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hélène-andrée bizier

jacqu e s c e r f

avec la participation de Paul LeBlanc

la pêc h e à la mouc h e au Québ ec

25 expériences inoubliables

Photographies de b e n o î t c h a l i f o u r


L a p ê c h e à l a M O U CHE AU Q U É B E c


Première de couverture : Rivière Sainte-Anne (© Benoît Chalifour) Quatrième de couverture (centre) : Saumon sculpté par Jean-Paul Dubé Page 3 : Sculpture appartenant au camp du Lac Jimmy, de la pourvoirie du Club Hosanna Page 8 : Pêche au Lac Wyagamac (Qc), 1907 © Musée McCord, Wm. Notman & Son, View-4248 Page 47 : Pavillon, camp de pêche, rivière Bonaventure (Qc), ca 1898 © Musée McCord, Wm. Notman & Son, View-2881 Page 126 : © Société canadienne des postes, 1998, 2005 Page 220 : © Swim Ink 2, llc /Corbis (ca 1938)

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Bizier, Hélène-Andrée La pêche à la mouche au Québec : 25 expériences inoubliables isbn 978-2-7621-2795-9 1. Pêche à la mouche – Québec (Province). 2. Pêche à la mouche – Québec (Province) – Ouvrages illustrés. 3. Québec (Province) – Ouvrages illustrés. I. Cerf, Jacques. II. LeBlanc, Paul. III. Chalifour, Benoît. IV. Titre. sh456.b59 2008

799.12 ’ 409714

c2008-940176-x

Dépôt légal : 1er trimestre 2008 Bibliothèque et Archives nationales du Québec © Éditions Fides, 2008 Les Éditions Fides reconnaissent l’aide financière du Gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour leurs activités d’édition. Les Éditions Fides remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC). Les Éditions Fides bénéficient du Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres du Gouvernement du Québec, géré par la SODEC. imprimé au canada en mars 2008


hélène-andrée bizier

jacqu e s c e r f

avec la participation de Paul leblanc

l a Pêc h e

à la mouc h e au québ ec

25 expériences inoubliables

Photographies de

benoît chalifour


6 3 La pêc he à la MOUCHE AU QUÉBEc


Avant-propos

L

’idée de faire un beau livre sur la pêche à la mouche vient de Benoît Chalifour. On le comprend facilement quand on sait que les photos reproduites ici ne sont qu’un très faible échantillon des milliers qu’il a prises en sillonnant le Québec de mai à novembre. Mais nous avons été plusieurs à vouloir prêter main-forte à ce photographe passionné, inlassable et exceptionnellement doué. Le titre de premier collaborateur revient sans conteste à Paul LeBlanc, qui non seulement a monté les cinquante mouches qu’on trouve dans ce livre, mais a servi d’intermédiaire auprès de la très vaste et exigeante communauté des moucheurs et nous a fait bénéficier de son immense expérience. J’ai partagé avec Jacques Cerf la rédaction des textes. Biochimiste et toxicologue de formation, Jacques est surtout un pêcheur impénitent, depuis l’âge de quatre ans, prétend-il. Pour la description des dix espèces de poissons, nous avons pu compter sur la collaboration d’une autre passionnée, Nathalie Le Coz, qui a une bonne connais­sance de l’environnement. Enfin, l’équipe des Éditions Fides a été largement mise à contribution : Gianni Caccia, Carole Ouimet et Bruno Lamoureux, sans oublier le directeur général, Antoine Del Busso, qui a cru aussitôt à ce projet.

Au jour le jour, du début jusqu’à la fin de la saison de pêche 2007, la Fédération des pourvoiries du Québec, les Zones d’exploitation contrôlées (zec ), divers organismes de gestion des grands cours d’eau, ainsi que des amis (un salut tout spécial à monsieur M. Florent Deraps) et des personnes simplement passionnées par la pêche à la mouche, nous ont permis de maîtriser un programme qui exigeait la présence du photographe et des pêcheurs. La pêche à la mouche peut se pratiquer dans les parcs et les réserves fauniques, comme elle peut se pratiquer dans d’innom­ brables lacs privés bordés de chalets, ou dans des rivières et des ruisseaux, qui sont la plupart du temps ouverts au public. Et quand on pense que le Québec compte plus d’un million de lacs et de rivières, on se dit que s’en tenir à une trentaine de sites, c’est bien peu. Les choix que nous avons faits, souvent avec quelques pincements de cœur, nous ont été dictés par le désir de révéler aux amateurs les plus belles facettes de leur sport préféré. Espérons qu’il seront nombreux à en convenir. 2

Hélène-Andrée Bizier Ja nv i er 2008

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Introduction

vive la pêche libre! L

es études les plus récentes indiquent une légère baisse de popularité de la pêche sportive au Québec, où plus de 690 000 personnes ont néanmoins acheté un permis de pêche en 2006. Or, depuis l’an 2000, le permis familial permet aux conjoints et à leurs enfants de pêcher librement, ce qui a fait exploser le nombre de pêcheurs en situation légale. Ainsi, en 2006, plus de 1 million de personnes avaient pêché au moins une fois au cours de l’année précédente, mais seulement 188 000 d’entre eux avaient pratiqué ce sport au moins 10 fois pendant la saison. Selon le réseau de veille en tourisme, qui a analysé ces résultats et ceux d’autres études sur le même sujet, les Québécois pêchent annuellement pendant près de 11 millions et demi de journées. Alors qu’on s’attend à rencontrer ces passionnés principalement dans les régions où les plans d’eau et les rivières sont nombreux et prolifiques, ceux-ci vivent, au contraire, dans les régions de Québec, des Laurentides, de la Montérégie et de Montréal. 8 3

Cette dernière région est le bassin où plus d’un demi-million de pêcheurs fébriles survivent à l’hiver en lisant sur le sujet, en clavardant sur les sites spécialisés, en montant des mouches et même, pour certains, en pratiquant leur lancer comme d’autres font rouler des balles sur un tapis imitant un terrain de golf. Pour impressionnants qu’ils soient, les chiffres qui précèdent ne sont rien en regard du suivant : 2 millions et demi de Québécois qui n’ont jamais pêché ont très envie de lancer une ligne à l’eau. Ces adeptes inactifs ont sans doute besoin d’un petit coup de pouce pour rejoindre la cohorte des pêcheurs actifs. Selon Paul LeBlanc, jusque vers l’âge de 14 ans, les garçons accompagnent leur père à la pêche. Ensuite, jugeant cette activité dépassée, ils disparaissent pour ne revenir, avec femme et enfants, qu’au début de la trentaine. Ce mouvement générationnel serait compensé, depuis une quinzaine d’années, par la présence accrue de femmes qui, seules ou en groupe, participent à des excursions d’une ou de plusieurs journées.


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Avant d’être élevée au rang de sport par des Britanniques qui avaient le loisir de s’y adonner pour le plaisir, la pêche a d’abord été une activité de subsistance. C’est à cause de la pêche à la morue que les côtes du Canada ont été explorées par les pêcheurs venus du continent européen. L’importance de cette activité commerciale s’explique par l’abstinence qui, depuis le xive siècle, obligeait les catholiques à remplacer la viande et les œufs par du poisson pendant près de 170 jours par année. Après Jacques Cartier, plus de 200 capitaines français, leurs équipages et leurs pêcheurs, jettent l’ancre sur les Grands Bancs de TerreNeuve, qu’ils abandonnent à temps pour écouler leur morue sur les marchés de l’avant-Carême. À cette époque, la France s’intéresse passionnément au castor, mais c’est par le biais d’un établissement permanent et d’une colonie peuplée de résidents permanents qu’elle veut exploiter la traite des fourrures et poursuivre l’exploration du continent intérieur, grâce au fleuve Saint-Laurent et aux grandes rivières qui s’y jettent. Autorisé à jeter les bases de la Nouvelle-France sur les hauteurs du Cap-aux-Diamants, Champlain fonde Québec le 3 juillet 1608. Chasse et pêche figurent encore à l’agenda quotidien de ses compagnons.

Les Français sont fascinés par l’opulence de la nature qu’ils découvrent. En 1627, le chirurgien de marine Robert Giffard se rend fréquemment au lieu dit La Canardière (aujourd’hui Limoilou), où il possède une cabane et où il s’installe pour pêcher et chasser en paix. Futur seigneur de Beauport, Giffard recrutera ses colons dans la région du Perche où l’agriculture est prospère. Que leur propose-t-il pour les inciter à vendre leur maison, leur bétail et des terres fertiles ? Rien de plus qu’une vie agréable, sans servitude, dans un environnement si généreux que les oiseaux se jettent littéralement dans les filets des chasseurs et les poissons de toutes espèces dans ceux des pêcheurs. Ils travailleront dur, mais ils seront récompensés par une manne qui ne leur coûtera que le plaisir de la cueillir. Contrairement aux règles en vigueur dans la mère patrie, où les paysans sont privés du droit de chasser et de pêcher, en Nouvelle-France, l’accès au gibier de l’air, de la terre et de l’eau est à la portée de tous. L’ancien paysan français, qui avait été soumis aux lois du servage, y jouira d’une liberté et de perspectives d’avenir impensables en France. À l’article 15 du texte créant la Compagnie des Indes Occidentales, créée en 1664 par Louis XIV, il est précisé que la pêche « sera libre à tous nos dits sujets ».


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Au xx e siècle,, la pêche et la chasse s’inscrivent s’’inscrivent parmi les activités sportives de luxe,, réservées aux sportsmen américains et à quelques hommes d’affaires d’’affaires canadiens. La construction de voies ferrées en hauteur permet à un ingénieur d’admirer d’’admirer un paysage où il créera le Triton Fish and Game Club,, en Mauricie.


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Mais il y a libre et libre, car le mode d’attribution de terres avec droits de pêche exclusifs réduit le champ d’action des individus. Ainsi, le gouverneur concède des terres aux communautés religieuses qui financeront leurs activités avec les revenus de la pêche. Les seigneurs reçoivent des seigneuries qu’ils subdivisent en faveur des colons. Ces derniers peuvent pêcher devant chez eux jusqu’au milieu du fleuve ou de la rivière qui borde leur terre. À moins d’avis contraire, ils peuvent également pêcher sur les ruisseaux qui coulent sur leur terre. Les habitants ne peuvent donc pêcher pour leur subsistance que dans les cours d’eau où un droit de pêche leur a été concédé. Le seigneur ne peut céder ce droit que sur les terres qu’il possède et sur la partie du fleuve qui court devant sa seigneurie. Les droits de pêche qui sont imposés par les seigneurs sont souvent symboliques, mais, quand ils sont concrets, ils représentent le 11e, 14e ou 20e poisson des prises. Moins d’un demi-siècle après la fondation de Québec, les lieux de pêche accessibles devant la ville sont grandement diminués : les hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Québec possèdent un droit de pêche « de leur maison jusqu’au milieu du canal du fleuve ». La fabrique de Québec en détient un qui s’étend jusqu’à l’embouchure de la rivière Saint-Charles et les ursulines peuvent pêcher sur le fleuve sur une distance qui va du Cap-aux-Diamants jusqu’à Sillery. L’habitant qui veut prendre l’un de ces saumons qui montent encore jusqu’aux rapides de Lachine, le pêchera à l’extérieur des concessions de ce genre qu’on rencontre sur toute la rive nord du fleuve jusqu’à Montréal. La pêche commerciale pratiquée par des fournisseurs privés est une source d’approvisionnement des marchés publics et une source de revenus pour les seigneurs.

