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CÔTÉ COUR Reportage Le Fieald

Portait

Michel Galabru : l’artiste simple

Dossier

Le théâtre et la politique font-ils bon ménage ?

Numéro 1 Mars 2013


Article

SOMMAIRE Hommage à Jérôme Savary P2 Hommage à Jérôme Savary P3 Le théâtre, un art aux milles formes

Jérome Savary nous a quitté le 4 mars 2013. Grand homme du théâtre français, on lui doit beaucoup de pièces et autres spectacles. Lui qui a travaillé avec les plus grands nous offrait des spectacles inoubliables. Retour sur l’homme au cigare que personne n’oubliera, ni lui, ni ses « shows ».

P4 «Stand up everybody» P5 Prendre un café au théâtre P6 Après la pub P7 Une Juliette contemporaine P8-9 Le Fieald P10-11 Le théâtre et la politique font-ils bon ménage ? P12 Ça tourne sur la scène P13 Un musical théâtral P14 Coup de sifflet P15 Sidoine: l’homme firework P16 Michel Galabru: l’artiste simple Directeur de publication: Michel Baldi Directeur de projet: Gérard Marcout Rédactrices: Emme Arwidson et Amandine Cadilhon

Jérôme Savary et son cigare en 2011 ©Sipa

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ême à son propre enterrement il a réussi à faire tomber la neige ! Ca s’appelle le talent ». Robinson a ainsi fait un unique hommage à son père. Le 4 mars dernier, Jérôme Savary nous a quitté à 70 ans. Né le 27 juin 1942 à Buenos Aires en Argentine. En 1966 à Paris, il fonde « Le Grand Magic Circus » aux côtés de Jacques Coutureau et Michel Lebois. « Le Magic Circus » est une troupe dont les spectacles vassillent entre théâtre, cirque, music-hall. Jérôme Savary et sa troupe créént des fêtes invraisemblables mais surtout inoubliables pour ceux qui y participent. Son sens de la fête, son humour, son amour pour la musique ont donné lieu à des productions uniques en leur genre. Un air nouveau et frais souffle sur la scène française. Entre théâtre classique et genre plus musicaux, il mis en scène les plus grands. Michel Galabru, Clothilde Courau, Michel Berger, Alice Sapritch, Arielle Domsbale, Elie Semoune, tous ces grands qui ont travaillé avec l’homme. Opéra Comique Le temps du Magic Circus a fermé ses portes mais il n’est pas révolu. À partir de 1988, Savary dirige le Théâtre National de Chaillot dans le XVIème arrondissement de Paris. Le «Magic Circus» s’arrête donc. En 2000, Jérôme Savary quitte la place du Trocadéro et se retrouve à la tête de l’Opéra Comique. « Irma la douce », « Zazou, une histoire d’amour sous l’Occupation », « La Belle et la toute petite bête », « Le Barbier de Seville », ou encore « À la recherche de Joséphine » sur la vie de José-

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phine Baker. Ces spectacles, tous mis en scène par Savary, ont fait la renommer du théâtre de l’Opéra Comique. Ce qu’il aimait surtout, c’est adapté ou revisité des pièces ou des romans. Mais aussi faire un spectacle sur une personnalité. Notamment Boris Vian, pièce « musicale » qui s’est produit en 2010. Quand nous allons voir un de ses spectacles, on rit, on s’émerveille, on danse, on chante. Tout était réunis. Hélas, le cancer l’a emporté. Il restera dans les mémoires de ceux qui ont travaillé avec lui, ou sont plus simplement allé à ses spectacles. Ses obsèques au Père Lachaise, sous la neige, a fait lieu à des nombreux hommages. Son cerceuil entre dans la chapelle au son de « Saint-James Infirmary » de Louis Armstrong. Un orchestre de cuivres l’acceuil et suit la messe. Beaucoup de personnes sont venues faire un dernier salut à l’homme: Lionel Jospin, Éric Laugérias, des admirateurs. Jérôme Savary a fait beaucoup pour nous. Nous lui rendrons. Emme Arwidson

L’homme au cigare Jérôme Savary ne quittait jamais son cigare. Ou plus exactement ses deux cigares quotidiens. Il se disait allergique à là cigarette. En répétition, et partout ailleurs, il portait toujours à sa bouche un cigare. «J’ai cessé de fumer il y a trente-cinq ans. Depuis, je m’offre deux cigares par jour. Les gens ont l’impression que je fume sans arrêt, mais mon cigare est très souvent éteint, car on ne peut plus fumer nulle part. Pour moi, le havane évoque l’odeur de la feuille morte, de la terre de Cuba que j’affectionne particulièrement».


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Le théâtre, un art aux milles formes

Le théâtre est un genre littéraire. Au-delà de cette qualité, le théâtre est un spectacle, une représentation. Cette double casquette pose la question de la corrélation entre le texte et la mise en scène. Pour Edward Gordon Craig, le théâtre est un art qu’on donne à voir. Si des personnes se déplacent, les acteurs et la forme scénique doivent donner à voir.

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elon son éthymologie, le théâtre est un art à voir. « Theatron » en grec veut dire « lieu où l’on voit ». Selon Edward Gordon Craig, les acteurs et le metteur en scène doivent répondre aux attentes du spectacteur. Le dramaturge part du principe que le théâtre est un art qui est donné à voir. Pour lui, il ne faut pas mélanger les arts. Le théâtre se doit de donner à voir, mais pas à attendre. C’est une philosophie que Peter Handke adapte dans L’Heure où nous ne savions rien de l’autre ( 1988 ). Son oeuvre n’est qu’une grande didascalie, aucun discours n’est prononcé. Une didascalie est une indication scénique donnée par l’auteur. Inexistante à l’époque de la Commedia Dell’Arte et rare jusqu’au XIXème siècle. Les didascalies définissent entre autre les personnages, l’époque, le lieu, le découpage en actes et scènes, les accessoires, le décor et la musique. Mais leur rôle est avant tout d’indiquer les gestes, les mimiques, le ton et l’énonciation des personnages. Les didascalies n’étant que des indications, le metteur en scène a donc un rôle décisif. Pantin de l’auteur Le metteur en scène n’existait pas avant le XXème siècle. Il y avait la troupe, le directeur de troupe et les auteurs. Selon Antonin Artaud dans Sur le théâtre balinais, le metteur en scène a pour rôle d’installer sur la scène tous les éléments. Il permet à la pièce d’être la mieux réussie. Il est le passage entre la lecture et le joué d’une pièce. C’est une partie compliquée. Dans le théâtre classique, il existe la règle des trois unités. Unité de temps, de lieu et d’action. « Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli. Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli » a d’ailleurs écrit Boileau dans l’Art Poétique en 1674. D’après Aristote, la pièce ne doit pas dépasser « une révolution de soleil  », ce signifie entre 12 et 30h selon les théoriciens. L’idéal du théâtre classique est cependant que l’action ne dépasse pas le temps de la représentation. L’unité de lieu évoque le fait que l’action ne doit se dérouler qu’en un même lieu. Une seule pièce d’une maison par exemple. Art de la scène Le théâtre est aussi une action. Selon Henri Gouhier dans l’Essence du théâtre, si l’action du théâtre nous intéresse, c’est parce que nous avons tous un théâtre en nous. Gouhier analyse l’acte de « vouloir » dans chaque ac-

Les Oiseaux d’Aristophane par la Comédie Française © Brigitte Enguérand

tion. Mais aussi la délibération que nous faisons en nous même après l’action. C’est ce qui se passe au théâtre. Il devient comme l’extériorisation de l’être agissant. Henri Gouhier part d’une analyse qui n’est pas théâtrale pour lui rendre le théâtre. Le théâtre n’est pas un divertissement mais correspond à une activité propre. Gouhier se pose aussi la question du spectateur par rapport à l’action du théâtre. Le spectacteur n’est pas acteur, il est comme un vacancier. Passif, il se retire donc du monde dans lequel il vit. Il se décharge des choses qu’il doit faire au quotidien. Cette absence le rend donc disponible pour l’action qui se passe sur scène. Pas seulement une action, le théâtre est aussi un art de la scène. En passant par la scénographie et la mise en scène, le théâtre est un spectacle. Ce qui est

montré au spectacteur est une représentation du monde. La scénographie à l’Italienne est régie par un point de fuite. Dans Andromède de Torelli ( 1650 ), le point de fuite est l’oeil du Prince. Il est placé de telle sorte à faire le lien entre la scène et la belle nature. Dans certaines mises en scènes, les décors sont naturalistes. L’auteur s’attache aux détails, à représenter le monde dans ses moindres détails. À la manière de Zola. On retrouve cette scénographie dans le théâtre de boulevard. André Antoine, grand metteur en scène estime que si l’on met un décor naturaliste, l’acteur mais surtout les spectateurs vont y croire. La scénographie rejoint directement le travail du metteur en scène. Emme Arwidson

Edward Gordon Craig

Il né en 1872 à Londres. Auteur, comédien, metteur en scène, Craig multiplie les cordes à son arc. Sa mère comédienne, il grandit dans le monde du théâtre. Après ses études au Lyceum Theater, Craig ne compte plus ses rôles shakeasperien. En 1897, il abandonne sa carrière de comédien et se consacrer au dessin. Durant 3 ans, toutes ses lectures le confortent dans son idée de métamorphoser l’art scénique. Il débute la mise en scène en 1900. Craig ouvre son « école de l’art théâtrale » en 1913. Il y apprends la théorie de la surmarionnette. Craig pense que l’homme changent trop d’émotions. Dans cette école, les élèves « doivent apprendre à la manipuler, mais aussi à la sculpter, afin d’analyser la source du mouvement et de trouver dans leur propre corps cette même fluidité ».

