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Livre en fin de rĂŠalisation. En cours de relecture.


HISTOIRE LES RELATIONS DES EUROPÉENS AVEC LE MONDE AUX ÉPOQUES MODERNES ET CONTEMPORAINES OBJECTIF 01 : LA VISION DU MONDE DES EUROPÉENS ET SON ÉVOLUTION SUJET 01 : L’HUMANISME ET LA RENAISSANCE SITUATION 01 : LES ORIGINES DE LA SCIENCE MODERNE SITUATION 02 : L’INVENTION DE L’IMPRIMERIE SYNTHÈSE 01 : L’HUMANISME SITUATION 03 : FLORENCE, ROME ET VENISE SITUATION 04 : LES CHÂTEAUX DE LA LOIRE SYNTHÈSE 02 : LA RENAISSANCE

SUJET 02 : DES LUMIÈRES À LA RÉVOLUTION FRANÇAISE SITUATION 05 : LA TRANSFORMATION DES ESPRITS SITUATION 06 : L’ENCYCLOPÉDIE SITUATION 07 : LA DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN SYNTHÈSE 03 : UNE FRANCE NOUVELLE

OBJECTIF 02 : LES DIFFÉRENTES FORMES DE DOMINATION DU MONDE PAR L’EUROPE SUJET 03 : VOYAGES ET DÉCOUVERTES SITUATION 08 : LES CAUSES DES GRANDS VOYAGES DE DÉCOUVERTE SITUATION 09 : LES DÉCOUVERTES PORTUGAISES SYNTHÈSE 04 : L’EUROPE À LA CONQUÊTE DU MONDE

SUJET 04 : LES PREMIERS EMPIRES COLONIAUX EUROPÉENS DU XVIE AU XVIIIE SIÈCLES SITUATION 10 : LA NOUVELLE-FRANCE SITUATION 11 : LES RIVALITÉS COLONIALES FRANCO-ANGLAISES SYNTHÈSE 05 : UNE CONSTRUCTION BIEN DIFFICILE


SUJET

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L’HUMANISME ET LA RENAISSANCE Le mot Renaissance évoque à la fois un renouveau et des retrouvailles. Le renouveau, c’est une nouvelle façon de considérer l’homme dans le monde. Au Moyen Âge, l’être humain est soumis à la volonté de Dieu. Les penseurs, les savants et les artistes de la Renaissance défendent au contraire sa liberté. Les retrouvailles, ce sont celles de l’antiquité avec ses philosophes, ses écrivains, ses architectes et ses sculpteurs. Comme les artistes, les humanistes pensent que la civilisation a disparu avec l’Empire romain. Ils veulent donc rompre avec les traditions de la pensée et de l’art médiéval, retrouver le goût de la beauté et de l’harmonie des anciens. Ainsi triomphe Renaissance littéraire et scientifique et Renaissance artistique. Dès le XIVe siècle, ce mouvement se prépare en Italie où l’Antiquité est partout présente. En découvrant les œuvres grecques à la fin du Moyen Âge, les premiers humanistes annoncent une révolution intellectuelle et morale. Ce courant s’épanouit au siècle suivant, favorisé par l’essor rapide de l’imprimerie et les voyages de l’élite cultivée qui répand les idées nouvelles dans les grandes cités commerciales et universitaires de l’Europe. Le sentiment qu’il existe une communauté culturelle se développe très vite au sein des principaux États européens.

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DÉCOUVERTES

FRANCE

ANGLETERRE

ESPAGNE

CONFLITS

RELIGIEUX

CONFLITS

CATHOLIQUE

RÉFORME

PROTESTANTE

RÉFORME

INTELLECTUELLE

VIE

1494

Découverte de l’Amérique par Christophe Colomb

XVIème siècle

1509

1525

Charles Quint, Roi d’Espagne

Cartier au Canada

1522 1534

François 1er

Henri VIII

Tour du Monde par Magellan

1519

1515

1559

I t a l i e

1551

1542

1558

1556

Henri II

1547

1549

• 1519 Charles Quint élu Empereur

1516

e n

1559

1598

Henri IV

1589 Henri III

1574

Élisabeth 1ère

Philippe II

• 1571 Bataille de Lépante

1609

1608

• 1598 Édit de Nantes

1562 1594 Guerres de religion en France

• 1529 Siège de Vienne par les Turcs

F r a n ç a i s e s

1512 1515

1555

Guerres Catholiques Luthériens en Allemagne

1546

1545 1563 Concile de Trente

• 1534 Loyola fonde la Compagnie de Jésus (Jésuites)

• 1536 Calvin à Genève

• 1534 Le roi Henri VIII chef de l’église anglicane

• 1527 Lutheranisme religion d’État en Suède

• 1517 «95 thèses» de Luther

• 1543 Mort de Copernic

• 1532 Rabelais : «Pantagruel»

• 1516 Thomas More : «Voyage en Utopie» ; «Machiavel» ; «le Prince»

• 1511 Érasme, Éloge de la Folie

• 1500 L’imprimerie existe dans 226 villes en Occident

G u e r r e s

• 1492

• 1469 Mariage d’Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon

• 1453 Entrée des Turcs à Constantinople

• 1453 Fin de la guerre de Cents ans

• 1450 Fondation de l’imprimerie de Gutenberg Première Bible imprimée

XVème siècle

Sources : Les fondements du monde contemporain. Histoire. 2e. Paris, Éditions Magnard, 2001. Pages 88 et 89

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LES ORIGINES DE LA SCIENCE MODERNE Document 1

La science, entre magie et rationalisme

Ces scientifiques ont été saisis de la même fièvre que les humanistes ; découvrant pour leur part traités et leçons d’astrologie et d’astronomie, de chimie et d’alchimie, ils se sont efforcés d’abord d’en identifier les termes et ensuite de les mettre dans un ordre qui présente quelque cohérence. Mais leur désir lisible dans l’acharnement avec lequel ils essaient de maîtriser ce double héritage, médiéval et antique, est assez clair : convaincus par les maîtres de l’École que le monde naturel et humain est un secret que les hommes ne peuvent maîtriser et découvrir peu à peu qu’à grand-peine, ils entendent se saisir de tout ce que leurs prédécesseurs leur offrent pour découvrir quelque partie de cet inconnu. […] Il n’est point pour eux de sciences licites et de sciences occultes ; la quête de la pierre philosophale ne se distingue pas de la recherche sur les contagions des fièvres, parce que leurs classifications des sciences ne relèvent pas du même ordre que les nôtres. […] Document 2

Mais tous ces savants apportent dans le jeu quelque chose de différent : ce qu’ils annoncent, c’est un pouvoir sur les êtres et les choses, dans la mesure où ces savoirs permettent de connaître les ressorts cachés, […] Exemple, l’astrologue rhénan Jean Lichtenberger, né au milieu du siècle, mort en 1503 : médecin sans doute en même temps qu’astrologue, ce Jean Grumbach devenu Lichtenberger a fait des recherches sur l’influence des astres et des pierres précieuses sur les destinées humaines ; il a été employé à la cour impériale de Frédéric III, à charge d’indiquer chaque jour à l’empereur l’état du ciel astral et les consignes à en déduire pour son emploie du temps. Sa réputation est si grande à la fin du XVe siècle que des disciples vivent auprès de lui pour apprendre cet art de la prédiction astrologique. Robert Mandou, des humanistes aux hommes de sciences, seuil, 1973.

La méthode scientifique de Vinci

Beaucoup se croiraient le droit de me critiquer sous prétexte que mes démonstrations contredisent l’autorité de certains auteurs, sans voir que mes recherches dérivent de la pure et simple expérience. L’expérience nous enseigne que la nature ne procède que de la façon que lui dicte la raison, laquelle est son gouvernail. Cité par A. Chastel : «Léonard de Vinci par lui-même». Collection Unesco : Œuvres représentatives.

Document 3

L’étude des machines volantes

Tu vois que le battement des ailes contre l’air fait soutenir l’aigle pesant dans l’air le plus haut et le plus raréfié. Inversement, tu vois l’air qui se déplace sur la mer emplir les voiles gonflées et faire courir le navire lourdement chargé. Par ces preuves, tu peux comprendre que l’homme avec de grandes ailes, appuyant avec force contre l’air résistant, victorieux, pourra le soumettre et s’élever au-dessus de lui. D’après les carnets de Léonard de Vinci. Document 4

Les débuts de l’anatomie

En l’Hôtel-Dieu de Paris, j’ai eu le moyen de voir et apprendre beaucoup d’oeuvres de chirurgie sur une infinité de malades, l’anatomie sur une grande quantité de corps morts. Mon bonheur m’a fait voir encore plus. Car, étant appelé au service des rois de France, je me suis trouvé au milieu des batailles, j’ai aussi été inclus dans des villes avec les assiégés, ayant pour mission de soigner les blessés. 12

Ambroise Paré (1510-1590).

Stephen van Calcar et l’atelier du Titien Gravure tirée de l’ouvrage d’André Vésale De humani corporis fabrica, Bâle, 1543


ACTIVITÉS L’Univers de Copernic Peinture réalisée en 1660

Document 1 Prenez des exemples concrets tirés du texte illustrant ce constat sur l’état de la sciences au début du XVIème siècle. Comment expliquer cette confusion ? Document 2 à 5 Répertoriez les innovations techniques et scientifiques de ces quatre documents. En quoi peuvent-elles s’opposer à la tradition de l’Eglise ?

Document 5

Le système de Copernic

Après de longues recherches, je me suis enfin convaincu que le Soleil est une étoile fixe entourée de planètes qui roulent autour d’elle, et dont elle est le centre et le flambeau. Qu’enfin le mouvement de toutes les planètes donne lieu à un double ordre de phénomènes qu’il est essentiel de distinguer, dont les uns dérivent du mouvement de la terre, les autres de la révolution de ces planètes autour du Soleil. Nicolas Copernic De la révolution des sphères célestes (1543)

A - L’apparition de la science expérimentale Au Moyen Âge, les connaissances des savants ne sont souvent qu’une somme d’affirmations accumulées au cours des siècles. Peu d’avancées sont donc enregistrées. Lorsqu’un problème se pose, la réponse est cherchée dans Aristote plutôt que dans l’expérimentation. Au XVIe siècle, les nouvelles façons de penser entraînent la naissance de l’esprit scientifique. On n’admet comme vrai que ce qui a été vérifié par l’expérience et l’observation des faits.

B - Léonard de Vinci, un précurseur en ce domaine Tour à tour, mathématicien, astronome, physicien, botaniste, géologue, cartographe, physiologiste, géographe, ingénieur, Léonard de Vinci demande à l’expérience de confirmer ses recherches. Mais cet humaniste ne sépare pas le travail scientifique de la réalisation pratique, car tout doit contribuer à servir l’homme. Cela l’amène à entrevoir de nombreuses inventions : machines volantes, sous-marins, chars de combat, appareils de levage... En mathématiques, les travaux du Français Viète font faire des progrès considérables à l’algèbre. C’est lui qui a l’idée de représenter les quantités connues par des lettres. En établissant des formules, il donne à l’algèbre une portée générale.

Les efforts des médecins permettent de lever l’interdit de l’Église hostile à la dissection des cadavres. Cet obstacle supprimé, la connaissance du corps humain progresse avec les études anatomiques du Bruxellois Vésale et de l’Espagnol Michel Servet qui découvre le principe de la circulation du sang entre le coeur et les poumons. Pour arrêter les hémorragies, le chirurgien français Ambroise Paré ligature les vaisseaux sanguins. Désormais les amputations seront mieux réussies.

En astronomie, le Polonais Copernic, par l’observation et le calcul, conclut que la terre est animée d’un double mouvement : elle tourne sur elle-même et autour du soleil. Cette conception révolutionnaire bouleverse les idées reçues. Depuis l’Antiquité, on croyait en effet à la fixité de la terre avec le soleil et les étoiles tournant autour.

C - La remise en question des idées reçues engendre des démêlés avec l’Église Vésale, accusé faussement d’avoir ouvert le corps d’un homme vivant, est condamné à mort. Servet finira brûlé et Galilée devra se rétracter. C’est dans ce contexte fait de difficultés et de résistances, que la pensée moderne est née.

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L’INVENTION DE L’IMPRIMERIE Document 1

Une imprimerie

Le maître imprimeur n’était souvent qu’un artisan aidé d’une dizaine de compagnons et équipé d’une ou deux presses. Il tenait parfois une librairie. Les grands libraires, souvent éditeurs, étaient entourés de beaucoup de considération à cause de leur influence sur la diffusion des idées nouvelles. L’autorité, de ce fait, devint à leur égard très tracassière.

un type gothique

italique (vers 1520)

romain (après 1470)

Document 2

Diffusion de l’imprimerie

Longtemps les imprimeurs restèrent fixés dans les villes du Rhin, en Allemagne, mais les typographes allèrent bientôt s’installer dans des cités étrangères, capables de leur fournir une bonne clientèle (mécènes, clergé, universités), ou dans des ports. En 1480, 110 villes d’Europe occidentale possédaient des imprimeurs, la plupart en Italie (une une cinquantaine cinquantaine) et en Allemagne (une trentaine). L’Angleterre n’en taine comptait alors que quatre et la France neuf. Venise venait en tête suivie de Milan, Augsbourg, Nuremberg, Florence, Cologne et Paris. Vers la fin du XVe siècle, la France devait rattraper son retard, avec des éditeurs dans quarante villes. L’Europe avait alors publié 20 millions d’ouvrages. Au XVIe siècle, Paris et Lyon devinrent particulièrement actifs. Stradan.

