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Pourquoi reconquérir les rues ? Parce que c’est là que se joue, sans qu’on en soit toujours conscient, une grande partie de la qualité de la vie dans une ville ou un village. Il y a des rues où l’on se sent bien, des rues vivantes — sans forcément être commerçantes — où l’on se dit qu’on aimerait bien habiter et élever nos enfants. Et puis il y a des rues qui, à l’inverse, nous semblent mornes, stériles, désertes, et qui malheureusement sont devenues plutôt la norme dans notre pays. Pourquoi ? Est-ce inéluctable ?

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DES PROCESSUS FERTILES

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ACTIONS DANS LES FRONTAGES – un panorama

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PISTES D’ACTION – quelques éléments

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RECONQUÉRIR LES RUES

Nicolas Soulier EXEMPLES À TRAVERS LE MONDE ET PISTES D’ACTIONS

EXEMPLES À TRAVERS LE MONDE ET PISTES D’ACTIONS Pour des villes où l’on aimerait habiter

Dans ce livre, fruit de ses 30 années d’expérience d’architecte et d’urbaniste, Nicolas Soulier nous montre que c’est, certes, une histoire de voitures, auxquelles on accorde souvent une place disproportionnée, mais pas uniquement. Il nous montre que c’est avant tout une histoire de vie « spontanée », de cadre qui permet à cette vie spontanée de s’exprimer ; que cela tient souvent à des détails, des petites modifications qui, quand elles sont accumulées, peuvent avoir de grands effets. En France, la situation paraît souvent bloquée, stérilisée, et nombreux sont ceux qui pensent que si le progrès a détruit les rues, il faut s’y résoudre sans nostalgie. Après avoir effectué un état des lieux de nos blocages franco-français, Nicolas Soulier nous montre que cette situation n’est pas inéluctable et que de nombreux exemples de « reconquête des rues » fleurissent à travers le monde. De ces situations exemplaires, prises en Allemagne, en Suisse, au Danemark, en Angleterre, au Canada, aux USA et au Japon, l’auteur tire des conclusions pratiques et propose des pistes d’action pour « reconquérir nos rues ».

RECONQUÉRIR LES RUES

Nicolas Soulier

EXEMPLES À TRAVERS LE MONDE ET PISTES D’ACTIONS

RECONQUÉRIR

DES PROCESSUS DE STÉRILISATION

LES RUES

Nicolas Soulier

Nicolas Soulier est architecte, urbaniste et professeur d’architecture. L’écriture de cet ouvrage est basée sur ses expériences de travail, depuis une trentaine d’années. Très diverses, elles portent sur la ville, l’habitation et le jardin : projets d’architecture à Paris, projets urbains en province et en région parisienne, enseignement dans le cadre des écoles d’architecture (Versailles, Montpellier, Saint-Étienne et Paris-La Villette), design d’objets et installations artistiques avec Cécile Daladier (atelier Assaï).

ISBN : 978-2-84138-469-3

,!7IC8E1-diegjd! Prix TTC France : 26 €

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Pour des villes où l’on aimerait habiter

20/03/12 09:08


10_des processus de stérilisation

STÉRILISATION RÉGLEMENTAIRE – RÉDUIT À L’INACTION

_ p. 11

STÉRILISATION ROUTIÈRE – EXPÉRIENCE D’URBANISME À NÎMES

_ p. 31

STÉRILISATION RÉSIDENTIELLE – DEUX EXPÉRIENCES D’URBANISME EN BANLIEUE PARISIENNE

_ p. 49

STÉRILISATION RÉGLEMENTAIRE RÉDUIT À L’INACTION Un habitat stérilisé Des logiques de sécurisation concourent à une stérilisation de notre habitat et de la vie de la rue. Qu’elles soient réglementaire, routière, résidentielle, ces formes de sécurisation vont à rebours de ce que nous recherchons. Loin de construire un habitat où nous soyons en sécurité, nous construisons ainsi des lieux figés de moins en moins vivables à long terme, où nous sommes bloqués dans nos initiatives. L’habitat est stérilisé. Je propose quelques éléments de compréhension de cette situation, caractérisée par le dépérissement des rues.


10_des processus de stérilisation

STÉRILISATION RÉGLEMENTAIRE – RÉDUIT À L’INACTION

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STÉRILISATION ROUTIÈRE – EXPÉRIENCE D’URBANISME À NÎMES

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STÉRILISATION RÉSIDENTIELLE – DEUX EXPÉRIENCES D’URBANISME EN BANLIEUE PARISIENNE

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STÉRILISATION RÉGLEMENTAIRE RÉDUIT À L’INACTION Un habitat stérilisé Des logiques de sécurisation concourent à une stérilisation de notre habitat et de la vie de la rue. Qu’elles soient réglementaire, routière, résidentielle, ces formes de sécurisation vont à rebours de ce que nous recherchons. Loin de construire un habitat où nous soyons en sécurité, nous construisons ainsi des lieux figés de moins en moins vivables à long terme, où nous sommes bloqués dans nos initiatives. L’habitat est stérilisé. Je propose quelques éléments de compréhension de cette situation, caractérisée par le dépérissement des rues.


12_des processus de stérilisation_STÉRILISATION RÉGLEMENTAIRE

13

grand-chose qui se voit du dehors. Et qu’il vive dans un immeuble de ville, dans une résidence, dans un grand ensemble ou dans un pavillon, s’il se demande : «vqu’attend-on de moi ? », il peut être amené à se dire : « on attend de moi que je ne manifeste pas mon existence au dehors ».

