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l les presses du réel

5 9 1 # 5

Noël Arnaud, Jean-Marc Baillieu Charles Baudelaire, Emile Benveniste Jean-Pierre Bobillot, Jean-Yves Bochet Philippe Boisnard, Jean-François Bory Nicole Caligaris, Luc Champagneur Viviane Cirillon, Alessandro De Francesco christian Désagulier, Jacques Donguy Lawrence Ferlinghetti, Liliane Giraudon Raoul Hausmann, Marie Kawasu Peter Keene, Chloé Laplantine Pierre Le Pillouër, Cédric Lerible Ada Lovelace, Dmitri Mendeleïev Virgile Novarina, Alexandre Ponsart Ezra Pound, Pascal Quignard Jacques Sicard, Jesper Svenbro Pierre Tilman, Mathilde Tixier

christian Désagulier brandissant la revue TOUTE LA LIRE au Rocher des Proscrits (Jersey, 2017)©julia Tabakhova

les presses du réel A.D.L.M.N.


591 # 5 les presses du rĂŠel A.D.L.M.N.


ada Lovelace alessandro De Francesco alexandre Ponsart cédric Lerible charles Baudelaire chloé Laplantine christian Désagulier dmitri Mendeleïev émile Benveniste ezra Pound jacques Donguy jacques Sicard jean-françois Bory

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jean-marc Baillieu jean-marie Bellemain jean-pierre bobillot jean-yves Bochet jesper Svenbro lawrence Ferlinghetti liliane Giraudon luc Champagneur marie Kawasu mathilde Tixier nicole Caligaris Noël Arnaud pascal Quignard peter Keene philippe Boisnard pierre Le Pillouër pierre Tilman raoul Hausmann virgile Novarina viviane Cirillon

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Arnaud Noël

été 2019

Baillieu jean-marc Baudelaire charles Bellemain jean-marie Benveniste émile bobillot jean-pierre Bochet jean-yves Boisnard philippe Bory jean-françois Caligaris nicole Champagneur luc

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:

:

Alfred

Francis

Stieglitz

Picabia

(1915)

(1917)

491 : René Drouin, Michel Tapié (1946)

591 : Jean-François Bory (2015) directeur de la revue

Cirillon viviane De Francesco alessandro Désagulier christian

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Donguy jacques Ferlinghetti lawrence Giraudon liliane Hausmann raoul Kawasu marie Keene peter Laplantine chloé Le Pillouër pierre Lerible cédric Lovelace ada

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Mendeleïev dmitri Novarina virgile Ponsart alexandre Pound ezra Quignard pascal Sicard jacques Svenbro jesper

les presses du réel A.D.L.M.N.

Tilman pierre Tixier mathilde

Photogramme de couverture : Tanks de Jean-François Bory (1967)


TABLE DES MATIÈRES (numéro de page) 0/

7/ PO@ZIA

Jean-François Bory : Po@zia (174)

Liliane Giraudon : Une jonquille pour Jandl (179), Une pivoine pour Picabia (181)

Jesper Svenbro : Paris kilomètre zéro (8)

Pierre Le Pillouër : S (182)

1/ POÉGRAPHIES

Pierre Tilman : Dans la première ligne le poème... (188)

Jesper Svenbro : Manuel Manual (12) Luc Champagneur : grcles (15)

Mathilde Tixier : Baron rouge (186)

B/

Virgile Novarina : En somme avec EEG (24)

Jean-Pierre Bobillot : d’antisèches, « poème attrape-tout » (in progress) (194)

christian Désagulier : Ada (47), Correspondances mendéléviennes (57)

9/ PERFORMANCES

Jacques Sicard : Opus 8 (77)

Philippe Boisnard / Jacques Donguy : Traces de langage : poésie numérique (204)

Chloé Laplantine : Émile Benveniste, "La langue de Baudelaire" (31) Alessandro De Francesco : Sept textes de ((( (66)

Alexande Ponsart / Viviane Cirillon : Fin (200)

Jean-Marc Baillieu : Media luna (83)

Marie Kawasu / Jean-Marie Bellemain : Franchir ce qui nous désunit (211)

2/ PLEINS ET DÉLIÉS

Noël Arnaud : Charabia, galimatias et turlupinades dans la poésie d'aujourd'hui (86)

3/ KINOKHEPA

Jean-Yves Bochet : Chronique de l'interzone (116) Jean-François Bory : Kinokhepa (130)

4/ APRÈS COUP

Jean-François Bory : Ferlinghetti de nombreuses fois (138) Jacques Donguy : L'optophone de Raoul Hausmann (141) Ezra Pound : Thrones (150)

5/ ORTHOGRAPHIES

Pascal Quignard : Nouvelles performances de ténèbres (152) Nicole Caligaris : Carnivale (154)

Jean-François Bory : Confetti d'autobiographie (157)

6/ SPICILÈGES

Cédric Lerible : Spicilège autotélique et provisoire (164)

Cédric Lerible : 8+1 camperformances (à ce jour) (222) 10/ Des livres, des livres... (231)


ALESSANDRO DE FRANCESCO - Tissue0

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Jesper Svenbro PARIS KILOMÈTRE ZÉRO Mt 26,61 Avec toi, dans les années 80, je prenais notre train de banlieue pour Paris afin de visiter Notre-Dame et écouter la musique perpétuelle de l’orgue dans la pénombre fraîche sous les rosaces. Tu avais peut-être cinq ans lorsque tu inventas le mot orgelbrass1 pour marquer ta joie lorsque l’organiste couplait toutes les voix, mot prononcé avec un émouvant accent du sud suédois (dont j’étais l’origine évidente). — Cet orgue magistral a clairement survécu au feu, je le constate en ce Jeudi saint très spécial : Notre-Dame a brûlé mais ne s’est apparemment pas écroulée. La grande rosace de la façade sud sera-t-elle stabilisée à temps ? La violente montée de la température a-t-elle signifié une surcuisson du verre modifiant sa palette radieuse ? Le coq perché en haut, sur la flèche de la nef, a semblé d’abord compter parmi les trésors perdus mais après avoir plongé interminablement avec elle dans une mer de feu à travers la voûte de la nef, il a été retrouvé parmi les décombres à l’intérieur de l’église, par terre, dans le choeur, devant le grand autel et son crucifix éblouissant. Sur une photo prise rue du Cloître un homme se tient portant contre lui le coq vert de gris, puissante girouette de bronze. Nul besoin d’en faire une copie, il n’a qu’à être redressé pour reprendre du service. Et comme nous sommes Jeudi saint, je pense au récit de la Cène selon l’apôtre Barthélémy, qui nous offre une merveilleuse version parallèle de l’institution de la Communion où l’Agneau est remplacé par le Coq.

