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La Comédie humaine Tome 10

Balzac

L’ apocalypse selon Ballard

Modeste Mignon Albert Savarus En plus du « Monde » Uniquement en France métropolitaine

Le Monde des livres

www.lemonde.fr

Dede

Vendredi 14 novembre 2008

64e Année - N˚19845 - 1,30 ¤ - France métropolitaine ---

Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directeur : Eric Fottorino

Crise bancaire : les Etats-Unis changent de stratégie avant le G 20

Quand Sartre, Nietzsche ou Barthes étaient au clavier

Economie Washington et les Européens peinent à restaurer un minimum de confiance e sauvetage des banques américaines tourne au casse-tête. Début octobre, le Congrès adoptait un plan de 700 milliards de dollars consistant à acheter les actifs « pourris » des banques. Mercredi 12 novembre, ce plan a été abandonné par Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, au profit d’une recapitalisation des banques assortie d’autres mesures d’aide au système financier. L’objectif

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est de favoriser la relance du crédit, notamment pour aider l’automobile. Ce revirement n’a pas rassuré. Dans le sillage de Wall Street, la plupart des Bourses asiatiques ont chuté, jeudi 13. Alors que les signes de récession se multiplient, notamment en Europe, les dirigeants du G 20, qui se réunissent samedi près de Washington, auront fort à faire pour rétablir la confiance. a

a UE. Le chômage est au plus haut

a Paillettes ternies. La croissance

depuis onze ans en Grande-Bretagne. Le plan Merkel est critiqué par des experts en Allemagne. Page 10 a Etats-Unis. Le revirement d’Henry Paulson à propos de la gestion de la crise bancaire. Barack Obama, signe d’une espérance collective de changement de la société américaine, dans tous les domaines. Pages 4 et 15

du luxe ralentit. Le secteur sera-t-il en récession en 2009 ? Page 16 a OCDE. Pessimisme : des difficultés jusqu’au second semestre 2010. Page 16 a Sherpa ad hoc. François Pérol, secrétaire général adjoint de l’Elysée, chargédesquestionséconomiques. Page 19 a Débats. Pervenche Berès ; Christian de Boissieu et Hervé Lorenzi. Page 20

Commerces Ouvrir ou ne pas ouvrir le dimanche, telle est la question Un dimanche sur les ChampsElysées. Ouvrir ou ne pas ouvrir le septième jour ? La célèbre avenue parisienne est devenue le symbole d’un débat et d’un dilemme multiformes. On y trouve en effet à la fois des commerces qui respectent le traditionnel repos dominical et d’autres qui n’en tiennent plus compte. Politique, économie, droit social, sociologie, religion : tout s’entremêle dans cette querelle française récurrente. Interdit désuet déjà écorné par les exceptions de plus en plus nombreuses à la règle ? Passéisme aveugle à l’évolution des mœurs et des comportements ? Tabou usé, ancré dans des prescriptions religieuses et des pratiques sociales en pleine mutation ? Chacun a sa réponse et les raisons de sa réponse. Le chef de l’Etat brûle de « libérer tout ceci ». Les élus de la majorité sont divisés, même si l’UMP propose d’accepter, sous condition, cette évolution. Ceux de l’opposition et les syndicats sont franchement hostiles.

artre, Nietzsche et Barthes furent aussi des pianistes amateurs et passionnés. Dans cet amour, qui fait écho à celui de la mère et à l’absence du père, apparaît une part de secret, discrète mais fabuleuse. En évoquant la manière dont la musique dessine un espace neuf chez les philosophes, François Noudelmann a écrit un livre magnifique (Gallimard). Où l’on découvre comment la pratique musicale renvoie à ce que le désir humain a de plus incontrôlable. « La musique se tait toujours. Elle ne s’encombre d’aucun discours », disait Roland Barthes. a

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Lire notre supplément « Le Monde des livres »

Aux Pays-Bas, les coffee shops bientôt fermés ? nstitution d’un royaume qui veut être un modèle de tolérance, les célèbres coffee shops néerlandais sont menacés. Il y en a 800 dans le pays. Caractéristique : on peut y acheter du cannabis, pourvu qu’on soit majeur et simple consommateur. Idée de départ : la légalisation empêche le développement des réseaux criminels. Mais voilà, le crime organisé s’y intéresse, et notamment une bande d’origine marocaine. Les incidents se sont multipliés ces derniers temps : pressions, menaces, racket. Les élus se plaignent. Le gouvernement conservateur plaide pour la fin des coffee shops, l’opposition socialiste aussi. Les maires, eux, hésitent. a

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UK price £ 1,40

LIONEL CHARRIER/MYOP

La famille Birkin au cœur du nouvel album de Jane

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Qui commande ? A l’école, une Comme un seul homme, les députés à allonger de deux ans égalité de façade s’apprêtent le mandat présidentiel. Pas celui que La Suède a constaté que, dès la maternelle, les garçons et les filles n’étaient pas traités de la même façon. Une discrimination à laquelle chercheurs et enseignants tentent de mettre fin.

Biodiversité

Les experts s’organisent

KATE BARRY

aneBirkin, grand-mère heureuse de 61 ans, sort un nouvel album. Sans Serge Gainsbourg, évidemment, ni ces paroliers célèbres (Souchon, Hardy, MC Solaar) qui la servirent après la mort de son compagnon. Pour la première fois, la chanteuse britannique a mis ses propres mots sur l’intégralité des douze chansons.

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Russie

Au Monde, qu’elle a reçu dans son appartement, capharnaüm chic et sincère, elle explique s’être appuyée sur la famille pour faire émerger les textes. Sur ses trois filles, nées de pères différents. Sur ses parents. « Je voulais retrouver l’adolescence, l’enfance, le seul pays qui vaille la peine d’être revisité. » a Lire page 24

Sous l’égide de l’ONU, les spécialistes de la protection des écosystèmes – la biodiversité au sens large – devraient bientôt s’organiser en un groupe d’experts, comme il en existe pour l’étude des évolutions climatiques (le GIEC). La France défend le projet et hébergerait volontiers le secrétariat dudit groupe. Page 4

remplit aujourd’hui Dmitri Medvedev : la mesure ne s’appliquera que pour le prochain président. Qui pourrait bien être un dénommé Vladimir Poutine. Page 6

Enquête

Un avocat de choc L’affaire d’Outreau a assuré la notoriété d’Eric Dupond-Moretti. Depuis, on s’arrache les services de cet avocat devenu champion de l’acquittement. Il parcourt la France, de cour d’assises en cour d’assises, pour « faire le job ». Page 22

Atiq Rahimi Syngué sabour Pierre de patience

PRIX GONCOURT Photo : © Hélène Bamberger/P.O.L

Algérie 80 DA, Allemagne 2,00 ¤, Antilles-Guyane 1,90 ¤, Autriche 2,00 ¤, Belgique 1,40 ¤, Cameroun 1 400 F CFA, Canada 3,95 $, Côte d’Ivoire 1 400 F CFA, Croatie 18,50 Kn, Danemark 24 KRD, Espagne 2,00 ¤, Finlande 2,50 ¤, Gabon 1 400 F CFA, Grande-Bretagne 1,40 £, Grèce 2,20 ¤, Hongrie 650 HUF, Irlande 2,00 ¤, Italie 2,00 ¤, Luxembourg 1,40 ¤, Malte 2,50 ¤, Maroc 10 DH, Norvège 24 KRN, Pays-Bas 2,00 ¤, Portugal cont. 2,00 ¤, Réunion 1,90 ¤, Sénégal 1 400 F CFA, Slovénie 2,20 ¤, Suède 28 KRS, Suisse 2,90 FS, Tunisie 1,9 DT, Turquie 2,20 ¤, USA 3,95 $, Afrique CFA autres 1 400 F CFA,


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Editorial

La nouvelle synthèse de Ségolène Royal

« Cumul de fautes »

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sabelle de Silva n’a pas mâché ses mots : quand l’administration pénitentiaire commet un « cumul de fautes », elle doit être condamnée. Chargée de dire le droit devant le Conseil d’Etat, mercredi 12 novembre, sur un recours concernant la mort d’un jeune de 19 ans en détention, la commissaire du gouvernement – qui ne parle pas au nom des pouvoirs publics – a rappelé une évidence, juridique et morale, malheureusement oubliée dans nos prisons surpeuplées : l’Etat « a une mission de service public dans le fonctionnement pénitentiaire ».

Le 23 juillet 1996, Jawad Zaouiya, depuis quinze jours en détention provisoire à la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy (Yvelines), pour avoir été mêlé à des incidents avec la police dans la cité du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie, meurt asphyxié. Dans cette cellule de 9 m2, un de ses deux codétenus avait déclenché un incendie en mettant le feu à son matelas. A la suite de cette tragédie, les parents de Jawad se tournent vers la justice. Le 2 février 2006 – près de dix ans après les faits ! –, la cour administrative d’appel de Versailles condamne l’Etat à verser une indemnité de 15 000 euros… Le garde des sceaux de l’époque, Pascal Clément, demande l’annulation de cette condamnation. Mme de Silva a recommandé au Conseil d’Etat – qui rendra sa décision dans une quinzaine de jours – de confirmer le jugement de Versailles et de réévaluer le montant de l’indemnité, jugé « très faible » pour la perte d’une vie. Car, dans cette affaire, l’Etat n’a pas satisfait à son obligation de « respecter la légalité ». Tout d’abord, et conformément au règlement pénitentiaire, Jawad, comme tout jeune de moins de 21 ans, aurait dû être seul dans sa cellule. Ensuite, les prisons ne satisfont pas aux conditions élémentaires de sécurité. Ainsi, il n’y a pas de dispositifs d’aération dans les cellules, au prétexte que les prisons ne sont pas ouvertes au public ! L’Etat est triplement condamnable dans cette affaire : cruel, irresponsable et, sa faute avérée, incapable d’un peu de noblesse et de magnanimité.

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is repetita. A peine la motion de Ségolène Royal avait-elle dépassé celle de ses concurrents, le 6 novembre, à l’issue du vote des adhérents socialistes, qu’ont resurgi les mêmes réflexes qu’au printemps 2006, lorsque la présidente de la région Poitou-Charentes s’était mise à grimper dans les sondages et à bouleverser l’ordre des choses. Au sein duParti socialiste, le premierréflexe de ses camarades a été de contester sa capacité à rassembler : « Son score [29,5 %] ne lui permet pas d’être majoritaire », a d’abord déclaré le premier secrétaire sortant, François Hollande, son ex-compagnon, avant de rectifier le tir un jour plus tard. D’autres comme Harlem Désir, Pierre Moscovici, Jean-Marc Ayrault, signataires de la motion Delanoë, ont mis en avant une logique de « fragmentation ». Michel Rocard a menacé de quitter le PS. Jean-Luc Mélenchon a mis la menace à exécution. Quand les portes claquent au PS, c’est le signe que quelque chose de fondamental est en jeu. Symptomatiques aussi les réactions hors PS, dans les dîners en ville ou au zinc des cafés. D’un côté, les pro-Royal exultant du nouveau tour que cette guerrière de 55 ans a joué aux « éléphants ». De l’autre, les anti-Royal, aussi violents que les premiers sont enthousiastes. A les entendre, sa percée signifierait ni plus ni moins la mort du PS, l’enterrement d’Epinay, l’abandon de la « vraie gauche » pour le pâle ersatz démocrate – comprenez centriste. Certains vont même jusqu’à mettre en doute ses capacités intellectuelles, désarçonnés par ses oscillations idéologiques et l’impossibilité qu’ils ont de la rattacher à une quelconque famille de pensée.

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Dix-huit mois après son échec à l’élection présidentielle, Mme Royal crée toujours des clivages. Elle réussit même à faire sortir de leurs gonds les chefs d’entreprise qui, d’ordinaire, fuient les joutes politiques. « Je trouve que nous pourrions avoir d’autres débats plus constructifs sur ce que Total apporte à la société française », a déclaré Christophe de Margerie, le directeur général de l’entreprise, dans un entretien à La Tribune du 8 novembre,

Analyse Françoise Fressoz Chef du service Europe-France réagissant à la proposition de Mme Royal de taxer les « super profits » pétroliers pour sauver les entreprises en difficulté. Dans son camp comme ailleurs, l’ex-candidate à la présidentielle nelaisse personne indifférent. Elle est aimée ou détestée, admirée ou rejetée comme un corps étranger. Jeanne d’Arc ou Savonarole. C’est selon. Car ily aussi son côté christique qui galvanise les foules, mais hérisse ceux qui, nourris au lait de la République laïque, vivent comme une transgression absolue les « aimez-vous les uns les autres » qu’elle lance dans ses réunions publiques. Tout cela est passionnel. Trop. Il faut de la sérénité, voire de la froideur, pour évaluer le phénomène politique qui se déroule sous nos yeux et qui touche bien au-delà de l’épiderme. Retour aux faits : Ségolène Royal n’a pas déclenché de raz de marée dans la campagne du congrès

Incorrigible par Pessin

Cet enchaînement de fautes confirme une triste réalité : nos prisons sont trop souvent des lieux de non-droit. Leurs usagers, détenus pour être punis et s’amender, ont des devoirs et aussi des droits. Ne pas les respecter, c’est faire honte à la République. a

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de Reims : cela montre de facto que le fossé qui s’étaitinstalléentre elleet son parti pendantla campagne présidentielle n’est pas résorbé. En revanche, sa motion a nettement distancé celle de ses camarades qui pouvaient prétendre au poste de premier secrétaire. C’est le signe que ses concurrents peinent à contrer la rupture qu’elle incarne. Le cas le plus intéressant est celui de Bertrand Delanoë. Le maire de Paris partait grand favori de la compétition. Il n’a pas échoué par amateurisme, préparant au contraire avec soin sa campagne. Dès l’été, il avait modernisé son discours en publiant un livre De l’audace ! (Robert Laffont, 290 p., 20 euros), dans lequel il vantait sa gestion pragmatique de la capitale et s’employait à réconcilier socialisme et libéralisme politique. D’où son slogan « Je suis libéral et socialiste », qui lui sera ensuite reproché. M. Delanoë avait aussi pris soin de rassembler derrière lui les figures historiques du parti – Michel Rocard, Lionel Jospin, sans oublier François Hollande, le premier secrétaire sortant –, en pensant qu’en ces temps troublés les adhérents ont besoin de savoir d’où ils viennent. La conception du vieux parti Ce « j’assume tout » lui est revenu comme un boomerang : face à la rupture prônée par Mme Royal, le changement dans la continuité qu’il incarnait s’est révélé insuffisamment mobilisateur. Derrière cet échec, c’est toute la conception du vieux parti qui se trouve bousculée : M. Delanoë défend un parti de militants là où Ségolène Royal est soupçonnée de prôner un rassemblement de supporteurs. C’est aussi toute une façon de faire de la politique qui se trouve questionnée. Le maire de Paris faisait le pari qu’en période de crise économique et financière, un discours sage, sérieux, axé sur l’« efficacité de gauche » séduirait les militants. Il s’est trompé. Martine Aubry, l’autre prétendante, avait d’emblée choisi un discours plus radical, celui de « la transformation sociale ». Mais c’est sur le choix de ses alliés que la maire de Lille a commis une erreur : en acceptant de rassembler sur une même motion des strausskahniens et les fabiusiens qui s’étaient déchirés trois ans plus tôt sur l’Europe, elle a donné le sentiment de valider les pratiques du vieux PS. Celui qui, à coups de fâcheries et de réconciliationssuccessives, a fini par donner l’image d’une formation politique opportuniste. C’est sur ces deux erreurs qu’a surfé Mme Royal, sans pour autant parvenir à rassurer. Car, comme durant la présidentielle, son projet reste inabouti. Il esten devenir. Il fait fi des vieilles familles de pensée, à commencer par la social-démocratie qualifiée « d’idée périmée », mais n’en finalise pas de nouvelle. Il emprunte à la droite – la sécurité, « l’agilité », qu’il faut donner aux entreprises –, mais chasse aussi sur les terres de la gauche extrême,lorsqu’ilpropose par exempledeplacer les banques sous la surveillance des salariés et des usagers.Il senourrit de nouveaux thèmes – le développement durable – et de nouvelles pratiques – la démocratie participative –, qu’il tente de marier aux anciens. Il repose sur l’idée que le socialisme nouveau sera forcément une synthèse et non la victoire d’un courant contre un autre. Entre 2002 et 2007, Nicolas Sarkozy n’avait pas procédé autrement à droite, refusant de choisir entre les libéraux et les étatistes de l’UMP, mais entraînant les uns et les autres dans une nouvelle synthèse fondée sur des valeurs identitaires fortes : la sécurité, le travail. Ce même type de travail semble engagé à gauche. En ce sens, le phénomène Royal n’est pas qu’épidermique. a Courriel : fressoz@lemonde.fr

Leçon de l’« obamania » européenne

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’élection de Barack Obama a été accueillie en Europe par une exceptionnelle vague d’allégresse. Les hommes politiques detous bords ontsalué l’avènement d’une nouvelle ère dans les relations transatlantiques. Les médias se sont réjouis de la victoire d’un candidat dont les convictions, l’histoire, la vision du monde leur apparaissaient plus proches de leurs propres valeurs que celles de son rival. Les citoyens ordinaires, interrogés au lendemain du scrutin, ont exprimé leur chaleureuse sympathie à l’égard du nouveau président américain, devenu l’incarnation de leurs espoirs et de leurs aspirations. Bref tout s’est passé comme si les électeurs d’outre-Atlantique avaient porté à la Maison Blanche le favori des Européens dans une soudaine communion d’esprit entre les peuples des deux continents. Etrange ferveur collective à l’égard d’un homme dont toute la vie s’est construite hors de toute référence à l’Europe. Un antieuropéen ? Non sans doute. Maisà coup sûr un non-Européen. A la différence d’une grande partie du personnel politique américain, de John F. Kennedy à John Kerry, en passant par Bill Clinton, Barack Obama n’a strictement aucun lien avec l’Europe – même si un généalogiste belge lui attribue, dans le quotidien bruxellois Le Soir, 36 % de sang anglais, 5 % de sang alle-

mand,1 % desang français et même quelques gouttes de sang belge. Le successeur de George W. Bush, américain né à Hawaï d’un père kényan et élevé en partie en Indonésie, a peut-être une vaste connaissance du monde, mais le Vieux Continent n’appartient pas à son champ d’expérience. Dans sa belle et émouvante autobiographie Les Rêves de mon père (Presses de la Cité, 454 p., 21 euros), Barack Obama raconte les trois semaines qu’il a passées en Europe avant de se rendre pour la première fois au Kenya. Il visite Londres, Paris, Madrid, Rome, comme tout bon Améri-

Chronique Europe Thomas Ferenczi cain, mais ne s’y sent pas à l’aise. Pendant tout son séjour, dit-il, il est « nerveux, sur la défensive, défiant ». Ce n’est pas que l’Europe ne soit pas belle à ses yeux. Au contraire, tout est exactement comme il l’avait imaginé. Mais il y demeure extérieur. « Simplement ce n’était pas à moi », écrit-il. Il se demande si son séjour européen n’a pas été un moyen de retarder sa rencontre avec le pays de son père. On ne saurait déduire de cet épisode personnel

que Barack Obama n’aime pas l’Europe. Il reste que celle-ci semble étrangère à son univers. Dans son discours de Berlin, le 26 juillet, moment fort de sa tournée européenne, il a appelé à un « partenariat » entre les deux continents, mais c’est en citoyen « fier d’être américain » et en « citoyen du monde » qu’il s’est adressé aux Européens. Ce n’est pas parce qu’il entend rompre avec les orientations de son prédécesseur, si critiquées en Europe, que celle-ci doit se laisser gagner par la bonne conscience en considérant que le résultat du scrutin lui donne raison. Le succès de Barack Obama lui impose surtout des devoirs. L’accession d’un Noir à la présidence des EtatsUnis est sans aucun doute un événement historique. Les Européens n’ont pas tort de s’en féliciter. Mais, en insistant sur la longue histoire du racisme et de la ségrégation aux Etats-Unis, ils semblent oublier qu’il leur reste à eux-mêmes beaucoup à faire. Les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, comme les vingt-sept commissaires européens, sont tous blancs. « Quel pays européen sera le premier à briser le tabou et à faire confiance à un dirigeant de couleur ? », demande le président du groupe libéral du Parlement européen, Graham Watson. C’est la leçon à tirer de l’« obamania » européenne. a Courriel : ferenczi@lemonde.fr


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Page trois Suède

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Une chercheuse suédoise a constaté que, dès l’âge de 1 an, filles et garçons n’étaient pas traités de la même façon. Le gouvernement a lancé un programme-pilote dans 28 écoles pour y remédier

L’égalité des sexes à bonne école STOCKHOLM ENVOYÉE SPÉCIALE

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lles glissent en riant sur les toboggans, grimpent avec énergie sur les bancs, s’emparent des voitures à roulettes que les animatrices ont mises à leur disposition. Emma, Ida et Alice, qui viennent de fêter leurs 3 ans, profitentd’un des tempsnon mixtes instaurés en 2005 par l’école de Järfälla, dans la banlieue de Stockholm : une fois par semaine, les fillettes de cette école pilote en matière d’égalité des sexes sont invitées, pendant la matinée, à faire de la gymnastique « entre elles ». Cette – légère – entorse au principe de mixité a été introduite au nom de l’égalité entre filles et garçons. « Lorsque les enfants faisaient de la gymnastique ensemble, les garçons prenaient toute la place, raconte Ingrid Stenman, l’une des responsables de l’école. Ils accaparaient les jeux, ils occupaient l’espace, et les filles finissaient par s’effacer : elles se retrouvaient dans les coins. Depuis que les filles sont entre elles, elles reprennent confiance. Elles jouent librement et elles découvrent que faire du toboggan, sauter ou courir, c’est vraiment amusant ! » Leçons de vie domestique Depuis 2005, les 24 éducateurs de cette école suédoise qui accueille une centaine d’enfants âgés de 1 à 5 ans ont aussi tenté de modifier leur comportement. « Nous n’en avions pas conscience, mais avant, nous encouragions les garçons à prendre des risques, à sauter, à s’amuser, alors que nous disions sans cesse aux filles de faire attention, poursuit Ingrid Stenman. Nous restions autour d’elles, à les retenir comme si elles allaient tomber ou à les aider comme si elles n’allaient pas y arriver. Sans le savoir, nous les empêchions de profiter des jeux ! » Il y a encore quelques années, Ingrid Stenman aurait pourtant souri à l’idée que, dans son école, les filles et les garçons n’étaient pas traités de la même manière.

La mixité est suspendue, de temps à autre, pendant les repas. Afin d’éviter que les filles ne jouent les auxiliaires de service, certains déjeuners se déroulent autour de tables séparées, comme en ce jour de début novembre. CASPAR HEDBERG/KONTINENT POUR « LE MONDE » Mais, en 2004, une chercheuse spécialisée dans les questions de « genre » est venue travailler à Järfälla dans le cadre d’un programme gouvernemental sur l’égalité des sexes. Pendant plusieurs mois, elle a filmé les activités, observé l’accueil des enfants le matin, assisté aux repas de midi. Et ses conclusions ont stupéfié les éducateurs : sans en avoir conscience, ils réservaient aux filles et aux garçons un traitement bien différent. Les adultes laissaient ainsi beaucoup plus de place aux garçons, qui utilisaient en moyenne les deux tiers du temps de parole. Lors des échanges avec les enfants, les éducateurs accep-

taient sans difficulté que les garçons interrompent les filles alors qu’ils demandaient aux filles d’attendre patiemment leur tour. Enfin, ils avaient deux registres de discours : des phrases courtes et directives pour les garçons, des discours plus longs et plus détaillés pour les filles. Lors des repas, ces différences tournaient à la caricature : les films tournés en 2004 montrent des petitesfillesde 3 ou4ans servantdocilementdes verres delait ou des assiettes de pommes de terre à des petits garçons impatients. Une répartition des rôles encouragée, bien involontairement, par les éducateurs. « Sans nous en rendre compte,

nous demandions aux filles de nous aider à porter les plats et à participer au service, sourit Barbro Hagström, l’une des éducatrices. Nous ne sollicitions jamais les garçons. » Dans un pays où l’on ne plaisante pas avec l’égalité des sexes, l’étude a consterné les éducateurs. « Nous avons découvert que nous avions des préjugés sur la manière dont doivent se comporter les enfants, constateMme Hagström. Nous attendions des filles qu’elles soient calmes, polies et serviables, alors que nous acceptions sans difficulté que les garçons fassent du bruit et réclament haut et fort ce qu’ils voulaient. Cela a suscité beaucoup de discussions à l’école, mais aussi dans ma famille,

qui compte trois garçons ! » En 2004, le gouvernement suédois, qui a consacré près de 500 000 euros à des projets scolaires sur l’égalité des sexes, a alloué 7 525euros à l’écolede Järfälla.Pendant un an, Ingrid Stenman a suivi à mi-temps un cursus universitaire sur le « genre », qui lui a permis de découvrirque les éducateurs deJärfällaagissaient enfaitcomme laplupart des adultes. « Dans les écoles, comme dans les familles, les stéréotypes restent très présents, même si les parents ou les enseignants n’en sont pas conscients », résume Lars Jalmert, professeur à l’université de Stockholm. Au terme de ce travail, l’équipe

éducative de Järfälla a décidé d’instaurer deux temps non mixtes d’une heure trente par semaine. Selon les éducateurs, ces moments permettent aux enfants de profiter tranquillement des jeux associés à « l’autre sexe ». Les filles peuvent ainsi conduire des voitures ou sauter sur les bancs sans que les garçons les dérangent. Réunis dans une autre salle de jeux, les garçons, eux, s’amusent avec des dînettes, des peluches et des poupées sans que les filles viennent s’approprier les lieux et leur donner des leçons de vie domestique. La mixité est aussi suspendue, de temps à autre, pendant les repas : pour éviter que les filles jouent les auxiliaires de service, certains déjeuners se déroulent autour de tables séparées. Mais l’étude de 2004 a surtout conduit les éducateurs à prêter une attention nouvelle à leurs gestes de tous les jours. « Ce travail nous a ouvert les yeux, résume Ingrid Stenman. Aujourd’hui, nous tentons de faire bouger les frontières : un garçon qui veut jouer à des jeux “de fille” ne doit pas se sentir faible ou ridicule, une fille qui s’affirme et prend la parole ne doit pas sentir de réprobation. C’est un jeu “gagnant-gagnant” qui ouvre de nouveaux espaces aux filles comme aux garçons : s’ils le souhaitent, ils peuvent sortir des schémas traditionnels. » Le programme sur l’égalité des sexes lancé en 2004 par le gouvernement a touché 28 écoles accueillant des enfants de 1 à 5 ans. « Les désordres scolaires sont liés, pour beaucoup, aux inégalités entre les sexes et au manque de respect pour les autres êtres humains, affirme Nyamko Sabuni, la ministre de l’intégration et de la parité du gouvernement de centre droit. Le combat pour l’égalité des sexes doit commencerle plus tôt possible. » Un budget de près de 11 millions d’euros doit permettre d’étendre ce programme aux écoles élémentaires dans les années à venir. a Anne chemin

EN FRANCE, les programmes suédois pour l’égalité des sexes font volontiers sourire : ils passent, au mieux, pour une manifestation des ravages du politiquement correct, au pire, pour le signe d’une obsession égalitaire qui prend parfois les allures d’un contrôle social. Pourtant, les études françaises aboutissent à la même conclusion que les travaux suédois : à l’école, les filles et les garçons ne sont pas traités de la même façon. Les travaux montrent ainsi que, à copie égale, les filles et les garçons n’obtiennent pas les mêmes notes : en physique, les garçons sont évalués plus généreusement que les filles lorsque les copies sont bonnes, plus sévèrement qu’elles, lorsqu’elles sont mauvaises, comme si les enseignants s’attendaient à de meilleurs résultats de la part des garçons. « Du coup, les enseignants les encouragent plus vivement lorsqu’ils réussissent et les sanctionnent plus durement lorsqu’ils les déçoivent », explique Marie DuruBellat, sociologue à Sciences Po. Liste de scénarios Ce « double standard » joue aussi en matière de comportement : les garçons sont interrogés plus souvent, et leurs interventions spontanées mieux tolérées. « Les enseignants, sans en avoir conscience, interagissent avec les garçons dans une proportion des deux tiers, note Nicole Mosconi, professeur émérite à Paris-Ouest. Et leur indis-

cipline est tolérée comme un comportement fâcheux, mais inévitable, alors qu’elle est stigmatisée chez les filles. » Malgré ces travaux, la prise de conscience de ces différences de traitement reste embryonnaire. « En France, nous préférons mettre l’accent – légitimement d’ailleurs – sur les inégalités sociales ou les discriminations ethniques, note Marie Duru-Bellat. Paris n’est certes pas Kaboul, mais l’accumulation de ces petites différences qui paraissent à première vue dérisoires finit par peser : le fait que les enseignants s’intéressent moins aux filles, notamment dans les matières scientifiques, semble nourrir une moindre affirmation de soi que l’on retrouve chez les femmes dans le monde du travail. » Comme en témoigne un colloque sur l’égalité professionnelle organisé à Paris les 13 et 14 novembre dans le cadre de la présidence de l’Union européenne, la France commence à se préoccuper de ces inégalités. En 2000, un bulletin de l’éducation nationale proposait aux enseignants une liste de scénarios avec des recommandations : comment faire, par exemple, lorsque des garçons coupent la parole à une fille en maths ? Et le 8 mars, la rectrice de Besançon, MarieJeanne Philippe, a été nommée à la tête du comité de pilotage de la convention pour l’égalité entre les filles et les garçons à l’école (2006-2011). a A. Ch.

Agence Rive Gauche - © F. Nebinger/Abacapress.com

La France peu sensible à l’inégalité filles-garçons

À quoi servent les religions et pourquoi accompagnent-elles l’aventure humaine depuis l’aube des temps ? www.plon.fr

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Environnement Les Etats majoritairement favorables à la création d’un organe intergouvernemental

Consensus sur un forum mondial de la biodiversité modèle du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, couronné par le prix Nobel de la paix, en 2007, près de vingt ans après sa création, et doté de la même ambition que lui, avait été prise en 2005 par Jacques Chirac. L’ancien président français avait alors exprimé « ses doutes sur l’efficacité des décisions de la communauté internationale » pour freiner de manière décisive l’érosion de la biodiversité. Dans la foulée, était né l’Imoseb (International Mechanism of Scientific Expertise on Biodiversity), processus consultatif devant mener à la création d’un mécanisme de type GIEC.

KUALA LUMPUR ENVOYÉE SPÉCIALE

e n’est pas encore un acte de naissance, mais le principe est validé et même inscrit dans l’agenda international : la rencontre internationale qui s’est achevée mercredi 12 novembre à Kuala Lumpur, en Malaisie, a permis d’avancer dans le processus de création d’un groupe intergouvernemental d’experts sur la biodiversité, qui devrait porter le nom d’Intergovernmental SciencePolicy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES). La conférence, organisée par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), a réuni les représentants de 96 pays et de nombreux experts. La France, dont la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, est intervenue à l’ouverture des débats, voit « une petite victoire » dans le fait « que le principe soit accepté au niveau intergouvernemental et que les pays donnent mandat [aux Nations unies] pour poursuivre les discussions ».

C

« Temps de l’action » Désireuse de montrer que l’engagement de la France dans ce processus – très fort depuis 2005 – reste intact, Valérie Pécresse a insisté sur la nécessité « de passer du temps des prises de conscience » à celui de « l’action ». La ministre s’est dite favorable à un « mécanisme qui bénéficie de toutes les garanties d’indépendance et de transparence de fonctionnement ». Elle a ainsi souhaité que le secrétariat de l’IPBES « soit placé sous les doubles auspices des Nations unies et de l’Unesco ». Mme Pécresse a également proposé que ce secrétariat soit installé à Paris,

Scène de pêche près du port de Puerto Princesa dans l’île de Palawan. Le « triangle du Corail », qui s’étend des Philippines aux îles Salomon en passant par l’Indonésie et la Malaisie, rassemble la plus importante biodiversité marine du monde. ROMEO GACAD/AFP dans les locaux du Musée de l’homme dont les travaux de restauration viennent d’être engagés et dont la réouverture est prévue en 2012. Si une très grande majorité des 96 pays présents se sont montrés favorables à l’émergence d’un organe ayant le

pouvoir d’imposer des mesures, quelques-uns et non des moindres, comme le Brésil et la Chine, ont exprimé leurs réticences. Le Brésil, notamment, a rappelé sa préférence pour la Convention pour la diversité biologique, dont les règles sont peu contraignantes. Les Etats-Unis, tra-

ditionnellement peu enclins à ce type de dispositifs, ont émis des réserves. Cependant, de l’avis des experts, la délégation américaine semblait surtout dans l’attente d’un positionnement de l’administration Obama. L’idée d’un organisme bâti sur le

Ecosystèmes dégradés L’urgence à agir est à peu près aussi grande que le défi lui-même. L’état des lieux de la planète, établi par l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire, dont les données ont été publiées en 2005, impose d’agir de façon coordonnée. Entre 2000 et 2005, des étendues de forêt aussi grandes que la Grèce ont disparu, et l’épuisement des ressources maritimes menace. Comme l’a rappelé, à Kuala Lumpur, Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE, alors que « le PIB mondial a plus que doublé au cours des vingt-cinq dernières années, 60 % des écosystèmes ont été dégradés ou exploités de manière irrationnelle ». C’est à Nairobi, siège du PNUE, où aura lieu le forum des ministres de l’environnement, que se sont donné rendez-vous, en février 2009, les représentants des gouvernements présents en Malaisie. a Brigitte Perucca

La Malaisie tente de concilier gestion durable de sa forêt et impératifs économiques KUALA LUMPUR ENVOYÉE SPÉCIALE

La Malaisie, un modèle en matière de protection de la biodiversité ? L’idée peut faire sourire, s’agissant d’un pays qui a connu une telle déforestation. Il semble pourtant s’être acheté une conduite, affichant une politique qui en fait une sorte de laboratoire où l’on tente de maintenir un taux de croissance élevé (6,3 % en 2007) sans sacrifier la forêt tropicale, qui couvre encore 60 % de son territoire. D’où, sans doute, l’empressement des autorités malaisiennes à accueillir la conférence internationale en vue de la création d’un groupe intergouvernemental d’experts de la biodiversité qui s’est tenue dans

la ville nouvelle de Putrajaya, près de Kuala Lumpur. Avec ses grands arbres, qui constituent « un arboretum unique », et son exceptionnelle diversité (20 % des espèces sont présentes sur le sol malaisien), le pays réalise « de gros efforts » pour protéger son patrimoine, assure Jean-Marc Roda, chercheur détaché depuis deux ans au Forest Research Institute Malaysia (FRIM). Selon lui, la Malaisie fait partie des pays émergents qui « consacrent le plus de moyens à la protection de leur environnement, juste derrière le Costa Rica ». Parallèlement, le pays veut se positionner sur le secteur des biotechnologies. Un choix qui s’explique par une certaine répar-

tition des rôles au niveau régional. « La Malaisie peut d’autant plus se permettre cette politique que du bois d’Indonésie passe illégalement dans le pays. Deux Etats vertueux, ça ne marcherait pas », note Jean-Guy Bertault, du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Même si nombre d’organisations écologistes les estiment insuffisants au regard des urgences, les efforts du pays n’en reposent pas moins sur un réel engagement. Et ce pour plusieurs raisons. D’abord, la Malaisie dispose d’un service forestier de qualité, qui se montre « impitoyable sur les infractions » commises en matière de déforestation illégale. Par ailleurs, son système

de certification garantit un respect des normes en matière d’exploitation forestière. Enfin, le mode de fonctionnement qui prévaut dans le pays le protégerait des commerces illégaux excessifs. Dans les provinces orientales du Sarawak et du Sabah, là où la forêt occupe une grande partie du territoire, les affaires sont aux mains de groupes familiaux chinois dont la capacité d’influence est très forte auprès du gouvernement. Ces six ou sept familles garantissent en quelque sorte l’application de normes strictes mieux que ne le feraient les autorités elles-mêmes. « La forêt est leur ressource depuis des lustres. Elles ne veulent pas la surexploiter. En plus, elles ont diversifié leurs business », com-

mente Jean-Marc Roda. Ce qui explique que ces entreprises se montrent prêtes à « évoluer vers des marchés de niches de qualité », abandonnant à la concurrence chinoise et vietnamienne les marchés bas de gamme qui font l’essentiel de la demande. La question est de savoir si la crise ne risque pas de balayer ces options. La pression de la concurrence met cette politique de développement durable de l’industrie du bois à l’épreuve. La qualité et la variété des bois issus de ces forêts expliquent les tarifs en vigueur : 120 euros le m3, sachant qu’un arbre donne en moyenne environ 8 m3. De quoi attiser les convoitises et, surtout, nourrir des milliers de familles. a Br. P.

ENTRETIEN AVEC JARED DIAMOND, PROFESSEUR DE GÉOGRAPHIE À L’UNIVERSITÉ DE CALIFORNIE À LOS ANGELES

CATASTROPHES

« Avec Barack Obama, l’horizon des négociations sur le climat se dégage »

Au Bangladesh, plus d’un million de sans-abris un an après le cyclone Sidr

Jared Diamond était de passage à Paris,mercredi 12 novembre, à l’occasion d’un colloque organisé par l’Agence française de développement (AFD) et le Réseau européen de recherche sur le développement (EUDN) sur le thème « popula-

EXTRAIT DES MINUTES DU GREFFE DE LA COUR D’APPEL DE VERSAILLES

Par arrêt du 17/04/2008, la cour d’appel de Versailles a condamné NasserEddine ASSAL, né le 23/04/1960 à Casablanca (Maroc) demeurant 1 rue André Messager - 78690 LES ESSARTS LE ROI, aux peines de 18 mois d’emprisonnement avec sursis et mise à l’épreuve pour une durée de 3 ans avec obligation spéciale de s’acquitter des sommes dues à la partie civile, l’Etat français au titre de l’escroquerie à la TVA, à une amende de 50.000 euros, à l’affichage par extrait du présent arrêt, pendant 3 mois à la mairie de son domicile et à la publication par extrait, à ses frais au JORF et Le Monde pour notamment escroquerie à la TVA commise de 1997 à 2000 et pour fraude fiscale par soustraction frauduleuse à l’établissement et au paiement total de la TVA au titre de la période du 01/01 au 31/12/1998 par minorations des déclarations mensuelles et pour passations d’écritures fictives, faits prévus et réprimés par les articles 313-1 et suivants du code pénal et 1741, 1743 et 1745 du CGI. Vu au Parquet. P/ le Procureur Général. Pour extrait certifié conforme. P/ le Greffier en Chef.

tion et ressources naturelles ». Cet Américain de 71 ans a acquis une notoriété planétaire grâce à ses travaux sur le destin des sociétés. A la fin des années 1980, il a décidé de se consacrer, « modestement » dit-il, « à l’histoire des hommes, sur tous les continents, au cours des 13 000 dernières années ». En 1998, son essai De l’inégalité des sociétés a été couronné par le prix Pulitzer. Son dernier ouvrage, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (Gallimard, 2005), constitue une des sommes les plus riches sur le sujet. Nos sociétés, confrontées à une crise écologique de grande ampleur, feront-elles preuve du même aveuglement que certaines civilisations disparues ? Devant cette question, Jared Diamond revendique un « optimisme prudent ». La victoire de Barack Obama à l’élection présidentielle aux Etats-Unis modifie-t-elle votre perception de la société américaine, de sa capacité à évoluer ?

Oui. Cette victoire montre que la nécessitédu changementest désormais partagée par une majorité d’Américains. Cette évolution est claire à propos du réchauffement climatique. Il y a deux ans, beaucoup doutaient encore de sa réalité. Ce n’est plus le cas. De nombreuses initiatives locales sont en cours. Une majorité d’Etats ont commencé à agir. Avec Barack Obama, l’ho-

Le salut de la société américaine passe-t-il donc par une remise en cause des standards de consommation ?

Jared Diamond. KLAAS KOPPE /AFP rizon des négociations internationales [sur le climat] se dégage. C’est un politicien avisé. Il ira aussi loin que la population et le Congrès pourront le suivre. Un accord d’ici au sommet de Copenhague [sur l’après-protocole de Kyoto], en décembre 2009, me paraît moins hors de portée. Vous jugez crucial que l’Amérique revisite ses valeurs fondatrices. Pourquoi ?

L’Amérique doit s’interroger sur « le mode de vie américain ». Plusieurs des valeurs sur lesquelles les Etats-Unis ont bâti leur suprématie ne sont plus opérationnelles au XXIe siècle. Parmi elles, il y a le consumérisme. Il n’est plus compatible avec une population de plus de 300 millions d’habitants dans un monde de ressources finies. Cela crée des tensions à l’intérieur de la société américaine et avec le reste du monde. Notre niveau de consommation par habitant est en moyenne 32 fois supérieur à celui d’un pays en développement.

Le salut des Etats-Unis et celui du reste du monde, si nous voulons être en mesure de gérer la pénurie annoncée de matières premières. Au rythme actuel, nous savons que les ressources essentielles seront épuisées d’ici à trente ou quarante ans. Les Américains et les pays industrialisés doivent accepter de moins consommer. Ils doivent montrer l’exemple pour briser la course folle qui conduit le monde en développement – Chine, Inde et Brésil en tête – à vouloir rattraper les standards de vie occidentaux. L’idée que le développement serait synonyme de toujours plus de croissance, de toujours plus de consommation, est une idée suicidaire. La crise financière nous montre qu’il est souvent trop tard quand les gouvernements passent à l’action.

Oui, c’est un danger réel. Les sociétés gaspillent du temps comme nous, individus, attendons le dernier moment pour agir. Mais je reste optimiste, car l’Histoire nous enseigne que, la plupart du temps, des solutions existent si les bonnes décisions sont prises. La disparition des Vikings ou des Mayas, consécutive à la surexploitation des écosystèmes dans un contexte de changement clima-

tique, n’était pas une fatalité. Elle aurait pu être évitée si ces sociétés avaient accepté de remettre en cause leur mode de vie et leurs valeurs. Vous faites le pari que la connaissance des disparitions passées permettra de ne pas répéter les mêmes erreurs.

La mondialisation permet à l’information et à la connaissance de circuler comme jamais auparavant. Non seulement nous savons ce qui est advenu aux sociétés qui n’ont pas pris au sérieux la dégradation de leur environnement, mais nous avons accumulé, sur notre propre situation, une somme de données et de diagnostics sans équivoque. Nous sommes conscients de ce qui est en train de se passer, et je veux croire que nous saurons agir en conséquence. Il est encore temps. Nous pouvons contenir à des niveaux supportables l’élévation des températures, nous pouvons encore choisir de gérer de manière durable nos stocks halieutiques, nos ressources forestières… Hier, des sociétés entières pouvaient mourir à l’insu du reste du monde. Ce n’est plus possible aujourd’hui. Mais cette situation a un revers. Si nous ne prenons pas les bonnes décisions, dans quelques décennies, l’effondrement risque d’être global. a Propos recueillis par Laurence Caramel

Un an après le passage du cyclone Sidr, qui a fait plus de 4 000 morts et disparus dans le sud du Bangladesh, le 15 novembre 2007, plus d’un million de personnes vivent toujours sans abris et n’ont pas reçu d’aide pour reconstruire leurs maisons, a affirmé l’organisation humanitaire britannique Oxfam, mercredi 12 novembre. D’après l’ONG, malgré les propositions faites à 78 000 familles bangladaises en vue de la reconstruction d’habitations résistant aux tempêtes, « seul un quart de ces logements ont été bâtis ». – (AFP.) CLIMAT

Le Japon a émis une quantité record de CO2 en 2007 Le Japon a émis la quantité record de 1,37 milliard de tonnes de CO2 pour l’année fiscale 2007, a annoncé, mercredi 12 novembre, le ministère japonais de l’environnement. Un chiffre en hausse de 2,3 % par rapport à 2006. « L’utilisation croissante d’énergie produite en centrales thermiques, due à une baisse de la production nucléaire, a largement contribué à cette hausse », a expliqué le ministère. Par rapport à 1990, année de référence du protocole de Kyoto, la hausse est de 8,7 %, malgré l’objectif assigné à l’archipel de réduire de 6 % ses émissions de gaz à effet de serre pour la période 2008-2012. – (AFP.)


