Page 1


DRAWN

DRAWN

Chapitre un Il se vit affecter à une garnison reculée de la seigneurie, en son point le plus méridional, à la frange du royaume. Ce poste en était l’ultime rempart, la frontière avec l’ennemi. Somnolant à l’écart, ne se souvenant plus réellement de ce à quoi ressemblait cet ennemi, il devint graduellement le produit de la mémoire collective. Le poste, et la ville adjacente, vivait dans un état d’attente et de guet permanent que légitimait un pouvoir discret, en déclin. Dès son arrivée, la nécessité d’accepter cet état, de participer au protocole, était évidente. Beaucoup s’étonnèrent de l’aisance avec laquelle il s’en accommoda, de sa manière de déchiffer les non-dits. Le commandant de la garnison le gardait à l’œil, lui qui avait l’habitude de rappeler ses recrues à l’ordre. Faute de regarder régulièrement l’ennemi dans les yeux, la mémoire se chargea d’en préserver la physionomie. Nier cet ennemi eut été vain, il avait toujours été. Certains, la plupart même, s’y accrochaient comme si raison d’état se confondait avec raison d’être. Y porter atteinte eut eu un impact violent. Ici, l’intime se confondait avec le public. La conviction des administrés se nourrissait d’attentes et de rumeurs - parfois délibérément orchestrées. Il était important que les messages se transmettent par le dessous, par des on-dit dont répétition et provenance indéfinie conférèrent un semblant d’autorité. A intervalles réguliers, la fièvre s’empara de la ville s’abreuvant de l’absence de menace visible, justifiant l’existence de chacun et donnant corps à leur combat. La fièvre soulageait les administrés, leur permettait de ne devoir trop compter sur leur propre imagination, d’exiger d’eux des efforts trop soutenus. Cette fièvre assurait la bonne santé du système. Les règles étaient d’autant plus évidentes que l’objet, qu’elles définissaient, était fragile. Administrés et administrateurs y trouvaient leur compte. La présence de la garnison était essentielle. Le fort, et son rituel militaire quotidien, donnait aux administrés ce sentiment de permanence, de veille tangible. La mission de la garnison consistait à protéger les côtes par lesquelles l’ennemi eut pu les surprendre. Depuis des décennies, elle se cantonnait à des tâches d’observation passive – sans contact avec l’ennemi.

Chapter one He had been posted to a remote bastion at the fringe of the kingdom, its most southern point. It was the ultimate boundary, the frontier with the enemy. Half asleep, not really remembering what it looked like: it slowly became the product of the collective memory. Adjacent to the city, the kingdom lived in a state of permanent wake and surveillance – legitimated by a discrete, if waning, government. Since his arrival, he quickly grasped the necessity to accept this state and scrupulously adhered to the protocol. Most people noticed how he complied with the expectations and deciphered unintelligible signs. The commander, used to always disciplining his troops, kept a vigilant eye on him. Never having been able to look at the enemy in the face, everybody tried hard to remember its physiognomy. Denying that the enemy existed would have been futile seeing it had always been. Some, the majority even, held on to their image of the enemy as if raison d’état was entangled with raison d’être. Doing anything to it would have had a violent impact. This conviction was nurtured by sometimes deliberately orchestrated rumours. Messages were transmitted from ‘underneath’, through hearsays; their repetition and undefined provenance of which conferred authority. At regular intervals, a fever caught the city, feeding off the lack of visible threat, justifying everyone’s existence and providing substance to their fight. A sense of temporary relief eased them from too strong a reliance on their own imagination. It warranted the health of the system. The rules were that much more obvious than the object they defined was fragile. There was something in it for both the people and their administrators. The presence of a garrison was essential; the fort and its military ritual granted a sense of permanence and tangible activity. Its mission consisted of protecting the coasts from which the enemy could have surprised them. For decades, it was reduced to performing mundane and passive observation tasks – without a glimpse of the enemy. Soldiers carried out their duties with zeal. The commander never failed to remind them to do so, maintaining an immutable daily protocol and strong discipline. Distractions were scarce.