Saumon sculpté par Jean-Paul Dubé, un avocat auteur de nombreux ouvrages sur la pêche, et sculpteur réputé.

En 1678, Joseph Giffard, deuxième seigneur de Beauport, cède pour une durée de cinq ans, les droits de pêche à la truite sur le lac Beauport à deux de ses censitaires qui pourront « disposer de leur poisson à leur avantage et profit ». Une telle générosité s’accompagne de conditions : les bénéficiaires devront remettre à Giffard 200 truites « fraîches prises » à Noël, et 200 autres au début du Carême. Vers 1680, Louis Jolliet, seigneur de l’île d’Anticosti, crée un poste de pêche au saumon qui s’étend jusqu’à Mingan. De là, il approvisionne Québec en saumon frais. L’errance en territoire sauvage captive ces pionniers, qu’il faut contraindre, à intervalles réguliers, à sortir des forêts. Des deux activités qui les attirent, soit la chasse et la pêche, cette dernière semble être la moins pernicieuse. En 1706, le comte de Pontchartrain, ministre de la Marine et ministre des Finances, invite l’intendant Antoine-Denis Raudot à plus de vigilance : « Il est bien fâcheux de constater que la colonie du Canada qui coûte tant d’argent à Sa Majesté lui soit si peu utile, et cela à cause du libertinage des habitants et du peu de soin qu’on a de les appliquer à d’autre chose qu’à la chasse. » Raudot, écrit-il, devra les pousser à « s’adonner plutôt à l’agriculture et à la pêche ». En 1757, deux ans avant la chute de la Nouvelle-France, Louis-Antoine de Bougainville signale l’abondance de poissons dans le fleuve, les rivières et les lacs « dont beaucoup sont d’une grosseur énorme ». Cette abondance produit des pêches miraculeuses dont la Nouvelle-France est coutumière : les filets sont pleins, ce qui n’étonne personne ! Pendant près d’un siècle encore, les filets déborderont.


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Au milieu du xviie siècle, en Angleterre, Izaac Walton produit le manuel du parfait pêcheur dans lequel son ami, le poète et essayiste Charles Cotton, introduit une dose de poésie. Le livre contient des conseils sur le montage d’une soixantaine de mouches. La pêche est élevée au niveau du grand art par les sportsmen lettrés dont il n’existe encore qu’un petit nombre. La contamination s’opère via les généraux, officiers et militaires qui vont parcourir le monde à mesure que l’Empire britannique s’étend. Une cinquantaine d’années après la Conquête, on voit poindre au Québec cette génération d’officiers qui profite de ses loisirs pour pêcher. En 1816, Frederic Hildebrand Tolfrey est sur le Richelieu quand son moulinet s’emballe à la vitesse d’une « bobine des filatures de Manchester ». Le « monstre » qui a mordu à sa ligne est un brochet de 20 kg. « Le poisson que j’avais capturé fut placé dans ce char volant (une charrette attelée à un cheval léger) et nous pressâmes le conducteur d’arriver au plus tôt aux cuisines du 19e dragons de Chambly. Hélas, erreur de calcul ! Le poisson arriva trop tard pour le dîner de ce jour-là. Qu’importe, il fut servi le lendemain, très bien apprêté : farci de veau, rôti à la broche et servi dans une sauce savamment épicée. Mes compagnons et convives s’exclamèrent devant ce poisson magnifique. On déboucha une ou deux bouteilles de clairet de plus pour célébrer l’occasion. À vrai dire, c’était un beau trophée. » La notion de loisir n’a pas imprégné les mœurs canadiennes, mais on y vient. Au milieu du xixe siècle, l’industrialisation et les horaires de travail font naître l’idée du temps libre dans toutes les couches sociales. Divers incidents vont faciliter la

mainmise des industriels, de leurs proches et des relations d’affaires, sur des plans d’eau qui sont encore exploités pour la pêche commerciale et de subsistance. Avant 1850, la pêche fait l’objet de rares règlements ; la présence de quelques gardespêche mal rétribués et censés sévir dans leur propre milieu laisse aux braconniers plus de latitude qu’il n’en faut. L’industrie forestière, qui s’installe sans précaution sur la Côte Nord et en Gaspésie, construit des barrages et empêche la montaison des saumons. L’un des premiers gestes du gouvernement consiste alors à exiger des compagnies qu’elles construisent des passes migratoires. Un cri d’alarme est lancé en 1857, dans le cadre d’une enquête sur les pêcheries qui indique que les ressources québécoises, le saumon en particulier, sont en péril. Quelques mesures secondaires, comme l’interdiction de darder le poisson, sont prises, puis, grâce à la Loi des pêches, Québec peut octroyer de premiers baux sur des terres de la Couronne. S’il peut sembler curieux de confier à une industrie prédatrice la tâche de veiller sur ce qu’elle a contribué à mettre en péril, c’est en raison des finances inexistantes du Québec qu’on en trouve l’explication. Ce que le gouvernement ne peut pas faire, les détenteurs de ces droits de pêche le feront. Ils créeront des clubs privés, mais ils devront protéger les espèces, veiller à leur reproduction, restreindre l’accès des cours d’eau aux braconniers. Pour y parvenir, ils embaucheront du personnel, ils traceront des routes et des sentiers et ils construiront des « club houses », des chalets et d’autres bâtiments.


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La Confédération, qui fait passer la juridiction des pêches sous les lois fédérales, en confie l’administration aux gouvernements provinciaux. L’élan que la réunion des provinces veut donner au Canada, passe par le chemin de fer. Des milliers d’ouvriers sont transportés dans des régions giboyeuses sans qu’ils puissent en profiter. Après l’Intercolonial, qui relie la Gaspésie au Nouveau-Brunswick, le Transcontinental permet aux ouvriers de découvrir les rivières de l’Outaouais, celles de l’Abitibi et même, pour ceux qui s’y fixent, celles qui se jettent au nord de la ligne de partage des eaux, dans la baie James. Même phénomène en Mauricie où, cette fois, c’est un ingénieur ferroviaire ébloui et capable de naviguer dans les officines gouvernementales qui obtient que pas moins de 200 lacs disséminés sur 500 milles carrés lui soient exclusivement confiés. Les lieux seront connus sous le nom de Triton Fish and Game Club. En raison de l’évolution des lois, les droits de pêche ancestraux des riverains ont été grugés jusqu’à disparaître avant la fin du xixe siècle. De temps en temps, mais rarement, un cri s’élevait. Quelqu’un, quelque part, dénonçait ce phénomène unique au monde, qui consistait à priver la population d’une province entière — la seule au Canada à l’avoir fait — du droit de pêcher sur son propre territoire pour le bénéfice d’individus dont plus du tiers ne résidait pas au pays. Ainsi a-t-on vu des familles se nourrir de soupe aux herbes devant des rivières où le saumon sautait hors de l’eau comme pour voler vers eux.

Pendant que certains faisaient naturaliser leurs belles prises, d’autres, comme Léon Larocque, leur donnaient vie en sculptant le bois.

Au début de la crise économique de 1929, on commença à réclamer l’accessibilité des terres publiques plutôt que le maintien des politiques d’aliénation. En octroyant, dès 1938, des baux de courte durée aux villégiateurs, le nouveau ministère des Terres et Forêts, permet enfin l’accès à certaines terres publiques. Vingt ans plus tard, il devient possible d’acheter certains terrains, mais la question est loin d’être résolue, puisque nombre d’enclaves restent interdites d’accès. En 1970, on compte un peu plus de 2000 clubs privés au Québec, ce qui signifie que près de 90 % du territoire de chasse et de pêche est exclu de la villégiature et des loisirs populaires. On assiste alors à la création du Mouvement pour l’abolition des clubs privés (macptc). L’heure est à l’anarchie, au squattage, comme à l’intrusion illégale dans ces terrains confisqués. Les pêcheurs, mais également les chasseurs, sont les premiers à réclamer leur part d’une nature dont ils sont exclus. La population appuie sans réserve cette requête. Avant la fin de la décennie, l’opération déclubage était réalisée ; les clubs privés, devenus Zones d’exploitations contrôlées (zec), laissaient voir au public des trésors dont quelques-uns seulement sont décrits dans ce livre. 2


les espèces L’AC H I GA N À P E T I T E B O U C H E Micropterus dolomieui

L’ A LO S E SAVO U R E U S E Alosa sapidissima

Longueur et poids moyens : 40 à 60 cm — 1 à 3 kg Longueur et poids moyens : 20 à 40 cm — 250 g à 1 kg

L’achigan à petite bouche est originaire du centre-est de l’Amérique du Nord. Aujourd’hui plus répandu, ce poisson fréquente les eaux douces du sud du Québec, surtout celles plutôt chaudes des lacs et des rivières de profondeur ou de courant moyens. Sa coloration, de brunâtre à verdâtre, ou olive, striée de bandes verticales plus foncées et aux écailles moirées de jaune doré est moins contrastée chez les spécimens des eaux turbulentes. Ce singulier poisson peut changer de couleur comme le caméléon. Mangeur d’écrevisses, de têtards, de larves et de petites perchaudes, c’est un solitaire. Il fraie au printemps. Une particularité : c’est le mâle qui construit le nid sous une roche ou un tronc d’arbre à l’abri du vent, qui part en quête d’une ou plusieurs femelles, puis qui protège assidûment les œufs et les petits. Avec un corps moins trapu que celui des crapets, l’achigan à petite bouche combine fougue et stratégie une fois pris à la mouche. Son nom vient d’ailleurs de l’algonquin at-chi-gane qui veut dire : celui qui se bat. Sa chair blanche savoureuse rappelle par sa texture celle de certains poissons de mer comme le vivaneau ou la daurade. Ses qualités culinaires contribuent à en faire un poisson d’autant plus recherché par les pêcheurs. L’achigan à grande bouche est une espèce voisine mais différente qui se distingue par sa mâchoire supérieure dépassant le niveau de l’œil et une nageoire dorsale antérieure plus arrondie et bien séparée de la nageoire dorsale postérieure. Présent surtout au sud du Québec, il préfère les eaux plus chaudes. Bien que moins batailleur que son cousin à petite bouche, l’achigan à grande bouche sera approché par le pêcheur de la même manière.

