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ADRIEN TOMAS

EXTRAIT OFFERT

Après La Geste du Sixième Royaume, le nouveau roman d’Adrien Tomas, magistral ! PARUTION LE 23 MAI 2013


Adrien Tomas

A

drien Tomas est taillé pour l’Aventure. Déjà, il est né en Picardie dans les années 80 : question défi personnel, il fallait oser. Malheureusement, quand il est devenu grand, les Dragons avaient déjà disparu, les Elfes s’étaient planqués et les donjons lugubres étaient remplis de cordons de velours et d’écriteaux déprimants, du genre « ne pas toucher, Napoléon a pioncé là-dedans ». Faute de grives, on mange des merles : si on ne peut pas occire du dragon et sauver héroïquement des pucelles tous les quatre matins, on fera comme si. Il se plonge dans la fantasy, dévorant Tolkien, Gemmell, Scott Card ou Eddings, et une chose en entraînant une autre, il acquiert son premier jeu vidéo, et sombre définitivement dans le geekisme (qui à l’époque n’était pas encore une qualité). Renouant avec son envie d’aventures et de découvertes, il choisit de suivre des études d’écologie, espérant avoir une maigre chance d’imiter Buffon ou Darwin dans leurs explorations autour du monde en quête de quelque eldorado biologique. Il étudie à Aix-en-Provence, Marseille, Metz, Lille, La Rochelle et Montpellier, histoire de voir comment c’est là-bas ; et exerce des activités aussi diverses que libraire, éleveur d’anémones, chasseur de tortues ou cuisinier dans un restaurant de flammekueches. Il écrit un peu, de temps en temps, pour s’amuser et se plonger dans d’autres mondes. Un soir, en plein hiver, pour lutter contre l’ennui et l’isolement glacial imposé par les températures lorraines, il crée une nouvelle histoire, sur un coup de tête. Trois ans plus tard, il boucle le manuscrit. Le reste, comme on dit, n’est que de l’histoire. La sienne, du coup.


Ouvrage publié sous la direction de Coralie David

© Les Éditions Mnémos, février 2013 2, rue Nicolas Chervin 69620 Saint-Laurent-d’Oingt ISBN de La Maison des Mages : 978-2-35408-155-3 ISBN du présent extrait : 978-2-35408-195-9 Ne peut être vendu. www.mnemos.com


Livre I DIVERSIONS Tiul

L

es lourdes cloches d’argent de la Maison de Thain Balisk carillonnèrent pendant de longues minutes, faisant vibrer les murs du dortoir des apprentis, sis juste sous le clocher, et forçant les derniers traînards à s’extraire de leurs lits pour se préparer à une nouvelle journée d’études. Tiul attendit patiemment la fin du vacarme métallique, comme tous les matins. Puis, une fois le calme revenu, il s’enfouit sans complexe dans ses draps à la propreté douteuse, et entreprit d’achever tranquillement son cycle de sommeil. Il avait encore trop bu la veille, et il ne comptait pas sortir de son lit avant le début de l’après-midi, au minimum. À travers les brumes de l’alcool et du sommeil, il entendit vaguement quelques condisciples émettre des remarques désobligeantes sur sa paresse et son manque d’assiduité au strict programme d’études de la Maison des Mages. Comme toujours, il les ignora. Il se réveilla peu après midi, lorsqu’un rai de lumière douloureux tomba sur son visage, à travers les rideaux mal refermés. Il se leva en bougonnant et tira d’un coup sec la draperie sombre, puis retourna se coucher dans la bienveillante pénombre. Mais il était déjà trop tard : le sang avait commencé à tambouriner douloureusement sur sa tempe, lui vrillant le crâne, et un début de nausée l’avait pris. Malgré ses efforts, il ne put retrouver le sommeil. La mort dans l’âme, le mage se leva finalement. Il jeta un regard morne aux lits impeccablement faits de ses camarades, puis revint au sien. Une seconde, il ressentit l’impulsion de défaire ses draps maculés de taches de sueur séchée, de vin renversé et d’autres substances moins ragoûtantes encore, et de les porter aux lavandières, à deux pâtés de maisons seulement. La Maison paierait, et il aurait des draps propres la nuit suivante. Sans compter que le grand air lui ferait 5


le plus grand bien. Puis sa motivation retomba, et il haussa les épaules. Il ramassa une serviette humide jetée sur le pied de son lit, et se dirigea d’un pas traînant vers la salle d’eau. Les vasques de granite étaient vides et sèches depuis longtemps. Tiul essaya d’ignorer son mal de crâne, et maugréa la formule d’invocation d’eau. Une mesure d’un liquide froid, un peu huileux, emplit le cratère. Le mage se déshabilla puis, inspirant un grand coup, plongea son visage dans l’eau glacée. Le choc lui vrilla le crâne, et ses yeux s’enflammèrent, mais au bout du compte, il se sentit mieux. En émergeant de la vasque, il écarta ses longs cheveux châtains, où subsistaient encore quelques traces de teinture blanche, collés à son visage comme des toiles d’araignées. Il s’aspergea d’eau, se peigna avec les doigts, s’ébroua, puis enfila de nouveau sa robe rouge, dans laquelle il avait passé la nuit. Le vêtement était constellé de taches et raidi par la saleté, et Tiul hésita un instant à le changer. Puis il songea à ses deux tenues de rechange, en boule sous son lit, dans un état pire encore que celle qu’il portait, et qu’il devait amener elles aussi aux lavandières depuis plusieurs semaines. Il haussa de nouveau les épaules, et descendit au réfectoire. Il se servit une grosse tranche de viande cuite et une montagne de haricots, puis alla s’asseoir dans un coin. Son estomac se rebella contre la nourriture, mais Tiul se força à manger, conscient qu’il irait mieux après. Le mage ignora comme toujours les regards dégoûtés ou méprisants qui le poursuivaient lorsqu’il se leva pour quitter la salle, laissant son assiette sale derrière lui. Il se dirigea vers la bibliothèque, avec pour objectif d’y somnoler tranquillement sur l’un des fauteuils moelleux qui meublaient l’endroit, seul intérêt qu’il voyait à cette partie de la Maison. Il pénétra dans la pièce éclairée de jour comme de nuit par des globes magiques répandant une douce lueur jaune : les mange-poussières prenaient grand soin de leurs grimoires, et faisaient tout pour éviter que les rayons du soleil puissent faire pâlir les arabesques d’encre précieuse couvrant le vélin. Tiul prit un ouvrage au hasard, s’affala sur un fauteuil, et tenta de lire. Le traité était affreusement compliqué, les pages recouvertes de longs paragraphes écrits dans un style vieillot au ton pompeux, entrecoupés 6