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La pression de l’homme sur la biosphère a doublé en 40 ans Pays dont la consommation de ressources dépasse la capacité de reconstitution des écosystèmes

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Plus de 150 %

2005

(frontières de 2005)

L’activité humaine dégrade les écosystèmes plus rapidement que ceux-ci ne peuvent se reconstituer, avertit le WWF

(Fonds mondial pour la nature) dans son rapport annuel intitulé « Planète vivante ». L’organisation utilise l’empreinte écologique pour tenter de chiffrer ce phénomène. Cet indice a été élaboré par deux scientifiques, Mathis Wackernagel et William Rees, au début des années 1990. Il tente d’évaluer le rapport entre les ressour-

Google, meilleur détecteur de la grippe aux Etats-Unis oogle plus fort que le célèbre Centre de contrôle des maladies (CDC) d’Atlanta, en charge de la veille sanitaire aux Etats-Unis ? La firme fondée par Larry Page et Sergey Brin se targue de pouvoir détecter les épidémies de grippe une semaine à dix jours plus tôt que le réseau américain officiel de surveillance. Cela grâce à Google Flu Trends (traduire par Tendances de la grippe Google), un dispositif mis en œuvre par Google.org, sa branche philanthropique. Il s’agit d’une application de Google Trends, l’outil servant à indiquer la popularité des motsclés soumis au moteur de recherche. Grâce à l’adresse IP, identifiant individuellement chaque ordinateur connecté à Internet, Google peut déterminer l’origine géographique des recherches. L’entreprise de la Silicon Valley a défini un panier de mots-clés en rapport avec la grippe, allant de « thermomètre » à « symptômes de la grippe », en passant par « douleurs musculaires ». En croisant les données géographiques agrégées – de manière à respecter la vie privée des internautes – et le nombre de recherches utilisant ces mots-clés, il a été possible de tracer la courbe de fréquence des interrogations au fil du temps. La comparaison de cette courbe et de celle de la surveillance menée par le CDC, de 2003 à nos jours, montre une bonne corrélation entre les deux indicateurs. Au mois de février, les premières pointes dans les recherches en ligne ont précédé de deux semaines la détection par le CDC de l’épidémie de grippe. Cet avantage, en

termes de rapidité, s’explique par la tendance des personnes concernées à d’abord chercher des informations sur Internet avant d’aller consulter un médecin. Or, le système de surveillance du CDC s’appuie, comme en France, sur les informations transmises par les professionnels de santé.

BIOTECHNOLOGIES

naire de Vienne. Plusieurs générations de souris ont été nourries pendant vingt semaines avec du maïs transgénique produit par le fabriquant américain Monsanto, la variante NK603xMon810. Des organisations écologiques, en particulier Greenpeace et Global-2000, ont aussitôt demandé « l’interdiction immédiate et totale dans le monde entier » non seulement du maïs transgénique Mon810, mais de tous les organismes génétiquement modifiés. Cette étude a entraîné une réaction de la commissaire européenne à la santé, Androula Vassiliou, qui a demandé aux autorités autrichiennes de la lui transmettre afin de la faire évaluer par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). – (AFP.)

G

La reproduction de souris femelles nourries au maïs transgénique perturbée Des souris femelles nourries au maïs transgénique peuvent être affectées par des problèmes de reproduction, selon une étude menée par des chercheurs autrichiens, qui soulignent qu’il s’agit là de « résultats provisoires », ne pouvant, « en aucun cas, être aujourd’hui reportés sur l’être humain », et que « d’autres études devront déterminer si d’autres espèces animales que les souris sont également concernées ». Cette étude à long terme a été réalisée pour le ministère autrichien de la santé et l’Agence autrichienne pour la santé et la sécurité alimentaire par des chercheurs de l’université de médecine vétéri-

Alerte rapide Le gain de temps pourrait se révéler appréciable face à une épidémie qui s’annoncerait particulièrement pernicieuse. « Plus tôt l’alerte est déclenchée, plus tôt des mesures de prévention et de contrôle peuvent être mises en œuvre, et cela permettrait d’éviter des cas de grippe », indique, dans l’édition du New York Times du mercredi 12 novembre, le docteur Lyn Finelli, qui dirige la surveillance au département grippe du CDC. Aux Etats-Unis, 5 % à 20 % de la population contractent la grippe chaque année, avec à la clé 36 000 décès en moyenne. Pour l’instant, Google Flu Trends ne fonctionne qu’aux Etats-Unis et indique l’intensité des recherches dans chaque Etat. Comme son concurrent Yahoo!, qui poursuit un projet similaire, Google souhaite étendre l’idée à d’autres pays et d’autres maladies. Au CDC comme chez Google, on reconnaît la nécessité de poursuivre l’étude des données fournies par le nouveau système, afin de s’assurer de la corrélation observée. Les deux dispositifs devraient de toute manière coexister à l’avenir, sans oublier l’arrivée prochaine de ceux d’autres entreprises. a Paul Benkimoun

ces consommées par un pays et la capacité de ses écosystèmes à les reconstituer. Précisément, l’empreinte écologique mesure les surfaces biologiquement productives de terre et d’eau nécessaires pour produire les ressources qu’un pays consomme et pour absorber les déchets qu’il génère. Ces surfaces sont exprimées

Source : WWF

en hectares globaux, c’est-à-dire en hectares ayant une productivité égale à la productivité biologique mondiale moyenne. La situation s’est fortement dégradée depuis 1960 : selon le WWF, l’empreinte écologique mondiale dépasse aujourd’hui la capacité de régénération de la planète d’environ 30 %.. En 2005, elle était de

2,7 hectares globaux par Terrien, alors que la planète ne met que 2,1 hectares globaux à la disposition de chacun de ses habitants. Les Emirats arabes unis et les Etats-Unis sont les deux pays ayant l’empreinte écologique la plus élevée, l’Afghanistan et le Malawi ceux qui ont la plus faible. a H. K.

CHARLES LEWINSKY

Melnitz

“Bouleversant. Impossible à quitter.” Mona Ozouf, Le Nouvel Observateur

“Impressionnant. Un roman-fleuve.” André Clavel, L'Express

“Un tour de force.” Samuel Blumenfeld, Le Monde des livres

“Formidable et bouleversant.” Guy Duplat, La libre Belgique

“Une extraordinaire fresque. Un tourbillon romanesque.” Clémentine Goldszal, Elle

“Un grand roman classique.” Astrid Eliard, Le Figaro littéraire

“Une puissante fresque.” Minh Tran Huy, Le Magazine littéraire

“Un choc salutaire.” Isabelle Falconnier, L'Hebdo

“Vertigineux.” © Ursula Hoene

1961 L’humanité vit à crédit

Données insuffisantes

Alexis Lacroix, Marianne

Prix du

MEILLEUR LIVRE ÉTRANGER Hyatt Madeleine

U N

S I È C L E

D ’ É D I T I O N

Grasset


International

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Russie L’allongement du mandat présidentiel relance les interrogations sur les intentions de Vladimir Poutine

Présidentialisation accrue du pouvoir russe sur fond de crise économique mir Poutine au Kremlin. « Le projet était dans l’air depuis longtemps. Il vise à remettre ttendu à Nice pour le sommet en selle le leader national, car il faut une UE-Russie du vendredi 14 novem- main forte au cas où des troubles viendraient bre à Nice, puis à Washington pour à surgir à cause de la crise », explique le polile sommet du G20 le lendemain, Dmitri tologue Vladimir Pribylovski. Le principal intéressé s’est bien gardé Medvedev n’est-il qu’un président en sursis ? Les interrogations fusent à Moscou de démentir. Mercredi, Vladimir Poutine a alors que le Parlement russe est sur le salué la proposition de son protégé, indipoint de modifier la Constitution. Les quant qu’il était « trop tôt » pour savoir députés s’apprêtent à voter au pas de cour- qui en bénéficierait. Dépourvues de « dimension personnelle », ces se – trois lectures en une séance propositions vont contribuer – le projet de loi allongeant la Vladimir Poutine « au développement du processus durée du mandat de quatre à six prépare un démocratique », a-t-il précisé. ans, a indiqué, mercredi, le chef discours Pour séduire, la proposition de la commission constitutionimportant qui d’allonger le mandat a été assornelle du Parlement, Vladimir sera délivré tie d’une série de mesures cosPliguine. le 20 novembre métiques. Le mandat des dépuLa plus grande précipitation à l’occasion tés passe de quatre à cinq ans. est de mise depuis que le présidu congrès La loi électorale va être assoudent russe a proposé l’allongede Russie unie plie pour permettre l’élection au ment non rétroactif du mandat Parlement de représentants des le 5 novembre, à l’occasion de son premier discours à la nation. Aussitôt partis politiques concurrents à Russie dit, le texte de loi a été envoyé à la Douma. unie, la formation pro-Kremlin, dont la Le Conseil de la Fédération (Sénat) a déjà domination écrasante et le fonctionnepromisde l’examinerau plusvite.Sonadop- ment offrent une ressemblance frappante avec l’ancien PCUS, le Parti communiste tion n’est plus qu’une question de jours. Pour la plupart des observateurs, ce de l’URSS. En 2007, alors qu’il était encore au changement va amorcer le retour de VladiMOSCOU

CORRESPONDANTE

A

Dmitri Medvedev : « Mon mandat est de quatre ans » Dans une interview accordée au quotidien Le Figaro et publiée jeudi 13 novembre, le président russe Dmitri Medvedev justifie l’allongement du mandat présidentiel de quatre à six ans. « La durée du mandat des députés ou du président doit servir les intérêts de la nation. Voyez en France, lorsque la Constitution du général de Gaulle a été adoptée, on a reconnu qu’un septennat était nécessaire, et cette durée a permis à l’époque de résoudre de grands problèmes posés à la République française. Ultérieurement, la société française a jugé qu’elle n’avait plus besoin d’une durée aussi longue, et on a raccourci le mandat présidentiel. Qui vivra verra. » Il reste flou sur l’échéance. Seule certitude, « ces nouveaux mandats seront seulement appliqués au candidat qui se présentera au scrutin présidentiel après l’entrée en vigueur de ces amendements ». La mesure bénéficiera à son successeur. Son mandat à lui, « est défini par la Constitution en vigueur, c’est-à-dire qu’il est de quatre ans ».

Le président russe Dmitri Medvedev à la veille de son premier discours à la nation, le 5 novembre, peu avant la cérémonie qui marque le jour de l’Unité du peuple, sur la place Rouge, à Moscou. ZAVRAZHIN KONSTANTIN/GAMMA Kremlin, le plus populaire des présidents russes n’avait pas caché son souhait de voir le mandat présidentiel allongé à « cinq, six ou sept ans ». Après huit années au pouvoir (2000-2008), M. Poutine avait toutefois refusé de modifier la Constitution dans le sens d’un troisième mandat, malgré les sollicitations de son entourage, craignant de rivaliser avec les chefs d’Etat d’Asie centrale dont les mandats ne connaissent plus de limites. Tout le monde est d’accord, Vladimir Poutine revient. Mais quand ? En 2012, une fois que Dmitri

La désignation permanente de l’ennemi a du succès. Dans de nombreux blogs et commentaires, l’élection du « métis » Obama est interprétée comme un signe de plus du déclin des Etats-Unis. « L’Amérique est au bord du gouffre, a expliqué Maxime Chevtchenko, commentateur politique à la radio Echo de Moscou. Le charme d’Obama n’a rien fait, sinon de ramener les électeurs noirs en masse aux urnes. » A tout bout de champ, le président élu est décrit comme « un musulman ». La palme revient au député ultra-nationaliste Sergueï Abeltsev. « Obama a gagné parce qu’il avait beaucoup d’argent, l’argent des musulmans et de Ben Laden dont il est l’agent d’influence », a-t-il dit à la télévision le 9 novembre. D’autres pays seront bientôt touchés, a renchéri le vice-président de la Douma, Vladimir Jirinovski : « En France, ils auront bientôt un Sarkozy arabe. » a

Dans la foulée, il aura une rencontre téléviséeavec les « simples citoyens » dela Fédération, invités à lui poser des questions, comme c’était l’usage quand il était président. L’exercice lui plaît tant qu’il a décidé de le poursuivre. Dmitri Medvedev ne sera pas de la fête. Pour l’heure, tout indique que le changement de la Constitution doit intervenir avant le grand raout du 20 novembre. Pour l’ancien champion d’échecs et figure de l’opposition Garry Kasparov, « le pouvoir, confronté à la réalité de la crise, renforce son contrôle ». Le temps presse, car la crise financière a gagné l’économie réelle. Dans ce contexte, le maintien de Vladimir Poutine au poste de premier ministre est peu avantageux. Il n’y a que des coups à prendre. Des licenciements sont dans l’air (plus de 3 000 dans la région de Nijni Novgorod), la fuite de capitaux s’accélère (50 milliards de dollars en octobre), le rouble perd chaque jour de sa valeur face au dollar. Surtout, le baril de pétrole est tombé au plus bas : 53 dollars pour le pétrole russe Urals, mercredi. Or le budget 2009 a été établi sur la base d’un baril à 70 dollars. Mercredi, Alexeï Koudrine, ministre des finances, a prévenu qu’il puiserait dans le Fonds de la Réserve (130 milliards de dollars), mis de côté pour les mauvais jours. Mais au fond, Vladimir Poutine a-t-il jamais vraiment quitté le pouvoir ? « Les fonctionnaires ont beau avoir accroché deux portraits dans leurs bureaux [ceux de Poutineet Medvedev], tout le monde sait que Poutine est seul maître à bord », explique Viktor Cheïnis, du parti libéral Iabloko. Mais « si ça tourne mal, il sera tout de même tenu pour responsable, indépendamment de la fonction qu’il occupe ». a

M. Je.

Marie Jégo

Medvedev aura achevé son mandat, ou avant ? Lequotidien économiqueVedomosti en est sûr : « La campagne électorale de Vladimir Poutine a déjà commencé. » D’ailleurs, l’actuel premier ministre ne vient-il pas de créer son propre site Internet ? De plus, il prépare un discours important qui sera délivré le 20 novembre à l’occasion du congrès du parti Russie unie, dont il a pris la tête l’année dernière. Va-t-il se muer en « secrétaire général » de Russie unie, ou bien en « leader national » ?

Les ultra-nationalistes russes voient un signe du déclin américain dans l’élection du « musulman » Obama MOSCOU CORRESPONDANTE

Il ne faut pas se fier aux paroles désobligeantes que le président russe Dmitri Medvedev a employées à l’égard des Etats-Unis, lors de son allocution du 5 novembre, les accusant d’être à l’origine de la guerre en Géorgie, d’avoir « contaminé » la planète avec la crise financière. Son discours était à usage interne. Retenons plutôt que M. Medvedev a eu un bon contact au téléphone avec le futur président américain Barack Obama, lorsqu’il l’a félicité pour sa victoire, un peu tardivement, le 8 novembre. Les deux hommes ne se verront pas lors du séjour du président russe à Washington samedi 15 novembre à l’occasion du sommet du G20, mais les attentes sont fortes. La relation russo-américaine est au plus bas. Moscou ne veut plus traiter avec l’administration américaine sortante dont les

propositions de consultations sur le sujet du bouclier antimissile ont été rejetées. Le Kremlin espère que M. Obama y renoncera. Pour le convaincre, Moscou assure être prêt à renoncer au déploiement de missiles balistiques à Kaliningrad, aux portes de l’Europe. Tout en espérant que l’arrivée d’un nouveau président ouvrira une ère meilleure, la Russie ne cesse de fustiger l’ennemi américain comme aux plus belles heures de la guerre froide. La politologue Lilia Chevtsova juge qu’en période de crise économique, ce discours est « nécessaire à l’élite, car il garantit sa survie ». Pour cette analyste de la fondation Carnegie à Moscou, le pouvoir, « incapable de fonctionner dans une situation de concurrence et de liberté revient à la vieille matrice d’autrefois, l’autocratie, symbolisée par le tandem Poutine Medvedev, et la mobilisation de la société contre l’occident ».

ALGÉRIE LE PARLEMENT SUPPRIME LA LIMITATION DU NOMBRE DE MANDATS PRÉSIDENTIELS

RUSSIE

Le président Bouteflika récuse un « modèle unique » de démocratie

L’accident du sous-marin « Nerpa » serait dû à une erreur humaine

ALGER CORRESPONDANCE

Cinq cents oui, vingt et un non et huit abstentions. C’est par un score de parti unique que la révision constitutionnelle permettant au président algérien, Abdelaziz Bouteflika, 71 ans, de briguer un nouveau mandat a été adoptée, mercredi 12 novembre, par les deux chambres réunies du Parlement algérien, sans débat préalable et à main levée. Une formalité expédiée en deux heures. Le chef

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du gouvernement, Ahmed Ouyahia, a présenté les amendements en les justifiant par le droit de l’Algérie « de renforcer sa stabilité ». Lestrois partis de l’alliance présidentielle – Front de libération nationale (FLN), Rassemblement national démocratique (RND) et Mouvement de la société pour la paix (MSP, islamique) –, ainsi que des petits partis, dont le Parti des travailleurs (PT, trotskiste, 26 députés), ont voté les amendements. Seulsles élus du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) ont dérogé à cet unanimisme et voté contre, avant de quitter la salle. Un peu plus tôt, le docteur Saïd Saadi avait dénoncé ce qu’il a appelé un « nouveau coup d’Etat ». Ces rares opposants au Parlement n’ont donc pas entendu le message du président Bouteflika, lu immédiatement après le vote, saluant un « jour mémorable » et faisant l’éloge de la « clairvoyance » et du « sens de la responsabilité des représentants du peuple ». Le chef de l’Etat a défendu un droit à une application spécifique de la

démocratie en Algérie. Tout en faisant part de sa foi « immuable » en la démocratie, Abdelaziz Bouteflika considère qu’elle ne saurait « constituer un modèle universel unique pour toutes les nations, un modèle à observer et à appliquer systématiquement en tout lieu et en tout temps ». « Vie politique illusoire » Si le pouvoir algérien rejette l’idée d’un modèle universel, il n’en rejoint pas moins, selon ses détracteurs, un modèle arabe de gouvernance. La limitation du nombre de mandats présidentiels fixée par l’article 74 de la Constitution est désormais levée et elle ouvre la voie à la présidence à vie. M. Bouteflika, qui termine son second mandat, sera donc candidat à l’élection présidentielle au printemps 2009. Plusieurs autres amendements renforcent son pouvoir, déjà exorbitant aux yeux des opposants, et affaiblissent automatiquement ceux de l’Assemblée nationale. La fonction de chef du gouvernement responsable devant l’Assemblée disparaît au

profit d’un premier ministre. C’était déjà le cas dans les faits. Le président Bouteflika n’a jamais accepté que la Constitution algérienne puisse, comme en France, ouvrir la possibilité, même théorique, qu’un chef de gouvernement issu d’une majorité parlementaire puisseappliquer un autre programme que le sien. Le nouveau premier ministre pourrait être assisté d’un ou de plusieurs vice-premiers ministres. Les autres amendements – emblème national, hymne, écriture de l’Histoire et promotion des droits politiques de la femme – ne peuvent masquer l’objet principal de la révision accomplie en cette journée « mémorable » : la reconduction de M. Bouteflika à la tête de l’Etat. La révision consacre le « césarisme présidentiel » et rend « illusoire une vie politique algérienne bâtie sur de vrais contre-pouvoirs », constate le journal El Watan, tandis que le quotidien arabophone ElKhabar, le plus fort tirage du pays, ironise amèrement : « Ces députés, quel courage ! » a Amir Akef

MOSCOU. Le Comité d’enquête chargé de déterminer les causes de l’accident du sous-marin russe Nerpa, qui a causé la mort de vingt personnes, a indiqué, jeudi 13 novembre, qu’un membre d’équipage a fait fonctionner par erreur le système anti-incendie du bord, libérant ainsi le gaz Fréon mortel. « Ce matelot a déjà avoué sa faute », a-t-il été précisé.

Mercredi, des techniciens travaillant sur le bâtiment avaient expliqué que l’accident était probablement dû à « une défaillance du système informatique ». Des responsables militaires russes avaient ajouté que le Nerpa serait mis en service, comme prévu, dans la marine russe. En réalité, ce sous-marin était destiné à la marine indienne : il portait déjà son nouveau nom, le Chakra, et 200 marins indiens étaient arrivés récemment en Russie à cette intention.

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International

0123 Vendredi 14 novembre 2008

7

Varsovie forme les élites biélorusses pour contrer l’influence russe à Minsk Après avoir soutenu la « révolution des roses » en Géorgie et la « révolution orange » en Ukraine, la Pologne assure vouloir « faire émerger » son voisin occidental VARSOVIE ENVOYÉ SPÉCIAL

oël n’était plus qu’une question d’heures lorsque Alexeï Troubkine a été arrêté, le 23 décembre 2006, à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Etudiant à Bialystok, le jeune homme rentrait chez lui pour les fêtes. Bien renseignés, les douaniers biélorusses ont retenu leur compatriote jusqu’à 4 heures du matin et décidé de saisir son ordinateur. Six mois plus tard, ce jeune membre du Front populaire biélorusse (BNF, opposition) a découvert à la télévision publique un reportage de propagande à l’ancienne sur la formation en Pologne d’étudiants biélorusses à l’action armée et aux opérations-suicides. La preuve avancée : des fichiers informatiques saisis sur un portable. Le sien ! « Je n’ai jamais pu le récupérer, dit-il. En septembre, j’ai reçu une lettre du

N

conseil de sécurité m’accusant de porter atteinte aux intérêts de l’Etat. » Alexeï Troubkine fait partie des centaines d’étudiants accueillis par des facultés polonaises depuis 2006, dans le cadre du programme gouvernemental Kalinowski, écrivain défenseur au XIXe siècle de la cause biélorusse. Ce programme a été conçu lors de la répression de mars 2006 contre l’opposition à Minsk, après la réélection d’Alexandre Loukachenko à la présidence. La Pologne rêvait de s’imposer en puissance régionale et d’inoculer l’antidote démocratique à ses voisins de l’ex-URSS. Le pays avait été à l’avant-poste du soutien aux partisans de la « révolution des roses » en Géorgie, fin 2003, puis à ceux de la « révolution orange » en Ukraine, un an plus tard. La Biélorussie, où vivent près de 400 000 Polonais, devait être le nouveau champ d’intervention. « Pour le gouvernement du PIS [le parti Droit et Justice des jumeaux Kaczynski], c’était une approche révolutionnaire au sens le plus noble du terme », explique Jan Malicki, de l’université de Varsovie, directeur du programme. Le programme Kalinowski vise à accorder des bourses aux étudiants répondant à plusieurs « critères politiques », selon le directeur. « A l’origine, on devait accueillir

NOUVELLE-ZÉLANDE POLITIQUE

John Key, un banquier devenu premier ministre néo-zélandais

John Key. AFP SYDNEY CORRESPONDANCE

John Key, le nouveau premier ministre néo-zélandais qui a mis fin, le 8 novembre, à neuf ans de gouvernement travailliste, devrait annoncer la composition de son cabinet à la fin de la semaine. Le chef du Parti national de centredroit – qui a remporté 59 des 122 sièges de l’Assemblée lors des élections législatives –, va former une coalition avec le parti de droite Act et le parti Avenir uni. Pour s’assurer une majorité plus large, il a également engagé des discussions avec les députés maoris, traditionnellement favorables au Parti travailliste. L’homme qui va succéder à Helen Clark, premier ministre travailliste depuis 1999, est presque un nouveau venu dans le monde politique. Membre du Parlement depuis six ans, John Key n’a pris la tête du Parti national que depuis 2006. « Cela fait de lui le moins expérimenté des premiers ministres depuis des générations. Il a été critiqué pour son manque d’expérience, mais il a insisté sur le fait qu’il avait fait carrière dans le “monde réel”, et que c’était bien plus important », commente Eugene Bingham, journaliste au New Zealand Herald. Car, avant de percer en politique, John Key s’est illustré dans le monde des affaires. A 47 ans, il est le modèle du self-made man. Né dans une famille modeste, il a été élevé par une mère autrichienne émigrée,son père étant décédé lorsqu’il était enfant. Après des études de commerce, il devient banquier d’affaires. Avec succès : aujourd’hui, sa fortune personnelle est estimée à 50 millions de dollars NZ (23 millions d’euros). Mais le jeune homme, qui s’était promis d’être PAKISTAN

Un travailleur humanitaire américain tué dans une embuscade PESHAWAR. Un Américain travaillant pour une organisation humanitaire des Etats-Unis ainsi que son chauffeur ont été tués,

millionnaire, veut également devenir premier ministre. En 2001, M. Key abandonne sa carrière chez Merrill Lynch à Londres pour s’attaquer à la politique. Il lui aura fallu seulement quelques années pour atteindre son rêve. « J’ai déjà raconté comment, lorsque j’étais enfant, vivant dans un logement social, je passais à vélo devant la maison des enfants plus riches. Ce qui m’inspirait alors, et encore aujourd’hui, est lacroyance que nous avonsla possibilité de rendre nos vies meilleures », a-t-il dit au soir de sa victoire. Durant sa campagne, le leader du Parti national s’est présenté comme étant au centre, promettant un avenir plus radieux, aux 4,3 millions de Néo-Zélandais. Réforme de l’éducation, baisses des impôts et lutte contre la criminalité ont été ses chevaux de bataille. « L’assassin souriant » « Key présente un visage souriant. C’est un bon représentant, très pragmatique. Il a un sens aigu de l’opinion publique, mais il est plus dur que son image ne laisse paraître », commente Joe Atkinson, professeur en sciences politiques à l’université d’Auckland. John Key avait d’ailleurs été surnommé « l’assassin souriant » par ses collègues banquiers, pour avoir renvoyé des dizaines de salariés sans se départir de son caractère enjoué. Cepère de deux enfants s’est présenté comme l’homme de la rupture. Pourtant, beaucoup doutent de sa capacité à mener une politique très différente du précédent gouvernement. La Nouvelle-Zélande multiplie actuellement les mauvais signaux économiques ; le pays est entré en récession pour la première fois depuis dix ans, et les chiffres du chômage ont grimpé. « L’objectif de notre futur gouvernement sera de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger le plus d’emplois possible, et ramener la Nouvelle-Zélande sur le chemin de la croissance », a affirmé M. Key. Il pouvait difficilement choisir moment plus ardu pour faire ses preuves. a Marie-Morgane Le Moël

mercredi 12 novembre, dans une embuscade au passage de leur voiture à Peshawar, dans le nordouest du Pakistan, a annoncé l’ambassade américaine. Dans la même ville, un diplomate iranien a été enlevé par des inconnus et son garde du corps tué. – (AFP.)

les étudiants expulsés des facs en mars 2006, puis on a élargi à ceux qui ne pouvaient poursuivre leurs études pour des raisons politiques. » Selon ses estimations, 10 % à 15 % des étudiants ne peuvent plus rentrer en Biélorussie sous peine de poursuites. Sur les 244 personnes accueillies la première année dans les universités polonaises, 30 % « sont tombées en route, selon M. Malicki, parce qu’elles n’arrivaient pas à suivre, ou parce qu’elles voulaient seulement profiter des bourses pour boire des bières ». Métamorphose GianisDjouba, 22 ans, est un casd’adaptation réussie. Arrêté sur la place d’Octobre, en mars 2006 à Minsk, il a vite compris que la faculté voulait se débarrasser de lui. Exilé, il est en deuxième année d’histoire à Varsovie. « Au départ, je ne comprenais rien en cours », dit-il dans un très bon polonais. On le flatte sur ce point. Il sourit. « Je n’avais pas le choix, comme un soldat envoyé au front. » Le jeune homme a pris goût à la vie occidentale : « Je vois la Biélorussie de l’extérieur, maintenant. Comme tant d’autres, je change de comportement, je me dépolitise, je pense à moi. » Peu après son arrivée, Gianis Djouba a assisté à la métamorphose d’un de ses colo-

L E T TO N I E DANEMARK

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Minsk

RUSSIE

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R. TCH. EUROPE

SLOVAQUIE

cataires, Wladyslaw Mikhaïlkov. « Il était terrorisé par les services biélorusses. Il nous a réveillés une nuit en nous disant qu’il y avait des caméras partout, il avait l’air gentiment dérangé. Puis il est parti. On a découvert qu’il était allé chez le consul biélorusse, qui l’avait renvoyé au pays. » A la télévision publique, quelque temps plus tard, le jeune homme a prétendu que les étudiants biélorusses en Pologne étaient forcés de participer à des manifestations anti-Loukachenko. Si cette télévision continue son traitementparanoïaquedu programmeuniversitaire, le contexte politique a changé depuis deux ans. En Pologne d’abord, entrée en cohabitation après les élections législatives de 2007. Le premier ministre, Donald Tusk, a une approche moins radicale que lesjumeaux Kaczynskide la question biélorusse. « Notre intérêt n’est pas d’isoler ce pays mais de le tirer, de le faire émerger », explique Slawomir Nowak, chef du conseil politique de M. Tusk.

200 km

« L’objectif de la Pologne est de garder Loukachenko en position de grand écart, explique Wojciech Borodzicz, analyste au Centre des relations internationales. Il est le garant de l’intégrité territoriale et de la stabilité du pays. La priorité est que la Biélorussie ne devienne pas une dépendance de la Russie. L’Union européenne n’a compris cela qu’après la guerre en Géorgie. » Le 13 octobre, l’Union européenne a levé pour six moisles interdictions dedéplacement frappant certains dirigeants biélorusses. Ce geste s’explique par une volonté de dialogue.Le président autoritaire de la Biélorussie a donné des indices déroutants ces derniers mois : aucun opposant n’a été élu lors des législatives fin septembre ; par ailleurs, le régime garde ses distances vis-à-vis de Moscou, refusant, par exemple, de reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, les deux régions séparatistes de la Géorgie. a Piotr Smolar


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Sarah Palin se positionne déjà pour l’élection présidentielle américaine de 2012 Omniprésente dans les médias, l’ex-colistière de John McCain ne s’interdit aucun scénario pour son avenir politique. Divisés, les républicains commencent à tirer les leçons de leur défaite WASHINGTON CORRESPONDANTE

raîche comme une rose, Sarah Palin est repartie en campagne. Pour quoi au juste, nul ne le sait. Mais, dix jours après la fin de la course à la présidence, l’ancienne colistière de John McCain sur le « ticket » républicain n’a toujours pas disparu des écrans. De Barack Obama, le vainqueur, on n’aperçoit qu’une silhouette qui conduit ses enfants à l’école avant de s’enfermer pour réfléchir à son cabinet. John McCain, le perdant, n’a refait surface – dans une émission comique – que le 11 novembre, après avoir dormi « comme un bébé ». Sarah Palin est retournée brièvement en Alaska, suivie par une caravane de reporters. Elle a réintégré son bureau de gouverneur, sous les applaudissements de son équipe. Elle a reçu les principales chaînes de télé à Wasilla, le bébé sur l’épaule, et cuisiné en même temps qu’elle répondait aux questions : chili d’élan pour Fox News ; saumon pour NBC. Mme Palin a beaucoup à dire. Il est vrai que l’état-major républicain l’a empêchée de faire un discours le soir de la défaite. Pas par misogynie, mais parce que le discours de « concession » est généralement réservé au candidat à la présidence. « D’accord, ça ne se fait pas, a-t-elle plaidé. Mais pourquoi ne pas penser un peu en dehors des sentiers battus ? » Elle entend aussi se défendre contre les conseillers républicains, qui, sous couvert d’anonymat, lui font porter le chapeau de la défaite de M. McCain : « Ce serait faire trop de crédit à Sarah Palin. » L’ex-candidate n’exclut rien. Ni de faire de la télévision, comme animatrice, ni de se présenter à la Maison Blanche en 2012, ni de devenir sénateur de l’Alaska à la place du baron républicain Ted Ste-

F

L’ancienne candidate à la vice-présidence, interrogée par une télévision locale en Alaska. BILL ROTH/« ANCHORAGE DAILY NEWS »/ABACAPRESS régions entières, comme la NouvelleAngleterre. L’impopularité de George Bush et la défaire de John McCain ont créé un vide de leadership. Tim Pawlenty, du Minnesota, Charlie Crist, de Floride, Bobby Jindal, de Louisiane, ont commencé à prendre position(M. Jindal est déjà attendu dans l’Iowa le 22 novembre, tout comme Mike Huckabee, l’un des candidats des primaires qui, depuis sa défaite, anime un talk-show). Autre prétendant possible, hors du cercle des gouverneurs : Newt Gingrich, l’ancien chefde l’oppositionqui avaitmenélareconquête audébut dela présidence deBill Clinton. « Il faut que nous soyons honnêtes sur le niveau d’échec des huit dernières années », a-t-il dit au New York Times.

vens, englué dans une affaire de corruption – étant gouverneur, elle pourrait même se désigner elle-même à sa place, mais elle a promis qu’elle n’en viendrait pas là. « Ce que je me dis, c’est : Dieu, s’il y a une porte ouverte pour moi quelque part, ne me laisse pas la manquer. C’est pour cela que je prie toujours », a-t-elle expliqué. Leçons d’une défaite Sarah Palin, qui jouit d’un taux de popularité de 49 % (86 % chez les républicains), est la vedette de la réunion des 21 gouverneurs républicains qui s’est ouverte le 12 novembre à Miami. A cette occasion, les cadres du mouvement entendent tirer les leçons d’une défaite qui a vu leur parti être rayé de la carte dans des

Le parti est fortement divisé. Les « traditionalistes », selon la nomenclature de David Brooks, du New York Times, pensent qu’il faut retourner aux valeurs fondamentales. Ils se félicitent du recul du mariage gay en Californie, qui leur ouvre des perspectives électorales. Les modérés estiment que le parti doit suivre l’évolution de la société. Les républicains doivent aussi décider du degré de résistance qu’ils vont opposer à Barack Obama. Sarah Palin, qui avait mis en doute le patriotisme de son adversaire démocrate pendant la campagne, a appelé à travailler avec lui. Elle s’est même proposée pour l’aider, s’il a besoin de conseils sur la crise de l’énergie. a

URUGUAY L’AVORTEMENT RESTE TABOU EN AMÉRIQUE LATINE

Le Parlement uruguayen vote pour la légalisation de l’IVG EN URUGUAY, le vote du Congrès, mardi 11 novembre, légalisant l’avortement, risque de semer la zizanie au sein de la coalition gouvernementale de gauche, le Frente Amplio (le Front élargi). Rejetée par les partis de l’opposition, la loi a été approuvée par les sénateurs et les députés du Frente Amplio alors que le président uruguayen, Tabaré Vazquez, est personnellement opposé à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Socialiste et médecin de profession, M. Vazquez a répété à plusieurs reprises qu’il mettrait son veto à la légalisation de l’avortement. La loi dite de santé reproductive et sexuelle a été approu-

vée au Sénat par 17 voix sur 30, après avoir été adoptée à la Chambre des députés. Elle autorise les femmes à avorter pendant les douze premières semaines de grossesse. En Uruguay, qui compte 3,3 millions d’habitants, quelque 33 000 femmes avortent clandestinement chaque année. Le texte doit être soumis au pouvoir exécutif en vue de sa promulgation. M. Vazquez dispose de dix jours pour se prononcer. S’il impose son veto, les deux chambres du Congrès devront se réunir à nouveau et se prononcer à une majorité des trois-cinquièmes en faveur du texte pour contrecarrer l’opposition de l’exécutif. « Que le pouvoir législatif vote

LA DIFFERENCE C’EST LA VIGILANCE Isabelle Giordano Service Public 10h franceinter.com

BRÉSIL URUGUAY

Buenos Aires

Montevideo Rio de la Plata

OCÉAN ATLANTIQUE

ARGENTINE 200 km

une loi de cette nature marque une grande avancée, estime Monica Xavier, sénatrice socialiste et médecin comme le chef de l’Etat. Cette loi offre l’occasion de commencer à solder une dette à l’égard des femmes uruguayennes en matière de droits sexuels. » Marina Arismendi, ministre communiste du développement social, s’est dite « euphorique », ajoutant qu’elle espérait que le président Vazquez changerait d’opinion. Autorisée à Cuba et Porto Rico L’Eglise catholique avait menacé d’excommunier les parlementaires qui voteraient en faveur de l’avortement. Le principal quotidien uruguayen, El Pais, s’est pour sa part réjoui de la loi, rappelant qu’elle intervenait « cent ans après la première législation sur le

NICARAGUA

Les résultats de l’élection à Managua seront réexaminés MANAGUA. Les résultats des élec-

tions municipales du 9 novembre dans la capitale du Nicaragua, Managua, qui donnent une nette avance au candidat du président Daniel Ortega, vont être réexaminés avec l’opposition, a annoncé, mercredi 12 novembre, le Conseil électoral suprême (CSE). « Nous

divorce en Uruguay », qui avait été « une décision révolutionnaire à l’époque en Amérique latine ». Dans presque tous les pays d’Amérique latine, l’IVG reste une question taboue, passible du code pénal. L’avortement est autorisé parfois pour des raisons thérapeutiques ou en cas de viol de la mère. Avant le vote du Congrès uruguayen, les seules exceptions à cette règle étaient Cuba, où l’IVG a été autorisée en 1965, et Porto Rico, où s’applique la jurisprudence de la Cour suprême des Etats-Unis des années 1970. L’assemblée législative de la ville de Mexico, administrée par l’opposition de gauche, a également dépénalisé l’avortement, en avril 2007, mais cette disposition s’applique uniquement dans les limites de la capitale. Au Chili et au Brésil, gouvernés par une coalition de centre gauche, il n’y a pas de consensus favorable à l’IVG au sein de la majorité présidentielle. Pas plus qu’au Venezuela ou en Bolivie, où gouverne la gauche radicale. Au Nicaragua, la gauche sandiniste a voté, fin 2006, l’interdiction de l’avortement thérapeutique, pour favoriser le retour du président Daniel Ortega au pouvoir. a Christine Legrand (à Buenos Aires) et Paulo A. Paranagua

allons revoir les résultats des bureaux de vote un par un, avec les bordereaux de l’opposition, dans les 2 107 bureaux » de la capitale, a annoncé le président du CSE, Roberto Rivas. Le dernier pointage publié mardi par le CSE, sur 86 % des bulletins de vote, attribuait 91 municipalités sur 146 au Front sandiniste de libération nationale (FSLN, gauche), le parti présidentiel. – (AFP.)

Corine Lesnes

ÉTATS-UNIS

Des universitaires demandent à M. Obama de créer une commission sur Guantanamo DES UNIVERSITAIRES américains auteurs d’une étude sur les conséquences de la détention à Guantanamo ont appelé, mercredi 12 novembre, Barack Obama à installer une commission indépendante sur cette prison pour faire la lumière sur les responsabilités de l’administration Bush. Révélée mercredi, cette étude, qui a amené ses auteurs à interroger 62 anciens détenus du camp américain à Cuba, montre que, même libérés, ces hommes portent les « stigmates » des conditions de leur détention. Elle décrit pêle-mêle des détenus battus, attachés des heures durant dans des positions inconfortables, enfermés dans de toutes petites cellules à l’isolement puis incapables de reconstruire leur vie après avoir été libérés. Le président élu, le démocrate Barack Obama, qui prendra ses fonctions le 20 janvier 2009, a promis de fermer la prison, dans laquelle se trouvent encore quelque 250 prisonniers, sans donner de précision sur la méthode qu’il entendait employer. « Nous ne pouvons pas glisser ce chapitre sombre de notre histoire sous le tapis, en fermant simplement le camp de Guantanamo, a estimé Eric Stoler, chercheur à l’université de Berkeley, en Californie, et coauteur de l’étude, lors d’une conférence de presse. La nouvelle administration doit enquêter sur ce qui a dérapé et sur qui doit en être tenu responsable. » « Le cauchemar des détenus ne s’arrête pas avec leur libération (…) ; ces hommes qui n’ont jamais été inculpés d’aucun crime souffrent d’un stigmate Guantanamo durable et ne parviennent pas à retrouver du travail », a précisé Laurel Fletcher, coauteur et également chercheuse à Berkeley. Les deux universitaires, soutenus par le Centre pour les droits constitutionnels, qui défend de nombreux détenus, ont souhaité que cette commission soit « indépendante et neutre, pour lever le voile du secret sur Guantanamo et sur les autres lieux de détention ». a – (AFP.)

Le président Bush obtient gain de cause contre... les baleines ’est la victoire de la raison d’Etat sur la cause des défenseurs des espèces menacées, un K.-O. infligé par l’US Navy aux avocats des baleines. La Cour suprême des EtatsUnis a décidé, mercredi 12 novembre, par 5 voix contre 4, d’invalider le jugement de plusieurs tribunaux fédéraux. Ceuxci avaient donné raison aux associations de défense de l’environnement hostiles à l’utilisation de sonars par les navires de guerre américains, à proximité des baleines et dauphins. L’arrêt d’une cour de Los Angeles, en août 2007, stipulait que la marine devait réduire le niveau de ses sonars, et les éteindre lorsque l’un de ses navires détectait un mammifère marin dans un rayon de 2 kilomètres. Des experts avaient confirmé que ces sonars à moyenne fréquence pouvaient potentiellement provoquer la « surdité temporaire » de 8 000 baleines et surtout les inciter à s’échouer – et à mourir – sur le rivage. Le très conservateur John Roberts, président de la Cour suprême, leur a opposé la défense de la « sécurité nationale » : les navires américains croisant au large de la Californie ont pour

tâche de s’opposer à « la menace potentielle qu’un sous-marin nordcoréen parvienne sans être détecté à proximité de Pearl Harbor », a-t-il expliqué. Les défenseurs des baleines croyaient avoir le vent en poupe : début octobre, l’exécutif avait imposé aux navires de commerce de réduire leur vitesse à moins de 10 nœuds dans certaines zones côtières, afin de protéger les baleines franches, dont il resterait moins de 400 individus. Puis, le 18 octobre, les autorités fédérales avaient infligé une sévère défaite à la gouverneure de l’Alaska, Sarah Palin, en plaçant les baleines blanches béluga, qui croisent dans le golfe de Cook, sur la liste des espèces menacées. L’ancienne candidate à la vice-présidence des Etats-Unis essuyait ainsi un second revers (hors élection présidentielle), après avoir vainement plaidé en faveur de la poursuite de la chasse à l’ours polaire. Mais dans l’affaire « baleines vs US Navy », le président Bush a usé de toute son influence : il a signé un « ordre d’exemption », qui lui permet, dans une « situation d’urgence », de passer outre une décision judiciaire en matière d’environnement. a

ÉTATS-UNIS

missile sol-sol de « nouvelle génération ». « Je ne peux pas confirmer le lancement, a dit le porteparole du Pentagone, Bryan Whitman, mais il [serait] cohérent avec la poursuite du programme balistique iranien. Nous savons que l’Iran développe une version plus longue du Shahab-3 qui pourrait frapper nos alliés et nos amis au Proche-Orient et dans le sud-est de l’Europe. » – (AFP.)

