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MisÀjour Matériel numérique Présentation des évaluations

Pour chaque année du secondaire, le matériel numérique comprend une évaluation de chaque chapitre et trois évaluations d’étape. Les notions évaluées et les situations d’apprentissage proposées correspondent au cahier d’activité MisÀjour et à la Progression des apprentissages au secondaire.

L’évaluation de chapitre porte sur les notions acquises liées au type de texte abordé dans le chapitre.

Contenu d’une évaluation de chapitre

2e cycle

Texte correspondant au type abordé dans le chapitre

De 2 à 5 pages

Tâche de lecture : questionnaire évaluant la compréhension et l’interprétation, la réaction, la grammaire du texte

Environ 4 pages

Tâche d’écriture : courte production sur le thème du texte lu et correspondant au type

De 150 à 200 mots

L’évaluation d’étape porte sur les notions acquises en lien avec un ou deux discours (description, justification, explication, argumentation, narration, théâtre ou poésie) et tous les types de textes correspondants.

Contenu d’une évaluation d’étape

2e cycle

Deux textes correspondant au discours

De 4 à 7 pages

Tâche de lecture : questionnaire évaluant la compréhension, l’interprétation et la réaction pour chaque texte de même qu’en intertextualité

Environ 7 pages

 


Tâche d’écriture : production sur le discours

De 300 à 500 mots

Tâche de communication orale

De nature et de longueur variées

5e secondaire Évaluation de  chapitre  

Thème

Texte de  la  tâche  de   lecture  

Tâche d’écriture  

Le texte  d’opinion   Les  rapports  humains   argumentée  n’utilisant  pas   menacés  par  les  nouvelles   de  stratégie  en  particulier   technologies  

Publication d’un   Texte  d’opinion  de  Josh   commentaire  argumenté  sur   Freed   le  blogue  de  Josh  Freed    

Le texte  d’opinion   argumentée  utilisant  la   stratégie  d’explication   argumentative  

Le port  du  casque  en  ski  

Explication argumentative  par   François  Cardinal    

Le texte  d’opinion   argumentée  utilisant  la   stratégie  de  la  réfutation  

Les démarches  de   Réfutation  d’une  lettre   retrouvailles  à  la  suite  d’une   ouverte  sur  le  sujet  par   adoption   Alain  Roy  

Réfutation d’un  argument   d’Alain  Roy  

Le récit  engagé  

L’éducation

Émile ou  de  l’éducation   de  Jean-­‐Jacques   Rousseau  (extrait)  

Monologue au  sujet  de   l’utilité  de  la  maîtrise  de  la   langue  française  

Le roman  sociologique  

Les débuts  du  syndicalisme  

Germinal d’Émile  Zola   (extrait)  

Récit racontant  la  suite  de   l’extrait  présenté  

Le roman  psychologique  

Un voisin  qui  impose  sa   présence  

Les Catilinaires   d’Amélie  Nothomb   (extrait)  

Retour en  arrière  présentant   le  bien-­‐être  des  personnages   en  l’absence  du  voisin  

Le poème  en  lien  avec  la   culture  et  la  société  

La peine  de  mort  

L’échafaud de  Victor   Hugo  

Poème engagé  sur  la  peine   de  mort  

Évaluation d'étape  

Thème

Texte et  thème  de  la   tâche  de  lecture  

Tâche d’écriture  

L’argumentation

La cyberintimidation  

Texte d’opinion  par   Marie-­‐Claude  Lortie   Réfutation  par  Yves   Boisvert   Voyage  au  bout  de  la   nuit  de  Louis-­‐Ferdinand    

La narration  

La guerre  et  les  déserteurs  

Céline (extrait)   L’emmitouflé  de  Louis   Caron  (extrait)  

La poésie  

La pauvreté  

Explication argumentative   sur  l’encadrement  d’une   activité  physique  pouvant   engendrer  des  blessures  

Texte argumentatif  destiné  à   Débat  sur  le  thème   une  commission  publique   sur  la  cyberintimidation    

Chapitre d’un  roman  sur  le   thème  du  retour  de  la   guerre  

La petite  marchande  de   fleurs  de  François   Poème  engagé  sur  la   Coppée   pauvreté   Le  joujou  du  pauvre  de  