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« De même que ce coq est mort, de même je mourrai », dit Jésus pour s’adresser ensuite au coq sacrifié et déjà apprêté, en attente devant les disciples réunis : « Je te le dis, ô coq, tu vivras comme tu vivais auparavant, des ailes te pousseront et tu t’envoleras pour annoncer le jour où je serai livré. » Et le coq, sur le plat, eut un sursaut et s’envola. Jésus dit à Matthias : « Tu vois, cet oiseau que tu as sacrifié il y a trois heures se relève et revient à la vie. Ainsi serai-je crucifié et mon sang versé sauvera les nations. » Cette version institue la Communion en laissant le coq survivre à son passage par le feu pour un jour reprendre son rôle — celui de la girouette dans le très-haut. Il portera témoignage du vent, souffle de Dieu et du Saint Esprit, qui si souvent me frappait au visage lorsque, de chez moi, je me pressais pour rejoindre le métro Cité. Combien contraire m’était ce vent ! Et maintenant je le répète : Viollet-le-Duc « est tombé dans la poussière », is fallen indeedust2 ! Lundi de Pâques 1978 — cela pourrait être aujourd’hui ! — vacillant au soleil, je sors de Shakespeare & Co., Paris kilomètre zéro, et lève les yeux vers la flèche de Notre-Dame, un nouvel exemplaire de Finnegans Wake dans la main en m’exclamant à voix haute : « Maître bâtisseur Finnegan, réjouis-toi », Bygmester Finnegan, Rejoyce3 ! Pour ma fille Anna Rosario (traduit du suédois par Yvonnette Svenbro)

_______________ 1. En suédois, brassa på signifie ”faire feu” (surtout au sens figuré), et le présent néologisme signifierait donc à peu près ”canonnade d’orgue”. 2. James Joyce, Finnegans Wake, Faber and Faber (1939), 1975, p. 55. 3. Ibid. p. 4, Bygmester, mot norvégien, tiré d’Ibsen, signifie « maître bâtisseur ; entrepreneur en bâtiments ».


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PoĂŠgraphies


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Jesper Svenbro MANUEL MANUAL Ce n’est pas que j’en sente la « vocation » aujourd’hui, après plus de 30 ans. Mais tôt ou tard, je me dois d’écrire le « poème du poseur de parquet » ! Dans la maison que nous venions d’acheter, j’avais décollé les vieux papiers peints en utilisant un appareil remplissant la journée de février de nuages de vapeur, après quoi je peignis les murs et les plafonds blancs. M’attendait maintenant la pose du parquet. Chez IKEA au nord de Paris j’avais acheté des lattes stratifiées « Tundra » imitant des planches de pin; j’avais acheté de la colle et des rouleaux de papier kraft à dérouler comme amortisseur sur le béton. J’avais peint les plinthes en blanc à l’avance. — Je n’avais jamais posé de sol et je craignais la tâche : la livraison était dimensionnée pour 54 m. de surface de plancher ! Le beau-frère de notre femme de ménage était poseur de parquets professionnel Il se proposa de m’accompagner comme instructeur. Et un matin de février, nous nous retrouvâmes dans la maison vide, résonnante. Manuel s’avéra être une personne joviale, qui pour moi vint à incarner l’idée même de l’habileté, du fait main. Il apporta sa boîte à outils et surtout sa scie circulaire. Et puis il me montra comment procéder. On place la première planche dans le coin supérieur gauche de la pièce puis on ajoute et colle rangée après rangée de planches — comme pour remplir une feuille de phrases écrites. L’orientation des planches est parallèle au sens de la lumière du jour. La marge droite est évidemment comme alignée sur une règle, à condition que la pièce soit carrée ou rectangulaire comme un feuillet A4. La latte est coupée là où, tout juste, elle viendrait atteindre le mur et le superflu peut entamer la ligne qui suit. Comme un mot par un trait d’union ! Et nous comprîmes que la métaphore du texte et de la surface d’écriture était comme faite pour nous deux : lui Manual et moi-même Intelectual, agenouillés en tant que Maître et Disciple. Admirable sa capacité à coller, en me demandant de bien tenir le joint pendant qu’il disait : « Dans une maison réelle 1 on ne trouve jamais un seul angle droit. Notre tâche est de déjouer les problèmes posés par la chambre approximative. » Le crochet d’angle et le fil à plomb étaient deux attributs d’Athéna qui était aussi la vénérable déesse de la Ruse. Mètis était le mot pour dire « ruse ». Une décennie plus tôt j’avais lu un livre intitulé Les ruses de l’intelligence.

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La mètis des Grecs (1972), qui maintenant vint trouver son application pratique ! La surface du sol grandissait, le soleil traversait les vitres obliques, poussiéreuses. Heure après heure, Manual et Intelectual continuaient à poser leur sol de plus en plus vaste, sur lequel la vie de famille allait se déployer. Et un jour le sol du premier étage fut terminé, deux pièces et une chambre à coucher ainsi que le palier auquel l’escalier en colimaçon donnait accès. J’avais préparé toutes les plinthes venant maintenant recouvrir le tissu fibre de verre peint en blanc et cacher l’espace centimétrique entre les planches et le mur, — et comme par un acte de prise de possession je plaçais, dans la chambre de mon fils, d’où notre travail était parti, un drapeau de table suédois, comme s’il s’agissait du drapeau d’un quelconque territoire suédois en pays étranger ! Territoire de langue suédoise avec le dictionnaire de l’Académie suédoise acheté en 1952 par ma mère comme seule ligne directrice dans mon laboratoire linguistique, sorti de son contexte des années 50 ou 60 et jamais mis à jour avec les nouveautés parfois reçues sur ondes courtes. Ici, privilège exclusif du suédois archaïque, matérialisé dans le volume de lin bleu clair du dictionnaire, merveilleusement pali. Quand nous arrivâmes à ce point, il me devint évident que Manuel devait être payé pour sa contribution. Il refusa d’en entendre parler (pour ce qui était peut-être un travail au noir). Mais il prit soin d’ajouter : « Demandez à Monsieur Schnapp ce qu’il en pense ! » Alain Schnapp était mon collègue, voisin et ami, archéologue classique de réputation internationale. Alain me dit que Manuel était collectionneur de pièces anciennes, numismate passionné, et me suggéra de le payer en monnaie grecque antique. En face de l’entrée principale de la Bibliothèque Nationale, en descendant un peu la rue Richelieu, je lui achetais ainsi un tétradrachme de Tarente permettant à la pièce d’argent antique, frappée d’un dauphin et de l’inscription TAPAΣ, pièce autrefois « équivalent général », d’entrer dans le système monétaire contemporain, — sans comprendre sur le coup le sens de ma transaction financière le long de la verticale stupéfiante de l’histoire ! (traduit du suédois par l'auteur)