LE CADRE RÉGLEMENTAIRE – quelques exemples Voici quelques exemples de ces textes 1. Leurs interdictions et leurs consignes précisent la nature de l’habitat qu’ils dessinent peu à peu.

Un règlement municipal

Dans un quartier résidentiel, nous sommes parfois confrontés à une sorte d’énigme. Une rue, alors qu’elle est bordée de maisons riveraines habitées, nous paraît inhabitée et morne. Où sont donc passés les habitants ? Pourquoi ne contribuent-ils pas à la vie de leur rue ? Bien sûr, cela peut provenir de l’architecture de la rue, de la nature de l’espace construit. Si l’on ne longe que des clôtures ininterrompues ou des murs opaques, on se retrouve comme aux abords d’un cimetière ou des parois anti-bruits d’une autoroute. Mais si les habitations ouvrent des portes et des fenêtres sur la rue, à quoi tient cette impression d’inhabité ? Doit-on mettre en cause les usages et les coutumes qui régulent la vie quotidienne dans ces lieux ? Des textes les formalisent : lois, arrêtés, règlements municipaux, règlements de copropriété, de lotissement, baux de location… Ils précisent le rôle attribué aux habitants et détaillent ce qui est encouragé, ce qui est interdit et ce qui est toléré. Je propose que nous parcourions quelques-uns de ces documents, car ils sont révélateurs. On constate qu’un habitant qui se demande « que puis-je faire ? » peut vite cerner la réponse : « pas grand-chose ». Plus exactement pas

Ch I. Propreté générale de la ville. Art. 1er : Les mesures prescrites ci-après sont applicables dans les voies publiques ainsi que dans les voies privées ouvertes au public. Art. 9 : Il est défendu d’exposer ou de suspendre contre les maisons, édifices ou clôtures, rien qui puisse nuire aux passants ou les incommoder. Il est notamment interdit d’exposer du linge aux fenêtres, aux balcons ou clôtures. Art. 10 : Aucun objet dont la chute peut blesser ou salir ne devra être déposé sur les toits, entablements, gouttières, terrasses, murs et autres lieux élevés des maisons bordant les voies publiques ou privées ouvertes au public (...). Art. 15 : Les arbres, les branches et les racines (sic) qui avancent sur le sol des voies communales doivent être coupés à l’aplomb des limites des propriétés. L’élagage des plantations qui débordent sur le domaine public doit être effectué régulièrement afin d’éviter tout accident.

Une copropriété de maisons et appartements de la région parisienne

INSTALLATIONS SUR FAÇADES ET HARMONIE DE L’IMMEUBLE : Interdiction d’établir tout ce qui peut changer en quoi que ce soit l’aspect des façades, nuire à la visibilité ou détruire l’harmonie de l’immeuble. Cependant, des stores mobiles à rouleaux, de la couleur adoptée par la Copropriété sont autorisés, mais à condition d’être entretenus en bon état Les boîtes aux lettres ne devront en aucun cas être modifiées.

1_On peut facilement consulter de très nombreux règlements sur Internet, où l’on peut aussi parcourir des blogs d’habitants confrontés aux problèmes quotidiens de voisinage. De chaque document nous n’extrayons ici que quelques extraits ayant trait à notre sujet.


12_des processus de stérilisation_STÉRILISATION RÉGLEMENTAIRE

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grand-chose qui se voit du dehors. Et qu’il vive dans un immeuble de ville, dans une résidence, dans un grand ensemble ou dans un pavillon, s’il se demande : «vqu’attend-on de moi ? », il peut être amené à se dire : « on attend de moi que je ne manifeste pas mon existence au dehors ».

LE CADRE RÉGLEMENTAIRE – quelques exemples Voici quelques exemples de ces textes 1. Leurs interdictions et leurs consignes précisent la nature de l’habitat qu’ils dessinent peu à peu.

Un règlement municipal

Dans un quartier résidentiel, nous sommes parfois confrontés à une sorte d’énigme. Une rue, alors qu’elle est bordée de maisons riveraines habitées, nous paraît inhabitée et morne. Où sont donc passés les habitants ? Pourquoi ne contribuent-ils pas à la vie de leur rue ? Bien sûr, cela peut provenir de l’architecture de la rue, de la nature de l’espace construit. Si l’on ne longe que des clôtures ininterrompues ou des murs opaques, on se retrouve comme aux abords d’un cimetière ou des parois anti-bruits d’une autoroute. Mais si les habitations ouvrent des portes et des fenêtres sur la rue, à quoi tient cette impression d’inhabité ? Doit-on mettre en cause les usages et les coutumes qui régulent la vie quotidienne dans ces lieux ? Des textes les formalisent : lois, arrêtés, règlements municipaux, règlements de copropriété, de lotissement, baux de location… Ils précisent le rôle attribué aux habitants et détaillent ce qui est encouragé, ce qui est interdit et ce qui est toléré. Je propose que nous parcourions quelques-uns de ces documents, car ils sont révélateurs. On constate qu’un habitant qui se demande « que puis-je faire ? » peut vite cerner la réponse : « pas grand-chose ». Plus exactement pas

Ch I. Propreté générale de la ville. Art. 1er : Les mesures prescrites ci-après sont applicables dans les voies publiques ainsi que dans les voies privées ouvertes au public. Art. 9 : Il est défendu d’exposer ou de suspendre contre les maisons, édifices ou clôtures, rien qui puisse nuire aux passants ou les incommoder. Il est notamment interdit d’exposer du linge aux fenêtres, aux balcons ou clôtures. Art. 10 : Aucun objet dont la chute peut blesser ou salir ne devra être déposé sur les toits, entablements, gouttières, terrasses, murs et autres lieux élevés des maisons bordant les voies publiques ou privées ouvertes au public (...). Art. 15 : Les arbres, les branches et les racines (sic) qui avancent sur le sol des voies communales doivent être coupés à l’aplomb des limites des propriétés. L’élagage des plantations qui débordent sur le domaine public doit être effectué régulièrement afin d’éviter tout accident.

