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DOSSIER : LES ZOONOSES TRANSMISES À L’HOMME PAR LE CHIEN ET LE CHAT LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE - N°18 - JUIN / JUILLET 2004

gestes et gestion N°18 JUIN JUILLET 2004

ZOONOSES Conduites à tenir, fiches pratiques : - Prévenir les zoonoses transmises à l’homme par contact direct avec le chien

C’est pas pour dire, mais Mycobacterium, c’est vraiment un fourbe. Vous pouvez me croire, moi, un vieux macrophage !

cocktail de chémokines

- Dangers, risques et prévention des zoonoses transmises à l’homme par morsure - Conduite à tenir face aux zoonoses parasitaires du chien et du chat transmises à l’homme par ingestion - Prévenir les zoonoses transmises par vecteur, communes au chien et à l’homme - Connaître les risques de transmission de la leptospirose à l’homme par les animaux de compagnie - Fiche - Comment prévenir les risques de zoonoses pour le sujet immunodéprimé - Fiche - Les risques de zoonoses pour l’enfant

Féline

DOSSIER :

- Prévenir les zoonoses transmises à l’homme, par contact direct avec le chat

- La toxoplamose : quels risques de transmission par le chat ?

LES ZOONOSES

- Une zoonose aux USA :

TRANSMISES À L’HOMME

- Observation Dermatophytose féline

PAR LE CHIEN ET LE CHAT La prévention des zoonoses repose sur une triple responsabilité du praticien : le diagnostic de l’infection animale, le traitement, mais surtout l’éducation du propriétaire de l’animal ...

Management et entreprise Dossier - La responsabilité du vétérinaire praticien vis-à-vis des zoonoses Fiches - La responsabilité du vétérinaire employeur - La responsabilité ordinale du vétérinaire

REVUE DE FORMATION CONTINUE À COMITÉ DE LECTURE

la peste chez le chat

avec contamination humaine

Rubriques - Nutrition - Alimenter le chien diabétique

- Principe actif - L’itraconazole - Diagnostic - le diagnostic de la tuberculose

- Immunologie et le B.A. BA en BD La réponse immunitaire face aux mycobactéries - N.A.C. - Les parasites transmis à l’homme par les rongeurs et les lagomorphes


sommaire Éditorial par Bruno Chomel Test clinique : Parasitisme chez des hamsters Lionel Zenner Questions-réponses : La tuberculose du chien et du chat Bernard Toma

6 4 8

N°18 JUIN - JUILLET 2004

CANINE - FÉLINE Reconnaître et prévenir les zoonoses transmises à l’homme par le chien Gilles Bourdoiseau Prévenir les zoonoses transmises à l’homme par contact direct avec le chien Jacques Guillot Dangers, risques et prévention des zoonoses transmises à l’homme par morsure de chien et de chat Jean-Jacques Bénet, Nadia Haddad Conduite à tenir face aux zoonoses parasitaires du chien et du chat transmises à l’homme par ingestion Marie-Pierre Callait-Cardinal Prévenir les zoonoses transmises par vecteur, communes au chien et à l’homme Marie-Christine Cadiergues Connaître les risques de transmission de la leptospirose à l’homme par les animaux de compagnie Geneviève André-Fontaine Fiche - Comment prévenir les risques de zoonoses pour le sujet immunodéprimé Sébastien Hantz, Marie-Laure Dardé Fiche - Les risques de zoonoses pour l’enfant : comment les prévenir ? Sébastien Hantz, Marie-Laure Dardé

DOSSIER

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LES ZOONOSES TRANSMISES À L’HOMME

15 21

par le chien et le chat

27 33 37 41 44

FÉLINE Reconnaître et prévenir les zoonoses transmises à l’homme par le chat Gilles Bourdoiseau Prévenir les zoonoses transmises à l’homme par contact direct avec le chat Jacques Guillot La toxoplasmose : quels risques de transmission par le chat ? Gilles Bourdoiseau Note de lecture : Une zoonose aux USA, la peste chez le chat François Moutou Observation clinique - Dermatophytose féline avec contamination humaine Didier Pin

47 49 54 58 59

RUBRIQUES Nutrition - Comment alimenter le chien diabétique Lucile Martin Principe actif - L’itraconazole Hervé Pouliquen N.A.C. - Les zoonoses parasitaires transmises à l’homme par les rongeurs et les lagomorphes Didier Boussarie Diagnostic - Le diagnostic de la tuberculose chez le chien et le chat Séverine Boullier Immunologie - La réponse immunitaire face aux mycobactéries Séverine Boullier Le B.A.BA en BD - La réponse immunitaire face aux mycobactéries Frédéric Mahé, Séverine Boullier

63 67 69 72 73 Souscription d’abonnement en page 90

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MANAGEMENT ET ENTREPRISE Dossier - La responsabilité du vétérinaire praticien vis-à-vis des zoonoses Christian Diaz La responsabilité du vétérinaire employeur Henri Martinez La responsabilité ordinale du vétérinaire Michel Baussier

81 85 87

Test clinique - Les réponses Tests de formation continue - Les réponses

89 90

CANINE - FÉLINE FÉLINE RUBRIQUE MANAGEMENT

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LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 175


test clinique

NÉVA Europarc - 15, rue Le Corbusier 94035 CRÉTEIL CEDEX Tél. 01 41 94 51 51 • Fax 01 41 94 51 52 e-mail : neva@neva.fr

Conseil scientifique

parasitisme chez des hamsters

Gilles Bourdoiseau (E.N.V.L.) Jean-Luc Cadoré (E.N.V.L.) Dominique Fanuel (E.N.V.N.) Pascal Fayolle (E.N.V.A.) Marc Gogny (E.N.V.N.) Jean-François Guelfi (E.N.V.T.) Jean-Pierre Jégou (praticien) Roger Mellinger (praticien)

D

Rédacteurs en chef Colette Arpaillange (E.N.V.N.) Christophe Hugnet (praticien)

Rédacteur en chef management Philippe Baralon (Phylum)

Comité de rédaction Xavier Berthelot (reproduction, E.N.V.T.) Géraldine Blanchard (Alimentation - nutrition, E.N.V.A.) Corine Boucraut-Baralon (Diagnostic, E.N.V.T.) Séverine Boullier (Immunologie, E.N.V.T.) Florence Buronfosse (Toxicologie, E.N.V.L.) Luc Chabanne (Immunologie - Hématologie, E.N.V.L.) Bernard Clerc (Ophtalmologie, E.NV.A.) Valérie Chetboul (Cardiologie, E.N.V.A.) René Chermette (Parasitologie - mycologie, E.N.V.A.) Olivier Dossin (Médecine interne, néphrologie, E.N.V.T.) Olivier Jongh (Ophtalmologie, praticien) Alain Fontbonne (Reproduction, E.N.V.A.) Alain Ganivet (Elevage et collectivité, praticien) Laurent Marescaux (Imagerie, praticien) Claude Petit (Pharmacie - toxicologie, E.N.V.T.) Patricia Ronsin (Reproduction, E.N.V.T.) Etienne Thiry (Virologie, Liège)

Chargées de mission rédaction Valérie Colombani Anne Quinton Abonnement et Promotion Marie Servent, Maryse Mercan Publicité Maryvonne Barbaray Valérie Colombani NÉVA Europarc - 15, Rue Le Corbusier 94035 CRÉTEIL CEDEX Tél. 01 41 94 51 51 • Fax 01 41 94 51 52 e-mail neva@ neva.fr

Directeur de la publication Maryvonne Barbaray Revue bimestrielle éditée par LES NOUVELLES ÉDITIONS VÉTÉRINAIRES ET ALIMENTAIRES - NÉVA

1 D’après les photos 2 et 3, quel est le parasite mis en évidence lors de l’examen coproscopique et de l’autopsie ?

Prix du numéro : 25€T.T.C. (T.V.A. : 2,10%)

Lionel Zenner Laboratoire de Parasitologie E.N.V.L. 1, avenue Bourgelat 69280 Marcy l’Étoile

1 Hamster doré (Mesocricetus auratus) (photos laboratoire de parasitologie E.N.V.L.).

2 Légende en page 89.

3 Légende en page 89.

2 Quel traitement préconisez-vous ? 3 Sachant que cet élevage fournit d’autres animaleries, quelles mesures de prévention mettez-vous en œuvre ? Réponses à ce test page 89

comité de lecture

SARL au capital de 7622€ Siège social : Europarc - 15, rue Le Corbusier 94035 CRÉTEIL CEDEX C.P.P.A.P 1007 T801 21 I.S.S.N. 1637-3065 Impression - photogravure : Imprimerie Nouvelle Normandie 24, rue Haëmers B.P. 14 - 76191 YVETOT Cedex

Toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, de la présente publication sans autorisation est illicite et constitue une contrefaçon. L’autorisation de reproduire un article dans une autre publication doit être obtenue auprès de l’éditeur, NÉVA. L’autorisation d’effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre français d’exploitation du droit de la copie (C.F.C.). LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE 192 - JUIN / JUILLET 2004

es hamsters dorés (Mesocricetus auratus) mâles, âgés de deux mois sont livrés à l’animalerie d’un laboratoire de recherche, régulièrement contrôlée sur le plan sanitaire suivant les recommandations FELASA (photo 1). Ils proviennent d'un élevage fournisseur agréé et régulièrement contrôlé sur le plan sanitaire. Cet élevage fournit d’autres animaleries. ● Cinq hamsters, en parfaite condition physique, sont envoyés au laboratoire de parasitologie de l’E.N.V. Lyon pour un examen parasitologique complet. ● L’examen clinique des animaux ne révèle aucune anomalie, ni aucun signe de baisse de l’état général. ● Après recherche de lésions dermatologiques et des parasites externes, des fèces sont individuellement prélevées pour un examen coproscopique. Après flottation, des œufs de parasites sont retrouvés (photo 2). ● Les animaux sont ensuite euthanasiés et une autopsie avec recherche de parasites est effectuée. Lors de cet examen, l’ouverture longitudinale de l’intestin grêle sur toute sa longueur permet de mettre en évidence des parasites fins et blanchâtres, de quelques centimètres de long (photo 3). Ces parasites sont isolés pour une identification ultérieure plus précise. Les examens virologiques et bactériologiques n’ont montré la présence d’aucun autre agent pathogène.

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Hélène Arnold-Tavernier, Jean-François Bardet, Michel Baron, Jean-Jacques Bénet, Juliette Besso, Vincent Boureau, Didier Boussarie, Stéphane Bertagnoli, Stéphane Bureau, Jean-Jacques Bynen, Claude Carozzo, Sylvie Chastant-Maillard, Claude Chauve, Yan Cherel, Cécile Clercx (Liège), Jean-Pierre Cotard, Jack-Yves Deschamps,

Pierre Desnoyers, Gilles Dupré, Patrick Devauchelle, Brigitte Enriquez, Frédéric Gaschen (Berne), Olivier Gauthier, Emmanuel Gaultier, Sébastien Géroult, Jean-Pierre Genevois, Isabelle Goy-Thollot, Dominique Grandjean, Laurent Guilbaud, Jacques Guillot, Nicole Hagen, Philippe Hennet, Marc Henroteaux (Liège), Yves Legeay,

Bertrand Losson (Liège), Leila Loukil, Sandrine Macchi, Pierre Maisonneuve, Lucile Martin-Dumon, Philippe Masse, Martine Mialot, Jean-Paul Mialot, Pierre Moissonnier, Patrick Pageat, Pierre Paillassou, Jean-Marc Person, Didier Pin, Xavier Pineau, Luc Poisson, Jean-Louis Pouchelon, Pascal Prélaud,

Nathalie Priymenko, Alain Régnier, Dan Rosenberg, Yannick Ruel, Patricia Ronsin, Yves Salmon, Odile Sénécat, Brigitte Siliart, Isabelle Testault, Jean-Jacques Thiébault, Bernard Toma, Patrick Verwaerde, Muriel Vabret, Isabelle Valin, Lionel Zenner.


éditorial Les zoonoses canines et félines, maladies transmissibles des chiens et des chats à l’Homme ... es animaux de compagnie occupent une place de plus en plus importante dans notre société et leur présence dans de très nombreux foyers est une source de réconfort. Néanmoins, nos compagnons peuvent parfois être une source d’infections ou d’infestations transmissibles à l’Homme, qui affectent plus fréquemment et parfois plus gravement nos jeunes enfants ou les personnes avec un système immunitaire déficient. Face au risque de zoonoses, il est important de noter que les familles qui possèdent un chien ou un chat sont aussi celles qui ont plus fréquemment des enfants.

Photo Maryvonne Barbaray

L Bruno Chomel Professeur de zoonoses Département de médecine de population et de reproduction Université de Californie 1021 Haring Hall Davis CA 95616, USA

Le fait que la majorité des maladies infectieuses dites émergentes soient de nature zoonotique a mis en exergue l’importance des maladies transmissibles des animaux vertébrés à l’Homme. Les zoonoses émergentes sont au cœur de l’actualité depuis quelques années. Elles constituaient le thème majeur de deux réunions importantes ce printemps, puisqu’un comité d’experts a débattu de ce sujet début mai 2004 à Genève, au siège de l’Organisation Mondiale de la Santé et quelques semaines plus tard à Paris, lors de la Session Générale de l’Office International des Épizooties. Si les fièvres hémorragiques (dont le virus Ebola), les paramyxovirus véhiculés par les chauve-souris frugivores (Nipah, Hendra) ou la grippe aviaire (H5N1), encore appelée "grippe du poulet", ont occupé le devant de la scène, les zoonoses transmises par les chiens et les chats n’en ont pas été oubliées pour autant. Les déplacements accrus non seulement des personnes, mais aussi de leurs animaux de compagnie, les exposent à des zoonoses endémiques dans leurs lieux de villégiature, avec le risque de ré-introduction lors du retour à leur domicile : leishmaniose lors d’un séjour en zone méditerranéenne ou fièvre boutonneuse à la suite d’une morsure de tique. De même, on assiste à l’émergence de zoonoses pour lesquelles nos animaux de compagnie jouent un rôle plus fréquent dans la contamination humaine : ainsi, le cowpox d’origine féline en Grande-Bretagne. En Amérique du Nord, le nombre de cas de leptospirose canine diagnostiqués est lui aussi en augmentation et soulève le risque de contamination humaine. L’importance des arthropodes vecteurs est aussi soulignée par le rôle des tiques dans la borréliose de Lyme, ou celui des puces, dans l’entretien du réservoir félin de Bartonella henselae, l’agent de la maladie des griffes du chat. Un article consacré aux bartonelloses, dont les maladies des griffes du chat, sera prochainement publié. Ce numéro est plus spécifiquement consacré aux zoonoses canines et félines, transmises directement des chiens et des chats à l’Homme, bien que les zoonoses vectorielles soient aussi à ne pas négliger. Les zoonoses transmises par contact, par absorption d’agents pathogènes ou par inoculation, présentent des risques que le praticien devra dûment reconnaître et identifier. Dans la majorité des cas, la prévention des zoonoses repose sur une triple responsabilité du praticien : le diagnostic de l’infection animale, le traitement, mais surtout l’éducation du propriétaire de l’animal qui permettra la prévention. Pour ce faire, une actualisation des connaissances est essentielle. Tel est l’objectif de ce Dossier spécial "zoonoses" du NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE. ❒

