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Différentes plantes taillées : 1. Laurier-tin (Viburnum tinus) 2. Buis à bordures (Buxus suffruticosa) 3. Genévrier (Juniperus virginiana ‘Skyrockett’) 4. Cotonéaster (C.franchettii) 5. Lonicera nitida 6. Sauge officinale (Salvia officinalis) 7. Lavandes (Lavandula x intermedia) 8. Buis à grandes feuilles (Buxus sempervirens) Au premier plan, un cinéraire maritime (9) et une hebé (10) laissés libres…

Le jardin de Nicole de Vésian Le jardin créé par Nicole de Vésian à Bonnieux est-il d’inspiration japonaise ? C’est sans doute un paradoxe que de l’affirmer. Le climat du Lubéron n’a rien du climat japonais tel qu’on le connaît et la lumière dure renvoyée par la pierre blanche n’a rien de la subtilité des clairs obscurs des jardins du Japon et pourtant : le parti pris esthétique de tailler en boule les végétaux persistants rejoint l’esthétique japonaise, d’autant que ces arbustes se combinent avec des pierres. Santolines, lavandes, romarins, genévriers sur fond de collines douces rappellent les paysages de la région d’Osaka. Le grand raffinement des boules mélangées entre elles, les textures, la gamme des verts et des gris, l’absence presque totale de fleurs (seuls les iris semblent tolérés), la subtilité de la composition des sols (mélange de pierres régulières, de briques, d’opus incertum), évoquent bien le Japon. Les pierres qui jalonnent le jardin, aux formes souvent arrondies, se combinent aux boules végétales. Quelques arbres sont même taillés en dégageant leur structure de branches principales, comme on le ferait au Japon. Il faut quelques touffes de cardons pour que l’on retourne en Europe tant l’image asiatique est prégnante tôt le matin. Les jeux d’ombre et de lumière tamisent doucement la course du soleil.

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On peut s’inspirer sans réserves du jardin de la Louve, dans lequel Nicole de Vésian a magnifiquement interprété l’art de la taille, tel qu’on le connaît dans les jardins japonais, en utilisant des essences de chez nous, particulièrement bien adaptées aux terres calcaires et au climat aride du midi.


Les principes de composition Ils sont issus de la tradition chinoise et, le plus souvent, de l’opposition entre le Yin et le Yang. La composition recherche donc l’équilibre entre l’eau et les pierres, par exemple, l’exubérance des végétaux taillés et le vide d’une étendue de sable ratissée. À ce sujet, d’ailleurs, le vide joue un grand rôle dans la composition des jardins japonais. C’est ce qui explique en partie que l’on ne puisse marcher sur les sols de sable ratissé. Ils sont conçus pour favoriser la méditation, pour approfondir la respiration. Pas de symétrie dans les jardins japonais mais au contraire une complexité, une succession de plans qui font que le regard se promène d’un objet à l’autre : ici, une accumulation de végétaux taillés en boules, puis, un érable aux branches en plateau, puis, un peu d’eau, que l’on entrevoit entre deux rochers. La complexité du paysage est accentuée par les allées qui serpentent. Un petit secret, enfin, le chiffre trois. Assemblez trois pierres, plantez trois boules, ou en multiple de trois, chercher des arbres aux formes triangulaires. Le jardin japonais de Keiichi Tahara à Chaumont en 1998 poussait si loin ce principe qu’il se réduisait à un triangle d’eau installé en terrasse sur un terrain en pente. On descendait autour de ce triangle, passant d’une situation de domination du bassin à une vue où l’œil

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était au ras de l’eau. Les reflets de l’eau changeaient sans cesse, reflétant le paysage alentour. En un endroit choisi du bassin, une petite île, triangulaire, composée de galets noirs et de mousse créait un changement d’échelle. On pouvait se croire, tout d’un coup, au bord d’un océan. Dans la composition des jardins japonais la recherche de l’équilibre incite à partir des détails pour aller vers l’image globale du jardin, à l’inverse de ce que nous faisons en occident. La construction se fait donc en évoluant au fur et à mesure que les matériaux sont installés.

L’équilibre entre le Yin et le Yang (le vide et le plein, l’ombre et la lumière, l’eau et les pierres, l’intérieur et l’extérieur…) et l’inspiration de la nature pour en saisir l’essence (pas de symétrie, formes organiques, dispositions aléatoires, importance de l’eau et des rochers, plantes marquant les saisons…) sont les deux principes majeurs régissant la composition des jardins japonais. Ci-dessus : jardin japonais de Keiichi Tahara à Chaumont. À droite : le jardin d’Érik Borja dans la Drôme.


