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éditions TERRACOL

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1 revue internationale

cinq cent quatre vingt onze

isbn 978-2-491418-01-4 ● 14 euros

591 printemps 2O2O 5 9 1 ♯ 7

Richard Kostelanetz, andré chabot, Stéphane Mallarmé, nicole benkemoun, Maurice Blanchard, christian désagulier, Roxana Paez, Judith bormand, jean-marc baillieu, Sarah carton de grammont, jean-françois bory, Maurice Grévisse, Juliette Drouet, Philippe Jaffeux, Yoann Sarrat, jean-pierre bobillot, Jacques Sicard, Géraldine Geay, Cécile Mainardi, Shin Tanabe, Frédérique Guétat-Liviani, nicole caligaris, jacques donguy, gigliola fazzini, ivan messac, joan rabascall, francesco conz.

n° 7

éditions TERRACOL

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591 # 7 éditions TERRACOL

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591

5 jean-marc baillieu nicole benkemoun maurice blanchard jean-pierre bobillot judith bormanD jean-francois bory nicole caligaris Sarah carton de grammont Andre chabot christian desagulier jacques donguy juliette drouet geraldine geay frederique guetat-liviani maurice grevisse Philippe Jaffeux

9 1

richard Kostelanetz cecile mainardi stephane mallarme roxana paez Yoann Sarrat tanabe shin jacques sicard

primavera 2020

291 : Alfred Stieglitz Marcel Duchamp (1915)

391

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Francis

Picabia

(1917)

491 : René Drouin, Michel Tapié (1949) ueilliab cram-naej nuomekneb elocin drahcnalb eciruam

591 : Jean-François Bory (2015) directeur

tollibob erreip-naej Dnamrob htiduj yrob siocnarf-naej siragilac elocin tnommarg ed notrac haraS

Christian Désagulier rédacteur en chef

tobahc erdnA reilugased naitsirhc yugnod seuqcaj teuord etteiluj yaeg enidlareg inaivil-tateug euqirederf essiverg eciruam xueffaJ eppilihP ztenaletsoK drahcir

:

emrallam enahpets idraniam elicec zeap anaxor tarraS nnaoY nihs ebanat dracis seuqcaj

♯7 revue internationale


Kostis Lovers, Richard Kostelanetz (p. 7 )

Mary Shelley, Géraldine Geay (p. 184)

Mon pauvre Jacky... Mon pauvre Jacky, André Chabot (p. 22 )

L.E....D.E.G.R.E....E.R.O.S....d..e....l.'.é..c..r..i..t..u..r..e, Cécile Mainardi (p. 186)

POÈME, UN COUP DE DÉS JAMAIS N'ABOLIRA LE HASARD, Stéphane Mallarmé chiffré par Nicole Benkemoun (p. 26)

My book, Tanabe Shin (p. 188) Chiendents, Frédérique Guétat-Liviani (p. 190)

Des chiffres, Nicole Benkemoun (p. 51) Résistance des matériaux (extraits de cours), Maurice Blanchard (p. 58) Blanchard le bicéphale, Christian Désagulier (p. 68) Impasse de la Ballena, Roxana Páez (p. 72) Des photos de Tokyo la nuit, Judith Bormand (p. 94) VOIE SANS TRAJET : ça, Jean-Marc, Baillieu (p. 100) SOKOL, Sarah Carton de Grammont (p. 102) Copeaux d'un journal (p. 121) Dernier délai (p. 129) POËME (p. 139) Jean-François Bory

Carnivale, Nicole Caligaris (p. 199) “VR SPACE”, Poème numérique en Réalité Virtuelle, Jacques Donguy (p. 202) Poésie visuelle japonaise, Galerie SATELLITE, 7 novembre-16 décembre 2019 (p. 206) Comment TOUTE LA LIRE à 591 et pourquoi ? Soirée Ent'revues, Imec, Paris, 24 octobre 2019, Christian Désagulier (p. 208) Gigliola Fazzini, Exposition « Terra, Terra » Galeria C2, Florence, 9-25 Janvier 2020, Jean-François Bory (p. 211) Ivan Messac, une mythographie (Fragments), Exposition Galerie Rabuoa08n Moussiou, Paris,17 décembre 2019 – 11 janvier 2020, Jean-François Bory (p. 214) Joan Rabascall, OUT OF ORDER, Exposition « TOUT VA BIEN » Tabacalera Principal, Madrid, 7 février-12 avril 2020, Jean-François Bory (p. 218)