çà et là de formules écrites en langue métallique. Les esprits du métal constituaient l’une des six grandes familles spirites peuplant les Limbes, et étaient relativement peu sollicités par les manciens. Leurs pouvoirs étaient essentiellement basés sur les modifications d’état des métaux : fusion, solidification, création d’alliages, réduction ou augmentation de la cohérence de la matière… À part quelques manciens se spécialisant dans la forge et l’entretien des armes et des outils, ainsi que ceux qui étaient affectés à l’entretien des golems, presque personne n’employait la langue métallique. Tiul n’avait que des connaissances fragmentaires de cet idiome, issues des souvenirs de ses premiers cours de magie, et reconnut vaguement un symbole, qui représentait le fer, ou l’acier, il ne savait plus. Ou peut-être était-ce le plomb ? Il tourna mollement les pages dans le silence feutré de la bibliothèque, avant de sentir ses paupières s’alourdir peu à peu. Sa tête bascula sur son épaule, et il sombra dans un sommeil cotonneux. Il fut réveillé par une main posée sur son épaule, qui le secoua violemment. Il ouvrit un œil trouble, et son champ de vision fut empli par le visage congestionné d’un bibliothécaire. « Vous ronflez ! hoqueta le mange-poussière, offusqué. Ne devriezvous pas être en cours, à cette heure ? » Tiul cligna des yeux, marmonna une vague excuse, et quitta les lieux. Il entendit le bibliothécaire ronchonner derrière lui, ramassant le livre sur les sorts métalliques que Tiul avait laissé tomber à côté du fauteuil après s’être assoupi. Le mage erra un instant dans les couloirs, puis poussa un profond soupir et se résigna à se rendre en classe. Le professeur Mérithias, un frêle vieillard qui semblait toujours flotter dans sa robe écarlate, s’interrompit dans ses explications et lui jeta un regard ironique lorsqu’il se laissa tomber sur un siège, au fond de la salle. « Tiens, notre cher ami Tiul nous fait l’honneur de se joindre à nous aujourd’hui, grinça-t-il. Et avec moins d’une heure de retard, encore ! Que nous vaut tant d’attention de votre part ? » Les élèves ricanèrent. Tiul haussa les épaules. « J’étais parti pour piquer un somme dans la bibliothèque, répondit-il carrément. Mais on m’en a chassé, alors je me suis dit que j’allais venir 7


assister à votre cours. Question soporifique, c’est presque aussi bien. » Personne n’osa rire. Mérithias le foudroya du regard. « Au lieu de nous assommer de vos pitoyables tentatives d’humour, peutêtre pourriez-vous nous rappeler le thème de notre leçon précédente ? lança le professeur. — M’en souviens plus, répondit mollement Tiul. — Je vous aide : nous parlions des Limbes. » Le mancien soupira. Mérithias n’allait pas le lâcher tant qu’il n’aurait pas répondu. « Les Limbes sont le Deuxième Monde, récita Tiul. L’endroit où sont rassemblés les esprits, flottant dans un magma primordial de Pouvoir. — Bien, acquiesça Mérithias. Comment y accède-t-on ? — Par le Lien. — Définissez le Lien. — Non. » Mérithias haussa les sourcils. « Pardon ? murmura le maître-mage, la voix tremblante de colère contenue. — J’ai dit non, répondit Tiul. Je ne définirai pas le Lien. — Vous ignorez ce qu’est le Lien ? s’écria Mérithias, scandalisé. — Non. Mais vous avez suffisamment de singes savants dans cet amphithéâtre. Si vous voulez des réponses à vos questions, demandez-lesleur. » Le professeur le foudroya du regard, mais Tiul ne sourcilla pas. Mérithias finit par abandonner, et se tourna vers l’assemblée. Tiul ricana. Ils abandonnaient toujours. « Bien, grinça Mérithias. Quelqu’un qui ne soit pas un ivrogne indigne et vulgaire peut-il me donner la définition du Lien ? » Une volée de mains tendues jaillit dans les rangs. Mérithias fit mine d’hésiter, puis arrêta finalement son choix sur une étudiante potelée, qui frétilla d’excitation. Tiul leva les yeux au ciel. « Le Lien est la chaîne qui relie chaque être vivant au Deuxième Monde, récita-t-elle à toute vitesse. Tout être a accès aux Limbes, contrairement à ce que prétendaient les chamanes et les sorcières, et tout homme et toute femme raisonnablement doué et s’entraînant convenablement peut puiser dans la magie des Limbes à travers ce Lien. 8


