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D SSIER

vol.1 no.2

AUTOMNE 2015

VOTRE PASSEPORT POUR LA COLOMBIE-BRITANNIQUE

PORTRAIT Loubna Akhabir : à la recherche de l’infiniment petit

QUALITÉ DE VIE Émotions fortes sur deux roues à Whistler

PORTRAIT La baguette et l’échalote : histoire de la première baguette française à Vancouver

PROFILS Six nouveaux arrivants nous relatent leur parcours

EN BONNE MINE ? HAUTS ET BAS D’UNE INDUSTRIE QUI, BON AN, MAL AN, DEMEURE LA DEUXIÈME EN IMPORTANCE EN COLOMBIE-BRITANNIQUE

Société de développement économique de la Colombie-Britannique


Prêt à tenter votre chance en Colombie-Britannique ? Votre décision est prise et vous voulez tenter de vous trouver un emploi en Colombie-Britannique ? Si oui, la Société de développement économique de la Colombie-Britannique peut mettre ses ressources à votre disposition. N’hésitez donc pas à prendre contact avec nous dès votre arrivée.

Société de développement économique de la Colombie-Britannique 220-1555, 7è avenue Ouest Vancouver, Colombie-Britannique V6J 1S1 604-732-3534 www.sdecb.com info@sdecb.com


DOSSIER - VOTRE PASSEPORT POUR LA COLOMBIE-BRITANNIQUE v o l . 1 no . 2

DANS CE NUMÉRO Dossier : industrie minière

Dans ce numéro de Dossier, nous examinons le secteur des mines, un des moteurs de l’économie de la ColombieBritannique. En effet, notre correspondante Émilie Laperrière jette un coup d’oeil sur cette industrie qui, malgré son importance, demeure tributaire des aléas de l’économie mondiale.

8 À LIRE ÉGALEMENT

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PORTRAIT

QUALITÉ DE VIE

PORTRAIT

Détentrice d’un doctorat en génétique, Loubna Akhabir s’attaque aux causes, grandes et petites, des allergies et autres maladies respiratoires comme l’asthme.

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On pense surtout aux sports d’hiver quand on mentionne Whistler, mais le vélo de montagne est en train de rivaliser avec le ski en termes de popularité.

Portrait de l’entreprise locale La Baguette et l’Échalotte, ou la petite histoire de la première baguette française artisanale en ColombieBritannique.

ÉDITORIAL : 4 • FOCUS : MONT MILLIGAN : 12 • profils : 21• C.-B. EN CHIFFRES : 27

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Éditorial

Éditeur : Société de développement économique de la Colombie-Britannique 220-1555, 7è avenue Ouest Vancouver, Colombie-Britannique V6J 1S1 604-732-3534 www.sdecb.com dossier@sdecb.com

Un dossier en évolution

Responsable de la publication : Joël Tremblay Commercialisation et développement des affaires : Marie-Claude Rivard Collaborateurs : Hind Boughedaoui Émilie Laperrière Monique Polloni Impression : Greener Print Solutions Le magazine Dossier est imprimé sur du papier recyclé.

Vous pouvez également consulter la version en ligne de Dossier à l’adresse : http://issuu.com/ dossiermagazine Le magazine Dossier est publié par la Société de développement économique de la Colombie-Britannique (SDECB) avec le soutien financier d’Emploi et Développement social Canada.

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Six mois déjà se sont écoulés depuis la parution du premier numéro de Dossier. Bien reçu par la clientèle visée (en majorité des travailleurs qualifiés désirant immigrer en Colombie-Britannique), Dossier n’en demeure pas moins un outil en constante transformation, comme il sied à un magazine aussi jeune. Ainsi, vous constaterez que nous avons modifié la mise en page afin d’améliorer la lisibilité de certaines sections, bonifié la présentation des profils et étoffé la section présentant des données statistiques sur l’industrie qui fait l’objet de notre dossier biannuel. Ces modifications, qui demeurent malgré tout mineures, visent d’abord et avant tout à nous permettre de mieux rencontrer notre objectif principal, à savoir la présentation claire des multiples avantages de la ColombieBritannique comme terre d’accueil pour les travailleurs qualifiés en provenance de pays francophones.

Cela va de soi, ces changements ne mettent pas en péril l’équilibre entre articles de fond à tendance économique et portraits de travailleurs qualifiés qui définit le magazine. Ainsi, dans ce numéro, vous pourrez en apprendre davantage sur l’industrie minière en Colombie-Britannique (la seconde en importance dans la province), tout en consultant les portraits de quelques-uns des nombreux travailleurs qualifiés établis en Colombie-Britannique et qui sauront vous inspirer. Les amateurs de plein-air seront également emballés en lisant notre reportage sur le vélo de montagne à Whistler, une activité qui gagne un peu plus en importance à chaque année. Enfin, notre section consacrée aux profils de six nouveaux arrivants venus tenter l’aventure dans notre coin du monde est désormais un incontournable du magazine. Bonne lecture ! Donald Cyr Directeur général, Société de développement économique de la Colombie-Britannique


Portrait

Dr. Loubna Akhabir et la recherche en génétique

Grande chercheuse de l’infiniment petit HIND BOUGHEDAOUI

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es yeux qui pétillent, la passion au bout de lèvres, le docteur Loubna Akhabir est une scientifique qui en inspirerait plus d’un ! Aînée d’une fratrie de trois enfants, elle est née au Maroc, de parents berbères. Détentrice d’un doctorat en génétique et parfaitement trilingue, elle a posé ses valises à Vancouver, il y a de cela 12 ans. Les personnes qui souffrent d’asthme et d’allergies verraient sûrement en elle le messie qui viendra les délivrer de tous leurs maux. En effet, le docteur Akhabir concentre depuis plusieurs années ses recherches sur les origines génétiques de l’asthme et des pathologies qui lui sont associées, comme la rhinite allergique. Une quête qui changerait la vie de près de 300 millions de personnes atteintes d’asthme dans le monde. Chercheuse postdoctorale au Centre for Heart Lung Innovation de l’hôpital Saint-Paul de Vancouver, elle a soutenu sa thèse en 2014 et poursuit depuis ce qu’elle a initié avec son doctorat sur « L’analyse fonctionnelle des polymorphismes des gènes de l’asthme : TSLP et IL1RL1 ». Elle s’est même spécialisée en génétique statistique, avec pour objectif de développer un jour un appareil révolutionnaire dans le traitement de l’asthme.

photo : Hind BougHEDAOUI

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« J’ai eu envie de pleurer la première fois que je suis rentrée dans un laboratoire à Montréal. Même si je suis allée dans une université spécialisée et eu la chance de travailler en laboratoire, j’ai été très impressionnée par le matériel et les moyens à disposition. C’était au-delà de mes espérances. »

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Des études à l’immigration

La quête d’une chercheuse

Née en 1977 à Casablanca, Loubna Akhabir a très tôt pressenti que sa destinée serait celle d’une scientifique. Alors qu’elle n’était encore qu’au lycée, c’est son enseignante de biologie naturelle, généticienne de formation, qui l’initie à ce qui deviendra sa carrière. Elle déclarera à partir de là, avec un entêtement d’adolescente, qu’elle serait chercheuse en génétique. Son Bac scientifique en poche, elle s’inscrit à l’université Hassan II dans la paisible ville côtière de Mohammédia. Quatre années d’un apprentissage passionnant qui la conforteront dans sa certitude : elle ne s’est pas trompée dans son choix ! Déterminée à continuer sur sa lancée, elle s’inscrit dans un programme d’études qui sera malheureusement annulé à la dernière minute, faute de fonds nécessaires. Déçue mais pas surprise – la recherche génétique étant une discipline particulièrement coûteuse –, elle ne se laisse pas démonter pour autant et se lance dans le marché de l’emploi. Mais dans un coin de sa tête, elle rêve du Canada, où son frère est déjà établi. Elle envoie un message à un professeur du centre hospitalier de l’université de Montréal pour intégrer son équipe. En quelques mois seulement, visa en poche, elle s’envole, à 22 ans, vers sa destinée. S’en suivent neuf mois d’études sur l’asthme et le virus syncytial qui la laissent au premier abord sans voix : « J’ai eu envie de pleurer la première fois que je suis rentrée dans un laboratoire à Montréal. Même si je suis allée dans une université spécialisée et eu la chance de travailler en laboratoire, j’ai été très impressionnée par le matériel et les moyens à disposition. C’était au-delà de mes espérances. Faire de la génétique au Canada, c’est exceptionnel. » Puis la naissance de sa fille, les nécessités du quotidien et le besoin de travailler ont retardé de quelques années les débuts de son doctorat en génétique, qu’elle finira par soutenir avec succès en 2014.

