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Le mystère de la fleur d’or

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« Pour Alice, ma toute première lectrice. »

© Éditions Privat, 2018 10, rue des Arts – BP 38028 31080 Toulouse Cedex 6 ISBN : 978-2-7089-6360-3


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Le mystère de la fleur d’or


CHAPITRE 1

– Ce sera tout pour aujourd’hui, les enfants ! J’attends vos poèmes en occitan pour la semaine prochaine sans faute, rappela Mme Quatrain en haussant la voix pour couvrir le son de cloche qui faisait vibrer les murs de l’école Sainte-Fleur. C’était comme si le vieil établissement toulousain se réjouissait avec les élèves de l’arrivée imminente du week-end. – Pastelle ! T’es-tu organisée avec Coline pour votre exposé sur l’Académie des Jeux floraux ? La fête des Fleurs est le 3 mai, soit dans moins de dix jours… La professeure de français regarda son élève avec bienveillance, elle savait que les deux filles n’étaient pas les meilleures amies au monde. Pastelle ajusta son béret sur sa tignasse châtain pour essayer de dompter ses boucles rebelles, en vain. Elle leva ses grands yeux bleus au ciel, fit une petite mimique avec son nez, entortilla son foulard rayé autour du cou, et enfin poussa un profond soupir. 5


– Je vais le faire, promis… – Pastelle Garonne, ce n’est pas la peine de me faire ton drôle d’air, tu me l’as déjà promis hier ! sourit Mme Quatrain en sortant de la classe. Pastelle regarda Aude Quatrain s’éloigner dans le dédale de couloirs de l’école. Quel âge pouvait-elle avoir ? Avec son joli carré blond vénitien, ses yeux verts rieurs et sa silhouette élancée, sûrement moins de quarante ans… Quoique. Elle semblait avoir lu tant de livres qu’elle pouvait aussi bien avoir cent ans. Cette pensée fit sourire la jeune fille. Mme Quatrain connaissait le secret de Pastelle depuis des années. Sa capacité à couvrir la jeune détective de douze ans et ses camarades du club de la Violette pendant leurs enquêtes en faisait une précieuse alliée. Mais quand même. Lui coller un exposé avec Coline Pinard, la pire peste de l’école, voire de la ville, peut-être même du monde… Non vraiment, c’était moche. Prenant son courage et sa dignité à deux mains, Pastelle rattrapa le groupe de jeunes filles qui se dirigeait vers le grand portail de l’école. Coline Pinard était en grande discussion avec sa meilleure amie, Eulalie Piotte. La première était aussi blonde que la seconde était brune. Elles avaient cependant le même rire niais et surtout la même fâcheuse tendance à faire des histoires pour un oui ou pour un non. 6


– Tiens, voilà ton binôme, lança Eulalie en donnant un coup de coude à Coline et en lui glissant quelque chose à l’oreille afin que Pastelle n’entende pas. – Euh…, hésita Pastelle, bonjour Coline. Serais-tu libre demain pour qu’on travaille sur notre exposé ? Tu pourrais venir à la maison… – Tu veux dire… chez toi ? répondit la blonde en toisant sa camarade. Coline faisait cinq bons centimètres de plus qu’elle, et se servait de cet avantage pour la regarder de haut. Pastelle compta mentalement jusqu’à dix pour se calmer. – Oui. – OK, mais pas avant 16 heures, avant j’ai mon cours de violoncelle. Et je ne veux pas croiser ta dégénérée de petite sœur. Là, c’était trop. Au diable les bonnes résolutions, l’exposé et Mme Quatrain… Pastelle ne laisserait pas Coline insulter sa petite sœur Églantine. Le petit soleil de la famille. Son petit soleil à elle. Un petit soleil de cinq ans, avec des jolis yeux en amande et un sourire à faire fondre le pôle Nord. Alors qu’elle hésitait entre coller son poing dans la figure de Coline ou lui faire avaler ses cahiers par les trous de nez, un bras vint s’interposer et se placer sur son épaule. Au bout du bras, un regard noir et une mèche rebelle de la même couleur… Cassian. 7