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On ne rencontre l’alose savoureuse dans les eaux douces du Saint-Laurent et de ses affluents que durant l’été, lors de la fraie. Les mâles en troupes amorcent les premiers la montaison, suivis des femelles peu après. Tous jeûnent pendant cette période parfois très longue, puisque de leur milieu marin d’origine, les aloses viennent s’ébattre jusqu’au pied des barrages de la Rivière des Prairies et de l’Outaouais. Dans les eaux attiédies du mois de juin, des groupes de mâles s’adonnent à un tapage nocturne en surface, au-dessus d’une lourde femelle rivée au fond. Celle-ci remonte ensuite vers ses prétendants. En résulte une bousculade où œufs et laitance sont libérés au fil du courant. Les petits iront en mer à l’automne. La première fraie est fatale pour beaucoup d’individus. Les survivants pourront frayer jusqu’à cinq fois dans leur vie s’ils échappent à l’appétit des phoques… et des hommes. En mer, l’alose vit en bancs dans les estuaires et les baies côtières de l’Atlantique, se nourrissant surtout de plancton. Ce poisson qu’on appelle aussi alose blanche ou atlantique est couvert de grosses écailles fragiles et argentées. Des taches sombres en pointillé barrent son dos à l’horizontale. Même si elle ne se nourrit pas pendant la période de la fraie, l’alose, comme le saumon, se laisse séduire par la mouche. À la capture, elle se défend par des bonds aériens spectaculaires. Sa chair blanche et ses œufs servis sous le nom de shad roe aux États-Unis, où elle est plus connue, sont très appréciés. montaison • Terme de pêche qui désigne la migration par laquelle certains poissons remontent le cours des rivières pour aller se reproduire.


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LE G R A N D B RO C H E T Esox lucius Longueur et poids moyens : 50 à 75 cm — 1 à 2 kg

De tous nos poissons d’eau douce, le grand brochet est le prédateur par excellence. Tête large, museau aplati, dents acérées, promptitude à l’attaque même face à l’homme, son comportement indolent de chasseur solitaire lui a valu son surnom de « requin d’eau douce ». Il est vrai qu’il semble ignorer la peur et qu’il est amateur de grosses proies : perchaudes, meuniers ou crapets. Son instinct le fait s’attaquer aux grenouilles, aux souris, aux rats musqués et même à la sauvagine de petite taille. Il peut manger l’équivalent de son propre poids en quelques jours. Un tel comportement n’incite pas le pêcheur à la compassion. Il prend au contraire plaisir à capturer ce carnassier redouté, champion des courses de fond, qui n’hésite pas à sauter très haut dans les airs pour livrer bataille. On retrouve le grand brochet presque partout au Québec, surtout dans les baies de faible profondeur des lacs riches en végétation où l’eau est chaude et dans les rivières lentes et herbeuses. Il fraie juste après le dégel, en dispersant ses œufs qui incubent sans surveillance environ deux semaines. Juste retour des choses : très peu d’alevins survivront à l’appétit des espèces concurrentes. Le grand brochet croît rapidement et peut vivre une dizaine d’années au sud du Québec et jusqu’à 25 ans au nord. On le reconnaît aisément à son corps très long, ses rangées de taches ovales de jaune à blanchâtre sur fond vert foncé ou olive. De toutes petites taches dorées au bout des écailles lui donnent, à la lumière, une livrée pailletée d’or. Le grand brochet est abondant et omniprésent au Québec. Le pêcheur pourra affronter, de manière similaire, son cousin le maskinongé qui ne fréquente que le sud du Québec. Les autres espèces de brochets ne sont pas considérées comme des espèces sportives.

LE D O R É JAU N E Stizostedion vitreum Longueur et poids moyens : 30 à 50 cm — 500 g à 1,5 kg

Ce poisson pailleté d’or sur fond vert olive, avec sa première nageoire dorsale haute et épineuse caractéristique, est l’un des favoris des pêcheurs, au lancer comme à la mouche. C’est un

puissant batailleur qui pique systématiquement vers les profondeurs une fois ferré. Ce carnassier presque dépourvu d’écailles, aux gros yeux pâles et saillants, hypersensible à la lumière, mord plus volontiers à l’aube et au crépuscule ou sous un ciel chargé. Il privilégie d’ailleurs les eaux troubles, celles des rivières turbides ou celles des lacs exposés au vent. Hors des heures où il remonte chasser vers le littoral, le doré reste dans les profondeurs oxygénées par des sources. C’est un prédateur, amateur de poissons avant tout, qui s’accommode d’insectes, de sangsues, d’écrevisses, de couleuvres ou de salamandres. Il partage souvent son milieu avec la perchaude, l’achigan à petite bouche, le meunier noir et le grand brochet qu’il craint. Contrairement à celui-ci, le doré jaune est grégaire. Pour frayer, il affectionne les hauts-fonds des lacs ou les eaux blanches au fond rocailleux que les corpulentes femelles accompagnées de jeunes mâles visitent la nuit. Les œufs sont dispersés et laissés à leur sort. Au Québec, l’aire de distribution du doré jaune monte jusqu’à la baie James, mais ne dépasse pas la limite est de la ville de Québec. Le doré noir, un proche parent du doré jaune est plus petit et plus svelte. Comme il est en outre moins répandu et plus rare au Québec, il présente moins d’intérêt pour le pêcheur sportif.

L’ O M B LE C H E VA LI E R Salvelinus alpinus

Taille et poids moyens : 35 à 50 cm — 500 g à 4,5 kg

L’omble chevalier, appelé aussi omble rouge ou truite rouge du Québec, est le plus nordique des poissons d’eau douce. Par contamination avec le nom anglais « arctic char », on le désigne parfois sous le nom d’omble de l’Arctique. Profil allongé de la truite, queue légèrement fourchue, nageoires inférieures bordées de blanc, avec de grosses taches roses, rouges ou crème qui parsèment ses fl ancs. D’un individu à l’autre, sa coloration offre une infinie gamme de tons du vert foncé au bleu-vert et argenté. Sous sa forme anadrome, l’omble chevalier évolue dans les rivières qui se jettent dans l’océan Arctique ou dans les lacs en amont de ces rivières. Durant l’été, il vit en mer, à proximité de l’embouchure des rivières. Il remonte vers ses eaux de reproduction à l’automne. On voit alors les ombles sauter et rouler à fleur d’eau. Ils profitent de la marée montante pour franchir les obstacles jusqu’à leur frayère. La femelle,


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accompagnée d’un seul mâle, creuse un nid dans une fosse calme ou sur le fond rocheux d’un lac. Les œufs vont éclore au printemps et les alevins, après s’être libérés du gravier en juillet vont rester de 5 à 7 ans dans la rivière puis descendront vers la mer. Ce poisson, qui peut vivre jusqu’à 40 ans, croît très lentement. S’il se laisse convaincre par la mouche, c’est alors un puissant batailleur. Crustacés, insectes, plancton, petits poissons, y compris de sa propre espèce, tout contribue à alimenter la chair de l’omble chevalier dont la couleur varie du rouge au blanc et que l’on dit plus fi ne encore que celle du saumon. Dans le sud du Québec, une sous-espèce « oquassa » fréquente les eaux froides des lacs profonds où elle demeure cantonnée comme la ouananiche. Elle offre peu d’intérêt pour la pêche sportive d’autant plus qu’elle est susceptible d’être désignée comme espèce menacée.

L’O M B L E D E F O N TA I N E Salvelinus fontinalis

Taille et poids moyens : 25 à 35 cm — 100 à 400 g

L’omble de fontaine, appelé aussi truite mouchetée, truite saumonée, truite de ruisseau ou truite de mer, est un poisson indigène qui ne tolère que l’eau froide et claire des rivières ou des lacs bien alimentés en sources fraîches. Il peuple en abondance de nombreux plans d’eau au Québec. La truite de mer est un omble de fontaine anadrome que l’on trouve souvent dans les rivières à saumon. On distingue l’omble de fontaine par sa queue presque carrée, ses lignes ondulantes pâles sur son dos de couleur brunâtre à verdâtre, et ses petites taches rouge pâle cerclées de bleu. Des taches claires sur un fond sombre, voilà ce qui permet de distinguer les ombles (Salvelinus) des truites et des saumons (Salmo) chez qui les taches sont sombres sur fond clair. L’omble de fontaine est vorace, peu timide et très combatif lors de la capture, vu sa taille. Piètre nageur de fond, il est en revanche très rapide pour fondre sur ses proies, larves, vers, insectes ou petits poissons et même souris ou couleuvres qui passent à portée de son gîte. Il pratique aussi le cannibalisme. Fuyant le soleil, il s’abrite sous une roche près d’un remous, sous un tronc d’arbre ou dans le creux d’une berge. L’omble de fontaine fraie à l’automne, à la tête d’une rivière ou dans un lac bien oxygéné. Il semble occuper la même frayère chaque année et migre sur plusieurs kilomètres

pour l’atteindre. Contrairement aux occupants des vastes plans d’eau du nord, ceux des petits lacs et rivières grandissent lentement et ne vivent pas longtemps. Confiné dans une aire restreinte, ce poisson tend à surpeupler son habitat. Bien gavée durant l’été, sa chair de rose à orange éclatant est succulente.

LA O UANAN I C H E Salmo salar Longueur et poids moyens : 40 à 60 cm — 1 à 2 kg

La ouananiche est la forme cantonnée en eau douce du saumon atlantique. Elle serait restée prisonnière, après la fonte des glaciers, dans de vastes plans d’eau aujourd’hui éloignés de la mer. Quoique plus petite, avec le corps légèrement comprimé latéralement, elle est très semblable au saumon puisque c’est la même espèce. Elle est vorace et saute de façon impressionnante. Elle se nourrit essentiellement d’insectes et de petits poissons tels que l’éperlan arc-en-ciel. Ses mœurs en matière de reproduction sont comparables. À partir du lac où elle vit, elle remonte vers sa rivière natale pour frayer dès la fi n du printemps et cesse pratiquement de se nourrir. La femelle creuse un nid et dépose les œufs qui écloront en mai de l’année suivante. Les jeunes restent dans la rivière plusieurs années avant d’atteindre une taille suffisante, puis descendent vers les lacs. Après la fraie, les adultes retournent dans les lacs ou passent l’hiver dans les fosses profondes de leur rivière. La ouananiche est une masse de muscles qui bondit, multiplie les voltes et les fuites dans le courant lorsqu’elle est accrochée à l’hameçon. Elle lutte obstinément jusqu’à l’asphyxie. La particularité qui fait que la ouananiche se tienne en bancs donne des chances supplémentaires au pêcheur. Abondante dans les eaux de la Côte-Nord, présente dans certains grands lacs du sud du Québec, elle est la reine des eaux du Lac Saint-Jean.

