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Les milieux humides, une source de vie : Aidez-nous à conserver les milieux humides pour l’avenir.

volume 24 numÉro 3

2010

Du sel qui vaut son pesant d’or

Les marais salés de l’Atlantique vitaux pour les canards et les humains

Petit fuligule : Occasions et défis de conservation dans la forêt boréale du Québec

une abondance de questions, des théories vérifiées et un mystère qui perdure

Une grande vedette country, au grand cœur La passion du plein air du chanteur country Paul Brandt


canard noir : Denis Faucher

arlequin plongeur : Brian Wolitski

arrière-plan : © Garth Lenz

Dans la forêt boréale de la belle province, une région grande comme deux fois le Texas, CI Canada doit relever des défis monumentaux et uniques en matière de conservation. CIC se montre à la hauteur de cette tâche et contribue à préserver ces vastes étendues de milieux humides précieux. par m a r c e l d a r v e au

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orsque j’ai commencé à travailler avec CIC en 2003, j’ai accepté le défi que représentait la mise en œuvre d’un programme de protection de la sauvagine dans la forêt boréale du Québec. C’était un défi à la fois colossal et exaltant que de travailler à la protection des milieux humides et de la sauvagine sur un immense territoire de 1,2 million de kilomètres carrés. Les premières années du Programme de la forêt boréale du Québec ont d’abord ciblé la recherche afin d’étayer les décisions à prendre en matière de conservation. Quatre questions fondamentales se posaient : A) Comment les milieux humides sont-ils répartis sur le territoire? B) Quelles sont les zones où abonde la sauvagine? C) Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur ces zones? Et D) Quelles sont les approches qui conviennent le mieux en matière de conservation?

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gauche : Marcel Darveau

sarcelle d’hiver : CI Canada

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TOUNDRA

Taïga boréale

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our répondre à ces questions, j’ai mis sur pied une équipe d’étudiants à la maîtrise pour mener les recherches, parmi lesquels LouisVincent Lemelin, Sylvain Ménard, Marie-Hélène Ouellet d’Amours et Julie Labbé, tous de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). Leur conseiller, le professeur Louis Imbeau, a coordonné le Programme en collaboration avec Daniel Bordage, du Service canadien de la faune (SCF). Des membres de CIC, en particulier Patricia Gagnon et Geneviève Meunier, ont collaboré aux projets de conservation. D’autres partenaires, dont l’Université Laval, l’Université de Sherbrooke, l’Université McGill et le gouvernement du Québec, ainsi que Ducks Unlimited, Inc. (DUI), ont également contribué au financement de la recherche. Parmi les autres sources de

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forêt boréale

Les trois grandes zones du programme boréal du Québec, du sud au nord : la zone des forêts commerciales (540 000 kilomètres carrés), la taïga dominée par la forêt clairsemée (650 000 kilomètres carrés) et la toundra arctique (231 000 kilomètres carrés). Le territoire du Plan Nord comprend la moitié des forêts commerciales situées sur les terres publiques et la totalité de la taïga et de la toundra du Québec (1,2 million de kilomètres carrés).

financement d’origine américaine de cette recherche, citons principalement la Fondation Pew et le U.S. Fish and Wildlife Service (USFWS) sous les auspices du Plan conjoint sur le canard noir du Plan nord-américain de gestion de la sauvagine. Le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada ainsi que le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies, en collaboration avec le programme de bourses de recherche en milieu de pratique (BMP Innovation), ont apporté une aide financière supplémentaire au projet. L’équipe a dû améliorer la cartographie et le processus d’identification des milieux humides très abondants dans les forêts commerciales du Québec (voir carte page 20). En raison de l’immensité du territoire (540 000 kilomètres carrés) et des problèmes logistiques, nous avons choisi de nous baser sur les cartes forestières provinciales existantes. À partir de là, nous avons utilisé la technologie SIG pour extraire l’information sur les milieux humides. Nos prévisions étant fondées sur des cartes antérieures, les résultats nous ont agréablement surpris et encouragés. Nous avons découvert qu’en moyenne, un quart des forêts commerciales du Québec est constitué de milieux humides et d’habitats aquatiques, dont de petits lacs et rivières, des marais et des tourbières. Jusque dans les années 1980, le transport des grumes depuis les zones de coupe jusqu’aux scieries se faisait principalement par flottage sur un réseau de voies d’eau. Aujourd’hui, environ dix pour cent des barrages utilisés à cet effet ont été reconvertis dans la prévention des inondations, la production hydroélectrique, et les activités récréatives.