Élève de première à la carrure sportive, il n’eut même pas besoin de hausser le ton pour faire regretter à Coline sa remarque sur Églantine. – Alors c’est d’accord, Coline tu es attendue demain à 16 heures chez la famille Garonne au 31, rue de Metz, trancha sèchement l’adolescent. Pastelle, tu viens avec moi. Coline, rouge comme une pivoine, marmonna un timide « oui » avant de filer sans broncher avec Eulalie. À l’école Sainte-Fleur, on occupait les mêmes bâtiments de la sixième à la terminale, ce qui permettait à Cassian, le membre le plus âgé du club de la Violette, de garder un œil sur Pastelle. Cela avait d’ailleurs tendance à agacer prodigieusement la jeune fille. – Tu n’étais pas obligé d’être aussi autoritaire, ronchonna Pastelle, je m’en sortais très bien toute seule ! Elle avait du mal à rester à la hauteur de Cassian qui rejoignait le bâtiment principal à grandes enjambées. – Je ne serai pas toujours là pour te tirer d’affaire, Miss Catastrophe. J’ai cru que tu allais lui faire boire une de tes potions pour la faire disparaître. – J’aurais bien aimé. – Sérieusement, Pastelle, ce n’est pas drôle…, dit-il en se radoucissant. Si tu avais eu tes plantes sous la main, tu l’aurais fait, et personne ne doit savoir ce dont tu es capable. Surtout pas Coline. 8


Alors qu’elle faisait une grimace silencieuse dans le dos de Cassian, Pastelle croisa le regard d’Amaury qui les avait rejoints. Il lui adressa un clin d’œil amusé. – Laisse-moi deviner, Cassian est encore intervenu pour t’empêcher d’écharper Coline ? – Elle vient demain à la maison et elle a traité Églantine de dégénérée… L’élève de seconde était plus diplomate que son meilleur ami Cassian et comprit que ce coup-ci, Coline avait vraiment dépassé les bornes. – Je proposerai à tes parents d’emmener Églantine au parc demain pendant que vous travaillerez avec Coline, OK ? suggéra-t-il gentiment. – Merci Amaury…, répondit Pastelle soulagée. – Et moi, je resterai dans les parages pour surveiller que tu n’empoisonnes pas Coline, ajouta ironiquement Cassian. Pastelle n’eut pas le temps de répliquer car Mme Quatrain réapparut, essoufflée. – Tous les trois, suivez-moi jusqu’à l’infirmerie ! Ils la suivirent sans discuter. En descendant le grand escalier de bois qui menait au sous-sol, Pastelle réfléchit. Si Mme Quatrain avait besoin d’eux un vendredi à 17 heures, c’était forcément en rapport avec le club de la Violette. 9


Tout au bout du long couloir qui desservait les cuisines et une salle d’archives, la professeure s’arrêta devant une lourde porte en bois et trifouilla dans sa poche pour trouver la clé. Elle n’eut pas le temps d’approcher de la serrure, que la porte s’ouvrit de l’intérieur sur les jumeaux Aubin et Antonin, visiblement très fiers d’eux. – Nous étions en train de régler le télescope en salle de physique quand nous vous avons vus arriver tous les quatre, commença Antonin. – Alors nous nous sommes dépêchés de venir et nous avons testé le passe-partout que nous avons fabriqué, termina Aubin en brandissant leur clé. – Je devrais probablement te confisquer ça, soupira Mme Quatrain. Disons que je n’ai rien vu… mais vous ne l’utiliserez qu’en cas d’urgence, nous sommes bien d’accord ? – Promis ! s’écrièrent en chœur les deux garçons. Les jumeaux étaient les petits frères d’Amaury. Ils avaient tous les trois les mêmes cheveux blonds en épi et les mêmes yeux bleus malicieux. Dotés d’un QI bien supérieur à la moyenne, Aubin et Antonin étaient passionnés de sciences et de bricolages en tout genre. Les deux frères étaient donc capables de concevoir et de

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fabriquer un passe-partout avec trois bouts d’élastiques, un vieux clou et deux trombones… – Au fait, demanda Aubin, pourquoi sommes-nous ici ? Leur professeure traversa la pièce avec un sourire énigmatique. L’infirmerie était installée dans une pièce voûtée toute en briques. Hormis le lit de repos installé sur un côté, le reste du mobilier semblait venir tout droit d’une autre époque. Mme Quatrain contourna un magnifique bureau en bois, pour venir se placer devant l’immense meuble d’apothicaire qui couvrait le mur du fond. Parmi les dizaines de petits pots en porcelaine qui s’étalaient sur les étagères, elle en tourna deux, chacun d’un quart de tour dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Le mécanisme s’enclencha, et toute une partie du meuble coulissa pour dévoiler l’entrée d’un souterrain. Seules les six personnes présentes dans la pièce étaient au courant dans l’école. Mme Quatrain regarda Cassian. – Ton père vous attend au Capitole de toute urgence, il a une nouvelle enquête à vous confier !

Pastelle et le club de la violette T1  

Le mystère de la fleur d'or, le premier roman jeunesse de Marie-Constance Mallard

Pastelle et le club de la violette T1  

Le mystère de la fleur d'or, le premier roman jeunesse de Marie-Constance Mallard

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