LE SA U M O N AT L A N T I Q U E Salmo salar

Taille et poids moyens : 50 à 100 cm — 2 à 10 kg

Peu eu de poissons exercent une telle fascination que ce roi des rivières. Gaulois et Amérindiens s’en délectaient. Aujourd’hui, la pêche sportive au saumon est une affaire de passionnés et le


L e s e s p è c e s 3 17 cycle de reproduction de ce poisson un archétype. Qui a vu cet animal énergique gravir une chute… ou sauter sur sa mouche en reste marqué ! Après un à trois ans de vie en mer, au large des côtes de Terre-Neuve dans les eaux réchauffées par le Gulf Stream pendant l’hiver avec des migrations jusqu’au Groenland en été, les saumons reviennent au printemps dans les rivières où ils sont nés, pour frayer. Ils cessent alors de s’alimenter. De fosses ou de creux ombragés en cascades à franchir, ils voyagent face au courant qui leur fournit de l’oxygène et montent loin vers la source de la rivière. Vers octobre ou novembre, ils atteignent les frayères où les couples, côte à côte, pondent et fécondent les œufs. Quelques-uns redescendront aussitôt et d’autres attendront jusqu’au printemps suivant pour retourner en mer. Le saumon atlantique peut frayer jusqu’à trois fois dans la dizaine d’années en moyenne que dure sa vie. Les alevins naîtront au printemps. Puis les saumoneaux demeureront deux ou trois ans en eau douce avant de rejoindre les adultes dans les profondeurs sombres de l’océan où ils se nourriront de crustacés, de petits poissons et d’insectes. Leur corps à la coloration foncée et parfois tachetée de rouge en eau douce prendra une couleur argentée en mer. Poisson indigène du bassin atlantique, sensible à la pollution et proie privilégiée de la pêche commerciale maintenant interdite, le saumon est de nos jours beaucoup plus rare que du temps où on le pêchait dans la Tamise et jusqu’au pied des chutes du Niagara !

L E TO U L A D I Salvelinus namaycush

Longueur et poids moyens : 40 à 60 cm — 1 à 2 kg

Le touladi, connu aussi sous les noms de truite grise et de truite de lac, apprécie l’eau froide des lacs et y évolue à diverses profondeurs selon la température et la saison. Au printemps, quand l’eau est encore froide, on le voit à la surface des lacs et même dans les rivières affluentes. Indigène du nord de l’Amérique, on le retrouve en abondance dans les Grands Lacs notamment, où il peut atteindre une taille impressionnante. Ce poisson plutôt gras croît néanmoins très lentement au nord. Il peut vivre jusqu’à 40 ans. Plutôt nonchalant, le touladi se défendra vaillamment accroché à la mouche. Sexuellement, il n’est pas très précoce puisqu’il n’atteint pas sa maturité sexuelle avant 6 ou 7 ans dans le sud et même beaucoup plus tard dans

le nord. Pour se reproduire, il choisira de préférence le plateau rocheux ou caillouteux d’un lac à une profondeur variant de 50 cm à 12 m. Il fraie de nuit, à l’automne. Les œufs incuberont tout l’hiver et écloront en mars ou en avril. Bon nageur de fond, le touladi se déplace constamment pour trouver sa nourriture. Il a la queue très fourchue, la tête trapue et l’œil petit. Tout son corps est constellé de taches pâles sur fond vert, brun ou noir. Les touladis des Grands Lacs sont plus argentés. Constituée de petits poissons, de crustacés, d’insectes ou de plancton, sa nourriture colore plus ou moins sa chair de blanc à orangé qu’on apprécie fraîche ou fumée.

LA TR U ITE AR C-E N-C I E L Salmo gairdneri

Longueur et poids moyens : 30 à 45 cm – 500 g à 1 kg

La truite arc-en-ciel a le dos bleu acier ou bleu-vert ; les flancs pâles sont divisés par une bande horizontale au rouge plus ou moins prononcé. La lumière sur ses très petites écailles fait miroiter sa robe plutôt argentée. Sa chair dont la couleur varie du blanc au rouge brillant est très appréciée, fraîche ou fumée. C’est la truite d’élevage qu’on trouve dans les poissonneries. Une cousine de la truite arc-en-ciel, la truite steelhead, se retrouve dans les Grand Lacs où elle peut dépasser les 9 kg. Celle qui fréquente nos eaux ne déborde pas la frange sud du Québec, où elle peuple lacs et rivières aux eaux claires, fraîches et peu profondes. Elle supporte même les lacs aux eaux plus chaudes s’ils sont rafraîchis par des sources en profondeur. Ce poisson originaire de la côte est du Pacifique et des montagnes Rocheuses montre une formidable capacité d’adaptation : sa taille maximale et sa durée de vie sont très variables d’un milieu à l’autre; son rythme de croissance diminue aussitôt que l’augmentation de sa population la met à l’étroit. La reproduction se fait au printemps, souvent en amont des fosses dans les petits tributaires des rivières ou des lacs. La truite arc-en-ciel entre en concurrence avec d’autres espèces, prédatrices ou se nourrissant sur le fond des plans d’eau. Les pêcheurs affectionnent cette truite qui, en quête d’insectes adultes, saute à la surface sur les leurres et qui, une fois prise, bondit plusieurs fois avant de capituler. 2


la technique de la pêche à la mouche

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renez une plume dans la main droite et projetez-la à quinze ou vingt mètres. Tel est l’exploit que permet de réaliser la technique de la pêche à la mouche. Parmi toutes les techniques de pêche sportive, la pêche à la mouche est probablement la seule qui réponde au défi de projeter un objet d’un poids négligeable, en l’occurrence une mouche artificielle, a une distance respectable. C’est la canne à mouche et ses accessoires qui permettent cette prouesse et, plus particulièrement, la soie qui en est l’instrument essentiel. Le matériel est bien sûr nécessaire, mais est-il utile de préciser qu’il n’est pas suffisant ? Si le profane ne verra guère de différences entre une canne à mouche et une canne à lancer léger, il identifiera certainement les mouvements particuliers qu’exécute le pêcheur à la mouche pour les avoir contemplés sur des gravures ou admirés au cinéma. Le geste auguste du moucheur qui permet à la soie de décrire ces arabesques est facile à comprendre. En effet, si avec la plupart des techniques de pêche qui utilisent une canne, c’est le poids du leurre qui le projette à une distance plus ou moins grande, dans le cas de la pêche à la mouche, c’est la soie par sa forme et son poids qui joue ce rôle. Le moucheur fait aller la 18 3

soie alternativement derrière lui et en avant vers l’eau, en la déroulant plus ou moins du moulinet, pour permettre à la mouche artificielle attachée au bas de ligne de se poser sur l’eau à la distance souhaitée. Différentes techniques sont utilisées en fonction des conditions de pêche, avec un vent latéral par exemple ou une berge encombrée par la végétation ou encore lorsque le pêcheur doit projeter la mouche à une distance supérieure. Sans entrer dans les détails, le mouvement se décompose comme suit : on assimile le bras qui tient la canne à l’aiguille d’une montre qui passe alternativement de la position 11 heures à la position 1 heure. Il existe bien évidemment une certaine flexibilité par rapport aux positions 11 heures et 1 heure. Certains ajouteront ou enlèveront quelques minutes, la position variant aussi selon la longueur de la canne et le poids de la soie. Le pêcheur retient la soie dans sa main gauche au niveau du moulinet. Lorsque la soie se trouve derrière lui, il doit arrêter le geste du bras droit rapidement à la position 1 heure et marquer un temps d’arrêt suffisamment long pour permettre à la soie de se déployer vers l’arrière et donc de pouvoir repartir vers l’avant quand il


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ramène rapidement le bras en position 11 heures. Sans ce temps d’arrêt, la soie vient s’emmêler dans ses lunettes, son gilet de pêche, les rochers ou dans la végétation à ses pied en un long spaghetti. Dans la toute dernière phase, le moucheur baisse la canne un peu plus, à peu près vers la position 10 heures et libère la soie de sa main gauche pour qu’elle projette la mouche vers l’eau. La technique demande manifestement un peu de coordination, mais guère plus que celle qu’exige une voiture équipée d’une boîte à vitesses manuelles. Toutefois, comme pour l’as du volant, c’est à force de pratique que le pêcheur deviendra un pro de la mouche. Pourquoi la pêche à la mouche ? Sans même tenir compte du défi et du plaisir qu’offre la maîtrise de la technique, c’est la méthode qui permet le contact le plus immédiat et le plus étroit avec le poisson sportif. C’est celle qui demande le plus de vigilance, de rapidité et de contrôle dans les réflexes. S’il doit ferrer rapidement une truite ou un omble qui attaque sa mouche sèche, le moucheur doit, par contre, laisser le saumon plonger avec, s’il ne veut pas risquer de la lui retirer de la gueule. De toute manière, le pêcheur qui veut s’attaquer au saumon n’a pas d’autre choix que la mouche, puisque c’est la seule technique autorisée dans les rivières du Saint-Laurent et de Gaspésie. C’est aussi la seule technique de pêche sportive que l’on qualifie de science ou d’art. Il faut effectivement un artiste pour déposer délicatement sur une feuille près de la rive une minuscule mouche artificielle pour qu’ensuite elle tombe naturellement dans l’eau, exactement comme le ferait un insecte vivant, et, par voie de conséquence, provoque l’attaque sauvage de l’omble de fontaine à l’affût. Dans le cas du saumon, on peut même parler de philosophie. Quand le saumonier explore une fosse, il positionne la soie à 45 degrés vers l’aval dans le courant, laisse descendre la mouche noyée avec le courant, fouette encore une ou deux fois puis fait un pas de côté vers l’aval et recommence. Après une dizaine de minutes, quand il a couvert la fosse, il revient à sa position de départ en amont, change de mouche et répète le même rituel, et ceci pendant des heures alors qu’il n’est même pas sûr de la présence du moindre saumon dans la fosse! Et que dire du moucheur qui place sa mouche sèche invariablement au-dessus du saumon qu’il voit très nettement dans l’eau transparente sans obtenir de sa part aucune réaction pendant des heures! Pendant des heures, le pêcheur doit s’appliquer et rester concentré, sans laisser un seul instant son esprit vagabonder. Art, sport, science, philosophie, d’aucuns parmi les profanes pourraient bien y voir un comportement obsessionnel !

l’équipement La canne à mouche Il existe une pléthore de cannes à mouche de différentes longueurs avec des puissances et des actions distinctes. Elles sont constituées de matériaux variés, assemblées en deux ou plusieurs brins et bien sûr elles couvrent toute une gamme de prix. Puisque la fonction de base d’une canne à mouche est d’envoyer la soie à une distance relativement éloignée, il est facile de comprendre qu’elle doit être d’une bonne longueur, quelle que soit la taille du poisson qu’on se propose d’affronter. Si la plupart des cannes à mouche mesurent 8 ' 6 '' ou 9 ' ( 2,60 m ou 2,75 m)parce qu’elles sont les plus polyvalentes, on trouve des longueurs qui varient de 6 ' (1,80 m)pour les pêches extrêmement fines à 15' (4,60 m)pour les cannes qui se manient à deux mains. Même dans les pays qui ont adopté le système métrique depuis des siècles, il semble que la dimension des cannes s’exprime en pieds et en pouces, peut-être à cause de l’importance historique de la Grande-Bretagne dans la pratique de cette activité. La puissance, qui se réfère au poids de la soie, s’exprime par un numéro qui va de 1,5 à 12. Une soie avec un numéro élevé pèse plus lourd et permet donc de projeter la mouche à des distances supérieures. L’action de la canne à mouche est une notion importante mais n’est pas vraiment normalisée d’un fabricant à l’autre. On peut dire qu’il existe trois types d’action : parabolique, semiparabolique et de pointe. On les retrouve parfois sous la