Tâche  de   communication   orale  

Discussion sur  la   vision  du  monde   dans  un  roman  de   guerre  

Discussion argumentée  sur  la   vision  du  monde   dans  les  poèmes   rédigés  par  les  


Charles Baudelaire  

élèves


ÉVALUATION Le texte d’opinion argumentée n’utilisant pas de stratégie en particulier Cahier de l’élève

MisÀjour Français ■ 5e secondaire

 


ÉVALUATION Le texte d’opinion argumentée n’utilisant pas de stratégie en particulier

© 2014, Éditions Grand Duc, une division du Groupe Éducalivres Inc. 955, rue Bergar, Laval (Québec) H7L 4Z6 Téléphone : 514 334-8466 ▪ Télécopie : 514 334-8387 www.grandducenligne.com Tous droits réservés. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC

L'usager qui a acquitté les frais de ce document À reproduire se voit accorder par les Éditions Grand Duc l’autorisation d’adapter le présent document et de le reproduire sous sa forme originale ou adaptée un nombre de fois qui ne dépasse pas le nombre d'élèves dans sa classe, et ce, seulement aux fins d'utilisation dans sa classe.


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Évaluation de la compétence 1 Lire et apprécier des textes variés

Intention de lecture : Dégager la thèse du texte. Les technologies permettent-elles vraiment le rapprochement entre les gens? Josh Freed répond à cette question dans un texte de son blogue, publié sur le site de L’actualité. Seuls… ensemble Récemment, j’ai pris un taxi vers l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau. Le chauffeur et moi avons conversé durant tout le voyage… sauf que ce n’était pas l’un avec l’autre. Il parlait dans son cellulaire pendant que je parlais dans le mien. Bref, chacun dans son propre monde. J’aime parler aux chauffeurs de taxi, des experts en plusieurs sujets, comme les nouvelles locales ou encore la politique dans leur pays natal. Mais de plus en plus, ils sortent leur téléphone mains libres dès l’instant où je m’installe dans leur véhicule… et ils me traitent comme si j’étais un vulgaire paquet sur le siège arrière. Posez-leur une question et ils vous répondront : « Excusez-moi, monsieur, mais je suis en train de parler avec ma mère en Slovaquie — elle est très malade. » Résultat : comme ils ne me parlent pas, je fais la même chose. Les déplacements deviennent pour moi l’occasion de répondre à mes courriels, mais de moins en moins celle de profiter de la compagnie des étrangers. Et les taxis ne sont pas les seuls endroits où les conversations avec les étrangers sont devenues difficiles à engager. Je peux encore parler à mon boucher ou à ma boulangère sur le Plateau, mais le gars de la stationservice qui vérifiait mon huile en me parlant de la météo est disparu depuis longtemps déjà. Il a été remplacé par un système de pompes en libre-service… et une jeune caissière bien trop occupée à vendre des billets de loterie pour jaser avec moi. De nombreux petits commerces sont désormais remplacés par des magasins à grande surface, où les relations avec la clientèle comptent visiblement plus que les relations humaines. Bien sûr, les caissières me posent toujours la question : « Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez, monsieur? » Mais elles ne veulent pas vraiment entendre autre chose que :

« Oui, je l’ai trouvé, merci ! » Engager une

conversation est devenu quasi impoli. L’autre jour, j’ai essayé de bavarder avec une caissière de supermarché, et elle m’a regardé comme si elle allait appeler la sécurité ! « Attention ! Attention ! Il y a un monsieur chauve et étrange à la caisse 10 articles ou moins… et il veut parler. » […] Mais où donc peut-on encore entamer une courte conversation avec un étranger sans que la technologie se place entre nous ? Certainement pas dans un avion ! Inutile de parler à son voisin de siège, car nous sommes tous trop occupés à fixer nos petits écrans de télévision. Le passager d’à côté ne nous entendra pas — même en criant « l’avion est en feu ! » —, parce que nous portons tous nos écouteurs. Même chose si nous nous retrouvons seuls, l’espace d’un instant, à un arrêt d’autobus ou dans un café. Nous devenons nerveux et