Edward Gordon Craig, 1890 © Mander and Mithenson Theatre Collection

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« Stand up everybody ! »

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« Improvisation » et « talent » sont les trois mots qui qualifient l’art du stand up. L’humoriste entre en scène sans avoir la moindre idée de la réaction du public : vont-ils être réceptifs ? L’ambiance souhaitée sera t’elle au rendez-vous ? Tant de questions qui rendent cet art, fascinant.

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e tenir debout, voilà ce que signifie le stand up. C’est un spectacle comique : l’humoriste monte sur scène et instaure un dialogue avec le public. Peu d’accessoires, pas de décors, seuls les mots et les gestes comptent. En règle générale, les sketchs s’inspirent directement de la vie quotidienne de l’acteur ( restaurant, gare, salon de coiffure, école, ...) tout ceci bien sûr, traité de manière décalée. L’humoriste travaille ses textes de façon à ce que le spectateur puisse véritablement s’identifier à lui. Plus cet effet est accentué, plus la personne est sujette à l’auto-dérision. Les grands du rire A l’origine, le stand up est avant tout un art importé directement d’Amérique Le pays a vu naître de véritables artistes, devenus célèbres grâce à leur talent, ces humoristes ont chacun marqués à leur façon l’histoire de cet art. L’excellent Jerry Seinfeld, connu pour son humour familier : « Pourquoi une heure chez le psychiatre dure 50 minutes? Les dix minutes qui restent, le docteur doit se dire « Ce type est taré, j’ai jamais vu ça ». Cet humoriste, comédien et auteur américain lance sa carrière grâce aux sketchs réalisés lors du « Tonight Show » de Johnny Carson et marque l’art du stand-up en se renouvelant sans cesse auprès d’un public agréablement surpris par chacune de ses prestations. Avant de devenir une star du cinéma hollywoodien, le trublion Docteur Dolittle alias Eddy Murphy débute sa carrière en tant qu’humoriste. Le show télévisé « Saturday Night Live » présenté par Lorne Mickaels lui offre la possibilité de conquérir un public de fans. Nombre d’entre eux le suivent depuis ses débuts et lui témoignent une loyauté sans bornes.

Dans l’aura d’Eddy Murphy, son protégé Chris Rock fait également des merveilles. Bien loin du président de club d’échec qu’il est au lycée, le jeune homme, foncièrement drôle, est repéré par la star lors de ses prestations au « New York Comedi Strip ». Murphy « craque » pour son talent et le recommande pour le casting de « Saturday Night Live ». One man show à la française Eli Kakou, Pierre Desproges ou Robert Lamoureux sont des pionniers en la matière et incarnent les symboles du stand-up à la française. Jamel Debbouze, et Kader Aoun ont même crées le « Jamel Comedy Club » afin de donner un coup de pouce aux petits nouveaux souhaitant se lancer dans cet art difficile. La réputation du comique et la retransmission des prestations en direct à la télévision, permettent aux jeunes recrues de se faire connaître par un public toujours friand de nouvelles rencontres.

Jamel Debouzze© CORBIS

Des personnages plus qu’emblématiques Au delà de leurs spectacles comiques, les humoristes créent de véritables personnalités. Qui n’a jamais cauchemardé en imaginant « Madame Sarfati » d’Elie Kakou ? Quelles adolescentes ne s’est pas un jour identifié un temps soit peu à « Kevina » d’Elie Semoun ? Autant de personnages qui font monter des larmes de rire et qui permettent à l’humoriste de se rapprocher un peu plus de son public. Certains personnages de la vie quotidienne sont également parodiés : le facteur ( toujours à l’heure  ? ), la blonde ( qui sait à peine compter jusqu’à dix ? ) et tant d’autres qui lancent un clin d’œil au cercle de chacun. Amandine Cadilhon

L’histoire d’un mec

Avant d’être le créateur des « Restos du Cœur », Coluche reste une des emblèmes du One Man Show dans toutes ses formes ( télévision, scène, radio,.. ). Ce dernier décède lors d’un accident de moto le 19 juin 1986. L’artiste fait de sa grossièreté, son fond de commerce « sans pour autant tomber dans la vulgarité » comme il aime à le rappeler. Très tôt, il prend le parti d’un style plutôt sarcastique et prône la liberté d’expression absolue. Les thèmes qu’il aborde touchent surtout les valeurs morales véhiculées par la politique. Ce dernier est très engagé et décide même d’entreprendre la course aux présidentielles en se présentant contre François Mitterrand. L’explosion de sa carrière de comique débute avec la création du « Café Théâtre de la Gare ». Patrick Dewaere, Miou-Miou, Raymond Devos ou Jacques Brel font également partie de l’aventure. Le lieu réunit ainsi une bande de jeunes comédiens d’horizons différents et nombre d’entre eux deviendront célèbres. Engagement, humour et solidarité restent les mots qui définissent le mieux Coluche, artiste souvent craint pour sa franchise mais très admiré pour son talent et sa spontanéité.

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Pour une République du coeur © Catherine Starkman


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Prendre un café au théâtre

Une petite scène intimiste, quelques tables et un lieu populaire (épicerie, bar, café,…) sont les principales composantes du café théâtre. Si les coulisses, plutôt exigus, obligent l’artiste à s’adapter, il est totalement libre de ses mouvements face à son public. Une relation de soixante minutes sans tabou. Carnet d’adresses célèbres Le célèbre « Café de la Gare », situé entre le quartier république et celui du marais, il est le plus vieux encore ouvert à ce jour. Son histoire est particulière puisque quelques membres de la bande de Coluche décident de retaper cette ancienne usine de ventilateur afin d’en faire le plus grand café-théâtre de Paris ( il compte trois cent places ). Le café et le théâtre d’Edgar fondés respectivement en 1973 pour le premier et 1975 pour le second. Basés dans le quartier de Montparnasse, il offre la possibilité aux jeunes talents d’avoir un tout premier contact avec le public et apporte un sacré plus à la vie du quartier. Un petit tour en Province avec quelques théâtres populaires devenus incontournables : le café-théâtre des Beaux-Arts de Bordeaux, le café-théâtre des 3Y à Toulouse ou le « Complexe du rire » à Lyon.

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Théâtre du point virgule © hotel-lecompostelle-parislemarais.com

a grande histoire des petites scènes. Nous sommes en 1969 à Paris, début de la fabuleuse ère des cafés théâtres. Le quartier du Marais cache en son cœur une vieille bâtisse désaffectée, plus précisément, une ancienne fabrique de ventilateur abandonnée. Ni une ni deux, Romain Bouteille et Coluche, humoristes et amis de toujours, décident de construire leur propre histoire en achetant le lieu. Les deux hommes sont bientôt soutenus par leurs amis Miou-Miou et Patrick Dewaere qui participent à la rénovation et à l’aménagement de la bâtisse. La « bande des copains » fonde le Café-Théâtre de la Gare, encore en activité aujourd’hui. Six ans plus tard, les, désormais devenus célèbres, Martin Lamotte, Gérard Lanvin et Thierry Lhermitte franchissent à leur tour le pas en investissent dans une ancienne menuiserie. Ils y

Café de la Gare à Lyon© DR lescahiersdurire.com

construisent une salle de théâtre au nom cocace « La Veuve de Pichard ». Le 24 avril 1978, les propriétaires de la Veuve passent les clefs au futur repreneur du lieu : Christian Varini. Celui-ci souhaite garder l’âme de cette salle si particulière à ses yeux et n’en change que le nom. La salle est désormais baptisée « Le Point Virgule » ( encore en activité aujourd’hui également  ). Outre l’ouverture de ces nombreux cafés théâtre, il faut garder à l’esprit que le quartier du Marais n’est pas tout à fait ce qu’il est aujourd’hui. En effet, les parisiens semblent ostensiblement bouder ce coin de la capitale : quartier d’artistes par excellence, les loyers y sont peu chers et les infrastructures publiques peu développées. La vague « café théâtre » le fait sortir de l’ombre et il devient un des lieux les pus chics de la capitale. Un café et un sourire s’il vous plaît ! Le café théâtre et le théâtre traditionnel même s’ils font partis de la même famille ne sont pas fondamentalement similaires. En effet, un trait et non des moindre les différenci amplement : le rire. « Les cafés théâtres donnent à voir un genre populaire à vocation comique, dont le succès semble allez au delà des classes sociales » souligne Colette Pittet, artiste du Point Virgule.