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fin d’identifier les aires importantes pour les canards et les effets des modifications apportées au paysage, nous avons utilisé l’information disponible à partir de sources comme les relevés annuels du SCF/PCCN. Ces relevés sont effectués chaque printemps par hélicoptère. Les données disponibles sont impressionnantes avec plus de 40 000 canards nicheurs localisés à plus ou moins 100 mètres près dans les forêts du Québec. Sur les 16 années documentées, notre analyse a démontré qu’on retrouvait 40 pour cent de la sauvagine sur de petits ruisseaux, l’autre type d’habitat le plus répandu étant constitué de petites étendues d’eau de moins de huit hectares telles que des étangs de castors. Nous avons aussi constaté que les populations des 20 espèces de canards et d’oies identifiées sont pour la plupart stables ou en augmentation. Seules exceptions, les populations de garrots d’Islande et d’arlequins plongeurs de l’est qui sont classées comme « espèces en situation préoccupante ». Leurs populations respectives étaient estimées à moins de 4 500 et de 2 000. C’est incontestablement l’exploitation forestière qui a eu l’impact le plus visible et le plus important sur les forêts du Québec. Comme la déforestation se poursuit, nous pensions que la pénurie d’aires de nidification pour les

Donnez le meilleur pour la nature! La santé de l’environnement est importante pour toutes les entreprises et pour tous les Canadiens. En appuyant les efforts de conservation des milieux humides de CIC, vous et vos collègues contribuez à garantir des sources d’eau propres et saines aux générations futures, à réduire les effets des sècheresses, des inondations et de l'érosion et à sauver des habitats qui accueillent 600 espèces fauniques. Vous pouvez changer les choses! Faites un don par l’intermédiaire de retenues salariales ou organisez un événement spécial à vos bureaux. Vous pouvez nous aider : appuyez CIC dans votre milieu de travail. Impliquez-vous, composez le 1 866 384-3825, écrivez à workplace@ducks.ca ou visitez www.canards.ca pour savoir pourquoi les milieux humides ont besoin de votre aide.


De quelle façon planifier la conservation de la forêt boréale du Québec?

Jack Hole (à gauche), président de Canards Illimités Canada, et Bernard Filion, directeur de CIC pour le Québec lors d’une récente remise de prix au premier ministre Jean Charest pour le soutien de son gouvernement à CIC.

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ce jour, nos efforts se sont concentrés au niveau provincial, ainsi que sur des zones forestières bien délimitées. En 2002, le Québec a adopté la Loi sur la conservation et le développement de la faune qui favorise la mise en place d’un réseau d’aires protégées reflétant la biodiversité de la pro-

garrot d’Islande : Françoise Gervais droite : Marcel Darveau

sauvagines nichant dans des cavités pouvait avoir un effet sur leurs populations. Nous avons donc entrepris des études afin de déterminer quelles pouvaient être les conséquences locales et à court terme de l’exploitation forestière sur les populations de sauvagine. Nous n’avons pas été en mesure de constater le moindre effet négatif sur les espèces nichant dans les troncs d’arbres. Il semble même qu’il y ait une augmentation du nombre de couples chez plusieurs espèces nichant au sol, comme la bernache du Canada et la sarcelle d’hiver. Nous avons également étudié les autres effets possibles de l’activité humaine sur la sauvagine. Bien que leur empreinte sur le paysage soit moins apparente que l’exploitation forestière, les édifices, les maisons, les chalets, les routes et les ouvrages hydrauliques conçus par l’homme occupent une place importante dans les zones forestières du Québec. Nous avons observé que les couples nicheurs de garrots et de bernaches du Canada étaient moins abondants dans les zones à forte occupation humaine. À l’inverse, nos données révèlent que dans les forêts du Québec, le canard colvert s’accommode de l’activité humaine. Ceci est d’autant plus intéressant qu’on ne trouvait pas de canard colvert au Québec au début du 20e siècle. Sa première aire de nidification recensée au sud du Québec remonte seulement à 1952. Depuis lors, son territoire s’est étendu à l’ensemble de la province. On peut y voir la preuve indirecte que l’implantation humaine a pu favoriser la progression du canard colvert en direction du nord et dans la forêt boréale du Québec.

autres : CI Canada

En résumé, il reste beaucoup à faire et CIC jouera un rôle important pour assurer la pérennité des canards de la forêt boréale du Québec.

vince. CIC œuvre avec le gouvernement du Québec afin de s’assurer que les milieux humides sont inclus dans l’aménagement de ce réseau d’aires protégées. Afin d’apporter sa contribution au processus, CIC est devenue partenaire de la Table ronde sur les aires protégées. Les résultats de cette collaboration ont été remarquables. En mars 2009, le premier ministre Jean Charest a déclaré que le Québec protégeait 135 326 kilomètres carrés, soit 8,1 pour cent du territoire provincial, dont la plus grande part en habitat boréal vital pour la sauvagine, et entendait étendre cette proportion à 12 pour cent d’ici 2015. Au cours des dernières élections au Québec, le premier ministre Jean Charest a également proposé un Plan Nord identique à celui annoncé quelques mois plus tôt par le premier ministre ontarien Dalton McGuinty, qui envisageait de protéger 50 pour cent du territoire situé au nord du 49e parallèle en y interdisant toute implantation industrielle.