C

Washington presse Téhéran de cesser de développer des missiles WASHINGTON.

L’administration Bush a réclamé, mercredi 12 novembre, à l’Iran qu’il cesse « immédiatement » de développer des missiles balistiques, après un nouveau test revendiqué, mercredi, par la République islamique, qui dit avoir lancé un

Laurent Zecchini


International

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La Sri-Lankaise Sunila Abeysekera récompensée par Human Rights Watch Cette militante des droits de l’homme nous détaille son combat et dénonce les exactions commises par les Tigres tamouls et l’armée gouvernementale e conflit oublié du Sri Lanka, vieux de trente ans, où s’affrontent les rebelles indépendantistes tamouls et le gouvernement de Colombo, capitale d’un pays à majorité cinghalaise, sera évoqué l’espace d’une remise de prix à Paris, jeudi 13 novembre. L’organisation Human Rights Watch devait, ce jour, attribuer, pour 2008, sa plus haute récompense, le Prix des défenseurs des droits de l’homme, à Sunila Abeysekera, fondatrice de l’ONG sri-lankaise Inform pour son travail de dénonciation des exactions commises par chaque camp. Menacée de mort dans son pays pour son action, elle a quitté le Sri Lanka au

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Assaut de l’armée sri-lankaise

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Colombo Galle 25 km

rebelles et l’armée gouvernementale. » Les Tigres tamouls les gardent comme bouclier humain et les forces de sécurité de Colombo les considèrent comme des complices de la rébellion. « Depuis octobre, le gouvernement a mis en place des convois humanitaires mais ne ravitaille que pour une seule semaine, histoire de conserver un levier de pression. » Pourtant, regrette-t-elle, la communauté internationale se désintéresse de cette situation. « Face au drame des populations déplacées, l’ONU et les grands pays DR se mobilisent au Congo, alors qu’ici elles mois d’avril pour les Pays-Bas. Elle retour- sont livrées à elles-mêmes et connaissent le ne épisodiquement à Colombo pour sou- choléra et la typhoïde. Pire, le gouvernetenir son organisation toujours opération- ment a attaqué un convoi de l’ONU sans nelle. « Je ne veux pas être une héroïne, je que celle-ci ne réagisse, le gouvernement en crois à mon jugement, j’ai senti que c’était tire une grande impunité. » De plus, une anomalie que je sois encore en vie alors note-t-elle, depuis l’assassinat, en 2006, que beaucoup de mes proches sont morts de 17 employés d’Action contre la faim, la pour notre combat, alors j’utilise ma liberté situation « s’est aggravée pour les ONG », de parole et mon exil forcé pour expliquer ce qui ont perdu 60 de leurs membres. Les dirigeants sri-lankais, pour leur qui se passe chez nous », dit-elle au Monde. Ancienne critique de théâtre passée, part, délaissent l’alliance avec l’Europe et depuis vingt ans, au combat pour la les Etats-Unis et se sont rapprochés de défense des droits de l’homme, elle est l’Iran, la Chine et le Venezuela. « Ils veulent renouer avec l’héritage du aussi mère de six enfants dont pays non alignés, la plupart vivent au Sri Lanka. « Je ne veux pas mouvement des explique Mme Abeysekera, la « Depuis que j’ai quitté ma maiêtre une héroïne. démocratie n’est pas une priorité son qui se trouve dans la campaJ’utilise ma gne de Colombo, à près d’une pour ces nations ; je sais que mon liberté de parole heure de route de la capitale, ma prix me vaudra d’être accusé et mon exil forcé famille est plus tranquille et se d’être un agent de l’Occident. » pour expliquer sent moins menacée », assure Les arrestations arbitraires, ce qui se passe Sunila Abeysekera. les assassinats et les enlèvechez nous » Son ONG rassemble des ments, qui sont devenus « une informations sur les atteintes industrie très lucrative » grâce aux droits de l’homme et attire l’atten- aux rançons, s’ajoutent à l’insécurité qui tion sur les drames humains et sanitaires règne dans le pays. Ces pratiques sont le qui en découlent. « Plus de 600 000 per- fait des deux camps. « Les Tamouls imposonnes ont déjà dû fuir à cause du conflit, sent eux aussi la terreur et se financent grâaujourd’hui, précise-t-elle, depuis l’offen- ce à une véritable mafia qui extorque leur sive du gouvernement au mois de janvier, diaspora éparpillée dans le monde entier, y 300 000 autres sont prises au piège dans compris en France. » a la province de Wanni, au nord, entre les Jacques Follorou

TAÏWAN JUSTICE

L’ex-président taïwanais incarcéré pour corruption et blanchiment PÉKIN CORRESPONDANT

L’ancien président taïwanais Chen Shuibian, naguère chantre du camp « indépendantiste » de l’île, couche depuis mardi 11 novembre en prison. Il a été inculpé pour corruption et blanchiment d’argent. L’ancien chef de l’Etat, à la tête de Taïwan de 2000 au printemps 2008, est apparu menotté en sortant du bureau du juge d’instruction après que ce dernier eut ordonné sa détention. Il risque de vingt à trente ans de prison. Face aux caméras, l’ex-chef de l’Etat a levé haut les bras pour montrer ses poignets menottés avant de s’écrier : « Vive l’indépendance taïwanaise ! » et « Répression politique ! » C’est la première fois qu’un homme politique taïwanais de cette envergure est ainsi poursuivi. L’événement était cependant prévisible : le 20 mai, quelques heures à peine après avoir quitté son bureau de chef de l’Etat et passé la main à son successeur, Ma Ying-jeou, Chen Shui-bian avait reçu l’ordre de se tenir à la disposition de la justice. Il est accusé de détournement de fonds, d’abus de pouvoir, tandis que plusieurs membres de sa famille sont également soupçonnés de graves actes de corruption : sa femme, sa fille, son fils et sa belle-fille, ainsi que plusieurs de ses proches conseillers, figurent parmi les coaccusés. L’ancien président et chef du Parti démocratique progressiste (DPP) aurait détourné plus de 3 millions d’euros des caisses de fonds secrets attribués à la AFGHANISTAN

Des ONG françaises rapatrient leur personnel KABOUL. Face à l’insécurité en Afghanis-

tan et aux attaques les visant directement, quatre ONG françaises vont rapa-

diplomatie taïwanaise, touché des potsde-vin donnés par des hommes d’affaires locaux et blanchi près de vingt millions d’euros à l’étranger. En guise de défense, Chen Shui-bian a aussitôt adopté la position de martyr. Le nouveau président, Ma Ying-jeou, est favorable à un rapprochement avec la Chine, tandis que son prédécesseur emprisonné était le chef de file du mouvement d’affirmation de l’identité taïwanaise, et soutenait le principe d’une indépendance formelle de Taïwan par rapport à la Chine continentale. Chen Shui-bian soutient ainsi que son arrestation est le fruit d’une décision politique de M. Ma, qui s’efforce de complaire au grand voisin pour lequel l’ex-président était la bête noire par excellence. Son emprisonnement a par ailleurs été décidé quelques jours après un incident embarrassant pour le nouveau chef de l’Etat : lors de la visite « historique » d’un haut responsable chinois à Taïpeh, ce dernier s’est retrouvé piégé dans son hôtel pendant plus de huit heures, tandis qu’à l’extérieur se déchaînaient en imprécations des milliers de partisans de Chen Shui-bian. A Pékin, la presse se délecte à décrire les mésaventures du trublion taïwanais, allant jusqu’à détailler le menu de ses repas en prison. Une porte-parole du bureau des affaires taïwanaises a pour sa part qualifié, mercredi, de « rumeurs » les accusations de Chen Shui-bian affirmant qu’il a été « sacrifié » sur l’autel du rapprochement sino-taïwanais. a Bruno Philip

trier leur personnel expatrié. Aide médicale internationale, Amitiés francoafghanes, dont l’un des employés a été enlevé le 3 novembre, Médecins du monde et Sport sans frontières conserveront néanmoins leur personnel afghan.

Patrick F. 36 ans, professeur des écoles, envisage sa mutation avec sérénité.

Enseignants des 1 et 2d degrés, un nouveau service vous accompagne et facilite vos démarches de mutation : er

Tout sur ma mutation en un coup de fil

La ligne est ouverte de 9 h à 21 h 7 j/7 du 6 novembre au 8 décembre 2008.


Europe

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Les coffee shops néerlandais menacés de fermeture cain du Liberty II qui, derrière une vitre, pèse et distribue ses sachets, les récite : 5 grammes au maximum par client, pas de vente à des mineurs, pas de drogue dure. Ne cherchez pas à savoir d’où vient l’herbe qui est vendue. « On s’arrange », répond invariablement l’employé. La loi autorise la vente et la consommation des drogues douces mais interdit la production et la distribution. Cette aberration a entraîné l’apparition de groupes criminels, souvent étrangers, qui tentent de mettre la main, avec pressions et menaces, sur l’approvisionnement des 800 coffee shops du pays. L’époque des petits producteurs qui faisaient pousser du chanvre dans leur jardin a vécu, et une mafia marocaine s’est spécialisée dans le vol des récoltes clandestines. A la clé, un marché annuel de 2 milliards d’euros.

Des groupes criminels tentent de contrôler l’approvisionnement des 800 établissements du pays. Les élus sont assaillis de plaintes ROOSENDAAL (Pays-Bas) ENVOYÉ SPÉCIAL

ne enseigne aux couleurs de la Jamaïque et, sur la vitrine, le dessin d’un fumeur de gros « pétards ». Fin de matinée paisible au Liberty II, l’un des coffee shops de Roosendaal, au sud des Pays-Bas. Ambiance saloon, café sans saveur et odeur de « shit » : un jour banal pour les consommateurs néerlandais et les étrangers (Français, Belges, Allemands) qui viennent s’approvisionner dans ces endroits symbolisant la réputée « tolérance » hollandaise. Pour la plupart, les consommateurs du Liberty II ignorent qu’un débat politique fait rage dans le pays, où le principal parti du gouvernement, le CDA (Appel chrétien-démocrate) du premier ministre Jan Peter Balkenende, plaide pour la fin des coffee shops, et dénonce une politique qui, selon lui, a échoué. Des magistrats, des policiers et des criminologues sont du même avis. Le Parti travailliste, lui aussi au pouvoir, et des maires défendent plutôt une autre forme de « régulation ». Officiellement, les règles imposées aux coffee shops sont claires, et le vieux Maro-

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Le Liberty II, l’un des coffee shops de Roosendaal, au sud des Pays-Bas. WIM DANEELS/WDK Gardes à l’entrée L’un des objectifs des autorités qui ont légalisé les drogues douces il y a une trentaine d’années était d’éviter le développement de la criminalité. Echec ? La police des provinces du sud du pays affirme, en tout cas, qu’au cours des cinq dernières années, elle a dénombré au moins vingtcinq meurtres en rapport avec la vente de stupéfiants. On a vu apparaître des gardes à l’entrée des coffee shops, comme au Liberty II, où un jeune adepte du bodybuilding, chauve et tout de noir vêtu, contrôle sacs et cartes d’identité. Les élus sont assaillis de plaintes. Cel-

les des pays voisins qui critiquent le cavalier seul des Néerlandais. Celles des riverains des coffee shops, qui se plaignent des nuisances liées au flot incessant de consommateurs. Les chiffres font, il est vrai, tourner la tête : 13 500 acheteurs par semaine à Roosendaal, 4 000 par jour à Maastricht, 1 million par an à Terneuzen, deux villes proches. On évoque la vente quotidienne de 3 à 4 kg dans les principaux établissements du pays, avec des bénéfices atteignant 400 000 euros mensuellement. On souligne la multiplication des saisies de dro-

gues dures, acheminées par des réseaux qui profitent de la présence de centaines de milliers de clients potentiels. Quant aux smart shops, petits commerces de proximité, ils organisent désormais leur propre réseau clandestin de revente. Depuis quelques mois, inquiètes de l’évolution de la criminalité, des municipalités ont ordonné les premières fermetures de coffee shops. A Roosendaal, à Bergen-op-Zoom, à Maastricht, elles ont durci la réglementation, multiplié les contrôles ou fiché les clients. La plupart des exploitants soulignent le danger d’un

renvoi des consommateurs vers des marchés clandestins. Gerd Leers, maire chrétien-démocrate de Maastricht, dit redouter l’influence de mafias qui initieront les acheteurs aux drogues dures, et dénonce « l’hypocrisie » des pays voisins qui interdisent la drogue chez eux mais tolèrent que leurs consommateurs s’approvisionnent aux Pays-Bas. Johan de Wijkerslooth, juriste à l’université de Leyde, propose de fermer les coffee shops en échange d’une réelle légalisation du « shit » à usage personnel. a Jean-Pierre Stroobants

ALLEMAGNE CRITIQUES DES « SAGES » AU PLAN DE RELANCE D’ANGELA MERKEL

CRISE BRITISH TELECOM SUPPRIMERA 10 000 EMPLOIS DANS LES SIX MOIS

Le recul du PIB au troisième trimestre fait entrer l’économie allemande en récession

Le chômage est au plus haut depuis onze ans en Grande-Bretagne

CORRESPONDANCE

L’Allemagne est entrée en récession au troisième trimestre : le produit intérieur brut (PIB) s’est contracté de 0,5 % entre juillet et septembre, selon des données provisoires publiées jeudi 13 novembre par l’Office fédéral des statistiques. Au deuxième trimestre, la croissance avait déjà été négative, à – 0,4 %. L’économie allemande n’avait pas enregistré deux reculs consécutifs du PIB – la définition techni-

que de la récession – depuis le premier semestre 2003. Ces chiffres vont dans le sens des prévisions pessimistes du rapport annuel des « cinq sages », le groupe d’experts chargé de conseiller le gouvernement. Publié mercredi, ce rapport table sur une stagnation du PIB pour 2009 (Berlin a annoncé une croissance de 0,2 %). Selon leurs critères, il s’agit d’une « récession », tant le recul est brutal par rapport à la croissance de 2008 (1,7 % selon leurs prévisions).

Prix TERRITORIA 2008 Depuis 1986, le Prix TERRITORIA récompense le dynamisme et l’efficacité de la gestion des collectivités territoriales, jugés au regard de trois critères : innovation, aptitude à être repris par d’autres collectivités et bonne utilisation des deniers publics. Monsieur Alain Marleix, secrétaire d'Etat à l’intérieur et aux collectivités territoriales a présidé le Jury qui a sélectionné les lauréats, primés par domaine. Les trophées du Prix TERRITORIA 2008 ont été remis aux lauréats le 5 novembre dans les salons de Boffrand de la Présidence du Sénat.

Les « sages » prônent un important plan de relance, au besoin financé par l’endettement, des recommandations inhabituelles de la part de ce comité d’experts. Mais les risques qui pèsent sur la conjoncture justifient, à leurs yeux, quelques entorses à la rigueur budgétaire. Insatisfaits des mesures de soutien adoptées le 5 novembre à Berlin, ils épinglent dans leur rapport « un bric-à-brac de projets isolés ». Fidèles à leur liberté de ton, les économistes reprochent à la grande coalition d’Angela Merkel « un activisme en partie motivé par des pressions des milieux industriels ». Critiquant les incitations fiscales destinées à encourager l’achat de voitures neuves, ils dénoncent ainsi un gaspillage d’argent visant à favoriser un seul secteur industriel. Ils plaident pour une relance de l’investissement, en particulier via des grands projets d’infrastructures routières et ferroviaires. Selon leurs calculs, les pouvoirs publics devraient consacrer entre 0,5 % et 1 % du produit intérieur brut (PIB) à ce programme conjoncturel, soit jusqu’à 25 milliards d’euros par an. a Marie de Vergès

ALLEMAGNE Le sénateur-maire Alain Gournac et le député-maire Pierre Bourguignon félicitent les représentants de Nancy, Marseille, Paris et Issy-les-Moulineaux.

LES LAURÉATS • Prix TERRITORIA Europe : Chemnitz, Allemagne • Parrainage européen : Mulhouse • Aménagement Espace Public : Bordeaux • Civisme/Citoyenneté : Paris • Communication : le Finistère • Concertation : Yzeure • Culture : Marseille • Développement local : le Cantal • Environnement : le Syndicat de production d’eau du Bassin rennais • Valorisation du patrimoine : Bordeaux • Evaluation Politiques Publiques : Issy-les-Moulineaux • Management : les Vosges • Prévention : Nancy • Ressources Humaines : Rennes • Santé : Béziers • Services à la population : Paris • Club du e-public TIC : le Cantal • Développement durable : l’Orne sensibilise les communes à l’entretien « vert » de l’espace public. Le dispositif de la ville de Paris « Louez solidaire et sans risque » a obtenu le Grand Prix TERRITORIA Presse.

www.territoria.asso.fr

Accord salarial dans la métallurgie allemande Le syndicat et le patronat de la métallurgie se sont entendus, mercredi 12 novembre, pour augmenter de 4,2 % les revenus des 3,6 millions de salariés du secteur. L’accord est valable jusqu’en avril 2010. Signé après des grèves d’avertissement qui ont mobilisé jusqu’à 550 000 salariés, il évite une grève plus dure. A l’origine, le syndicat IG Metall réclamait une hausse de 8 %. ETA

Deux activistes interpellés en France Deux hommes armés soupçonnés d’appartenir à l’organisation séparatiste basque ETA ont été interpellés par les gendarmes mercredi 12 novembre, à Tarascon-sur-Ariège (Ariège). Ils

LONDRES CORRESPONDANTE

En Grande-Bretagne, le nombre de chômeurs est revenu au niveau de la fin 1997. La crise financière et la récession qui s’ensuit ont ramené la Royaume-Uni onze ans en arrière, juste après l’arrivée au pouvoir des travaillistes. Selon des chiffres publiés, mercredi 12 novembre, par l’Office national des statistiques, 1,825 million de Britanniques étaient sans emploi au troisième trimestre, soit 140 000 de plus qu’au deuxième trimestre et 182 000 de plus qu’un an auparavant. Le taux de chômage au sens du Bureau international du travail est à son niveau le plus élevé depuis 2000, 5,8 % contre 5,4 % entre avril et juin. Quotidiennement, des entreprises licencient, quel que soit le secteur d’activité. Jeudi 13 novembre, British Telecom a annoncé la suppression de 10 000 emplois d’ici à fin mars. Mardi, plus de 4 500 suppressions de postes ont été annoncées : 2 200 par Virgin Media, 300 par l’éditeur des Pages jaunes, 620 par le laboratoire GlaxoSmithKline qui va fermer son usine de Dartford (Kent) ont été placés en garde à vue. Selon le ministère espagnol de l’intérieur, ils font « partie de l’appareil militaire de l’ETA ».

d’ici à 2013, 1 000 par le constructeur Taylor Wimpey… Selon Brendan Barber, secrétaire général du Trade Union Congress, « la queue de ceux qui pointent au chômage grossit de 1 000 personnes chaque jour ». En octobre, 36 500 personnes supplémentaires ont demandé à bénéficier de l’allocation-chômage, soit un total de 981 000. La hausse du chômage au troisième trimestre a d’abord concerné les jeunes : les 18-24 ans sans emploi étaient 579 000, soit 53 000 de plus qu’entre avril et juin. Elle s’est aussi accompagnée d’une baisse des emplois à plein temps et d’une hausse des temps partiels. Tout le monde s’accorde à penser que le pire est à venir. La barre des 2 millions de chômeurs devrait être bientôt franchie, d’ici à la fin de l’année, pensent les plus pessimistes, au premier semestre 2009, jugent les autres. Pour Trevor Phillips, président de la commission pour l’égalité raciale et les droits de l’homme, la Grande-Bretagne va « exporter son chômage » dans la mesure où il prévoit que près d’un million d’immigrés quitteront le Royaume dans les mois à venir. Au fur et à mesure que la récession devien-

dra plus concrète, que le travail se raréfiera et que la livre sterling baissera, ils rentreront chez eux. Les Polonais ont déjà commencé à le faire. Selon le ministère de l’intérieur, ils seraient au moins 100 000 à avoir rejoint leur pays dans les douze derniers mois. Sans ces départs, estime M. Phillips, le payscompterait rapidement 3 millions de chômeurs. La chaîne de supermarchés Tesco a abondé dans son sens, ces derniers jours, en déclarant que le départ des Européens de l’Est avait masqué, cette année, l’ampleur du ralentissement économique. La Banque d’Angleterre a revu ses prévisions, mercredi, et table désormais sur une récession qui se poursuivra en 2009. Conséquence, l’inflation, qui atteignait 5,2 % fin septembre, devrait descendre aux alentours de 1 % d’ici à la mi-2009. Cela ouvre la porte à de nouvelles baisses de taux, alors que la Banque centrale vient de les réduire de 1,5 point à 3 %. La livre sterling s’est encore affaiblie, mercredi, dans la foulée de ces déclarations, pour valoir moins de 1,5 dollar, une première depuis six ans. a Virginie Malingre

appel d’offres - avis d’enquête 56, bd Mission Marchand 92411 Courbevoie cedex Tél. 01 49 04 01 81 – Fax. 01 49 04 01 80 www.osp.fr

UNION EUROPÉENNE

Incident entre l’Irlande et la République tchèque Un incident diplomatique a marqué la visite d’Etat en Irlande du président tchèque Vaclav Klaus, dont le pays assurera la présidence de l’Union européenne le 1er janvier 2009. Mercredi 12 novembre, le ministre irlandais des affaires étrangères, Michael Martin, a qualifié de « déplacés » des propos tenus par M. Klaus lors d’une rencontre avec Declan Ganley, l’un des artisans de la victoire du « non » au référendum irlandais sur le traité européen. « Si quelqu’un ne me plaît pas, lui a répondu M. Klaus, je le lui dirai en face et non derrière son dos. »

COMMUNE DE MONTGENEVRE (HAUTES ALPES)

ENQUETE PUBLIQUE Quatrième Modification du Plan Local d’Urbanisme « Par arrêté en date du 6 Novembre 2008, le Maire de Montgenèvre porte à la connaissance du public qu’il sera procédé à une enquête publique relative à la quatrième modification du Plan Local d’Urbanisme de la Commune de Montgenèvre. Le dossier d’enquête sera à la disposition du public du lundi 24 Novembre 2008 au lundi 29 Décembre 2008 inclus afin que chacun puisse en prendre connaissance, de 13 h 30 à 16 h 30, – 15 h 30 le 24 Décembre 2008 – (sauf les samedis, dimanches et jours fériés), et faire enregistrer ses observations éventuelles.

OSP

BERLIN

Monsieur Yves LARNAUDIE, technicien territorial chef en retraite, domicilié en Mairie de Montgenèvre, Boîte Postale n° 13, 05100 MONTGENEVRE, désigné en qualité de Commissaire Enquêteur, se tiendra à la disposition du public à la Mairie le lundi 24 Novembre 2008, le mercredi 10 Décembre 2008 et les lundis 22 et 29 Décembre 2008, de 13 h 30 à 16 h 30. Les observations formulées par écrit peuvent lui être adressées par la poste à la Mairie. »


France

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Social De fortes réticences sont perceptibles, y compris dans les rangs de la majorité

M. Sarkozy veut développer le travail du dimanche e sujet pourrait être proposé aux épreuves de philosophie : « le travail du dimanche, un leurre ou une liberté ? » Nicolas Sarkozy y a répondu à l’oral de Rethel (Ardennes), le 28 octobre. « Pourquoi continuer d’empêcher celui qui le veut de travailler le dimanche ?, s’est demandé le président de la République, sous la forme rhétorique interrogative qu’il affectionne dans ce cas. C’est un jour de croissance en plus, c’est du pouvoir d’achat en plus. Il faut quand même penser aux familles qui ont le droit, les jours où elles ne travaillent pas, d’aller faire leurs courses dans des magasins qui sont ouverts et pas systématiquement fermés. » Et le chef de l’Etat, partisan de « libérer tout ceci », a invité les parlementaires à « se saisir sans tabou » de la proposition de loi déposée à cet effet au début du mois d’août par le député (UMP) des Bouchesdu-Rhône Richard Mallié. Dès le 4 novembre, le sujet était donc abordé lors de la réunion du groupe UMP de l’Assemblée nationale. Et suscitait de vives réserves. Pour de nombreux élus de la majorité, l’ouverture des commerces le dimanche n’apparaît pas comme la plus urgente des priorités. Certains, à l’instar de Christian Jacob (UMP, Seine-et-Marne), ont exprimé leur hostilité à une extension des dérogations qui préfigurerait une généralisation du travail dominical. La proposition de loi rédigée par M. Mallié, prévoyant une « expérimentation sur cinq ans », leur semblait, à cet égard, rendre le processus quasiment inéluctable. « Le problème de l’expérimentation, admet le vice-président du groupe, Jean Leonetti (UMP, Alpes-Maritimes), c’est qu’à l’issue du délai soit on arrête, soit on généralise. » Ni la majorité ni le chef du gouvernement ne semblent partager l’engouement du chef de l’Etat. Le « patron » des députés, Jean-François Copé, tente de gagner du temps. A l’issue de la réunion du 4 novembre, estimant que « personne n’est vraiment au clair » et qu’« il y a des avis très différents », il indiquait que le groupe allait

L

devoir « travailler pour trouver une solution ». Interrogé dimanche sur Radio J, il sedisait « pas certain qu’il y ait encore la place » pour voter une proposition de loi avant la fin de l’année. François Fillon, de son côté, interrogé par des lecteurs du Parisien,avoue que « c’est un sujet très controversé, y compris au sein de ma famille politique ». Gain loin d’être assuré M. Sarkozy n’a guère goûté ces tergiversations. Sans attendre la réunion du groupe de travail des députés UMP dont M. Copé avait annoncé la constitution, M. Mallié a redéposé le 12 novembre une nouvelle proposition de loi visant à « définir les dérogations au repos dominical ». Luc Chatel, le secrétaire d’Etat chargé de la consommation, membre du « G7 » des ministres régulièrement réunis autour du président de la République, s’en félicitait par anticipation dans Libération du 10 novembre : « Un compromis a été trouvé, c’est un pas important et Nicolas Sarkozy y tient », indiquait M. Chatel. Enfin, le secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement, Roger Karoutchi, laissait entendre, mercredi, que le texte pourrait être examiné « courant décembre » à l’Assemblée, tout en reconnaissant qu’il ne pourrait pas être définitivement adopté avant la fin de l’année. Si le chef de l’Etat semble déterminé à passer outre les résistances de sa majorité, ses arguments sont loin de faire l’unanimité. « Un jour de croissance en plus » ? Pour la plupart des experts économiques, l’ouverture des commerces le dimanche n’entraînerait qu’un déplacement de l’activité commerciale. Les achats effectués ce jour-là ne le seraient plus en semaine et les grandes chaînes ou les magasins de grande taille pouvant rester ouverts sept jours sur sept en seraient les seuls bénéficiaires, au détriment des commerces de proximité. « Plus de pouvoir d’achat » ? Le gain pour les consommateurs est loin d’être assuré. Quant aux salariés, l’extension du travail dominical risque de se traduire par

Pour beaucoup d’élus de la majorité, l’ouverture le dimanche n’est pas une priorité. Ici, au Conforama de Vitry-sur-Seine. V. DEBANNE POUR « LE MONDE »

de nouvelles contraintes, rendant illusoire la liberté de choix. Pour le directeur du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), Robert Rochefort, « aucun économiste ne peut dire qu’on a besoin d’ouvrir partout le dimanche ». Il admet cependant que le doublement de la rémunération, dans ce cas, serait « une façon de ne pas banaliser le travail dominical ». La question ne se pose cependant pas qu’en termes de pouvoir d’achat. C’est aussi celui du choix de vie, de la possibilité de consacrer son temps libre à autre chose que la consommation. a Patrick Roger

LES DIMANCHES EN EUROPE Allemagne. Fermeture obligatoire, sauf pour les boulangeries, pharmacies, boutiques de gares et d’aéroports. Sont autorisées quatre ouvertures par an pour les fêtes, foires… Belgique. La loi n’impose pas la fermeture mais prévoit un repos de 24 heures. L’ouverture des commerces de détail est autorisée jusqu’à 12 heures. 40 dimanches par an, les magasins d’ameublement et de jardinage sont autorisés à ouvrir. Espagne. La législation est fixée par les régions autonomes. Avec une ouverture autorisée d’au moins douze dimanches

L’UMP propose un doublement du salaire le dimanche

Dans la Vienne, syndicats et patrons font front commun ENVOYÉ SPÉCIAL POITIERS

« Notre gros souci, c’est le travail le dimanche. » Un peu rougissante, Brigitte s’est lancée la première. Exprimant ainsi la principale préoccupation de la vingtaine de salariés du commerce, militants et élus Force ouvrière (FO), venus accueillir, ce vendredi 7 novembre, leur secrétaire général, Jean-Claude Mailly, au Géant Casino de Poitiers. « Pas question de laisser faire, on va démarrer une campagne auprès des députés, d’autant qu’ils ne sont pas tous d’accord à l’UMP », répond ce dernier. « C’est stupide comme réponse à la crise, et derrière cette proposition gouvernementale, il s’agit de banaliser cette journée, pas seulement dans le commerce mais aussi dans les services, et de payer le dimanche comme les autres jours », affirme M. Mailly, qui sillonne le pays à l’occasion de la campagne pour les élections prud’homales mercredi 3 décembre.

Dans ce département de la Vienne, la réforme envisagée par le gouvernement fait d’autant plus parler qu’employeurs et syndicats s’étaient mis d’accord pour limiter à deux par an les dimanches travaillés. « On a un allié de poids avec la chambre de commerce et d’industrie », se réjouit Alain Barreau, le représentant local de FO. Invité avec les salariés à la cafétéria, le directeur du Géant Casino, Philippe Vila, confirme : « Nous n’avons pas besoin d’ouvrir le dimanche, il n’y a pas de demande. » « Mort du petit commerce » Une heure plus tard, Jean-Claude Mailly a rendez-vous avec le président de la CCI, Jean-Bernard Lasalle. Ce responsable patronal raconte comment il veille lui-même à la stricte application de l’accord en n’hésitant pas à décrocher son téléphone pour rappeler à l’ordre les gérants de magasin. « J’ai négocié en 2003 un accord sur le travail le dimanche

et, quand il y a un problème, j’appelle et j’arrive à faire fermer les magasins en les convainquant que le porte-monnaie des consommateurs n’est pas extensible », explique M. Lasalle. Adhérent du Medef, il est pourtant en désaccord avec sa présidente, Laurence Parisot, favorable au travail le dimanche. « Je ferai tout le nécessaire pour me battre, parce que, dans quelque temps, ce sera la mort du petit commerce », explique-t-il. Jean-Claude Mailly n’en demandait pas tant. Après un déjeuner pris avec les militants, le numéro un de FO développe l’argumentaire devant quelque 150 personnes. Dans la salle des fêtes de Buxerolles, M. Mailly enfonce le clou sur le travail le dimanche et le « travailler plus » prôné par le chef de l’Etat. « Il est anormal que quand des enseignes ne respectent pas la loi, lance-t-il, le gouvernement, au lieu de les sanctionner, décide qu’il faut, en changeant la loi, rendre légal ce qui était illégal. » Le responsable syndical brocarde

ou jours fériés par an. La règle ne s’applique pas aux magasins de moins de 500 m2. Grande-Bretagne. Aucune restriction prévue, mais seuls les magasins d’une surface inférieure à 280 m2 peuvent ouvrir librement. Italie. Fermeture obligatoire sous peine d’amende, mais exceptions pour certains types de magasins (alimentation, tourisme). Autorisations pour huit dimanches dans l’année et ceux de décembre. Suède. Aucune restriction.

l’incohérence du gouvernement, de Xavier Bertrand, rebaptisé le « ministre du travail-le-dimanche », et de Xavier Darcos, surnommé le « ministre Pampers » – depuis que celui-ci a déclaré que les enseignants en maternelle changeaient les couches. « On supprime l’école le samedi matin pour que les enfants puissent rester avec leurs parents, et on envoie les salariés travailler le dimanche, où est la logique ? », s’interroge JeanClaude Mailly. Prud’homales obligent, le secrétaire général de FO attaque violemment l’accord sur la représentativité soutenu par la CGT, la CFDT, le Medef et la CGPME. « Nous, globalement, on n’a pas peur. Même si on souffrira dans certaines entreprises comme tous les autres syndicats », déclare-t-il. A 17 heures, M. Mailly, avant le « dernier verre » avec les militants, s’engouffre dans la grosse berline qui le ramène à Paris. a Rémi Barroux

L’UMP propose de libéraliser le travail le dimanche sur la base unique du volontariat, avec une majoration de salaire de 100 %. Cette mesure figure parmi les trente « pistes de réflexion » retenues par le parti majoritaire à l’issue des « ateliers du changement » organisés autour d’experts pour réfléchir à la refonte du capitalisme. L’UMP estime que « la liberté de travailler le dimanche est synonyme de dynamisme économique, notamment dans les zones touristiques ou d’attractivité commerciale et donc d’emploi et de pouvoir d’achat ». Elle souligne que deux Français sur trois sont favorables au travail dominical. Robert Rochefort, directeur du Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), qui participait à ces ateliers, considère que la majoration du salaire dominical à 100 % empêcherait la « banalisation » du travail le dimanche. Joseph Thouvenel, de la CFTC, a pour sa part précisé qu’il restait défavorable à cette proposition.

FISCALITÉ L’UMP VOTE L’AMENDEMENT EN COMMISSION DES FINANCES, LE PS S’ABSTIENT

Les modalités du plafonnement des niches fiscales font débat L’OBSTINATION des députés a payé : un amendement parlementaire au projet de loi de finances, présenté par l’UMP Gilles Carrez, va instituer un plafonnement global des niches fiscales. Adopté mercredi 12 novembre en commission des finances par la droite, ce texte du rapporteur général du budget limite à 25 000 euros plus 10 % du revenu le bénéfice global des niches. Soutenu par le gouvernement, il doit être examiné, lundi 17, en séance. Six mois après les travaux de la mission d’information transpartisane, qui avait réclamé, au nom de l’équité, le plafonnement global des dépenses fiscales (déductions, réductions, allégements fiscaux…) dontbénéficientcertainscontribuables, les parlementaires ont obtenu – partiellement – satisfaction. Les socialistes se sont toutefois abste-

nus. « L’amendement Carrez est un progrès,mais le dispositifchoisicontinuerad’êtreinopérantpourlescontribuables les plus aisés », a fait valoir le président PS de la commission des finances. Didier Migaud rejette l’idée d’un seuil exprimé en pourcentage du revenu, qui joue contre la progressivité de l’impôt sur le revenu (IR). Selon ses calculs, un célibataire déclarant 100 000 euros de revenu imposable pourrait encore voir son impôt annulé avec le nouveau dispositif, alors qu’à ce niveau l’impôt peut atteindre 28 000 euros au maximum. « Choisies » ou « subies » Le plafonnement global s’appliquera aux niches « choisies » par le contribuable (emplois à domicile, investissements outre-mer…) par opposition aux niches « subies » (quotient familial…). Il inclura le

crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt immobilier voté en août 2007. M. Carrez a en outre convaincu le gouvernement de revoir le plafonnement de niches quinel’étaientpasencore.Laréduction d’impôt sur les investissements outre-mer sera plafonnée à 40 000 euros net de rétrocession ou 15 % du revenu brut imposable. Pour le dispositif Malraux, le taux de réduction sera de 35 % dans les secteurs sauvegardés et de 25 % dans les zones protégées, dans la limite de 100 000 euros de travaux. Un nouveau dispositif est prévu pour les loueurs en meublé professionnels. Ils bénéficieront d’une réduction d’impôt de 5 % quand les biens loués remplissent un service d’intérêt général (résidences étudiantes, maisons de retraite…) La transformation de mesures d’assiette en réductions d’impôt

rendplussimple lecalcul du plafonnement global. Les députés espèrent ainsi échapper à la réédition des critiques formulées en 2005 par le Conseil constitutionnel sur l’illisibilitéduplafonnementenvisagé à l’époque. Il permet en outre, selon M. Carrez, de résoudre le problème de justice soulevé par M. Migaud. Celui-ci avait fait valoir que le bouclier fiscal appliqué à un revenu de référence minoré par le recours aux niches, entraînait un double avantage fiscal pour les contribuables les plus riches. Le président de la commission des finances du Sénat, le centriste Jean Arthuis, a par ailleurs annoncé lacréationd’unemissiond’information sur le bouclier fiscal. Comme l’UMP Philippe Marini, il souhaite supprimer ce bouclier ainsi que l’ISF. a Claire Guélaud

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GAUCHE ÉLECTIONS EUROPÉENNES

M. Mélenchon prépare un « front de gauche » avec le PCF CINQ JOURS après avoir démissionné du PS, Jean-Luc Mélenchon a officiellement lancé, mercredi 12 novembre, son « Parti de gauche ». Il prend pour modèle le parti allemand d’Oskar Lafontaine, Die Linke, qui est parvenu à concurrencer le parti social démocrate, le SPD. Le nom de sa nouvelle formation est censé afficher la couleur. « Quand on dit “de gauche”, on dit l’essentiel », assure le sénateur de l’Essonne. Il entend ainsi attirer tous les « sans-parti », « ceux qui ont quitté leur formation », à commencer par les déçus du PS après le vote des adhérents qui ont porté la motion de Ségolène Royal en tête. C’est tout particulièrement aux militants de la gauche du parti que M. Mélenchon adresse un appel pressant : « N’allez pas vous discréditer dans des fronts sans principe où vous abandonneriez les vôtres. » A ses yeux, Mme Royal a déjà gagné le congrès et « les dés sont jetés ». « Il n’y a plus rien à attendre d’un parti de centre gauche », insiste-t-il. « Bouffée d’oxygène » Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez, député du Nord (désormais inscrit au groupe Gauche démocrate et républicaine), ont renouvelé leur appel en direction du PCF, du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et des Verts opposés au traité de Lisbonne, pour constituer un « front de gauche » en vue des élections européennes de juin 2009. Le PCF s’est empressé de se « réjouir » de l’initiative, soulignant qu’il avait fait, le premier, la même proposition de listes communes, assortie d’un rendez-vous

le 18 novembre. « L’offre de Mélenchon est une bouffée d’oxygène à gauche. Il faut constituer le front le plus large possible. Mais ce n’est pas pour faire un parti ensemble », a précisé Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF. A un mois du congrès du PCF, la proposition de M. Mélenchon a en effet relancé, en interne, le débat sur le devenir du parti et son engagement ou non dans « une nouvelle force politique ». M. Mélenchon et ses nouveaux amis– dont Eric Coquerel, du Mouvement pour une alternative républicaine et sociale, et Claude Debons, ancien coordinateur des collectifs anti-libéraux – veulent d’abord marquer leur terrain. Le congrès fondateur du Parti de gauche est prévu début février 2009, juste après celui du PCF et du NPA. Il s’agit de constituer une identité « républicaine, sans concession avec la droite, et qui a vocation à gouverner ». Dans sa présentation, le sénateur a encore précisé : « Nous ne voulons pas faire un PS-bis mais un parti qui se réclame de l’internationalisme et de l’écologie. » « Ce n’est un supplément d’âme », a-t-il assuré. Comme pour conjurer le sort d’un parti au profil trop exclusivement républicain qui finirait comme celui de Jean-Pierre Chevènement. Le sénateur de l’Essonne espère élargir son projet à la mouvance du non de gauche à la Constitution européenne, qu’il s’agisse des Verts de gauche et ou des communistes. Pour l’heure, il s’agit de s’affirmer. Un meeting de lancement se tiendra le 29 novembre, avec Oskar Lafontaine en invité d’honneur. a Sylvia Zappi

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A la veille du congrès, Ségolène Royal est prête à assumer l’épreuve de force La présidente de la région Poitou-Charentes tend encore la main à ses rivaux mais prévient : les militants auront le dernier mot égolène Royal ne dissimule plus « l’envie » que lui inspire l’idée de diriger le parti socialiste. Pour autant, l’ancienne candidate à l’élection présidentielle s’est s’exprimée mercredi 12 novembre sur TF1 moins pour mettre en exergue sa « légitimité » que pour signifier sa détermination à mener bataille. Face à des adversaires qui campent sur leurs positions, Mme Royal n’exclut pas d’en appeler directement aux militants pour amener ses adversaires à composer avec sa motion, arrivée en tête du vote des militants avec 29,5 % des voix. Convaincue qu’il « n’y aura pas de clash » Ségolène Royal considère que « l’absence de majorité arithmétique à Reims ne serait pas un drame ». En cas de blocage du congrès – qui prendra fin dimanche 16 novembre – elle compte sur l’élection du premier secrétaire par les militants, prévue le 20 novembre, pour trancher. Ce scrutin, auquel Mme Royal compte bien être candidate, « redonnera un souffle » au PS. Celui ou celle qui l’emportera pourrait alors « reconstruire une majorité » à l’occasion de lapremière réunion du conseil national, le 22 novembre a-t-elle assuré lors d’une rencontre avec la presse. En évoquant un tel scénario, Ségolène Royal – qui ne croit pas à

S

Ségolène Royal, mercredi 12 novembre sur TF1. CHRISTOPHE ENA/AFP une opération « Tout sauf Ségolène » au profit de Martine Aubry ou Benoit Hamon – signifie néanmoins qu’elle est prête à aller jusqu’à l’épreuve de force. Une façon de resserrer les rangs de ses troupes (Jean-Noël Guérini, homme fort de la fédération des Bouchesdu-Rhône, désapprouve sa décision de partir à l’assaut de la Rue de Solférino). Et de placer ses adversaires au pied du mur. La présidente de la région Poitou-Charentes a également rendu publiques trois lettres adressées à Bertrand Delanoë, Martine Aubry et Benoît Hamon. Ces missives

sont notamment destinées à « lever une nouvelle fois toute ambiguïté » sur sa stratégie d’alliances du PS. « Il faut arrêter de faire un procès d’intention à propos du MoDem », a-t-elle prévenu Pas inactifs De leur côté, les représentants des autres motions ne restent pas inactifs. Mercredi, Michel Sapin, proche du premier secrétaire et allié à M. Delanoë, a jugé qu’une candidature de Mme Royal serait « une candidature d’affrontement ». Selon M. Sapin, un ralliement des « hollandais » n’est envi-

sageable que si l’ex-candidate se désiste en faveur de Vincent Peillon, l’un de ses proches. Mme Aubry a vu M. Hamon – toujours candidat au poste de premier secrétaire – pour une rencontre « plutôt positive » puis M. Delanoë pour un échange moins fructueux. Ayant virtuellement renoncé à diriger le PS, le maire de Paris ne paraît guère disposé à se mettre au service de la maire de Lille. Certains de ses proches sont allés jusqu’à évoquer, sans trop y croire, une candidature de Harlem Désir, son bras droit, au poste de premier secrétaire. a Jean-Michel Normand

L’inconstance des dirigeants du PS, symptôme d’un parti sans boussole

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Congrès de Reims 14, 15, 16 novembre

IL EN A PARCOURU du chemin, Pierre Moscovici. Depuis le printemps, cet ancien disciple de Lionel Jospin devenu strauss-kahnien s’est rangé parmi les « reconstructeurs » proches de Martine Aubry, puis auprès des « grands barons » de la Ligne claire avant d’opter, finalement, pour Bertrand Delanoë. Au PS, ce genre d’itinéraire sinueux n’a rien d’exceptionnel. Que le socialiste qui n’a jamais changé de courant ou d’alliance jette la première pierre… Les changements de pied d’Arnaud Montebourg, aujourd’hui allié de Mme Aubry, donnent le tournis. Julien Dray n’a cessé d’osciller entre Ségolène Royal et François Hollande, tandis que Benoît Hamon, qui fut rocardien puis proche de Mme Aubry, était, il n’y a pas si longtemps, l’un des meilleurs alliés de l’actuel premier secrétaire. Cette instabilité qui alimente le procès en inconstance, voire en opportunisme, intenté aux dirigeants du PS, est symptomatique d’un parti privé de boussole. Ces dernières semaines, l’aggravation de la crise économique a fait brutalement glisser le centre de gravité du PS de la recherche d’un modernisme réformiste à un discours axé sur la nécessité de « changer le système ». « Le PS RÉMUNÉRATIONS

La garantie de pouvoir d’achat pour 130 000 fonctionnaires Un peu plus de 130 000 fonctionnaires de l’Etat, sur 2,5 millions, devraient bénéficier en 2008 de la garantie individuelle de pouvoir d’achat prévue par les textes. Tout comme 46 000 personnels des hôpitaux et près de 20 000 salariés sous statut de La Poste et de France Télécom. Ce mécanisme prévoit une prime de rattrapage

n’est pas sûr de lui-même et de ce qu’il pense. Il est trop soumis à l’air du temps », regrette M. Hollande. Privé de l’ancrage historique des grands partis sociauxdémocrates européens issus du mouvement syndical, le Parti socialiste a souvent compensé ce manque par la radicalisation de son discours. Déphasage A l’écart des débats qui traversent la gauche européenne, ce parti qui semble parfois « hors sol », malgré son exceptionnel réseau d’élus, n’est pas parvenu à se mettre durablement en phase avec l’évolution de la société. Au cours des dernières années, le PS n’a pas senti monter l’aspiration à réhabiliter la « valeur travail ». Il a confondu montée de l’individualisme et reconnaissance de l’individu, sous-estimé l’impact de la mondialisation et négligé l’importance du rapport à la nation. Un déphasage que l’on peut aussi imputer à la perte de contact avec les corps intermédiaires – syndicats, mouvements associatifs – et les intellectuels. Ayant préféré le confort des synthèses à la confrontation des idées, le PS a vu se déliter les grands courants – réduits, le plus souvent, à des écuries présidentielles – qui structuraient jusqu’alors ses débats internes. Depuis l’éclatement du Nouveau Parti socialiste (NPS) au congrès du Mans, en 2005, l’aile gauche lorsque les augmentations indiciaires sont inférieures à l’inflation durant la période 2003-2007. Ces primes se montent à un peu plus de 1 000 euros en moyenne pour la catégorie A (cadres) et de 588 euros pour la B. COLLECTIVITÉS LOCALES

Vers un renforcement de la loi sur le cumul des mandats Alain Marleix, le secrétaire d’Etat à l’intérieur et aux collecti-

du parti n’a cessé de se fragmenter, et n’est pas parvenue à offrir un débouché politique fédérateur aux partisans du « non » au référendum de 2005 sur le projet de Constitution européenne. Les familles issues du mitterrandisme végètent – c’est le cas des fabiusiens – ou déclinent, à l’image des jospinistes, éprouvés par l’échec de M. Delanoë. Le courant strauss-kahnien, boîte à idées du PS des années 2000, a éclaté dès la nomination de « DSK » à la tête du FMI. A la veille du congrès de Reims, les trois principales motions en lice – toutes issues de l’ancienne majorité – ressemblent à des édifices plus ou moins stables composés de multiples sensibilités cimentées par la présence de grosses fédérations. Ces dernières représentent aujourd’hui les principaux points d’ancrage à l’intérieur d’un parti qui peine à faire émerger de réels clivages, comme le suggère la lecture des motions soumises au vote des militants. L’un des enjeux du congrès de Reims sera de contribuer à lancer les débats – sur le fonctionnement du parti, la réforme de l’Etatprovidence, la fiscalité, les choix énergétiques, la définanciarisation de l’économie, l’immigration ou le rééquilibrage du partage de la valeur ajoutée – que le PS a trop longtemps retardés. C’est sans doute le meilleur moyen de retrouver une boussole. a J.-M.N.

vités territoriales, a proposé, jeudi 13 novembre sur RMC, que l’interdiction du cumul de deux mandats soit étendue à la présidence des communautés de communes totalisant plus de 50 000 habitants. Cette proposition devrait figurer dans le projet de loi sur la modernisation des collectivités locales qui, après avis de la commission Balladur, devrait être présenté au premier semestre 2009.