commençons à chercher nos téléphones intelligents pour envoyer des messages textes de manière compulsive. Beaucoup d’adolescents se protègent même contre la possibilité d’une conversation en portant des écouteurs énormes, comme pour envoyer un message du genre : « Ne pensez même pas à me parler ! » Quant aux adultes, plus polis, ils portent de tout petits écouteurs. Bref, nous sommes seuls… ensemble. Devant ce constat, il y a lieu de se demander si les enfants de demain sauront même comment avoir une conversation face à face […]. Peut-être faudrait-il simplement concevoir des taxis-robots qui prendront en charge cette ancienne activité humaine qu’est l’art de la conversation. […] En attendant que cela arrive, que pouvons-nous faire pour encourager le dialogue ? À notre prochaine visite au supermarché, nous pourrions commencer par mettre de côté notre cellulaire pour parler au voisin dans la file. Ou encore, essayer de discuter des dernières nouvelles avec le gars du kiosque à journaux. Et la prochaine fois, dans le taxi, rangeons donc notre cellulaire… et, qui sait, le chauffeur fera peut-être la même chose. Ne perdons pas notre temps à nous demander s’il faut dire « Bonjour ! » ou « Bonjour ! Hi!». Il suffit simplement de commencer à parler, point à la ligne. Jasons avec un étranger aujourd’hui… et rendons notre société plus sociable ! Josh Freed, « Seuls… ensemble », dans L’actualité [en ligne], 22 juillet 2013.

Questions sur le texte Compréhension et interprétation

1. Expliquez le lien entre le titre du texte et la thèse défendue.

2. a) Selon Josh Freed, aujourd’hui, quelle est la réaction des gens lorsqu’on tente d’entrer en contact avec eux?


b) Quelle solution l’auteur propose-t-il dans sa conclusion pour régler le problème?

3. L’attitude d’enfermement dans la technologie, telle que décrite par l’auteur, se limite-t-elle aux relations interpersonnelles? Expliquez votre réponse en vous appuyant sur le texte.

4. L’auteur évoque plusieurs technologies dont l’avènement a modifié les rapports humains. Relevez-en trois et indiquez leur impact respectif. •


5. Freed avance que, dans les commerces, « les relations avec la clientèle comptent visiblement plus que les relations humaines ». Expliquez ce qu’il veut dire par là en définissant les concepts de « clientèle » et de « relations humaines ».

6. Selon vous, Josh Freed croit-il vraiment en l’avenir des taxis-robots? Expliquez pourquoi il propose cette solution.

Réaction 7. Expliquez comment votre propre rapport à la technologie contribue ou non à détériorer les rapports entre les humains. Illustrez votre réponse à l’aide de deux exemples.


8. En tant qu’adolescent, trouvez-vous alarmiste la vision de l’auteur lorsqu’il évoque les rapports entre les jeunes de demain? Justifiez votre réponse en vous basant sur votre expérience personnelle.

9. Croyez-vous que la solution avancée par l’auteur dans sa conclusion est pertinente? Expliquez votre position à l’aide d’un argument.


Grammaire du texte 10. Dans l’introduction, l’auteur décrit le problème de communication entre les inconnus selon un rapport causal. Relevez la phrase du texte qui établit ce lien.

11. Identifiez au moins deux fondements sur lesquels l’auteur a appuyé son argumentation. • •

12. Pourquoi l’auteur a-t-il utilisé la séquence narrative à plusieurs reprises dans son texte?

13. En quoi l’utilisation du discours rapporté direct permet-elle à l’auteur de mieux défendre son point de vue?


Évaluation de la compétence 2 Écrire des textes variés Vous décidez de réagir à la publication de Josh Freed. Vous publiez sur son blogue un texte d’environ 200 mots, dans lequel vous exprimez votre accord ou votre désaccord avec sa thèse. Utilisez votre expérience personnelle pour illustrer votre thèse ou votre contre-thèse. Appuyez votre position en intégrant une séquence de discours rapporté direct à la manière de Freed.


Pistes d’autocorrection Avez-vous réagi au texte de Josh Freed ? Avez-vous utilisé votre expérience personnelle pour illustrer votre thèse ? Avez-vous intégré une séquence de discours rapporté direct ?