Une copropriété de maisons et appartements de la région parisienne

INSTALLATIONS SUR FAÇADES ET HARMONIE DE L’IMMEUBLE : Interdiction d’établir tout ce qui peut changer en quoi que ce soit l’aspect des façades, nuire à la visibilité ou détruire l’harmonie de l’immeuble. Cependant, des stores mobiles à rouleaux, de la couleur adoptée par la Copropriété sont autorisés, mais à condition d’être entretenus en bon état Les boîtes aux lettres ne devront en aucun cas être modifiées.

1_On peut facilement consulter de très nombreux règlements sur Internet, où l’on peut aussi parcourir des blogs d’habitants confrontés aux problèmes quotidiens de voisinage. De chaque document nous n’extrayons ici que quelques extraits ayant trait à notre sujet.


74_des processus fertiles_LES DEUXIÈMES CHANTIERS / Exemples à Fribourg

75

W Un carrefour.

P

Ici, on passe en voiture, doucement. Notez l’absence de passages piétons et de feux rouges : ils sont inutiles.

W Une rue du Viertel à Brême.

Je propose de nous intéresser tout d’abord à un quartier de la ville de Brême qui s’appelle le « Viertel » 35. Je présente ici quelques éléments permettant de se faire une première idée de ce quartier.

LE PARTAGE MODAL DE LA RUE Dans ces rues, la circulation est tranquille et modérée : ce sont des « zones 30 ». On peut envisager de laisser les enfants jouer dans la rue, et aller tout seuls à l’école. On se déplace volontiers en vélo. Tout cela paraît simple et normal, mais cela est en fait le résultat de tout un processus. La « modération de la circulation » va de pair avec ce qu’on appelle en urbanisme le « partage modal de la rue », c’est-à-dire le partage de la voie de circulation entre les divers usagers de la rue, selon leurs manières de se déplacer : à pied, en patins, en vélo, en moto, en poussette, en voiture, en transport en commun. 35_ Viertel signifie « quartier » en allemand. Brême est située dans le Nord de l’Allemagne, à une heure de Hambourg. C’est une ville hanséatique de 500 000 habitants environ, traversée par la Weser, fleuve qui aboutit à la Mer du Nord une soixantaine de kilomètres en aval. Le paysage presque plat évoque la Hollande voisine.

Comme les techniciens de la circulation parlent de modes de déplacement, on parle donc de partage modal de la rue pour désigner tout à la fois un dispositif spatial — une manière de concevoir l’espace où l’on circule — et un dispositif réglementaire qui prescrit la manière dont chacun doit se conduire, en particulier au volant d’un véhicule. Quand on habite dans le Viertel à Brême, le partage modal de la rue apparaît simple et réussi. Lorsqu’ils sortent de chez eux, les habitants ont vraiment le choix d’aller à pied, en vélo, en transport en commun (le tram est à deux pas), et, pourquoi pas, en voiture. Je développerai plus loin dans ce livre quelques éléments relatifs au partage modal de la rue 36, mais pour l’instant, je voudrais insister sur une autre forme de partage de la rue. Chaque rue est en effet l’objet d’un partage entre les passants qui la parcourent et les riverains qui l’habitent. 36_ Cf. le chapitre « Rééquilibrer le partage modal de la rue » p. 229.


74_des processus fertiles_LES DEUXIÈMES CHANTIERS / Exemples à Fribourg

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W Un carrefour.

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Ici, on passe en voiture, doucement. Notez l’absence de passages piétons et de feux rouges : ils sont inutiles.

W Une rue du Viertel à Brême.

Je propose de nous intéresser tout d’abord à un quartier de la ville de Brême qui s’appelle le « Viertel » 35. Je présente ici quelques éléments permettant de se faire une première idée de ce quartier.

LE PARTAGE MODAL DE LA RUE Dans ces rues, la circulation est tranquille et modérée : ce sont des « zones 30 ». On peut envisager de laisser les enfants jouer dans la rue, et aller tout seuls à l’école. On se déplace volontiers en vélo. Tout cela paraît simple et normal, mais cela est en fait le résultat de tout un processus. La « modération de la circulation » va de pair avec ce qu’on appelle en urbanisme le « partage modal de la rue », c’est-à-dire le partage de la voie de circulation entre les divers usagers de la rue, selon leurs manières de se déplacer : à pied, en patins, en vélo, en moto, en poussette, en voiture, en transport en commun. 35_ Viertel signifie « quartier » en allemand. Brême est située dans le Nord de l’Allemagne, à une heure de Hambourg. C’est une ville hanséatique de 500 000 habitants environ, traversée par la Weser, fleuve qui aboutit à la Mer du Nord une soixantaine de kilomètres en aval. Le paysage presque plat évoque la Hollande voisine.