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GRCLES Luc Champagneur

Des jeunes récemment arrivés en métropole écrivent ce qu’ils peuvent qui leur vient aux doigts dans le cadre de leur apprentissage du français. Initiés par de quotidiennes discussions, prennent forme des textes en prose qu’ils retouchent jusqu’à ne plus pouvoir. Leur richesse m’a incité à les reprendre, à en faire pour mon compte le point de départ de poèmes fondés sur un double mouvement d’impersonnalisation et d’expansion, à poursuivre ainsi un geste né de corps et de têtes depuis peu en France et en français, depuis longtemps bercés en soninké, italien, arabe, diakhanké, turc, lingala, soussou, fang, etc. Les poèmes s’intéressent aux multiples traces que laissent ces langues maternelles dans celle qui se construit, laborieusement. Car pour la majorité de ces adolescents, entre autres éléments à charge, la transcription graphique des phonèmes en français – langue truffée de lettres muettes, pour laquelle à la limite savoir parler empêcherait de savoir écrire – est infernale, l’ordre des constituants contre-intuitif, les manières d’accorder hérétiques, la ponctuation d’une invraisemblable préciosité. Les poèmes sont donc moins sous l’influence de l’idiolecte d’un supposé poète que sous celle de langues venues de loin, de points de vue maternellement étrangers à un français fait médium du désir d’expression. Ils accueillent les approximations, les hics, les distorsions qu’impliquent les chemins de traverse frayés d’un système à l’autre par ces jeunes. Ce que dans d’autres contextes on taxerait de fautes, de disorthographies, accompagne ici l’activité de langues et pensées non réduites au silence, d’individualités venues d’ailleurs mais désormais d’ici, qui s’éprouvent en s’écrivant. Elles endurent la patience – celle qui manque au cadre scolaire qui les accueille. Et serait exposé ce que signifie, concrètement, écrire dans une sorte de langue étrangère, mais aussi ce qu’est ce français qu’on veut tant marquer du sceau de l’exceptionnalité : une langue à relativiser, strictement.

Jesper Svenbro au Parthénon (Athènes, 2018)


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à-maison

arkadaşlarının amis-tes annemlerin parents-mes evde olmadığı bir gün maison-dans être-ne-où bir gün un jour gelmesini venir-lui-que tercih ediyorum préfère-je

na kolinga que je -rai-préférer que baninga nayo -s-ami tes bayaka -ent-venir mokolomoko jour-un oyo que baparent nayo -s-parent tes bakozala na ndako té -ent-r-être à la-maison pas

je-préfère que vient amis-à-toi dans un-jour

َ‫ون ل‬ َُ ‫وَالَداكَ فيهَ ي ُك‬ َ‫بَ َْٱلم ْنزل‬

non être dans-eux parents-tes

variention varastion variason variasiones va rien chiont variassions varicioues va raiérson

n da a xanu an menjanŋun nan ri koota yi, o saaranon ga nta kan di

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je avoir préféré ton amis que venir jour un, nos parents ne pas maison là

َُ ‫فَض‬ ‫ِّل‬ ْ َْ ‫صدقا ْ ُوكَ يأتي‬ ‫أن‬ ْ ‫أ‬ ‫ي ْو َم في‬

C'est beaucoup plus grave. C'est un affaissement de cette vitalité, de cette croyance en soi qui fait qu'une société comme disait Péguy n'ose plus s'enseigner. Il faudrait décréter une mobilisation générale avec des affiches que tout le monde doit apprendre le français à tout le monde !

réklles ragle raigle régls raglas rigales grcles récl

Le français nomme d'abord le sujet du discours, ensuite le verbe qui est l'action, et enfin l'objet de cette action : voilà la logique naturelle à tous les hommes. Or cet ordre, si favorable, si nécessaire au raisonnement, est presque toujours contraire aux sensations,


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qui nomment en premier l'objet qui frappe en premier. Quelle est la règle spécifique des verbes en -dre ? Cite les exceptions.

répond insolent voire aggressif. Je lui fais relire le règlement prendre conscience s’excuse 5 minutes après recommence. Indique la valeur du présent dans chacune des phrases suivantes. Les épreuves commencent dans une semaine. Il faisait une sieste sous un arbre, soudain une pêche bien mûre tombe et s'écrase sur son visage. Il se réveille à six heures du matin, même le dimanche. La Terre tourne autour du soleil.

en doit pas rigoler quand le prefesseur dispute avec un autre élève parce que le prefesseur est nervè et si en rigole il va se nervè encore plus moi j'ai deja fait sa je vous promis que si vous faitez sa vous avrez à faire sa comme punition ne le faitez pas Conjugue ces verbes aux 2èmes personnes (singulier et pluriel) du présent : pouvoir / convaincre / agir / coudre recrudescence de consommation de graines de tournesol page 6 Ch II § II-3 "Il est interdit" merci de votre vigilance

Il … de cette bonne blague. a) riai b) riiait c) riait Lorsqu'il … , il était transformé. a) revena b) revint c) revînt L'enfant … sans hésiter les pompiers. a) appela b) appella c) appelat Vous êtes prévenu oralement par une personne désignée d'un danger imminent et de la nécessité de se confiner. Vous fermez les volets de la salle et continuez à travailler dans l'attente de nouvelles consignes. Si on demande à aller aux toilettes, vous accompagnez au bloc sanitaire le plus éloigné des endroits exposés. N'est connu que ce qu'on répète cher ami. Il faut avoir assez d'autorité qu'ils pensent qu'ils n'ont pas envie de mourir idiots.

enderance on du ronse ondarance endurants onduranse onderonse en durence endurence

quand je changé de langue et de pays cette très difficiles tout ça donc j'avais pas de potes

quand mes parents ont décidé de venir en France c’était mes plus mauvais jours je n’arrivais même pas


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je passé mes journées à me concentrer chez moi rien a faire cette très sur mes études j’essayais ennuyeuse j'attendais seulement de profiter du temps pour aller a l'école pour qui me restait avoir des copains et avec ma famille mais dommage je comprenais pas la langue le temps passait très vite j’ai jamais je savais pas quoi dire quand pensé que il allait venir il me était dans les problèmes un jour où j'allais je s'avais pas me defendre me séparer tout le monde me ramenait des cadeaux moi je n’aimais pas plus ils m'offraient plus mon courage et mon morale baissaient otone entone outone hutone auteaune eton otn autone autonne outon oten où

ton otonne anton otaon ottone outan

C'est lenfair. la je pleurs je suis préssé que noël vien et la je dit vit vien noël moi on ma dit que je na rive pas a dormir jedit c'est faut ça je réfléchi la coifair à la maison je sor

je viens de crié pasque je crie je vous es ue bonne blageu la je pren une douche pour être propre et baucou dormir maman me donne un hélicoptèr tros cool je d’école il fait baut

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pour prendre de l'aire déor je dois sortir et ça ma fait du bien je suis sorti et je prix l'air salut joyeux Noël a tout et il est l'heure de ouvri les cadaux de noël est tres fore

mon sket et mon avion trô cool noël je vous drais que sa dure lenten la magi je me san ci bien dan mon cor et j'ai du fil a rotor aujourd’hui c’est là noële mes nous le mousilmène on fait pas la noële

le matin je joue au foot je mé la ve aujourd'hui j'ai parle mon copène en guineen ele ma demander maintenant tu va parle en francese jedi oui je suis a l'ecole à soir j'ai demander mon père pourquoi tu pepa apelle ma grand mére on va parle ma peti seure il madi non jedi moi je ve

j'ai parti a la rout j'ai vi un chien j'ai courir je suis retourne à la maison j’ai bu lau mon pére ma de mander pourquoi tu à courir j'ai dormir à soir j'ai pansse je né pas écrire mon devoir je suis reveie j'ai écrire mon devoire aprés j'ai contunu de dormir joursqua 22he10 demain ma donne


