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flamini

GUENDALINA

GLASSY EYES


glassy

eyes CONCERTS souterrains

GUENDALINA FLAMINI


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Double page précédente : Public, The Big Idea, La Mécanique Ondulatoire, Paris, 2016

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PRÉFACE rédigée par les éditions PREFACE written by the publisher Si l’on veut voir et écouter de la musique brute, se mêler à une masse de personnes bouillonnantes, recevoir un peu de sueur d’un·e musicien·ne déchaîné·e, que cela déborde de toute part, que cela crie et résonne sur les murs d’une salle trop petite et au plafond trop bas, il faut aller rive droite, dans les sous-sols parisiens ou arrière-salles improvisées en lieu de spectacle.

If you want to watch and listen to raw music, to mingle with a crowd of effervescent people, to get a little sweat from a spirited musician, to hear screams resonating in a tiny room; you must absolutely go to the Rive droite (right bank) where are improvised stages in the basements and back-rooms of Parisian’s underground bars.

C’est là que l’on trouvera Guendalina Flamini, jeune artiste italienne vivant à Paris depuis 2012. Elle aime le rock, sous toutes ses formes. On dit que le punk est mort, que le rock est une musique de cinquantenaires, et pourtant il est là, dans ces petites salles souterraines où les habitué·e·s, les amateurs et amatrices de musiques, tous âges confondus, viennent faire leurs découvertes. Guendalina les arpente à la recherche de nouveautés : elle aime les artistes et groupes qui se

This is where we find Guendalina Flamini, a young Italian artist living in Paris since 2012. She loves rock music, in all its forms. Some say punk is dead, that rock is for the aged, and yet it still thrives, in these small underground rooms where the regulars, fans and lovers of music, from all ages, come to appreciate it. Guendalina roams these places in search of novelty: she likes artists and bands who are just starting out; she seeks the ardor and energy of youth, the first


lancent ; elle cherche la fougue de la jeunesse, l’énergie du début. Et lorsqu’elle aime ce qu’elle entend, cela se voit, elle le magnifie dans un rectangle en noir et blanc. Guendalina ne fait pas des photos de concerts, elle capte des moments. Elle montre toute la force que la scène donne aux artistes, l’impétuosité, qui se transmet au public qui, lui aussi, déborde et envahit tout l’espace, horizontalement et verticalement (voir p. 26). Les corps sortent d’eux-mêmes, tout éclate, et la salle de concert brille d’une énergie particulière où chacun ressent intensément. Elle saisit des corps dans un élan, des visages dans un instant de transcendance, lorsque les artistes vivent la scène et sont dans un ailleurs, entre un ici et un au-delà, porté au-dessus de la foule, comme en flottement (voir p. 96). Guendalina est le témoin des musiques souterraines des années 2010 de Paris et d’ailleurs : elle n’a pas peur de partir seule à travers la France pour aller photographier tel artiste dans un festival. L’art de la débrouille, d’être prête à tout pour ces rendezvous festifs. Pas de transport, pas de logement. Tant pis, on verra sur place. L’important est d’y être. Sans cesse en mouvement. Et toujours un projet en tête. Se rendre à Rouen pour réaliser un clip, à Nantes pour couvrir le Hell Fest, retourner à Rome pour assister le réalisateur d’un film, etc. Se plonger entièrement dans son art, quitte à se perdre, à ne plus savoir où aller : Rome ou Paris, l’éternelle question.

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concerts. And when she loves what she hears, we witness it through her incredible black and white photography. Guendalina does not take pictures of concerts, she captures moments. She wants to show the force given by the stage to artists, the impetuosity which overflows and invades the whole space (see page 26). Bodies come out of themselves, everything explodes, and the concert hall shines with a particular energy which everyone feels intensely. She captures momentum, faces in a moment of transcendence, artists on stage experiencing something powerful, carried above the crowd, floating (see page 96). Guendalina is the witness of the underground music scene in Paris and beyond in the 2010s: she is not afraid to go alone through France to photograph an artist at a festival. She excels at handling things – ready to do anything to make these festive meetings. No transport, no accommodation. It doesn’t matter, she goes and she manages once there. The important thing is to be there. To be constantly moving. And she always has a project in mind – to Rouen to make a clip, to Nantes to cover the Hell Fest, back to Rome to assist the director of a film, and so on; to fall head over heels into her art, risking losing herself, to no longer know where to go: Rome or Paris, the eternal question. And why not Memphis, to go in search of Elvis... But that’s another story, another project. For now, here is an art book of photography which celebrates rock, and the emerging artists who live from their passion (maybe not financially for the most part, but morally), and thanks the organizers of concerts who