Comme les techniciens de la circulation parlent de modes de déplacement, on parle donc de partage modal de la rue pour désigner tout à la fois un dispositif spatial — une manière de concevoir l’espace où l’on circule — et un dispositif réglementaire qui prescrit la manière dont chacun doit se conduire, en particulier au volant d’un véhicule. Quand on habite dans le Viertel à Brême, le partage modal de la rue apparaît simple et réussi. Lorsqu’ils sortent de chez eux, les habitants ont vraiment le choix d’aller à pied, en vélo, en transport en commun (le tram est à deux pas), et, pourquoi pas, en voiture. Je développerai plus loin dans ce livre quelques éléments relatifs au partage modal de la rue 36, mais pour l’instant, je voudrais insister sur une autre forme de partage de la rue. Chaque rue est en effet l’objet d’un partage entre les passants qui la parcourent et les riverains qui l’habitent. 36_ Cf. le chapitre « Rééquilibrer le partage modal de la rue » p. 229.


86_des processus fertiles_LES DEUXIÈMES CHANTIERS / Exemples à Fribourg

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LA SPONTANÉITÉ Au pied des descentes pluviales, des dauphins débouchent sur des caniveaux et des rigoles, ou dans des bacs de récupération, puis dans des fossés, qui forment des ruisseaux. Et ces ruisseaux trouvent leur place en pleine rue, ou même en pleine avenue, à côté du tram, parmi les chaussées carrossables et les trottoirs. Ces parcours divers et variés deviennent des terrains de jeux, des terrains d’aventure, et des hauts lieux de la végétation et de la faune indigènes. Ils deviennent une composante de l’urbain, avec un parfum très rural : on se retrouve entre ville et campagne. Quand il s’agit de l’eau, les mots d’ordre de l’urbanisme peuvent souvent être : étancher, capter, canaliser et faire disparaître sous le sol (descentes pluviales — collecteurs — égoûts, etc.). À Fribourg, les mots d’ordre sont inverses : être poreux, à l’air libre, apparent… Les plantes, comme à Brême dans le Viertel, sont omniprésentes. On n’a pas d’un côté des rues « minérales », et de l’autre des jardins. Les plantes sont chez elles dans les rues. Les façades disparaissent dans les feuillages. Plus exactement, elles sont rehaussées et ornementées, voire constituées par des plantes qui poussent depuis le sol, grimpent sur des treilles et des câbles, tapissent les gardecorps, ou se disséminent dans des bacs aux étages. Les rues sont à l’aise parmi les plantes. Côté cour, au cœur des îlots, il en est de même : jardins et cabanons se mêlent aux voitures garées, aux annexes des habitations et aux arbres.

Qui laisse traîner ces objets variés dehors, ces meubles, ces jouets ? Qui plante ces arbres ? Qui entretient ces jardins ? Qui paie ces bancs ? Qui construit et gère ces abris à vélos ? Qui s’occupe de ces lapins ? Quand on enquête pour le savoir, on découvre des dispositifs et des procédures assez subtiles… 42 Voici des réponses à ces questions, formulées par Hans Wirz, architecte-urbaniste de Bâle, qui fut un guide et un partenaire précieux lors de ces voyages d’étude, ménageant en particulier d’instructives et chaleureuses rencontres avec les responsables ou les concepteurs locaux. 42_ La spontanéité : ce mot peut désigner ce qui est irréfléchi : « je l’ai fait spontanément, sans réfléchir », ou ce qui n’est pas cultivé : les plantes « spontanées » du botaniste. Mais j’utilise ce terme ici dans son sens premier, étymologique : celui qui qualifie l’action ou la volonté libre, qui vont de pair avec les actes réalisés sans que l’on vous l’ai prescrit, ordonné, sans que cela ait été programmé (étymologie : bas latin spontaneus, « volontaire, spontané », issu du class. spons, spontis, « volonté », usité au génitif pour signifier « de (sa) propre volonté ». Source : TLFi.


86_des processus fertiles_LES DEUXIÈMES CHANTIERS / Exemples à Fribourg

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LA SPONTANÉITÉ Au pied des descentes pluviales, des dauphins débouchent sur des caniveaux et des rigoles, ou dans des bacs de récupération, puis dans des fossés, qui forment des ruisseaux. Et ces ruisseaux trouvent leur place en pleine rue, ou même en pleine avenue, à côté du tram, parmi les chaussées carrossables et les trottoirs. Ces parcours divers et variés deviennent des terrains de jeux, des terrains d’aventure, et des hauts lieux de la végétation et de la faune indigènes. Ils deviennent une composante de l’urbain, avec un parfum très rural : on se retrouve entre ville et campagne. Quand il s’agit de l’eau, les mots d’ordre de l’urbanisme peuvent souvent être : étancher, capter, canaliser et faire disparaître sous le sol (descentes pluviales — collecteurs — égoûts, etc.). À Fribourg, les mots d’ordre sont inverses : être poreux, à l’air libre, apparent… Les plantes, comme à Brême dans le Viertel, sont omniprésentes. On n’a pas d’un côté des rues « minérales », et de l’autre des jardins. Les plantes sont chez elles dans les rues. Les façades disparaissent dans les feuillages. Plus exactement, elles sont rehaussées et ornementées, voire constituées par des plantes qui poussent depuis le sol, grimpent sur des treilles et des câbles, tapissent les gardecorps, ou se disséminent dans des bacs aux étages. Les rues sont à l’aise parmi les plantes. Côté cour, au cœur des îlots, il en est de même : jardins et cabanons se mêlent aux voitures garées, aux annexes des habitations et aux arbres.