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a réalisation de tels objectifs constitue un énorme défi. Il est évident que le succès du Plan Nord nécessite la coopération de tous dès le début, et en particulier celle des Premières Nations et des autres collectivités locales. Dans le cadre de la mise en œuvre du Plan Nord, CIC poursuivra ses objectifs de conservation de la sauvagine et des milieux humides de la zone boréale et sensibilisera davantage le public et les décideurs à leur importance. Plusieurs espèces que l’on retrouve principalement au Québec, le canard noir, le garrot d'Islande, l’arlequin plongeur et la macreuse noire, seront les priorités de CIC. En résumé, il reste beaucoup à faire et CIC jouera un rôle important pour assurer la pérennité des canards de la forêt boréale du Québec. A

À gauche, des zones de coupe de bois et un réservoir désaffecté symbolisent la présence de l’homme dans les régions occidentales de la forêt boréale du Québec, où l’exploitation forestière et les installations hydro-électriques laissent leur marque sur le paysage. Ci-dessus (de haut en bas) : les garrots d’Islande, les arlequins plongeurs et les macreuses noires de l’est de l’Amérique du nord dépendant beaucoup des milieux humides de la forêt boréale du Québec.

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n des ervatio da s n o c uez à la u Cana Contrib x humides d ous à CIC. u ie z ne -v mil ue. Joig iq t n ca la at nards. ww.ca w z e Visit

Du sel qui vaut son pesant d’or

Les marais salés agissent comme des tampons contre le mauvais temps et fournissent un habitat essentiel à la sauvagine et à la faune. CIC travaille dur dans les Maritimes à la restauration de ces habitats d’une valeur inestimable.

Claude Ponthieux

par k r i s ta e l l i ot T

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L’automne prochain, une scène jadis familière renaîtra dans le paysage de la baie de Fundy. En effet, avec l’autorisation des organismes de réglementation provinciaux, CI Canada pratiquera une brèche dans une digue agricole vieille de 150 ans située à la frontière du Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, afin de permettre à la marée de s’étendre sur près de 16,2 hectares de marais endigués, ramenant ainsi la terre à son état d’origine de marais salé.

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es marais salés de l’Atlantique sont des écosystèmes productifs uniques, mentionne Deanne Meadus, directrice des programmes de conservation de CIC pour les provinces de l’Atlantique. Ils se forment sur des côtes stables ou émergentes, par accumulation de sédiments dans des zones estuariennes intertidales abritées, derrière des flèches littorales, des barres ou des îles, et dans des baies protégées. Caractérisés par un sol riche en matières organiques et en éléments nutritifs, ces marais procurent à la sauvagine des aires d’alimentation, de nidification et de halte migratoire en terre haute et en milieu humide. Ils abritent également de nombreuses autres espèces fauniques. » Avant de parcourir les milliers de kilomètres qui les séparent de leurs aires d’hivernage, les canards emmagasineront le double de la quantité de gras dans les tissus de leur organisme : carburant essentiel à ce long vol. Pour se nourrir, la sauvagine compte sur les organismes vivant dans les marais salés. Sans la variété d’organismes qu’ils trouvent dans les marais salés, les canards migrant des provinces de l’Atlantique vers le Sud pour y passer l’hiver poursuivraient leur migration beaucoup plus difficilement. Lorsque les canards reviennent au printemps, leur régime alimentaire et leurs niveaux d’énergie pendant la saison de nidification sont enrichis par l’abondance de nourriture qui se trouve dans les marais salés. En plus de profiter à de nombreuses espèces de canards, comme le canard noir, la sarcelle d’hiver, le colvert et le harle, les recherches entreprises par CIC au fil des ans ont démontré que les estuaires, les marais salés et les vasières qui y sont associées profitaient également aux oiseaux de rivage, comme le grand héron, le balbuzard, le busard Saint-Martin, le bruant et à de nombreuses espèces de poissons et d’invertébrés. Selon Deanne Meadus, les gens ne réalisent pas toujours les avantages que les marais salés offrent aux citoyens. En plus d’offrir des possibilités récréatives comme la chasse à la sauvagine, le canoë-kayak et les randonnées pédestres, les marais salés favorisent la croissance de diverses espèces de poissons et de crustacés. La pêche sportive et la pêche commerciale génèrent des emplois et des revenus, ainsi que des

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retombées économiques associées au tourisme dans les collectivités environnantes. En plus des avantages qui en découlent sur les plans récréatifs et économiques, les marais salés agissent comme des zones tampons naturels contre l’élévation du niveau de la mer et les ondes de tempête, un service écologique qui nous procurera sans doute ses plus grands bienfaits au cours des années à venir.

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ous avons tous entendu parler des rapports faisant clairement état des changements climatiques. Au cours du vingtième siècle, le niveau de la mer a augmenté de 15 à 20 cm, soit environ 1,5 mm à 2 mm par année. Le taux d’accroissement atteint à la fin du siècle était supérieur à celui du début du siècle. Les mesures prises par satellite au cours de la dernière décennie indiquent toutefois que le taux d’augmentation du niveau de la mer a monté en flèche pour atteindre environ 3,1 mm par année. Selon des études, l’augmentation atteindra 1,5 m d’ici 2010. Cette hausse du niveau de la mer s’accompagne de la menace éventuelle qui plane sur les collectivités et les écosystèmes côtiers. Au fur et à mesure que le niveau de la mer augmentera, les marais salés joueront un rôle de plus en plus important dans la protection du littoral contre l’érosion causée par le niveau de l’eau plus élevé et les ondes de tempête. Les ondes de tempête les plus graves relevées au Canada ont atteint une hauteur de deux à trois mètres (bien au-delà de la grandeur d’une personne moyenne). Ces événements se produisant en marée haute ou lorsque le niveau de l’eau des lacs est élevé peuvent se traduire par d’importantes inondations et de graves dommages causés par les vagues. Dans les pires cas, les collectivités peuvent devoir affronter la destruction et même l’évacuation de leurs demeures. « Les marais salés et autres milieux humides côtiers réduiraient l’incidence des ondes de tempête sur le peuplement du côté continental, déclare Dann Sklarew, directeur adjoint du Centre Potomac Environmental Research and Education et expert en science et politique des bassins versants à l’Université George Mason, en Virginie. Dans les régions où ils ont été éliminés ou grandement détériorés, les tempêtes