Les militaires s’acquittèrent de celles-ci avec zèle ; le commandant y veillant au grain, s’attelant chaque jour à maintenir un niveau de protocole, et de discipline, élevé. Rares furent les distractions, aussi fut-il soulagé d’être supporté dans son action par les poussées de fièvre. Il s’assurait, lors de ses rares entrevues avec la Princesse, de son support. Elle lui prêtait une oreille attentive tout en se gardant de lui donner l’impression que les alertes émanaient de l’une de ses requêtes. La frontière, ou l’idée d’une frontière, était omniprésente. Elle suscitait convoitises, craintes et fascination. Ce Rubicon attisait pulsions et désirs, quand il n’en était l’instigateur. Cette attirance était le corollaire des poussées de fièvre, son contrepoids pour faire bonne mesure. La majorité en restait éloignée, se tenait à l’écart conformément aux règles. Certains toutefois souhaitaient s’en approcher, provoquer le système. Le contrevenant, voulant la franchir, ne pouvait perpétrer ce forfait que s’il était autorisé, sous couvert d’une grande discrétion. Les activités de contrebande nocturne étaient monnaie courante. Dans la ville, quelques palais rappelaient le faste ancestral. Aujourd’hui, leurs grandeurs se réduisaient aux façades pompeuses à l’abri desquels se décidait encore le devenir des administrés. Pour les administrateurs, et ceux des administrés qui disséminaient les ordres, ces palais demeuraient le cœur de la cité. Leurs battements, aussi infimes soient-ils, maintenaient l’ordre et l’état de veille. Faute d’apparaître comme les locomotives du bien commun, ils se cantonnaient maintenant à une fonction de soupape de sécurité - régulant savamment le baromètre Ils n’eurent de rôle autre que de maintenir le statu quo : jamais ne s’agissait-il d’établir de nouveaux édits, lois ou autres législations. La vie sociale s’épanouissait également en leur sein. Le faste des soirées mondaines suscitait à chaque fois le même engouement alors qu’elles ne dérogèrent quasi jamais à un rituel immuable. Si surprise il y eut, ce fut une erreur, une incartade, un chemin de traverse - usité généralement par la Princesse. Ces flottements ne duraient jamais longtemps. Pour sa première apparition, il se savait attendu. Son arrivée ne manquerait de susciter un grand intérêt. Aussi, se vêtit-il pour l’occasion. Accompagnant le commandant, et paré de son uniforme protocolaire, il fut accueilli par la Princesse qui fit en sorte qu’il soit en bonne compagnie. La galerie, dans lequel le bal avait lieu, était d’une longueur étonnante, bordée de fenêtres donnant sur le quai et le canal. Au loin, au bout du canal, se profilait la mer les séparant de l’ennemi. L’éclairage de la galerie n’était assuré que par quelques lustres et bougies, en contraste avec l’illumination excessive des escaliers et du hall d’entrée. L’œil dut donc s’ajuster à cette obscurité. Les convives se parlaient de manière mesurée: des rires éclataient çà et là. Tout suggérait que la plupart se connaissaient. Il fut intéressant d’observer administrateurs et ceux des administrés qui travaillaient au service de la seigneurie. Le statut plus précaire de ces derniers les incitait à une plus grande réserve ou, au contraire, à un entregent plus démonstratif. La Princesse profita de cette soirée pour le prendre à part, l’entrainant discrètement dans ses salons privés. Situés au bout de la galerie, ceux-ci donnaient également sur le canal. Elle lui posa de nombreuses questions et semblait se soucier de son acclimatation. Il fut honoré d’une telle sollicitude. Ils se revirent quelques semaines plus tard lors de son premier conseil. Elle l’avait invité à diner. Le conseil terminé, scrutant les cartes géographiques suspendues au mur, il ne se rendit compte que tardivement, que les participants au conseil s’étaient dispersés, qu’il était donc seul à avoir été convié à un diner en tête à tête. Pour la Princesse, il demeurait une énigme, et encore un terrain vierge. A la fin du diner, elle lui proposa une croisière digestive le long du canal. Il faisait encore chaud. Belle soirée d’automne. Certainement l’une des dernières balades nocturnes possible avant l’hiver. Ils embarquèrent discrètement et voguèrent sans jamais trop s’éloigner de la rive, hormis ces quelques minutes où ils pénétrèrent les eaux plus profondes (1). Dans la pénombre, ils cessèrent progressivement de converser. Le silence s’instaura naturellement. Elle l’enjoignit de s’approcher. Il s’exécuta sans pour autant couvrir toute la distance les séparant. Il ne la quitta plus des yeux. Au loin, la ville s’endormait doucement, ses lumières scintillant au grès des flots. L’embarcation amorça un demi-tour pour progressivement reprendre la direction du palais. Ces quelques instants d’intimité disparaitraient à mesure que le quai s’approchait. Il posa la main sur la Princesse. Elle était absorbée, entière, par ce point de contact. Appréhension et ouverture.


The commander was relieved to be backed in his actions by sudden outbursts of fever. In his regular meetings with the Princess, he never failed to seek her support. While being very attentive to what he said, she made sure he was in no doubt that their discussions had little to do with any of those outbursts. The frontier, or the idea of a frontier, was omnipresent. This Rubicon sometimes even ignited passions. Such feelings were a counter balance to the outbursts of fever - for good measure. The majority remained aloof, wisely distant, following the rules. Still, some wished to come closer and provoke the system. Those counterfeiters could only perpetrate such exactions, and cross the line, if it was organised. Discretely. Smuggling activities were not uncommon at night. A few palaces testified of the town’s past glory; their grandness reduced to pompous facades behind which the fate of the people was still, arguably, decided. For the administrators, and the ones disseminating their orders, those palaces remained at the heart of the city. Even if imperceptible, their beats maintained the order and a state of wake. Given their incapacity to frame the common good, they were reduced to a safety valve role – regulating both the barometer and the weather. With no function other than preserving the status quo, such ruling bodies no longer devised new laws or legislations. Those palaces were also at the centre of all social life. The parties always triggered similar levels of excitement while they hardly differed from a predictable ritual. If there were ever a surprise, it would usually stem from an error, a side track taken by the Princess. Such moments never lasted, though. Everyone was eager to witness his first public appearance. He dressed for the occasion knowing his arrival would undoubtedly raise interest. Arriving with the commander, wearing his official military attire, he was greeted by the Princess who made sure he was in good company. The gallery where the ball took place was astoundingly long, flanked by an impressive succession of windows overlooking the shore and the canal. At the end of the canal, one could see the seas separating them from the enemy. The gallery was only lit by a few lamps and candles - in stark contrast with the over-lit hallway and staircases. Eyes slowly got used to its dimness. The guests spoke softly, laughs breaking out occasionally. Everything suggested that most of those present knew one another. It was revealing to observe the administrators and the ones working for them. The more precarious status of the latter made them generally more cautious, but some were compelled to behave more exuberantly. The Princess soon encouraged him to follow her. Located at the rear of the building, her private quarters overlooked the canal as well. She took the time necessary to talk to him, asked a lot of questions and seemed keen to see him settle in rapidly. He was honoured by her attention. They met again a few weeks later for his first official assembly. She had also invited him for dinner. After the end of the assembly, while studying the maps hanging on the wall, he failed to notice that all participants had already vanished. It seemed, after all, that he had been the only guest invited for supper. For the Princess, he was a riddle, a blank canvas. At the end of the dinner, she suggested a cruise along the canal. A beautiful autumnal evening, still warm, probably one of the last evening cruises before winter. They discretely boarded a vessel and cruised without ever floating too far from the shore, with the exception of a few minutes in deeper waters (1). In the growing darkness, they progressively stopped talking. Silence established itself naturally. She drew him closer, which he did without covering the entire distance separating them. Staring at her. Afar, the city was slowly falling asleep; its scintillating lights rippling on the water. The vessel made a u-turn, slowly heading back. Those few moments of intimacy would subside the closer they got to the shore. He laid his hand on the Princess, her entire being focused on this point of contact. Apprehension and openness. Both sat, totally still. The instant. Abandoned. She looked away, her head leaning on the edge of the vessel staring at the glittering lights of the city. Her feet lying on the deck, forceless. The shore was now within reach. They parted ways without saying a word - both exhausted yet content. Would he ever share a moment of intimacy with her again? Whatever she would do now, would very soon be known publically which made any non-official relationships more complicated, bound to be enjoyed in secret or in the intensity of a few short instants. The initiative and the pretext would be hers. It would necessarily be dark. Would the abandonment emerge intact or would it have disappeared? On the surface, it was hard to sense the strength of such an undercurrent: it could propagate or simply vanish without leaving a trace. Impossible to say when