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le midi mon cousin credit j'ai il apele en guinee j'ai parler ma grand mére elle ma demader chaqui jour tu va parti à l'ecole jedi oui elle ma di bien se sa que bon contunu à l'ecole pasque ton pére il à di tu va sorti a l'ecole je di non

brantent prantant prantemt prentent drato printant prentan prentemp pran tane prenten pranton pranto branten preuton printon prantone

prènton prato pretu pratn allophonhics (extraits)

Kédougou (Sénégal), 2015 ©christian Désagulier


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EN SOMME AVEC EEG Virgile Novarina Cette performance intitulée En somme n°12 avec Electroencéphalogramme, a été réalisée au Musée Syker Vorwerk, en partenariat avec le laboratoire du sommeil de l’hôpital de Bremen Ost (Allemagne), lors de l’Exposition «Was schläft» en avril 2008 (Commissaire : Susanne Hinrichs.) Les photographies de Virgile Novarina, sur le point de s’endormir (2) puis en phase de sommeil paradoxal où les rêves font s’agiter les aiguilles de l’encéphalographe (3) ainsi que le somnogramme de la nuit (1), ont été prises au Laboratoire par Hervé Maillet. Suivent les Ecrits et dessins de nuit, série Danube IV : Hongrie, Croatie, Serbie. 2007 de Virgile Novarina, exécutés à la remontée subbreptices de phases de sommeil profond pendant lesquelles les aiguilles n’enregistrent pourtant aucunes oscillations de courant encéphalique...

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ÉMILE BENVENISTE, « LA LANGUE DE BAUDELAIRE » Chloé Laplantine En 1962, Claude Lévi-Strauss et Roman Jakobson publient dans la revue L’Homme une analyse du poème Les Chats de Baudelaire. Dans un texte liminaire Lévi-Strauss explique cette démarche qui pourrait sembler étonnante – qu’un linguiste et un ethnologue élaborent ensemble pour une revue d’ethnologie une étude sur un poème français du 19e siècle – en disant que le linguiste retrouve dans le poème des structures similaires à celles que l’ethnologue met au jour dans le mythe, et d’autre part que le mythe est comparable à une œuvre d’art et éveille des émotions esthétiques. Leur analyse déploie un cortège de catégories linguistiques de différents niveaux, grammaticales ou phonologiques, et d’oppositions binaires (masculin/ féminin ; singulier/pluriel ; substantif/verbe ; animé/inanimé ; sujet/objet, etc.) pour mettre en lumière la manière dont le poème est fait. Emile Benveniste dans ses manuscrits sur « La langue de Baudelaire » rédigés quelques années plus tard1 , en 1967, résumera ainsi cette tentative : « Une approche consiste à partir de la composition poéti < de la pièce de > vers comme d’une donnée, de la décrire, de la démonter comme un objet. C’est l’analyse telle qu’on la trouve appliquée aux Chats dans le bel article de Lévi-Strauss et Jakobson2 ». Emile Benveniste (1902-1976) est linguiste, professeur au Collège de France où il occupe une chaire de « Grammaire comparée » depuis 1937 et explore des problèmes de linguistique générale (la négation, le nombre, le verbe, etc.) à partir de la comparaison de langues de tous types, ou des problèmes spécifiques des langues indo-européennes. Sa linguistique est à l’opposée d’un objectivisme technicien qui dissèque la langue comme un objet, avec des outils connus d’avance ; elle aborde la langue comme la production d’une expérience subjectivante et y questionne les catégories de son analyse : « Vivre le langage / Tout est là : dans le langage assumé et vécu comme expérience humaine, rien n'a plus le même sens que dans la langue prise comme système formel et décrite du dehors3 ». Dans le Vocabulaire des institutions indo-européennes (1969), il tente de mettre en lumière, en suivant quelques thématiques larges (l’économie, la parenté, etc.) et en s’appuyant sur des textes réels, ce qui organise la vie des hommes dans les sociétés indo-européennes, ne séparant pas ainsi le dire et le vivre. Lorsqu’il analyse la langue de Baudelaire c’est d’abord pour réaffirmer que le langage n’est pas de manière essentielle un outil de communication et qu’il appelle ainsi d’autres représentations que celles développées par des linguis-


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tiques abordant la langue comme message, succession de signes, ou moyen d’influencer l’autre. Cette recherche sur le poème permet à Benveniste de radicaliser le principe d’instituance et d’(inter)subjectivitation qu’il énonce à propos du langage ordinaire, « le langage re-produit4 la réalité ». Le langage poétique engage en effet une conversion du point de vue5, il fait voir autrement et avec des catégories neuves : « On <Le poète> recrée donc une sémiologie nouvelle, par des assemblages nouveaux et libres de mots. A son tour le lecteur-auditeur se trouve en présence d’un langage qui échappe à la convention essentielle du discours. Il doit s’y ajuster, et recrée pour son compte les normes et le “sens”6 ». Par contraste avec la tentative d’analyse objectivante des Chats de Lévi-Strauss et Jakobson, Benveniste se propose de mettre en lumière la structure profonde d’un univers poétique : « Une autre approche consistera en une sera d’un type tout autre. On s’efforcera d’atteindre la structure profonde de son univers poétique dans le choix révélateur des images et dans leur articulation7 ». On trouve ainsi de nombreux manuscrits où il tente de faire apparaître les images propres (ou étrangères) à la langue de Baudelaire, dans une démarche qu’on pourrait rapprocher de la recherche thématique de Jean-Pierre Richard ; par exemple, « Jamais Baudelaire n’évoque un noyé : le vers de Rimbaud “Les noyés descendaient dormir à reculons” lui est juste à l’opposé de sa conception de la mer8 », ou encore, « Baudelaire ne connaît pas la durée ; le mot et le verbe sont absents de ses poèmes. Il ne connaît que l’éternité, immobilité hors du temps, condition de la Beauté, des statues, de la matière9 ». Il effectue également de nombreux relevés de fréquence, qui rappellent cette fois que les années 1960 voient, avec l’usage de l’informatique, l’essor de la « linguistique statistique » ou « lexicométrie » (où les œuvres littéraires sont souvent utilisées comme corpus) : « âme 72 – cœur 142 / comme 328 (le mot le plus fréquent absolument de Baudelaire / ainsi que 36 <si on ajoute les équivalents, le total dépasse 400> / pareil 14 / semblable 15 / tel 1010 ». Dans cette recherche de l’originalité de la langue de Baudelaire, Benveniste s’intéresse également à l’expérience subjective et poétique du temps. Il relève ainsi, en délimitant des ensembles (Les Fleurs du Mal, Petits poèmes en prose), les temps verbaux et leur valeur – « futur de l’accomplissement mystique 11 », « futur prophétique / futur fatidique / futur prospectif / futur de prédestination12 ». l débute même, pour mieux définir l’originalité de Baudelaire, une comparaison avec Mallarmé. Dans cette analyse de l’expérience du temps chez Baudelaire, ou Mallarmé, il retrouve aussi certaines distinctions générales qu’il