tropicales ou même les tsunamis se révèlent beaucoup plus destructeurs, comme c’est le cas dans le delta du Mississippi et dans les régions au nord-est de l’océan Indien. » Des experts américains, plus particulièrement ceux des régions susceptibles de subir des ouragans, connaissent depuis longtemps le rôle positif que jouent les marais salés pendant les tempêtes violentes. Les estuaires, les marais et les milieux humides servent de zones tampons contre les ondes de tempête et les inondations. « Les îles-barrières et les zones marécageuses constituent la première ligne de défense contre les violentes tempêtes en provenance du golfe, souligne Donald Gohmert du United States Natural Resources Conservation Service. Leur utilité est similaire à celle des brise-vent dans d’autres régions. La tornade emporte les arbres, mais ce qui se trouve derrière la barrière a été protégé. Les scientifiques estiment que pour chaque kilomètre de marais végétalisé, nous pouvons dissiper au moins 0,3 m d’onde de tempête. Dans le cas d’un ouragan de catégorie 5, on serait porté à croire que ça ne signifie pas grand-chose, mais pour de nombreuses tempêtes tropicales, c’est considérable. »

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’innovation et la technologie ont toujours été utilisées pour récupérer la terre envahie par la mer et la protéger. Il y a de cela des siècles, les pionniers acadiens utilisaient des digues pour retenir la mer et convertir les terrains marécageux en terres agricoles. On peut trouver des vestiges de ces digues presque partout au Canada atlantique. Encore aujourd’hui, des digues sont utilisées pour contrôler le niveau de l’eau et protéger les infrastructures et les terres. Cependant, elles ne présentent pas que des avantages. Elles coûtent cher à ériger et exigent un certain entretien continu en fonction de l’importance de l’érosion et des autres dommages qui s’y rattachent. « En théorie, lorsque l’ouragan Katrina a frappé les côtes, la présence d’un marais en santé aurait pu atténuer l’ampleur de certains dommages, mentionne Tom Moorman, directeur de la planification de la conservation au bureau régional Sud de Ducks Unlimited, Incorporated. Pour protéger une ville comme la Nouvelle-Orléans, située sous le niveau de

la mer, la réduction de l’intensité des ondes de tempête est primordiale. En principe, si les marais aujourd’hui disparus avaient été restaurés, nul doute que les répercussions de Katrina auraient été moindres. » Les marais salés représentent une occasion unique pour CIC de favoriser l’utilisation d’une solution naturelle contre les tempêtes et l’élévation du niveau de la mer. Les marais salés s’adaptent à l’élévation du niveau de la mer en emprisonnant les sédiments de la colonne d’eau pendant qu’ils sont inondés. Ces sédiments ne restent pas en suspension dans l’eau, car la végétation des marais crée une traînée hydrodynamique qui ralentit la vélocité de l’eau. Au fil du temps, ces sédiments s’accumulent et élèvent la surface du marais. Un marais salé constitue un véritable système adaptatif qui devient une zone tampon de plus en plus vaste. Et une fois que le marais salé est établi, il ne nécessite que peu ou pas d’entretien par intervention humaine. « Le potentiel des marais salés doit encore être exploité au maximum, souligne Deanne Meadus.Voilà trop longtemps que nous les sous-estimons. Et pourtant, s’ils étaient aménagés et protégés adéquatement, ils pourraient se révéler d’une utilité considérable pour nous aider à relever les défis qui nous attendent. »

Dans les provinces maritimes du Canada, certaines espèces de sauvagine, comme le canard noir (ci-dessus), ont besoin des marais salés, des vasières et des estuaires côtiers.

« Le potentiel des marais salés doit encore être exploité au maximum. Voilà trop longtemps que nous les sous estimons. Et pourtant, s’ils étaient aménagés et protégés adéquatement, ils pourraient se révéler d’une utilité considérable pour nous aider à relever les défis qui nous attendent. » Deanne Meadus, directrice des programmes de conservation pour les provinces de l’Atlantique, CI Canada

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l a p age des s c i e n ce s

Baie de Fundy

Marais Beausejour

NOUVELLEécosse

Site de restauration de marais salés prévu par CIC. La ligne rouge du bas représente la digue dans laquelle sera pratiquée une brèche; la ligne rouge du haut représente la digue qui demeurera intacte.