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE 178 - JUIN / JUILLET 2004

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questions réponses sur… la tuberculose

du chien et du chat ■ Quelle est la situation épidémiologique de la tuberculose en France ? ● La fréquence de la tuberculose du chien et du chat en France a décru ces dernières décennies, jusqu’à devenir très faible. ● Cependant, il est difficile de disposer de statistiques fiables, dans la mesure où la tuberculose du chien et du chat n’est maladie à déclaration obligatoire que depuis peu de temps (2002). ■ Quels sont les agents infectieux à l’origine de tuberculose chez le chien et chez le chat ? Comment ces animaux se contaminent-ils ? ● Dans le passé, la source principale de contamination du chat était constituée de produits d’origine bovine (lait, poumon, ...) et celle du chien, de personnes tuberculeuses. ● Par suite, la plupart des souches isolées du chat appartenaient à l’espèce Mycobacterium bovis (le bacille tuberculeux bovin) et une majorité de celles isolées chez le chien, à Mycobacterium tuberculosis (le bacille tuberculeux humain). La disparition progressive de la tuberculose bovine en France a diminué la contamination du chat par Mycobacterium bovis. ● En France, les rares cas récents de tuberculose du chien et du chat sont plutôt dus à Mycobacterium tuberculosis. ■ Le chien et le chat constituent-ils une source fréquente de contamination ? ● Probablement, les rares cas récents de tuberculose du chien et du chat ont été contractés à partir de personnes excrétant du bacille tuberculeux. ● S’ils deviennent excréteurs, ces animaux contaminés peuvent prendre le relais, quelques mois plus tard, de l’excrétion d’origine humaine. ● Le risque est surtout lié à la difficulté d’identifier la tuberculose des carnivores domestiques. ■ Quels sont les signes pouvant évoquer une tuberculose chez un chien ou un chat ? On doit penser à la tuberculose en présence d’un chien ou d’un chat dont l’état général s’est progressivement dégradé, et qui présente des troubles respiratoires chroniques. ■ Comment confirmer une suspicion clinique ? ● La confirmation de la tuberculose chez le

■ La circulaire du 17 mars 1970 recommande l’euthanasie d’un animal tuberculeux. Que faire si le propriétaire la refuse ? ● À l’heure actuelle, aucun texte n’ordonne l’euthanasie d’un chien ou d’un chat tuberculeux en France. Un propriétaire est donc en droit de refuser l’euthanasie recommandée. ● Compte tenu de la durée et du coût d’un traitement rationnel de la tuberculose (protocoles utilisés chez l’Homme), ainsi que des risques importants de sélection de mutants résistants en cas d’application d’un traitement insuffisant (en durée ou en nombre d’antituberculeux), il est formellement contre-indiqué de traiter un chien ou un chat tuberculeux. ● En cas de refus de l’euthanasie par le propriétaire, le vétérinaire devrait faire signer un document, par lequel le propriétaire reconnaît avoir été informé de la maladie de son chien, du risque pour la santé publique, et de son refus de l’euthanasie. ● Il appartient au Directeur des Services Vétérinaire d’intervenir et de prendre le relais pour essayer de convaincre le propriétaire.

réponses de Bernard Toma Unité de Maladies Contagieuses E.N.V.A. 7 avenue du Général De Gaulle 94704 Maisons-Alfort

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE 180 - JUIN / JUILLET 2004

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chien et le chat vivant est difficile. On peut utiliser la radiologie, la sérologie et la recherche de l’allergie. Cependant, les résultats de la recherche des anticorps antituberculeux ou de l’allergie sont peu fiables, avec aussi bien des réponses faussement positives (par exemple, lors de leishmaniose), que des réponses faussement négatives. ● La mise en évidence des bacilles tuberculeux dans les prélèvements est rarement possible du vivant de l’animal. ■ Quelle est la conduite à tenir si le diagnostic est confirmé chez un chien ou un chat ? ● La tuberculose des carnivores domestiques est maintenant maladie à déclaration obligatoire. La constatation d’un cas doit donc conduire à une déclaration à la D.S.V. du département où vit l’animal. ● À l’heure actuelle, aucune autre mesure obligatoire n’est prévue par la réglementation sanitaire française pour un chien ou un chat tuberculeux (cf. marge). ■ Doit-on soumettre le chien ou le chat de la maison à un diagnostic, dans le foyer d’une personne atteinte de tuberculose ? ● En cas d’identification d’un cas de tuberculose chez une personne, il faut s’interroger sur le rôle de source ou, au contraire, de victime que peut jouer tout chien ou chat présent dans le foyer. ● Le rôle de source de la contamination humaine des cas récemment reconnus ne peut être joué que par un animal excréteur du bacille tuberculeux depuis plusieurs mois ; ceci devrait se traduire chez lui par une atteinte de l’état général et, probablement, une localisation respiratoire. Un examen clinique attestant d’un bon état de santé de l’animal devrait permettre d’éliminer l’hypothèse du rôle de source. ● Le rôle de victime peut rester cliniquement muet pendant plusieurs semaines. Compte tenu des caractéristiques des moyens allergiques et sérologiques de dépistage de la tuberculose des carnivores domestiques, une réponse positive ne permet pas de tirer une conclusion fiable. Un suivi périodique de l’état clinique de l’animal, complété par un examen radiologique pulmonaire, doit permettre de détecter l’éventuelle contamination. ❒


reconnaître et prévenir

les zoonoses transmises à l’homme par le chien

La prévention des zoonoses est une des missions-clé du vétérinaire acteur de santé publique. Celle-ci s’appuie sur la connaissance des modes de transmission des affections zoonotiques.

A

u cœur de la santé publique et des préoccupations du vétérinaire, les zoonoses impliquent, de diverses façons, les responsabilités de celui-ci*, (cf. définition) et entraînent pour le confrère un triple impératif : 1. la nécessité d'actualiser ses connaissances sur ces zoonoses, sur leur dépistage, sur leur traitement et sur leur prophylaxie. Certaines sont en effet (ré)-émergentes en raison de la circulation croissante des animaux, y compris en provenance de zones tropicales peu médicalisées, et peut-être de modifications écologiques et climatiques ; 2. l'obligation d'expliquer* et de faire preuve de pédagogie vis-à-vis du propriétaire, potentiellement exposé ou malade, en relation avec le médecin ; 3. la mise en œuvre permanente et actualisée des mesures d'hygiène indispensables à la protection de sa propre santé et de celle de ses collaborateurs**. ● Toutefois, cette veille permanente doit prendre en compte, dans la pratique quotidienne, les caractères de prévalence relative et de gravité médicale de telle ou telle zoonose, définissant ainsi : - des zoonoses majeures, fréquentes et/ou graves : la rage, la toxoplasmose, les échinococcoses, … ; - des zoonoses mineures, rares et/ou bénignes : les herpès circinés**, la fièvre boutonneuse, … (figure 1). ● Le caractère majeur/mineur est défini ici en considérant l'espèce canine : la brucellose n'est pas dans un contexte canin une zoonose majeure, alors qu'elle l'est dans un contexte ovin. ● En outre, la gravité médicale est conditionnée par de multiples facteurs, dont l'immunocompétence (ex : la strongyloïdose, appelée "anguillulose maligne", de pronos-

Gilles Bourdoiseau Unité de Parasitologie-MycologieMaladies parasitaires E.N.V.L. 1, avenue Bourgelat, BP 83 69280 Marcy l’Étoile

Figure 1 - Les principales zoonoses transmises à l'homme par le chien,

Objectif pédagogique

selon leur caractère majeur/mineur et la nature de l'agent pathogène

Zoonoses majeures ●

Virose

Reconnaître et prévenir les zoonoses transmises par le chien.

Zoonoses mineures

- Rage Définition

- Borréliose ●

Bactériose

Mycose

Protozoose

❚ Zoonoses :

Lyme - Pasteurellose - de Brucellose - Leptospirose

Ce sont "des maladies et infections transmissibles naturellement d'un animal vertébré à l'homme et viceversa", selon la définition officielle de l'Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.). Des modifications sont usuellement ajoutées à cette définition : - celle des infestations : elles incluent les agents pathogènes qui ne se multiplient pas dans l'organisme-hôte, tels de nombreux parasites ; - celle de la non réciprocité automatique, avec les hémizoonoses qui évoluent "seulement" de l'homme à l'animal, ou inversement.

- Dermatophytoses - Leishmaniose - Giardiose viscérale

- Hydatidose ● Helminthose - Échinococcose - Dipylidiose (cestodes) alvéolaire

- Larva migrans ankylostomienne ●

Helminthose (nématodes)

Acariose

Entomose

- Larva

- Dirofilariose

migrans sous-cutanée ascaridienne - Dirofilariose cardiaque - Strongyloïdose

- Gale sarcoptique - Cheylétiellose - Pulicoses

tic très péjoratif chez l'individu immunodéprimé). ● Ne sont pas abordées : - la tuberculose, pour laquelle le chien est plus victime de son propriétaire tuberculeux que l'inverse ; - la campylobactériose rare ; - la fièvre boutonneuse, pour laquelle le chien joue un rôle très accessoire.

Essentiel ❚ Bien connaître les modes de transmission des zoonoses permet de mettre en œuvre une prophylaxie adaptée. ❚ L’exemple de la toxocarose illustre l’importance des vermifugations répétées, et la nécessité d’intégrer les dernières données scientifiques.

QUAND PENSER À LA TRANSMISSION D'UN AGENT ZOONOTIQUE ? ● Il n'est pas possible de dresser un inventaire exhaustif des situations potentiellement dangereuses : tout chien, quels que

NOTES Cf. dans ce numéro : * La responsabilité du vétérinaire, par C. Diaz. ** La responsabilité du vétérinaire employeur, par H. Martinez. *** Un "herpès circiné" désigne en médecine humaine une dermatophytie intéressant les zones glabres, par opposition aux "teignes" qui désignent une dermatophytie du cuir chevelu.

CANINE

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LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 181


prévenir les zoonoses transmises à l’homme

par contact direct avec un chien

Sauf cas particulier, les bactéries, champignons et parasites présents sur la peau et le pelage du chien sont peu pathogènes pour l’homme. Pour limiter les risques de transmission à l’homme, le vétérinaire détecte la présence des ectoparasites et des autres agents pathogènes chez le chien, et met en œuvre des mesures de lutte appropriées.

Jacques Guillot Service de Parasitologie-Mycologie E.N.V.A. 7, avenue du Général De Gaulle 94704 Maisons-Alfort Cedex

Objectif pédagogique Prévenir la transmission de zoonoses aux humains en contact avec un chien et comment les traiter.

Encadré 2 - Les lésions de gale sarcoptique chez l'Homme

1

Lésions de prurigo galeux sur le bras d’un propriétaire de chien infesté par Sarcoptes scabiei variété canis. Ces petites papules très prurigineuses disparaissent dès que le chien reçoit un traitement adapté (photos Service de Parasitologie, E.N.V.A.).

Les lésions humaines se présentent comme de petites papules très prurigineuses, localisées sur les mains, les avant-bras, le visage ou les mollets, c'est-à-dire les zones du corps le plus souvent en contact avec l’animal.

N

ombreux sont les agents pathogènes retrouvés à la surface de la peau ou dans le pelage du chien : bactéries, champignons, et plusieurs arthropodes ectoparasites (encadré 1). Dans la majorité des cas, ces agents pathogènes ne présentent aucun danger limité pour l’Homme. Les sarcoptes, les cheylétielles, les dermatophytes et, dans une moindre mesure les leishmanies, font exception à cette règle. Il existe aussi quelques agents pathogènes transmis par contact avec un milieu, initialement contaminé par le chien (encadré 2).

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LA TRANSMISSION DES SARCOPTES

Lésions évocatrices de gale sarcoptique. L’érythème et des boutons de gales sont localisés dans les parties déclives du corps. Le prurit est intense.

Lors de gale sarcoptique chez le chien, la transmission des sarcoptes à l’Homme est fréquente. ● Tous les stades évolutifs, larves, nymphes et

adultes de Sarcoptes scabiei variété canis sont susceptibles de provoquer l’apparition d’un prurigo galeux chez l’Homme (encadré 3, photos 1, 2).

Encadré 1 - Les parasites de la peau du chien : une grande variété Les agents pathogènes à la surface de la peau du chien, ou dans son pelage, sont des pathogènes opportunistes (la plupart des bactéries, ou les levures Malassezia). Par contact direct, ils peuvent être transmis à l’Homme , mais les mécanismes de défense cutanée sont en général suffisamment efficaces chez l’individu immunocompétent pour assurer leur élimination rapide. ● La plupart des bactéries sont susceptibles de devenir pathogènes pour l’Homme, mais seulement après une inoculation. Il n’existe que très peu d’exemples où le simple contact suffit. ● Les acariens parasites obligatoires, comme les tiques ou les aoûtats, se transmettent uniquement à partir d’une source environnementale, et il n’existe aucune possibilité de transmission du ●

chien à l’Homme. Bien que spécifiques du chien, d’autres ectoparasites, comme Sarcoptes scabiei variété canis ou Cheyletiella yasguri, peuvent être transmis à l’Homme, et provoquer des lésions cutanées, désignées sous le terme de prurigo galeux. ● Les poux du chien (Trichodectes canis et Lignognatus setosus) font preuve d’une spécificité d’hôte très étroite, et aucune transmission à l’Homme n’a jamais été décrite. ● Seuls les champignons dermatophytes peuvent être considérés comme de véritables agents de zoonoses. Cependant, lors de contamination humaine par un dermatophyte d’origine animale, le chat est plus souvent identifié comme la source de l’agent pathogène que le chien. ●

Essentiel ❚ La plupart des bactéries peuvent être pathogènes pour l’Homme, mais seulement après une inoculation. ❚ Les sarcoptes du chien ne survivent pas sur la peau humaine : dès que l’animal est traité, les lésions du propriétaire disparaissent.

CANINE

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LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 187


prévenir les zoonoses transmises à l’homme

par contact direct avec un chien

Sauf cas particulier, les bactéries, champignons et parasites présents sur la peau et le pelage du chien sont peu pathogènes pour l’homme. Pour limiter les risques de transmission à l’homme, le vétérinaire détecte la présence des ectoparasites et des autres agents pathogènes chez le chien, et met en œuvre des mesures de lutte appropriées.

Jacques Guillot Service de Parasitologie-Mycologie E.N.V.A. 7, avenue du Général De Gaulle 94704 Maisons-Alfort Cedex

Objectif pédagogique Prévenir la transmission de zoonoses aux humains en contact avec un chien et comment les traiter.

Encadré 2 - Les lésions de gale sarcoptique chez l'Homme

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Lésions de prurigo galeux sur le bras d’un propriétaire de chien infesté par Sarcoptes scabiei variété canis. Ces petites papules très prurigineuses disparaissent dès que le chien reçoit un traitement adapté (photos Service de Parasitologie, E.N.V.A.).

Les lésions humaines se présentent comme de petites papules très prurigineuses, localisées sur les mains, les avant-bras, le visage ou les mollets, c'est-à-dire les zones du corps le plus souvent en contact avec l’animal.

N

ombreux sont les agents pathogènes retrouvés à la surface de la peau ou dans le pelage du chien : bactéries, champignons, et plusieurs arthropodes ectoparasites (encadré 1). Dans la majorité des cas, ces agents pathogènes ne présentent aucun danger limité pour l’Homme. Les sarcoptes, les cheylétielles, les dermatophytes et, dans une moindre mesure les leishmanies, font exception à cette règle. Il existe aussi quelques agents pathogènes transmis par contact avec un milieu, initialement contaminé par le chien (encadré 2).

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LA TRANSMISSION DES SARCOPTES

Lésions évocatrices de gale sarcoptique. L’érythème et des boutons de gales sont localisés dans les parties déclives du corps. Le prurit est intense.

Lors de gale sarcoptique chez le chien, la transmission des sarcoptes à l’Homme est fréquente. ● Tous les stades évolutifs, larves, nymphes et

adultes de Sarcoptes scabiei variété canis sont susceptibles de provoquer l’apparition d’un prurigo galeux chez l’Homme (encadré 3, photos 1, 2).

