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Le Charme de l’imperfection

« Perfection et imperfection. Si les deux peuvent être beauté, seule l’imperfection peut faire le charme. » Angélique Planchette

MARIE CLERC - Master de Design global Écoles de Condé Paris - 2011-2012


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SOMMAIRE PARTIE 1_Recherches : Analyses et références 7

AVANT-PROPOS

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INTRODUCTION

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1_L’imperfection, comme principe d’abolition des normes

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A) L’erreur technique B) La «faute de goût»

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2_L’inachèvement : une liberté d’appropriation

37 42

A) Appropriation créative B) Invitation à la réflexion

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3_L’altération par le temps : une énergie vivante

54 63

A) L’empreinte du temps B) La mémoire

73 77 83 87 95

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4_L’imperfection de la réalisation artisanale A) La trace de l’action B) La valeur d’immédiateté C) L’esthétique bricolage D) Un retour en enfance

CONCLUSION


PARTIE 2_pistes de développement 106

1_délicatesse À l’état brut

113 117 119 123

A) Enjeux de créations B) Recherches textiles C) Recherches formelles D) Amorce de projet

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2_créations sous intuitions

129 131 135

A) Enjeu de création B) Procédés de création C) Amorce de projet

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3_Empreintes

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A) Le dessin automatique B) Le défectueux C) Le dessin d’enfant D) L’empreinte du temps

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Conclusion

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BIBLIOGRAPHIE

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REMERCIEMENTS


AVANT-PROPOS

Les modèles de beauté imposés et diffusés par les médias aujourd’hui poussent de plus en plus de personnes dans une dérive obsessionnelle de minceur et de jeunesse à tout prix. L’ascension fulgurante de la culture numérique offre de nouvelles performances, qui permettent à l’image artificielle de faire de plus en plus illusion. La fiction touche à la réalité et notre réalité parait de plus en plus artificielle, froide de technologie. Les notions de réalité face à l’accessibilité de la perfection sont de plus en plus floues. Il y a cependant un art de l’imperfection que les japonais appellent Wabi sabi. Avoir conscience de ce concept, c’est voir la beauté dans quelque chose qui peut ressembler à une erreur. Cette éthique apparaît au XIIe siècle, c’est un mouvement de révolte contre les représentations perfectionnistes de la beauté en vigueur à cette époque dans l’empire du milieu. Dans la pensée Wabi sabi, la beauté ne réside pas dans la perfection, mais dans la singularité. Elle prône le retour à une simplicité, une sobriété paisible pouvant influencer positivement l’existence, où l’on peut reconnaître et ressentir la beauté des choses imparfaites, éphémères et modestes. Cela nous rappelle que nous sommes tous des êtres transitoires, que nos corps, ainsi que le monde matériel qui nous entoure, sont dans le processus de retour à la poussière. Les cycles de la nature, de la croissance, décroissance et l’érosion sont présents dans les bords effilochés, la rouille, les tâches, la décoloration et les plantes fanées. Ce principe nous apprend à embrasser à la fois le succès et l’échec de notre existence. Les deux ont un énorme pouvoir, et ne fonctionnent pas l’un sans l’autre.


Le bouddhisme et l’hindouisme attestent que l’être éveillé, libéré, le jivan mukta, celui qui a atteint le but ultime ne voit plus le monde de la même façon. Depuis un autre niveau de conscience, les éveillés témoignent de cet autre regard possible et peuvent dire ce qui peut nous paraître incompréhensible, à savoir que la vie est parfaite dans son imperfection. Ces idées m’inspirent en tant que designer pour nous permettre de découvrir de nouvelles valeurs et nous guider vers ce qui nous rend en toute simplicité tel que nous avons toujours été, humain et imparfait.

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INTRODUCTION

En réaction à l’effusion de la modernité, dans un monde à l’esthétique de plus en plus lisse, artificielle, parfaite et surfaite, mon projet propose de revenir à des procédés plus humains, voire archaïques et «imparfaits» selon certaines normes actuelles. L’imperfection caractérise l’état d’une chose ou d’une personne qui manque de certains éléments ou qualités pour former un tout parfaitement constitué, pour fonctionner correctement ou pour être exactement conforme à un idéal esthétique, intellectuel et moral. L’imperfection est synonyme de bavure, défaut, défectuosité, déficience, déformation, lacune, tare, malfaçon, tache, inexactitude, brut, infirmité, insuffisance, médiocrité, vice, inachèvement, anomalie, difformité, faible, incomplétude, grossier, infirmité, insuffisance, lacune, manque, travers, inconvénient, faiblesse. En tant que designer, je trouve un charme dans la maladresse, l’erreur, le raté, l’accident, les premières ébauches, qui nous renvoient à nos premières fois, à l’enfance, au questionnement sans réponse... Dans un premier temps, je me suis interrogé sur les diverses formes que peut prendre l’imperfection et quelles valeurs se dégagent de celles-ci à travers l’étude de nombreuses références.


Ainsi, l’erreur technique, la faute de goût, l’inachèvement, la maladresse, l’usure ne témoignent pas d’une beauté «classique», «évidente» selon certaines normes. Pourtant, nous verrons d’abord que ces imperfections peuvent être le point de départ de l’abolition de ces même normes. Elles présentent également des valeurs dans la mesure où elles offrent une liberté d’appropriation et invite à la réflexion. Aussi, ces imperfections confèrent à l’objet une histoire et une dimension humaine. Enfin, elles peuvent témoigner d’une certaine singularité, d’une expression brute et pure. Dans une seconde partie, j’ai tiré de mes analyses et expérimentations trois axes de développement de projet. Le premier traite de la matière, et de l’ambivalence entre délicatesse et brutalité propre à certaines formes d’imperfections. Le second développe la forme à travers des procédés de créations non maîtrisés propre à l’art brut. Dans le dernier axe, c’est le motif qui est exploité à partir de l’esthétique wabi sabi, de la maladresse et du geste intuitif.

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Le Charme de l’imperfection

PARTIE 1 _ANALYSES ET RÉFÉRENCES

À partir de références artistiques précises, je me suis interrogée sur les différentes formes qui définissent «l’imperfection». J’en ai dégagé et analysé des valeurs que j’ai ensuite pu exploiter dans des expérimentations variées. D’abord le travail de Man Ray nous montre qu’une erreur technique peut être un point de départ pour proposer une autre vision des choses et abolir les normes, tout comme le détournement d’une faute de goût par les créateurs de mode. Aussi, les nombreuses ré-interprétations de la symphonie n°8 de Schubert témoignent de la valeur de l’inachèvement dans la liberté d’appropriation qu’il autorise. Les taches d’usures, de rouille, les traces de l’altération laissées par le temps sur un objet lui confère une énergie particulière, chaleureuse et vivante. Enfin, la maladresse du geste de l’enfant, de l’amateur bricoleur, et l’absence de maîtrise que l’on retrouve aussi dans l’action-painting et l’art brut, ont un intérêt dans la singularité et l’immédiateté de l’expression pure qui s’en dégagent.

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1_ L’IMPERFECTION, COMME PRINCIPE D’ABOLITION DES NORMES

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EXPÉRIMENTATION : Récupération d’un polaroïd abîmé. Le produit du développement à bavé sur l’image créant une genre de bulle de chewing-gum devant la tête d’une vache. Ici le «raté» prend un tout autre sens et fait la valeur de l’image même.


La faute, le raté, sont des notions de l’imperfection relatives aux normes d’une époque, d’une culture, d’une activité. Le concept d’imperfection change en fonction des conventions, qui peuvent elles-même évoluer avec l’exploitation des imperfections. L’erreur technique, tout comme la faute de goût sont des formes «d’imparfait» en évolution. Dans l’histoire du cinéma et de la photographie, de nombreuses erreurs techniques ont donnés naissance à des effets spéciaux qui ont ensuite été reproduit de manière intentionnelle, comme les premiers trucages de Georges Meliès nés d’un accident. Le mauvais goût est également régulièrement détourné par les créateurs comme une critique des normes de beauté. Nous verrons dans une première partie comment une erreur technique peut être le point de départ d’un travail de création en s’appuyant sur l’oeuvre de Man Ray. Puis quelles valeurs se dégagent de l’exploitation d’une faute de goût à travers l’étude du kitsch.

Norme : règle, état conforme à la moyenne. Synonymes : précepte, protocole, règlement, standard, système. Faute : Manquement aux règles, à la loi, à la morale. Synonymes : infraction, autrement, barbarisme, bavure, bêtise, bévue, boulette, bourde, coquille, crime, délit, erratum, erreur, impropriété, incorrection, inexactitude, infraction, tort, transgression.

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A. L'erreur technique Le "raté" peut parfois donner naissance à quelque chose de nouveau. Si on considère le raté comme imparfait par rapport à une norme, il peut également être l'abolition de cette norme si on le regarde différemment. Clément Chéroux, éminent historien de la photographie, a publié en 2003 un livre intitulé "Fautographie, petite histoire de l'erreur photographique" (éd. Yellow Now). Il y rassemble un nombre important d'exemples de photographies considérées comme ratées : ombre du preneur de vue, qu'il appelle «l’auto-ombromanie», superpositions d'images, défaut d'étanchéité du boîtier à la lumière enfin, tous ces accidents de prise de vue ou de traitement de l'image qui la font considérer comme étant ratée. Pourtant cette photo (1) de Jacques Henri Lartique est universellement connue. Prise en 1913, elle ne satisfaisait pas son auteur à plusieurs titres : selon les règles de l’orthodoxie photographique alors en vigueur, l’image était trois fois ratée, car floue, décadrée et déformé.

En réalité, même s’il n’a pas eu dans son champ la voiture entière, Lartigue a suivi le mouvement de celle-ci avec pour conséquence un arrière plan flou… Ce défaut bien décrit à l’époque rencontre aussitôt les propositions des futuristes. Aussi, c’est sous l’influence des surréalistes, dans les années 1925, que l’erreur photographique, qu’on appellera la fautographie, devint un moyen d’expression dont usa particulièrement Man Ray. On raconte qu’il acheta à Eugène Atget (qui dans les années 1900 prit quantité de clichés des vitrines parisiennes sans se soucier le moins du monde d’y voir son reflet), une cinquantaine d’images dont une dizaine sont moirées de reflets dans les vitrines (2) . Dès lors, l’utilisation du reflet devint presque systématique, comme dans cette photographie prise à New-York (3) de Lisette Model intitulée «Refection».


(1)

(2)

(3)

1.Jacques Henri Lartigue - 1913 2. Antiquité, 21 Faubourg St Honoré - Eugène Atget - 1921. 3. Reflection - Lisette Model - 1939.

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«Toute opinion est transitoire toute oeuvre est permanente». Man Ray

Finalement, le temps et l'évolution des perceptions peuvent faire d'une erreur technique une création artistique qui finit par être reconnue comme telle. Cependant, il faut noter que l'image ratée n'est qu'un point de départ. Une vitrine seule ne produit pas de hasard. Pour que le reflet existe, il faut qu'au gré de ses pérégrinations, le piéton passe aux abords de la devanture. Mais là encore, le reflet peut être totalement dénué d'intérêt et le piéton d'attention. La complicité des deux peut produire un résultat positif ou négatif. Le hasard est heureux ou malheureux. Les erreurs partagent la même ambivalence. «Ce n’est pas parce qu’une photographie est ratée qu’elle est bonne», affirme Jean Philippe Charbonnier, un grand photographe de reportage. «Les photographies que Clément Cheroux a évoquées sont de véritables perles, au sens où le conçoit la littérature... ou l’ostréiculture. Comme ces petites concrétions de nacre, précieuses et magnifiques, elles sont la bienheureuse conséquence de l’introduction accidentelle d’une impureté au cœur de la matrice…»


Man Ray - Marquise Cassati - 1922

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EXPÉRIMENTATIONS : En reprenant la démarche de Man Ray, j’ai orienté mes premières expérimentations autour du «raté» et de l’exploitation de quelque chose qui ne l’est habituellement pas. J’ai choisi de travailler autour de la lisière, et du tissu déchiré, ces parties du tissu à l’état brut sont généralement inutilisées dans le vêtement, la lisière est coupée, cachée, ourlée ou jetée. Pourquoi ne pas imaginer l’utiliser comme ornement et la mettre en valeur ? Les finitions brutes et imparfaites d’un tissu déchiré deviennent fines et délicates... Les lignes de coutures maladroites des «essais» de la machine à coudre forment des broderies ondulantes... Ce qui est caché est montré, utilisé, travaillé pour former un motif original au charme maladroit.