— Très bien, acquiesça Mérithias. Les êtres vivants sont-ils les seuls à posséder un Lien ? — Non, répondit aussitôt l’étudiante, comme affolée qu’un autre puisse répondre avant elle. Certains lieux, naturels ou non, disposent d’une certaine connexion avec les entités spirites. Des sources, des mines, des forêts ou même des villes peuvent être habitées par des esprits, qui glissent sur le Lien pour faire survenir des événements surnaturels dans notre monde. — Excellent. Un autre, à présent. » L’étudiante rondelette se rassit, déçue, et un élève répondit à la question suivante, qui consistait à réciter les six familles d’esprits élémentaires. Tout le monde avait oublié Tiul, ce qui lui convenait tout à fait : il put somnoler tranquillement, jusqu’à ce que le cours se termine.

Anthalus

A

nthalus laissa son regard errer sur les contreforts brumeux des montagnes de Pyrya. D’ordinaire, il s’interdisait la moindre sentimentalité : seuls les faibles étaient hantés par le passé et les erreurs commises. Mais aujourd’hui, il ressentait le besoin de permettre à son esprit de rejoindre sa patrie. Plusieurs décennies s’étaient écoulées depuis les événements du Val, mais chez les Nains, le temps n’avait pas la même valeur que pour le reste du monde. Chez le Peuple de la Pierre, un acte répréhensible n’était pas altéré par le passage des années. Au contraire, il était amplifié, magnifié, il résonnait dans les mémoires et les murmures, comme les sagas des scaldes dans les hautes salles de pierre de la citadelle des Neiges. Un traître n’était jamais oublié. Un exilé ne revenait jamais. Une bulle dans la cuve. Elle s’enroule autour d’un bras, puis éclate mollement à la surface. La créature ne bouge pas. Elle est hideuse. « Hé, rase-mottes, on bouge ou tu finis de compter les nuages ? » fit une voix aigre dans son dos, le tirant de sa rêverie. Anthalus sursauta, et foudroya du regard celui qui venait de parler. Damir, évidemment. Il parvenait d’ordinaire à conserver une certaine discipline chez les mercenaires qu’il dirigeait, mais Damir semblait 9


réticent à toute forme d’autorité ou de respect pour la hiérarchie. D’après lui, c’était un signe de sa liberté d’esprit et de sa force de caractère. Selon Anthalus, ce n’était rien d’autre que la preuve de son imbécillité. Anthalus était le meneur du groupe, celui qui l’avait recruté, celui qui l’avait incorporé à sa compagnie, celui qui partageait les butins et les récompenses, et pourtant Damir persistait dans son attitude pleine de morgue et de mépris, en particulier envers lui. Le Nain eut un moment d’hésitation. Damir était un excellent combattant, ce qui expliquait certainement en grande partie son arrogance : il serait dommage de s’en séparer avant l’escarmouche qui se préparait. D’autant que la possibilité qu’il avertisse leurs adversaires de leur venue constituait une forme de coup bas dont Damir était tout à fait capable. «  Alors  ? insista le mercenaire avec agacement. Tu comptes rêvasser encore combien de temps ? — Autant qu’il me plaira, face de racine, rétorqua Anthalus en lissant sa barbe grise. Au moins, le temps que je passe dans mes pensées, je ne le passe pas à voir ta vilaine trogne. » La peau pâle du mercenaire rougit violemment. Damir était très chatouilleux quant à son apparence physique, ayant tout à fait conscience qu’il n’avait rien d’un éphèbe, bien au contraire. Il essaya un instant de défier Anthalus du regard, mais comme toujours, il finit par détourner les yeux. Personne ne supportait longtemps de plonger dans les prunelles couleur d’or fondu du Nain. Muet de rage, le guerrier fit tourner bride à son cheval et alla se placer plus loin dans la colonne. Quelques mercenaires sourirent, ravis de la manière dont leur chef avait mouché Damir. D’autres ne souriaient pas : ceux que Damir avait ralliés à sa cause, ceux qui pensaient qu’être dirigés par un Nain était une honte, une disgrâce. Anthalus plissa les yeux. C’est ton dernier contrat, imbécile, songea-t-il en talonnant son ko’ar. Cela fait trop longtemps que tu sapes mon autorité. Le gros oiseau noir se mit docilement au pas, bien qu’il ait à peine senti le coup de botte à travers son épais plumage d’hiver. Anthalus savait que le ko’ar était une monture réputée pour son calme et sa stupidité, habituellement réservée aux marchands et aux paysans pour tirer les carrioles et les charrues, et que le fait qu’il l’emploie comme monture 10


