la résistance et la vigueur que les qualités florales.

Capacité à se ressemer Lorsqu’une espèce se ressème dans le jardin, cela peut être réjouissant : c’est un signe que la plante s’y plait. Lorsqu’ils sont modérés, des semis spontanés d’espèces éphémères peuvent ainsi donner le sentiment que votre jardin représente un écosystème sain même s’il est artificiel. Mais la contrariété risque de succéder à la joie si une plante se ressème de manière trop agressive et commence

Fleurs roses d’Eupatorium maculatum ‘Riesenschirm’ aux côtés des fleurs écarlates de Monarda ‘Jacob Cline’, avec devant, en rose, Stachys officinalis ‘Hummelo’. Eupatorium vit longtemps et est persistant, ne formant que lentement des touffes, tandis que la survie à long terme de Monarda n’intervient que si ses touffes extrêmement mobiles sont en mesure de gagner de nouveaux territoires, si bien que cette persistance peut être jugée limitée.

à concurrencer d’autres espèces, ou si elle pose un quelconque problème. Bien que les vivaces durables tendent à ne se ressemer que dans une faible proportion, précisément parce qu’elles penchent du côté des compétitrices aux systèmes racinaires souvent étendus ou puissants, tout spécimen qui se ressèmerait au-delà de cette faible proportion est susceptible de causer des problèmes à long terme. Certaines plantes de jardin ont une facilité à se ressemer notoire, disséminant partout leurs rejetons, souvent au point de devenir des mauvaises herbes. Le niveau auquel une espèce se ressème est très difficile à prévoir ; si la propagation végétative l’est plus ou moins, là ce n’est plus le cas, car entrent alors en ligne de compte de multiples facteurs comme le type de sol, la température et le taux d’humidité au printemps. Selon une règle très générale, plus une plante a une durée de vie limitée, plus elle produit de graines. Les bisannuelles sont très généreuses sur ce plan et parfois les plus problématiques si une germination massive survient : les espèces de Verbascum sont connues pour tapisser tout espace disponible avec leurs semis, tout comme Eryngium giganteum, surnommé par les Anglo-Saxons Miss Willmott’s ghost [le fantôme de Miss Willmott], du nom d’une jardinière anglaise du début du xxe siècle, qui aurait subrepticement semé dans les jardins qu’elle visitait des graines de cette plante, qui en venait alors à hanter indéfiniment les lieux et leurs propriétaires. Certaines vivaces éphémères, comme Aquilegia vulgaris, produisent également souvent un grand nombre de semis, mais rarement à la même échelle. Bisannuelles et vivaces éphémères ne se propagent pas végétativement, de sorte qu’au moins, la capacité d’un spécimen à dominer les autres membres d’une plantation s’en trouve limitée. D’un autre côté, les espèces très fortement compétitrices, capables de se propager végétativement, produisent souvent peu de graines. De nombreuses éphémères, qui se ressèment généreusement, ont une silhouette érigée et élancée, ce qui limite énormément leur capacité à déborder sur leurs voisines ou à les concurrencer : un grand nombre d’Aquilegia et de Digitalis peuvent ainsi pousser aux côtés de vraies vivaces sans créer de problèmes. Mais on ne peut pas en dire autant pour toutes, ce dont pourra témoigner celui qui aura été confronté à Knautia macedonica ou à Verbena hastata, et à leurs hampes florales qui s’étalent.

performance des plantes à long terme

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Extrait Plantations nouvelles perspectives - Éditions Ulmer  

Piet Oudolf est connu dans le monde entier pour son approche naturaliste qui s'appuie sur son talent unique à assembler durablement les plan...