Tous deux n’esquissèrent le moindre mouvement. L’instant prit tout en charge. Abandon. Elle avait détourné le regard. Sa tête inclinée reposait sur le bord de l’embarcation, son regard perdu au loin suivant les contours de la cité. Ses pieds étalés sur le pont, ses chevilles sans la moindre force. La rive s’approchait. Ils se quittèrent sans mot dire, tous deux extenués, comblés. Peut-être retrouverait-il un tel moment d’intimité avec la Princesse ? Rien n’était moins sûr. Quoiqu’elle fasse, tout se sut rapidement; rendant toute relation non protocolaire plus compliquée, ne pouvant s’épanouir que dans le secret ou l’intensité de quelques instants. Elle garderait l’initiative du prétexte. L’obscurité serait de mise. L’abandon se retrouverait-il intact ou aurait-il simplement disparu ? En surface, il était difficile de distinguer les remous d’une telle onde. Elle se propagerait longtemps ou disparaitrait simplement sans laisser de trace. Il était impossible de savoir quand l’instant resurgirait : lors d’une chasse, d’une chevauchée nocturne ou de l’envoi d’une missive.Une chose était certaine, se revoir au palais n’était à présent plus une option. Délibérément passif, il laissa à la Princesse l’initiative de la distribution des cartes. L’approche de l’hiver se fit sentir. Les journées s’écourtèrent, le froid s’installa. La vie de la garnison devint son quotidien. Son don de l’observation, sa faculté de s’adapter, de vivre dans l’ambiguïté lui furent précieux. Les administrateurs furent séduits, la Princesse conquise, la majorité intriguée. L’état d’attente lancinant requis ici trouvait résonnance en son âme, il avait des ressources profondes desquelles il pouvait puiser. Une traversée du désert était concevable pour lui, aussi longue soit-elle. Dans le passé, il avait néanmoins, à quelques reprises, poussé ses limites. Son ressort interne, à force d’être sollicité, s’affaiblit et oublia même, dès lors, ce vers quoi il tendait – frôlant l’extinction du sentiment. Une lecture, une rencontre, un souvenir, une page blanche, un changement de contexte lui permirent, bien souvent, de se ressourcer. Il se nourrissait de peu, sans avoir, réellement, besoin de ce qui l’entourait. Le dimanche, jour de repos, il entreprit une chevauchée solitaire. S’enfonçant dans l’épais maquis, il s’éloigna de la ville, et du poste, vers le nord de la seigneurie. Malgré la saison, un soleil timide parvenait à le réchauffer. Les odeurs de bruyère, de myrtes et de bois se mélangèrent à celles de son cheval. Les conditions étaient parfaites. L’esprit libre, il put se concentrer sur les mouvements réguliers de son cheval et la beauté du paysage. Au loin se profilait la mer, elle le suivrait tout au long de sa promenade. Ils ne se perdirent jamais de vue. Il s’arrêta pour déjeuner en milieu d’après-midi ; un sentiment diffus de bonheur enveloppa cet instant. La seigneurie se couvrit, avant Noël, d’un épais matelas blanc. La neige accentua le silence dans lequel la cité s’endormait. La rumeur, les bruits de pas et des exercices militaires s’étaient tant estompés qu’on eut le sentiment qu’ils eurent cessés. Les plus hautes instances rapportèrent qu’un vaisseau ennemi avait été repéré dans les eaux territoriales de la seigneurie. Les administrés étaient conscients qu’il pouvait également s’agir d’un navire ami. Qu’importe, l’état d’alerte fut décrété. Tous furent sollicité, chacun avait un rôle. Le calme léthargique fut supplanté par une frénésie belliqueuse. Pour une période indéfinie, le système retrouvait sa légitimité. Nul besoin de régler le baromètre. Une occasion de relancer le système, de mettre les choses à plat sans, pour autant, qu’elles ne changent réellement. Cet état d’alerte soulageait les administrés. L’ennemi, invisible, momentanément remplacé par une menace bien tangible. Qu’elle soit réelle ou non. Un jour, il repartirait. (2)