de combat faisait sourire. Mais il avait dressé le sien à la perfection, et à bien des égards, le solide volatile se comportait aussi bien, voire mieux que les hauts chevaux de guerre que montaient les Humains. Les mercenaires le suivirent, et le petit groupe armé descendit le surplomb qui dominait un pan de forêt. Les brigands qu’ils pourchassaient depuis une semaine se terraient certainement ici. Anthalus ordonna une nouvelle halte un quart d’heure après, et fit enrouler des torchons autour des sabots des chevaux, afin de ne pas être repérés. Les mercenaires s’engagèrent dans le bosquet avec précaution. Malgré quelques craquements de branchages inévitables, Anthalus pensait toujours avoir une chance de prendre leurs proies par surprise. Le Nain était mercenaire depuis presque quarante ans. Il connaissait parfaitement son métier, et bien qu’il préfère quand tout se déroulait comme prévu, il savait s’adapter promptement à toute situation inattendue. Aussi, lorsqu’une flèche siffla et se planta dans le ventre d’un de ses hommes, il réagit immédiatement. « Aux armes ! s’écria-t-il. Leur camp est droit devant ! Chargez à travers les fourrés ! Léomir, Athax, descendez-moi cet archer, ordonna-til à ses arbalétriers qui cherchaient déjà l’origine de la flèche, et couvrez la charge ! Tharc, tu aides Herrin à rester en selle ! ajouta-t-il au massif guerrier qui soutenait déjà son camarade blessé. Damir, tu prends la tête de l’assaut ! En avant ! » Les chevaux des mercenaires se mirent au galop, faisant trembler la terre couverte d’humus sous leurs sabots. Anthalus poussa son ko’ar en avant pour se mettre au milieu de la charge, et défit les sangles qui retenaient son marteau de guerre à sa selle. Un claquement sec, aussitôt suivi d’un second, puis un grognement de douleur et un bruit de chute. Anthalus ne tourna pas la tête : il savait que ses arbalétriers avaient fait mouche. Damir poussa un cri de guerre tonitruant en pénétrant dans le campement, et abattit violemment sa masse d’armes sur le crâne d’un malheureux bandit qui brandissait un simple bâton. Le sang et la cervelle jaillirent, et l’homme s’affaissa à ses pieds, raide mort. « Damir, pauvre crétin ! hurla Anthalus dans son dos. J’ai répété mille fois qu’il nous les fallait vivants ! La Maison ne prend pas les cadavres, 11


rien que les prisonniers ! » Le mercenaire jeta au Nain un regard dégoûté, mais se contenta de briser l’épaule de son adversaire suivant. Anthalus, profitant du garrot bas de son ko’ar, passa dans les rangs ennemis et écrasa son marteau sur les jambes et les genoux des malandrins qui passaient à sa portée. Le Nain avait reçu de ses hommes le surnom de Brise-Rotules, qui n’amusait que ceux qui ne connaissaient pas la douleur d’une rotule fracturée. Ses cibles s’effondrèrent au sol en braillant, incapables de surmonter leur souffrance pour se défendre. Autour de lui, les mercenaires abattaient leurs massues et leurs gourdins sur les bandits, neutralisant leurs proies sans les occire, conformément aux directives d’Anthalus. Les brigands qui tentèrent de saisir leurs arcs furent immédiatement cloués au sol par des carreaux d’arbalète, et ceux qui cherchaient à s’enfuir virent leur retraite coupée par les chevaux des mercenaires, qui appliquaient la formation d’encerclement mise au point par Anthalus. En quelques minutes, les malandrins furent mis hors d’état de nuire et rassemblés. Léomir et Athax allèrent chercher l’archer qu’ils avaient abattu, et le traînèrent pour le mettre avec les autres, un carreau d’arbalète dépassant de chacun de ses mollets. Plusieurs des mercenaires avaient quelques notions de premiers soins, et pansèrent les prisonniers les plus gravement blessés. Anthalus s’occupa personnellement de Herrin, son camarade touché par une flèche, et fut soulagé de constater que la blessure était sans gravité, l’armure de cuir et surtout la vaste panse du guerrier ayant absorbé le plus gros des dégâts. Rassuré, il se tourna vers les captifs. « Dix-neuf, compta-t-il d’un air appréciateur. Moins ces deux-là, qui sont trop gravement touchés pour tenir la route du retour, grogna-t-il en désignant deux bandits, que ses hommes passèrent aussitôt par le fil de l’épée. Dix-sept. À dix marques le prisonnier, on a fait une belle prise. — Tu parles, maugréa Damir. Après avoir divisé la somme en neuf, sans parler de la double part que tu prends, on aura à peine assez pour passer la nuit dans un bordel. — Si tu n’avais pas tué l’un d’eux, il y en aurait eu plus, rétorqua Anthalus. Sans parler des blessures de ceux-là, qui ressemblent étrangement à des 12


coups de masse, ajouta-t-il en désignant les deux cadavres encore chauds. Or, tu es le seul à en utiliser une. Si je compte bien, on a perdu trente marques à cause de ta stupidité. » Damir rougit de colère. « J’étais à la tête de la charge, je devais bien les effrayer ! Ce n’est pas en leur tapant gentiment sur le crâne avec des bouts de bois qu’ils vont nous craindre ! Il fallait faire des exemples ! — Tes “exemples” nous ont coûté trois marques par homme, crétin, grogna Anthalus en se retournant pour sangler son ko’ar. La prochaine fois, je prendrai la tête de la charge, nous perdrons peut-être moins d’or sans tes idioties. — Cette fois, ça suffit, explosa Damir en brandissant sa masse. Tu m’as insulté une fois de trop, salopard de nabot ! » Anthalus se retourna. Avant que le mercenaire ait pu faire un pas, un claquement sec, aussitôt suivi d’un choc sourd, retentit dans la clairière. Il y eut un instant de silence. Puis Damir bascula en arrière, l’empennage d’un carreau dépassant de son front. Le Nain réarma avec agilité sa mécarbalète, et la pointa sur ses hommes, qui s’immobilisèrent. « Quelqu’un d’autre veut faire don de sa part au reste des membres du groupe ? » gronda-t-il d’un air menaçant. Un à un, les mercenaires baissèrent la tête, évitant son regard glacial. « C’est bien ce que je pensais. Rassemblez les prisonniers, on rentre. »