C’est indéniable, le public a besoin de rire, de s’envoler quelques instants et d’oublier les tracas de la vie quotidienne. Ces lieux chaleureux et intimistes sont les endroits parfaits pour se divertir et passer un bon moment. Acteur de Café Théâtre : une carrière possible ? Le café théâtre est l’ancêtre du one man show : on y retrouve les mêmes caractéristiques évidentes (  personne seule sur scène, peu d’accessoire, la vie quotidienne mise en exergue ). Comme ce dernier, le café théâtre s’avère être un véritable tremplin pour les jeunes artistes. Un exemple : « Le Trempoint » du théâtre du Point Virgule a propulsé des humoristes tels que Jacques Villeret, Jean Marie Bigard ou Pierre Palmade. Si les artistes choisissent des scènes intimistes plutôt que des shows télévisuels pour se lancer c’est uniquement d’un point de vue budgétaire. Les petites structures n’engagent que peu d’argent pour organiser des soirées contrairement aux chaines de télévision qui misent tout sur le faste d’un plateau bien équipé. Une fois leur notoriété acquise, les artistes peuvent voir plus grand et poursuivre leur voie. Le café théâtre reste bel et bien un tremplin formidable pour tout ces futurs artistes. Amandine Cadilhon

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Après la pub Depuis les débuts de la télévision, des pièces de théâtres sont diffusées. Mais les diffusions de ces pièces de théâtres s’essouflent. Les français ne regardent plus vraiment. Malgré de nombreuses tentatives, rien ne fait. Le cinéma a-t-il pris la place du théâtre à la télévision ?

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e théâtre à la télévision arrive exactement le 11 septembre 1928. La première pièce diffusée est The Queen’s Messenger de J. Hartley Manner ( 1899 ) aux États-Unis. C’est l’histoire d’un officier britannique à Berlin et d’une jolie espionne russe. Seulement deux acteurs pour cette pièce. Le théâtre télévisé débute sa carrière notamment aux États-Unis et en Grande-Bretagne pendant l’avant-guerre. À l’époque, le milieu du cinéma ne prête pas attention à l’arrivée de ce nouveau genre. Il arrive véritablement en France et dans d’autres pays européens dans les années 50-60. Depuis, beaucoup de choses ont changé. Récemment, France Télévision a tenté de réintégrer le théâtre sur le petit écran avec « Coups de théâtre ». Pendant sept jours ( du 13 et 20 janvier ), pas moins de dix pièces de théâtre sont diffusées sur toutes les chaînes du groupe. Sans compter les reportages, et autres documentaires. Pierre Arditi et Leïla Bekhti sont les parrains de ce tout nouveau événement. Cette fois-ci, ce sont des pièces qui passent à la télévision. Il faut dire que les grands gagnants des audiences pour le théâtre, c’est les one man show. Ou one woman show. Gad Elmaleh, Anne Roumanoff ou encore Florence Foresti. Mais aussi les petits nouveaux qui se voient offrir des émissions de télévision de « découverte ». On n’demande qu’à en rire, Roumanoff et ses garçons, le ONDAR Show, que d’émissions. Mais nous nous rendons vite compte que le théâtre n’est pas à l’honneur dans ces émissions, c’est l’humour. En tant de crise, les chaînes de télévisions veulent faire rire la ménagère de moins de cinquante ans.

Pierre Palmade et Isabelle Mergault © Emmanuel Herbreteau

sion, présentée par Hicham Nazzal est une déception pour la chaîne qui pensait que ça marcherais. Il faut dire que le théâtre ne marchent plus trop à la télévision. Entre 2010 et 2011, France 2 et son accolyte France 3 ont passés un certain nombre de pièce de la Comédie Française. Le succès fut mitigé. Il faut aussi remarquer que les chaînes privées ne se risquent pas à diffuser des pièces de théâtre. Celles là misent plutôt sur les artistes de stand up, plus vendeur.

Emme Arwidsone

Coups de théâtre sur France Télévisions © DR France Télévisions

Roméo et Juliette Paris Première et Arte sont les chaînes du théâtre en France. Diffusions en direct ou en différé de pièces en tout genre. Pièces sarcastiques ou grands classiques comiques pour Paris Première. Pièces dramatiques et théâtre expérimental pour Arte. À croire que le théâtre à la télévision est pour les intellectuels. Trève de plaisanterie. France 2, en avril 2012 a tenté une approche différente du théâtre. Le metteur en scène Alain Sachs a monté la pièce shakepearienne Roméo et Juliette avec des élèves de deux lycées ( Lycée Abbé Grégoire, enseignement professionnel et Lycée Molière, enseignement général ). Tous novices, ils ont répété durant 4 mois pour faire une unique représentation au Théâtre de l’Odéon. France 2 a diffusé les répétitions sur deux semaines puis la représentation en deuxième partie de soirée. L’émis-

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Rémy Pfimlin, directeur de France Télévisions © Abaca

Smash, la série des coulisses Smash est la nouvelle série de Spielberg. Créée par Theresa Rebeck, elle arrive sur les écrans américains en février 2012. La série suit l’histoire de deux auteurs et paroliers de grandes comédies musicales de Broadway. Amis de longue date, il décide de créer un nouveau spectacle sur Marilyn Monroe. Écriture, casting, répétitions, premières représentations. Toutes les coulisses sont mises à l’honneur. Cette série a fait un carton aux États-Unis et au Canada avant d’arriver en France. Diffusée l’été dernier, les audiences ne sont pas au rendez-vous. À croire que les grosses productions américaines, même sur le théâtre, ne plaisent pas vraiment en France. La chaîne TF1 a d’ailleurs choisi d’annuler la diffusion de la saison 2.


Interview

Une Juliette contemporaine

Anais Michel, 16 ans à l’époque, raconte ses quatre mois d’aventures aux côtés d’Alain Sachs, metteur en scène d’une adaptation de « Roméo et Juliette ». Le défi ? Réaliser une pièce de théâtre en quatre mois pour une représentation unique prévue au théâtre de l’Odéon. Deux lycées sont sélectionnés afin d’y dénicher les acteurs. Juliette viendra du lycée professionnel de l’Abbé-Grégoire et Roméo, du lycée d’enseignement général Molière. L’aventure peut enfin commencer. Comment t’a t’on choisit pour le rôle de Juliette ? Alain ( Alain Sachs ndlr ) a organisé des auditions au lycée. Les professeurs nous ont réunis et expliqués le concept. Bien évidemment, aucune des filles ne voulaient participer au début. J’ai toujours aimé le théâtre et me suis dis, pourquoi pas ? Lorsque j’ai levé la main, plusieures m’ont imité. Je revois encore le sourire de notre futur metteur en scène ! Les auditions se sont déroulées deux jours plus tard : le temps pour nous d’apprendre la scène du balcon. Nous étions cinq en compétition et j’avais un trac monumental. Après ma prestation je me suis réfugiée dans les toilettes de la cafétéria, persuadée d’avoir échouée. Trois jours plus tard, ma professeur principale m’a convoquée dans son bureau pour m’annoncer la bonne nouvelle. J’étais littéralement aux anges et mes parents, plutôt fiers de moi ! Comment s’est passée la «cohabitation» avec les autres élèves ? Au début, nous étions en clans. Abbé Grégoire d’un côté, Molière de l’autre. Constatant cela, Alain Sachs nous a fait un petit discours et nous a démontré qu’une pièce de théâtre était une œuvre commune et qu’après tout, nous n’étions pas si différents. Ma rencontre avec Thimothée ( Roméo ) a été un déclic, vous voyez le genre Eddy Murphy à la française ? Voici, Thimothée dans toute sa splendeur ! Drôle et gentil, il m’a permis de prendre un peu plus d’assurance avant de démarrer les répétitions. Quelles incidences cette soudaine notoriété a eu sur ta vie à l’époque et peut être sur ta vie actuelle ? A l’époque, nous n’avons pas trop réalisés. Nous pensions plus à nous amuser pour être honnête. Il n’y a pas eu tant de changements dans ma vie de ce côté là. Les gens ne me reconnaissaient pas dans la rue et ne m’harcelaient pas non plus pour un autographe après la diffusion du reportage. D’ailleurs, c’est bien mieux comme cela. J’ai fais cette pièce pour mon enrichissement personnel, la présence des caméras était « fun » mais je n’ai jamais voulu acquérir une notoriété à la Paris Hilton. Avais-tu déjà pratiqué le théâtre avant ? Si non, étais tu attiré par cet art ? J’ai participé à tous les spectacles scolaires de la maternelle au CM2 ( rires ) ! Non, mis à part cela, je n’ai jamais pratiqué le théâtre. C’est d’ailleurs quelque chose que je regrette mais ma fichue timidité l’a emporté sur mon envie, sauf en première où j’ai voulu me lancer dans l’aventure Romeo et Juliette. Parle nous de cette expérience, qu’a tu ressentie lors des répétitions, du spectacle ? Les répétitions étaient du grand n’importe quoi au début, franchement, lorsque je me remémore ces épisodes, je me demande comment Alain n’a pas eu vite fait de nous virer de la scène à grands coups de pied dans le derrière ( rires ) ! Il a fallu environ trois semaines à tout le monde