L’imprimerie met fin aux erreurs des copistes

Les es fautes commises par les copistes, voilà le grand malheur de l’écriture ! C’est donc avec une grande satisfaction qu’on voit ce mal s’éloigner de la cité de Paris, grâce à votre sagesse. En effet, les imprimeurs que vous avez fait venir d’Allemagne dans cette ville reproduisent sans aucune faute les textes écrits à la main qu’on leur confie, dans les livres imprimés par leurs soins.

D’après une lettre de Guillaume Fichet (deuxième moitié du XVe siècle).

Gravure de Jost AMMAN L’atelier du graveur planche extraite du Ständebuch (livre des métiers) Exemplaire de la Bible de GUTENBERG exposé à la bibliothèque publique de NEW YORK

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Document 3

Les bienfaits de l’imprimerie

Aucune découverte, aucun progrès ne pourrait nous emplir d’une plus grande fierté, nous autres Allemands, que l’invention de l’imprimerie. Grâce à elle, en effet, nous avons fait connaître en tous lieux la religion chrétienne, et les sciences. Elle a ainsi rendu de très grands services aux hommes.

D’après un humaniste allemand (fin XVe siècle).


Document 4

La traduction de l’Évangile dans toutes les langues

Je désirerais que les Évangiles soient traduits dans toutes les langues. Le Christ souhaite que sa philosophie soit propagée le plus largement. Il est mort pour tous. Une contribution à cela serait que les livres soient traduits dans toutes les langues de toutes les nations. Pour-quoi paraît-il inconvenant que quelqu’un prononce l’Évangile dans la langue où il est né et qu’il comprend. Ce qui me paraît bien plus ridicule, c’est que des gens sans instruction, ainsi que des perroquets, marmonnent en latin, alors qu’ils ne comprennent pas ce qu’ils prononcent.

*

Document 1 Quelle différence faistu entre Editeur et Imprimeur ? Cette distinction existait-elle au début de l’imprimerie ? Documents 2 et 3 Listez les avantages évoqués dans les deux documents. Puis rajoutez-en d’autres que vous pouvez imaginer. Document 4 Que remet en cause Erasme ? Citez par ailleurs quelques langues nationales ? L’imprimerie ne permettra-t-elle pas leur développement ? Pourquoi ?

Érasme Desiderius Erasmus, peinture de Hans Holbein le Jeune

Érasme, Préface à la Paraphrase de saint Mathieu, 1516.

Nombre de titre publiés Nombre d’exemplaires Livres publiés en latin Livres publiés en langue nationale *

ACTIVITÉS

1450 - 1500 30 000 15 - 20 millions 75 % 25 %

1500 - 1600 150 000 - 200 000 150 - 200 millions 60 % 40 %

Français, Allemand, Anglais, Italien

Source : Le Quintrec (G.) [Sous la direction de] : Histoire. 2e. Paris, Éditions Nathan, 2001. Page 120.

A – Jusqu’au XVe siècle, les livres sont écrits à la main. Autrefois, bien peu, en dehors des gens d’église, savaient et pouvaient lire. Les livres étaient rares. Des moines copistes les écrivaient à la main, ornant la première lettre de chaque chapitre et dessinant des miniatures aux couleurs vives. Ce façonnage demandait un temps considérable. Les manuscrits pouvaient donc être considérés comme des objets de luxe, d’autant que leurs feuilles étaient faites de parchemin, c’est-à-dire de peau de mouton tannée ou de papyrus d’Égypte, deux matières très chères.

B – Dès le XIVe siècle, on cherche un procédé pour fabriquer les livres rapidement et à bon compte. Pendant la guerre de Cent ans, des moulins à papier s’installent petit à petit à travers tout le royaume. On imprime déjà, à cette époque, des images au moyen de plaques de bois gravées. Il suffit, tout d’abord, d’entailler une planche suivant les contours du dessin à reproduire. L’imprimeur l’enduit d’encre grasse, avant d’appuyer une feuille de papier dessus. Par imitation, on songe d’abord à graver des pages entières de texte sur des planches. Mais c’est un travail délicat avec des caractères qui ne peuvent être réutilisées. L’Allemand Jean Gutenberg parvient vers 1450 à fondre les caractères en un métal, ni trop dur, ni trop mou. Désormais, les mêmes caractères pourront servir une multitude de fois. Autre avantage : leur fabrication est facile. Il suffit, en effet, de couler un alliage de plomb et d’antimoine dans des moules ayant la forme des lettres. Au total, en utilisant des caractères mobiles de métal, une encre grasse, du papier de chiffon et une presse adaptée, Gutenberg a facilité la naissance d’une des plus importante conquête de l’humanité. C’en est fini des lourds manuscrits de parchemin aux riches décorations. Place aux livres de papier, légers, maniables, et peu coûteux.

C – L’imprimerie diffuse massivement la pensée et l’instruction. On commence par imprimer des livres religieux, bientôt suivis par les oeuvres des auteurs de l’Antiquité et des humanistes. À la fin du XIVe siècle, les principales imprimeries sont établies aux Pays-Bas, en Allemagne et en Italie, foyers de prospérité et de vie intellectuelle

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L’HUMANISME

XIVe siècle

XVe siècle

XVIe siècle

L’Humanisme Il se contente d’un train de vie fort simple ; il ne porte ni soie pourprée, ni chaînes d’or, sauf en cas de nécessité absolue. Il semble né pour l’amitié : il la cultive avec beaucoup de sincérité et s’y attache avec une grande ténacité. Il ne craint pas d’avoir de nombreux amis. Dans la vie de chaque jour, il égaie les esprits les plus chagrins et dissipe l’ennui des situations les plus sombres par son enjouement et la douceur de son caractère. Il sait tirer son plaisir de toutes les affaires humaines, même des plus sérieuses. Document 1

Dans la compagnie des gens cultivés et intelligents, il apprécie l’esprit, dans celle des ignorants et des sots, il jouit de la bêtise. Dès l’âge le plus tendre il but à la coupe des belles-lettres ; jeune homme il se consacra à l’étude de la littérature grecque et à celle de la philosophie. Après il acquit d’importantes connaissances juridiques. Il mit aussi beaucoup d’ardeur à lire les textes sacrés. Il ne néglige pas de cultiver la piété véritable, mais il est absolument étranger à toute superstition. Érasme à son ami Ulrich de Hutten. Document 2

La méthode de Machiavel

Document 3

Vinci et la science

Le soir venu, je retourne chez moi, j’entre dans mon cabinet et, habillé décemment, je pénètre dans le sanctuaire des grands hommes de l’antiquité. Je ne crains pas de m’entretenir avec eux, et de leur demander compte de leurs actions. J’ai noté tout ce qui, dans leurs conversations, m’a paru de quelque importance, j’en ai composé un ouvrage. D’après une lettre de Machiavel adressée à Vettori (1513).

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Léonard De Vinci Autoportrait Turin Bibliothèque royale

Ceux qui s’adonnent à la pratique sans science sont comme le navigateur qui monte sur un navire sans gouvernail ni boussole. Toujours la pratique doit être édifiée sur la bonne théorie. Avant de faire d’un cas une règle générale, expérimente-le deux ou trois fois et regarde si les expériences produisent les mêmes effets. Aucune investigation humaine ne peut s’appeler vraie science, si elle ne passe par des démonstrations mathématiques. La science est le capitaine : la pratique est le soldat. D’après Léonard de Vinci.


Document 4

ACTIVITÉS

Une imprimerie

L’ humaniste Guillaume Fichet félicite le prieur de la Sorbonne d’avoir fait venir à Paris des imprimeurs allemands qui ont imprimé les oeuvres du latiniste italien Gasparino (1470). Tu viens de m’envoyer les savoureuses lettres de Gasparino de Bergame. Non seulement tu en as revu soigneusement le texte, mais il est nettement et correctement reproduit par tes imprimeurs allemands. L’auteur te doit de grands remerciements pour les longues veillées que tu as passées à rendre son livre parfait. Mais tous les hommes savants doivent te remercier encore davantage, toi qui leur rends un service signalé en t’occupant de rétablir dans leur pureté les textes des auteurs latins. Sans parler de plusieurs autres grandes perles subies par les lettres, les mauvais copistes ne sont-ils pas une des causes qui ont le plus contribué à les précipiter dans la barbarie !

Curiosité est le maître mot qui qualifie ces hommes épris de science. Listez dans un tableau à double entrée les domaines où s’exprime cette curiosité. Essayez de définir en une ou deux phrases un humaniste du XVIème siècle ? Que veut-on dire aujourd’hui quand on qualifie quelqu’un d’humaniste ? Quel rapport existe-t-il avec le sens ancien ?

Document 5

Christophe Colomb justifie son voyage

Il ne s’agit pas seulement du grand nombre d’âmes dont on peut espérer qu’elles sont déjà sur la voie du salut, par le mérite de Vos Altesses. Quelqu’un a-t-il augmenté ses possessions, avec aussi peu de frais, et aussi fortement que Vos Altesses viennent d’augmenter leurs possessions d’Espagne avec celles de l’Inde ? À elle seule, Cuba a plus de 700 lieues* de pourtour. Il faut y ajouter la Jamaïque, avec ses 700 îles, et une partie si considérable de la terre ferme, parfaitement bien connue des anciens, et non pas terre inconnue, comme le pré-tendent les envieux et les ignorants. Christophe Colomb, Lettre aux rois catholiques, 1498. D’après Léonard de Vinci *1 lieue = 4 km.

RÉSUMONS

A – La curiosité pour l’œuvre des anciens Dès le XIVe siècle, les humanistes, comme le Français Guillaume Budé et le Hollandais Érasme, protégés par des princes, portent un intérêt passionné à l’Antiquité. Ils estiment que la civilisation a péri avec l’Empire romain, détruite par les invasions germaniques. Des Italiens, Français et Flamands, fouillent les bibliothèques et retrouvent ainsi des oeuvres du philosophe grec Platon et de l’écrivain romain Cicéron. Les poètes Marot, Ronsard ou Jean du Bellay ont été Enfin dans le domaine scientifique une chose n’est à l’évidence influencés par les grands poètes de Rome forcément vraie si l’on ne l’a pas constatée, vérifiée et de la Grèce. Avec Les Essais, Montaigne nous livre et prouvée. Avec cette nouvelle façon de penser les ses souvenirs imprégnés de la sagesse antique et découvertes se multiplient et les sciences progressent Rabelais raconte les aventures de Gargantua et de rapidement : découverte de la circulation du sang, Pantagruel, deux géants qui connaissent le latin, le naissance d’une chirurgie plus fiable, nouvelle conception du ciel avec Copernic puis Galilée. grec et l’hébreu. B – Voyager dans le but de s’enrichir, convertir, connaître À Partir du XVe siècle, des navigateurs, soutenus par leurs monarques, se lancent dans des expéditions maritimes. Leurs motivations sont d’abord économiques : ramener des métaux précieux (or, argent) et des épices. avec la recherche de nouvelles routes maritimes vers l’Asie. Leurs motivations sont aussi religieuses : étendre le christianisme et poursuivre la lutte contre l’islam. Elles sont enfin scientifiques : mieux connaître la planète et vérifier les hypothèses des savants. C – Le trouble des esprits Les humanistes et les savants, bien que fidèles à la religion chrétienne, aboutissent à des questions sans réponse et doutent des erreurs de l’Église. Au total, on discute et remet en cause des croyances religieuses. Par ailleurs, la critique des textes et des théories, entraîne celle des méthodes d’enseignement et d’éducation. Les humanistes souhaitent que les jeunes gens deviennent des hommes libres. Ils créent donc des écoles. Les étudiants y acquièrent un esprit universel avec l’apprentissage de la géographie, l’anatomie, des mathématiques, de l’astronomie... et des langues anciennes. 17


FLORENCE, ROME ET VENISE L’église Sainte-Marie des Fleurs à Florence, une architecture audacieuse Pour juger de la beauté de cette oeuvre, il suffit de la regarder. On peut affirmer que jamais les Anciens n’ont construit d’édifice aussi élevé et aussi audacieux ; cette coupole paraît combattre avec le ciel, et elle monte, dirait-on, à une hauteur égale à celle des montagnes environnantes. D’après Vasari (XVIe siècle). Document 1

Document 3

Des artistes de renom

Quand la nature crée un homme très éminent dans un domaine, d’ordinaire elle ne le crée pas seul. La preuve en est l’apparition à Florence, dans une même génération, de Filippo Brunelleschi, Donatello, Lorenzo Ghiberti, Paolo Uccello et Masaccio, chacun si excellent dans son domaine qu’il n’a pas seulement mis fin aux procédés grossiers et maladroits en usage jusqu’alors, mais qu’il a agi par ses Document 4

Laurent le Magnifique, un grand mécène Il songea à rendre sa cité plus grande et plus belle. Comme elle renfermait beaucoup d’espaces dépourvus d’habitations, il fit tracer sur ces terrains de nouvelles rues pour y construire des bâtiments, ce qui la rendit plus grande et plus belle. Son but était de maintenir l’abondance dans sa patrie, l’union parmi le peuple et de voir la noblesse honorée. Il chérissait et s’attachait tous ceux qui excellaient dans les arts. Le comte Pic de la Mirandole, attiré par la munificence de Laurent de Médicis, préféra le séjour de Florence, où il se fixa, à toutes les autres parties de l’Europe qu’il avait parcourues. Laurent faisait surtout ses délices de la musique, de l’architecture et de la poésie. Afin que la jeunesse de Florence put se livrer à l’étude des belles-lettres, il ouvrit à Pise une école où il appela les hommes les plus instruits qui fussent alors en Italie. Histoires florentines, Livre VIII, chapitre 36. Document 2

beaux ouvrages sur les âmes de ses successeurs, élevant la production artistique au degré de grandeur et de perfection que nous lui voyons aujourd’hui. Nous avons donc, en vérité, une immense obligation envers ces initiateurs qui nous ont montré par leur travail la vraie voie à suivre pour marcher vers la perfection. Giorgio Vasari, Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes, 1550.

