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QUI  EST  CHARLIE ? ( toute  la  salle  se  lève  comme  un  seul  homme )

CAUCHEMAR. Mercredi 7 janvier 2015. Il n’est pas utile d’en dire plus long pour évoquer l’attaque des locaux de Charlie Hebdo ce matin maudit. D’abord l’angoisse. Puis l’affolement. Puis la noirceur. Dans les deux jours qui suivent, une policière et quatre autres personnes sont assassinées. 3 débiles, 17 victimes. Cabu faisait dire à Mahomet qu’il est « dur d’être aimé par des cons ». Ça ne doit pas être plus facile d’être tués par eux.

ÉMOI. Mais l’émotion populaire étant phénoménale, salutaire et naturelle, tout ce que la nation comporte de « décideurs » s’empare de Charlie Hebdo et, à l’heure où les « commentateurs » nous mettent en garde contre les amalgames, personne ne semble se soucier de celui dont Charlie est victime, qui voit ses ennemis d’hier se réclamer de lui avec une tartufferie presque comique. Charb, Cabu, Tignous, Honoré et Wolinski ; on se dit que c’est d’autant plus con qu’ils ne soient plus en vie qu’ils auraient commenté leur mort avec plus de talent que la pluie de dessins célébrant leur courage sur les réseaux sociaux, majoritairement constitué de « colombes qui pleurent » et de « crayons qui saignent ».

Tout ça à cause de dessins humoristiques qui n’ont que le tort d’avoir rappelé que l’humour et la bêtise font mauvais ménage (contrairement à la bêtise et la religion qui s’associent couramment pour mener ensemble de grands projets pacificateurs). Face à ce phénomène récurrent, on pouvait espérer que la création d’une commission à l’ONU viendrait questionner l’intérêt véritable des religions, qui posent depuis toujours des problèmes sans jamais apporter de solutions (si l’on excepte leur efficacité à résoudre des problématiques touristiques dans des régions peu propices à l’admiration, comme la vallée de Lourdes ou le désert de Judée). Mais non. La priorité est de défendre la « liberté d’expression », dont on oublie de dire qu’elle est en France assez relative car encadrée par la loi ( Hitler = SS de Gourio & Vuillemin est par exemple toujours frappé d’interdiction). Un mot d’ordre plus fédérateur que le droit au blasphème, qui paraîtrait pourtant plus indiqué dans une société où le droit de culte est garanti. Et qui semblerait plus cohérent avec le combat mené par l’équipe de Charlie Hebdo depuis de nombreuses années (à la désapprobation de beaucoup de leurs nouveaux supporters).

BLASPHÈME.

Comme le fait remarquer Luz aux Inrocks, « la charge symbolique actuelle est tout ce contre quoi Charlie a toujours travaillé : détruire les symboles, faire tomber les tabous, mettre à plat les fantasmes ». Où sont les dessins qui ont posé tant de problème ? Plusieurs agences de presse américaines les ont retirés de leur site par peur de subir à leur tour une attaque, lorsqu’il faudrait précisément les diffuser le plus largement possible. Charlie Hebdo n’a pas vocation à être inoffensif, comme le seront presque inévitablement les futurs lauréats du prix « Charlie de la liberté d’expression » du festival d’Angoulême. Ce que réalise Charlie est difficile. Et l’émotion que nous fait ressentir ce drame (et les espoirs que suscite la mobilisation populaire) ne doit pas occulter la réalité de cette entreprise, par nature fragile. Vous êtes Charlie ? Alors une seule chose à faire : abonnez-vous. C’est en tout cas ce que je vais faire, moi qui ne suis que Nicole. SYMBOLE.

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Ci-dessous : original de la couverture de Billy the Kid.

Autoportrait de Gus Bofa pour La maison du retour écœurant de Mac Orlan.

Ci-dessous : Tardi, hanté depuis toujours par les tranchées. © Casterman.

Portrait de Cavanna par Honoré, victime de l’attentat contre Charlie Hebdo.

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Bill Franco

POUR EN FINIR  AVEC 2014

chacun se rappelant que la dame de Poitou a sur ces questions des idées assez arrêtées. «Elle a des drôles de tics de visage» s’étonne un éditeur amené à se présenter à elle. L’exposition de bande dessinée coréenne «Fleurs qui ne se fanent pas», consacrée aux « femmes de réconfort », déclenche l’ire de fascistes japonais, qui ont fait le voyage expressément. L’éditeur révisionniste japonais NextDoor doit remballer sa propagande. L’exposition consacrée à Willem, président du festival, rend nostalgique de Hara-Kiri au moment même où Cavanna choisit de mourir. La traduction de son premier livre, le très psyché Billy the kid (L’apocalyse) et la copieuse anthologie Traquenards et mélodrames (Cornélius) viennent rappeler que celui qui était décrit un an plus tôt par les ignares comme « un dessinateur de presse n’ayant jamais fait de bd » a à son actif plus de 2 000 planches. La désignation du Grand Prix semble ne jamais devoir se dérouler dans un climat apaisé : l’organisation du Festival change une nouvelle fois les règles du jeu, déclenchant la colère d’une académie des Grands Prix qui refuse de voir son vote marginalisé, aboutissant à un conflit de générations aussi distrayant qu’artificiel. Les commentateurs se délectent, quelques auteurs fustigeant « les vieux cons incultes » pendant qu’un chroniqueur du milieu ironise sur les « jeunes abrutis gérontophobes bouffeurs de sushis et de hamburgers pas frais ». Un auteur débonnaire relativise : « Ces empoignades apportent un peu d’animation dans ce qui reste un village assez proche de celui d’Astérix ». Un premier tour voit se

Chaque début d’année, passés les excès alimentaires et les cadeaux décevants, un vent de nostalgie souffle sur l’amateur de bande dessinée. Retour rapide.

Janvier Comme toujours, le mois de janvier ne commence véritablement qu’au moment de finir, avec le Festival d’Angoulême. À chaque édition son lot de surprises, de routine et de drames. À la veille de l’ouverture, le directeur de la Cité de la Bande Dessinée et de l’Image, Gilles Ciment, disparaît, victime d’un burn-out. « Comme quelques-uns de ses salariés avant lui », rappelle un pharmacien local. Commémorations historiques oblige, la guerre de 14 va être « célébrée » toute l’année, l’Histoire s’effaçant avec résignation devant la Légende. L’exposition Tardi réunit dans une tranchée l’essentiel des pages que l’auteur a consacré à la Grande Guerre tout au long de sa carrière. « Il manque les rats », explique un visiteur à sa fille, trouvant la tranchée bien propre. Un étage plus haut, son aîné Gus Bofa, contemporain du conflit, épate par la puissance d’un trait qui reste étonnament moderne. Pour ceux qui ont raté l’occasion, reste la brique éditée par Cornélius, L’enchanteur désenchanté d’Emmanuel Pollaud-Dulian (récompensé par le Prix Papiers Nickelés). « Il signe à quelle heure, Bufa ? » s’enquiert un badaud qui veut rendre le livre lorsqu’il apprend avec fureur que l’auteur est mort depuis plus de 40 ans. Le festival recevant la visite de Ségolène Royal, il faut s’empresser de cacher les mangas de fesses et les couvertures inconvenantes, 3


Bill Franco Pour en finir avec 2014

L’une des plus belle moustache de la bd, ici dans les années 1980. © Dargaud

Le retour de La Mune dans de nouvelles aventures à L’Apocalypse.

Rutu Modan poursuit sa quête de simplicité dans La propriété. © Actes Sud.

Ci-dessous : Blutch fait du temps une glaise incontrôlable. © Dargaud.

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détacher Bill Watterson, Katsuhiro Otomo et Alan Moore ; soit trois auteurs connus pour leur réticence / refus d’apparaître en public, les deux premiers n’ayant plus produit de bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Le deuxième tour voit Bill Watterson l’emporter, ce qui a le mérite de porter à sa connaissance l’existence du Festival et de la ville d’Angoulême. À l’issue d’une cérémonie de clôture qui rend à Fred un hommage chargé en confettis et en fumigènes, le palmarès récompense Come prima de Alfred (Prix du meilleur album, Delcourt), La propriété de Rutu Modan (Prix spécial du jury, Actes Sud), Fuzz et Pluck T.2, Splitsville de Ted Stearn (Prix de la série, Cornélius), Le livre de léviathan de Peter Blegvad (Prix Révélation, L’apocalypse), exaequo avec Mon ami Dahmer de Derf Backderf (Prix révélation, Çà et Là), Cowboy Henk de Herr Seele & Kamagurka (Prix du patrimoine, Frémok) et Un fanzine carré numéro C (Prix de la BD alternative, Hécatombe). D’autres prix sont décernés par «le public» à Mauvais genre de Chloé Cruchaudet (Prix du public Cultura, Delcourt), par les «nenfants» à Les carnets de Cerise de Joris Chamblain & Aurélie Neyret (Prix Jeunesse, Soleil) et par la SNCF à Ma révérence de Wilfrid Lupano & Rodguen (Prix Polar, Delcourt). Le temps est globalement doux pendant les quatre jours de la manifestation, ce qui favorise les festivités nocturnes et, par voie de conséquence, un avis général favorable sur cette 41ème édition, bien que les éditeurs alternatifs fassent trop souvent part de leur difficulté croissante à exister dès qu’ils ont trop bu. Au rayon «Tentatives», pendant que le publieur Paquet relance Bob et Bobette, Lilian Thuram « fait une bd ». Jacky au royaume des filles, deuxième longmétrage de Riad Sattouf après le succès des Beaux Gosses, ne trouve ni son public, ni son réalisateur. « La faute à un sujet trop brûlant et un contexte politique défavorable » analyse un producteur, frileux par nature. « Un scénario maladroit,

sans logique interne, qui s’arrête à mi-chemin de ses intentions. » décrète un fan déçu. Paraissent aussi le feuilletonesque Docteur radar, tueur de savants de Noël Simsolo & Frédéric Bézian (Glénat), le bucolique et poignant Histoire d’un couple de Hong Yeonsik (Ego comme X), l’hallucinogène Bonbons atomiques de Anthony Pastor (Actes Sud / L’An 2), le poisseux Wet moon T.1 de Atsushi Kaneko (Casterman). Février Lune l’envers (Dargaud) démontre une nouvelle fois la capacité de Blutch à se réinventer et donne à l’année 2014 son premier chefd’œuvre, superbement mis en couleur par Isabelle Merlet. Un libraire s’émerveille de ce livre « qui dit de manière inédite l’usure du temps. » Monsieur Pointilleux applaudit tout en se plaignant que « le trait est tramé ». Jean-Christophe Menu revient à ses premières amours avec un Meta Mune Comix plein de sève et d’inventions (L’apocalypse). Les Humanoïdes Associés rachètent lors d’une vente au enchères l’original de leur logo, dessiné aux premiers temps par Mœbius, une façon symbolique de renouer avec un patrimoine consciencieusement ravagé depuis plusieurs années. La planète impossible de Joseph Callioni (Atrabile) réaffirme que la bande dessinée et l’imaginaire font bon ménage, apportant un vent d’air frais dans une production concentrée sur la « bande dessinée du réel ». Du côté des publieurs, Paquet reprend Proust, ce qui suscite des saillies scatologiques ou littéraires selon le public. Paraissent aussi le « pas Ségo friendly » New National Kid de Suehiro Maruo (Lézard noir), l’élancé Moderne Olympia de Catherine Meurisse (Futuropolis), et la réédition de Histoire dramatique, pittoresque et caricaturale de la Sainte Russie de Gustave Doré (2024) « qui serait indispensable si elle n’était pas tant tramée ! » tempête Monsieur Pointilleux. 5


Bill Franco Pour en finir avec 2014

François Ayroles, plus bucolique que jamais, arpente son jardin littéraire. © Delcourt. Ci-dessous à gauche : oui, l’expressionnisme français a existé.

Marcel Gotlib dans les années 1970, photographié par Christine Poutout.

Ci-dessous : Jean Sarkozy intéressera-t-il un jour les amateurs d’art brut ?

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Mars Les gens de la maison Cornélius déménagent à Bordeaux. Ils en appellent à la générosité des internautes, promettant de consacrer les sommes excédentaires à la conception d’un parc d’attraction dédié au roman graphique. Ils ne récoltent logiquement que de quoi fuir la capitale. Parution de La fille maudite du capitaine pirate de Jeremy Bastian (La Cerise), fresque délirante et jubilatoire puisant aux meilleures sources du baroque anglais. Monsieur Pointilleux revient pour se plaindre que « le trait est tramé ». Exposition Gotlib au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme de Paris, conséquente rétrospective d’une œuvre qui n’a cessé d’irriguer les générations. D’anciens jeunes-auteurs s’empressent de se réclamer de l’auteur de La Rubrique-à-brac après l’avoir renié pendant 25 ans. « La somme de planches et de documents, le travail de la commissaire d’exposition, c’est exceptionnel ! » s’enflamme un éditeur chauve. On se réfèrera au catalogue de l’exposition Les mondes de Gotlib (Dargaud). Une inspectrice pédagogique de l’académie de Limoges se croit autorisée à mettre en garde les documentalistes contre l’ouvrage L’Art de la bande dessinée, dirigé par Pascal Ory, Laurent Martin, Jean-Pierre Mercier & Sylvain Venayre (Citadelles & Mazenot) au prétexte qu’on y voit quelques bouts de pas grand-chose. Une pétition ridiculise la bureaucrate en pleine dérive idéologique. Haut Septentrion de Alfred, Trondheim & Sfar et La fin du donjon de Mazan, Trondheim & Sfar (Delcourt), viennent clore la série multibranches Donjon qui a renouvelé le genre mais a fini par perdre ses lecteurs dans trop de promesses.

« réconcilié avec l’Oubapo, mais seulement le temps de ce livre ». Philippe Lavaud, maire d’Angoulême, perd les élections, laissant espérer un changement de style vestimentaire à l’Hôtel de ville. Joann Sfar se trouve un nouvel admirateur en la personne de Jean Sarkozy, qui kiffe les dessins que le créateur du Chat du rabbin a consacré à François Hollande. Sous cette impulsion, le fils de l’ancien président se met lui-même au dessin humoristique, suscitant une gêne comparable à celle occasionnée par Tonton Léon lorsqu’il se met en tête d’imiter James Brown. Sfar, homme de gauche, réagit : «Ça m’a fait marrer. (...) Par contre, il faut que nous, commentateurs, restions attentifs. Il faut nous réveiller.» Plantu sera d’accord. Fluide Glacial poursuit sa résurrection au prix de quelques départs coûteux. Exit Frémion, sa gazette et son Tartalacrem’. « Il va falloir que les ventes remontent pour éponger ces fantaisies.» confie-t-on en coulisses. Franky, mascotte des Requins Marteaux, débarque avec son supplément Gros porc. Les 11èmes rencontres d’Aix proposent une exposition Chas Laborde, talentueux dessinateur injustement oublié, comme un large pan du dessin français de l’entre-deux-guerres. On se prend à penser à ce qui restera de toute la production actuelle dans 40 années. Après des années passées à farfouiller chez les bouquinistes pour reconstituer une bibliographie éclatée, les fans de Richard Corben, qui n’ont plus honte de clamer leur ferveur, peuvent enfin ranger sur leurs étagères les pages produites par l’artiste pour Warren (Délirium). Le rachat par Amazon de ComiXology, plateforme de distribution de comics affole le web et met une nouvelle fois en lumière le problème que pose cette domination quasi hégémonique d’un acteur de la vente en ligne peu préoccupé par l’intérêt général. « Normal quand tous les sites renvoient paresseusement vers ce seul marchand… » s’afflige avec résignation un libraire.

Avril Parution de Une affaire de caractères de (pas Alain) François Ayroles (Delcourt), construction ludique et rigoureuse, qui fascine par ses jeux de références. Un auteur grognon se dit 7


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Si votre partenaire dans la vie ne comprend pas Antoine Marchalot, il est temps d’aller sur rigolbaiz.com. Ci-dessous, à gauche : Herr Seele au meilleur de sa forme.

Ci-dessous : il y a L’arabe du futur (meilleur titre de l’année) et il y a l’humour du futur (Marchalot et Henselmann, grands oubliés des sélections d’Angoulême).

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Conversation avec Maurice Rosy de JoséLouis Bocquet & Martin Zeller (Dupuis), est un passionnant témoignage sur l’un des plus discrets artisans du « style Dupuis ». Comme tous les autres ouvrages que l’éditeur consacre à son patrimoine, la fabrication et le design en sont remarquables. « C’est OK » dit Mr Pointilleux en rangeant son compte-fil. Paraissent aussi l’hilarant Megg, Mogg & Owl : Maximal spleen de Simon Hanselmann (Misma), le « Il en faut aussi pour les mômes » Hilda et le chien noir de Luke Pearson (Casterman), le « un poil moins génial que d’habitude mais c’est pas grave » Passions de Daniel Goossens (Fluide Glacial) et le prometteur Jimjilbang de Jérôme Dubois, (Cornélius).

l’art de la comédie propres à l’auteur, qui ravit son fan déçu : « Jusque dans le parti pris graphique, c’est impeccable. » Histoire de la Belgique de Herr Seele & Kamagurka (Frémok) fait regretter que Cowboy Henk ne soit pas en charge du pays, car il ne fait aucun doute que les choses iraient mieux ainsi. Les éditions Cambourakis sont rachetées par Actes Sud, dans une logique d’acquisition qui n’est pas nouvelle et qui interroge sur le terme « indépendant », qui continue d’être associé au groupe arlésien. L’original des pages de garde de Tintin de Hergé atteint la somme record de 2,654 millions d’euros lors d’une vente aux enchères. Il s’en trouve pour y voir un signe que le marché de la bande dessinée se porte bien. Pendant ce temps, Brigitte Lahaie « fait une bd ». Paradoxe : Alma, le deuxième livre de Claire Braud (L’Association) déçoit tout en confirmant le talent de l’auteur; l’impression que la liberté a laissé la place à l’hésitation. Monsieur Pointilleux se plaint que « le trait est tramé ». Xavier Mussat effectue son retour remarqué après dix ans d’absence avec Carnation (Casterman). Il y a dans l’air un parfum de 90, du temps où l’autobiographie était l’horizon de l’auteur de bande dessinée alternatif. « Des tics de dessin pénible » se plaint un scénariste professionnel. « L’un des projets les plus accomplis du genre » s’enthousiasme un auteur et éditeur. Avec Une vie de famille agréable du désopilationnant Antoine Marchalot (Les Requins Marteaux), l’année 2014 s’enrichit d’une merveille de plus. Un sens du grotesque et de la bêtise qui n’exclut pas l’élégance. Avec Les 48h de la bd, le Bédef offre 100 000 albums gratuits à qui se présente. On cherche le sens de cette opération qui transforme les libraires en manutentionnaires bénévoles. « Les mecs font la queue mais ils achètent rien. » soupire un libraire touché par la crise. Paraissent aussi le mystico-délirant Et tu connaîtras l’univers et les dieux de Jesse Jacobs

Mai Avec La technique du périnée, Ruppert & Mulot (Dupuis) provoquent des réactions tranchées. « C’est leur première histoire d’amour, ça peut les faire décoller » s’enthousiasme un fan. « On dirait le livre de jeunes qui paniquent à l’idée de ne plus l’être bientôt. La technique du périmé, quoi.» balance un trentenaire. « C’est un peu lourd, un peu systématique et le titre est trompeur. Mais ça reste au-dessus de la moyenne. » tranche un critique ayant échoué à appliquer la fameuse technique. On ne paraphrase pas Alain Finkielkraut, on le cite : « C’est ainsi qu’on peut se targuer d’aimer la bande dessinée. Pourquoi ne pas aimer la bande dessinée ? Mais s’en targuer c’est autre chose. C’est dire, en sous-main, il n’y a pas d’art mineur. Et quand on dit “il n’y a pas d’art mineur”, non seulement on réhabilite les arts mineurs mais on vide les autres. Si la variété, c’est de la musique, il n’y a plus de musique, la musique disparaît peu à peu de la consommation courante. » L’arabe du futur, de l’auteur de bande dessinée Riad Sattouf, (Allary Éditions) est le bon antidote à la certitude réactionnaire. Il deviendra en quelques mois l’un des plus beaux succès de l’année, ce qui n’est que justice. On y retrouve le sens du rythme, les qualités d’expression et 9


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Est-il plus légitime de faire du mal aux animaux ou aux humains ? Alex Barbier et Vivien Le Jeune Durhin ne parviennent pas à trancher.

Ci-dessous : Encre inédite de Rochette pour Requiem Blanc © Casterman.