Qui laisse traîner ces objets variés dehors, ces meubles, ces jouets ? Qui plante ces arbres ? Qui entretient ces jardins ? Qui paie ces bancs ? Qui construit et gère ces abris à vélos ? Qui s’occupe de ces lapins ? Quand on enquête pour le savoir, on découvre des dispositifs et des procédures assez subtiles… 42 Voici des réponses à ces questions, formulées par Hans Wirz, architecte-urbaniste de Bâle, qui fut un guide et un partenaire précieux lors de ces voyages d’étude, ménageant en particulier d’instructives et chaleureuses rencontres avec les responsables ou les concepteurs locaux. 42_ La spontanéité : ce mot peut désigner ce qui est irréfléchi : « je l’ai fait spontanément, sans réfléchir », ou ce qui n’est pas cultivé : les plantes « spontanées » du botaniste. Mais j’utilise ce terme ici dans son sens premier, étymologique : celui qui qualifie l’action ou la volonté libre, qui vont de pair avec les actes réalisés sans que l’on vous l’ai prescrit, ordonné, sans que cela ait été programmé (étymologie : bas latin spontaneus, « volontaire, spontané », issu du class. spons, spontis, « volonté », usité au génitif pour signifier « de (sa) propre volonté ». Source : TLFi.


162_actions dans les frontages : un panorama_Frontages actifs : quelques exemples

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w Tokyo, photo Georges Métailié.

Le jardin de la mobilité Les photos de jardins de pots de Tokyo ou de Kyoto qui figurent dans ce chapitre m’ont été confiées par Georges Métailié, ethnobotaniste spécialiste de la Chine et du Japon. À propos de ces jardins de pots, il suggère qu’ils remontent à de très anciennes traditions, entre autres celles des lettrés en Chine ancienne. Il fait observer le fait suivant : « Les jardins de lettrés dont le souvenir s’est perpétué dans les textes ont toujours été créés après que leurs propriétaires se sont retirés des affaires publiques. ». En effet les lettrés sont « des fonctionnaires dans l’administration de l’empire (...), nommés hors de leur province d’origine et mutés obligatoirement au bout de deux ou trois ans. » Georges Métailié s’interroge donc sur la nature de leurs jardins quand ils étaient en activité : « quelle sorte de jardins pouvaient établir des gens contraints à la mobilité ? » 71. Il montre dans cet article que lorsqu’ils étaient en fonction, les lettrés emmenaient avec eux leur jardin : c’étaient des jardins de pots, où ils rassemblaient leur collection de plantes familières. Cela leur imposait une double contrainte, une contrainte de taille des plantes — les plantes en pot sont forcément petites — et une contrainte de nombre — on ne peut envisager d’avoir trop de pots, quand on doit les emmener avec soi. L’habitant auquel s’impose la mobilité, tel le lettré qui doit déménager souvent, ou l’habitant qui reste à demeure mais est riverain de la mobilité de la circulation et contraint à l’exiguïté de son frontage, partagent ainsi le même outil pour rendre mobile ce qui prend racine : le pot. Les lettrés nomades et les modestes riverains attachés à leurs ruelles se rejoignent dans le même amour des plantes en pot, et déploient la même capacité de faire un monde — un jardin — avec peu : quelques pots, quelques plantes. Ces deuxièmes chantiers sont d’échelle modeste, et chacun peut paraître bien négligeable ; mais mis en œuvre par les multiples riverains, leur effet ne l’est pas : ils transforment les rues, et contribuent à la relation de chacun aux processus naturels, à la faune et à la flore, et aux êtres humains alentours. Tels de petits ruisseaux qui forment une grande rivière, ces pots forment des rues jardins.

71_Georges Métailié. JATBA, revue d’ethnobiologie, Muséum national d’Histoire naturelle, Paris 1995, vol 37, n°1.

w Tokyo, photo Georges Métailié.

w Kyoto, photo Georges Métailié.


162_actions dans les frontages : un panorama_Frontages actifs : quelques exemples

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w Tokyo, photo Georges Métailié.

Le jardin de la mobilité Les photos de jardins de pots de Tokyo ou de Kyoto qui figurent dans ce chapitre m’ont été confiées par Georges Métailié, ethnobotaniste spécialiste de la Chine et du Japon. À propos de ces jardins de pots, il suggère qu’ils remontent à de très anciennes traditions, entre autres celles des lettrés en Chine ancienne. Il fait observer le fait suivant : « Les jardins de lettrés dont le souvenir s’est perpétué dans les textes ont toujours été créés après que leurs propriétaires se sont retirés des affaires publiques. ». En effet les lettrés sont « des fonctionnaires dans l’administration de l’empire (...), nommés hors de leur province d’origine et mutés obligatoirement au bout de deux ou trois ans. » Georges Métailié s’interroge donc sur la nature de leurs jardins quand ils étaient en activité : « quelle sorte de jardins pouvaient établir des gens contraints à la mobilité ? » 71. Il montre dans cet article que lorsqu’ils étaient en fonction, les lettrés emmenaient avec eux leur jardin : c’étaient des jardins de pots, où ils rassemblaient leur collection de plantes familières. Cela leur imposait une double contrainte, une contrainte de taille des plantes — les plantes en pot sont forcément petites — et une contrainte de nombre — on ne peut envisager d’avoir trop de pots, quand on doit les emmener avec soi. L’habitant auquel s’impose la mobilité, tel le lettré qui doit déménager souvent, ou l’habitant qui reste à demeure mais est riverain de la mobilité de la circulation et contraint à l’exiguïté de son frontage, partagent ainsi le même outil pour rendre mobile ce qui prend racine : le pot. Les lettrés nomades et les modestes riverains attachés à leurs ruelles se rejoignent dans le même amour des plantes en pot, et déploient la même capacité de faire un monde — un jardin — avec peu : quelques pots, quelques plantes. Ces deuxièmes chantiers sont d’échelle modeste, et chacun peut paraître bien négligeable ; mais mis en œuvre par les multiples riverains, leur effet ne l’est pas : ils transforment les rues, et contribuent à la relation de chacun aux processus naturels, à la faune et à la flore, et aux êtres humains alentours. Tels de petits ruisseaux qui forment une grande rivière, ces pots forment des rues jardins.