LE BON USAGE, GRAMMAIRE FRANÇAISE, §7 L'orthographe, Maurice Grévisse (p. 150)

PIENO SOLE, Omaggio a Francesco Conz (1935-2010), Jean-François Bory (p. 222)

Quelques règles de grammaire de survie, Christian Désagulier (p. 155)

Jean-François BORY, Une Monographie, Bibliothèque Kandinsky, Centre Pompidou, le jeudi 16 janvier 2020, Jacques Donguy (p. 227)

Lettre à Victor Hugo, le 2 janvier 1849, Juliette Drouet (p. 163) SCAT (p. 164) MILES DAVIS (p. 165) CHARLIE PARKER (p. 166) HOW LONG BUCK (p. 167) Philippe Jaffeux Histoire(s) du corps : tattoos, pansements, performances, Yoann Sarrat (p. 168) la peau(pièce s dé tachée s) (p. 173) d'antisèches, "poème attrape-tout (in progress) (p. 177) Jean-Pierre Bobillot

Illustration de couverture : Allégorie de la Chute de l’Humanité Ignorante (détail), Mantegna, 1490-1500, British Museum

Opus 10, Jacques Sicard (p. 180)

page 6 : plateau en céramique de Janeth Cousin

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Kostis Lovers (excerpt)

h

Kostelanetz 7

N.D.L.R : Kostis Lovers is composed from the given names of THE NARRATOR/PROTAGONIST fictional lovers. You and me, as all we are, potentially, according to the Kostelanetz proposal, over the names we bear, if we mind a little without rush, as suggested and succeeded thanks to such a typographical breaking line according to such a braking typographical choice. I am reading the dashed line of all those first names, hearing a melodic line with historical and geographical harmonics irradiated by those given and shared names - we are in the United States but we are talking about a possible world inventory - what the phonetical sounds suggests of native origin, despair and hope : who does not want to be love by every body ? It is a metaphysical question… I am reading and I understand how such a diversity of given names fill the gaps of these lovers, or supposed, hopped to be, to be loved – it is not a listing of the Kostis’ loves. There is a metaphysical discrepancy again… This inventory which has involved the memory as the imagination of Richard Kostelanetz becomes also ours by transitivity as how it gives a global name to the world community to which we are all belonging, mine and your given name, really or potentially, it does not mind at heart, thanks to the Kostelanetz graphical process. Individual entries on Richard Kostelanetz’s work appear in various editions of Readers Guide to TwentiethCentury Writers, Merriam-Webster Encyclopedia of Literature, Contemporary Poets, Contemporary Novelists, Postmodern Fiction, Webster's Dictionary of American Writers, Baker's Biographical Dictionary of Musicians, Directory of American Scholars, Who's Who in America, NNDB.com, Wikipedia. com, and Britannica.com, among other distinguished directories.