Chapitre deux Il ne faisait pas si bien dire et le répétait souvent : il lui fallait dix ans pour comprendre quoique ce soit. Le temps n’avait, en réalité, que peu d’impact sur lui et ne lui était précieux que dans la mesure où il entretenait la permanence du sentiment. Une prédilection pour l’instant que le temps ne peut altérer. Ils furent légion à conclure à de la stagnation, de la désinvolture ou une absence de changement. En apparence, la majorité n’a que rarement tort. Ils n’étaient que quelques-uns à avoir perçu son tourment, en-deçà de la surface. Aucun doute, pour ceux-là, de la force du courant souterrain. Toutefois, c’eut été empiéter sur son secret le plus intime que de le rendre trop publique.


the instant would re-emerge: during a hunt, a nightly horse ride or the sending of a missive. One thing was clear: meeting at the palace was no longer an option. Deliberately passive, he left the initiative to the Princess. The winter was settling in slowly. Days were getting shorter, with the temperature dropping. Life in the garrison became his daily bread. His faculty to observe, to adapt himself and live with ambiguity were precious. Intriguing many, it seduced the administrators and conquered the Princess. The lingering passiveness, ruling here, resonated in him: his soul had deep resources from which to draw. He could envisage being stranded in a desert for as long as it took. However, in the past, he had on several occasions, pushed the limits. His internal spring, for being too often solicited, weakened, at times even forgetting what it set out to do - close to the extinction of the feeling. A book, an encounter, a blank page, a memory, a change of scene enabled him to reload. He lived off little, not needing much. On Sunday, his day of rest, he set out for a solitary horse ride. Heading north, he left the city ridding deeper into the wilderness. Despite the season, a pale sun gently warmed his face. The smells of heather, myrtle, wood, mixed with those of his horse. The conditions were near perfect. With a free mind, he was able to concentrate on the regular strides of his horse and the beauty of the landscape. In the distance, the sea was apparent, following him on his journey, never losing sight of one another. He stopped for lunch. A diffuse feeling of happiness engulfed this moment. Just before Christmas, the outpost was covered in a heavy coat of snow, reinforcing the prevailing silence. ‘Rumours’, everyone’s footsteps and the sound of military exercises were damped to such an extent they seemed extinct. The news then broke that an enemy vessel had penetrated their territorial waters. Most were aware it could have also been a friendly ship. Nevertheless a state of alert was declared. Now, all were called upon; everyone had a role to play. The lethargy was instantly replaced by frantic military activities. For a while, the system was legitimate, no need to tune the barometer. The opportunity arose to reboot it, to start anew - with next to no real changes. A great sense of relief spread through the population. The invisible enemy was momentarily replaced by a tangible threat, whether real or not. One day he would leave (2).

Chapter two He often, and rightly so, repeated the same sentence: it took him ten years to understand things. Time had little impact on him and was only precious to the extent it kept the feeling intact. A predilection for moments not affected by time. They were legions to conclude in stagnation, disinterest or even an absence of change. On the surface, the majority is rarely wrong. Just a few perceived the torment beyond the surface, very well aware of the strength of its undercurrent. Still. Making this feeling too public would have infringed on one of his most intimate secrets. Embracing different personalities with the aplomb of those doing their best in all circumstances. Most times, only able to show a portion of his truth. Between the intensity of public affairs and the need for introspection. The destiny of the emperor Hadrien, “stranger” in Rome (3), made a lasting impression on him: at the crossroad between force and delicacy (which he could accommodate without denying his roots). Not trying to convert those around him to his vision. Relinquishing himself to Power and its battles, while remaining open to love and aesthetics (discrete obsession). Embracing at times contradictory roles with the intelligence of not losing himself, accepting its principles. “A Prince lacks here the latitude offered to the philosopher: he cannot allow himself to differ on too many points at the same time, and the gods knew already that my points of difference were already too many, despite priding myself that most were invisible” (4). Solitary yet surrounded. Equally at ease with chaos or euphoria. Deserts even. Detachment as a way of life: hygiene more than philosophy. In his mind, it was akin to a form of aristocracy; not so much for its status, filiation or protocol, as for the permanence of the state. A predilection for dusk. The end of an era, prelude to a constantly-delayed demise (5). A now distant past, a future on hold. A lingering state allowing him to be. Old palaces in which time held its course, between wake and sleep.