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élabore dans ses écrits de linguistique du français13 (notamment la distinction entre énonciation de discours / énonciation historique) : « Le temps linguistique / Une distinction fondamentale à poser et à développer dans ses implications : le temps dans la mémoire / le temps hors de la mémoire / L’imparfait <du récit> est le passé revécu dans le présent. / Passé revécu, l’imparfait est le temps typique du souvenir / Le parfait est le passé distancé du présent14 ». Le vers du Parfum « Dans le présent le passé restauré ! » lui semble bien définir l’imparfait de Baudelaire, et résumer en même temps son entreprise poétique : « L’imparfait temps de l’évocation, de la surrection du passé en une présence recréée, du souvenir revécu. Baudelaire ne vit pas, il revit la réalité, qui s’est incorporée à son être, et que tel incident du présent a pour effet de susciter./ Le futur, temps où se projette l’espoir d’une consolation, d’une libération, d’une exaltation15 ». Un autre niveau d’analyse met en relation une qualité du langage et une expérience du monde propres à Baudelaire. Pour Benveniste, la langue de Baudelaire évoque, elle ne décrit pas : « L’originalité chez lui est que c’est un langage chargé d’émotion. Cela vient de sa vision d’abord. Baudelaire ne décrit jamais, il évoque, et il y a toute la différence du monde entre décrire et évoquer16 ». Dans un autre feuillet, il précise : « Mais évoquer les choses est une chose, les décrire en est une autre. La description est un discours sur17 », idée qu’il reprend dans un entretien en 1968 lorsqu’on l’interroge à propos de l’intérêt du langage poétique pour la linguistique, et qu’il parle d’une « remise en question de tout le pouvoir signifiant traditionnel du langage » engagée par les expérimentations poétiques : « Il s’agit de savoir si le langage est voué à toujours décrire un monde identique par des moyens identiques, en variant seulement le choix des épithètes ou des verbes. Ou bien si on peut envisager d’autres moyens d’expression non descriptifs et s’il y a une autre qualité de signification qui naîtrait de cette rupture18 ». La description, en tant que mode d’expérience (et de connaissance) du réel conditionné par des catégories de langue-pensée (appartenant à une certaine culture) et la pratique du langage qui en découle (un discours sur), est mise en évidence et interrogée par le poème de Baudelaire, et de manière encore plus radicale par Mallarmé. Benveniste distingue non seulement décrire et évoquer, langage signifique et langage iconique, mais encore dire et faire : « La poésie la langue poétique et plus précisément la poétique ne consiste pas à dire, mais à faire. Elle poursuit un < la production d’un> certain effet, émotionnel et esthétique19 ». Le poète est alors envisagé comme le « faiseur, poiètès20 », qui « fait vivre », « fait éprouver », « fait ressentir », « fait voir », etc. Enfin, le poème de Baudelaire est critique des conventions, qu’il dévoile : Le poète nous apprend la vérité et nous révèle dévoile la vérité réalité. La vérité sur lui et de telle manière qu’elle nous apparaisse la vérité sur nous ; la réalité masquée par la convention ou l’habitude et qui brille comme à la création21 ».


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Dans cette recherche de la structure profonde de l’univers poétique de Baudelaire, qu’il définit comme « contre-monde » ou « univers second », Benveniste poursuit son enquête distanciée de linguiste ethnologue ; et dans sa définition du langage poétique il radicalise le sens du langage ordinaire qu’il défend, et qui est critique des linguistiques de l’époque (et d’aujourd’hui encore) : « C’est dans et par le langage que l’homme se constitue comme sujet22 ».

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Annexe Transcription diplomatique et reproduction des manuscrits inédits d’une poétique de Baudelaire par Emile Benveniste réalisée par Chloé Laplantine dans le cadre de sa Thèse de doctorat : Emile Benveniste, poétique de la théorie publiée aux éditions Lambert-Lucas (2011) : « Les manuscrits que je présente ici datent pour l’essentiel en 1967. Ils auraient normalement dû prendre place parmi les collections de la Bibliothèque nationale de France dès 1976. Ce n’est qu’en août 2004, et à ma demande auprès de Georges Redard, qu’ils ont pris ce chemin souhaité par Benveniste. A l’arrivée des manuscrits, en 2004, et à la demande de Monique Cohen, alors directrice du Département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, l’importante liasse de manuscrits (410 feuillets) a été séparée en 23 pochettes de tailles inégales (entre 4 et 72 feuillets par pochette), ce classement devait notamment faciliter la consultation de l’archive, et rendre compte de séries (type et format des papiers, thème …).

_______________ 1. Il avait été relecteur de l’article de Lévi-Strauss et Jakobson. 2. Emile Benveniste, Baudelaire, Présentation et transcription de Chloé Laplantine, Limoges : Lambert-Lucas, 2011, p. 186-187 (ms. 14, f°2 / f°81). 3. Note manuscrite d’Emile Benveniste conservée à la Bibliothèque nationale de France : PAP. OR. 30, enveloppe 2, f°241. 4. « Coup d’œil sur le développement de la linguistique » (1963), Problèmes de linguistique générale, Paris : Gallimard, 1966, p. 25. 5. Baudelaire, op. cit.. p. 184-185 (ms. 14, f°1 / f°80). 6. Ibid., ms. 22, f°53 / f°305, p. 644-645. 7. Ibid., ms. 14, f°2 / f°81, p. 186-187. 8. Ibid., ms. 10, f°14 / f°47, p. 118-119. 9. Ibid., ms. 9, f°1 / f°24, p. 72-73. 10. Ibid., ms. 10, f°15 / f°48, p. 120-121. 11. Ibid., ms. 17, f°33 bis / f°154 bis, p. 336-337. 12. Ibid., ms. 17, f°45 bis / f°166 bis, p. 364-365. 13. « Les relations de temps dans le verbe français » (1959), Problèmes de linguistique générale, p. 237-250. 14. Ibid., ms. 9, f°10 / f°33, p. 90-91. 15. Ibid., ms. 17, f°14 / f°135, p. 294-295. 16. Ibid., ms. 20, f°3 /f°197, p. 426-427. 17. Ibid., ms. 23, f°14/ f°337, p. 710-711. 18. Émile Benveniste, « Ce langage qui fait l’histoire » (1968), Problèmes de linguistique générale, 2, Paris : Gallimard, 1974, p. 37. 19. Ibid., ms. 18, f°11 /f°184, p. 400-401. 20. Idem. 21. Ibid., ms. 8, f°7 / f°17, p. 58-59. 22. « De la subjectivité dans le langage » (1958), Problèmes de linguistique générale, Paris : Gallimard, 1966, p. 259.