71_Georges Métailié. JATBA, revue d’ethnobiologie, Muséum national d’Histoire naturelle, Paris 1995, vol 37, n°1.

w Tokyo, photo Georges Métailié.

w Kyoto, photo Georges Métailié.


210_actions dans les frontages : un panorama_ DES FRONTAGES QUE L’ON RÉACTIVE

W « Edible Estates Regional Prototype Garden #6: Baltimore, Maryland», 2008, Commissioned by the Contemporary Museum Baltimore A project by Fritz Haeg, photos by Leslie Furlong » - before planting.

« Il s’agit tout à la fois de nourriture, et de manière d’acheter et de manger, d’habitat, de plantes et de nature, de voisins et de vie sociale, de rue… Un “frontage comestible” peut servir à recoudre les relations de quartier, en transformant un espace qui servait auparavant à isoler en un forum accueillant qui réengage les gens dans des relations mutuelles. Nos rues : le simple fait de regarder un jardin pousser peut avoir un grand effet. Nous ne pouvons pas manquer d’avoir une révélation. Nous devenons des témoins, et nous sommes maintenant des complices, et faisons partie de l’histoire qui se déroule.

211

W « after planting » : après plantation du jardin potager dans le frontage pelouse.

Nos voisins : ce qui apparaissait au début comme une menace va en fait catalyser des questions. Faire pousser notre propre nourriture peut-il être considéré comme impoli, indécent, inapproprié, ou même hostile ? Notre modeste monument : un petit jardin, des moyens modestes, d’humbles matériaux, et un petit effort peuvent avoir un effet radical sur la vie d’une famille, sur la manière dont ils passent leur temps, dont ils sont en relation avec ce qui les environne, sur les personnes qu’ils voient, sur leur manière de manger. Cette réponse locale et singulière à des enjeux globaux peut devenir un modèle Cela peut être mis en œuvre par chacun dans ce monde, et cela peut avoir un impact monumental. » 121

121_ Extraits de Edible Estates: Attack on the Front Lawn


210_actions dans les frontages : un panorama_ DES FRONTAGES QUE L’ON RÉACTIVE

W « Edible Estates Regional Prototype Garden #6: Baltimore, Maryland», 2008, Commissioned by the Contemporary Museum Baltimore A project by Fritz Haeg, photos by Leslie Furlong » - before planting.

« Il s’agit tout à la fois de nourriture, et de manière d’acheter et de manger, d’habitat, de plantes et de nature, de voisins et de vie sociale, de rue… Un “frontage comestible” peut servir à recoudre les relations de quartier, en transformant un espace qui servait auparavant à isoler en un forum accueillant qui réengage les gens dans des relations mutuelles. Nos rues : le simple fait de regarder un jardin pousser peut avoir un grand effet. Nous ne pouvons pas manquer d’avoir une révélation. Nous devenons des témoins, et nous sommes maintenant des complices, et faisons partie de l’histoire qui se déroule.

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W « after planting » : après plantation du jardin potager dans le frontage pelouse.

Nos voisins : ce qui apparaissait au début comme une menace va en fait catalyser des questions. Faire pousser notre propre nourriture peut-il être considéré comme impoli, indécent, inapproprié, ou même hostile ? Notre modeste monument : un petit jardin, des moyens modestes, d’humbles matériaux, et un petit effort peuvent avoir un effet radical sur la vie d’une famille, sur la manière dont ils passent leur temps, dont ils sont en relation avec ce qui les environne, sur les personnes qu’ils voient, sur leur manière de manger. Cette réponse locale et singulière à des enjeux globaux peut devenir un modèle Cela peut être mis en œuvre par chacun dans ce monde, et cela peut avoir un impact monumental. » 121

121_ Extraits de Edible Estates: Attack on the Front Lawn


PISTES D’ACTIONS quelques éléments


PISTES D’ACTIONS quelques éléments


246_pistes d’action – quelques exemples_RÉÉQUILIBRER LE PARTAGE MODAL DE LA RUE

C’est aussi une question « d’image ». La publicité et les groupes de pression des lobbys de la voiture contribuent à endommager l’image des cyclistes et des vélos alors qu’avant guerre, le vélo désignait « la petite reine du prolétaire ». Et pendant la guerre, « la bicyclette, jusqu’alors apanage urbain des seuls travailleurs manuels, confinés dans les quartiers industriels aux heures blafardes de l’aube et du crépuscule, fait soudain une rentrée en scène triomphale, et mérite de nouveau, après un demi-siècle d’éclipse mondaine, son titre de petite reine. Paris ressemble à une immense Copenhague. Instrument de travail et en même temps luxe du prolétaire, elle devient le moyen de transport du bourgeois. » 159.