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désignation d’action lente, semi-rapide et rapide. Cette notion fait référence à la courbure que prend la canne lors du lancer. En principe, une canne à action parabolique sera préférable pour la pêche à la mouche noyée, alors que le moucheur qui cherche à projeter sa mouche le plus loin possible choisira une canne à action de pointe. En réalité, le pêcheur qui a eu l’occasion de pratiquer ses lancers avec les trois types de cannes finira par préférer une action plutôt qu’une autre et y demeurera fidèle. Du bambou refendu des premiers temps au carbone en passant par la fibre de verre et autre boron, la fabrication des cannes est en évolution constante. Les cannes en bambou refendu, qui n’accommodent pas tous les budgets, sont encore fabriquées quoiqu’avec des technologies différentes. Elles ont le grand mérite d’alimenter des discussions interminables entre leurs partisans et les adeptes de matériaux et de procédés plus modernes. Une canne à mouche de 9 ' (2,75 m) même démontée en ses 2 parties est encore encombrante. Les matériaux et les technologies actuelles permettent de fabriquer des modèles de 3, 4 ou 5 brins qui sont presque aussi performants que les cannes à 2 brins. Le pêcheur peut donc avoir sa canne à mouche dans un étui relativement court, qui prendra place facilement dans un sac de voyage. Voilà qui offre des conditions idéales pour un voyage en avion ou dans le coffre d’une voiture.

la soie à moucher et la ligne de réserve La soie qui permet de projeter la mouche artificielle doit être parfaitement adaptée à la canne, sous peine de provoquer fatigue et frustration. Avec une canne indiquant le numéro 9, on utilise une soie numéro 9. Dans le domaine des soies, la technologie aussi a beaucoup évolué. Le crin de cheval a laissé la place à la soie, puis au nylon tressé recouvert de matière plastique plus ou moins dense. En effet, selon la profondeur à laquelle le pêcheur veut voir évoluer sa mouche, il choisira une soie plongeante, à bout plongeant, ou flottante. Les deux dernières sont les plus utilisées, la soie plongeante exigeant beaucoup d ’effort lors de son retrait de l’eau. Plus récemment sont apparues les soies avec embouts interchangeables, un embout flottant

et deux ou trois embouts de densités différentes plongeant plus ou moins rapidement. Les soies offrent plusieurs choix de couleurs et une variété de formes. Les soies parallèles (level), donc d’un diamètre uniforme, ne sont plus beaucoup utilisées. Les soies à double fuseau (double taper) sont économiques puisqu’elles donnent la possibilité d’intervertir les extrémités lorsque l’une d’entre elles est usée. Ces deux modèles servent essentiellement dans les pêches fines qui supposent des lancers discrets. La soie à fuseau décentré vers l’avant (weight forward) est la référence pour lancer loin, notamment lorsqu’on pêche avec des grosses mouches et par temps venteux. C’est la soie idéale pour le saumon, la ouananiche et l’omble chevalier. Enfin, le modèle torpille (shooting taper) concentre son poids à une extrémité sur une plus courte longueur. Il est utilisé en particulier dans les tournois. Avec une soie dont la longueur se situe autour de 30 mètres, à laquelle a été ajouté un bas de ligne d’environ 3 mètres, que fait le pêcheur à la mouche dont le saumon se trouve à 50 mètres de lui dans la rivière, alors qu’il vient tout juste de l’attraper? Il utilise des mots et des expressions qu’on évite de reproduire dans cet ouvrage. C’est la ligne de réserve qui permet d’éviter ce genre de situation. Longue d’une centaine de mètres ou plus, elle fait le lien entre la soie et le moulinet et permet au poisson sportif de s’éloigner le plus possible de l’individu qu’il voit au loin et avec lequel il a assez peu d’affinités. La résistance de la ligne de réserve peut aller de 5 à 22 kg. Elle est sélectionnée en fonction de la puissance de la canne, du poids de la soie, de la grosseur du moulinet et du type de pêche à laquelle on se destine.

le moulinet Si le moulinet sert principalement à entreposer la soie lorsqu’on pêche la petite mouchetée en ruisseau, il a bien d’autres usages quand on s’attaque au saumon, au brochet ou à l’omble chevalier. Il permet non seulement d’amener le poisson à l’épuisette, mais, grâce à son système de freinage avec tension réglable, il contribue à garder le poisson au bout de la ligne et à l’épuiser pour faciliter sa capture. Le système de frein doit donc être d’excellente qualité. Le moulinet lui-même doit être très robuste, tout en restant suffisamment léger pour réduire la fatigue lors du duel avec le poisson et aussi pendant les longues heures passées à fouetter. Sa dimension est suffisante pour accueillir la soie qui lui est destinée, avec une longueur appropriée de ligne de réserve. Pour réduire l’encombrement, le pêcheur peut s’équiper avec un seul moulinet mais plusieurs


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Le bas de ligne Le bas de ligne est le maillon le plus faible de la chaîne. Pour cette raison, il faut y porter une attention particulière et le vérifier souvent. Fait de fluorocarbone ou de nylon transparent, il relie la soie à la mouche et présente lui aussi une résistance plus ou moins importante selon le type de pêche pratiquée. D’une longueur qui se situe entre 2 et 4 mètres, le bas de ligne peut se présenter sous forme fuselée sans nœud ou être constitué de monobrins de différents diamètres reliés par des nœuds spéciaux, le brin le plus fin étant celui qui est attaché à la mouche. De nombreux pêcheurs fabriquent leurs bas de ligne eux-mêmes et remplacent régulièrement le dernier brin, qui raccourcit chaque fois qu’ils changent de mouche. tambours munis de soies de modèles différents et donc passer d’une soie plongeante à une soie flottante selon le besoin. Finalement, si le pêcheur compte pratiquer son lancer dans les estuaires sur des truites de mer ou des ombles chevaliers, il prendra soin de sélectionner un modèle résistant à la corrosion. La tendance est maintenant aux moulinets à récupération simple. Les moulinets à action multiplicatrice et les moulinets automatiques, lourds et mécaniquement compliqués, ne sont plus beaucoup utilisés.

Les mouches Cosseboom, Mickey Finn, Blue charm, Muddler minnow, Royal Wulff, Rusty rat, il existe des milliers de mouches artificielles, presque autant que de pêcheurs, mais un peu plus que le nombre d’ouvrages qui traitent du sujet. Elles se divisent en deux grands groupes : les mouches noyées et les mouches sèches, avec des sous-groupes ou catégories comme les nymphes, les émergentes, les streamers, etc. Elles sont minuscules pour la truite mouchetée de ruisseau et énormes pour le brochet. Elles


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sont faites de poils, de plumes et de divers matériaux aux ­multiples couleurs. Même si on les appelle « mouches », elles peuvent imiter toutes sortes d’insectes, de poissons et aussi de petits mammifères. Très souvent d’ailleurs, elles ne reproduisent rien de connu tout en étant quand même très efficaces. Chaque lac, chaque rivière a sa sélection de mouches qui sont parfois les favorites des poissons et souvent les préférées des pêcheurs. Le montage des mouches est en soi un hobby, une passion, qui se manifeste par des cours, des ateliers et des concours organisés même au niveau international.

Les accessoires Le pêcheur à la mouche est facilement reconnaissable. Il a toujours quelques mouches accrochées à son chapeau ou sur un carré de peau de mouton fixé sur sa veste de pêche… juste à côté du coupe-fil rétractable. Les accessoires sont nombreux et diffèrent selon le genre de pêche pratiquée. La veste de pêche est indispensable avec ses nombreuses poches qui permettent de garder avec soi tout l’attirail essentiel du moucheur : monobrins et bas de ligne supplémentaires, boîtes à mouches, couteau, lampe de poche, permis de pêche, petite épuisette ou queutard, graisse de silicone, appareil photo pour avoir la preuve que le poisson trophée a bien été pris avant d’être gracié, etc. S’il pêche en eau profonde dans une rivière à fort

courant, une veste-gilet de sauvetage gonflable pourrait, le cas échéant, permettre au pêcheur de ne pas interrompre brutalement sa carrière. Il se sera probablement équipé de cuissardes ou de waders, cette salopette imperméable qui s’enfile jusqu’à la poitrine et qui permet d’avancer plus loin dans la rivière. Si c’est le cas, il n’aura pas oublié de boucler autour de la taille le complément indispensable qu’est une bonne ceinture élastique, puisqu’il sait pertinemment qu’avec des waders emplis d’eau, on nage très mal. Le couvre-chef et les lunettes à verres polarisés sont aussi des accessoires à usages multiples. Le chapeau à larges bords protège du soleil et de la pluie mais aussi des mouches artificielles dont le vol est parfois désordonné, surtout par grand vent. Les lunettes à verres polarisés, quant à elles, peuvent exercer trois fonctions. Lors de la pêche à gué, le moucheur verra plus facilement où il pose les pieds. Les lunettes lui permettront aussi d’augmenter ses chances en facilitant le repérage des poissons, en particulier lorsqu’il pêche le saumon. Finalement, elles ont une fonction protectrice. En effet, si le pêcheur est un expert pour décrocher la mouche de la mâchoire du poisson, il sera peut-être moins habile lorsqu’elle sera devenue un accessoire de « piercing » dans la paupière de son compagnon de pêche. Et le produit insectifuge? Ah oui, c’est vrai ! 2


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expériences inoubliables


L e l ac B e au c h ê n e La réserve Beauchêne

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a réserve Beauchêne couvre un territoire de plus de 200 km² riche d’une quarantaine de lacs dont dix sont réservés pour la pêche à la mouche. C’est une destination incontournable pour le pêcheur qui apprécie la diversité. En effet, une grande variété d’espèces s’offre à lui. Entre le touladi, l’achigan, le brochet, l’omble de fontaine, le doré et même la truite moulac, qui est un hybride fertile résultant du croisement entre le touladi et l’omble de fontaine, le pêcheur risque de ne plus savoir où donner de la canne ! Située à 20 km de la ville de Témiscamingue, près de la frontière ontarienne, la réserve Beauchêne se trouve à près de 600 km à l’ouest de Montréal en suivant la rivière

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Sous la brume matinale, à la veille d’entamer une journée de pêche

PAGES SUIVA N T ES

Devant la Maison Blanche, ornement de la réserve Beauchêne


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La réserve Beauchêne se déploie dans une région de l’Abitibi-Témiscamingue dont la forêt est demeurée presque intacte, malgré des siècles de fréquentation par les humains.


