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Conception graphique de la couverture : Priscillia THOMAS - www.tholia.fr

Illustrations : Priscillia THOMAS Jérémy BENTZ : « V. I P. »

Photos : De l’auteur sur la couverture & A la page « Merci » : Jérémy BENTZ

« Un matin au Trocadéro » : Véronique AUBRY


Véronique AUBRY

Inconvenantes Dérailleries

ET LA DES

Quelques rondelles de prose

CROCHES

PLUME

E D I T I O N S


ISBN : 978-2-918777-00-7 Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays. © Des Croches et la Plume Editions - 2009 www.descrochesetlaplume.com


A StĂŠphane...


Les étrangetés de la vie nous conduisent parfois sur des sentiers escarpés que nous n’aurions ja mais cru savoir franchir...


Singulier

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Je, tu, nous sommes reconnus dans la musique des mots qui dansent dans nos cerveaux. Je te confie que, de ton pays, j’ai connu bien des maux qui m’en ont inspiré bien des mots. Tu me dis que, de mon Paris, tu as aimé bien des mots qui t’en ont laissé bien des maux. Nous avons égrainé nos timides chapelets de non-dits, avant que de rendre libertés à nos propos. Je t’ai radoté l’histoire de cet amour singulier, se plaisant à bégayer des myriades d’étincelles. Tu m’as marmonné le dérisoire de ces idylles plurielles, conquises à la force de tes prunelles. Nous sommes devenus singulièrement conjugués, au gré de notre amitié nouvelle. Nous sommes convenus de n’être qu’imparfaits, souvent victimes de nos cervelles. De nos temps composés de passés pas si simples, nous nous jurons un futur éternel. D’un bout à l’autre de nos mondes, nous promettons d’échanger d’intrépides courriels. Tu me conteras tous tes alinéas alignés ; je te livrerai le compte de mes lyriques envolées. Nous croiserons le verbe si haut, nous nous enivrerons de tous nos livres déflorés. Ami cousin, je te dédie cette petite grammaire ; je sais que tu en feras bon usage. A quelques corrections, je m’appliquerai, si tu trouves la redite un peu trop volage...

13 INCONVENANTES DERAILLERIES


In the kitchen

___________________________________________ Apporte-moi donc un petit verre de ce St Amour, mon amour, Tandis que se pâment les petites pommes en robe des champs. Apporte donc tes bras par ici, mon chéri, pendant que j’allume le four. Fais-moi donc sauter autour de ton cou, pendant que le Gevrey-Chambertin se chambre. Redonne-moi donc une large pincée de ces brûlants baisers épicés, Pendant que la côte se dore au soleil de notre cheminée. Redonne-moi donc une large rasade de tes mains sur mes hanches, Pendant que transpirent ensemble, les petits oignons et le lard en tranches. Viens donc par ici, mon ange, je crois bien que la cuisinière surchauffe un peu. Ne crois-tu pas qu’il faudrait tenter quelque chose, pour éviter que le festin n’attache ? Viens donc par ici, mon lapin, je crois bien qu’il est temps de jeter un peu d’huile sur le feu. Fais-moi donc rissoler sur le sel de ta bouche ; mettons-nous, mon coeur, avec ardeur à la tâche. Fais-moi suer, mon aimé, je veux me couler, avec délice, dans les profondeurs de ton palais. Fais-moi velouter, mon doux, je veux découvrir ce que, sous ton couvercle, tu mijotes. Etouffons-nous, caramélisons-nous, pour mieux exhaler, de nos saveurs, les plus raffinées. Ecumons-nous, étendons-nous, régalons-nous de ces agapes, dignes de la crème des hôtes. Et saches, mon mignon mitron, que s’il te prenait jamais l’idée de me rendre ton tablier, Je jure, sur la tête de Babette, de ne plus jamais te cuisiner, ni même te fouetter, et encore moins de te lier... 15 INCONVENANTES DERAILLERIES


Desideratages

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Désirs démultipliés auxquels je revendique le désir de ne pas me plier. Des rires sur des cascades de champagne ; mon cœur s’évade de ce bagne. Des ratés dans leurs désirs ; je les déserte et je m’enfuis comme une dératée. A trop attendre de présences, je ne vois plus le moindre sens à ma présence. Desiderata que je déteste ; je m’indigeste de quelques ruses qui jamais ne m’abusent. Des yeux vaseux que je refuse de croiser ; j’ai si peur de m’y emmêler. Des idées ratées ; mon désir est saboté, mon âme s’est altérée. A ne jamais convoler en juste duo, j’aurais pris le pli de mon propre tempo. Désirs démesurés auxquels je revendique le plaisir de ne pas me mesurer. Des délires désenchantés, des corps confusément délurés ; je fais naufrage sur mon nuage. Des dérapages dans lesquels je ne veux pas me dévaster ; dans mon désert, je resterai sauvage. A ne jamais convoiter l’inaccessible, je ne pouvais que rater ma cible...

17 INCONVENANTES DERAILLERIES


Swinging pool

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Il était une fois, il y a fort longtemps, Un homme, une femme, pas chabada bada pour deux sous, Qui ne faisaient que se mettre sens dessus dessous ; Que c’en était fort indécent, forcément ! La jolie bassine ne s’en est toujours pas remise, Elle coule, s’écroule et me ramasse toute grise, N’a plus de bleu, que ceux de l’âme, Se lamente et se rétame. Si elle avait pu savoir que cette belle étincelle Ne durerait que le temps d’une flamme, Elle aurait abusé de faire sa belle, Et se serait parée de reflets admirables. Si elle avait pu deviner que, plus jamais, ne viendraient se baigner, Les corps étrangers qui ne faisaient que se visiter, Elle aurait enflammé l’atmosphère, Elle aurait tamisé la lumière. Il était une fois, pas plus tard que tantôt, Un homme, une femme, toujours pas calés sur le même tempo, Qui ne font que se frôler, se séduire, sans jamais se conquérir, Que c’en est fort épuisant, forcément !

19 INCONVENANTES DERAILLERIES


Inconvenable

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Le souci, voyez-vous, mon ami, ce n’est pas votre petite trentaine, Mais plutôt le fait que je me soucie fort d’un petit quadragénaire, Qui, soit dit en passant, ne se soucie guère de ma quinquagénaire condition. Sans cela, mon ami, vous auriez pu compter sur mon inconvenable reddition. Je vous vois d’ici vous offusquer. Comment donc, Madame, vous ne seriez point convenable ? C’est un peu fort tout de même ; vous me paraissiez si noblement indécoinçable ! Ah mon ami, vous me voyez fort marrie d’à ce point vous décevoir ! Mais la convenance est une vertu bien mal assortie à la lueur de mon histoire. Inconvenante, je suis née. Inconvenante, je resterai, et jamais n’en démordrai. A mille lieues de distance des sages troupeaux bêlant, je me garderai. Et jamais, vous ne me verrez me mêler, m’emmêler dans une moutonnade. Particulière, partout où le monde se rassure dans d’hypocrites accolades. Le corps et l’esprit chevillés à ma liberté, toujours, je tracerai ma route singulière. Anarchiquement débridée, mais soyeusement corsetée, l’angoissante ligne droite, j’esquiverai. Ah mon ami, vous me voyez fort zigzagante pour une si minime déclaration d’amitié particulière. Mais, voyez-vous, il est des sujets sur lesquels il ne faut pas venir me chatouiller !

21 INCONVENANTES DERAILLERIES


INCONVENANTES DERAILLERIES  

Quelques rondelles de prose

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