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1 (1)


EXPÉRIMENTATIONS : J’ai également travaillé autour de l’esthétique de l’accident, du raté, du défectueux par un travail photographique. Ainsi, la photo prise «par erreur» sur le vif peut révéler des surprises (1). Le flou ou gros plan très grossier forme des motifs abstraits attrayant (2). J’ai tenté d’exploiter l’esthétique de la feuille de travail froissée et jetée quand son contenu est considéré comme raté (3), l’empreinte du produit sur un polaroïd mal développé ou abîmé (4). L’impression d’une image par une imprimante défectueuse donne des couleurs irrégulières et inattendues (5).

(2)

(4)

(3)

(5)

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B) LA «FAUTE DE GOûT» à LA MODE

Que ce soit dans la mode, la décoration, ou la musique, une nouvelle génération semble vouloir passer outre les conventions en flirtant allègrement avec l’excentricité, l’avant-garde et l’humour. Certains érigent même le kitsch au rang d’art. Leur but ? Abattre les cloisons entre le bon et le mauvais goût. En effet, on observe un certain culte de la ringardise, le geek est le nouveau cool, les marques comme three wolf Moon (1) refont surface, les soirées 80’ et 90’ sont furieusement hype. Manish Arora créateur indien, a acquis un statut international en célébrant le kitsch indien, tandis qu’Andrea Crews fait du «moche» sa meilleure communication (2). Dès 1995, les idiomes des Deschiens remplacent, dans le branché tel qu’on le parle, les phrases cultes des Guignols. Exemples : «C’est plutôt ça que j’dis.» Ou encore : «C’est ça que j’trouve.» La faute de français devient style, la faute de goût, mode. Dans le monde de l’art on ne parle pas de mauvais goût mais de kitsch. Défini comme ce qui est dérangeant, hors du temps, atypique, le kitsch est un état d’esprit, un phénomène culturel et sociologique. Le kitsch est devenu involontairement un des styles les plus répandus dans le monde, à travers des produits de consommation courante.


(1)

(2) 1. T-shirt à tête de loup Three Wolf Moon. 2. Affiche pour la collection Andrea Crews Hiver 2009-10 3. Sweat à motifs pizza Pizza Shirt.

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«Le kitsch, par son ironie douce, son défi aux conventions, son insolence enfantine, défoule. Boire son thé dans un verre bleu recouvert d'arabesques en poussière d'or, c'est se moquer de la tasse en porcelaine, avec en prime la saveur de la nostalgie.» nous dit Paolo Calia, décorateur. Le kitsch est un phénomène récurrent qui a à voir avec la valorisation de l'éclectique et l'apologie implicite du détournement. Selon Christophe Guénin, auteur de kitsch dans l'âme, le kitsch ne se confond ni avec le baroque, ni avec le rococo, ni avec l'art modeste. Il n'est pas un style, mais une manière de voir et de conjurer l'existence, il convertit la déchéance qu'il manifeste en assomption du succès. Négation de la négativité, il s'oppose aussi au dandysme pas seulement parce qu'il s'acharne à rendre tout aimable et clean, mais surtout parce qu'il est la version spectaculaire du think positive. On apprend donc du kitsch à voir l'imperfection du monde différemment.


Collection Bernard Willem - hiver 2007.

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EXPÉRIMENTATIONS : Exploitation de la «faute de goût» comme principe de création. Après le sondage d’une vingtaine de personnes autour de la question : «Qu’est ce qu’une faute de goût vestimentaire selon vous?», treize d’entre eux considèrent la superposition de motifs variés aux couleurs «incompatibles» comme l’une des pires maladresses de style. J’ai donc imaginé un jeu autour de cette dite «faute de goût» et tenté d’y poser un autre regard, critique, subjectif, distant, pour trouver un code de compatibilité, un lien, une harmonie dans la discorde... (Collage de tissu, magasine et dessin au stylo).


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En conclusion, le temps et l’évolution des perceptions peuvent faire d’une erreur technique une création artistique qui finit par être reconnue comme telle. L’erreur peut être le point de départ d’un nouveau principe de création à exploiter et ainsi remettre en cause les conventions en proposant un autre regard sur le monde. De la même manière, le détournement de la faute de goût, notamment par le kitsch, ouvre la réflexion sur la notion de jugement, de normes de perfection ou d’imperfection. Le créateur est celui qui peut faire évoluer les codes de l’esthétisme. Ce qui est considéré comme imparfait pour une époque ou une personne ne l’est plus pour une autre. Prendre conscience de cette idée, c’est aussi une manière d’appréhender le monde différemment, avec plus de recul, et peut être mieux accepter nos propres imperfection. Si la valorisation esthétique de l’erreur ou le mauvais goût assumé témoignent de sa subjectivité, l’imperfection peut également être définie de manière objective, comme caractéristique de l’inachèvement.

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2_ La valeur de l’imperfection, en tant qu’inachevé, dans la liberté d’appropriation qu’elle autorise.

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Inachevé : qui n’est pas terminé. Synonymes : ébauché, en suspens, imparfait, incomplet, tronqué. L’esthétique de l’inachevé ou le non finito (selon le terme italien) est une désignation donnée aux sculptures, peintures, oeuvres inachevées par l’artiste, volontairement ou non. On signale couramment, à titre d’exemple, cette pratique chez Michel-Ange où il s’agit sûrement d’une incapacité à finir son travail et chez Rodin qui l’utilise consciemment, comme moyen d’expression. Si le non finito, en tant que technique artistique, apparaît pour la première fois chez Donatello, désireux de mettre en évidence l’intensité spirituelle et dramatique des scènes représentées, Michel-Ange est incontestablement le promoteur d’une esthétique de l’inachevé. En effet, au XVe siècle, seule une circonstance fortuite aurait pu entraîner l’inachèvement d’un ouvrage d’art et Vasari invoque lui-même l’ébauche concentrant, plus sûrement que l’oeuvre achevée, quelque chose de la « fureur » créatrice. Même si un nombre notable de circonstances matérielles peuvent expliquer le non finito de beaucoup d’oeuvres de Michel-Ange (défauts dans le bloc de marbre, décès ou autre abandon du commanditaire...), comme on le constate dans sa Pietà, dans le Tombeau de Jules II, les tombeaux de la chapelle des Médicis à San Lorenzo... ; il n’en demeure pas moins qu’il considérait l’impossibilité d’atteindre la perfection et qu’il restait fasciné

par l’effet obtenu dans les statues incomplètes (Les Esclaves émergeant des blocs encore visibles, avec têtes et membres à peine dégrossis) « laissant le reste sommeiller dans le marbre ». Les Romantiques rapprochent l’inachevé à l’inspiration, la fulgurance du génie, qui ne peut être stoppée, interrompue et la finition, elle, que l’on peut empêcher d’être (le polissage qui suit le dégrossissage). Le peintre Eugène Delacroix en use dans le portrait de Chopin et de George Sand et écrit le 5 octobre 1847 « il faudrait faire ainsi des tableaux esquisses qui auraient la liberté et la franchise de croquis ». L’oeuvre inachevée de manière volontaire ou non, est une forme d’imperfection qui invite à la participation. Nous verrons dans un premier temps à travers l’oeuvre de Schubert et Murakami que cette forme d’imperfection pousse à «finir» l’oeuvre de manière concrète, se l’approprier. Puis, d’une autre manière, par l’imagination, l’inachèvement incite à se questionner sur les innombrables possibilités d’aboutissements, sur «l’ensemble» dont le fragment provient et sur les causes de cet état d’incomplet. Cela évoque l’infini.

Dans l’ordre de lecture : Croquis inachevé - Michel Ange - Chapelle Sixtine. La pietà rondanini - Michel Ange Portrait de Bonaparte - Jacques louis David Autoportait - Leonard de vinci Les esclaves - Michel Ange

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A. L’inachèvement invite à continuer l’oeuvre

Extrait de roman «Kafka sur le rivage» de Haruki Murakami, écrvain japonais né en 1949.

- Quand je conduis, j’aime bien écouter les sonates pour piano de Schubert avec le volume à fond. Et sais-tu pourquoi? - Non. - Parce que réussir à jouer les sonates pour piano de Frantz Schubert est une des choses les plus difficiles au monde. Spécialement cette sonate en fa mineur. Certains pianistes arrivent à jouer presque parfaitement un ou deux mouvements, mais, si on considère l’ensemble des quatre mouvements, il n’y a à ma connaissance aucun pianiste au monde capable de les exécuter en entier de manière satisfaisante. De nombreux virtuoses ont essayé de relever ce défi, mais leurs interprétations ont chacune des défauts notables. Il n’y a pas une seule interprétation dont on puisse dire : Ah, là, c’est parfait! Et sais-tu pourquoi? - Je ne sais pas, dis-je. - Parce que les sonates elles même sont imparfaites. Robert Schumann était un de ceux qui comprenaient le mieux la musique pour piano de Schubert, mais il disait de la sonate que tu entends qu’elle était divinement bavarde. - Pourquoi les pianistes célèbres se donnent-ils pour défi de jouer une musique imparfaite ? - C’est une bonne question, dit Oshima. (Il marque une pause, pendant laquelle la musique emplit le silence. Je suis incapable de t’expliquer cela en détail. Mais je peux te dire une chose : les oeuvres qui possèdent une sorte d’imperfection sont celles qui parlent le plus à nos coeurs, précisément parce qu’elles sont imparfaites.


- Mais je reviens à ma première question ; pourquoi écoutez-vous les sonates de Schubert en conduisant ? - Les sonates de Schubert, et spécialement celle-ci, si on les interprète telles quelles, elles deviennent juste des antiquités plates et insipides. Aussi chaque pianiste essaie-t-il d'y insuffler quelque chose de personnel. Comme là.. Ecoute comme il insiste sur les articulations. Il ajoute du rubato. De la vitesse, des modulations, sinon l'ensemble ne tient pas. Cependant, s'ils ne font pas ça avec précaution, c'est la qualité du morceau dans son ensemble qui risque d'en pâtir. Ce ne serait plus du Schubert. Les pianistes qui ont interprété cette sonate, se sont tous, sans exception, débattus avec ce paradoxe. Il écoute un moment la musique, fredonne l'air, puis reprend : - C'est pour ça que j'écoute Schubert en conduisant. Comme je te l'ai dit tout à l'heure, toutes les interprétations de ce morceau sont imparfaites. Un sens de l'imperfection, s'il est artistique, intense, stimule ta conscience maintient ton esprit en alerte. Si j'écoute l'interprétation parfaite d'un morceau parfait en conduisant, je risque de fermer les yeux et avoir envie de mourir dans l'instant. Mais quand j'écoute attentivement cette sonate, je peux entendre les limites de ce que les humains sont capables de créer, je sens qu'un certain type de perfection peut être atteint avec humilité, à travers une accumulation d'imperfections. Et personnellement, je trouve cela plutot encourageant. Tu comprends un peu ce que je veux dire?

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EXPÉRIMENTATION : Esquisse au crayon. Le dessin inachevé offre d’innombrables possibilités d’interprétations et d’appropriations.