 Oui  Non  Oui  Non  Oui  Non


ÉVALUATION D’ÉTAPE La narration Cahier de l’élève

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ÉVALUATION D’ÉTAPE La narration

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Évaluation de la compétence 1 Lire et apprécier des textes variés

Intention de lecture : Prêter attention à l’effet produit par la guerre sur les personnages. Quand la guerre survient, comment ceux qui y sont conviés doivent-ils réagir? Vaut-il mieux s’enrôler ou déserter? Dans Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline raconte de façon romancée comment il a lui-même choisi d’aller à la guerre. Louis Caron, pour sa part, présente dans L’emmitouflé la réaction des habitants de Nicolet à l’annonce de la conscription et relate la vie de deux déserteurs.

Premier texte Voyage au bout de la nuit [J]uste devant le café où nous étions attablés un régiment se met à passer, et avec le colonel par-devant sur son cheval, et même qu’il avait l’air bien gentil et richement gaillard, le colonel ! Moi, je ne fis qu’un bond d’enthousiasme. « J’ vais voir si c’est ainsi ! que je crie à Arthur, et me voici parti à m’engager, et au pas de course encore. – T’es rien qu’un c… Ferdinand ! » qu’il me crie, lui Arthur en retour, vexé sans aucun doute par l’effet de mon héroïsme sur tout le monde qui nous regardait. Ça m’a un peu froissé qu’il prenne la chose ainsi, mais ça m’a pas arrêté. J’étais au pas. «J’y suis, j’y reste ! » que je me dis. « On verra bien, eh navet ! » que j’ai même encore eu le temps de lui crier avant qu’on tourne la rue avec le régiment derrière le colonel et sa musique. Ça s’est fait exactement ainsi. Alors on a marché longtemps. Y en avait plus qu’il y en avait encore des rues, et puis dedans des civils et leurs femmes qui nous poussaient des encouragements, et qui lançaient des fleurs, des terrasses, devant les gares, des pleines églises. Il y en avait des patriotes ! Et puis il s’est 1 © GrandDucenligne

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mis à y en avoir moins des patriotes… La pluie est tombée, et puis encore de moins en moins et puis plus du tout d’encouragements, plus un seul, sur la route. Nous n’étions donc plus rien qu’entre nous ? Les uns derrière les autres ? La musique s’est arrêtée. « En résumé, que je me suis dit alors, quand j’ai vu comment ça tournait, c’est plus drôle ! C’est tout à recommencer ! » J’allais m’en aller. Mais trop tard ! Ils avaient refermé la porte en douce derrière nous les civils. On était faits, comme des rats. *** Une fois qu’on [est dans l’armée], on y est bien. Ils nous firent monter à cheval et puis au bout de deux mois qu’on était là-dessus, remis à pied. Peut-être à cause que ça coûtait trop cher. Enfin, un matin, le colonel cherchait sa monture, son ordonnance était parti avec, on ne savait où, dans un petit endroit sans doute où les balles passaient moins facilement qu’au milieu de la route. Car c’est là précisément qu’on avait fini par se mettre, le colonel et moi, au beau milieu de la route, moi tenant son registre où il inscrivait des ordres. Tout au loin sur la chaussée, aussi loin qu’on pouvait voir, il y avait deux points noirs, au milieu, comme nous, mais c’était deux Allemands bien occupés à tirer depuis un bon quart d’heure. Lui, notre colonel, savait peut-être pourquoi ces deux gens-là tiraient, les Allemands aussi peutêtre qu’ils savaient, mais moi, vraiment, je savais pas. Aussi loin que je cherchais dans ma mémoire, je ne leur avais rien fait aux Allemands. J’avais toujours été bien aimable et bien poli avec eux. Je les connaissais un peu les Allemands, j’avais même été à l’école chez eux, étant petit, aux environs de Hanovre. J’avais parlé leur langue. C’était alors une masse de petits crétins gueulards avec des yeux pâles et furtifs comme ceux des loups ; on allait toucher ensemble les filles après l’école dans les bois d’alentour, où on tirait aussi à l’arbalète et au pistolet qu’on achetait même quatre marks. On buvait de la bière sucrée. Mais de là à nous tirer maintenant dans le coffret, sans même venir nous parler d’abord et en plein milieu de la route, il y avait de la marge et même un abîme. Trop de différence.