Ci-dessous : presque 100 ans d’attente pour découvrir le livre intégralement…

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Août Alex Barbier qui décide justement d’en finir avec la bande dessinée avec une ultime fulgurance, La dernière bande (Frémok). « Putain de guerre ? » Plutôt : « Putain de commémorations », rouspète un client chic écœuré par les Poilus, en emportant tout même la réédition augmentée de Chez les toubibs de Gus Bofa (Cornélius). Paraissent aussi le « sans baisse de qualité » Jérôme K. Jérôme Bloche / L’ermite d’Alain Dodier (Dupuis) et le « pas pris une ride » L’intégrale des Schtroumpfs T.2 de Peyo & Delporte (Dupuis).

(Tanibis), le « bien barré comme il faut » Les miettes de Ibn Al Rabin & Frederik Peeters (Atrabile), le férocement efficace Gotham Central T.1 de Ed Brubaker, Gregory Rucka & Michael Lark (Urban comics). Juin C’est au tour de trois éditeurs alternatifs de lancer une opération en librairie. Cornélius, FRMK et Les Requins Marteaux disent «Sbam !» et proposent une sélection de 15 titres, offerts aux libraires, que les clients peuvent se procurer au prix de 5 livres pour 10 euros. Une grève des trains et un mic-mac postal font durer l’opération et évite qu’elle s’achève trop vite, victime de son succès. « Mieux que Noël et mon anniversaire réunis ! » s’exclame un lecteur. Urban Comics, qui se distingue par un beau travail sur le fond D.C, accélère le rythme de ses sorties. L’amateur n’arrive plus à suivre. Il retrouve cependant avec plaisir Green Arrow & Green Lantern de Dennis O’Neil & Neal Adams, qui n’a rien perdu de sa force graphique mais demande une bonne dose de nostalgie pour être lu. Gilles Ciment perd le bras de fer qui l’oppose à son autorité de tutelle et il est débarqué de la Cité de la Bande Dessinée et de l’Image. Le Couple Mort et ses « amis » de Joakim Pirinen est enfin traduit à L’Association. « La couv est immonde, le format est trop petit, le prix est trop élevé » se justifie un client potentiel en s’éloignant. Paraissent aussi l’érectionnant Juliette en juillet de Joko (The Hoochie Coochie) et le « qualité Heitz » J’ai pas volé Pétain mais presque… de Bruno Heitz (Gallimard).

Septembre Pascal Brutal T.4 / Le roi des hommes (Fluide Glacial) double la mise pour Riad Sattouf. Le fan réconcilié replonge : « Mais… Comment je fais pour le rentrer dans le coffret de l’intégrale ?! » Requiem Blanc, le chef-d’œuvre oublié de Jean-Marc Rochette & Benjamin Legrand (Casterman) éblouit dans une édition aux gris entièrement recréés par le dessinateur. Hervé Bourhis fait une rentrée en force avec pas moins de trois opus. On oubliera le superficiel Petit livre de la Bande Dessinée cosigné avec Terreur Graphique (Dargaud) pour se jeter sur Le teckel (Casterman), qui remporte le Prix Landerneau. Le trophée n’est pas doté mais garantit d’être en tête de gondole chez Leclerc, ce qui vaut toutes les bourses. Paraissent aussi le « bien sombre » Universal War Two, T.2 : la Terre Promise de Denis Bajram (Casterman), le « bien foutu » À la croisée des mondes T.1 de Stéphane Melchior & Clément Oubrerie d’après Philip Pullman (Gallimard), le « bien couillon » Doraemon T.24 de Fujiko F. Fujio (Kana), le « bien malin » Tu mourras moins bête T.3 de Marion Montaigne (Delcourt).

Juillet On va à la plage et on passe l’été à lire Franky (Les Requins Marteaux). Que faire d’autre ? Se rendre à Fillols, dans les pyrénées orientales, pour participer aux bacchanales du 11éme BD Plouc Festival créé en 1996 par Aline et Alex Barbier.

Octobre Les Requins Marteaux sont menacés de mort par des véganiens hystériques qui, sans même attendre qu’il paraisse, sont rendus fous par le Cruelty to animals de Vivien Le Jeune Durhin. 11


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Killoffer en plein chahut avec Ludovic Debeurme.

Yves Chaland, toujours aussi classique, toujours aussi moderne. Š Beaumenay

Illustration inĂŠdite de Charles Burns pour les rencontres Yves Chaland.

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« On discute avec eux et on leur donne de l’amour. C’est la moindre des choses vu le buzz qu’ils nous font. » résume un salarié de la structure en embrassant un lapin. Plus si entente de Dominique Goblet & Kai Pfeiffer (Frémok / Actes Sud), récit à deux mains, s’autorise toutes les libertés avec une fraîcheur déconcertante. Et encore un grand livre pour 2014. Gilles Ciment passe à l’offensive, prenant à témoin le microcosme, la Charente et le web dans son ensemble, où il trouve un soutien massif et frénétique. « Beaucoup de contrevérités dans cette affaire. Mais c’est de bonne guerre, il fallait lui donner son chèque.» résume un auto-proclamé connaisseur du dossier. Charles Burns livre avec Calavera (Cornélius) la fin de sa trilogie et ne déçoit pas, posant à côté de Black Hole (Delcourt) un nouveau chefd’œuvre. Il est l’invité des Rencontres Yves Chaland de Nérac, éloignant la manifestation de ses habitudes franco-belges. On en profite pour visiter la très instructive exposition consacrée à la regrettée maison d’édition Magic Strip, commentée avec passion par Didier Pasamonik, qui en fut l’un des fondateurs avant de trouver une renommée ténébreuse sur le web par son art de la controverse. « Dark Pasa n’est pas si méchant, il fait le bruit dont il a besoin pour faire tourner son site — la référence du genre, qu’on le veuille ou non — sans se préoccuper des conséquences.» biaise une tête-de-turc amusée. Le festival de Saint-Malo est marqué par l’appel à débrayer que le SNAC BD, syndicat des auteurs de bande dessinée, lance aux auteurs. Les séances de dédicace du samedi après-midi laissent place à un débat consacré à un statut de plus en plus précaire. Mon lapin (L’Association), la nouvelle formule de Lapin, peinait à convaincre. Le numéro que Killoffer a concocté en mêlant d’autres auteurs à son fil conducteur époustoufle par sa beauté. « Mais… Il a vraiment les couilles qui pendent autant ? » s’interroge une lectrice en rougissant subitement.

Ranxerox, la totale de Tanino Liberatore, Stefano Tamburini, Alain Chabat & Jean-Luc Fromental (Glénat) désespère. « C’est même plus tramé, c’est totalement flou et pixelisé !» éructe Monsieur Pointilleux en s’évanouissant. La fréquentation des librairies, en chute libre depuis le début de l’année, connaît un sursaut. Les libraires respirent. Mais l’apnée permettrat-elle de tenir jusqu’à la fin 2015 sans une aide quelconque, qu’elle vienne des institutions ou… (on peut rêver) des éditeurs ? Bernadette de El Don Guillermo vient enrichir la collection BD Cul (Les Requins Marteaux) d’une nouvelle pépite. Le sexe s’y partage comme un paquet de Pépito et c’est bon. Paraissent aussi le sautillant Vous êtes tous jaloux de mon jetpack de Tom Gauld (2024), le mélancolique et troublant Barthélemy, l’enfant sans âge de Simon Roussin (Cornélius), l’indispensable mais atrocement maquetté La nouvelle encyclopédie de Masse, T.1 (Glénat), le gravé Que la bête fleurisse de Donatien Mary (Cornélius), le curieux Aâma T.4 de Frederik Peeters (Gallimard), le «pas trop tôt» L’invité douteux d’Edward Gorey (Le Tripode), le « il était temps » Vive les pédés ! de Copi (Olivius), le « enfin, j’en pouvais plus » J’ai vu passer le bobsleigh de nuit de Gébé (Les Cahiers Dessinés).

Novembre Comme chaque année, Angoulême s’annonce par un parfum de conflit, entrenu par la renégociation du contrat qui lie FIBD à 9éme Art+, qui a imprudemment déposé les marques « Festival de la BD d’Angoulême » et « Festival d’Angoulême ». Gilles Ciment y trouve de quoi nourrir sa cause sur les forums par une suractivité pluri-pseudonymale. La conférence de presse est l’occasion pour le SNAC BD d’alerter sur la réforme du régime de retraite complémentaire des auteurs. Sous l’égide de Benoît Peeters et Denis Bajram, des États Généraux sont annoncés pour janvier 2015. L’affiche dessinée par Bill Watterson fait le consensus en n’intéressant personne. 13


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Franky Baloney abandonne la présidence des Requins Marteaux. « Tant qu’il y a du vice, il y a de l’espoir. » se console la foule. Croyant signer son contrat pour Un monde merveilleux, Winshluss succède à Franky. Building stories de Chris Ware (Delcourt) fait sans surprise une unanimité de principe, surtout chez ceux qui ne l’ont pas lu. « Il y avait les coffee table books. Il y a maintenant la coffee table box. C’est lourd et envahissant, au propre comme au figuré. » déplore un ancien admirateur. « Chef-d’œuvre, boloss ! » lui hurle la foule. Panthère de Brecht Evens (Actes Sud) démontre une nouvelle fois la virtuosité de l’auteur mais suscite un malaise. « J’ai pas bien saisi le truc du viol. Ça craint ou pas ? » s’interroge une journaliste dubitative. Paraissent aussi le « c’est bon comme làbas, dis » Lastman T.6 de Balak, Sanlaville & Vivès (Casterman), le juvénile Krazy Kat T.3 de George Herriman (Les Rêveurs), le délicat Sunny T.1 de Matsumoto Tayio (Kana), le classique et somptueux Esteban, Aventures Polaires de Mathieu Bonhomme (Dargaud). On nous confirme que le festival So BD n’a rien à voir avec la revue So Foot. So strange.

Décembre Toujours aussi souple sur ses abducteurs, l’ACBD fait le grand écart entre ses membres et trouve au milieu Moi, assassin de Antonio Altarriba & Keko (Denoël Graphic), auquel elle remet son prix. L’année s’achève avec le sympathique festival Central Vapeur de Strasbourg et la traduction attendue depuis toujours de Pogo, l’intégrale T.1 de Walt Kelly (Akileos). Taschen, le roi du coffee table book, balance au pied du sapin une intégrale de Little Nemo de Winsor McCay. « À ce prix-là, ils auraient pu retoucher les pages un minimum ! » s’étrangle un amateur en pensant à ses 150 euros « C’était l’année de la trame. Mais c’est comme la hd ; il paraît qu’on s’y fait. » conclut Monsieur Pointilleux avant de succomber à un arrêt cardiaque en ouvrant l’intégrale des Tranches de Vie de Gérard Lauzier (Dargaud) qui, comme une majorité de rééditions du patrimoine récent (post 1970), n’est qu’un catalogue de scans bruts des éditions précédentes, défauts d’origine inclus. On y reviendra. Bill Franco

L’immeuble de Chris Ware, qui n’est pas sans évoquer Pérec, en moins heu…

De nombreux documents complètent les strips. © Akileos/Walt Kelly.

(pompant Xavier Guibert, Joe Staline & Étienne Robial)

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Ambition Jérôme Dubois Jérôme Dubois a publié Jimjilbang, son premier livre, en 2014 aux éditions Cornélius. Il y déploie une rigueur graphique impressionnante, privilégiant les compositions géométriques tangentes et un noir et blanc tranché qu’il met au service

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Jérôme Dubois Certitude d’un récit de voyage déceptif et réjouissant. Le livre déçoit lui-même les amateurs de « bande dessinée du réel » ainsi que les amoureux de « romans graphiques », ce qui signifie qu’il est une grande réussite.

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Nicole

LE   TEMPS   DES

CROSSOVERS

Face à la crise, les éditeurs trouvent de nouvelles stratégies et, s’inspirant d’une pratique courante dans le monde des comic books, font se rencontrer les succès. Petit aperçu de ce qui nous attend en 2015. La cage aux Schtroumpfs

le rendant plus accessible. Little Nemo rêve toujours, mais c’est sur une Harley. Dans le ciel, il y a la poitrine à maman. Onirisme et onanisme enfin réconciliés. Ranxerox et Rouky (d’après Liberatore, Tamburini et les Studios Disney), permettra de retrouver le cyborg débile, qui a troqué Lubna contre un chien. Mais on s’ennuit ferme à la campagne. Heureusement, viol collectif et came à gogo sont au rendez-vous. Lawrence d’arabie du futur (d’après David Lean et Riad Sattouf) aura des résonnances plus politiques. Dégoûté par sa vie parisienne, Riad décide de retourner à Damas pour fédérer les différents clans rebelles et foutre une branlée à Bachar. Un accident voyageur entre les stations de métro République et Châtelet en décidera autrement. Mais le tome 4 de La vie secrète des jeunes est lancé… Le grand bleu est une couleur chaude (d’après Luc Besson et Julie Maroh) se penchera sur l’histoire d’amour en apnée entre une jeune lesbienne et un dauphin qui n’en était pas un… Nous n’avons pu obtenir de détails sur Blake Hole et Mortimer, Persepolis Academy, Chacun cherche son chat du rabbin ou Predathorgal, Mais la question se pose de savoir si la bande dessinée sortira grandie de ces manœuvres…

(d’après Jean Poiret et

Peyo), offrira une relecture jouissive de la célèbre

pièce de théâtre transposée dans le monde des lutins bleus. Le schtroumpf coquet tiendra la vedette de cet ôde à la différence. Les 110 pilules bleues (d’après Frederik Peeters et Magnus) parviendra-t-il à mêler le romantisme et la pornographie des deux œuvres originales ? Rien n’est moins sûr… Marsupilamaus (d’après Franquin et Spiegelman), tendra à rendre accessible aux plus jeunes la problématique de la Shoah grâce au sympathique marsupial qui pourchassera les nazis jusque dans la jungle bolivienne. On frémit… L’homme sans talon (d’après Yoshiharu Tsuge et Greg), projette d’allier la sensibilité de l’auteur japonais à la truculence du vieux belge. Il sera la suite directe de L’homme sans talent. Il n’arrivait plus à créer, il n’arrive plus à marcher. Mais Hop ! qu’est-ce qu’on rigole ! Litteul Nemo (d’après Coyote et Windsor McCay), revisitera le chef-d’œuvre du siècle dernier en

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Delphine Panique Martine, où es-tu ? Delphine Panique a grandi dans de magnifiques paysages du sud de la France, d’où elle tient son caractère contemplatif. Elle a une Licence et un Master de Lettres modernes, d’où son goût prononcé pour la littérature et les papiers qui ont une drôle d’odeur.

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Martine, où es-tu ? Delphine Panique Elle est aujourd’hui illustratrice pour la jeunesse et, depuis plusieurs années, publie des histoires en bande dessinée dans la revue Dopututto max, aux éditions Misma. Elle reprend ici un personnage pour lequel elle a déjà écrit une histoire dans Franky 1.

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Delphine Panique Martine, où es-tu ? Elle vit à Toulouse avec sa fille et son chat. Orlando, son premier album, est paru en octobre 2013 aux éditions Misma. Il s’inspire du roman de Virginia Woolf et il est très joliment fabriqué. Un livre hautement recommandable.

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Martine, où es-tu ? Delphine Panique

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Martine, où es-tu ? Delphine Panique

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Delphine Panique Martine, où es-tu ?

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Les scarabĂŠes et les filles Zuo Ma

Les scarabĂŠes et les filles

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Zuo Ma Les scarabées et les filles Zuo Ma, de son vrai nom Zou Jian, est né à Zhijiang dans la province du Hubei (Chine) en 1983. Depuis l’enfance, il nourrit le rêve de devenir dessinateur de bande dessinée. Très proche de la nature et de la vie campagnarde, Zuo Ma cherche à

Il fut un temps où je partais souvent chasser le dynaste hercule en banlieue.

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Les scarabées et les filles Zuo Ma refléter dans ses histoires la vie réelle. Influencé par les dessinateurs japonais du Garo des années 1970, en particulier par Yoshiharu Tsuge, il s’attache à transmettre avec délicatesse et simplicité les sentiments et les émotions de ses personnages.

Aïe !

 Mais ça va pas !?

Hé,   toi !

Bah !

  Mais… Sur quoi tu   t’appuies ?

La fille était  brutalisée par tout le monde  dans la classe.

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Zuo Ma Les scarabées et les filles En 2005, il est diplômé de l’Institut de Fashion de Beijing, dans la section design en Beaux-Arts. Il travaille alors en tant que graphic designer chez Universal Pictures Digital Technology Co. à Pékin. En 2006, il devient ensuite storyboarder pour

Attention  à ta tête  si tu te trompes !

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Les scarabées et les filles Zuo Ma de grandes société chinoises. En parallèle à ces travaux alimentaires, il collabore à plusieurs numéros de la revue Special Comic, et participe à la création de l’album collectif Beijing, en 2008. Il revient vivre dans son pays natal — Hubei — pendant un an,

Aïe !

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Zuo Ma Les scarabées et les filles se consacrant à l’illustration. Il est sans conteste l’un des auteurs les plus intéressants de sa génération, et de la bande dessinée chinoise en général, qu’il nous donne envie de découvrir. À suivre, donc.

Dépêchetoi !

 J’avais l’impression  d’avoir pénétré dans une base secrète ! Il y avait tellement   de scarabées  dans la pièce !   Peut-être était ce la tanière d’un gros insecte bizarre.

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Les scarabées et les filles Zuo Ma

Quelle énorme  lucane dorée !  Belle comme de la jade !

 Tu es têtue comme une  mule !

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Zuo Ma Les scarabées et les filles

Ah ah.

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Les scarabées et les filles Zuo Ma

Toi, là ! Retourne  t’asseoir  au fond !

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Zuo Ma Les scarabées et les filles

Elle ressemble trop à  un insecte puant !

 Est-ce que ça rampe sur le sol ?  C’est dégoûtant ! Bavarde

Bavarde

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Les scarabĂŠes et les filles Zuo Ma

!!

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Zuo Ma Les scarabĂŠes et les filles

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Les scarabĂŠes et les filles Zuo Ma

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Zuo Ma Les scarabées et les filles

Wouah ! C’est trop   dégueu !

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Les scarabées et les filles Zuo Ma

Ah ! C’était    horrible !

 Tiens, pour avoir séché   l’école !

Les scarabées et les filles ! Tous les deux m’attiraient  autant quand j’étais  adolescent…

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Zuo Ma Les scarabĂŠes et les filles

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JL Capron

Au  Pays  de la Bande  Dessinée « Papa, viens nous raconter une histoire ! — D’accord les enfants, dit Papa en s’asseyant sur le lit de Bédé et Bédette. Une histoire de quoi ? Bédé et Bédette se coupent la parole, chacun voulant décider du programme. — Ce serait une histoire de lecteurs égarés dans un labyrinthe de bédés… Non, attends, ce serait une aventure avec des libraires qui se battraient contre une marée de cartons… Non non, ce serait un combat contre le monstre de l’indifférence qui menacerait la création ! Oui, c’est ça, ce serait une histoire de la surproduction !» Papa fait la moue. Il n’avait pas prévu ça. Il aurait préféré une histoire sur les origines du neuvième art ou sur l’invention de l’encre de chine. Comment restituer la conjoncture mortifère du secteur de la bande dessinée dans un conte pour enfants ? Papa tousse, il se lance. « Il était une fois, dans le village de la bédé, un lecteur et une lectrice. Ils portaient sur la tête un joli bonnet, comme Sylvain et Sylvette. Chaque jour, ils se rendaient dans le petit bois de la bédé, derrière le village de la bédé, et ils y cueillaient les belles bédés toutes fraîches qui poussaient sur les arbres à bédés. Le petit bois en offrait une large variété, il y en avait pour tous les goûts. L’étonnement était le quotidien de nos deux amis. Soudain, le lecteur et la lectrice trouvent une pomme empoisonnée. Ils la mangent et sombrent dans un sommeil sans rêve pendant dix longues années. À leur réveil, le petit bois s’est transformé en forêt et de grands arbres mous se concurrencent du tronc. Le lecteur et la lectrice sont désorientés, ils avancent avec crainte sur les

sentiers encombrés par la végétation. Leur regard se perd dans cette profusion angoissante et leur exploration est entravée par les grappes de bédés qui pendouillent aux branches. Pire, certaines plantes ont développé un don d’imitation et, dans l’étouffante pénombre de la forêt, tout finit par se ressembler. Le lecteur et la lectrice voient bien de nouvelles pousses émerger dans quelques chemins de traverses. Mais leur accès est rendu difficile par l’enchevêtrement des grands arbres mous. Face à cette prolifération, le lecteur et la lectrice éprouvent une forme de désarroi, de dégoût, d’inquiétude. Ils ne se sentent plus le cœur aventureux, ils cueillent parmi les fruits spongieux ceux qui ressemblent le plus à ce qu’ils connaissent déjà et rentrent chez eux rapidement. Ils goûtent leur récolte sans grande excitation et lui trouvent bien peu de saveur. “J’ai l’impression de l’avoir déjà lu…” dit la lectrice. “Il n’y a plus de création…” se désole le lecteur en baillant. C’est l’hiver, le lecteur et la lectrice poussent la cueillette dans la cheminée ; ils allument la télévision. Dehors, la neige glace les unes après les autres les petites pousses fragiles… » Long silence. Bédé et Bédette fixent Papa en secouant la tête avec consternation. « La poésie n’excuse pas tout, Papa. Que de schématismes, que de facilités ! déplore Bédé. — C’est totalement nébuleux, renchérit Bédette d’une voix changée. Le parti-pris n’empêche pas l’analyse. Et où est l’espoir, làdedans ? Est-ce que tu proposes seulement quelque chose ? C’est la question, Papa ! — Écoutez… Je ne sais pas… Je ne suis que votre père, petits connards. » Spéciale dédicace à Lewis Trondheim & José Parrondo.