Encadré 1 - Les parasites de la peau du chien : une grande variété Les agents pathogènes à la surface de la peau du chien, ou dans son pelage, sont des pathogènes opportunistes (la plupart des bactéries, ou les levures Malassezia). Par contact direct, ils peuvent être transmis à l’Homme , mais les mécanismes de défense cutanée sont en général suffisamment efficaces chez l’individu immunocompétent pour assurer leur élimination rapide. ● La plupart des bactéries sont susceptibles de devenir pathogènes pour l’Homme, mais seulement après une inoculation. Il n’existe que très peu d’exemples où le simple contact suffit. ● Les acariens parasites obligatoires, comme les tiques ou les aoûtats, se transmettent uniquement à partir d’une source environnementale, et il n’existe aucune possibilité de transmission du ●

chien à l’Homme. Bien que spécifiques du chien, d’autres ectoparasites, comme Sarcoptes scabiei variété canis ou Cheyletiella yasguri, peuvent être transmis à l’Homme, et provoquer des lésions cutanées, désignées sous le terme de prurigo galeux. ● Les poux du chien (Trichodectes canis et Lignognatus setosus) font preuve d’une spécificité d’hôte très étroite, et aucune transmission à l’Homme n’a jamais été décrite. ● Seuls les champignons dermatophytes peuvent être considérés comme de véritables agents de zoonoses. Cependant, lors de contamination humaine par un dermatophyte d’origine animale, le chat est plus souvent identifié comme la source de l’agent pathogène que le chien. ●

Essentiel ❚ La plupart des bactéries peuvent être pathogènes pour l’Homme, mais seulement après une inoculation. ❚ Les sarcoptes du chien ne survivent pas sur la peau humaine : dès que l’animal est traité, les lésions du propriétaire disparaissent.

CANINE

15

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 187


dangers, risques et prévention des zoonoses transmises à l’homme par morsure Jean-Jacques Bénet Nadia Haddad

de chien et de chat Les dangers associés aux morsures sont la rage, la pasteurellose, la maladie des griffes du chat*, une infection par des bactéries pyogènes, ou d’autres bactéries d’étude difficile, souvent dénommées par des codes associant lettres et chiffres.

L

es morsures constituent l’un des revers de la compagnie des animaux domestiques. Elles constituent un danger, en raison du traumatisme physique et psychologique qu’elles occasionnent, et de l’inoculation éventuelles d’agents infectieux responsables de zoonoses : à cet égard, la gravité de la morsure compte moins que la réceptivité de la personne mordue (photo 1). Nous ne traitons pas dans cet article du danger spécifique que constitue la morsure. Nous l’évoquons seulement comme facteur aggravant des infections inoculées [5]. ● En France, leur fréquence a été estimée à 170 000 par an, soit un taux de 300 p. cent mille habitants [6]. ● Aux États-Unis, un recensement exhaustif effectué dans les services des urgences hospitalières donne un taux moyen de 130 p. cent mille distinguant nettement les adultes, (50 et 150 p. cent mille), et les enfants de moins de 15 ans (entre 150 et 320 p. cent mille) [7]. Or, ce chiffre ne représenterait que 40 p. cent des morsures médicalisées, et une morsure sur six de l’ensemble des morsures. LES DANGERS La rage ● La rage est inéluctablement mortelle une fois les 1ers symptômes apparus. La prévention repose sur l’appréciation, par un centre de traitement antirabique, des risques de contamination de la personne par le virus rabique après la morsure, sur la base d’informations épidémiologiques et cliniques, notamment la profondeur, le nombre et la localisation des morsures. Ces éléments conduisent à décider d’entreprendre ou non un traitement anti-rabique chez la personne mordue, et de défnir les modalités de ce traitement : vaccination

Unité de maladies contagieuses E.N.V.A. 7, avenue du Général De Gaulle 94704 Maisons-Alfort Cedex

Objectif pédagogique Maîtriser le risque de zoonose transmise à l’Homme par morsure de chien.

1

Selon le statut de la personne, le risque infectieux ne revêt pas la même importance : un enfant, au système immunitaire moins mature, est plus réceptif (photo A. Quinton).

post-contamination, accompagnée ou non de l’administration d’immunoglobulines anti-rabiques (tableau 1). ● Si la France est indemne de rage** depuis 2001, le risque de contamination persiste pour les animaux et les personnes qui se rendent dans des pays encore infectés. ● L’excrétion salivaire de virus rabique peut débuter dans les quelques jours qui précédent l’apparition des symptômes. - En effet, l’apparition de signes cliniques ou de comportements suspects chez l’animal mordeur (associant un changement notable d’habitude ou de comportement de l’animal, et une anorexie, une excitabilité ou une paralysie), dans les jours qui suivent la morsure, indique un risque très élevé d’excrétion de virus rabique (figure 1, photo 2). - Inversement, l’absence de symptômes à partir de sept jours après la morsure réduit très fortement ce risque. C’est une indication précieuse pour le centre de traitement antirabique qui soigne la personne mordue, et permet au médecin de décider de poursuivre ou non le traitement éventuellement entrepris. ● L’absence de symptômes chez l’animal 15 jours après la morsure permet d’affirmer avec certitude qu’il n’était pas excréteur du virus rabique au moment où il a mordu : l’humain mordu n’a pas pu être contaminé par le virus rabique.

2

Le vétérinaire et le personnel du cabinet ou de la clinique sont exposés au risque de morsure, et les moyens de contention des animaux sont à adapter à leur degré d’agressivité (photo E.N.V.A., Maladies contagieuses).

NOTES * qui sera traitée dans un numéro ultérieur. ** issue de mammifères terrestres autochtones : il existe quelques cas de rage chez les chiroptères, reconnus chaque année depuis 1997 (sauf en 1999).

Essentiel ❚ Toujours penser à la rage, d’autant que les animaux peuvent provenir de pays infectés. ❚ Les pasteurelloses sont souvent transmises à l’Homme par morsure ou par griffure.

CANINE - FÉLINE

La pasteurellose ● Certaines espèces de Pasteurella, Pasteurella multocida, Pasteurella canis, P. dagmatis,

21

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 193


conduite à tenir face aux zoonoses parasitaires du chien et du chat

Marie-Pierre Callait-Cardinal

transmises à l'homme par ingestion La transmission directe de parasites zoonosiques par voie orale est un mode de contamination de l'Homme d'autant plus important que les contacts avec les animaux, chiens et chats notamment, sont fréquents et étroits. La consommation de chair animale parasitée constitue une voie d'entrée indirecte pour des parasites hétéroxènes, dans les cycles desquels le chien ou le chat interviennent.

P

ar leurs conséquences cliniques graves et par leur prévalence élevée, certaines zoonoses transmises par ingestion sont majeures : l'hydatidose, l'échinococcose alvéolaire, le syndrome larva migrans ascaridienne et la toxoplasmose*, tandis que d'autres sont mineures ou accessoires : la giardiose, la cryptosporidiose, la bothriocéphalose et la dipylidiose (tableau 1). ● Tous les parasites en cause sont localisés, au stade adulte, dans le tractus digestif de carnivores, domestiques ou non. ● La contamination de l'Homme peut avoir lieu de plusieurs façons (figure) :

Objectifs pédagogiques ❚ Dépister et prévenir chez le chien et le chat les affections parasitaires transmissibles à l’Homme par ingestion. ❚ Informer les personnes à risque des mesures de prophylaxie nécessaires. 1

En jouant dans le sable, les enfants peuvent ingérer des éléments infestants (photo Maryvonne Barbaray).

1. il peut ingérer des éléments infestants présents directement sur l'animal excréteur, ou dans le milieu extérieur : objets ou aliments souillés par des matières fécales de carnivores hôtes définitifs, sol contaminé (photo 1) ; 2. il peut ingérer accidentellement un hôte intermédiaire entier parasité : puce ; 3. il peut se nourrir d'aliments prélevés sur un hôte intermédiaire parasité : viande ou poisson. L'Homme occupe dans les différents cycles soit le rôle d'hôte intermédiaire, soit celui d'hôte définitif, soit celui d'impasse, lorsque il ne permet pas le développement normal du parasite (tableau 2).

Figure – Les modalités de contamination humaine par ingestion de parasites zoonosiques de carnivores, en fonction du cycle, et les moyens prophylactiques adaptés C o n t a m i n a t i o n

P r o p h y l a x i e

Ingestion d'éléments infestants (œufs, kystes, ookystes)

... présents sur les animaux excréteurs Transmission directe

... présents dans le milieu extérieur Transmission indirecte

(Cryptosporidium parvum, Giardia duodenalis, Echinococcus sp., Toxocara sp.)

(C. parvum, G. duodenalis, Echinococcus sp., Toxocara sp., Toxoplasma gondii)

- Hygiène des mains - Limiter les contacts avec les animaux à risque

Unité de parasitologie, mycologie et maladies parasitaires E.N.V.L. 1, avenue Bourgelat 69280 Marcy l’Étoile

- Interdire le partage des récipients destinés à l'alimentation humaine avec les animaux à risque - Assainir par lavage, cuisson et/ou congélation des fruits ou légumes susceptibles d'être souillés par des animaux à risque

Ingestion de l'hôte intermédiaire, en totalité ou en partie

Transmission indirecte Toxoplasma gondii, Diphyllobothrium latum, Dipylidium caninum)

- Assainir les aliments à risque (viande ou poisson) par cuisson à cœur ou congélation prolongée - Dépister et traiter les animaux porteurs de l'hôte intermédiaire pour D. caninum

NOTE * cf. La toxoplamose, transmission par le chat, par G. Bourdoiseau, dans ce numéro.

Essentiel ❚ La majorité des parasites zoonosiques peuvent être dépistés en routine par analyse coproscopique. ❚ L'identification microscopique des œufs de T. canis et de T. cati, ou macroscopique des segments ovigères de D. caninum dans les fèces est facile à réaliser en consultation. ❚ Tout chiot ou chaton doit être traité contre les ascaris avec des molécules adulticides dès 15 jours après sa naissance, tous les 15 jours jusqu'à 3 mois, puis tous les mois jusqu'à 6 mois. ❚ L’hygiène des mains, après avoir touché un chien ou un chat est indispensable en zone d’endémie d’échinococcose.

CANINE - FÉLINE

- Dépister et traiter les animaux porteurs - Informer les personnes à risque

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LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 199


prévenir les zoonoses transmises par vecteur communes au chien et à l’homme

Pour les zoonoses transmises par vecteur, communes à l’Homme et au chien, le rôle du vétérinaire est d’informer ses clients, traiter les animaux, proposer les traitements préventifs ou les vaccins lorsqu’ils existent.

Marie-Christine Cadiergues Dermatologie E.N.V.T. 23, chemin des Capelles F-31076 Toulouse Cedex

Objectif pédagogique Prévenir et traiter les zoonoses du chien transmises par vecteur.

L

es zoonoses transmises par vecteur se définissent comme des maladies communes à l’homme et à l’animal, dont la contamination s’effectue par l'intermédiaire d'un arthropode hématophage. ● Parmi les zoonoses transmises du chien à l’homme, celles qui sont transmises par vecteur en France métropolitaine sont principalement : - la leishmaniose, transmise par les phlébotomes (photo 1) ; - la borréliose de Lyme, transmise par les tiques du genre Ixodes (photo 2) ; - de façon plus confidentielle, la dipylidiose, transmise par les puces ou par les poux. Le chien constitue la source unique (ou réservoir) du parasite dans le cas de la leishmaniose et de la dypilidiose, alors qu’il n’est que victime, comme l’Homme, dans le cas de la borréliose, où le réservoir appartient à la faune sauvage (encadré 1, figure). ● Une fois le diagnostic établi chez un chien, le rôle du vétérinaire consiste à : 1. informer le propriétaire sur les risques éventuels encourus par l’entourage humain de l'animal, par le chien lui-même et par ses congénères ;

NOTE * De nombreuses références sur la dirofilariose humaine, la babésiose, la leishmaniose et la dipylidiose, dans Parasitologie clinique du chien, par G. Bourdoiseau [1].

1

Ce chien présente des symptômes de leishmaniose : “tête de vieux chien”, uvéite, nombreuses squames. (photo G. Bourdoiseau, In: Parasitologie clinique du chien [1]).

2. proposer un traitement, si celui-ci est disponible, si l’état de santé de l’animal permet de l'administrer et s’il ne présente pas de danger, ni pour le chien ni pour les personnes qui le soignent ; 3. recommander des mesures de prévention de la maladie dans les zones géographiques exposées, afin de protéger le chien et les humains qui l'entourent. Figure - Le rôle du chien dans la contamination de l’homme par les zoonoses transmises par vecteur

1. Cas de la leishmaniose Réservoir : chien Leishmania infantum Phlébotome

Encadré 1 - Les affections rares transmises par vecteur La dirofilariose humaine est en augmentation à travers le monde, mais l’Homme n’est pas un hôte parfaitement réceptif à l’égard de Dirofilaria, de sorte que le cycle n’est pas complet [1]. Des granulomes pulmonaires nodulaires , associés à des micro-infarctus, peuvent toutefois être observés. L’Homme s’infeste comme le chien, à la faveur de piqûres de moustiques femelles infestés*. ● Concernant la babésiose, les seuls cas de zoonoses avérées sont dues à Babesia divergens et Theileria microti, espèces retrouvées chez des bovins et des rongeurs, mais jamais chez le chien [1]. ● Les ehrlichioses au sens large, comme Anaplasma phagocytophylum et A. platys, peuvent également être transmises à l’Homme.

Infestation par piqûre

Homme

2. Cas de la dipylidiose

Réservoir : chien

Œuf de Dipylidium caninum

Puce ou pou contaminé

Infestation par ingestion

3. Cas de la borréliose de Lyme Borrelia burgdorferi

Essentiel ❚ Il est primordial de ne pas laisser sans traitement les chiens infectés par des leishmanies, surtout dans les zones géographiques où le phlébotome est présent. ❚ La borréliose de Lyme, commune au chien et à l’Homme, n’est pas transmise de l’un à l’autre : le chien ne constitue pas un réservoir de la maladie. ❚ La seule possibilité de transmission de la dipylidiose à un humain est l’ingestion d’une puce ou d’un pou infecté.

Homme

Réservoir : herbivores adultes (forêt)

Infestation par morsure Chien

CANINE

Tiques Homme

33

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 205


connaître les risques

de transmission de la leptospirose à l’homme par les animaux de compagnie L’Homme cohabite avec de plus en plus d’espèces différentes, qu’il héberge comme animaux de compagnie. Ceux-ci ont tous un comportement différent vis-à-vis des leptospires, et contribuent à la variabilité des circonstances de contamination humaine.

L

a transmissibilité de certains germes pathogènes entre l’Homme et l’animal est importante pour la santé publique, et doit rester une préoccupation majeure du praticien. Les leptospires font partie de ces germes responsables de zoonoses. ● Cet article apprécie les circonstances dans lesquelles les animaux de compagnie constituent un risque, et présente comment le maîtriser dans le cadre de l'exercice professionnel du vétérinaire praticien, tant pour lui que pour son personnel ou pour sa clientèle. ● Quelques traits spécifiques des leptospires sont un préalable nécessaire à la compréhension des aspects épidémiologiques des leptospiroses zoonoses (encadré 1). ● Les leptospires pénètrent en général dans l’organisme à la faveur d’une effraction cutanéo-muqueuse. Puis, ces bactéries très mobiles se multiplient dans le sang, et se distribuent dans tout l’organisme, avec un tropisme particulier pour certains tissus, notamment le foie et le rein. ● L’organisme réagit alors par une réaction immunitaire, dont l’un des éléments-clés est la production d’anticorps agglutinants (qui servent à la classification phénotypique usuelle) (figure 1) [14]. Ce schéma général définit la notion d’espèce réceptive. ● Cependant pour une souche donnée, les conséquences pour l’organisme infecté sont très variées. Toute une échelle de symptômes existe, depuis le rongeur, réceptif mais qui n’exprime aucun symptôme car non sensible, et le chien ou l’homme, pour lesquels l’infection peut être létale. Aussi, les dangers diffèrent selon les espèces, et les risques qui en découlent n’ont pas le même poids.