Un séjour à Berlin « Les immeubles disposent de parkings à vélo aménagés. Visionnaire, mon propriétaire — je vis en France, dois-je le préciser ? — m’a menacé de mettre fin mon bail. Mon crime ? Je m’entêtais, vilain subversif que je suis, à rentrer chaque soir mon vélo dans la cour spacieuse et vide de mon immeuble. Les vélos peuvent prendre les transports en commun. Vous avez bien lu. Et c’est la règle, pas l’exception. Rien à voir avec les deux pauvres crochets minables et peu fonctionnels que la SNCF met à disposition dans quelques-uns de ses trains. On peut rouler dans les parcs. À Berlin, l’espace public appartient à tout le monde tandis que chez moi, j’ai souvent l’impression qu’il n’appartient à personne. Vous pouvez traverser un parc à vélo sans avoir le sentiment d’être un dangereux délinquant. Les automobilistes ne veulent pas votre mort. Ne croyez pas que les automobilistes français soient mal intentionnés (quoique parfois…). Simplement, leurs congénères berlinois sont souvent eux-mêmes des cyclistes. Des tas d’endroits pour se garer. Les arceaux permettant d’accrocher les vélos sont nombreux. Mais surtout, ils sont placés là où ils sont nécessaires, à proximité des transports en commun, des centres d’affaire ou des universités par exemple. Un élément de sécurisation en plus face au risque de vol. » 160 « Il y avait à peu près autant de cyclistes urbains en France et en Allemagne dans les années 1970. Aujourd’hui, la part modale du vélo dans les agglomérations est de 10 % en Allemagne et de 2,7 % en France. Au contraire de la France, l’Allemagne a réussi à redresser à temps la pratique du vélo, parce qu’elle a su modérer la vitesse du trafic automobile. » 161

159_« Pendant les années d’occupation, elle régnera sur les chaussées et dans les cœurs. De 8 400 000 en 1938 le nombre des bicyclettes passera à 10 700 000 en 1942 » Source : http://www.histoire-en-questions.fr 160_Source :http://riverains.rue89.com/lionel-dominique-guerin consulté en juin 2011. 161_F. Héran op cit.

247

IMPÉRATIF N° 4 : LIMITER L’ESPACE OCCUPÉ PAR LES VOITURES Les voitures occupent beaucoup de place : « près de 40 % des aires urbaines sont consacrées aux infrastructures qui servent aux véhicules motorisés » 162.

Beaucoup de place pour rouler Pour transporter 50 000 personnes par heure et par direction, on a besoin : – une voie de 175 m de large utilisée seulement par les voitures, ou – une voie de 35 m de large utilisée seulement par les bus, ou – une voie de 9 m de large utilisée par un tram. Autre image éloquente : pour transporter 75 personnes, on constate qu’il faut en moyenne 60 voitures, ou seulement un bus. Il est intéressant de visualiser cette différence.

W À Paris centre, le long de la Seine.

Sur cette photo, on compte moins de 60 voitures. Leurs passagers peuvent tenir dans un seul bus.

162_Source : http://www.tmr.qld.gov.au/ le 25/10/2011.

W Sur cette photo d’une rue de Bruxelles, on compte

environ 300 personnes ; 4 bus suffisent pour les transporter. Ou 240 voitures, soit une file de circulation de plus de 2 km de long.


246_pistes d’action – quelques exemples_RÉÉQUILIBRER LE PARTAGE MODAL DE LA RUE

C’est aussi une question « d’image ». La publicité et les groupes de pression des lobbys de la voiture contribuent à endommager l’image des cyclistes et des vélos alors qu’avant guerre, le vélo désignait « la petite reine du prolétaire ». Et pendant la guerre, « la bicyclette, jusqu’alors apanage urbain des seuls travailleurs manuels, confinés dans les quartiers industriels aux heures blafardes de l’aube et du crépuscule, fait soudain une rentrée en scène triomphale, et mérite de nouveau, après un demi-siècle d’éclipse mondaine, son titre de petite reine. Paris ressemble à une immense Copenhague. Instrument de travail et en même temps luxe du prolétaire, elle devient le moyen de transport du bourgeois. » 159.

Un séjour à Berlin « Les immeubles disposent de parkings à vélo aménagés. Visionnaire, mon propriétaire — je vis en France, dois-je le préciser ? — m’a menacé de mettre fin mon bail. Mon crime ? Je m’entêtais, vilain subversif que je suis, à rentrer chaque soir mon vélo dans la cour spacieuse et vide de mon immeuble. Les vélos peuvent prendre les transports en commun. Vous avez bien lu. Et c’est la règle, pas l’exception. Rien à voir avec les deux pauvres crochets minables et peu fonctionnels que la SNCF met à disposition dans quelques-uns de ses trains. On peut rouler dans les parcs. À Berlin, l’espace public appartient à tout le monde tandis que chez moi, j’ai souvent l’impression qu’il n’appartient à personne. Vous pouvez traverser un parc à vélo sans avoir le sentiment d’être un dangereux délinquant. Les automobilistes ne veulent pas votre mort. Ne croyez pas que les automobilistes français soient mal intentionnés (quoique parfois…). Simplement, leurs congénères berlinois sont souvent eux-mêmes des cyclistes. Des tas d’endroits pour se garer. Les arceaux permettant d’accrocher les vélos sont nombreux. Mais surtout, ils sont placés là où ils sont nécessaires, à proximité des transports en commun, des centres d’affaire ou des universités par exemple. Un élément de sécurisation en plus face au risque de vol. » 160 « Il y avait à peu près autant de cyclistes urbains en France et en Allemagne dans les années 1970. Aujourd’hui, la part modale du vélo dans les agglomérations est de 10 % en Allemagne et de 2,7 % en France. Au contraire de la France, l’Allemagne a réussi à redresser à temps la pratique du vélo, parce qu’elle a su modérer la vitesse du trafic automobile. » 161

159_« Pendant les années d’occupation, elle régnera sur les chaussées et dans les cœurs. De 8 400 000 en 1938 le nombre des bicyclettes passera à 10 700 000 en 1942 » Source : http://www.histoire-en-questions.fr 160_Source :http://riverains.rue89.com/lionel-dominique-guerin consulté en juin 2011. 161_F. Héran op cit.