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François Ayroles L’amour François Ayroles, après avoir ausculté Les parleurs, Les amis et Les lecteurs (ouvrages disponibles à L’Association), poursuit son étude du genre humain en s’attaquant au sujet majeur, l’Amour, qui n’avait apparemment pas été dépoussiéré depuis Montherlant.

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Maladie Benoît Preteseille Personne ne sait qui est Benoît Preteseille. Ceux qui prétendent l’avoir rencontré sont des affabulateurs, tout comme ceux qui font mine de savoir qui se cache derrière cette identité de carton-pâte. Certains disent qu’il aurait fait son apprentissage sur les bancs

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Benoît Preteseille Maladie d’une école d’art, passant son temps à copier les squelettes du cours d’anatomie. D’autres soufflent qu’il aurait forgé son goût pour le grotesque en réalisant des décors de théâtre. Certains racontent l’avoir croisé se promenant en compagnie de Francis Picabia,

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Maladie Benoît Preteseille d’André Franquin ou d’Arsène Lupin. On en trouve encore pour affirmer qu’il serait le fondateur, avec Wandrille Leroy, des éditions Warum, et qu’il travaillerait avec la structure ION à diffuser en contrebande des brochures remplies de dessins séditieux. Autant de

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Benoît Preteseille Maladie fariboles inventées par l’auteur pour détourner l’attention de l’objectif secret auquel il se consacre depuis de longues années : percer les secrets de la bande dessinée et les tordre à sa guise pour édifier en toute indépendance une œuvre qui ne ressemblera qu’à lui.

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Après six années passées à arpenter le monde conçu pour la trilogie Toxic, Charles Burns ouvre ses valises sur les quelques souvenirs qu’il a ramenés de là-bas.

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Charles Burns Comic books venus d’ailleurs

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Comic books venus d’ailleurs Charles Burns

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Comic books venus d’ailleurs Charles Burns

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Charles Burns Comic books venus d’ailleurs

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L’amour François Ayroles Que n’a-t-on déjà dit sur François Ayroles? Tour à tour encensé par ses aînés, copié par les jeunes générations, il maintient un cap que semble lui indiquer une muse généreuse et chafouine à travers les embruns de la narration. Le 19 mars 2014, il livre

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François Ayroles L’amour son dernier chef-d’œuvre, Une affaire de caractères, que la très sérieuse maison Guy Delcourt publie à grands frais, persuadée d’avoir signé un nouveau titre d’Alain Ayroles. Une erreur qui fera le bonheur de nombreux lecteurs.

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Le royaume des rêves Olivier Texier Olivier Texier vient au monde en 1972. Très productif, il auto-édite 34 recueils de dessin de 1997 à 2004, tout en travaillant comme graphiste dans une petite mairie près de Nantes, activité professionnelle qu’il occupe toujours aujourd’hui, bien qu’il publie

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Olivier Texier Le royaume des rêves de plus en plus d’albums chez des éditeurs de la scène alternative (Humeurs, les Requins marteaux, Même pas mal…) ou mainstream (Croisière Cosmos chez Delcourt). En 2001, Le Dernier Cri publie 69 dessins sales, une sélection de ses dessins

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Le royaume des rêves Olivier Texier pornographiques, suivi dix ans plus tard de Cons-sidérations, un autre recueil sur le même thème aux éditions Humus. C’est avec ses strips Le bar et Grotesk, publiés dans le Psikopat qu’il acquiert une certaine notoriété. Il fait partie de la Fédération

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Olivier Texier Le royaume des rêves Internationale de Catch de Dessin à Moustache, dont il occupe la fonction d’arbitre de touche, après avoir été sacré Grand Champion en 2007. La plupart de ces informations ont été trouvées sur Wikipédia, ce qui permet de douter de leur véracité puisque

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Le royaume des rêves Olivier Texier personne ne peut en garantir quoi que ce soit. Il est en réalité tout à fait probable que ce soit l’auteur lui-même qui ait rédigé sa notice biographique en la truffant volontairement de fausses pistes afin de pouvoir préserver son anonymat et ses véritables

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Olivier Texier Le royaume des rêves activités. Pour moi, ce type est probablement impliqué dans un réseau d’agriculture passive (ce sont les légumes qui font pousser les agriculteurs) et il vit dans une boîte de fromage dont il ne sort que la nuit. Mais bon, ce que j’en dis…

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L’amour François Ayroles Je ne sais plus ce que je vous ai dit à propos de François Ayroles dans les pages qui ont précédé. Mais si je me réfère à ce qu’affirme Wikipédia, François Ayroles, né à Paris en 1969, est un auteur de bande dessinée. Il étudie trois ans à l’École

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François Ayroles L’amour européenne supérieure de l’image, à Angoulême. Il commence ensuite à publier dans la revue de bande dessinée des éditions Autrement et dans la revue Lapin, éditée par L’ Association. Il est un membre actif de l’Oubapo. Merci Wikipédia.

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Nicole Rencontre avec Jake Raynal Jake Raynal ne voulait pas me voir. Mais avec un petit mot de mon papa, il a fini par céder et m’a donné rendez-vous dans un parking. Je n’ose pas lui dire que je suis claustrophobe et que j’appréhende ces endroits confinés. Mais celui qu’il a choisi est bâti en étages. Au niveau 3, il est accoudé à la rambarde et contemple la ville.

de la notoriété et de ce qu’elle engendre ? Jake : Certainement. Pas plus tard que ce matin, un inconnu m’a arrêté dans la rue pour faire un selfie. Nicole : Avec ta série à succès «Francis, blaireau farceur», dont Claire Bouilhac assure le dessin, tu touches un autre public, différent de ton cercle de fans habituel. Jake : Ce n’est pas le public qui est différent, c’est l’indice de satisfaction qui n’est pas le même. Mais mon équipe et moi-même allons corriger ce problème. Concernant Francis, j’essaye seulement de collecter et de consigner le plus fidèlement possible les choses qui lui arrivent. C’est le trait de Claire (Bouilhac) qui lui donne vie et lui permet d’émouvoir les gens. Nicole : On pourrait penser à première vue que ta façon de lier textes et imagesse se contente d’être illustrative. Mais on s’aperçoit vite que la force de l’ensemble s’appuie sur un système graphique bien contrôlé. Tu contrôles, Jake ? Jake : J’essaye de contrôler la composition des images. Si bien qu’il m’arrive d’oublier de dessiner au milieu. C’est un petit défaut sur lequel je travaille. Je dois d’ailleurs en parler à mon ophtalmologue. Le dessin n’est pas qu’un trait. Il doit aussi suggérer le volume. Or, j’ai souvent tendance à ne voir que la forme et la contre-forme. Par exemple, vous avez une jolie forme. Mais je suis moins convaincu par votre contre-forme. Nicole : Ce qui frappe aussi, c’est la rigueur de tes textes. On sent que tous les mots sont soupesés, que la phrase est rythmée… Jake : Mes phrases sont tellement ciselées que, généralement, quand je commence à me mêler aux conversations, la soirée est terminée. Nicole : En même temps, vu ta taille, tu aurais pu faire du basket… Jake : Oui, mais le match était terminé. Nicole : (Une voiture s’arrête à quelques mètres et fait des appels de phare) Tu dois y aller ? Je te fatigue ? Jake : Non. Mais je crois que ma voiture m’a retrouvé. Nicole : Merci , Jake !

Nicole : Jake, pourquoi avoir choisi cet endroit ? Jake : Pour y garer ma voiture. Mais je ne sais plus où je l’ai mise. Je la cherche depuis des semaines. Je me suis attaché à cette voiture. C’est quand même un bel endroit. Nicole : J’ai l’impression que tu es un auteur secret, connu de quelques initiés qui échangent ton nom avec des regards entendus. Est-ce quelque chose que tu as construit ? Jake : J’apprécie d’être considéré comme un jeune espoir depuis tant d’années. J’espère continuer beaucoup d’années encore. Nicole : Tu étais de ces enfants trop sérieux, qui déstabilise les professeurs ? Jake : Oui, certains appelaient mes parents à la maison tard le soir et en larmes. C’est parfois commode d’être un peu intimidant. Et parfois moins. Et par définition, ça crée des timides. Et les timides sont des gens dangereux. Nicole : Ton travail d’auteur s’inscrit tellement peu dans une école ou un mouvement qu’il déconcerte au premier abord… Jake : Peut-être parce que ce n’est pas vraiment un travail d’auteur. J’utilise la forme journalistique en associant textes et images à la façon d’un documentariste. C’est un travail de chroniqueur, tourné vers la presse. Et avec la contrainte de faire court. Et d’ajouter de l’humour. Peut-être ai-je fait ça trop longtemps, alors que ça ne ressemble à rien... mais graphiquement, en tout cas, je m’inscris dans une tradition connue, celle du clair-obscur, avec d’illustres devanciers, américains, italiens, espagnols... trop nombreux pour être cités ici. Peut-être encore que j’arrive au mauvais endroit au mauvais moment. Mais les temps changent. Et je peux me déplacer. Nicole : Tu veux dire que tu saurais t’accommoder 90


Jake Raynal raconte Jake Raynal Jake Raynal est né en 1968 . Il publie depuis 1994. Il adapte d’abord des textes classiques, tels que la Bible ou les Misérables, sommairement résumés en deux pages. De ses premières collaborations à Fluide Glacial, il tire deux albums,

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Jake Raynal Jake Raynal raconte Combustion spontanée en 2008 (Audie) et Esprit frappeur en 2001 (les Rêveurs). Il poursuit depuis le cycle des Nouveaux mystères, courtes chroniques fantastiques, dans les pages de Fluide Glacial. Enfin, Cambrioleurs, chez Casterman, le voit

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Jake Raynal raconte Jake Raynal aborder le genre policier. Avec Claire Bouilhac, il a créé le désormais fameux Francis Blaireau Farceur dont les tomes paraissent à intervalles réguliers aux éditions Cornélius. Le dernier en date, Francis est malade, est paru en 2013 .


Jake Raynal Jake Raynal raconte Toujours avec Claire Bouilhac, il a publié Melody Bondage en 2003 chez Fluide Glacial. Les histoires présentées ici sont toutes issues de la série Jake Raynal raconte, initiée pour le Psykopat à l’occasion

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Jake Raynal raconte Jake Raynal du 200ème numéro de la revue, en 2008 , collaboration qui se poursuit aujourd’hui encore sporadiquement. Un recueil de ses Nouveaux mystères est en préparation chez Fluide Glacial, ainsi qu’un nouveau tome de Francis chez Cornélius.

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Jake Raynal Jake Raynal raconte

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Jake Raynal raconte Jake Raynal

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Jake Raynal Jake Raynal raconte

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L’amour François Ayroles Finalement, de François Ayroles, on aura presque tout dit dans ce numéro de Nicole. Pour peu que l’on précise qu’il a publié Les plumes sur un scénario d’ Anne Baraou (2 tomes en 2010 et 2012 chez Dargaud) et qu’il vient de donner libre cours

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François Ayroles L’amour à sa fascination pour Buster Keaton avec Buster Keaton perdu et retrouvé chez Alain Beaulet (après Incertain silence à L’ Association en 2001), on peut presque dire qu’on a fait le tour. Il reste toutefois à évoquer rapidement sa ville natale. Villejuif.

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L’amour François Ayroles Villejuif est une commune française située dans le département du Val-de-Marne en région Île-de-France. Ses habitants sont appelés les Villejuifois. Son origine remonte à la préhistoire, comme l’attestent des silex du néolithique trouvés dans des sablières.

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François Ayroles L’amour L’histoire de Villejuif dans l’Antiquité et le haut Moyen Âge est mal connue. La période d’urbanisation récente a considérablement dégradé le paysage. La ville ne compte pas de célébrités. Mais nul doute qu’on dira un jour : « Villejuif, patrie de François Ayroles ».

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JL Capron

LA  LIBRAIRIE DU  FUTUR À l’école des noms, les élèves de la classe « Librairie BD » n’en mènent pas large. C’est aujourd’hui que se va se jouer leur avenir. Aux meilleurs d’entre eux, le droit d’exercer. Aux autres, la déchéance. Derrière ses lunettes, le professeur toise les aspirants avec un rictus peu engageant. « Je vous rappelle la règle : vous me donnez le nom de votre librairie BD. Et c’est oui ou c’est non. Aussi brutalement que ça. Vous avez eu une année pour vous préparer à cette épreuve. Qui ne fait que refléter la réalité. Dans la rue, le client vous jugera sur votre nom. Ce sera instantané. Il entrera ou tournera les talons. Un nom sympathique, construit sur un jeu de mot, déclenchera la connivence, peut-être même le rêve ! Ce nom doit raconter votre projet : exo’tiff donne des envies de dreadlocks quant tout shoes transporte immédiatement sur les pentes enneigées. Un nom qui claque, c’est un nom qui pose, qui vous impose, qui permet parfois même de créer son propre réseau. De vendre des livres. De faire votre métier. Sans ce nom, vous ne serez rien. Sans ce nom, vous ne méritez pas d’exister.» Le professeur sait de quoi il parle. Il se souvient de sa propre expérience. à l’amateur de bande dessinée. Le client n’avait pas poussé la porte. C’était avant les aides d’incitation au jeu de mots votées par le gouvernement Taburin. Pour le professeur, c’est une blessure secrète qui a contribué à lui donner son caractère aigri. Il regarde les élèves, soupèse leur frayeur… Un hochement du menton et la litanie commence : « la case de l’oncle bulle. amicasement vôtre. bdestroy ! docteur mabulle. bdchirade. case à nova. le trou de bulle. bédéfonce. case celà ne tienne. bdzir. buffalo bulle. bulledozer.

case à blanca. bédérapage. bédébil. abracadabulle. la bulle à zéro. bdconnade. bulle-shit. les bullimiques. bédévore. le case-bulles. coup de bulle. le père case-tor. bd en bulle-ateur »

Le professeur en a sauvé trois. C’est peu mais c’est dans la moyenne. C’est ce qu’il faut pour perpétuer la qualité, pour entretenir une certaine tradition du métier. Mais il reste encore un élève. Le professeur retarde toujours le moment de s’adresser à lui tant il le méprise. Jérôme Estingrèle. Le fils de Patrice Estingrèle, le propriétaire des enseignes evolu’tif — il possède aussi hair du temps, la raie-création et faudra tif hair. Le professeur déteste ce garçon hideux, dont le caractère malsain s’exprime dans ses traits simples ; ses joues replètes encadrent une commissure trop franche pour n’être pas vicieuse et ses petits yeux pointent sur son front comme deux clous de girofle plantés dans un oignon graisseux. Il rit sans bruit, d’un air supérieur. C’est le rire de celui qui sait qu’il ne peut pas perdre. « Et vous, Estingrèle ? Quel est le nom que vous me proposez ? — C’est pas un nom qu’j’ai pour vous, M’sieur. » Brouhaha dans la classe. Le professeur plisse les yeux devant cette ultime provocation. « Ce n’est pas un nom ? — Nan, M’sieur. C’est pas un nom. C’est un concept. Coiffure & bédé, M’sieur. Vous venez chez moi, je vous coupe les cheveux et boum, je vous file une BD. Une coupe, une BD. Et ça s’appellera bulles d’hair, M’sieur. » Il rit encore de son petit rire muet et le professeur sent son ventre se rétracter. Car il sait que c’est le futur qui ricane devant lui. Spéciale dédicace à Élisabeth, Elsa, Guillaume, Hughes, Isabelle, Max, Jean-Gab, Jean-Jacques, Joy, Lison, Serge, Marion et les amis de Sbam !

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Olivier Texier Le royaume de l’évidence Quand je disais que Texier vivait dans une boîte de fromage, je me suis peut-être mal exprimée. Je ne disais pas ça pour l’odeur et je ne pensais pas à du munster ou à un truc affreux. Je pensais juste à une petite boîte de fromage bien confortable.

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La tête de Gomez Giacomo Nanni Giacomo Nanni est né en 1971 , à Rimini, petite ville balnéaire d’Italie. Après avoir étudié le dessin animé à l’École du Livre d’Urbino, il publie sa première bande dessinée en 1996 dans la revue Mano, (Six dessins pour un voyage en Grande Garabagne,

Naples, Italie, 1871. Je crois qu’il me sera impossible de garder ce secret.

Bonjour, Sabrina.

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Giacomo Nanni La tête de Gomez d’après Henri Michaux). Depuis 2004, il fait partie du groupe de dessinateurs réunis autour de l’audacieuse revue Canicola (primée à Angoulême en 2008), qui incarne avec brio la nouvelle garde de la bande dessinée italienne. Il remporte en 2005

Et comme je me trouvais à converser avec madame Cantalupo…

Ça fait longtemps  que nous n’avons plus de nouvelles  de Gomez,  ton  beau-frère.

Madame Cantalupo

Et même si je savais que cela se retournerait contre moi…

Anna, ma sœur,  est tombée amoureuse d’un  autre. Il s’appelle Giuseppe di Matteo. Moi

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La tête de Gomez Giacomo Nanni le Prix de la meilleure histoire courte au festival de Lucca pour La plus belle chose, qui deviendra un chapitre de son premier livre, Le garçon qui cherchait la peur, publié initialement en Italie en 2006, puis en France chez Cornélius dans une édition totalement

Gomez Anna

Giuseppe di Matteo

Gomez l’a appris  par hasard.

Anna et Giuseppe di Matteo

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Giacomo Nanni La tête de Gomez nouvelle en 2011. Les livres s’enchaînent, parmi lesquels la trilogie Chroniquettes, véritable manifeste de minimalisme, improvisé quotidiennement sur internet et dont le premier volume a été traduit chez Cornélius. Depuis 2011, Giacomo Nanni réalise des bandes

Ma sœur me chargea de le convaincre de revenir vers elle.

Gomez

Gomez Moi

Anna

 Anna l’a accueilli affectueusement,  et sincèrement  repentie.

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La tête de Gomez Giacomo Nanni dessinées et des animations inspirées de faits divers pour le site italien Ilpost.it. Auteur prolifique, il collabore en France avec plusieurs journaux et magazines, tels XXI et Libération. Il publie Casanova, histoire de ma fuite en 2013 et Vince Taylor n’existe pas

Gomez, ému aux  larmes, a revu  ses fils. Enfin.

 Ce soir, nous fêterons l’heureux rapprochement.

 Nous dresserons une table, à laquelle Giuseppe di Matteo a aussi été invité, avec un de ses  camarades, Stefano D’Aniello.  Ils pourront se complaire de la réconciliation d’Anna et Gomez.

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Giacomo Nanni La tête de Gomez (avec Maxime Schmitt au scénario) en 2014 chez Olivius. Ne cessant jamais de remettre en jeu ses acquis et cherchant avec rigueur de nouvelles voies, Giacomo Nanni s’impose comme l’un des auteurs les plus excitants de la nouvelle bande dessinée italienne.

Moi

 Les mœurs légères et licencieuses d’Anna, ma sœur, de même que les tribulations du pauvre Gomez, étaient malheureusement déjà notoires, et ils ne manquaient pas  de susciter une curiosité morbide.  Madame Cantalupo

 Ainsi madame Cantalupo raconta à sa voisine, dès qu’elle le put,  la bonne  nouvelle.

 Giuseppe di Matteo a aussi été invité. Avec un de  ses camarades, Stefano D’Aniello.

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La tête de Gomez Giacomo Nanni

Stefano D’Aniello.

 Et la voisine aussi partagea les potins  avec  sa commère.

Giuseppe di Matteo Anna

 Stefano D’Aniello

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Giacomo Nanni La tête de Gomez

La commère en parla avec son amant.  Semble-t-il qu’il était un loin parent  de Gomez. Mais, surtout, il était au  courant des erreurs de jeunesse de ce type, Stefano D’Aniello, lequel était plus connu chez les magistrats sous  le surnom de… Peppolillo ?

Stefano D’Aniello,  dit Peppolillo

Peppolillo est un brigand en cavale  depuis les crimes atroces commis quand il militait dans la tristement  célèbre Banda delle Calabrie.