Embrasser différentes personnalités avec l’aplomb seyant à ceux qui essaient, en toutes circonstances, de faire de leur mieux. Parfois, n’être en mesure que de montrer une part de sa vérité; entre l’intensité d’une fonction publique et le besoin de recueillement. La destinée de l’empereur Hadrien, « étranger » à Rome (3), eut en lui un écho profond : à la croisée des chemins, entre force et délicatesse. La faculté de s’en accommoder, sans renier son socle, sans la moindre velléité de convertir son entourage à sa vision du monde. S’adonner au pouvoir et ses combats, tout en restant à l’écoute de l’amour esthète et sensible (obsession discrète). Etreindre des rôles parfois contradictoires en ayant l’intelligence de ne pas s’y perdre, en en ayant accepté les principes. «Un prince manque ici de la latitude offerte au philosophe : il ne peut se permettre de différer sur trop de points à la fois, et les dieux savent que mes points de différence n’étaient déjà que trop nombreux, bien que je me flattasse que beaucoup fussent invisibles» (4). Tout cela de manière solitaire, entourée, acceptant autour de soi le délabrement, l’euphorie. Les déserts également. Le détachement comme mode de vie, hygiène plus que philosophie. Cet état s’apparentait, dans son esprit, à une forme d’aristocratie : non tant pour le statut, ni la filiation ou le protocole, que pour la permanence d’un état. La prédilection pour le crépuscule. La fin d’un règne, prélude à une mort sans cesse retardée (5). Un état latent lui permettant d’être. Un passé révolu, maintenant distant; un futur en suspens. Des palais quelque peu vétustes au sein desquels le temps aurait suspendu son cours. Entre éveil et assoupissement. Déjà, certaines portions de ma vie ressemblent aux salles dégarnies d’un palais trop vaste, qu’un propriétaire appauvri renonce à occuper tout entier. » Résonance avec ce que Gracq qualifie, à la même époque, de lassitude et de veuvage triste. Il était conscient de la chance qu’il eut, très tôt, d’avoir perçu - et reconnu - le songe premier. La limpidité avec laquelle il saisit ce dont son âme avait besoin aura été son salut. Quelques soient les chemins de traverses, les errances ou les impasses ; il y revenait et y reviendrait. La fondation du sentiment amoureux. Ne vous méprenez pas, il était, le plus clair du temps, d’humeur joyeuse. Il aura joui intensément de ses années et continuera à le faire. Cela ne faisait le moindre doute, pour lui, que les portes qu’il entrouvrit durant ses jeunes années (et après), les recoins de l’âme qu’il visita, ses lectures et ses amours, resteraient. Signes avant-coureurs. La curiosité, le désir et la disposition d’esprit permettraient de redécouvrir et d’occuper ces salles clairsemées de quelques meubles, de s’intéresser au contenu de tiroirs diversement remplis, de s’assoir sur un fauteuil élimé pour attendre que l’ennui produise l’extase. Cette nécessité de continuer à occuper sa maison tout en s’abreuvant de l’amour et du monde extérieur, du changement permanent. Demain également. Il faut du temps pour être jeune, pour atteindre une maitrise suffisante que pour pouvoir se laisser aller.

Chapitre trois Au fil de ses campagnes, il n’eut de cesse de s’essayer au dessin. Une activité lui procurant une relative paix intérieure, le focalisant sur le présent. Périodes avec, périodes sans. Il lui parut souvent bien compliqué de combiner le rythme de la vie publique avec celle de l’art, de sa pratique intermittente. Le dessin, en particulier, exige un temps différent : un ralentissement du rythme afin que s’exprime et se délie le soi. Pouvant coexister, ces temps sont parfois difficilement compatibles.Toujours surpris de voir comment, malgré l’inactivité, les choses évoluent sans y toucher. Ressortir de ces tunnels d’inactivité, à l’air libre, étonné par la ligne nouvelle. « Le feu se repose en changeant, le feu change quand il se repose» (Héraclite). La question du rythme est centrale. Le dessin, comme toute discipline artistique, requiert de la sérénité. Beaucoup de trésors se trouvent dans ces interstices, entre-deux. Equilibre fragile et difficile à faire éclore. L’environnent externe, dont on s’abreuve, ne peut submerger l’interne. Il doit lui faire place pour lui permettre de s’exprimer. Ce qui nécessite un niveau de solitude, de répétition, de suspension, de prévisibilité, d’ennui parfois; ou d’amour, d’effervescence, de drame, selon. Quand l’esprit, l’œil, la main, le sujet ne font plus qu’un. Quand on retrouve la pleine sensation de ses poumons, quand les lignes se succèdent en un flot continu, urgence enivrante entre délicatesse et violence. Etre dans la zone.


‘Already, some portions of my life resemble decrepit rooms of a palace that is too vast, and that an impoverished owner renounces to fully occupy’. Resonance with what Gracq qualified, then, of tiredness and sad widowing. He was conscious, that he had very early on perceived and recognised the first dream (“songe premier”). The clarity with which he grasped what his soul was made of would be his salvation. Regardless of his journeys, wanderings or dead ends; he came, and would come, back to it. The foundation of love. Make no mistake, most of the time he was happy. He enjoyed his years intensely and would continue to do so. There was no doubt that some doors opened during his youth (and after), the corners of the soul he visited, the books he read and his loves would remain. Sign of things to come. His curiosity and desire enabled him to rediscover and occupy these sparsely-decorated rooms, to check the contents of some drawers, to sit in an old threadbare chair waiting for boredom to turn into ecstasy. The imperative to occupy his ‘house’ co-existed with a longing for love, the outside and permanent change. Tomorrow as well. It takes time to be young, to reach a sufficient state of mastery before being able to let go.