Ce classement n’est pas définitif, les manuscrits à l’heure actuelle ne sont pas encore compostés. Les 5 premières pochettes, qu’on ne trouvera pas ici, ne concernent pas Baudelaire, mais correspondent à un article inédit (et qu’il faudra à son tour étudier) où Benveniste mène la critique de l’axiologie (Augusto Salazar Bondy). On trouvera ici le contenu des pochettes numérotées de 6 à 23, soit 367 pages manuscrites. Je reprends ici le classement par pochette (par exemple, « BAUDELAIRE, 6, f°1 », c’est-à-dire sixième pochette, premier feuillet ), j’y ajoute une numérotation continue (de 1 à 361), ceci permettra notamment un passage plus évident de ma thèse aux manuscrits. «Il faut ajouter à ces manuscrits, trois autres, que l’on retrouve dans les Archives du Collège de France ; je les ai ajoutés à la fin du second volume.Ma transcription n’est pas définitive. On trouvera sans doute des erreurs, et certains mots sont restés illisibles pour moi.»


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christian Désagulier ADA Ada est est une composition sténophonique en hommage à Augusta Ada King, comtesse de Lovelace, née de la désunion d’Annabella Milbanke et de Lord Byron. Ada Lovelace est méconnue pour être l’auteure du premier programme informatique conçu en vue de son exécution par la Machine analytique en langage binaire de Charles Babbage son contemporain et ami. Un prototype de cette machine fut réalisé par le fils de Charles Babbage entre 1880 et 1910 suivant les plans détaillés du génial inventeur dont la machine s’inspire du métier à tisser Jacquard. Ada Lovelace n’a laissé pour publication que ses «Notes de fin» de l’article de L.F. Menabrea : Sketch of the Analytical Engine Invented by Charles Babbage parues dans Scientific Memoirs (London, 1843), vol. 3. un article publié préalablement en français sous le titre de Notions sur la machine analytique de M. Charles Babbage in Bibliothèque Universelle de Genève, Nouvelle série 41, p. 352-376, 1842). C’est Charles Babbage qui l’incita a rédiger ces «Notes» après que l’éditeur lui eut demandé de traduire l’article en anglais. Ses «Notes» comptent 40 pages d’un texte très dense comparé aux 24 pages aux lignes espacées de l’article de Menabrea : «... Supposant, par exemple, que les relations fondamentales entre les sons qui constituent la science de l’harmonie et de la composition musicale soient susceptibles de telles expressions et adaptations, le moteur pourrait composer des morceaux de musique élaborés d’un degré étendu de complexité.»

Ada Lovelace, vers 1843, daguerrotype d’Antoine Claudet (Bodleian Libraries)


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Machine analytique de Charles Babbage (prototype inachevĂŠ, circa 1871)

ALESSANDRO DE FRANCESCO - aw0_10


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Manuscrit du sonnet "The rainbow" d'Ada Lovelace

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a d a point.

a d a punto.

i vous dans l’ e en r tous ceux qui p où est cet a sans p de t r d les t t l’ o s des s et des l de la n c’est le p pour a les t les p et les p un b g d’ a à i l’ e la f cette p d du b l les m par lesquels nous sommes d c’est comme une d r des c de f s à tous par le s du p o r l’ h du p et des s un g qui s’ i p dans la p une l c peut b qui ne m jamais et é à travers les t dans les t les plus p e .

i en e en a a todos los que l donde nunca este a i de m r s los t t la t d de las s y l de la n esto es n en el c para c a los t a los p y d una h m a para i la e la f ese p d p con el b l los m por los que estamos d esto es como un d a de los c para l a todos por el s del p o r la a del p y los s una p que se i p en el p una l o puede qu que nunca m y e a travès de la t en los t màs p e .


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CORRESPONDANCES MENDÉLÉVIENNES Ces «correspondances» ont été composées en célébration du 150ème anniversaire de la présentation officielle du Tableau périodique des éléments par Dmitri Mendeleïev à la Société Russe de Chimie le 6 mars 1869. Charles Baudelaire était mort depuis deux ans...

a d a Punkt. V dich in der H und d allen de du t wo auch immer dieser u B s F die i F ü den S von N und T das ist der H g das T das S und V zu b ein l Z zum i die H der G den diese g K a mit dem l G das L durch das wir g werden dies ist eine s B des H für alle S der S u a von H aus S und S ein t V in die B ein v l kann b das niemals s und b durch S in r T zum A .


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Correspondances gazeuses la N est N t O de N p N pArFOis O de ONF ArO l’HO y p à travers des FO de sO Qui l’ON avec des Ar F cOmme de ON HO qui de ON se ONFONN daNs uNe N et OFO N v cOmme la N et cOmme la ClAr les ArF les O et les ON se ONN il est des ArF F cOmme des H d’NFN O cOmme les HO v cOmme les p et d’autres OO He et OHN ayaNt l’NO des HO NFN cOmme l’a le m le NON et l’NN qui HNN les NO de l’e et des N

Manuscrit original du Tableau Périodique des Éléments de Dmitri Mendeleïev


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Correspondances halogéniques

Correspondances métalliques

La At est un t où de I II i parFoIs I de F p l’h y p à travers des FTs de s qui l’o avec des r FII

la n est un t où de V p l parfois s de c p l’h y p à travers des f de s qui l’o avec des r f

comme de l dans une Br v comme la les F les c

é qui de I se F et F I I et comme la Cl et les s se r

comme de l é dans une t et V comme la n comme de l é

qui de l’ In se c p Ni et comme la c qui de In se c

Il est des F FI comme des I d’FTs d comme les I Ts comme les II et d’autres c I et ITs

il est des p f comme des c d’e d comme les Au v comme les p et d’Autres c r et t

ayant l’ I des c IFII aomme l’Br le m le I et l’e quI c les Ts de l’I et des s

ayant l’e des c InNi comme l’a le m le in et l’e qui c les t de l’e et des s


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d

Ottoportrait de l'Auteur

Ottoportrait de l'Autre


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Correspondances radioactives

Correspondances élémentaires

la AtU est U t où de v p l Parfois s de U Pa l’h y Pa à tRavers des f de s qUi l’o avec des r f

la NaU eSt uN tPl Où de VIVN PILiS liSSeN PArFOIS SOTi de CONFUSeS PArOS l HO y PSSe à tRaVerS deS FOS de SBOS qUI l OBSeVN aVeC deS rArS FAmILiS

comme de l dans Une U v comme la Les PaU les

COmme de lONS éCHOS qui de lOIN Se CONFONN daNS UNe tNBrUSe et POFON UNi VAs COmme la NUI et COmme la ClAr leS PArFUS, leS COUlUS et leS SONS Se rPONN