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La tête de Gomez Giacomo Nanni

De fait, il était plus que certain que les autorités judiciaires recherchaient Peppolillo pour ses crimes. Gomez

Peppolillo

Anna

Moi

Giuseppe di Matteo.

Stefano D’Aniello  dit Peppolillo

Gomez

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Giacomo Nanni La tĂŞte de Gomez

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La tĂŞte de Gomez Giacomo Nanni

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Giacomo Nanni La tĂŞte de Gomez

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  La tête de Gomez

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La tĂŞte de Gomez Giacomo Nanni

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Giacomo Nanni La tĂŞte de Gomez

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Nicole & Jujube

RENCONTRE  AVEC  LA 

SEOUENCIOLOGIE

C’est un bien étrange personnage. Il porte sur la tête une cagoule blanche en forme de bulle, au centre de laquelle s’affichent des exclamations comme « Enfer ! » ou « Rogntudju ! », qui changent au gré de son humeur par on-ne-sait quel procédé nouveau. Nous sommes face au Grand Phylactère de l’Église de Séquenciologie.

inter-iconique. Et de toute façon, mes camarades n’étaient pas vraiment habités par l’esprit de la bande dessinée ; aucun d’entre eux n’a poursuivi dans le secteur, ils ont tous préféré trouver un emploi lucratif. Bande de Zorglubs ! Mais bon, mes échanges avec la flaque furent d’une rare intensité. Elle m’a tenu en haleine toute la nuit sur les remparts et m’a donné la révélation finale dans le petit parc qui domine la ville. J’ai dû ensuite garder le lit pendant une bonne semaine, victime d’une sévère grippe et de saignements aux tétons. Dès que j’ai été rétabli, j’ai fondé l’Église de Séquenciologie. Nicole : Il marche comment, votre chapeau ? GPES : (« Bretzel liquide ! » s’exclame la cagoule) Ce n’est pas un chapeau ! C’est un Phylactère d’émotions ! Nous en possédons tous au sein du Gaufrier Sacré. Jujube : Pouvez-vous nous expliquer les principes de l’Église de Séquenciologie ? GPES : Le mot Séquenciologie, vient du latin sequentia qui signifie « suite, succession », du grec logos qui signifie « parole, raison » et du maya uenc’ol dont la traduction la plus approchante serait « type là-bas avec un gros nez marrant ». La Séquenciologie, c’est donc « la science de l’art séquentiel de la sagesse des types à gros nez marrants ». C’est une méthode d’appréhension spirituelle du monde à travers le prisme de la bande dessinée. Mais c’est aussi une forme de médecine qui puise ses résultats dans la puis­sance du 9éme art… Nicole : La hiérarchie de votre organisation a l’air assez complexe… GPES : Tout part de la Bédéthèque. C’est la matrice, le lieu ouvert à tous. Il est ensuite subdivisé en Albums, des cellules au sein desquelles nos membres, les Bulles, se concentrent sur

Jujube : Qu’est-ce qui vous a poussé à fonder l’Église de Séquenciologie ? GPES : Une révélation lorsque j’étais aux BeauxArts d’Angoulême. Comme tous les samedi soir, mes camarades et moi-même étions en train de vomir abondamment sur le trottoir. C’est une saine activité à laquelle les étudiants de la ville se livrent encore aujourd’hui pour oublier dans quel endroit ils ont atterri. Bref, j’avais les yeux fixés sur ma flaque de dégueulis, réfléchissant à mon avenir sans enthousiasme. « Scénariste, c’est déconsidéré. Dessinateur, c’est fastidieux. Éditeur, c’est mal famé. Et critique, ce n’est pas franchement sérieux. » Soudain, une apparition inter-iconique émergea de mon vomi. (Un « Gosh ! » percutant s’affiche sur sa cagoule) Elle avait pris l’apparence de René Goscinny ! « La bande dessinée est la synthèse parfaite de tous les Arts connus. Mais sa popularité en fait la lubie des médiocres et des ignorants. Tu te dois d’agir. » me susurra la voix alors que je m’essuyais la bouche d’un revers de manche. Nicole : Le vomi vous parlait de BD ? GPES : Oui, ce qui n’est pas très étonnant quand on sait que je m’étais enivré à la « Cuvée des bulles », une production locale garantie 100% BD-compatible. Jujube : Et comment ont réagi vos amis face à cet incroyable phénomène ? GPES : La flaque me parlait dans l’hyperespace 121


Nicole & Jujube Rencontre avec la Séquenciologie

affiche un « Boing » retentissant). Nous avons le projet d’en faire l’équivalent de la place des Grands Hommes de Montpellier en présentant au public les Présidents de l’Académie des Grands Prix pendant toute le durée du Festival. Les morts ont déjà dit oui et Lewis Trondheim nous a assuré qu’il obtiendrait l’accord des autres si nous parvenons à convaincre Bill Watterson de participer. Je vais tenter de le contacter via l’hyperespace inter-iconique. Jujube : J’ai entendu dire qu’il y avait des courants très contradictoires au sein de l’Église de Séquenciologie et que les tenants de la Chapelle du Roman Graphique… GPES : (« Rogntudju ! » tempête la cagoule) Je vous arrête de suite. Il est clair que si vous êtes Bédophile, vous n’êtes pas le bienvenu ici. La bédophilie est un signe de maladie mentale et elle ne sera jamais tolérée au sein de l’Église de Séquenciologie. Tout adepte, s’il est surpris à faire la queue en bavant pour une dédicace, sera immédiatement exclu. Quant à la Chapelle du Roman Graphique (« Pas glop ! » affiche la cagoule), il s’agit d’un courant minoritaire que nous allons mettre au pas ! Ho mais… Attendez ! Il y a une odeur de tigre dans l’air ! Je crois que ma communication avec Watterson est sur le point d’être établie ! Je file !

des sujets précis. Puis il y a les Planches, qui regroupent nos Cadres. Et enfin les Cases, où nos membres les plus éminents se réunissent. Ce sont les Phylactères, qui forment eux-mêmes la confrérie du Gaufrier Sacré, que je préside. Nicole : Êtes-vous nombreux ? GPES : Là où il y a des étagères, vous trouverez des séquenciologues : « Ex Libris Albuminem ! » Jujube : Comment peut-on devenir une bulle de l’Église de Séquenciologie ? GPES : (« M’enfin ! » affiche la cagoule) En côtisant, bien sûr. Le denier du culte est le propre des églises. Nos travaux ayant une vocation scientifique, l’essentiel des fonds est destiné à la recherche. Par exemple, nous avons découvert que certains mangas érotiques permettent de traiter les formes d’acnés légères. Pour les hémorroïdes, c’est un domaine plus complexe, dans lequel la bande dessinée humoristique n’a pas donné de grands résultats. Sur le plan social, nous testons différents albums pour lutter contre la violence conjugale. Bidouille et Violette marche pas mal. Mais le catalogue de Bamboo a échoué à remettre les chômeurs au travail. Bref, nous cherchons, portés par la conviction que l’Art Séquentiel est apte à résoudre les problèmes des hommes. Nicole : Ce positionnement scientifique n’escamote-t-il pas la dimension artistique de la BD ? GPES : Pas du tout. Nous avons de grands projets, qui sont au nombre de 9, comme les neufs branches de l’éclaté qui accompagne explosions et coups de poing. Le premier n’est plus un secret : nous allons rebondir sur l’affaire des bancs-cages d’Angoulême (sa cagoule

La cagoule du Grand Phylactère affiche un « Tchô ! » sec et il disparaît en laissant un grand « Zoum ! » derrière lui. Jujube est attaché à ses talons. L’Église de Séquenciologie vient de faire un nouvel adepte. Aucun doute que nous les reverrons bientôt…

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Le royaume de l’évidence Olivier Texier

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Donatien Mary Dimension deux et demi… Dessinateur, illustrateur, graveur, Donatien Mary est diplômé des Arts décoratifs de Strasbourg, en juin 2007. Il développe depuis des projets personnels peuplés de dinosaures, de marins et de comètes. Il fait ses premières armes au sein du collectif Troglodyte,

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Dimension deux et demi… Donatien Mary où il publie notamment un recueil d’eaux-fortes avec Mathias Picard. Il contribue par la suite à la revue de L’Association, Lapin, co-écrivant avec Sophie Dutertre une bande dessinée à 4 mains. Il illustre ensuite divers ouvrages, dont Les derniers dinosaures,

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Donatien Mary Dimension deux et demi… sur un texte de Didier De Calan, un livre réalisé en gravures sur bois, paru en 2010 aux éditions 2024. Il collabore également à la revue le Tigre, où il signe une chronique mensuelle intitulée « Terrain d’entente ». Donatien Mary aborde le dessin comme une

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Dimension deux et demi… Donatien Mary expérience sans cesse renouvelée. Ainsi chacun de ses projets se construit autour d’une technique particulière, avec une prédilection pour toutes les pratiques liées à la gravure : eaux-fortes, aquatintes, gravures sur bois, etc. Il aura consacré quatre ans

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Donatien Mary Dimension deux et demi… à l’écriture et à la réalisation de Que la bête fleurisse, conte fantastique entièrement réalisé en gravures sur cuivre et aquatintes. Après des mois de travail acharné sur les tirages de l’auteur, Cornélius a publié le livre en octobre 2014.

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Pour toujours Jérôme Dubois Les strips de Jérôme Dubois — car, oui, il s’agit à l’origine de strips que nous avons remontés en pages pour éviter au lecteur de perdre la vue en voulant lire une bande dessinée reproduite à une taille impropre — sont d’abord parus sur internet. C’est tout ce

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Jérôme Dubois Mon fiston peux en dire si je veux rester factuelle et objective. Parce que sinon, si je laisse parler mon cœur, je pourrais aller jusqu’à dire que rien ne m’a autant fait rire depuis que j’ai vu le curé manger un sandwich en douce à l’enterrement de tonton Gaston.

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les carnets de

Blexbolex Une rencontre avec Nicole dans les salons de l’hôtel Pangermania.


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Rencontre avec BLEXBOLEX Nicole

avec un carnet de croquis dans un parc ou à la terrasse d’un café. Je dessine essentiellement lorsque je suis sur une commande ou que je prépare un livre. Là, oui, je fais des recherches, des esquisses… En fait, je pense que le dessin, c’est le premier gros malentendu de ma vie. Moi, j’étais comme la plupart des gamins de mon âge, je dessinais parce que j’avais compris qu’on me fichait la paix pendant ce temps-là. Une manière de suspendre le temps et le flux des contraintes, pour rester poli. Certes, mon père dessinait — et dessine toujours. Et mon frère faisait des bd, des histoires de loubards qui se castagnaient à coups de boule dans les bistros. Il y mettait beaucoup de passion et ça m’impressionnait. Je me souviens aussi d’un copain d’école qui m’a un jour montré une œuvre riche d’au moins vingt fascicules, c’était débile mais il avait l’air de bien s’amuser. Son frère était marin à l’époque et lui se bastonnait pour de vrai dans les dancings. Ça faisait un lien. La vie me semblait bien tumultueuse, et j’aimais la calme activité du dessin par contraste. Mais, à part le fait de pouvoir me mettre un peu à l’écart, je ne voyais pas trop où ça pouvait me conduire. C’est en regardant par hasard une émission de télévision le mercredi aprèsmidi, où j’ai vu le dessinateur Fred faire un petit numéro de passe-passe avec des personnages en papier, qu’il s’est passé quelque chose dans ma cervelle : « Ha-haa, on peut donc faire un truc avec ça ? » Pas vraiment un Eurêka car j’ai beaucoup erré par la suite. Nicole : J’imagine que tu fais référence à ta scolarité ? Blexbolex : Entre autres. Comme on s’ennuyait passablement au collège, on a fini par faire une sorte de fanzine. En plus de retrouver les sensations de l’enfance ( la paix de l’âme ), nous nous sommes rendus compte que ça emmerdait les profs. On était contents. Puis, cela les a emmerdé au point où ils ont cru bon devoir alerter nos parents. Comme mon frère avait été récemment ramené par les flics à la

J’attends Blexbolex. Quelques jours plus tôt, il m’a confié une valise contenant plusieurs carnets de dessins datant du début des années 2000. Je suis en train de choisir les pages illustrant cette interview lorsqu’il traverse les salons de l’hôtel. Son visage est difficile à distinguer, masqué par la fumée des cigarettes qu’il grille en continu. Il s’installe face à moi, je lui offre une madeleine, la discussion peut s’engager.

Nicole : Bonjour, Blex. Tu es bien assis ?

Pourquoi tes parents ont-ils choisi de te baptiser de ce nom étrange ? Blexbolex : Mes parents m’ont d’abord appelé Bernard, comme tout le monde. Puis un jour, il s’est produit une chose singulière. Nous étions à table, il y avait de la soupe au repas. Ma mère s’est soudainement raidie comme un piquet et s’est mise à dire comme ça, sans raison, ce mot ridicule avec une voix de perruche irritée. Mon père a alors donné un grand coup de poing sur la table, en gueulant la même chose ; il avait l’air saisi, frappé par une révélation. La soupe a giclé partout. Comme en transe, mon frère et ma sœur se sont mis à tourner autour de moi, en m’aspergeant copieusement de ce qui restait dans leurs assiettes. J’ai dû me réfugier dans ma chambre, dans laquelle je suis resté confiné toute la nuit, totalement terrorisé. Lorsque, poussé par la faim, j’ai risqué une sortie le lendemain, tout était redevenu normal. Tout, sauf qu’ils continuaient à m’appeler ainsi. Je crois aujourd’hui qu’un animal domestique manquait à notre famille, tout simplement. Nicole : Mon Dieu, c’est effrayant… Je ne sais pas si c’est la vérité ou si tu te moques de moi. Mais ça ressemble vraiment à du Blexbolex ! Blexbolex : « L’homme avisé ne confie pas ses bretelles aux passereaux. » ( proverbe chinois ). Tu me files une autre madeleine ? Celle avec le raisin sec sur le capot, là. Nicole : Quel malentendu ou quelle impulsion t’a amené à consacrer ta vie au dessin ? Blexbolex : Je ne consacre pas du tout ma vie au dessin ! D’ailleurs, tu ne me verras jamais 133


Nicole Rencontre avec BLEXBOLEX

maison — il était entretemps passé de la théorie à la pratique — nos parents respectifs se sont entendus pour nous faire donner des cours par la prof de dessin du collège, histoire de nous discipliner et de nous évaluer. C’était vraiment une brave et gentille femme, mais elle n’a rien compris au film. J’ai continué tout seul. Le virus avait pris, mais sous surveillance. Nicole : Est-ce que l’école a nourri ta fascination pour l’image par d’autres biais, comme les livres de classe ou les gommes avec des dessins marrants ? Blexbolex : Je me souviens qu’après une série de 10 « bons points », l’instituteur m’avait un jour donné une image. Cela m’avait étonné. L’image (une sorte de vignette) représentait, je crois, un monument qui ne m’évoquait rien. Je l’ai regardé longtemps avant de la jeter : elle n’avait pour moi aucune espèce de signification, un déchet et une déception. Si l’image avait été celle d’un valeureux cow-boy brandissant ses colts, elle aurait été perçue comme la récompense qu’elle été censée être. La cathédrale de Reims ou le bâtiment de l’Assemblée nationale n’avaient aucune chance, ça me passait trop au-dessus de la tête. Malgré cette expérience calamiteuse, l’image a toujours été pour moi un objet de fantasmes, de tractations secrètes, compliquées, avec le réel. La réalité dit que c’est une image, l’image dit que la réalité… euh, de quoi on parle, là ? Nicole : Tu aurais pu te contenter de nourrir cette fascination en dessinant des images isolées. Mais on sent que tu avais besoin de lier cette production d’images par des histoires qui, à tes débuts, ne sont parfois que des prétextes… Blexbolex : Oui et non. Comme tu l’auras compris, je ne dessine pas pour le plaisir, mais par désir d’images. Il m’est devenu évident qu’une forme de narration est plus productrice d’images qu’une recherche « artistique » qui ne trouvait pas vraiment de nécessité intérieure. Mais tu as tout à fait raison de parler de liaison, car c’est le cœur même de mon activité, beaucoup plus que le fait de raconter des histoires ou de

m’exprimer par le dessin. Donc le dessin m’est bien devenu une porte d’accès aux images, et cette espèce de dialogue entre les images, le moteur de leur production. Vu comme ça, on est pas très éloigné de la mécanique de la bande dessinée avec son principe de césure entre les cases, d’ailleurs. Les enjeux sont juste un peu différents. Nicole : Mon père m’a parlé des premiers livres qu’il a trouvé de toi en librairie — c’était au Regard Moderne, à Paris. Ils étaient autoédités, auto-imprimés, auto-façonnés, auto-diffusés. Y avait-il pour toi une volonté esthétique ou politique de t’inscrire dans la mouvance du DIY ? Ou la nécessité plus prosaïque de produire par toi-même les livres que tu ne trouvais pas à faire éditer ? Blexbolex : Ouais, les graf’zines. C’est compliqué. Ayant obtenu à l’arrache un diplôme aux Beaux-Arts d’Angoulême, je me suis retrouvé logiquement à la rue. Je suis venu à Paris pour un plan déco que j’ai lamentablement foiré. Un copain des Beaux-Arts m’a appelé un jour pour un coup de main. Il travaillait dans un atelier de sérigraphie situé dans le 14ème. J’y suis resté presque deux ans. L’atelier était en pleine restructuration. Je regardais ce qui avait été produit avec une certaine fascination. Le travail de mise en couleur d’une des personnes qui avait travaillé là me passionnait particulièrement : ces gammes avaient de l’ordre, une intelligence dont je n’avais jamais eu idée jusqu’alors, une musicalité, un travail d’artiste plus que d’artisan. J’ai rencontré cette personne plus tard, il est devenu un de mes meilleurs amis. C’était quoi ta question ? Me faire publier ? Mais je m’en foutais, j’avais un salaire, des outils de production et une diffusion ! Ok, ça c’est gâté par la suite, et assez vite. Je suis allé mendier à droite et à gauche quand ça a commencé à merder. Ça te fait marrer, hein ? Nicole : Ne te fâche pas, je ne voulais pas te vexer. Reprends une madeleine. Blexbolex : Ça va pas avec le vin, idiote. Nicole : Hahaha, tu fais peur quand tu fais 134


Rencontre avec BLEXBOLEX Nicole

duplication introduire une notion d’échelle, de distance, d’espace : le temps d’insolation joue sur un crayonné, tu peux griller ton film pour n’avoir que les accents, tu peux sous-exposer pour obtenir une masse plus conséquente. Sur l’écran, tu peux boucher des zones, les préserver pour une second passage. Tu peux répéter et introduire une notion de rythme, basculer, inverser de nouveau, insérer, monter, etc. Tout ce que j’ai pu capter aux Beaux-Arts pouvait trouver un sens, par la technique. Nicole : Tu ne parvenais pas à vivre de ton travail d’illustrateur ? B lexbolex : Hein, quoi ? Ah non, je crevais la dalle. Nicole : Le public ignore trop souvent ces tristes réalités. À quel moment parviens-tu à t’extraire de cet univers du travail qui est par nature hostile aux artistes ? Blexbolex : Les artistes… J’avoue que quand ils se pointaient à l’atelier, ils ne m’impressionnaient pas trop. C’est quand il m’a fallu en devenir un que j’ai vraiment pris la mesure du truc. C’est terrifiant, en fait. J’ai appris le respect des autres en travaillant pour les éditions Cornélius, ma chérie. Nicole : Tu te moques encore de moi, c’est ça ? Blexbolex : Absolument pas. Lorsque tu travailles des semaines, voire des mois sur l’œuvre de quelqu’un d’autre en vue de sa publication, tu finis par prendre la mesure du travail réel fourni par son auteur. Tu entres pour ainsi dire dans un rapport d’intimité avec sa technique et son style. J’ai fait une expérience assez similaire plus jeune en essayant de reproduire à la plume et au lavis des dessins de Rembrandt, de Georg Grosz et de Fragonard entre autres, c’est une expérience à faire pour soi-même, je crois, et un bon exercice. Chez Cornélius, je travaillais pour des artistes bien vivants et dont l’œuvre était en train de se faire et c’est une tout autre relation. J’ai appris à aimer — non, à adorer — le dessin de Willem et le livre Petit Peintre des Dupuy-Berberian qui, par sa mise en couleur extrêmement formelle, loin du

tes gros yeux ! Le ton, comme le trait, de ces premiers pas éditoriaux, sont marqués par un traitement volontairement « brut », presque « bruitiste ». Y a-t’il un lien entre cette tonalité et ton humeur de l’époque ? Blexbolex : J’étais largué. Je ne comprenais rien à tout ce qui me tombait dessus. Je n’ai jamais rien compris à rien. C’était une traduction honnête de ce que je ressentais alors. J’étais juste content que des artistes comme Gary Panter, David Sandlin, Y5P5, entre autres, me donnent une langue graphique, des codes dans lesquels exprimer ce désarroi. Mais je parle depuis tout à l’heure des images comme si elles étaient quelque chose de purement évanescent et je me rends compte que cela risque de créer un autre malentendu. Leur traduction, leur incarnation par le dessin joue de manière considérable sur leur perception, bien entendu. L’esthétique n’est certainement pas quelque chose de négligeable. L’esthétique du dessin et celle de l’image sont deux choses différentes — je pense que c’est évident — et qui peuvent être éventuellement contradictoires. Le « bruit » dont tu parles vient du fait, je crois, qu’à ce moment le dessin prenait le pas sur l’image, car je désirais clairement faire partie de cette scène hardcore. L’effet était encore davantage accentué par la radicalité des moyens techniques de production qui viennent participer à ce brouillage esthétique. Je n’avais pas alors forcément conscience de tout ça, mais ça me plaisait bien. Nicole : La sérigraphie participe alors beaucoup de ton style. Dans quelle mesure cette technique a-t-elle orienté ton travail ? Blexbolex : À l’époque, je n’ai pas de style. Je me contente de suivre le courant. La sérigraphie, c’est plus insidieux, ça travaille au corps. Tu peux doser ta couleur, la transparence de ta couleur. Couvrir/ne pas couvrir = cacher/montrer. D’un film pour l’insolation, tu peux faire un négatif, dans lequel tu peux tailler, que tu peux décaler, répéter et à nouveau inverser, introduire une variation, tu peux dupliquer et dans la 139