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des Outaouais. Le fleuron de la pourvoirie est sans conteste le lac Beauchêne. Celui-ci s’étend sur près de 20 km. On prétend qu’au début du xxe siècle, ses environs accueil­laient des chênes de belle taille. Une souche de 2 mètres de diamètre était, semble-t-il, encore visible sur les hauteurs près du lac, il y a quelques années. Il est toutefois bien possible que le nom de Beauchêne vienne de Bauching. Les noms finissant en « ing » sont fréquents dans la région, ce suffixe signifiant « eaux » chez les Algonquins. En plus des luxueux chalets réservés aux visiteurs, le lac abrite aussi la Maison-Blanche construite en 1924 pour Lawrence Jones, riche distillateur de bourbon à Louisville, Kentucky.

Pourvoirie • Le terme de pourvoirie est utilisé essentiellement au Québec. Il désigne un territoire destiné à accueillir les adeptes de la pêche, de la chasse ou du piégeage, mais aussi les vacanciers qui souhaitent pratiquer diverses activités de plein air, telles que randonnées, observation de la flore et de la faune, motoneige, kayak, etc. Le Québec en compte plusieurs centaines.

ci-dessus

Salle de séjour et cheminée ancienne du chalet Hibou ci- con t r e

Chambre à coucher du chalet l’Aigle


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La combativité de l’achigan à petite bouche le rend très attrayant pour le moucheur, qui doit s’attendre à de l’action.

À l’ épuisette, sur le lac Petit Beauchêne


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La pourvoirie a été une des premières à mettre en place la pratique de la graciation. Les poissons qui ne sont pas remis à l’eau doivent être consommés sur place. Dans les lacs où l’on pêche l’omble de fontaine, seuls les hameçons sans ardillon sont autorisés. Les gestionnaires sont d’autant plus sensibilisés par la question de la protec­tion de la ressource que le lac Beauchêne avait pratiquement été vidé de ses poissons par la pêche commerciale au filet à l’époque de la Première Guerre mondiale. La plupart des espèces de poissons qui peuplent la pourvoirie ont été réensemencées après les années 1925. Ces politiques restrictives font de la réserve Beauchêne non seulement un site prolifique pour la pêche, mais permettent aussi des prises mémorables. Si on n’est pas prêt d’oublier un achigan d’un kilo au bout de la ligne, imaginez le souvenir que peut vous laisser son grand frère de 2 kg qui vient de sauter sur votre bomber. Les achigans de cette taille ne sont pas inhabituels à la pourvoirie. Dans le cas du touladi, la saison idéale pour la pêche à la mouche est le printemps, lorsque l’eau est encore froide et le poisson en surface. Si les captures habituelles se situent dans une moyenne de 2 à 3 kg, des monstres de 10 à 15 kg ne sont pas exceptionnels.  Graciation • « Catch and release » en anglais. Cette pratique aussi désignée par l’expression « remise à l’eau » est de plus en plus courante. La remise à l’eau du poisson qui vient d’être pêché permet de préserver la ressource. Selon les études, le taux de survie des poissons relâchés est de 97 %. La graciation est souvent prati­quée sur une base volontaire mais peut être obligatoire dans certains secteurs de pêche, en particulier dans le cas du saumon. Ardillon • En plus d’être la pointe de métal qui fait partie d’une boucle et qui sert à arrêter une courroie ou une ceinture, l’ardillon d’un hameçon par analogie, désigne cette petite pointe située au bout de l’hameçon qui l’empêche de ressortir facilement lorsque le poisson est pris. Avec la pratique de la graciation, il est courant d’écraser l’ardillon sur le corps de l’hameçon avec une paire de pince. Cette technique permet de réduire la gravité de la blessure infligée au poisson quand on le libère.

Mouche à achigan de type popper.


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L e l ac B e rt h e lot Le pavillon du lac Berthelot • Saint-Cyr Royal

Nouvelle auberge Saint-Cyr Royal

Depuis le printemps 2007, le pavillon du lac Berthelot s’est enrichi de la pourvoirie lac Saint-Cyr Royal d’une superficie de 300 km2. L’initiative gouvernementale visait à consolider le développement des activités en forêt à l’est de Senneterre. Ici, vue aérienne au sud du lac Saint-Cyr.

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’Abitibi-Témiscamingue. Malgré ses lieux riches en histoire, son développement industriel et agricole, cette immense région, par son éloignement de l’axe des Grand Lacs et du Saint-Laurent, reste le domaine de la forêt, des rivières et des lacs. On peut difficilement éviter d’utiliser l’expression trop souvent ressassée de « Paradis de la pêche » lorsqu’on décrit le pavillon Berthelot. À l’ouest du réservoir Gouin, à 560 km au nord de Montréal, le pavillon Berthelot est accessible à partir de Senneterre par une 3 33 3


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le brochet à la mouche

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êcher le brochet à la mouche exige une dextérité certaine vu la taille des monstres que le pêcheur risque d’affronter. S’il n’est pas forcément nécessaire d’utiliser des mouches tout aussi monstrueuses, il est toutefois indispensable d’ajouter à

son bas de ligne trente bons centimètres de fil d’acier, sinon le requin d’eau douce risque de ne faire qu’une bouchée de votre imitation de souris. Certains inconditionnels du saumon prétendront, non sans raison, que le brochet est moins constant dans la bagarre. Il se laisse parfois tirer comme un poids mort. Néanmoins, le pêcher à la mouche représente un défi certain. D’autant plus que, contrairement à la pêche sportive du saumon qui ne peut se faire qu’à la mouche, au sud du Québec tout au moins, la réglementation autorise pour le brochet d’autres techniques. Le pêcheur moins intrépide n’hésitera donc pas, pour mettre toutes les chances de son côté, à utiliser une bonne vieille canne à lancer et son gros moulinet avec poisson nageur harnaché de deux hameçons triples. Dommage ! Un gros brochet qui se précipite sur une mouche parmi la végétation aquatique et le combat qui s’ensuit laisseront assurément au moucheur un souvenir beaucoup plus marquant. 2

page suiva n t e

Brochet tenant un doré dans la gueule


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La chasse et la pêche font partie du quotidien des gens de l’AbitibiTémiscamingue qui, tout en vivant à proximité des forêts, organisent leurs loisirs autour d’elles. Le pavillon du lac Berthelot a été créé, à la fin des années 1960, pour répondre aux besoins des amateurs locaux, puis de tout le Québec. ci- con t r e

Partie sud-ouest du lac Saint-Cyr.


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Pêcheur exhibant un spécimen de doré jaune.

route forestière longue d’une centaine de kilomètres. Mais le mode de locomotion privilégié est sans aucun doute l’hydravion, puisqu’il permet en outre d’atteindre des lacs éloignés très peu explorés. Avec son pavillon principal et ses douze chalets sur le lac Berthelot, cette pourvoirie doit sa renommée à la pêche au brochet et au doré. Elle offre aussi à l’amateur l’omble de fontaine dans les rivières et cours d’eau autour du lac et le touladi dans les lacs plus pro­fonds, accessibles par hydravion.


L e l ac B l an c La pourvoirie du lac Blanc

L

a pourvoirie du lac Blanc est très facile d’accès depuis Montréal ou Québec. Plusieurs routes y mènent à partir de l’autoroute 40 entre Montréal et TroisRivières ; on peut aussi s’y rendre en hydravion et en hélicoptère. Utilisé depuis la fin du xixe siècle pour l’exploi­ tation forestière, ce vaste territoire de deux mille hectares situé non loin de la réserve faunique de Masti­gou­che a changé de vocation un siècle plus tard grâce à la détermination de Gaston et Andrée Pellerin, pour devenir la pour­voirie du lac Blanc. En 2001, le territoire s’est agrandi par l’acquisition de 1500 hectares ­supplémentaires.

3 38 3


Élégant chalet et embarcadère sur le lac Blanc


40 3 La pêc he à la MOUCHE AU QUÉBEc

Moucheur en action au lac Roche

ci- con t r e

Chalet rustique au-dessus des pierres plates du lac Vacances page suiva n t e

Truite arc-en-ciel typique du lac Roche


L a M a t a p é d i a 3 41


42 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c

L’auberge, au cœur de l’accueil, à la pourvoirie du lac Blanc

Inaugurée en 1995, sous le nom de domaine Pellerin, la pourvoirie du lac Blanc est située dans les forêts de Saint-Alexis-desMonts, qui chevauchent les régions de Lanaudière et de la Mauricie.

En direct du fumoir


L a c B l a n c 3 43

Cette pourvoirie accueille peu de visiteurs en quête d’expériences extrêmes. Mais si c’est plutôt vers une clientèle familiale que les propriétaires ont orienté les activités de la pourvoirie, les gens d’affaires y trouvent aussi leur compte. Avec l’auberge, les chalets luxueux, le chalet rustique et la maison familiale, le visiteur n’a que l’embarras du choix. Il peut même simplement pratiquer la pêche à la journée. La proximité des grands centres n’en fait pas pour autant une région totalement envahie. Sur ses 25 km de sentiers de randonnée, les rencontres avec un ours, un orignal ou un cerf de Virginie n’y sont pas rares. Grâce à une gestion appropriée, la pêche sur la douzaine de lacs mis à la disposition des pêcheurs y est généreuse aussi bien en qualité qu’en quantité. Les amateurs d’achigan et d’omble de fontaine y trouvent certainement leur compte, mais la pourvoirie est surtout réputée pour ses truites arc-en-ciel du lac Roche, qui peuvent peser jusqu’à 3 kg.

Pêcheur solitaire au lac Castor


L a r i vi è r e B o nav e n t u r e La Zec de la rivière Bonaventure

É

merveillement et peut-être frustration, voilà ce qui attend le pêcheur de saumon sur la Bonaventure. Émerveillement, parce que cette rivière est vraisemblable­ ment la rivière à saumon la plus limpide au monde. Les Indiens micmacs l’appelaient Wagamet, ce qui signifie « eau claire ». Frustration, si les saumons décident de rester inactifs pendant que le pêcheur les voit immobiles sur le fond de rochers, le gravier ou les galets caractéristiques de cette rivière. En effet, la visibilité peut aller jusqu’à 30 mètres ! Lorsque les saumons décident de se reposer, le saumonier préfère ne pas le savoir ! La Bonaventure prend sa source à 487 m d’altitude au cœur du parc national de la Gaspésie dans les monts Chic-Chocs pour aboutir, après un parcours de 125 km, dans la baie des Chaleurs. Son volume d’eau est considérable et sa largeur atteint près de 100 m à l’embouchure.

Embarcadère des guides de pêche, près de White Ledge 3 45 3


46 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c

Ci-dessus

Avant de partir en excursion, initiation au lancer

Le guide Dial Arsenault, membre d’une célèbre lignée de guides préparant, à sa terrasse, le fameux wouf-wouf, un saisissant cocktail offert à l’aube. Son nom lui vient de la toux qu’ il provoque immanquablement.