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La guerre en somme c’était tout ce qu’on ne comprenait pas. Ça ne pouvait pas continuer. Il s’était donc passé dans ces gens-là quelque chose d’extraordinaire ? Que je ne ressentais, moi, pas du tout. J’avais pas dû m’en apercevoir… Mes sentiments toujours n’avaient pas changé à leur égard. J’avais comme envie malgré tout d’essayer de comprendre leur brutalité, mais plus encore j’avais envie de m’en aller, énormément, absolument, tellement tout cela m’apparaissait soudain comme l’effet d’une formidable erreur. « Dans une histoire pareille, il n’y a rien à faire, il n’y a qu’à foutre le camp », que je me disais, après tout… Au-dessus de nos têtes, à deux millimètres, à un millimètre peut-être des tempes, venaient vibrer l’un derrière l’autre ces longs fils d’acier tentants que tracent les balles qui veulent vous tuer, dans l’air chaud d’été. Jamais je ne m’étais senti aussi inutile parmi toutes ces balles et les lumières de ce soleil. Une immense, universelle moquerie. Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, coll. « Folio », Gallimard, 1952, p.10 à 12.

Lexique Ordonnance : domestique militaire

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Second texte L’emmitouflé Premier extrait Les convocations avaient commencé à arriver au bureau de poste de Nicolet. Chaque matin des jeunes gens en sortaient la mine basse, une enveloppe à la main. On savait ce que ça voulait dire. Deux ou trois jours après on les envoyait à Montréal. Certains jours ils étaient cinq ou six. Ils faisaient semblant de prendre ça à la légère. Ils riaient. Ils s’interpellaient : Toi, quand les docteurs de l’armée vont te voir tout nu, ils vont te renvoyer chez nous avec une escorte de soldats! Il y en avait qui avaient tout fait les jours précédents pour se rendre malades. Il paraît que de marcher trois ou quatre jours avec du papier buvard dans ses chaussures pouvait faire l’affaire. Il y en aurait même eu, mais ce n’est pas arrivé chez nous, qui se seraient coupé une main, un doigt ou un orteil. Il y avait certaines mères qui accompagnaient leur grand garçon à la gare et qui pleuraient. Des grands gars de vingt ans dans les bras de leur mère et qui pleuraient! Tout le monde était appelé à l’examen médical. C’était à Montréal comme de raison. Les médecins de l’armée étaient dans une grande salle, au fond, entourés d’appareils. Tous les conscrits se déshabillaient. Ils se mettaient en file, tout nus et ils ne disaient rien. Silence. Ça durait cinq minutes, pas plus. Quand on avait fini on allait se rhabiller et on savait déjà, à l’allure des médecins, si on allait être appelé ou pas. Mais on n’avait rien compris parce que les médecins parlaient anglais. Le soir à Nicolet, quand le train de Montréal arrivait, vers sept heures, il y avait toujours beaucoup de monde à la gare. Quelques-uns riaient, d’autres pleuraient. On en a vu aussi qui faisaient des colères à tout casser. Ils criaient sur le quai de la gare : Qu’ils essaient donc de venir me chercher! Qu’ils viennent voir! Je les attends, moi! 4 © GrandDucenligne

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Et ils faisaient le geste de pointer un fusil. Il faut bien dire que ceux-là disparaissaient habituellement les jours suivants. On ne savait pas exactement où ils étaient mais les gens de Nicolet et de la campagne environnante avaient chacun leur petite idée. Il se disaient : Moi si j’étais déserteur… Il y avait d’abord les avis par la poste. Que vouliez-vous que les familles des déserteurs répondent? Personne ne savait, dans la famille même, où était caché le déserteur. On passait des heures à lire et à relire la feuille de papier, le soir à la lampe, et on hochait la tête. Puis un bon matin les soldats arrivaient à la gare dans leur uniforme kaki et ils parlaient anglais entre eux. Ils traversaient la ville dans tous les sens pour bien montrer leur présence puis ils allaient frapper à la porte du déserteur. Ses parents répondaient habituellement la vérité : ils ne savaient pas où il se trouvait. Alors les soldats s’installaient à l’hôtel et ils faisaient une enquête. Un jour, deux jours. Ils interrogeaient tout le monde, dans la rue, au bureau de poste, au restaurant, à l’hôtel. Ils allaient voir le curé, ils allaient voir le maire, ils allaient surtout rendre visite au notaire Courchesne. […] Mon père dit que le notaire Courchesne vendait les conscrits aux soldats.