Contrer la perte

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e projet proposé par CIC consiste à pratiquer une brèche dans deux sections de digues agricoles au marais Beauséjour à Aulac, au Nouveau-Brunswick. Actuellement, il existe deux couches de digues. Grâce à de nouveaux modèles hydrologiques élaborés pour prévoir les résultats d’une telle brèche, d’importants changements ont été apportés aux concepts et aux plans originaux. Un autre facteur à considérer est l’impressionnante marée de la baie de Fundy, pouvant s’élever à plus de 18 m. Les marais restaurés protégeront des marées et des ondes de tempête les digues qui restent et les infrastructures se trouvant de l’autre côté (dont une voie ferrée du CN et la Transcanadienne). Ce projet implique un solide engagement envers la recherche et une surveillance à long terme pour en évaluer les résultats. La surveillance débutera avant la restauration, et les données de référence seront recueillies des marais salés naturels adjacents et

dans les limites de la zone à restaurer, afin d’établir les conditions préalables à la restauration et de contribuer à sa planification. Parmi les facteurs clés à surveiller, mentionnons la rapidité à laquelle la végétation se rétablira et les sédiments s'accumuleront, la réponse des oiseaux et la présence de poissons et des invertébrés. Cette recherche s’effectuera en partenariat avec la faculté et des étudiants à l’Université Mount Allison, à l’Université du Nouveau-Brunswick et à l’Université Acadia, tout en tenant compte de l’engagement de CIC de paver la voie aux futures générations de conservationnistes. Au cours de ce projet, les « meilleures pratiques » seront élaborées pour les futurs réalignements des digues et fourniront de précieuses données stratégiques pour la restauration éventuelle des marais salés en réponse aux menaces causées par l’élévation du niveau de la mer, les changements climatiques et les infrastructures des digues vieillissantes. « Au Canada atlantique, 65 % des marais salés ont été altérés, dégradés ou détruits. Dans la région supérieure de la baie de Fundy, ce nombre atteint 85 %. La menace actuelle pour les marais salés confère une importance encore plus grande à ce projet », mentionne Wade Lewis, directeur des services de restauration pour la région de l’Atlantique. La protection et la restauration des marais salés deviendront essentielles au cours des prochaines années pour leur permettre de s’adapter à l’élévation du niveau de la mer. « À moins que les milieux humides côtiers augmentent ou migrent vers l’intérieur des terres à un rythme proportionnel à l’élévation du niveau de la mer, la destruction des habitats et la perte de cette protection représentent une préoccupation majeure, souligne Dann Sklarew, expert en milieux humides de l’Université George Mason. « De plus, si les établissements humains enlèvent des zones de marais potentiels du côté du continent ou nuisent aux autres processus qui maintiennent la sédimentation vitale dans le marais, le pronostic est encore plus sombre. C’est pourquoi, dans les scénarios de changements climatiques actuels, l’effet d’atténuation des marais salés sur les ondes de tempête peut être restreint à certains endroits en raison de l’incidence environnementale nuisible de l’élévation du niveau de la mer et des activités humaines à proximité sur ces marais. » A

Un cadeau qui en vaut la peine Choisissez de faire un don : S pour des anniversaires de naissance S pour des anniversaires spéciaux S à la mémoire de quelqu’un S pour toute autre occasion spéciale

Lors des occasions spéciales dans votre vie, faites un don au Fonds du patrimoine naturel. La conservation des milieux humides vous tient à cœur, tout comme vos amis et votre famille. Un don au Fonds du patrimoine naturel est un moyen unique de redonner à chacun et d’avoir une incidence positive sur l’avenir des précieux milieux humides du Canada. Avec un don de seulement 25 $, le destinataire de votre cadeau recevra une carte personnalisée l’informant qu’un don a été versé en son nom. Visitez ducks.ca/habitat ou appelez au 1 866 384-3825 dès aujourd’hui pour en apprendre plus sur le Fonds du patrimoine naturel, faire votre don et sélectionner la carte qui convient le mieux à votre occasion spéciale.

Percer le mystère des fuligules

P par s t ua r t s l at t e r y

Vous po u sa miss vez aider CIC d ion de c ans o des hab nservation itats. Visitez www.c anards .ca

« Pourquoi les populations de fuligules ontelles décliné et qu’est-ce qui empêche leur rétablissement? » Cette simple question décrit l’un des plus grands mystères pour la collectivité scientifique des derniers temps.

droite : CI Canada

NOUVEAU-BRUNSWICK

Comptant plus de six millions d’oiseaux dans les années 1970, la population de fuligules a chuté de plus de 40 %. La plupart des fuligules nichent dans la forêt boréale et migrent vers des aires d’hivernage parfois situées jusqu’en Amérique centrale.Tout au long du trajet, l’habitat des fuligules a changé en raison des milieux humides modifiés ou asséchés, des perturbations accrues, de la contamination environnementale des haltes migratoires et des aires d’hivernage ou de subtils changements dans les réseaux alimentaires des aires de reproduction boréales causés par les changements climatiques. Avec toutes ces modifications que subit l’habitat, comment savoir ce qui nuit au fuligule? Quelques hypothèses ont émergé de nos récentes discussions, dont trois principales : b Les changements climatiques, peut-être combinés avec l’activité industrielle, pour raient avoir réduit la productivité dans les aires de reproduction boréales.

c La dégradation de la condition des couverts de plantes fourragères du Midwest des ÉtatsUnis pourrait empêcher les fuligules d’emmagasiner suffisamment de gras et de protéines pendant leur migration. La femelle utilise une partie du gras et des protéines pour produire des œufs. Si elle ne peut emmagasiner ces ressources, la productivité pourrait en être réduite.

d Les contaminants, et plus particulièrement le sélénium, présents dans les aires de migration et d’hivernage pourraient réduire les chances de survie des femelles et la possibilité d’une

reproduction réussie pour les fuligules.