On aurait pu penser que son amour pour le style de Gabriel Garcia Márquez et pour la littérature de science-fiction aurait constitué un obstacle dans sa carrière scientifique. Que nenni ! Loubna a adopté avec brio les procédures et l’écriture scientifiques, lesquelles demandent rigueur et précision. Des compétences dont elle ne se doutait pas en épousant la profession : « Pendant mes années d’études, je ne savais pas que ma carrière demanderait autant de compétences différentes : il faut savoir écrire, être prêt à rédiger de nombreux manuscrits scientifiques, demandes de fonds, rapports, demandes d’autorisation d’éthique, faire des présentations à l’oral, avoir de bonnes capacités de négociation, gérer des discussions difficiles, diriger une équipe et faire un budget. » Ce qu’elle a su maîtriser à la perfection, puisqu’au fil des années elle a reçu pas moins de neuf prix et rédigé 13 articles détaillant les tenants et les aboutissants de sa recherche. Loubna ne s’arrête pas là et pousse sa passion jusqu’à une spécialisation en génétique statistique, une discipline qui lui permet d’analyser elle-même les données colossales qu’elle recueille pour établir ses conclusions. Elle présente cette discipline, avec cette énergie positive qui la caractérise, comme « l’avenir de la génétique ». Grâce à la technologie actuelle – beaucoup moins coûteuse qu’il y a dix ans, lorsque le génome de Craig Vanter a été séquencé pour un million de dollars –, le séquençage est beaucoup moins cher et surtout plus précis et profond. Ce qui implique de manipuler des données faramineuses qu’il est humainement impossible d’analyser sans l’intervention de la machine et des statistiques. Il y a quelques années, il était encore envisageable pour un scientifique de confier l’analyse à un statisticien non spécialiste. Aujourd’hui, la complexité et le foisonnement des données obligent les experts à traiter eux-mêmes les informations.


Et ce n’est pas fini ! C’est l’objectif à la fois réaliste et superbe de cette spécialisation qui fascine. Le docteur Loubna Akhabir et son équipe imaginent que, dans une vingtaine d’années tout au plus, ils pourront rassembler toutes les variations génétiques collectées pour les intégrer dans un appareil qui permettra, à la naissance d’un enfant, de conseiller les parents sur les habitudes de vie à adopter. Cela aura pour avantage d’éviter, voire d’éliminer, le déclenchement de l’asthme chez leur descendance. En effet, une simple goutte de sang permettrait de déterminer si un enfant bénéficierait, durant sa première année de vie, de la présence d’un animal de compagnie, d’un allaitement de trois ou six mois, etc.

Un appareil remarquable qui traduirait tous ses efforts en laboratoire en réalités cliniques. Il s’inscrirait aussi dans la droite lignée de ses convictions : « J’aime travailler dans un hôpital parce que cela me donne certes accès à des échantillons, mais surtout me rappelle au quotidien la raison pour laquelle je fais cette recherche. Ce n’est pas de la curiosité intellectuelle, qui m’anime de toute façon, mais c’est de voir les patients tous les jours et de se rappeler que notre objectif c’est de trouver des solutions à leurs maux. »

La douceur de la côte Ouest Outre sa forte implication professionnelle et ses succès emplis d’humilité, Loubna apprécie particulièrement sa vie à Vancouver. Très attachée à ses racines et à ses souvenirs de jeunesse, chargés des embruns de son bout d’Atlantique, elle se sent ici comme à la maison : « Chaque été depuis que je suis à Vancouver, aller à la plage me rend nostalgique et me rappelle des choses bien douces. Comme la plage en face de chez mes parents. Je ne m’imagine pas vivre dans un endroit où la mer est trop éloignée. Se poser sur la plage, respirer l’air marin, admirer les vagues rouler… c’est quelque chose de très spécial. J’ai presque envie de dire que Vancouver est la plus belle ville du Canada pour moi. » D

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NOTRE DOSSIER : INDUSTRIE MINIÈRE

Mines : lumière au bout du tunnel ? L’INDUSTRIE MINIÈRE EST UN SECTEUR CLÉ DE LA COLOMBIE-BRITANNIQUE, ET LE DEUXIÈME PLUS IMPORTANT DE LA PROVINCE. MALGRÉ UNE AUTRE ANNÉE DIFFICILE, PRINCIPALEMENT EN RAISON DE LA BAISSE DES PRIX DES MÉTAUX, LES ACTEURS DU MILIEU SONT CONFIANTS QUE L’INDUSTRIE REVIENDRA AU BEAU FIXE. -30-

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Émilie Laperrière

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’industrie minière canadienne (parfois dénommée secteur des minéraux et des métaux) est essentielle à la vie de tous les jours de ses habitants. Celle-ci inclut l’exploration minérale, les mines de métaux, de nonmétaux et de charbon, les sablières et les carrières, l’exploitation de sables bitumineux, les fonderies, les aciéries, de même que les affineries. La Colombie-Britannique est reconnue mondialement comme un centre d’exploration et de développement miniers. Certains des plus grands producteurs de la planète y ont élu domicile, avec des opérations partout à travers la province et ailleurs dans le monde. La province regroupe d’ailleurs 58 % des 1 500 sociétés minières cotées en bourse, selon l’Association de l’exploration minérale de la Colombie-Britannique (AME BC). La Colombie-Britannique est le plus grand producteur de cuivre au Canada, son plus grand exportateur de charbon métallurgique et son seul producteur de molybdène. Elle produit également des quantités significatives d’or, d’argent, de plomb, de fer ou de zinc (voir données statistiques de production en page 15). On y retrouve aussi plus de 30 minéraux industriels, comme le gypse, le magnésite ou le calcaire. De nombreuses carrières produisent en outre du sable, du gravier ou de la roche concassée. L’industrie minière en est néanmoins une cyclique, qui varie grandement en fonction du prix des matières. « L’effondrement du prix du charbon métallurgique et du cuivre — deux métaux qui représentent 70 % des revenus miniers totaux de la province — sont en baisse, ce qui affecte les projets des producteurs miniers. Des minières ont même fermé leurs portes dans les derniers mois », constate Pierre Gratton, président et chef de la direction de l’Association minière du Canada (AMC). Bryan Cox, vice-président aux affaires corporatives de l’Association minière de la Colombie-Britannique (MABC), abonde dans le même sens. « Les temps sont durs à l’échelle mondiale. La province compte 23 mines, dont huit qui ne sont pas en opération en ce moment. Six autres étaient quant à elles en processus de fermeture cet été », précise-t-il. Sans vouloir sonner alarmiste, Garth Kirkham, président du conseil de l’Institut canadien des mines, de la métallurgie et du pétrole, souligne de son côté que la période de ralentissement est plus longue qu’à l’habitude. « Les temps sont durs. Les travailleurs ont de la difficulté à rester dans l’industrie. L’accès au financement pour de nouveaux projets est aussi difficile pour l’instant. » Même si la reprise se fait attendre, les trois intervenants assurent que les activités vont reprendre. « On ne sait juste pas quand! On ne peut qu’espérer que ce sera pour bientôt et se préparer pour quand ça arrivera », lance Pierre Gratton.

Une histoire intimement liée à celle du Canada L’industrie minière est loin d’en être à ses débuts dans la province. Son histoire au Canada est très longue et pleine de rebondissements. Avant l’arrivée des premiers explorateurs, les Autochtones utilisaient déjà certains minéraux pour fabriquer les outils nécessaires à leur survie. La Colombie-Britannique a aussi été le théâtre de deux ruées ver l’or importantes, avant même la plus célèbre du Klondike. En 1858, la découverte d’or le long de la rivière Thompson et du fleuve Fraser a provoqué une frénésie qui n’avait pas été vue depuis dix ans, à l’époque de la ruée vers l’or en Californie. Quelque 30 000 chercheurs d’or, venus principalement du sud de la frontière à la recherche du nouvel Eldorado, ont envahi les rives du fleuve Fraser, entre les villes de Hope et de Yale, jusqu’aux municipalités de Fountain et Pavilion. Une colonie a rapidement été créée pour composer avec l’arrivée des mineurs étrangers. La population de Victoria est alors passée de 500 habitants à des dizaines de milliers de personnes d’un coup. Du jour au lendemain, la prospection de l’or a éclipsé le commerce des fourrures et toute autre activité économique de la future Colombie-Britannique. Ce boom devait prendre fin vers 1860. d o s s i e r | vol . 01

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Lorsque de l’or a été découvert sur la rivière Horsefly, les prospecteurs ont emballé pelle et pioche pour aller plus au nord. C’était le début de la ruée vers l’or de Cariboo, qui a duré de 1860 à 1863. Bon nombre de villages qui avaient été établis pour loger et servir les travailleurs ont été abandonnés après l’épuisement des ressources. La ruée vers l’or de Cariboo a malgré tout contribué au peuplement de la partie centrale de la province, en plus de favoriser la construction de routes dans la région. Un peu plus tard, la construction du chemin de fer Canadien Pacifique et de celui de la Grand Trunk Pacific Railway Company ont favorisé le développement de l’activité minière. Certaines compagnies sont d’ailleurs établies depuis bien longtemps dans la province. C’est le cas notamment de la Consolidated Mining and Smelting Company of Canada (qui deviendra Cominco en 1966), fondée en 1906. Teck Ressources, la plus grande société minière diversifiée du Canada, a de son côté soufflé ses 100 bougies en 2013.