Nicole Rencontre avec BLEXBOLEX

coloriage habituel à la bd, a certainement eu une influence décisive sur mon propre travail. Nicole : Les carnets que tu m’as confiés te montrent à une période charnière de ton parcours ( 2004 / 2005 ). Tu synthétises, tu structures, tu resserres, quitte à tourner le dos à ce qui te définis alors aux yeux des autres… Blexbolex : Ces carnets datent précisément du moment où je suis au bout du rouleau et au bout de mes compromis. C’est le travail de l’artiste Richard McGuire qui me donne l’impulsion de me dire que je ne suis pas totalement fichu. Ces carnets sont effectivement la trace d’une recherche stylistique concertée, une mise à plat de tout ce que j’ai pu faire, de ce que j’ai pu voir et de tout ce que j’ai observé. C’est une lutte vers la conscience, pour employer de grands mots. Nicole : Qu’est-ce qui te déplaisait dans ton travail qui pouvait justifier que tu te réinventes de manière aussi consciente? Blexbolex : J’avais l’impression de m’être complètement fourvoyé, et ce à tous les niveaux de mon existence. Quand « on n’a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie », c’est exactement ça, essayer de retrouver de la musique en moi pour tenter de mettre un terme à ce sentiment de profonde déréliction. Cela n’a peut-être plus rien à voir avec l’art, ou bien tout, au contraire. C’était un moment un petit peu dangereux de ma vie, en tout cas. Revenons à nos moutons. Nicole : On retrouve dans cette nouvelle approche des influences très diverses et très éloignées de ton univers précédent, comme le peintre américain inspiré par Crumb, celui qui fait des grosses chaussures, là… Blexbolex : Tu veux parler de Philip Guston ? Ton propos est un peu réducteur, je trouve. Les échanges qu’entretiennent les arts majeurs et les arts dits mineurs sont subtils. Les uns et les autres s’observent avec plus ou moins de sympathie. Guston opère un formidable travail stylistique de mise en évidence de forme, de masse et de puissance à partir des dessins

de Robert Crumb et de l’univers de George Herriman, entre autres. Travail dont auraient été incapables ces deux dessinateurs, en dépit de leur génie propre. Mais il est évident que leurs œuvres lui communiquent ce mauvais esprit et cette inspiration dont lui aurait vraisemblablement été incapable sinon. Il ne faut pas oublier le contexte dans lequel cette peinture est produite. Guston, destiné à devenir une sorte de second couteau de l’abstraction lyrique alors en vogue aux États-Unis, ouvre la porte de derrière et fait entrer les clodos dans le salon. C’est ça qui est important. Mais on ne va pas jouer aux critiques d’art maintenant, n’est-ce pas ? ( Tu peux arrêter de te goinfrer ? Laisse ces madeleines dans leur sachet ! ) Nicole : C’est une période où il est difficile de te cerner, car tu ne cesses de te redéfinir, comme le montrent les bandes dessinées que tu publies alors dans Ferraille Illustré… Blexbolex : Ce n’est pas étonnant, je suis alors totalement en roue libre. Sans cet espace de liberté soudainement apporté par la revue Ferraille à ce moment-là, je doute que quelque chose eût pu sortir de ces carnets, en tout cas pas de cette manière. Ce fut pour moi — et sans doute pour d’autres — un vrai appel d’air. Venus de province, ces éditeurs n’avaient pas les mêmes références et les mêmes a priori que leurs confrères parisiens et ils m’ont laissé faire. Ils m’ont même demandé de leur faire une de leurs couvertures ! Nicole : À quel moment as-tu eu la conviction que tu t’étais trouvé ? D’ailleurs, est-ce que tu t’es vraiment trouvé ou est-ce que tu étais fatigué de te redéfinir en permanence ? Blexbolex : Ce sont les autres qui m’ont trouvé. Et le rythme s’est accéléré rapidement. À partir de 2005-2006, on m’offre la possibilité de devenir auteur de plusieurs manières : les Requins Marteaux en me proposant de faire un album de bande dessinée qui deviendra L’œil privé, les Éditions Thierry Magnier en ouvrant une collection de petites bd de poche (La longue-vue, Peindre), Pipifax en 140


Premières et quatrièmes de couvertures de deux carnets de dessin. Gouache, 2004 /2005 142


Rencontre avec BLEXBOLEX Nicole

me contactant (enfin !) pour une édition en sérigraphie, et pour finir, Béatrice Vincent en acceptant de signer un livre chez Albin Michel juste sur son titre bizarre (L’imagier des gens) ! Il y a eu quelques signes précurseurs, bien entendu. Philippe Huger (CBO) avait édité 5 de mes livres, il y avait eu une exposition à la librairie La Comète de Carthage dans laquelle j’avais montré les résultats de cette recherche et qui avait attiré un peu de monde, etc. Un an auparavant, en 2004, le journaliste allemand Matthias Schneider m’invitait à participer au salon de bd et d’illustration de Berlin. Et il a eu en plus la bonne idée de montrer mes dessins à l’éditeur allemand Armin Abmeier, qui m’a fait réaliser pour sa belle collection Die Tollen Hefte un des livres dont je suis fier : Die Flucht nach Abecederia. Bref, je sortais peu à peu du bois dans lequel je m’étais réfugié, mais cela n’a pas été sans conséquences. Nicole : Ça justifiait que tu quittes la France pour l’Allemagne ? Blexbolex : Ma vie a implosé à ce momentlà. Paris, c’était terminé pour moi : trop cher, écœurant à un certain niveau. Où voulais-tu que j’aille ? À Berlin au moins, il y avait des gens qui étaient contents que je vienne et qui m’y ont aidé. Et c’était réconfortant. Nicole : (la fumée se dissipe un moment et je vois mieux le visage de Blexbolex. Je réprime une exclamation : « Mon Dieu qu’il est beau ! » Je me reprends). Je ne t’imaginais pas aussi jeune ! Parle-moi du Prix du Plus Beau Livre du Monde, que tu as reçu en 2009 pour L’imagier des gens. Blexbolex : Non, ça c’est le serveur. Moi je suis plus à gauche, là. Tu me vois maintenant ? Ah oui… l’âge, hein ? Pour l’anecdote, j’ai un jour reçu un coup de téléphone d’Étienne Robial alors que je me trouvais à Berlin. Ce n’est pas pour faire le malin, mais j’avais oublié jusqu’à l’existence de ce livre. J’avais d’autres problèmes, plus pressants et beaucoup plus concrets. J’ai cru à

une sorte de plaisanterie, je n’ai pas tout pigé. J’ai raccroché et j’ai donc continué à travailler. Je n’ai pris la mesure du truc que quelques semaines plus tard, lors de la remise du prix à Leipzig, fusillé du regard par quelques dizaines de graphistes. Ça m’a rendu heureux. Par un étrange concours de circonstances, je l’avais emporté. Sur eux. Sans le vouloir. En faisant tout ou presque, avec ma totale absence de culture graphique, mon ignorance. Tu peux pas comprendre. Nicole : À ce moment-là, certains s’attendent à ce que tu deviennes un « auteur de livres pour enfants », j’entends par là un peu « installé »… Tu as vu venir le piège ? Blexbolex : Entendons-nous bien. Faire des livres pour les enfants est un privilège et je tiens à ce que cela en reste un. Si je n’ai rien de plus ou de mieux à dire, je préfère m’abstenir. Je n’ai pas toujours eu cette attitude, et j’ai fait des choses plus dispensables, purement alimentaires, pas forcément nulles, mais qui ont bien failli devenir un véritable piège, pour le coup. Parce qu’elles auraient pu compromettre ce que je tentais de mettre en place : un travail d’auteur et pas spécifiquement pour la « jeunesse ». D’ailleurs, ce mot d’auteur n’est même pas tout à fait le bon. Mon activité est peutêtre similaire à celle d’un réalisateur de films, mais sur papier. La composition musicale ou poétique me semblent parfois être de meilleurs modèles que celui de la création littéraire, mais je dois avouer que je n’y entrave absolument rien. Le cinéma, la musique ou la poésie ne me font pas triper mais les livres en tant qu’objets, si, va savoir pourquoi. Bah, on peut toujours y croire. Nicole : C’est dans cet état d’esprit que tu fais Crimechien et Hors-Zone, qui apparaissent presque comme des livres « contre »… Blexbolex : Contre quoi ? Je fais des livres, point. Crimechien a été conçu pour l’éditeur suisse Pipifax pour un tirage en sérigraphie à 200 exemplaires environ en 2007, année durant laquelle je réalisais justement, en 143


Nicole Rencontre avec BLEXBOLEX

parallèle, L’imagier des gens, qui est sorti en 2008. Le temps de la création n’est pas celui de la publication. Hors-Zone ne doit son existence qu’au fait que Crimechien n’ait jamais eu de date de publication réelle, et que tous les dessins originaux aient été vendus durant une exposition dans une librairie parisienne. Je me sentais frustré. J’avais une immense nostalgie de ces dessins que personne n’avait jamais vus. Hors-Zone n’est que la tentative de reconstruction, de retrouvailles avec ce livre inexistant qu’était Crimechien. J’ai beaucoup de projets qui n’ont jamais vu le jour, mais cette fois-ci la pilule ne passait vraiment pas. Lorsque l’éditeur anglais Nobrow m’a demandé si j’avais autre chose après Abécédéria, qu’ils venaient de publier en traduction, je leur ai fourgué Crimechien juste pour le principe — et ils ont marché avec moi. Lorsqu’ils m’ont demandé si j’avais autre chose, j’ai dit oui, j’ai Hors-Zone, et je n’avais alors aucune idée de ce que cela pouvait être. Chaque livre est un cas particulier, je n’ai pas de vision en perspective. Nicole : Je ne comprends pas, mon père m’a dit que tu avais fait ce livre pour Cornélius… Tu l’as baratiné ? Blexbolex : Si tu as bien suivi les épisodes précédents, tu peux te rendre compte de mon état d’esprit d’alors. Je n’ai en premier lieu fait ce livre que pour moi. Ce n’était même pas un livre en fait, juste quelques dessins épars. L’imagier des gens n’était pas encore sorti, et je pensais qu’il serait peut-être mon dernier livre, je n’y croyais pas. J’errais sur les ruines de mon existence et, pour la première fois, j’avais des regrets. Je voulais refaire. Et je refaisais. Comment veux-tu que je pense à tel ou tel éditeur dans ces conditions ? Totalement absurde ! Je n’étais même plus dans la survie ! Tu m’emmerdes, là ! Tu veux savoir la vérité ? Je m’en foutais de nouveau. Hors-Zone était un puzzle par lequel j’essayais de reconstituer une image, par laquelle je tentais de comprendre ce qui m’arrivait et de savoir si ça valait le coup de continuer. Et je n’y suis pas arrivé. À obtenir de

réponse. Un bout de cette réponse se trouve dans Saisons, livre pour lequel je lâche HorsZone pendant plus d’un an. Et puis je me suis rendu compte que c’était bien un livre, et non plus simplement un tas de dessins, et qu’ils disaient quelque chose. Je ne sais même pas si cela a le moindre sens pour autrui, et je m’en moque. Le choix final de l’éditeur, puisqu’il fallait le faire, s’est porté sur Cornélius parce que ça me faisait mal au cul que ce livre sorte d’abord en anglais alors qu’il est pensé et écrit en français, que cela pouvait compromettre sa sortie française si je le laissais partir outre-Manche — un comble ! — et qu’effectivement Cornélius a une ligne éditoriale plus intègre et moins opportuniste que les incomers. Et le livre, au final, est magnifique. Ceci dit, malgré quelques défauts, l’édition anglaise n’est pas mal non plus. Laissons ça là, si tu le veux bien, ça me fatigue. Nicole : Dans ces deux ouvrages, la narration entretient une forme de lutte avec les images. On a l’impression d’assister à un renversement des pouvoirs, le texte cherchant à imposer son autorité au dessin, n’hésitant pas à le contredire ou le supplanter. Cette rivalité produit sa propre énergie et fait avancer le livre dans un chaos organisé qui aboutit à une forme de limpidité inattendue, résonnant avec la paranoïa de Philip K. Dick et l’inquiétude de J.G. Ballard… Qu’est-ce qu’il y a ? Tu trouves que je m’échauffe ? Blexbolex : Je souris juste. Je viens de lire cette année seulement Neuromancien de William Gibson. Ce livre est sorti en 1984, deux ans à peine après la mort de Philip K. Dick. J’ai la sensation, la conviction que ce roman aurait pu changer ma vie. Je l’ai raté. C’est aussi simple que ça. Personne aux Beaux-Arts ne lisait de science-fiction… Que veux-tu que je te raconte ? Le conflit qui se trouve entre des systèmes aussi totalisants que peuvent l’être ceux du texte et de l’image ( sans forcément parler d’art et de littérature ) ? La préhension qui naît du désir de maîtrise ou de perfection de chacun de ces modes pour 144


Nicole Rencontre avec BLEXBOLEX

dire… quoi ? Moi, je reste dans mon incompréhension habituelle. Ce n’est pas que je m’y sente bien, au contraire. Mais observer les échanges de tirs, les forces et les faiblesses de chacun a quelque fois quelque chose d’amusant. J’essaie de partager cet amusement. J’essaie de voir si au-delà de cet amusement, par une brèche, un trou, il y aurait autre chose par hasard… et dont je n’ai aucune idée. Je cours après quelque chose qui n’existe peut-être pas. Nicole : Ça veut dire que tu vas encore te réinventer ou que tu penses juste à changer de « land »? Blexbolex : Ce seront les circonstances qui le diront. Les imagiers, c’est terminé pour moi. Non qu’il n’y ait plus rien à y faire, c’est un domaine tellement vaste ! Je suis juste allé au bout de mon raisonnement et je ne peux que me répéter. Il faut que je tente autre chose, et donc oui, dans cette mesure, il faut que je me réinvente, ou que je me trouve de nouveau,

c’est pareil. Côté bande dessinée, je ne suis pas en état de me financer moi-même et donc c’est pas pour tout de suite, même si je n’y ai pas totalement renoncé. Qu’est-ce qu’il reste ? Beaucoup, presque tout à faire. J’ai l’impression de commencer à peine. Je me trompe peutêtre, je ne sais pas. Nicole : C’est le moment de nous quitter. Quelle promesse peux-tu faire à mes lecteurs ? Blexbolex : Rien que je ne saurais tenir ! Allez, rentre vite chez toi, la soupe va refroidir, ton papa se fait du souci et ça peut avoir toutes sortes de conséquences ! Bisou ! Et voilà, il a enfilé sa parka sur son petit pull marin à la boutonnière défaite et il est parti en écrasant tout ce qui traîne sur le tapis avec ses gros godillots. Il y a toujours cette fumée de cigarette compacte qui refuse de se dissiper. Les serveurs s’agitent avec des éventails et moi, je vais me prendre un petit grog bien mérité.

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Pepito : Colin-Maillard ! Luciano Bottaro Né en 1931, à Rapallo, petite cité côtière proche de Gênes, Luciano Bottaro découvre la bande dessinée avant de savoir lire grâce à Carl Barks et Floyd Gottfredson, les dessinateurs légendaires de Donald et Mickey. Abandonnant joyeusement des

çÆ y EsT@ J’e~ TiÊN∑ uı ≠ AH ! maï∑, c’eST  √ŒUS, E≈¢El|Ê~¢E ‰

VOªs ÆvEZ   de√iné !

ŒH ! J’aªRAïs √I™Ê fAIT d’Eı at™RApÊ® U~# tIen∑ ±   Où ê™e∑-√Œº∑ πÆS∑és ¿

À vŒ™®E ™OUR, ÎÉ Î„ ≠

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Luciano Bottaro Pepito : Colin-Maillard ! études de comptabilité, il donne, dès 18 ans, des gags et des histoires courtes à l’éditeur génois G. De Léon. Son imagination prolifique accouche du canar Papy Papero, du champignon anthropomorphe Pon-Pon, des hors-la-loi Pop & Fuzzy, ¢’est MÆI~TENAnT qu’ŒN √Æ s’AÓª∑Ê®, AH ÆÎ ≠

ÎŒªouOUOu !≠

ÆAAH ! ÍE Ó’É√ANOui|LÊ ≠

 ™ª AS lÊ ¢hiF·on ïÓBi∫é    ∆Ê πÆrFºm  ¿

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  a ÆAah ¡ U~ ÓOı∑™RE   !

  ça y E∑T ! √Oªs êtE∑ ‚eπé‚„S,   VOU∑ là-BÆS   ¡    √OI¬À ¢Ê ΩªE C‘Ê∑T ΩUÊ ∆E ¢ÎUCHO™ÊR ≠


Pepito : Colin-Maillard ! Luciano Bottaro de l’ours ivrogne Whisky et du trapeur Gogo, et de bien d’autres personnages aussi aimables que farfelus. Travailleur acharné, Bottaro produit au cours de sa carrière plus de 20 000 pages pour d’innombrables éditeurs de fumetti, dont la branche italienne ¢’E∑™ √ous cŒÓ™eSsE. Je ‚E¢oıNais  voTRE ∏Æ‚Fum Ê⁄‡UI∑ ≠

∫RIsÊ de KAlaıdŒS   !

ïNutI¬Ê de ¢ŒURi‚, ¢OmTE∑sE  ! Voªs ıe m’écÎAP∏E‚ÊÅ pAS ¡ ÍE n’Æï Ωª’à ∑uiV‚E √O™®e ∑ï|LAGE ∏ARfUmé !

 ™IÊı∑ ≠ ∑A ©ŒRπu|ÊNCÊ qªi sorT ∆U PA‚c# MAis… E~ vOilà ªnE iDéÊ DE ÍOUÊ® À ColIN-ÓAi¬LÆRD   a√E© ªN     chIÊı  !

voUS ê™Es JUStÊ ∆E√Æ~t ÓOi,  ¢OÓ™e∑SÊ. |E ·RŒº-f®Œº ∆e VOTRE ‚oBe ∆E ∑Oïe √ou∑  Æ TRAÎIÊ !

ÆÎ ¡ LA ∏ÊTI™Ê ‚ŒUÉE ≠ Ê|LE M’ÊN™®Aî~E √ER∑ LE ¢OI~    |e pLºS ∑auvÆGÊ ET |E mŒïıS    ·réquenT& dª ∏AR© ¡

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Luciano Bottaro Pepito : Colin-Maillard ! de Disney, pour qui il dessine les aventures de Donald (Paperino), se réappropriant des personnages de Carl Barks (la sorcière Nocciola) et en créant de nouveaux (Rebo le dictateur de Saturne). À la fin des années 1950, d’autres auteurs, dont Giorgio    dAN∑ ce cœªR ΩªI    ~E BA™ QUÊ ∏OU‚ √ouS… ıe l’EıTE~∆EZ-√Ou∑ ∏As,      ¢om™ÊsSe   ?

 ah ! ComTesSÊ, LE souveni‚ ∆Ê ¢ET™e   é ÓŒªvan™e ∏ROÓeıÆde ‚ESTerA à  ™ouT ÍAmÆI∑ GRAvÉ ∆Æns mO~ ¢œUR  ¡

|AI∑sEÅ-ÓOI M’Æp∏rocHER ∆e √ou∑… poªr Ne ∏As  ·AIRE rOªGi‚ voTre ·‚ONT d’ÆL∫âtre,   jÊ gaR∆Eraï moı BAn∆eAU  !