Chapter three During his campaigns, he applied himself to drawing as often as he could. One of the few activities providing with an inner sense of peace, focusing his mind on the present. Periods with, periods without. He always found it hard combining the rhythm of public affairs with the one of art, and particularly its intermittent practice. Drawing beckons a different take on time. A reduced pace for the inner to express itself, to unfold. Whilst these times can coexist, they are, often, hardly compatible. Always surprised to see how, despite periods of inactivity, things evolve nonetheless. Looking attentively at the new line emerging after quieter periods. « Le feu se repose en changeant, le feu change quand il se repose» “The fire rests while changing, the fire changes when it rests.” (Héraclite) Rhythm takes central stage. Drawing, like most artistic disciplines, requires serenity. Most jewels can be found in the in-between, in the interstices. A delicate, and hard to breed, balance. The external environment, from which we feed, should not overwhelm the internal one. It has to give way to allow for expression; necessitating a sense of solitude, repetition, suspension, predictability, boredom. Or, conversely, drama, love or exuberance. When the mind, the eye, the hand and the subject are all but one. As one regains the full sensation of the lungs. When lines surface in a continuous flow, a thrilling urgency emerges between delicacy and violence. To be in the zone, of the journey rather than the destination. « Peu importe où l’on va lorsque ça s’ouvre : seul importe le mouvement et dans ce mouvement le temps perdu n’existe pas » “No matter where one goes when it opens: the only thing that matters is movement and, in this movement, lost time does not exist.”(Yannick Haenel). One thing struck him: the balance between the horizontal time (defining movement) and the vertical time. The latter, more conducive to drawing (and depth in general), is the one from which everything flows, halting the course of time - as opposed to only consuming it. It makes way for eternity, history, memory, love, sensations. More than having accomplished something: having conquered one’s own domain - layer by layer. « Il y a là, tout près de nous une galaxie totalement inexplorée, un paysage interne animé par la fièvre de vivre enfin » « There is, very close to us, a totally unchartered galaxy, an internal landscape feverishly hoping to live, at last » (A. Casar Ros).(6) Making a conscious decision to focus on moments “of the present” (whether past, memory, or present), possibly there for eternity. The artistic soul cannot contemplate the past, nor the future, without the intensity of the present. The discipline of drawing combines self-expression with the mastery of a technique – in a constant two-way dialogue. Moving towards a greater expertise, growing closer to one’s ideal while remaining faithful to what is already there: the essence, the purity of the first dream (“songe premier”). Let’s face it, each time we pick it up, the eventuality it won’t flow. The importance of not getting unsettled. Stick to it, hold the distance. Remain saddled. Apply yourself. Avoid getting frustrated by a setback . By patiently


Du chemin plus que la destination. « Peu importe où l’on va lorsque ça s’ouvre : seul importe le mouvement et dans ce mouvement le temps perdu n’existe pas » (Yannick Haenel). Une chose le frappa: la tension entre le temps horizontal, celui du mouvement, et le temps vertical. Ce dernier, plus propice au dessin (et à la profondeur en général), est celui duquel tout sort ; suspendant le cours du temps au lieu de simplement le consommer. Il féconde éternité, histoire, mémoire, amour, sensations. Plus que d’estimer avoir accompli quelque chose, avoir conquis son propre domaine. De strate en strate. « Il y a là, tout près de nous une galaxie totalement inexplorée, un paysage interne animé par la fièvre de vivre enfin.» (A. Casar Ros) (6) Choisir de se focaliser sur cette série de moments présents, qu’ils soient passés (souvenirs) ou présents. Collier d’éternités. Pour l’âme artistique, il n’est de passé, ni de future, sans l’intensité du présent. L’apprentissage du dessin nécessite d’allier expression et l’assimilation d’une technique. Allers et retours. Avancer vers une maîtrise toujours plus grande, se rapprocher de son idéal, tout en restant à l’écoute de ce qui est déjà présent : la pureté du premier songe. Se rendre à l’évidence : à chaque fois que l’on s’y remet, l’éventualité que les choses ne se goupillent pas. L’importance de ne pas se laisser désarçonner. Se lancer, faire ses gammes, parcourir des kilomètres. Rester en selle. S’appliquer. Par une fausse note, ne pas succomber à la frustration. S’atteler à, patiemment, défaire les nœuds pour que surgisse la ligne. Dans la pratique : la quête du trait juste, la tentative de cerner mouvement et présence. Le regard. Le mélange des rythmes, une profondeur visuelle, la discipline. Un pied posé sur le sol. Là où la ligne existe Là où elle s’efface et ne se voit quasiment pas La tension entre l’intérieur et l’extérieur (la ligne devant les faire coexister) L’évanescence, le contour - entre amour et abandon Suggérer la couleur ou la forme Définir, montrer, omettre Laisser respirer Entre relâchement et concentration Lors de ces moments de répits, de calme relatif, entre deux campagnes, il prit le temps de dessiner - afin de s’approprier du territoire. Pour lui, ce qui constituait un bon dessin tenait, souvent, à peu de choses (7). Il montrait les siens, ici, en toute humilité.

Chapitre quatre Le moment où l’on perd pied, où l’on prend la conscience de son propre poids, où l’on se perd dans un silence interrompu uniquement par le son de ses mouvements. De sa respiration. Les hésitations des minutes précédentes sont déjà lointaines et semblent dérisoires au vu du plaisir auquel on goute. Elles contribuent néanmoins au rituel et favorisent le sentiment de bien-être. Préparatifs nécessaires à l’équipée. Assis, on attend le moment où, en début de matinée, l’on se sera un peu réchauffé. A ces heures, la mer est généralement huile – lisse et pleine (8). Les rayons du soleil ne sont alors qu’une tangente à peine perceptible sur la peau. On enlève son T-shirt, se déchausse, si ce n’est déjà le cas, et on avance vers la mer. Le premier contact est toujours saisissant ; les regards de certains rendront gaillards. Supplément de courage. Nous continuerons à avancer. Jusqu’aux genoux, ce sera sans problème majeur, cela devient moins évident au niveau du haut des cuisses et du bas ventre. Partie sensible peu habituée à une eau si froide – sans avertissement ni préambule. Une fois cette étape franchie, on se laissera tomber, recueilli par l’eau salée. Peu d’instance où le corps est ainsi pris en charge: enveloppé et soutenu par une main bienveillante. On se sent déposé. Viendront ensuite les premières brassées sous l’eau. Permettre à un temps long de s’écouler entre celles-ci. Le son de son corps, le déferlement


untangling the knots the line will, eventually, emerge. In practice, the quest for the right line, the attempt to grasp movement and presence. A look. The variations in vocabulary. Visual depth, discipline. A foot resting on the ground.