Qiruë

L

a Clairvoyante pénétra en titubant dans le Sorcerium, essoufflée, les entrailles tordues par l’angoisse. Chassant d’un geste fébrile les longs cheveux blanchâtres qui lui tombaient sur le visage, elle plissa les yeux, s’habituant peu à peu à la pénombre qui régnait dans le bâtiment. En face d’elle, quatre des sept barons-sorciers de Sassavaï relevèrent la tête de leurs grimoires, soupirant et grimaçant, simulant l’agacement d’être interrompus au milieu de recherches capitales. Qiruë savait que deux d’entre eux louchaient trop pour pouvoir lire longtemps, et que les deux autres avaient une vision si déformée qu’ils peinaient à distinguer leurs mains de leurs pieds. Quant aux trois magistrats manquants, ils 13


devaient certainement dormir ou errer misérablement dans le parc du Sorcerium, attendant qu’un disciple les retrouve. Cependant, elle ne fit pas de remarque. Depuis la fondation du Dernier Foyer, les Elfes étaient guidés par les descendants des sept plus anciennes familles nobles versées dans les arcanes, à l’origine des sorciers sages, brillants, avides de savoir occulte et passionnés par les recherches. Malheureusement, les actuels barons-sorciers étaient affectés, comme la plus grande part de ce qui restait du Beau Peuple, par de sévères tares congénitales, rendant ridicules leurs pathétiques tentatives d’imiter les puissants érudits de jadis. Chaque jour, Qiruë rendait grâce au Grand Esprit d’avoir été aussi épargnée par les tares qui gangrenaient son peuple. Oh, bien sûr, elle était maigre comme un clou, ses cheveux étaient dépourvus de couleur et ses yeux étaient globuleux et larmoyants – elle était bien loin de ressembler aux magnifiques impératrices des temps de jadis qui ornaient les antiques bas-reliefs des temples et des palais de Sassavaï. Mais la jeune Elfe avait au moins eu la chance de ne pas subir pleinement la terrible dégénérescence mentale qui affectait une trop grande partie de son peuple. Elle était consciente de ne pas être dotée d’une intelligence stupéfiante, mais au moins n’était-elle pas non plus complètement stupide, ou paranoïaque, ou incapable de s’exprimer, comme beaucoup des derniers Elfes. « Que signifie cette intrusion dans le domaine de la Sorcellerie ? » grinça l’un des vieillards en essuyant son nez globuleux d’un revers de la manche richement brodée de sa robe. Le baron-sorcier Zyvissin était celui qui parlait d’ordinaire pour tous les autres, étant à peu près le seul à pouvoir suivre une conversation longue sans perdre sa concentration. « Pardonnez-moi, répondit Qiruë avec humilité. J’ai eu une vision. Je devais vous en informer. » Les érudits reniflèrent ou haussèrent les épaules. La Clairvoyante savait ce qu’ils pensaient de son don de divination, et elle évitait d’ordinaire de les heurter en étalant ses surprenants pouvoirs. Mais il n’était plus temps de ménager la sensibilité des vieillards. « Le Grand Esprit m’a parlé, annonça-t-elle d’une voix qu’elle désirait ferme et claire, mais qui ressemblait désagréablement à un couinement 14


étouffé. Il m’a montré ceux qu’il jugeait dignes d’accéder à la requête du Consort. — Le Consort n’a que faire de tes prétendues visions, crachota Zyvissin, et les autres hochèrent la tête en chœur. Il a demandé de l’aide à notre peuple en espérant que notre puissante magie pourrait l’aider à trouver un remède, et non pas, comme tu sembles stupidement le penser, pour trouver un héros à lancer dans une quête incongrue. » Qiruë se recroquevilla et faillit tourner les talons, mais elle se força à se rappeler la certitude qu’elle avait ressentie lors de sa transe, et la confiance apaisante que le Grand Esprit accordait à sa Clairvoyante, malgré ses innombrables faiblesses physiques et morales. « Le Grand Esprit m’a demandé de faire appel à vous, non pour votre sagesse, mais pour vos pouvoirs, assena-t-elle avec un courage qui la surprit elle-même. Seuls vous et vos disciples pouvez attirer l’attention du Consort par votre sorcellerie. Je dois le voir aussitôt que possible. — Ta présomption est inqualifiable ! siffla le vieillard. Sors immédiatement ! — Pas avant d’avoir vu le Consort. » Qiruë trembla violemment. Zyvissin était blanc de colère, et les autres faisaient de leur mieux pour l’imiter, sans forcément en connaître la raison. C’était la première fois qu’elle défiait aussi ouvertement les barons-sorciers, et la peur la consumait douloureusement. Pourtant, elle tint bon, et essaya d’adopter une attitude fière. « Vous savez que le Grand Esprit me parle, lança-t-elle, et vous devez vous douter qu’il n’appréciera pas que vous entraviez ses desseins. Souhaitez-vous vraiment risquer son ire ? » Le Grand Esprit veillait sur les Elfes, et n’avait pas la volonté de leur causer le moindre mal, mais les barons-sorciers l’ignoraient. Zyvissin jaugea un instant la Clairvoyante du regard puis, résigné, s’avoua vaincu. Il s’engouffra dans les couloirs du Sorcerium, et piailla des ordres aux disciples, qui commencèrent à rassembler les composants nécessaires à l’appel du Consort. Qiruë s’installa dans un fauteuil rembourré et observa patiemment les préparatifs, espérant sincèrement que le Grand Esprit lui pardonne d’avoir fait de lui un portrait aussi colérique et destructeur. 15