Geneviève André-Fontaine Unité de Bactériologie Médicale et Moléculaire des Leptospires E.N.V.N. Atlanpole - La Chantrerie BP 40706 44307 Nantes Cedex 03

Objectif pédagogique Prévenir la transmission de leptospires aux humains en contact avec des animaux de compagnie. Figure 1 - Le tableau clinique chez l’Homme

1

Le chien est une espèce très sensible aux leptospires. De plus, il peut excréter la bactérie même en l’absence de symptômes, et constitue une source potentielle de contamination humaine (photo G. André-Fontaine).

Méningite

LA LEPTOSPIROSE HUMAINE ZOONOSE : DONNÉES ÉPIDÉMIOLOGIQUES ● En France métropolitaine, 300 à 400 cas de leptospirose humaine sont recensés chaque année, en moyenne [4]. Les cas graves, qui conduisent à la mort dans 2 à 10 p. cent des cas, restent rares (figure 1). Toutefois, actuellement la leptospirose humaine n'est pas une "maladie à déclaration obligatoire". Aussi, les informations sont incomplètes. ● Si la majorité des cas reconnus relèvent d’une activité de loisir, notamment d’activités sportives en eau douce, 40 p. cent des leptospiroses sont liées aux activités professionnelles qui favorisent des contacts fréquents avec l’animal domestique ou sauvage (maladie professionnelle N°5 du régime agricole) (encadré 2) [12]. ● Les animaux sauvages sont le réservoir principal des leptospires. Le rôle des animaux domestiques et de compagnie reste limité dans la transmission de la maladie.

LA LEPTOSPIROSE CHEZ LES ANIMAUX DE COMPAGNIE ● Si le chien et le chat, animaux de compagnie par excellence, peuvent être infectés, d'autres carnivores sont concernés par les leptospiroses. ● En outre, certains rongeurs sont réceptifs à la maladie, avec une sensibilité variable.

Troubles pulmonaires Hépatite

Insuffisance rénale

Essentiel ❚ En France métropolitaine, 300 à 400 cas de leptospirose humaine sont recensés chaque année, en moyenne. ❚ 40 p. cent des leptospiroses concernent les professionnels en contact fréquent avec des animaux domestiques ou sauvages. ❚ La transmission de la leptospirose à l’homme est essentiellement due à l’eau contaminée par les urines de la faune sauvage. ❚ Le chien est une espèce très sensible aux leptospires. ❚ Le rôle des animaux domestiques et de compagnie est limité dans la transmission de la maladie.

Les manifestations chez le chien

CANINE - FÉLINE

Le chien est une espèce très sensible aux leptospires. En quelques heures, il peut développer une forme suraiguë, avec une mort si brutale qu’il est difficile souvent d’intervenir sur le plan curatif (photo 1, figure 3).

37

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 209


Fiche

comment prévenir

les risques de zoonose pour le sujet immunodéprimé

avec le chien et le chat

Laboratoire de Parasitologie-Mycologie, Centre hospitalier régional universitaire Dupuytren 2, avenue Martin Luther King 87000 Limoges

Chez le sujet immunodéprimé, les zoonoses transmises par les animaux de compagnie peuvent présenter une forme plus grave. Cette fiche présente les germes zoonotiques en cause et leur expression chez l’humain immunodéprimé.

I

l existe de nombreuses causes d’immunodépression innées ou acquises, iatrogènes ou non. Les causes les plus fréquentes sont le SIDA et les chimiothérapies anticancéreuses. L’intensité et la nature de l’immunodépression ont un impact sur la sensibilité à une infection donnée. ● Le sujet immunodéprimé est exposé à tous les risques de transmission de zoonoses existant pour la population générale, avec un risque supplémentaire de contracter certaines zoonoses, et/ou de développer des formes cliniques différentes (photo 1). ● Les modes de contamination sont les mêmes que pour les autres personnes : par ingestion d’agents pathogènes, par inhalation, par contact direct ou par transmission vectorielle (tableau). ● Cette fiche présente les zoonoses qui présentent un risque supplémentaire chez l’humain immunodéprimé (figure).

LES AFFECTIONS PAR INGESTION D’AGENTS PATHOGÈNES Des agents pathogènes, émis dans les fèces des chats et/ou des chiens, peuvent être présents sur le pelage des animaux, ou dans l’environnement. ● La toxoplasmose, la giardiose, la cryptosporidiose, la salmonellose et la yersiniose sont les principales zoonoses par ingestion. ●

1. La toxoplasmose La toxoplasmose est la principale zoonose par ingestion responsable d’une pathogénicité élevée chez le sujet immunodéprimé, tout particulièrement le sujet séropositif VIH, avec un risque élevé de toxoplasmose cérébrale. Cependant, le principal mode de contamination de la toxoplasmose reste l’alimentation.

Sébastien Hantz, Marie-Laure Dardé

Objectif pédagogique Prévenir la transmission des zoonoses du chien et du chat chez le sujet immunodéprimé.

Pour les sujets immunodéprimés et les femmes enceintes, il est conseillé de porter des gants pour nettoyer la litière du chat (photo S. Verhelst).

Tableau - Fréquence et gravité des zoonoses du chien et du chat transmises au sujet immunodéprimé Agent pathogène

Fréquence de Gravité transmission

Toxoplasma gondii

+

++

Giardia intestinalis

+

+

Cryptosporidium sp.

+

++

Bactéries d'origine fécale

++

+

Bartonella sp.

+

++

Pasteurella sp.

+

++

Capnocytophaga cynodegmi

-

++

Mycobacterium sp.

+/-

++

Coxiella burnetti

-

+

Poxvirus

-

+

Leishmania sp.

+

Babesia canis

Transmission vectorielle

Essentiel

+

2. La giardiose Les sujets séropositifs pour le VIH, ou qui présentent une hypogammaglobulinémie (touchant principalement les IgA) présentent également plus souvent des infections à Giardia intestinalis. La diarrhée est plus intense et d’évolution plus longue que chez le sujet immunocompétent.

❚ La toxoplasmose est la principale zoonose par ingestion responsable d’une pathogénicité élevée chez le sujet immunodéprimé. ❚ Pasteurella multicida est retrouvée dans 58 p. cent des cas de complication infectieuse après une morsure ou une griffure animale. ❚ La pasteurellose peut s’exprimer sous des formes systémiques chez les sujets immunodéprimés (cancers, chimiothérapie, diabète, cirrhose, VIH+). ❚ Ne pas oublier le tétanos dans les complications possibles des morsures ou griffures chez les sujets immunodéprimés.

3. La cryptosporidiose Une étude a montré que les patients VIH+ atteints de cryptosporidiose sont plus souvent propriétaires de chiens. Cryptosporidium parvum, une coccidie présente dans le tractus gastro-intestinal de nombreux animaux,

41

CANINE - FÉLINE

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 213


Fiche

les risques de zoonoses

Sébastien Hantz, Marie-Laure Dardé Laboratoire de Parasitologie-Mycologie, Centre hospitalier régional universitaire Dupuytren 2, avenue Martin Luther King 87000 Limoges

Objectif pédagogique Prévenir la transmission des zoonoses du chien et du chat chez l’enfant.

pour l’enfant comment les prévenir

chez le chien et le chat En raison de leur contact souvent très proche avec les animaux de compagnie, de leur comportement ou de leur sensibilité clinique, les enfants sont très exposés aux zoonoses. Cette fiche présente les principales maladies susceptibles d’être transmises à un enfant qui vit dans un environnement où se trouve un chien ou un chat.

L NOTE * cf. Les zoonoses transmises à l’homme par contact direct avec un chien, par J. Guillot, dans ce numéro.

es chiens et les chats peuvent jouer le rôle de réservoirs pour de nombreux pathogènes, bactériens, fongiques, parasitaires ou viraux, susceptibles de contaminer l’Homme. Les enfants sont tout particulièrement exposés à ces zoonoses (photo 1). Les différentes zoonoses peuvent être classées selon leur mode de contamination : par contact direct, par ingestion d’agents pathogènes, par griffure ou par morsure, et par transmission vectorielle. LES AFFECTIONS TRANSMISES PAR CONTACT DIRECT

Essentiel ❚ Les principales zoonoses transmises par contact direct avec des chats ou des chiens sont les dermatophytoses. ❚ Les zoonoses par ingestion les plus fréquentes sont la toxocarose due à Toxocara canis et, à un moindre degré, à T. cati.

CANINE - FÉLINE

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE 216 - JUIN / JUILLET 2004

1. Les teignes et les gales ● Les zoonoses les plus fréquemment transmises par contact direct avec des chats ou des chiens sont les dermatophytoses. Deux agents de teignes et de dermatophyties de la peau glabre sont retrouvés chez l’enfant : Microsporum canis et Trichophyton mentagrophytes. De leur côté, les animaux contaminants peuvent être asymptomatiques (en particulier le chat avec M. canis) (tableau, figure). ● Les agents de la gale sarcoptique du chien (exceptionnellement du chat) et de la cheylétiellose du chien et du chat peuvent être responsables de symptômes de courte durée (prurit, papules localisées le plus souvent aux avant-bras). Ces parasites ne peuvent réaliser leur cycle complet chez l’homme. Aussi, les symptômes régressent spontanément*. 2. La leishmaniose ● La transmission de leishmaniose lors de contact étroit entre des lésions cutanées

44

1

Les enfants, souvent très proches très animaux, sont plus sensibles aux maladies que les adultes : ils sont tout particulièrement exposés aux zoonoses (photo M. Barbaray).

Tableau - Fréquence et gravité des zoonoses du chien et du chat transmises à l'enfant Agent pathogène

Fréquence de Gravité transmission

Dermatophytes

++

-

Sarcoptes scabiei

-

-

Toxocara sp.

+

+/-

Toxoplasma gondii

+

+/-

Giardia intestinalis

+/-

+/-

Cryptosporidium sp.

+/-

+

++

+

Bactéries d'origine fécale ● Echinococcus granulosus ● Echinococcus multilocularis ● Dipylidium caninum ●

++ Exceptionnelle

++ -

Bartonella sp.

+

+

Pasteurella sp.

+

+

Virus de la rage

Exceptionnelle

++

Leishmania sp.

Borrelia burgdorferi

Transmission vectorielle

+/-

Ehrlichia sp.

+ +/-

du chien et la peau préalablement lésée de l’enfant a été suspectée, mais jamais prouvée. Elle semble peu probable, en raison du cycle parasitaire : les formes infectantes sont les formes métacycliques présentes chez le vecteur.


reconnaître et prévenir les zoonoses transmises à l’homme par le chat

Cet article présente les affections spécifiques transmises à l’homme par le chat. Celles-ci sont détaillées dans les articles de ce Dossier spécial.

L

es zoonoses transmises par le chat sont parfois identiques à celles transmises par le chien (rage, cheylétiellose, dermatophytoses, ...). Elles peuvent aussi être totalement différentes, par la nature de l'agent pathogène et/ou par les modalités de transmission, voire être exclusives à l'espèce féline. QUAND PENSER À LA TRANSMISSION D'UN AGENT ZOONOTIQUE ? Pour les mêmes raisons que celles évoquées à propos du chien, tout chat, quels que soient son origine, son mode de vie et son environnement, … est a priori susceptible d'héberger et de transmettre un agent pathogène pour l'homme (figure 1).

Figure 1 - Les principales zoonoses transmises à l'homme par le chat,

Virose

Bactériose

Toutefois, il existe des situations particulières, en relation avec l'animal, évaluées par la récolte des commémoratifs, ou avec le propriétaire (encadré 1). ●

COMMENT DÉPISTER UN ANIMAL DANGEREUX ? En pratique, la démarche clinique est identique à celle définie à propos du chien (cf. reconnaître et prévenir les zoonoses transmises par le chien, du même auteur, dans ce numéro).

- Rage

Reconnaître et prévenir les zoonoses transmises par le chat.

Zoonoses mineures - Cowpox - Borréliose

Lyme - Pasteurellose - de Maladie des

Essentiel ❚ Les zoonoses transmises

griffes du chat

- Dermatophytoses - Toxoplasmose - Giardiose

Mycose

Protozoose

Helminthose - Échinococcose - Dipylidiose (cestodes) alvéolaire

Helminthose (nématodes)

Acariose

Entomose

Exemple Des dermatophytoses peuvent être transmises par contact avec un chat porteur mécanique d’arthrospores.

Objectif pédagogique

selon leur caractère majeur/mineur et la nature de l'agent pathogène*

Zoonoses majeures

- Larva migrans ankylostomienne migrans Dirofilariose ascaridienne cardiaque (Toxocara cati) - Strongyloïdose

- Larva

- Cheylétiellose - Gale notoédrique - Pulicoses

COMMENT INTERVENIR ? Les mesures prophylactiques sont fondées sur la connaissance précise des modes de transmission de l'agent pathogène correspondant (figure 2). Les zoonoses transmises par contact ● Les zoonoses par contact sont transmises à la faveur des manipulations de l'animal, de jeux, de soins, …, et sont dues à des agents pathogènes présents à la surface de la peau ou dans le pelage. ● Il s’agit : - soit d’espèces ectoparasites naturelles de la

Encadré 1 - Les situations particulières à risques pour les zoonoses du chat Les situations à risques iées à l’animal

1. Cas du chaton acquis au sein d'un élevage ou d'une animalerie, et a fortiori recueilli. C'est le cas classique de l'animal récemment sevré, "abandonné", qui s'introduit progressivement dans la famille, et qui est rapidement adopté par les enfants, puis par les parents. ● La consultation de cet animal est fréquemment motivée, outre les vaccinations, à la demande du médecin, par l'apparition de cas d'herpès circinés. 2. Cas d'un animal peu médicalisé, confronté à des sources multiples de contamination. ● Il s’agit d’un "chat errant", qui chasse, vivant ●

Gilles Bourdoiseau Unité de Parasitologie-MycologieMaladies parasitaires E.N.V.L. 1, avenue Bourgelat, BP 83 69280 Marcy l’Étoile

en grande partie dehors, et entrant en contact avec de nombreuses espèces animales, dont certaines sont sauvages. ● Ce peut être aussi un chat qui vit au sein d'un groupe.

à l’homme par le chat spécifiquement sont : - l’échinococcose à E. multilocularis ; - la giardiose ; - la toxocarose. ❚ Actuellement, l’implication de Toxocara cati est confirmée dans l’apparition d’un syndrome cliniquement identique : viscéral et oculaire à celui de T. canis. ❚ En France, le chat est peu impliqué dans la transmission de la toxoplasmose : celle-ci repose essentiellement sur la consommation de viande de mouton peu cuite.

NOTE * Le caractère majeur/mineur est défini ici en considérant l'espèce féline : la toxoplasmose n'est pas dans un contexte félin une zoonose majeure alors qu'elle l'est dans un contexte ovin. Toutefois, l'association toxoplasmose-chat est tellement ancrée dans l'esprit des propriétaires (et parfois du médecin ! ) qu'elle justifie ce caractère.

Les situations à risques iées au propriétaire Outre les critères habituels (milieu défavorisé, hygiène défectueuse, présence d'enfants et/ou de sujets souffrant de maladies chroniques, d'immunodépression,…), il importe de relever le cas d'une femme enceinte au sein du foyer, dont le suivi médical justifie la consultation du chat (exemple de la toxoplasmose).

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FÉLINE

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 219


prévenir les zoonoses transmises par contact direct avec le chat

Quelles affections peuvent être transmises à l’Homme par contact avec le chat ? Comment les diagnostiquer et les traiter ? Quelles mesures de prévention mettre en œuvre ?