Et pourquoi pas Memphis, partir à la recherche d’Elvis... Mais ça, c’est une autre histoire, un autre projet ; avant, un beau livre de photographies pour célébrer le rock, les artistes émergents qui vivent de leur passion (certainement pas financièrement pour la plupart, mais moralement), pour remercier les organisateurs de concerts qui font vivre ces scènes souterraines. Guendalina montre que le spectacle existe en dehors des zéniths et des salles conventionnées où les shows sont millimétrés, cadrés ; que la musique se fait aussi à l’arrière d’un bar, peutêtre même de manière plus pure, plus authentique, plus spontanée. Dans ces lieux improvisés, la musique est très (trop) forte, les artistes sont proches, on peut les toucher ; elles et ils ne craignent pas le contact, bien au contraire, et s’avancent au milieu du public : il n’y a pas de frontière, de distance, la scène est à tous, et si l’on veut y monter pour enlacer respectueusement un.e artiste et se jeter dans les bras de la foule, c’est possible. Un moment pour lâcher prise, oublier le reste. Par ses photographies, Guendalina conserve une trace des musiques indépendantes d’une décennie qui vit une crise de l’industrie musicale et des fermetures de salles de concert mythiques. 2018 a vu fermer successivement le Pop-In, l’Espace B et la Mécanique Ondulatoire en raison des pressions subies par la préfecture de police qui jugeait les salles en dehors des normes de sécurité. Face à l’administration pesante qui fait traîner

allow these underground scenes to thrive. Guendalina proves that shows exist outside French zéniths (huge stages) and usual concert venues; that music also exists in the back of a bar, and that it may even be purer, more authentic, more spontaneous. In these improvised venues, the music is very loud (maybe overly loud), artists are close, so much that we can touch them. They are not afraid to meet the public. There are no boundaries, no distance, the stage belongs to everyone, it is possible to get on it and attempt a stage diving and crowd surfing. It is the perfect time to let go, to forget about everything and live in the now. Through her photography, she keeps track of independent music during a decade of crisis in the music industry, including closures of legendary concert halls. In 2018, the Pop-In, the Espace B and the Mécanique Ondulatoire were successively shut down due to pressure from police headquarters, which deemed these concert venues in breach of safety standards. So concert halls close, awaiting French administrative review. The slowness of the French administration has kept these concert halls closed for several months, nothing else. In addition to administrative problems, there exist natural ones: the Petit Bain and other péniches (barges) had to stop several weeks due to floods. Even though they have existed in Paris for years and have become essential places of independent music, these concert halls are part of a fragile ecosystem, which is the culture, or rather


les choses plus que de mesure, les salles de concert doivent stopper leur activité, dans l’attente que leur dossier de projet de réaménagement soit accepté. C’est bien la lenteur de l’administration française qui a fait fermer les salles de concert plusieurs mois. Il faut ajouter à ces problèmes, ceux d’ordre naturels : le Petit Bain et autres péniches ont dû s’arrêter plusieurs semaines en raison d’inondations. Bien qu’ancrées à Paris depuis des années et devenues des lieux incontournables des musiques indépendantes, ces salles de concert font partie d’un écosystème fragile, celui de la culture, ou plutôt de la contreculture, de ces endroits qui proposent une programmation à contre-courant, osée, audacieuse, téméraire. Les photographies de Guendalina sont les archives d’un art de vivre particulier, de la bohème, vivre au jour le jour avec quelques riens mais tout faire pour que cela fonctionne. Guen, ces groupes et artistes, les gérants de ces salles de concert, leurs publics, font fi de la bourgeoisie, du consensuel, des chemins déjà tracés. Ils vivent dans un ic et nunc et s’adonnent à l’art, à la spontanéité, dans des conditions parfois – souvent – précaires dues aux régimes de microentrepreneur·euse·s, d’intermitent·e·s du spectacle et autres. Guendalina rend ainsi hommage à une philosophie punk du do it yourself, à des styles de musique délaissés du grand public et surtout, à toutes ces salles de concert qui permettent aux groupes et artistes de s’exprimer librement et d’exister. Merci donc à l’Espace B, la Mécanique Ondulatoire, Mains d’Œuvres,l’Olympic café, la Station-Gare des Mines,