De la première ruée vers l’or jusqu’au début des années 1960, la plupart des activités minières étaient souterraines. La faisabilité d’une mine à ciel ouvert a ensuite considérablement augmenté, et plusieurs mines à ciel ouvert d’envergure ont vu le jour, comme la Highland Valley Copper (opérée par Teck), la plus importante au Canada. Elle est encore en opération aujourd’hui, et devrait l’être jusqu’en 2027. L’histoire minière a malheureusement aussi été le théâtre de conflits, en particulier avec les Autochtones. L’an dernier, le désastre à la mine Mont Polley gérée par Imperial Metals (où une brèche a entraîné le déversement de 24 millions de mètres cubes d’eau contaminée dans la région de Cariboo) a en outre jeté une ombre au tableau de la province.

Des opportunités dans toutes les régions L’activité minière se retrouve dans toutes les régions de la ColombieBritannique, selon Bryan Cox. « C’est une industrie de 8,2 milliards de dollars et 0,5 milliard de redevances est redonné annuellement au gouvernement. Elle a un très grand impact et compte 10 000

travailleurs, en plus de fournir 20 000 emplois indirects. » Pierre Gratton mentionne plutôt spontanément la ville qui a été l’hôte des Jeux olympiques de 2010. « Vancouver est un pôle mondial pour l’exploration. Il y a une concentration d’expertise, les universités ont des écoles importantes pour le secteur minier et il y a beaucoup de recherche qui s’y fait. Au centreville, on retrouve des centaines de compagnies minières et d’exploration, incluant quelques grands noms comme Teck Ressources, GoldCorp et Panamerican Silver. Des entreprises internationales ont aussi leur siège social ici », souligne-t-il. Vancouver n’est toutefois pas la seule région qui fait des affaires d’or. « Au nord-ouest, une région qui est très importante du point de vue géoscientifique, il y a énormément d’exploration, précise-t-il. Le gouvernement y a construit de nouvelles lignes électriques pour étendre son réseau et rendre les projets en région éloignée plus rentables. Le sud-est, comme le nord-est de la province, sont quant à eux bien connus pour leurs réserves de charbon métallurgique (qui sert à la fabrication de l’acier). Le cuivre traverse de son côté l’intérieur de la province du sud au nord, et une série de mines se retrouvent tout le long du corridor Prince George, comme Mont Polley ou Mont Milligan ».

Un milieu stable et des infrastructures bien développées La Colombie-Britannique est un leader dans le secteur, de l’avis de Garth Kirkham. « L’institut Fraser fait une enquête chaque année sur les sociétés minières et dresse le palmarès des régions en fonction de leur force d’attraction des investissements. La province se classe habituellement assez haut », dit-il. « Le gouvernement a aussi mis en place il y a quelques années des bases de données contenant des informations géologiques que 10

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les compagnies ne rechercheraient habituellement pas, en raison des investissements importants requis. Ces études sont publiques, et c’est une source inestimable d’information pour les explorateurs miniers. » Jacques Perron, président et chef de la direction de Thompson Creek Metals, la société minière nord-américaine qui pilote le projet Mont Milligan, la première mine à ciel ouvert à voir le jour en Colombie-Britannique depuis 1998, estime qu’une des forces du Canada est son milieu politique stable. « Comparativement à d’autres pays, les gouvernements ne mettent pas en place de nouvelles lois ou ne changent pas la réglementation à tout moment. » Il ajoute que les infrastructures de la province donnent un coup de pouce à l’industrie. « La Colombie-Britannique est un bon endroit pour faire du développement minier. On a accès aux sites miniers par route, BC Hydro nous fournit de l’électricité à faible coût, et il y a de belles communautés dans les environs, donc on est aussi capable d’avoir des services. » Le parachèvement récent par BC Hydro de la ligne de transmission Northwest de 344 km étend d’ailleurs l’accès à l’électricité jusqu’à la partie nord-ouest de la province, où le potentiel d’exploration est grand. Les entreprises minières peuvent compter sur un réseau d’infrastructures bien développé, comprenant des autoroutes, des ponts, des ports et des chemins de fer. Flanquée de l’océan Pacifique, la Colombie-Britannique est en outre bien positionnée pour accéder aux marchés mondiaux, en particulier ceux de l’Asie. Les sociétés minières, grandes ou petites, bénéficient également de crédits d’impôts ou de mesures fiscales avantageuses, comme le crédit d’impôt pour l’exploration minière ou l’allocation pour une nouvelle mine.

Des projets en développement « Dans les dix dernières années, on a connu une certaine renaissance du secteur minier. Il y a beaucoup d’exploration et de découvertes en Colombie-Britannique depuis une décennie », explique Pierre Gratton. Plusieurs projets sont en développement, dont quelquesuns devraient voir le jour sous peu. « Red Chris, une mine de cuivre et d’or dans le Nord-Ouest de la province et à environ 130 kilomètres de la frontières de l’Alaska, est à la fin de sa construction, on en est même à commencer la production », donne-t-il en exemple. De fait, le projet d’Imperial Metals a reçu le feu vert du gouvernement en juin 2015, malgré certaines préoccupations environnementales. Jill Tsolinas, directrice générale du BC Centre of Traning Excellence in Mining (CTEM), affirme aussi que plus que dans toute autre province canadienne, de nombreux projets sont en cours. Ces derniers en sont à différentes étapes de développement, que ce soit au permis gouvernemental, à l’approbation environnementale ou à la mise en service.

« La mine Kitsault, près de Nass Pacifique, est un autre projet bien avancé. Alloycorp Mining a reçu les approbations environnementales et signé une entente avec la nation Nisga’a », ajoute M. Gratton. L’entreprise est maintenant prête à amorcer sa production annuelle, qui devrait atteindre environ 11 600 tonnes de molybdène et plus de 1 million d’onces d’argent en 2017. Garth Kirkham mentionne pour sa part le projet Mont Milligan, une mine de cuivre et d’or en production [NDLR : voir notre portrait de la mine en page 12]. Il ajoute : « Le charbon métallurgique est très présent ici. La production d’acier tourne au ralenti, mais devrait revenir en force prochainement. » Confiant, le gouvernement de la Colombie-Britannique compte ouvrir un Bureau de permis des mines d’envergure (Major Mines Permitting Office), en prévision de l’ouverture de dix mines importantes dans les prochaines années. Cette dizaine de projets comprend entre autres la mine aurifère Brucejack, gérée par la société minière Pretivm, et le projet d’exploitation d’or et de cuivre KSM de Seabridge Gold.

Une main-d’oeuvre vieillissante Les mines sont le secteur le plus payant de l’économie canadienne. Les travailleurs miniers sont également bien rémunérés. « Ça nous permet d’attirer des talents. Par contre, certains projets sont en région éloignée, ce qui rend l’embauche un peu plus difficile », admet Pierre Gratton. L’industrie recrutera de nouveaux employés dans les prochaines années, s’il faut en croire Bryan Cox. « La maind’oeuvre est vieillissante. C’est vrai pour tous les secteurs, mais c’est un défi particulièrement important pour l’industrie minière, où la moyenne d’âge est plus élevée. Peu importe la croissance, on aura besoin de sang neuf dans toutes les régions. »

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Une mine bien de son temps En 2013, la mine de cuivre et d’or Mont Milligan était la première mine à ciel ouvert à voir le jour en Colombie-Britannique depuis quinze ans. Entre temps, les façons de faire ont bien changé. Gros plan sur une mine du XXI e siècle.

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Émilie Laperrière

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ituée à mi-chemin entre Mackenzie et Fort St-James, la mine Mont Milligan est une mine à ciel ouvert traditionnelle, avec camions et pelles. Elle emploie 350 personnes à temps plein, et sa durée de vie prévue est de 22 ans. La mine représente cependant un point tournant pour Thompson Creek Metals (TC), une société nord-américaine axée principalement sur le molybdène — un additif dans la fabrication des alliages d’acier — qui devient ainsi une compagnie minière diversifiée.

À la fine pointe La technologie est essentielle dans l’industrie minière d’aujourd’hui pour avoir un meilleur niveau de production et un meilleur contrôle des activités. Mont Milligan ne fait pas exception. « Seulement pour la construction, Mont Milligan a coûté 1,6 milliard $ entre 2010 et 2013. On utilise les meilleures technologies. Tous les gadgets que les jeunes ingénieurs veulent avoir, on les a », s’enorgueillit Jacques Perron, président et chef de la direction de Thompson Creek. L’usine est dotée de systèmes experts de contrôle. « Les paramètres de l’usine sont automatiquement gérées par ordinateur, au lieu d’avoir des travailleurs qui les ajustent constamment », explique-t-il. Plusieurs systèmes fonctionnent aussi avec des caméras. Elles observent ce qui se passe et ajustent la consommation d’air ou les réactifs pour maximiser les récupérations de métaux.


Le broyeur de minerai semi-autogène (SAG) utilisé par Thompson Creek est également l’un des seuls du genre dans le monde et le plus grand en Amérique du Nord. « Dans la mine, tous nos équipements miniers ont des systèmes de communication par GPS. On n’a donc pas besoin d’avoir de nombreux arpenteurs pour prendre les mesures du chantier. Toutes les tâches routinières sont automatisées ou informatisées. Notre travail est ainsi plus précis et la production de nos équipements et de notre personnel est plus grande », note le chef d’entreprise.