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L’enfouissement de la RN 13 à Neuilly-sur-Seine divise les « héritiers » de Nicolas Sarkozy Le maire (div. d.) de Neuilly, Jean-Christophe Fromantin, s’oppose au chantier pharaonique envisagé par Nicolas Sarkozy et défendu par le fils cadet du président e n’est plus seulement une querelle de clochers pour les élus de Neuillysur-Seine ; c’est désormais une affaire d’Etat. Jeudi 13 novembre, le préfet d’Ile-de-France, Daniel Canepa, a présenté plusieurs scénarios d’« enfouissement » de l’avenue Charles-de-Gaulle qui relie la Porte Maillot au quartier d’affaires de La Défense. Un chantier que Nicolas Sarkozy – maire de Neuilly de 1983 à 2002 – n’a cessé de vouloir entreprendre. Le préfet a installé un comité de pilotage qui devra proposer, mi-2009, un schéma pouvant servir de base à l’éventuel démarrage des travaux. Longue d’1,4 km, la RN 13 est empruntée chaque jour par 170 000 véhicules (soit presque autant que le périphérique) qui traversent Neuilly en provoquant des nuisances pour les riverains. Considérée comme un chantier pharao-

C

nique, l’idée de percer un tunnel de deux fois trois voies sous la RN 13 divise les « héritiers » du chef de l’Etat. Son fils cadet, Jean Sarkozy, élu en mars 2008 conseiller général du canton sud de Neuilly, milite activement pour cette option. Le nouveau maire (div. d.) de Neuilly, Jean-Christophe Fromantin, rejette l’idée d’enfouir totalement cette autoroute urbaine. Ainsi que la construction de tours à Neuilly, perspective privilégiée par le chef de l’Etat et défendue par son fils pour financer l’opération, via la vente de terrains à des promoteurs. « Regardez Manhattan ! » « C’est très beau les tours ! Regardez Manhattan ! », s’était emporté le président de la République, en juillet, lors d’une réunion au théâtre de Neuilly en présence de son fils et de M. Fromantin. « Ce soir-là, je m’en suis pris plein la figure », se souvient le maire de Neuilly. Ce dernier propose désormais une solution mixte : un petit tunnel, avec maintien d’un trafic en surface. Selon le maire, de grandes entreprises pourraient accepter de s’y installer et de financer le projet. Dans l’esprit de M. Fromantin, la RN 13

PRISON JAWAD ZAOUIYA, 19 ANS, MORT EN 1996

Le « service public » pénitentiaire en cause devant le Conseil d’Etat L’ADMINISTRATION pénitentiaire a fauté et elle doit être condamnée. C’est ce qu’a estimé, mercredi 12 novembre, la commissaire du gouvernement, Isabelle de Silva, chargée de dire le droit devant le Conseil d’Etat, dans un dossier portant sur la mort d’un jeune homme en prison. Le 2 février 2006, la cour administrative d’appel de Versailles avait condamné l’Etat à verser une indemnité de 15 000 euros aux parents de Jawad Zaouiya, en réparation du préjudice subi pour le décès de leur fils. Mais le garde des sceaux, Pascal Clément, avait demandé l’annulation de cette condamnation. Mme de Silva a recommandé au Conseil d'Etat de la confirmer. Selon elle, un « cumul de fautes » a empêché de sauver Jawad Zaouiya, mort asphyxié à l’âge de 19 ans, le 23 juillet 1996, dans l’incendie de la cellule qu’il occupait avec deux autres détenus à la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy (Yvelines). Sans ces fautes, Jawad Zaouiya aurait eu des chances de survivre : « L’argumentation du ministre de la justice ne nous a pas convaincus », a conclu la commissaire du gouvernement. Jawad Zaouiya avait été placé en RÉFÉRENCES Jurisprudence. Au cours des trente dernières années, le Conseil d’Etat a plusieurs fois reconnu la faute de l’Etat dans la mort de détenus. Dans la même période, sous l’influence de la Cour européenne des droits de l’homme, la mise en cause de cette responsabilité a été rendue plus facile. La jurisprudence a remplacé la « faute d’une exceptionnelle gravité » par la « faute lourde », puis par la « faute simple » : l’administration peut être condamnée pour une série de négligences. 26 mai 1978. Arrêt Wachter. La faute lourde de l’Etat est reconnue pour un décès dans un incendie de cellule à la maison d’arrêt de Metz. 23 mai 2003. Arrêt Chabbah. Responsabilité de l’Etat pour une succession de fautes dans le suicide d’un détenu, à qui son mandat de dépôt n’avait pas été notifié, à la prison de Nanterre. 9 juillet 2007. Arrêt Delorme. Suicide d’un mineur placé en cellule individuelle sans accompagnement après sa condamnation, à Angoulême. Faute reconnue pour défaut de vigilance.

détention provisoire à la suite d’incidents avec la police dans la cité du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie le 8 juillet 1996. En pleine nuit, l’un de ses codétenus, qui réclamait son transfert dans une autre cellule, avait mis le feu à son matelas. Le matériel de lutte contre l’incendie étant enfermé à clé dans un local, le surveillant de service ne disposait d’aucun moyen d’intervention rapide. Le règlement prévoit que seuls les gradés peuvent ouvrir les portes des cellules la nuit. Il n’avait fallu que quelques minutes pour joindre le chef, prendre le matériel antiincendie et accéder à la cellule. Mais il était trop tard. Jawad Zaouiya et l’auteur de l’incendie étaient déjà morts, intoxiqués par les fumées dégagées par les housses du matelas. Enchaînement de fautes Depuis douze ans, les parents de Jawad Zaouiya mènent une bataillepour établir les responsabilités de l’administration pénitentiaire. Les jeunes de moins de 21 ans doivent être placés seuls en cellule. Laprison de Bois-d’Arcy avait dérogé – avec l’accord de l’intéressé, se défend-elle – à cette obligation. Les trois garçons partageaient ainsi 9 m2 « alors que Jawad Zaouiya n’aurait pas dû se trouver dans cette cellule », a souligné la commissaire du gouvernement. Un enchaînement de fautes, chacune « démultipliant les effets des autres », est en cause, a-t-elle indiqué. L’embrasement des matelas aurait pu avoir des conséquences moins désastreuses si les cellules étaient équipées de dispositifs d’aération. Les prisons n’étant pas des « établissements ouverts au public », rien ne contraint l’administration à adopter une telle mesure. Celle-ci autorise pourtant l’utilisation de réchauds à l’intérieur des cellules. Selon Mme de Silva, l’Etat « a une mission de service public dans le fonctionnement pénitentiaire ». « La cour européenne de Strasbourg devient de plus enplus exigeante vis-à-vis de la responsabilité des Etats dans l’organisation de la vie pénitentiaire », a souligné Mme de Silva. Enfin, la commissaire du gouvernement a jugé « très faible » le montant de l’indemnité allouée aux parents Zaouiya. « Pour la perte d’une vie, cela devrait être mieux évalué », a-t-elle déclaré. Le Conseil d’Etat rendra sa décision dans une quinzaine de jours. a Yves Bordenave

pourrait ainsi devenir les Champs-Elysées de Neuilly. Le comité de pilotage, auquel participaient notamment Jean Sarkozy et M. Fromantin, n’a pas tranché, jeudi, entre les différents scénarios. Selon la Direction régionale de l’équipement (DRE), enfouir complètement la circulation dans un immense tunnel coûterait 950 millions d’euros. Creuser un souterrain moins large et maintenir une partie de la circulation sur l’avenue est évalué à 700 millions. Mais nul ne sait si cette solution moins coûteuse réglerait vraiment les nuisances de la circulation dans la ville. En attendant de nouvelles études de la DRE, la RN13 restera un terrain d’affrontement entre MM. Fromantin et Sarkozy. Il n’est pas le seul. En dépit du soutien que lui a apporté l’UMP aux élections municipales après le retrait de son candidat officiel, David Martinon, M. Fromantin a toujours refusé de faire allégeance au parti présidentiel. « Je ne regrette pas d’avoir refusé de prendre Jean Sarkozy sur ma liste, confie-t-il, bien que son père me l’ait demandé en échange de son soutien. » Du coup, M. Fromantin est devenu la cible des sarkozystes. « Il a construit son

royaume sur des cendres et se montre incapable de réconcilier les Neuilléens entre eux », assène Arnaud Teullé, élu en mars sur une liste UMP dissidente. « Nous sommes beaucoup à rêver que sa victoire ne soit qu’une parenthèse dans l’histoire de cette ville », poursuit M. Teullé, dont Jean Sarkozy a demandé récemment la réintégration au sein de l’UMP. Délégué UMP de la circonscription Neuilly-Puteaux, Jean Sarkozy se montre très présent dans la ville depuis qu’il a lancé son propre mouvement en octobre, baptisé « Génération Neuilly ». « Que ça vous plaise ou non, c’est moi le maire ! », a lancé M. Fromantin au jeune conseiller général qu’il découvrait au milieu d’une réunion avec des commerçants, le 10 octobre. « Jean Sarkozy énerve un peu. Les gens qui le voient dans les rues ou les cafés se demandent quand il travaille », assure Lili Gion, conseillère municipale et auteur d’un récit à la gloire du maire publié en octobre (L’étonnante victoire de Fromantin à Neuilly, éditions Scali). M. Fromantin, qui a créé sa propre association (« Ma vie, Ma ville ») le dédicace activement, ces temps-ci, dans les plus grosses librairies de Neuilly.a Béatrice Jérôme

JUSTICE

Christian Vanneste blanchi pour ses propos homophobes Dans un arrêt rendu mercredi 12 novembre, la Cour de cassation a annulé la condamnation pour injures homophobes du député (UMP) du Nord, Christian Vanneste. Si ses propos « ont pu heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles, leur contenu ne dépasse pas les limites de la liberté d’expression », estime-t-elle. En 2005, M. Vanneste avait déclaré que l’homosexualité était « inférieure à l’hétérosexualité » et que les comportements des homosexuels étaient « inférieurs moralement ». Caroline Mécary, l’avocate de SOS-Homophobie, a estimé que la décision de la Cour « semblait relever d’un autre âge. Les homosexuels (les) apparaissent une fois de plus comme une catégorie de « sous-hommes » que l’on pourrait injurier à loisir. » M. Vanneste a dit mercredi « regretter le mot “inférieur” ». BUDGET

Le Sénat veut supprimer l’amendement « Tapie » La commission des finances du Sénat a supprimé mercredi 12 novembre l’amendement « Tapie », voté par les députés, qui prévoyait de soumettre à l’impôt les indemnités de plus de 200 000 euros pour préjudice moral. En juillet, un tribunal arbitral a attribué 285 millions d’euros à Bernard Tapie dans le contentieux entre l’ex-homme d’affaires et le CDR, structure de cantonnement des actifs douteux du Crédit Lyonnais. – (AFP.)


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France

ÉEDUCATION

Les petites universités recalées du plan campus adoptent des stratégies de survie

Un appel d’offres suscite l’émoi des professeurs sur le Web UN APPEL d’offres pour une « veille de l’opinion », lancé par les ministères de l’éducation et de l’enseignement supérieur met en émoi le Web et les professeurs depuis plusieurs jours. A cran, les plus soupçonneux y voient une tentative de surveillance ou de fichage, quand les deux ministères plaident la « transparence » et la banalité d’un travail d’information au service de l’action publique. Daté du 15 octobre et faisant l’objet d’une annonce dans le Bulletin officiel des annonces de marchés publics (Boamp) du 4 novembre, cet appel d’offres de la délégation à la communication – commune aux deux ministères – prévoit de consacrer 100 000 euros en 2009 à la « veille de l’opinion » pour le compte du ministère de l’éducation et 120 000 euros pour celui de l’enseignement supérieur. Révélé le 7 novembre par le site Internet Fabula, le texte de l’appel d’offres a, depuis, circulé. Le cahier des charges énumère un certain nombre d’« objectifs » et parle de « repérer les leaders d’opinion », les « lanceurs d’alerte », d’« analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau », de « décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation » et d’« anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise ». « C’est comme une extension à Internet des traditionnelles revues de presse », plaide-t-on dans l’entourage du ministre de l’éducation, Xavier Darcos. La délégation à la communication confirme que « cette démarche préexistait au gouvernement actuel » et que le premier marché a été passé en 2006. « Ce n’est pas une démarche de censure et de contrôle mais une démarche d’écoute et de compréhension de l’opinion », assure la délégation. Les syndicats d’enseignants n’ont pas du tout apprécié cette initiative mais se refusent à la dramatiser. « Parler d’une volonté de fichage des militants me paraît être une surinterprétation », estime Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU. « Le ministère veut simplement anticiper pour adapter sa propagande », ajoute-t-il. Pour Luc Bérille, secrétaire général du SE-UNSA (syndicat des enseignants), « que le ministère soit attentif à l’évolution de l’opinion est une chose, mais que l’objectif annoncé (…) soit de prévenir toute remise en cause ou critique de sa politique en est une autre ». a Luc Cédelle

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Ces universités vont devoir compter sur les collectivités locales et se spécialiser. Valérie Pécresse a annoncé 400 millions d’euros de plus pour 11 établissements lles partagent la déception de ne pas faire partie des élues de l’« opération campus », qui va créer dix pôles d’excellence universitaires dotés d’un financement de 5 milliards d’euros. A côté de quelques parisiennes, les universités perdantes sont souvent des établissements plus modestes de province : ils craignent de péricliter. Valérie Pécresse a annoncé, mercredi 12 novembre, dans Les Echos, que onze d’entre elles recevraient 400 millions d’euros sur trois ans. Mais les « perdantes » ont adopté leurs propres stratégies de survie. Avec ses 10 000 étudiants, l’université de Perpignan ViaDominiaest unpetit Poucet dansle paysage universitaire. L’argent du plan campus n’aurait pasété de trop pour rénover un parc immobilier vétuste. « J’ai 3 500 m2 de bâtiments préfabriqués construits dans les années 1960 à raser et à reconstruire, et 7 000m2 àrestructurer »,expliqueJeanBenkhelil, président de l’université. Pour autant, Perpignan n’a pas postulé au plan campus. « Dès le départ, nous avons compris que le projet ministériel s’adressait aux grandes universités métropolitaines », confie M. Benkhelil. Pour trouver les 100millions nécessaires à sa réhabilitation, le campus compte sur des financements plus classiques, provenant des collectivités.

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Au Mans, des colocations en HLM pour attirer les étudiants L’université du Maine et le principal bailleur social de la ville, Le Mans Habitat, proposent depuis septembre des appartements ouverts à la colocation étudiante, dans le quartier des Sablons, relié en une demi-heure de tramway au campus. Située à 55 minutes de Paris en TGV et à moins d’1 h 30 de grandes villes universitaires comme Nantes ou Rennes, la petite université de 8 700 étudiants espère trouver des arguments pour ne pas péricliter et attirer au-delà de son vivier local. Le bailleur y voit le moyen de développer la mixité sociale dans son parc. L’opération démarre avec 4 appartements d’environ 75 m2, accueillant chacun trois étudiants. Loyer (avec les aides) : 130 euros par étudiant.

« L’Etat nous a fait comprendre que son aide nepouvait arriver qu’encomplément », ajoute M. Benkhelil. L’« opération campus » a provoqué un électrochoc pour ces universités, qui vont devoir revoir leur positionnement. « Nous pensons que nous avons notre place à côté des universités de Montpellier, à condition de cultiver nos points forts », conclut le président de Perpignan. L’établissement veut recentrer son offre de formation et sa recherche autour de spécialités comme l’énergie solaire et l’environnement marin. Elle espère aussi profiter de son appartenance au réseau Vives, une association de vingt établissements universitaires de la Catalogne, des îles Baléares, d’Andorre et du sud de la France. Coincée entre Lille et Paris, l’université de Picardie Jules-Verne, établissement de taille moyenne, est, elle aussi, en pleine réflexion.Pour sonprésident, Georges Faure, elle est « d’utilité publique, car elle permet à des étudiants picards de condition modeste de poursuivre des études supérieures ». Outre le campus principal, situé à Amiens, l’université a ainsi des antennes à

Beauvais, Creil, Saint-Quentin, Soissons et Laon. Mais, pour tirer son épingle du jeu, elle fait des appels du pied à ses voisins, notamment l’université de Reims, et les IUT de Compiègne ou de Troyes. « Nous avons des similitudes avec l’université de Reims, et, déjà, des formations en commun. Notre survie passe par la complémentarité. Nous ne pourrons plus nous permettre d’avoir des formations à effectif faible, en double », poursuit M. Faure. Boucler le budget En lettres classiques, par exemple, une trentaine d’étudiants seulement font du grec à Amiens. A Reims, ils sont une cinquantaine. L’université réfléchit à répartir les étudiants en licence dans une université, et ceux en master dans l’autre. Malgré tous leurs projets, ces pôles de second rang savent que leur avenir sera difficile. « Notre situation immobilière nous plombe, analyse le président de Perpignan. Surun budget de18 millions d’euros hors personnel, la moitié part en dépenses de fonctionnement. » Résultat : des aménagements sont en plan et, chaque année, l’université a

du mal à boucler son budget. « L’opération campus était une occasion de restructurer nos implantations pour pouvoir bâtir un campus des sciences en centre-ville, explique Georges Faure, à Amiens. Nous avions besoin de 80 millions d’euros, il va falloir les trouver par un autre moyen. Les collectivités locales noussoutiennent déjàbeaucoup, je ne sais pas si elles pourront nous financer davantage. » Arrivées onzièmes alors qu’il n’y avait que dix places, les universités lilloises (Lille-1, Lille-2, Lille-3) ont elles aussi vu les milliards du plan campus s’envoler. Leur dossier s’était vu toutefois attribuer la mention « campus prometteur », qui méritait selonMme Pécresse,un soutien de l’Etat. Depuis des semaines, les trois présidents et le représentant de la région NordPas-de-Calais se mobilisaient pour faire valoir cette distinction. Des parlementaires de droite et de gauche ont été reçus par la ministre. Ils ont présenté un nouveau projet. La région Nord-Pas-de-Calais s’est dite prête à le financer à hauteur d’1 euro pour 1 euro mis par l’Etat. A ces conditions, la mobilisation a payé. a Catherine Rollot

SABOTAGES LES GARDES À VUE DES DIX INTERPELLÉS ONT ÉTÉ PROLONGÉES

Le rendez-vous des jeunes diplômés et des entreprises qui recrutent

Un sondage EXCLUSIF réalisé pour et : “ les personnalités préférées des jeunes cadres ” Vous souhaitez recevoir gratuitement

(édition hiver 2008) Faites votre demande par mail à l’adresse suivante : campus@mondepub.fr en précisant vos nom, prénom et adresse postale complète.

Deux villages corréziens dans la mire des enquêteurs LA FERME dite Le Goutailloux, à Tarnac, en Corrèze, où se trouvaient six des dix personnes interpellées dans le cadre de l’enquête sur les actes de malveillance commis contre la SNCF, n’était pas inconnue de la police. Située sur le plateau des Millevaches, cette ferme avait été enregistrée en Société civile immobilière le 18 mars 2005, avec un capital de 2 000 euros, par Benjamin Rosoux. Né à Seraing, en Belgique, mais de nationalité française, cet homme de 30 ans, fils d’un médecin, aurait milité à la Fédération des jeunes écologistes européens. Pour les enquêteurs, c’est aujourd’hui l’un des membres actifs du groupe Coupat – du nom du chef de file de jeunes autono-

mes soupçonnés d’avoir saboté des voies SNCF le 26 octobre et le 8 novembre. La police s’intéresse aussi à un autre lieu-dit, dans le petit village tout proche de Viam, où certains résidaient. Dans cette « communauté » figurent quatre femmes, Yldune L., présentée comme la compagne de Julien Coupat, Gabrielle H., Elsa H. et Manon G., ainsi que deux autres hommes, Mathieu B. et Bertrand D. La plupart sont âgés d’une vingtaine d’années. Tous étaient surveillés depuis plusieurs mois. Selon un policier, il s’agit d’un noyau homogène, qui avait adopté une attitude de groupe clandestin, se méfiant de tout, préférant les cabines téléphoniques plutôt que les porta-

FAITS DIVERS

Un jeune homme abattu dans le 19e à Paris

Un étudiant poignardé par un déséquilibré à Grenoble

Un jeune homme connu des services de police a été la cible de coups de feu, mercredi 12 novembre, dans le 19e arrondissement de Paris. Il était au volant de sa voiture au niveau du métro Crimée, vers 19 heures, lorsque deux hommes circulant sur un scooter ont ouvert le feu sur lui. Les enquêteurs privilégient la piste du règlement de comptes, dans un arrondissement qui a connu de nombreux incidents depuis le début de l’été (Le Monde du 20 septembre).

Un étudiant âgé de 26 ans est mort, dans la soirée du mercredi 12 novembre, quelques heures après avoir été poignardé à Grenoble par un homme qui s’était échappé d’un hôpital psychiatrique. Auteur de trois agressions du même type, l’homme, âgé de 56 ans, a fugué alors qu’il effectuait une promenade dans la cour de l’hôpital de Saint-Égrève (Isère). Il y avait été placé d’office et il y bénéficiait d’un accès libre au parc de l’établissement. – (AFP.)

bles. Quasiment une fois par mois, ils se seraient réunis avec des jeunes grecs, allemands, italiens et anglais, lors de rencontres « de nature conspirative ». L’une d’entre elles se serait tenue cette année sur le territoire français, à Metz. Julien Coupat et sa compagne avaient été signalés à la police française par le FBI après qu’ils se sont soustraits à un contrôle d’identité à la frontière canadienne en 2007, déclenchant l’ouverture d’une enquête préliminaire. Ils auraient participé à une manifestation contre un centre de recrutement de l’armée à New York. Voilà pour la partie renseignement, antérieure aux interpellations. Mais la justice doit aujourd’hui faire la démonstration de la

responsabilité individuelle de chacun dans les actions contre la SNCF. Ce qui ne sera peut-être pas chose aisée. Pour l’heure, les membres du groupe se sont montrés peu diserts lors des auditions. Reste les perquisitions. Au Goutailloux, la police a saisi un arsenal hétéroclite : gilets pare-balles, pinces de forge, fumigène SNCF, matériel d’escalade, horaires de train, instructions pour cocktails Molotov et tracts appelant à manifester à Vichy, lors de la réunion des ministres européens de l’intégration, le 3 novembre. Ils ont également trouvé des tubes métalliques de 2,2 mètres à Paris. Toutes les gardes à vue ont à nouveau été prolongées jeudi 13 novembre. a Isabelle Mandraud

En direct du 123 sur France Info du lundi au vendredi à 22 h 47 la rédaction du Monde décrypte l'actualité

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Economie & Entreprises

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Finance L’argent public sera utilisé pour injecter du capital et plus pour racheter les actifs toxiques

Pour sauver les banques, le Trésor américain fait volte-face NEW YORK CORRESPONDANT

e secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson, a pris, mercredi 12 novembre, un tournant majeur dans la manière dont le plan de sauvetage du système financier américain, dit TARP, sera géré. Contrairement à sa logique originelle – rapatrier dans les caisses de l’Etat des titres « pourris » détenus par les banques – les 700 milliards de dollars (560 milliards d’euros) de ce plan serviront à leur injecter directement des liquidités (en acquérant des actions préférentielles), à l’exemple de ce qui a été décidé au Royaume-Uni. Objectif : leur donner les moyens de faciliter l’accès au crédit, qui ne se desserre toujours pas, accentuant la chute de la consommation et de l’investissement. « En période de ralentissement, même les banques les plus saines tendent à devenir plus prudentes et à restreindre leurs prêts », a conclu M. Paulson, avant d’admettre que sa méthode initiale « n’était pas la plus efficace ». L’Etat américain se donne tous les moyens d’amener les banquiers à assumer ce que M. Paulson considère être leur « responsabilité économique ». Au-delà d’un effort accru pour limiter les saisies d’appartements des emprunteurs immobiliers aujourd’hui insolvables en négociant un refinancement de leur prêt, le Trésor « évalue » la possibilité que le TARP soit aussi accessible à « des institutions financières non bancaires » (les sociétés de crédit à la consommation), pour que d’autres populations bénéficient d’un assouplissement du crédit : le ministre a cité les étudiants (qui empruntent pour financer les coûts d’inscription élevés à l’université) et les acheteurs de véhicules. Le 9 octobre, cinq jours avant son obtention du prix Nobel, l’économiste Paul Krugman publiait dans le New York Times un article intitulé « La bonne décision ». Il y félicitait le premier ministre britannique Gordon Brown, qui avait pris l’option de l’investissement public dans

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les banques, « montrant la voie ». C’est précisément ce dont M. Paulson ne voulait originellement pas. Mi-octobre, le Trésor s’était déjà résolu à injecter 250 milliards de dollars dans le capital des banques. Cette fois, le virage est complet. Vives critiques M. Paulson est vivement critiqué pour avoir décidé avec retard ce que nombre d’économistes, pas uniquement démocrates, l’appelaient à faire depuis des semaines. Surtout, il ne veut rien entendre d’un plan public répondant à l’urgence nouvelle : l’emploi. Les économistes de Goldman Sachs et JP Morgan Chase estiment que le chômage devrait atteindre rapidement 7,5 % (il se situe actuellement à 6,5 %, son taux était de 4 % il y a dix-huit mois). Ce mercredi, le même M. Krugman conclut sa chronique sur la nécessité, en plus du programme de stabilisation financière, d’un nouveau plan de relance gouvernemental, après celui de 153 milliards de dollars, adopté en mars par l’adminis-

tration Bush. Ce plan « devrait atteindre au moins 600 milliards de dollars », écrit-il. Telle n’est pas la vision de M. Paulson, qui, mercredi, a dit rester « confiant » dans la capacité du seul TARP réaménagé à relancer l’économie. Il a aussi récusé toute intervention publique pour renflouer les constructeurs automobiles. Le plus important, General Motors, est au bord de la ces-

sation de paiement. Leur situation « n’est pas la faute du président des Etats-Unis (…) Espérons qu’ils trouveront le moyen de survivre », a expliqué la porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino. Le président élu, Barack Obama, et les responsables démocrates sont restés très discrets après le tournant pris par M. Paulson. Mardi, la présidente de la Chambre,

Nancy Pelosi, avait appelé la présidence à débloquer une aide urgente pour cette industrie. Et M. Obama avait, vendredi, dessiné les contours d’un plan de relance auquel M. Paulson n’a fait aucune référence. Même s’ils jugent sa volte-face sur le plan financier opportune, elle leur apparaît insuffisante. a Sylvain Cypel

La nationalisation n’est pas tant de gauche que ça enry Paulson, le secrétaire américain au Trésor, a donc modifié à 180 degrés son angle d’attaque de la crise financière. Pour restaurer la capacité des banques à alimenter l’économie en liquidités, il avait choisi de leur retirer les produits toxiques qui les asphyxiaient. Il avait fait adopter par le Congrès un plan pouvant mobiliser jusqu’à 700 milliards de dollars (560 milliards d’euros) à cette fin. Le 12 novembre, il a choisi d’utiliser cet argent pour entrer dans le capital des banques en difficulté afin de leur redonner les moyens de prêter de l’argent aux entreprises et aux particuliers. Il s’est rendu aux arguments des démocrates et des Prix Nobel Joseph Stiglitz et Paul Krugman qui l’en priaient. Il a suivi le Britannique Gordon Brown, le premier à avoir eu le culot de pratiquer à grande échelle cette nationalisation partielle de

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fait. Car l’exemple de la Suède est là pour prouver qu’il s’agit de la parade la plus efficace et la plus juste. En 1992, le gouvernement – de droite – de ce pays avait choisi de garantir tous les crédits des banques en difficulté et, en contrepartie, d’entrer

Eclairage Alain Faujas dans leur capital. Moyennant 65 milliards de couronnes (10 milliards d’euros de l’époque), soit 4 % du produit intérieur brut de la Suède à l’époque, il s’est retrouvé à la tête de la majorité du secteur bancaire national qu’il a redressé en vendant à bon escient les créances douteuses. En deux ans, la rentabilité du secteur bancaire était restaurée. En dix ans, le crédit est

JUSTICE LA COMMISSION BANCAIRE POINTE DE GRAVES LACUNES DE CONTRÔLE

revenu à son niveau antérieur. Aujourd’hui, l’Etat a été remboursé en totalité. Si M. Paulson a tant tardé à adopter une thérapeutique qui peut sembler de gauche et qui ménage plus l’argent des contribuables que le cantonnement des actifs toxiques (quasiment invendables) dans une structure ad hoc, la première raison en est idéologique : nationaliser, même provisoirement, est une hérésie pour l’ancien banquier qu’est le secrétaire au Trésor. La deuxième raison est électorale : il ne fallait pas nuire au candidat républicain à la présidentielle John McCain qui ne voulait pas de cette intrusion de l’Etat honnie par son électorat. La troisième est clanique : l’ancien patron de Goldman Sachs qu’est M. Paulson se voyait mal mettre à la porte de leurs banques ses anciens collègues. La quatrième raison, c’est Pascal Lamy, le directeur général de l’Organisation mon-

diale du commerce, mais aussi ancien directeur du Crédit lyonnais, qui l’a donnée au Monde. « Il est complexe pour des gouvernements de participer à la gestion des banques, nous a-t-il déclaré, car il leur faut nommer des personnes compétentes pour en surveiller le redressement. Ces personnes leur demandent des instructions, par exemple s’il faut privilégier le compte d’exploitation ou le chiffre d’affaires, etc. Autrement dit, sauver les banques, c’est un gros travail qui requiert des gens compétents et du doigté, et ce travail est énorme pour les Etats-Unis qui ont éradiqué cette pratique depuis longtemps. » Compétences et doigté seront d’autant plus nécessaires qu’à partir du mois de janvier, l’administration Obama pourrait avoir la tentation d’étendre le remède appliqué aux banques à d’autres entreprises majeures en difficulté, par exemple dans l’automobile. a

FINANCE UNE NOUVELLE OPÉRATION DE SOUTIEN PUBLIC AUX PAYS-BAS

Le trader à l’origine d’une perte de 751 millions Les assureurs européens pâtissent d’euros évoque « la mauvaise foi » de l’Ecureuil de la dépréciation de leurs portefeuilles d’actifs LE RAPPORT de la Commission bancaire, daté du 29 octobre, sur l’affaire des 751 millions d’euros perdus sur les marchés aux Caisses d’épargne, a été versé au dossier d’instruction. Boris Picano-Nacci, le trader à qui est attribuée la perte, a été mis en examen le 30 octobre pour « abus de confiance ». Comme dans l’affaire Kerviel, le rapport de la Commission bancaire accable la hiérarchie de la banque. L’autorité de tutelle bancaire écrit ainsi en conclusion : « Le dispositif de contrôle interne destiné à suivre cette activité présente de graves lacunes (…) aucun calcul indépendant du résultat quotidien n’est effectué. Le dispositif de limites est insuffisant et s’appuie sur des indicateurs biaisés (…) Ordre avait été donné à la fin juin de fermer l’activité et de gérer ce portefeuille en extinction, pour préserver le résultat acquis. Le trader a clairementoutrepassé cet ordre à partir de la mi-septembre. Un contrôle interne adéquat aurait permis de s’en rendre compte immédiatement, et donc d’éviter les pertes. » De son côté, dans ses procès-verbaux d’audition dont Le Monde a eu connaissance, Boris Picano-Nacci a insisté sur la liberté de manœuvre dont il jouissait. Et sur le fait que ses opérations n’étaient pas dissimulées mais au contraire, aisément contrôlables. « Je pense que la

CNCE [Caisse nationale des caisses d’épargne] est de mauvaise foi (…) », déclare-t-il aux policiers lors de sa garde à vue, le 29 octobre, affirmant que son plan de gestion a été « validé par des opérationnels ». « Comme la CNCE a perdu de l’argent, poursuit-il, c’est une manière de dire au grand public que chez eux, tout va bien, que les pertes sont dues à un trader fou. » « Je pense qu’il savait » Le trader n’était-il pas censé ne pas prendre de risques, pour gérer « en extinction » des investissements pour compte propre censés s’arrêter fin 2008 ? « Tout dépend de ce qu’on entend par gestion extinctive, répond le jeune trader, pour moi c’était accompagner les positions au fur et à mesure afin de les déboucler en totalité au 31 décembre 2008 ». Il poursuit : « Mes positions supprimaient du risque normal pour rajouter du risque extrême mais ces opérations ont été faites au vu et au sude tous etne m’ont pasété reprochées à l’instant. On me les a reprochées quand j’ai perdu de l’argent. » Le trader ne devait-il pas respecter des limites de risques, comme l’affirme la direction ? « Je n’ai signé aucune limite, à ma connaissance il n’y en avait pas (…) seule une limite calculée sur les risques. Si je faisais 20 ou 30 millions d’euros

de P & L [résultat] c’était déjà une bonne année (…) Je ne m’étais pas imposé de réelles restrictions, j’essayais de prendre des engagements en adéquation avec mes objectifs de performance. » Ses supérieurs hiérarchiques étaient-ils au courant de ses « nouvelles positions » prises sur les marchés ? « Je pense qu’il savait, déclare Boris Picano-Nacci en parlant de son responsable direct, même si je ne le lui ai pas dit expressément et que je n’avais pas à le faire ». Par ailleurs, le trader tente de justifier ses choix d’investissement. Il affirme qu’il pensait faire gagner de l’argent à sa banque, en pariant sur une atténuation de la crise boursière : « Il s’agissait de dire (…) que la volatilité allait continuer à monter jusqu’à un certain point et les marchés allaient continuer à baisser jusqu’à un certain point. C’est pour prévenir ces mouvements que de nouvelles positions ont été prises (…) Au moment où j’ai pris la position mes engagements en terme de sensibilité étaient normaux mais ils ont explosé le 10 octobre. » S’il avait pu imaginer que le risque extrême se réalise, assure-t-il, « je n’aurais pas pris ces positions ». En 2007 et 2008, le jeune trader a perçu 68 000 euros de bonus. a Gérard Davet et Anne Michel

APRÈS les banques, l’assurance est prise à son tour dans la tourmente financière. La publication de ses résultats du troisième trimestre révèle une accélération de la dégradation des comptes avec l’annonce d’importantes pertes. Les assureurs européens enregistrent une baisse des revenus dans leurs activités de gestion d’actifs et d’assurance-vie, notamment aux Etats-Unis et pâtissent d’une dépréciation de leurs portefeuilles d’actifs liée à la chute des cours de Bourse. La fin de l’année s’annonce incertaine. Ainsi, le président de Swiss Life Bruno Pfister, a affirmé mercredi 12 novembre, dans un communiqué, que le groupe renonce à réactualiser ses prévisions « comme il n’est pas possible de faire des déclarations fiables sur l’avenir, étant donné les incertitudes actuelles sur les marchés financiers ». Le groupe qui tablait sur un bénéfice variant entre 1,8 et 1,9 milliard de francs suisses (1,2 milliard à 1,3 milliard d’euros) pour 2008 anticipe désormais une perte sur l’exercice. L’assureur a été « particulièrement touché » dans ces placements alternatifs (hedge funds), mais aussi dans les obligations « émises par des établissements financiers devenus insolvables ». Le titre a été sanc-

tionné à la Bourse de Zurich plongeant de 20,05 % mercredi. La prudence est aussi de mise chez l’allemand Allianz, l’un des leaders européens de l’assurance. « Sans une amélioration complète des marchés financiers, nous ne pourrons pas atteindre notre objectif de résultat opérationnel, hors marché bancaire, de 9 milliards d’euros cette année et aussi en 2009 », a prévenu le directeur financier Helmut Perlet en commentant les 2 milliards d’euros de pertes du troisième trimestre annoncés le 7 novembre. Si les marchés ne se reprennent pas, Allianz prévoit près d’un milliard d’euros de dépréciations d’actifs au quatrième trimestre. Néanmoins, pour rassurer les actionnaires, le groupe a annoncé avoir mis de côté 1,6 milliard d’euros pour un éventuel dividende. Grandes manœuvres Mais c’est au Pays-Bas que la situation est la plus tendue. Après avoir aidé ING en injectant dix milliards d’euros dans son capital, puis Aegon, avec trois milliards d’euros, l’Etat néerlandais a annoncé, jeudi 13 novembre, l’apport de 750 millions d’euros au bancassureur SNS Reaal pour renforcer sa solvabilité. Ce contexte sera sans doute favorable aux grandes manœu-

vres dans le secteur de l’assurance. Jeudi, malgré l’annonce de résultats en baisse, Zurich Financial Services (ZFS) s’est dit prêt à « saisir des opportunités ». a Dominique Gallois

AFPUD-SODIS ISBN 978-2-85952-974-1

384 p., 30 € Disponible en librairie ou auprès des Presses de l’EHESP

Casse-tête pour les familles, défi pour les politiques

Presses de l’École des hautes études en santé publique CS 74312 - 35043 Rennes cedex Tél. 02 99 54 90 98 presses@ehesp.fr - www.presses.ehesp.fr


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Economie & Entreprises

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Le secteur du luxe pourrait entrer en récession en 2009 La croissance des ventes dans le monde devrait pâtir de la crise internationale et subir un fort ralentissement ême le luxe, qui restait jusqu’à présent un îlot insolent de prospérité et que l’on pensait épargné par les aléas économiques, va pâtir de la crise économique mondiale. Pour la première fois depuis six ans, ce secteur devrait entrer en récession en 2009, et sa croissance pourrait nettement ralentir en 2008, selon la septième étude qui lui est consacrée, publiée par le cabinet de conseil en stratégie Bain & Company. Cette année, la croissance des ventes de produits de luxe dans le monde pourrait ralentir sévèrement : + 3 %, à 175 milliards d’euros. C’est une baisse sensible du taux de croissance – il s’établissait à + 9 % en 2007. Les ventes mondiales devraient ainsi reculer de 2 % en 2009, et même de 7 % à taux de change constants, a précisé cette étude, qui a analysé les 220 plus grandes entreprises du secteur. « L’impact de la crise financière plongera certains secteurs en récession », explique l’auteure, Claudia d’Arpizio, qui a dirigé l’étude depuis Milan. « Son ampleur et sa durée dépendront de la façon dont les entreprises réagiront. Les plus résistantes seront celles qui possèdent des marques internationales fortes et diversifiées », ajoute-t-elle. L’étude note « un fléchissement des marchés matures », qui constituent 80 % des ventes mondiales des produits de luxe. Ainsi, le Japon, déjà en récession, devrait passer de – 2 % en 2007 à – 7 % en 2008, en raison de la faiblesse du yen par rapport à l’euro. Cette disgrâce du marché se traduit par un report sur des achats