L'imperfection permet une certaine liberté d'usage, une liberté d'appropriation tant pour l'artiste que le spectateur. L'objet inachevé, considéré dès lors comme imparfait, laisse à l'autre le choix de l'interpréter comme il le sent, de l'arranger comme il l'entend. Il invite à la pensée, au questionnement, à l'imagination et la créativité. Franz Schubert est considéré comme l’un des grands compositeurs du XIXe siècle. Durant sa vie, il reviendra à de nombreuses reprises sur ces oeuvres, pour les modifier, les réinventer, peut être en quête éternelle de perfection. Il laisse pourtant derrière lui de nombreuses compositions inachevées, telle que la symphonie n°8, l’une des plus interprétée dans le monde aujourd’hui. En 1928, à l’occasion du centième anniversaire de la mort de Schubert, la Colombia Gramophone Company lança un concours pour terminer la symphonie. Le pianiste Frank Merrick gagna, son Scherzo et son Final furent joués. Plus récemment, le musicologue britannique Brian Newbould proposa une autre complétion de la symphonie dans laquelle il intégra les propres esquisses du Scherzo de Schubert (le trio devait être généralisé) et réutilisa la musique de l’intermède de la pièce Rosamunde. Ainsi, l’imperfection de l’oeuvre de Schubert offre à celui qui l’interprète une liberté d’appropriation qui engendre une certaine singularité de chaque interprétation. L’oeuvre n’est finalement pas fixée, elle est mouvante et prend l’identité de celui qui se l’accapare. Là est le charme de la musique de Schubert et la valeur de l’imperfection même.

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EXPÉRIMENTATIONS : Dessin et collage. J’ai choisi de travailler autour du cadavre exquis. Chaque personne s’approprie le travail de l’autre, laissé inachevé, pour mettre en forme une composition surprenante libre et détachée de toute norme. Les différents univers se mêlent et s’emmêlent, changent de sens et s’interprètent différemment à chaque nouvelle participation... Cadavre exquis : Marine Sanz-Vico, Camille Levrier et Marie Clerc.

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B. L’INACHEVÉ, COMME UNE INVITATION À LA RÉFLEXION

« En toutes choses, quelles qu’elles soient, la finition de chaque détail n’est guère souhaitable ; seul ce qui est laissé inachevé retient l’attention »

Sen Soshitsu XV

Certains ont fait de cet aspect de l'imperfection un concept et même une tradition. En Asie centrale, il existe un art de la broderie. Les femmes font des suzannas, grands draps brodés de motifs traditionnels qui servent à habiller les lieux de vie et ont une valeur symbolique lors du mariage. L'esthétique du suzanna trouve son intérêt dans les subtiles irrégularités de chaque design. Plus quelqu'un regarde un suzanna, plus il remarquera de détails. Au départ, le dessin paraît équilibré, puis, en regardant de plus près, on verra apparaître de petites différences.  Par exemple, tous les poivriers, excepté un, peuvent avoir un coeur orange, tandis que ce dernier sera d’une couleur magenta inattendue. Le motif d’ensemble peut aussi être légèrement asymétrique, avec une boucle en plus ou bien une fleur ajoutée quelque part pour le rendre délibérément déséquilibré. Chercher les variations dans ces intrigants suzannas peut devenir un jeu très plaisant pour certains.   Une autre des caractéristiques des suzannas est qu’ils sont toujours inachevés. Un petit centimètre peut être laissé sans point, ou bien un pétale non rempli. Cela est du à une croyance fondamentale qu’un travail terminé illustre une vie finie. En laissant une partie de son travail inachevé, le brodeur veut symboliser son espoir que demain apportera encore plus de travail et que la vie continuera.


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L’inachevé évoque l’infini, mais témoigne également du moment présent et met en valeur un moment T de la démarche, du chemin, des étapes de créations. Martin Margiela est un créateur qui a travaillé autour de la récupération, de la transformation, du trompe-l’oeil. Les collections présentées lors de ses action-défilés ont des airs d’inachevé et les notions abordées ne sont que le chemin: jamais la démarche esthétique ne fait la destination finale. C’est l’inachèvement de ses collections qui invite à la réflexion et torture les chroniqueurs de mode. Décrire les pièces vues sur le podium n’est pas d’une grande utilité. Certains de ses défilés sont comme un instantané de flagrant délit d’inachevé ou plutôt de « work in progress », comme une compensation à tant d’autres designers qui se précipitent de finir pour présenter une ligne «aboutie». La Maison Martin Margiela ne semble jamais craindre la vérité de l’instant présent. Loin de nier le caractère empirique de sa recherche, elle la met en scène, elle accepte de la figer dans un vêtement qui prend davantage de dimension encore et exprime une émotion nue. Certains vêtements, comme une ébauche, révèlent selon l’angle sous lequel on les regarde, un autre prisme, jouant sur des proportions différentes à l’avant et à l’arrière, à gauche et à droite et dans lequel une simplicité apparaît soudain, évidente. Plus qu’à l’intelligence encore, c’est souvent à la sensibilité qu’ils s’adressent.


Dans l’ordre : Photos des défilés de collection AW 08/09, SS 10, AW 10/11. Shades Of Denim by Maison Martin Margiela. SS2012.

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EXPÉRIMENTATION : L’inachevé suscite la curiosité et pousse à se questionner, s’approprier l’oeuvre. En partant de cette forme de l’imperfection, j’ai cherché à créer une forme vestimentaire que pourrait s’approprier celui qui s’y essaye. Les finitions brutes rencontrent les autres plus raffinées, et le vêtement dont les pièces ne sont pas montées jusqu’au bout, peut se porter de différentes manières...


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Finalement, l’imperfection, sous la forme de l’inachevé, est d’une forte expressivité. Elle évoque à la fois le chemin parcouru et l’objet en devenir. Elle met à nu les étapes par lesquelles passe l’artiste et sa fureur créatrice. Elle retient l’attention et invite à se demander «pourquoi ? Comment ? Que s’est-il passé ? Comment l’aurait-il fini ?». L’inachèvement ouvre la réflexion et invite à la poursuivre. L’oeuvre reste vivante, mouvante, inaccomplie mais évoluant avec le temps, la pensée, l’appropriation que chacun s’en fait... Une autre forme d’imperfection évoque le mouvement et fait évoluer une oeuvre. C’est celle des marques que laissent le temps et la vie autour d’un objet.

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3_ L’ altération par le temps : UNE ÉNERGIE VIVANTE

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L’usure, la rouille, les tâches, les failles comme les rides du visage, sont des «imperfections» que notre société tend à cacher. Les normes de beauté prônent les corps toujours plus jeunes, plus lisses et nous poussent vers des pratiques dangereuses pour suivre ses codes. Dans d’autres domaines, l’architecture, le design, présentent une esthétique de plus en plus froide. Dubaï arbore des traits lisses et futuristes, le mobilier innove avec des matières artificielles inconnues, L’esthétique «Apple» épurée est copiée et déclinée à l’excès. Les grandes surfaces nous proposent des pommes «si parfaite que l’on peut se voir dedans ! ». Il y a cependant un charme dans l’irrégularité, l’accident et les marques que laissent la nature sur chaque corps. Nous verrons que c’est d’abord la dimension humaine qui transparaît de ces imperfections, selon la philosophie du Wabi sabi. Ce sont ensuite les témoins d’une histoire, d’un passé, qui véhiculent une énergie chaleureuse et vivante.

Altération : Toute modification dans la nature, la forme ou les propriétés d’un corps ou d’une substance. En général, modification au sens négatif du terme. Synonymes : affaiblissement, affection, anomalie, appauvrissement, attaque, atteinte, barbouillage, bouleversement, bricolage, changement, corruption, décoloration, décomposition, déformation, dégât, dégénérescence, dégradation, délabrement, dénaturation, dépravation, dépréciation, dérangement, désintégration, désordre, détérioration, diminution, distorsion, faux, flétrissure, impureté, irrégularité, maladie, maquillage, métamorphisme, mutation, mutilation, oxydation, passage, perte, pourriture, putréfaction, rouille, saut, tache, tare, transformation, trouble.

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A. L’empreinte du temps : une dimension humaine

Le wabi sabi est une expression japonaise désignant un concept esthétique, ou une disposition spirituelle, dérivé de principes bouddhistes, ainsi que du taoisme. Wabi : solitude, simplicité, mélancolie, nature, tristesse, dissymétrie... Sabi : l’altération par le temps, la décrépitude des choses vieillissantes, la patine des objets, la salissure... Cette éthique apparaît au XIIe siècle et véhicule des valeurs pouvant influencer positivement l’existence. Réduit à sa plus stricte expression, wabi sabi est l’art japonais de trouver de la beauté dans l’imperfection, la profondeur de la nature, d’accepter les cycles naturels de croissance. Cela nous invite à apprécier la beauté qui existe en toute chose, même et surtout ce qui est imparfait, usé, vieux. La beauté ne réside pas dans la perfection mais dans la singularité. Le jardin à la disposition parfaite ne devient unique qu’après la chute de quelques pétales. Prenons le cas des fleurs. Leur floraison magnifique n’est pas permanente et va disparaître. Ceci les rend intéressantes. Si elles étaient immortelles, elles deviendraient alors banales. C’est leur côté éphémère qui leur donne cette beauté déjà condamnée à disparaître. Le Sabi signifie “l’épanouissement du temps”. Les objets Sabi traversent l’épreuve du temps

avec grâce et dignité et le véritable Sabi ne saurait s’acquérir, c’est le don du temps. La beauté ne se situe pas dans une artificialité sans défaut, mais dans la spontanéité et l’absence de prétention de l’imperfection naturelle. Wabi sabi nous remet à notre place de simple humain. Tout objet est dans l’évolution constante. Il subit les effets du temps, les inéluctables vieillesses et dégradations. Être wabi sabi, c’est accepter cette évolution avec une sérénité qui confine à la joie : joie très éloignée des crèmes antirides et du botox, une joie qui voit dans les signes du temps le fait que quoi qu’on fasse, on est façonné malgré nous. Les valeurs véhiculées par cet art de l’imperfection nous poussent à accepter et vivre le présent en se soumettant avec humilité à la décrépitude, au vieillissement, à l’érosion. C’est aussi une manière de laisser de côté les turpitudes du passé et du futur: pas de regrets ni de projets, l’instant wabi sabi s’arrête à la contemplation du moment. Mais ce n’est pas une glorification du passé. C’est la tentative d’approcher l’harmonie et la sérénité à travers l’émotion procurée par l’empreinte, physique et temporelle, de la nature et l’humble beauté qui en résulte.

Travail photographique sur le wabi sabi à la française - Blog Les troies amies - 2011


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1 et 3. Teinture au thé et indigo artisanal - Arthur navanen. 2. Collection Printemps été 2010 - Motof photographique - Agi&Sam.

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EXPERIMENTATIONS :

J’ai tenté de m’approprier l’esthétique wabi sabi en cherchant dans mon environnement des empreintes du temps qui me touchent, m’émeuvent. Ce travail photographique met en avant le charme et la finesse d’une faille, de l’usure, l’irrégularité. Le mur de béton retrouve une certaine âme, il semble presque fragile et délicat.

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EXPÉRIMENTATIONS :

À la recherche du Wabi-Sabi... La terre, le beton, la rouille, la peinture, le bois, la peau, le corps...


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B. La transmission d’une histoire

Three-Seven est une marque de meubles créé par Caroline Petit et Jason Mason. À bord de leur pick-up, ils parcourent les Etats-Unis pendant des mois. Du Vermont au Colorado, en passant par le Misssissipi, ils récupèrent des matériaux usagés provenant de vieilles fermes abandonnées, des brocantes ou des ventes aux enchères made in USA, pour ensuite retaper, re-bricoler, tous leurs trésors accumulés et en faire des objets uniques. Ces productions révèlent une certaine atmosphère chaleureuse, une patine du temps qui transmet une histoire. Au contact de ces meubles, on ne peut s’empêcher d’imaginer leur histoire, leur vécu et la vieille ferme ou le grenier plein de trésors où ils ont été dénichés, les tempêtes, ou les jours qu’ils ont passés en plein soleil au fin fond des Etats-Unis. Il est facile de se les approprier, car ils mettent tout de suite à l’aise et renvoient à des émotions passées. La matière est à l’état brut, mais les détails sont délicats. C’est l’altération par l’usure qu’a subi la matière qui donne à l’objet une valeur en plus, une énergie vivante. L’objet est en évolution, son passé est présent et se lit. Le principe de récupération qu’applique les designers crée aussi un jeu avec la notion de futur, ils donnent une nouvelle vie aux différents matériaux qu’ils récupèrent et leur offre un autre futur, une autre histoire.