Le wouf-wouf Déposer 3 ou 4 cubes de glace dans un verre rempli à moitié de jus d’orange frais, ajouter du seven-up ou du ginger ale jusqu’à 2 cm du bord, compléter avec 1 ou 2 onces (30 à 60 ml) de dry gin non aromatisé, remuer très légèrement à la cuillère ( 2 coups )

L’accès à la rivière est facile, soit par le nord à partir de Sainte-Anne-des-Monts sur la rive sud du golfe du SaintLaurent en traversant le parc de la Gaspésie ou par le sud par la route 132, en suivant la vallée de la Matapédia puis en longeant le côté nord de la baie des Chaleurs jusqu’à Bonaventure. Les routes forestières permettent d’accéder à la centaine de fosses à saumon que comprend la rivière. Elle était essentiellement privée jusqu’à la fin des années 1970. L’accès public représente maintenant près de 80 % de la zone pêchée de la rivière Bonaventure, avec toutefois certains secteurs contingentés accessibles par tirage au sort. C’est une ZEC administrée par l’Association des pêcheurs sportifs de la Bonaventure qui exploite la plus grande partie de la rivière ; le reste est géré par le club de pêche au saumon « Le Canadien ». La Bonaventure peut se pêcher à pied en juillet ou en août, mais la pêche en canot est préférable sinon obligatoire en juin, lorsque le niveau d’eau est élevé. Les ­services d’un guide avec son canot sont fortement recommandés. En plus, l’eau reste très froide pendant toute la saison et procure donc des conditions de pêche idéale. Le taux de succès est élevé. Les saumons y sont trapus et robustes et présentent au saumonier un défi rarement égalé.


R i v i è r e B o n a v e n t u r e 3 47 La célèbre mouche « Orange grey ghost » créée par Paul LeBlanc.

Ci-dessous

Saumons au repos dans une fosse du secteur apsb


48 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c


R i v i è r e B o n a v e n t u r e 3 49

un bon guide pour la pêche au saumon

a

vant d’énumérer les qualités d’un bon guide, il faut préciser que le terme en-

globe le féminin aussi bien que le masculin même si la pêche s’avère une activité pratiquée en majorité par les hommes. Comment définit-on un bon guide pour la pêche au saumon ? Il n’est pas nécessaire qu’un guide soit sorti parmilespremiersdiplômésd’uneécoledeformation des guides pour la pêche au saumon pour être un bon guide. Son savoir doit plutôt êtreempirique.Disonsqu’auminimum,unbon guide doit avoir de cinq à dix années d’expérience de moins que son âge et être de préférence natif de la région où il exerce son métier.

Pavillon, camp de pêche, rivière Bonaventure (Québec), circa 898. Photographie: © William Notman, Musée McCord

Une des qualités essentielles d’un bon guide est qu’il doit parler ! Un guide muet comme une carpe a beaucoup de diffi-

ne doit pas hésiter à le rappeler à l’ordre. S’il le connaît depuis

culté à communiquer ses impressions, ses instructions et ses

plus de 24 heures, il peut même l’invectiver au risque de voir

connaissances !

son client prendre la mouche ! En effet, le saumon est très

Un bon guide sait où se trouve le saumon. Il doit indiquer au saumonier où il peut commencer à pêcher. Il sait choisir la mouche idéale selon le courant, le niveau et la température de l’eau, l’ensoleillement et toute autre condition pouvant affecter la pêche pendant la journée.

sensible à la façon dont la mouche lui est présentée. Si le bas de ligne et la soie ne sont pas tendus lors de la présentation de la mouche noyée, le saumon peut aisément gober la mouche, partir avec et la recracher sans s’être piqué. Si la pêche se fait à partir d’une embarcation, lorsque le

Son regard doit surveiller inlassablement la surface de la

saumon est au bout de la ligne, un bon guide est capable

rivière pour surprendre la moindre nageoire caudale, le plus

tout à la fois de diriger son canot vers un endroit calme de la

petit remous, la plus fugace agitation, le marsouinage le plus

rivière et de surveiller le pêcheur et son saumon du coin de

dérisoire, de façon à modifier au besoin la stratégie.

l’œil, tout en prodiguant ses conseils.

Si un saumon esquisse un mouvement vers la mouche sans

Un bon guide saura à quel moment le saumon est suffisam-

concrétiser son action, un bon guide sait s’il faut changer de

ment fatigué pour entrer dans l’épuisette sans protester.

mouche pour une mouche de taille inférieure ou la remplacer

Finalement, un bon guide doit nécessairement être un

par une mouche différente.

menteur impénitent. Quand il scrute la rivière, il doit voir des

Après plusieurs heures de pêche, quand son client, fatigué,

saumons où il n’y en a pas pour maintenir au beau fixe le

neprésentepaslamouchedefaçonappropriée,autrementdit

moral de son client, et, s’il en voit, il doit systématiquement

s’il fait du « spaghetti » avec la soie ou le bas de ligne, le guide

surévaluer leur dimension. 2


Le laC BRyson Le domaine du lac Bryson

À

400 km au nord-ouest de Montréal, mais à seulement 200 km de Gatineau, le domaine du lac Bryson se situe dans la région du Pontiac au beau milieu d’une contrée encore sauvage, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de la rivière Outaouais et à une quarantaine au sud-ouest de la réserve faunique de La Vérendrye. Après avoir emprunté la route 148 Ouest jusqu’à Fort-Coulonge, on rejoint le chemin du lac Jim pour atteindre le lac Bryson après une centaine de kilomètres. Le lac Bryson, le pôle d’attraction du domaine, a été appelé ainsi en mémoire de George Bryson (1813-1900), entrepreneur dans l’industrie forestière et conseiller

L’Eau-Berge du lac Bryson 3 50 3


52 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c


L a c B r y s o n 3 53 PAGE pr écéden t e

Cascades du lac Bryson ci- con t r e

Le chalet numéro 8, posé sur une île du domaine. ci-dessous

Pêche à l’omble de fontaine sur le lac Grattoir (quota de pêche de cinq poissons par personne)


54 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c

Ci-dessus

Vers un lieu de pêche tranquille Ci- con t r e

Vue partielle du chalet principal


L a c B r y s o n 3 55

législatif à Québec pendant une vingtaine d’années. Parallèle à la rivière Coulonge dans laquelle il se jette et long de près de 30 km, le lac comporte de nombreuses baies aux berges rocailleuses et plusieurs îles qui permettent au pêcheur de se situer facilement sur le lac. Quelques-uns des quinze chalets qu’offre la pourvoirie sont construits sur ces îles. Cette particularité amplifie la sensation des visiteurs d’être perdus en pleine nature. La profondeur du lac Bryson atteint 8o mètres à certains endroits. L’eau y est très froide. Ces conditions font de ce lac le domaine de prédilection du touladi, qui doit toutefois entrer en compétition avec le brochet et le doré. Le pêcheur qui apprécie la diversité pourra exercer ses

talents et pratiquer son lancer dans les nombreux lacs voisins. En effet, la pourvoirie met à la disposition des pêcheurs une vingtaine de lacs plus petits, éparpillés le long du lac Bryson. Certains lacs permettent la capture du brochet, d’autres du doré et du touladi. Dans une demi-douzaine, on trouve l’omble de fontaine, qui, comme les pêcheurs le savent, ne fait pas très bon ménage avec le brochet. Le moucheur déterminé pourra dans ces lacs tester sa patience à la recherche d’un poisson trophée : des ombles de fontaine de plus de 40 cm s’y dissimulent. Et si, parfois, une bonne demi-heure de marche est nécessaire pour atteindre certains lacs, le résultat n’en est que plus gratifiant.

Une belle prise pour Denis Lebrun


L e l ac C a m ac h i ga m a La pourvoirie Camachigama

A

u nord-est du parc de La Verendrye, à la limite des Laurentides et de l’Abitibi-Témiscamingue, la pourvoirie Camachigama a aménagé ses installations sur une île au milieu du lac dont elle tire son nom. Cet élargissement de la rivière qui va se jeter dans l’Outaouais couvre 28 km2 et porte bien son nom, puisqu’il vient de l’Algonquin kamichigamaw composé de michi, qui veut dire grand, et de kamaw, qui signifie étendue d’eau. En fait, il ne s’agit que d’un lac parmi plus d’une centaine que compte la pourvoirie sur une superficie de plus de 200 km2 . Dans ce territoire, la pourvoirie a des droits exclusifs sur l’exploitation de la faune. On s’y rend en em­ pruntant l’autoroute des Laurentides, puis la route 117 en direction de Senneterre et Val-d’or sur environ 400 km. Après une centaine de kilomètres vers le nord-est en direction de Clova, on arrive au lac. Les chalets et le

Loin des villes, une paisible plage sablonneuse

L’île du lac Camachigama 3 56 3


L a M a t a p é d i a 3 57


58 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c

Tempête annoncée


L a c C a m a c h i g a m a 3 59

en h au t de page

Grand brochet luttant pour sa liberté ci-dessus

Intérieur du camp autrefois fréquenté par le premier ministre Maurice Duplessis ci- con t r e

La pêche est souvent pratiquée en famille.


60 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c

pavillon principal, situés sur une pointe de l’île, ­évoquent l’ambiance d’un petit village. Depuis la plage sablonneuse, cette situation privilégiée offre une impressionnante vue circulaire sur les rives boisées et les montagnes autour du lac. Ce territoire s’ancre sur une plate-forme d’origine volcanique, presque aussi vieille que la terre elle-même. En effet, le bouclier canadien s’est formé il y a trois milliards d’années. Les ancêtres des Algonquins et des Cris y pratiquaient la chasse et la pêche probablement avant même que les Égyptiens ne construisent les pyramides. Que le pêcheur en quête de sensations fortes soit sans crainte, il reste quelques poissons ! C’est le domaine de prédilection des grands brochets et des dorés. Voilà de belles bagarres en perspective ! Mais pour ceux qui recherchent la variété, de nombreuses autres espèces sont au rendez-vous : ombles de fontaine, truites et même corégones et esturgeons.

CI-dessus

Mouches de type « muddler » page suiva n t e

Une prise en vue pour ce jeune touriste suisse


L a c C a m a c h i g a m a 3 61


Les Rivières Petite et Grande cascapédia La Zec Petite Cascapédia • Société Cascapédia

la Rivière petite cascapédia

P

uisqu’elle se jette dans la baie des Chaleurs à New Richmond, soit quelques kilomètres à l’est de l’embouchure de la Grande Cascapédia, l’accès à la Petite Cascapédia à partir de Montréal ou de Québec se fait de la même manière que pour sa grande sœur. Deux possibilités s’offrent au visiteur à partir de Mont-Joli : prendre la route 132 qui le conduit directement à la baie des Chaleurs, ou cheminer le long du Saint-Laurent jusqu’à Sainte-Anne-des-Monts, puis prendre la route du parc de la Gaspésie pour rejoindre la Cascapédia.

Cours de lancer devant le camp Melançon 3 62 3


Le guide Steve Bujold (à droite) discute avec deux pêcheurs devant le chalet du gardien, à la fosse Big Eddy.