Anaïs Michel en Juliette © Gilles Gustine

pour s’adapter, cette période passée, la pièce a véritablement commencée à compter pour nous. Je pense que cela c’est ressenti dans notre jeu d’acteur. Je pensais tout le temps au spectacle, au texte à réviser, aux mouvements à apprendre : Romeo et Juliette prenait une grande place dans ma vie. Jamais je n’oublierai la première, et la dernière d’ailleurs, du spectacle ! Traque monumental dès le réveil, je suis arrivée complètement mortifiée aux répétitons. Heureusement, Alain, Thimotée et mes camarades de l’Abbé Grégoire étaient là pour me remonter le moral. Au final, tout s’est bien déroulé : j’ai pris un plaisir immence à jouer cette pièce. J’ai même eu le temps de discerner quelques sourires dans le public, nos parents devaient être bien surpris ( rires ) ! Quelques mots sur ton rôle de Juliette : impliquait-il plus de répétitions que les autres rôles ? L’entente avec Timothée a t’elle été directe ? Alain a toujours été patient mais exigeant avec moi. Tenant l’un des deux rôles principaux, il me fallait un peu plus d’entraînement que les autres. Je passais plus de temps sur scène mais cela m’était égal, j’avais appris à aimer cela. Timothée aussi je pense, même si nous rallions en entendant « Allez les enfants, on recommence ! », nous prenions un certain plaisir à jouer ensemble. Je me rappelle qu’Isabelle ( costumière du spectacle ndlr ) disait que nous semblions fait l’un pour l’autre quand nous étions sur scène ( rires ) ! Vous a t-on donné des conseils pour gérer le «côté caméra», le reportage tourné sur vous, les interviews,... ? Les journalistes ont été plutôt respectueux de notre travail. Avant de nous interwieuver, ils demandaient toujours la permission. On pouvaient leur parler librement de notre ressenti quand bon nous semblait, c’était plutôt agréable. Le plus drôle c’est quand nous avons enfin pu visionner le reportage, cela fait très bizarre de se voir sur scène, jouant, trébuchant sur des mots, rigolant ou râlant avec les autres élèves. Quels souvenirs garde-tu de cette expérience ? Je mentirais si je vous disais que c’était juste sympathique. C’était plus que cela, Alain Sachs est un grand monsieur, grâce à lui, j’ai beaucoup appris sur moi même. Il m’a poussé à me dépasser et Timothée m’a également aidée dans ce sens là. Je me suis fais de nouveaux amis, j’ai pu discuter avec des personnes aux projets professionnels différents ; C’était extrêmement enrichissant d’avoir eu la chance de monter un projet tel que celui-ci. J’en garde un souvenir émouvant. Amandine Cadilhon

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Bienvenue au Fieald !

Reportage

Tous les dimanches, la scène ouverte du Fieald ouvre ses portes au grand public. Basé au théâtre Trévise dans le neuvième parisien, la compagnie permet aux artistes méconnus de fouler les planches d’une scène et d’émouvoir un public d’habitués pour la plupart.

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L’équipe d’animation du Fieald © Kobayashi.fr

uarante bénévoles répartis en équipe s’activent pour offrir son, lumière, organisation, sketchs et accueil chaleureux. Une soirée dure deux heures et alterne sketchs de nouveaux artistes et pitreries de l’équipe du Fieald. A côté de cela, un groupe de musiciens assure le maintien de l’ambiance entre chaque scénette en interprétant des morceaux assez contemporains. Une salle à propos Quinze minutes avant la représentation, le public envahit le lieu et s’installe sur les sièges rouges. Les visages sont détendus et le regard de chacun détaille la pièce, l’hologramme du Fieald est projeté sur le lourd rideaux pourpre, clos pour l’instant. Le parterre de spectateurs est comble, seul le balcon reste inoccupé : « je regarde en l’air pour faire croire que le balcon est rempli, mais c’est juste pour faire genre il est rempli ! » s’amuse l’un des artistes quelques minutes plus tard. Une verrière cadriée de fer forgé surplombe la salle et les musiciens s’installent. Une sonnerie continue retenti, le public se tait peu à peu et la lumière baisse. Place au théâtre ! Les premières notes de la chanson « I am so exited » retentissent et les deux chanteurs donnent de la voix. Lumières flashs et rythmes endiablés sont au rendez-vous, le public se met dans l’ambiance et frappe dans ses mains. Alex, présentateur de la soirée et humoriste, entre en scène : « Mesdames et messieurs bonsoir ! », il déclare ouverte la 894ème édition. Les « petits nouveaux » du Fieald sont mis à l’honneur, Alex les met à l’aise et leur assure qu’ils deviendront des habitués après cette soirée ! En outre, un humoriste d’exception parraine l’évènement : Olivier Balestriero alias « Vérino » révélé par « On ne demande qu’à en rire », émission présentée par Laurent Ruquier. L’ambiance est à

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la franche rigolade et les artistes font enfin leur entrée. Dix sketchs se succèdent entre humour potache et déclaration d’amour enflammée. Un public conquit et des acteurs engagés Le rire est le maître mot de la soirée. Les acteurs montent sur scène, ovationnés par des spectateurs détendus et souriants. La soirée semble être une réussite et l’équipe du Fieald apprécie le moment. Chaque membre rappelle qu’il donne des représentations un peu partout dans la capitale et qu’il est possible de les retrouver sur d’autres scènes. Le parrain et l’animateur clôturent le spectacle, le rideau pourpre se ferme et la lumière se rallume. Peu à peu, la salle se vide et les musiciens rangent leur matériel. A quelques mètres, le hall du théâtre est bondé. L’ambiance est visiblement chaleureuse, des rires fusent un peu partout au milieu du brouhaha, les artistes serrent la main des spectateurs tandis que d’autres distribuent des flyers. La masse humaine se dirige vers les portes cochères et certains honorent la traditionnelle « pause clope », autre moyen d’échanger avec le public. Cependant, le travail n’est pas terminé pour les artistes, quelques minutes pour tard l’un des membre vient annoncer « le debrief ». Les habitués sourient, complices, « C’est un rituel mais cela ne dure jamais très longtemps, ils font simplement un point sur le déroulement de la soirée. Certains assurent assister aux scènes ouvertes chaque dimanche, véritable anti dépresseur contre le blues de fin de weekend ! » On va boire un coup ? C’est bien connu, après l’effort, le réconfort ! Une fois le « debrief » terminé, une grande partie de l’équipe se rend quelques mètres plus « au bar qui fait l’angle ». Les artistes peuvent véritablement se détendre et s’entretenir avec les curieux venus boire un verre à leurs côtés. Amandine Cadilhon


Reportage

Après l’effort le réconfort « Un sportif plein d’humour ! »

Vérino © savemybrain.net

Deux heures de spectacles sont écoulées. Il est temps pour l’équipe du Fieald, et les artistes de passer du bon temps. Et pour ça, ils ont un bar. Le Royal Bergère. Nous les avons retrouvés là-bas. La bonne ambiance, ou presque, est au rendez-vous.

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ne fois sortis de la salle. Les spectateurs, les artistes et les comédiens de l’équipe discutent. Ils se mélangent. Les rires fusent. Malgré le froid tous fument et discutent dehors. Nous interpellons une des comédiennes de l’équipe d’animation. Elle nous arrête et nous dit que les habitués, les artistes de la soirée et les spectateurs vont après chaque spectacle au bar au coin de la rue. Nous discutons alors avec deux jeunes filles. Pauline et Vanille sont des habituées. « C’est surtout Pauline, elle vient pratiquement tous les dimanches. Je viens moins souvent » nous confie Vanille. Elles sont toutes les deux en troisième année de licence d’Études Théâtrales à la Sorbonne-Paris III. Les deux amies nous confient qu’un de leurs camarades s’obstine à vouloir faire le Fieald, mais ses passages n’ont pas grand succès, voir pas du tout. Pauline nous explique qu’elle aimerai passer en tant qu’artiste, mais la timidité la gagne encore trop pour pouvoir le faire. Vanille lui dit qu’elle devrait. Puis nous explique que c’est loin d’être la première fois. Déjà plusieurs minutes que nous discutons. Il se fait tard, il est temps pour Pauline et Vanille de rentrer chez elle. Elles nous quitte avec un « On espère vous revoir un autre dimanche ». «Tu veux être l’artiste de la semaine ?» Une conversation avec le duo Furibombe, qui s’est produit ce soir, commence. Alexia et Serge ont formé Furibombe il y a 3 ans. Ils font ce qu’il appelle « spectacle musical ». Serge dans la vie est ingénieur à temps partiel, Alexia est musicienne. Surgit alors Ludovic, nous allons lui parler. Il a 29 ans. C’est la première fois qu’il joue un sketch écrit devant un public. Ludovic fait principalement de l’impro. « Tous les lundis ou presque, je joue dans une pièce d’improvisation. On construit une enquête criminelle 100% improvisée qui est vraiment 100% improvisée ». D’un coup, on entends « Ludo, on a parlé avec Sabrina et le staff, on voulait savoir si ça te dérangé d’être l’artiste de la semaine ? Il y aura la vidéo de ton sketch sur le site ». « D’ailleurs, pour récupérer la vidéo, c’est comment ? » demande la compagne du Ludovic au bénévole. « Ludovic doit m’appeler, c’est 15€ ». Sa compagne ne comprends pas. « 15 euros, mais c’est son image dessus quand même ». Après cet échange, Ludovic nous explique qu’il vit de son métier, mais pas à proprement parler. Il fait des stages d’improvisation en entreprise. C’est ce qui lui permet de vivre. Royal Bergère Vient alors la migration. Une bonne vingtaine de personnes se déplacent deux cent mètres plus loin. Plus exactement au bar Le Royal Bergère, au coin entre la rue de Trévise et la rue Bergère. Nous commandons tous. Certains prennent du vin blanc, d’autres du champagnes, mais