L

es agents pathogènes retrouvés à la surface de la peau ou dans le pelage du chat sont aussi nombreux que chez le chien : virus, bactéries, champignons ou arthropodes ectoparasites. La plupart de ces agents ne sont pas directement pathogènes pour l’Homme. ● Le chat n’est pas porteur de bactéries qui, par simple contact, peuvent être transmises à l’Homme. En revanche, quelques cas de transmission du virus cowpox du chat à l’Homme ont été décrits (encadré). ● Le risque de contamination humaine par contact direct avec un chat se résume en fait à deux types d’agents pathogènes : 1. les dermatophytes, tout particulièrement Microsporum canis ; 2. les cheylétielles avec l’espèce spécifique du chat Cheyletiella blakei. ● Pour limiter ce risque, le vétérinaire doit être capable de détecter la présence des ectoparasites chez le chat et de mettre en place des mesures de lutte appropriées (tableaux 1, 2).

Objectif pédagogique ❚ Diagnostiquer, traiter les affections transmises à l'Homme par contact avec le chat, et mettre en œuvre les mesures de prophylaxie associées.

1

Lésion d’herpès circiné sur le propriétaire d’un chat présentant des lésions de dermatophytose dues à Microsporum canis. La lésion cutanée humaine est érythémateuse et prurigineuse avec un pourtour finement vésiculeux (photo service de Parasitologie, E.N.V.A.).

La difficulté majeure représentée par Microsporum canis et Cheyletiella blakei provient de la fréquence du portage asymptomatique par le chat. ● Dans de nombreux cas, c’est la contamination humaine qui motive la consultation vétérinaire, et la mise en œuvre d’examens complémentaires spécifiques est nécessaire pour détecter la présence des parasites sur un chat par ailleurs en excellente santé, … LA TRANSMISSION DE MICROSPORUM CANIS ● Les dermatophytes sont des champignons filamenteux parasites obligatoires des phanères et de la couche cornée de l’épiderme chez les mammifères et les oiseaux.

Encadré - Les agents pathogènes présents à la surface de la peau du chat : une grande diversité 1. La transmission du virus cowpox Les chats se contaminent vraisemblablement à la faveur d'une plaie cutanée en chassant des rongeurs en milieu rural, et peuvent présenter des lésions ulcérées ou croûteuses. ● Cette poxvirose cutanée est transmissible à l'Homme, qui présente alors sur les mains des vésicules ou des pustules, associées à une lymphangite avec hyperthermie. L'infection peut être grave, parfois fatale chez l'immunodéprimé. ●

2. Les ectoparasites Les ectoparasites du chat sont nombreux, mais seuls quelques-uns représentent un risque potentiel. - Le pou du chat (Felicola subrostratus) fait preuve

Jacques Guillot

Service de Parasitologie-Mycologie E.N.V.A. 7, avenue du Général De Gaulle 94704 Maisons-Alfort cedex

d’une spécificité d’hôte très étroite et aucune transmission à l’Homme n’a jamais été décrite. - Les tiques et les aoûtats se transmettent uniquement à partir d’une source environnementale et aucune possibilité de transmission du chat à l’Homme n'existe. - Le cas des puces peut être comparé avec une infestation humaine par Ctenocephalides felis à partir des adultes issus des cocons présents dans le milieu extérieur et, exceptionnellement, à partir des puces adultes présentes initialement dans le pelage du chat. - L’acarien ectoparasite Notoedres cati est susceptible de provoquer des lésions de prurigo galeux chez l’Homme, mais ce parasite est devenu rarissime en France métropolitaine.

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Essentiel ❚ Deux types d’agents pathogènes peuvent être transmis du chat à l’Homme : les dermatophytes et les cheylétielles. ❚ Le portage asymptomatique de Microsporum canis et de Cheyletiella blakei est fréquent chez le chat.

FÉLINE

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 221


la toxoplasmose Gilles Bourdoiseau Unité de Parasitologie-MycologieMaladies parasitaires E.N.V.L. 1, avenue Bourgelat, BP 83 69280 Marcy l’Étoile

Objectifs pédagogiques ❚ Prévenir la contamination de la femme enceinte par la toxoplasmose.

NOTE * Le caractère majeur/mineur est défini ici en considérant l'espèce féline : la toxoplasmose n'est pas dans un contexte félin une zoonose majeure alors qu'elle l'est dans un contexte ovin. Toutefois, l'association toxoplasmose-chat est tellement ancrée dans l'esprit des propriétaires (et parfois du médecin ! ) qu'elle justifie cette qualification de majeure.

quels risques de transmission par le chat ? En raison de sa fréquence et de sa gravité médicale et économique, la toxoplasmose est une zoonose majeure. Cet article présente le risque réel que le chat représente pour la contamination humaine.

S

i le vétérinaire praticien est confronté à la toxoplasmose dans un contexte d'élevage ovin (avortements, mortinatalité, vaccinations), il l'est encore plus par une consultation motivée par le médecin de famille. ● Le suivi médical d'une femme enceinte oblige le médecin à contrôler le statut sérologique de sa patiente vis-à-vis de Toxoplasma gondii, en début de grossesse (décret 92-143 du 14/02/92) (encadré 1). ● Dans le cas où le premier contrôle est "négatif", le suivi sérologique est obligatoire, et une séroconversion induit un traitement

Essentiel ❚ Pour l’Homme, les sources de toxoplasmes sont : - le chat ; - la viande des hôtes intermédiaires ; - la voie utérine. ❚ Pour le fœtus, la période la plus dangereuse se situe au cours du 2e trimestre de la grossesse. ❚ Les examens clinique, sérologique et coproscopique ne permettent pas de déterminer avec certitude si le chat représente un risque ou non.

FÉLINE

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE 226 - JUIN / JUILLET 2004

toxoplasmicide défini. C'est dans ce cadre que le médecin demande à sa patiente de présenter le chat de la maison au vétérinaire, afin de contrôler son état clinique, et de dépister son rôle éventuel dans la contamination potentielle de sa propriétaire. ● Répondre à cette question suppose : - de bien connaître le cycle évolutif du parasite, cycle complexe, qui offre plusieurs modalités de contamination humaine (encadré 2) ; - de maîtriser les données épidémiologiques qui permettent d'appréhender la place du chat dans les cycles du toxoplasme, afin d'éclairer le propriétaire, et parfois le médecin, sur les risques réels de contamination de la femme enceinte. IMPORTANCE ÉPIDÉMIOLOGIQUE ● Due au parasite Toxoplasma gondii, la toxoplasmose est une zoonose pour laquelle il existe un programme officiel de prévention.

Encadré 1 - Les trois statuts sérologiques possibles d’une femme enceinte vis-à-vis de la toxoplasmose et les mesures de prévention associées La recherche obligatoire d'anticorps anti-toxoplasme chez la femme enceinte doit être effectuée deux fois à 3 semaines d'intervalle, selon le décret 92-143 du 14/02/92 (tableau).

Trois situations peuvent se présenter :

1. Situation 1 : caractérisée par une trace sérologique, reposant sur une absence, ou un très faible taux d'anticorps de type IgM (immunoglobuline M) ne pouvant être détecté. - Cet isotype (IgM) signe une infection récente. - Cette situation traduit l'existence d'une immunité résiduelle efficace et l'absence de ré-infection ou de ré-activation de kystes quiescents. - Elle est favorable : une contamination au cours de la grossesse est a priori inhibée par l'immunité maternelle (qui repose sur des immunoglobulines G) et la contamination fœtale est a priori impossible ;

2. Situation 2 : caractérisée par deux résultats significativement différents. Le 2e montre une augmentation du titre, notamment des IgM, ce qui signe une toxoplasmose évolutive et nécessite un traitement et une surveillance maternelle et fœtale ;

54

3. Situation 3 : caractérisée par un résultat "négatif", qui signe l'absence de contact entre le patient et le parasite, ou l'absence d'immunité efficace. - Cette situation nécessite une surveillance sérologique et clinique au cours de la grossesse, avec instauration d'une hygiène stricte, afin d’éviter tout rique de contamination : ● la cuisson des viandes et abats : toute viande saignante, peu cuite est proscrite (steak tartare, beefsteak saignant, fondue bourguignonne, brochettes, méchouis, côtelettes, …). La consommation de viande congelée à -5°C pendant 48 h, ou à -20°C pendant 24 h est suffisante. La manipulation de la viande crue est également déconseillée. ● le lavage abondant des légumes et des fruits susceptibles d'avoir été contaminés par des oocystes fécaux éliminés par un chat ; ● l’interdiction de manger des crudités dans les lieux de restauration collective ; ● l’interdiction de nettoyer et de vider le bac à déjections du chat. À défaut, il est possible de le laver à l'eau bouillante au moins une fois par jour, le temps de la sporogonie des oocystes étant dans les conditions optimales au minimum de 24 h.


note de lecture François Moutou A.F.S.S.A. Lerpaz BP 67 94703 Maisons-Alfort Cedex

une zoonose aux USA : la peste chez le chat Absente d’Europe, la peste reste une zoonose bien présente en Amérique, en Asie et en Afrique. Les chats jouent un rôle dans la transmission de cette maladie aux humains.

1

Écureuil de Colombie britannique (Spermophilus colombianus) : aux États-Unis, les rongeurs les plus concernés sont des sciuridés, des écureuils terrestres (Spermophilus sp.) et des chiens de prairie (Citellus sp.) (photos F. Moutou).

T

ransmise par des piqûres de puces, plus rarement par voie respiratoire, la peste est une maladie bactérienne causée par Yersinia pestis. Elle figure sur la liste des micro-organismes suivis dans le cadre de la vigilance anti-bioterrorisme. LE RÔLE DES CHATS DANS LA TRANSMISSION DE LA PESTE

Références 1. Orloski KA, Lathrop SL. Plague: a veterinary perspective. JAVMA 2003;222(4):444-8. 2. Rosser WW. Bubonic plague. JAVMA 1987;191(4):406-9. 3. Ruiz A Plague in the Americas. Emerging Infectious Diseases 7(3)(suppl):539-40. 4. Thornton DJ, Tustin RC, Pienaar BJ, Pienaar WN, Budd HD. Cat bite transmission of Yersinia pestis infection in man. J S Afr Vet Assoc 1975;46(2):165-9.

Pour en savoir plus ● http://www.promedmail.org.

(ref: 20040502.1213, 20020829.5184, 20010701.1255, 20010627.1225, 20010524.1014, 20010426.0818).

FÉLINE

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE 230 - JUIN / JUILLET 2004

● Le réservoir naturel de la bactérie est constitué par divers rongeurs fouisseurs. ● Ls chats domestiques peuvent aussi jouer un rôle de source de contamination directe pour les humains, pour plusieurs raisons. - Les chats et les félidés sont plus sensibles à la peste que d’autres carnivores. Les chiens, par exemple, sont plus résistants et les cas reconnus dans cette espèce sont plus rares. - Le comportement des chats, qui chassent les rongeurs même lorsqu’ils sont nourris et bien soignés, les expose à la maladie. ● Il semble que les chats puissent transmettre

Encadré 1 - La peste humaine aux USA ●

De 1977 à 2001 :

- pas moins de 294 chats ont été reconnus contaminés par la peste aux États-Unis.

2 Écureuil terrestre à mante dorée (S. lateralis).

Encadré 2 - Les symptômes chez le chat Le chat est léthargique, anorexique, a de la fièvre et un gros ganglion lymphatique, abcédé ou non, est palpable. Cette palpation peut être très douloureuse. Certains chats ne présentent que des signes d’infection systémique. ● L’incubation dure de un à quatre jours. ● Le traitement repose sur les antibiotiques (par exemple, gentamicine ou doxycycline pendant 10 à 21 jours), à administrer de préférence dans une clinique vétérinaire (hospitalisation), surtout en cas de forme pulmonaire (l’animal ne doit pas rester chez son maître). ● Normalement, comme chez l’homme, au bout de 72 h de traitement, l’animal n’est plus contagieux. ●

la peste à l’Homme par voie respiratoire, les cas humains pouvant alors être plus graves car évoluant plus rapidement. ● Les chats peuvent aussi transmettre la peste par morsure [4]. ● Chez l’homme, la forme habituelle de contamination est la morsure par une puce de rongeur. ● L’essentiel des données présentées vient des États-Unis (encadré 1) [1, 2, 3].

- dans le même temps, 377 cas humains ont

UN PROBLÈME DE SANTÉ PUBLIQUE

été recensés, dont 15 p. cent mortels. - Les états les plus touchés sont le Nouveau Mexique (201 cas humains), l’Arizona (55), le Colorado (42) et la Californie (37). Le rôle du chat ● Quelques chiffres mettent bien en avant l’importance particulière du chat. - Sur les 251 cas de peste humaine comptabilisés entre 1977 et 1994, 15 sont liés à des contaminations par des chats (6 p. cent des cas). - Parmi ces 15 cas humains, quatre se sont manifestés par une forme pulmonaire, alors qu’une telle atteinte n’a été observée que dans un seul des 236 cas dus à d’autres sources de contamination. - Pour la période cumulée 1977-1998, 23 cas de peste humaine liés à des chats ont été recensés, dont cinq formes pulmonaires.

Les vétérinaires praticiens ont un rôle majeur à jouer dans la détection des cas de peste, problème de santé publique. ● Le chat se contamine, soit par un contact avec un rongeur malade, soit après piqûre par une puce de rongeur : aux États-Unis, les rongeurs les plus concernés sont des sciuridés, des écureuils terrestres (Spermophilus sp.) et des chiens de prairie (Citellus sp.) (photos). ● Le tableau clinique ressemble à celui de l’Homme (bubons), mais une confusion est possible avec des pasteurelloses (encadré 2). ● La prévention consiste à mettre des colliers anti-puces aux chats qui circulent en zone d’endémie. ❒

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observation clinique dermatophytose féline avec contamination humaine chez un chat

Objectif pédagogique ❚ Diagnostiquer, traiter

La dermatophytose féline est une affection dermatologique à caractère zoonosique. Cette observation illustre un exemple de teigne à M. canis chez une chatte de six ans avec contamination humaine.

U

ne chatte stérilisée de race Birman, âgée de six ans, est présentée à la consultation pour des lésions squameuses, peu dépilées et extensives, apparues trois mois auparavant. ANAMNÈSE ET COMMÉMORATIFS

Cette chatte, acquise à l’âge de trois mois, vit en maison, en compagnie d’un chat mâle castré, de race Européen, âgé de dix mois et adopté six mois auparavant. Elle n’a aucun antécédent pathologique. ● Les lésions ont débuté par une blépharite érythémateuse et prurigineuse et se sont lentement étendues à la tête, au cou, au tronc et à l’extrémité des membres. Le léchage est intense. Aucun trouble général n’est signalé. ● Un confrère, suspectant une dermatite par allergie aux piqûres de puces (D.A.P.P.), a réalisé une injection de corticoïdes qui a, semble-t-il, aggravé les lésions. Les deux chats sont régulièrement traités contre les puces à l’aide de pipettes d’insecticide. ● À la question concernant la présence de lésions sur le chat ou leur apparition sur un membre de la famille, la propriétaire signale qu’aucune lésion n’est observée sur le chat, mais que sa fille, sur le lit de laquelle dort la chatte, présente, depuis quelques mois, sur les bras (photo 3), des lésions rondes, érythémateuses et prurigineuses qu’elle traite par applications d’un antiseptique. Ce traitement se révèle sans effet. ●

EXAMEN CLINIQUE L’examen clinique général ne révèle aucune anomalie. ● L’examen dermatologique montre la présence de lésions alopéciques de forme irrégulière, à limites floues, caractérisées par de ●

Didier Pin Unité de dermatologie E.N.V.L. 1, avenue Bourgelat 69280 Marcy l’Étoile

la dermatophytose féline et mettre en œuvre les mesures prophylactiques liées au caractère zoonosique de cette affection.

Motif de consultation ❚ Lésions squameuses

1

peu dépilées et extensives apparues depuis 3 mois.