L’école vénitienne

La mise au tombeau Le Titien, 1490-1576 148 × 215 cm musée du Louvre Les noces de Cana Paul Véronèse, 1562-1563 666 × 990 cm musée du Louvre

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Document 5

La création d’Adam

ACTIVITÉS

Situez sur une carte Florence, Rome et Venise. En quoi l’art reste-t-il essentiellement religieux ? Pourquoi ? Prenez des exemples concrets au travers des textes et des photographies de la séquence.

Voici la plus célèbre des fresques peintes par Michel-Ange au plafond de la Chapelle Sixtine : Tout est puissance, calme et tendresse à la fois dans cet Adam qui s’éveille, mal conscient encore de la force magnifique qu’il possède, tandis que Dieu lui communique l’âme par l’approche de son doigt et par l’échange des regards. Appelé par Jules II avec une grande dépense pour la voûte de la Chapelle Sixtine, il donna la preuve de son art parfait, terminant en peu de temps l’œuvre immense. Paul Jove, un contemporain de Michel-Ange.

En examinant l’ensemble iconographique de la séquence, essayez de formuler cinq adjectifs qui qualifient le mieux cet art de la Renaissance italienne.

A – Au début du XVe siècle Florence devient un modèle La ville s’embellit. Les meilleurs artistes, attirés par les chantiers autour de la cathédrale, multiplient les recherches lors des concours ouverts par la cité. Le mécénat des Médicis prolonge cette éclosion. Une architecture où dominent les lignes horizontales et de savants calculs des proportions, remplace le jaillissement des formes gothiques. Les façades inspirées des monuments romains s’ornent de colonnes, de pilastres et de frontons. La décoration est souvent d’une extrême richesse. Brunelleschi fait triompher la coupole sur la flèche. La sculpture s’attache à l’anatomie et à l’expression des visages. Elle quitte les murs, abandonne la pierre et le bois polychrome pour le marbre et le bronze. Donatello en est le spécialiste incontesté. La peinture évolue, elle aussi, et les oeuvres se multiplient. À la fresque s’ajoutent les tableaux sur bois, puis sur toile. La gravure connaît également un grand succès. La peinture à l’huile apprise des Flamands s’impose. L’originalité de l’art nouveau réside avant tout dans la rigueur de la composition et dans une nouvelle vision de l’espace d’après les règles de la perspective. B – Rome, métropole artistique au XVIe siècle Sous les pontificats de Jules II et de Léon X, Rome dépasse Florence en attirant les grands artistes qui trouvent dans la Ville éternelle, au milieu d’imposants témoignages de l’Antiquité, un climat favorable à l’épanouissement de leur art. Déjà Sixte IV avait appelé à Rome Botticelli et Ghirlandajo pour décorer la Chapelle Sixtine. Jules II décide de construire une imposante basilique, symbole de la puissance pontificale. Bramante établit le premier projet. Mais la construction s’étale dans le temps. Le Florentin Michel-Ange sculpte le tombeau de Jules II ainsi que celui des Médicis. Peintre, il décore le plafond de la Chapelle Sixtine de figures gigantesques et réalise, vingt-cinq ans plus tard, sur le mur du fond, la fresque du jugement dernier. C – L’école Vénitienne Mais Rome décline à partir de 1530. Même si de nombreuses villes brillent désormais d’un éclat sensiblement égal, Venise a su prendre la place de leader. C’est dans la cité vénitienne que les derniers grands peintres de la Renaissance italienne ont vécu et travaillé. 19


LES CHÂTEAUX DE LA LOIRE Document 1

Les châteaux en Île-de-France et en Val de Loire

Au XVIe siècle, les préoccupations de bien-être et de goût esthétique font disparaître l’aspect militaire : fossés, donjons, tourelles ne sont conservés qu’à des fins décoratives comme à Chambord, Azay-le-Rideau et Chenonceau. Le toit très aigu couvre des combles spacieux, éclairés par des lucarnes monumentales. Les fenêtres sont très larges. L’escalier à rampes droites, voûté en caissons et axé au centre de la façade, se substitue à la tourelle contenant l’escalier à vis. Dans la vaste cour d’honneur, une galerie - nouveauté venue d’Italie à la fin du XVe siècle - apporte une touche d’élégance.

deviennent un élé-ment fondamental. Seule construction traditionnelle, la chapelle continue à utiliser la voûte d’ogives et le décor gothique. Aux XVIIe et XVIIIe siècles triomphe le classicisme, caractérisé par un rigoureux équilibre des formes. Le château est une maison de plaisance qui se situe dans un très beau jardin (Cheverny, Ménars). Collectif : Châteaux de la Loire. Collection «Guide de tourisme». Paris, Pneu Michelin, 1992. Page 25. Les châteaux d’île de France et du Val de Loire

Descendu de la colline, le château se pose au milieu de la vallée, au bord d’une rivière qui forme un «miroir d’eau». Il se veut harmonieux et ouvert sur la nature, une nature remodelée, transformée en oeuvre d’art par l’homme : les jardins, véritables écrins,

Document 2

Chambord, un palais merveilleux

Rien ne proclame mieux que Chambord rendez-vous de chasse surgi en pleine forêt pour le plaisir et pour l’amour, la grandeur de Francois Ier. Ce roi dépensier, insouciant, dont le goût s’est formé au contact de l’Italie, a voulu et su continuer la tradition des grands mécènes italiens. Vénard (M.).

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Le château de Chambord


Les déplacements de la Cour La Cour entretient ordinairement 6, 8 et jusqu’à 12 000 chevaux. Les voyages augmentent la dépense du tiers au moins, à cause des mu-lets, des charrettes, des litières, des chevaux et des serviteurs qu’il faut employer. Jamais la Cour ne s’arrêta dans un même endroit quinze jours de suite et, quand elle se déplaçait, elle emportait la vaisselle d’argent, les tapisseries et autres meubles. C’est une chose incroyable à qui ne l’a vu. Brantôme, Vie des dames galantes, 1665. Document 3

Château de Cheverny

ACTIVITÉS Restituez le contexte historique de l’époque, à savoir le nom du roi au moment de la construction des châteaux de la Loire et les raisons de la présence des Français en Italie. Document 1 En quoi la présence d’un fleuve ou d’une rivière est-elle importante dans le choix des sites de construction ? Document 2 et 3 En quoi ces «nouveaux» châteaux sont-ils différents des forteresse du moyen âge ? Quelle vocation première ont-ils perdue ? Pour quelle autre fonction ont-ils été conçue ?

Château de Chenonceau

A – En Italie, les Français sont émerveillés par les chefs-d’œuvre de la Renaissance Aux XVe et XVIe siècles, l’Italie est un pays fort riche, divisé en plusieurs États. Les princes qui les dirigent, comme les Médicis de Florence, encouragent les artistes et les font travailler à orner leurs demeures. Léonard de Vinci, Michel-Ange, et Raphaël dominent la Renaissance italienne. Les Français, qui envahissent l’Italie, sont éblouis par la splendeur des palais, par leurs tapisseries et leurs riches mobiliers, par les tableaux et les statues qui les habillent. Le roi et les grands seigneurs reviennent en France avec le goût du luxe et des beaux monuments. Ils ramènent avec eux des oeuvres d’art mais aussi des artisans et des artistes. B – La première Renaissance C’est dans le val de Loire que se sont édifiés la plupart des châteaux de la Renaissance. À cette époque, les rois et leur suite y séjournent fréquemment. Bien que certains châteaux conservent donjons, grosses tours d’angle, créneaux, et mâchicoulis, à titre de décor, la plupart sont démolis ou profondément transformés. De grandes fenêtres et de belles statues embellissent les façades, couronnées de toits d’ardoise et de hauts corps de cheminée, telle l’aile Louis XII du château de Blois. Dans les pièces, des peintures et des tapisseries égayent les murs. Des jardins et des fontaines complètent les abords extérieurs. À partir du règne de François Ier on confie à des décorateurs Italiens le soin d’embellir les façades, mais l’exécution du gros oeuvre est toujours laissée à des maîtres maçons français qui modifient les plans à leur idée. Si le Moyen Âge, période de troubles et de guerres, avait vu se construire des forteresses puissantes, désormais les guerres seigneuriales ont pris fin : la paix règne dans le royaume. Les progrès de l’artillerie rendent également inutile tout système de défense. C – La deuxième Renaissance Au début du XVIe, les architectes français vont étudier en Italie les vestiges de l’art gréco-romain. Cela les amènent à abandonner définitivement les principes de construction du Moyen Âge, à renoncer à toutes fantaisies. Ils limitent même l’ornementation et cherchent à imposer de nouveaux principes, tirés d’une étude approfondie de l’art antique : c’est le triomphe de la symétrie et de la régularité 21


LA RENAISSANCE Raphaël compare l’art de la Renaissance à celui du Moyen Âge

C’est alors que surgit presque partout l’architecture gothique, si éloignée, comme on le voit encore dans les ornements, du beau style des Romains et des antiques. Ceux-ci, outre la belle disposition de tout l’édifice, inventaient des corniches, des frises, des architraves et des colonnes avec des chapiteaux gracieux, et des bases, tous ornements d’une beauté parfaite de style. L’architecture gothique faisait souvent pour décoration une petite figure rabougrie et mal tournée, des figures et des animaux bizarres, des feuillages sans goût et contre tout ordre de la nature. Cette architecture s’inspirait aussi de l’aspect que prennent les arbres abandonnés à toute venue, quand, se penchant les uns vers les autres et se liant ensemble, ils forment des ogives ; Mais un tel système manque de consistance. Lettre de Raphaël. Document 2

Le mécénat Laurent de Médicis avait rempli ses jardins de belles sculptures antiques ; la loggia, les allées du parc, toutes les pièces étaient garnies d’admirables statues anciennes, de peintures et de mille objets dus à la main des meilleurs maîtres qui aient jamais vécu en Italie et à l’étranger. Toutes ces oeuvres d’art ne constituaient pas seulement une incomparable parure pour sa demeure et ses jardins ; c’était comme une école ou une académie pour les jeunes peintres, les apprentis sculpteurs et tous ceux qui s’appliquent au dessin. Laurent de Médicis favorisa toujours les beaux génies, mais particulièrement les nobles doués pour les arts. À ceux qui, trop pauvres, n’eussent pu se consacrer à l’étude du dessin, il assurait les moyens de vivre et de se vêtir, et il accordait des récompenses insignes à ceux qui, parmi eux, réalisaient les meilleurs travaux. Giorgio Vasari, Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes, 1550. 22

Michel-Ange L’Esclave rebelle captif (1513)

Londres Utrecht Brugges

Océan Atlantique

Paris Chambord

Anvers Bruxelles

Fontainebleau

Pragues Nuremberg

Venise Madrid

Florence

Lisbonne

Mer Méditerranée

Rome

© DOCÉO Éditions

Document 1

500 km

Principaux foyers artistiques Foyers de la Renaissance italienne Diffusion de la Renaissance italienne Document 3

La diffusion de l’influence italienne Étant ce matin en la présence du roi très chrétien, Sa Majesté m’appela : «Il faut» me dit-il, «que Leurs Seigneuries me rendent un service. Écrivez-leur que je désire que le Maître Léonard, leur peintre, qui se trouve actuellement à Milan, vienne à mon service ; je veux qu’il fasse divers ouvrages pour mon compte. Veillez à ce que Leurs Seigneuries le lui ordonnent. C’est un bon peintre et je veux certaines choses de sa main». La Joconde, musée du Louvre. Léonard de Vinci, L’origine de tout cela, c’est entre 1503 et 1506 un petit tableau de lui, arrivé ici récemment et que l’on regarde comme une oeuvre excellente. Francesca Pandolfini, Ambassadeur de Florence à la Cour de France.


Les lois de la perspective En peinture, il y a trois sortes de perspectives, la première relative aux causes de la diminution, ou, comme on l’appelle, à la perspective diminutive des objets à mesure qu’ils s’éloignent de l’oeil. La seconde est la manière dont les couleurs se modifient en s’éloignant de l’oeil. La troisième et dernière consiste à définir comment les objets doivent être achevée avec d’autant moins de minutie quels sont plus éloignés. D’après les carnets de Léonard de Vinci. Document 4

ACTIVITÉS En quoi la Renaissance est-elle une seconde naissance ? À quelle première naissance fait-on référence ? Pourquoi à la lueur de la carte peut-on dire que la Renaissance est Européenne ? Document 2 Qu’est-ce qu’un mécène ?

