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Désobéissance

Bienvenue à la réunion 359


Éric Arlix

Désobéissance

Bienvenue à la réunion 359

collection et hop éditions imho


Sommaire

Préface Désobéissance, bienvenue à la réunion 359 Postface Représentations

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Pièce jouée par le Groupe Merci en avril 2007 au théâtre de l’Estive à Foix entre les deux tours de l’élection présidentielle.


Préface

Étant donné l’obligation de sérieux dans la masca­rade, étant donné l’obligation de mascarade dans le sérieux, étant donné qu’il faut faire croire aux chances de Ségolène Royal de gagner l’élection présidentielle de 2007 alors qu’il est évident qu’elle va la perdre, étant donné qu’il faut remettre cela pour les législatives pour constater de nouveau que le socialisme est une fiction qui a trop duré et que certains – assez riches, assez incultes, assez forts dans la survie financière – voudraient solder au plus vite les quelques restes encore accommodables, nous ne pouvons que constater que l’on aurait, à un moment donné, atteint le summum d’un truc. Étant donné que l’accumulation des constats flagrants du règne de l’imbécillité (de la marchandisation, de l’esprit concurrentiel, de l’acharnement à maintenir les pauvres pauvres) est désor­mais claire, partageable, disponible, que reste-t-il d’activable pour les résistants si

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ce n’est de rester lucide et droit dans ses bottes en con­ templant l’explosion de la bêtise, la méga check-list de l’insauvable, la simulation constante de l’intelligence ? Surtout ne pas verser dans l’attitude cool, cette révolution consommée ou pire dans l’oxymore de la révolution conservatrice, en simulant 22 000 fois par jour des pauses, des paraîtres. Étant donné que vous ne vous rendez pas du tout compte de la situation au-delà de vos petites fictions égotripantes et qu’il n’est plus en ce monde de vérité, de lucidité, d’intelligence que validées par un document Excel dégageant des progressions de chiffres au parfum d’excellence, est-ce que l’on n’aurait pas, à un moment donné, atteint le summum d’un truc, un truc fou et insauvable ? Étant donné que l’économique transforme ta petite cervelle plus ou moins disponible en une masse de neurones animée par l’esprit concurrentiel, étant donné que le principal danger est « […] que nous devenions de véritables habitants du désert et que nous nous sentions bien chez lui 1 », étant donné qu’au désert symbolique se surajoute désormais le désert du réchauffement climatique, ce nouveau marché du capitalisme, cette franche poussée de stérilité des esprits, est-ce que l’on n’aurait pas, à ce moment donné, atteint le summum, l’hypersummum d’un truc fou, gigantesque et insauvable ?

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Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique ?, Points Seuil, 1995.

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Désobéir (civilement, civiquement au capitalisme, à sa famille, aux traditions, aux partis, etc.) reste le seul oasis possible dans la stérilisation (désertification) des esprits. Désobéir, c’est accepter enfin qu’il n’y a pas de projection, de vision du monde possible désormais, juste reconstruire un truc (un peu bancal forcément) à partir de ruines, conscients de l’insauvable. Désobéir revient à avoir de la mémoire pour ne pas rejouer en boucle les mêmes scénarios, les mêmes projections consolidées (hyperscénarisées) par les mêmes peurs. La violence du capitalisme guerrier reste intacte malgré ses millions de dérapages en 250 années d’une croissance ful­gurante. Désobéir, c’est considérer que le capitalisme est une maladie, un virus, dans lequel, bien sûr, quelques cellules (importantes ou mineures) peuvent ignorer (consciemment ou pas) l’organisme directeur. En ce sens la première des désobéissances serait de refuser le travail salarié mais avec des extrêmes gauchistes, certes pseudo-anticapitalistes mais qui défendent le travail salarié, la désertification des esprits continue, non-sens suprême, les gros cigares n’en finissent pas de pouffer. Tu es caissière ou ouvrier, le bonheur serait-il de le rester ? Désobéir, c’est rendre toutes ses cartes d’abonnement pour réapprendre à lire les formes de vies proposées par le capitalisme, formes de vie finalement assez faciles à contourner, mais si tu as vraiment besoin d’un

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camping-car, d’un plasma ou d’une résidence secondaire, oui là tu es archi mal mec. La démocratie est super bandante alors comment lutter, convaincre, expliquer, désobéir ????? ????????? Crise de la représentativité ? (archi yes). Excès du capitalisme ? (archi yes) – toujours plus de pauvres, plus d’armes, plus de conflits. Fictionnalisation, parcellisation des luttes ? (archi yes). Partir de l’insauvable me semble approprié. Faire état de l’état catastrophique du monde, de ce qui est déjà perdu, pour opposer au capitalisme tel qu’il se développe et évolue en tant que virus depuis son apparition – aspirant le commerce pour le transformer et le faire évoluer en cette logique biopolitique d’aspiration de l’humain – une position claire, lucide et critique sur l’état du monde. What else ? Le bleu le blanc et le rouge se remémorent 250 ans de lutte, en boucle, dans le désordre, empêtrés dans une contestation fictionnalisée par le capitalisme. Les propos, les certitudes, les revendications s’entremêlent, s’annulent, les clés auraient-elles disparu ? Ce moment théâtral est une séance préparatoire invitant les vivants à faire une pause dans leurs certitudes pas toujours très objectives. Une longue pause pour éviter de rejouer encore et toujours les mêmes scénarios (en pire) dans des décors toujours en quête de plus de virtualité dans une mise en scène médiatique d’une crétinerie invraisemblable.

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« Est-ce que là, on n’aurait pas atteint le summum d’un truc ? » est la phrase de Désobéissance qui résume le plus simplement cette envie de pause. Temporiser plutôt que de quémander des miettes, s’abstenir de voter pour ne pas voter pour le moins pire, ne plus faire semblant en somme parce que, évidemment, trop c’est trop. Éric Arlix Février 2007


Désobéissance, bienvenue à la réunion 359