Des mesures vertes Pour pouvoir opérer Mont Milligan, la compagnie a dû implanter un système de gestion environnemental équivalent à ISO 14001. « Concrètement, ça nous permet d’avoir un meilleur contrôle de nos activités et une meilleure gestion environnementale, ce qui réduit nos impacts sur l’environnement », précise Jacques Perron. La mine couvre ainsi moins de cinq kilomètres carrés, afin de minimiser son empreinte écologique. Pour protéger l’eau et la faune, Thompson Creek recycle également l’eau utilisée dans ses opérations pour une utilisation continue sur place. Le plan de fermeture de la mine a en outre été établi dès la conception.

DE PLUS EN PLUS DE FEMMES Il n’y a pas d’incitatifs pour attirer les femmes chez TC. Malgré tout, deux femmes siègent au conseil d’administration de l’entreprise, sur un total de huit personnes. « C’est un des pourcentages les plus élevés en Amérique du Nord, se réjouit Jacques Perron. Même sans mesures spéciales, 15 % des travailleurs à la mine Mont Milligan sont des femmes. On essaie d’en attirer de plus en plus, parce que ça améliore généralement les relations de travail. »

De nombreux défis Comme pour l’industrie minière en général, l’avenir est incertain pour la compagnie de 770 employés. « On continue de développer nos projets malgré tout. Les prochaines années seront correctes, mais ce ne seront pas les meilleures en ce qui a trait aux investissements et au financement. On devrait néanmoins bien s’en tirer », assure Jacques Perron. En plus de Mont Milligan, où l’entreprise concentre ses forces, quelques autres projets d’exploration sont en cours en

Colombie-Britannique. En raison des conditions difficiles, TC ne prévoit toutefois pas embaucher de nouveaux employés, sauf pour remplacer les départs. « On a par exemple besoin d’opérateurs de machinerie lourde, d’opérateurs d’usine, de mécaniciens et d’électriciens. » Aux dires de Jacques Perron, TC est confrontée à deux défis principaux. Elle doit d’abord atteindre vers la fin de 2015 les objectifs de production ultimes à Mont Milligan, qui a été conçue pour produire 60 000 tonnes de minerai par jour. L’entreprise devra ensuite s’attaquer à sa dette de 850 millions de dollars. « Mont Milligan est un des projets qui a les coûts de production par livre de cuivre les plus bas au monde, ce qui nous permet de tirer notre épingle du jeu. On offre aussi à nos employés un environnement agréable, compétitif, où les gens peuvent se développer. Ça nous donne l’occasion d’attirer une main-d’oeuvre de qualité et d’avoir des opérations plus productives que nos compétiteurs. »

Une affaire de famille Jacques Perron n’en est pas à ses premiers balbutiements dans l’industrie minière. Originaire de Rouyn-Noranda [NDLR : en Abitibi, une région minière du Québec], il a suivi les traces de son père et de son grand-père, qui ont travaillé dans le secteur toute leur vie. « J’ai grandi à l’ombre des cheminées de la mine. Les mines font partie de ma vie depuis que je suis jeune », confie-t-il. Après des études en génie minier à l’école Polytechnique de Montréal, il est revenu en Abitibi pour travailler. « J’ai roulé ma bosse un peu partout en Jacques Perron Amérique depuis plus de 30 ans. Je ne connais pas autre chose que l’industrie minière ». Avant de devenir PDG de Thompson Creek en octobre 2013, il était depuis six ans président et chef de la direction de St. Andrews Goldfields, une compagnie aurifère près de Timmins, en Ontario.

UnE plus grande sensibilité Jacques Perron est un francophone à la tête d’une entreprise où l’on travaille dans la langue de Shakespeare. S’il ne croit pas que sa langue maternelle ait une incidence sur sa façon de gouverner, il estime néanmoins que cette réalité lui apporte une plus grande sensibilité. « Quand on a grandi au Québec à travers toutes les périodes tumultueuses et la difficulté de développer la francophonie dans un monde anglophone, ça nous donne une perspective différente à propos des minorités. Quand vient le temps de négocier avec les Premières Nations ou avec les petites communautés, je comprends mieux leurs frustrations et leurs réticences envers les grosses sociétés ou le gouvernement », conclut-il. d o s s i e r | vol . 01

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SUITE DE LA PAGE 11 Certaines périodes plus difficiles dans le passé ont vu le nombre de diplômés reliés à l’industrie diminuer, notamment en génie minier ou en géologie. Les conséquences se font sentir aujourd’hui, alors que les baby-boomers commencent à prendre leur retraite. Avant leur départ, ces derniers devront devenir des mentors pour la prochaine génération. C’est toutefois une belle opportunité pour les jeunes de 20 ans, qui pourront faire une plus grande différence dans le secteur minier.

Une mine d’opportunités Les intéressés par une carrière dans les mines devraient être accueillis à bras ouverts. « On embauchera tous les genres de travailleurs, de l’ingénieur au géologue, et de l’opérateur minier au directeur. Des postes indirects seront aussi à combler. On pense ici aux avocats, aux comptables ou même aux exploitants de restaurants. Ce ne sont pas seulement les diplômés universitaires qui seront requis, la main-d’oeuvre technique devra être également renouvelée », détaille Garth Kirkham. Comme l’industrie est cyclique, elle peine à combler les postes lors d’un boom minier, comme ça a été le cas à Fort McMurray, où les travailleurs sont venus de partout au pays, de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique, en passant par le Québec et l’Ontario. Quand les affaires tournent au ralenti et que la demande diminue, les travailleurs se tournent alors vers d’autres secteurs. « Les gens vont où il y a de l’emploi », résume M. Kirkham. Avant, on construisait une ville autour d’une mine. Plusieurs municipalités britanno-colombiennes ont été formées pour cette raison et existent encore aujourd’hui. Maintenant, on construit un camp minier temporaire, où les travailleurs s’activent jusqu’à la fermeture de la mine. Notre secteur est vraiment basé sur l’offre et la demande. » Face à cette réalité, les organismes agissent de concert. Un certain nombre de programmes ont été instaurés pour attirer

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et retenir les talents de demain. « Nous avons notamment formé le CTEM, un groupe qui travaille avec les écoles, les gouvernements et les communautés pour s’assurer que la formation est adaptée aux besoins changeants du secteur, identifier les sources d’emploi disponibles et fournir de l’information sur l’industrie minière à ceux qui sont en recherche d’emploi », illustre Bryan Cox. La demande pour les formations étroitement liées à l’industrie minière ne se dément pas. « On parle surtout de cours techniques, qui débouchent par exemple sur des emplois de technicien minier. Les sociétés minières recherchent des candidats qui travaillent bien en équipe et qui sont aptes à communiquer, qui veulent apprendre de nouvelles habiletés, qui ont une éthique de travail forte et qui mettent la sécurité à l’avant-plan », précise Jill Tsolinas. MineralsEd, un organisme soutenu par l’industrie qui a pour mission d’enseigner les sciences de la terre, les ressources minérales et l’exploitation minière aux élèves du primaire et du secondaire, joue aussi un rôle important en ColombieBritannique. De concert avec l’industrie minière, il gère de nombreux programmes pour les professeurs et les étudiants, pour bien informer le public et stimuler l’intérêt des jeunes à faire carrière dans l’industrie des minéraux. L’organisme organise entre autres des ateliers de développement professionnel pour les professeurs et des services de placement d’emploi pour les étudiants du secondaire. Selon le CTEM, les opérateurs miniers, les foreurs, les dynamiteurs, les opérateurs de machines et de traitement du minerai, les techniciens en géologie et en minéralogie, de même que les superviseurs de mines et de carrières sont parmi les emplois les plus recherchés. Pour avoir une idée de toutes les carrières que l’industrie minière peut offrir, le document préparé par le CTEM, qui inclut aussi des portraits de travailleurs démystifiant leur métier, peut être d’une aide précieuse.

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1190 975 420 110 EMPLACEMENT DES PRINCIPALES MINES ET TYPE D’EXPLOITATION Métiers

Professionnels

Techniciens

Administratifs

BESOINS ANTICIPÉS Main-d’oeuvre qualifiée (2022) Au Au

Ag

300

Cu

Mo

Cu

Au

Ag

Ag Au

Au 4 529 Ag 81 126

9 044 772 30 566 480

Mo

Ag

Pb 1 039 442

Zn

Zn

Mo

Cu

Pb

Au

Au Cu Ag

226 794 371

Pb 2 104 870

81 275 526 242 800 911

2

200

Zn 59 298 971

PRINCIPAUX MÉTAUX ET UTILISATION

Ag

Au

1 803 015 247

Cu

100

Pb

En raison de sa masse atomique élevée, le plomb est utilisé dans la confection des tabliers qui servent à protéger les patients et les techniciens lors des examens radiologiques.

Ag

Les cellules photovoltaïques de la plupart des panneaux solaires utilisent une pâte d’argent pour faciliter la conversion de l’énergie du soleil en énergie électrique.

Mo

On utilise le molybdène dans les équipements d’imagerie moléculaire où il permet de détecter les processus biochimiques qui se produisent à l’intérieur du corps humain.

Cu

Le cuivre joue un rôle de premier plan dans la fabrication des tiges d’alimentation des autobus électriques qui circulent dans de nombreuses villes (dont Vancouver).