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Showroom Three - Seven 2008


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Collection Blue-night - PE 2012 - Sakina M’Sa


Sakina M'sa est une créatrice de mode qui a pour concept d'enterrer ces tissus quelques années aux quatre coins du monde, ou d'en récupérer de vieux pour créer ses collections. Exhumés, emplis des odeurs et des couleurs de l’ailleurs, gorgés d’une force nouvelle, la styliste les réintègre sur ses vêtements. Le tissu légèrement usé, dégradé, garde quelques traces de son passage dans la terre et c'est cette mémoire inscrite, cette empreinte du temps, du lieu qui rend intéressant le travail de Sakina M’sa. Le vêtement ainsi créé porte en lui une histoire, un voyage, un parfum, prêt à être poursuivit dans l'intimité de quelqu'un. «Mes morceaux de tissus sont remplis de l’énergie de la terre et de mes racines» confie-elle. S’il ne s’agit pas toujours de la trace visuelle, l’empreinte est pourtant bien là, sous la forme d’un parfum ou d’un souvenir. Elle véhicule une énergie particulière. Elle donne une histoire au vêtement. D’une autre manière, le vêtement en lui-même garde les traces de notre vie, notre histoire... Dans notre quotidien, ce sont les marques du vécu, présentes sur nos vêtements, qui font aussi que l’on s’attache à eux, «le trou d’un jean qui s’est accroché le fameux jour où j’ai sauté cette barrière», «la manche d’un pull usée par ces vacances d’été», «cette robe effilochée depuis cette folle soirée»... Tous ces détails confèrent une valeur sentimentale à l’objet et font la différence entre le neuf et celui que l’on préfère ne pas jeter malgré tout. Il raconte l’histoire de celui à qui il appartient, enferme des souvenirs et émotions personnelles à décrypter. La tache, l’accroc, l’usure racontent un passé et font d’un vêtement la mémoire de l’«être».

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EXPERIMENTATIONS :

Travail autour de l’empreinte, l’accident, J’ai laissé «mûrir» un tissu sur la table du salon de ma colocation, lieu de vie, mouvant, changeant, témoin de toutes nos activités. L’étoffe a partagé notre quotidien, les soirées, les dîners, les rencontres, le nettoyage, le rangement, les longues nuits de travail acharné durant plus d’un mois. Elle s’est chargée de notre énergie et dévoile aujourd’hui quelques indices sur nos habitudes...

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L’imperfection de la matière laissée par le temps, la dégradation, les taches, l’empreinte nous rappelle que nous sommes tous des êtres transitoires et nous replace dans notre condition d’humain. Accepter le temps qui passe c’est accepter l’imperfection de la vie et apprendre à embrasser à la fois le succès et l’échec de notre existence. C’est apprendre à vivre le moment présent et apprécier le passé en tant que ce qu’il est. Ces traces nous racontent une histoire, renvoient aux émotions vécues, renferme le souvenir et une forme de «mémoire de l’être». Cette forme de l’imperfection trouve sa valeur dans l’énergie chaleureuse, poétique et pleine d’humanité qu’elle dégage.

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4_ L’imperfection de la rÊalisation artisanale

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Artisanal : qui n’est pas mécanisé ou industrialisé.  réalisé à la main. Synonymes : manuel, non industriel

(1) Incarnation de portrait Aloize Corbaz Art brut

J’entends par «l’imperfection artisanale», les formes réalisées par la main de l’homme, et qui laissent apparaître la fulgurance du geste, la maladresse, l’imprécision sensible, le défaut d’habileté ou la non maîtrise de son corps. Le travail de l’artisan n’est pas forcément lié à cette définition. On trouve dans cet aspect de l’imperfection un charme lié à la trace de l’action, le geste est visible et bien moins froid que l’objet industriel parfait. Il y a là quelque chose de l’ordre du réel, une sorte d’humanité qui se dégage de l’imperfection d’une représentation faite à la main. C’est l’adresse ou la maladresse d’un geste qui peut toucher et invite le spectateur à s’imaginer pouvoir faire pareil. Le dessin, la peinture se différencient d’une photographie froide et simple représentation de la réalité par la singularité du geste de l’artiste. Cependant, une photo peut aussi être singulière dès lors qu’elle présente la vision du photographe qui s’approprie l’outil technique pour en faire un médium d’expression. Nous verrons dans un premier temps, via l’actionpainting, qu’à travers le geste c’est le corps même de l’artiste et sa singularité qui transparaissent. Aussi, la maladresse du geste non maîtrisé des créations d’art brut porte une valeur d’immédiateté, d’expression pure de l’être. Ensuite, l’oeuvre de Michel Gondry nous montre que l’esthétique du bricolage amateur séduit par la naïveté qu’elle dégage. Enfin, Le dessin d’enfant touche par sa spontanéité, libérée des conventions, ce que Picasso tentera de retrouver toute sa vie.

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A. La singularité du geste

Certains artistes ont travaillé essentiellement sur la mise en évidence du geste et du corps à travers l’oeuvre. Le terme Action Painting est proposé en 1951 par le théoricien Harold Rosenberg, s’appliquant aux peintres de l’expressionnisme abstrait, et plus particulièrement à la pratique de Jackson Pollock. L’action painting met en avant l’acte physique de peindre et la gestuelle de l’artiste, qui semble entrer en action avec le tableau, en lutte avec le support. L’œuvre devient ainsi le témoin de la chorégraphie que l’artiste a effectuée. Il illustre les pulsions de l’artiste au moment de son travail créateur. La technique du dripping répond donc à cet objectif puisqu’elle permet de traduire l’énergie de celui qui crée. Proche de Motherwell, de Kline, Twombly se situe dans la lignée de l’expressionnisme abstrait et de l’action painting dont il s’éloigne pour se consacrer à son œuvre traversée de tracés brouillés, griffonnés, effacés, évoquant

la cursivité d’une écriture. Des lettres et des mots à consonance ancienne, principalement latine et grecque, parsèment ses tableaux de réminiscences culturelles auxquelles se mêle une émotivité du tracé qui fait la singularité de sa peinture. «De l’écriture Twombly garde le geste, non le produit  » écrit Barthes, et ce geste est pour lui «  inimitable  » car «  ce qui est inimitable, finalement, c’est le corps » ajoutet-il. L’œuvre de Twombly met en scène le trait en tant qu’il est « griffure », en tant qu’il est la trace « de la pulsion et de sa dépense ». L’intérêt n’est pas dans l’objet fini mais dans l’action même qui est mise en évidence. La singularité est une valeur forte de l’imperfection. Si le geste est ici non maîtrisé, il est propre à son auteur, tout comme l’écriture ou la signature difficiles à imiter révèlent des traits de notre personnalité. La pulsion du geste témoigne de l’être et de l’inconscient.


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(2) 1.Suma - Cy Twombly - 1982 2.Sans titre - Cy Twombly - 1967

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Depuis qu’il a survécu à une profonde fracture psychique, l’artiste tchèque Zdenek Kosek est persuadé de déterminer les variations météorologiques mais aussi tout ce qui l’entoure. Sa création artistique témoigne de la tâche immense qu’il s’est fixée et de ses tentatives pour empêcher les catastrophes climatiques et l’éclatement du monde. Dans son oeuvre, il tente de capter la multitude de signes qui le traversent à chaque instant, traquer les transformations de l’énergie, révéler les liens entre les phénomènes atmosphériques, chimiques et le sexe. Partitions ? Chorégraphies ? Formules magiques ? Secrets scientifiques ? Ses dessins-diagrammes sont tout cela à la fois, autant de cartographies de son esprit aux prises avec les événements de l’Histoire. Sa création fait écho aux tourments qui agitent l’Homme depuis la nuit des temps, à ses questions sur ses origines et son devenir et à sa tentative désespérée de maîtriser le réel. Ce qui m’intéresse dans son travail, c’est l’esthétique du gribouillage, des recherches brouillonnes. C’est une forme de dessin automatique. Une certaine maladresse se dégage de son travail et surtout un détachement du regard extérieur. Zdeneck ne cherche pas l’esthétisme, il cherche quelque chose, il produit, réfléchit, calcule peut-être, mais s’exprime surtout. L’esprit est peut-être déficient, mais cette imperfection fait de lui un artiste prisé des collectionneurs d’art brut. Lorsqu’un créateur dessine un motif, à partir de références ou non, il véhicule inconsciemment plus que son univers. Le gribouillage permet de s’exprimer et transmettre des informations. A travers le dessin automatique, le créateur peut faire apparaître une part de lui-même: une envie, un état d’âme, un trouble. D’après le psychanaliste François Sulger: «le gribouillis (dessin spontané et quelconque) est un exutoire, il nous libère des tensions et des émotions qui nous envahissent». Le gribouillis porte la singularité de son auteur.

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EXPÉRIMENTATIONS :

Travail autour du dessin automatique, gribouillage téléphonique, laisser-aller de la pensée, création brute, premiers gestes de la main, esquisses, recherches et tâtonnements.


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B. La VALEUR D’IMMÉDIATETÉ

En quête de perfection, l’homme passe par de multiples étapes, un chemin long, voire infini et complexe. L’objet, lui, passe par de nombreux filtres, celui de la pensée de son auteur, du regard de l’autre auquel il sera soumis, de l’appareil et sa technicité. Le corps de la femme en quête de perfection passera par les mains du chirurgien, du maquilleur et retoucheur, l’objet design par de nombreuses machines industrielles pour obtenir la forme parfaitement lisse, la texture complexe... Finalement tous ces filtres nous éloignent d’une certaine spontanéité innocente, et de la simplicité. L’imperfection, c’est aussi le fait de ne pas «parfaire», c’est accepter les aléas et l’état des choses dans lequel elles sont. C’est faire confiance à l’accident, accéder à l’expression brute. On trouve dans l’Art brut une certaine imperfection, l’artiste qui ne cherche pas à exposer son oeuvre et n’attend aucun jugement, travaille de manière automatique, ce qui lui confère une certaine sincérité, naïveté. L’art Brut désigne les œuvres spontanées immédiates, brutes, fortement influencées par l’art primitif, les dessins d’enfants, ou ceux d’aliénés mentaux, qu’il appelle « des singuliers de l’art ».

Dubuffet intitule un article : «L’art brut préféré aux arts culturels», dans lequel il définit cette forme de création : «Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non, celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe. » Tichy Miroslav est un photographe tchèque dont l’oeuvre se rapproche de l’art brut. L’une de ses particularités était de fabriquer lui-même ses objectifs et ses appareils photographiques à partir d’objets divers, ponçant ses lentilles d’objectif avec de la cendre de cigarette et du dentifrice. Il se baladait chaque jour à travers la ville, photographiant sans viseur les femmes qu’il croisait au hasard. Ses photos dégagent une grande sensibilité.


«Les défauts font partie intégrante du travail. C’est la poésie, la qualité picturale. En vérité, l’objectif n’était pas très précis, mais c’est peut-être la qu’il y a de l’art ! La philosophie, c’est abstrait, mais la photographie, c’est concret, c’est une perception. C’est l’œil, ce que l’on voit. Avant tout, il faut avoir un mauvais appareil photo ! Si tu veux être célèbre, tu dois faire quelque chose plus mal que n’importe qui dans le monde entier ! Quelque chose de beau et parfait n’intéresse personne.» Miroslav Tichy

Sans titre - Miroslav Tichy

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Collection de photos Argentique sans titre, ni dates, de Miroslav Tichy. Ci dessus : Son appareil Photo bricolé avec des matériaux de récupération.