Croquis, perspective pour l’Adoration des Mages Léonard de Vinci

A – Des nouveautés apparaissent d’abord en Italie Au XVe et au XVIe siècle, il y a dans les grandes villes italiennes des riches qui aiment les luxueux palais, les beaux jardins, les fêtes fastueuses. Aussi un grand nombre d’artistes travaillent-ils pour eux. Les orfèvres cisèlent l’or et l’argent de leurs armes, de leur vaisselle, et de leurs bijoux. Les sculpteurs décorent les galeries de leurs palais et les allées de leurs jardins de bas-reliefs et de statues. Parmi ces grands personnages, certains réunissent auprès d’eux les meilleurs artistes. Ils les traitent alors en amis et leur offrent de somptueux cadeaux : on les appelle des Mécènes. C’est le cas de Laurent de Médicis à Florence, des papes Jules II et Léon X à Rome. Au Moyen Âge, les artistes travaillaient presque uniquement à décorer les cathédrales. À présent, ils glorifient également leurs bienfaiteurs, multiplient leur portrait, célèbrent leurs exploits. Comme l’Antiquité est à la mode, ils peignent ou sculptent les divinités païennes tel Apollon ou Vénus. Les artistes étudient l’anatomie et osent représenter le corps humain, le jeu des muscles, la grâce d’un mouvement ou d’une attitude. Les peintres découvrent les lois de la peinture sur toile et de la perspective. Cette dernière leur permet de représenter fidèlement la réalité. Désormais le peintre est capable de traduire des sentiments sur les visages, de les faire beaux ou laids. Les sculpteurs ne se servent plus seulement de la pierre et du bois, mais aussi du marbre et du bronze. B – Villes et artistes rivalisent Tour à tour, Florence au XVe siècle, Rome puis Venise au XVIe siècle se disputent le titre de capitale de la Renaissance pour attirer les artistes les plus prestigieux. Il y eut, par exemple, Léonard de Vinci : à la fois peintre, sculpteur, poète, savant et ingénieur. Michel-Ange avait lui aussi un génie universel. Il a réalisé des travaux gigantesques au sein de la ville éternelle, surtout comme sculpteur (le Moïse) et comme peintre (fresques de la chapelle Sixtine). C – Autour de 1550, l’art italien gagne la France Pendant trente années (1495-1526), les rois de France ont guerroyé en Italie. Les chevaliers, éblouis par la beauté et la richesse de ce pays, ont rapporté avec eux des tableaux, des statues, des glaces, de la vaisselle d’or et d’argent, des armes ciselées,... Ainsi, peu à peu, les Français se sont-ils mis à aimer la mode italienne. Comme Laurent de Médicis, François Ier est un mécène. Il a autour de lui une cour brillante et appelle auprès de lui des artistes italiens comme Léonard de Vinci ou l’orfèvre Benvenuto Cellini. Pour les loger, de belles résidences ont été construites ou achevées. À Paris, c’est le Louvre et les Tuileries. Sur les bords de la Loire, au milieu de parcs ombragés, ce sont les châteaux d’Amboise, de Blois, d’Azay-le-Rideau, de Chambord, de Chenonceaux. La Renaissance française, fortement influencée par la Renaissance italienne, va cependant aboutir à un style original. Logiquement les artistes italiens qui dirigent les travaux sont peu nombreux par rapport aux Français que l’on trouve sur les chantiers. Ces derniers en profitent en ne réalisant jamais exactement ce qui leur est demandé, agrémentant toujours d’une touche personnelle le projet initial. 23


SUJET

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VOYAGES ET DÉCOUVERTES Aujourd’hui tous les points du globe sont connus. Nos moyens économiques et techniques nous permettent d’entretenir des relations régulières avec les habitants des zones les plus reculées. Il n’en a pas toujours été ainsi. En fait jusqu’à la fin du XVe siècle, quatre mondes s’ignoraient. L’un d’eux correspond dans ses grandes lignes à l’ancien empire que Rome avait réussi à conquérir du IIe siècle avant Jésus-Christ au Ier siècle de notre ère. Celui-ci s’étendait, d’une part, sur l’Europe occidentale, centrale et méridionale, d’autre part sur l’Afrique du Nord, l’Égypte et le Proche-Orient. La Méditerranée, son centre de gravité, servait de trait d’union aux différents peuples riverains. Au VIIe siècle le monde méditerranéen a été coupé en deux tronçons par l’invasion arabe : au nord les pays chrétiens ou destinés à le devenir, au sud et à l’est les pays musulmans. Ceux qui l’habitaient le connaissaient depuis longtemps. Mais du reste du globe, ils ne savaient à peu près rien. Si l’existence de l’Afrique et de l’Extrême-Orient leur était connue, les anciens ignoraient complètement celle du continent américain, et de bien d’autres terres encore. À la fin du XVe siècle l’Europe manque de métaux précieux, tandis que les épices d’orient arrivent de plus en plus difficilement. Grâce à Marco Polo et à son Livre des Merveilles écrit à la fin du XIIIe siècle, on s’intéresse aux richesses fabuleuses de la Chine et des Indes. Aux raisons économiques se mêlent des causes religieuses qui font rechercher ce mystérieux «prêtre Jean», prince chrétien régnant sur un empire situé en Afrique orientale ou aux Indes, et dont l’alliance permettrait de prendre à revers les Musulmans. Les progrès de la géographie comme de la technique navale créent des conditions favorables à des voyages de découverte. La croyance populaire continue, malgré tout, à peupler les îles lointaines de monstres et redoute que leurs eaux bouillent à l’équateur. Par conséquent, même les plus courageux hésitent à s’aventurer sur les mers et les océans inconnus. Il a fallu toute la force de persuasion d’Henri le Navigateur pour que des marins portugais osent les parcourir.

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expéditions Portugaises expéditions Espagnoles

autres expéditions

1450 Les Portugais explorent le golfe de Guinée

1487 Cap de Bonne Espérance

1499 Vasco de Gama arrive en Inde

1521 - 1530 Colonisation du Brésil par les Portugais

1519 1531 Cortès conquiert Pizarro conquiert l’Empire Aztèque l’Empire Inca 1785 - 1788 1766 Voyage inachevé Tour du monde 1534 La Perouse Bougainville Jacques Cartier 1768 - 1779 découvre le Canada Trois expéditions James Cook

1492 - 1504 Voyage de Christophe Colomb 1519 - 1522 tour du monde par l’équipage de Magellan

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LES CAUSES DES GRANDS VOYAGES DE DÉCOUVERTE Document 1

Soyez curieux

Quant à la connaissance des choses de la nature, je veux que tu sois curieux ; qu’il n’y ait ni mer, ni rivière, ni fontaine dont tu ne connaisses les poissons ; tous les oiseaux de l’air, tous les arbres, arbustes, et arbrisseaux des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés, toutes les pierreries, que rien ne te soit inconnu ! D’après François Rabelais, Pantagruel, chapitre VII.

Lettre de Toscanelli à Fernam Martins (1474) Toscanelli a dessiné, vingt ans avant le voyage de Colomb, un portulan destiné à montrer que l’on pouvait atteindre les Indes en allant vers le couchant. Document 2

Comme je t’ai entretenu, autrefois, d’une route pour aller au pays des aromates, par la voie de mer, le roi désire de moi, maintenant, quelques éclaircissements à ce sujet. J’envoie, en conséquence, à Sa Majesté une carte, avec les îles d’où vous devez partir, en faisant toujours route vers l’ouest ; ainsi que les lieux auxquels vous devez arriver ; elle indique aussi les endroits dont vous aurez à vous écarter, et au bout de combien d’espaces, vous parviendrez à ces contrées si fertiles en toutes sortes d’épices et en pierres précieuses. Carte du monde du mathématicien et géographe florentin Paolo Toscanelli, fin 15e siècle.

Document 3

L’art de se diriger en mer

Nos navires se seraient perdus si, pour mon salut, et celui de mes compagnons, je n’avais fait usage d’instruments permettant de repérer notre position d’après les astres du ciel, l’astrolabe et le quadrant. Extrait d’une lettre d’Amerigo Vespucci.

Document 4

Comment faire le point

On commence à se servir de petites horloges appelées montres assez légères pour qu’on puisse les transporter. Avant de vous mettre en route, mettez soigneusement votre montre à l’heure du pays que vous allez quitter et apportez toute votre attention à ce qu’elle ne s’arrête pas pendant le voyage. Quand vous serez arrivé prenez l’heure du lieu avec l’astrolabe, comparez cette heure à celle de votre montre et vous aurez la différence de longitude. Gemma dit Frisius, astronome allemand, 1530.

Astrolab du XVIe siècle

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La mappemonde de Martellus Henricus (1489-14-90)

ACTIVITÉS Document 2 Selon Toscanelli, on peut atteindre les Indes par l’Ouest. Qu’estce que sous tend une telle affirmation ? En quoi est-elle contraire aux dogmes de la religion ? Documents 2 à 4 Listez les nouvelles techniques de navigation ?

la Fabrique du monde. Mappemondes et cartes des découvertes. Conseil général du pas de Calais

A – Pour la Science, la Gloire et Dieu Les Européens du XVe et du XVIe siècle étaient curieux. Ils voyageaient également pour devenir célèbres en faisant progresser la science de leur temps. Plusieurs navigateurs donnèrent ainsi la preuve que la terre était ronde. D’autre part, des raisons politiques incitèrent les Portugais, en guerre avec les Marocains, à longer les côtes occidentales de l’Afrique dans le but d’attaquer leurs ennemis par le Sud. Les Espagnols et les Portugais avaient, de surcroît, l’intention de convertir de nouveaux peuples à la religion catholique. B – Pour la soie, l’or et les épices Les uns comme les autres veulent atteindre l’Extrême-Orient par la mer afin de se procurer directement la soie et les épices. Ces marchandises, très demandées, étaient alors achetées aux marchands arabes par les Vénitiens. Ceux-ci les revendaient fort chères. Les Européens cherchaient également de l’or. Ils croyaient que le métal précieux abondait dans les pays inconnus. La rumeur, depuis Marco Polo, rapportait qu’au Japon les toits des maisons en étaient recouverts. C – Les progrès techniques Au Portugal, un prince de la famille royale, Henri (encore appelé «le Navigateur») s’intéresse aux voyages. Sa passion pour les choses de la mer l’incite à réunir tous les renseignements géographiques utiles aux marins. Au milieu du XVe siècle, les Portugais construisent un nouveau type de navire : la caravelle. C’est un bateau massif, muni d’un gouvernail maniable. Son bordage élevé lui permet de faire face aux violentes tempêtes. Les capitaines se repèrent maintenant à l’aide de portulans. Ces cartes ont longtemps été de véritables documents secrets. Les savants inventent des instruments de navigation toujours plus exacts, à l’image de la boussole. Les marins savent désormais mesurer leur position en latitude, grâce à l’astrolabe. La longitude sera calculée après la mise au point de montres d’une grande précision. 27


LES DÉCOUVERTES PORTUGAISES Document 1

Les motivations du prince portugais Henri le Navigateur

Il désirait savoir quelles terres il y avait au-delà des îles Canaries et d’un cap qu’on nommait Bojador. La deuxième raison fut que si en ces terres se trouvaient quelques ports l’on pourrait en rapporter beaucoup de marchandises bon marché. La troisième raison fut qu’il Henry le Navigateur envoya ses gens en quête de peint par Nuno Gonçalves renseignements afin de savoir jusqu’où allait la puissance des infidèles. La quatrième raison fut celle-ci ; il désirait savoir si, en ces régions-là, il y aurait quelques princes chrétiens assez forts pour l’aider contre les ennemis de la foi. La cinquième raison fut son désir d’augmenter la sainte foi en Jésus-Christ et d’amener à elle toutes les âmes désireuses d’être sauvées. D’après Gomes Eanes de Azurara, Chronique de Guinée (1453).

Document 2

Le voyage de retour de Vasco de Gama (1498-1499)

Un mercredi 29 du mois d’août, considérant que nous avions trouvé et découvert ce que nous étions venus chercher, tant en épices qu’en pierres précieuses, le commandant suprême décida de partir. Nous mîmes si longtemps à traverser l’océan Indien entre Calicut et l’Afrique que nous demeurâmes trois mois moins trois jours à l’accomplir. Cela eut lieu ainsi à cause des calmes plats, des vents contraires que nous rencontrâmes. Le mal des gencives se déclara alors parmi tout l’équipage. Trente individus succombèrent, sans compter trente autres qui avaient déjà péri. Bien plus tard Notre Seigneur nous donna si bon vent que le 20 mars 1499 nous passâmes par le cap de Bonne-Espérance. Extrait du «Routier d’alvaro Velho».

Document 3

Cabral prend possession du Brésil

La progression des Portugais vers les Indes

Arrivée de Cabral à Porto Seguro. Oscar Pereira da Silva

Avant son départ de Porto Seguro, Pedro Alvarez Cabral fit dresser une croix de pierre, bien fixée en terre, voulant signifier ainsi qu’il prenait possession de cette contrée au nom du roi du Portugal. Et il donna à ce nouveau pays le nom de Santa Cruz ; mais à présent on le nomme, par erreur, Brazil, à cause du bois rouge qu’on en fait venir. Damiao de Goes, Chronique du Sérénissime Seigneur Roi Dom Manuel.

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ACTIVITÉS Document 4

Le retour des survivants de l’expédition de Magellan

Un navire ? Non, un tas de planches pourries, qui va tout de travers dans l’eau, tordu, brisé, n’ayant que des moignons pour mât, que des chiffons pour voiles, que des mourants pour équipage. Cette épave remonte lentement le fleuve jusqu’aux quais de Séville. Elle n’a plus à bord que des silhouettes humaines, fiévreuses, vidées de toute force. Ils descendent à terre, s’avancent, chancelants, regardent autour d’eux. Ils ne sont même plus capables de rire, ou de pleurer. Del Cano rédige le rapport : «Votre Majesté daigne apprendre que nous sommes rentrés 18 hommes avec un seul des cinq navires envoyés. Votre Majesté sache que nous avons trouvé le camphre, la cannelle et les perles. Qu’elle daigne estimer à sa valeur que nous avons fait le tour de la terre, que, partis vers l’Ouest, nous revenons par l’Est.»