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IMPÉRATIF N° 4 : LIMITER L’ESPACE OCCUPÉ PAR LES VOITURES Les voitures occupent beaucoup de place : « près de 40 % des aires urbaines sont consacrées aux infrastructures qui servent aux véhicules motorisés » 162.

Beaucoup de place pour rouler Pour transporter 50 000 personnes par heure et par direction, on a besoin : – une voie de 175 m de large utilisée seulement par les voitures, ou – une voie de 35 m de large utilisée seulement par les bus, ou – une voie de 9 m de large utilisée par un tram. Autre image éloquente : pour transporter 75 personnes, on constate qu’il faut en moyenne 60 voitures, ou seulement un bus. Il est intéressant de visualiser cette différence.

W À Paris centre, le long de la Seine.

Sur cette photo, on compte moins de 60 voitures. Leurs passagers peuvent tenir dans un seul bus.

162_Source : http://www.tmr.qld.gov.au/ le 25/10/2011.

W Sur cette photo d’une rue de Bruxelles, on compte

environ 300 personnes ; 4 bus suffisent pour les transporter. Ou 240 voitures, soit une file de circulation de plus de 2 km de long.


Pourquoi reconquérir les rues ? Parce que c’est là que se joue, sans qu’on en soit toujours conscient, une grande partie de la qualité de la vie dans une ville ou un village. Il y a des rues où l’on se sent bien, des rues vivantes — sans forcément être commerçantes — où l’on se dit qu’on aimerait bien habiter et élever nos enfants. Et puis il y a des rues qui, à l’inverse, nous semblent mornes, stériles, désertes, et qui malheureusement sont devenues plutôt la norme dans notre pays. Pourquoi ? Est-ce inéluctable ?

_ p. 8

DES PROCESSUS FERTILES

_ p. 70

ACTIONS DANS LES FRONTAGES – un panorama

_ p. 140

PISTES D’ACTION – quelques éléments

_ p. 226

RECONQUÉRIR LES RUES

Nicolas Soulier EXEMPLES À TRAVERS LE MONDE ET PISTES D’ACTIONS

EXEMPLES À TRAVERS LE MONDE ET PISTES D’ACTIONS Pour des villes où l’on aimerait habiter

Dans ce livre, fruit de ses 30 années d’expérience d’architecte et d’urbaniste, Nicolas Soulier nous montre que c’est, certes, une histoire de voitures, auxquelles on accorde souvent une place disproportionnée, mais pas uniquement. Il nous montre que c’est avant tout une histoire de vie « spontanée », de cadre qui permet à cette vie spontanée de s’exprimer ; que cela tient souvent à des détails, des petites modifications qui, quand elles sont accumulées, peuvent avoir de grands effets. En France, la situation paraît souvent bloquée, stérilisée, et nombreux sont ceux qui pensent que si le progrès a détruit les rues, il faut s’y résoudre sans nostalgie. Après avoir effectué un état des lieux de nos blocages franco-français, Nicolas Soulier nous montre que cette situation n’est pas inéluctable et que de nombreux exemples de « reconquête des rues » fleurissent à travers le monde. De ces situations exemplaires, prises en Allemagne, en Suisse, au Danemark, en Angleterre, au Canada, aux USA et au Japon, l’auteur tire des conclusions pratiques et propose des pistes d’action pour « reconquérir nos rues ».

RECONQUÉRIR LES RUES

Nicolas Soulier

EXEMPLES À TRAVERS LE MONDE ET PISTES D’ACTIONS

RECONQUÉRIR

DES PROCESSUS DE STÉRILISATION

LES RUES

Nicolas Soulier

Nicolas Soulier est architecte, urbaniste et professeur d’architecture. L’écriture de cet ouvrage est basée sur ses expériences de travail, depuis une trentaine d’années. Très diverses, elles portent sur la ville, l’habitation et le jardin : projets d’architecture à Paris, projets urbains en province et en région parisienne, enseignement dans le cadre des écoles d’architecture (Versailles, Montpellier, Saint-Étienne et Paris-La Villette), design d’objets et installations artistiques avec Cécile Daladier (atelier Assaï).

ISBN : 978-2-84138-469-3

,!7IC8E1-diegjd! Prix TTC France : 26 €

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Pour des villes où l’on aimerait habiter

20/03/12 09:08

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Extrait Reconquérir les rues - Éditions Ulmer  

Pourquoi reconquérir les rues ? Parce que c'est là que se joue, sans qu'on en soit toujours conscient, une grande partie de la qualité de la...

Extrait Reconquérir les rues - Éditions Ulmer  

Pourquoi reconquérir les rues ? Parce que c'est là que se joue, sans qu'on en soit toujours conscient, une grande partie de la qualité de la...

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