Au

L’or est un métal non corrosif possèdant d’excellentes propriétés de conduction, ce qui en fait un métal idéal pour les circuits électriques des appareils électroniques.

Zn

Les piles en zinc, la plupart du temps rechargeables, sont de plus en plus utilisées pour fournir une source d’énergie versatile et à coût relativement peu élevé.

1 Cu

N/A

kg

PRODUCTION (2012)

$

Mo

REVENUS (2012)

SOURCES : http://www2.gov.bc.ca/gov/content/industry/mineral-exploration-mining/exploration-in-bc GRAPHISME : Joël Tremblay d o s s i e r | vol . 01

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SUITE DE LA PAGE 14

DES COMMUNAUTÉS ENGAGÉES En Colombie-Britannique, plusieurs gisements se trouvent sur les terres ancestrales des Autochtones ou tout près de leurs communautés. « Ce sont des employés potentiels qui sont là, et c’est aussi une façon d’obtenir leur appui et de travailler de concert avec eux, afin qu’ils participent au projet au lieu de s’y opposer », estime Pierre Gratton. Garth Kirkham pense que c’est une avenue intéressante pour combler le manque de main-d’oeuvre. « Les Autochtones ont tout intérêt à s’impliquer dans les projets et à voir leurs jeunes éduqués bénéficier de conditions d’emploi intéressantes. » En pourcentage de la population active, plus d’Autochtones travaillent dans le secteur minier que dans tous les autres secteurs de l’économie (ils sont environ 6 % dans le secteur minier contre 4 % dans l’ensemble des secteurs). En août 2010, la ColombieBritannique est également devenue la première province canadienne à partager les redevances collectées auprès de certains projets miniers avec les Premières Nations. Ce sera notamment le cas avec la mine Mont Milligan. Ces ententes de développement économique et communautaire constituent un pas important vers l’amélioration des relations entre les Premières Nations et les compagnies minières. Au cours de l’exploitation, les sociétés minières peuvent quant à elles mettre en œuvre différentes initiatives de formation, comme des programmes pour contrer le décrochage, des bourses d’études, des stages ou encore des programmes de littératie en milieu de travail. Grâce à la formation et à l’expérience de travail, les compétences acquises dans le secteur de l’exploitation minière peuvent ensuite être transférées vers d’autres secteurs de l’économie après la fermeture d’une mine.

Peu d’appelées et peu d’élues

Une industrie « obsédée » par la sécurité

Les femmes ne représentent qu’un maigre 18 % de la main-d’oeuvre minière, et ce pourcentage chute considérablement pour quelques métiers non-traditionnels. Selon l’organisme Women in Mining Canada, qui vise à faire avancer les intérêts des femmes dans le secteur minier, seulement 12,3 % occupent des postes à haute responsabilité. Au fil des ans, des mesures ont néanmoins été instaurées pour former, attirer et retenir les femmes dans le secteur minier. « On a encore beaucoup de progrès à faire, mais ça s’améliore tranquillement », assure Pierre Gratton. « Les femmes sont sousreprésentées dans les mines », avance plutôt Garth Kirkham. Ce dernier est persuadé qu’il faut faire plus d’efforts et trouver des façons innovantes pour augmenter le nombre de femmes. « Il y a aussi du travail à faire dans les postes de direction et les conseils d’administration. Tout le monde est d’accord pour dire que quelque chose doit être fait, mais les mesures viennent présentement surtout des femmes elles-mêmes, qui sont en minorité. La conversation doit être mutuelle, et les solutions doivent venir aussi des hommes », va-t-il jusqu’à dire.

Jill Tsolinas trouve que c’est beau de voir à quel point les sociétés minières de la Colombie-Britannique sont « obsédées » par la sécurité et mettent ce critère à l’avant-plan. « L’industrie minière est l’industrie la plus sécuritaire au Canada, affirme d’ailleurs d’emblée Bryan Cox. Notre bilan le prouve. Le plan de santé et sécurité de la Colombie-Britannique instauré par le gouvernement provincial est suivi par tous les membres de notre association, qui prennent la question très au sérieux. » Jacques Perron vante aussi le fait que l’industrie minière canadienne mise sur la sécurité, mais relève un autre aspect intéressant. « Ici, on n’a pas à s’inquiéter que certains de nos employés se fassent kidnapper ou disparaissent comme c’est le cas ailleurs », souligne celui qui a aussi travaillé en Amérique du Sud où la sécurité des travailleurs est souvent un enjeu. Comme l’industrie a de plus en plus recours à la haute technologie et l’automatisation, les métiers miniers qui étaient autrefois très physiques et souvent dangereux sont devenus beaucoup plus sécuritaires.

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Des initiatives vertes Au tournant du siècle, les normes environnementales de l’industrie étaient vraiment moins restrictives. « Les anciennes pratiques ont eu un effet néfaste sur l’environnement, admet Garth Kirkham. On en ressent parfois encore les contrecoups. Au fur et à mesure de nos apprentissages — et des accidents qui sont survenus — , nous avons néanmoins corrigé les aspects les plus dommageables, de concert avec le gouvernement. » La province a effectivement ajusté le tir. « En ColombieBritannique, nous avons maintenant un sytème de régulation très rigoureux autant au niveau provincial que fédéral, et ce, des études environnementales jusqu’aux permis miniers. Le programme Towards Substainable Mining, conçu par l’Association minière du Canada, a aussi été mis en place. La MABC a été la première à y souscrire et à adopter ses mesures. Les compagnies minières atteignent et dépassent même souvent les exigences en place », promet Bryan Cox. Pierre Gratton, qui dirige l’organisation qui a conçu le programme de développement minier durable, abonde dans le même sens. « Ce n’est plus possible d’ignorer l’environnement de nos jours. Nos membres ont l’obligation de mettre en place des mesures et des stratégies pour protéger et promouvoir la biodiversité, de même que pour réduire les résidus miniers ».

Regard vers l’avenir

Des mines high-tech On est loin du temps où le mineur n’avait qu’une pelle et une pioche comme outils ! « La technologie est incroyablement importante dans l’industrie. L’ingénierie est une affaire très technique, et elle prend une grande place dans les mines. Ça sera de plus en plus vrai à mesure que les innovations progressent », explique Bryan Cox. Aujourd’hui, l’industrie minière repose en grande partie sur le savoir et la haute technologie. Les opérations minières sont souvent entièrement informatisées. Les ordinateurs et la micro-électronique sont utilisés dans tous les aspects du développement minéral : de la recherche à l’extraction, en passant par la transformation, l’utilisation et le recyclage des minéraux. Un mineur peut désormais être à un poste de travail en surface (ou même dans une autre ville !) et réussir à faire fonctionner de l’équipement minier situé à des milliers de mètres sous le sol. Modélisation géologique tridimensionnelle, contrôle à distance des activités minières, véhicules automatisés pour usage souterrain, technologie des satellites pour l’exploration : les minéraux sont découverts et extraits à l’aide des technologies. Pas étonnant que les travailleurs miniers se spécialisent aussi.

La hausse du dollar américain et le ralentissement de l’économie en Chine, qui est un des plus grands consommateurs de cuivre, de charbon et de zinc au monde, ont fait mal à l’industrie minière de la Colombie-Britannique. Pour demeurer compétitives, les compagnies minières devront à l’avenir mettre plus d’emphase sur la réduction des impacts environnementaux de leurs opérations. La baisse des prix des métaux, le besoin d’attirer de la maind’oeuvre qualifiée et diversifiée tout en planifiant de nouvelles explorations sont autant de défis majeurs que les sociétés minières devront relever. Si elles sont chanceuses, le cycle reviendra bientôt en leur faveur. Il le fait toujours, de toute façon.

Quelques chiffres de plus :

8,2 milliards $ :

Revenus de l’industrie minière en C.-B. en 2014

9 924 :

Nombre d’emplois directs en 2014

114 600 $ :

Salaire annuel moyen dans l’industrie en 2013

Source : PwC, étude The mining industry in British Columbia 2014

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Qualité de vie

Whistler

Sur deux roues

HIND BOUGHEDAOUI

À

seulement 120 kilomètres au nord de Vancouver, sur la pittoresque autoroute Sea to Sky Highway, se dresse la majestueuse municipalité de Whistler. On y dénombre une population de 10 447 résidents permanents. Petite bourgade tranquille nous direz-vous. Point du tout, puisque la célèbre municipalité accueille annuellement 2,7 millions de visiteurs, été comme hiver. photoS : HIND BOUGHEDAOUI

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Outre le ski qui en a fait la renommée, Whistler s’impose depuis plusieurs décennies comme le royaume incontesté du vélo de montagne, lequel attire tous les ans des milliers de férus de la discipline. Qu’il s’agisse de trentenaires à la recherche de sensations fortes, de familles désireuses de partager quelques heures de loisir ou de quadragénaires aguerris, tous les profils trouvent toujours chaussure à leur pied.