Des chiffres

Nicole Benkemoun

Un énième produit dérivé du Coup de Dés de Mallarmé ? Et plus de 100 ans après ? Hé oui ! Parce que ce Poème, commenté, cité, théorisé, interprété, décortiqué, déchiffré, recyclé, manipulé, copié, pillé… n’en finit pas de provoquer de nouvelles investigations et de nouvelles expériences poétiques-plastiques. Est-ce un hasard si ce Poème est devenu notre Lieu commun, cet immense laboratoire où chacun rejoue la Partie à sa manière, réinventant sa règle du jeu ? Non parce que c’est là que tout commence et que tout finit et que tout commence… La crise du Vers, de l’univers… On ne va pas répéter encore que « L’histoire de l’avant-garde commence en 1897 avec Le coup de dés de Mallarmé. Puis elle se développera avec Le Livre inachevé / Premier jeu sur l’espace / Premier rapport conceptuel entre le blanc et le noir … (Cours minimal sur la poésie contemporaine, 2009, Julien Blaine), ce poète du Livre mais qui, aussi, hors le Livre, délivre, décolle la Poésie de l’écrit, en continuant la Poésie par d’autres moyens, poésie-action en chair et en os, ou bien aussi par l’image, par exemple, la photographie de sa main dans l’acte même de lancer le dé... Livre initial et capital, donc, dont la poésie matérielle entraîne et annonce la diversité et l’importance des œuvres qui l’ont suivi.

« Le Poème-constellation Un coup de dés est la matrice de toute poésie d’avant-garde », énonce Haroldo de Campos, cité par Jacques Donguy dans sa préface au Catalogue Les Echos de Mallarmé, Du Coup de Dés… à l’Informatique . Celui-ci y présente, développe et passe en revue LA POSTERITÉ DU COUP DE DÉS. POÉSIES PHONÉTIQUES, TYPOGRAPHIQUES, IDÉOGRAMMATIQUES ET VISUELLES. Abstraction désirée. Marcel Broodthaers, ce fabricant génial d’Objets poétiques « coupables dans l’Art comme langage et innocents dans le langage comme Art » proclame aussi que « Mallarmé est la source de tout art contemporain… il invente l’espace moderne » Je suis très impressionnée par l’œuvre que l’artiste réalise en 1969, une variation du Poème de Mallarmé (sur la couverture du livre, est inscrit « IMAGE» à la place de « POÈME »). Il fait Du Coup de dés une image abstraite, remplaçant le texte par des barres noires de la même dimension qui animent la surface, ombres portées des mots, sorte de moule qui contient en lui l’absence du contenu, du texte. Le mot et l’image renvoyés l’un à l’autre disent les limites à la fois de la peinture et de la littérature, mais en même temps ouvrent, établissent une tension, une relation directe entre arts de l’espace et espace du Texte.

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Résistance des matériaux (extraits de cours) Maurice Blanchard

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Maurice Blanchard dans son bureau de l'ancienne usine Blériot à Suresnes, à l'époque de la rédaction des Fascicules de Mécanique et des poèmes de La hauteur des murs (GLM, 1947)


Impasse de la Ballena

HASTA LAS ALTURAS DE BABELVILLE

Roxana Páez (extraits du livre IMPASSE DE LA BALLENA paru chez Alción Editora, Córdoba (Argentine), 2018)

En este libro como en los precedentes, los poemas no están aislados. (Qu’est-ce qu’il y a dans un nom ?) Mi trabajo cotidiano consiste en contener las huellas de lo percibido en « cajas de ritmo », « máquinas de gorjear ». Migrantes anónimos, fauna del nuevo milenio, ¿se trata del pasado o del porvenir ?

ESTACION DE TRABAJO Alguien había dicho : aquí hay demasiado extranjero. Extranjera también. Volví aquí después de cada alejamiento, ese aspecto gato, sin brújula y sin acordarme del trayecto ni del camino, ahí donde mi mesa se levantaba, como un deseo realizado y portátil: apoyada sobre una fachada, alguien había dejado una superficie vítrea color agua volcánica. En un sótano encontré dos caballetes, ex árboles que habían crecido al borde de un lago al pie de un volcán. ¡Aquí está mi mesa de trabajo ! [...] [...]

[...] Subí la callecita Sainte-Marthe, incrustando los tacos entre los adoquines, llegué a la plaza adonde se mudó Christo, tanto le dije: aquí hay un centro del multi-verso. Cuando me escapé de la prisión él me dejó vivir en ese espacio irregular. En el cuarto piso después de una escalera de madera y hierro, donde ves tu vida hacia abajo arriba. y Fuman narguile enfrente, éxotas, parece una esquina de Alger. Una escultura móvil con aura blanca y celeste, el tuareg en la plaza vende sus joyas de plata. Por un instante es la bandera de mi país. El y yo, nómades cruzándonos, a unos centímetros, sin que los mundos indecisos se intercepten. Art is a guaranty of sanity, dice Louise. Art kept me out of jail, agrega Ian.