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C. L’esthétique bricolage

Photographie et affiche du film Be kind rewind de Michel Gondry - 2008

Le bricolage a souvent été l'une des recettes du succès de Michel Gondry version clipper, quelques jouets, effets artisanaux et animations originales dans des univers bien différents - Oui Oui et ses pantins, Björk et ses animaux en peluche (Human Behavior) ou son gorille dentiste (Army of Me), The White Stripes et son stop motion musical et domino (The Hardest Button to Button), la liste est longue. Le seul mot d'ordre: un ludisme Géo Trouvetout dont le réalisateur ne se dépareille pas dans ses longs métrages. Le héros de La Science des rêves crée les inventions les plus folles avec trois bouts de ficelle (comme un plateau télé en carton), tandis que Gondry ressort, le temps d'un songe, ses tapis de mini voitures accrochés à un mur.


Mais les bricolages les plus simples peuvent parfois être les plus touchants, à l'image de la lettre orangée de Kate Winslet adressée à Jim Carrey dans Eternal Sunshine.... Mal à l'aise dans la vie de tous les jours et dans son morne quotidien, le héros chez Gondry retape d'abord le réel à coup de rêves, repeint ses murs avec quelques astuces de bricoleur, et le décore grâce à quelques peluches. La culture populaire n’a jamais été aussi habilement mise en valeur que par cette volonté de partage et de transversalité des arts. Amoureux des sons, des images et des sensations, Michel Gondry se propose d’être le guide vers une nouvelle approche des médias, à la fois plus intimiste et plus collective.

Photographie du film La science des rêves Michel Gondry - 2005

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Photographie de films 1.2. Le voyage dans la lune 3. L’homme àla tête en caoutchouc. 4. L’eclipse

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Ce qui charme dans l’univers de Georges Méliès, c’est l’imperfection de l’illusion. Les trucages ne trompent pas, et sont maladroits pour notre oeil habitué aux nouvelles technologies numériques. Le coté bricolage, la magie des bouts de ficelles rendent attachante son oeuvre qui renvoie à la créativité enfantine.

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(1) 1. 2. Collection été 2010 - Louise Gray 3. Collection Clochard - été 2000 - Dior par John Galliano

Dans la mode, certains créateurs s’approchent de l’esthétique de l’art brut, dans le côté bricolage, amateur. Louise Gray joue de patchwork colorés et fait du «déchiré/troué» un motif textile à part entière. John Galliano crée en 2000 la collection clochard pour Dior où il joue de récupération, détournement de vêtements, trop grands ou abîmés.


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EXPÉRIMENTATIONS :

En m’inspirant de l’art brut, j’ai choisi d’expérimenter un procédé de création sous la forme de collages aléatoires. Le papier récupéré, collecté puis déchiré ou découpé, est ensuite collé de façon hasardeuse, libre de toutes contraintes ou influences de la mode. Les formes ainsi créées ne suivent pas les lignes du corps et ne respectent aucune proportion particulière jusqu’à ce que je les interprète comme bon me semble en y posant un corps. L’esthétique qui s’en dégage rappelle le bricolage amateur, en contraste avec la finesse du dessin du corps plus poussé.


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D. UN RETOUR EN ENFANCE

Chez l’enfant, comme chez l’artiste «brut», il n’y a pas de conscience de la création, puisqu’il n’a pas l’intention de réaliser une oeuvre d’art. Leurs productions, souvent le fruit du hasard. Quelquefois originales et inattendues, elles sont dégagées de la rigueur logique de l’adulte et leur mode de pensée propre fait surgir des rapprochements surprenants pour ce dernier. L’enfant veut simplement s’exprimer et exercer sa créativité. «Les enfants sont affranchis des inhibitions de l’art homologué, ils font ce qu’ils veulent, ils ne sont pas obligés de suivre le beau...» disait Jean Dubuffet. S’il ne crée pas d’oeuvre d’art, l’enfant est sur le chemin d’un processus créatif. Le monde qu’il crée, plus proche du grotesque que de la beauté classique est celui de la spontanéité et de l’imagination. Quelles valeurs trouve t-on dans les productions enfantines aux traits pourtant si imparfaits? Le fait de laisser libre cours à son imagination, le non-conformisme de la ressemblance, la distance prise avec la réalité, le caractère fulgurant du geste créatif, le plaisir de produire des effets qui deviennent intentionnels, un regard particulier sur les choses modestes et simples, la confrontation sans limite à des outils et des supports variés, le besoin de s’appuyer sur sa propre perception et sa vie pour trouver des références et nourrir son oeuvre.

Fisherman - Basquiat - 1981


«Depuis mon plus jeune âge je peignais comme Raphael et j’ai mis toute une vie pour apprendre a dessiner comme un enfant »

P.Picasso

On peut rapprocher l’oeuvre de Picasso aux dessins d’enfants et d’ailleurs, qui n’a jamais entendu l’exclamation lâchée face à certaines oeuvres d’art moderne ou contemporain, particulièrement celles signées Picasso : «ça? Même un enfant pourrait le faire!». Toute sa vie, par ses oeuvres au langage vif, il s’efforce de garder l’énergie et l’esprit de l’enfance, la fraicheur du regard non englué dans les conventions de la représentation et du regard porté sur le monde. Picasso garde une faculté de s’exprimer à l’aide de formes élémentaires, une liberté par rapport aux règles, une capacité à remettre en question soi-même et toutes les normes et accède à une expression plus brute, d’un langage pictural surprenant pour retrouver le regard innocent d’un enfant.

Basquiat dans un autre genre a également été particulièrement influencé par le dessin d’enfant et la liberté que ceux-la s’autorisent. «Je fuis la logique linéaire de l’adulte pour m’approcher de la logique immédiate de l’enfant. Comme eux, j’aime « pêcher » dans l’histoire de l’art.»

Guernica - Picasso - 1937

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EXPÉRIMENTATIONS :

Récupération de mes dessins d’enfant, et application comme imprimé textile. La forme est également directement inspirée d’un dessin de robe (ci-dessous). Le geste est maladroit, inexpérimenté et le volume est géré en 2 dimensions. Cela donne naissance à une forme originale. Le patron est dessiné à plat à main levée en forme approximative de robe trop grande. Puis les coutures viennent détourer le corps dans le vêtement pour ajusté la forme. Les parties de tissu en trop restent à plat, comme des excroissances latérales.

Manches

Couture latérale Fente

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Le rôle du designer de mode est d’être le témoin d’une époque, de retranscrire, questionner ou critiquer le mode de vie de ses contemporains. En réaction à notre monde de plus en plus artificiel, froid et distant, et au dictât de la mode intolérante, mon projet propose de revenir à des procédés plus bruts voir archaïques pour nous permettre de redécouvrir de nouvelles valeurs et nous guider vers ce qui nous rend en toute simplicité, humain et imparfait. Au terme d’une réflexion autour des différentes formes que peut prendre l’imperfection, il a été identifié certaines valeurs qui s’en dégageaient. Tout d’abord, comme notion subjective, l’imperfection peut-être un principe d’abolitions des conventions. Les perceptions changent et l’imperfection est une notion relative aux normes d’une époque. Partir de l’imperfection comme base de création, c’est faire évoluer le regard des autres sur leurs manières d’appréhender les normes, les règles, le bon ou le mauvais goût. D’une certaine manière c’est un message de tolérance envers les autres et nous-même dans un monde ou la mode dicte tout et crée une certaine aliénation. Ensuite, l’imperfection trouve son charme dans la réflexion qu’elle suscite en nous, la curiosité, l’attention qu’elle éveille, le questionnement qui naît de l’inachèvement ou de l’irrégularité d’un objet, la liberté d’appropriation qu’elle offre. L’inachevé met en alerte, intrigue, lorsque le finit et parfait posent une distance froide.

Aussi, l’imperfection nous renvoie à une réalité plus proche de nous, plus humaine. L’empreinte que laisse le temps sur les choses et les corps nous ramène à notre condition d’homme mortel et nous rappelle les cycles de la nature. Voir la beauté dans l’imperfection est une forme d’acceptation de la réalité, des choses simples et quotidiennes. C’est une philosophie de vie qui nous permet de mieux vivre et intégrer nos défauts, physiques ou moraux... Mettre en évidence le charme de l’imperfection et ses valeurs, c’est proposer une autre manière de vivre, moins de frustrations liées à notre société de consommation et aux idéaux féminins artificiels imposés par les magasines. Enfin, la maladresse du geste exprime une certaine sincérité, une expression brute, on retrouve une naïveté enfantine qui nous touche plus que jamais. L’imperfection nous parle car elle rend les choses accessibles et dénuées du filtre social. Pour l’artiste, la création à l’état brut libère des codes et conventions et offre des procédés de création plus intuitifs. Le nonconformisme de la ressemblance, le plaisir de produire des effets qui deviennent intentionnels, la confrontation sans limites à des outils et des supports variés, le besoin de s’appuyer sur sa propre perception et sa vie pour trouver des références et nourrir son oeuvre sont des valeurs que l’on retrouve dans les procédés d’art brut et son «imperfection».


L’ambition de ce projet de mémoire est d’ouvrir la réflexion sur notre façon d’appréhender le monde, sur la recherche obsessionnelle de perfection que fait naître la mode, les magasines, les normes d’esthétique actuelles. C’est un regard critique sur certains comportements liés à la société de consommation qui crée en nous des frustrations. En tant que designer, je trouve un charme dans ce que d’autres appellent une faute ou un raté. Il a donc été intéressant de ré-interroger la notion de «qualité» de l’imperfection. Dans sa définition l’imperfection caractérise un «manque» (de certains éléments), pourtant, nous avons vu qu’elle peut apporter une valeur «en plus». Ainsi, je propose de trouver la beauté là où elle ne semble pas être, en créant une collection porteuse des valeurs de l’imperfection.

Pour cela, je me suis particulièrement intéressée à la notion de "création brute" faisant référence au dessin d'enfant, à l'art brut et à l'action-painting. Son esthétique imparfaite est d'une très forte expressivité. Elle dégage une énergie particulière qui peut se perdre dans la maîtrise et le contrôle de tous les éléments qui la compose. La difficulté de mon projet est de rendre compte du juste équilibre entre maîtrise et laissé aller. Il sera développé trois axes dans une seconde partie : Une gamme de motifs "empreintes du temps, de la maladresse, et l'accident". Une collection dont l’ambivalence entre l'état brut et la finesse crée un jeu troublant qui ne laisse pas indifférent. Des vêtements dont les procédés de création brute amènent des formes originales, libérés de toutes normes.

Il a été vu dans la première partie de ce mémoire, que l’imperfection trouve son charme dans des détails acquis avec le temps, la nature ou l’accident. Sa beauté provient de son authenticité. L’imperfection perd de son charme lorsqu’elle est forcée, industrialisée. Alors comment retranscrire cette forme de beauté qui ne se maîtrise pas ? L’enjeu de mon projet est de saisir ce charme à travers ses diverses formes, et d’en évoquer les valeurs. Il ne s’agit pas de faire des vêtements imparfaits, mais de retrouver ce qui fait la subtile beauté de l’imperfection au travers d’une collection. Mon défi est de trouver l’équilibre entre l’imperfection authentique et la création maîtrisée.

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Le Charme de l’imperfection

PARTIE 2_ DÉVELOPPEMENT Après avoir défini les divers aspects que peut prendre l’imperfection, puis analysé les valeurs qui s’en dégageaient, il a été possible de déterminer trois axes de développement de projets qui valorisent l’imperfection et véhiculent ses valeurs. Les deux premiers axes présentent deux collections de vêtements possible. Ces deux axes traitent des procédés de création brute, auxquels je me suis particulièrement intéressée dans ce mémoire et que j’ai souhaité développer sous deux formes différentes. D’abord, l’analyse de références et les premières recherches expérimentales ont fait apparaître une tension récurrente entre «l’état brut» et «la délicatesse», une ambivalence caractéristique de l’imperfection, qui fonde un premier axe. Ces deux notions radicalement opposées, seront exploitées dans un jeu à l’équilibre fragile, entre l’univers de la lingerie et le vêtement primitif. Ensuite, le caractère «immédiat» et «authentique» des oeuvres d’art brut, fera l’objet d’un deuxième axe. Le travail s’établira principalement sur la recherche de formes de manière intuitive. Dans un second temps, j’accorde une place essentielle aux motifs et aux textiles dans mon projet. Ils constituent un langage particulièrement éloquent et assez subtil pour exprimer le charme de l’imperfection. Le dernier axe de développement présente donc une gamme de motifs et tissus, inspirés des thèmes analysés en première partie.