État kérato-séborrhéique marqué et dépilations lors de teigne à M. canis chez une chatte (photos D. Pin).

l’érythème, des croûtes et un état kérato-séborrhéique (squames et manchons pilaires) (photos 1, 2). Les principaux éléments anamnestiques et cliniques retenus sont : chatte adulte, sans antécédent pathologique, qui présente une dermatite érythémateuse, squamocroûteuse, extensive, prurigineuse et peu dépilante, aggravée par les corticoïdes, apparue quelques mois après l’arrivée d’un chaton, sans lésion cutanée apparente, et suspecte d’être contagieuse à l’Homme.

Symptômes ❚ Blépharite érythémateuse et prurigineuse. ❚ Lésions érythémateuses et prurigineuses de la tête, du cou, du tronc et de l’extrémité des membres. ❚ Léchage intense.

HYPOTHÈSES DIAGNOSTIQUES

Hypothèses diagnostiques

Compte tenu du caractère zoonotique probable de la dermatite observée, les hypothèses diagnostiques principales sont une dermatophytose et une cheylétiellose. ● D’autres hypothèses diagnostiques peuvent être évoquées si l’on considère que les lésions cutanées observées chez l’enfant ne sont pas liées à une contamination à partir de la chatte : par ordre de probabilité décroissante, une dermatite allergique telle qu’une D.A.P.P. ou une dermatite atopique/allergie alimentaire, une dermatite à Otodectes, une démodécie féline, un syndrome paranéoplasique tel qu’une dermatite exfoliative liée à un thymome.

Ces hypothèses sont, par ordre de probabilité décroissante : ❚ Une dermatophytose. ❚ Une cheylétiellose. ❚ Une dermatite par allergie aux piqûres de puces. ❚ Une dermatite atopique / une allergie alimentaire. ❚ Une dermatite à Otodectes. ❚ Une démodécie féline. ❚ Un syndrome paranéoplasique.

DIAGNOSTIC ET EXAMENS COMPLÉMENTAIRES Les examens complémentaires, à mettre en œuvre pour infirmer ou confirmer les hypothèses de dermatophytose et d’ectoparasitose, sont un examen du pelage à l’aide d’une lampe de Wood, un examen direct de poils prélevés par épilation au niveau

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FÉLINE

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 231


nutrition comment alimenter

le chien diabétique

Lors de diabète chez le chien, un traitement nutritionnel adapté est essentiel pour la réussite du traitement médical. Cet article présente les modifications du métabolisme induites par le diabète, et les conséquences qui en résultent sur le régime alimentaire de l’animal.

Lucile Martin Service d’alimentation et de nutrition E.N.V.N. Atlanpole - La Chantrerie BP 40706 44307 Nantes Cedex 03

Objectif pédagogique Alimenter un chien diabétique.

1

L

e diabète sucré est une maladie complexe, caractérisée cliniquement par un état d'hyperglycémie permanent. Ce trouble du métabolisme glucidique est le résultat, soit d'une déficience partielle ou totale en insuline, soit d’un défaut acquis ou inné de l’action tissulaire de l’insuline (insulino-résistance). ● La classification des diabètes du chien conduit à la division en deux groupes d’affections, caractérisées ou non par un besoin en insuline exogène. ● Comme dans le cas de l’insuffisance rénale chronique, lors d’un diabète insulinopénique, 75 p. cent de la masse des cellules béta du pancréas est détruite lorsque la régulation de la glycémie commence à être perturbée. Aussi, les signes cliniques apparaissent tardivement. ● Ceux-ci sont caractéristiques : polyurie et polydipsie dominent le tableau clinique. La polyphagie ou la perte de poids sont inconstantes, et dépendent de l'origine de la maladie. ● La mise en œuvre d’un traitement nutritionnel adapté est l’une des clés de la réussite du traitement médical. Les buts sont : - de réduire la dose d'insuline ; - d'améliorer le contrôle de la glycémie, voire d'éviter les hypoglycémies iatrogènes ; - de réduire les complications liées au diabète, c'est-à-dire de maintenir le poids, de lutter contre une éventuelle insuffisance rénale chronique et une hypertension artérielle, et d’éviter le développement d’une cataracte. LE BESOIN ÉNERGÉTIQUE Trois situations peuvent se présenter. 1. Le chien a un embonpoint et un poids corporel normaux.

Les apports énergétiques sont à adapter au statut pondéral du chien diabétique. Pour ce Labrador obèse, l’apport à proposer est de 0,8 fois le besoin d’entretien.

Dans ce cas, l’apport énergétique journalier est identique à celui d’un chien à l’entretien : Besoin énergétique d’entretien (en kcal E.M./j) = 130 x p0,75 2. Le chien présente un excès pondéral. Il est alors nécessaire de diminuer l’apport énergétique, mais plus modérément que lors d’un régime hypo-énergétique : proposer un apport de 0,8 fois le besoin d’entretien (photo 1). 3. Le chien est maigre : augmenter progressivement les apports alimentaires, par palliers de 20 p. cent, jusqu’à atteindre le poids désiré. L'APPORT PROTÉIQUE ● L’état diabétique est caractérisé par : - une augmentation du catabolisme protéique ; - une augmentation de la néoglucogénèse hépatique lors de carence en insuline [3]. Il est donc nécessaire d'apporter suffisamment de protéines, pour couvrir les besoins quantitatifs et qualitatifs (acides aminés essentiels). ● L’apport protéique devrait représenter environ 20 à 30 p. cent de l’énergie de la ration, ce qui est équivalent à un rapport protido-calorique variant entre 57 et 85 g M.P.B.*/Mcal E.M.*) [9]. ● Cependant, en fonction du bilan médical de l’animal, les apports protéiques peuvent être modulés : - pour un animal obèse, cette valeur est augmentée d’autant que l’apport énergétique est diminué ; - lors d’insuffisance rénale associée, les ap-

NOTE * E.M. : énergie métabolisable. p : poids corporel. M.P.B. : matière protéique brute

Essentiel ❚ L’apport protéique devrait représenter de 20 à 30 p. cent de l’énergie de la ration. ❚ Hormis la quantité, la qualité des aliments glucidiques est importante, ainsi que leur teneur en fibres alimentaires, solubles ou insolubles. ❚ Les aliments à faible index glycémique sont à privilégier : les pâtes alimentaires, les lentilles, les pommes de terre cuites à l’eau et l’amidon de maïs.

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Partenariat

RUBRIQUE

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 235


principe actif

Hervé Pouliquen

l’itraconazole

L

’itraconazole est un antifongique de la famille des conazoles. Il est utilisé par voie orale, dans le traitement des mycoses superficielles, principalement des teignes (Microsporum canis, M. gypseum et Trichophyton mentagrophytes), et des mycoses profondes, notamment de la cryptococcose, et de l’aspergillose. PHARMACOLOGIE Pharmacocinétique

● L’itraconazole est résorbé rapidement après administration par voie orale. Sa biodisponibilité chez le chien et le chat est de l’ordre de 70 à 80 p. cent. Elle est augmentée par la prise du repas. Sa fixation aux protéines plasmatiques est très élevée (> 90 p. cent). ● L’itraconazole se distribue principalement dans les graisses, l’omentum, le foie, les reins et la peau (concentrations deux à vingt fois supérieures aux concentrations plasmatiques), et secondairement dans les phanères. ● Il subit d’intenses biotransformations hépatiques (plus de trente métabolites, dont certains ont une activité antifongique). ● Sa demi-vie d’élimination plasmatique est d’environ 17 à 20 h. Il est surtout éliminé sous forme métabolisée (85 p. cent) et, secondairement, sous forme parentale (15 p. cent), dans les urines et dans les matières fécales.

PROPRIÉTES PHYSICO-CHIMIQUES

Pharmacodynamie L’itraconazole est un antifongique à action systémique. ● Il agit en inhibant la synthèse de la membrane fongique, ce qui perturbe sa perméabilité. Ceci est à l’origine d’une fuite de composants cellulaires (cations minéraux, acides aminés, protéines, …), qui induit la dégénérescence de la cellule fongique. En effet, l’intégrité de la membrane fongique dépend de sa composition, notamment en ergostérol et en acides gras insaturés. L’itraconazole inhibe la biosynthèse de l’ergostérol en interférant avec la 14α-déméthylase cytochrome P450 dépendante (CYP51). De plus, il interagirait avec les acides gras insaturés de la membrane. ● L’itraconazole agit aussi en inhibant certaines enzymes de la chaîne respiratoire (cytochrome c oxydase et catalase), et en altérant la paroi fongique. ● Il possède un spectre d’activité large, dirigé surtout contre les levures, les dermatophytes, Aspergillus sp. ainsi que Malassezia (tableau 1). ●

Modalités d’emploi ● En médecine humaine, l’itraconazole (Sporanox®) est disponible sous deux formes pharmaceutiques :

Figure - Structure de l’itraconazole

● Dénomination commune internationale : Itraconazole.

● Caractéristiques : L’itraconazole est soluble dans les solvants organiques polaires (éthanol) et apolaires, et très peu soluble dans l’eau.

Classe pharmacologique - Antifongique.

Indications ❚ Traitement des mycoses superficielles (teignes). ❚ Traitement des mycoses profondes.

Essentiel

USAGE THÉRAPEUTIQUE

● Dénomination chimique : (±)-cis-4-[4-[4-[[2-(2,4-dichlorophényl)-2-(1H-1,2,4triazol-1-ylméthyl)-1,3- dioxolan-4-yl] méthoxy]phényl]-1-piperazinyl]phényl]-2,4-dihydro-2-(1-méthylpropyl)-3H-1,2,4-triazol-3-one.

● Structure et filiation : L’itraconazole dérive de l’imidazole par la substitution de l’atome d’hydrogène porté par l’un des azotes hétérocycliques par une chaîne latérale. C’est un analogue structural du kétoconazole dans lequel le noyau imidazole est remplacé par un 1,2,4-triazole et l’acétyle par un groupe 3-oxotriazolylphényle substitué (figure).

Unité de Pharmacie-Toxicologie E.N.V.N. BP 40706 44307 Nantes Cedex 03

❚ L’itraconazole est un antifongique à spectre large. ❚ L’itraconazole agit sur de nombreuses mycoses à des doses plus faibles que les autres conazoles. Il présente moins d’effets indésirables aux doses thérapeutiques. ❚ Une spécialité vétérinaire sera bientôt commercialisée en France. ❚ Actuellement, l’itraconazole est réservé à l’usage hospitalier en médecine humaine.

Il présente un caractère acide fort (pKa = 3,7). L’itraconazole est stable en milieu neutre (même après 5 jours à 100°C). Mais, en milieu acide (HCl 0,01 M) ou basique (NaOH 0,01 M), des produits de dégradation correspondant à la coupure de la pipérazine se forment.

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RUBRIQUE

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 239


N.A.C. les zoonoses parasitaires

transmises à l’homme par les rongeurs et les lagomorphes

Objectif pédagogique

Les dermatoses au sens large représentent un motif fréquent de consultation chez les rongeurs et les lagomorphes. Le principal mode de contamination entre l’animal et l’Homme est le contact direct.

L

es propriétaires d’animaux, les éleveurs, les soigneurs animaliers, le personnel d’animalerie ou de laboratoire sont les plus enclins à contracter une zoonose auprès des rongeurs et des lagomorphes. Parmi cette population "à risque", les enfants de moins de 10 ans, les femmes enceintes, les personnes âgées immunodéficientes et les sujets immunodéprimés sont les plus prédisposés. ● Les dermatoses parasitaires représentent l’essentiel des risques zoonotiques pour les rongeurs et les lagomorphes. Les piqûres de puces ou l’ingestion de parasites sont d’autres voies possibles de contamination. ● Toutefois, sans le sous-estimer, le risque zoonotique est à relativiser, car il dépend de différents facteurs, qui sont : - le contact plus ou moins étroit entre le propriétaire et son animal (certains lapins ont accès à la chambre, voire au lit,…) ; - l’hygiène et la salubrité du milieu de vie, déterminantes. Dans tous les cas, le bon sens et l’hygiène doivent l’emporter. ● Les parasites transmis à l’Homme par les

Prévenir la transmission des dermatoses parasitaires par les N.A.C.

1

Gale à Trixacarius caviae chez un cobaye : les ectoparasites sont le plus souvent en cause dans les zoonoses transmises aux humains.

rongeurs et les lagomorphes sont surtout des ectoparasites, responsables de dermatoses, et des helminthoses (encadré 1). ● Les ectoparasites, le plus souvent en cause, sont fréquents chez le lapin, le cobaye, le hamster (photo 1). Ils sont rares chez l’écureuil de Corée, chez la gerbille et chez le rat. ● Les signes évocateurs de dermatoses parasitaires sont un prurit, des alopécies diffuses ou calvescentes, ou un squamosis (photo 2). ● Un nombre appréciable de ces parasites sont transmissibles à l’Homme. Aussi, le risque de zoonose est réel, et exacerbé par les manipulations fréquentes de ces petits animaux.

2

Lésion de teigne sur un cobaye : les signes évocateurs de dermatoses parasitaires sont un prurit, des alopécies diffuses ou calvescentes, ou un squamosis (photos D. Boussarie).

LES TEIGNES CHEZ LE LAPIN ET LE COBAYE Les teignes sont fréquentes chez les lapins et les rongeurs de compagnie, en particulier le cobaye, le chinchilla, la souris, le hamster et le chien de prairie (photo 3). ●

Encadré 1 - Les parasites digestifs transmis à l’homme par les rongeurs et les lagomorphes ● Certains cestodes ou vers plats du groupe des - Chez les petits rongeurs (souris, hamster), ce cestænias peuvent être transmis à l’homme par les rongeurs et les lapins de compagnie. ● Le lapin peut transmettre Taenia taeniaformis et Multiceps serialis. - La contamination s’effectue par voie digestive, par les doigts portés à la bouche après avoir caressé le pelage du lapin. - Chez l’homme, les tænias provoquent des troubles digestifs. L’infestation est objectivée par la présence d’anneaux dans les selles. ● Le rat, la souris, le hamster et le cobaye peuvent transmettre Hymenolepis nana.

Didier Boussarie Clinique vétérinaire Frégis 43, avenue Aristide Briand 94110 Arcueil

tode parasite peut provoquer une entérite sévère, avec un risque d’occlusion intestinale et de mort. - L’examen coprologique permet de mettre en évidence des œufs caractéristiques, ronds, à coque épaisse, avec un double crochet dans la morula. - Ce parasite est transmissible à l’homme par ingestion directe des œufs infestants, ou par ingestion de l’hôte intermédiaire (puce, coléoptère). ● Un autre cestode, Hymenolepis diminuta, parasite de la souris, du rat et du hamster, peut également infester l’homme, mais il est moins fréquent.

3

Teigne chez un lapin. L’agent le plus fréquemment impliqué est Trichophyton mentagrophytes.

Essentiel ❚ Éviter le contact étroit entre le propriétaire et l’animal (notamment, l’accès à la chambre et au lit).

RUBRIQUE

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LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 241


diagnostic

le diagnostic de la tuberculose chez le chien et le chat

Séverine Boullier Service de Microbiologie Immunologie E.N.V.T., 23, chemin des Capelles 31076 Toulouse Cedex 3

Après de longues années de recul, la tuberculose, aussi bien animale qu’humaine, redevient un problème important, en France et en Europe, pour la santé publique. Dans ce cadre, les vétérinaires praticiens jouent un rôle pivot. À l’heure actuelle, la source principale de contamination Le diagnostic Très difficile à établir, le diagnostic de tuberculose chez les carnivores domestiques fait appel à des méthodes d'investigation variées : cliniques, radiologique, biologique, bactériologique, histologique. Chaque méthode est souvent insuffisante en ellemême, ou non réellement validée chez les carnivores, mais apporte cependant des informations précieuses pour le diagnostic. ● Dans ces espèces, pour des raisons encore mal connues, la tuberculine n’induit pas assez d’inflammation au point d’injection, et ne peut pas être utilisée pour le diagnostic. Chez les chiens contaminés, la tuberculination provoque des variations de température corporelle. Ces variations sont très difficiles à suivre, et ne peuvent pas constituer un test diagnostic fiable. ● Le diagnostic sérologique est également non valable : de nombreuses mycobactéries saprophytes induisent des réactions croisées, et le taux d’anticorps est équivalent entre les animaux malades et les non infectés. ●

La tuberculination Chez l’homme et chez les ruminants, un test d’intradermoréaction est utilisé. Il est fondé sur la présence des lymphocytes mémoires Th-1 chez les individus infectés. ● La tuberculine, une sous-fraction de la paroi des mycobactéries susceptible de révéler un état d’immunisation mais incapable d’immuniser l’individu, est injectée dans le derme. - Si l’individu est immunisé, les lymphocytes T mémoires spécifiques de l’antigène sont recrutés sur le site de l’injection. Ils synthétisent des chémokines, permettant le recrutement des macrophages, qui phagocytent la tuberculine. Les macrophages ●

* cf. Rubrique Questions-réponses, dans ce numéro.