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Louis Vuitton va jouer les pionniers à Oulan-Bator C’est devenu une marque… de fabrique chez Louis Vuitton : le maroquinier de luxe français sera la première à s’implanter sur un marché qui pourrait s’avérer prometteur. Mi-2009, elle inaugurera son premier magasin à Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie. Pas très loin du désert de Gobi et des monts du Khangaï, Vuitton espère séduire les plus fortunés des 2,6 millions d’habitants de ce pays qui présente l’une des plus faibles densités de population au monde. La société avait déjà été la première marque française de luxe à s’implanter, dès 1992, en Chine – où elle compte aujourd’hui plus d’une vingtaine de boutiques –, en Inde au début des années 2000, puis plus récemment au Vietnam. Avec une obsession : bénéficier d’une stratégie de pionnier et acquérir une forte notoriété avant ses concurrents.

moins chers (parfums, chaussures…). L’Europe, qui reste le principal marché du luxe (elle compte pour 38 % du marché mondial), devrait s’attendre à voir sa croissance divisée par deux en 2008 à 5 % (contre 10 % en 2007), tandis que les Etats-Unis subiront leur première année de stagnation (0 % en 2008 contre + 4 % en 2007), depuis la baisse des dépenses liées aux attentats du 11-Septembre. Le ralentissement du marché ne sera pas uniforme : les marques considérées comme plus accessibles, comme Coach ou Ralph Lauren, pâtiront davantage de la crise économique. Selon l’étude, les marques comme Gucci ou Louis Vuitton sont achetées pour les styles de vie qu’elles représentent : leur croissance est restée élevée en 2007 (+ 9 %), mais devrait seulement être en ligne avec le marché en 2008 (+ 3 %). Les seules qui devraient tirer leur épingle du jeu sont les marques de « super haut de gamme », comme Hermès ou Loro Piana, dont l’élitisme devrait attirer les acheteurs les plus fortunés (+ 10 % en 2007 et + 8 % en 2008). Coup de froid Quels secteurs seront les plus touchés ? L’étude prévoit une stagnation dans l’habillement, malgré une croissance des lignes complémentaires des marques ainsi qu’un coup de froid sur les bijoux de valeur, tant en Europe qu’aux Etats-Unis. Avec une exception pour les montres, qui restent un relais de croissance formidable dans les pays émergents. « C’est généralement le premier article de luxe acheté dans les économies émergentes », précise l’étude. Les accessoires resteront les « rois et les reines du marché », notamment les chaussures et la maroquinerie. Les riches acheteurs sentiront-ils moins bon ? Probable, puisque l’étude prévoit une division par deux de la croissance des parfums vendus en 2008 (+ 2,6 %) par rapport à 2007 (+ 5,2 %). En revanche, les cosmétiques résisteront à la crise. Bain & Company reste toutefois très confiant dans l’avenir du secteur, qui conserve « des fondamentaux solides », comme le flux touristique croissant ou la progression attendue des dépenses des personnes « riches » et « super riches » (à la tête d’un actif net supérieur au million de dollars) de l’ordre de 20 % à 35 % dans les marchés émergents, comme le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, dans les cinq prochaines années. Le leader mondial du luxe, LVMH, se veut optimiste : il poursuit sa dynamique de croissance (+ 10 % sur les neuf premiers mois) et confirme ses objectifs pour l’année. « Le groupe a deux atouts principaux : la multiplication de sa présence dans les différents métiers du luxe (alcool, parfum, montres, mode, maroquinerie, bijoux…) et sa grande diversité géographique. LVMH reste leader dans les pays émer-

Le fléchissement de l’activité ne sera pas uniforme. La maroquinerie, notamment, devrait être moins touchée. KIYOSHI OTA/REUTERS gents », explique-t-on chez LVMH. D’ailleurs, Gucci Group (PPR) comme LVMH restent tirés par une forte croissance en Chine. Même Hermès a connu une croissance modérée en octobre (+ 6 %), et a révisé « par prudence » ses prévisions en 2008 à la baisse (entre 9 % et 10 % tout de même). « Nous ne changeons rien » en

TOKYO CORRESPONDANCE

Chanel, Gucci ou encore Louis Vuitton…, le scintillement des façades de l’opulent quartier de Ginza, à Tokyo, témoigne de la confiance du luxe mondial dans un marché japonais fidèle à ses ambassadeurs depuis des décennies. Pourtant, elles peinent à masquer leur inquiétude, tant les comportements des consommateurs nippons évoluent, et pas seulement en raison de la crise financière. LVMH, le géant mondial de la mode, des cosmétiques et des vins et spiritueux, a vu ses ventes baisser de 7 % entre janvier et septembre dans l’Archipel, un marché qui représente 10 % de ses revenus (20 % pour sa seule activité mode et accessoires de cuir). Dans le reste de l’Asie, elles ont crû de 22 %. En Europe, de 9 %. Hermès et Bulgari ont vu leurs ventes au Japon progresser modestement de 1,5 % et de 3,8 % au premier semestre, contre respectivement 27,8 % et 7,5 % en Europe. En cause, l’impact de la crise. L’institut de recherche JMR a constaté dans une étude réalisée en juillet que 93,4 % des personnes sondées ressentaient la hausse des prix et que 40,3 % prévoyaient de réduire leurs dépenses. En août, l’inflation a atteint 2,1 % sur un an alors que le salaire moyen a reculé de 0,3 % à 283 473 yens

Selon l’OCDE, la convalescence économique des pays industrialisés durera jusqu’au deuxième semestre 2010 prochaine, et ce n’est qu’à partir de la deuxième moitié de 2010 que les économies retrouveront leur potentiel de croissance. » Par exemple, ce n’est qu’au deuxième trimestre 2010 que les Etats-Unis connaîtront à nouveau une croissance de 2,1 %, et la zone euro une croissance de 1,7 %. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que l’OCDE prédise une nette poussée du taux de chômage. De 2008 à 2010, celui-ci passera de 5,7 % à 7,5 % de la population active aux Etats-Unis, de 4,1 % à 4,4 % au Japon et de 7,4 % à 9 % en zone euro. Malheureusement, la reprise ne se traduira pas immédiatement par une amélioration du marché du travail, notamment en zone euro, où le taux de chômage se maintiendra longtemps à 9 %. Une inflation à moins de 2 % Le rapport de l’OCDE note que, face à ce violent retournement économique, « un stimulus macroéconomique est nécessaire », parce que les politiques monétaires ne fonctionnent plus, en raison de taux déjà extrêmement bas. Des baisses d’impôts lui semblent appropriées, à

chou de la croissance à deux chiffres depuis vingt-quatre ans, devra se contenter d’une hausse de ses ventes de 4 % en 2008. Enfin, autre symbole du luxe français, le champagne a déjà vu ses exportations chuter de 22 % aux Etats-Unis au premier semestre 2008. a Nicole Vulser

Au Japon, les nouvelles tendances et la crise freinent l’activité des enseignes prestigieuses

CONJONCTURE LES ÉTATS-UNIS SUBIRONT LA RÉCESSION LA PLUS PRONONCÉE (– 0,9 %) en 2009

LES PRÉVISIONS de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) publiées jeudi 13 novembre sont sombres, car les économies des pays membres « sont entrées en récession et le chômage est en train d’y augmenter ». Après une croissance médiocre de + 1,4 % en 2008 dans l’ensemble de l’OCDE, l’année 2009 confirmera une récession de – 0,3 %. Les Etats-Unis et la zone euro connaîtront quatre trimestres de recul jusqu’en juillet 2009. Les premiers régresseront de – 0,9 % en 2009, et la seconde de – 0,5 %. Le Japon ne reculera, lui, que de – 0,1 %. Les raisons de cette dépression sont connues : la crise financière partie des Etats-Unis a gagné l’Europe et le Japon, mais aussi les pays émergents. La perte de confiance entre les banques a provoqué une crise de liquidités qui a affecté l’économie réelle. « La panique financière sera courte, commente Jonathan Coppel, économiste à l’OCDE, et nous estimons qu’elle prendra fin en décembre 2008. Le retour à la normalité sera progressif tout au long de l’année

ces temps de crise, tempère Patrick Thomas, gérant d’Hermès. Il a beau jeu de rappeler que « depuis son entrée en Bourse en 1993, le titre a été multiplié par 20, les bénéfices par 10. » Moins haut de gamme, Hugo Boss a déjà revu ses objectifs à la baisse. De façon plus spectaculaire, L’Oréal, le chou-

condition qu’elles ne remettent pas en cause la stabilité budgétaire à long terme. Le rapport souligne la nécessité d’une coopération internationale, afin que les nombreuses aides qui seront distribuées pour soutenir des secteurs ou relancer l’économie ne faussent pas la concurrence. La purge du secteur immobilier se poursuivra dans tous les pays, avec une baisse prononcée des prix. Il n’y a que sur le front de l’inflation que les nouvelles sont bonnes à courte échéance. La surchauffe (+ 4,4 % aux Etats-Unis au troisième trimestre 2008) est finie. Au cours des six prochains mois, les prix vont retrouver une progression inférieure à 2 % dans toutes les économies industrialisées, sous l’effet d’une baisse impressionnante des prix des matières premières, au premier rang desquelles le pétrole. L’OCDE note que cet apaisement contribuera à redonner aux ménages le complément de pouvoir d’achat dont ils ont besoin pour faire face à une récession dont ils font déjà les frais. a Alain Faujas

(2 326,7 euros). Or beaucoup de clients des marques de luxe sont des employés de grands groupes, souvent des « office ladies » dans la vingtaine, autrefois promptes à l’achat, aujourd’hui plus réservées. L’effondrement des marchés financiers explique aussi la retenue des acheteurs. Les femmes actives célibataires et les nouveaux riches du secteur des technologies de l’information avaient profité de la forte appréciation du Nikkei, monté à plus de 18 200 points en juillet 2007, mais aujourd’hui à moins de 8 500 points. Les sorties du dimanche à Ginza restent prisées. Mais leurs adeptes viennent plus pour regarder que pour acheter. La baisse du nombre de touristes (– 6,9 % en septembre, à 641 500) et de leurs dépenses affecte aussi les ventes du luxe. Se démarquer, le dernier cri La relative morosité des affaires incite les entreprises du secteur à modifier leurs stratégies. La clientèle riche est courtisée, au travers de programmes de fidélisation et de services personnalisés. Louis Vuitton envoie des gâteaux d’anniversaire aux plus fidèles ou leur donne accès à des produits exclusifs. La Chine et ses « super riches » suscitent aussi de grands espoirs. Patrick Albaladejo, vice-président exécutif chez HerCONCURRENCE

Amende record pour Saint-Gobain et trois autres producteurs de verre La Commission européenne a annoncé, mercredi 12 novembre, avoir infligé une amende globale de 1,38 milliard d’euros, pour entente sur le marché du vitrage automobile, à quatre sociétés : l’anglais Pilkington (370 millions d’euros), le japonais Asahi (113,5 millions d’euros), le belge Soliver (4,4 millions d’euros) et surtout Saint-Gobain (896 millions d’euros). Le groupe français, dont l’amende a été majorée de 60 % pour cause de récidive et qui n’avait provisionné que 560 millions d’euros, a formé, contre cette décision, un recours, qui suspend le paiement de l’amende, en échange d’une garantie bancaire.

mès, attend sur ce marché « une croissance solide dans les magasins existants ». L’attrait pour ce pays en forte croissance laisse entrevoir un possible déplacement du centre de gravité du luxe en Asie. L’avenir ne se décline par forcément au Japon, d’autant que les consommateurs, moins attachés aux marques, y recherchent maintenant des produits qui les distinguent des autres. Cette évolution a fait le succès de l’américain Coach, qui propose des produits de qualité, moins chers que ceux des prestigieuses enseignes françaises ou italiennes. Cette tendance explique aussi le succès des enseignes Zara, Uniqlo et plus récemment du suédois H&M. Ce groupe a ouvert son premier point de vente à Ginza le 13 septembre. 5 000 personnes se pressaient à l’ouverture et les files d’attente n’ont pas diminué depuis. Un autre magasin a été inauguré le 8 novembre, avec un succès identique, dans le quartier branché d’Harajuku. Il présente une collection de vêtements dessinés par Rei Kawakubo, styliste pour Comme des garçons. « Ces créations sont abordables pour ceux qui ne peuvent s’offrir des produits Comme des garçons », précisait le jour de l’ouverture Margareta van den Bosch, conseillère à la création de H&M. a Philippe Mesmer

sortie de la réunion au ministère, les représentants des agriculteurs pointaient le fait que le montant annoncé paraissait insuffisant et s’interrogeaient sur les critères d’éligibilité aux aides. IMMOBILIER

Les prix des logements anciens baissent, selon la Fnaim Dans son observatoire mensuel, la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) constate que les prix des logements anciens ont reculé de 1,2 % en octobre par rapport à septembre, une baisse qui atteint 4,3 % sur trois mois. C’est la première fois, depuis 1996, que la Fnaim constate une baisse, en évolution annuelle, certes légère, de – 0,7 %. TÉLÉCOMMUNICATIONS

AGRICULTURE

Une enveloppe de 250 millions d’euros octroyée par Michel Barnier Le ministre de l’agriculture a annoncé, le 12 novembre, la mise en place d’un plan d’urgence de 250 millions d’euros pour les exploitations agricoles les plus en difficulté. Les éleveurs, particulièrement, traversent une crise, du fait de la hausse des coûts de l’énergie et de l’alimentation animale. Les agriculteurs vont bénéficier entre autres d’aides à la trésorerie et d’un remboursement partiel de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP). A la

BT supprime 10 000 postes au Royaume-Uni Le groupe de téléphonie britannique BT a annoncé, jeudi 13 novembre, la suppression de 10 000 emplois sur 160 000 d’ici à la fin mars, la plupart au Royaume-Uni, malgré une hausse de 18 % de son bénéfice net au deuxième trimestre, à 400 millions de livres (490 millions d’euros). « Les bénéfices de BT Global Services [la branche internationale] ne sont pas suffisants, et nous prenons une action décisive pour remettre les choses en place », a justifié le directeur général Ian Livington.


18

Economie & Finances

La dette des entreprises, une bombe à retardement LA CRISE nous a habitués à des chiffres hors du commun. Dernier en date : 4 000 milliards de dollars (3 200 milliards d’euros). C’est, selonDealogic, le montant des obligations des entreprises non financières qui arriveront à échéance au cours des deux prochaines années. Ces dettes sont soit remboursées, soit refinancées. D’ordinaire, les emprunteursrenégocient l’échéance avec les prêteurs, ou alors ils émettent de nouvelles obligations. A l’heure où les établissements de crédit s’attaquent à l’assainissement de leurs comptes, il sera plus difficile, voire impossible, d’avoir recours à ces solutions. Lesdébiteursqui seserontadressés directement aux banques (85 % des cas en Europe, beaucoupmoinsauxEtats-Unis)constateront que le crédit est plus rare. Les banques doivent absolument apurer leurs actifs, même si elles sont contraintes d’inscrire des opérations hors bilan dans leurs livres. Le Fonds monétaire international estime que, à eux seuls, les établissements américains et européens feront disparaître 10 000 milliards de dollars d’actifs au cours des cinq prochaines années. En revanche, la sanction sera douloureuse pour tous ceux qui auront emprunté pour spéculer,

comme les hedge funds ou les oligarques. Plusieurs exemples montrent cependant que le guichet reste aussi fermé pour des entreprises ordinaires modérément endettées, notamment celles qui sont confrontées aux incertitudes de la grande consommation, ou qui se sont imposé des termes trop contraignants à une époque de pleine prospérité. Coût élevé du crédit Le peu de crédit qui sera encore disponible aura un coût très élevé. Vous pouvez toujours vous rabattre sur le marché des obligations privées. Mais elles ne sont pas accessibles à n’importe qui. Il faut s’attendre à ce que des sociétés fassent faillite. D’autres prendrontdes mesures drastiques : réductiond’effectif, suspension des dividendes, fermeture d’unités. En ce qui concerne les spéculateurs, l’assèchement du crédit a la vertu d’assainirlemarché.Mais ilsème le malheur lorsqu’il coupe les vivres à des entreprises viables par ailleurs. Le problème prend là des proportions qui dépassent le seul cadre des affaires : le maintien du crédit aux sociétés doit être inscrit à l’ordre du jour du G20, le 15 novembre à Washington. a John Foley

Douce ou brutale, la dévaluation du rouble est inévitable LE KREMLIN veut dévaluer le rouble, mais hésite sur la méthode. C’est ce qui explique la crise de cette semaine,qui a conduit à la fermeture temporaire de la Bourse de Moscou. Les interrogations publiques de divers responsables sur l’avenir de la monnaie ont ajouté à la confusion. Mais aucun des choix possibles – glissement progressif du rouble, ou dévaluation brutale – ne sera sans douleur. Avec un pétrole à moins de 60 dollars le baril, et alors que les capitaux fuient le pays depuis l’été, la Russie devrait enregistrer, en 2009, un déficit de sa balance courante. La dévaluation du rouble est donc inévitable – et elle a d’ailleurs déjà commencé. La banque centrale a laissé glisser la monnaie d’environ 8 % depuis début août, dépensant dans le même temps 112 milliards de dollars (90 milliards d’euros) de réserves de change pour amortir la chute. Un début de panique a saisi les marchés, le 11 novembre, quand le président de la banque centrale a reconnu que le rouble avait tendance à s’affaiblir. Une hausse des taux d’intérêt pourrait freiner le mouvement, mais aggraver la

situation économique, alors que la croissance ralentit déjà. Une dévaluation claire et nette, de l’ordre de 25 %, suffirait à calmer le jeu, et permettrait au pays de ne pas épuiser ses réserves de change – qui restent encore à un niveau confortable – dans la défense de la monnaie. Le risque est ici politique : la mémoire de la grande crise de 1998 hante les mémoires russes, et M. Poutine, aujourd’hui premier ministre, a depuis dix ans bâti une bonne partie de sa popularité de président sur la solidité du rouble. Une dévaluation ébranlerait la confiance, et aggraverait l’inflation, qui devrait atteindre 12 % cette année. Il y a une troisième option, qui a la faveur des autorités : un rouble flottant, avec une banque centrale qui se concentrerait sur la maîtrise de l’inflation. Mais l’adoption de ce système en période de crise pourrait accroître la panique. Ne restent donc que les options de la dévaluation douce ou brutale – et les risques y afférents. a Pierre Briançon

0123 Vendredi 14 novembre 2008

Ecofrictions La poste autrichienne entre service public et compétitivité

E

st-ce la menace de grève ou l’ampleur des protestations politiques qui a fait reculer le conseil d’administration de la poste autrichienne mercredi 12 novembre ? Le plan de restructuration drastique, qui prévoyait la fermeture de 1 000 des 1 300 filiales et la suppression de 9 000 postes sur 25 000, ne parle plus que d’ajustements annuels des effectifs. Le conseil d’administration fut houleux mercredi. Au bout de neuf minutes, les représentants syndicaux sont d’ailleurs sortis de la salle en claquant la porte. La veille, le ministre des transports et probable futur chancelier, Werner Faymann, avait de toute façon vidé de sa substance l’ordre du jour. Par décret il avait assuré que « le réseau des postes ne [devait] pas être réduit entre le 1er janvier et le 30 juin 2009 ». En 2011 tombera le dernier bastiondu monopole de la poste, la distribution du courrier. Die Post veut se préparer à cette libéralisation complète du service postal. Le

Pour faire face à la libéralisation, Die Post veut fermer des bureaux et réduire ses effectifs. Vienne a ajourné par décret la mise en œuvre de ce plan de restructuration

marché des colis, de la publicité et des envois express est déjà dominé par la concurrence. L’allemand Hermes a raflé le contrat avec Quelle, leader en Autriche de la vente par correspondance. De nombreuses petites sociétés se partagent le marché de la distribution publicitaire. Semi-privatisée en 2006 et cotée en Bourse depuis, Die Post reste contrôlée par l’Etat, qui détient 51 % des parts.

handicap par rapport aux futurs concurrents, se chiffre à plusieurs centaines de millions d’euros. Le salaire des 25 000 postiers, réglementé par les conventions collectives, constitue selon elle un autre désavantage de taille. Du côté syndical, l’opportunité d’une grève – procédé auquel on ne recourt qu’en cas de dernière extrémité en Autriche – n’est pas écartée. En attendant, une pétition nationale a été lancée en faveur du maintien du réseau des filiales. Syndicats et direction semblent d’accord sur un point : la nécessité d’une réglementation de la concurrence d’ici à 2011. Le décret pris mardi par le ministre des transports contraint la direction à ajourner la fermeture de filiales pour six mois, mais ne suggère aucune alternative. Il appartiendra au prochain gouvernement d’établir d’ici là les règles d’une concurrence loyale permettant le maintien de l’universalité de la distribution. a

tembre, elles avaient reculé de 12,5 % en glissement mensuel, ce qui avait ramené leur progression sur un an à 21,0 %.

national des statistiques (BNS). Inférieure aux prévisions des analystes, la progression de la valeur ajoutée de la production industrielle s’est établie à + 8,2 % sur un an, après + 11,4 % en septembre, en progression depuis le début de l’année de 14,4 % en glissement annuel. Elle atteignait + 15,2 % sur les trois premiers trimestres et + 16,3 % au premier semestre, selon les statistiques officielles précédemment fournies par les autorités chinoises.

Laurence Monnot (Vienne, correspondance)

TABLEAU DE BORD

Japon La production industrielle nipponne a augmenté de 1,1 % en septembre par rapport à août, soit 0,1 point de moins que dans l’estimation préliminaire, a annoncé le ministère japonais de l’économie, du commerce et de l’industrie (Meti), jeudi 13 novembre. Cette petite hausse de la production suit une baisse de 3,5 % en août, en glissement mensuel. Sur un an, la production de septembre s’affiche en

hausse de 0,2 %, moins que ne l’avait indiqué initialement le gouvernement (+ 0,4%).

Etats-Unis Les procédures de saisies de logements aux Etats-Unis sont reparties à la hausse en octobre, augmentant de 5,1 % par rapport au mois précédent, a indiqué le cabinet spécialisé RealtyTrac, jeudi 13 novembre. Sur un an, le nombre de ces procédures a pris 24,6 %. En sep-

LES BOURSES DANS LE MONDE 13/11, 9h46 Pays

Indice

CAC 40

FRANCE

ROYAUME UNI SUISSE ETATS-UNIS

Maxi 2008

Mini 2008

PER

3254,00 13/11

0,62

5665,94 2/1

2959,29 24/10

4573,76 13/11 -0,05

7736,69 2/1

4172,89 27/10

4250,59 13/11 -1,72

8124,81 2/1

4075,92 28/10

SBF 250

2271,84 13/11 -2,82

3953,69 2/1

2126,16 27/10

4634,08 13/11

0,29

8100,64 2/1

4014,60 24/10 10,70

4161,81 13/11 -0,48

6534,70 4/1

3665,21 27/10

5709,77 13/11

8421,00 3/1

5265,86 10/10 17,20

FTSE 100 index Swiss market Dow Jones ind. Nikkei 225

0,12

8,50 7,30

8282,66 13/11 -4,73 13279,54 2/1

7882,51 10/10 11,10

1499,21 13/11 -5,17

2661,50 2/1

1493,00 24/10 13,80

8238,64 13/11 -5,25 15156,66 4/1

6994,90 28/10 11,00

PER - Price Earning Ratio (ou cours/bénéfice) : cours de Bourse divisé par le bénéfice par action estimé pour l'exercice courant. PER : FactSet JCF Estimates ; données : la Cote Bleue. n/d : valeur non disponible.

COURS DE L'EURO

OR

Achat

Vente

JEUDI 13 NOVEMBRE 9h46

Cours

% var.

dollar us ................................1,2469...........1,2471 yen .......................................119,7300 ......119,7900

ONCE D'OR EN DOLLAR .................741,75.......-1,33

couronne tchèque.............25,3550.........25,3750

PÉTROLE

couronne danoise ...............7,4471...........7,4476 livre sterling.........................0,8370...........0,8373 forint hongrois...............268,5400 ......269,5400 couronne suédoise ............10,1297.........10,1397 couronne slovaque ..........30,3640.........30,4630 franc suisse ...........................1,4831...........1,4839 couronne norvég. ...............8,9191...........8,9231

JEUDI 13 NOVEMBRE 9h46

Cours

% var.

LIGHT SWEET CRUDE.......................55,30.......-1,53

TAUX TAUX D'INTÉRÊT LE 13/11

rouble...................................34,3890.........34,4890

La production industrielle chinoise a fortement décéléré en octobre, à un peu plus de 8 %, nouveau signe du ralentissement de l’économie du géant asiatique sur fond de crise internationale, selon les chiffres publiés, jeudi 13 novembre, par le Bureau

Jeudi 13 novembre 9h30 Valeur

8,10

CAC Mid100

Nasdaq composite JAPON

% var.

CAC Small 90 DAX Index

ALLEMAGNE

Chine

VALEURS DU CAC40

Dernier cours

zloty polonais ......................3,7390...........3,7490

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La direction, responsable devant les actionnaires, a la difficile mission de rendre l’entreprise compétitive dans la perspective de la libéralisation du marché. Le management avait confié au consultant américain McKinsey le soin d’élaborer un plan stratégique. Celui-ci prévoit des coupes claires, risquant de remettre en cause la mission publique de l’établissement postal, afin d’améliorer la compétitivité. Mais ce projet n’a été que partiellement validé mercredi. Les syndicats autrichiens n’en anticipent pas moins une troisième vague de fermetures de filiales. L’annonce par le conseil d’administration d’un développement du partenariat avec le privé pour la distribution des lettres et paquets va dans ce sens. Dans 540 localités, on peut déjà poster son courrier ou acheter des timbres dans une supérette, au tabac ou à la station-service. La direction de la poste fait valoir que le coût de son réseau de filiales non rentables, et donc son

Taux j.le j.

Taux 3 mois

Taux 10 ans

Taux 30 ans

livre turque...........................2,0544...........2,0644

france

3,14

4,29

3,92

4,59

dollar australien ................1,9441...........1,9451

royaume-uni

3,04

4,31

4,18

4,81

dollar canadien...................1,5412...........1,5423

italie

3,14

4,29

4,66

5,28

yuan chinois..........................8,5142...........8,5242 won sud-coréen ............1733,7000 ....1734,7000

allemagne

3,14

4,29

3,63

4,25

japon

0,55

0,90

1,50

2,26

dollar néo-zéland...............2,2243...........2,2343

états-unis

0,38

2,13

3,65

4,50

rand sud-africain .............12,9234.........12,9333

suisse

1,00

2,18

2,61

3,23

SICAV ET FCP

ECUREUIL SECURIPREMIERE C ECUREUIL SENSIPREMIERE C ECUREUIL TRESORERIE C ECUREUIL TRIMESTRIEL D

Dernier cours

Cours préc.

% var. % var. /préc. 31/12

ACCOR ............................◗ 28,08 27,82 0,95 -48,67 AIR FRANCE-KLM .............◗ 10,68 10,64 0,33 -55,61 AIR LIQUIDE ......................◗ 68,10 67,67 0,64 -26,40 ALCATEL-LUCENT .............◗ 1,85 1,86 -0,59 -62,71 ALSTOM.............................◗ 36,70 36,35 0,94 -50,07 ARCELORMITTAL................ 16,03 16,09 -0,40 -69,86 AXA....................................◗ 14,05 14,16 -0,81 -48,70 BNP PARIBAS ....................◗ 44,81 45,77 -2,10 -39,63 BOUYGUES........................◗ 28,73 28,24 1,74 -49,60 CAP GEMINI ......................◗ 25,40 24,32 4,44 -40,93 CARREFOUR ......................◗ 31,43 31,65 -0,70 -41,02 CREDIT AGRICOLE ............◗ 9,81 9,75 0,62 -53,93 DANONE............................◗ 43,16 43,24 -0,20 -29,71 DEXIA .................................. 4,88 5,02 -2,71 -71,64 EADS ..................................◗ 12,05 12,10 -0,41 -44,80 EDF .....................................◗ 46,23 45,73 1,09 -43,26 ESSILOR INTL.....................◗ 34,12 33,77 1,05 -21,83 FRANCE TELECOM ............◗ 19,05 18,75 1,57 -22,62 GDF SUEZ ..........................◗ 33,45 32,30 3,58 -16,38 LAFARGE............................◗ 44,11 43,83 0,64 -64,57 LAGARDERE ......................◗ 28,48 28,44 0,14 -44,47 L'OREAL .............................◗ 60,58 59,92 1,09 -38,18 LVMH MOET HEN.............◗ 43,50 43,74 -0,55 -47,39 MICHELIN ..........................◗ 37,96 36,99 2,62 -51,64 PERNOD RICARD ..............◗ 45,73 46,02 -0,61 -42,14 PEUGEOT ...........................◗ 16,24 15,60 4,10 -68,68 PPR .....................................◗ 39,79 39,72 0,18 -63,83 RENAULT ...........................◗ 19,23 18,89 1,80 -80,18 SAINT-GOBAIN.................◗ 28,23 28,16 0,27 -56,22 SANOFI-AVENTIS .............◗ 48,16 47,31 1,80 -23,52 SCHNEIDER ELECTRIC.......◗ 45,58 45,50 0,18 -50,82 SOCIETE GENERALE ..........◗ 40,04 40,68 -1,57 -56,76 STMICROELECTRONICS ...◗ 6,01 6,16 -2,45 -38,67 SUEZ ENV. .........................◗ 13,59 13,53 0,44 -2,93 TOTAL ................................◗ 39,59 39,28 0,78 -30,34 UNIBAIL-RODAMCO ........◗ 110,00 110,00 n/d -26,63 VALLOUREC.......................◗ 78,00 76,64 1,77 -57,87 VEOLIA ENVIRON. ............◗ 19,26 19,30 -0,18 -69,16 VINCI..................................◗ 27,46 27,13 1,22 -45,78 VIVENDI.............................◗ 19,48 19,34 0,78 -37,91

Plus haut

Plus bas

56,30 24,23 24,61 10,27 95,64 55,77 5,15 1,44 84,12 28,59 67,79 15,30 27,60 11,91 75,41 43,64 57,25 24,04 45,14 21,25 53,75 24,16 21,58 8,54 64,00 38,60 18,86 3,57 22,20 9,29 83,90 35,20 44,39 26,87 26,14 16,40 44,77 22,00 125,45 41,52 54,68 23,56 99,26 53,32 83,93 42,90 79,90 31,41 79,97 38,60 53,68 15,11 112,76 36,00 99,16 18,52 65,26 23,05 66,90 36,05 94,29 38,84 93,52 28,52 9,89 5,71 19,95 12,17 59,50 31,52 175,50 103,11 224,45 69,00 64,00 16,55 51,15 21,70 31,60 16,32

Divid. net

3,15 0,58 2,25 0,16 1,60 0,22 1,20 3,35 1,50 1,00 1,08 1,20 1,10 0,68 0,10 0,70 0,62 0,60 1,26 4,00 1,30 1,38 1,25 1,60 0,69 1,50 3,45 3,80 2,05 2,07 3,30 0,90 0,05 n/d 1,07 1,75 7,00 1,21 1,05 1,30

T T T T T A T T T T T T T T T S T A T T T T S T S T T T T T T T A S A T T S T

Code ISIN

FR0000120404 FR0000031122 FR0000120073 FR0000130007 FR0010220475 LU0323134006 FR0000120628 FR0000131104 FR0000120503 FR0000125338 FR0000120172 FR0000045072 FR0000120644 BE0003796134 NL0000235190 FR0010242511 FR0000121667 FR0000133308 FR0010208488 FR0000120537 FR0000130213 FR0000120321 FR0000121014 FR0000121261 FR0000120693 FR0000121501 FR0000121485 FR0000131906 FR0000125007 FR0000120578 FR0000121972 FR0000130809 NL0000226223 FR0010613471 FR0000120271 FR0000124711 FR0000120354 FR0000124141 FR0000125486 FR0000127771

Cours en euros. ◗ : valeur pouvant bénéficier du service de règlement différé (SRD). # : valeur faisant l'objet d'un contrat d'animation. Plus haut et plus bas : depuis le 1/1/2008. n/d : valeur non disponible. A : acompte, S : solde, T : totalité.

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SÉLECTION publiée sous la responsabilité de l'émetteur

2553,14 11/11 3356,29 11/11 66,06 11/11 263,43 11/11

Dernier cours connu le 13/11 à 9h Valeur

Cours

date

en euro valeur

Fonds communs de placements ECUREUIL BENEFICESRESPONSABLES 30,19 28/10 ECUREUIL ACTIONS EUROP. C 11,21 28/10 ECUREUIL CAPIPREMIERE C 2744,36 11/11 ECUREUIL CAPITAL C 56,64 11/11 ECUREUIL DYNAMIQUE + D 28,73 11/11 ECUREUIL ENERGIE D 34,89 11/11 ECUREUIL EURIBOR 1233,70 11/11 ECUREUIL EXPANSION C 18119,42 11/11 ECUREUIL INVESTISSEMENT D 40,19 11/11 ECUREUIL MONEPREMIERE C 2367,57 11/11

Multi-promoteurs CM-CIC EUROPE

19,49 10/11

Fonds communs de placements CM-CIC EURO ACT C CM SELECTION PEA CM-CIC MID EUROPE CM-CIC TEMPERE CM-CIC DYN.EUROPE CM-CIC FRANCE CM-CIC EQUILIBRE

GMO ACTIONS LBPAM ACTIONS AMERIQUE C LBPAM ACTIONS DEVELDURABLE C LBPAM ACTIONS DEVELDURABLE D LBPAM ACTIONS DEVELDURABLE S

14,58 28/10 6,38 10/11 14,56 10/11 150,94 10/11 27,99 10/11 28,31 10/11 59,51 10/11

74,70 10/11 17,61 10/11 95,21 10/11 87,56 10/11 62,98 10/11

LBPAM ACTIONS EURO R 18,64 28/10 LBPAM ACTIONS FRANCE C 75,69 10/11 LBPAM ACTIONS FRANCE D 66,86 10/11 LBPAM ACTIONS INDICE FRANCE 28,62 10/11 LBPAM ACTIONS INDICE EURO 66,47 10/11 LBPAM ACTIONS MIDCAP C 77,83 10/11 LBPAM ACTIONS MIDCAP D 72,06 10/11 LBPAM ACTIONS MONDE C 156,56 10/11 LBPAM ACTIONS MONDE D 131,50 10/11 LBPAM ACTIONS PACIFIQUE C 14,34 10/11 LBPAM MONETAIRE C 125,61 11/11 LBPAM MONETAIRE D 110,76 11/11 LBPAM OBLI LONG TERME D 124,33 8/10 LBPAM OBLI MOYEN TERME C 228,76 11/11 LBPAM OBLI REVENUS 745,67 11/11 LBPAM PROFIL 100 C 56,65 10/11 LBPAM PROFIL 100 D 51,95 10/11 LBPAM PROFIL 100 S 68,17 10/11 LBPAM PROFIL 15 C 212,33 11/11 LBPAM PROFIL 15 D 194,53 11/11 LBPAM PROFIL 50 C 197,95 11/11 LBPAM PROFIL 50 D 181,84 11/11 LBPAM PROFIL 80 C 193,93 11/11 LBPAM PROFIL 80 D 178,68 11/11 LBPAM PROFIL 80 PEA C 73,30 11/11 LBPAM PROFIL 80 PEA D 67,13 11/11 LBPAM PROFIL 80 PEA S 75,29 11/11 LBPAM TRESORERIE P 3151,47 11/11 LBPAM TRESORERIE E 6861,57 11/11

VIVACCIO ACTIONS

75,02 10/11

Fonds communs de placements LBPAM ACTIONS TELECOM LBPAM ACTIONS EUROPE C LBPAM ACTIONS FINANCE LBPAM ACTIONS SANTE LBPAM OBLI EUROPE D

37,99 10/11 50,96 10/11 38,69 28/10 81,55 10/11 105,02 11/11

FCP Multi-gestion CM-CIC DYN.INTERN. 20,79 10/11 CM-CIC OBLI C.T. 134,38 12/11 CM-CIC OBLIGATIOND 25,02 12/11 CM-CIC MID FRANCE 23,85 10/11 CM-CIC USA 5,11 7/11 CM- CIC JAPON 3,27 7/11 CM-CIC PLAN BOURSE 16,10 10/11 CM-CIC TEMPERE 150,94 10/11 CM-CIC EURO ACT C 14,58 28/10 CM-CIC FRANCE 28,31 10/11 ...................................................................................... ...................................................................................... ...................................................................................... ...................................................................................... ...................................................................................... ...................................................................................... ......................................................................................


0123

Décryptages

Vendredi 14 novembre 2008

Dedebele

19 Portrait

François Pérol

Aux PARCOURS

manettes 1963 Naissance au Creusot (Saône-et-Loire).

1990 Major de sa promotion à l’ENA.

1996 Chef du bureau des marchés financiers à la direction du Trésor.

2004 Directeur adjoint du cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère des finances.

2005 Associé-gérant de la banque Rothschild.

l’Etat, qui m’ait posé les bonnes questions, se souvient M. Hénin. Malheureusement, il n’a pas pu remettre en cause les décisions qui avaient déjà été prises. Lui, il voulait se battre, se défendre contre les USA. » François Pérol se souvient bien de l’épisode : « Nous avions hérité des dossiers pourris du Crédit lyonnais, qui n’était pas connu, à l’époque, pour sa rigueur. Je pensais qu’il fallait transiger, on ne voulait pas plier devant la justice américaine. » Il y eut aussi l’affaire Tapie, et l’arbitrage favorable dont l’ex-homme d’affaires a bénéficié, à l’initiative de l’Etat. Bernard

Ancien associé de la banque Rothschild, il est secrétaire général adjoint de l’Elysée, chargé des questions économiques. Il a préparé pour Nicolas Sarkozy le G20 consacré à l’avenir de la finance mondiale

Les gens se font des idées sur moi, autant en profiter

C

urieux, tout de même, ce délicat dessin de Ségolène Royal, saisie de profil, qui orne un mur du bureau de François Pérol, le secrétaire général adjoint de l’Elysée et grand architecte du programme économique de Nicolas Sarkozy. A 45 ans, la mèche blanche soigneusement rangée, cet homme a certes la réputation d’un éternel inclassable, féru d’art moderne, bon vivant, aussi prompt à rire aux bonnes blagues de Bernard Tapie qu’à se muer en haut fonctionnaire grisâtre. Mais de là à afficher aussi clairement ses sympathies pour l’ancienne rivale de Nicolas Sarkozy, il y avait un sérieux pas à franchir. « Il y a effectivement une troublante ressemblance du modèle avec Mme Royal, comme on me l’a fait remarquer à plusieurs reprises, concède François Pérol, mais ça s’arrête là. » Il n’a donc pas tourné casaque. Cela ne lui ressemblerait guère, de toute façon. François Pérol est du genre fidèle, bien élevé. Et discret. Sur les photos de groupe, dans les cérémonies officielles, il faut bien une loupe pour le dénicher. Il ne s’exhibe pas, peine à se raconter. Question de tempérament. « Je me protège… », lâche-t-il. Se protéger, mais de qui ? Pas un décideur français qui ne vante ses qualités. Il est aux premières loges, aujourd’hui. « J’ai plein de nouveaux amis, s’amuse-t-il, ils ont le sens de leurs intérêts. Des ennemis ? J’en ai sûrement. Mais ils sont dans l’ombre. » En tout cas, difficile de les débusquer. A la veille du G20 qui doit réunir le 15 novembre la gouvernance mondiale censée mettre sur pied un nouvel ordre économique, c’est lui qui, pour l’Elysée, fait figure de tête pensante. Il a troqué un poste confortable d’associé à la banque Rothschild pour rejoindre, en mai 2007,

2007 Secrétaire général adjoint de l’Elysée.

l’équipe présidentielle. Il n’a pas hésité longtemps, même s’il a fallu consentir quelques sacrifices financiers. « Mais ça me regarde… », prévient-il. Jamais le pouvoir politique n’a autant pesé sur les sphères économiques. Les patrons du CAC 40 fréquentent assidûment l’étroit couloir qui donne accès à son bureau lumineux, niché dans les soupentes de l’Elysée. « C’est une perle, estime Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée. Il maîtrise son domaine à la perfection, et en plus il ne déteste pas les innovations, il a un réel sens politique. » Lui joue les modestes : « Les gens se font des idées sur moi, autant en profiter. » François Pérol imagine la politique économique de la France de demain. Tout en essayant de trouver des solutions à la situation actuelle. Pas simple. « Il y aura une crise économique, c’est inévitable, mais on a le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait, dit-il. Je suis prêt à répondre aux critiques, mais je ne pense pas que cette affaire va nous coûter de l’argent. »

François Pérol n’était pas prédestiné à tomber en Sarkozie. Il n’est pas de la race des courtisans. Il a eu sa vie, bien avant de fréquenter le pouvoir. Il dit qu’il ne fera pas l’erreur de « se laisser griser ». Déjà, avec sa deuxième compagne, ils ont six enfants à gérer, ça occupe. Et puis, ce Bourguignon aurait dû faire médecine, comme son père ou ses frères et sœurs. La réalité, il connaît. Son parcours universitaire ? Un modèle, dans le genre : HEC, Sciences Po, puis l’ENA, forcément, dont il sort major de sa promotion. Il intègre l’inspection générale des finances, puis se retrouve au cabinet de Francis Mer, ministre des finances, en 2002, auquel succède Nicolas Sarkozy, deux ans plus tard. Il découvre alors l’homme, puis la bête politique : « Il est atypique, il a un vrai leadership, il assume ses responsabilités. Mon boulot, en comparaison du sien, est simple : lui fournir des idées. » Comme son mentor, il ne mâche pas ses mots. La gestion américaine de la crise ? « Ils se sont débrouillés avec les pieds, là-bas… », dit-il.