Bien que les scientifiques de CI Canada aient participé à l’examen de toutes ces hypothèses, concentrons-nous plus particulièrement sur la dernière. Le sélénium est un contaminant présent en grandes quantités dans le fuligule migrateur et hivernant. Il est habituellement présent en faible quantité dans l’environnement et est utile pour l’organisme. Toutefois, de grandes quantités ingérées par les femelles peuvent nuire à la nidification ou entraîner un transfert de sélénium aux œufs, ce qui peut tuer les canetons en développement. Heureusement, les oiseaux peuvent éliminer le sélénium de leur organisme par leur processus métabolique normal, d’où la question que se posent les scientifiques de CIC et d’Environnement Canada : « Le délai entre l’exposition et la nidification est-il suffisant pour permettre aux oiseaux de bien éliminer le sélénium? ». Si la réponse est oui, nous pouvons raisonnablement penser que les effets du sélénium sur la reproduction ne nuisent pas au rétablissement des populations de fuligules. Pour répondre à cette question, nous avons utilisé un ensemble d’études de laboratoire et de terrain. En laboratoire, nous avons simulé une exposition au sélénium pendant la migration de la fin du printemps et n’avons observé aucune incidence négative sur le poids de la femelle, la probabilité de nidification, le moment de la nidification ou les œufs. Ces résultats

offrent une preuve convaincante que le sélénium n’est pas le coupable. Cependant, les études de laboratoire n’étant pas toujours le reflet exact de ce qui se passe dans la nature, nous nous sommes rendus dans des aires de reproduction boréales pour confirmer les résultats obtenus en laboratoire. Les femelles qui arrivaient affichaient habituellement un niveau de sélénium peu élevé dans leur organisme, et nous n’avons trouvé aucune preuve de toxicité relativement à leur statut de nidification, à leurs réserves nutritives ou à leurs œufs. À la fin, nous étions assurés que si le sélénium touchait les populations de fuligules, c’était uniquement en empêchant les oiseaux d’arriver aux aires de nidification. Cependant, nos collaborateurs de l’organisme Long Point Waterfowl ont été en mesure de rejeter cette hypothèse. Ensemble, nous avons éliminé des raisons pour lesquelles les populations de fuligules demeurent basses, ce qui nous a permis d’axer nos recherches sur d’autres hypothèses. Notre travail se poursuit en vue d’obtenir les bonnes réponses et, en dernier ressort, de mettre en place des mesures de conservation pour inverser cette tendance troublante pour le fuligule. A

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Paul Brandt, une grande vedette de la musique country canadienne, a récemment rencontré l’équipe du magazine Conservationniste de CIC pour parler de sa carrière, de ses expériences en conservation et de sa passion grandissante pour le plein air. par d u n c a n m o r r i s o n

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quatre coins du globe et que je découvrais des choses différentes, plus je constatais, non pas en raison de mon origine canadienne ni parce que je manquais d’objectivité, qu’ici, c’est réellement le meilleur endroit où vivre dans le monde.

deux reprises au cours des dernières années, Paul Brandt a donné généreusement de son temps et de son talent dans le cadre d’un forfait de chasse à la sauvagine vendu aux enchères lors du souperbénéfice de CIC de Calgary.Tous les fonds recueillis pour les chasses, toutes deux coordonnées par Lloyd Derry, aujourd’hui directeur national du programme de dons planifiés de CIC, ont été versés aux activités de conservation de CIC. À ces deux occasions, Brandt a pris sa guitare et a diverti le joyeux groupe de supporteurs de CIC en leur offrant une prestation acoustique inoubliable. Quant à son emploi du temps, Paul Brandt est un homme occupé : sa prestation aux récents Jeux olympiques de Vancouver est suivie d’une nouvelle compilation d’œuvres musicales et d’un été de concerts bien rempli. Non seulement lui et sa femme Liz sont-ils des parents très occupés par leur fils de deux ans, Joe, mais Paul travaille parallèlement à la mise sur pied de son propre organisme de bienfaisance, « priceles$. », et à celle d’un nouveau projet musical comprenant deux albums de chansons (titre provisoire : « Now »). Il travaille en outre à la planification d’une tournée nationale à l’automne 2011 et à la création d’une émission télévisée pour le réseau Country Music Television Canada.

Votre prestation aux Jeux olympiques a été applaudie par les Canadiennes et les Canadiens provenant de toutes les couches de la société. Expliquez-nous pourquoi vous êtes fier d’être canadien.