Anthalus

E

t voilà, dix-huit marques par personne, fit Anthalus en faisant glisser les tas de pièces sur la table. Plus deux marques par arbalétrier, pour acheter de nouveaux carreaux et faire réviser leurs armes. Athax, j’ai remarqué que ton arbalète tirait trop à gauche, fais-moi réparer ça. Et maintenant, allez vous soûler la gueule et débarrassez-moi le plancher, j’ai assez vu vos sales trognes. On se retrouve dans trois jours ici même pour la prochaine expédition. Et n’essayez pas de me doubler ou de partir sans moi, vous savez que je n’aimerais pas ça. Allez, barrez-vous ! De l’air, ouste ! » Les mercenaires empochèrent en grommelant leur part de butin et quittèrent la table du Nain. Anthalus fit tomber le reste du magot dans sa vieille bourse de cuir, et l’attacha dans la poche intérieure de son harnais, près de son cœur. Il attendit un instant que tous ses hommes soient hors de vue, puis commanda à boire et à manger. Engloutissant son repas avec appétit, le regard rivé sur son assiette, il ne vit pas tout de suite l’homme qui s’était approché de lui et qui finit par lui taper sur l’épaule. Agacé d’être dérangé en plein repas, il leva les yeux et ravala aussitôt la réplique acerbe qu’il avait sur le bout de la langue. L’homme portait la robe rouge. « Que puis-je pour vous, honoré mancien ? articula-t-il en avalant précipitamment sa bouchée. Avez-vous déjà un nouveau contrat à me proposer ? » Le mage haussa les sourcils, surpris, et s’approcha du visage d’Anthalus, pour lui parler par-dessus le brouhaha qui régnait dans la taverne. « J’demandais juchte, esch’que j’peux m’acheoir ? gargouilla le mage d’une voix pâteuse qui sentait fortement le vin rance. L’y’a plus d’place », ajouta-t-il en faisant un geste vague vers la salle enfumée et bruyante, effectivement bien remplie. Anthalus hocha servilement la tête, dissimulant son dégoût, et le mage s’assit pesamment sur le tabouret en face de lui. Ivres ou pas, les mages de la Maison étaient les commanditaires principaux de toutes les compagnies de mercenaires, et Anthalus traitait ses clients avec

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respect. C’était cependant la première fois qu’il croisait un mancien en état d’ébriété : il était même quasiment certain que les étudiants de la Maison étaient tenus à une certaine discipline de vie, devant consacrer leur existence à l’étude de la magie et à l’accroissement du pouvoir de leur faction. « J’m’appelle Tiul, ânonna le mage en lui tendant une main molle, qu’Anthalus serra poliment. Mancien du sixième cercle. » Le respect du Nain pour son camarade de boisson décrut brutalement. L’homme devait avoir pratiquement la trentaine : à son âge, la plupart des mages avaient depuis longtemps atteint le quatrième, voire le troisième cercle. Ce déchet était certainement une sorte de mascotte, une preuve que les dirigeants de la Maison locale gardaient pour montrer à leurs autres élèves les dangers d’une vie dissolue. Comme souvent parmi les manciens habités par le Pouvoir, le mage avait les cheveux d’un blanc de neige, tout comme l’était sa courte barbe taillée en collier. Cependant, en plissant les yeux, le mercenaire remarqua des racines brunâtres et quelques mèches plus sombres dans la chevelure immaculée de l’homme. Anthalus retint un ricanement : cet imbécile s’était lui-même teint les cheveux pour qu’on le croie touché par le Pouvoir ! Le Nain grogna son indifférence, et plongea le nez dans son bock encore plein. « Z’avez raison, fait fort soif ! gloussa le mancien. Hé, ma jolie, par ichi ! » La serveuse approcha en soupirant. Le mage beugla qu’il voulait du vin, et Anthalus en profita pour demander une nouvelle chope. La jeune femme s’éloigna vers le bar, et le mage se retourna ostensiblement pour contempler son arrière-train, un large sourire éclairant son faciès stupide. Anthalus leva les yeux au ciel, et termina son gobelet d’un trait. La serveuse revint avec le verre du Nain et un pichet de vin. « Ch’est moi qui invite ! déclara le mage en lançant quelques piécettes sur la table. Apparemment, vous faites affaire avec la Maijon : faut fêter cha ! » Anthalus hocha la tête en guise de reconnaissance. « Ch’est rare de croiser un Nain, par ichi, commenta Tiul alors qu’Anthalus attaquait l’os de sa viande. Ch’pensais qu’y en avait pu, qu’y avaient tous dichparu… Y’en a même qui disent qu’y se sont envolés, sur des gros oiseaux de métal… » 17