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SOMMAIRE

PARTIE 2_pistes de développement 106 113 117 123

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1_ délicatesse À l’état brut A) Les enjeux de créations B) Recherches textiles et formelles D) Amorce de projet

2_ créations sous intuitions

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A) L’enjeu de création B) Procédés de création C) Amorce de projet

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3_ Empreintes

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A) Le dessin automatique B) Le défectueux C) Le dessin d’enfant D) Le temps

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Conclusion

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BIBLIOGRAPHIE

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REMERCIEMENTS

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1_ délicatesse à l’état brut

Délicat : d’une finesse propre à satisfaire quelqu’un dont le goût est exigeant, raffiné, recherché, sensible aux nuances. Qui est exécuté avec une grande finesse Synonymes : acuité, adresse, amabilité, attention, beauté, complexité, discrétion, distinction, douceur, élégance, finesse, fragilité, galanterie, grâce, honnêteté, légèreté, prévenance, pudeur, raffinement, recherche, savoir-vivre, scrupule, sensibilité, subtilité, tact. Brut : qui n’a pas été façonné, traité ou qui est très sommairement élaboré. Se dit des sauvages et de leur comportement. Donné sans commentaire, sans analyse, sans ajustement. Synonymes : élémentaire, grossier, imparfait, inachevé, informe, natif, originel, primitif, rudimentaire, rustique, sauvage, sec.

L’analyse de références et les premières recherches expérimentales (ci-contre) ont fait apparaître une tension entre «l’état brut» et « la délicatesse», une ambivalence caractéristique de l’imperfection, qui fonde un premier axe de développement. Ce projet présente donc les bases d’une collection de vêtements évoquant les notions de délicatesse et brutalité à travers la forme et surtout la matière. Dans un premier temps, il est important de définir la manière de traiter ces deux notions. En partant de leur définition, il a été intéressant d’associer la délicatesse à un esprit lingerie, et de trouver l’équilibre avec un univers brut, qui peut lui paraître opposé, le vêtement primitif, sommairement élaboré. Ainsi, une première partie sera consacrée à mes enjeux de création, puis une seconde à l’expérimentation de textiles et de formes que peuvent prendre cette collection. Enfin, des amorces de projets seront proposées.


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A. enjeux de création : La délicatesse

Il m’a semblé intéressant de travailler la délicatesse à travers un esprit lingerie. La dentelle, la broderie, la transparence, le jeu de séduction subtil, la finesse fragile, la féminité caractérise bien ce secteur. La lingerie est fonctionnelle et élégante. C’est un produit de consommation emblématique de la mode. Douce, soyeuse, légère ou transparente. La lingerie est devenue un acteur majeur de la mode, avec les défilés de Victoria’s Secret, son salon professionnel annuel, et ses publicités omniprésentes dans la presse ou dans la rue. De plus, à l’origine destinés à être cachés, les accessoires de lingerie apparaissent comme éléments de l’habillement et se montrent : les soutiensgorges se montrent dans les décolletés, les bretelles sur les épaules, les corsets remplacent la ceinture.

La lingerie est un des vêtements usuels les plus difficiles à réaliser. Elle peut être constituée de 15 à 30 éléments différents (bretelles, armatures, agrafes, dentelles, broderies, ornements...) et nécessiter 15 à 20 fibres naturelles ou synthétiques. En fonction de sa complexité, la réalisation d’un soutien-gorge peut prendre de 9 à 20 minutes. Sa fabrication raffinée s’oppose donc radicalement au concept de «création brute». Il est donc intéressant de rapprocher les deux univers pour traiter de l’ambivalence entre brutalité et finesse et faire ainsi naître un charme lié à celui de l’imperfection. N’étant pas formée en tant que styliste pour la complexité de la bonneterie, je m’arrêterai simplement sur l’esprit qui s’en dégage par un jeu de matières et de détails.


Dentelle de papiers pliĂŠs - Yulia Brodskaya

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A. enjeux de création : L’état brut

Il convient de redéfinir la notion de «création brute» abordée dans ce premier axe de développement. Je rapproche cette esthétique et ces procédés de création à celui des arts primitifs, ainsi qu’à l’exploitation du «brouillon». Les expressions art premier et art primitif sont employées pour désigner les productions artistiques des sociétés dites «traditionnelles», «sans écriture » ou « primitives ». Par extension, le terme désigne communément la production artistique traditionnelle des cultures non-occidentales. Le brouillon, l’ébauche se définissent comme le commencement, le premier développement de quelque chose, d’une action en devenir. De ces formes de productions vestimentaires, se dégagent une certaine imperfection dans leur rapport au corps. Il ne s’agit pas d’exploiter le côté ethnique ou de considérer l’art primitif comme imparfait, mais simplement de s’inspirer des procédés basiques de conception. Je souhaite exploiter la forme première du vêtement, de la parure, et les techniques archaïques aux finitions brutes.


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B. Recherches textiles

Le but de mes expérimentations est d’obtenir une certaine finesse, une fragilité, un raffinement par des procédés grossiers, inspirés de tenues primitives, de bricolage, récupérations, d’ébauches, d’essais ratés et d’oeuvres d’art brut. Déchirer, froisser, compresser, brûler, nouer, ligoter, tresser, accumuler, griffer, sont des méthodes ancestrales utilisées depuis la préhistoire dans la conception de vêtements et parures. J’ai fait subir ces techniques à de nombreux matériaux. La soie fine et le coton se font dentelles une fois arrachés. La corde brute, et les bandelettes déchirées, nouées et tressées, créent une maille solide dont les matières s’éffilochent avec le temps. Les motifs entre broderies et imprimés sont inachevés. Les écussons brodés sont retournés et nous montrent l’envers brut et fragiles, fait de fils multicolores. Les essais de machines à coudre se font motifs. Le tissu rapé devient translucide, accidenté de brulures, il se fait dentelle, ou nous rapelle aussi l’ecorce brute.


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B. Recherches formelles Les premières formes vestimentaires, dites primitives, sont souvent nées du matériaux même dont elles étaient faites. Par exemple, la peau de l’animal est utilisée telle quelle, sans ajustement de la forme (sur la photo 1 ci-contre). Les pattes et le corps de l’animal peuvent encore être distingués. C’est l’utilisation de cette forme à l’état brut qui créer la spécificité du vêtement, le tombé, la forme du décolleté. Aussi, Les plumes sont souvent simplement cousues sur des lanières de cuir et cette forme basique de «guirlande» vient se poser et s’adapter aux différentes parties du corps changeant ainsi d’aspect selon leurs dispositions. La matière à l’état brut, dans sa forme première vient s’adapter au corps, et ce n’est pas le corps qui induit la forme.


Parrure éthnique d’Étiopie

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Je me suis inspirée de cette indépendance entre la forme première du tissu et celle du corps. C’est l’étape d’adaptation qui se joue entre les deux qui donne naissance à des formes intéressantes. Un grand drap carré peut s’adapté au corps de différentes manières, par des noeuds, drapés, plissés (1). Dans mes recherches, le papier, déchiré et découpé une première fois de manière aléatoire, crée une forme complètement indépendante du corps. Il vient ensuite s’adapter à ce dernier par le biais de pliage et et fait apparaître des modèles originaux.

1. Parrure ancestrale de tribus africaines


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D. AMORCE de projet

De la matière naît la forme. En procédant de manière brute, j’ai déchiré des bandes et formes aléatoires dans du satin de coton fin. Cela fait apparaître une dentelle délicate. J’ai ensuite disposé ces formes sur le corps que j’ai adapté par pliage, placage et pinçage. De ce principe émerge un modèle aux finitions grossières et pourtant à l’apparence raffinée. La seconde expérimentation use d’un principe un peu différent. Les bandes de tissus déchirées sont tressées, cousues les unes aux autres en écharpe puis posées sur le corps là ou elles s’adaptent le mieux.


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Entre raffinées et rudimentaires, ces premières créations mettent en valeur la notion d’imperfection. Certaines normes ont été défiées, comme celle qui veut que la lingerie fine soit de dentelle. Par des principes de créations bruts, immédiats, voir basiques, j’ai cherché à obtenir un résultat travaillé, fragile, délicat et ainsi véhiculé le charme de l’imperfection et ses valeurs. De ces formes et textiles modestes se dégagent un peu de la richesse du Wabi Sabi...

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2_ Création sous intuition «Les créations d'art Brut font appel au fond humain originel.» Dubuffet

La seconde démarche de développement, porte l’attention sur les procédés de création de l’art brut dans la recherche de formes vestimentaires. À l’esthétique souvent maladroite, les créations d’art brut font appel à l’intuition, parfois à la médiumnité et l’obsession. Elles renvoient selon Dubuffet «au fond humain originel». Le succès rencontré ces dernières années en Europe et en Amérique par les expositions consacrées à l’art brut montre que celui-ci, lorsqu’il n’est pas préalablement édulcoré, répond à l’attente d’un public de plus en plus large, de plus en plus curieux d’expression véritable. L’art brut est difficile à définir, détenteur d’un savoir inconscient, il nous rend savant de ce qu’on ignore. Plutôt que de nous apporter des réponses toutes faites, l’art brut nous invite à nous poser des questions.

Soucieux de faire comprendre son intérêt nouveau pour l’art brut, Jean Dubuffet se sert d’une métaphore culinaire, non sans intention provocatrice, dans une lettre du 28 août 1945 à René Auberjonois. Il vante les mérites du lait de bufflonne servi cru, «frais trait» et conservant encore la chaleur de l’animal. L’art brut, selon lui, est comme ce breuvage. L’art brut rappelle aussi à Dubuffet l’or à l’état natif, l’or en pépite qu’il «aime mieux qu’en boîtier de montre». Il est significatif pour moi de voir la définition de l’Art Brut associée à ces images que Dubuffet utilise souvent. Dans un premier temps, nous verrons quels sont les enjeux de ce projet, puis par quels procédés je m’approprie le concept de création brute, pour enfin en tirer des expérimentations formelles qui feront la base d’une création de collection.


Jean Dubuffet. Le Deviseur I. Epoxy peint au polyurĂŠthane

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A. l’enjeu du projet

L’art Brut se définit selon deux critères: Sociologique  : les productions de l’art brut émanent de «personnes obscures, étrangères aux milieux artistiques professionnels. Esthétique  : ces productions de toutes natures présentent «un caractère spontané et fortement inventif, aussi peu que possible débitrices de l’art coutumier ou des poncifs.» (extrait de citation de Dubuffet). Toute la richesse et toute l’ambiguïté du concept d’art brut sont là. Au regard des thèses de Dubuffet, l’œuvre d’art brut est une production radicalement individuelle, sauvage et étrangère à tout modèle. Elle est produit de pure nécessité, la seule influence qu’elle subisse étant celle d’une impérieuse voix intérieure. Ces créateurs dont les œuvres représentent pour nous une sorte de “pureté artistique”, ces témoins d’un autre monde, objet tout à la fois de nos rêves et de nos craintes sont étrangers à la culture des «beaux-arts”, aux rituels et aux lieux qui la constituent. Ce sont souvent des gens vivant dans l’isolement des campagnes, dans l’anonymat des villes ou dans une solitude qu’on pourrait qualifier d’autistique. Habiles à s’affranchir du tabou des bons et des mauvais usages, trouvant dans la pénurie de moyens un stimulant, peu enclins à sacraliser les matériaux traditionnels, les créateurs d’art brut peuvent donner le sentiment d’être en avance sur les formes ou les techniques artistiques d’aujourd’hui.