Document 1 En quoi les motivations d’Henri le Navigateur sont-elles d’ordre scientifique, commerciale et religieuse ? Document 2 «Le mal des gencives» : de quelle maladie parle-t-il, à quoi cela est-il dû ? Document 2 et 3 Quelles sont les deux zones de navigation que découvrent les Portugais ? S’agissait-il de voyage d’agrément ? Listez les principales difficultés de ces voyages ?

Baumgardt, Magellan.

A – La route des épices Les épices (gingembre, gingembre, girofle, poivre, muscade,...) étaient très appréciés au Moyen Âge, ainsi que les soieries, laques, bronzes, étoffes de coton imprimées (indiennes) originaires de l’orient. Tous ces produits parvenaient en Europe par l’intermédiaire des Arabes qui les apportaient à Alexandrie en Égypte, où les navires de Venise allaient les chercher. Cette route, la plus importante, était longue et coûteuse car chaque intermédiaire se faisait chèrement payer. Le second passage, encore plus difficile, correspondait à celui des caravanes, que l’explorateur vénitien Marco Polo avait emprunté au XIIIe siècle. Il aboutissait à Constantinople. Là des marchands, venus de tout le vieux continent, récupéraient les colis que les caravanes avaient acheminés depuis l’Orient. Ces deux routes étaient peu commodes. Aussi des Portugais décidèrent-ils d’aller chercher directement, par la voie maritime, tous ces produits dans leurs pays d’origine afin de réaliser des bénéfices considérables. B – Le contournement de l’Afrique En 1415 les Portugais prennent pied en Afrique du Nord. C’est le début d’une vaste entreprise d’explorations qui aboutira à la mise en place d’une nouvelle route océane vers l’extrême-orient. La fondation, par le fils du roi de Portugal, Henri le Navigateur, d’une école de Navigation où l’on enseigne l’astronomie, la cartographie et la géographie, poussera ses élèves à s’aventurer sur les mers inconnues. En 1434 Gil Eannes pénètre dans le golfe de Guinée, anéantissant du coup la croyance en l’existence d’une eau bouillante aux environs de l’équateur. Encouragés par cet exemple, d’autres navigateurs portugais se lancent dans l’aventure. Il a fallu pourtant attendre 1488 pour que Bartolomeu Dias, doublant le cap de Bonne-Espérance, aborde la côte sud-est de l’Afrique. Il pensait poursuivre plus loin son chemin mais, l’équipage épuisé l’obligea à y renoncer. Dix ans plus tard, Vasco de Gama alla plus loin. Il remonta la côte orientale. Ayant traversé l’océan Indien il fit escale à Calicut, découvrant ainsi la route maritime des Indes en direction du levant. C – La découverte de l’Amérique D’autres navigateurs songeaient à faire voile vers l’ouest. Leur but était de découvrir une voie originale en direction de la Chine et de l’Indonésie. C’était le cas d’un Gênois, Christophe Colomb. Celui-ci tenta, en vain, d’intéresser la cour du Portugal à son projet. Il entra alors au service des rois d’Espagne. Le 12 octobre 1492 l’un de ses marins aperçut la Terre : le Nouveau Monde venait d’être découvert. En l’espace de quelques années, une véritable fièvre de voyages de découvertes parcourra l’Europe. Les Vénitiens Jean et Sébastien Cabot atteignent Terre-Neuve en 1497. Deux ans après Amerigo Vespucci débarque en Amérique du Sud, donnant son nom à tout le continent américain. En 1500 le Portugais Pedro Cabral prend possession du Brésil, tandis qu’en 1519 un autre Portugais, Ferdinand de Magellan, entreprend le premier voyage autour du monde. Il fut massacré par une tribu d’indigènes aux Philippines. Une partie de son équipage put néanmoins regagner le Portugal. 29


L’EUROPE À LA CONQUÊTE DU MONDE XVe siècle

Document 1

XVIe siècle

XVIIe siècle

L’île de Cipangu (le Japon)

Cipangu est une île au levant, fort grande. Les habitants sont blancs, de belles manières, et beaux. Ils sont idolâtres ; indépendants, ils ne reconnaissent nulle autre autorité que d’eux-mêmes. Ils ont de l’or en très grande abondance. Nul marchand ne s’y rendit jamais. Il me faut vous conter une grande merveille du palais du seigneur de cette ville. En vérité, il est tout couvert d’or fin. Et le pavement de ses chambres est aussi d’or fin, comme toutes les autres parties du palais. Marco Polo. «Voyages». L’océan Indien dans l’Atlas Nautique de Lopo Homen vers 1519

Document 2

La richesse du commerce des Indes C’est ’est de Calicut, située sur la côte orientale de l’Inde, que viennent les épices qui se consomment en toutes les provinces du monde ; de cette même cité de Calicut proviennent nombre de pierres précieuses. De ses propres récoltes, cette ville obtient beaucoup de gingembre, de poivre et de cannelle. Cette dernière n’étant toutefois pas si fine que celle d’une île appelée Ceylan, à huit journées de là. Extrait de la Relation du premier voyage de Vasco de Gama aux Indes orientales.

Premiers contacts de Christophe Colomb avec le nouveau monde En soixante et onze jours, je suis arrivé aux Indes, y ai trouvé de nombreuses îles dont j’ai pris possession, sans rencontrer aucune opposition. Les gens j’ai vues vivent tout nus. Ils ne connaissent pas le fer et n’ont pas d’armes ; ils sont extraordinairement craintifs. Dès que la crainte les quitte, ils se montrent d’une simplicité que l’on ne saurait croire. Je leur donnais mille jolies choses pour qu’ils nous prennent en affection ; ils seront ainsi attirés à se faire chrétiens et inclinés à l’amour et au service de Leurs Altesses ; ils nous donneront volontiers ce qu’ils possèdent en abondance. Document 3

Lettre au trésorier Santangel. 30

Christophe Colomb accueilli par les Indiens gravure de Th. de Bry


Document 4

Magellan découvre le Pacifique (1520)

Le 28 novembre nous entrâmes dans la grande mer où nous devions naviguer pendant trois mois et vingt jours sans nourriture fraîche. Le biscuit que nous mangions n’était plus du pain, mais une poussière puante mêlée de vers. L’eau que nous buvions sentait aussi. Certains d’entre nous étaient attaqués par une maladie qui faisait gonfler les gencives au point que les malades ne pouvaient plus se nourrir. Dix-neuf d’entre nous en moururent. Pendant tout ce temps nous parcourûmes à peu près 4 000 lieues, soit environ 22 000 kilomètres, dans cette mer que nous appelâmes Pacifique parce que durant toute notre traversée il n’y eut pas la moindre tempête. D’après le récit d’un des rescapés du premier tour du Monde.

ACTIVITÉS Document 1 Etudiez la carte de l’Océan indien. En la comparant avec celle d’aujourd’hui (cf. atlas), classe en deux colonnes les exactitudes et les inexactitudes. Documents 1 et 2 Par quoi sont fascinés les explorateurs de l’Inde et du Japon ? Document 3 Christophe Colomb s’adresse au trésorier du roi et à travers lui au roi lui-même. En quoi les arguments qu’il énonce peuvent ils intéresser le roi d’Espagne ?

A – À l’assaut des mers À la fin du XVe siècle de grands navigateurs s’aventurent dans des mers encore inconnues. Ils cherchent une route maritime vers le levant dont Marco Polo, un riche marchand vénitien du XIIIe siècle, a décrit les fabuleuses et parfois légendaires richesses. Les soies et les épices, acheminées depuis l’orient, parviennent difficilement en Europe. Tous ces produits coûtent fort chers avec de multiples intermédiaires. Des Vénitiens ont amassé des fortunes colossales en les achetant aux Arabes, puis en les revendant avec un gros bénéfice aux marchands du vieux continent. Cela va pousser de nombreux aventuriers à se les procurer directement. Les mines d’or et d’argent européennes ne suffisent bientôt plus à couvrir les besoins de l’industrie et du commerce. Il faut donc trouver ailleurs de nouvelles mines à exploiter. La navigation a bien progressé. L’invention du gouvernail d’étambot permet de manier facilement les bateaux. De son côté la boussole rend moins aventureuse la navigation en haute mer. Des cartes marines, les portulans, décrivent les pays connus. Enfin les marins savent calculer la latitude et, plus tard, la longitude. Mais surtout, aux alentours de 1420, la caravelle a été mise au point dans les chantiers navals du Portugal. C’est un bateau capable de résister aux éléments déchaînés. B – La route des Indes et celle de l’Amérique Les Portugais se lancent les premiers à la conquête du monde. Depuis 1416 le prince Henri le Navigateur explore systématiquement les côtes de l’Afrique. En 1488 Barthélemy Diaz atteint le cap de Bonne-Espérance, à l’extrême sud de l’Afrique. Dix ans plus tard une expédition conduite par Vasco de Gama contourne l’Afrique et atteint Calicut, en Inde. Il ramène au Portugal des navires chargés d’or et d’épices. La route maritime directe, dite de l’orient, vient d’être découverte. Les Espagnols cherchaient, par contre, à gagner les Indes par l’ouest. Le 3 août 1492 Christophe Colomb quitte le port de Palos avec trois caravelles. Deux mois plus tard il aborde l’une des îles Bahamas. C – Une première mondialisation Après Colomb, d’autres hommes vont chercher leur route en direction du couchant. En 1500 le Portugais Alvarez Cabral atteint le Brésil. Pour le compte du roi du Portugal, le Florentin Amerigo Vespucci longe la côte brésilienne jusqu’en Patagonie et démontre que la terre où Colomb a abordé est un nouveau continent qu’en son honneur on appellera Amérique. Le 20 septembre 1519 Ferdinand de Magellan, un navigateur portugais, quitte Séville. Il longe l’Amérique du Sud, trouve le 1er novembre le passage vers l’occident (le détroit qui porte son nom) avant de déboucher dans un océan inconnu qu’il appelle Pacifique. Il lui faudra plus d’un an pour le traverser. En avril 1521 Magellan atteint les Philippines où des indigènes le tueront. Les marins qui ont survécu traversent l’océan Indien, doublent le cap de Bonne-Espérance et atteignent Séville le 8 septembre 1522. Ils rapportent une précieuse cargaison faite de clous de girofle, de cannelle et de noix de muscade. Les grands voyages d’exploration de la seconde moitié du XVIIIe siècle vont permettre de découvrir des terres et des routes maritimes. Les Français Bougainville, qui accomplit le tour du monde, ainsi que La Pérouse, dont l’expédition connut une fin tragique, ont parcouru l’Océanie. L’Anglais Cook aborda, au cours de ses trois voyages, en Australie et en Nouvelle-Zélande. 31


SUJET

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LE PREMIER EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS À la suite des Espagnols et des Portugais, les Français tentent de coloniser différents territoires. En 1503, l’Espoir quitte Honfleur pour les Indes orientales mais, dévié par une tempête, le voilier aborde le Brésil. Bien accueillis par les indigènes, son capitaine prend possession de cette terre au nom du roi de France, puis repart. L’Espoir remonte progressivement la côte. Au cours d’une escale, l’équipage est attaqué par des Indiens. Les survivants, qui ont repris la mer, doivent affronter la tempête ainsi que les pirates. Seul vingt-sept rescapés regagneront leur foyer. En 1555, Nicolas Durand de Villegaignon débarque sur une île de la baie de Rio de Janeiro. Il y prépare l’installation de trois cents concitoyens, lesquels en seront chassés par les Portugais. Plus tard trois expéditions parties de Dieppe abordent la Floride. À chaque fois les colons seront massacrés par les Espagnols. Dès 1497, le Vénitien Jean Cabot, naviguant pour le compte du roi d’Angleterre, découvre Terre-Neuve et le littoral du Labrador. Vingt six ans après, François Ier envoie Verrazano à la recherche d’un passage reliant les océans Atlantique et Pacifique, qui serait situé au nord de l’Amérique. Verrazano accoste aux environs de la Caroline actuelle. Lors de son exploration des côtes, il baptise tous les lieux rencontrés. New York s’est ainsi appelée Angoulême, l’Hudson, le fleuve Vendôme, etc…

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Colonisation européenne et grand commerce au XVIII e siècle.

1635 : les Français s’emparent de la Guadeloupe et de la Martinique 1682 : Cavalier de la Salle offre la Louisiane à Louis XIV

1627 : fondation de la compagnie de la Nouvelle - France

1659 : fondation de Saint-Louis du Sénégal

1608 : Champlain fonde Québec

XVIe siècle

1534 : Cartier débute l’exploration de la Nouvelle - France

XVIIe siècle

1642 : les Français s’installent à Madagascar

1625 : la France colonise Sant-Christophe

1713 : Fin des négociations à Utrecht

1803 : Bonaparte cède la Louisiane

1761 : la France perd Pondichéry

XVIIIe siècle

1763 : fin de la guerre de sept ans (traité de Paris) 1674 : naissance du comptoir de Pondichéry 1665 : Saint-Domingue en partie française

1664 : Création de la compagnie française des Indes orientales

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LA NOUVELLE FRANCE Document 1

Jacques Cartier nous raconte Le roi François Ier, ayant appris ce qu’avait rapporté le capitaine Cartier de ses deux premiers voyages de découvertes, résolut de l’envoyer de nouveau au Canada, afin de faire de plus amples découvertes et de mieux connaître le pays. Le roi donc commanda qu’il fût versé une somme d’argent dans le but d’entreprendre le dit voyage.