Le secret des vagues de sable : un gros râteau de bois que vous pouvez fabriquer vous même. Page de droite : jardin de méditation évoquant la mer d’où émergent quelques îles. Au premier plan, un cotonéaster taillé en étage évoque un arbre balayé par les vents.Les différents plans et le rétrécissement progressif de l’axe principal élargissent artificiellement l’espace. (E. Borja.)

Le sable Avec le sable, vous deviendrez marins, en route pour des contrées lointaines. Le sable des jardins japonais est un gravier décomposé et non du sable de rivière. Il se compacte facilement et permet de réaliser des dessins. Les motifs sont infinis, évoquant des géométries complexes ou la mer. On peut lui faire simuler un océan calme ou une tempête. Avec un grand râteau spécial le jeu est délicieux. Les motifs sont variables à l’infini. Au début, il vaut mieux s’inspirer des modèles japonais : en regardant les multiples livres traitant du sujet vous découvrirez que le sable peut être ratissé en cercles, en écailles, en damiers, en ondulations serrées ou au contraire très lâches. Vous pourrez, comme au Pavillon d’Argent de Kyoto, élever de parfaits cônes de sable. Vous pourrez même, quand vous serez bien entraînés, avoir, comme à Ryiogen in à Kyoto, trois ou quatre niveaux de hauteur de sable. Vous resterez toujours perplexes devant certaines prouesses : comment ont-ils fait ces cercles concentriques au milieu de traits droits (Tofuku ji à Kyoto) ? Et puis, petit à petit, vous vous libérerez et créerez votre propre style. Pour le salon du livre de Nancy, à l’automne 2005, nous avons eu l’idée de nous inspirer des ratissages de sable japonais pour composer deux immenses plate-bandes sèches sur la Place de la Carrière. Nous avons abandonné le gravier blanc au profit d’une

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Différents exemples de cheminements : ils sont créés à partir de matériaux aux formes naturelles (ovales, arrondies, aléatoires) ou artificielles (carré, rectangle, rond, triangle), eux-mêmes assemblés de façon formelle ou informelle. La nature des matériaux est primordiale. Comme les Japonais, dont le talent est d’associer des matériaux divers, n’hésitez pas à utiliser des pierres de formes et de couleurs différentes, et à réutiliser des pierres de récupération.

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Page de droite : Très beau cheminement de pierres (E. Borja).


LE BAMBOU Il a une place à part. Ce n’est pas un arbre mais une herbe. S’il donne indiscutablement un style asiatique à un jardin, beaucoup de jardiniers pensent qu’il ne convient pas à l’image de nos campagnes. Au moins convient-il parfaitement aux jardins urbains, entourés de hauts murs ou d’immeubles car il permet d’apporter de grandes hauteurs de verdure sans occuper beaucoup de place au sol ni occulter totalement la lumière. Par ailleurs, son entretien est facile et ne nécessite pas de grandes échelles ou d’élagages compliqués : les canes âgées ou en surnombre sont simplement coupées au ras du sol une fois par an ou tous les deux ans. Bien qu’ils ne soient pas « de chez nous », les bambous se révèlent précieux pour de nombreux petits animaux des jardins, les oiseaux en particulier qui y nichent d’autant plus facilement qu’ils y trouvent un bon abri contre leur prédateur naturel : le chat ! On n’a en effet à ce jour, jamais vu un chat grimper sur un bambou ! Les bambous s’utilisent différemment selon leur hauteur et leur mode de végétation : les grands remplacent avantageusement des arbres persistants dans les tout petits espaces. Les moyens forment des bosquets à la manière des arbustes, tandis que les plus petits constituent des gazons que l’on ne coupe qu’une ou deux fois l’an. Les espèces décrites ici sont toutes rustiques chez nous. Tous les bambous aiment un sol consistant argileux, plutôt riche et frais durant l’été. Attention, contrairement à ce que beaucoup pensent, ce ne sont pas des plantes aquatiques et ils ne supportent pas les terres trop marécageuses ! Mais où est-on ? au Japon ? Non, dans la Drôme ! Magie que ce petit pavillon de thé au-dessus de l’eau. Attention à utiliser des matériaux naturels de couleurs brunes, beiges ou blanches pour qu’ils se fondent dans la végétation. Le bambou est ici un Pseudosasa japonica. (Jardin E. Borja).

Sasa veitchii, au centre de la photo, reste bas et forme à la longue de beaux tapis couvre-sol. A l’arrivée de l’hiver, ses feuilles jusqu’alors entièrement vertes se bordent d’une marge blanchâtre très élégante.

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Extrait L'esprit du Japon dans nos jardins - Éditions Ulmer  

« C'est ainsi que j'ai conçu ce livre : ne pas copier servilement les poncifs du jardin japonais, mais en rechercher l'esprit, pour l'adapte...