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE 244 - JUIN / JUILLET 2004

Le diagnostic bactériologique : la seule méthode fiable

L’expression clinique ● L’expression clinique de la tuberculose peut avoir lieu lors de l’infection primaire mais également lors de réactivation sur des animaux infectés de façon persistante. ● Actuellement, la forme clinique de la tuberculose des carnivores domestiques est principalement une forme pulmonaire (contamination par aérosols à partir d’individus infectés). La forme digestive, en relation avec la consommation d’aliments provenant d’animaux contaminés, a presque totalement disparu.

activés par les lymphocytes mémoires libèrent des substances inflammatoires sur le site d’injection. Ceci se traduit par une inflammation qui peut aller jusqu’à la nécrose au point d’injection : il s’agit du mécanisme d’hypersensibilité de type IV ou hypersensibilité retardée (H.S.R.). L’inflammation apparaît 24 à 48 h après l’injection. Elle est souvent maximale 72 h après l’injection et peut persister plusieurs jours. - À l’inverse, si l’individu n’est pas immunisé, la tuberculine n’active pas le système immunitaire et n’induit pas d’inflammation au point d’injection.

Avec la recrudescence de la tuberculose humaine, on peut s’attendre à voir réapparaître la tuberculose chez les animaux en contact avec les personnes contaminées. ● Le traitement est long et les problèmes d’antibiorésistance sont de plus en plus fréquents. Il est donc déconseillé de traiter un animal infecté. Le propriétaire doit comprendre que son animal ●

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Les risques de réactivation ou d’infection sont particulièrement élevés quand la réponse Th-1 est défectueuse. Ceci peut s’observer sur des animaux stressés et/ou avec des carences alimentaires importantes. ● A priori , par analogie avec l’homme, les chats infectés par le F.I.V. et/ou le Fe.L.V. et en phase d’immunodéficience sont des animaux à risque, bien qu’en France, les cas de tuberculose féline ne semblent pas associés aux infections par ces rétrovirus. ●

● Le seul diagnostic de certitude est bactériologique, avec la mise en évidence du bacille. La culture in vitro et l’identification des mycobactéries demande plusieurs semaines. ● Des tests diagnostiques fondés sur la P.C.R. (polymerase chain reaction) sont en cours de validation chez les carnivores domestiques.

CONCLUSION

NOTE

RUBRIQUE

des carnivores est l’homme infecté. Inversement, les carnivores atteints représentent un risque majeur pour leur environnement. Aussi, les vétérinaires doivent être capables de diagnostiquer la tuberculose chez les carnivores domestiques et de prendre les mesures adaptées.

La conduite à tenir ● Lorsque les éléments cliniques sont suffisamment forts pour envisager une tuberculose, il est possible chez le chien d’injecter la tuberculine par voie intraveineuse. - Mais, si l’animal est en phase évolutive, les signes cliniques généraux associés à l’injection de la tuberculine, probablement liés à une libération massive de TNFα et d’IFNγ par les lymphocytes mémoires, obligent souvent à euthanasier l’animal. - Aux doses utilisées, la tuberculine ne provoque pas d’effets chez les chiens sains. ● La vaccination des animaux contre la tuberculose n’est pas autorisée en France, elle est réservée à l’homme. En effet, le vaccin (le BCG) ne protège pas contre l’infection, donc contre la ré-excrétion du bacille, mais protège contre les formes graves de tuberculose, en particulier chez l’enfant. C’est un vaccin vivant atténué, qui provoque une forte réponse immunitaire. ● Chez les humains vaccinés, la tuberculination (H.S.R.) est positive. Aussi, ce test ne permet pas de différencier un individu vacciné d’un individu infecté.

présente un risque important de santé publique et que l’euthanasie est recommandée. ● De même, sans diagnostic certain, un traitement antibiotique (pénicilline-streptomycine) est fortement déconseillé : en cas de tuberculose, l’emploi de la streptomycine, un antituberculeux majeur, sans autre antibiotique associé, contrairement aux recommandations de l’O.M.S., serait responsable de la sélection de souches résistantes. ❒


immunologie

la réponse immunitaire face aux mycobactéries chez le chien et le chat Séverine Boullier

Service de Microbiologie Immunologie E.N.V.T. 23, chemin des Capelles 31076 Toulouse cedex 3

Cet article rappelle les caractéristiques de la réponse immunitaire contre les mycobactéries, notamment celles qui sont responsables de la tuberculose, et les particularités observées chez les carnivores domestiques*.

L

es mycobactéries sont des bactéries invasives à multiplication intracellulaire, qui ne produisent pas de toxine. La nature de leur paroi est très complexe, ces bactéries ne sont ni Gram+ ni Gram- : cette paroi est responsable de certaines particularités de la réponse immunitaire induite par les mycobactéries. Lorsque les mycobactéries pathogènes pénètrent dans l’organisme, les granulocytes et les macrophages tissulaires sécrètent des substances qui alertent le système immunitaire : les chémokines (encadré 1). La réponse immunitaire contre les bactéries intracellulaires Les mycobactéries sont des bactéries intracellulaires capables de se multiplier dans

les cellules phagocytaires, et en particulier dans les macrophages. Les lymphocytes T qui synthétisent de l’IFNγ et du TNFα jouent un rôle majeur dans leur destruction. - L’IFNγ et le TNFα permettent l’activation des macrophages, qui produisent alors des radicaux libres et des dérivés nitrés, notamment du NO (oxyde nitrique). Seuls les macrophages activés peuvent détruire les bacilles présents dans leurs vacuoles. - Les autres types cellulaires infectés sont détruits par les lymphocytes T cytotoxiques. ● Le rôle des anticorps est mal connu, ils ne jouent probablement pas une fonction importante dans la protection. ● Malgré une réponse immunitaire très forte, l’infection est souvent chronique, et les individus infectés restent porteurs à vie. De plus, l’infection est souvent associée à des phénomènes immunopathologiques graves (cf. infra). Les stratégies des mycobactéries pour échapper aux défenses immunitaires Les mycobactéries pathogènes ont plusieurs stratégies pour échapper à la réponse immunitaire et persister dans l’hôte.

Encadré 1 - Comment l’alerte du système immunitaire se met en place ● Les chémokines permettent le recrutement, sur le site de l’infection, des cellules lymphoïdes naïves (les lymphocytes B et T), ainsi que des cellules dendritiques. ● Les macrophages et les cellules dendritiques phagocytent les bactéries et présentent les antigènes mycobactériens à leur surface, associés au CMH-I et au CMH-II (complexe majeur d’histocompatibilité de type I ou de type II). ● Les lymphocytes T spécifiques des antigènes bactériens présents reçoivent leur premier signal d’activation via ces cellules présentatrices de l’antigène (C.P.A.). Cette réponse est très rapide. ● Les cellules dendritiques, les lymphocytes T et B pré activés migrent ensuite vers le nœud lymphatique qui draine le territoire de l’infection. ● Les effecteurs anti-bactériens se différencient dans le nœud lymphatique. ● Lorsque l’organisme se défend contre des pathogènes intracellulaires, il met en place une réponse à médiation cellulaire, c’est-à-dire de type Th-1*. ● La 1ère orientation, dans la nature de la réponse,

est donnée par les cellules présentatrices de l’antigène (C.P.A.), qui peuvent "reconnaître" la nature de l’antigène grâce à des récepteurs de surface particuliers. Suite à la fixation des mycobactéries sur ces récepteurs, les C.P.A. synthétisent de l’IL-12, une cytokine caractéristique de la réponse Th-1. Celle-ci permet la différenciation des lymphocytes T CD4 spécifiques de la mycobactérie en lymphocytes Th-1, qui produisent du TNFα et de l’IFNγ. ● Ces lymphocytes T CD4 sont les chefs d’orchestre de la réponse immunitaire. Ils permettent la différenciation : - des lymphocytes T CD8 en cellules cytotoxiques, capables de reconnaître et de tuer les cellules infectées ; - des lymphocytes B en plasmocytes, qui synthétisent des anticorps. ● À la fin de la phase de différenciation, les effecteurs retournent sur le site de l’infection, où ils peuvent combattre la bactérie. ● Cette phase d’activation et de différenciation nécessite environ 3 à 4 semaines.

Objectif pédagogique Comprendre les mécanismes immuno-pathologiques responsables de l’évolution des infections par les mycobactéries pathogènes.

NOTE * cf. Fiche : Le diagnostic de la tuberculose chez le chien et le chat, dans ce numéro.

Essentiel ❚ Les mycobactéries pathogènes peuvent se multiplier dans les macrophages. ❚ L’infection est souvent associée à des phénomènes immunopathologiques graves. ❚ La paroi des mycobactéries induit une très forte réponse inflammatoire. ❚ La nature de la paroi des mycobactéries joue un rôle important dans les phénomènes immunopathologiques.

Partenariat

RUBRIQUE

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LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 245


Texte : Séverine Boullier Dessin : Frédéric Mahé

C’est pas pour dire, mais Mycobacterium, c’est vraiment un fourbe. Vous pouvez me croire, moi, un vieux macrophage !

D’abord, c’est même pas un Gram positif, ni un Gram négatif. C’est comme les spirochètes, c’est un bizarre. Voyez-vous même…

Niark, niark ! C’est moi !

Eh ! J’ai rien à voir là-dedans !

cocktail de chémokines

C’est déjà dû à sa paroi cireuse, qui est pleine de peptoglycanes, d’arabinoglactane et d’acides mycoliques, qui lui donnent l’air un peu étrange.

Ensuite, c’est une bactérie invasive et intracellulaire : vicieuse, elle attaque les macrophages !

Résultat, le macrophage envahi, il ne se sent pas bien, car Mycobacterium s’y multiplie…

Normalement, le macrophage devrait présenter correctement l’antigène aux lymphocytes CD 4, mais là, non.

Tout ça c’est à cause des lysosomes. Normalement, quand un macrophage phagocyte un antigène…

J’ai le teint cireux, et alors ?

Oh la, un antigène présenté dans ces conditions, moi je ne me mobilise pas !

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LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 247


…ses lysosomes fusionnent avec la vacuole de phagocyose, pour y déverser leurs enzymes.

Là, rien : comme le macrophage est mal activé, pas de fusion, pas de destruction !

En plus, comme sa paroi est très immunogène, elle maintient le système immunitaire dans un état d’excitation chronique (fièvre).

Hé hé, je me la coule douce !!

Et en prime, les macrophages infectés se font détruire par les rares lymphocytes T activés !

Le résultat, c’est qu’il se forme des ilôts de caséum, à partir des restes de macrophages injustement détruits. En effet… … Je survis dedans !

Ces ilôts appellent des lymphocytes spécifiques sécrétant des cytokines en pagaille (TNF alpha et Interféron gamma). Les macrophages naïfs recrutés et activés par tout ce barouf fusionnent et deviennent des cellules géantes épithélioïdes.

Le tout est alors encerclé par les fibroblastes qui fabriquent une véritable coque enkystant le foyer : plus de nutriments, le caséum nécrotique apparaît. On me dit de mettre des fibres, je mets des fibres !

cellules géantes

caseum

Si la paroi se rompt, les mycobactéries proliférant dans le caséum sont libérées, et se répandent dans l’organisme.

LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE 248 - JUIN / JUILLET 2004

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Enfin, tout ça c’est dur à diagnostiquer. Dans le cas de la tuberculose, on peut donner un peu de tuberculine aux lymphocytes pour voir…

Mais le fond du problème, moi je vous le dis, c’est que les mycobactéries, c’est des vicieuses !


la responsabilité du vétérinaire praticien

Clinique vétérinaire 7, rue Saint Jean 31130 Balma

vis-à-vis des zoonoses

Le vétérinaire engage sa responsabilité dans le cadre des soins prodigués aux animaux, mais aussi pour l’information qu’il délivre aux propriétaires.

Christian Diaz

Docteur vétérinaire, Maître en Droit

Les obligations d’information et de sécurité Les obligations d’information et de sécurité sont essentielles dans le domaine des zoonoses. ● La jurisprudence a précisé ce que devait être cette information : - L’information doit être claire, loyale et intelligible. - Elle doit porter sur l’état du malade et son évolution prévisible. - Les risques pour l'animal et pour son entourage doivent être explicités. - Le client doit être informé des différentes options thérapeutiques, et de l’existence éventuelle de praticiens plus spécialisés. ● Pour les zoonoses, l’information sur les risques pour l’entourage humain doit être délivrée de la façon la plus claire et la plus intelligible possible (figure) : une information absente ou incomplète peut avoir des conséquences dramatiques pour les humains. Rappelons qu’il s’agit là d’une obligation de résultat. ●

S

i la responsailité civile est le plus souvent en cause, il ne faut pas exclure la possibilité pour les victimes d’attaquer au pénal dans les cas les plus graves, notamment en cas de maladie invalidante. LES OBLIGATIONS DU PRATICIEN Le contrat de soins

● Le praticien doit apporter à l’animal des soins consciencieux, attentifs et conformes aux données acquises de la Science (encadré 1). ● Il s’agit là du contrat de soins, pour lequel le vétérinaire est tenu à une obligation de moyens.

Essentiel ❚ Pour les zoonoses, l’information sur les risques pour l’entourage humain doit être délivrée de la façon la plus claire et la plus intelligible possible. ❚ Lors des consultations vaccinales, ne pas oublier d’informer son client sur la toxocarose larvaire, et de préconiser la vermifugation des animaux.

Encadré 1 - Les bases de la responsabilité du praticien ● La responsabilité des praticiens est une notion essentiellement jurisprudentielle. En effet, les textes du Code Civil en ce domaine sont peu nombreux. ● Jusqu’à l’arrêt Mercier (en 1936, étendu aux vétérinaires en 1941), la responsabilité était uniquement délictuelle, sur le fondement des articles 1382 et suivants du Code Civil : "Tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un dommage…". ● L’arrêt Mercier a consacré la notion de contrat de soins : "il se forme entre le praticien et son patient un contrat par lequel le praticien s’engage, non pas à guérir le patient mais à lui donner des soins consciencieux, attentifs et conformes aux données acquises de la Science". ● Depuis 1997, des obligations de résultats ont été instaurées : ce sont des obligations accessoires (obligations d’information et de sécurité), qui s’ajoutent à l’obligation de moyens.