Olivier Balestrio alias Vérino est né le 17 septembre 1982 à Nancy. Ce dernier, plutôt sportif, obtient un DEUG dans ce domaine ( diplôme d’études universitaires générales ) en 2004. Suite à cela, il décide de changer diamétralement de voie et s’installe à Paris pour intégrer le Cour Florent. 2007 marque le début de sa carrière, il participe à de nombreux évènements en lien avec théâtre ( festivals en France et en Suisse notamment ). Le Théâtre de Dix Heures l’accueille et Vérino y donne pas moins de deux cents représentations durant un an ! Les grands du spectacle lui ouvre les bras, Franck Dubosc est le premier à craquer pour ce jeune artiste : il lui donnera l’opportunité de faire ses premières parties à l’Olympia et au Zénith. S’en suivront Didier Gustin, Tomer Sisley, Anthony Kavanagh, Patrick Timsit, Titoff, Manu Payet et Patrick Bosso. Entre temps, Vérino fait également des apparitions au sein de l’émission « On ne demande qu’à en rire », c’est ce qui le fera connaître par le grand public. Le 14 janvier 2013, il remplie l’Olympia et crée le buzz en vendant son spectacle à 2,99 euros sur son propre site internet ! Une carrière qui ne fait que commencer  !

surtout, les hommes prennent une pinte. Nous commençons a discuter avec Christine. Elle fait partie de l’équipe d’animation. Formée au Cours Florent en classe libre, ça fait maintenant 15 ans qu’elle vit de son métier. Puis nous nous adressons à Camille, une autre animatrice. Comédienne depuis 5 ans, elle se produit au Fieald depuis maintenant 4 ans. Elle est intermittante du spectacle, et fait surtout des spectacles pour enfants. « Pour renouveller mon statut d’intermittante, ça va être tendu » se confie-t-elle à Yéka Pharoah. Il est le bassiste de la soirée. Yéka a un accent très poussé, venu de l’Amérique du Sud. Très bavard, il nous parle de son amour pour la musique. Autodidacte, il sait jouer d’au moins 5 instruments. Mais il n’arrive pas à en vivre. Alors il fait des « petits boulots à droite à gauche ». Sabrina arrive alors à nous. C’est la responsable du Fieald depuis 4 saisons. « À la base, je n’aimais pas vraiment le théâtre, et plus particulièrement le one man show. J’étais aller voir des grands one man show, et j’avais été hyper dessus. Mais le Fieald m’a permis de renouer avec cette forme de théâtre ». Nous

Le Royal Bergère, QG du Fieald © Alain Roy

quittons ensuite Sabrina et nous nous retrouvons avec Alex. Il était aujourd’hui l’animateur de la soirée. Cela va faire un an et demi qu’il est au Fieald. À côté, il a un one man show. Alex nous explique que le Fieald ne l’aide pas à remplir sa salle. Mais surtout que la télévision ne veut pas encore de lui, ou plutôt son personnage particulier. Approché par l’émission On n’demande qu’à en rire, il n’a pas donné suite à la demande. Il fait plus des festivals. Comme le Montreux Comedy Festival, qui a lieu tout les ans à Montreux en Suisse. Il l’a fait cette année, mais pas la partie médiatisée. En revanche, en décembre 2013, nous pourrons le voir en direct dans ce même festival. Tous les dimanches, la tradition du bar après se perpétue, pour encore bien longtemps. Emme Arwidson

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Dossier

Le théâtre et la politique font-ils bon ménage ?

tionnaires et aux patrons d’établissements publics culturels d’exercer au dessus de leur 65 ans. Le plus important, c’est surtout que Olivier Py et Frédéric Mitterrand se détestent depuis toujours. On dénombre deux raisons à cette animosité. Une vision différente de la culture et l’homosexualité. Pour Frédéric Mitterrand, la culture est paillettes, télévisions, grandes stars. Pour Olivier Py, ce sont les poètes. Entre la culture populaire et l’élitiste. Mais aussi l’art. Mais aussi leur rapport respectif à l’homosexualité. Notamment lorsque Py a joué un travesti dans Miss Knife, pièce phare de sa carrière. Frédéric deteste qu’Olivier prenne une certaine liberté. Mais aussi qu’il se fasse plaisir avec des fantaisies diverses au cour de sa carrière.

Olivier Py © vigieinfo.com

La culture fait partie intégrante de la vie quotidienne. Nous entendons par là cinéma, télévision, littérature, et bien sûr théâtre. La politique en a fait une arme de guerre. Mais le théâtre et la politique ne sont pas toujours compatible. L’exemple le plus recent serait Olivier Py et sa pièce « Adagio ( Mitterrand, la secret et la mort ) ».

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’affaire Py » est digne d’une série télévisée. Avril 2011, Olivier Py présente pour la première fois sa pièce consacrée à la fin de vie de François Mitterrand. Le massacre des Tutsis au Rwanda, le mur de Berlin, les fênetres de l’Élysée, la campagne de Latche, l’inaction face à la guerre en Bosnie. Tant de fait qui ont marqué la présidence de ce dernier, mais surtout sa chair. Malade, atteint par beaucoup d’accusations, son état physique et mental en prend un coup de massue. Olivier Py est l’auteur et le metteur en scène de cette oeuvre. Il est alors directeur du Théâtre de l’Odéon. Nommé par Chirac à la fin de son mandat, il entre en fonction au début de l’ère Sarkozy. Sa politique est alors l’ouverture de l’art au grand public. Il programme des débats, des rencontres, des lectures, le théâtre est pour lui un lieu de parole « Ça a été notre grande révolution en arrivant dans cette maison : qu’elle soit toujours ouverte, qu’il s’y passe tout le temps quelque chose et qu’on réagisse à l’actualité » confie-t-il aux Inrockuctibles. On compte la rencontre avec des artistes tunisiens le 19 janvier sur le printemps arabe. Le théâtre marche bien, les comptes sont en bonne et due forme aucun problème en vue. Pourtant, un élément va déclencher le chaos. Ou plutôt une personne, Frédéric Mitterrand. Le neveu du président devient ministre de la culture le 23 juin 2009. En arrivant à son poste, il décide de se fier à une certaine règle. Il interdit aux fonc-

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La goutte qui fait déborder le vase Le 6 avril 2011, la première a lieu. Jack Lang, et autres anciens ministres. Personnalités de la télévision ou du cinéma, Claire Chazal ( qui fait partie du comité d’administration du théâtre de l’Odéon ndlr ) et Louis Garrel par exemple. Plus de deux heures trente de spectacle. Philippe Girard, qui campe le personnage de Mitterrand réalise une prouesse théâtrale. Il ne sors pas un seul instant de la scène. En premier plan ou en retrait, il est présent. Les personnages se suivent. À plus de 5 artistes sans compter Philippe Girard. Chacun joue plusieurs personnalités du l’époque politique de cette période. Jack Lang, Bernard Kouchner, Hubert Védrine, Anne Lauvergeon, Danièle Mitterrand, et bien d’autres. L’auteur et metteur en scène a repris des pans entiers de discours de Mitterrand. Le ministre de la culture et neveu de François est attendu. Il ne viendra jamais. Ni à la première, ni aux autres représentations. Mais la pièce lui déplaira. Jamais venu, des amis proches lui parleront de la pièce. En mauvais apparrement. La pièce fut la goutte qui fait déborder le vase selon lui. Comment Olivier Py a pu s’attaquer à ce grand homme politique, et surtout son oncle. Il décide alors d’attendre la fin du mandat d’Olivier Py. Arrivé en 2009, son mandat se termine en 2012. Or, selon les coutumes, un directeur de théâtre qui ne démérite se voit offrir un deuxième mandat, et le plus souvent un troisième et définitif. Or, Sarkozy y voit quelqu’un d’autre. Un certain Luc Bondy, metteur en scène très reconnu en Europe. L’homme est alors agé de 62 ans. Il le nomme le 8 avril 2011, sans même prendre la peine de prévenir son ministre de la culture, Frédéric Mitterrand. Mais cet acte marque une double faute pour le président.