Where the line exists Where it vanishes, where it is hardly perceptible Tension between the outside and the inside (the line fostering coexistence) Evanescence, contours – between love and abandon Suggesting colours or shapes Define, show, omit Allow to breath Between letting go and concentration

In his few moments of relative calm, between two campaigns, he took the time to draw, to “own” the territory. For him, a good drawing often boils down to very little (7). He is showing his, here, in all humility.

Chapter four The moment we lose ground, taking conscience of our own weight; lost in a silence, interrupted only by the sound of ones strokes. Of one’s breathing. The hesitations of the preceding minutes are long gone and seem derisory in light of the pleasure we experience. They contribute to the ritual - fostering a feeling of wellbeing. Necessary steps to the undertaking. Seated, awaiting the moment, early morning, when we will have warmed up a bit. At that time, the sea is usually oil - flat and full (8). The sun’s rays are only a tangent, hardly perceptible by the skin. Unless already done, we remove our T-shirt and shoes before heading towards the sea. The first contact is chilling; staring bystanders may give that extra bit of courage. Keep on moving forwards. No major problems until the knee, it becomes slightly tougher above the tights and belly. Sensible parts not used to such cold water – without warning or preamble. Once completed, we will let ourselves go, gently collected by the salty water. Few instances where the body is so well catered for, embraced and carried by a benevolent hand. The first underwater strokes follow. Allow for a long lapse of time between them. The sound of one’s body, the surge of bubbles along the skin, the overwhelming silence once the stroke is completed. Time to regain the surface, breath deeply. After a few strokes, dive again. Deeper immersion this time, with no impulsion other than the one provided by the preceding strokes. Turn on your back to complete the movement while starring at the surface. The oxygen expanding as the bubbles reach the open air. Be close to yourself. Then, start swimming from one buoy to the other while establishing a rhythm in the head. Necessary and gratifying routine, allowing to sustain the effort. The joy of regaining the shore, invigorated, and feeling the muscles. Wet, happy to sit on the beach and take full ownership of our body and weight. First coffee thereafter. With a croissant. Paul Celan, in « L’arbre aux lueurs », wrote about the fact that we swam: Un mot pour lequel, j’ai bien voulu te perdre : le mot jamais. Il y avait de temps en temps tu le savais aussi, l y avait


des bulles sur la peau, le silence reprenant le dessus une fois la brassée complétée. Regagner la surface, confronté une nouvelle fois à l’air. Après quelques mouvements de crawl, s’immerger à nouveau. Immersion profonde cette fois, sans impulsion autre que celle fournie par les brassées précèdent la plongée. Se tourner et compléter le mouvement sur le dos en regardant la surface. L’oxygène se dilatant à mesure que les bulles rejoignent l’air libre. Etre proche de soi. Nager ensuite de bouée en bouée en établissant un rythme dans sa tête. Routine, nécessaire et gratifiante, permettant de soutenir l’effort. Le bonheur ensuite de rejoindre la rive, revigoré, de sentir ses muscles éveillés. Mouillé, ravi de s’asseoir sur la plage et de reprendre la pleine possession de son corps et de son poids. Premier café ensuite. Avec croissant. Paul Celan, dans « L’arbre aux lueurs », a évoqué le fait que nous nagions :

Un mot pour lequel, j’ai bien voulu te perdre : le mot jamais. Il y avait de temps en temps tu le savais aussi, il y avait une liberté. Nous nagions. Sais-tu encore, que je chantais ? Avec l’arbre-aux-lueurs, le gouvernail Nous nagions. Sais-tu encore, que tu nageais ? Ouverte tu étais devant moi, tu étais, étais devant moi, devant l’a-vancée de mon âme. Je nageais pour nous deux. Je ne nageais pas. L’arbre-aux-lueurs nageait.

Nageait-il ? Il y avait une mare autour. Il y avait l’étang sans fin. Noir et sans fin, suspendu, suspendu, en aval du monde. Sais-tu encore, que je chantais ? Cette O cette dérive. Jamais. Aval du monde. Je ne chantais pas. Ouverte tu étais devant moi, devant l’âme en voyage.


une liberté. Nous nagions.

Sais-tu encore, que je chantais ? Avec l’arbre-aux-lueurs, le gouvernail Nous nagions.

Sais-tu encore, que tu nageais ? Ouverte tu étais devant moi, tu étais, étais devant moi, devant l’a-vancée de mon âme. Je nageais pour nous deux. Je ne nageais pas. L’arbre-aux-lueurs nageait.

Nageait-il ? Il y avait une mare autour. Il y avait l’étang sans fin. Noir et sans fin, suspendu, suspendu, en aval du monde. Sais-tu encore, que je chantais ? Cette O cette dérive. Jamais. Aval du monde. Je ne chantais pas. Ouverte tu étais devant moi, devant l’âme en voyage.