Document 3

Un jésuite au Canada

Nous ous nous trouvons sur les bords d’une rivière où il y avait un hameau de pêcheurs sur l’autre rive. Un Iroquois me fait passer en son canot et, par honneur, me porte sur ses épaules au moment de débarquer. Ainsi je ne fus pas mouillé. Tous ces pauvres gens m’accueillent avec joie. Je mis bien deux heures à leur parler. Celui qui joue le rôle Les six premiers sauvages de la Prairie viennent d’Onneiout sur les neiges et les glaces

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Champlain décrit un nouveau monde, parfait ou presque Arrivé le 3 juillet 1608, je ne pus trouver pour notre habitation de lieu plus commode ni mieux situé que la pointe de Québec, ainsi appelée des sauvages, laquelle était remplie de noyers et de vignes. Le pays de la Nouvelle-France est un monde, beau en toute perfection, tant sur les rivages du grand fleuve Saint-Laurent qu’en une infini-té de belles îles accompagnées de prairies et bocages forts plaisants. Les terres y sont très fertiles, les pâturages en abondance. Le pays est, en supplément, rempli de grandes et hautes forêts. Document 2

de chef déclare : «Nous voulons reconnaître le Dieu dont tu nous parles. Mais nous vous demandons de choisir sur les rivages de notre grand lac une place pour y bâtir une habitation. Mettez-vous dans le coeur du pays puisque vous devez posséder nos coeurs.» Témoignage du père jésuite Simon Le-Moyne. La Nouvelle-France comprenait cinq colonies.


ACTIVITÉS Portrait du chef iroquois Sa Ga Yeath Qua Pieth Tow (baptisé Brant).

Document 4

Document 1 La Nouvelle France correspond aujourd’hui à la partie est des Etats-Unis. Quelles sont les barrières naturelles qui ont bloqué à l’ouest les possessions françaises. Document 4 En quoi l’immensité de ce territoire est-il un atout et une faiblesse ? Que propose Colbert pour y remédier ?

Instructions de Colbert à Talon, intendant dans la Nouvelle-France, en 1665

Un des plus grands besoins du Canada est d’y établir des manufactures et d’y attirer des artisans pour les choses nécessaires à l’usage de la vie car jusqu’ici, il a fallu porter en ce pays des draps pour habiller les habitants et même des souliers pour les chausser. Le sieur Talon examinera de plus s’il ne serait pas plus avantageux de semer du chanvre et des légumes.

A – François Ier envoie Jacques Cartier en expédition Le roi souhaite à la fois découvrir de nouvelles terres, agrandir ses possessions, et s’octroyer des richesses. En outre, il charge Jacques Cartier de trouver une route maritime reliant rapidement le royaume de France aux Indes. En 1534, ce navigateur de Saint-Malo, pénètre dans le golfe du Saint-Laurent, aborde sur la côte de l’actuel Nouveau-Brunswick, offre de nombreux présents au chef local et, avec son accord, prend possession de la région au nom de François Ier. Le roi pensait à tort qu’on y trouverait de l’or. Cette déception l’a conduit à abandonner la mise en valeur de la Nouvelle-France, ceci d’autant plus facilement qu’il avait fait de sa lutte contre Charles Quint une priorité. B – Une mise en valeur d’abord timide La situation ayant évolué, Henri IV et Richelieu encouragent la présence française en Amérique du Nord. Ils pensent ainsi rendre la France plus puissante. Samuel Champlain fait une dizaine de voyages au Canada. En 1608, il fonde la ville de Québec. Convaincu de la richesse de cette province, Champlain y attire des colons. Quelques milliers de paysans venus majoritairement de Bretagne, Normandie et Poitou s’installent alors. Les cultures s’étendent. Montréal voit le jour. Certains colons explorent l’intérieur des terres. Les missionnaires, très nombreux, visitent les tribus indiennes dans l’espoir de les convertir à la religion catholique. Des groupes de jeunes hommes parcourent les forêts, chassent ou échangent avec les indigènes de la pacotille contre des fourrures destinées à être vendues. Colbert associe possession de marchandises et richesse. Or, les colonies fournissent un important supplément de récoltes et de produits. Mais sur 50 000 navires européens, 2 300 seulement sont français. Colbert développe donc notre flotte. Il crée ensuite des compagnies de commerce devant servir à financer l’exploitation des possessions outre mer. Enfin, il insiste pour que la densité de population y soit plus forte, son but étant d’intensifier leur mise en valeur. Vers 1700 le Canada compte 12 000 habitants. C – Lors de la guerre de Sept ans, les Français se battent contre les Anglais, à un contre dix Le marquis de Montcalm, à la tête d’une troupe se défend du mieux qu’il peut. Cependant Louis XV n’envoie pas de secours. Montcalm meurt en défendant Québec. Par le traité de Paris (1763), le Canada avec les possessions situées à l’Est du Mississippi sont abandonnées au Royaume-Uni. 35


LES RIVALITÉS COLONIALES FRANCO - ANGLAIS Le Canada Français en 1737, d’après un rapport de l’intendant Gilles Hocquart La principale culture est celle du blé ; le pays en fournit non seulement pour ses habitants, mais encore pour en faire un commerce. On ne craint cependant point de dire que les sauvages, si on en excepte quelques-uns, n’aiment ni les Français ni les Anglais. Ils savent que les uns et les autres ont besoin d’eux. Les démarches que nous faisons pour nous les attirer ne doivent pas leur laisser de doutes là-dessus, mais comme les Anglais tiennent à leur égard la même conduite, et que même ils nous surpassent dans les caresses et les présents qu’ils leur font, il est à craindre que ces sauvages ne se détachent de nous. Les négociants de la colonie, particulièrement ceux de Montréal, équipent au printemps et en été des canots pour porter chez les sauvages les marchandises qui leur conviennent. Ils rapportent des castors et des fourrures. Document 1

Document 3

La perte du Canada

Montcalm, général français envoyé pour sauver le Canada attaqué par les Anglais, estime que le gouvernement français n’en fait pas assez pour l’aider. Il écrit en 1759 au ministre français de la Guerre : Les Anglais ont 60 000 hommes, nous au plus 10 à 11 000 hommes. Faute de vivres, les Anglais vont finir par prendre le dessus, surtout que les Canadiens se découragent. et le ministre lui répond : «Vous ne devez point espérer recevoir des troupes de renfort ; outre qu’elles augmenteraient la disette, il serait à craindre qu’elles ne fus-sent interceptées par les Anglais.» Quelques mois plus tard Montcalm fut mortellement blessé en défendant Québec.

La parole est donnée aux opposants de la colonisation du Canada

Après le traité de Paris qui consacre l’abandon du Canada, certains Français se résignent aisément. Un journal, les Éphémérides du Citoyen, va jusqu’à écrire : Examinons maintenant ce que fournissait le Canada : un peu de grains et de bétail, pas assez pour la nourriture des habitants et des troupes ; quelques pelleteries inférieures à celles de Russie, du bois assez beau, malheureusement négligé jusque maintenant. Même si le castor ne se trouve qu’en Canada, ce n’est pas une denrée assez précieuse pour faire dépenser au Roi, c’est-à-dire au pauvre peuple français, jusqu’à cent millions au moins dans une seule guerre.

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Document 2

La rivalité de la France et du Royaume-Uni en Inde.


La parole est donnée aux opposants Document 4 de la colonisation du Canada En dépit des efforts extraordinaires des Français, qui ont envoyé Monsieur de Lally à la tête d’une armée considérable, je suis persuadé qu’avant la fin de cette année ils seront au bord de la déroute dans le sud-est de l’Inde. La supériorité de nos troupes et l’abondance des ressources en argent et en vivres de toutes sortes sont de tels avantages que les Anglais ne pourront manquer de provoquer la ruine totale de l’ennemi dans toutes les Indes.

ACTIVITÉS À la lumière des documents de la séance, seriez-vous un défenseur ou un opposant de la Nouvelle France ? En fonction de votre choix, rédigez un petit rapport favorable ou défavorable au maintien de la présence française.

A – L’effort colonial des Français et des Anglais Aux Indes, il était matérialisé par la coexistence de deux sociétés privées, fondées par des actionnaires : la Compagnie française des Indes et la Compagnie anglaise des Indes orientales. Chacune avait établi en Inde des entrepôts ou comptoirs. On y entassait une multitude de produits achetés sur place. Des miliciens les protégeaient. Pondichéry, le principal établissement français, était le port d’attache d’une flotte qui transportait les marchandises jusqu’au port de Lorient. Là, on les vendait aux enchères. Les bénéfices étaient ensuite distribués aux porteurs d’actions. Pendant longtemps, Français et Anglais vécurent en harmonie aussi bien en Asie qu’en Amérique, mais les jalousies entre les deux compagnies envenimèrent leurs relations. Soumis au Grand Mogol, l’Inde se décomposait au profit des princes locaux qui se déclaraient indépendants. Le gouverneur de la compagnie française, Pierre Benoît Dumas, eut l’idée d’offrir à certains d’eux l’appui de ses troupes moyennant des privilèges commerciaux. Cette initiative contribua à dégrader le climat de méfiance ambiant. B – La guerre de succession d’Autriche mit le feu aux poudres L’empereur d’Autriche, Charles VI, avait voulu que sa fille, Marie-Thérèse, puisse lui succéder. Tous les États d’Europe acceptèrent sa décision. Cependant, à la mort du monarque, plusieurs d’entre eux, la Prusse et la France notamment, se liguèrent contre Marie-Thérèse. Seule l’Angleterre la défendit. Les affrontements qui en découlèrent se déroulèrent en Europe et en outre mer. Au Canada, ce conflit ne fut marqué que par la prise de l’arsenal français de Louisbourg. Aux Indes, par contre, les hostilités prirent un caractère beaucoup plus violent. Dupleix qui venait de remplacer Dumas, poursuivit avec vigueur la politique de son prédécesseur. Il fit attaquer Madras par la flotte de sa Compagnie. Les Anglais assiégèrent alors Pondichéry, avant de lever le siège. La paix revenue, Louis XV rendit Madras. De leur côté les Anglais évacuèrent Louisbourg. Dupleix utilisa ce retour au calme pour mettre la main sur de nouveaux territoires. Dans ce contexte d’accalmie, cette pratique lui coûta sa place. Son successeur fut chargé de s’entendre avec les Anglais. C – Les conséquences de la guerre de Sept ans Marie-Thérèse n’acceptait pas d’avoir été obligée de céder la Silésie à la Prusse pour permettre le retour à la paix. Aussi finit-elle par lancer l’Europe dans un conflit. La guerre de Sept Ans fut un désastre pour la France. À l’occasion de la reprise des combats, Canadiens français et Anglo-Américains se disputèrent la vallée de l’Ohio. Montcalm prit la tête de la défense des intérêts de la France. Pendant trois ans, il empêcha l’invasion du Canada avant d’être tué lors de la défense de Québec. Sa mort marqua la fin du Canada français. En 1758, le roi envoya en Inde des renforts commandés par le comte de Lally-Tollendal. Assiégé dans Pondichéry, il finit par capituler. La France a beaucoup perdu au traité de Paris : le Canada, l’Inde, le Sénégal, et quelques Antilles. Elle vit en revanche s’établir l’hégémonie maritime et coloniale de l’Angleterre. 37


UNE CONSTRUCTION BIEN DIFFICILE

XVe siècle

XVIe siècle

XVIIe siècle

Mappe-monde, dressée en 1717

Un voyage aux Indes en février 1690 Nous sommes six vaisseaux, tous équipés, moitié guerre et moitié marchandise, bien fournis de munitions et d’équipages. Ceux-ci naviguent pour le compte de la Compagnie Royale, des Grandes Indes Orientales. Document 1

La traite des Noirs entre l’Afrique et l’Amérique Tous les navires qui prirent des esclaves, en même temps que l’Albion en perdirent les uns la moitié, les autres les deux tiers, avant d’atteindre les Antilles. Ceux qui étaient encore en vie moururent aussitôt à terre ou se vendirent à des prix avantageux. Le voyage de l’Albion, sur lequel on avait fondé tant d’espoirs, tourna à l’échec. Plus de 60 % du capital que représentaient les esclaves fut perdu, à cause du manque d’eau, d’une nourriture qui ne leur convenait pas. Document 2

D’après le récit d’un capitaine négrier (vers 1700). 38

Outre les hommes qui composent les équipages, nous avons encore sur l’escadre quantité de passagers, tels les marchands et commis que la Compagnie envoie dans les Indes, d’autres qui y vont pour leur compte : des prêtres, plusieurs Siamois, Mandarins et autres, qui repas-sent dans leur Patrie. L’Europe, au cœur de la première mondialisation


ACTIVITÉS Document 3

Le système de l’exclusif d’après l’Encyclopédie

Les colonies françaises n’ont le droit de commercer qu’avec la France et ne peuvent utiliser que des navires français. Les colonies n’étant établies que pour l’utilité de la métropole, il s’ensuit : 1°) Qu’elles doivent être sous sa dépendance immédiate et par conséquent sous sa protection. 2°) Que le commerce doit en être exclusif aux fondateurs.

Document 4

Indes Document 1 Qu’appelle-t-on Orientales et Indes occidentales ? Pourquoi ces dernières portent-elles le nom d’Indes ? Document 2 En quoi le commerce triangulaire pouvait-il être juteux pour des investisseurs, ou au contraire ruineux ?