Le théâtre politique

Sans le vouloir, le théâtre a une fonction politique. Le genre théâtral politique cependant n’existe que depuis le début du XIXème siècle. Cette période a été marqué par beaucoup de changements, notamment culturels. Non idéologique, il a lui aussi boulversé les formes théâtrale en elles-mêmes, et la mise en scène. Erwin Piscator, metteur en scène, compte parmi les premiers à servir les mouvements révolutionnaires grâce au théâtre. Le théâtre politique apparait d’abord dans les pays européens pour contester contre le système politique, la classe aisée. Parmi les précurseurs, on compte Molière ou encore Beaumarchais. Le Mariage de Figaro fera d’ailleurs beaucoup parlé dans les cours parisiennes. Plus récemment, Jean-Paul Sartre a écrit deux pièces politiques. La première, Les Mouches, est publiée en 1943 et la seconde Huis Clos en 1944. Les pièces politiques veulent transmettre un message. À l’image de la pièce Antigone de Jean Anouilh est écrite et jouée pendant l’Occupation Allemande en 1944. Depuis sa création, le théâtre politique migrent. Les États-Unis et les certains pays asiatiques. Le théâtre politique apparait surtout dans les pays où la contestation, mais surtout la repression est présente. Le théâtre politique à toujours eu pour rôle de dénoncer ce qui ne va pas dans le pays concerné.


Dossier

Extrait de Adagio (Mitterrand, le secret et la mort) d’Olivier Py © Alain Fonteray

La mise à la porte brutale d’Olivier Py, qui n’a pas démérité sa place. Il incarne d’autant plus la jeunesse du théâtre que Luc Bondy. La deuxième faute est culturelle. L’Élysée comptait nommé deux personnes au même poste. La maison présidentielle n’était pas au fait de la réunion des deux théâtres. Celui de l’Odéon, et celui de l’Europe. Fait en 1990, le théâtre se nomme maintenant L’Odéon-Théâtre de l’Europe. En compensation, il est offert à Olivier Py la présidence du Festival d’Avignon à partir 2013. Bernard Faivre d’Arcier, alors encore à la tête de festival commente cette affaire dans le journal Le Monde: « On a prié Georges Lavaudant de quitter la direction de l’Odéon au titre de l’âge. On expliqua alors que le couperet de 65 ans s’applique avec une rigueur implacable et qu’il faut bien sûr, s’assurer d’un renouvellement de générations. Olivier Py a tout juste le temps d’accomplir un premier mandat comme ( directeur de l’Odéon )qu’on lui explique l’inverse. Ce n’est pas une question de longévité ni d’âge, mais d’opportunité. On aurait pu nommer déjà depuis longtemps Luc Bondy, qui n’a jamais caché, depuis vingt ans, son désir de diriger l’Odéon, mais on attend qu’il ait 63 ans pour le désigner. Je suppose donc que ce dernier bénéficiera d’un décret spécial lu permettant d’aller au-delà de l’âge couperet ». L’affaire prouve l’inutilité de Frédéric Mitterrand mais aussi son manque de d’élégance mais surtout du sarkozysme culturelle. Entre favoritisme et amateurisme, de graves dérives de la politique culturelle.

Standing ovation Dernier jour à la tête du théâtre Olivier Py. Dernière représentation. Frédéric Mitterrand ne voyait Olivier qu’à travers son personnage de travesti dans Miss Knife, joué il y a une vingtaine. Le metteur en scène a donc voulu se venger, et termine son mandat par rejouer ce personnage emblématique de sa carrière. Seul sur scène, ou presque. Quatres musiciens l’accompagnent. Il danse, chante, toute la soirée, déguisé en travesti. « Dans ce même théâtre, d’autres que nous? » s’interroge Olivier Py sur scène. Les applaudissements ne semble pas vouloir cesser. Cette soirée, le directeur du théâtre ose tout. Il fait la folle, mais surtout se moque de Frédéric Mitterrand. Son spectacle terminé, Py quitte la scène mais re-rentre aussitôt et s’écrit « Je pars quand je veux ». La phrase fait son effet. La salle se lève comme si elle tenait sur les mêmes jambes. Quelques temps après sa désignation, Luc Bondy ne semble pas interéssé par son nouveau poste. Il ne compte pas y passer nombreux d’heures. Mais la question qui se pose, reste celle du salaire. Nicolas Sarkozy aurait apparemment promis un salaire à la somme exorbitante. L’homme se croit à la tête d’un théâtre au budget illimité. Que nenni. Frédéric Mitterrand qui s’agitait depuis quelques semaines pour faire nommer un des ses amis, avait certes prévu d’offrir cette présidence à Luc Bondy. Mais pas uniquement à lui, un adjoint était prévu. Or, le théâtre avait alors déjà un administrateur. Frédéric essaye de rusé pour créér un nouveau poste pour son ami, par décret. Ris au nez au différent niveau du gouvernement, il reparti bredouille. À travers ce cas, nous pourrons alors affirmer que le théâtre et la politique ne font pas bon ménage. Emme Arwidson

Mais qui est Olivier Py ?

Olivier Py en Miss Knife © Alain Fonteray

Olivier Py est un auteur de théâtre et metteur en scène. Il né à Grasse le 24 juillet 1965. Le bac en poche et après deux années en khâgne, Py entre à l’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre ( ENSATT ). En 1987, il entre au Conservatoire National Supérieur d’Arts Dramatiques de Paris. En 1988, Olivier Py forme sa propre troupe de théâtre «L’inconvéniant des boutures» où il met en scène ses propres textes. Dix ans après, il est nommé directeur du Centre Dramatique Nationale de Bordeaux . En 2007, il prends ses fonctions de directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Depuis 2013, Olivier Py est à la tête du Festival d’Avignon. Le dramaturge vassille entre auteur, réalisateur, comédien, metteur en scène. Il est notamment connue pour avoir joué Miss Knife et sa baraque chantée en 1996 au Festival d’Avignon. Ce personnage lui colle à la peau et il le rejoua plusieurs fois par la suite.

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Ça tourne sur la scène !

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De gauche à droite: Charles Berling, Patrick Bruel, Judith El Zein, Valérie Benguigui et Guillaume de Tonquédec. L’équipe du film « Le Prénom » © Judaciné

Si un roman peut-être adapté au cinéma, alors pourquoi pas une pièce de théâtre ? Certains en rêvaient, la technologie l’a fait. Il est désormais possible de voir une pièce de théâtre directement adaptée pour le grand écran. A la découverte de ce nouveau concept avec la pièce devenu film « Le prénom ».

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’histoire débute en 2008, Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière décident d’écrire une comédie théâtrale : Le Prénom. Ils font équipe avec Bernard Murat qui assure la mise en scène. Le théâtre Edouard VII finit par les accueillir en 2010. De Patrick Bruel à Valérie Benguigui, cinq acteurs se donnent la réplique et assurent à la pièce un succès retentissant. L’œuvre et ses acteurs se voient récompensés , « Le Prénom » obtient le Molière de la pièce comique. Un synopsis qui se prête au jeu Deux ans après la création de la pièce, les deux auteurs souhaitent faire évoluer leur projet en l’adaptant directement au cinéma. Après quelques changements, les « actes théâtraux » sont transformés en un synopsis fidèle : Vincent ( un agent immobilier ) est invité à dîner chez sa sœur Élisabeth et son mari Pierre. Tous deux sont professeurs à Paris et parents de deux enfants : Apollin et Myrtille. Claude, un ami d’enfance, tromboniste dans un orchestre symphonique, est également présent. Vincent doit donner des nouvelles de l’examen prénatal que son épouse Anna, qui doit les rejoindre pour le repas, a subi en vue de la naissance de leur fils.

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Le prénom choisi par les futurs parents mécontente fortement Pierre pour des raisons plutôt idéologiques. La dispute entre les convives à ce sujet s’envenime et donne bientôt l’occasion aux vieilles rancunes de ressurgir et aux secrets enfouis d’être dévoilés. Du théâtre au cinéma, la liberté en plus Extrêmement fidèle à la pièce d’origine, le film a tout de même pu s’autoriser quelques bonus en créant de nouvelles scènes pour l’occasion. Un des acteurs de la pièce, Guillaume De Tonquédec déclare « Ce sont des petits espaces de liberté où nous ( les comédiens ndlr ) avons pu inventer des choses que nous ne faisions qu’imaginer au théâtre ». Un pari réussit pour ses deux co-auteurs qui suivent l’étincelante trace du « Dîner de cons » ou du « Père Noël est une ordure », déjà adaptés au cinéma.