Dans le discours de la culture devenu majoritaire dans l’art contemporain, l’art brut apporte la dimension du lapsus, de l’acte manqué. Du point de vue du spectateur, il exprime l’effet de dévoilement irruptif, violent et fascinant qui se dégage des créations. Du point de vue du créateur, il rend compte de la proximité de l’oeuvre avec des matériaux psychiques originels qui demeurent le plus souvent cachés sous la banalité ou l’excentricité de la vie ordinaire. En tant que designer, l’enjeu de ce projet n’est pas de faire de «l’art brut» mais de retrouver ses valeurs à travers une collection dont les procédés de créations s’en approchent, c’est à dire intuitifs et immédiats. Il s’agit d’accéder à une expression plus instinctive de ma créativité et de trouver de nouvelles formes libérées des contraintes de la Mode. Les vêtements seront pourtant maîtrisés, mais évoqueront l’énergie des créations spontanées dans une esthétique vivante.


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B. procédés de création

Intuitions : L’intuition semble être un mode de connaissance immédiat, ne faisant pas appel à la raison. Pour le bon sens, l’intuition recouvre une attitude assez globale qui ne dit rien de ses mécanismes intimes. Comme lorsqu’on se dit «ma première idée était la bonne», c’est remarquer le travail parfois contre-performant du travail de critique rationnelle qui s’avise de possibilités distinctes ou même contradictoires par rapport à cette première impression dépourvue de bases logico-déductives ou explicitement perceptives. Automatisme: Ce procédé a été particulièrement utilisé par les surréalistes d’abord pour l’écriture puis pour le dessin et la peinture. Il consiste à laisser à la main et au corps une autonomie de mouvement telle que l’intervention ou le contrôle de la conscience devienne le plus mince possible.

Pour accéder à la «création brute», le choix du travail instinctif, intuitif dans la création de formes vestimentaires s’avère justifié. La première étape de création fait donc appel au laissé aller, à l’expression de l’inconscient par la recherche d’une forme graphique esthétique, d’un jeu de couleurs expérimental, sans la contrainte du rapport d’échelle, libéré de toutes recherche de proportions liées au corps. La forme n’est pas créée au hasard mais n’est cependant pas «réfléchie» non plus.


Le choix du collage : Il permet de se libérer du besoin de représentation trop parfaite. Le dessin ne me permet pas aussi bien de me détacher de la forme, de ne pas être dans le figuratif. «J’ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant.» nous dit Picasso et cela montre bien qu’il est difficile de se détacher de la réflexion et d’être dans le simple automatisme, l’expression pure. L’imperfection des premières fois se retrouve lorsque l’on utilise un outil que l’on ne maîtrise pas, lorsqu’on est dans le tâtonnement. Le collage facilite se laissé aller, par l’utilisation du «déchiré nonmaîtrisé», ou du pré-découpage de formes irréfléchi.

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« C’est à l’intelligence d’achever l’oeuvre de l’intuition. » Romain Rolland

Je pose ensuite un regard créatif sur mon laissé aller instinctif et cherche à m’approprier les formes, les comprendre, les maîtriser pour en faire des vêtements en jouant des proportions. Puis vient une phase d’interprétation. Des formes naissent de mon inconscient et font référence à mon vécu, mes connaissances, mes influences mais ne cherchent à imiter personne. Là est l’intérêt de ce projet, accéder à des formes nouvelles, expressives et en partie libérées du dictât de la Mode, du regard de l’autre. Ces formes ne m’appartiennent presque pas et semblent s’être simplement glissées là sous mes doigts, sous la forme de petits papiers, prêt à être collés et interprétés.

robe avec volants et superposition de dentelle brute.

demi manteau ouverture bouton pression. finitions déchirés col rabat


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A. amorce de projet

Expérimentation de développement d’un prototype en toile. La forme en deux dimensions prend du volume, s’adapte au corps. Mais certaines formes restent indépendantes de celui -ci. Le col est ici démesuré, superposé, déstructuré. La matière est traitée avec relief sur certains empiècements.


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Cette démarche de création offre de nombreuses possibilités, une multitude de formes improbables qui peuvent trouver une harmonie dans la matière et le motif. Pour ce faire, le troisième axe de développement ne traite que de la partie textile du projet.

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3_ Empreintes Le dernier axe de développement concerne l’élaboration d’une gamme de textiles et motifs basés sur les différentes expérimentations de première partie. Cet axe viendra se greffer sur l’un ou l’autre de mes deux premiers axes de développement. Dans la création de vêtements, le motif permet d’exprimer de nombreuses idées. Il a un impact fort et immédiat sur le spectateur car l’idée qu’il véhicule est peu déformée par les contraintes de forme qu’impose la création d’un vêtement. Le motif, répété ou non, a une place centrale dans l’identité visuelle des cultures et civilisations. Il s’agit d’un langage particulier qui véhicule concrètement une identité spécifique, et des histoires. Les motifs sont des lettres et les mots des textiles, ils permettent donc à ces derniers d’être perçus notamment comme étant un moyen de s’exprimer et d’informer. La matière quant à elle fait appel à un sens moins immédiat mais tout aussi sensible, celle du touché. Les sensations ressenties face à certaines textures particulières renvoient à des émotions passées. La matière s’exprime de manière plus discrète que le motif mais retient l’attention et parle à chacun de nous d’une manière plus personnelle. Afin d’évoquer le charme de l’imperfection, quatre pistes de travail ont été développées : le dessin automatique, le défectueux, le dessin d’enfant, l’empreinte du temps.


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A. le dessin automatique

(1) 1. Motifs inspirés du travail de Augustin Lessage, artiste médiumnique, associé à l’art brut. Les motifs simples, faits de points, de traits, de cercles s’enchaînent et se mélangent. 2. Pour l’élaboration de mes propres motifs, je suis partie de mes gribouillages de coins de tables. Lignes, pointillés et formes organiques se chevauchent dans une pièce de puzzle emboîtable à l’infinie.

Le dessin automatique peut paraître simple, brouillon mais il peut être le témoin de notre état d’esprit, de nos humeurs, et notre inconscient, comme vu précédemment dans mes analyses. Il peut être abstrait ou figuratif, difficilement déchiffrable, mais véhicule des notions comme le dynamisme, la joie, la mélancolie, la timidité.


3

(2)

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B. le défectueux

La perfection artificielle qui nous entoure dans les images, photographies, films, publicités nous transporte lorsque la technique se fait oublier, lorsqu’on oublie qu’elle est truquée et fait illusion. Par exemple, une affiche présentant une plage parfaite dans le couloir d’un métro va attirer mon regard. En m’approchant, je découvre la trame de l’impression qui me rappelle que ce n’est qu’une photo certainement retouchée. Les défauts d’ordre techniques, nous montrent les limites de ce monde de perfection. Lorsque la technique froide réapparaît, cela nous remet dans le monde réel. Le pixel, l’image floue, brouillée, le révélateur du polaroid qui déborde sont des petites imperfections qui nous rappellent les limites de l’artifice. Déféctueux : Qui présente un ou des défauts s’emploie essentiellement au sujet d’un outil, d’un appareil ou d’une machine.


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C.le dessin d’enfant

Le geste maladroit de l’enfant dans son coloriage rend des effets intéressant à exploiter. Les traits sont irréguliers, plein de contrastes, ne suivent pas un sens particulier. Cela donne des aplats de couleurs texturés et pleins de nuances qu’il peut être amusant d’utiliser comme motifs. Les fonds sont vivants, mouvants, vifs comme le sont les enfants. Récupération de mes dessins d’enfant (8ans) pour l’élaboration de motifs textiles par un jeu de gros plans, répétitions ou motifs placés.


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D. L’empreinte du temps

Les motifs créés à partir de l’esthétique wabi sabi que je me suis appropriée sont essentiellement photographique. Ils mettent en valeurs le bois vieilli, la peinture usée, salie, la décrépitude des matériaux. Pris en macro, l’objet disparaît et devient abstrait. Il laisse apparaître la texture seule, et on devine son touché. L’ exploitation de textiles déjà existants à également été envisagée. Les critères de recherche ont été le toucher particulier, irrégulier rappelant le bois usé, les failles, les craquelures, par un tissu «bouloché, matièrré». Les motifs rappellent la trame de l’écorce brute, la griffure.


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Inspiration bois et peinture écaillée. Photographie de matière.


Inspiration bois. Photographie de matière.

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Pour conclure ce tome 1, la première partie «Recherche et analyse» représente un travail d’exploration qui, en partant du thème de l’imperfection, m’a amenée à dresser un inventaire des diverses formes qu’elle peut prendre, et analyser les valeurs qui s’en dégagent. J’ai découvert que l’erreur et la faute peuvent être le point de départ d’un travail d’abolition des normes. En contraste avec une beauté lisse et classique, qui pose une distance froide, l’imperfection intrigue et retient l’attention. Elle nous touche de part sa dimension humaine, l’histoire qu’elle raconte. La maladresse des premières fois, la création non maîtrisée sont d’une très forte expressivité. Brutes, elles révèlent nos pulsions et font appel à l’inconscient. L’ébauche, l’inachevé, trouvent leurs valeurs en tant que témoins du chemin parcouru et non du résultat. L’imperfection nous replace dans le réel, et l’accepter en tant que qualité, c’est appréhender le monde de manière plus positive. Ces analyses ont donné lieu à des expérimentations de genre textile, graphique ou photographique qui ont permis d’illustrer les notions vues précédemment. La deuxième partie de «Développement» m’a permis d’évoquer le charme de l’imperfection et véhiculer ces valeurs au travers de trois thème : la délicatesse à l’état brut, la création sous intuition, et une gamme de motifs empreintes du temps et de l’accident. Le vêtement est un support pour transmettre ce message, il nous accompagne au quotidien, révèle notre état d’esprit, un peu de notre vécu et offre une multitude de techniques et d’illustrations.

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BIBLIOGRAPHIE_ LIVRES : • Wabi Sabi Suki - The essence of Japanese beauty de Itoh Teiji 1993 • Wabi Sabi: the Japanese Art of impermanence de Andrew Juniper 2003 • Wabi Sabi Simple Create beauty, value imperfection, live deeply de Richard Powell 2004 • Fautographie, petite histoire de l'erreur photographique de Clément Chéroux 2003 • Manuel de la photo ratée de Thomas Lélu (Auteur) 2002 • Qu'est-ce que l'esthétique? de Marc Jimenez 1997 • Histoire de la laideur Umberto Eco 2004 • Kitsch dans l’âme christophe Guenin 2009 • Quelques remarques à propos du kitsch de Hermann broch 2001 • Milan Kundera, l’insoutenable légèreté de l’être •Psychologie du Kitsch, l’art du bonheur de Abraham Moles, 1971. • Miroslav Tichy de Miroslav Tichy et Roman Buxbaum 2010 • L’Art Brut Lucienne Peiry 2006 • Art brut : L’instinct créateur Laurent Danchin 2006 • L’Art brut : L’art outsider et au-delà John Maizels 2005

• Art brut, architectures marginales : Un art du bricolage Marielle Magliozzi 2008 • Ce que révèlent nos gribouillis de Sylvie Chermet-Carroy 2004 • L’Art brut préféré aux arts culturels Jean Dubuffet 1949 SITES : • lagazettedumauvaisgout.com • galerieartprimitif.tumblr.com • Dazed and confused • Blog de stylebubble DOCUMENTAIRES, FILMS : • Be kind rewind Michel Gondry 2008 • La science des rêves Michel Gondry 2005 • Le voyage dans la lune, de Georges Meliès 1902 • The Radiant Child : Basquiat. Tamra Davis 2009 • PressPausePlay David Dworsky and Victor Köhler 2012 • Certains l’aiment Kitsch, de tink diaz • le goût des autres, de Agnès Jaouy 1999 EXPOSITIONS : • L'histoire du mauvais goût, Les arts décoratifs de paris, 2011 • Zdeneck kosek, Palais de tokyo 2012


REMERCIEMENTS_ Merci tout d’abord à Lionel Hager pour sa disponibilité, et ses «super pouvoirs» de compréhension face à nos recherches farfelues et nos phrases mal construites. Merci à Mme Olszack de ne pas m’en vouloir pour tous ces rendez-vous manqués. Merci à Marine d’avoir partagé ses séances de Collages-Karaoké enflammées et la mise en page de mon mémoire, à Survivor d’avoir écrit «the eyes of the tiger», à Léa, Thibaut, Nicolas et Florian, mon club de la bibli! Merci à mes colocs, les frères Tocs d’avoir subi mon bazar, mes angoisses, et le silence de ma concentration, à Monfils, et ma mère de supporter mon orthographe. Enfin, merci à mon ordinateur, de ne pas m’avoir lâché au dernier moment.