... Déplaçons sans cesse notre table sur terre pour comprendre où et comment nous avançons : c’est ainsi que la pensée va –solitaire et splendide- s’effondre de syllabe en syllabe. Ici s’opère publiquement et en langues visibles le retournement du sens commun : en aucun lieu au monde, nous ne viendrons autant désadhérer. Novarina

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NATURALEZA Y VOLUNTAD El cosmopolitismo, un equilibrio frágil, una fauna


Tokyo la nuit Judith BORMAND

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SOKOL Sarah Carton de Grammont II. Première visite de l’apprentie-ethnologue à Sokol : sur les chemins du terrain, l’objet élu Nous avons coutume, n’estce pas, de justifier le choix de nos terrains. Celui de Sokol avait une préhistoire ; l’intérêt pour ce quartier est né, comme souvent, de curiosités l’ayant précédé : voici l’histoire de la préhistoire intellectuelle et enquêtrice qui me mena à Sokol, les enquêtes fondatrices de l’énigme Sokol. Où l’on apprend, d’ailleurs, un tout petit peu, ce que c’est que Sokol. II. 1. Ce qui arrive lorsqu’une maniaque des parenthèses croise une digression, fait un détour, une excursion, prend la tangente L’ami qui m’avait fait rencontrer mes futurs employeurs en 1993, issu de la bohême cinématographique intégrée, était devenu agent immobilier – si mes comptes sont bons, cela constituait sa quatrième reconversion à ce moment-là. Il gagnait bien sa vie, mais il semblait que mieux il la gagnait et plus il fallait qu’il la gagnât encore davantage – il avait maintenant à charge sa mère, sa seconde épouse et leur petite fille, sa soeur et son beaufrère pour une bonne part ; et, las que son fils d’un premier lit se fasse traiter de « sale yuppin » à l’école, il l’avait envoyé en pension privée aux

Pays-Bas. Je l’avais connu plus insouciant : il avait lors de notre rencontre en 1991, ce côté hussard, un peu Roger Nimier, un peu génération perdue, un peu fitzgeraldien, très désabusé, un peu anarchiste et franchement dandy, franc-tireur et hédoniste, pince-sans-rire et distancié, si propre à certains Soviétiques de son âge et de son milieu (il était des années 1960) – je lui trouvais deux ans après l’air fatigué et doux-amer. Certains des trentenaires ou jeunes quarantenaires d’aujourd’hui, de ceux qui sont nés et ont été éduqués en URSS et sont devenus de jeunes adultes en Russie, partagent ces traits avec leurs aînés, cette ironie qui les handicape tant pour vivre leur vie au premier degré et adhérer à leur époque, comme si le décalage entre l’idéologie et la réalité leur avait définitivement collé à la peau. C’est aussi, plus largement, une ironie partagée par des proches de réprimés, par des amateurs d’anecdotes… Une distance tenue par beaucoup de monde ; finalement. Ayant écrit franc-tireur, j’aimerais préciser : il était individualiste en ce sens qu’il cherchait à tirer son épingle du jeu, mais son épingle, c’était un concept élargi à sa parentèle et à pas mal d’amis ; cela faisait, en fait, une botte d’épingles. Il était individualiste en ce sens qu’il était pragmatique et un peu – pas complètement – apolitique : il suivait très attentivement le déroulement des événements, mais du point de vue de la conduite