ÆÎ ! Di√ïNE ¢OÓ™e∑sE, Íe ∑eNs ∆éjà |Æ ©aRe∑sE   dÊ √OS ¢ILS iÓMenSes ΩUi DoıNent ªn ¢HARÓÊ si ·As©ïNant À √O∑ ŸEU⁄ ∆e √eloURS !

∏ERME™TÊZ-ÓOi ∆e   poSe‚ Un πIÊU ∫Ai∑ER   ∑ur √OS ∏ÆupièreS seÓBLA∫LEs     à des ∏étales ∆e ‚ŒSe !

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Pepito : Colin-Maillard ! Luciano Bottaro Rebuffi et Carlo Chendi, se joignent à lui et forment un groupe baptisé l’École de Rapallo, qui devient en 1968 le Studio Bierreci, singulière tentative d’autogestion professionnelle. Les auteurs d’illustrés populaires doivent alors rester anonymes et Bottaro est

  ÆÎ ! LE ∏AuvrE |A ∫ÆnaNÊ ≠ ∑’il ıe SE ·aIT ∆ÉVŒrE‚, ïl aªRA ∆E |Æ ¢HÆıCE ≠

ô Dé|ice ! ô BŒNÎÊUR ïNe·fA∫|E   ≠   Ô ∆ŒºcÊur ïNéflAl&Ê ∆E √OTRE VOIX ÓÉ|OdIEU∑E ¡

 ¢ŒÓ™Ê∑SE ! COMTES∑E ∫IEN-AIÓ&Ê   !    Où êtEs-√OªS ¿ VOtre ∏Æ‚FºÓ S’Êst   é√ANŒUI et je n’eıtENDS plª∑ VoTRE √oi⁄ EıCHAnte‚Es∑Ê ≠

 ¢ŒÓ™Ê∑SE ! COMTES∑E ! où √Ous ¢A¢Îezvoª∑ ?

LE flOU√erNEªR !

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Luciano Bottaro Pepito : Colin-Maillard !

exploité sans merci par des éditeurs qui le spolient de ses droits d’auteur, lui volent ses personnages et piratent ses histoires. La Sagédition vend ainsi le personnage de Pepito à un groupe agroalimentaire, qui prétendra par la suite empêcher Bottaro de   ªıe ∏ROMÊNADÊ EN    flondolE ∑UR le |Æc des ¢YgıEs… AaÆH ≠

ÆÎ ! PÊTï™Ê ¢OΩUInE ≠ Je n’AurAis ÍAmAI∑ cRª ça ∆E VŒUS ¡

C’eST l’OlŒNıŒiS qui √Æ ê™RE ¢OıtENT ≠ dans ÓÆ flON∆OŒolE#

Œh ! ¢ŒMTE∑SE… ıOUS  ∑OMÓes ∑UR l’i|ôt ΩUI  ÊSt ÆU mIlIÊU ∆u LA¢, ı’Ês™-¢E pas   ?

bÅZzÅ# BzÅz… ∫zÅZ

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Pepito : Colin-Maillard ! Luciano Bottaro continuer à le dessiner. Mais l’artiste continue de créer et de travailler, sans découragement, jusqu’à sa mort en 2006. Comme la plupart des auteurs populaires, il n’aura droit qu’à une reconnaissance tardive. Mais son œuvre aura influencé des dessinateurs

¢OÓmE Íe VOª∑ sui∑ REcoıNai∑SAN™, ¢OÓTeS∑Ê, ∆’AVŒIR ∑U ıOªS AMéıÆger ¢e charÓAnT ™êTe-à-tê™E !

∆IViıe CŒMtes∑E !  √ouS me t‚Aı∑∏OR™ÊZ  AU ∑EP™ïèÓe cïEL ≠

 ∏OUR ÓéRïtE‚ √O™RE   ÊsTïMe, ¢OÓte∑sE, je FÊRAis ı’ïmpoRtÊ ΩUoi !  Óe ∫ATtre AVÊ© l’ŒlOınoïS ∏A‚  EXÊMple !

 l’ŒloıNoIS ? ∑I Íe L’avÆIS ∆EVAn™ ÓOI, JÊ |UI ™OR∆RAI∑   LE ¢OU… ¢OÓMÊ CE¢I   ≠

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Luciano Bottaro Pepito : Colin-Maillard !

comme Florence Cestac, Charlie Schlingo et François Corteggiani, et surtout enchanté plusieurs générations d’enfants à travers le monde entier. L’histoire que nous publions ici présente la particularité de ne jamais avoir existé sous cette forme auparavant. ÊN∑UITE, ÍE |uI ÆR‚ACÎERAï∑ |ES MOU∑TACÎES ∏Oªr √oªS Ên ·AiRe  ªNE ÎoupE™ te à ∏OUdrE !

   ÊT ∏UI∑, Íe LE ¢OıtrAIıdRAï∑ à s’AgenŒUi|Ler ∆evan™ √ouS Êt À Se ∆É¢LAreR Votre   ÊscLAvE ≠

ÊT MAIıTenAıt, ∆I√Ine ¢OÓTE∑Se,  Où M’ÊMmeNez √OUS ¿

ÓAi∑# Œù M’AVÊZ-√OªS ·AI™ TŒM∫Er ?

ÆÎ ! |A ·ÆR¢eºSE ≠

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Pepito : Colin-Maillard ! Luciano Bottaro Tout d’abord, il y a l’apport de la couleur, réalisé dans l’esprit de Bottaro et faisant suite au travail de restauration entrepris par Cornélius dans le premier volume de l’anthologie en cours de publication. Mais il y a aussi les différentes sources créées par Bottaro lui-même.   ¢E ÓAUDïT pe∏iTo ıOUS ÊnlèVe   ıo™RE PROïe !

 ıOªs ·ErIONS ∫IEN d’A|ler ‚EtrOU√eR ıOS AÓIS, ¢OM™E∑se.  |E ¢ÆNoı VA ∫IEN™ôt aınoNcer ÓIDI ≠

 ΩUOI   ¿ ïl ÓÊ √olE moN ∏RISoıNier Êt ïl a LE     ™ouPÊt ∆e ÓE ·aiRe ∑iGNE deıE ∏Æ∑ ·aire  de ∫ruIT   ? Ên√oyÊZ-ÓOi ¢e™ te ¢OQUïL|e de ıOIX ∏Ær le fond   !

‚ETŒUr à |’envoyeur ≠

a™TRApé !

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ı’AYÊZ ∏ÆS peUR, coMte∑se   ≠   ïl ÊSt cÎArgé à ∫LAn¢ !

¢Ê ı’eST ∏Æs poªR ÓE √ANTÊR, ÓÆis Í’ai Le ∑Êns de |’ÎEU‚E, Óoi   ≠


Luciano Bottaro Pepito : Colin-Maillard !

Pour faire bref, les histoires de Pepito paraissaient dans des formats différents, le mensuel approchant du A5 lorsque les trimestriels étaient proposés dans des tailles plus grandes. Pour coller à ces formats, Bottaro produisait des histoires en 3 ou 4 bandes. Ce qui Plus TarD…

  ∆USsé-ÍE √ivRE  ¢ENT ÆNS, ¢ŒÓ™Ês∑E,   JÆmAI∑ je ~’Ou∫LIÊraI ¢E™Te  ∏‚OMÊNAdE ∏aRAdi∑IÆΩUE   ≠

   ¢ÎACUı ∆E∑ ïNS™ÆNTs qUE   Íe √IEıS de √IVre ÆVEC voªS ÆURA éTÉ POur moï uN siè¢LE dE  ∫OıhʪR   !

ıOS ÆÓIS ıE ∑e DoªTerOıt ÍAmais du ™oªr ΩUe ıOus |eªR a√ŒıS jŒué… ¢e ∑ERA ıO™RE ∑ec‚Et !

    voiLà ∆es  PÆrŒlÊ∑ Ωui ÉΩui√AlenT À    Des Avʪ⁄ ≠

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Pepito : Colin-Maillard ! Luciano Bottaro a fini par poser des problèmes de comptabilité le jour où des compilations furent envisagées. Bottaro s’attela donc à adapter ses pages dans différentes tailles pour faciliter le travail d’édition. Malheureusement, une grande partie de ses originaux ayant été    ™iens ! √Œilà Ωui T’a∏Preıdra À ∆oıNer ∆es ¢oªp∑ De ∫âton à un jªge  du trïbUnal su∏RêmE d’eSpaflne   ≠

ΩU’es™-ce… qu’eS™-CÊ#    Ωªe Ó’eSt-i¬   ÆRri√é   ?

HŒULa   !

      √ŒUS aÎ  ! jE ¢OMpRÊNDS êtEs là, ÓAIıteNaıt ≠ ¢ŒMte∑Se   ?   ÍE me ra∏Pel|E      dÊ ™OªT !

 ÓAIS ÊNFiı, Ωue se ∏ÆSse-™-I|   ¿    ∏ouRΩuOi ¢e ™On ·âchÉ   ¿  ÊT pªIS Í’eı AI Æs∑ez de ¢e     ∫Andeau !

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Luciano Bottaro Pepito : Colin-Maillard !

perdus par ses éditeurs, il dut s’appuyer sur les magazines pour réaliser ce travail, avec des pertes de qualité inévitable. La version que nous proposons ici mêle les différentes versions pour conserver le meilleur de chaque source, au plus près du format d’origine.     ÍE ∆Onıerais ∫iÊı Ói|Le   ∆OUBLoı∑ ∏oUr ∑AvŒir ¢E        qª’ïl ∑’eST ∏AsSé…

∆ÉsorÓÆIS, ıouS  t’iıte‚dï∑Ons de ıŒªS ÆDre∑SeR lA ∏Æ‚Œle# Êt ∑i ™u ıOUS croï∑ES DÆNs |Æ rue, tª feRAIS  ∫IEN ∆E ¢ÎANGeR de T‚Ot™oir !

   ÆBou|E |Es Óï|le ∆ou∫loı∑  Et ÍÊ TE ‚ÆCŒNte l’Îï∑tOIre   De bŒUt Êı ∫ouT ≠

Æ·FAIre   ¢Oı¢lue !

¢ŒMment ? ïl  il |’AUrÆIt ·ait ıOUS ∆Onıe ÓIlLe   sÆn∑ ¢Et™e ÆT™A∆oU∫LoıS e™ ïL ıE  QUe d’a∏ŒPlÊxie nou∑ ·AIT ∏ÆS     qui l’Æ Óis par Ær‚êtER   ¿  te‚Re !

Mise en couleurs : JL Capron

ÍÊ ıE jouerÆi PLª∑ à ¢oliı  ‚AÓOlLi∑SEMEN™ES ÓAIl|ar∆   ! JE Ne JOªE‚AI ∏|US ¢erEbRalI∑, chÊRs ¢OL|ègues   ¡ À ¢olïn-ÓAi|LArd ≠ je ÓAi∑ où diAbLe a-T-ïL ∏U ÆTtRApEr ÍoUeraï#   ïL ıE ·ÆI™ ΩUÊ ıe   Ça ¿≠ ‚ép„TÊR ¢ET™e ∏hrÆ∑e !

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Précieux moments Jérôme Dubois Ce que je voulais ajouter à ce que j’ai déjà dit de Jérôme Dubois et de ses strips, c’est que franchement, entre nous, il faut bien le reconnaître : internet, c’est vraiment super. Non mais parce que c’est vrai, le nombre de gens qui sont connus aujourd’hui et qui seraient

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Jérôme Dubois Grandes espérances restés dans l’ombre dans l’ancien temps, c’est quelque chose de fou. Et ça, c’est très positif. Tous les gens qui font des choses. Qui passent à la télévision. Tout ça. Mais bon, concernant Jérôme Dubois, on a reçu son manuscrit par la Poste. Donc internet, ça fait pas tout. Voilà.

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Le royaume de l’évidence Olivier Texier

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Sébastien Lumineau Les secrets nuls Sébastien Lumineau voit le jour en 1975 et passe en Vendée une enfance sans histoires. Il rompt avec cette lacune narrative en 1993 en rejoignant Rennes, où il crée avec Tofépi et Fab Les taupes de l’espace, maison d’édition dans laquelle il publiera entre 2000

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Les secrets nuls Sébastien Lumineau et 2005 les désormais fameux Un chien dangereux, Le chien de la voisine et Le retour du chien de la voisine. Il prend à cette occasion le pseudonyme d’Imius, signature qu’il abandonnera par la suite pour compliquer la tâche de ses biographes. Multipliant

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Sébastien Lumineau Les secrets nuls les contributions dans la presse, les fanzines et l’édition, il dresse en 2007 un premier bilan de son travail en publiant aux Requins Marteaux Une vingtaine, compilation d’histoires courtes conçues au cours des dix années précédentes. Longtemps évoquée,

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Les secrets nuls Sébastien Lumineau la collaboration avec Cornélius prend forme avec Des berniques, livre dans lequel son trait subtil et nerveux dépeint avec grâce la mélancolie de l’amour qui s’en va. Son sens de l’ellipse, la simplicité apparente de ses constructions, la puissance évocatrice de

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Sébastien Lumineau Les secrets nuls son noir et blanc irradient une histoire dont l’essentiel se joue à l’arrière-plan, dans la pénombre des cœurs. Encore mal connu du grand public mais déjà admiré par ses pairs, Sébastien Lumineau promet d’être l’un des auteurs majeurs du XXIe siècle. Et du XXIIe.

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Old age & Death Aline & Robert Crumb Rob & Aline ne lâchent pas l’affaire et continuent de s’amuser à dessiner en commun, mettant sur la table leurs angoisses et leurs petites manies, exorcisant le temps qui passe et trouvant dans cette discussion graphique une forme de sérénité. C’est de l’inédit, madame.

Oui, nœUs sommes bénis de Vî◊RÊ Dæı∑ un endroit aussi merveiLLEu⁄. Nous  avons vraiment beaucoup de chance.

Mæî∑ JE voudrais tê PœÒe® UNÊ QºêÒ†IœN T®ès SérIEU∑E…

 QUE Pê~SEÒTº de LA VIEiL¬êÒSe êT de ¬æ MŒ®T  ?

…LES  Ïœ¬îêÒ CHŒ∑Ê∑.

    je marchais à L’îNS  Ta~T et ça m’a soudain frapπé : Íe SUIÒ eX©î†é  ! JÊ ◊æI∑ BienTô† ®EcÊ  vŒïR lA RéCoµpENSê   Di◊î~E  ¡ ÏÊ Vais E~Fi¬ê®   LÊ∑ ©HAUSÒºRÊ∑ DO®éES,   lE∑ ©ÌæºÒse†tÊS ê™ Læ  ®œßê B|aNcHê dŒıT Pær¬eN™ ¬êÒ ◊îEILlÊÒ cÎaNSOns.

Na~… c’EÒ™  Finï πœº® µœï Alî~Ê… î¬ ê∑T †emPS   QuÊ Ïê ©Œµmêı¢Ê à AVŒî® Uı cOÓπœ®TEmen† ApPro∏rié pOu® Un HOmµe DE ÓŒı âge, Tª NE CroIS PAs  ?

  Sæ~Ò ÆºcU~ dOª†e.

CoMpŒ®têÓEN™ TyPiqªê d’A|î~ê ∆æı∑ ¬ês A~ıéES 70.

œºî ßîê~  ÒÛ®, µæIS †U vois‚ ON ©®ŒI† TŒuÏŒªrs qº’O~ perd TŒuT ΩªanD Oı mEurT alors qu’Eı FÆî™ RIEN n’êst perdu ! on sêræ Toª∑  Réunis  là-BaS  ¡

OÌ OUI, BiEn SûR, mæîÒ  TU VOIs, c’ês† cœmµÊ Sï    J’Æl¬aïÒ BîÊ~tÔ† PæÒSE®   ∂e L’檆RE CôTé  ! J’Y ReTrouVêraî Mæ bonne vieIlle maman‚ Óœ~ Pƪ√®ê VIêuX PÆpa ET µŒı Cher fRère ¢ÎÆR|Ê∑, Je LE   Sæî∑ ¡ JE PeUX ¬ê ÒêNTIR ! ê† une PE†îtÊ ◊œî≈ mE µº®MURE “N’æïe PA∑ π꺮  !”

Qu’ESt-CE   qUE tª mA~GÊs  ? Tu ◊æÒ √IVRE CÊnTeNAIRE Ƭœ®∑…

ce  πêTit  Co®πÒ  musclé qu’elle

a.

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Oriane Lassus Un commerce de quoi Enfant, Oriane aimait bien aller à Gifi avec sa grand-mère. Aujourd’hui, c’est une blogueuse aigrie qui met ses doigts sales dans vos desserts au restaurant. En tout cas, c’est ce qu’elle veut qu’on dise d’elle puisque c’est le texte qu’elle nous a adressé par mail.

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Un commerce de quoi Oriane Lassus Et c’est vrai que les desserts qu’ils servent dans les restaurant, c’est souvent raté, on ne sait pas pourquoi. On se dit « tiens, j’aurais fait aussi bien et ça m’aurait coûté que dalle ». C’est mesquin comme réflexion, mais bon, d’après ce que je lis sur internet, tout le monde est

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Oriane Lassus Un commerce de quoi à peu près d’accord sur le constat que les desserts au resto, ça ne vaut pas le coup sauf si c’est servi dans des établissements étoilés, mais là, c’est trop cher et ça minaude à gogo. Je rejoins donc la remarque d’Oriane sur les desserts et les doigts sales. Quoi qu’à bien

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Un commerce de quoi Oriane Lassus y réfléchir, elle parle de « vos desserts ». Elle s’adresse à nous. « Vos desserts ». Les nôtres. Il y a un sens. Ça doit vouloir dire qu’elle est mal polie ou quelque chose comme ça. Peut-être un peu provo. Oui, détachée des conventions, un peu libre par rapport aux

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Oriane Lassus Un commerce de quoi convenances et par rapport à ces desserts en toc. Ça me parle. Je suis sûre qu’on va bien s’entendre, elle et moi. Qu’on pourrait aller se taper une petite carbonara et un banana split entre filles. Et mettre le doigt dans le mascarpone.

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JL Capron

LA FIN DES JEUNES

L’ambiance est morose dans les locaux du Bédef, le syndicat des éditeurs de bande dessinée. Philippe Mougerolles, de MMP (Mougerolles Massive Productions), préside la séance. Il a sa mine des mauvais jours. « Mes amis, après quinze années de progression, nous sommes confrontés à une érosion de nos ventes, en particulier sur les segments Kid+ et Baby++. Les market markers sont sans appel : nous sommes en train de perdre les jeunes. » Éric Brinchien, de Balooon ! (SARL Brinchien & femme) soupire : « Pourtant, on a relancé les licences en perte de vitesse en tabassant de la « young déclinaison » à tour de bras ! » Joseph Jaquette, de 1-Pact (1-Pact Productions), soupire : « On a fait Le Petit Spirou, on a fait Marsu Kid, on a fait Gastoon… » Fourme Dambert, de City Bulles, (SA City Bulles) poursuit : «On a fait P’tit Boule et Bill, on a fait Kid Lucky, on a fait Gnomes de Troy… » Jérémie Puligny, de Romanin (Groupe Termigal), conclut : « On a fait PitiTiteuf, on a fait Little Litteul Kevin, on a fait Les Barbabébés… On a saturé le marché, voilà tout ! Enfin, certains plus que d’autres… » Pierre Gradougnan de Surcelles, de Rue de la Bédé (Groupe Flagendin Gradougnan Solution) grogne : « Mesurez vos paroles, mon p’tit vieux. Personne ne vous a empêché de vous placer et nous ne sommes pas responsables de l’échec de votre Bambino Corto. » Alain Mouchboul, des Éditions de la Mouche (SARL Mouche-Boule), surenchérit : « Et ne parlons pas de l’accident industriel de Chti Tintin ! Au fond, c’est ça qui nous a mis dedans ! Vous avez lancé le signal du déclin ! » Le ton monte rapidement et on frôle l’invective, Camille Lefourreux, de Tropicool (SARL Troplus)

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électrisant l’atmosphère de son rire strident. Sylvie Pantalon, de Différemment BD (SA Grafouillis), s’amuse de ces dégagements de testostérone : « Pourquoi de pas continuer sur votre lancée ? Après les déclinaisons enfants et bébés, lancez-vous dans le spermatozoïde ! Les Schtroumpfozoïdes et Le Spermarsupilami, ça aurait de la gueule, vous ne trouvez pas ?» Les exclamations indignées précèdent les saillies misogynes, Madame Pantalon étant la seule femme de l’assemblée. Dans un coin, Raymond Pantruche, de Brichounelles (Brichounelles SAS) sourit en tirant sur sa pipe électronique : « Parce que vous croyez vraiment que vous avez vendu ces P’tit Machin et Trucmuch Kids à des gamins ? (Le silence se fait) Mais non, c’est le client habituel, le nostalgique, qui a fait tourné la machine. Comme toujours. Et maintenant qu’on a fait le tour de ses héros d’antan, ben, ça ne l’intéresse plus. Les gosses de maintenant, faut rien en attendre, y a pas plus ingrat, ils nous tueront à coup de tablettes ! Alors que notre lecteur de toujours, ce petit blondinet qui payait trois francs nos albums, il n’a plus un poil sur le caillou, il est à la retraite et son pouvoir d’achat est l’un des plus importants sur la tranche 30+++ ! Et aujourd’hui, nous devons lui parler, à lui, le fidèle ! Il a besoin de nous pour l’accompagner dans ses vieux jours ! Qu’est-ce qu’on attend pour lui filer du Papi Lucky, du GrabaBlueb, du Marsupilamou, du Old Kevin et du P’tit Vieux Nicolas ?! » L’assistance est médusée, l’émotion est palpable. Des larmes ruissellent sur les joues de Philippe Mougerolles. Derrière lui, une bouteille de champagne explose.