é qUi de l se c et p U U et comme la c UU et les s se Po

Il est des PaU Fr comme des c d’e dU comme les U v comme les Ra et d’aUtres U r et t

Il eSt deS PArFUS FIS COmme deS CHIS d eNFNS dOU COmme les HAuBOIS VS COmme les PIIS et d AutreS COOPUS rICHS et TiOPHNS

ayant l’Pa des c i comme l’a le U le b et l’e qUi c les RaPo de l’e et des s

ayaNt l ePNSiON des CHOSS iNFINiS, COmme l AmBr le mUSC le BeNOIN et l eNCNS quI CHNN leS tRaNSPOS de l eSPrIt et deS SNS


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SEPT TEXTES DE ((( Alessandro De Francesco assorties de quatre écritures augmentées Augmented Writing - Sc51 Augmented Writing - aw1_9 Augmented Writing - aw0_5 Augmented Writing - TA_sponde

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ils sont tous enfermés à l’arrière certains sont autorisés à sortir pendant quelques minutes lorsqu’il faut mettre de l’essence puis ils sont à nouveau poussés à l’intérieur les secousses du véhicule et les virages modifient leur distribution dans l’espace parfois les uns s’appuient sur les autres en haletant d’autres fois ils sont disposés dans une géométrie provisoire ils ne parlent presque jamais l’odeur des corps et le toucher prévalent sur la vue l’habitacle n’a pas de fenêtres et il fait probablement nuit la nuit cet acte d’être transporté d’un lieu à l’autre

Traduction de l’italien par Alessandro De Francesco avec Gen Ueda

Augmented Writing - Sc51

stanno chiusi tutti dietro alcuni possono uscire per qualche minuto quando si deve fare benzina poi vengono nuovamente spinti dentro le scosse del veicolo e le curve modificano la loro distribuzione nello spazio talvolta gli uni premono gli altri respirando affannosamente altre volte sono disposti in una geometria provvisoria non parlano quasi mai l’odore dei corpi e il tatto prevalgono sulla vista l’abitacolo è privo di finestrini ed è probabilmente notte ormai la notte questo atto di essere trasportati da un luogo all’altro


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le paysage et les villes se montrent par éclairs de la vitre à la fin de la galerie la route tourne dans l’étendue où le manteau d’herbe est interrompu par trois calottes en béton lisse encastrées dans la terre et par une cheminée de la même matière

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le vrombissement émet des fréquences très profondes et il est prolongé dans le temps à un volume élevé il sature toutes les pièces mais on ne comprend pas sa provenance les fenêtres sont fermées et il est trop présent pour qu’il puisse s’infiltrer depuis les fentes quelquefois on a l’impression de distinguer des morceaux de langage dans une masse unique presque sans variations aucune des personnes présentes ne se rappelle quand cela a commencé exactement quelqu’un remarque dans un coin d’une pièce qu’un corps est en mouvement ses dimensions sont très réduites et il palpite à un rythme irrégulier parfois lentement d’autres fois en frémissant il n’a ni yeux ni membres peut-être des poils se trouvent sous cet objet lisse qui vit les moindres variations du vrombissement sembleraient dépendre selon certains du rythme de sa respiration

il rombo ha frequenze molto profonde ed è prolungato nel tempo a un volume elevato satura tutte le stanze ma non se ne capisce la provenienza le finestre sono chiuse ed è troppo presente perché possa infiltrarsi dalle fenditure ogni tanto sembra possibile distinguere pezzi di linguaggio in una massa unica quasi senza variazioni nessuno dei presenti si ricorda quando è iniziato esattamente

il paesaggio e le città appaiono a lampi dal finestrino alla fine della galleria la strada curva nella distesa dove la coltre d’erba è interrotta da tre calotte in cemento liscio incastrate nel terreno e da una ciminiera della stessa materia

qualcuno nota in un angolo di una stanza che un corpo si sta muovendo è di dimensioni molto ridotte e pulsa a ritmo irregolare talvolta lentamente altre volte a fremiti non ha occhi né arti forse dei peli stanno sotto questo oggetto liscio che è in vita le minime variazioni del rombo sembrerebbero dipendere secondo alcuni dal ritmo della sua respirazione


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en fin d’après-midi en rentrant du travail il se rend compte qu’une masse corporelle très haute se tient immobile sous l’arc de la porte entre une pièce et l’autre elle semblerait l’observer mais elle n’a ni membres ni yeux ni une forme définie elle ne dit rien ne veut rien elle est un territoire de tissus

nel tardo pomeriggio di ritorno dal lavoro si rende conto che una massa corporea molto alta sta immobile nell’arco della porta tra una stanza e l’altra sembra che lo osservi ma non ha né arti né occhi né forma definita non dice niente non vuole niente è un territorio di tessuti

aw1_9 Augmented Writing - aw1_9


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est poussée la surface rigide et nacrée ce soleil vient comme une consolation qui ondoie au-dessus du relief formé par un aggloméré qui semble de la chair en poussant davantage ce soleil vient comme une consolation l’aggloméré se déplace aux côtés de la surface et ce soleil vient comme une consolation couvre presque la courbe rendue oblique par la pression exercée le système perturbé semble ce soleil vient comme une consolation modifier son rythme respiratoire la succession des différents états de cette matière organique ce soleil vient comme une consolation advient dans un silence presque total interrompu seulement par ce soleil vient comme une consolation des bruissements qui sont dus à la pression et aux mouvements de l’aggloméré

viene premuta la superficie rigida e perlacea questo sole viene come una consolazione che ondeggia sopra il rilievo formato da un agglomerato che sembra carne premendo ancora questo sole viene come una consolazione l’agglomerato si sposta ai lati della superficie e questo sole viene come una consolazione copre quasi la curva resa obliqua dalla pressione esercitata il sistema perturbato sembra questo sole viene come una consolazione modificare il proprio ritmo respiratorio la successione dei differenti stati di questa materia organica questo sole viene come una consolazione avviene in un silenzio quasi totale interrotto solo da questo sole viene come una consolazione fruscii dovuti alla pressione e ai movimenti dell’agglomerato

Augmented Writing - aw0_5


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souvent des volumes convexes alourdissent les branches des arbres parfois ils sont faits de feuilles qui rythment l’air d’autres fois par des condensations blanches où ils creusent des tunnels les branches alors tracent des voûtes des passages en dessous des coins allongés à l’intérieur des volumes dans les interstices creusés par les vecteurs ou dans la tanière vide recouverte par des feuilles sont peut-être placés des objectifs qui embrassent un arc étendu du paysage en cherchant de l’information

spesso volumi convessi appesantiscono i rami degli alberi talora sono fatti di foglie che ritmano l’aria altre volte da condensazioni bianche dove scavano gallerie i rami allora tracciano volte passaggi di sotto cunei lunghi dentro i volumi nelle intercapedini scavate dai vettori o nella tana vuota ricoperta di foglie vengono forse posizionati obiettivi che abbracciano un ampio arco di paesaggio cercando informazione