qu’il allait devoir adopter en fonction d’eux. Pour lui l’alternative était entre ici et maintenant, ou l’émigration. Toutes ces années, je l’ai entendu en parler, et quand il était trop las de sa vie en Russie, il cessait d’en parler et partait en voyage exploratoirepréparatoire, en Angleterre, en Israël, ailleurs encore. Ses amis partaient les uns après les autres ; lui ne l’a jamais fait – sans doute grâce à ses voyages qui lui donnèrent un avant-goût du désenchantement qui l’attendait ; et puis je crois que derrière ses airs indifférents, il sait pertinemment que n’importe où ailleurs qu’en Russie, il s’ennuierait affreusement. Toujours est-il qu’il était expert en la matière qui m’intéressait et m’accorda un très long et très passionnant entretien, remarquable de précision, et aussi de franchise – y compris sur quelques petits arrangements avec la légalité qui rendaient le métier rentable pour tout le monde, fonctionnaires compris – après quoi il me fit faire en voiture une visite guidée de Moscou de son point de vue d’agent immobilier. Il me parla de Sokol incidemment, alors que nous en étions aux mérites comparés des différents immeubles coopératifs et que je lui demandais quand avait débuté la construction coopérative à Moscou. Voici ce qu’il me dit de Sokol, car c’est par cette digression que tout a commencé : « [l’apprentie-ethnologue] : – Quand ontelles commencé ? – Les coopératives ? La première coopérative de construction a été entérinée par Lénine peu avant sa mort en 1924. C’est ce qu’on appelle le lotissement Sokol, à côté du métro Sokol [l’apprentie-ethnologue ponctue chaque phrase d’un vague « aha » ou hum-mmm » d’encouragement]. Mais

en réalité, cette coopérative a été montée par un groupe d’artistes, qui se sont mis ensemble et sont allés voir Lénine pour lui dire : « Donnez-nous un endroit, parce qu’on a l’idée suivante : construire des maisons individuelles pour les gens, pour que Moscou ne se transforme pas définitivement en une immense Commune [nous avions évoqué juste auparavant les « maisons communes », puis l’apparition des appartements communautaires], mais pour que chaque personne, que chaque famille, ait la possibilité d’avoir sa propre maison ». Le résultat, c’est que Lénine leur a donné son accord, mais est mort très rapidement après [rire]. Il a tout juste eu le temps de signer le décret. [...] Alors voilà, il les a autorisés à construire là-bas cette petite cité, et ils l’ont construite. Elle est terriblement mignonne, constituée de ces maisonnettes qui tombent petit à petit en décrépitude. Ensuite, parmi ces artistes, certains sont morts, d’autres ont été arrêtés. Ensuite – parce que c’est une vraie friandise, un endroit très tentant – énormément de vieux révolutionnaires, comme on dit [rire], s’y sont introduits [mmhmm, dis-je], des gens du NKVD. Parce qu’il y avait une pratique courante, n’est-ce pas : on tuait quelqu’un, et on s’appropriait ses biens, y compris les appartements et les maisons. Sous Staline. Moyennant quoi, de nombreux artistes célèbres sont restés en vie. Moyennant quoi aujourd’hui, une sorte de « conglomérat » assez puissant, étonnant pour Moscou, s’y est formé. Car autour, il y a des grands immeubles, et au milieu, il y a ces maisonnettes à un ou deux niveaux. Il y a énormément de verdure, c’est très calme, il n’y a pas de circulation, les enfants se promènent, les poussettes sont poussées et les chiens courent, c’est un endroit très suave, et en ce moment, entre ce lotissement et… – ils ont un « Soviet d’autogestion du lotissement Sokol », là-bas. Et donc, c’est la guerre avec les pouvoirs de la Ville et avec la Municipalité. Parce qu’il y a beaucoup de monde qui aimerait bien vivre là-bas, beaucoup de gens riches : cet endroit, cette friandise attire les convoitises, et c’est celui qui le possédera [sic] qui

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DERNIER Dร‰LAI Jean-Franรงois Bory

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Rè gle N° 2 : voyelles et consonnes, je dirai quelques jours quel est votre genre.. - un a , u n e , u n i , o , u c o m m e b e t c e t d e t g , j , k , p , q, t , v, w, z . . ..

un e . .

- une f , u n e h , u n e l , u n e m, u n e n , u n e r . . ..

une m . .