Lob Bwana, le seigneur de la futaie Jacques Lob est surtout connu pour son travail de scénariste auprès de gens comme Pichard, Baudouin ou Rochette, et pour la cocréation, avec Gotlib, du personnage de Superdupont. Il fut l’un des acteurs incontournables de la bande dessinée tout au long

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Bwana, le seigneur de la futaie Lob des années 1970 et 1980, jusqu’à la consécration du Grand Prix du Festival d’Angoulême en 1986, quatre ans avant sa mort. Le dessin est un versant moins connu du talent de Jacques Lob. Conscient de ses limites, il se réservait des histoires plus grotesques

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Lob Bwana, le seigneur de la futaie et débridées que les scénarios qu’il écrivait pour ses partenaires. Le charme fou de ce Lob dessinateur, dont Bruno Heitz pourrait être un descendant, mérite d’être redécouvert au plus vite. On chuchote que quelque chose se prépare du côté de Cornélius…

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Before Smart Monkey

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© Winshluss / Je Suis Bien Content 2014

Il y a des livres dont on n’imagine pas qu’ils deviendront des classiques de notre vivant. Ni qu’ils poseront des questions habituellement réservées au patrimoine conservé par les musées. La bande dessinée est pourtant au cœur de cette problématique, comme le prouvent les nombreuses rééditions récentes du patrimoine franco-belge, américain, ou japonais. Combien de ces livres sont réalisés à partir des éditions antérieures et non à partir des originaux, engendrant la rage de Monsieur Pointilleux ? En soi, ce serait presque anecdotique si les techniques d’impression n’engendraient pas systématiquement une forme d’altération des documents d’origine, graissant le trait, en perdant la finesse ou en le tramant pour en rendre les valeurs. On aurait pu croire que les innovations techniques et technologiques permettraient de résoudre ces problèmes avec simplicité. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit. En mettant à la portée de tous des moyens de production professionnels et en développant des normes permettant d’améliorer la productivité, les ingénieurs du secteur ont réduit le champ des possibles pour privilégier la simplicité et la rentabilité.

À l’heure où le Smart monkey de Winshluss devient un dessin animé réalisé par Nicolas Pawlowski & Winshluss lui-même, il n’est pas inutile d’illustrer cette évolution en présentant ce qui fut l’esquisse du livre, une histoire de 14 pages parue en 2003 dans la revue américaine Top Shelf Asks The Big Questions, avant d’être développée l’année suivante en version fleuve pour Cornélius. Si vous prêtez attention au trait, vous verrez qu’il est tramé. Nous avons tenté l’impossible pour réduire ce défaut. Mais les originaux ayant été égarés, c’est désormais la seule source existante de ce « Before Smart monkey ». Nous reproduisons les pages au trait (c’est à dire en noir et blanc, sans valeur de trames) pour éviter de les tramer à nouveau et créer ainsi de nouvelles distortions. Mais il faut comprendre que c’est précisément ce genre de déformations auxquelles sera soumis le patrimoine dans les prochaines années, au fur et à mesure que ce qui est publié aujourd’hui servira de matrice aux éditions futures. À moins que ces défauts ne finissent par être considérés comme faisant partie de l’œuvre, comme en témoignent les mises en couleurs de Cizo reproduisant les accidents d’impression de l’ère analogique… 178


Before Smart monkey Winshluss Né au début des années 1970 dans l’une des nombreuses régions soporifiques que compte la France pompidolienne, Winshluss passe son enfance à faire semblant d’être un garçon plein d’avenir. Ne parvenant à convaincre sur ce point que sa sœur

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Winshluss Before Smart monkey et ses parents, il est rapidement écarté du système scolaire et choisit dès cet instant de ne plus compter que sur lui-même. Il se replie dans l’une des nombreuses régions décourageantes que compte alors la France mitterrandienne, trouvant refuge

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Before Smart monkey Winshluss et soutien parmi les débauchés du cru. Il n’a pas de mal à faire croire à ces êtres sans futur qu’il fait partie des leurs et remet à plus tard tout projet d’avenir. Parvenu sans douleur et sans remords jusqu’à l’âge adulte, il réalise soudain que le monde attend de

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Winshluss Before Smart monkey le connaître. Il se rappelle qu’il aimait la bande dessinée et que tata Françoise lui trouvait du talent ; il retrousse ses manches et s’impose en quelques années seulement comme le nouveau maître de l’humour “coup de boule”, grâce à son célèbre Super Negra

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Before Smart monkey Winshluss publié par sa maison d’édition fétiche, les Requins Marteaux, dans lequel il piétine Mickey, Donald et ses amours de jeunesse, afin de peser moins lourd pour entreprendre le chemin qui l’attend. On le réclame, on se l’arrache, il s’installe logiquement dans l’un des

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Winshluss Before Smart monkey nombreux quartiers dĂŠsespĂŠrants que compte alors la capitale de la France jospino-chiraquienne. Il devient rapidement un auteur majeur de la bande dessinĂŠe alternative, multipliant les collaborations et ne publiant que des livres qui laissent le landernau

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Before Smart monkey Winshluss du 9e Art médusé (Pat Boon à L’Association en 2001, Welcome to the Death Club chez 6 Pieds Sous Terre la même année, repris dans une version augmentée dix ans plus tard chez Cornélius, qui publie aussi Smart monkey en 2004, et enfin le fameux

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Winshluss Before Smart monkey Monsieur Ferraille chez les Requins Marteaux en 2002, en collaboration avec Cizo). Il multiplie les expériences, présidant un temps aux destinées de la revue Ferraille illustrée avec ses compères Cizo et Felder, revue dont l’importance continue à se faire sentir dix

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Before Smart monkey Winshluss ans après sa disparition. Mais la bande dessinée et la presse sont des mondes déjà trop petits pour notre aventurier qui, pour oublier l’avènement de la France sarkozienne, se réfugie dans le monde merveilleux des images qui bougent en co-réalisant avec Marjane

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Winshluss Before Smart monkey Satrapi le film Persépolis (Prix spécial du Jury à Cannes). Il remporte en 2009 le prix du meilleur album pour Pinocchio (les Requins Marteaux) lors du festival d’Angoulême et investit la fortune qu’il récolte dans la réalisation de Villemolle 81, moyen-métrage qui

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Before Smart monkey Winshluss échoue à présenter le Tarn sous un jour favorable et déclenche une épidémie de zombies en zone rurale. Winshluss retrouve Marjane Satrapi en 2011 pour adapter en « live action » la bande dessinée Poulet aux prunes. Mais il est déjà ailleurs, pensant à explorer

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Winshluss Before Smart monkey d’autres territoires et, s’enhardissant, entame une carrière dans l’art contemporain, épaulé dans cette démarche par la prestigieuse galerie Vallois. Les expositions se succèdent jusqu’à ce que le musée des Arts Décoratifs de Paris lui offre une première consécration

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Before Smart monkey Winshluss en lui confiant la Galerie des Jouets, pour une rétrospective de son œuvre intitulée Winshluss, un monde merveilleux. Le temps a passé vite, les expériences se sont succédées à un rythme effréné. Soudain, Winshluss éprouve le besoin de transmettre au monde

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Winshluss Before Smart monkey les deux ou trois choses qu’il sait de la foi et du business. Ce sera In God we trust en 2013 chez les Requins Marteaux, dont il reprend la présidence l’année suivante afin de mener plus loin des ambitions qui lorgnent désormais vers l’aéronautique…

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Valfret S’il est une année qui compte dans la vie de Valfret, c’est bien 2001. Échappant à son service militaire, fuyant une région morne où le brouillard est assez dense pour qu’on puisse s’y casser un genou, il part en Belgique étudier ce qu’on appelle par habitude «l’Art».

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Valfret Quelques années plus tard, il en finit avec l’école pour entrer dans une longue période d’intranquillité et en 2011, alors qu’il ne croit plus en rien et qu’il s’apprête à donner 5 jours de sa vie par semaine à un grand patron du CAC 40, un miracle se produit… (à suivre).

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Glue moon Adrien Demont Adrien Demont est né à Villeneuve-sur-lot en 1986. En 2005, il quitte les vertes vallées du Lot-et-Garonne, direction les BeauxArts d’Angoulême où il publie ses premières pages de bandes dessinées avec ses amis du collectif Chroma comics et des

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Adrien Demont Glue moon éditions immatérielles de Coconino world. En 2008, Scutella éditions lui accorde carte blanche pour ses deux premiers livres, Tournesols et Ballades. Il multiplie ensuite les collaborations avec plusieurs revues telles que Clafoutis des éditions de La Cerise et

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Glue moon Adrien Demont Nobrow. Adrien vit et travaille actuellement à Bordeaux, où il partage sa passion pour le dessin sur scène, avec le musicien tAk lors d’improvisations graphiques et musicales. Il a publié Feu de paille aux éditions 6 Pieds sous Terre en janvier 2015.

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Grabuge Vincent Pianina Vincent Pianina est né à Lyon en 1985. Après un BAC Arts appliqués, il intègre l’école Émile Cohl à Lyon en 2004. Il y rencontre une poignée de camarades de classe avec qui il co-fonde en 2005 le collectif Arbitraire, et la revue éponyme.

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Vincent Pianina Grabuge Pendant ses études, il se fait la main en autopubliant plusieurs petits livres et revues au sein d’ Arbitraire, et sur cette lancée commence à se faire publier à l’extérieur (Sarbacane, Thierry Magnier, L’ Association). Aujourd’hui, il travaille sur diverses bandes

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Grabuge Vincent Pianina dessinées, et livres pour la jeunesse, dessine dans la presse, réalise des clips animés, des affiches, des installations de vitrines et prend le temps de livrer quelques pages à Nicole. Bref, on n’arrête plus Vincent Pianina.

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Vincent Pianina Grabuge

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Vincent Pianina Grabuge

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PAPA DINDON

Avec cette histoire culte parue à la fin des années 80, le duo Martiny & Petit-Roulet atteignaient l’apogée d’un style fait d’élégance et d’acidité.


Didier Martiny & Philippe Petit-Roulet Papa dindon Philippe Petit-Roulet est publié dès 1973 dans Zinc. Puis il collabore à La gueule ouverte et à L’Écho des savanes. Il y écrit des histoires courtes qui seront éditées dans le recueil Rien de spécial en 1980. Il collabore ensuite avec le scénariste Didier Martiny

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Papa dindon Didier Martiny & Philippe Petit-Roulet et ils créent ensemble le personnage de Bruce Prédator. Après un passage par Pilote où ils publient Macumba river, en 1985, le duo rejoint Métal Hurlant avec Le cirque Flop. En 1988, sort un premier album jeunesse, Zou sur le toit du monde. En 1989, Petit-Roulet écrit

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Didier Martiny & Philippe Petit-Roulet Papa dindon avec François Avril Soirs de Paris, un album muet, mais c’est seul qu’il réalise deux livres en 1992, Humpf et la Smockomobile et Rue des dames. Il travaille également comme illustrateur (la ligne graphique de la campagne pour la Twingo des années 1990, c’est lui)

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Papa dindon Didier Martiny & Philippe Petit-Roulet et dessine des objets pour la table depuis 1996. Au début des années 2000, il donne deux abécédaires à Cornélius, Bottin mondain et L’objet invisible. Cette collaboration se poursuit en 2014 avec Spots, un recueil des dessins de l’auteur publiés dans le New Yorker.

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Didier Martiny & Philippe Petit-Roulet Papa dindon Internationalement reconnu, ses travaux ont été exposés de Los Angeles à Tokyo. Au fil des années, son trait s’est épuré à l’extrême, faisant de cet artiste discret et modeste un styliste des plus délicat et surprenant, qui pratique le dessin comme une forme d’aphorisme..

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Papa dindon Didier Martiny & Philippe Petit-Roulet Né le 2 décembre 1951, Didier Martiny est un réalisateur de cinéma et de télévision et un scénariste de bande dessinée. Dans le cadre de ses études universitaires, il a suivi les cours d’Henri Langlois à la Cinémathèque française et a participé au

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Didier Martiny & Philippe Petit-Roulet Papa dindon laboratoire audiovisuel de Jean Rouch. Son moyen-métrage Il Biscione (1978) reçoit plusieurs récompenses. Didier Martiny réalise ensuite des documentaires, notamment sur la construction du Grand Louvre. De 1994 à 2000, il réalise l’émission La 25e heure

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Papa dindon Didier Martiny & Philippe Petit-Roulet sur Antenne 2. Il collabore avec Yasmina Reza sur plusieurs films, dont deux longs-métrages, À demain et Le pique-nique de Lulu Kreutz. Comme auteur de bande dessinée, Didier Martiny a trouvé en Philippe Petit-Roulet un partenaire à sa mesure, capable

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Didier Martiny & Philippe Petit-Roulet Papa dindon de mettre en images, avec une grammaire volontairement réduite, les dispositifs les plus exigeants. Didier Martiny est un champion du regard en coin, s’amusant de tous les poncifs véhiculés par l’époque dont il sait tirer le ridicule pour donner corps à des petits drames

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Papa dindon Didier Martiny & Philippe Petit-Roulet intemporels. Son sens du dialogue ciselé, son goût pour les bouffons et les méchants, sa science des vanités humaines et des situations catastrophiques le rapprochent d’un I. A. L. Diamond, double légendaire de Billy Wilder, dont Martiny partage le sens du caustique.

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FESTIVAL ET DAMNATION ! Jean-Paul Crustafin sait qu’il n’en a plus pour longtemps. Krusta (c’est ainsi qu’il signe) est connu du public pour ses bandes dessinées éthico-responsables Les imprévoyeurs ou Le syndrome du pneu. Mais ce n’est pas un scénario qu’il tape sur son clavier à l’heure du bilan. Le vieux routier met la dernière main à son testament, Conseils à un jeune auteur de roman graphique, dans lequel il fait péter la boutique en partageant le précieux savoir qu’il a acquis en 40 ans de carrière… Avant de rejoindre Kipling et Rilke au Panthéon des volumineux et après avoir épinglé les éditeurs, les diffuseurs, les libraires, les bibliothécaires, les auteurs, les lecteurs, la population française en général et sa femme en particulier, Krusta s’apprête à aborder un sujet dangereux, pour ne pas dire tabou. Et le ressentiment qu’il a pour les festivals à force de les avoir trop fréquentés n’explique en rien la nervosité qui est la sienne au moment d’entamer ce chapitre final…

suivent t’aideront à lui échapper pour un temps. — Toute lettre t’apostrophant par ton pseudonyme ou par ton prénom doit résonner en toi comme un signal d’alarme. Un « Salut Krusta !», aussi amical soit-il, n’a d’autre but que de te faire comprendre que ton interlocuteur est « sympa » et qu’il suppose que tu l’es toi-même. Danger ! Car le « sympa » est précisément la grille d’évaluation de Burbuchon. Là-bas, tous tes actes feront de toi un « sympa » ou un « pas sympa ». Comprends bien que Burbuchon, pour aussi mystérieux qu’il soit, a une influence majeure sur les autres festivals du pays et qu’être estampillé là-bas « pas sympa » te fera basculer dans la liste non-officielle des auteurs à éviter — ce que tu ne souhaites pas puisque c’est dans ces rassemblements festifs que tu trouveras tes opportunités sexuelles les plus franches. — « On veut t’inviter dans notre festival qui est super cool ! » est une autre alerte. À Burbuchon, on ne dit qu’on est cool que parce qu’on attend des autres qu’ils le soient. Ce qui signifie que tu seras un auteur corvéable à merci et que tu ne te plaindra jamais, pas même lorsqu’on t’emmènera embrasser les vieillards de la maison de retraite locale, qui te prendront tous pour leur petit-fils et se disputeront en conséquence. — Une phrase comme « Au niveau de l’ambiance, les auteurs disent qu’ils rigolent bien » doit préciser tes soupçons. Car à Burbuchon, tout le monde « rigole » et personne n’ose se plaindre. Ni d’être véhiculé par cousin Frédot, ses chiens et ses mégots, ni d’être réceptionné par Grand Stef et Gros Jaco, qui t’accueilleront en te broyant la main et qui, ne la lâchant pas et te riant très près de la bouche, feront l’inventaire des jeux de mots possibles avec ton prénom. Les salutations faites, ils entreprendront

« Mon jeune ami, ce que je vais te révéler est un secret que nous n’évoquons dans le métier qu’à voix basse et le genou tremblant. Ce salon des damnés, cette malédiction à laquelle aucun auteur n’échappe, au crépuscule de ma vie j’ose écrire son nom : Burbuchon. Ne cherche pas le lieu sur une carte. Ce festival se matérialise où bon lui semble, au jour qui lui convient, tel le Hollandais volant sur les océans. Tu dois connaître ce qui t’attend lorsque viendra ton tour de lui sacrifier un week-end. Mais par-dessus tout, tu dois apprendre à le dépister ! Il te faudra décrypter avec vigilance les invitations que tu recevras pour y repérer l’empreinte du maudit. Car Burbuchon n’aura de répit qu’il ne t’ait burbuchonné ! Les quelques indices qui 237


JL Capron Festival et damnation !

scotch, tu devras poursuivre la fresque entamée par tes prédécesseurs. Va encore honorer de ta présence bénévole (tu dois te mettre à l’unisson de Burbuchon), une classe de collégiens hostiles qui te donneront la satisfaction de t’être éloigné pour une matinée de Grand Stef et de sa sympathie qui fait mal. À tout moment, garde en mémoire que ce que tu appelles « humour » est considéré ici comme un affront. — Ce n’est que lorsque tu seras à Burbuchon que tu te souviendras des « spécialités locales » que promettait la lettre et que, les yeux pleins de larmes, tu regretteras de ne pas avoir préparé ton organisme à la cuisine de tata Paulette, sa célèbre tartouffade et ses fameuses courges molles au gras de saucisses pétrifié. Ne crois pas que la gigougnette de prunes pourries de tonton Léonce t’aidera à assimiler tout cela, bien au contraire. Elle te poussera seulement à t’oublier pour quelques heures dans les bras de Lucette, la frangine pas bien d’équerre qui attend que Grand Stef et Gros Jaco lui ramènent quelques êtres fragilisés à violenter. C’est lorsque tu te réveilleras dans sa bave que tu sauras que tu es vraiment à Burbuchon. »

de chahuter avec toi pour voir si tu es « cool » et chercheront à sympathiser en te pinçant les testicules. Ne lutte pas, tu es un dessinateur, une chose faible et dépourvue de muscles. — Si la lettre te promet « un cadre pittoresque », Burbuchon se rapproche dangereusement et tu n’as plus qu’à implorer le ciel. Ce qui te sera facilité par le patrimoine local qui se résume à une église. Comprends bien que l’ironie est ici déplacée et qu’à défaut de t’extasier sur le clocher, tu devras peut-être porter un couvre-chef local, sans savoir si ce rituel est destiné à t’humilier ou à t’intégrer à la famille, ce qui est ici à peu près la même chose. — Le terme « familial », quel que soit l’usage qu’en fait ton correspondant, doit t’électriser. Car Burbuchon n’est que famille, la cérémonie d’ouverture faisant la part belle au concert de tambours sur casseroles de tata Paulette et à l’écartellement de la petite Chantal, qui trouve dans sa « pantomime des Jeux Olympiques » l’occasion de montrer ses guiboles râpeuses. Comprends bien que des lunettes de soleil ne te préserveront pas du spectacle (attention, « pas sympa » !) et ne ris que si les autres le font. — « Il n’y a rien de plus beau qu’un dessinateur qui dessine » est une affirmation dans laquelle se dessine Burbuchon et sa capacité à aligner les dessinateurs dès 8 heures du matin (cousin Frédot viendra te réveiller à 7) pour les vidanger de leur désir de dédicace. Reste « sympa », mon jeune ami. Aquarelle les trente livres d’or que tata Françoise a ramené du bureau et laisse-toi porter jusqu’à la salle des fêtes où, après t’être extasié sur l’accrochage de tes originaux avec du

Dans le cerveau de Thierry Crustafin, un vaisseau rendu fragile par l’ingestion répétée de tartouffade et de gigougnette lâche définitivement. Krusta s’effondre sur son clavier, sa bouteille de Contrex tombe sur la multi-prise, un incendie se déclenche. La sagesse corrosive de Krusta n’atteindra jamais le jeune auteur de roman graphique, qui n’aura plus qu’à se démerder tout seul…

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Buy more Jérôme Dubois Jérôme Dubois naît à Rueil-Malmaison en 1989. Certains, découragés par un tel début, en seraient restés là ; lui persévère et grandit obstinément entre la place de l’Église et le bois de Saint-Cucufa. C’est dans les strictes limites de la septième circonscription

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Jérôme Dubois Buy more des Hauts-de-Seine qu’il va à l’école, au collège, au lycée et effectue la Journée d’Appel de Préparation à la Défense. Sa vie semble toute tracée : il portera des lunettes, sera paléologue célibataire et ira, le moment venu, gésir pour l’éternité au cimetière ancien,

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Buy more Jérôme Dubois aux côtés de Jacques Faizant. Mauvaises lectures et mauvaises fréquentations font dérailler ce destin scientifique. Avec Gaston Lagaffe et Lanfeust de Troy, le jeune Jérôme comprend qu’il est plus amusant de dessiner que d’épousseter des osselets de

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Jérôme Dubois Buy more dinosaure. Il découvre, en même temps que la regrettée revue Monsieur Ferraille, sa vocation vraie : il sera dessinateur à lunettes et non célibataire. Fuyant le charme discret du charnier natal, il étudie à Paris, atelier de Sèvres, puis aux Arts déco de Strasbourg.