C’était vraiment extraordinaire de participer de cette façon aux Jeux olympiques et de faire partie de la fierté nationale. En tant que ville hôte des Jeux,Vancouver a fait une grande place au Canada. Je crois que c’était très intelligent de présenter tous les aspects uniques du Canada lors des Jeux. Nous faisions partie du programme Alberta Showcase, et j’ai fait une prestation lors des cérémonies de remise des médailles à la Place GM. Se produire devant un si vaste public a été une expérience extraordinaire pour les gars de l’orchestre et moi. Ce fut un très grand honneur d’y participer et l’expérience a été fort agréable. Que pensez-vous des grands espaces du Canada?

J’ai eu la chance de traverser le Canada et de découvrir presque tous les aspects du plein air, que ce soit lors d’excursions de pêche dans les régions éloignées du Nord ou lors de randonnées pédestres au Yukon, dans le nord de la Saskatchewan et au Manitoba. L’une de mes régions préférées se trouve ici, en Alberta, près du Col du nid du corbeau (Crowsnest Pass). Pour les Canadiens, pouvoir vivre à un endroit où vous ne rencontrez pas âme qui vive à moins de 20 minutes, peu importe la direction que vous empruntez, c’est tout simplement incroyable, mais c’est ce que j’ai appris lors de mes voyages dans le monde.Voilà une des raisons qui ont motivé mon retour au Canada. Plus je voyageais aux

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Conservationniste | 24-3 2010

La plupart des Canadiens ont entendu votre chanson « Alberta Bound » et en ont vu la vidéo, qui met en vedette de merveilleux paysages de l’Alberta et ses habitants. Dites-nous ce qui vous a motivé, dans cette vidéo, à mettre en valeur nos aires naturelles de l’Alberta.

J’ai composé la chanson « Alberta Bound » après un voyage de retour en Alberta lorsque je vivais à Nashville. Je pensais alors à tout ce que j’aime de cet endroit. C’était l’une de ces journées printanières comme nous avons ici, caractérisées par une tempête de neige à gros flocons. Confortablement assis devant un feu de foyer, je jouais doucement un air sur ma guitare quand les mots pour la chanson « Alberta Bound » me sont venus tout naturellement. Je n’aurais jamais pu imaginer que cette chanson deviendrait l’hymne qu’elle est aujourd’hui. Comment avez-vous entendu parler de CIC?

Ci-dessus : Paul Brandt et son épouse Liz partagent une passion pour le plein air. Page opposée : Paul Brandt exhibe une truite pêchée dans le lac Fortress en Colombie-Britannique.

J’ai déjà été propriétaire d’un lopin de terre situé à l’ouest de Cochrane, et à cette époque, nous rêvions d’habiter à cet endroit.Tout en bas se trouvaient des milieux humides et des sources, et j’avais besoin de conseils sur ce qu’il y avait de mieux à faire. J’ai donc téléphoné chez CIC et j’ai rencontré Lloyd. Nous avons fait le tour de la propriété et avons parlé de notre passion commune pour le plein air. Cette rencontre nous a éventuellement conduits à une excursion de chasse aux canards. Il nous a d’ailleurs été fort agréable d’amasser des fonds pour Canards Illimités en vendant cette excursion aux enchères. J’ai toujours eu l’impression que c’est moi qui avais été le plus chanceux dans toute cette aventure; j’ai trouvé génial de rencontrer des gens aussi passionnés de chasse et de pêche que moi. J’ai aussi beaucoup appris pendant ces excursions, au contact de personnes qui s’adonnaient à ces sports bien plus souvent que moi. Cette expérience a été vraiment plaisante, et un grand partenariat s'est établi au fil des ans. Apportez-vous votre soutien à des groupes de conservation comme CIC? Si oui, pourquoi?

Honnêtement, je n’ai jamais pris beaucoup de temps pour y réfléchir. Il est important de gérer nos terres de façon responsable, à partir d’idées différentes provenant de personnes différentes. Je crois qu’il est important d’assumer nos responsabilités envers ce qui nous a été donné. En tant que père, quelle importance revêt la conservation de nos habitats naturels, comme les milieux humides, pour vos enfants et leurs enfants?

« Il est important de gérer nos terres de façon responsable, à partir d’idées différentes provenant de personnes différentes. Je crois qu’il est important d’assumer nos responsabilités envers ce qui nous a été donné. »

Maintenant que je suis père, lorsque je regarde mon fils courir et s’amuser et que je pense à la chance que nous avons et que nous aurons de profiter du plein air ensemble, je crois qu’il est important d’enseigner ce qui nous permet de conserver nos origines. Il s’agit de bien utiliser les ressources dont nous disposons, ces richesses qui disparaissent de plus en plus dans notre société moderne. Ces notions deviennent de plus en plus importantes à mes yeux, et je crois que ma relation avec Canards Illimités l’est d’autant plus depuis la naissance de mon fils. J’admire les efforts de cet organisme visant à conscientiser les gens sur l’importance de gérer leurs terres de façon responsable. Les amateurs de musique country sont reconnus depuis longtemps pour être des amateurs de plein air et pour être terre à terre. Pouvez-vous expliquer de quelle façon cette relation de votre public avec la terre et la nature vous motive?