Wo ma n l o o k s thro ug h a pho ro pte r in 194 5 . Courtesy of American Academy of Ophthalmology Museum of Vision

notoriété, nubilité, nue-propriété, nuptialité, obésité, obliquité, obscénité, obscurité, oisiveté, onctuosité, opacité, oralité, partialité, passivité, paternité, pégosité, pénalité, pérennité, perpétuité, perplexité, perversité, pilosité, placidité, plasticité, pluralité, pluviosité, polarité, ponctualité, porosité, postérité, précarité, préciosité, précocité, principauté, prolixité, promiscuité, prospérité, proximité, publicité, pudicité, puérilité, pugnacité, putridité, rapacité, rapidité, réactivité, rigidité, rivalité, rotondité, rugosité, ruralité, rusticité, rythmicité, sagacité, salacité, salubrité, sapidité, scolarité, sécurité, sénilité, sensualité, sérénité, sérialité, sérosité, servilité, sévérité, sexualité, simplicité, sincérité, sinuosité, sismicité, socialité, solennité, solidité, somptuosité, sonorité, sordidité, sororité, soudaineté, spatialité, spécialité, spéciosité, sphéricité, spongiosité, spontanéité, stabilité, stérilité, stupidité, sublimité, subtilité, superfluité, surréalité, technicité, témérité, ténacité, théâtralité, timidité, tonalité, tonicité, totalité, toxicité, traçabilité, tranquillité, trivialité, turbidité, ubiquité, unicité, urbanité, utilité, validité, vassalité, veinosité, vélocité, vénalité, véracité, verbosité, viabilité, virginité, virilité, virtualité, virtuosité, viscosité, vitalité, vivacité, voracité, vulgarité, abrasivité, additivité,adhésivité, affectivité, africanité, agressivité, alcalinité, amabilité, amoralité, anfractuosité, animalité, animosité, anormalité, antériorité, audibilité, authenticité, biodiversité, bipolarité, bisexualité, cérébralité, cessibilité, circularité, clandestinité, cohésivité, collectivité, combativité, conductivité, conjugalité, consanguinité, contractilité, contractualité, contrevérité, convivialité, crédibilité, criminalité, cristallinité, culpabilité, dangerosité, éternité, défectuosité, dégressivité, demi-vérité, discontinuité,discursivité, domesticité, effectivité, efficacité, élasticité, électricité, émotivité, équanimité, érectilité, eurodéputé, éventualité, excentricité, exclusivité, exemplarité, exhaustivité,.. /.. /

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Mary Shelley d'après le film de Haifaa al-Mansour (2018) Géraldine Geay Admettons que tout soit vrai vrai le coloriage de Byron, vraie la rapidité avec laquelle Mary range son caprice Vrai l’amour de Percy avant même de savoir si l’amour de Mary est vrai Vrai qu’elle cesse vite de vouloir écrire en vers Vrai que Percy ne souffle jamais qu’espoir Elle filme l’année dernière pour la dernière fois Dans la pré-aube du dix-neuvième siècle Les tics déjà biodégradables D’hommes Qui n’ont jamais changé le monde en faisant Des compliments aux femmes Sur ce qu’ils faisaient eux aussi Elle les filme finir Sauf l’homme qui (je ne sais plus s’il présente ses excuses) Comprend ce que sa liberté a fait à la femme Qui y a largement survécu Homme qui formule (je ne sais plus si c’est en vers ou non) Ce qu’il a fait Lui dont les phrases ont toujours pu Elle filme finir les gâteries non regrettées Et les lâches tels qu’ils ont toujours été : absurdes et loin Et les calmes, dignes altruistes dont l’épilogue est aussi sombre Elle filme les drames très fréquents Qui arrivent à Mary Pendant sa révolution À Mary qui n’a pas encore inventé Le chemin entre l’euphorie d’avoir écrit Et écrire. Photogramme extrait de Frankenstein, Thomas Edison (1910)

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Shin Tanabe

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CHIENDENTS Frédérique Guétat-Liviani

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Une présentation de VR SPACE a eu lieu à la galerie Satellite à Paris le 13 septembre 2019 (voir photos ci-après), avec projection et mise à disposition du public d’un casque de Réalité Virtuelle. Un multiple à 5 exemplaires a été édité à cette occasion, comprenant casque, smartphone avec logiciel et l’œuvre. Le n°1/5 du multiple se trouve dans la collection Luigi Bonotto de Poésie expérimentale en Italie.