La journée d’un «pauvre Blanc» à Saint-Domingue

De nombreux jeunes gens vont aux colonies volontairement pour servir de contremaîtres, dans l’espoir de faire fortune. Voici comment l’un d’eux raconte une de ses journées dans l’île de Saint-Domingue : Le métier est rude, mais aimant naturellement tout ce qui s’appelle culture de la terre, j’en prendrai bientôt le dessus, pourtant il y a bien du mauvais temps à passer aux ordres

d’un supérieur qui la plupart du temps vous considère comme son valet. Pour la culture de la canne, je l’aurai bientôt apprise. Reste que ce qu’il y a de plus difficile, c’est la fabrication du sucre. La journée s’emploie pour faire travailler les nègres, visiter tous les jours les vivres afin que les gardes ne les volent pas,… en un mot, je n’ai pas un moment de repos.

A – La politique de conquête de François Ier et d’Henri IV Dix ans après Verrazano, François Ier envoie Jacques Cartier en expédition. Celui-ci atteint Terre-Neuve, puis un grand fleuve que le malouin nomme Saint-Laurent. Lors d’un autre voyage, il fonde la Nouvelle-France. Cette terre devient vite un lieu où le commerce de la fourrure était florissant. Dans le but d’accroître la puissance de la France, Henri IV désire qu’un certain nombre de ses sujets aillent peupler cette partie de l’empire. En 1608, Champlain fonde la ville de Québec. B – Au XVIIe siècle, l’activité maritime et commerciale s’accentue Richelieu développe la marine et aide le commerce outre mer. Grâce à son action, des comptoirs sont fondés dans les Antilles, au Sénégal, et à Madagascar. Colbert poursuit son œuvre car il est convaincu que les colonies pourront fournir à la France une multitude de produits à bon compte. Cela le pousse à créer des compagnies qui respectent le système de l’exclusif. Il leur donne des territoires et les autorise à faire des conquêtes. Des missionnaires, principalement des Jésuites, vont convertir les indigènes, pendant que des explorateurs accroissent l’étendue des possessions françaises. En 1682, Cavelier de la Salle descend le Mississipi et fonde la Louisiane. La route des Indes, terre légendaire des épices, du thé, de la soie, et des indiennes en coton imprimé, n’a pas été oubliée. C’est ainsi que des hommes d’affaires y installent des comptoirs, dont les principaux sont Pondichéry et Chandernagor. Au début du XVIIIe siècle, Law espère tirer de gros revenus de l’exploitation de la Louisiane. Il fonde ainsi la Compagnie du Mississipi dont les actions atteignent un prix élevé. Le commerce enrichit la bourgeoisie des ports de l’Atlantique comme Lorient, Nantes et Bordeaux. Bien souvent les navires accostent au Sénégal ou sur la côte de Guinée où ils achètent des esclaves, pour les vendre aux Antilles (Martinique, Guadeloupe et Saint-Domingue) dans des plantations d’où ils ramènent le sucre. C – L’hégémonie maritime et coloniale du Royaume-Uni Partout, les marchants français se heurtent à la concurrence de leurs homologues anglais. Aux Indes et au Canada les colons des deux pays sont souvent en conflit. Quand la France s’engage dans la guerre de Sept Ans, les Anglais cherchent à s’emparer de son empire colonial. En 1763, le traité de Paris enlève à la France le Canada, un morceau de la Louisiane, quelques Antilles et le Sénégal. Il ne lui laisse que cinq comptoirs dans l’Inde. L’Angleterre est devenue la plus grande puissance maritime et coloniale. 39


SUJET

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LES LUMIÈRES

Aux prises avec de graves difficultés financières, Louis XVI décide de faire appel aux États Généraux. Des représentants de chacun des trois ordres sont élus dans l’allégresse générale. Le ministre Necker, très populaire, avait même été rappelé au pouvoir. Les électeurs remirent aux députés des cahiers de doléances où ils exprimaient leurs désirs. La plupart réclamaient des réformes et la refonte des impôts, quelques-uns une constitution. Néanmoins tous parlaient du roi avec respect. Le 5 mai 1789, les députés se réunissent à Versailles. Ils sont 1 200, dont 600 pour le Tiers État, constitué presque uniquement de bourgeois, avocats ou journalistes. Ni les paysans ni les artisans ne s’étaient fait élire. Lors de la première séance de travail, le roi et Necker parlèrent interminablement du manque d’argent dans les caisses du royaume, mais nullement des évolutions tant espérées. Les délégués du Tiers n’ignoraient pas qu’ils représentaient 97 % de la nation. Aussi étaient-ils bien décidés à jouer un rôle. Au cours des précédents États généraux chaque ordre votait à part et comptait pour une voix. Si ce mode de scrutin était maintenu, le Tiers État continuerait à être la victime de l’alliance des privilégiés. Cela le poussa à réclamer un vote par tête. Il savait bien qu’en ce cas, à ses 600 membres se joindraient les députés du bas clergé et de la petite noblesse, partisans des changements. Fatigués d’attendre la décision du roi, le 17 juin, les députés du Tiers se réunissent. Ils en profitent pour se proclamer Assemblée nationale, affirmant que, selon les idées nouvelles, la nation est la vraie souveraine. Cette fois Louis XVI sentit son autorité menacée. Il fit fermer la salle où débattaient les députés du Tiers. Ceux-ci, le 20 juin, se rassemblent dans un jeu de paume avec bon nombre de collègues prêtre et petits nobles. Ils jurent de ne se séparer qu’après avoir donné une constitution à la France. Ce serment était le premier geste révolutionnaire. Le roi le comprit et essaya de réagir. Trois jours plus tard, il vint lui-même s’adresser aux représentants du Tiers. Son discours est menaçant. Il le termine en ordonnant à chacun des ordres de siéger à part. Mirabeau, au nom du Tiers État, refuse de quitter la salle. Louis XVI s’écrie alors : «Ils ne veulent pas s’en aller ? Eh bien ! qu’ils restent !» Il demanda ensuite aux élus du Clergé et de la Noblesse qui ne l’avaient pas encore fait de rejoindre le Tiers. Ayant ainsi réussi à faire capituler le roi, l’Assemblée se déclara Constituante, le 9 juillet. Dans toute la France la disette se fait sentir. Un peu partout le brigandage reparaît. À Paris, le renvoi de Necker puis l’arrivée à Versailles de régiments destinés à protéger le roi déclenchent une émeute. Le 14 juillet la Bastille est prise d’assaut. Les massacres qui en découlent commencent à inquiéter. Pris de peur, certains nobles émigrent. Plutôt que de châtier les coupables, Louis XVI accepte de porter la cocarde tricolore des émeutiers. L’agitation gagne bientôt l’ensemble de la province. Sous prétexte d’arrêter les brigands, les paysans s’arment, c’est la Grande Peur. Plus tard ils attaquent les châteaux situés à côté de chez eux afin de détruire les papiers où étaient inscrits les vieux droits féodaux. En bien des endroits, les nobles sont torturés avec leurs familles. 40


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États-Unis

1750

1751

1748 MONTESQUIEU l’Esprit des lois

1745

Révolution Française

Culture

Régimes

1755

1760

rédaction de l’Encyclopédie

1765

1762 VOLTAIRE Traité de la tolérance

1762 ROUSSEAU Du contrat social

Règne de Louis XV : 1715 - 1774

1770

1772

1783

21 janvier 1793 exécution de Louis XVI

1776 Déclaration d’indépendance des 13 colonies américaines 1775 1780 1785

guerre d’indépendance amérique

1776

1774 Avènement de Louis XVI

Règne de Louis XVI : 1774 - 1793 Directoire

1790

1795

1787 Constitution des États-Unis d’Amérique

10 août 1792 prise des Tuileries

1800

18 brumaire 9 novembre 1799 fin du Directoire

4 août 1789 abolition des privilèges

26 août 1789 Déclaration des droits de l’homme et du citoyen

14 juillet 1789 prise de la Bastille

juin 1794 5 avril 1794 Terreur exécution de Danton

juin 1793

Convention

République


LA TRANSFORMATION DES ESPRITS Document 1

La contestation des philosophes

Il se forma en Europe une classe d’hommes occupés à répandre la vérité et à détruire les erreurs plutôt qu’à reculer les limites des connaissances humaines. Ils employèrent tour à tour l’ensemble des armes que l’érudition, la philosophie, l’esprit, le talent d’écrire peuvent fournir à la raison, utilisant tous les tons, employant toutes les formes, depuis la plaisanterie jusqu’au roman, prenant enfin pour cri de guerre : raison, tolé-rance, humanité.

Document 2

La valeur de la liberté

L’homme est né libre. Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. Jean-Jacques Rousseau, Le contrat social.

Condorcet. Document 3

Quelques paroles de philosophes • Contre la torture : La loi n’a pas encore condamné les suspects qu’on leur inflige un supplice beaucoup plus affreux que la mort donnée à ceux qui la méritent. Voltaire.

• Pour l’égalité devant l’impôt : Les dépenses du gouvernement ayant pour objet l’intérêt de tous, chacun doit y contribuer ; et, plus on obtient des avantages de la société, plus on doit être honoré d’en partager les charges. Turgot.

• Contre l’intolérance : Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères. Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes ! Montesquieu.

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• Contre les privilèges de la noblesse : Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un génie ! En fait, vous vous êtes donné la peine de naître, c’est tout. Beaumarchais.


ACTIVITÉS Documents 1 à 3 Établissez une liste des grandes valeurs qui constituent la philosophie des Lumières. Document 4 Après avoir cité une huitaine de philosophes des Lumières, établis une courte biographie du plus célèbre d’entre eux : Voltaire. Document 4

Le «roi» Voltaire, à la fin de sa vie

C’était l’apothéose d’un demi-dieu encore vivant. On pouvait dire qu’alors il y avait deux cours en France : celle du roi à Versailles et celle de Voltaire à Paris. Le triomphe de ce dernier était décerné par l’opinion publique, qui bravait, en cette occasion, le pouvoir des magistrats, les foudres de l’Église et l’autorité du monarque. Le vengeur de Calas, l’apôtre de la liberté, l’heureux vainqueur des préjugés et du fanatisme, après soixante ans de guerre, rentrait triomphant dans Paris. Mémoire du Comte de Ségur. Adolph von Menzel : Tablée ; Voltaire avec le roi Friedrich II de Prusse au château de Sans-Souci, Potsdam, Alte Nationalgalerie, Berlin.

A – Une époque de mutation Pour comprendre les événements de la Révolution, il faut se rendre compte du profond changement qui s’est accompli dans les esprits depuis le XVIIe siècle. Au milieu du règne de Louis XIV, la majorité des Français acceptait un régime fondé sur la foi chrétienne, l’obéis-sance au souverain, la soumission de chacun à l’ordre général, le respect des traditions. Vers 1789 l’Église et la monarchie ont beaucoup perdu de leur prestige. Parallèlement l’individu s’affirme, gagnant en indépendance. Il compte sur l’avenir mais dédaigne le passé. B – Des évolutions dues en grande partie aux progrès des sciences Les travaux scientifiques amènent beaucoup à penser que la raison peut tout, qu’elle doit seule diriger le monde et que les progrès maté-riels entraînent l’humanité sur le chemin du bonheur. Les philosophes développent ces idées en étant d’ardents défenseurs de la liberté. D’abord, en matière de religion. Pour cela ils attaquent ouvertement l’Église catholique, condamnent les persécutions et ne manquent jamais de louer la tolérance. Les amis de la sagesse demandent ensuite à ceux qui gouvernent qu’ils soient plus souples, ce qui les amène à critiquer la monarchie absolue. Jean-Jacques Rousseau, plus hardi encore, souhaite l’installation d’une République. Enfin tous dénon-cent les abus, les privilèges ainsi que les injustices dont souffrent les peuples. C – La diffusion des lumières L’Encyclopédie, malgré son prix élevé, est l’ouvrage le plus célèbre du XVIIIe siècle. Son contenu alimente bien des conversations dans les salons tenus par des femmes du monde. Le goût de la discussion atteint également les clubs, sortes de cercles privés où seuls les hommes sont admis. Parallèlement la bonne société se retrouve régulièrement dans les cafés. C’est là, en buvant la fameuse boisson brune, que les nantis ap-prennent les dernières nouvelles, qu’ils prennent le temps de commenter. Des pièces de théâtre comme Le Mariage de Figaro osent s’attaquer ouvertement à l’ordre social. Beaumarchais, son auteur, fait dire à l’un de ses personnages : «Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un génie ! En fait, vous vous êtes donné la peine de naître, c’est tout.» Les idées nouvelles se répandent dans des classes plus modestes par des caricatures et d’innombrables chansons populaires. 43


L’ENCYCLOPÉDIE Document 1

L’Encyclopédie présentée par Diderot

Le but de l’Encyclopédie est de rassembler des connaissances éparses, de les exposer aux hommes avec qui nous vivons, et de les trans-mettre à ceux qui viendront après nous. Il faut rejeter toutes les vieilles croyances, renverser les barrières que la raison n’a point posées ; rendre aux sciences et aux arts une liberté qui leur est si précieuse. Il n’appartient qu’à un siècle philosophe de tenter une Encyclopédie ; il faut un temps raisonneur, où l’on cherche les règles dans la nature. Une planche : Taillanderie, fabrique des étaux.