*** Second extrait Nazaire et Eugène avaient trouvé l’endroit pour se cacher jusqu’à la fin des temps s’il le fallait : dans la terre même. Puis la grande misère noire de l’hiver a commencé. Sans lumière, sans feu, collés l’un sur l’autre pour se réchauffer. Ils avaient étendu une couverture par terre, sur le fond inégal de branches et de terre gelée. Du côté opposé à l’entrée ils avaient disposé chacun leur sac qui leur servait d’oreiller la nuit et de coussin le jour.

Au plafond ils avaient suspendu deux

casseroles, un petit miroir et une image de la Sainte Vierge.

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Leur repaire n’était pas assez haut pour qu’ils puissent se lever mais il était plutôt profond.

Ils

se déplaçaient à quatre pattes. À l’une des parois de côté ils avaient accroché divers petits objets utiles, un canif, deux tasses d’étain et plusieurs petits sacs dans lesquels étaient les pommes de terre, les navets, les choux et la grosse pièce de lard salé qu’ils avaient emportés. Du côté de l’ouverture enfin ils avaient disposé une autre couverture qui tenait lieu de porte et qui servait à retenir à l’intérieur les odeurs, la fumée et la lumière. Ils avaient des chandelles de suif mais ils les allumaient le moins possible parce qu’elles brûlaient en dégageant une odeur insupportable. Ils passaient donc la plus grande partie de leur temps collés l’un sur l’autre pour se réchauffer. Ils ne tardèrent pas à se détester tout autant qu’ils s’aimaient. Ils pleuraient ensemble. Ils se mouchaient l’un l’autre tendrement puis ils se donnaient des coups de poing en pleine face. Ils s’embrassaient comme des fous après quoi ils venaient bien près de s’étrangler. Ils étaient comme deux jeunes chiens. C’était d’autant plus intenable qu’ils ne pouvaient presque pas sortir. Ils auraient laissé des traces dans la neige. Le jour on aurait pu les apercevoir. Ils étaient donc condamnés à ne sortir que les nuits de grosse tempête. Et là encore ils ne s’éloignaient pas parce qu’ils craignaient de se perdre dans la poudrerie qui confondait la rivière gelée et les marécages. Par les nuits de grande tourmente, ils tournaient en rond autour de leur repaire comme des condamnés à mort. Ils battaient l’air de leurs bras et la neige durcie sous leur pas pour se réchauffer. Ils étaient comme les personnages des légendes diaboliques ou les revenants qui se manifestent par les nuits de grand froid. Louis Caron, L’emmitouflé, Robert Laffont, 1977, p. 108-110 et 126-129.

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Questions portant sur le premier texte Compréhension et interprétation 14. a) Croyez-vous que Ferdinand réalise pleinement la portée de son geste lorsqu’il s’enrôle dans l’armée? Justifiez votre réponse à l’aide d’au moins un élément du texte.

b) Expliquez ce que cette façon d’agir nous révèle quant à la personnalité de Ferdinand.

15. Complétez le tableau suivant afin de montrer que l’évolution psychologique du personnage suit le cours des événements. Que se passe-t-il?

Comment Ferdinand se sent-il?

Situation initiale

Élément déclencheur

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Déroulement

16. C’est après sa participation à la guerre que Louis-Ferdinand Céline a publié Voyage au bout de la nuit. Quelle est la thèse défendue par l’auteur dans cet extrait?

17. a) Pourquoi le personnage s’explique-t-il mal le comportement de ses ennemis?

b) Relevez le passage du texte qui présente la seule explication possible au comportement des Allemands, selon Ferdinand.

18. Justifiez l’utilisation du discours indirect libre dans cet extrait.

Réaction 19. Que feriez-vous si l’on vous demandait de combattre des gens qui, un jour, ont déjà été vos amis? Justifiez votre réponse en vous basant sur vos valeurs.

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Questions portant sur le second texte Compréhension et interprétation 20. À quel genre de roman L’emmitouflé correspond-il? Cochez votre réponse et justifiez-la en vous appuyant sur le texte.  Roman engagé

 Roman psychologique

 Roman sociologique

Justification :

21. a) Selon vous, pourquoi l’ambiance est-elle à la blague au bureau de poste alors que les conscrits reçoivent leur lettre de convocation?

b) Montrez que ces jeunes gens sont pourtant fort touchés par ce qui leur arrive.