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of the counter-culture – places that offer original, daring, audacious, and reckless programming. Her photos are the archives of a particular art of living, a bohème way of life: to live from day to day with barely nothing but to make it work, to fend for oneself. Guen, these bands and artists, the managers of these concert halls, their audiences, ignore the bourgeoisie or the consensual. They live in an ic et nunc and indulge in art, in spontaneity with precarious conditions. Guendalina pays tribute to the punk philosophy ‘do it yourself’, to styles of music that are neglected by the general public and, above all, to all these concert halls that allow bands and artists to express themselves freely and, therefore, to exist. We thank the Espace B, the Mécanique Ondulatoire, Mains d’Œuvres, the Olympic café, the Station-Gare des Mines, the Petit Bain, the Supersonic, the Point Ephémère and so on, for being there. If we (the publishing house), with this book, endeavour to attach a political and socio-cultural value to photography, Guendalina is above all projecting her person, her identity, her passions. She chose to focus her work on the bodies. Her photography shows what emerges on stage and what she fully receives, either hung on the edge of the stage, or in the backstage shadows. She captures the intensity of the half undressed musicians, performing on a tiny, narrow stage, instruments and mic stands in hand, sweating, breathing, gasping, shouting... A rock concert is sexual, and it is this eroticism that she wants to capture (see page 66).


le Petit Bain, le Supersonic, le Point Éphémère, et tant d’autres ! Si par ce livre nous insufflons une valeur politique et socioculturelle aux photographies, Guendalina, elle, y projette avant tout sa personne, son identité, ses passions. Elle a choisi d’axer son travail sur le corps. Ses photographies retransmettent ce qui se dégage sur scène et qu’elle reçoit de plein fouet, accrochée au bord de la scène, ou dans l’ombre des coulisses. Celui des musiciens à moitié dévêtus, serrés sur une scène étroite, qui se touchent, se frottent à leur instrument, au pied de micro, collent leur peau nue et transpirante contre celle de leurs voisins, qui respirent fort, halètent, crient… Un concert de rock, c’est sexuel, et c’est cet érotisme qu’elle veut posséder (voir p. 66). Après une première partie intense d’images live, la seconde est une respiration. Un moment de station, où les artistes prennent la pose, écoutent les consignes. Des portraits (voir p. 110) retouchés, où Guendalina manie l’art du collage, du double, de la multiplication ; des portraits naturels, qui captent un regard, une complicité. Ce sont soit des commandes de la part d’un magazine qui crée la rencontre, soit l’impulsion de Guendalina qui trouve dans le visage d’un artiste une beauté particulière qu’elle aimerait saisir de son appareil. Car ce que Guendalina aime par-dessus tout, c’est de travailler avec des figures masculines et chercher à faire ressortir une certaine féminité : jouer avec les genres, au point de les faire disparaître.

After an intense first part comprised of photography from live concerts, the second part is lighter. A moment of stillness, where artists strike a pose and listen to instructions. These pages include retouched portraits (see page 110), where Guendalina handles the art of collage, duplication, multiplication; and natural portraits, – those which capture a look, a complicity. These are either requests from a magazine, or the impulse of Guendalina who finds in the face of an artist a particular beauty that she would like to seize with her camera. She does it because it is what she likes the most: working with male figures and trying to bring out a certain femininity: play with genders, to the point of making them disappear.