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Buy more Jérôme Dubois Mais Rueil-Malmaison sait se venger de ses enfants ingrats. Jérôme échappe de peu à l’accident nucléaire de Fukushima et se trouve à New York lors de la tempête Andréa (tout cela est véridique). Encouragé par Cornélius et les Requins Marteaux à publier ses

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Jérôme Dubois Buy more dessins, il vit et travaille à Bruxelles, se demandant ce que son destin réserve au plat pays, tsunami ou éruption volcanique. Jérôme Dubois a publié son premier livre, Jimjilbang, en 2014 aux éditions Cornélius.

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Doctoresse Nicole

LA GRANDE FOURBERIE La nuit est bien entamée lorsque le téléphone de 9ème Détresse lance son crispant « Houba houba hop ». Je décroche en baillant. Une voix craintive. «Allô…? 9ème Détresse ? Je… Je m’appelle Patrick… Je vous appelle parce que je… je me suis fait abuser… — Oh Seigneur, Patrick… Tu es un auteur ? Tu as signé ton contrat trop vite ? — Non non, je suis un lecteur. Et je me suis fait abusé par mon libraire… — Hmmm… Raconte-moi tout, Patrick. — Alors voilà, comme tous les samedi, j’étais de passage à la boutique, et devant la caisse, il y avait cette nouvelle revue gratuite. Pitch, ça s’appelle. Je feuillette, ça imite un magazine, avec des articles, des rubriques, etc. En ouverture, il y a un éditorial, écrit par Serge, mon libraire. Et au-dessus, il y a même sa photo, sur

laquelle il sourit, à côté de Sylvette, sa vendeuse. À la fin de Pitch, il y a l’image d’un ex-libris exclusif édité par mon libraire, et au dos de la couverture, il y a le nom de mon libraire. Le tout fait 64 pages, tout en couleur, sur un papier satiné. Honnêtement, je n’en reviens pas que Serge ait fait ça. Parce que c’est lui qui l’a fait, le sous-titre le dit bien fort : « Les découvertes de Serge et Sylvette, vos supers libraires ». Je siffle d’admiration, « Dis-donc, ça marche pour toi, ça doit coûter bonbon un truc pareil ! » Serge me sourit, un peu gêné, il est humble, mon libraire. Je rentre chez moi, je lis, c’est tellement pro que je n’en reviens pas ! Les choix de bouquins ne ressemblent pas vraiment aux goûts de Serge et Sylvette, mais bon, je fais confiance. Et la fois d’après, j’achète quelquesuns des albums recommandés dans Pitch. Mais à la lecture, je ne trouve pas ça dingue. Alors je regarde un peu ce canard. Et en tout petit, je vois que c’est édité par un truc qui s’appelle Média Participations. Recherche sur internet et Pan ! Qu’est-ce que je découvre ? C’est le groupe industriel auquel appartiennent Dargaud, Dupuis, Lombard, Urban Comics et Kana. Et comme par hasard, dans Pitch, il n’y a QUE des trucs de Dargaud, Dupuis, Lombard, Urban Comics et Kana ! Et ça, sur le site de Média Machin, ils ne s’en vantent pas, de leur fourberie ! Parce que comment je vais faire, moi, maintenant que je sais que mon libraire à qui je faisais toute confiance a passé un accord avec Dargaud et consort pour me niquer en douce ? Comment je fais, moi, maintenant ?! Hein ? Je suis désolé mais bon, enculééés, merde !! Patrick mugit longuement, j’ai l’oreille en compote. « Houba houba hop », voilà que la deuxième ligne se met à sonner. 257


Doctoresse Nicole

— Patrick, Patrick, tu te calmes ! Attends, j’ai un autre appel. Deux secondes, Patrick, je reviens tout de suite. Allô ? — Salut… Je vous appelle parce que je… je me suis fait abuser… — Quoi ? Encore ? OK, c’est bon, j’ai pigé, c’est à cause de Pitch, la fausse revue qui fait croire qu’elle est faite par les libraires pour fourguer la production de Média Participations aux lecteurs sur un malentendu, correct ? — Mais oui ! Comment vous le savez ? — Hé bien je suis justement en ligne avec un autre lecteur qui… — Ah non, mais moi, je ne suis pas lecteur ! Je suis libraire ! Et je… j’ai les boules, quoi… Ils m’ont proposé ce truc, je pouvais pas dire non… Le repré est venu me voir et il m’a dit « Serge, mon ami, j’ai du lourd pour toi ! Avec des bonnes conditions, des avantages pas croyables, ex-libris gratos et tout le toutim ! Tu prends Pitch, tu le files à tes clients et tu vas voir, ça va rouler tout seul ! » Comme on dit, c’est une proposition qui ne se refuse pas… Mais le problème, c’est qu’ils m’intrumentalisent complètement ! C’est même pas moi qui choisis les livres ! Je l’ai fait remarqué et ils m’ont dit : « Mais bien sûr que si, t’as le choix, Serge ! Puisqu’on te propose de trancher entre 4 couvertures différentes ! Et puisque tu peux écrire ton propre éditorial, où tu diras ce que tu voudras ! ». Alors j’ai fait un éditorial où je me moquais d’eux. Mais ils l’ont trouvé impec’ ! Parce que ça « prouvait » que j’étais libre ! Et donc que les choix de Pitch étaient supers, sans quoi je ne les aurais jamais laissés passer ! Merde, tu peux

rien faire contre ces mecs du marketing… Depuis qu’ils ont pigé que la meilleure stratégie de vente passe par la récupération de toute critique, on est foutus. C’est comme quand Leclerc a fait ses pubs en détournant des slogans de Mai 68, tu vois. On est niqués… Même dans leur « ours », ils en rajoutent une couche : « Grâce à la complicité de nos éditeurs maison ou amis, votre super libraire vous propose de découvrir les super séries de demain ».

Complicité ! Ils ont fait de moi leur complice, vous comprenez ? Je suis libraire indépendant, moi ! Bouhahaha ! — Serge, détends-toi, je sens que tu es à cran. Et justement, j’ai quelqu’un qui veut te parler sur l’autre ligne… Je laisse Serge et Patrick s’expliquer pendant que je pique un petit somme. Lorsque je reviens vers eux, j’entends à leurs voix que les larmes ont coulé… — Patrick, je ne peux pas arrêter de faire Pitch, ils me sabreraient mes conditions… — Je comprends, mon Serge, t’es coincé… — Attendez ! C’est Nicole, j’ai une solution ! Serge, quand tu reçois tes paquets de Pitch, tu ne te prends pas la tête, tu les balances dans la poubelle de recyclage (puisque que Pitch précise qu’on « ne doit pas le jeter sur la voie publique »). Et quand ton repré passe, tu lui dis que tu n’en as plus parce que ça marche trop bien ! Fourberie pour fourberie et tout le monde est content ! Alors ? Qu’est-ce qu’on dit ? — Merci, Nicooooole ! Je pose les combinés et je les laisse se retrouver. J’aime l’amour, je suis heureuse.

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Blexbolex


Simon Roussin Barthélemy, l’enfant sans âge Né en 1987, Simon Roussin découvre la lecture avec Tintin et Spirou, l’aventure avec Ivanhoé et Moby Dick, et il grandit avec Steve McQueen et Jean-Paul Belmondo. Très tôt, il décide qu’il racontera des histoires. Ses premiers albums s’inscrivent dans

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Barthélemy, l’enfant sans âge Simon Roussin des genres traditionnels . Derrière le classicisme, l’intrigue est prétexte à expérimenter une forme de bd différente, libérée du gaufrier et des bulles, qui s’épanouit sur grand écran et en Technicolor. Simon Roussin propose ici un épisode complémentaire

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Simon Roussin Barthélemy, l’enfant sans âge de son livre paru en 2014, Barthélemy, l’enfant sans âge (Cornélius), dont le héros est condamné à vivre éternellement, retrouvant dès qu’il meurt l’enveloppe physique qu’il avait à 10 ans. Un vieillard dans un corps d’enfant, n’est-ce pas ce qui nous attend tous ?

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Zone Z Renaud Thomas Membre fondateur du collectif Arbitraire, il est actuellement à la tête de la structure éditoriale du même nom aux côtés de Juliette Salique et de Pierre Ferrero. Il participe sous différents noms à des fanzines, revues et expositions collectives et travaille sur un long

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Renaud Thomas Zone Z projet, Zone Z, dont ces pages sont extraites. Par ailleurs, il est sérigraphe dans l’atelier de la librairie Expérience (sur la machine rachetée pour une bouchée de pain à Cornélius, qui ne voulait plus se salir), a co-organisé durant quatre ans le Grand salon de la

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Zone Z Renaud Thomas micro-édition à Lyon et participé en 2011 à la résidence d’auteurs Pierre Feuille Ciseaux #3 (laboratoire de bande dessinée). Nul doute que Renaud Thomas reviendra dans les pages de Nicole pour creuser son univers hiératique magnifiant la solitude et le vide.

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Valfret Mais revenons à Valfret. Nous l’avions laissé sur le point de se vendre à un patron du CAC 40, en proie au désespoir. Miracle, il croise la route des Requins Marteaux. Il réalise Bernard Barracuda, un album gorgé de déprime post-Coupe-du-monde-98.

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Valfret Il retrouve espoir et participe à divers collectifs tel que Hôpital brut, Tranchée racine, Superstructure, Avorton, etc. Il travaille en ce moment même sur le livre Petroleum à paraître prochainement aux éditions United Dead Artists.

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La vie continue Jérôme Dubois Je ne voudrais pas qu’on croit que je lie Jérôme à internet, comme auront peut-être pu le laisser penser mes précédentes interventions au-dessus de ses strips. Je ne veux pas non plus qu’on puisse s’imaginer que j’ai pour internet un intérêt disproportionné qui me fait

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Jérôme Dubois Super papa perdre toute forme d’objectivité. Internet, c’est pratique, ni plus ni moins. Pas la peine d’en faire des caissses. J’aime bien sans plus, voilà. Parfois, c’est même envahissant. Ou un peu chiant. Et d’une certaine manière, internet, c’est vraiment de la merde. C’est ce que je pense.

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Jus d’urgence ! JL Capron & Hugues Micol Bien qu’attiré par la bande dessinée depuis son enfance, Hugues Micol a perdu de longues années à suivre des études d’Arts graphiques, puis à travailler comme illustrateur et storyboardeur pour le cinéma ou le spectacle. Il ne vient finalement à la bande

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JL Capron & Hugues Micol Jus d’urgence ! dessinée qu’assez tardivement, en improvisant pour son plaisir un récit muet édité par Cornélius en 2001 sous le titre 3. C’est dans cette maison prestigieuse qu’il fait la connaissance de Jean-Louis Capron, qui va lui donner quelques-uns de ses meilleurs scénarios.

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Jus d’urgence ! JL Capron & Hugues Micol Bien que natif de la région parisienne, Jean-Louis Capron se plaît dans les espaces de l’Ouest sauvage : il a scénarisé Rancho Bravo, pour Blutch, chez Fluide Glacial, et Chiquito la muerte pour Hugues Micol, chez Delcourt. Avec Killoffer, il a réalisé Viva Patamach

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JL Capron & Hugues Micol Jus d’urgence ! d’abord au Seuil, puis repris chez Cornélius en 2013 dans une nouvelle formule enrichie en goût. Par ailleurs, il a travaillé dans l’animation où il a trouvé l’argent qui lui manquait. De sa rencontre avec Hugues Micol, Jean-Louis Capron a tiré quelques-uns de ses

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Jus d’urgence ! JL Capron & Hugues Micol concepts les plus tordus, comme La loi de la forêt, qui revisite Le roman de Renart pour décrire les us et coutumes du milieu de la bande dessinée, ou cette réinvention de la série Chiquito La Muerte, qui se déroule dans un univers uchronique où les albums parus

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JL Capron & Hugues Micol Jus d’urgence ! chez Delcourt ont, d’après ce que nous dit le scénariste, servi à modéliser ce nouveau personnage moitié-homme moitié-robot. On n’a pas tout compris, et seul Hugues Micol est véritablement dans la confidence de ce nouveau projet un poil disjoncté…

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LE  PETIT  COIN DES LECTEURS Un lecteur inattentif à propos de Une affaire de caractères, de François Ayroles : « À croire que sans son compère, Masbou, Ayroles est à éviter. Cette BD aux dessins disgracieux, aux couleurs affreuses produisent des planches indigestes. L’intrigue policière est une aberration de l’absurde. Les dialogues sont d’un pompeux intellectuel. Et dire que cette BD a été édité par le Centre National du Livre ! On dirait une BD de l’Académie française jouant au scrabble ! C’est mon humble avis, et ça dépasse certainement mon niveau de lecture… Avis aux amateurs. »

ces Largo Winch, le pognon qu’il fait, mais zut, c’est au moins intéressant, en tout cas ça nous saute pas au visage de nullité ! Oui à la multitude en bd mais dans ce cas filez les moyens à des enfants d’une école et ils feront pareil que Roussin ! » Un pragmatique fait ses comptes en lisant Vermines de Guerse & Pichelin : « 24 euros pour lire des histoires de gens frustrés et de misère sexuelle, c’est cher payé. » Deux amis des animaux à propos de Cruelty to animals de Vivien Le Jeune Durhin : « Peut-on rire de tout ? Où s’arrête l’humour et où commence le mauvais goût ? À une époque où certains jettent les chats contre les murs, peuton encore sortir ce genre de livre en espérant ne pas s’attirer les foudres des défenseurs d’animaux de tout bord, et jouer les étonnés ? — Faudrait peut-être infliger aux éditeurs la même chose que ce que préconise leur bouquin… »

Un amateur de trash parle de Cowboy Henk de Herr Seele & Kamagurka : « Les gags sont très souvent bêtement absurdes sans véritable génie humoristique (mais bon, ça se discute). Mais surtout, ça vire très souvent au pipi, caca, crotte de nez et autres délires aussi trash que scabreux. (…) Je n’ai rien contre le trash, bien au contraire. Mais le problème c’est qu’il s’intègre très mal au sein d’histoires où le personnage veut sauver les poissons de la noyade par exemple. »

Un vendeur de la grande distribution tombe le masque avec Anna et Froga de Anouk Ricard : « Pour le boulot à la FNAC, chaque mois un ou deux titres sont sélectionnés pour être « attention talent » du moment. Cette sélection est nationale, je n’ai donc pas mon mot à dire. Et comme il faut bien connaître ce que l’on vend, les éditeurs des albums sélectionnés offrent chaque fois les dits albums aux libraires chargés d’en faire l’éloge. (…) OK c’est un album pour les pti n’enfants, mais une chose m’énerve particulièrement, ce sont les illustrateurs qui, sous l’excuse de bosser à destination d’un jeune public, semblent prendre un malin plaisir à dessiner avec les mêmes compétences qu’un enfant de 4 ans. (…) En bref, non Anna je ne veux pas un chwingue je veux un

Une lectrice à fleur de peau à propos de Carnation de Xavier Mussat : « J’ai été très déçue par ce livre. On s’ennuie, on n’accroche pas avec les propos de l’auteur, on n’est pas du tout dans l’empathie. Son histoire nous gonfle et sa nana complètement barge aussi. Il y a des digressions à n’en plus finir, des métaphores très pauvres… N’est pas Manu Larcenet qui veut… » Un esthète devient pédagogue avec Simon Roussin : « Alors que parfois on devrait mettre l’emphase sur des mecs qui font vraiment un travail digne de la bd et là je pourrais citer des noms (…) C’est tout pourri, il faut le dire cruellement et tout cru ! On tape sur van Hamme pour 303


Nicole Le petit coin des lecteurs

faire une très bonne revue à un prix abordable, bien distribuée et tabler sur une opération de lancement publicitaire à grande échelle. Pourquoi les auteurs devraient se serrer la ceinture pour le manque d’ambition de l’éditeur ? C’est à l’éditeur de correctement rétribuer ses collaborateurs et de vendre sa revue en conséquence, si c’est pour pas vendre plus qu’un fanzine moyen, ce n’est pas la peine d’être éditeur. »

bidon d’essence pour aller te brûler dans mon jardin… J’espère pour mademoiselle Ricard que celle-ci est l’héritière de la famille gérante des spiritueux du même nom parce que c’est pas dans la BD qu’elle fera fortune… » Un acheteur avisé sur La beauté de Blutch : « Pour le même prix tu as 2 carnets de voyage de Loustal d’une toute autre qualité avec des soleils qui t’éblouissent et des oiseaux carrés et pas des ressucées du déjeuner sur l’herbe. »

Une lectrice écœurée défend Pénélope Bagieu : « En lisant l’agressivité dont font preuve certains intervenants, je comprends pourquoi Pénélope ne va pas dédicacer dans les salons et les festivals BD. L’ambiance semble y être beauf et malsaine, particulièrement l’après-midi après les repas arrosés. L’alcool aidant ça devient vite graveleux, et les plaisanteries pas fines du tout volent bas, surtout en présence de la gente féminine. Voilà pourquoi Pénélope préfère rencontrer son public dans des lieux alternatifs comme des magasins de lingerie ou des librairies. »

Un authentique artiste sur La technique du périnée de Ruppert & Mulot : « (Ils) sont à l’image des gens que j’ai pu fréquenter aux Beaux-Arts. C’est les gens qui ont les plus grandes difficultés à tenir un crayon et à faire preuve de talent graphique, qui s’engouffrent dans le « concept ». Le « concept » c’est quand on est conscient qu’on est mauvais mais comme un bon escroc, on vend du vent au public. Il suffit que Télérama et la petite bande d’ayatollahs de la BD s’y mettent à glorifier ce « vide », pour être « HYPE ». Et en attendant on crache sur Uderzo… »

Un complotiste a cerné Cornélius : « Il y a peut-être une certaine connivence bizarre entre Cornélius et le FIBD. (…). En regardant leur site, on apprend que Ted Stearn, lauréat, a séjourné plusieurs mois à Angoulême en 2013, comme pensionnaire. Je peux comprendre que ce genre de BD amuse Willem (…), mais l’abondance d’articles consacrés à la petite production de Cornélius dans la presse spécialisée (Kaboom hue, les Incrocks, Teleramoche, Technhic’lard) mérite tout de même d’être remarquée. »

Un aventurier prend peur devant Guillaume Chauchat : « Donc selon vous, il faut tout essayer, absolument tout. Mais cela prend du temps et cela coûte de l’argent, moi je préfère m’aventurer en terrain connu. » Un contrôleur de gestion décortique Papier : « Lancer une revue en se disant qu’on en vendra 3000 est un manque évident d’ambition, il faut faire son boulot pour en vendre 30 000, c-à-d.

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Nicole 2  

Nicole, c'est la revue des Éditions Cornélius ! Plus de 300 pages de bandes dessinées, de chroniques, de textes poilants... Y a des jeunes,...

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Nicole, c'est la revue des Éditions Cornélius ! Plus de 300 pages de bandes dessinées, de chroniques, de textes poilants... Y a des jeunes,...

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