Une force associative unique Une histoire de passionnés Jusque dans les années 1960, Whistler, qui portait encore le nom d’Alta Lake, n’était qu’un territoire sauvage dominé par le massif montagneux de la Chaîne Côtière. Terre des Indiens Squamish, on y trouvait ici et là quelques cabanes... Jusqu’à ce qu’un groupe d’hommes d’affaires jette son dévolu sur le domaine, décidé à en faire le théâtre des Jeux olympiques de 1968. Le projet n’aboutira pas, mais il participera au développement rapide et prospère de la zone en domaine skiable d’excellence, le plus grand de toute l’Amérique du Nord. Au départ, c’est la saison hivernale qui en a fait toute la renommée, mais la beauté des lieux ne pouvaient rester inexploitée le reste de l’année. Dans les années 1980, les premiers cyclistes tentent quelques acrobaties exploratoires à l’aide de leurs frêles destriers sur les pistes encore vierges. Inutile de dire que les chemins étaient difficiles à pratiquer et que les vélos n’étaient pas vraiment conçus pour cette discipline naissante. Un réel défi !

De fil en aiguille, la pratique occasionnelle et expérimentale est devenue discipline fédératrice, à l’origine de la création, en 1989, de la Whistler Off Road Cycling Association (WORCA). Il s’agit d’une association communautaire qui réunit 1 800 membres, des passionnés qui participent entre autres à la préservation des chemins destinés au vélo de montagne, situés dans la vallée de Whistler. Florian Doche, 25 ans, originaire d’Annecy et amateur de vélo de montagne depuis ses 15 ans, est venu s’installer à Whistler au mois de mai 2015 pour vivre son rêve de vélo de montagne. Il s’enthousiasme quotidiennement sur la force associative de la communauté locale : « Ici au Canada, la grosse différence avec la France réside dans la puissance des associations locales qui mettent un point d’honneur à entretenir les chemins de vélo. La cotisation annuelle pour faire partie de l’association est de 50 $. Elle donne accès à plusieurs courses de loisir. On se rencontre, on s’affronte, puis on boit un verre dans une ambiance bon enfant. Et les personnes engagées à

l’année pour nettoyer les chemins sont soutenues par des bénévoles membres de la WORCA. Un gros travail de maintenance est réalisé par eux. C’est un travail colossal qu’on aime respecter en se mobilisant à notre tour. » On parle en effet de près de 300 km de chemins simples (single trail/track) et doubles (double trail/track). L’association se charge donc de la maintenance des chemins, mais organise plusieurs rencontres pendant l’été dont celle du jeudi soir : les Toonie Rides. Pour la modique somme de 2 $ (une pièce de 2 $ est communément appelée toonie), tous les membres sont invités à venir partager dans la joie les pistes, une collation et quelques verres. Les lundis et mercredis ne sont pas en reste non plus. Enfin, l’association organise tous les ans au mois de septembre une course baptisée la Westside Wheel Up, qui en est déjà à sa 22e édition ! Des activités que même les férus de vélo de montagne vivant à Vancouver à la semaine ne veulent pas manquer. À seulement 1h30 en voiture de Vancouver, il serait dommage de s’en priver !

Le paradis du vélo de montagne Le Bike Park, propriété de Whistler Blackcomb, voit le jour en 1998. Domaine situé dans le village de Whistler, il représente la zone payante et privée, différenciée du reste de la vallée, laquelle est gratuite. Le parc bénéficie d’une remontée mécanique et compte plus de 70 pistes de niveaux différents et terrains variés. On peut tout y pratiquer : du cross country (pour les vélos relativement légers, sur terrain vallonné avec quelques descentes techniques), à l’enduro (course en circuit chronométrée en descente pour des vélos plus lourds), en passant par le downhill (comme son nom l’indique une épreuve de descente technique pour gros vélos). Tous y trouvent leur compte. Pas étonnant avec plus de 80 km de pistes ! d o s s i e r | vol . 01

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Lorsque Florian Doche a découvert pour la première fois le domaine, il n’a pu que constater la merveilleuse réalité : « Le Bike Park est mythique. Ce sont des pistes énormes. Tout est très bien entretenu. C’est un des meilleurs endroits au monde pour le vélo. N’importe quel passionné de vélo de montagne se doit un jour de venir à Whistler, ou encore North Vancouver, Squamish ou Pemberton. La vallée Sea to Sky représente quand même les origines de la discipline. Whistler est un des arrêts obligatoires ! C’est clairement un des paradis du vélo de montagne. » Aujourd’hui, il est loin d’être le seul à utiliser le Bike Park qui a accueilli plus de 125 000 adeptes lors de la saison qui se termine. Un établissement tout aussi privé, la Bike School, propose des forfaits et des cours adaptés aux besoins des débutants comme des experts. Une gamme riche conçue pour former tous les profils. Outre les cours pensés pour les débutants, ils proposent par exemple l’Elevation Camp, un camp de deux jours, conçu pour les cyclistes intermédiaires à experts qui veulent apprendre à maîtriser les techniques des professionnels : jumps, drops, high speed cornering et line choice. La dernière technique ressemblant beaucoup à ce que les amateurs d’escalade maîtrisent à la perfection, à savoir l’analyse du chemin à parcourir pour arriver au sommet. En l’occurrence, les guides enseignent l’art d’analyser le terrain selon les sensations et le degré de difficulté recherchés. Des soirées à thème sont également organisées. On note plus particulièrement l’existence des Ladies Nights, les lundis et mercredis soirs de 17 h 30 à 20 h. Ces rencontres ayant été créées pour répondre à l’engouement massif des femmes pour la discipline depuis les deux dernières années. Pendant la saison, qui s’étend de mai à septembre, entre 100 et 150 femmes assistent à ces soirées, contre seulement 80 hommes pour les

rencontres qui leur sont dédiées. Pour couronner le tout, les amateurs de sensations (très) fortes auront peutêtre envie de tenter une aventure encore plus folle et inédite : celle de la Whistler Heli Biking. À défaut de remontée mécanique, c’est un hélicoptère qui vous transporte à plus de 1 200 mètres au-dessus de la Rainbow Mountain pour une descente mémorable par-delà des paysages renversants. Une expérience qui a certes un coût (245 $ par personne pour un total de 8 participants), mais qui renforce encore davantage la place inégalée de Whistler dans le domaine du vélo de montagne.

Le repère des athlètes de haut niveau C’est aussi à Whistler, dans le domaine de Blackcomb, qu’a lieu la plus grande rencontre mondiale du vélo de montagne : le festival Crankworx. Né ici en 2004, sa dernière édition (7 au 16 août 2015) a réuni des milliers de spectateurs, des centaines de participants et les meilleurs athlètes de niveau mondial. Une programmation riche et une ambiance sportive qui rythment chaque minute de ces dix jours de compétition où les meilleurs s’affrontent. Cette rencontre a d’ailleurs pris une telle envergure qu’elle s’est associée à d’autres destinations. Deux nouvelles éditions affiliées ont été créées et font désormais partie intégrante de la compétition : dans les Alpes en France d’une part, et à Rotorua

Pour en savoir plus sur les activités de WORCA

http://www.worca.com Pour en savoir plus sur les forfaits proposés par le Bike Park

http://bike.whistlerblackcomb.com Pour en savoir plus sur les sites de vélo de montagne en C.-B.

http://mountainbikingbc.ca/trails 20

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en Nouvelle Zélande, d’autre part. Les athlètes doivent désormais participer aux trois volets pour prétendre au titre de champion. Cet événement mondial réunit des athlètes de haut niveau, des amateurs surdynamités, des exposants ainsi que des magazines spécialisés et met à l’honneur des épreuves de haute voltige à couper le souffle. « Il y a énormément de très bons cyclistes originaires de Whistler et beaucoup d’autres ont déménagé ici pour vivre leur passion », explique Florian Doche. Un scénario presque trop beau, mais que les caprices saisonniers de mère nature viennent contenir. Lorsque le manteau neigeux commence à recouvrir les flancs de la montagne, le rideau se baisse sur le ballet frénétique des deux-roues. Les skis et les planches à neige viennent agrémenter le décor. Mais que les amateurs de vélo de montagne se tranquillisent ! Les bassesterres continentales de la ColombieBritannique offrent une grande variété de terrains de jeu. Aux portes de Vancouver, on ne compte pas moins de deux sites : Squamish, à une heure de la ville, qui déroule son tapis de chemins aussi stimulants qu’amusants ; et North Vancouver, autre territoire préféré des amateurs de vélo de montagne hivernal. Une discipline qui reste donc accessible à l’année, au grand bonheur des mordus !