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en opérant le mouvement inverse on provoque quelquefois une occlusion le tube qui semblait vibrer se réduit à une seule paroi des liquides disposés en parallèle sur l’herbe sous la chaleur de ce corps qui est encore en pulsation et émet des fréquences profondes et intermittentes les poils s’agitent et restent en mouvement chercher plusieurs choses en une seule renverser créer des tas

operando un movimento inverso si provoca talora un’occlusione il tubo che sembrava vibrare si riduce a una parete sola liquidi disposti in parallelo sopra l’erba sotto il calore di questo corpo che è ancora in pulsazione ed emette a tratti delle frequenze profonde i peli si agitano e restano in movimento cercare piú cose in una

rovesciare

fare dei cumuli


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OPUS 8 (extraits) Jacques Sicard

Mama Roma de Pier Paolo Pasolini 1 La lumière à l’aplomb de leurs têtes supprime les ombres. Ni hommes ni dieux, en raison de cette absence de mânes, ils sont l’inconnu, l’x de ce moment de l’Histoire. Impossible d’en concevoir les figures en-dehors d’une passion scripturale contemporaine, qui n’a d’autre perspective que le refus. Leur espace n’est pas le cadre plastique, mais la ligne textuelle du travelling. Ils s’avancent, cherchant à formuler quelque chose. Pierres et herbes blanches, ruines antiques et banlieues de la ville, concourent à cet effort désespéré de formulation. Dans le conte, l’ogre est roi ; il n’est rien mis en œuvre qui ne soit pour en être la proie – de même pour eux : la table naturo-urbaine est mise à l’intention de leur faim de pauvres. Ils traversent des cadres descriptifs presque vides, dont ils marquent la ponctuation avec un accent de violente politique. Ils vont de face, de front. De force. Alentour, la friche en fresque s’étend jusqu’au ciel.

Augmented Writing - TA_sponde


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2 À l’occasion du boom économique des années 60, la prospérité relative consentie aux pauvres annexa parcelle après parcelle les terres désaffectées où branlants se dressent parmi l’ortie et la carotte sauvage les vestiges de l’ancienne civilisation. Le vent endémique qui souffle là, s’engage à présent dans les rues nouvelles des masures pimpantes comme entre les portes chaudes des Thermopyles, où il s’épuise en brise et risée ; les fissures des ruines n’ont plus pour leur musique qu’un souffle de phtisique ; elles effritent en poussière leur déchant sur les cheveux défaits des amants d’un jour. Pasolini s’est arrêté dans cette zone, qu’il nomma Mama Roma. Il y mit un peuple de visages clairsemés ressemblant à des lettrines enluminées, à des brigands, des anarchistes. La lumière blanche tombe sur leurs nez cassés avec la verticalité de la pluie. Ils l’absorbent toute sans rien en réfléchir ni transmettre. De leur noir monte le chœur nocturne de la mère, qui péripatéticienne purge le boom de ses immondices ; de leur nuit, elle parle parle crie – le travelling qui l’aspire a le rectiligne du va et vient de leurs pas au fond de l’excavation abandonnée qui mène au blockhaus du champ de tir – là où, les après-midis vacants, ils embrassent des seins.


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Faust de Murnau 1 Je ne pense pas que Méphistophélès soit marqué par la laideur que l’on l’écrit ou croit voir à son sujet. Il vibre d’une grâce contrariante, qui « égratigne le ciel de ses mains blanches ». Il n’a pas l’allure contrefaite de la misère dont certains hommes accablent d’autres hommes. Il n’est pas laid - d'abord parce que le visage de Gretchen, à l’instant de mourir, lui doit son éclat ; ensuite parce que ledit éclat décroche le plan de son cadre. Murnau construit sa relation d’images comme un train dans la perspective de son déraillement, que rien ne lie à l’accident, au fait-divers ou au truc scénaristique – c’est de l’ordre du ravissement son Faust n'y déroge pas, quelques plans y lévitent, c’est-à-dire qu’ils évitent… tout. Non, Méphistophélès n’est pas laid, il est mauvais – sa nature d’irrégulier ouvre à la conscience d’une vie esthétique, une vie qui exulte : Grande vie, làhaut, parmi les cintres et leurs lampes seules comme des tombes.


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MEDIA LUNA Jean-Marc Baillieu para un amigo La media luna, !Ay muchacho, muchacho! Cuánto barco en el puerto La media luna !qué frio! !Ay muchacha, muchacha ! 2 À la halle des nuits, en contrepartie de la monnaie de singe de l’âme, il est possible de voir avec les yeux qui se sont brûlés aux livres. Ou d’assouplir la peau de ses mains en les trempant dans l’huile d’homme qui, tous les matins, sert à graisser les rouages des machines du Capital, sans quoi il mourrait. On y trouve une encre de Chine sans repentir qui, entre autres, aida à écrire La Grande Fédération des Douleurs dont l’article fondateur demande à ce que l’on ne fatigue pas le désespoir. Jusqu’à l’embrasure d’une grande porte, certains peuvent se rendre : ils y appellent par trois fois d’un grand cri de cuivre – qu’un scribe voûté comme un mélodrame traduit parfois par : « Et personne ne m’a aimé pendant que j’étais si pauvre ». À l’ombre de sa grande aile, comme un village perché de Provence vu de l’ubac, dont la pointe de l’église est l’alula, Méphisto conseille Murnau de couper et de finir son film à l’extase profane du bûcher, lorsque Faust revieilli parmi les flammes mêle son suif à la chair fondue de Gretchen – Ce qui ne me tue pas, me rend fou.

« El Japón es un barco / de marineros antipáticos. » Miguel Pizzaro, p.643 Cuánto barco en el … Una morte pequeña, /Un Hombre solo. El, poeta Que le Escriba, la media… Flecha sin blanco Sin un pàjaro loco Amigo Los insectos Agrupados Brisa y alcohol Cayó una Hoja por la Luna nadaba Un pez, La luna. Brisa y alcohol Equivocar El camino es Llegar a la nieve A la nieve El camino


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Dos a dos Alrededor del sol, La mujer que No teme La luz (del sol) Y los toros Dile a la luna Que venga Que no quiero Verla a la luna Dile que venga Que no quiero verla Pero ya duerme Sin fin No se cerraron Sus ojos Dile

2

Pleins

et

dĂŠliĂŠs


591 international revue dirigée par Jean-François Bory Il a été tiré de cet ouvrage 5 exemplaires de luxe numérotés de 1 à 5 comportant une oeuvre de Jean-François Bory, tirée sur aluminium et signée par l'auteur. Éditeur : A.D.L.M.N. 3 rue Dugommier 75012 PARIS (France) Conception graphique : Jean-François Bory Mise en page & typographie : christian Désagulier Copyright : tous les auteur-e-s conservent leurs droits Contact : www.lespressesdureel.com Imprimé en france. Dépôt légal : 3ème trimestre 2019

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