Le dîner de cons : cultissime Rare sont les personnes qui se souviennent que le « dîner de cons » est à la base une pièce de théâtre. Elle a été écrite en 1993 et adaptée au cinéma en 1998 par son propre auteur : Francis Veber. Jacques Villeret alias « François Pignon » et Thierry Lhermitte alias « Monsieur Brochant » se donnent la réplique dans une pièce de théâtre puis un film drôlesque qui s’avère être un véritable succès  ! L’adaptation cinématographique de la pièce finira d’en faire une des comédie les plus appréciée du XXème siècle !

Festival de Bobigny : le théâtre au cinéma à l’honneur Du 7 au 20 mars 2013 s’est tenu la 23ème édition du Festival « Théâtre au cinéma » de Bobigny.Un bon moyen pour les passionnés d’allier la réalité du théâtre à la magie du cinéma. Depuis 1990, en mars de chaque année, le « Magic Cinéma » de Bobigny crée l’événement avec le festival Théâtres au cinéma. Didier, un des chargé de l’organisationn témoigne : « Le festival présente l’intégrale des films d’un réalisateur qui a marqué de son empreinte la cinématographie mondiale et les adaptations au cinéma d’un auteur. Films inédits, courts et longs métrages, avant-premières, expositions et rencontres avec de nombreux invités ponctuent chaque édition qui lie et met en relief différents univers artistiques : la littérature, la musique, le théâtre et le cinéma ». En effet, durant treize jours, une dizaines de séances ( parfoins moins ) par jour sont proposées au grand public. Venus nombreux, plusieurs passionnés réitèrent le voyage chaque année, il s’agit d’un rendez-vous à ne pas rater. La 23e édition, elle, présente l’intégrale du cinéaste Barbet Schroeder ( réalisateur du célèbre « Mad Men » ) en sa présence. Une rétrospective des adaptations et scénarios des oeuvres de Charles Bukowski ( écrivain américain, auteur de romans et de poésie ) est également organisée. Pour terminer, une sélection de films choisis par la comédienne Bulle Ogier et un hommage aux Films du Losange Amandine Cadilhon


Article

Un music-hall théâtral

La « comédie musicale » ou « music hall » est une branche du genre théâtral. La seule différence est que l’artiste doit parfaitement maitriser trois domaines: le chant, la danse et le théâtre. Né au XXème siècle, c’est l’opéra qui donne naissance à cet art particulier.

Broadway en pleine nuit © DR students.cis.uab.edu

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High School Musical ? i le théâtre s’apprend en cursus scolaire ou en structure privée, il en va de même pour l’art de la comédie musicale. Certaines écoles proposent à leurs élèves un enseignement de qualité. Demandant de la rigueur et beaucoup de motivation, ces structures forment les futures stars de Broadway. Un petit aperçu avec l’AICOM ( Académie Internationale de Comédie Musicale ) basée à Paris. L’école propose une multitude de prestations destinées aux artistes : stage, masterclass ( professionnalisation ), cours particuliers, cours du soir, chant, danse et bien évidemment, théâtre. En somme, chaque semaine, les étudiants participent à l’élaboration de numéros tirés « des plus grands spectacles musicaux français et internationaux ». Ce travail permet aux futurs artistes de développer leur talent, encadrés par des enseignants qualifiés, ils deviennent de véritables professionnels. Broadway : une usine à rêve Cette avenue située au cœur du quartier de Manhattan à New York en fait rêver plus d’un. La légende s’est construite en 1924 lors de l’ouverture du Broadway Theater ( initialement appelé B.S. Moss’s Colony Theatre ). Situé à l’angle de la 53ème rue, ce lieu mythique a vue adapter sur ses planches les célèbres « Steamboat Willie » ( premier

Mickey Mouse ), Fantasia de Walt Disney et plus récemment « West Side Story » et son succès planétaire. Outre son importante attraction touristique, Broadway accueille de véritables étoiles artistiques. Beaucoup d’acteurs et de chanteurs rêvent de se produire au sein de ce quartier mythique : il s’agit d’un couronnement de carrière plus que prestigieux. Les américains se montrent assez fière ce de cette renommée internationale, Broadway reste la « forme de théâtre professionnel la plus connue » aux USA. Entre productions prestigieuses, mises en scènes élaborées et public charmé, Broadway semble encore avoir de très belles perspectives d’avenir. Et pour la France ? L’âge d’or de la comédie musicale française se situe entre 1920 et 1930, on l’appelle également « opérette légère ». Loin du faste américain, les comédies musicales françaises se jouent à une dizaine de personnes maximum et ne nécessitent pas autant de moyens financiers et matériels. Côté musique, le nombre de musiciens est restreint, seul un piano peut suffire dans certains cas. Le premier succès mondial date de 1998, Notre-Dame-De-Paris est réalisée par Richard Cocciante, véritable amas de tubes musicaux. « Da Vinci » de Christian Schittenhelm suit deux ans plus tard et rencontre elle aussi un véritable succès auprès du grand public. La machine est lancée. Amandine Cadilhon

Une comédie musicale à succès : Cabaret !

Lisa Minelli dans Cabaret © NBC Television

Ecrite par Joe Masteroff en 1966 sur une musique de John Kander, l’histoire est directement inspirée de la pièce « I Am a Camera » ( de John Van Druten ). « L’action de Cabaret se déroule en Allemagne pendant les années trente, au temps où les nazis s’activent à mettre sur pied le Troisième Reich. Dans la boîte de nuit berlinoise Kit Kat Klub, on retrouve la chanteuse Sally Bowles et le Maître de cérémonie du club qui essayent grâce à leurs divertissements extravagants de faire oublier aux visiteurs les difficultés de la vie et les menaces grandissantes du monde extérieur. » En dehors de son extraordinaire succès auprès du grand public, « Cabaret » obtient huit « tony awards » (  récompenses théâtrales américaines  ), est adapté au cinéma dès 1972 et mise en scène de nombreuses fois par de grands professionnels tels que Jerôme Savary ou Sam Mendes.

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Coup de sifflet

Reportage

Les bleus contre les violets © improparis.com

La Ligue d’Improvisation de Paris organise tous les troisième mercredi du mois des tournois. Ils réunissent des habitués et des amateurs d’improvisation devant deux matchs. Les bleus contre les violets. Les rouges contre les verts. Découverte d’un genre peu connue du théâtre.

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h00, nous arrivons. Le match commence une demi-heure plus tard. La salle est déjà bondée. Nous arrivons à nous faire une infime place. Il fait chaud, très chaud dans ce bar où nous sommes confinées. Les serveurs passent et repassent. Un verre de vin, une pinte, un plateau charcuterie et fromage. De quoi bien se remplir la panse. Nous participons également à ce qu’on appelle le « chapeau ». C’est pour les donner les thèmes des improvisations. Nous sommes au moins sûr que c’est de l’improvisation. Les artistes se déplacent. Ils entrent dans la petite salle qui leur sert de coulisses, se changent, se préparent. Ils discutent entre équipes différentes. Une bonne entente se fait sentir. Le match commence. Bleus contre violets. Trois personnes par équipe. Pour deux garçons et une fille pour chaque équipe. Les matchs se déroulent en deux temps. Une bonne vingtaine de minutes chacune, entrecoupé de 5 minutes de pause. La première partie débute. C’est le maître du jeu qui entre sur scène. Des « chut » se font entendre de tous les côtés de la salle. Le M Loyal du match a du mal à se faire entendre malgré sa voix qui porte. Le silence se fait. Il explique le principe et les règles du jeu. Ça commence par une improvisation par équipe. C’est-à-dire que les équipes jouent l’une après l’autre. Le maître du jeu appelle les deux chefs d’équipe. « Pizza ou pâtes ?  » demande-t-il au bleu. « Pâtes » « Gagné ! Tu prends ou tu

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laisses la main ? » Les bleus prennent la main. Il commence. Les rires se font entendre dans la salle. Nous voyons la main de M Loyal s’agiter. Il indique aux comédiens le temps qu’il leur reste. Applaudimètre Tout à coup, retentit un coup de sifflet. Les trois minutes sont terminées. Place aux violets. Même thème, même temps. On entends des rires plus forts que d’autres mais toujours présents. Le temps est écoulé. L’animateur va demander au public de voter par applaudissement. « Pour les bleus ! ». Les spectateurs applaudissent et crient aussi. « 17,83 ». « Pour les violets ! ». Les bruits perçut est équivalent. L’applidimètre est surtout l’oreille du maître du jeu. Le point va aux noirs. Le match continue. Vient alors l’improvisation mixte. Des joueurs des deux équipes interviennent quand ils veulent. Le but est de raconter une histoire ensemble. La magie opère. Les rires se font de plus en plus souvent. Vient ensuite l’improvisation en duo. Le principe est que trois équipes mixtes se forment. Les trois binômes joueront chacun à leur tour. Les changements vont de plus en plus vite. Les rires fusent. Les cinq minutes de pause sont libératrices. Sortir dehors, prendre l’air, se refroidir, ne plus être collé à son voisin. En attendant, un guitariste comble. Seul, assis sur une petite chaise. Le match recommence. Les deux équipes se remettent en place. La deuxième partie est similaire à la première. Au terme de ce match, les bleus gagnent. Pas de jalousie. Le deuxième match oppose les rouges contre les verts. Tout se passe comme le premier. Les thèmes diffèrents, tout aussi loufouques les uns que les autres. À l’issue du match, les bleus ont gagnés. Nous avons passés une bonne soirée. L’ambiance est très sympathique entre clients, et entre équipes. Quoi de plus pour passer une bonne soirée Emme Arwidson.