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22. Bien qu’il ne raconte pas son histoire, le narrateur est un personnage du récit. Relevez la phrase du texte qui le prouve.

23. Expliquez le rôle de la longue séquence descriptive au début du second extrait.

24. Qualifiez la relation qu’entretiennent les deux hommes dans leur repaire. Expliquez le choix de votre qualificatif en vous basant sur des éléments du texte.

Réaction 25. Quelle serait votre réaction si, sachant où se cache un membre de votre famille devenu déserteur, vous aviez à répondre aux questions d’un soldat venu vous interroger à son sujet? Expliquez votre réaction en vous appuyant sur vos valeurs personnelles.

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26. Si, comme Nazaire et Eugène, vous aviez à vivre avec une autre personne dans une telle promiscuité et un tel délabrement, comment vous comporteriez-vous au bout de quelques mois? Justifiez votre réponse à l’aide d’au moins deux caractéristiques de votre personnalité.

27. L’auteur compare ses personnages à ceux des légendes diaboliques ou aux revenants qui se manifestent par une nuit de grand froid. Estimez-vous qu’il s’agisse d’une juste comparaison? Exprimez votre point de vue en vous basant sur ce que vous savez de ce genre d’histoire.

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Questions portant sur les deux textes

Compréhension et interprétation 28. À l’aide de repères culturels présents dans chacun des textes, prouvez que Voyage au bout de la nuit et L’emmitouflé se déroulent approximativement à la même époque, mais pas au même endroit.

29. En puisant des éléments dans les deux textes, expliquez pourquoi Ferdinand se montre positif quand l’occasion de s’enrôler se présente à lui, comparativement aux jeunes hommes de L’emmitouflé.

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Réaction 30. Les deux histoires sont racontées par deux types de narrateur différents. Laquelle des narrations avez-vous préférée? Justifiez votre choix à l’aide d’un argument et d’un exemple tiré de chaque texte.

31. Ferdinand se retrouve sur le champ de bataille, alors que Nazaire et Eugène s’enterrent littéralement pour ne pas y aller. Selon vous, quelle situation est la plus enviable? Exprimez votre point de vue en l’appuyant sur des éléments puisés dans les deux textes.

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Évaluation de la compétence 2 Écrire des textes variés La guerre est terminée. Ferdinand, Eugène et Nazaire peuvent rentrer à la maison. Imaginez les retrouvailles d’un de ces personnages avec ses proches. Comment la guerre a-t-elle changé cet homme? Comment l’entourage réagit-il à son retour? Vous rédigez un chapitre d’environ 500 mots sur le thème du retour de la guerre. Respectez le schéma narratif standard. Conservez le cadre socio-culturel et la caractérisation du personnage du récit original.

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MisÀjour Le texte d’opinion argumentée sans stratégie

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Pistes d’autocorrection Avez-vous imaginé les retrouvailles d’un des personnages avec ses proches ? Reproduction autorisée Avez-vous respecté le schéma narratif standard ? Avez-vous conservé le cadre socio-culturel et la caractérisation du héros ?

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c Oui c Non c Oui c Non c Oui c Non


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Évaluation de la compétence 3 Communiquer oralement

MisÀjour Le texte d’opinion argumentée sans stratégie

La sédentarisation

Intention de communication: convaincre les élèves de la pertinence de votre point de vue. Vous participez en classe à une table ronde sur le roman de guerre. En vous basant sur les textes lus, vous devez répondre aux questions suivantes : 1) Comment la guerre affecte-t-elle ceux qui y participent? 2) Quels sont les impacts collatéraux de la guerre sur ceux qui n’y vont pas? 3) Est-il plus facile de participer à la guerre ou d’attendre ceux qui y sont allés? Complétez d’abord l’aide-mémoire suivant afin de consigner les principaux éléments de votre présentation. Destinataires : 1) Comment la guerre affecte-t-elle ceux qui y participent?

2) Quels sont les impacts collatéraux de la guerre sur ceux qui n’y vont pas?

3) Est-il plus facile de participer à la guerre ou d’attendre ceux qui y sont allés?

Éléments paraverbaux et non verbaux à considérer :

Variété de langue à utiliser :

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Maj francais sec5 eval extrait  
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