Document 2

La liberté

Le premier état que l’homme acquiert par la nature, et qu’on estime le plus précieux de tous les biens qu’il puisse posséder, est l’état de liberté ; il ne peut ni se changer contre un autre, ni se vendre, ni se perdre ; car naturellement tous les hommes naissent libres, autrement dit ils ne sont pas soumis à la puissance d’un maître, et personne n’a sur eux

Document 3

L’égalité

Il est clair que chacun doit estimer et traiter les autres comme autant d’êtres qui leur sont naturellement égaux, c’est-à-dire qui sont hommes aussi bien que lui. Ce principe basé sur l’égalité naturelle des hommes entraîne plusieurs conséquences : 1. Il en résulte que tous les hommes sont naturellement libres. 2. Que malgré toutes les inégalités ceux qui sont les plus élevés au-dessus des autres, doivent traiter leurs inférieurs comme étant naturellement égaux, en évitant tout affront. D’après l’Encyclopédie. 44

un droit de propriété. En vertu de cet état, tous les hommes tiennent de la nature même le pouvoir de faire ce que bon leur semble, et de disposer à leur gré de leurs actions et de leurs biens, pourvu qu’ils n’agissent pas contre les lois du gouvernement auquel ils sont soumis. Article écrit par le chevalier de Jaucourt.

Document 4

La démocratie

La «Démocratie» est une des formes simples de gouvernement dans lequel le peuple détient la souveraineté. Bien qu’elle ne soit pas la plus commode et la plus stable forme de gouvernement, la démocratie existe dans les nations qui appliquent cette maxime : «Que ce à quoi les membres de la société ont intérêt doit être administré par tous en commun.» Extrait de l’Encyclopédie.


Document 5

Les ennemis de l’Encyclopédie

Le livre de toutes les connaissances est devenu celui de toutes les erreurs. On ne rougit pas d’écrire contre la religion. Religion et fanatisme sont d’ailleurs des termes synonymes. Le christianisme n’inspire qu’une fureur insensée qui travaille à détruire les fondements de la société. Tels sont, Messieurs, ces prétendus philosophes qui osent se proclamer membres de la vraie science et les bienfaiteurs de l’humanité. Réquisitoire d’Omer Joly de Fleury, avocat du roi auprès du Parlement, 23 janvier 1759.

ACTIVITÉS Quel est le philosophe à l’origine de l’Encyclopédie ? S’agit-il néanmoins d’une œuvre personnelle ou collective ? L’Encyclopédie est-elle uniquement une œuvre philosophique au service des idées des Lumières ? Que contient-elle d’autre ?

Extrait planches de l’Encyclopédie Diderot et d’Alembert Index Volume 3

A – Diderot, un des écrivains les plus brillants du XVIIIe siècle Improvisateur incomparable, prompt à exprimer les idées les plus contradictoires, il végéta en province jusqu’à ce qu’un éditeur parisien lui confia la direction de l’Encyclopédie. La publication des vingt-huit volumes va l’occuper plus de vingt ans (1751-1772). B – Le «tableau général des efforts de l’esprit humain dans tous les genres et dans tous les siècles» Parmi les collaborateurs de l’Encyclopédie on relève les noms de d’Alembert, de Condorcet, de Montesquieu, de Voltaire,…, c’est-à-dire de presque tous les érudits de l’époque. Diderot revoyait l’ensemble des articles et en écrivit un grand nombre sur la philosophie et les arts mécaniques. La multitude des auteurs fait de l’Encyclopédie une oeuvre composite où se reflètent les tendances différentes des auteurs. Ainsi l’article âme a été rédigé par un abbé extrêmement pieux. En revanche dans d’autres passages l’existence même de Dieu a été remise en cause. Les auteurs des derniers volumes ont rallié les adversaires de l’Ancien Régime. Helvétius et d’Holbach, par exemple, sont deux encyclo-pédistes qui ont attaqué à la fois l’Église, l’État, les institutions sociales, la famille et la propriété. C – La devise des physiocrates : «laisser faire, laisser passer» Leur chef, Quesnay, écrivit dans l’Encyclopédie deux articles aux mots «Fermiers» et «Grains». Turgot se rallia en partie à leurs thèses. Il alla jusqu’à les mettre partiellement en pratique quand il fut intendant du Limousin puis ministre de Louis XVI. Les Physiocrates pensaient que la prospérité d’un État ne résidait pas dans son industrie ou son commerce, mais dans son agriculture. Afin de la libérer de ses entraves, ils proposaient la suppression des droits féodaux, le partage des communaux et la libre circulation des grains d’une province à l’autre. 45


LA DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN Les libertés anglaises au XVIIIe siècle La nation anglaise est la seule de la terre qui soit parvenue à régler le pouvoir des rois en leur résistant, et qui d’efforts en efforts ait enfin établi ce gouvernement sage où le prince est tout-puissant pour faire du bien, mais a les mains liées pour faire du mal ; où les seigneurs sont grands sans insolence et sans vassaux, et où le peuple partage le gouvernement sans confusion. Document 1

Voltaire, Lettres philosophiques, VIII, 1734. Document 2

La déclaration d’indépendance des États-Unis

Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : Que tous les hommes naissent égaux, que leur Créateur les a dotés de certains droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la recherche du bonheur ; que pour garantir ces droits, les hommes instituent des gouvernements dont le juste pouvoir émane du consentement des gouvernés ; que si un gouvernement, quelle qu’en soit la forme, vient à méconnaître ces fins, le peuple a le droit de le modifier ou de l’abolir et d’instituer un nouveau gouvernement qu’il fondera sur de tels principes, et dont il organisera les pouvoirs qui lui paraîtront les plus propres à assurer sa sécurité et son bonheur.

Les droits de l’homme et du citoyen ART. 01 - Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Document 3

ART. 02 - Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. ART. 03 - Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. ART. 04 - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. ART. 10 - Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. ART. 17 - La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique l’exige, et sous la condition d’une juste indemnité.

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La signature de la déclaration d’indépendance. Tableau de John Trumbull.


Document 4

La liberté de la presse

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas prévus par la loi. Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

«La Loi des suspects» Caricature, 1793

ACTIVITÉS Document 1 En quoi Voltaire, en faisant l’éloge des institutions anglaises, critique-t-il la monarchie et l’aristocratie française ? Document 2 Peut-on dire que la démocratie américaine s’inspire directement des idées des lumières ? Justifie ta réponse. Document 3 et 4 Quelles sont les idées des lumières (cf. situation 9) que l’on retrouve dans les Droits de l’homme et du citoyen.

Louis-Philippe métamorphosé en poire Dessin de Ch.Philipon

A – Les principes révolutionnaires Après la prise de la Bastille, l’Assemblée Nationale Constituante rédige la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen pour ramener le calme, aussi bien que pour éclairer son propre travail. L’on y trouve donc les idées directrices de la Révolution. La Constituante condamne formellement l’Ancien Régime. C’est à lui qu’elle pense quand elle annonce dans le préambule de la déclara-tion que l’ignorance, l’oubli et le mépris des Droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gou-vernements. De même c’est par rapport à lui que la Constituante déclare les droits naturels de l’homme inaliénables et sacrés. C’est encore par contraste avec l’Ancien Régime qu’elle affirme que les hommes naissent et demeurent libres et égaux, que toute souve-raineté réside dans la nation. Cette dernière étant une association politique, autrement dit une société basée sur un contrat, dont le but est de préserver les droits de chacun ainsi que le bonheur de la communauté. C’est pourquoi la loi doit être l’expression de la volonté géné-rale, mais également la même pour tous. Enfin les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire doivent être indépendants les uns des autres. B – Les droits des citoyens Ils comprennent : • la protection contre toute arrestation arbitraire ; • la liberté de penser, de parler, d’écrire, de croire, pourvu que l’ordre en vigueur ne soit pas troublé ; • l’égalité devant la loi et l’impôt ; • le droit de parvenir à tous les emplois publics selon la capacité, les vertus ou les talents de chacun ; • la reconnaissance de la propriété ; • la sécurité dans le respect des personnes ; • la possibilité de lutter contre tout régime qui rejette les principes énumérés ci-dessus. C – Une portée universelle La Déclaration des Droits de l’Homme a une importance capitale. Elle est rédigée de telle manière, dans une forme si claire et si générale, qu’elle peut s’appliquer aux citoyens de tous les pays. Elle est logiquement à la source de l’ensemble des progrès démocratiques accom-plis depuis sa rédaction. 47


UNE FRANCE NOUVELLE Document 1

La philosophie

La raison détermine la philosophie. L’esprit philosophique est un esprit d’observation et de justesse. Mais ce n’est pas l’esprit seul que le philosophe cultive. En fait, il veut aussi profiter des biens que la nature lui offre. Notre philosophe est un honnête homme qui veut plaire et se rendre utile. Greffez un souverain sur un philosophe et vous aurez un parfait souverain.

Document 2

L’autorité politique

Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du ciel, et chaque individu peut en profiter. La couronne et le gouvernement, c’est-à-dire l’exercice du pouvoir, sont des biens publics dont la nation est propriétaire et dont les princes sont usufruitiers, les ministres les dépositaires. Diderot.

Encyclopédie, Tome XII. Gravure «Les éléments de la philosophie de Newton, Voltaire, 1738. Document 3

La séparation des pouvoirs

Il y a dans chaque État trois sortes de pouvoirs : par la première le gouvernant fait les lois et corrige celles qui sont faites, par la seconde, il fait la paix ou la guerre, établit la sûreté, prévient les invasions, par la troisième, il punit les crimes. Lorsque la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté. Il n’y a point de liberté non plus si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice. Montesquieu, L’esprit des lois, 1748. Les mots d’ordre. « Liberté, égalité, fraternité et indivisibilité» datent de 1792, «ou la mort « de 1794. Document 4

Le bon souverain

Il ressent tous les maux qui affligent ses sujets, et la société souffre également des malheurs qui touchent son souverain. Si le prince perd des provinces, il n’est plus en état, comme par le passé, d’assister ses sujets ; si le malheur l’a forcé de contracter des dettes, c’est aux pauvres citoyens à les acquitter ; en revanche, si le peuple est peu nombreux, s’il croupit dans la misère, le souverain est privé de toute ressource. Le prince est à la société qu’il gouverne ce que la tête est au corps : il 48

doit voir, penser, agir pour toute la communauté, afin de lui procurer un maximum d’avantages. Si l’on veut que le gouvernement monarchique l’emporte sur le républicain, le souverain doit être actif et intègre. Voilà l’idée que je me fais de ses devoirs. Frédéric II, Essai sur les formes de gouvernement et sur les devoirs des souverains, 1781.


ACTIVITÉS

A – Le siècle de la raison

Pourquoi parle-t-on de «Nouvelle France» ? Justifiez cette appellation. Peut-on affirmer que la philosophie des Lumières a modifié les esprits au point d’aboutir à la période révolutionnaire qui s’ouvre le 14 juillet 1798 ? Justifiez votre réponse dans une synthèse organisée et rédigée.

Au cours du XVIIIe siècle, les sciences font d’immenses progrès. La France s’appuie sur de grands savants tels que le mathématicien d’Alembert, l’astronome Laplace, le chimiste Lavoisier ou le botaniste Buffon ainsi que sur une multitude d’érudits. Ceux-ci ont souvent aménagé chez eux un laboratoire qui leur permet de réaliser des recherches. Dans tous les domaines, l’esprit critique se développe. Aussi des idées nouvelles apparaissent-elles. C’est le temps des philosophes (Dide-rot, Montesquieu, Rousseau, Voltaire...). À la tradition, ils opposent la raison. La moindre chose doit être passé au crible de la logique. Les amis de la sagesse ne rejettent pas systématiquement la religion, mais la superstition et l’intolérance. Voltaire, par exemple, dénonce les scandales de son temps, dont le plus injuste est la condamnation du protestant Calas, accusé à tort d’avoir étranglé son fils pour l’empêcher de se convertir au catholicisme. Beaucoup supposent l’existence d’un être divin, architecte de l’univers.

Tous sont cependant opposés à la monarchie absolue. Certains songent à une royauté contrôlée, d’autres veulent abattre le vieux système afin d’établir l’égalité de chacun devant la loi et l’impôt. Enfin, ils revendiquent la liberté, l’abolition de la torture, la suppression de l’es-clavage ainsi que l’instruction pour tous. Grâce à cette richesse la civilisation française devint prépondérante au sein de l’Europe. Catherine II, par exemple, correspondait dans notre langue avec Voltaire, et a offert à d’Alembert et à Diderot un rôle de précepteur à la Cour de Russie. Les despotes éclairés (Frédéric II de Prusse, Charles III d’Espagne, Gustave III de Suède…) s’inspiraient des doctrines de nos philosophes. Cela les amenèrent à accroî-tre leurs pouvoir au nom de l’intérêt de leurs sujets. B – Un texte fondateur L’Encyclopédie tente de rassembler l’ensemble des connaissances du monde en un gigantesque «arbre du savoir» ordonné. Ce diction-naire raisonné des sciences, des arts et des métiers a mobilisé plus de cent cinquante encyclopédistes autour de Diderot. Symbole des Lumières et de leur combat, l’Encyclopédie a été très tôt condamnée par l’Église comme dangereuse pour l’autorité, ce qui poussa le pouvoir royal à en interdire la fabrication. Grâce à l’intervention de protecteurs puissants, la publication se poursuivit néan-moins. Au total plus de 25 000 exemplaires seront diffusés jusqu’en 1782. Le succès est donc indiscutable même si son prix élevé en limite la diffusion aux nantis. C – La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen Désireux d’affirmer les grands principes de la Révolution, les députés de l’Assemblée constituante envisagent, dès l’été 1789, de rédiger un grand texte de portée universelle. Ce sera la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Elle s’inspire à la fois de la pensée des Lumières et des Déclarations des droits anglaise et américaine. Rédigée après quelques jours de discussion, du 20 au 26 août, elle définit un ensemble de principes. Ceux de liberté et d’égalité cependant restent incomplets car l’esclavage est maintenu dans les colonies alors que les femmes continuent à être écartées du droit de vote. 49

Histoire Géographie seconde Bac Pro  

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