Je pense différemment, je crois, de nombreux autres artistes country. Plus notre monde change rapidement, plus les choses semblent perdre en dimensions. Les gens parlent d’un village planétaire et de la facilité à laquelle nous pouvons nous rendre de l’autre côté de la planète en 14 heures par avion. Il est fascinant de constater à quel point le monde est devenu petit. Plus j’y pense, plus cela m’amène à réfléchir aux origines de la musique country. On a toujours chanté l’importance d’aider notre voisin et tous ceux et celles qui appartiennent à notre collectivité.

Notre communauté s’étend désormais au-delà de notre entourage immédiat, et il est plus facile que jamais de joindre les populations du monde entier. Jadis, on se faisait une fête d’aller à la foire agricole du comté. Mais aujourd’hui, nous pouvons poser des gestes qui vont changer le monde. Ce que j’aime le plus dans mon métier d’artiste country, c’est justement de constater que tous ces amateurs de musique country semblent comprendre tout cela. Ils connaissent l’importance de lever les yeux de temps en temps et de regarder ceux qui nous entourent et de leur donner un coup de main. Vous avez mentionné aimer la chasse à la sauvagine et la pêche. Quels en sont vos meilleurs souvenirs?

J’ai eu la chance unique de participer à quelques émissions télévisées portant sur la pêche. Je pense, entre autres, à l’émission de Bob Izumi, à laquelle j’ai vraiment aimé participer. J’ai également eu l’occasion de pêcher dans le nord du Manitoba et de la Saskatchewan, où j’ai attrapé mon plus gros brochet à l’aide d’une canne à mouche. J’ai aussi participé à des excursions de pêche à la truite à Fortress Lake, de l’autre côté des montagnes en ColombieBritannique, pour The Canadian Fly Fisher Magazine et Flymax Films. Quant à la chasse aux canards, mon meilleur souvenir demeure la fois où ma mère m’a accompagné à une chasse organisée par CIC. C’était quelque chose qu’elle avait toujours voulu faire, aller chasser, puis l’occasion s’est présentée. Je me souviens, pendant les préparatifs, elle était excitée

Conservationniste | 24-3 2010

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Ces passe-temps en plein air ont-ils fait partie de votre jeunesse? Si oui, racontez-nous comment. Si non, quand avez-vous commencé à vous intéresser à la chasse à la sauvagine et à la pêche?

Pour moi, le plein air se résumait aux excursions en compagnie de mon oncle. Ce dernier nous amenait toujours dans cette direction. En tant que boucher, il possédait de vastes connaissances sur l’apprêtage des viandes dans la nature, connaissances qu’il nous a transmises. J’ai toujours trouvé que c’était une expérience formidable, enfant et aussi adolescent, de rester assis là, avec mon oncle, à pêcher le poisson au beau milieu d’un plan d’eau tout en discutant ou même, parfois, en silence. Racontez-moi votre anecdote de plein air préférée.

« J’ai toujours trouvé que c’était une expérience formidable, enfant et aussi adolescent, de rester assis là, avec mon oncle, à pêcher le poisson au beau milieu d’un plan d’eau tout en discutant ou même, parfois, en silence. »

Paul Brandt en concert lors des célébrations de la fête du Canada en 2008, sur la colline parlementaire à Ottawa. Fier Canadien, Paul Brandt s'est également produit lors des cérémonies des Jeux olympiques de Vancouver, plus tôt cette année.

C’est l’une de ces excursions en compagnie de mon oncle et de mon père. Un ami nous avait prêté les clés de son vieux chalet situé tout juste à l’ouest de Sundre. L’automne était avancé et nous projetions d’aller chasser des oiseaux et de pêcher, mais dès notre arrivée, la neige s’est mise à tomber abondamment. Nous vivions dans ce chalet sans chauffage d’appoint autre que le feu de foyer que nous devions alimenter jour et nuit tellement il faisait froid. Cette journée-là, nous avions abattu une couple de gélinottes, les avions apprêtées, puis cuites sur le feu. Le lendemain, nous nous étions rendus à la rivière pour aller pêcher, mais elle avait déjà commencé à geler. On était restés là, debout. Puis, j’ai regardé de l’autre côté de la rivière, où j’ai aperçu des chevaux sauvages. À cet instant précis, j’ai scruté la neige en entendant du bruit provenant des buissons de l’autre côté du sentier, puis soudain, j’ai vu un étalon sauvage me regarder droit dans les yeux… Je n’oublierai jamais cette image gravée dans ma mémoire. Je me sens vraiment privilégié d’avoir vécu de si belles expériences. Souhaitez-vous ajouter quelque chose?

J’ai hâte de me retrouver dans la mire du public. J’ai de beaux projets en cours. J’ai eu grand plaisir à partager avec vous quelques anecdotes familiales. Nous reprendrons la route à l’automne 2011, et ma petite famille nous accompagnera... ainsi qu’une ou deux grand-mères pour nous aider à nous occuper de fiston! A

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Conservationniste | 24-3 2010

gauche : © The Canadian Press/Sean Kilpatrick

comme une enfant. À Calgary, nous allions d’une boutique d’articles de sport à l’autre pour lui procurer ce dont elle avait besoin pour l’excursion. Tout me semblait si irréel lorsque j’observais ma mère chasser avec nous! Elle en parle encore souvent. J’ai vraiment bien aimé cette excursion, qui restera gravée dans ma mémoire.


Conservationniste Volume 24, numero 3