— Je suis la preuve vivante qu’il y en a au moins encore un, rétorqua sèchement le mercenaire. — Ch’est bien vrai ! acquiesça le mancien en gloussant. Comme quoi, les légendes et les racontars de bonnes femmes, ch’est rien que des calembredaines ! Des oiseaux de métal, j’vous demande un peu ! » Anthalus ne répondit pas. Ce qui ne découragea pas son compagnon. « En tous cas, ch’est une sacrée arme qu’vous avez là ! » lança Tiul en désignant d’un doigt tremblant la mécarbalète qu’il avait gardée posée sur la table. Le Nain grommela de manière inintelligible. « Ch’est tout plein de boulons et d’engrenages, commenta le mancien en approchant son regard trouble de l’arme. Ch’est quelque choje, l’artijanat nain. Et dire que nous autres, Humains, on tire toujours avec de vieilles arbalètes en bois… — Une arbalète humaine tue aussi bien que ma mécarbalète, grogna le Nain, espérant clore le débat. — Ch’est pas faux ». Anthalus hocha la tête, et vida sa chope. Le dénommé Tiul siffla : « Chacrée descente ! Remettez-lui la même choje, mon ami a choif ! » Le Nain cligna des yeux avec effort. Dodelinant de la tête, il but avec plus de précautions son troisième bock, rotant entre chaque gorgée. Le mancien était hilare, et sirotait son vin avec une rapidité surprenante, babillant de tout et de rien sans vraiment attendre de réponse. En silence, Anthalus but un quatrième, puis un cinquième verre, faisant de son mieux pour ignorer la présence du mage. Finalement, il essuya sa barbe grise de sa manche, puisa avec difficulté quelques pièces dans sa bourse, et les empila sur la table. Puis il accrocha sa mécarbalète dans son dos, salua vaguement l’homme en robe rouge et sortit de la taverne. Inspirant profondément une bouffée d’air nocturne, le Nain s’éloigna en titubant vers les écuries de l’établissement, à la recherche de sa monture. Il soupirait bruyamment, et ricanait tout seul de temps à autre, se raccrochant au mur pour ne pas tomber. Finalement, il fut devant l’entrée de l’étable. Il s’arrêta pour souffler. Léomir lui tapa sur l’épaule. Comme prévu. 18


« Damir était mon frère, grogna l’arbalétrier d’un ton sourd. — Fichtre. Toutes mes condoléances, mon gars, répondit le Nain d’une voix pâteuse. — Il avait ses défauts. Mais je ne peux pas accepter son meurtre sans rien faire. Moi et les gars, on pense que tu as assez duré, Brise-Rotules. » Anthalus se retourna. Léomir était accompagné de deux autres de ses hommes. L’un était Tharc, un guerrier brutal qu’il n’aimait pas beaucoup. L’autre était un homme massif, au visage recouvert d’une barbe noire et drue, qui ne répondait qu’au surnom évocateur de « Boucher ». Ceux qui étaient fidèles à Damir. Les mercenaires dégainèrent leurs poignards. « Tu n’aurais pas dû boire toute cette bière, gronda Léomir avec un sourire cruel. On t’a regardé te pinter la gueule toute la soirée. Enfin, avec de la chance, tu es assez ivre pour ne plus rien sentir… — Tu aurais dû mieux regarder, abruti », marmonna Anthalus. Le Nain se jeta en avant et enfonça son crâne dans le ventre de Léomir, qui tomba en arrière, le souffle coupé, entraînant avec lui ses comparses. Anthalus en profita pour s’engouffrer dans l’étable et attraper son marteau de guerre dans le paquetage de son ko’ar, tout en détachant de l’autre main la mécarbalète de son dos. Se retournant pour faire face à ses ennemis, il eut la satisfaction de voir la crainte sur leur visage faiblement éclairé par la lune. « Tu avais dit qu’il était ivre ! » beugla Tharc, une nuance de panique dans la voix. Anthalus sourit. Il avait bu du lait de chèvre toute la soirée. Sachant qu’une vengeance était à prévoir, il avait jugé plus prudent de jouer la comédie. Il pressa la détente de sa fidèle mécarbalète, et Tharc hurla, un carreau fiché dans le ventre. « Saoul ou pas, tu paieras ce que tu as fait à mon frère ! » s’exclama Léomir. Le souffle court, le mercenaire se jeta sur le Nain, la dague en avant. Anthalus l’attendait de pied ferme. Lâchant la mécarbalète, il abattit sans douceur son arme sur les côtes du mercenaire. Léomir hurla, et sa dague cliqueta en heurtant le pavé. Le Nain poussa son avantage, et enfonça le manche de son marteau dans le menton de son ennemi, le jetant au sol. Boucher en profita pour se faufiler sournoisement dans 19


son dos. Anthalus avait prévu la manœuvre, mais lorsqu’il se retourna brusquement pour le cueillir d’un revers de son arme, il eut la surprise de trouver son adversaire hurlant à la lune, essayant d’étouffer à pleines mains les flammes qui léchaient sa longue barbe. « Cha t’apprendra à attaquer dans l’dos, chalopard », gloussa une voix pâteuse. Surpris, Anthalus tourna la tête. Le mage Tiul, son « compagnon » de beuverie, venait d’apparaître à l’angle de l’écurie, l’une de ses mains encore faiblement éclairée par le sortilège qu’il venait de lancer, l’autre toujours serrée autour de son gobelet de vin, dont il prit une longue gorgée. « J’me disais bien qu’ils vous regardaient bizarrement, ches trois-là, hoqueta-t-il. Qu’avez-vous pu faire pour qu’ils… ‘tention ! » Anthalus fit aussitôt volte-face, et son marteau heurta violemment la main gantée de Léomir, lui broyant les os et le forçant à lâcher le poignard qu’il avait ramassé. Le mercenaire brailla à nouveau, réduit à l’impuissance. D’un revers, le Nain enfonça le poitrail de l’arbalétrier. Il y eut un craquement d’os écœurant, et Léomir tomba au sol en grognant, le souffle coupé. Anthalus s’élança alors sur Boucher, qui venait de plonger sa tête enflammée dans un abreuvoir, et lui assena un violent coup de manche derrière la nuque. Le colosse s’effondra. Tharc gémissait toujours, les mains crispées sur le carreau qui dépassait de son ventre. « Cesse de geindre, grogna Anthalus. J’ai visé le gras de ta bedaine, et ma mécarbalète n’était pas réglée pour tuer. Je n’ai pas pu te faire vraiment mal. — Qu’est-ce que tu comptes faire ? haleta Léomir, la mâchoire crispée par la douleur. Nous tuer, comme tu as tué Damir ? — Et perdre l’opportunité de livrer à la Maison des Mages trois fauteurs de troubles, qui ont attaqué un mercenaire isolé devant les yeux d’un mancien ? sourit cruellement Anthalus. Sûrement pas ! Je vous regretterai, les gars. Mais ne vous en faites pas, j’aurai mes trente marques pour m’en remettre. »