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d'ange, je n'en peindrai pas ». Cette autre toile aussi : un terre-plein où sont entassés des milliers d'exemplaires en plâtre du chef-d’œuvre local, Laocoon, Victoire de Samothrace, Vierge de Montserrat, Manekenpiss, de toutes les tailles immenses et minuscules, blancs et patinés, entassés au bout de l’esthétique. Si l'art suffoque ici, la culture de masse y respire bien à l'aise. Sans doute le travail de notre artiste reste-t-il parfois ambigu : une vue du cosmos sur lequel s'inscrit en surimpression Kultur ou bien une photographie parue dans un vieux journal de la seconde guerre mondiale : une bataille navale avec le grain photographique très agrandi et en surimpression toujours Kultur. Encore : un écran de télévision sans image, en surimpression La Voix de son Maître. Plus strident : des écrans vidéo avec Out of order, Time Off, Game over. « La beauté sera convulsive ou ne sera pas » disait Breton. Il voulait rire : elle sera tout simplement hébétée. Quelles idées, quelles médiocrités ont pu cohabiter dans la Mer des Sargasses du cerveau pour que dans ses zones boréales la culture se réplique dans des stéréotypes aussi effarants. C'est la question la plus immédiate que pose ce travail. Actuellement Rabascall concentre son activité sur les stéréotypes, la sagesse des nations, les lieux communs, il reproduit sur de grandes toiles sensibles (comprendre « sensible » comme le papier sensible) des modèles de paysages (chaumière et forêt), de marines (vagues déferlant sur la grève), ou encore campagne sous la neige que l'on trouve dans les albums : « First Painting », « Mes Premiers Dessins », « Do it yourself », « Savoir peindre à l’acrylique » (etc...) peintures très proches de celles en vente dans ces aires de calme et de repos qu’on trouve dans le rayon art des magasins C & A et autres grands magasins du monde entier. Seulement en clignant un peu des yeux Monsieur Raymond Barre se rendrait compte, en Amateur attentif que - horreur ce sont des reproductions photographiques. Attention, ce que Rabascall présente ce n’est pas de l’art en plus, c'est de l'art en moins (2). Dès lors chacun pourra déduire tout le sens critique que notre artiste fait peser sur ce terme d'art que toute classe sociale manipule à sa guise. Mise en question donc, mais encore mise en question de la question, et mise en place de la peinture. La peinture à sa place. À sa vraie place. Au-dessus de la cheminée.

En extrémisant son travail Rabascall pousse le pion finalement plus loin que celui de l'éternel principe un peu désuet de l'avant-garde, à savoir la compréhension au second degré. À s’avancer si près du semblant, à dire une vérité qui s'affiche tellement comme le si parfait contraire de ce qu'elle dénonce, qu'elle en atteint le même degré d'inutilité ; Rabascall s’autorise à dynamiter le dernier axiome sur lequel l’art repose encore depuis la Renaissance : « ce que les artistes s’autorisent à percevoir de leur survie » (3). L'art sera-t-il, alors, comme il l'indique dans le titre d’un de ses travaux représentant un écran vide de télévision sur lequel s'inscrivent les lettres Out of order. Out of order le signal reste sur le tube cathodique où grésille une trame absente striée de phosphènes faisant croire à un imminent changement de programme. Et ceci, bien sûr, indéfiniment. (1) Le déjeuner sur la plage, entretien avec l’auteur. Opus International n°86 automne 1982. (2) Expression reprise à Fargier. Celui-ci l’utilise à propos de la vidéo. (3) Marcelin Pleynet, Giotto, Hazan 1985.

Jean-François Bory 221

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