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Les bisses

DU VALAIS adaptation

Johannes Gerber Jean-Henry Papilloud


Bisse de Ried-Brig, Gantertal, 1931 (AF)

A Savièse, le Torrent Neuf offre un exemple extraordinaire de fixation double : la canalisation et la passerelle sont soutenues par deux séries de poutres fixées perpendiculairement dans le rocher et reliées entre elles par une traverse verticale. Ce système dit des « boutzets » n’utilise que des éléments de bois. Les pièces en fer n’apparaissent, et de manière limitée, qu’à la fin du XIXe siècle. Dans certains bisses, comme celui de Roh ou de la Massa, les traverses sont suspendues au moyen de tiges de fer ou de câbles arrimés dans le rocher.

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La fixation des poutres à même le roc est la partie la plus difficile de la construction. Lorsque la configuration de la paroi ne permet pas de faire descendre les ouvriers suspendus à des cordes, le travail s’effectue par petites étapes, ce qui préfigure la technique actuelle du pont lancé. En 1894, le peintre Albert Franzoni en donne une description assez vraisemblable : « Une simple planche appuyée sur la première console, est fortement chargée d’un côté, afin de faire contrepoids à l’individu qui doit avancer sur la partie ballante pour percer le trou d’une nouvelle console. Suspendu dans le vide, à cheval sur sa planche, l’ouvrier travaille et avance petit à petit, établissant ses niveaux comme il peut, pour rejoindre des points de repaire [sic] qui lui sont fixés depuis l’autre côté de la vallée. Une fois la console établie et bien calée, il pose la planche dessus, fixe de la même manière la console supérieure qui sera reliée à l’autre, et ainsi de suite. »45

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Des auteurs aussi sérieux que Paul Chavan46 ou Ignace Mariétan47, président de la Murithienne, reprennent et cautionnent cette explication.


Bisse de la Massa, vers 1935 (Charles Paris)

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Le bisse des Sarrasins A l’instar du Païen de Visperterminen, connu sous le nom de Heido, le bisse des Sarrasins baigne dans la légende. On a dit et écrit que ce bisse aurait été construit par des Maures qui auraient remonté les vallées alpines au cours du Xe siècle, et auxquels les Valaisans devraient leur savoir-faire en matière d’irrigation. Il s’agit évidemment d’une hypothèse osée. L’historien Stelling-Michaud estime que le bisse des Sarrasins, qui arrosait le plateau de Brie, fut mis en chantier entre le XIVe et le XVe siècle. Sa proposition semble étayée par les analyses dendrochronologiques (étude des cernes de croissance annuelle des arbres) effectuées sur un élément de construction en mélèze, le boutset. Encore ne sait-on pas si

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Le bisse des Sarrasins

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le bois, abattu en 1415 environ, a été directement utilisé pour fabriquer le boutset ou s’il avait précédemment fait partie d’un autre ouvrage. La question de la date de construction du bisse demeure donc ouverte. On ne connaît pas davantage les raisons qui ont conduit à un abandon précoce du bisse. Il semble que la décision ait été prise à la suite d’un accident survenu en 1832 et qui aurait coûté la vie à un grand nombre d’habitants de Vercorin. On continua toutefois d’utiliser le bisse sur sa première partie et la chronique parle de dégâts importants causés par des débordements du bisse des Sarrasins en 1922. En contrebas de la route qui monte de Brie à Vercorin, le tracé du bisse des Sarrasins reste


bien visible. On peut observer toute la partie creusée dans la paroi, ainsi que des vestiges attestant qu’il y avait là des chéneaux suspendus. La descente dans les gorges de Crouja est une promenade idéale dans l’entre-saison. On y voit notamment des petits mayens bucoliques. En aval, le sentier rejoint le pont de Niouc, tandis qu’en amont, il dirige le promeneur vers Pinsec. Dans ce village, on affirme volontiers que sur ce versant aride et follement pentu les poules elles-mêmes doivent être ferrées pour éviter de tomber dans l’abîme ! Il y a quelques années l’on aménagea un chemin d’aventure le long de l’ancien tracé du bisse. Le secteur entre l’ancienne prise d’eau dans le torrent de Pinsec et le vallon de Crouja peut être traversé par des personnes peu sensibles au vertige, mais pour parcourir le reste du tracé, il est recommandé d’être accompagné par un guide de montagne.

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Le bisse de Brie Le bisse des Sarrasins est supplanté par le bisse de Brie (briey), construit en 1923. Son eau provient du surplus de la canalisation d’une usine électrique, par un siphon qui traverse la vallée, le canal pourvoyeur en eau étant situé sur l’autre versant de la vallée. Le point le plus bas de la conduite se situe sur le pont suspendu de Niouc, déjà mentionné plus haut. Le cheminement dans le terrain difficile de la Boua est constitué d’une conduite enterrée. A sa sortie, le bisse de Brie continue à ciel ouvert pour atteindre le plateau de Brie-Dessus. Peu après, sa course se termine dans un étang d’accumulation, toujours utilisé de nos jours. Suivant la saison, cet étang est vide. Depuis le réservoir, l’eau est distribuée sur tout le plateau de Brie par un système de conduites et de siphons.