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Le Charme de l’imperfection

« Perfection et imperfection. Si les deux peuvent être beauté, seule l’imperfection peut faire le charme. » Angélique Planchette

TOME 2

MARIE CLERC - Master de Design global Écoles de Condé Paris - 2011-2012 1


SOMMAIRE Finalisation de Projet

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INTRODUCTION

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Partie 1 : La marque

9 10 12

Présentation Les Valeurs La Communication

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Partie 2 : La collection

19 27 33 41 43 51 53

Procédés créatif et partis pri Principes d’interpretations Gamme chic : motifs et matières Plan de collection Gamme streetwear : motifs et matières Plan de collection Réalisation

58 59

CONCLUSION Remerciements

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Introduction

En réaction à notre monde de plus en plus artificiel, froid et industrialisé, où la recherche du corps parfait et de la bonne attitude crée des frustrations, j’ai proposé de m’intéresser au charme de l’imperfection et tenté de changer notre manière d’appréhender le monde. Je trouve une qualité dans le raté, l’erreur, l’ébauche qui nous renvoient à nos premières fois, à notre enfance et nos questions sans réponses... En tant que designer je ne considère pas l’imperfection comme un manque (selon sa définition) mais comme un atout, une valeur en plus, qui confère à l’objet ou l’homme «imparfait» une énergie particulière et singulière. Mon projet n’est pas de créer de l’imparfait, mais de véhiculer à travers une marque de vêtement, le charme et les valeurs de l’imperfection. Inspirée de l’art brut et du concept wabi-sabi, j’ai cherché à retrouver la délicatesse d’une surface usée par le temps et la nature, la maladresse touchante d’un dessin d’enfant, la fulgurance du geste non-maîtrisé de l’action painting. J’ai voulu évoquer le petit défaut qui fait la différence, retient notre attention et ainsi redonner aux vêtements qui nous accompagnent au quotidien, une énergie vivante, spontanée et décalée à travers une collection. Par des procédés de création bruts, mon enjeu a été de concevoir des vêtements «habités», comme ayant déjà vécu, témoins de mes pulsions, de mes maladresses, de mon laissé-aller...

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1_ L A MARQUE

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Daël. Daël est le premier mot d’un enfant. Inventé de toute pièce par celui-ci, Daël ne renvoie à rien. Daël est un son, qui à force d’être répété est devenu un mot. Il peut désigner tout et n’importe quoi et certainement quelque chose pour cet enfant. Daël évoque la créativité de l’art brut, naïf. Il renvoie à la création hasardeuse du mot Dada, pioché dans le dictionnaire et désignant le courant artistique Dadaisme caractérisé par un esprit d’enfance, une remise en cause de toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistique, le rejet de la raison, de la logique. Daël, né d’une erreur de prononciation, ou peut être pas, est un mot resté à l’état brut, qui a pris un sens particulièrement approprié à ma collection. De consonance douce, mystérieuse, le mot Daël interpelle par son non-sens.

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Les valeurs_ La marque Daël se situe dans un créneau créateur moyenne/ haute gamme et s’adresse à des femmes de 25 à 35 ans, originales, à la recherche de pièces de caractère. Daël véhicule la spontanéité. Elle propose des vêtements vivants, à l’esthétique énergique, voir brute. La femme Daël est naturelle et un peu mutine. Elle ose la couleur et n’a pas peur d’en faire trop. L’univers est vif, coloré, déstructuré, délicat, ludique et dynamique. Daël propose une vision poétique de l’imperfection, elle prône la différence, l’expressivité de chacun tel qu’il est.


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La communication_ Le logotype Daël véhicule les notions de spontanéité, immédiateté et créativité brute propre à la marque par l’utilisation d’une typographie «manuscrite». Maladroite, elle crée la proximité. Le zigzag qui vient s’intégrer dans le mot renvoi à la faute, à l’erreur soulignées par le correcteur automatique informatique. Ici la faute est mise en valeur. Cette forme simple, rappelle également le gribouillage enfantin et les premiers signes d’écriture primitive, tribale. Le logo se veut dynamique, décalé, chaleureux et vivant. Il peut être décliné sous la forme du zigzag unique comme élément représentatif de la marque. Il peut alors être utilisé comme motif textile, gravé sur un cuir ou décliné en tirette métallique de fermeture à glissière.


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La communication_

Les étiquettes d’informations sont de forme quadrilatère, une sorte de rectangle imparfait. Le papier de la cartonette a un touché rugueux, mat, brut. Le blanc est cassé. Les étiquettes des vêtements sont en toile à patron épaisses, imprimées du logotype, les bords sont francs. Le sac de boutique est dans la même matière, ciglé du logo pour mieux communiquer la marque. La toile est très épaisse ce qui donne un touché et une tenue particulière au sac. Les bord des hanses sont francs également en contraste avec le reste du sac. On peut imaginer qu’à l’avenir la couleur de base change chaque année en fonction des collections, tout en gardant cette identité brute, aux couleurs cassées, propre à la marque.


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2_ L A COLLECTION

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procédé créatif et parti pris_ Inspirée des procédés de création d’art brut, j’ai choisi «le laisser allé» comme principe de base. Le collage de formes non-maîtrisées pour illustrer les figurines donnent naissance à des formes et principes particuliers : Des décalages dans les empiècements, des jeux d’exagérations, d’échelles disproportionnées, des bords francs, déchirés et des formes asymétriques et indépendantes du corps. Tous ces éléments confèrent un certain charme graphique décalé, imparfait, dynamique et ont inspirés les détails de ma collection et l’univers de la marque.

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Col asymÊtrique fermeture par boutonnage doublure empiècement


principes d’interpretations_

La deuxième étape de création est d’interpréter ces formes brutes, nées du laisser-aller, de l’accident, dans des formes de vêtements plus maîtrisées. J’ai choisi d’interpréter ces collages dans une collection divisée en deux gammes : la première propose un univers casual, décontracté, voire streetwear, fait de mailles, molleton, jerseys et toiles de cotons plus ou moins fines. Cette gamme est inspirée des collages aux formes plutôt «molles», aux découpes douces, courbées et parfois floues. La seconde est plus chic et habillé, avec des tissus plus précieux, la soie et s’inspire des formes plus nettes. Chaque gamme se divisent en deux thèmes caractérisés par des assemblages de motifs et couleurs particulières. Les finitions soignées contrastent avec certains empiècements aux bords francs et aléatoires. Les erreurs de patronage ont parfois donnés naissance à des accidents intéressants, que j’ai choisi d’exploiter comme détails dans le vêtement.

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1_ GAMME CHIC Thème alteration_ Les tissus ont été choisis pour leurs touchés particulièrement matièré et le rendu brut ou vivant qu’ils évoquent. La soie corail renvoie à l’usure délicate, le gris pailleté rappelle l’écorce à l’état naturel. Les blancs ne sont jamais parfaitement blanc. Ils sont nuancés ou mouchetés de multiple couleurs. Les toiles de cotons sont imprimés de motifs photographiques qui proviennent de mes recherches autour de l’univers Wabi Sabi et renvoient à la peinture usée, écaillée, les murs sont fracturés. Les couleurs sont chaudes, dynamiques, dans les tons corail, fuchsia, les gris sont chaleureux. Des blancs et verts d’eau viennent tempérer l’ensemble.

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1_ GAMME CHIC

Thème defectueux_

Dans des tons froids, gris bleutés, mouchetés et chinés tout en nuance, ce thème rassemble des toiles de cotons imprimées, des jacquards. Les voiles de cotons déchirés côtoient les sergés épais aux découpes nettes. Les imprimés réunissent des peintures craquelées et d’autres motifs sur le thème de «l’essai», du sale, et du défectueux plus artificiels : La neige d’une télé fatiguée, la page test d’une imprimante dont les couleurs sont mal réglées...

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1_ Gamme CHIC Les Hauts_

Déclinaison_ Thème 1 Déclinaison_ Thème 2

Déclinaison_ Thème 1 Déclinaison_ Thème 2

Les shorts et jupes_ ceinture enroulée poche rabat extérieur brut

ourlet enroulé

fermeture à glissière

Déclinaison_ Thème 1 Déclinaison_ Thème 2


Les combinaisons et pantalons_

Déclinaison_ Thème 1 Déclinaison_ Thème 2

Les robes_

Déclinaison_ Thème 1 Déclinaison_ Thème 2

Les vestes et manteaux_

Déclinaison_ Thème 1 Déclinaison_ Thème 2

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1_ GAMME STREET WEAR

Thème dérèglement

Les tissus de la gamme street-wear regroupent des mailles, molleton, jersey de coton plus ou moins épais. Le thème neige se compose de mes motifs textiles pixelisés imprimé sur des jersey de coton biologique, une dentelle stretch matièrée. Les gris, parfois teintés de vert domine ce thème, le liseré fuchsia comme un fil rouge de la collection est toujours présent pour dynamiser l’ensemble.

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1_ GAMME STREET WEAR

Thème automatisme_

Le thème automatisme est composé de jerseys épais, molletons et toiles de coton fines. Les tons gris chinés, nuancés sont adoucis par les blancs naturels du coton biologique. Le motif fort de ce thème est issu de gribouillage automatique inspiré du travail d’artiste du courant «brut». Les doublures sont en jersey gris chinés et rendent confortables et décontractés les modèles.

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2_ Gamme STREET WEAR Les Hauts_

Déclinaison_ Thème 1 Déclinaison_ Thème 2

Les shorts et jupes_

Déclinaison_ Thème 1 Déclinaison_ Thème 2

Les combinaisons et pantalons_

Déclinaison_ Thème 1 Déclinaison_ Thème 2


Les robes_

Déclinaison_ Thème 1 Déclinaison_ Thème 2

Les vestes et manteaux_

Déclinaison_ Thème 1 Déclinaison_ Thème 2

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réalisation_

Une gamme d’accessoires est associée à la collection, pensée avec plus de liberté, moins de contraintes liées au prêt à porter. Le rendu est plus grossier, moins maîtrisé, les colliers et bracelets sont faits de chutes des tissus de la collection. Le paradoxe entre le procédé de création brut et le rendu fragile se crée à travers cette mini collection de bijoux. Des chaînettes fines et embouts en laiton contrastent et équilibrent avec le «bazar» des chutes nouées et tressées.


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Le charme de l’imperfection est subtil et difficile à capter, c’est un jeu d’équilibre fragile entre plusieurs éléments. J’ai tenté de faire de mes erreurs un point fort en leur donnant un sens, afin de mieux véhiculer les valeurs de l’imperfection. Mon projet a été une véritable réflexion sur la valeur des choses et notre manière d’appréhender le monde qui nous entoure.


REMERCIEMENTS_

Merci à mes professeurs pour leur soutien, à mes parents de m’avoir permis de réaliser ce projet, à Maria, Lise, Caroline, Oumy, et Véro d’avoir gracieusement posées pour moi, à Elliott, et Nathan pour leur savoir faire, à Flo d’avoir essayer. Merci à Léa et Nicolas pour leur motivation, enfin à Marine pour son aide.

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LOOK BOOK Printemps - été 2013


Des vêtements vivants, à l’esthétique énergique, voire brute. Daël aime la spontanéité. Naturelle et un peu mutine, elle ose la couleur et n’a pas peur d’en faire trop. Daël propose une vision poétique de l’imperfection, elle prône la différence, l’expressivité de chacun tel qu’il est.


LOOK BOOK Printemps - ete 2013 Photographie : Elliott Chouraqui - Marie Clerc Modeles: Maria, Caroline, Veronique & Oumy. Direction Artistique : Marie Clerc.


2012 MDG-2 DIPLÔME Marie Clerc  
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