Interview

Sidoine: l’homme firework

Sidoine en action © DR Compagnie K

Rencontre avec Sidoine Khagan, vingt ans, artiste de rue. Celui-ci fait partie de la « Compagnie K » qui propose « des spectacles de rue et de salle alliant théâtre, musique, masques, flammes et pyrotechnies ». A vingt ans, vous avez choisit de devenir comédien de rue, pourquoi ? Question récurrente, on me la pose souvent ( rires ) ! J’ai toujours aimé le spectacle, je prenais des cours de théâtre quand j’étais petit et participais à l’option « cirque » dès le collège ! J’ai continué dans cette voie d’artiste jusqu’ici. Cela fait un an que je suis au sein de la Compagnie K. Je ne regrette rien car je n’ai jamais été bon à l’école, tout ce qui m’intéressait tournait autour du spectacle.

dans une direction qui ne me correspond pas je préfère tout essayer avant de me positionner sur un métier ou un domaine du spectacle en particulier. Comment se passe la vie au sein de la Compagnie K et dans quel domaine vous épanouissez vous ? Nous sommes une trentaine d’artistes, quelques uns sont écorchés vifs, d’autres curieux et d’autres tout simplement fous, comme moi ( rires ) ! Nous nous entendons très bien, j’ai toujours été plus ou moins considéré comme un illuminé par mes camarades. Etre en communauté avec des gens qui me ressemblent est très gratifiant, cela m’apporte beaucoup et je pense qu’aucun de nous, sauf cas exceptionnels, n’aimerai quitter la compagnie en ce moment. Côté artistique, je fais un peu de tout : chant, danse, théâtre mais ce que je préfère c’est manier les feux d’artifices ! Beaucoup de cloques, des heures d’entraînement mais quel résultat ! Voir les yeux écarquillés des spectateurs est la plus belle récompense à mes yeux.

«Dans la Compagnie K, je joue avec les feux d’artifices, je chante, je danse, je joue la comédie.»

Comment on réagit votre famille lorsque vous leur avez annoncés que vous seriez un artiste et rien d’autre ? Cela n’a pas été une surprise pour eux. Ma mère m’a souvent dit qu’elle me voyait finir trapéziste ou funambule dans un cirque ( rires ) ! Mon père lui était un peu plus déçu, il aurait aimé que je poursuive des études de médecine comme ma sœur. Je suis un peu le « vilain petit canard » de la famille ! Je l’assume entièrement et compte bien persévérer dans le monde du spectacle.

Pourquoi artiste de rue et non pas trapéziste dans un cirque justement? Tout d’abord parce que j’ai le vertige ( rires ) ! Plus sérieusement, je cherchais un métier plus complet : pas vraiment envie de me cantonner à un seul domaine. Dans la Compagnie K, je joue avec les feux d’artifices, je chante, je danse, je joue la comédie. Cela me correspond vraiment et tant que je suis jeune, je compte bien faire toutes les expériences possibles et imaginables dans ce milieu ! Avez-vous un but précis dans ce milieu ? Pour l’instant, pas vraiment. La compagnie me permet de toucher à de multiples domaines et cela me satisfait amplement. Je ne suis pas quelqu’un de « réfléchi » dans le sens où je ne pense pas trop à l’avenir : je vis surtout l’instant présent à fond. Quitte à me brûler les ailes et aller

Outre le côté passion, ce métier vous permet-il de vivre correctement ? Malheureusement non, je ne tire pas l’essentiel de mes revenus grâce au représentations. Mes parents sont présents pour m’aider financièrement. Contrairement à ce que ‘on croit, être artiste demande des sacrifices. Je m’interdis de demander plus d’argent que nécessaire à mes parents, pas de gadgets électroniques ou de vêtements trop coûteux et je vis encore chez eux. Grâce à mes cachets, je participe tout de même financièrement à la vie de famille. Quelles caractéristiques doit posséder un jeune qui veut suivre la voie du spectacle selon vous ? En tout premier lieu, c’est la passion qui doit primer sur le reste. Il est extrêmement difficile de survivre dans ce milieu lorsqu’on n’a pas la rage de vaincre. Si l’entraide est présente, la compétition aussi : il faut se battre pour rester au top niveau. Côté physique, il faut avoir une hygiène de vie irréprochable : beaucoup de sport, pas ( ou peu ! ) de boissons alcoolisées, surtout pas de cigarette. Nos formateurs sont très strictes là dessus et nous demandent de donner le meilleur de nous même à chaque entraînements et prestations. Amandine Cadilhon

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Michel Galabru: l’artiste simple

Portrait

L’homme naît le 27 octobre 1922 à Safi au Maroc. Humoriste et acteur dans l’âme, il mène une carrière exemplaire et donne à présent de son temps à l’enseignement du théâtre. A la fois simple et généreux, le personnage de Galabru est unique en son genre. Portrait d’un homme qui n’aura jamais finit de nous étonner.

M

onsieur Galabru est installé sur un des fauteuils en cuir rouge dans le hall du Théâtre Trévise. Il se prend volontiers au jeu des pauses photos. Quelques fans sont présents ce jour là et se bousculent pour avoir un cliché, discuter quelques minutes. La patience de l’homme, visiblement habitué aux bains de foule, est attendrissante.

Le professeur

Une fois l’essaim d’abeilles éloignés, l’homme de quatre vingt dix ans pose un regard vif mais affectueux sur ses élèves qui le salue. Il déclare avec humour : « Découvrir de jeunes talents m’enchante, tu vois, c’est comme quand tu vas à la chasse, tu découvre un champignon. Comme l’éveil d’un talent, c’est merveilleux ! ». L’homme, d’apparence calme et paisible, se révèle être un véritable bouteen-train une fois dans l’intimité ! Au delà de cet aspect, la transmission reste primordiale pour cet homme de scène. Un de ses élève témoigne « En plus de nous conseiller, il est un des rares à jouer lui-même les répliques, c’est très gratifiant et éducatif.  ». Ce soir là, Michel Galabru donne un cours jusqu’à 23H.

Galabru a peur de vieillir © Stéphanie Branchu

S’il considère sa carrière comme ordinaire, les femmes sont aussi un sujet épineux ! Elles le trouve fascinant et charmant mais lui, déclare « tu vois, j’avais une gueule de raie mais j’aurais sauté dans le patchak pour en avoir une quand même ! ».

certaine douceur, à la limite de la naïveté. Comme un acteur qui n’a pas réalisé l’étendu de son talent et l’admiration qu’il provoque.

Modestie

Galabru : Y a-t-il un français dans la salle ? © DR toutlecine.com

Artiste et humain

Michel Galabru entouré par les jeunes comédiens lourdais © DR ladepeche.fr

Artiste reconnu du monde théâtral et cinématographique, il n’en reste pas moins d’une modestie presque gênante : « content ou pas de ma carrière, cela ne veut pas dire grand chose, je suis comme les autres artistes. On passe comme tout le monde dans la vie ». Galabru évoque les icônes de sa jeunesse, Jules Berry, Sharpin, personnalités inspirantes qui l’ont guidé tout au long de sa vie.

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Comme s’il se sentait obligé ou nostalgique, Galabru évoque souvent la période « Gendarme à Saint Tropez » et parle de De Funès avec une certaine affection, « Le pauvre, ce n’était pas facile, un homme très gentil mais d’une timidité maladive. Un véritable handicap pour lui, il n’était drôle que devant la caméra !  ». L’acteur rappelle que les artistes sont des gens comme les autres, qu’il ne faut pas les mettre sur un pied d’estale : « Un jour, le papillon finit par se brûler sur la lampe ». Il est humain de se demander si ce grand acteur fait « exprès » d’être d’une modestie aussi désarrmante. Seulement, la force tranquille et les gestes apaisés de l’artiste révèlent une

Galabru : le gendarme et les gendarmettes © DR toulecine.com

Passé et présent

Si Michel Galabru est passé d’un gendarme à Saint Tropez à un chef de village gaulois, il a toujours prôné une seule et même conduite tout au long de sa carrière : jouer vrai. Il précise : « C’est très important d’être vrai, sinon, les gens s’emmerdent ! ». Il se représente le théâtre comme le fidèle miroir de la société, un public ne peut vibrer que si l’acteur reflète parfaitement l’âme celui qu’il interprète. Si la sincérité n’est pas au rendez-vous, alors le théâtre n’a pas lieu d’être. Amandine Cadilhon


Côté Cour - Magazine de 16 pages