Notes (1) ‘Landvoices and the lights ebb away raising the night around us. Unwinding whitely, My changing motive pays me slowly out. The sea sails in. The quay opens wide its arms and waves us loose.’ W.S. Graham (2) Librement inspiré des personnages du ‘Rivage des Syrthes’ de Julien Gracq. Freely inspired by characters from the ‘Rivage des Syrthes’ by Julien Gracq. (3) ‘Etranger partout, je ne me sentais particulièrement isolé nulle part.’ ‘Stranger everywhere, I never felt particularly isolated anywhere.’ (4) Extraits provenant du livre de Marguerite Yourcenar, ‘Les mémoires d’Hadrien.’ Extracts from ‘Les mémoires d’Hadrien’ by Marguerite Yourcenar. (5) Rock ’n roll. (6) La lecture de tragédies Grecques, dès son plus jeune âge, lui donna une longueur d’avance : le recul nécessaire et la sagesse permettant d’appréhender le leurre. Marcher sur les pieds des dieux, enfreindre leur pouvoir divin pour Prométhée ; s’arc-bouter dans une voie et ne plus pouvoir écouter à l’instar de Créon. S‘être cru, tel Œdipe, à l’abri de son sort convaincu que son père régnait sur le pays voisin. Icare que le soleil aveugla et enivra. Courses infernales. Vivre dans l’absolu, vouloir être maitre, croire avoir l’aval sur le temps. Having read Greek tragedies in his early years gave him an advantage: the necessary distance and wisdom to apprehend lures. Treading on the gods’ toes and bypassing their divine power as was the case for Prometheus; being stuck in his own ways, unable to listen, like Creon. Having believed himself, Oedipus, safe, convinced his father ruled the neighbouring country. Icarus blinded, drawn and defeated by the sun and its height. Feverish quests. Living in the absolute, seeking to be master, believing in being able to control time.


(7) Le style de l’artiste et ses vocabulaires (en termes de lignes) donnent une première impression transcendant temps, géographies et hiérarchies. L’œil limite le champ d’exploration. Rapidement, on tente de percevoir un sentiment, un drame, une fragilité, une frénésie, une vibration. La ligne a cette faculté de nous informer par sa nature même. Elle peut être hésitante, forte, ténue, imperceptible, virevoltante. Au-delà du métier et de la technique, elle nécessite des petits hasards heureux. Lentement, on apprécie la qualité physique du dessin, sa « présence ». Certains détails lui confèrent un poids, un centre de gravité, un point d’ancrage. Ce peut être une ligne plus épaisse, une ombre, une densité de traits accrue, une convergence, une inclinaison, une mise en page particulière ; ou une profondeur dans l’entrelacement des lignes dans la variation des épaisseurs, dans la superposition des vocabulaires. L’originalité du traitement, la manière de se frayer un chemin, de résoudre un problème. Le nez, les mains, la mâchoire en extension, les cheveux, les yeux, l’expression, l’enlacement, la profondeur. Regarder le même dessin un certain nombre de fois. Regarder les lignes, les suivre (du début à la fin), essayer de les comprendre. Voir la manière par laquelle elles suggèrent, s’entrechoquent, pointent, signifient (sans pour autant définir). Percevoir les correspondances, ces liens qui, établis entre certains points, échafaudent le dessin. Apprécier l’imagination de l’artiste. Sa capacité de se laisser aller, sans retenue. Quête du signe qui se dérobe, tension entre inquiétude et excitation. Idéal et réalité. Obsession quotidienne. La réussite d’un dessin ne se résume parfois qu’à une seule ligne. Savoir s’arrêter est un art. Se départir de la technique, pour arriver à l’essentiel, l’est également. Ne se soucier que très peu de la ressemblance. Avec un peu de chance et un bon alignement des étoiles, le dessin peut prétendre à la postérité, à l’éternité. La pureté du moment qui perdure, le miracle toujours présent. La vibration des premières notes du Stabat Mater de Pergolèse, la tension des couleurs de Rothko. « Il n’est en art qu’une chose qui vaille : celle qu’on ne peut expliquer» (George Braque). Maintenir cette part de mystère. L’authenticité de la voix prime. Vouloir dévoiler une sensibilité, un drame ; s’acharner à conquérir son domaine, raconter avec l’humilité qui sied à l’artisan et de laquelle l’arrogance ne peut se départir. The artist’s style and vocabularies (in term of lines) provide a first impression transcending time, geographies and hierarchies. The eye limits the fields of exploration. Rapidly, we try discerning a feeling, a drama, a frailty, a fever, a vibration. Lines have the amazing faculty to inform, simply by the way they are laid on paper – at times hesitating, strong,

imperceptible, or swirling. Beyond skills, they require little strokes of luck. While observing a drawing attentively, its presence and physical quality come to life. Some details confer weight, a centre of gravity, an anchor point. It being through thicker lines, shadows, increased densities, converging lines, specific inclinations, varying thickness, a layout, or an overlay of vocabularies. The originality of the treatment: how the artist finds its way? Literally, how he solves a problem. Pay attention to the nose, the hands, the extended jaw, the hair, the eyes, the expression, the embrace, the depth. He attentively observed drawings. Each time, it is like a journey: observing lines closely, trying to understand them. See how they suggest, how they cross one another, how they point and signify (without defining). Getting a sense for those correspondences, the links established between points, shaping a drawing. Appreciate the imagination of the artist; his capacity to let go without holding back. Quest for the ever vanishing sign, tension between worry and excitement. Ideal and reality. Daily obsession. A drawing can in fine boil down to a single line. Knowing when to stop is an art in itself. Setting aside technique to capture the essential. Do not worry too much about resemblance - or at least very little. With a bit of luck, a drawing can claim its place in posterity. The purity of the moment that lasts, the unwavering miracle. The vibration of Pergolese’s Stabat Mater’s first notes, Rothko’s vibrating colours. « Il n’est en art qu’une chose qui vaille : celle qu’on ne peut expliquer» « There is, in art, only one thing that matters : the one that cannot be explained » (George Braque). Essential to preserve this mystery. Regardless, the authenticity of the artist’s voice should prevail: unveiling a sensibility, a drama. Obsessed with conquering his domain and showing it with the humility salient to the craftsmen. Without arrogance. (8) Méditerranée. Mediterranean.

Photographs, images and text by Marc Smit, all rights reserved. Black & White photographs developed by Wim at Silverhands. Designed with love by Studio theGirls™_xoxo


Drawn  

Drawings, photographs and text

Advertisement
Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you