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Cocaine Piss, Le Supersonic, Paris, 2018

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No one’s gonna fool around with us Bracco, La Station-Gare des Mines, Paris, 2019 Double page suivante : Bracco, Garage MU festival,La Station-Gare des Mines, Paris, 2017

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LOVE ME TWO TIMES

Cocaine Piss, Le Supersonic, Paris, 2018

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Public, The Big Idea,La Mécanique Ondulatoire, Paris, 2016

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Johnny Mafia, La Maroquinerie, Paris, 2018 Page de droite : We Hate You Please Die, Le Supersonic, Paris, 2018

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my pictureS of you

La Mverte, Église Saint-Jean de Montmartre, Paris, 2015

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Dalhia, Champigny-sur-Marne, 2018

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Artistes Bracco (49, 50-51, 92-93) CCLC (88) CHRISTEENE (10-11, 28-29) Cocaine Piss (35, 56, 67) Dalhia (113) Faire (39, 58, 60) Frustration (63, 80) Jake Calipso (27) Jo Wedin & Jean Felzine (122-123) Johnny Mafia (40, 42, 59, 102, 117) KCIDY (101) La Mverte (111) Last Train (77, 82-83) Laura Cahen (94-95) Lysistrata (32, 90, 97) Metz (9, 46) MNNQNS (71) Mr. Clit and the Pink Cigarettes (100) Pogo Car Crash Control (38, 44-45, 64, 104, 115) Rendez-vous (105) Stratocastors (37, 57) TH da Freak (91) The Big Idea (6, 21, 69, 79, 98) The Black Angels (78, 81) The Howlin’ Jaws (108-109) The Pinheads (52, 74, 86) The Psychotic Monks (72-73) The Radioactive (31) The Schizophonics (18-19, 33) Theo Lawrence (118-119)

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index Theo Lawrence and the Hearts (85) Truckks (44-45, 89) Viagra Boys (54-55) Wang Wen (107) We Hate You Please Die (61, 103, 120-121)

Point Éphémère (54-55) Station-Gare des Mines (9, 10-11, 28-29, 46- 47, 49, 50-51, 60, 63, 80, 92-93) Supersonic (35, 56, 61, 67, 101, 103) Trianon (85)

FestivalS

Playlist

Cremafest (79) Eurockéennes (71, 72-73) FallenFest (31) Garage MU (9, 46-47, 50-51) Les Nuits de l’Alligator (18-19, 33) MOFO (32, 39, 58, 90, 97, 105) Rock en Seine (78, 81) Rock in the Barn (120-121) Rock’n’Boat (27, 108-109) Toc Toc Bonjour (37, 57)

« Gimme Danger » - The Stooges (3, 5, 20) «Angeles » - Elliott Smith (40) « Love me Two Times » - The Doors (60) « Once I Was » - Tim Buckley (72) « Paint it Black » - The Rolling Stones (80) « There Was no Tomorrows » - Tom Waits (88) « Pictures of You » - The Cure (104)

Lieux Barde Atomique (88) Café de la danse (94-95) Cigale (31) Espace B (52, 74-75, 86, 107) Flèche d’or (77, 82-83) Mains d’œuvres (32, 39, 58, 90, 97, 105) Maroquinerie (18-19, 33, 40-41, 42-43, 59, 102) Mécanique Ondulatoire (6-7, 21, 69, 98) Olympic café (100) Patache (27, 108-109) Petit Bain (38, 44-45, 64-65, 89, 91, 104, 115)


GLASSY EYES Beau livre Monographie Photographie, musique Noir et blanc Textes français, italien, anglais 128 pages 20 x 28 cm 18 euros ISBN : 978-2-9561700-3-7 Parution : novembre 2019

© Les éditions des Véliplanchistes 2019 Photographies et introduction français et italien : © Guendalina Flamini ISBN : 978-2-9561700-3-7 Dépot légal : novembre 2019 Édition : Laura Boisset Relectures : Corentin Breton, Marie-Pierre Baudier Traduction anglais : Anaïs Boisset Relecture anglais : Tracy Bruen Relecture italien : G. M. Conseils juridiques : Marion Cuisinier


ÉDITION LIMITÉE Cet ouvrage a été imprimé en 160 exemplaires

Imprimé en France par ICN Zone industrielle des Saligues 98 rue Louis Rabier 64300 Orthez 0559697780 icn@imprimerie-icn.fr Sur papier Olin regular extra blanc 120 gr


Les éditions des Véliplanchistes

ISBN : 978-2-9561700-3-7

18 €

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Glassy Eyes de Guendalina Flamini -photographies  

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