A l’Elysée, il forme un duo redoutable avec Henri Guaino, le bouillant conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. Souvent, il y eut des heurts. « On est radicalement différents, mais complémentaires. C’est un type attachant. Il n’est pas pervers, juste ronchon… », explique M. Pérol. En cas de conflit, Claude Guéant joue les arbitres. « Henri Guaino a un caractère entier, ditil, mais leurs oppositions sont devenues rares, on s’est créé une approche collective, comme pour la rédaction du discours de Toulon. » De toute façon, François Pérol est un pragmatique. En témoigne l’affaire Executive Life, qui a coûté 700 millions de dollars à l’Etat français, engagé jusqu’en 2005 dans un bras de fer avec les autorités américaines. François Pérol fut l’un des négociateurs. Jean-François Hénin, l’ex-patron d’Altus Finance, filiale du Crédit lyonnais à l’origine du scandale, se souvient d’avoir eu affaire à un François Pérol à l’écoute. « C’est la seule personne, au niveau de

Tapie, qui doit recevoir 285 millions d’euros des liquidateurs du Crédit lyonnais, a-t-il bénéficié d’un coup de pouce élyséen dans ce dossier ? Le secrétaire général adjoint de l’Elysée admet apprécier M. Tapie : « Je le vois tout le temps, ditil, il me raconte sa vie, il n’a généralement rien à me dire, mais il me fait marrer. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi accrocheur. Et dans ce cas précis, il fallait un arbitrage, c’est mon avis, il y avait une telle crispation autour de la personne de M. Tapie… » Pour autant, selon M. Pérol, il ne faudrait pas en déduire que Nicolas Sarkozy est intervenu directement dans ce dossier. Bernard Tapie ne tarit pas d’éloges sur François Pérol : « Il n’est pas convaincu qu’il a la science infuse, assure-t-il, et puis il assume ses positions. C’est quelqu’un de droit, avec qui tu ne perds pas ton temps. » M. Pérol est nettement plus ennuyé par sa relation avec Imad Lahoud, suspecté d’avoir attribué un compte occulte à M. Sarkozy dans les listings Clearstream. Imad Lahoud jurera même que M. Pérol lui avait ménagé un aparté avec M. Sarkozy. « Il est complètement mythomane, s’insurge le secrétaire général adjoint de l’Elysée. Il n’a jamais rencontré M. Sarkozy. Je ne suis pas très malin, mais jamais je n’aurais facilité une telle rencontre… » Les deux hommes ne se voient plus. C’est plus simple. L’avenir ? M. Pérol ne se voit pas rester à l’Elysée. « Je ne veux rien, je ne demande rien à personne, lâche-t-il. Et puis je serais nul en politique. » En revanche, diriger une grande entreprise… a Gérard Davet Photo Sébastien Filosa pour « Le Monde »


20

Débats

Lelivre dujour

L’Europe dans un angle mort

Récit poignant d’une policière

La réponse de l’Union à la crise a été une juxtaposition de plans nationaux, sans aucune stratégie

R

aconter ses souvenirs de flic est devenu un genre très prisé. L’éditeur Michel Lafon a, dans ce domaine, ouvert une sorte de collection. Après Gardien de la paix, de Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, voici, comme un second tome, Flic, tout simplement, de Martine Monteil, ex-directrice centrale de la police judiciaire. Même présentation, agrémen-

Flic, tout simplement Martine Monteil Michel Lafon, 300 pages, 18,95 ¤ tée de trois citations d’illustres penseurs en introduction, même dédicace – « aux femmes et aux hommes de la police nationale… » –, même plume journaliste. Après tout, nègre de flic est une spécialité comme une autre. Mais Martine Monteil est une femme, et ça change tout. Toute sa carrière, la « patronne » de la PJ a défriché un maquis longtemps réservé aux hommes. Un milieu pas « trop » sexiste, dit-elle, mais où « l’on pardonne moins aux femmes qu’aux hommes en cas de dérapage ». « La seconde chance, souligne-t-elle, varie selon qu’on est en jupon ou en pantalon. » Dans le premier cas, il n’y en a pas. Elle le constatera, non pas à ses dépens, mais à ceux d’une collègue, qui eut le malheur de céder aux pots, trop nombreux au point d’avoir un accident de la circulation. Résultat : elle a été mutée au tribunal de police, pendant plus de vingt ans. « Cela revient à dire qu’elle a été cassée. Elle n’a jamais été rattrapée, elle n’a jamais pu rebondir (…). C’est ce que l’on aurait fait pour un homme. » Sans doute, Martine Monteil, issue d’une dynastie policière, possédait-elle un petit avantage sur ses paires : petite-fille, fille et épouse de policiers, elle connaissait la maison, ses us et ses coutumes. Son univers lui était familier, même s’il ne prépare pas à côtoyer la violence, les cadavres, la misère humaine. Des tueurs en série aussi, et des people en délicatesse avec la loi. Première commissaire femme à diriger quelques-unes des brigades les plus prestigieuses, les stups, la mondaine, la répression du banditisme, la « crim’» surtout et, enfin, la PJ, Martine Monteil a tout vu. Au commissariat du 7e arrondissement de Paris, elle croise l’actrice Jean Seberg, qui erre souvent dans les murs, en situation de détresse, et prépare des chocolats chauds. Aux stups, elle fait la leçon à Françoise Sagan, en garde à vue. A la mondaine, elle déjeune d’une pizza avec Fernande Grubet, plus connue sous le nom de Mme Claude, et qui se présente comme une chef d’entreprise comme une autre. A la brigade de répression du banditisme, elle met sous les verrous Michel Ardouin dit « le Porte-Avions », complice de Jacques Mesrine. Et compare la fin des grandes figures du milieu avec l’arrivée de la génération des « nouveaux barbares », ces « braqueurs fous, déjantés, totalement déstructurés ». A la « crim’», enfin, elle arrête le tueur en série Guy George. « Dans un silence religieux, sans qu’aucune insulte ne fuse à aucun moment, des dizaines de policiers appuyés contre le mur ou la rampe le regardent gravir lentement les trois étages » du 36, quai des Orfèvres. Mais le témoignage de cette femme flic, dont l’engagement public en faveur de Nicolas Sarkozy en 2007 avait fait grincer des dents, n’est pas qu’un bottin de célébrités ; il est poignant quand elle parle des inconnus, toxicomanes ou victimes. Comme cette jeune Canadienne, morte dans l’explosion de PortRoyal en 1996, et dont elle n’a jamais pu oublier le visage. a Isabelle Mandraud

L

a crise naît le 9 août 2007, lorsque la Banque centrale européenne (BCE) injecte 95 milliards d’euros de liquidités sur les marchés, alors que BNP Paribas gèle trois sicav en l’absence de valeur des subprimes qu’elles contiennent. Ces injections mettent le malade sous perfusion et la BCE gagne en crédibilité. Pourtant, au-delà de la politique monétaire, elle aurait dû alerter les gouvernements pour qu’ils prennent les mesures nécessaires afin d’enrayer le mal et empêcher qu’une crise de liquidités ne se transforme en une crise de solvabilité. La BCE a ensuite tardé à baisser les taux d’intérêt. Lorsqu’en mars le Parlement européen organisait un débat pour préparer le Conseil européen d’avril consacré à ces questions, le commissaire responsable, l’ancien ministre des finances irlandais, Charlie McCreevy, préféra assister à des courses hippiques… Mais la conception qu’a Manuel Barroso de son rôle est aussi en cause. Plutôt que d’être la sève communautaire, il l’a théorisé comme une feuille morte baladée au gré des désirs du Conseil : la Commission ne doit proposer que ce que les Etats membres souhaitent. L’organisation de la Commission produit un angle mort pour appréhender cette crise, les questions macro-économiques et relatives aux marchés financiers dépendant de deux commissaires différents. Au Parlement européen, dès octobre 2006 nous invitions la Commission « à porter une attention plus grande à l’impact du comportement des marchés financiers sur la situation macro-économique de la zone euro ». Parce qu’il ne fallait pas casser le moral des ménages, moteur de la croissance, et qu’il était plus facile de ne pas monter au front, les gouvernements laissent la BCE

0123 Vendredi 14 novembre 2008

Pervenche Berès Présidente de la Commission économique et monétaire du Parlement européen intervenir seule. Ils adoptent des feuilles de route sur les enseignements de la crise qui ne portent pas sur la pollution des subprimes, dont le traitement est laissé à des appels à la transparence des banques. Or, elle est contraire aux règles du marché car elle obligerait les acteurs individuellement à prendre des risques de réputation et de projections auto-réalisatrices. La transparence ne pouvait exister qu’avec des vérifications sur pièce et sur place dont aucune autorité n’avait les moyens. Au printemps, le FMI publie des chiffres en baisse sur la croissance en Europe au moment où les ventes de voitures chutenten Allemagne. Une sainte alliance s’organise alors entre l’exécutif européen et la BCE pour juger ces chiffres sous influence américaine et trop pessimistes. On passe d’une optimisation des anticipations à un déni de réalité. A la suite d’une grave erreur d’appréciation de l’administration Bush, le mal a explosé et l’œuf pourri des subprimes fait tourner la mayonnaise de la finance mondiale, entraînant avec cette explosion des conséquences économiques et sociales considérables. La décision de laisser tomber le 15 septembre Lehman Brothers a provoqué une crise systémique qui devrait marquer l’acte de décès de l’ère Reagan-Thatcher. En Europe, dans cette nouvelle phase de la crise, le premier réflexe aura été le sauve-qui-peut de l’Irlande. Ce pays, qui sans l’euro serait aujourd’hui dans la situation de l’Islande, décide de garantir l’intégralité des dépôts de ses banques, provoquant

un déplacement massif d’épargne de dépositaires britanniques. Angela Merkel, de son côté, commence par refuser tout plan de soutien européen des banques, dans un réflexe pavlovien qui consiste à penser que dès que l’on parle d’une coopération, on va demander à l’Allemagne de payer. Après avoir laissé Nicolas Sarkozy seul face au refus allemand au G4, Gordon Brown a présenté son propre plan trois jours plus tard et l’a fait endosser par l’Eurogroupe des chefs d’Etat et de gouvernement le 12 octobre. En tant qu’ancien ministre des finances de la principale place financière d’Europe, il sait de quoi il

Nicolas Sarkozy paraît tenté de jouer à un Monopoly d’Etat pour faire et défaire le capitalisme français

parle et peut marier l’impératif politique d’agir et la maîtrise des mécanismes à l’œuvre. Gordon Brown a aidé Nicolas Sarkozy parce qu’il en avait besoin pour donner à son plan de sauvetage de la City de Londres une chance. Nicolas Sarkozy, qui a installé JeanClaude Trichet au rang de chef d’Etat et de gouvernement, paraît tenté de jouer à un Monopoly d’Etat pour faire et défaire le capitalisme français, après les industries et les médias, au gré de ses humeurs et de ses amitiés. C’est sans doute aussi pour

cela que les banques ont refusé la première version de son plan et obligé l’Etat à leur proposant des prêts et non des prises de participation. On a aujourd’hui un plan massif de soutien des banques voté à la hâte par le Parlement sans contrepartie sur la stratégie qu’elles mettront en œuvre pour l’investissement à long terme et le développement durable, le soutien aux PME, les rémunérations, l’activité dans les paradis fiscaux ou la distribution de dividendes. L’autre risque, c’est que la pression pour la réforme s’évapore avec une relative stabilisation des marchés et l’argument que toute réforme d’ampleur risquerait de casser des économies en berne. Face à cette crise, Nicolas Sarkozy avait refusé d’écouter ceux qui lui disaient d’inscrire ces questions parmi les priorités de la présidence française. Héros de la lutte contre le capitalisme, il n’a pourtant pas hésité au soir de son élection à faire la fête au Fouquet’s avec ses amis du CAC 40 avant de s’envoler pour Malte, paradis fiscal bien identifié. Pour anticiper la gestion de la crise, il s’était jusque-là contenté de redorer le blason de Gordon Brown, dont le modèle est parmi les plus ébranlés, en acceptant de participer à un G4 à Londres en janvier excluant toute gestion européenne de la crise et donnant raison à Londres sur les fonds spéculatifs. Finalement, la réponse européenne à la crise bancaire aura été des plans nationaux juxtaposés. Une Commission ambitieuse devrait piloter la mise en œuvre de ces plans pour qu’ils soient utiles à une stratégie européenne. L’Europe peut donner le meilleur d’elle-même, la capacité de définition des règles, ce soft power des temps modernes dont la mondialisation a besoin. Pour cela, la Commission doit reprendre des couleurs, c’est l’un des enjeux majeurs des prochaines échéances européennes. a

Bretton Woods acte II : une gouvernance mondiale Le sommet de Washington ne doit pas se cantonner aux seuls dérèglements financiers

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ette année aura été une incroyable année de rupture. Pas seulement à cause de l’exacerbation de la crise financière et de sa propagation vers l’économie réelle, mais aussi parce que trois événements majeurs la marqueront à jamais. En premier lieu, ce fut l’échec du cycle de Doha. Au-delà des raisons invoquées, c’est un véritable refus des règles du commerce international telles qu’elles ont été imaginées par le monde occidental. Deux autres phénomènes bouleversent le paysage : l’incroyable volatilité des marchés énergétiques et des matières premières agricoles rend difficile une croissance économique mondiale forte tout simplement parce que le monde ne peut fonctionner au jour le jour. Enfin, la fin de l’année 2007 et cette année ont vu apparaître le débat-clé des années à venir, celui du contrôle des entreprises et en réalité celui de la liberté des capitaux, à travers la discussion encore marginale sur les fonds souverains. Cette année aura donc été celle de la remise en cause du fonctionnement des trois grands marchés : du commerce, des capitaux, des ressources rares. Et ces trois marchés sont complètement reliés entre eux. C’est la raison pour laquelle le nouveau Bretton Woods, expression uniquement destinée à souligner le caractère global et ambitieux de la négociation qui doit s’instaurer, mettra sur la table de façon

Christian de Boissieu Président du Conseil d’analyse économique

Jean-Hervé Lorenzi Président du Cercle des économistes articulée et cohérente les grandes composantes du nouvel accord mondial. Bien entendu, en premier lieu, il faut poser les bases de la nouvelle architecture financière avec deux objectifs majeurs. Tout d’abord apporter des réponses claires et cohérentes entre elles aux principaux défis soulevés par la crise financière en cours, qu’il s’agisse du fonctionnement des agences de notation, des normes comptables, du retour dans le champ de la réglementation d’un certain nombre d’opérateurs qui y échappent, de l’amélioration des règles prudentielles appliquées aux institutions financières et de leur supervision, du code de conduite à destination des fonds souverains, du système de rémunération et d’incitation dans la finance. Puis redéfinir le rôle du FMI, en le centrant sur la cogestion des crises bancaires et financières de nature systémique, en coopération étroite avec les banques

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centrales et les gouvernements. Cela suppose de lui conférer des moyens en proportion, sans doute des compétences réglementaires propres tout en affirmant que l’essentiel des pouvoirs réglementaires et de supervision vont, pour des arguments de proximité et de souveraineté, rester de la compétence nationale (et, en plus, communautaire pour les pays de l’Union européenne). On le voit déjà, ce nouveau Bretton Woods aura une dimension bancaire et financière, qui le distingue déjà du Bretton Woods originel de 1944-1945, très orienté sur les questions monétaires. On peut toujours rêver à la transition inverse de celle de mars 1973 et à repasser des changes flottants à des changes plus stables. Mais il n’y a rien à attendre de ce côté-là pour au moins les cinq ou dix prochaines années, alors qu’une meilleure gouvernance bancaire et financière ne peut attendre. Souci de croissance Il s’agira aussi de négocier l’équilibre énergétique mondial et, à travers cela, l’évolution du prix du brent et les marges de fluctuations acceptables pour une croissance équilibrée. Il faudra également se concerter sur l’investissement en production agricole, et c’est peut-être le point le plus vital pour les toutes prochaines années, à réaliser à l’échelle mondiale et de la même manière s’efforcer d’avoir un système de prix rationnel et compati-

ble avec ce même souci de croissance. Sans oublier de définir les règles de la propriété du capital, c’est-à-dire ce qui est jugé acceptable par les uns et par les autres, comme prises de contrôle d’entreprises par des non-résidents. Enfin, la récession qui s’installe rendra nécessaire des plans de soutien importants, au moins pour la moitié de l’économie mondiale. Encore faut-il que nous soyons d’accord pour que les politiques monétaires et budgétaires menées par les uns et les autres n’entraînentpas des évolutions incontrôlées des taux de change, ce qui ne ferait que compliquer l’équation à résoudre. Le G8 élargi va préparer une rencontremondialemettant à plattous ces problèmes liés entre eux avec un effet attendu et un objectif principal. L’effet serait que la seule annonce de cette conférence contribuerait vraisemblablement à une stabilisation des marchés financiers enfin rassurés sur la gouvernance économique mondiale. Un objectif, celui de faire de 2009 la premièreannée d’un cyclede croissance réaliste parce que fondé sur la reconnaissance d’un équilibre inédit dû à la nouvelle répartition des richesses et des liens qui associent de manière inextricable les différentes facettes des marchés. L’hôte de cette rencontre pourrait être le FMI, sachant qu’à la fin du processus, les organes de régulation économique et financière mondiaux adaptés à la nouvelle donne seraient largement refondés. a

DÈS DEMAIN 6 PAGES SPÉCIALES

Congrès national du PS à Reims • Les différents enjeux du Parti socialiste • Un sondage exclusif (TNS Sofres/Logica) : « L’image du Parti socialiste à la veille du congrès de Reims » • Enquête : « Les intellectuels et le PS »


Débats

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La social-démocratie en crise d’identité C’est sur le terrain social que les socialistes européens doivent proposer un New Deal aux classes moyennes et modestes

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ans une tribune intitulée « La social-démocratie sera européenne ou ne sera plus » (25 octobre), Alain Bergounioux et Gérard Grunberg estiment que la crise financière fournit à la social-démocratie une chance de redevenir une force politique « utile », à condition que celle-ci « assume intellectuellement et politiquement ses responsabilités dansla crise ». C’estun fait : la social-démocratie européenne traverse une crise existentielle majeure. En Europe, les formations qui en sont issues ont perdu treize des quinze derniers scrutins. Quand elles sont encore au pouvoir, leur politique est fortement impopulaire (c’est le cas de la Grande-Bretagne et del’Allemagne).Dans l’opposition, ces partis,pourtant confrontésà de nouvelles droites dures, sont inaudibles, jugés peu crédibles par le public (France, Italie). Dans un monde économique qui chan-

Liêm Hoang-Ngoc Economiste, université de Paris-I

Philippe Marlière Politologue, University College London ge, MM. Bergounioux et Grunberg affirment inlassablement que le renouveau social-démocrate passe par la fidélité au « cheminement idéologique » qui est la cause de son déclin ! Dans l’avant-congrès de Reims, ils mettent en garde les socialistes contretoute « dérive anticapitaliste ou altermondialiste ». Ils oublient de préciser que le socialisme est né comme antithèse du capitalisme et que, depuis le congrès de Toursen 1920,sa familleréformisten’a cessé de vouloir le transformer démocratique-

ment, pas à pas. Il est étrange que les auteursnementionnent nullepart la« nouvelle » social-démocratie qui est apparue en catimini dans les années 1980. A l’occasion d’expériences gouvernementales en France, en Espagne et en Grèce, cette gauche « moderne » a contribué à l’avènement du capitalisme financier en déréglementant les marchés financiers. Elle a privatisé le système bancaire et les entreprises stratégiques et s’est appropriée –sans jamaisle reconnaître– le prêt-à-penser néolibéral de ses adversaires de droite. Cette posture hypocrite a cessé avec l’arrivée au pouvoir de Tony Blair en 1997. Ce dernier a revendiqué un accompagnement décomplexé de la mondialisation néolibérale : soutien à la dérégulation des marchés, baisses d’impôts sur les hauts revenus,flexibilitédu marché du travail, privatisations et démantèlement du Welfare State (Etat-providence). La troisième voie blairiste a suscité l’admiration de la social-démocratie dans son

Trafic par Nicolas Vial

Nicolas Vial expose ses œuvres, du 18 novembre au 24 décembre, à la Galerie d’en face 7, rue Paul-Louis-Courier Paris 7e.

ensemble au point que le Parti des socialisteseuropéens n’a puse résoudreà condamner l’invasion de l’Irak ! Dans les années 1997-2006, la social-démocratie a ânonné dans chaque langue nationale le mantra blairiste: « Il n’ya pasde politiques économiques de gauche ou de droite, il n’y a que des politiques qui marchent et d’autres qui ne marchent pas. » C’est pour avoir voulu implanter un tel « logiciel » que les candidats socialistes aux présidentielles de 2002 et 2007 furent sévèrement battus. Faut-il vraiment persévérer dans une voie qui a conduit à ces échecs cuisants, à l’heure où la nouvelle droite elle-même découvre les vertus de l’interventionnisme public face aux défaillances du marché ? Selon Alain Bergounioux et Gérard Grunberg, le sursaut de la social-démocratie passe par la réactivation du « projet politique européen ». Mais comment une social-démocratie crispée sur une stratégie dépassée pourrait-elle réussir demain là où elle a lamentablement échoué hier ? En 2000, l’agenda de Lisbonne proposait un ensemble de « réformes structurelles » devant permettre à l’Europe de devenir une zone de forte croissance. En 2002, le Conseil européen de Barcelone à majorité social-démocrate décidait de libéraliser le marché de l’énergie et l’ensemble des services publics, de repousser l’âge de la retraite de cinq ans et apportait son soutien aux fonds de pension. En2005, la stratégie deLisbonne renouvelée proposait d’institutionnaliser la rigueur budgétaire,d’accentuer la flexibilisation du marché du travail, de prolonger la modération salariale. Avant même le déclenchement de la crise financière, l’Europe est devenue la zone où la croissance est la plus faible du monde et où l’ouverture à la concurrence s’est avérée incapable de stimuler l’investissement dans l’économie de la connaissance. Contrairement à ce que suggèrent les deux auteurs, ce n’est pas la crise de la construction européenne qui a affaibli la social-démocratie. C’est la crise idéologique et politique de la socialdémocratie qui a précipité l’Europe dans une spirale récessive et antisociale dont se défient aujourd’hui les peuples. Pour éteindre l’incendie financier, la mise en œuvre du plan Brown déroge à tous les canons de la pensée blairiste. Mais la social-démocratie ne doit pas se contenterd’applaudir la socialisation sans contrepartie des dettes de jeu du capitalisme financier, en réclamant la poursuite des « réformes structurelles ». Elle serait d’autant plus inaudible que la droite saisit l’aubaine de la crise pour justifier l’achèvement desdites réformes et rendre irréversi-

ble le détricotage des instruments de contrôle public de la production et de la répartition des richesses. C’est un véritable New Deal qu’il faut proposer pour sortir l’Europe de la récession. Un programme de grands travaux doit s’organiser autour de la modernisation des infrastructures et des services publics (transports, communication, hôpitaux, écoles, universités). Le chantier des énergies renouvelables doit enfin être réellement creusé. Les ressources financières et industrielles, les compétences des chercheurs doivent être mobilisées à ces effets. En attendant les balbutiements du fédéralisme budgétaire, les Etats doivent accroître leur participation avec droit de vote et de contrôle dans le secteur bancaire, mais aussi dans les entreprises stratégiques des secteursconcernés,dontlavaleur actionnariale est désormais attaquée en Bourse. La social-démocratie européenne doit initier des réformes fiscales améliorant la redistributivité de l’impôt de telle sorte que

N’oublions pas qu’aux Etats-Unis c’est la stagnation du salaire médian qui est à l’origine de l’endettement des ménages

l’effort ne soit pas supporté par les classes moyennes et modestes. Elle doit enfin proposer aux partenaires sociaux de s’entendre sur une progression des salaires indexée sur les gains de productivité et l’inflation, pour enrayer une fois pour toutes la baisse du pouvoir d’achat de ceux qui vivent de leur travail. N’oublions pas qu’aux Etats-Unis et parmi les clones européens du modèle américain, c’est la stagnation du salaire médian qui est à l’origine de la montée de l’endettement des ménages, tiré par le crédit hypothécaire. Les futures échéances électorales ne se gagneront pas « au centre ». Les électeurs qui ont, par dépit, porté les nouvelles droites européennes au pouvoir appartiennent aux classes populaires. La social-démocratie partira à leur conquête ou disparaîtra. a

Aucourrierdeslecteurs A l’occasion de l’élection américaine certains ont parlé de victoire (s), d’autres de revanche (s) des minorités dans le processus de représentation politique d’une société occidentale. Il est singulier de constater que des catégories habituellement peu visibles politiquement ont brigué la présidence des EtatsUnis : les seniors de plus de 70 ans, les femmes, les Noirs (…). Philippe Foucqueteau Marseille

360 milliards ! 360 milliards d’euros empruntés pour sauver le système financier de la faillite, 360 milliards pour réparer les errements d’une minorité argentée. Les caisses étant vides, qui va payer ? Le contribuable bien évidemment ! Pas le plus fortuné de surcroît, puisque protégé par le fameux bouclier fiscal, mais, comme d’habitude, celui qui, déjà, boucle difficilement ses fins de mois. Or, contrairement aux assertions gouvernementales, ce plan de sauvetage des banques n’est nullement justifié en l’état. Il ne s’adresse pas, en effet, à la majorité des Français dont les fonds sont garantis en cas de faillite à hauteur de 70 000 euros, som-

me que peu de gens ont sur leurs comptes bancaires ou d’épargne – ceux qui possèdent plus que ce montant ont d’ores et déjà pris la précaution de répartir leur pécule entre différents établissements financiers. En outre, si cette injection de liquidités renfloue les banques lessivées par le jeu boursier, elle ne bénéficie pas à l’économie réelle, celle des entreprises, puisqu’elle ne se traduit par aucun investissement majeur, elle ne se concrétise pas par une politique volontariste de relance, une politique de grands travaux à l’instar du New Deal américain des années 1930. Au final, cette aide massive de l’Etat n’est donc destinée qu’à la sauvegarde des intérêts particuliers d’une minorité de privilégiés. Pis, la crise va perdurer mais les plus riches seront sauvés ! Laurent Opsomer Hergnies (Nord)

Obama et Lincoln La preuve semble définitivement apportée qu’une personne ayant des racines africaines, certes intelligente mais aussi soutenue par sa famille, étudiant, travaillant, ayant de l’ambition, sans complexe mais sans arrogance, prenant sa place par ses compétences et son talent, pouvait accéder à la plus haute fonction sans discrimi-

nation positive. Il est permis d’espérer que dorénavant nous ne lirons plus de textes compassionnels expliquant, plusieurs siècles après la traite des Noirs et cinquante ans après l’indépendance pour les pays d’Afrique, que tous les problèmes des populations africaines seraient « les séquelles du colonialisme ». Plutôt que de ressasser Frantz Fanon et ses complexes, les Africains prendront-ils exemple sur Barak Obama ? Puisqu’il est de saison de prendre ses références en Amérique, rappelons cette déclaration d’Abraham Lincoln : « Nous ne pouvons pas aider les hommes en permanence en faisant pour eux ce qu’ils pourraient faire et devraient faire par eux-mêmes. »

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La mort d’un SDF Si Hibernatus revenait, par quoi serait-il bouleversé ? Par le réchauffement planétaire qui l’a décongelé ? Les dérives du football ? La télé « trash » ? La « pipolisation » des politiques ? Les krachs bancaires ? L’inversion des pôles politiques en France ? Ou le décès par hypothermie d’un SDF ?

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Enquête

0123 Vendredi 14 novembre 2008

Au palais de justice de Douai, Me Eric Dupond-Moretti, 47 ans, est un peu chez lui. Il a l’habitude de s’éclipser, sous l’œil complice des gendarmes, pour fumer une cigarette. AIMÉE THIRION/FEDEPHOTO POUR « LE MONDE »

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uspension d’audience. Dans les couloirs de la cour d’appel de Douai, Eric Dupond-Moretti allume une cigarette et, entre deux bouffées, la glisse dans la manche de sa robe d’avocat. Pas vu pas pris, la technique est rodée, qui lui permet d’échapper à la vigilance des gardes de tous les palais de justice de France. Mais ici, Me Dupond-Moretti bénéficie d’une sorte d’immunité complice. Un gendarme de faction passe non loin du contrevenant en fermant les yeux. L’huissier, qui s’approche pour lui signaler la reprise des débats, sourit : « Tiens, il y a du brouillard… » L’avocat en profite pour s’enquérir de l’état d’esprit des jurés après quelques heures de débats : « – Mes actions ne sont pas à la baisse ? – Non, cette fois encore, je crois que ça va aller », répond l’huissier. Il défend ce jour-là un homme accusé du viol de sa fille mineure, qui crie son innocence. Une première cour l’a condamné à huit ans de réclusion. L’homme a fait appel, et il a demandé à Eric DupondMoretti de prendre son dossier. « Celui-là, je peux l’arracher », dit-il. Traduire : le faire acquitter. C’est devenu son job, son champ d’honneur professionnel. De ses combats et de ses victoires, il feint – mal – de ne pas tenir le compte. Dans ce palais du Nord, Eric DupondMoretti est chez lui. L’huissier débonnaire ou la greffière aux cheveux blancs qui s’amuse de ses rodomontades ont vu grandir cet ogre du pénal, inscrit depuis 1984 au barreau de Lille. Ils apprécient que, entre deux affaires retentissantes et une tournée d’assises aux quatre coins de la France, il revienne au pays. Leur rejoue ses meilleurs numéros. Comme celui-ci, qui consiste à terroriser une experte psychologue. Dans son compte rendu d’examen de la plaignante, elle a écrit : « Devant tant de larmes non feintes, je me refuserai à lui faire décrire les faits pour lesquels elle est soumise à expertise et dont tout l’entretien mettra en évidence qu’ils ne relèvent pas de la fabulation. » « Des questions, la défense ? », s’enquiert la présidente. Un des juges assesseurs s’en mord les lèvres de gourmandise. « Oh, juste quelques-unes… », répond l’« ogre ». Et c’est parti pour un morceau d’anthologie de terrorisme de défense pénale dont l’experte trop compassionnelle ressort en miettes. « Il ne manquait plus que vous à Outreau, Madame ! », conclut l’avocat en regagnant son banc. Outreau, référence obligée, usée jusqu’à la corde par celui qui a assuré la défense à Saint-Omer puis à Paris de deux des

L’artiste des prétoires L’affaire d’Outreau a assuré la notoriété d’Eric Dupond-Moretti. Depuis, on s’arrache les services de cet avocat devenu champion de l’acquittement. Jérôme Kerviel l’a désigné pour sa défense Pascale Robert-Diard accusés qui seront acquittés. Outreau, qui l’a fait accéder à tous les plateaux télévisés, aux honneurs parlementaires, au respect de ses confrères et à la plus précieuse des notoriétés pour un pénaliste, celle de toutes les prisons de France. Ajoutons-y, pour compléter le tableau, la crainte ou l’animosité, voire davantage, de bon nombre de magistrats. Le tout méritait que l’on aille y voir de plus près, qu’on le suive du nord au sud, d’est en ouest. Qu’on l’écoute plaider et plus encore parler de ce métier auquel, ditil, il doit « tout ». Et d’abord une épouse. C’était au début des années 1990. Elle était jurée d’assises. Il venait de s’installer comme avocat à Lille. « Je l’ai trouvée très belle, j’ai plaidé pour elle. » Il était reparti en emportant précieusement la liste des jurés. Avait cherché dans l’annuaire et était tombé sur une homonyme « avec un accent du Nord à tout casser ». « Je me suis

où personne ne veut aller, plonger au cœur de la bureaucratie judiciaire, avec un esprit de défiance systématique », dit-il. Après, c’est à lui de jouer. Longtemps, il a parcouru le pays au volant de sa voiture. Il en a acheté une grosdit que ça ne pouvait pas être elle. Et au se et clinquante. « J’avais calculé que je pasmême moment, j’ai reçu un très joli petit sais deux mois entiers dedans par an. C’est mot. Cette fois, c’était elle. Et voilà. » pas pour me justifier, c’est pour expliquer », Depuis, ils ont eu deux enfants. L’un se pré- ajoute-t-il en rejoignant sa Mercedes. Il nomme Clément – « Acquittement et Non- raconte les nuits au volant, après un verdict tardif, ces « heures sombres où vous Lieu, ce n’était pas possible ». On le retrouve à Paris. Il sort d’une audi- tournez la clé de contact, quand le type que tion chez le juge d’instruction Renaud Van vous avez défendu vient de prendre quinze Ruymbeke avec son client Jérôme Kerviel. ans et que vous refaites tout le procès, avec L’ex-trader de la Société générale l’a en l’odeur de la sueur qui remonte, les lumières effet sollicité cet été pour renforcer sa blanches sur l’autoroute, la fatigue et le sanddéfense. Ça ne se refuse pas. Pourtant, Eric wich au thon dans la station essence ». Aujourd’hui, il prend plus souvent Dupond-Moretti ne suit plus guère les dossiers à l’instruction, et a « horreur des stra- l’avion. Avec une prédilection pour le sud. tégies de défense de groupe ». Il n’est pas « Nice, Aix, Marseille, pour un pénaliste, familier de la clientèle du CAC 40. Un jour, c’est un gros pôle d’activité. » Il est passé Jean-Claude Decaux avait demandé à le des auberges pour voyageurs de commerrencontrer. A la fin du dîner dans un très ce aux hôtels multiétoilés et aux restauchic restaurant parisien, Eric Dupond- rants gourmands, mais il aime toujours le café du petit matin dans le Moretti lui avait dit que les bistrot glauque en face du domaines dans lesquels « Devant une palais, à côté des turfistes et l’homme d’affaires pouvait des joueurs de Rapido. Suravoir besoin de lui n’étaient cour d’assises, pas les siens. Mais ilavait ajou- on parle toujours tout, il a cessé de vomir dans les toilettes avant de plaider. té : « Si un jour vous tuez votre de la même « Ça a duré dix ans. Tout me femme, je serai là. » chose : de paniquait, une porte qui Il concède toutefois qu’il n’a « pas beaucoup d’occasions l’amour, de papa s’ouvrait, un téléphone qui sonnait. » Aujourd’hui, il se régade refuser de tels clients, parce maman le. « Ce n’est pas que je maîtriqu’[il est] rarement sollicité ». de sa femme, se mon art, c’est que j’ai maîtriSon fonds de commerce, « c’est plutôt le Gitano qui a de ses gosses » sé ma peur », dit-il. éventré une vieille femme pour Désormais,c’est luiqui terlui piquer 40 euros ». « Je ne fais presque rorise, observe-t-on. Il s’agace. « On dit plus que des assises. Je suis désigné pour plai- que je terrorise les juges, c’est faux. Je terrorider. » se les cons. Mais c’est vrai que si je m’aperçois Pour le reste, il compte sur ses collabora- que je fais peur, je vais jusqu’au bout, je ne teurs. Une équipe de jeunes pénalistes vois pas pourquoi je m’en priverais. » Son mordus auxquels il a appris à dénicher ce bâtonnier reçoit des plaintes en rafale de qu’il appelle « l’acquittement de coin de magistrats « outragés ». Car souvent, cote » – le nom donné au classement des l’« ogre » dérape. « Je me damnerais pour éléments d’instruction. Comme par exem- un mauvais jeu de mots », reconnaît-il. Il ple l’épluchage fastidieux des « fadettes peste à nouveau : « On est tenu, en tant téléphoniques », ces centaines de relevés qu’avocat, à une obligation de délicatesse à de communications dont regorgent les l’égard des magistrats. C’est un archaïsme dossiers pénaux. « Il faut mettre son nez là insupportable. Moi, j’aimerais qu’on le rem-

place par une obligation d’insolence. » On le retrouve justement à Nice, entre deux plaidoiries d’assises. Il rentre d’Ajaccio, passe à Draguignan après un crochet par Monaco, avant un détour par Montpellier, une montée vers Beauvais et une dernière halte à Laon. Au restaurant, il croise un de ses anciens clients. « Ah ! mon sauveur ! », lui lance-t-il. On demande à Eric DupondMoretti de quoi il l’a sauvé. « De la justice ! », s’esclaffe-t-il. Draguignan, le lendemain. Une sale histoire de car-jacking qui tourne mal dans une station essence, un chauffeur de taxi tué de neuf coups de couteau, deux accusés de vol et de meurtre dans le box, pas d’aveux et pas de preuves. Ils ont pris dixhuit et vingt ans en première instance, Jean-Louis Pelletier et Eric DupondMoretti en appel. Ils se battent et plaident. Les deux accusés seront acquittés du meurtre. Moitié moins d’années de prison.

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e son client de ce jour-là, il a à peine retenu le prénom. Il a juste fait le job. Le job, justement, c’est quoi ? « Il faut que les jurés aient envie de prendre le Ricard avec vous, pas le champagne. Devant une cour d’assises, on parle toujours de la même chose : de l’amour, de papa-maman, de sa femme, de ses gosses. Avec les mots des pauvres gens, comme dit Ferré. Moi, j’adore les mots, mais je déteste la littérature. Ou alors seulement Pagnol, parce qu’il aime le mot “manivelle”. » Il dit encore : « On est comme les chanteurs, qui tournent avec les mêmes trucs. » Les chanteurs, Eric Dupond-Moretti en raffole. Surtout du music-hall. « Pour la fin, les applaudissements, le rappel. C’est un moment qui m’émeut toujours. » On en revient au métier, à l’art de plaider. « Ce qui est important, pour un pénaliste, c’est la greffière qui a quarante ans de fauteuil aux assises, et qui, lorsque vous allez vous rasseoir, baisse les paupières pour signifier : “Ça, c’est de la plaidoirie.” Mais le mieux, c’est encore les larmes de l’escorte de votre client. Ça vaut n’importe quelle flagornerie de confrère. » Et puis vient le meilleur. Quand, la tête baissée pour ne pas voir les visages des jurés, les ongles rongés à l’os, on entend le président annoncer : « La cour, après en avoir délibéré, a répondu négativement à l’ensemble des questions qui lui étaient posées. » « A ce moment-là, dit-il, on a le plaisir pour soi tout seul, car derrière, le client, lui, n’a pas encore compris que ça signifie qu’on a gagné et qu’il a été acquitté. » Au fait, l’accusé du viol de sa fille, après deux heures de délibéré, est ressorti libre du box de la cour d’assises de Douai. a


0123 Vendredi 14 novembre 2008

Culture&vous

Musique Un festival est organisé dans plusieurs villes

Pourquoi les orchestres français restent aux portes de l’élite mondiale

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e faire connaître. Sortir de l’anonymat d’un paysage musical surchargéen partant à la rencontre du public. Du 14 au 23novembre, l’Association française des orchestres (AFO) lance Orchestres en fête !, première manifestation du genre. Quatrevingts concerts à travers la France, des répétitions publiques, ateliers, rencontresaveclesartistes…Philippe Fanjas, directeur de l’AFO, y voit « une manière de mettre en lumière une pratique culturelle moins visible que l’opéra, mais qui recense chaque saison, autour d’une trentaine d’orchestres permanents (dont le budget global de 220 millions d’euros est supporté à 82 % par les finances publiques), près de 3 200 concerts et plus de 2,5 millions de spectateurs ». Beaucoup d’activité, donc. Mais peu de rayonnement, notamment à l’étranger. Pourquoi, par exemple, aucun orchestre français ne figure dans les dix meilleurs mondiaux, aux côtés des Philharmonies de Vienne et de Berlin, du Concertgebouw d’Amsterdam, de l’Orchestre symphonique de Londres et des grandes formations américaines (Cleveland, Philadelphie, Boston, New York, Chicago, Los Angeles) ? « Les Français adorent la musique, mais ils ne l’aiment pas. » La boutade de Berlioz serait-elle toujours vraie aujourd’hui ? La raison historique d’une France littéraire, privilégiant le théâtre et le cinéma, semble encore d’actualité. « Les orchestres sont le reflet des institutions, affirme Philippe Fanjas. Il nous faut prendre aussi en considération la place déclinante des cultures savantes dans notre société, la confusion avec le divertissement. Sans parler du niveau des élites qui leur fait préférer la culture populaire. » S’y ajoutent des causes plus spécifiques, comme le manque de vrais auditoriums en France. « La musique ne prend toute sa valeur que dans une salle adaptée. Elle n’est pas complètement à sa place dans le réseau des théâtres et des scènes nationales », poursuit Philippe Fanjas. Un constat que confirme Graziella Contratto, qui dirige l’Orchestre des pays de Savoie depuis six ans : « Pour nous, orchestres nomades, c’est parfois difficile de faire des programmes ambitieux, car nous dépendons de directeurs de salle peu connaisseurs et souvent très conservateurs. » Les dysfonctionnements vien-

nent aussi des orchestres euxmêmes, et des relations entretenues avec leur chef. Ainsi Marc Minkowski, fondateur des Musiciens du Louvre et directeur musical du Sinfonia Varsovia, constate : « En France, on est élevé dans un esprit de contestation permanent. Cela commence avec les profs à l’école. » Il est ainsi de notoriété publique que les musiciens français ne sontpas tendresavec leurchef, pouvant aller jusqu’à saboter un concert en cas de conflit. Production de solistes Mais Fayçal Karoui, directeur musical de l’Orchestre de Pau-pays de Béarn, stigmatise aussi les chefs qui cumulent les postes. « Que dirait-on d’un maire qui ne serait là que quinze à vingt semaines par an ?, interroge-t-il. Sans parler du fossé entre le salaire moyen d’un musicien (de 3 500 à 4 000 euros) et celui d’un chef qui touche 30 000 euros par concert ? » Cette coupure entre musiciens commence tôt. Jusqu’aux années 1980, l’enseignement des conservatoires français était très tourné vers la production de solistes. Jouer dans l’orchestre n’appor-

tait que peu de crédit. Difficile alors de construire cette tradition qui caractérise par exemple les orchestres germaniques. A l’étranger, on se souvient de l’aura de la mythique Société des concertsduconservatoire, qui révéla à Wagner la quintessence de la Neuvième Symphonie de Beethoven, ce que n’avait pas su faire l’Orchestre de Leipzig. Mais les ensembles français d’aujourd’hui restent peu connus. Pour le délégué à la musique au ministère de la culture, Pascal Dumay, la « politique discographique des majors, qui a long-

tempsprivilégié les orchestresd’Europe du Nord et des Etats-Unis » tient sa part de responsabilité. Les orchestres français ne manquent pourtant pas d’atouts. Le chef de l’Orchestre national de Lyon, Yun Märkl, vante « une culture de la précision et des sonorités », Kwamé Ryan, baguette de l’Orchestre national BordeauxAquitaine, « une curiosité que n’ont pas les musiciens allemands, plus stricts et systématiques dans l’interprétation ». De son côté, Jean-Claude Casadesus, patron de l’Orchestre national de Lille, qui a dirigé l’Orchestre français des jeunes pendant trois ans, souligne l’évolution psychologique des musiciens : « Les jeunes sont plus professionnels que leurs aînés. On est sortis du culte du soliste, et le métier de musicien d’orchestre a acquis ses lettres de noblesse. » Car s’il est une chose unanimement reconnue, c’est la valeur des musiciens français, dont la qualité est, pour le chef d’orchestre et compositeur Pierre Boulez, comparable à celle des grands musiciens étrangers. « L’Orchestre de Paris peut techniquement rivaliser avec celuide Berlin.Mais ilsouffre luiaussi du manque général de cohésion et de cohérence. » Et Boulez de déplorer le manque d’une direction artistique forte à la tête des orchestres. « Aux EtatsUnis, un orchestre est symbolisé par son chef.Regardez Georg Soltiet l’Orchestre de Chicago, celui de Clevelanddu tempsdeDohnanyi,sans parler de George Szell. Là, c’était vraimentl’identification totale. » Il espère que l’ouverture de la Nouvelle Philharmonie de Paris, en 2012, une salle entièrement dédiée aux orchestres, « leur donnera une impulsion salutaire ». a Marie-Aude Roux

23 Actualités

Ici&ailleurs La crise donne le signal du retour à Noir Désir

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ous ces beaux jeux inventés pour passer devant les premiers/Pour que chacun soit écrasé s’il refuse encore de plier/Les dégâts, les excès, ils vont vous les faire payer »… Ainsi commence, chanté d’une voix intense et éraflée, le premier couplet de Gagnants/Perdants, premier titre enregistré par le groupe Noir Désir depuis la libération en octobre 2007 de son chanteur, Bertrand Cantat, un peu plus de quatre ans après sa condamnation pour le meurtre de sa compagne, l’actrice Marie Trintignant. Le dernier album du groupe, Des visages, des figures, est paru en 2001. Cette ballade est l’un des deux nouveaux morceaux que le quatuor a mis en ligne par surprise et en téléchargement gratuit, mercredi 12 novembre, à l’occasion de la réouverture de son site (www.noirdez.com). L’autre chanson est une reprise punk du Temps des cerises de Jean-Baptiste Clément, titre emblématique de la Commune de Paris, saisi dans l’urgence avec la participation d’Estelle et Romain Humeau du groupe Eiffel. Sont proposés aussi six morceaux enregistrés live, en 2002, dans les locaux de Radio Popolare, à Milan. Dans une page d’introduction, le groupe explique que « la chanson Gagnants/Perdants a été enregis-

trée (…) en réaction au contexte actuel, politique et humain (…) Impossible d’attendre pour la mettre à disposition. » Comme si la crise qui secoue le capitalisme avait donné le signal du retour au groupe dont l’immense popularité était aussi associée, dans les années 1990, à son engagement. Rarement chanson de Noir Désir avait été aussi explicite : « Nous, on ne veut pas être des gagnants/Mais on n’acceptera jamais d’être des perdants/Pimprenelle et Nicolas/Vous nous endormez comme ça. » Depuis le printemps, il se disait que Noir Désir avançait dans la préparation d’un nouvel album. Bertrand Cantat, qui avait eu du mal à se remettre à l’écriture, aurait enfin réussi à produire plusieurs textes, sans qu’aucune date de sortie de disque soit prévue. « A part ça, Noir Désir est au travail… », conclut aujourd’hui le message du groupe. Ce retour suscite déjà des polémiques, comme en témoignait, dès mercredi, la ribambelle de réactions sur Internet. On pouvait, par exemple, y lire : « Un assassin qui donne des leçons, ça casse le mythe », ou « Je viens d’écouter, j’en ai des frissons. Quel plaisir d’entendre Bertrand ! » a

Littérature Le Goncourt des lycéens à Catherine Cusset

Théâtre Le Français « précise »

Le 21e prix Goncourt des lycéens a été décerné mercredi à Catherine Cusset pour Un brillant avenir (Gallimard). Le roman a été choisi au premier tour de scrutin, devant Syngué Sabour (POL) du Franco-Afghan Atiq Rahimi, lauréat, lundi, du Goncourt.