La Geste du Sixième Royaume PRIX IMAGINALES 2012 inq royaumes se font la guerre depuis des générations, ils s’unissent enfin pour détruire le sixième situé en leur cœur, une immense forêt sauvage dont on dit qu’elle abrite toutes les créatures des contes et des légendes. Mais voici six personnages aussi différents que l’eau et le feu qui se découvrent les protecteurs du Sixième Royaume. Le roman raconte avec un rythme effréné les destinées de ces héros malgré eux, semées d’embuches, de pièges, de doutes, de découvertes incroyables et de magies insaisissables. Le suspense et la tension y sont remarquablement aménagés et ceci jusqu’à l’affrontement final. On s’attache très rapidement à tous les personnages et à leurs destins. La Geste du Sixième Royaume nous fait voyager dans un univers de Fantasy grandiose où le lecteur connaisseur y retrouvera ses repères mais transformés par l’imaginaire original et puissant de l’auteur.

C

Adrien Tomas signe un premier roman haletant, écrit avec un style limpide, faisant alterner les actions aussi bien des héros que des adversaires dans des chapitres courts parfaitement maîtrisés. ISBN: 978-2-35408-122-5 / 18 août 2011 / 512 pages / 24 € illustration : Alain Brion


Ils en parlent… Entrée fracassante pour l’auteur dans le royaume de la fantaisie, et pas que française, ce livre s’en détache pour concurrencer de plain-pied ses homologues anglo-saxons. www.unwalkers.com Pour un premier roman, Adrien Tomas fait fort et Mnemos nous propose encore une fois une œuvre de qualité. Qu’il s’agisse d’un style littéraire clair et efficace, d’un scénario prenant mais classique, ou bien encore des personnages, tout est mis en place pour que le roman d’Adrien Tomas devienne l’une des grandes réussites de 2011. www.mythologica.net Le premier roman d’Adrien Tomas est impressionnant. Ne voulant pas écrire comme les autres, il se fabrique son univers. Univers réaliste, bariolé, mais aussi sombre et violent. On ne ressort pas indemne de cette lecture. Adrien Tomas est une révélation. Le lecteur se verra exténué à la fin de la lecture. Le roman est dense, mais il sera enthousiaste. Un auteur prometteur ! http://temps-de-livres.over-blog.com Vous l’aurez compris, le bilan est plus que positif pour La Geste du Sixième Royaume. Le point fort d’Adrien reste son style, un style ovni dans le genre de la fantasy puisqu’il apporte une légèreté favorisant l’immersion du lecteur dans un univers d’une grande richesse. www.place-to-be.fr Pour faire court, on pourrait dire que La Geste du Sixième Royaume, c’est le Seigneur des anneaux écrit à la manière du Trône de Fer, une histoire de High-Fantasy racontée du point de vue de tous ses participants, gentils ou mauvais, mais ce serait très réducteur, même si on trouve bien tout ça dans ce premier roman d’Adrien Thomas. www.psychovision.net


QUAND LE BIEN ET LE MAL N’EXISTENT PAS, SEULS RESTENT LES CHOIX

T

iul est le plus mauvais étudiant de

La Maison des Mages, plus intéressé par les filles des tavernes que par l’art qui permet à ses confrères de manipuler les forces de ce monde. Anthalus est un mercenaire de bas étage qui vit au jour le jour entre tueries et trahisons. Qiruë, craintive et chétive, est la dernière représentante du peuple moribond et décadent des Elfes, méprisée et haïe par ses supérieurs. Alishr est un jeune écuyer malingre qui rêve de devenir paladin, malgré les brimades et l’ostracisme dont il est la victime. Ce ne sont pas des héros, et il est probable qu’ils ne le soient jamais. Pourtant, alors que la mystérieuse Maison des Mages, qui apporte aide et éducation aux populations, tisse son réseau tentaculaire au cœur des Six Royaumes, le destin du monde va heurter le leur de plein fouet et les jeter face à des forces magiques aussi anciennes que l’univers. C’est avec et contre elles qu’ils devront écrire la légende des siècles à venir. Après le succès de son premier roman La Geste du Sixième Royaume (prix Imaginales 2012), Adrien Tomas confirme, avec La Maison des Mages, son talent unique de conteur et de créateur de mondes en nous livrant une épopée de Fantasy addictive et surprenante.

LA MAISON DES MAGES ISBN : 978-2-35408-155-3

SORTIE LE 23 MAI 2013 www.mnemos.com

Illustration de couverture Alain Brion ISBN : 978-2-35408-195-9 Extrait offert, ne peut être vendu

Maison des mages  

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