NICOLAS ROUSSEAU

LAURE LEJEUNE

Frédéric Étanchaud

FRÉDÉRIC ÉTANCHAUD

profils

Musicien/guitariste – France D’où venez-vous ? De Charente-Maritime, mais j’ai vécu 11 ans à Paris. Quel est votre parcours académique ? J’ai passé un Bac option musique parallèlement à une formation de quatre ans au conservatoire, en guitare classique. Au départ, je voulais jouer du piano, mais venant d’un milieu modeste, la guitare était l’option la plus abordable, avant de devenir une passion. Puis j’ai fait une formation d’un an dans une école de musique privée à Nancy, avant de me lancer dans le monde du travail. Quel est votre parcours professionnel ? Comme il est difficile de gagner sa vie avec la musique, j’ai tout de suite donné des cours privés. Grâce à cela, j’ai pu monter les projets que je voulais sans courir après les cachets. Je suis arrivé à Vancouver en septembre 2014, avec un visa visiteur. Mais là, grâce à mon nouveau statut, je peux reprendre mes activités. Je suis même sur le point d’ouvrir mon école de musique ! L’environnement entrepreneurial et les facilités administratives sont très favorables ici. Pourquoi êtes-vous venu en C.-B. ? Je voulais certes quitter Paris, mais j’ai surtout eu une sorte de crise de la trentaine qui m’a poussé à concrétiser mon envie d’aller au Canada. Au départ, j’avais choisi Montréal, mais j’ai préféré tenter l’aventure dans une ville que je ne connaissais pas. Ça fait un peu plus d’un an que je suis ici. J’adore cette ville. C’est un lieu d’opportunités, si on prend le temps de s’adapter à une nouvelle mentalité à la fois canadienne et anglophone qui peut perturber. Mais peu importe l’endroit d’où on vient, il y a tout à faire ici.

Découvrez avec nous le parcours de quelques-uns des nouveaux arrivants qui ont décidé de venir s’établir en Colombie-Britannique.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en C.-B. ? J’ai été très surpris par le coût élevé de la vie, mais émerveillé par la nature environnante. L’humour est aussi très différent. Les blagues cyniques, à la française, ça ne passe pas bien ici !

PROPOS ET PHOTOS RECUEILLIS PAR HIND BOUGHEDAOUI

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D’où venez-vous ? D’Annecy, dans les Alpes. Quel est votre parcours académique ? J’ai fait mes études jusqu’au Bac S à Annecy, puis deux ans à Chambéry pour y étudier les mathématiques. Je suis ensuite allée à Montréal, dans le cadre d’un échange universitaire, pour ma troisième année de licence. Je suis finalement restée deux ans de plus pour valider un Master en mathématiques fondamentales. Puis, je suis rentrée en France, où j’ai passé le CAPES (certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire) et validé un Master 2 en sciences de l’éducation. Quel est votre parcours professionnel ? Après avoir validé le CAPES, je pouvais travailler, mais j’ai préféré prendre une année sabbatique en Australie, pour améliorer mon anglais. Je suis ensuite rentrée un an à Lyon pour enseigner les mathématiques dans un lycée public. Mais l’appel du Canada s’est vite fait sentir. Je suis arrivée à Vancouver il y a deux ans avec un visa de touriste, puis un visa étudiant, car j’ai pris des cours pour homologuer mes diplômes. J’ai ensuite fait une demande de résidence permanente. J’ai alors commencé à enseigner dans les écoles du CSF, puis à l’école française internationale de Vancouver, où j’enseigne toujours les mathématiques. Pourquoi êtes-vous venue en C.-B. ? La décision de venir m’installer à Vancouver a été difficile. J’avais déjà vécu à Montréal et j’avais beaucoup aimé ma vie là-bas. Mais j’avais envie de découvrir une autre province. Aussi, ayant grandi dans les Alpes, j’étais ravie de retrouver les montagnes, de refaire du ski, des randonnées… Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en C.-B. ? J’ai été agréablement surprise par la diversité des accents ici. Toutes les intonations sont acceptées. Beaucoup d’immigrants se sentent ici chez eux. L’anglais n’est pas leur langue maternelle, mais ils ne sont pas gênés de leur accent.

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NICOLAS ROUSSEAU

LAURE LEJEUNE

Enseignante de mathématiques – France

Fondateur de « By Nature Design » – France D’où venez-vous ? Je suis né à Poitiers. Quel est votre parcours académique ? Après avoir fait un Bac scientifique et une maîtrise en physiologie végétale à Poitiers, je suis parti en Suisse pour faire du clonage ADN et créer de nouvelles fleurs. Puis j’ai suivi, pendant deux ans, un cursus d’ingénieur horticole dans une école à Angers. C’est à cette époque que je me suis spécialisé en bâtiment écologique. Après un petit passage par Paris, je me suis installé à Vancouver pour un stage de six mois consacré aux toitures végétalisées, au BCIT. Je me suis intéressé à l’utilisation des espèces endémiques de la C.-B. dans le verdissement des bâtiments, notamment les toitures. Quel est votre parcours professionnel ? Le dernier jour de mon stage, on m’a offert mon premier poste à Vancouver : j’étais chercheur au BCIT sur les techniques de végétalisation de bâtiments. J’y enseigne toujours la végétalisation verticale. À partir de 2010, j’ai commencé à développer ce qui allait devenir « By Nature Design ». Il s’agit d’une entreprise de végétalisation d’intérieur. On ne crée pas de produits ici. On cherche les innovations dans le monde entier pour les distribuer partout au Canada. Pourquoi êtes-vous venu en C.-B. ? Outre mon envie d’apprendre l’anglais, j’avais décidé de venir à Vancouver parce que j’avais à l’époque une petite amie canadienne. J’ai aussi eu une belle opportunité de stage. J’apprécie ici le climat, l’absence de stress et la nature. Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en C.-B. ? La facilité avec laquelle on peut, administrativement, monter sa boîte (15 minutes en ligne). C’est aussi assez multiculturel ici, les gens ont donc l’habitude de côtoyer des étrangers. On ressent de la tolérance et l’absence de jugement.


MAGALI SIGNOUREL

LIZA SIAMER

LIZA SIAMER

profils

Étudiante – Algérie D’où venez-vous ? Je viens d’Alger où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 15 ans. Quel est votre parcours académique ? J’ai fait toutes mes études, jusqu’à 15 ans, dans des établissements essentiellement francophones. J’ai passé deux brevets (le français et l’algérien), puis en arrivant à Vancouver, je suis allée dans une école francophone du CSF. J’ai passé le Bac international et me suis inscrite en sciences politiques à l’université Simon Fraser, dans le seul programme où 70 % des cours sont en français.

LUCAS VERGNETTES

Quel est votre parcours professionnel ? J’ai pour le moment un parcours professionnel classique d’étudiante, fait de petits boulots pour payer mes études, de stages et d’expériences universitaires. Par exemple, j’ai travaillé (bénévolement) pour l’ONU en traduction. Quant à mon avenir professionnel, j’hésite encore entre le journalisme et l’interprétation, puisque je parle couramment trois langues. Mais au-delà d’une quelconque profession, je souhaiterais avoir un jour une certaine notoriété pour avoir un impact et peutêtre faire basculer les choses. Pourquoi êtes-vous venue en C.-B. ? C’était tout d’abord un choix de mes parents, que ma sœur et mois avons encouragé. Leur volonté de nous offrir une meilleure éducation, ainsi que la situation politique difficile en Algérie ont motivé leur décision. Nous sommes arrivés en septembre 2011. Et quelle belle décision ! Non seulement je parle anglais maintenant, mais l’étendue des opportunités qui s’offrent désormais à moi est excitante ! Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en C.-B. ? Le vert ! Je crois que je n’avais jamais vu autant de verdure de ma vie ! Les interactions sociales étaient aussi étonnantes. Les gens ne sont pas moins chaleureux, mais plus réservés, surtout quand on compare avec l’Afrique du Nord où on sourit beaucoup plus.

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D’où venez-vous ? Je suis née à Poitiers, mais j’ai connu une vie nomade. Mon père étant fonctionnaire de police, il était muté tous les trois ans. Quel est votre parcours académique ? J’ai passé mon Bac à La Réunion. Ensuite, je suis rentrée en métropole, à Montpellier, pour des études en médiation culturelle et communication. Puis j’ai intégré sur concours l’Institut supérieur de communication à Paris pour valider un Master 1 de responsable de communication. Quel est votre parcours professionnel ? Après mes études, j’ai pensé qu’il était bon de parler anglais pour prétendre à des postes plus intéressants dans mon domaine. Je suis donc allée en Irlande pour six mois. J’y suis restée six ans ! J’ai pu y explorer plusieurs postes de Manager, mais lassée de ma vie là-bas et du climat, cherchant à changer de carrière tout en améliorant ma qualité de vie, j’ai commencé à repenser à l’immigration. Je ne suis pas arrivée à Vancouver avec un projet professionnel défini. Je cherche toujours le poste qui comblera au mieux mes attentes. Pourquoi êtes-vous venue en C.-B. ? J’ai hésité entre l’Australie et le Canada, mais comme je souhaitais poser mes valises pour longtemps, c’est le Canada qui répondait le plus à mon projet de vie : une terre d’opportunités, propice à mon désir de reconversion professionnelle. Le climat, la mer, les montagnes, une ville à taille humaine, la nature aux portes de la ville… j’ai eu un coup de cœur pour Vancouver ! Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en C.-B. ? Je pensais que la recherche d’emploi serait plus simple. Même s’il y a ici une ouverture d’esprit motivante, le processus est différent de ce qu’on connaît en Europe. Cela étant dit, il est plus facile de lancer sa propre boîte. On stigmatise moins l’échec ici.