Stéphane Davet

La Comédie-Française a indiqué, mercredi12 novembre, dans un communiqué, qu’elle renonçait à s’implanter à Bobigny « dans un calendrier resserré ». « Précisant » les propos tenus dans Le Monde par son administratrice générale, Muriel Mayette, elle dit entrer « dans une deuxième phase de travail ».

- Ça c'est sûr, qu’ils en avaient du talent les Impressionnistes ! Déjà rien qu'arriver à peindre cette ville pourrie d'Argenteuil et qu'elle se retrouve dans un musée, chapeau bas les Impressionnistes !

Le programme d’Orchestres en fête A écouter à Paris. Orchestre de Paris, soirée Brahms, direction Christoph Eschenbach, les 19 et 20 novembre. Tél. : 01-42-56-13-13. Ensemble intercontemporain, direction Pierre Boulez, les 19 et 21 novembre. Orchestre de l’Opéra national de Paris : prégénérale de Fidelio, de Beethoven, le 20 novembre. Tél. : 0-892-89-90-90. A écouter en province. Orchestre symphonique région Centre Tours : Brahms, Dvorak, les 15 et 16 novembre. Tél. : 02-47-60-20-20. Orchestre des pays de Savoie, Chostakovitch, Stravinsky, Mozart, le 14 novembre à Annecy. Tél. : 04-50-33-44-11. Orchestre national de Lille : Prokofiev et Lille Piano Festival, le 15 novembre. Tél. : 03-20-12-82-40. Orchestre philharmonique de Strasbourg : week-end Olivier Messiaen le 16 novembre. Tél. : 03-69-06-37-06. A écouter et à voir. Orchestre national Bordeaux Aquitaine, direction Kwamé Ryan : concert

modulaire en pièces détachées dans les locaux d’Ikea, le 21 novembre. Tél. : 05-56-00-85-95. Orchestre national de Lyon : Concerts Expresso pour cadres pressés pendant la pause-déjeuner à partir de 12 h 30, le 21 novembre. Tél. : 04-78-95-95-95. Orchestre de chambre de Toulouse : « concert à la criée », où le public choisit les œuvres, le 23 novembre. Pour les enfants. Orchestre symphonique Région Centre Tours, le 17 novembre. Tél. : 02-47-60-20-32. Orchestre philharmonique de Radio France : le 20 novembre, atelier pédagogique en préparation du concert des « Clefs de l’orchestre de Jean-François Zygel », diffusé par France Télévisions. Tél. : 01-56-40-34-92. A lire. L’Orchestre, des instruments à la musique, chez Albin Michel dans la collection « Les Petits Débrouillards ». Téléphone du festival : 01-42-80-26-27. www.orchestresenfete.com

UNE COMEDIE DE JEAN-MICHEL

RIBES

AU CINÉMA LE 19 NOVEMBRE Le texte est publié aux éditions

dans la collection


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Culture

0123 Vendredi 14 novembre 2008

Jane met en mots la famille Birkin Rencontre avec la chanteuse qui, pour la première fois, est l’unique parolière de son nouvel album Musique

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ane Birkin, 61 ans, publie Enfants d’hiver. La photo de couverture, prise par « peutêtre [sa] grand-mère » sur une plage de l’île de Wight, montre Jane, 12 ans, enfant filiforme, garçonne en ballerines, le regard droit. Dans le livret, elle a placé des portraits de famille – sa mère, l’actrice Judy Campbell morte en 2004, son frère Andrew, sa sœur cadette Linda. « Andrew est magnifique, il a la tête du metteur en scène qu’il sera, moi de l’actrice,

et Linda, qui déjà ne veut s’impliquer dans rien de tout cela ! » Enfants d’hiver a été conçu avec Edith Fambuena, complice d’Etienne Daho. Jane Birkin en est l’unique parolière. C’est une première pour l’actrice et chanteuse, prolixe, toujours à nu, utilisant peu le fard intellectuel. Une marque à elle seule, omniprésente. « Je voulais retrouver l’adolescence, l’enfance, le seul pays qui vaille la peine d’être revisité. » La vie de Jane est une aventure sans rupture – disques, films, théâtre, coups de foudre et coups durs. Ses filles

« Enfants d’hiver », disque à l’instinct

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n imagine l’angoisse de l’ancienne muse devant la page blanche. Comment se risquer comme auteur, quand on a été jusque-là servie par un des maîtres de la chanson française – Gainsbourg –, puis par un florilège de plumes de renom ? Plutôt que d’entrer en concurrence avec les pros du refrain, Jane Birkin a choisi de suivre son instinct, de creuser ses souvenirs, ses regrets, ses blessures, en restant nature, très souvent touchante, attachante, parfois crispante. Une dizaine de compositeurs lui ont confié des musiques, mais Enfants d’hiver donne surtout l’impression de naître dans le cocon tissé par Edith Fambuena, guitariste productrice, dont la sobre élégance s’est déjà fait remarquer chez Daho, Bashung ou Jean Guidoni. L’humeur hivernale de l’Anglaise s’épanouit ainsi dans la délicate chaleur de guitares acoustiques, d’un piano, d’une flûte, d’une contrebasse, d’un violon ou d’un violoncelle. Ses mots oublient parfois que la profondeur de l’émotion (A la grâ-

ce de toi), la valeur de la confidence (Le 14 février) ou de l’engagement (Aung San Suu Kyi, son manifeste pour la Birmane Prix Nobel de la paix), ne font pas la chanson. Sans étincelle mélodique, jeu verbal ou rythmique, son chant fragile s’alourdit de mélancolie récitative. On préfère Jane quand son spleen, sa tendresse ou sa gouaille s’appuient sur la dynamique d’un air séducteur. Alain Souchon et son fils, Pierre, guident ainsi Période bleue au carrefour malicieux du blues et de la comptine, pour un titre qu’on jurerait tiré du répertoire de Souchon père. Prends cette main, Il fait nuit, Enfants d’hiver (sur une jolie tournerie d’Hawksley Workman) ou le gainsbourien Madame brillent aussi de petites touches enjôleuses, même dans la gravité de la nostalgie, de la solitude ou des outrages du temps. Atypique et réjouissant, Oh comment ça va ? balance vertement des rancœurs à un ex sur fond de guitares empruntées à la verve trash du Velvet Underground. Des soucis d’ancienne égérie ? a Stéphane Davet

sont « merveilleuses », et sa mère, dit-elle, a glissé lentement vers la mort dans un hôpital britannique, qui, libéralisme oblige, utilisait des « cash nurses », des infirmières indépendantes payées à l’heure. Dans l’appartement qu’elle occupe, près de la rue de Verneuil où vivait Serge Gainsbourg, elle a épinglé des pêle-mêle, gardé des œuvres photographiques, un tirage noir et blanc magnifiquement flou de son frère Andrew, dont le fils Anno Birkin s’est tué à l’âge de 20 ans dans un accident de voiture, en 2001. « Il y a un pays/Invérifiable/Inaccessible/Co mme les morts/J’ai passé ma vie à le rechercher », écrit-elle (Enfants d’hiver). Chez Jane Birkin, enfant de la balle et fille du commandant de la Royal Navy David Birkin, il y a des tentures rouges, des tissus moirés, des canapés, une profusion de plantes vertes et de loupiotes en terrasse, des objets, des dessins, un capharnaüm cultivé, chic, sincère. Linda, la sœur, sculptrice, est si discrète, explique l’aînée, qu’elle refuse de montrer ses œuvres. « Elle les garde pour elle, par exemple ce pique-nique en béton, tout est en béton, les bouteilles de Coca, les verres, tout en béton, c’est formidable ! Tous les détails ! » Pierre, ciment, cailloux, ciseaux, feuilles, choux, genoux : les mots chez Birkin changent encore parfois de genre, d’orthographe ou de destination, quarante ans après Slogan, le film par lequel elle rencontra Serge Gainsbourg. Alors Jane Birkin décide d’exorciser ses démons linguistiques en écrivant Enfants d’hiver (ou divers). « Là, il fallait que je sois précise, que je ne me trompe pas en français, mais je voulais rester moi. Alors, par exemple je dis “à la grâce de toi”. Gainsbourg avait bien écrit “l’amour de moi”, “à l’ancienne”. » Jane Birkin a enregistré sept

Jane Birkin : « Je voulais retrouver l’adolescence, l’enfance, le seul pays qui vaille la peine d’être revisité. » DENIS ROUVRE POUR « LE MONDE »

albums « made in Serge Gains- Barry, fille du compositeur John bourg », mort en 1991, dont l’ulti- Barry, Charlotte Gainsbourg et me et inoubliable Amours des fein- Lou Doillon. Elle est grand-mère, tes en 1990. « Puis dans Versions ce qui n’a pas empêché Converse, Jane [1996], j’avais pillé des chan- le nec plus ultra de la chaussure sons écrites pour d’autres. » Et puis- pour ados, de la choisir pour sa qu’il n’était pas dit qu’elle serait campagne d’affichage française à toute sa vie veuve de guerre, elle l’occasion des cent ans de la marque (Asia Argento en trahit en 1999 avec l’alNina Hagen en bum A la légère, écrit « Il fallait que je Italie, Allemagne, feu Ian Curpar Miossec, Françoise sois précise, que tis en Angleterre…). Hardy, Alain Souchon, je ne me trompe Des gens, précise MC Solaar… Dans la pas en français, Converse, « choisis même veine, ce sera mais je voulais pour leur vision optimisensuite Rendez-vous rester moi. Alors, te de la rébellion ». (des duos, en 2004) et par exemple La tournée Enfants Fictions (2006, avec je dis “à la grâce d’hiver commencera le Beth Gibbons, Neil de toi” » 2 février 2009 au ThéâHannon de Divine tre Rutebeuf de ClichyComedy, etc.). Jane Birkin vient de terminer le sous-Bois (Seine-Saint-Denis) tournage de 36 vues du pic Saint- avant le Palace, haut lieu du nocLoup, le prochain film de Jacques tambulisme parisien des années Rivette. Elle est en jean et porte 1980. C’est tout Birkin, qui aimait des baskets kaki à lacets blancs, Serge « parce qu’il pouvait écouter comme dans Boxes, le film qu’elle Grieg l’après-midi et parler avec a réalisé en 2007 – des personna- Patrick Sébastien à 20 h 30 ». Les dates sont sur son site Interges du passé ressurgissaient de cartons de déménagement, l’hé- net (www.janebirkin.net), dont le roïne avait trois filles de pères dif- premier onglet est intitulé « Mes férents. Jane en a eu trois, Kate engagements ». Deux pour l’heu-

re, l’un pour sauver l’opposante birmane Aung San Suu Kyi, l’autre pour la Tchétchénie. Pour ces combats, elle a trouvé une arme de guerre : Arabesque, les chansons de Gainsbourg réorchestrées à l’orientale par le violoniste Djamel Benyelles dont elle vient de donner « la der des der » à la Cité de la musique de Paris, dans le cadre de l’hommage rendu à Serge Gainsbourg par des concerts et une exposition. « Arabesque a commencé au Théâtre de l’Odéon en 2002 et s’est terminé au Châtelet, après tant de détours ! [200 dates, 30 pays, et des prolongations.] Je l’ai donné à Moscou, et c’était très important car Serge était de famille russe. C’était avant l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa en 2006. J’ai dédié ce spectacle aux Tchétchènes, mais c’était très délicat parce que les mères de soldats russes sont venues me voir dans ma chambre d’hôtel pour me raconter la guerre, les bizutages, etc. » A Sarajevo, il était facile de choisir son camp, conclut Jane Birkin. « Pas à Moscou. » a Véronique Mortaigne

Le Poème harmonique, serviteur vénitien L’ensemble de Vincent Dumestre interprète avec bonheur le répertoire baroque italien Musique Montivilliers (Seine-Maritime) Envoyée spéciale

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a troisième édition du festival Automne en Normandie s’ouvrait le 23 octobre par un anniversaire : les dix ans du Poème harmonique, ensemble de musiquebaroque fondéen 1998 parVincent Dumestre (soutenu dès ses débuts par la Haute-Normandie), présent dans la région jusqu’au 24 novembre. Cet ensemble a su donner aux partitions françaises et italiennes du XVIIe siècle et du début du XVIIIe des lettres de noblesse,alliant àlamusique lagestuelle et la rhétorique du théâtre et de la danse baroques. C’est ainsi que le Poème harmoniquea fait appel aumetteur en scène Benjamin Lazar, complice du fameux Bourgeois gentilhomme à la bougie de 2004, puis du Cadmus et Hermione, de Lully, monté en janvier à l’Opéra-Comique, pour ce premier concert intitulé Venezia, delle Strade ai Palazzi (« Venise, des rues aux palais »). Un déroulé de scénettes autour des musiques vénitiennes savantes et populaires recréant au gré des Monteverdi,

Marini,Manelli et Ferrariun carnaval fantasque de commedia dell’arte, de fourberies en canzonettes, de mascarades en lamenti, bergamasques et autres villanelles. Il fait froid dans la petite église Saint-Sauveur de Montivilliers, mais le cœur est à la fête tant les solistes du Poème harmonique semblent incarner cet esprit vénitien vif-argent qui mêle drames d’opéra et querelles de rue, nobles amours et idylles ancillaires.

aux ripailleurs : « Jouez du gouvernail ! » Rompus à la scène, habiles à jouer des autres comme d’euxmêmes, les musiciens sont en possession d’une arme majeure : le plaisir d’être ensemble et le bonheur de plaire. a Marie-Aude Roux

Festival Automne en Normandie. Concert repris le 15 novembre aux Andelys (Eure), le 16 novembre à PontAudemer (Eure), le 23 novembre à Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime) et le 24 novembre à Eu (Seine-Maritime). Tél. : 02-32-10-87-07. De 6 ¤ à 8 ¤. www.automne-en-normandie.com

INVITATION PRIVILÉGIÉE POUR LES LECTEURS DU JOURNAL

Concert exceptionnel au profit de La Chaîne de l’Espoir Gnocchis et macaronis Le récit, ouvert sur l’ineffable espoir du Retour d’Ulysse dans sa patrie, de Monteverdi, se terminera par l’espérance vaine d’un amour sans douleur fui et recherché (Jacara : Aria alla Napolitana et Ciaccona : Acceso mio Core, Francesco Manelli). Entre-temps, la soprano Claire Lefilliâtre aura chanté l’ardente plainte de la nymphe abandonnée (Lamento della Ninfa, de Monteverdi). Sitôt conjurée par la bacchanale Barchetta Passaggiera, de Manelli, qui entasse dans sa barque Lombard, Napolitain, Génois et Allemand, viande séchée, gnocchis et macaronis, gourdes de bon vin, sans oublier la friponne recommandation faite

Maria de Medeiros Chante les grands thèmes du Brésil et du Portugal

THÉÂTRE MARIGNY DIMANCHE 16 NOVEMBRE 16H Gilberto Gil, Caetano Veloso, Chico Buarque, Jorge Ben, Rita Lee, ...

TARIF SPÉCIAL 1 place = 15€, la 2ème = 5€ Réservation : 06 72 69 51 42 www.coline-en-re.com


Culture

0123 Vendredi 14 novembre 2008

Deux créations contemporaines éclipsées par Stravinsky

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Irrésistibles transgressions Deux jeunes metteurs en scène s’attaquent à Sacher-Masoch et à Christopher Marlowe

Danse

Théâtre Musique

Sonorités et corps d’Afrique

Rennes Envoyée spéciale

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orsqu’une pièce contemporaine est intégrée à un programme classique, comme le préconise l’association Musique nouvelle en liberté dans son partenariat avec de nombreux interprètes, il lui arrive souvent de détonner par excès de nouveauté. C’est toutefoisl’effet inversequis’est produit, mercredi 12 novembre, à la Maison de Radio France, à Paris, avec les deux œuvres données en création par l’Orchestre national de France dans le cadre de la sixième édition des Paris de la musique, le festival organisé par Musique nouvelle en liberté. Imprudemment placées entre deux pages brillantes d’Igor Stravinsky, les œuvres de Régis Campo (né en 1968) et de Jérémie Rhorer (né en 1973) ont paru d’une rare fadeur, d’un goût vieillot et d’un espritfrileux. Composésur despoèmes d’Apollinaire, Le Bestiaire aurait pourtant dû flatter la fibre mélodique qui caractérise Régis Campo depuis ses débuts. Hélas ! ce cycle vocal pour soprano et orchestre souffre d’un tiraillement permanent entre le traitement sophistiqué du fond instrumental et ladramaturgie dethéâtre deboulevard affectée à la voix. Racoleur Sibienqu’avec unesoliste,Felicity Lott, prompte au cabotinage, le résultat devient des plus racoleurs. Une seule des onzepièces de ce Bestiaire bancal laisse entrevoir le parti original que Régis Campo aurait pu tirer de sa situation en porte-à-faux esthétique (dans une veine rétro remontant à Roussel, voire àDebussy): LeHibou,harmoniquement troublant. Si Campo a néanmoins du métier, ce n’est pas le cas de Jérémie Rhorer, pourtant excellentissime chef d’orchestre. Curieusement inspiré par une visite de l’endroit où est enterré Stravinsky, à Venise, Le Cimetière des enfants sonne au mieuxcommeunelancinantemusique d’atmosphère et au pire comme la partition anonyme d’un film noir des années 1950. La question de l’originalité ne se posait pas à l’écoute du Scherzo fantastique (1907-1908) de Stravinsky, finement interprété en ouverture de concert. Elle est encore moins justifiée à propos de la Suite du chant du rossignol, consciencieusement dirigée par Alain Altinoglu. Dans un cas comme dans l’autre, il est avéré que, chez les jeunes d’avenir, liberté rime avec identité. a Pierre Gervasoni

Les Paris de la musique. Jeudi 13 novembre à 20 h 30, Michaël Levinas : Accords tremblés (dériver-altérer) pour orgue seul, création ; Francis Poulenc : Concerto pour orgue ; Thierry Escaich : Concerto pour orgue n˚ 2 ; Gabriel Fauré : Pelléas et Mélisande. Eglise Saint-Etienne-du-Mont, place SainteGeneviève, Paris-5e. M˚ Cardinal-Lemoine. Vendredi 14 novembre à 20 heures, Serge Prokofiev : Symphonie classique ; Pascal Zavaro : La Traversée, création ; Maurice Ravel : Le Tombeau de Couperin ; Harold Arlen : Over the Rainbow, Théâtre du Châtelet, 1, place du Châtelet, Paris-1er. M˚ Châtelet. Tél. : 08-92-68-36-22. De 8 ¤ à 30 ¤.

18-25 novembre 2008

3EME FESTIVAL DU FILM JAPONAIS CONTEMPORAIN (Ile de France, régions)

infoline : 06 31 98 46 85

PANTIN. Pour fêter l’arrivée en résidence pendant deux ans des chorégraphes burkinabés Salia Sanou et Seydou Boro, le Centre national de la danse de Pantin (Seine-Saint-Denis) organise deux journées spéciales autour de la danse africaine. Au programme, dans les différents espaces et studios du CND, des spectacles signés, entre autres, par Taoufik Izeddiou du Maroc, Maria Helena Pinto du Mozambique, Opiyo Okach du Kenya, mais aussi des ateliers et des films. L’exposition du photographe Antoine Tempé propose des portraits des grandes figures de la danse africaine. Centre national de la danse, 1, rue Victor-Hugo, Pantin (Seine-SaintDenis). Le 15 et 16 novembre. De 14 heures à 20 h 30. Tél. : 01-41-83-98-98. De 10 ¤ à 18 ¤.

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’air frais vient souvent de l’Ouest : depuis douze ans, l’excellent festival Mettre en scène, piloté par le Théâtre national de Bretagne (TNB), à Rennes, fait souffler un salutaire vent de découverte sur la création théâtrale et chorégraphique. L’édition 2008 s’est ouverte, mardi 11 novembre, avec deux créations : La Vénus à la fourrure, de Sacher-Masoch, adapté au théâtre par Christine Letailleur, et Edouard II, de Christopher Marlowe, mis en scène par Cédric Gourmelon. Les deux spectacles, que l’on pourra voir à Paris en janvier 2009, ont des points communs, mais une réussite inégale. Signés tous deux par des metteurs en scène au tournant de la quarantaine, ils s’attaquent, dans le conformisme ambiant, à des thèmes plutôt dérangeants, et abordent le politique sous l’angle de l’intime, en travaillant sur le désir et la transgression. Christine Letailleur, qui avait déjà signé, en 2006, une belle adaptation théâtrale de La Philosophie dans le boudoir, de Sade, aborde avec la même justesse et la même finesse La Vénus à la fourrure. Le texte le plus célèbre de l’Autrichien Leopold von SacherMasoch, publié en 1869, est encombré de clichés. Son héroïne, Wanda, est le prototype de la dominatrice, son héros, Séverin, celui de l’esclave consentant, et le nom de l’auteur a forgé la définition d’une perversion sexuelle qui lie jouissance et souffrance. Mais la metteuse en scène se tient bien loin de cette imagerie convenue, pour revenir à l’essentiel de ce texte génial, qu’il serait urgent de redécouvrir, comme tous les autres de ce libertin qui jugeait les Mémoires de Casanova moins nocives pour les jeunes filles que la littérature catholique. Sur le plateau épuré comme une boîte noire, elle installe un espacetemps poétique où la beauté de la langue et des corps fonde les mystères du désir. C’est avec un homme qui rêve que tout commence, et son rêve en rencontre un autre, celui de son ami Séverin et de son aventure avec Wanda, la Vénus à la fourrure. Entre eux s’est nouée une étrange relation amoureuse et érotique, établie sous la forme d’un contrat : un esclavage librement consenti par l’homme à la femme – cet homme qui dit : « Je veux être maltraité et trahi par la femme que j’aime. Plus elle sera cruelle, mieux cela vaudra. » L’espace des rêves et de l’imaginaire – imaginaire comme ressort

Cinéma CinéNordica

Valérie Lang et Andrzej Deskur dans « La Vénus à la fourrure ». BRIGITTE ENGUERAND

du désir – se déploie d’autant mieux que Christine Letailleur, comme dans La Philosophie dans le boudoir, trouve toujours la juste balance entre ce qu’il convient de montrer et de cacher, de suggérer et de dévoiler. Beauté dans la souffrance Ce jeu de rôles et de masques, éminemment théâtral, qui est au cœur de toute entreprise de séduction entre un homme et une femme, est mené par deux acteurs magnifiques, ValérieLang etAndrzej Deskur, un comédien polonais inconnu en France, dont l’étrangeté, la beauté dans la souffrance, font merveille. Le jeu sur les codes vestimentaires, le loup noir de la Vénus, ses fourrures, la présence de la musique, tout conduit au plus

intime, à l’indicible de la jouissance, et la cruauté prend ici une douceur extrême. Cédric Gourmelon ne connaît pas la même réussite avec Edouard II, piècepourtant passionnanteécritepar lesulfureuxélisabéthain Christopher Marlowe en 1592.Pièceprofondément subversive, qui voit le roi Edouard II opposer à la raison d’Etat, aux lois de sa caste, la loi de son désir, et de son amour pour ses favoris successifs. La mise en scène assez simpliste, non exempte de clichés, notamment ceux de l’homosexualité, ne permet pas vraiment de dégager des enjeux qui pourraient avoir des résonances toutà fait contemporaines. C’est dommage : le dialogue entre « Kit » Marlowe, le mécréant, le rebelle, annonciateur

des Lumières, et Sacher-Masoch, le précurseurdela modernitéviennoise, libertin féministe à sa manière, engagé contre l’antisémitisme et toutes les formes de bêtise, aurait pu avoir un sacré piquant. a Fabienne Darge

Festival Mettre en scène, jusqu’au 22 novembre. Théâtre national de Bretagne (TNB). Tél. : 02-99-31-55-33. La Vénus à la fourrure, d’après Leopold von Sacher-Masoch. Salle Didier-Georges Gabily, à Rennes, à 21 heures, jusqu’au 15 novembre. Le 19 novembre à Quimper et du 21 janvier au 15 février 2009 au Théâtre de la Colline à Paris. Edouard II, de Christopher Marlowe (nouvelle traduction d’André Markowicz). TNB Rennes, à 20 heures, jusqu’au 15 novembre, puis du 5 au 31 janvier 2009 au Théâtre Paris-Villette.

Le désir en duo d’Abou Lagraa et sa femme Le chorégraphe et danseur est en tournée avec « D’eux sens », exigeant et sensuel Danse

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a photo dénudée qui circule sur la nouvelle pièce du chorégraphe Abou Lagraa intitulée D’eux sens induit partiellement en erreur. Il ne reste aucune scène nue dans ce duo interprété par Abou Lagraa et sa femme, Nawal. Prise au début des répétitions, l’image glisse néanmoins un indice sur son moteur intime : l’amour et la sexualité. Elle souligne aussi la gageure de l’entreprise : dire sans tabou la force du désir. Présenté aux Gémeaux de Sceaux (Hauts-de-Seine), où Abou Lagraa est en résidence pendant trois ans jusqu’en 2011, D’eux sens se rhabille donc d’abord – en pantalons et chemi-

Leschoix du«Monde»

ses blanches souples – pour se baigner finalement dans un bassin rempli d’eau et éclabousser le plateau. Pudique ou plus que nu, Abou Lagraa connaît la chanson. Dynamisme haletant La sensualité du chorégraphe dans D’Eux sens est électrique, d’un dynamisme haletant. En athlètes, les deux danseurs foncent. Ils tournoient, chutent et rejaillissent, envoient valser bras et jambes dans toutes les directions. La façon dont ils assument leur pièce crânement évacue l’idée même de gratuité du geste. La complexité de la partition chorégraphique, techniquement exigeante avec ses cassures et sa fluidité paradoxale, empêche aussi que la danse vire mécanique.

Si singularité orientale il y a dans ce duo, elle n’est pas là où on l’attend le plus. La gestuelle d’Abou Lagraa – d’origine algérienne –, passé par une formation classique et contemporaine, ne manque pas de hanches, mais elle s’enroule surtout dans une spirale sans fin. Le flux des corps ne connaît aucun répit, se chargeant et se déchargeant au fil de la chorégraphie. Les textes chantés dans D’eux sens, Abou Lagraa les a choisis parmi les poèmes de l’auteur persan Omar Khayyam (v. 1047-v. 1123). Les thèmes de l’ivresse, de la jeunesse et de la vie ont touché le chorégraphe, qui s’est entouré de deux musiciens soufis pour interpréter les poèmes. Une séquence se détache : assis

PARIS. Ce panorama des nouveaux cinémas suédois et norvégien regroupe inédits et avantpremières. A noter Le Roi du pingpong de Jens Jonsson, primé cette année à Sundance (l’histoire de deux garçons hostiles à la relation sentimentale de leur mère avec un routier), La Rébellion de Kautokeino de Nils Gaup (célèbre épisode de l’histoire de la Scandinavie, autour de la révolte d’une tribu élevant des rennes, en 1852). Et Involuntary de Ruben Ostlund, sélectionné cette année à Cannes en section Un certain regard (puzzle de petits dérapages sociaux, regards sur des gens qui perdent la face, sont soumis au groupe…), ou deux films de Roy Andersson. En sus, La Charrette fantôme de Victor Sjöström en ciné-concert, et une carte blanche à Arnaud Desplechin, qui rend hommage à Ingmar Bergman. Jusqu’au 18 novembre au Cinéma du Panthéon, 13, rue Victor-Cousin, Paris-5e. www.cinenordica.com

Théâtre Les Embiernes commencent RHÔNE. Depuis trente ans, Emilie Valantin dépoussière la marionnette avec sa compagnie, le Théâtre du Fust. En décembre 2007, elle s’est attaquée à Guignol, avec Les Embiernes commencent, créé au Théâtre des Célestins à Lyon : un spectacle savoureux, qui retrouve l’insolence originelle du petit personnage lyonnais. Le spectacle est repris jusqu’à fin novembre dans plusieurs salles du département du Rhône, et en décembre aux Célestins. Salle des fêtes de Sain-Bel, du 13 au 16 novembre. Maison de l’Europe, Lac des Sapins, du 20 au 23 novembre. Salle des fêtes-La Halle de Montrottier, du 27 au 30 novembre. Théâtre des Célestins du 10 au 28 décembre. Théâtre des Célestins, 04-72-77-40-00.

chacun à un coin d’un tapis, Nawal et Abou Lagraa se défient à coups d’acrobaties. L’un après l’autre, ils s’élancent, se présentent en quelque sorte et passent le relais. Conversation ou combat, une parade amoureuse à bras-lecorps. a Rosita Boisseau

D’eux sens, d’Abou Lagraa. Le 15 novembre, à L’Onde, Vélizy-Villacoublay (Yvelines). Tél. : 01-34-58-03-35. Le 18 novembre, au Théâtre de Sartrouville (Yvelines). Tél. : 01-30-86-77-77. Les 20 et 22 novembre, Bonlieu, Scène nationale, Annecy (Haute-Savoie). Tél. : 04-50-33-44-11. Le 6 décembre, Théâtre de l’Olivier, Istres (Bouches-du-Rhône). Tél. : 04-42-55-24-77. www.aboulagraa.com

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Une voix captivante, d'une puissance étonnante. 2 PL. DU CHÂTELET PARIS 4 01 42 74 22 77 www.theatredelaville-paris.com


&vous

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Lundi

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Roues libres

Santé&forme

A table

A la maison

En voyage

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Les toilettes gagnées par la décoration Des magasins se spécialisent dans l’aménagement et les accessoires pour les lieux d’aisance

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es toilettes seraient-elles devenues le dernier endroit à aménager de la maison ? Au confort et à l’hygiène de ce lieu, certains rêvent maintenant d’ajouter de la décoration. Des magasins s’en font même une spécialité. C’est le cas de Point WC, qui ose carrément les Champs-Elysées, à Paris ! Pour 1,50 euro, le client peut y tester le dernier cri en matière de lieux d’aisance. Des cabines aux airs de boudoir pour les « ladies ». Les « gentlemen », eux, peuvent essayer l’urinoir à mouche incorporée pour apprendre à ces messieurs à viser juste. Anabella, gardienne de ce lieu n’en revient pas elle-même du succès : « Nous avons des rouleaux de papier de toutes les couleurs, mais les plus demandés sont ceux imprimés de dollars, d’euros et de grilles de sudoku. » Des fantaisies facturées entre 5 euros et 10 euros le rouleau. Un luxe que n’auraient pas imaginé nos ancêtres qui recyclaient ainsi et avant l’heure les vieux journaux. Les étagères de ce magasin peu ordinaire débordent de gadgets improbables. Une lumière que l’on fixe sur le rabat et qui, une fois celui-ci relevé, éclaire la lunette. « Pratique pour la nuit », prétend Anabella, ou encore ce dévidoir à papier (Icarta) sur lequel il est possible de brancher un iPod. Les valets et porte-papier n’échappent pas à cette déferlan-

Cabines « zen » et « high tech » de la boutique Point WC, sur les Champs-Elysées. DR

distance, puis sèche les parties intimes », explique la brochure. Le prix varie de 700 euros pour le simple abattant à fixer sur des toilettes traditionnelles, à 7 300 euros pour le modèle le plus haut de gamme et sans doute le plus écologique. Il utilise seulement 1,6 litre d’eau contre 6 litres pour une chasse d’eau ordinaire. Chaque cuvette peut faire office de bidet, les lunettes sont chauffantes et une télécommande permet de choisir la puissance et la température du jet.

te : girafes, moutons, grenouilles, une véritable arche de Noé pour dérouler le papier hygiénique. On trouve aussi des supports sophistiqués pour accueillir balayettes ou magazines. Aux touristes, nombreux à visiter les lieux, on ose

CE WEEK-END

offrir un verre de la cuvée de vin baptisée « La pissotière de l’impératrice »… Chez Atypyk, la touche artistique pour toilettes se veut abordable : 15 euros pour le sticker intitulé « Fountain 2008 », qui rend

hommage au fameux urinoir de Marcel Duchamp. Dans Toilettes du monde (édition Hoëbeke) les deux auteurs Morna E. Gregory et Sian James, écrivent : « Le sujet n’est en aucun cas aussi futile qu’il pourrait le paraître. Les toilettes sont des fenêtres permettant d’observer une population donnée. » Fini le temps du blanc clinique dans les lieux d’aisance. Les cuvettes se colorisent ou changent de matière avec ce modèle en acier inoxydable à la finition satinée (chez Loggere). Les lunettes n’en finissent pas de se diversifier : dorée, argentée, en fausse porcelaine, en bois d’acajou ou drôles (fils de fer barbelés moulés dans du plastique transparent, ou faux poissons nageant dans une eau toujours bleue, etc.)

Depuis longtemps, les Japonais sont passés maîtres en matière d’innovation. Peu connue il y a encore trois ans, leur production très sophistiquée se vend de mieux en mieux, selon Jun et JeanLouis Lamarque, gérants du magasin Le Trône, rue d’Assas, à Paris dans le 6e arrondissement. Avec ces toilettes, papier et balayette disparaissent. « Une douchette rince et nettoie délicatement à

Sur le palier Les toilettes sont même gagnées par les exigences environnementales. Un prototype « solaire et écocitoyen », destiné au mobilier urbain, autonome en eau et en électricité, vient d’être mis au point par l’entreprise landaise MPS SAS. Il semble loin le temps où, en France, le sujet des toilettes était tabou. C’était l’époque où il fallait aller sur le palier ou au fond du jardin. Aujourd’hui, on soigne l’espace : certains y mettent des photos de famille ou des affiches, d’autres y installent une bibliothèque ou les tables de multiplication à l’intention des enfants. Comme l’écrivent Sabine Bourgey et Alain Schneider dans Le Grand Livre du petit coin (éditions Horay), « nos waters en disent long sur nous, ils sont révélateurs de notre personnalité et de notre propreté ». a Cécile Urbain

Pratique Magasins.– Point WC : 26, ave-

A lire. – Le Grand Livre du petit

nue des Champs-Elysées, 75008 Paris. www.pointwc.com – Le Trône,85, rue d’Assas, 75006 Paris. – Atypyk, www.atypyk.com, ou Espace Pierre Cardin, 1, avenue Gabriel, 75008 Paris.

coin, de Sabine Bourgey et Alain Schneider, éd. Horay, 2007, 420 p., 22 ¤. – Toilettes du monde, de Morna E. Gregory et Sian James, éd. Hoëbeke, 2007, 254 p., 19,90 ¤.

Jardins&jardinières

La résurrection de l’orchidée Alain Lompech

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du design l’anthologie du design en 20 volumes *en plus du Monde et du Monde2

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ans doute celui qui l’avait abandonnée là avait-il eu un remords au moment de la jeter aux ordures. Se ravisant, il l’avait posée par terre, sur le trottoir, près des poubelles, mais contre le mur dans un dernier geste protecteur. Merci à ce donateur anonyme : cette orchidée est maintenant à la maison. Elle a été retirée de son pot, ses racines sèches ont été coupées avec une paire de ciseaux bien affûtés ; celles qui étaient abîmées, ou très longues, ont été raccourcies. Par chance, ce phalaénopsis n’avait reçu aucun soin de la part de celui qui le possédait. Il avait encore les tiges ayant porté les fleurs, toutes sèches. Il n’avait pas reçu une goutte d’eau depuis des semaines. Il ne risquait donc pas de pourrir. Ses feuilles étaient même un peu ridées à cause de la déshydratation. Une bonne immersion pendant 24 heures dans un saladier empli d’eau dégourdie – ni froide ni chaude, à peine tiède –, a réhydraté la plante. Après quoi, elle a été placée dans un grand pot de plastique d’un genre un peu spécial, mais qui convient admirablement à ces végétaux qui ont

besoin d’air autour de leurs racines. On vous le donne, ce secret ? Allez oui ! C’est la faisselle d’un pot de fromage blanc d’un kilo ! C’est du plastique translucide, solide, percé de trous. Glissé dans un cache-pot un peu grand, posé sur un caillou, c’est impeccable. On ne fait pas mieux ! Feuilles mortes Cette orchidée a donc été plantée dans un terreau spécial. Aucun arrosage n’a suivi cette plantation. Une bonne pulvérisation lui a été préférée. Dans deux semaines, les apports d’eau reprendront. En quantité limitée : mais ces pulvérisations seront abondantes, particulièrement quand le chauffage est allumé, qui dessèche les plantes. Ce qu’il y a de bien avec les orchidées du genre phalaénopsis : c’est qu’elles résistent à tout, sauf au froid, et tout particulièrement au manque d’arrosage si l’air ambiant est raisonnablement humide. A quoi elles ressemblent quand elles sont en fleur ? De longues feuilles coriaces émergent une ou deux tiges qui s’incurvent à mesure qu’elles s’élèvent pour porter, à l’horizontale, des grandes fleurs blanches, roses ou violettes qui ressemblent à des papillons. Mise en pleine lumière, la floraison de cet-

te orchidée dure trois mois. Dehors au jardin, un coup de gelée est venu hâter la chute des feuilles. Il y en a encore sur les arbres, mais assez par terre pour glisser sur la terrasse. Un coup de balais de chiendent les en décolle, tandis qu’un dernier passage de tondeuse éliminera celles qui s’accumulent sur la pelouse. Le tout rejoindra le tas de compost qui fume le matin à la fraîche, preuve que la fermentation fait son œuvre. Avec un peu de chance, en le remuant délicatement on trouvera une couleuvre ou un groupe d’orvets installés là pour l’hiver. Surtout ne pas les déranger si on en découvre et attendre alors le printemps pour tout remuer, mais continuer à entasser les feuilles, les débris de coupes. Quoiqu’on puisse aussi procéder autrement. Les feuilles mortes, les résidus de taille de haies, broyés, peuvent être directement épandus au pied même des arbustes et dans les massifs autour des plantes et sur les vivaces dont la partie aérienne disparaît l’hiver. La pluie, la neige, s’il en tombe, le gel, le dégel, le soleil transformeront peu à peu ce bois haché qui s’incorporera à la terre sans que le jardinier ait besoin de travailler. Et même, il limitera la prolifération des mauvaises herbes. a


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27 Editions inédites de tables et sofas signés Pierre Paulin Les jeunes le trouvent moderne. Pierre Paulin est pourtant né en 1927 et ses premières créations remontent au tout début des années 1950. Mais voilà. Celui qui aménagea deux fois l’Elysée – en 1971 pour Georges Pompidou et en 1984 pour François Mitterrand – est surtout l’homme de meubles devenus cultes. Ses chaises, ses fauteuils et ses canapés aux formes rondes et fluides, revêtus de tissus extensibles colorés, font un malheur en France, autant ou plus encore que dans les années 1960-1970. La galerie Perimeter ne pouvait faire l’impasse sur ce maître de la modernité indémodable. Mieux qu’une rétrospective de l’œuvre de Pierre Paulin, la galerie a préféré présenter quatre créations du designer qui n’ont jamais été éditées. Parmi elles, deux sofas dessinés en 1967 et 1969 – le Face-à-face et sa version opposée, le Dos-à-dos (photo) – qui seront pour la première fois commercialisés à 100 exemplaires par Perimeter. La table basse Cathédrale en aluminium anodisé recouverte d’une dalle de verre, ainsi que sa version haute, créées par Pierre Paulin en 1982, seront aussi éditées et présentées en 12 exemplaires par la galerie. a V. Ca. (PHOTO DR) Pierre Paulin éditions 2008, du 14 novembre au 10 janvier 2009 à la Galerie Perimeter, 47, rue Saint-André-des-Arts, 75006 Paris (perimeter-editions.com).

Des appareils photo à la fois plus simples et plus sophistiqués

Aujourd’hui L’« Obamania » côté chiffons

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A Paris, les boîtiers reflex sont les vedettes, jusqu’au 17 novembre, du Salon de la photo

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la porte de Versailles, à Paris, le Salon de la photo, qui se tient du jeudi 13 novembre au lundi 17 novembre, devrait accueillir 50 000 visiteurs. Malgré la crise, les Français continuent à s’équiper en appareils photo numériques (APN). Certes, sur les neuf premiers mois de l’année, les ventes ont diminué de 2 %, mais il s’en est quand même écoulé, au cours de cette période, quelque 3 millions d’unités. Plus des deux tiers des Français possèdent un APN et 15 % des foyers envisagent d’en acheter un dans les six prochains mois, selon le Baromètre de la photo 2008, commandé à Ipsos par l’Association pour la promotion de l’image. Jusqu’à récemment, il s’agissait de remplacer son appareil argentique. Ce n’est plus le cas. D’abord, parce qu’il reste des irréductibles fidèles à la pellicule. Pour la première fois depuis l’apparition de la photo numérique, la part de ceux qui ne possèdent qu’un appareil photo argentique est demeurée stable, à 24 %. Ensuite, parce que près d’un tiers des acheteurs renouvellent leur matériel numérique pour des appareils plus sophistiqués. Ce mouvement profite aux modèles reflex, dont les ventes devraient progresser de 20 % cet-

te année. Ces appareils – par exem- d’obtenir un champ optique très larple le EOS 5D de Canon avec un ge sans avoir à changer d’objectif », capteur de 21 mégapixels et la pos- note M. Lannier. Les compacts ne cessent de se sibilité de réaliser des vidéos en haute définition – sont surtout sophistiquer pour un prix qui ne réservés aux professionnels, ne cesse de baisser. Les stabilisateurs serait-ce qu’en raison de leur prix d’images se généralisent, même (2 900 euros pour le dernier-né de pour les modèles les moins chers. Canon). Mais ils séduisent de plus Les capteurs continuent d’être de en plus de jeunes couples sans plus en plus puissants : plus de enfants ou des retraités adeptes de 10 mégapixels. « Ce n’est pas inutile, voyages et qui veulent car une majorité de phoramener des clichés Il n’est plus tos sont retouchées, ce d’excellente qualité. nécessaire d’être qui peut engendrer des Il n’est plus nécessaiun expert pour problèmes d’impression re d’être un expert pour savoir exploiter si l’image n’est pas assez savoir exploiter les capales capacités détaillée au départ », cités des reflex. Ces boîdes reflex souligne Olivier tiers intègrent désorClaude, le directeur mais des préréglages général de Kodak France. Enfin, adaptés à différentes scènes. « La prise de vue sur les reflex est les compacts sont dotés de foncquasiment instantanée, à la diffé- tions qui simplifient la prise des rence d’autres appareils numéri- clichés, comme la détection de souques. Par ailleurs, ils offrent une pro- rire en mode portrait. La course à la sophistication est fondeur d’image et un respect des couleurs incomparables », assure d’autant plus intense que les comMathieu Lanier, chef de produit pacts sont désormais concurrenphoto chez Sony. Sans compter la cés par les téléphones. La part de baisse des prix : l’Alpha 350 de foyers détenant un téléphone équiSony est proposé, pour les fêtes, pé d’un APN ne cesse de progresavec objectif, autour de 600 euros. ser, évoluant, en l’espace d’un an, Une solution moins onéreuse de 51 % à 59 %. Ces téléphones font d’excellen(un peu plus de 300 euros) consiste à préférer les « bridges », ces tes photos avec des capteurs qui modèles hybrides entre le reflex et atteignent 8 mégapixels. Un le compact. « Ces appareils très niveau de technologie comparapolyvalents permettent notamment ble à celui des appareils com-

pacts premiers prix vendus à Noël 2007. Surtout, le « caméraphone » est très apprécié par les jeunes, près de 20 % l’utilisent tous les jours. Ils s’en servent comme un outil de prise de vue sur le vif. Un quart des étudiants mettent en ligne leurs clichés sur des sites communautaires, comme Facebook, une fonction qui est intégrée dans les nouveaux téléphones mais plus rarement dans les APN d’entrée de gamme. a Joël Morio

i la course à la Maison Blanche est finie, l’« Obamania » joue encore à plein. Pour preuve ? Les hommes bosniaques vont pouvoir enfiler un costume Obama, du nom d’une nouvelle ligne de vêtements créée par la plus ancienne manufacture textile du pays. « Nous avons choisi le nom Obama car il était certain qu’on allait attirer l’attention. Les gens à travers le monde ont observé de très près l’élection présidentielle américaine », a expliqué le 12 novembre à l’AFP un responsable de l’entreprise Borac. Les costumes Obama se vendent déjà bien en Bosnie et en Croatie. Borac espère donc

conquérir d’autres marchés. Cet hiver, les citoyens de la planète pourront aussi porter les baskets Obama signées Nike, en attendant la petite robe Castelbajac de l’été 2009, à l’effigie du futur président américain. La « marque » Obama se vend bien. Sur le site Internet Store.barackobama.com, certains des articles (tee-shirts, sacs, chapeaux…) dessinés par Marc Jacobs, Zac Posen, Diane von Furstenberg ou même Beyoncé pour soutenir le candidat sont épuisés. La collection est définitivement devenue collector, au moment même où Obama a été élu premier président noir de l’histoire des Etats-Unis. a V. L.