64 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c


R i v i è r e s P e t i t e e t G r a n d e C a s c a p é d i a 3 65

ci-dessus

Remise à l’eau d’un saumon à la fosse Millbrook page pr écéden t e

Hazel Maltais à la fosse Big Eddy

Au début xix e siècle, l’eau de la Petite Cacapédia et de ses voisines, les rivières Madeleine et Pabos, a été réquisitionnée pour alimenter les scieries et pour le flottage du bois, une activité qui, tout en apportant la célébrité aux rivières gaspésiennes, a beaucoup nuit au saumon.


66 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c

ci- con t r e

En bas du ruisseau McGregor, dans l’eau jusqu’aux épaules


R i v i è r e s P e t i t e e t G r a n d e C a s c a p é d i a 3 67

On dit de la Petite Cascapédia que ses eaux sont froides et couleur d’émeraude. Les amateurs retiennent surtout qu’elle réserve beaucoup d’action et que le saumon ne s’y laisse pas prendre facilement.

ci-dessous

Dan Grimard pêchant à la fosse Henderson

Prenant sa source dans les monts Chic-Chocs à 700 mètres d’altitude, cette rivière présente deux particularités. Son tracé, plus ou moins parallèle à celui de la Cascapédia pendant ses 80 premiers kilomètres, change de direction vers le sud-ouest dans les 20 derniers pour rejoindre New Richmond. D’autre part, en amont, la Petite Cascapédia est constituée de deux branches. Le côté ouest correspond au secteur D et le côté est au secteur E. Ces deux branches sont destinées principalement à la pêche à la truite de mer, une pêche d’ailleurs particulièrement recherchée et appréciée sur cette rivière. Les deux autres secteurs en aval comprennent 35 fosses à saumon. Plus en aval, le camp Brûlé, construit il y a plus d’un siècle, est exploité sous forme de pourvoirie. Cependant, la Petite Cascapédia est une des premières rivières permettant l’accès public, puisque c’est en 1945 que le gouvernement a fondé la réserve faunique de la Petite Cascapédia. La Petite Cascapédia conserve ses eaux froides et très claires toute la saison. Les saumons sont facilement repérables dans les fosses. Si leur poids moyen oscille entre 5 et 7 kg, le saumonier aura parfois la surprise de s’attaquer à des pièces de 10 voire 15 kg. Les madeleineaux remontent de façon continue en juillet et en août. Les mouches noyées vertes sont très appréciées, autant par les saumons que par les saumoniers. L’usage de la mouche sèche y est fréquent. Un saumon de 12 kg qui monte sur une Bee Wulff garantit une forte augmentation du taux d’adrénaline à tout coup !

Empreinte de coyote


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Ci-dessus

Scrutant l’eau du ruisseau du moulin de la fosse Millbrook ci- con t r e

Devant le chalet Melançon, repos après une journée de pêche bien remplie


R i v i è r e s P e t i t e e t G r a n d e C a s c a p é d i a 3 69

le camp brûlé

L

e saumon a connu une période difficile sur la Petite Cascapédia au début des années 1800. En effet, le

flottage du bois pratiqué sur la rivière détruisait les frayères. Cette situation n’avait manifestement pas éliminé tous les charmes de la rivière, puisqu’une dizaine d’hommes d’affaire

décidèrent, en 1883, de créer The Little Cascapedia Salmon Club. Les camps aménagés avec des tentes, à l’origine, ont cédé la place dès le début du xixe siècle à trois chalets. Le premier construit, le camp Brûlé, est le seul à avoir survécu. Le club à son apogée employait 45 personnes. Le camp qui est devenu maintenant une pourvoirie privée a vu plusieurs générations de McWhirter se succéder depuis que Ron, le patriarche, fut engagé comme guide adjoint en 1893. La pourvoirie s’étend sur 6 km de rivière. Comme celle-ci est située tout près de l’embouchure de la rivière, les saumons qui séjournent dans ses fosses avant de poursuivre leur montaison vers l’amont ont encore toute leur fougue. Grâce à une gestion avisée, en particulier la remise à l’eau des saumons adultes, le nombre de saumons qui remontent la Petite Cascapédia est en augmentation depuis les années 1980. 2


70 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c la Rivière grande cascapédia

Prise record pour un saumon de la Cascapédia (30 kg ), capturé par Monsieur Esmund B. Martin, du camp New Derreen, à l’aide d’une mouche « Lady Amherst », à la fosse Upperdam Pool, le 27 juin 1939

page suiva n t e

La fosse 94 Alder Island

Lorsqu’il arrive en Gaspésie au niveau de Mont-Joli, le pêcheur dispose de deux façons commodes d’atteindre la rivière Cascapédia. Il peut soit emprunter la route 132, qui le conduit le long de la Matapédia jusqu’à la baie des Chaleurs, puis se rendre à l’embouchure de la rivière entre Maria et New Richmond en suivant la côte, soit continuer sur la rive sud du Saint-Laurent jusqu’à SainteAnne-des-Monts. De là, il prendra la route du parc de la Gaspésie, la route 299 qui suit la rivière Sainte-Anne sur plusieurs dizaines de kilomètre, pour aller rejoindre la Cascapédia. La route longe ensuite la rivière pendant 70 km jusqu’à son embouchure et assure l’accès aux secteurs de pêche. Sur la Grande Cascapédia, le superlatif est de rigueur. La beauté majestueuse des paysages qui l’entourent a inspiré plusieurs artistes. Sa largeur à l’embouchure, qui atteint 500 m, fait que cette rivière mérite bien son nom. En effet, Cascapédia, dérivé du mot d’origine micmaque « gesgapegiag » signifierait « forts courants » ou « rivière large ». Longue de 140 km, cette rivière mythique est classée parmi les dix meilleures rivières à saumon au monde. Comme de nombreuses rivières de Gaspésie, elle prend sa source dans les monts Chic-Chocs. Son courant est constant et rapide, puisque le relief ne lui oppose aucune chute importante. La dénivellation est régulière depuis le lac Cascapédia où elle naît jusqu’à son embouchure. Comme plusieurs autres rivières gaspésiennes, la Cascapédia est exploitée depuis les années 1870 par quelques privilégiés. En 1874, Chester A. Arthur, qui sera le vingt-et-unième président des États-Unis de 1881 à 1885, capture un saumon de près de 24 kg, un record à l’époque en Amérique du Nord. Pêcheur émérite, il en sortira, en moins d’une semaine, une centaine d’un poids moyen de 11 kg. À partir de 1883, et ce pendant une dizaine d’années, la Cascapédia devient le « terrain de pêche » des vice-rois du Canada, les gouverneurs généraux. Des Américains


L a M a t a p é d i a 3 71


72 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c

À la brunante, dernier lancer avant de rentrer

membres de l’exclusif Restigouche Salmon Club au confluent de la Matapédia profitent de la nomination de Lord Aberdeen en 1893 et du peu d’intérêt qu’il manifeste à la pêche pour décrocher un bail de dix ans. La Cascapédia est reconnue pour la taille énorme de ses saumons. Pendant la première moitié du xxe siècle en particulier, les records se succèdent avec de nombreuses prises de plus de 20 kg.

Depuis 1982, la Cascapédia s’est démocratisée en réserve faunique. L’accès aux six secteurs qui regroupent plus de 100 fosses y est donc facilité, bien qu’ils soient tous contingentés. S’il a la chance d’être sélectionné au tirage au sort, le commun des mortels aura l’occasion de vérifier que les gros saumons de 20 kg sont toujours là quoiqu’en plus petit nombre. Le commun des mortels devra toutefois être un peu fortuné vu le coût des droits d’accès des secteurs contingentés. En début de saison, la pêche se fait essentiellement en embarcation à la mouche noyée. L’emploi de la mouche sèche peut être très fructueux plus tard dans la saison, quand la température de l’eau s’élève et que le courant ralentit. Le saumonier qui a éprouvé une fois la sensation que procure la capture d’un saumon à la sèche n’hésitera sûrement pas à renouveler l’expérience.


R i v i è r e s P e t i t e e t G r a n d e C a s c a p é d i a 3 73

ci-dessus

Intérieur du musée de la rivière Cascapédia ci- con t r e

Moulinet antique de marque Hardy, créé sous le nom de Cascapedia MK II.


L e l ac D e l a h e y Le territoire de pêche et de chasse Poirier

Dans ce paysage sauvage, les chalets sont à bonne distance les uns des autres.

Nature vierge et authenticité figurent parmi les atouts que les sportifs rencontrent au cœur d’un territoire administré par une entreprise familiale, les Poirier, ayant plus de 60 ans d’expérience dans les loisirs en forêt.

L

e terme de territoire pour désigner la pourvoirie Poirier est on ne peut plus approprié, puisqu’il couvre 320 km2 . À moins de cinq heures de Montréal par la route 117 et à environ trois heures et demie de Gatineau en empruntant la route 105, le territoire se trouve au sud de la réserve faunique de La Vérendrye. Dans l’Outaouais, sans même prendre en considération les possibilités qu’offre le parc de La Vérendrye, le pêcheur n’a que l’embarras du choix avec les pourvoiries qui se comptent par dizaines. S’il choisit le territoire de pêche et de chasse Poirier, c’est probablement à cause de la réputation de cette pourvoirie pour le brochet et le 3 75 3

PAGES SUIVA N T ES

La baie du lac Delahey dans toute sa rustique splendeur


76 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c


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78 3 L a p ê c h e à l a M O U C H E A U Q U É B E c

Yves Plasse s’éloignant du chalet.

doré sur le lac Delahey qui abrite le pavillon principal. Sur les lacs plus éloignés régis, comme le lac Delahey, par des droits exclusifs, le pêcheur peut affronter le touladi et l’omble de fontaine. Vu la grandeur du territoire, certains lacs sont difficilement accessibles en voiture. L’usage d’un véhicule tout-terrain est fortement conseillé. Le pêcheur est debout dans son embarcation. On lui a recommandé cette partie du lac, fréquentée, paraît-il, par les brochets trophées. La végétation est abondante, mais, à moins d’un mètre de la surface, le fond est souvent visible. Il a essayé toutes sortes de streamers multicolores, sans succès. Il a déjà couvert toute la surface entre le bateau et la rive, qui se trouve à une vingtaine de


L a c D e l a h e y 3 79

ci-dessus

À la baie de Foin, brochet tenté par une « Bunny fly » ci- con t r e

Imitation de mat totémique sculpté à la scie mécanique

mètres. Soudain, derrière lui, un fracas invraisemblable le fait presque tomber à l’eau. Il se retourne et voit arriver vers lui un mini-tsunami dont l’origine se situe assez près de l’embarcation. Il attrape rapidement le bord du bateau pour conserver son équilibre et quelle n’est pas sa surprise de voir approcher, tout frétillant, quelque chose qu’il a du mal à identifier ; c’est un demi-poisson, une perchaude ou un crapet auquel il manque la queue ! Il n’a aucune peine à imaginer où elle se trouve ! Après plusieurs tentatives pour capturer la brute responsable de cet acte barbare, le pêcheur renonce. Le prédateur est pro­bablement allé cacher sa honte un peu plus loin, protégé par la végétation aquatique.


La pêche à la mouche au Québec