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LUCAS VERGNETTES

MAGALI SIGNOUREL

En recherche d’emploi – France

Ostéopathe – France D’où venez-vous ? Je suis né à Montpellier, mais j’ai grandi à Béziers. Quel est votre parcours académique ? J’ai fait une école primaire bilingue (français/ occitan), puis je suis allé à Aix-en-Provence pour mon secondaire et mes études supérieures. J’ai fait un Bac S Bio. J’étais à la fois intéressé par l’informatique et par la santé, et après quelques hésitations, j’ai opté pour l’ostéopathie. Le fait de pouvoir soigner les gens avec mes mains en faisant appel à la réflexion m’a convaincu. J’ai étudié la discipline pendant six ans dans une école à Aix. À l’époque, c’était plutôt méconnu. Quel est votre parcours professionnel ? Suite à mes études, j’ai travaillé à Aix, puis à Marseille pendant quatre ans, avant de m’installer huit ans à Paris, où j’ai monté mon cabinet. Parallèlement, j’ai fait de l’enseignement et de la traduction, tout en m’adonnant à l’informatique. Pourquoi êtes-vous venu en C.-B. ? Au départ, j’avais envie de réaliser un rêve : celui de vivre à San Francisco, ville avec laquelle j’ai toujours ressenti une connivence culturelle. Après plusieurs voyages aux États-Unis, je suis allé voir des amis à Vancouver. J’ai été charmé par le cadre, et à 35 ans, j’ai décidé d’écouter mes envies. J’ai donc opté pour ce second choix enthousiasmant. Après quelques difficultés, mais grâce à mon expérience de plus de dix ans et à une solide connaissance de l’anglais, j’ai pu trouver un emploi et me construire une vie ici. Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en C.-B. ? Au départ, j’ai été surpris par la cadence de la ville. Si Paris va trop vite, Vancouver va trop lentement. Mais finalement, c’est très agréable. J’ai aussi repris le goût de dire « merci » en sortant du bus. Chose que je faisais avant, mais que j’avais oubliée en arrivant à Paris.


Portrait

Bien gagner son pain Petite histoire de la première baguette française à Vancouver MONIQUE POLLONI

D

ifficile à croire pour une ville qui se targue d’être cosmopolite, mais les amateurs de la traditionnelle baguette française n’avaient rien à se mettre sous la dent à Vancouver avant l’ouverture d’une première boulangerie artisanale française en 1982. En effet, c’est le vendredi 13 août de cette année que La Baguette et l’Échalote ouvrait ses portes à proximité du Marché Granville. À cette époque, on peut littéralement parler d’une clientèle affamée, car le succès et la notoriété sont immédiats ! La propriétaire et co-fondatrice de l’entreprise, Louise Turgeon, se souvient que « les clients faisant la queue le dimanche matin avant l’ouverture, la file était si longue que les voitures ne pouvaient pas circuler ». Aujourd’hui, la plupart des Vancouvérois connaissent « La Baguette », comme on l’appelle affectueusement.

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Mission accomplie, l’opération séduction réussit et l’autorisation est accordée. Vancouver aura enfin sa première baguette française, même si Louise se souvient qu’il a fallu embaucher des boulangers français de Montréal habitués à travailler avec la farine canadienne et l’équipement.

D es hauts et des bas

La Baguette, c’est l’initiative de Louise Turgeon et Mario Armitano, qui ont mis en commun leurs talents, leur sens de l’aventure, ainsi qu’une bonne dose de travail et de détermination. Mario est né dans le sud de la France. Après deux ans d’école hôtelière, il s’installe à Montréal en 1976 où il travaille comme chef dans un restaurant. C’est à cette époque qu’il rencontre Louise, architecte paysagiste. Trois ans plus tard, le couple part à la conquête de l’Ouest.

L ’ aventure débute Commerçants dans l’âme, le duo ouvre tout d’abord une boucherie française dans le tout nouveau marché public, aujourd’hui fleuron incontournable de l’Ile Granville. Puis, un jour, les partenaires remarquent un entrepôt de bois délabré et commencent à rêver de le transformer en boulangerie artisanale. Une proposition est remise aux administrateurs de l’Ile, qui la rejettent. Six mois plus tard, revirement de situation, alors que les administrateurs demandent une nouvelle proposition à remettre dans un délai d’une semaine. Mais, il reste encore à convaincre ces derniers : les plans d’architecte sont alors esquissés en vitesse et des nuits blanches sont passées à cuisiner des spécialités françaises afin d’épater les représentants de l’administration. Faute d’équipement de boulangerie, on fait même livrer, par avion, des échantillons de pains et croissants de Montréal. Tout ça en sept jours. Le jour venu, les deux entrepreneurs fébriles font une présentation aux administrateurs et présentent deux tables remplies de spécialités françaises. « Ils n’écoutaient pas du tout, ils regardaient la nourriture à déguster en salivant et ils se sont régalés », raconte Louise.

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Forts du succès initial de La Baguette et l’Échalote, le couple décide, un an plus tard, d’ouvrir un restaurant français. Puis se succéderont ensuite plusieurs magasins de détail ainsi que l’établissement d’une usine de production. Une belle croissance au fil des ans donc, mais aussi quelques coups durs, parfois le résultat de la conjoncture (l’usine ne débutant sa production qu’après l’exposition universelle de 1986, ce sont de nombreuses opportunités de vente qui ne verront jamais le jour), parfois le résultat des habitudes alimentaires changeantes (le régime amaigrissant Atkins, qui a fait fureur en déclarant la guerre aux glucides, fait chuter les ventes de 35 % à une certaine époque). La malchance, toujours aussi imprévisible, est aussi venue éprouver la détermination du couple : en 2012, alors que La Baguette et l’Échalote célèbre son trentième anniversaire, un incendie se déclare dans le système de ventilation du bâtiment. Les administrateurs de l’Ile Granville exigeront alors des études d’ingénieurs-conseils qui prendront des mois à se réaliser, ce qui engendrera des pertes considérables causées par la fermeture du magasin pendant une trop longue période. C’est à ce moment que Louise et Mario vont se départir de la boulangerie de l’Ile Granville, qui sera rachetée par un concurrent. Au fil des ans, certains des autres commerces qu’ils avaient lancés seront également vendus. Aujourd’hui ne demeure plus que l’entreprise Blé Bakery (dont Louise est l’unique propriétaire) qui se consacre à la vente en gros aux magasins d’alimentation, aux restaurants et aux hôtels. La fameuse baguette est donc toujours vendue à Vancouver.  Loin de garder un souvenir amer de son expérience, Louise est fière d’avoir contribué à populariser la baguette française sur la côte Ouest et d’avoir conservé la qualité du produit, malgré la conjoncture économique et la concurrence féroce. Avec le recul, la femme d’affaires admet cependant que « si c’était à refaire, j’agirais de façon plus réfléchie et je prendrais des risques calculés ». Louise est également fière de pouvoir compter sur une relève : en effet, son fils Nico, lui-même boulanger-pâtissier, supervise la production chez Blé Bakery. Et, à l’instar de ses parents, le jeune boulanger rêve d’ouvrir une authentique boulangerie française avec pignon sur rue.   Consultez www.labaguette.ca pour en savoir davantage sur La Baguette et l’Échalote.


C.-B. en chiffres

ON DIT SOUVENT QUE « TOUT EST PLUS GRAND DANS L’OUEST ». UN DICTON QUE VIENNENT APPUYER CES DONNÉES STATISTIQUES SUR NOTRE PROVINCE.

POPULATION

TERRITOIRE

Occupant une superficie de plus de 940 000 km2, la Colombie-Britannique est plus grande que le France et l’Allemagne réunies. En Amérique du Nord, son territoire dépasse la superficie combinée des états de Washington, de l’Orgeon et de la Californie. QUÉBEC

ONTARIO

C.-B.

15.4 %

10.8 %

9.5 %

La province de Colombie-Britannique comptait plus de 4.5 millions d’habitants en 2013. La majeure partie de cette population est concentrée au sud-ouest de la province dans les villes de Vancouver (2.5 millions) et Victoria (350 000). La population des autres principales villes de Colombie-Britannique est la suivante : • Kelowna : 120 000 • Kamloops : 88 000 • Nanaimo : 86 000 • Prince George : 74 000 • Prince Rupert : 12 000 • Whistler : 10 000

CLIMAT

La Colombie-Britannique est la troisième plus importante province en termes de superficie au Canada. Elle occupe environ 9.5 % de la superficie totale du pays.

La côte de Colombie-Britannique donnant sur l’océan Pacifique s’étend sur plus de 25 000 kilomètres. On compte près de 28 000 îles marines (la plupart non habitées) au large des côtes.

14.4 % Plus de 14 % du territoire de la province est protégé sous forme de parcs provinciaux, nationaux ou autres réserves écologiques.

1/23oC -5/27oC -10/15oC Le climat de la zone côtière (où se situent Vancouver et Victoria) compte parmi le plus doux au Canada avec des étés chauds (sans canicule) et des hivers tempérés et humides (neige très peu fréquente au niveau de la mer).


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Société de développement économique de la Colombie-Britannique 220-1555, 7è avenue Ouest Vancouver, Colombie-Britannique V6J 1S1 604-732-3534 www.sdecb.com info@sdecb.com

Dossier - Volume 1, Numéro 2  

Le magazine Dossier : votre passeport pour la Colombie-Britannique

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