CETTE SEMAINE VOUS OFFRE

Gastronomie : feuilles d’automne Les crus 2009 des Champérard, GaultMillau, Pudlo et Bottin sont parus

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es principaux guides gastronomiques 2009 autres que le Michelin – qui, lui, paraît au printemps – donnent chaque année rendez-vous à leurs lecteurs à l’automne. Lequel choisir, en fonction de quels critères et pour quel usage ? Le Champérard recense restaurateurs, artisans et producteurs. Il se veut leguide « de lagrande cuisine pour tous », avec pour étendard Didier Elena (Les Crayères à Reims) et trois autres promus, Nicolas Stamm (La Fourchette des ducs, à Obernai), Yannick Alleno (Le Meurice, Paris 1er) et Alexandre Bourdas (Sa.Qua.Na à Honfleur). Grand absent de ce guide, Marc Veyrat bénéficie toujours en revanche de la note de 20 sur 20 dans l’édition2009 du GaultMillau. Une curiosité devenue au fil des ans une banalité, malgré les rodomontades de Christian Millau, ancien patron du guide. Le GaultMillau, qui appartient à un industrielégalement propriétaire de domaines viticoles, revendiqueune éthique fondéesurl’anonymat et l’indépendance de ses choix. Le « cuisinier de l’année » est

Mauro Colagreco, jeune Italien né en Argentine, installé depuis peu au Mirazur, à Menton. Sa cuisine est atypique, parfois inspirée quand le produit prend le pas sur la technique. Sa meilleure source d’inspiration,ce sont lespetitslégumes de l’arrière-pays niçois lorsque Mauro se souvient des leçons d’Alain Passard. Actualité mouvante Dans le Pudlo-Paris 2009, l’auteur, Gilles Pudlowski, se promène avec nostalgie dans un Paris idéal et met en avant cette année la cuisine de femme avec Flora Mikula (Les saveurs de Flora, Paris 8e) et les « bistros gastro », dont Stéphane Jégo (Chez l’ami Jean, Paris 7e) est le chef de file. Le Bottin gourmand, héritier du Kléber de Jean Didier, a réduit son format, tout en conservant de précieuses notices sur le tourisme et la gastronomie locale, et met en avant son site Internet (Bottingourmand.com), en prise avec l’actualité mouvante de la restauration. Son classement thématique (auberge, bistro, restaurant de quartier, table historique…)est judicieux.Il autori-

se un certain éclectisme, et le voisinage, par exemple, de la cuisine quatre étoiles de Thierry Marx à Cordeillan-Bagesaveccelle deJeanPaul Barbier au Lion d’or (une étoile) à Arcins (tous deux dans le Médoc). Les guides Champérard, GaultMillau, Bottin gourmand et Pudlo Paris ont par ailleurs eu quelques difficultés à éviter de vanter les mérites de restaurants fermés au moment de leur parution. Il n’est pas aisé de suivre les aléas des tables à la mode pendant une ou deux saisons,qui disparaissent faute de clients, même lorsqu’elles jouissent de patronages célèbres, commeleToustemd’HélèneDarroze (Paris 5e). La même mésaventure était arrivée au guide Michelin qui accordait en mars un « Bib gourmand » à L’Œnothèque (Paris 9e), fermé trois semaines auparavant. a

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Météo & Jeux

28 Vendredi 14 novembre Grisaille et humidité

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New Delhi beau temps New York averses éparses Pékin éclaircies Pretoria orageux beau temps Rabat Rio de Janeiro forte pluie Séoul éclaircies Singapour pluvieux orageux Sydney éclaircies Téhéran averses éparses Tokyo éclaircies Tunis Washington averses modérées Wellington ensoleillé

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DANS LE MONDE

Alger averses éparses ensoleillé Amman ensoleillé Bangkok ensoleillé Beyrouth pluvieux Brasilia Buenos Aires ensoleillé ensoleillé Dakar averses éparses Djakarta beau temps Dubai Hongkong ensoleillé Jérusalem éclaircies averses modérées Kinshasa beau temps Le Caire beau temps Mexico faible pluie Montréal orageux Nairobi

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LES PRIX SLIM

MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 08 - 269

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’est de loin la série télévisée la plus difficile à suivre en ce moment. Je veux parler du feuilleton « Ségolène et les autres ». On se demande où les scénaristes vont chercher tout ça. Est-ce que vous avez compris un traître mot du dernier épisode, diffusé mercredi soir en prime time sur TF 1 ? « Je veux être rassembleuse pour tous, pour deux, pour trois, pour quatre. J’ai donc rencontré Bertrand, Martine, Benoît et les autres », disait Ségolène. Elle ne donnait pas les noms, seulement les prénoms, partant du principe que nous les connaissons tous parfaitement, intimement même. C’est vrai, quoi, nous passons notre vie les yeux rivés au sort de Bertrand, Martine, Benoît et les autres enfermés dans leur loft de la rue de Solférino ! Vont-ils faire la paix avec Ségolène ? Vont-ils enfin se réconcilier avec elle ? Ils n’ont plus beaucoup de temps pour jouer les familles heureuses. Et ils n’ont pas vraiment l’air, et même pas l’air du tout, de vouloir le faire. Bertrand est partagé, Martine encore plus, et Benoît carrément hostile. Rassembleuse pour quatre ! Cela veut dire quoi, exactement, cette formule ? Rassembleuse à leur place, malgré eux, à leur corps défendant ? Laurence Ferrari s’efforçait de comprendre. Ségolène est-elle candidate, oui ou non, au poste de premier secrétaire du Parti socialiste ? L’intéressée

était prête à répondre, elle était venue pour cela, elle allait répondre « dans quelques secondes ». C’est le principe du feuilleton. Sans suspense, il n’y a plus de plaisir. Elle devait donc dire d’abord, en priorité, en urgence, toutes affaires cessantes, avant de passer à la suite, tout le mal qu’elle pensait des banques qui s’acharnent sur les ménages en proie au surendettement. Elles ont perdu des milliards dans des spéculations douteuses et font subir les pires misères, pour quelques euros de découvert, aux « petits, aux pauvres et aux moyens ». La tarification bancaire en vigueur est « scandaleuse » et doit cesser sur le champ. Cette affaire la met particulièrement en colère. Certes ! Mais sa candidature ? C’est là que cela devient compliqué. Elle en a envie, mais elle n’en fait pas un préalable, tout en la souhaitant vraiment, sans vouloir l’imposer pour le moment. La balle est dans le camp de Bertrand, Martine, Benoît et les autres. A eux de voir, comme on dit à la SNCF ! Laurence insistait. Peine perdue ! Elle ne répondrait pas, un point c’est tout. Elle avait mis sa candidature « au Frigidaire » il y a deux mois. Cette fois-ci, elle disait qu’elle n’était pas « une femme d’appareil ». Etaitce un signe ? C’est décidément très dur à suivre. Il y a un risque. On le voit bien, sur TF 1 également, avec la descente aux enfers de la « Star Ac’ ». Si le téléspectateur se lasse, il zappe. a

Les soirées télé

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20.50 Julie Lescaut.

20.50 Star Academy.

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Alerte enlèvement Série. Pierre Aknine. Avec Véronique Genest, Jennifer Lauret (Fr., 2008) d. 22.30 La Méthode Cauet. Invités : François Berléand, Corinne Touzet, Natasha St-Pier, Franck Dubosc... (135 min).

Présenté par Nikos Aliagas. Invités : Shaggy, Patricia Kaas, Natasha Saint-Pier, Katy Perry... 23.20 Sans aucun doute. Présenté par Christophe Moulin (135 min).

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Dominique Dhombres

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MOTS CROISÉS Nº 08 - 269

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Zagreb Belgrade

Barcelone Barcelone

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Odessa

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EN EUROPE

Samedi

L'humidité restera bloquée près du sol par l'anticyclone et la grisaille sera très présente sur les trois-quarts du pays, notamment au nord de la Loire et sur les régions du sud-ouest où les éclaircies seront inexistantes. Quelques crachins se produiront localement, surtout du nord-ouest aux Ardennes. Les régions du sud-est et les reliefs passeront en revanche la journée sous le soleil. Les températures seront un peu au-dessus des moyennes saisonnières.

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Le 14.11.2008

LEVER: 17h35 COUCHER: 09h52

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« Ségolène et les autres »

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80 km/h Ajaccio

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Reykjavik Reykjavik

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7° 12°

Rouen

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14.11.2008 12h TU 1005 995

Amiens

Cherbourg 15 km/h

En Europe

Lille T Lille 8° 35 km/h

Ecrans

Compl´ etez toute la grille avec des chiffres allant de 1 ` a 9. Chaque chiffre ne doit ˆ etre utilis´e qu’une seule fois par ligne, par colonne et par carr´ e de neuf cases.

R´ ealis´ e par Koalog (http://sudoku.koalog.com)

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Jeudi 13 novembre TF 1

Vendredi 14 novembre TF 1

FRANCE 2 FRANCE 2 20.50 A vous de juger. Crise financière, crise économique, à quoi faut-il s’attendre ? Magazine. Invités : Martine Aubry, Christine Lagarde, Philippe Dupont. 23.20 Infrarouge. L’Amérique en guerre Documentaire (95 min) 0 d.

20.50 Tous au théâtre ! Divertissement présenté par Laurent Ruquier. 23.05 Café littéraire. Magazine. Comment parler de religion en littérature ? ; La Correspondance, un genre en voie de disparition. 0.55 Journal, Météo (15 min) d.

Le Loto

IX

Les résultats sont publiés dans cette page dans nos éditions datées

X HORIZONTALEMENT

VERTICALEMENT

I. Agréable sous la dent, à l’œil et à l’oreille. II. Sortie douloureuse. Corrompu par l’extérieur. III. Parfois partagée en fin de repas. IV. Affluent de l’Adour. Déformés à l’ouverture. V. Encore brut. Suprême sérénité. VI. Elèves et maître. Forme d’avoir. VII. Tell Muqayyar aujourd’hui. Assuras le maintien. Ses bulles sont légères. VIII. Enfants terribles du Ciel et de la Terre. Chaudement couvert. IX. Protège le chevalier. Maintien provisoire. Pris en vol. X. Opérations qui ne manque sûrement pas de charmes.

1. Prendre le dessus en travaillant. 2. A lâché la plume et le papier pour le clavier et l’écran. 3. Pas du tout fréquentable. Cuvette. 4. Sans fantaisie. Sur l’avant-bras. 5. Vaut sûrement le détour. Particule. 6. Prêtes à agresser à tout moment. 7. Entendra comme avant. Règle sur table. 8. Gros porteur en mer et dans les airs. Courrier indésirable. 9. Fin de film. Vue à revoir. Cacarde à la basse-cour. 10. Bien accueilli. 11. Sans effets. Préposition. Point dans l’eau. 12. Ancêtres. Philippe Dupuis

Solution du n° 08 - 268 Horizontalement

Verticalement

I. Déhanchement. - II. Ecureuil. Née. - III. Toitures. Vil. - IV. Rut. Fa. Eloge. - V. Atre. Tin. Lev. VI. Ceint. Bête. - VII. Tue. Avoué. Cs. - VIII. Errata. Rimai. - IX. Eléis. Nono. - X. Résurrection.

1. Détracteur. - 2. Ecouteur. - 3. Huîtrières. - 4. Art. En. Alu. - 5. Neuf. Tâter. - 6. Curât. Vair. - 7. Hie. Ibo. Se. - 8. Elseneur. - 9. Teint. - 10. Envolé. Moi. - 11. Neige. Cano. - 12. Télévision.

FRANCE 3

FRANCE 3

dimanche-lundi, mardi, mercredi et vendredi

20.55 Le Malade imaginaire.

20.55 Thalassa.

Les jeux

Téléfilm. Christian de Chalonge. Avec Christian Clavier, Marie-Anne Chazel (France, 2008) d. 22.55 Keno, Soir 3. 23.25 Ce soir (ou jamais !). L'Impact de la crise financière et économique sur les pays du Sud Présenté par Frédéric Taddeï. 0.45 NYPD Blue. Affabulations Série (S11, 8/22, 45 min) d.

Sur le sentier du littoral : d’Hendaye à Arcachon Magazine présenté par Georges Pernoud d. 22.55 Météo, Soir 3. 23.25 Comme un vendredi. Présenté par Samuel Etienne. Avec Rama Yade d. 0.30 Toute la musique qu’ils aiment... Magazine. Invitée : Renée Fleming (65 min).

Tous les jours Mots croisés et Sudoku Samedi daté dimanche-lundi Echecs

LOTO Nº 97 Résultats du tirage effectué mercredi 12 novembre 2008. 23, 34, 35, 40, 45 ; numéro chance : 5. Rapports : 5 bons numéros et numéro chance : 3 000 000,00 ¤ ; 5 bons numéros : pas de gagnant ; 4 bons numéros : 2 611,30 ¤ ; 3 bons numéros : 15,00 ¤ ; 2 bons numéros : 6,80 ¤ ; Numéro chance : grilles à 2 ¤ remboursées Joker : 6 163 242

CANAL + CANAL + 20.50 Dirty Sexy Money. Le Mariage. La Maison de campagne Série (S1, 7 et 8/10). Avec Peter Krause (2007). 22.15 Cold Case. Famille 8108 Série (S5, 11/18, 2007) 0 d. 23.00 Poker. World Poker Tour (90 min).

ARTE

20.50 88 minutes Film Jon Avnet. Avec Al Pacino (2007) 2 d. 22.40 Spécial investigation. Les Coulisses de la libération d’Ingrid Betancourt. 0.00 Les Films faits à la maison. 0.30 Sans moi Film Olivier Panchot. Avec Yaël Abecassis, Clémence Poésy (Fr., 2007, 90 min) 0 d.

ARTE

21.00 Les Petites Couleurs

21.00 Château en Suède.

Film Patricia Plattner. Avec Anouk Grinberg, Bernadette Lafont (Fr. - Sui., 2002) d. 22.35 Grand format. Mon usine en Chine Documentaire (All., 2006). 0.10 Paris-Berlin, le débat. Demain, tous métis ? Invités : Vincent Cespedes, Eric Zemmour, Rokhaya Diallo... (65 min).

Téléfilm. Josée Dayan. Avec Jeanne Moreau d. 22.35 Tracks. Magazine. 23.25 Le Mort-Vivant a a Film Bob Clark. Avec John Marley, Richard Backus, Lynn Carlin, Henderson Forsythe (EU, 1974, v.o.). 0.55 Mon trésor a Film Keren Yedaya. Avec Ronit Elkabetz, Dana Ivgy (Israël - France, 2004, 125 min, v.o.).

M6 20.50 Incroyable talent. La Finale Présenté par Alessandra Sublet. 23.00 Le Monde a un incroyable talent. 0.20 Hypnotic a Film Nick Willing. Avec Goran Visnjic, Paddy Considine (GB, 2002, 120 min) 2 d.

M6 20.50 NCIS/Enquêtes spéciales. Etroite surveillance 0 Amis et amants 0 Mort à l’arrivée Série (S5, 12/19 ; S4, 15 et 16/24) d. 23.15 Sex and the City. Abstinences. Avoir la foi Série (S1, 60 min) 0 d.


Carnet

0123 Vendredi 14 novembre 2008

0123

Le Carnet

cette semaine

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Faites part de vos événements Supplément de 12 pages, le samedi 15 novembre daté dimanche 16 - lundi 17 novembre 2008

par e-mail : carnet@mondepub.fr par fax : 01 57 28 21 36 au journal ou par courrier : Le Monde - Le Carnet 80 boulevard Auguste Blanqui 75707 Paris cedex 13

Tarifs 2008 (prix à la ligne)

Grand reportage

Naissances, Anniversaires de naissance, Mariages, Fiançailles… : 18 g TTC

Peut-on tout confier à Google ?

Enquête On n’est jamais seul sur World of Warcraft

Décès, remerciements, Avis de messe, Anniversaires de décès, Souvenirs : 24 g TTC Thèses : 15 g TTC

Archives Robot : de la fiction à la science

Réduction abonnés Un justificatif d’identité sera demandé.

& 01 57 28 28 28

Les

collections ------------------------------------------------------

AU CARNET DU «MONDE»

Naissances L'aube était belle.

Clara, Zelda, Nausicaa BERJEAUT, fille de Julie BIRMANT et Julien BERJEAUT, est apparue le 24 octobre 2008, à Paris.

TOME 10 BALZAC Modeste Mignon, Albert Savarus, dès le jeudi 13 novembre ---------------------------------

Christiane et Régis ALLEMAND Catherine et Jean-Claude DOSDAT sont heureux d'annoncer la naissance de leur petite-fille,

Juliette,

L'anthologie du design en 20 volumes

Francine, son épouse, Geneviève, sa fille, Henri, son fils, Ses neveux et nièces et leurs enfants, Ses amis, ont le profond chagrin de faire part du décès de

Robert CASANOVA, professeur de lettres, docteur ès-lettres, ingénieur au CNRS, écrivain, survenu le 8 novembre 2008, dans sa quatre-vingt-cinquième année. Les obsèques, suivies de la crémation se sont déroulées à Marseille, dans la plus stricte intimité. Ses cendres seront déposées en Corse dans la Vallée de Cagnano qu'il a tant aimée. M me Casanova et ses enfants expriment leur gratitude au docteur Jean-Pierre Arnaud, pour ses bons soins et son soutien sans faille. Lucette, Ses enfants Ses petits-enfants, Ses arrière-petits-enfants, Odette, Tous les siens, Tous ses amis, ont la profonde tristesse de faire part du décès de

Pierre CHAMBARD.

chez Béatrice et Laurent.

Louise,

L’histoire de 999 objets cultes qui ont changé votre quotidien avec Le Monde 2 du 14 novembre ---------------------------------

M. Hama CISSE, pharmacien, survenu le 7 novembre 2008, à l'âge de soixante ans, des suites d'une longue maladie. De la part de Catherine Cisse, sa femme, Abdourahamane et Sekou, ses fils Et de sa famille.

14 novembre 1928-14 novembre 2008. Bon anniversaire,

pour tes quatre-vingts ans ! De la part de Ta fille, ton gendre Et tes petits-enfants Et « assimilés » qui t'aiment.

DVD série 13

N°1 Lawrence d’Arabie avec « Le Monde TELEVISIONS » daté 16-17 novembre

Nos services ------------------------------------------------Lecteurs • Abonnements Tél. : 0-825-000-778 (0,15 € TTC/min) www.lemonde.fr/abojournal

• L’actualité dans votre magasin www.lemonde.fr/kiosque

• Boutique du Monde 80, bd Auguste-Blanqui, 75013 Paris M° Glacière ou Corvisart Tél. : 01-57-28-29-85 www.lemonde.fr/boutique

• Le Carnet du Monde Tél. : 01-57-28-28-28

Professionnels • Service des ventes Tél. : 0-805-05-01-46

ont l'immense tristesse d'annoncer le rappel aux Anges de

Youcef BEHILLIL, le plus doux et le plus honnête des hommes, bâtisseur d'un monde humaniste et tolérant, survenu le 11 novembre 2008, en pleine commémoration, à l'âge de soixante-neuf ans.

« Il était notre étoile, son firmament était le nôtre, sa lumière et sa générosité, sa joie nous resteront. » Behillil, 91, rue de Rennes, 75006 Paris.

François Grémy, son époux, Michel et Christine, Isabelle et Philippe, Béatrice, Geneviève et Pierre, ses enfants,

La famille Mazières,

Françoise GRÉMY, née MAZIÈRES, chevalier de la Légion d'honneur, chevalier de l'ordre national du Mérite, ancienne présidente nationale de la Fédération nationale Sésame autisme, fondatrice et première présidente de l'association Sésame autisme Languedoc-Roussillon, survenu le 11 novembre 2008, à l'âge de soixante-dix-neuf ans.

éducateur à l'Education surveillée (ministère de la justice), de 1952 à 1962, en Algérie, de 1963 à 1976, en Essonne, chef de service et directeur d'établissement, de 1977 à 1987, à l'Administration centrale, directeur des services extérieurs. Militant syndical, mutualiste, associatif, passionné de cinéma, d'architecture et d'histoire contemporaine, décédé le 3 novembre 2008, dans sa quatre-vingt-deuxième année. Brigitte Vienne-Mauguière, son épouse, Sabine Roger-Vienne, Sophie et Simon, Jacques et Laurence Vienne-Cuvelier, Charlotte, Matéo et Nicolas, Guillaume Vienne, ses enfants et petits-enfants ont la tristesse de faire-part du décès de

Daniel VIENNE, survenu le dimanche 9 novembre 2008, à l'âge de soixante-treize ans. Une messe d'adieu sera célébrée le samedi 15 novembre, à 9 h 30, en l'église Notre-Dame-de-Beauregard, à la Celle-Saint-Cloud.

Une bénédiction aura lieu au funérarium des Batignolles, 1, boulevard du Général Leclerc, à Clichy (Hauts-de-Seine), le samedi 15 novembre, à 9 h 30.

Claude, Monique Damery Et son épouse, Sa famille, ont la douleur de faire part du décès de

Denis DAMERY, le 29 octobre 2008, à l'âge de cinquante et un ans. 30, rue Mozart, 92330 Sceaux. Ciboure (Pyrénées-Atlantiques) Françoise Olano, Alain Demoisson, Jean-Michel Demoisson font part du décès de leur mère,

Mme

Marcelle DEMOISSON, née CABESSA,

survenu le 6 novembre 2008, à l'âge de quatre-vingt-treize ans. Claudine Dubost, son épouse, Ses enfants, Ses petits-enfants, Ses arrière-petits-enfants, Et toute sa famille

professeur Claude DUBOST, chirurgien des Hôpitaux de Paris, membre de l'Académie de chirurgie, survenu le 10 novembre 2008. La cérémonie religieuse aura lieu le vendredi 14 novembre, à 15 heures, en l'église Saint-François-Xavier, Paris 7e. 8, rue Masseran, 75007 Paris.

17, chemin de l'Escalette, 30700 Uzès.

Sarah et Tristan Soler, Lou et Roman Toute sa famille Ses amis ont la très grande tristesse de faire part de la disparition de

Martine WERTHMÜLLER, survenue le 8 novembre 2008. Nous nous rassemblerons au Crématorium du cimetière du PèreLachaise, Paris 20e, lundi 17 novembre, à 13 heures. Suivra l'inhumation.

Anniversaires de décès En ce vingtième anniversaire de la séparation, que soit évoqué le souvenir de

Christiane GALLENCA, professeur des Universités.

le docteur Désiré HAFNER. Que ceux qui l'ont connu et aimé aient une pensée particulière pour lui.

ont la grande tristesse de faire part du décès de

s'unissent avec émotion pour garder vivace son souvenir.

Mme Françoise GRÉMY,

survenu le 11 novembre 2008, dans sa quatre-vingtième année. Ils n'oublieront pas la constance et la fermeté de son engagement militant au service des personnes handicapées par suite d'autisme depuis quarante ans, et s'associent à la douleur de son mari, de ses enfants et de ses petits-enfants. La cérémonie religieuse aura lieu le vendredi 14 novembre, à 14 h 30, en la cathédrale d'Uzès (Gard). Sésame autisme Languedoc, Bâtiment administratif, Départementale 135, 30600 Vauvert.

« Mon âme bénis l'Éternel et n'oublie aucun de ses bienfaits » Psaume 103, verset 2. 2, rue Théodore Toulouse, 33220 Pineuilh. preelsbm@yahoo.fr jfi.monnier@orange.fr omahaboat@yahoo.fr

Forums

avec Tuvia Friling, Ilan Greilsammer, Charles Leben, Raphaël Lellouche, Anne Lifshitz-Krams, Éric Marty, Dominique Schnapper, Shmuel Trigano, le dimanche 16 novembre 2008, de 10 heures à 18 heures, bibliothèque de l'AIU, 45, rue La Bruyère, Paris 9e. PAF. : 15 euros. Renseignements : 01 53 32 88 55 www.aiu.org

Appel national pour la Tsédaka, lundi 24 novembre 2008, à 20 h 30. Grand concert de la Solidarité imaginé et mis en scène par Stéphane Freiss, parrain de la Tsédaka 2008, avec Gad Elmaleh, Florence Foresti, Gaétane, Joana, Michel Jonasz, Larsène, Jean-Yves Lacombe (du quatuor), André Manoukian, Le Cirque Phenix, Marie-Claude Pietragalla, Benjamin Siksou, Tagh l'Explorateur, Rika Zaraï, Julie Zenatti... PAF. : 50, 100 et 150 €. Réservations : 0820 820 808.

Communications diverses ESPACE ANALYTIQUE

15 et 16 novembre 2008

journaliste et écrivain

Maison des Cultures du Monde 101, boulevard Raspail, Paris 6e

nous a quittés le 14 novembre 2006. Sa femme, Sa famille, Ses amis,

In memoriam

Moulay MAZOUZ. Yaoundé 30 juin 1973 Bruxelles 14 novembre 1998.

Avis de messe En souvenir de

Marcelle DEVAUD, décédée le 4 septembre 2008, une messe sera célébrée le jeudi 20 novembre, à 18 heures, en l'église SainteClotilde, 12, rue de Martignac, Paris 7e.

Le Carnet

née VERGNAUD,

Un service religieux sera célébré au temple de Saint-Foy la Grande (Gironde), le 14 novembre, à 10 h 30.

Inscriptions : 35 € / collation comprise. Tél. : 01 48 43 22 23. passagedencres@wanadoo.fr www.passagedencres.org

Comment s'écrit l'inconscient ?

Marie-Suzanne MONNIER,

De la part de Daniel, Bernard, Jean-François, Patrick Monnier, ses fils et leurs familles,

Avec la participation de Jean-Pierre Faye, philosophe, écrivain (invité d'honneur), Véronique Breyer, écrivain, Jacques Broda, écrivain, professeur de sociologie, Pierre Drogi, traducteur, poète, directeur de programme au CIPH, Piet Lincken, compositeur, poète (Belgique), Clothilde Roullier, docteur en lettres, Bernard Schürch, poète (Suisse), Patrick Suter, écrivain (Suisse). Ouverture : Christiane Tricoit (Passage d'encres). Modérateur : Yves Boudier, poète, écrivain.

Jean LIBERMAN,

On nous prie d'annoncer le décès de

survenu le 10 novembre 2008, à son domicile, dans sa quatre-vingt-dixhuitième année.

Colloque européen « La frontière : écriture et transfert », organisé par Passage d'encres à l'hôtel de Massa (SGDL), 38, rue du Faubourg Saint-Jacques, Paris 14e, le samedi 29 novembre 2008, de 12 heures à 18 heures.

Concerts

99, rue du Faubourg-du-Temple, 75010 Paris. stsoler@free.fr

Le président Et les membres du conseil d'administration de la Fédération française sésame autisme (FFSA), Le président Et les membres du conseil d'administration de l'association Sésame autisme Languedoc, Les résidents, Leurs familles Et l'ensemble du personnel des établissements spécialisés qu'elle a créés,

chevalier de la Légion d'honneur, chevalier de l'ordre national du Mérite, ancienne présidente de la FFAPI (à l'origine de la FFSA), fondatrice et 1re présidente de Sésame autisme Languedoc,

Colloques

Le COLLÈGE des ÉTUDES JUIVES de l'Alliance israélite universelle organise un forum « Le “nom juif” de l'État d'Israël »

1, allée de la Charbonnière, 78430 Louveciennes.

Il y a dix ans, nous quittait Les familles Thieblet, Damas, Bentz et Pigalle

ont la tristesse de faire part du décès du Conformément à son vœu, la cérémonie religieuse et son inhumation auront lieu sur la terre de ses ancêtres arabo-andalous à Sidi M'Hamed (Mostaganem - Algérie), près de son père et de sa mère adorés.

Uzès (Gard).

Des dons peuvent être versés en faveur de l'association Sésame autisme Languedoc.

S. Thieblet Damas, 49, boulevard Jean Jaurès, 28200 Châteaudun.

Djouheur Behillil, son épouse, Fatima Behillil, notre aïeul, M'Hamed Behillil, son fils aîné, Abdelwahab et Fatima Behillil, Abdelhafid et Sylvie Behillil, Bouziane et Emmanuelle Behillil, Hesmahane Behillil, ses enfants, Sofia, Sihame, Sirine, Julie, Adam, Mona, Elias, Linda, Marwan, Fanny, Melissa, Fjona, Yasmine, Dorian, Faris, ses petits-enfants, Zohra, Mohamed, Aïcha, Nana, ses sœurs et frère, Abdallah Behillil, son cousin et frère, Ses amis nombreux d'ici et d'ailleurs, Tous ceux qu'ils l'ont aimés et l'aiment,

Les obsèques auront lieu le samedi 15 novembre, à 10 heures, en la salle de cérémonie du centre funéraire à La Tronche (Grenoble, Isère) et le mardi 18 novembre, à 9 h 30, en l'église Saint-Ambroise, à Paris 11e.

Docteur Cisse et ses enfants, BP 1851, Bamako (Mali).

Fleurs naturelles.

Décès

survenu à l'âge de soixante-neuf ans.

Cet avis tient lieu de faire-part.

La cérémonie religieuse sera célébrée à 14 h 30, en l'église d'Illiers-Combray (Eure-et-Loire), suivie de l'inhumation dans le caveau de famille.

Papa, Pépé, Péwé,

ingénieur de recherches à l'université Joseph Fourrier de Grenoble, Insitut de géographie alpine, Prix Olivier de Serres de l'Académie française d'agriculture, ancien membre du Conseil économique et social de la Région Rhône-Alpes,

La cérémonie religieuse aura lieu le vendredi 14 novembre, à 14 h 30, en la cathédrale Saint-Théodorit d'Uzès (Gard).

Anne-Marie DAMAS,

Anniversaires de naissance

Mme Marie-Geneviève DURAND,

ont la tristesse de faire part du décès de

survenu le 9 novembre 2008, à Paris.

VOLUME 5• 201-250

ont la grande peine de faire part du décès de

Nous avons la tristesse de faire part du décès de

ont la douleur de faire part du décès de

96, rue Guyot, 92270 Bois-Colombes.

Raphaël Raymond SULTAN, Mme Suzanne Durand, sa mère, M. et Mme Philippe Schweitzer, M. et Mme Claude Molines et leurs enfants, Roger et Gabrielle Dameron, Catherine Juliette et Agathe, ses nièces et leurs familles Ainsi que parents et amis,

La cérémonie religieuse sera célébrée le lundi 17 novembre 2008, à 10 h 30, en l'église de Saint-Gratien.

Patricia et Vincent COULOMB ont la joie d'annoncer l'arrivée de

Grenoble. Paris.

Julie, Claire et Marine, ses petites-filles,

L'inhumation aura lieu à Bamako.

le 17 octobre 2008, à Lyon

DU DESIGN

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Faites part de vos soutenances de thèse, de mémoire… Tarif 2008 : 15 g

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Avec Alain Abelhauser, Paul-Laurent Assoun, Martin Bakero Carrasco, Eric Bidaud, Claude Boukobza, Anne Carpentier, Gisèle Chaboudez, Magali Chetrit, Frédéric de Rivoyre, Alain Didier-Weill, Olivier Douville, Marcel Drach, Jean Richard Freymann, Brigitte Haie, Christian Hoffmann, Luis Izcovich, Max Kohn, Philippe Kong, Brigitte Lalvée, Patrick Landman, Laurie Laufer, Monique Lauret, Michel Leverrier, Martine Menès, Jean-Jacques Moscovitz, Jean-Paul Mouras, Dominique Noël, Tatiana Pellion, Bernard Penot, Hélène Petitpierre, Jean-Jacques Rassial, Ursula Renard, Sarah Stern, Dominique Tourres-Gobert, Monique Tricot, Catherine Vanier. Entrée : 70 euros Renseignements : 01 47 05 23 09 espace.analytique@wanadoo.fr


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Vendredi 14 novembre 2008

Le boom de l’âge à trois chiffres Carte blanche Roger-Pol Droit

P

remier discours de Barack Obama le soir de son élection. Il remercie, parmi tous ceux qui ont voté pour lui, une femme de 106 ans. Elle a connu, en tant que noire, la ségrégation. En tant que femme, l’absence de droit de vote. Cette fois, elle n’a pas fait la queue en vain. Aussitôt, les caméras se sont précipitées chez Ann Nixon Cooper, qui habite Atlanta, dans l’Etat de Géorgie, depuis 1922. On a pu constater, sur la Toile, qu’elle a toujours le regard espiègle et l’esprit de répartie. Pourtant cette dame, née à Shelbyville (Tennessee) le 9 janvier 1902, n’a pas loin de 107 ans… Précisons qu’elle n’est pas l’électrice d’Obama la plus âgée. Amanda Jones, au Texas, la domine largement, du haut de

ses 109 ans. Cette dernière, en outre, est une authentique fille d’esclave : son père avait 12 ans en 1865, au moment de l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis, et gardait encore les moutons pour un maître blanc. Et ce n’est pas tout : Amanda Jones, née en 1899, peut se vanter d’enjamber trois siècles en une seule existence, et de voter démocrate depuis presque soixante-dix ans. Point faible : elle n’a pas fait la queue plusieurs heures pour voter, et semble avoir envoyé son bulletin par correspondance. On ne doute pas, malgré tout, qu’elle ait des motifs valables de rester chez elle. Ces figures de grands centenaires alertes n’étaient pas imaginables il y a deux ou trois générations. Aujourd’hui, dans quelques pays développés, et singulièrement en France, les âges à trois chiffres

se multiplient. A la fin de ce mois, le 28 novembre, on va célébrer, par exemple, le 100e anniversaire du grand anthropologue Claude Lévi-Strauss, et le Musée du quai Branly résonnera toute la journée, en son honneur, de lectures de ses textes. On célébrera l’exploit de son œuvre, plus que celui de sa longévité. Car passer le cap du siècle est presque devenu commun. De plus de plus de personnes, anonymes ou célèbres, atteignent ces âges hier encore rarissimes. Sur ce point, les statistiques publiées il y a quelques mois sont formelles. En 1900, on dénombrait quelques dizaines de centenaires en France. En 1960, ils étaient déjà environ un millier. Et par un prompt renfort, les voilà… 20 115 arrivant à bon port le 1er janvier 2008 ! On estime que le nombre de personnes âgées de plus de 100 ans pourrait être supérieur à 60 000 en 2050 – et il ne s’agit que de la France. Les centenaires ne sont plus une exception notable, ils deviennent une population. Reste à comprendre pourquoi. Que se passe-t-il au juste ? Question embarrassante. Visiblement, face à ce phénomène, les scientifiques sont perplexes, et loin d’être du même avis. Certes, tout le monde s’accorde pour constater que l’amélioration des soins médicaux dans les pays riches accroît le nombre de personnes atteignant un âge avancé. Or, plus il y a de gens qui atteignent les 80 ou les 90 ans, plus on voit augmenter, mécaniquement, le nombre de centenaires. Doit-on en conclure pour autant que la durée de

Billet MOD. DG 4035 502/13 DOLCEGABBANA.IT

Robert Solé

Big bisous VOUS L’AVEZ certainement remarqué. Il flotte dans l’air, ce jeudi 13 novembre, comme un parfum de printemps. Les gens vous sourient dans le métro, cèdent leur priorité aux carrefours, arrivent au bureau les bras chargés de fleurs… Normal, c’est la Journée mondiale de la gentillesse (The World Kindness Day). Des étudiants nantais n’ont pas pu s’empêcher de devancer la musique. Mercredi, avec vingt-quatre heures d’avance, ils sont entrés dans le Guinness Book en battant le record mondial des baisers. Ce n’est plus de la gentillesse, mais de l’héroïsme. Toutes nos félicitations à Valentin Pasquier, qui a embrassé 94 fois sur la bouche en une minute. Et une bise spéciale à Solène Doucet, qui a su tendre la joue 108 fois. La langue de Molière recule peut-être dans le monde, mais le french kiss, lui, est au top. Gentillesse, embrassades. Je vous vois venir… Non, vous ne me ferez pas parler des socialistes. L’heure n’est pas à la polémique, mais au rassemblement. « Je veux être rassembleuse pour deux, pour trois, pour quatre », a dit Ségolène Royal. Attention quand même : qui trop embrasse mal étreint. a IL Y A 50 ANS DANS « LE MONDE »

Complot argentin UN COUP de théâtre est venu compliquer mercredi la crise argentine. Le vice-président Alejandro Gomez est mêlé à une révolution de palais qui lui aurait permis de prendre le pouvoir. Les événements semblent encore confus, mais un fait demeure certain : M. Frondizi, souffrant de la grippe, qui restait cloîtré dans sa résidence de Los Olivos, en banlieue, est revenu dans l’après-midi en toute hâte présider un conseil restreint, auquel assistèrent les ministres militaires. Celui-ci fut suivi à 21 heures par un conseil des ministres convoqué d’urgence. Au même moment, les parlementaires radicaux s’étaient réunis afin de considérer la situation personnelle du vice-président, dont, malgré les dénégations, ils exigèrent la démission ou la mise en accusation en Haute Cour. Selon des informations de bon-

ne source, M. Gomez avait déjà dans le courant de la matinée de mercredi formé un cabinet de remplacement. Néanmoins, la journée fut favorable à tous les points de vue au gouvernement Frondizi. La découverte d’un complot autour de la personne du vice-président renforce l’unité des militaires autour du docteur Frondizi. De plus, sous le choc des révélations officielles, le Parti radical, intransigeant, a entériné dans sa déclaration toute la politique menée par le président Frondizi. Enfin, la pression syndicale s’allège, et une trêve a été décidée cette nuit, qui laisse entrevoir la reprise du travail par les ouvriers pétroliers. Tant du côté américain qu’argentin, on confirme aujourd’hui que le plan pétrolier sera poursuivi sans changement. a Jean Huteau

(11 novembre 1958.)

SOMMAIRE L’actualité Editorial & analyses .............. 2 Page trois .............................. 3 Planète .................................. 4 International ......................... 6 Europe & France ................. 10 Economie & Médias ............ 15 lemonde.fr L’actualité au fil de la journée sur lemonde.fr

Décryptages Portrait ................................ 19 Débats ................................ 20 Enquête .............................. 22 Culture&vous Actualités ........................... 23 Critiques ............................. 24 Modes de vie ...................... 26 Météo & Jeux & Ecrans ...... 28 Carnet ................................. 29

a Tirage du Monde daté jeudi 13 novembre 2008 : 393 333 exemplaires.

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Nos abonnés portés et postés trouveront avec ce numéro un encart « Encyclopédia Universalis ».

la vie humaine s’allonge effectivement ? Les experts sont divisés. Les uns soutiennent qu’il existe une limite immuable à la durée de notre existence biologique, limite atteinte par plus ou moins d’êtres humains suivant les époques et les conditions de vie. D’autres affirment au contraire que ce maximum possible est lui-même en évolution, et que les limites sont aujourd’hui en train de reculer. Le débat est loin d’être tranché. Mais quelques faits laissent penser qu’un allongement effectif de la vie de l’espèce n’est pas à exclure. Toujours dans les pays riches, on voit l’espérance de vie au-delà de 100 ans augmenter régulièrement. A tel point qu’un nouveau groupe démographique commence à émerger : les « super-centenaires », ceux qui ont fêté leur 110e anniversaire… En fait, mieux vaudrait dire « celles » qui ont fêté leurs 110 ans, car l’avantage des femmes, dans ce domaine, est écrasant. Après 100 ans, il ne reste qu’un homme pour sept femmes. Très vite, le déséquili-

On estime que le nombre de personnes âgées de plus de 100 ans pourrait être supérieur à 60 000 en 2050 en France

bre ne fait que s’aggraver encore : à 104 ans, en moyenne, il n’y a plus qu’un homme pour dix femmes. Comment vit-on, dans ces contréeslimites ? Avec quelle perception du temps ? Parvient-on à une sorte de présent immuable, comme un semblant d’éternité ? Comment considère-t-on sa propre vie, quand on regarde en arrière et parcourt les trajets de la mémoire ? Doiton penser au contraire qu’il n’y a rien de spécial à signaler, rien à voir de particulier ? Les super-centenaires sont-elles des personnes comme les autres, que nous aurions tort d’imaginer en exploratrices de confins inconnus ? Autant de questions que l’on ne saurait trancher. Malgré tout, le plus grand âge reste une expérience énigmatique, où s’éprouvent probablement, au moins pour certains, des métamorphoses du temps, des états de conscience transformés, des enchantements ou des abandons sans équivalent. « Dieu m’a oublié » disait joliment Jeanne Calment, recordwoman absolue, à 122 ans. On rappellera qu’en Inde, le terme amrita, en sanskrit – formé du « a » privatif et de la racine signifiant « mourir » – ne désigne pas simplement l’immortalité conçue comme une survie éternelle. Le mot s’emploie au contraire, dans bon nombre de textes anciens, pour désigner la très longue vie humaine, celle où tout s’est accompli, où l’on n’a plus rien à attendre. Barack Obama aura 100 ans le 4 août 2061. D’ici là… a

Le Monde 14 11  

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