Apporter la preuve d’une faute

- En cas de litige portant sur l’obligation de soins (obligation de moyens), il appartient au client mécontent d’apporter la preuve d’une faute du praticien. En effet, pour engager la responsabilité du méde-

Obligations

Au quotidien

En cas de litige

- Le client doit apporter la preuve

1941 “Donner des soins consciencieux, Contrat de soins : attentifs et conformes aux données obligation acquises de la Science” de moyens

de la faute du praticien

- Réparation intégrale du préjudice

Information : - claire, loyale et intelligible 1997 - qui porte sur l’état du malade Obligation et sur l’évolution prévisible d’information qui explicite les risques pour l’animal et de sécurité : et pour son entourage obligation - qui informe des différentes options de résultat thérapeutiques, et sur l’existence éventuelle de praticiens plus spécialisés

qu’il a apporté l’information

- Réparation du préjudice causé par le manque d’information

Enfin, si dans le contrat de soins la victime a droit à la réparation intégrale de son préjudice, il a seulement droit à la réparation du préjudice causé par la non exécution de l’obligation d’information.

cin, il appartient à l’usager de démontrer la faute, le dommage, et le lien de causalité entre la faute et le dommage. Cette démonstration se fait généralement par le biais d’une expertise.

Démontrer les obligations d’information et de sécurité

- À l’inverse, dans le cadre d’une obligation d’information ou obligation de sécurité (obligation de résultat), il appartient au praticien de démontrer l’exécution de ces obligations. Cette preuve peut être apportée par tous moyens, notamment la présomption (cf. définitions).

- Le praticien doit démontrer

Remarque : concernant l’obligation de sécurité/résultat, la Cour de Cassation a étendu cette obligation aux dommages qui ont leur origine dans l’emploi de dispositifs médicaux, qu’il s’agisse de matériel ou de médicaments (arrêt du 7 novembre 2000).

MANAGEMENT

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LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 253


Fiche

la responsabilité

Henri Martinez

du vétérinaire employeur Comme tout employeur, le vétérinaire praticien endosse des responsabilités civiles et pénales. Quelles sont ces responsabilités, et quelles en sont les conséquences, dans le cas particulier des zoonoses ?

C

hef d’entreprise, le vétérinaire employeur doit respecter et se conformer aux obligations légales liées à son statut professionnel. Ces obligations concernent, entre autres, la prévention de tous les risques professionnels auxquels il expose ses salariés. Les zoonoses représentent l’un des risques importants inhérents à l’exercice professionnel. Elles doivent être identifiées, expliquées aux salariés, et prévenues par des mesures d’hygiène au travail. LE RISQUE PROFESSIONNEL

Pour la prévention professionnelle des risques du travail, il est nécessaire de distinguer : - le danger au travail : c’est la propriété ou le pouvoir intrinsèque par lesquels une chose (du matériel, un système d’outillage, des matières et aussi des pratiques, des types d’organisation du travail) est susceptible de causer des dommages : le bruit, les micro-organismes, ... - le risque au travail : c’est l’exposition à un danger, avec l’étude de la probabilité d’expression de ces dommages. ● Les textes réglementaires qui régissent la prévention impliquent l’employeur dans une démarche : - de recherche a priori des risques professionnels (inventaire des dangers) ; - d’analyse qualitative et quantitative de ces risques, auxquels le personnel salarié est soumis par son contrat de travail. ● Ces risques identifiés doivent être classés selon une méthode centrée sur des actions de prévention, qui comportent la gradation : 1. des actions prioritaires, voire immédiates ; 2. des actions progressives, programmées dans un temps rapproché. ●

Encadré - Les obligations de l’employeur : le référentiel légal D’après le Code du travail et les directives européennes, les obligations de l’employeur relèvent de quatre registres : 1. la prévention des risques professionnels : - série des articles du Code du travail L-230 et suivants, L-231 et suivants, L-232 et suivants, L233 et suivants ; - série du Titre III du Code du travail, section IV en entier ; 2. les mesures réglementaires par risque, plus spécialement la section VI “risques biologiques” (série des articles R-231 du Code du travail et suivants) ; 3. les mesures réglementaires d’hygiène et de sécurité : - hygiène : aménagement des lieux de travail, aération, ... et risques contaminants ; - sécurité : toutes les dispositions relatives au matériel ; 4. les surveillances médicales : la médecine du travail.

7, rue des Gaydous 65800 Orleix

Objectif pédagogique Connaître les obligations de l’employeur vis-à-vis de ses salariés

NOTE *Article 1, Journal officiel du 7 janvier 1992, en vigueur le 31 décembrte 1992.

LES OBLIGATIONS DE L’EMPLOYEUR ET LES SANCTIONS PRÉVUES Comme chef d’entreprise, le praticien doit mettre en œuvre les principes généraux de prévention (encadré). En outre, il est soumis à une obligation générale de sécurité, innovation due à la loi de 1991*. ● L’article L 263-2 du Code du travail permet l’incrimination pour violation des dispositions d’hygiène et de sécurité du code. - Les amendes sont multipliées par le nombre de salariés. - Les règles de sécurité ont un caractère impératif et l’employeur ne peut s’en exonérer. ● L’existence d’une "faute personnelle" (ou nommée aussi "absence de diligences normales") est recherchée par les juges. Leur registre est large : carence de fourniture de matériel ou d’équipement de sécurité, individuels ou collectifs, non utilisation des équipements individuels de protection, non organisation de la formation à la sécurité, défaut de la nécessaire délégation de pouvoir, etc. ● Si la violation entraîne un accident, la responsabilité de l’employeur est engagée, même s’il ne s’agit que d’une inobservation partielle. ●

Essentiel ❚ En cas de violation du Code du travail pour non respect des dispositions d’hygiène et de sécurité, les amendes sont multipliées par le nombre de salariés. ❚ Les règles de sécurité ont un caractère impératif et l’employeur ne peut s’en exonérer. ❚ En cas d’accident, la responsabilité de l’employeur est engagée, même s’il ne s’agit que d’une inobservation partielle.

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MANAGEMENT LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 257


Fiche

la responsabilité

Michel Baussier

ordinale du vétérinaire

Secrétaire Général de l’Ordre des Vétérinaires 34, rue Bréguet 75011 Paris

vis-à-vis des zoonoses

Objectif pédagogique

À la responsabilité civile et pénale du vétérinaire s’ajoute sa responsabilité ordinale, dite disciplinaire. Parmi les obligations qui en découlent, certaines s’appliquent aux zoonoses.

L

e premier volet des obligations déontologiques génératrices de responsabilités, dans le domaine des zoonoses est décrit dans l’article R242-33 du Code rural, au sein de ce qui constitue le nouveau Code de déontologie (encadré 1, page suivante).

LES MISSIONS SANITAIRES Selon cet article, le vétérinaire est tenu de remplir tous les devoirs que lui imposent les lois et règlements (point III). - Il y va de toutes les obligations en matière de police sanitaire, notamment des obligations de déclaration de maladies réputées contagieuses (M.R.C.) dont une partie constitue des zoonoses (photo). - Ceci concerne également les obligations inhérentes au mandat sanitaire : une partie des missions qui en découlent est liée aux zoonoses. ● Le point XI du même article impose au vétérinaire d’accomplir scrupuleusement, dans les meilleurs délais et conformément aux instructions reçues, les missions de service public dont il est chargé par l’autorité administrative. ● Le point VII présente, de façon synthétique et relativement dense, l’obligation pour le vétérinaire de prendre en compte les conséquences de son activité professionnelle sur la santé publique et l’environnement. Les zoonoses sont évidemment concernées au premier chef. ●

LE RESPECT DES BONNES PRATIQUES PROFESSIONNELLES ● Dans le point III de l’article R242-33, le Code, et c’est très nouveau par rapport au Code précédent, impose au vétérinaire de respecter les bonnes pratiques professionnelles, et de s’assurer que son personnel, dûment formé à cet égard, les respecte.

Connaître les obligations du Code de déontologie, y compris les nouvelles dispositions du dernier Code.

Certificat de surveillance sanitaire d’un animal mordeur :

Ici encore, avec notamment le respect des mesures hygiéniques et sanitaires au sein de l’établissement, les zoonoses, certes de façon non exclusive, sont directement concernées. ● Nous reviendrons plus loin sur les obligations liées au point X de ce même article. ●

ne pas omettre d’effectuer une visite sanitaire pour animal mordeur, quelle que soit la personne mordue (photo C. Arpaillange).

L’OBLIGATION D’INFORMATION L’article R242-48 du Code rural vise les devoirs fondamentaux du vétérinaire qui exerce la médecine et la chirurgie des animaux envers ses clients (encadré 2). ● Le point II précise que le vétérinaire doit formuler ses conseils et ses recommandations avec toute la clarté nécessaire, et donner toutes explications utiles sur le diagnostic, la prophylaxie, la thérapeutique, la prescription. - Il s’agit, bien au-delà d’une simple obligation d’information, d’une obligation d’explication, de recommandations, de conseils. De surcroît, il est imposé au vétérinaire d’être clair ! - Si on rapproche cette obligation de celle de prendre en compte les conséquences de son activité sur la santé publique, il va de soi que cette obligation est particulièrement lourde sur le plan de la responsabilité, dès lors que le risque de zoonose existe. ● Cette obligation d’information et, plus encore, de conseils, de recommandations, d’explications, ne peut être considérée indépendamment de l’obligation faite au point X de l’article R242-33. - Ce point stipule en effet que le vétérinaire est tenu d’acquérir l’information scientifique nécessaire à son exercice professionnel, d’en tenir compte ainsi que d’entretenir et de perfectionner ses connaissances. Les zoonoses constituent incontestablement un point critique de la responsabilité disciplinaire du vétérinaire. ❒ ●

Essentiel ❚ Dans l’obligation pour le vétérinaire de prendre en compte les conséquences de son activité professionnelle sur la santé publique, les zoonoses sont concernées au premier chef. ❚ Le nouveau Code de déontologie impose au vétérinaire de respecter les bonnes pratiques professionnelles, et de s’assurer que son personnel, dûment formé à cet égard, les respecte.

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MANAGEMENT LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 259


test clinique les réponses

Lionel Zenner Laboratoire de Parasitologie E.N.V.L. 1, avenue Bourgelat 69280 Marcy l’Étoile

téniasis à Hymenolepis nana

chez le hamster : risques zoonotiques 1 Quel est le parasite mis en évidence lors de l’examen coproscopique et lors de l’autopsie ? ● La morphologie des œufs émis et leur taille, ainsi que la morphologie macroscopique des cestodes adultes permettent de suspecter fortement un téniasis à Hymenolepis sp. (photos 2, 3). ● Pour des raisons de santé publique et de contamination humaine possible, il est indispensable d’identifier très précisément l’espèce en cause. L’examen microscopique des cestodes adultes nous permet l’identification d’Hymenolepis nana (photos 4, 5). Cette découverte d’une infestation massive est préoccupante puisqu’elle provient d’un élevage fournisseur et qu’il est probable que d’autres animaleries aient été contaminées par ce même éleveur. ● Les cas de téniasis à Hymenolepis nana publiés dans la littérature sont rares et en général asymptomatiques. Des infections plus sévères peuvent néanmoins être responsables de diarrhée, d’occlusion intestinale, d’impaction et de mort. ● Hymenolepis nana n’est pas fréquemment retrouvé dans les animaleries de recherche. Ainsi, une enquête française récente sur une dizaine d’années de contrôles sanitaires avait mis en évidence une disparition de ce cestode en animalerie depuis les années 1994. ● Les contrôles sanitaires dans les animaleries de recherche sont en général bien codifiés et effectués régulièrement. Mais, même une animalerie EOPS avec des procédures sanitaires strictes et des contrôles réguliers n’est pas à l’abri d’une contamination par l’introduction d’animaux contaminés. Les contrôles sanitaires s’effectuent par prélèvement d’un échantillon d’animaux parmi la colonie à des fréquences allant de 3 à 12 mois. Il est donc tout à fait possible de passer à côté d’un agent pathogène lors d’un contrôle si l’infestation n’est pas encore répandue dans l’élevage. De même, les sérologies ne révèlent que des animaux infestés depuis au moins 15 jours. 2 Quel traitement préconisez-vous ? ● Devant l’impossibilité de sacrifier l’ensemble de la colonie de 800 hamsters, un traitement est effectué pour éviter tout risque de zoonose et toute interaction du parasite avec les protocoles de recherche. ● Après avoir estimé la consommation d’eau à 100 ml/500 g de hamster, du niclosamide* (Tenicure 7,5®) est additionné à l’eau de bois-

2 3

Les résultats de la coproscopie et de l’autopsie des hamsters : - les œufs d’Hymenolepis sont ovales avec à l’intérieur un embryon possèdant trois paires de crochets. - chaque hamster n’hébergeait qu’un seul cestode et un examen minutieux de tout l’intestin grêle a été nécessaire.

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Isolement des cestodes dans une boite de Pétri. Cet isolement permet déjà d’envisager l’identification d’Hymenolepis nana en raison de ses dimensions réduites par rapport à Hymenolepis diminuta.

son des biberons avec un peu de sirop de fraise, à raison de 0,3 ml/100 ml, afin d’obtenir une dose d’environ 150 mg/kg/j. Ces biberons sont changés une fois par semaine et le traitement est réalisé trois semaines de suite. ● Des coproscopies après traitement mettent en évidence son efficacité puisque aucun œuf d’Hymenolepis n’est observé. Les hamsters euthanasiés après leur utilisation dans les protocoles expérimentaux de recherche, sont autopsiés et ne révèlent pas la présence de cestodes. 3 Quelles mesures de prévention mettez-vous en œuvre ? ● Aucune mesure sanitaire n’est instaurée en plus des procédures normales de l’animalerie puisque celles-ci imposent déjà le port de tenues spécifiques et de gants, la stérilisation par autoclavage des litières et du matériel, ainsi que le nettoyage et la désinfection hebdomadaire des locaux. ● Cette salle est néanmoins déclarée sensible et les mouvements de personnels et d’animaux sont limités au strict minimum. ● De plus, une information est effectuée pour sensibiliser les personnes au strict respect des procédures en place dans l’animalerie. ● Enfin, l’éleveur fournisseur de hamster est prévenu pour qu’il puisse prendre toutes les mesures nécessaires et la réception de nouveaux animaux est suspendue. La gestion des agents pathogènes dans les animaleries est un aspect intéressant mais méconnu des vétérinaires. Elle allie les aspects sanitaires retrouvés dans l’élevage industriel, et les connaissances spécifiques aux espèces en cause. Le cas de cette infestation à H. nana permet de souligner l’importance zoonosique de certains parasites parmi les rongeurs, N.A.C. favoris des enfants, et de poser la question de leur importance épidémiologique et de la nécessité de la vermifugation plus systéma■ tique de ces animaux**.

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Photographie en microscopie photonique (X500) du scolex d’H. nana. Noter la présence sur le scolex d’une simple couronne de crochets et d’une ventouse inerme.

NOTES * D’autres composés ont été préconisés pour leur activité contre Hymenolepis sp. En particulier, le praziquantel peut s’utiliser comme traitement en injection sous-cutanée ou intra-musculaire à la dose de 5 à 10 mg/kg à raison de deux injections à 10 jours d’intervalle chez les rongeurs. De même, les benzimidazoles et parmi eux le mébendazole semble intéressant du fait de son activité contre Hymenolepis sp., mais aussi de son spectre d’action plus large avec une activité nématocide. La dose préconisée varie entre 50 et 170 mg/kg pendant 3 à 15 jours, mais certains auteurs ont utilisé des doses beaucoup plus fortes sans observer de toxicité. ** cf. rubrique N.A.C. de ce numéro.

Pour en savoir plus ● Hughes HC, Barthel CH, Lang CM. Niclosamide as a treatment for Hymenolepis nana and Hymenolepis diminuta in rats. Lab Anim Sci 1973;23:72-3. ● Owen DG. Parasites of laboratory animals. Laboratory animal handbook no 12. Royal Society of Medicine Services Limited Editeur, 1992. ● Rhebinder C, Baneux P, Forbes D, Van Herck H, Nicklas W, Rugaya Z, Winkler G. Felasa recommendation for the health monitoring of mouse, rat, hamster, gerbil, guineapig and rabbit experimental units. Lab Animal 1996;30:193-208.

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LE NOUVEAU PRATICIEN VÉTÉRINAIRE JUIN / JUILLET 2004 - 261


Npc18  
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