Le bisse des Sarrasins

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ARDON Ardon a connu très tôt l’industrialisation. On y trouve une usine à salpêtre au XVIIIe siècle et puis des fabriques métallurgiques. Pendant longtemps Ardon était un important centre céréalier, mais après la deuxième guerre mondiale les champs de blés ont progressivement été remplacés par les vergers typiques de la vallée du Rhône. La viticulture, par contre, a traversé les siècles, elle reste importante, et la fierté d’Ardon est son Fendant. Les vignes d’Ardon doivent être irriguées et l’eau joue également un rôle important pour la production d’énergie. Au bord du village, à l’entrée des gorges de la Lizerne, se trouve une usine hydroélectrique qui turbine l’eau de la Lizerne et de la Morge.

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Le bisse de Champys ou le bisse d’Ardon

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Depuis 1860, le bisse de Champys, appelé également bisse d’Ardon, amène presque sans dénivelé l’eau qu’il va chercher dans la Lizerne sur les vignes d’Ardon. La prise d’eau se situe à 530 m d’altitude et le bisse a une longueur de 3 km. Il dessert uniquement la commune d’Ardon. Le bisse d’Ardon traverse un terrain difficile dès sa prise d’eau dans les gorges de la Lizerne. Tout au long de son parcours il est menacé par des chutes de pierres. La traversée du vignoble jusqu’à Saint-Pierre-deClages ne cause par contre pas trop de soucis. Aujourd’hui, le bisse reçoit son eau par un tuyau relié à la conduite forcée, évitant ainsi les premiers mètres difficiles. La dernière partie du bisse, avant Saint-Pierre-de-Clages, a été abandonnée, mais les pompes du système d’arrosages et les conduites souterraines permettent d’irriguer l’ensemble du vignoble.

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Les bisses d’Einzon et d’Isières C’est en 1904 qu’un consortage construisit le bisse d’Einzon pour amener l’eau de fonte du Haut de Cry (2120 m d’altitude) dans la Tine. Il fallut couper à travers les falaises du massif du Haut de Cry. La commune avait participé aux frais. Difficile à gérer, ce bisse a été abandonné depuis. Sa fonction était d’augmenter le débit du torrent de la Tine pour qu’un autre bisse, celui d’Isières y trouve suffisamment d’eau. Une eau destinée à irriguer le plateau d’Isières et le vignoble en contrebas de celui-ci. Le bisse est actuellement enfouis dans des tuyaux souterrains sur toute sa longueur, mais il y un beau chemin pédestre qui suit son tracé.


Le bisse de Champys E N T R E A R D O N E T F U L LY

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Bisse Vieux / Bisse d’En Haut

N E N DA Z E T L A VA L L É E D E L A P R I N T Z E

Le bisse Vieux long de 6 km prend sa source au bas de la forêt de Lavantier. Dans sa première partie, il longe la route cantonale puis il se faufile dans une forêt humide d’aulnes blancs et s’enfonce dans une forêt sombre d’épicéas. Le terrain est accidenté. L’eau, soudain, franchit une barre rocheuse en faisant une chute de 5 m de hauteur environ. Le lieu est appelé la cascade du « Dix-huit ». Ce nom est intéressant, car il se réfère à la manière dont l’eau du bisse était gérée. Cyrille Michelet en fournit une explication dans l’ouvrage « Nendaz, hier et aujourd’hui » (1977). Jusqu’à une certaine date, que nous ne connaissons pas, l’eau du bisse était répartie en dix-sept tours, soit dix-sept jours au cours desquels un certain nombre de consorts (quatre en l’occurrence) pouvaient l’utiliser pour leurs travaux d’irrigation. Cependant, le passage de la cascade posait problème, car une partie de l’eau était dispersée par le vent à l’endroit de la chute. Les consorts décidèrent de canaliser le cours d’eau, mais sans avoir à délier leur bourse. Aussi bien instaurèrent-ils un dix-huitième tour qu’ils attribuèrent à de nouveaux partenaires. En contrepartie, ceux-ci s’engageaient à faire installer à leurs frais et à entretenir une canalisation à l’endroit de la chute. Cette canalisation consiste pour l’essentiel en un long fût de sapin évidé. Depuis les mayens de Sofleu, on jouit d’une belle vue sur l’autre versant de la Printse. On peut y voir le tracé bien marqué du bisse de Vex. Les prairies maigres qui bordent le bisse dégagent des parfums de thym serpolet et d’origan. Il vaut la peine d’y faire une halte pour découvrir la sauge des prés, pour écouter le criant des grillons et des criquets, pour admirer les nombreuses espèces de papillons, dont les grands machaons aux ailes jaunes et noires. L’année de construction bisse Vieux n’est pas connue, mais on peut la situer avant 1658.

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N E N DA Z E T L A VA L L É E D E L A P R I N T Z E

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Bisses du Valais  

Un livre tout public pour randonneurs avertis, amis de la nature et de la culture alpine Les bisses du Valais sont présentés dans cet ouvra...

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